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- Magazine -
L’HONORÉ
Horlogerie
Joaillerie
Mode
Beauté
Art de vivre
| PRINTEMPS |
2016
| N°1 |
C o m é d i e F r a n ç a i s e
Trois siècles de créativité - Three centuries of creativity
| 03 |
Edito
_
R A I S O N D ' Ê T R E
Le quartier de la rue Saint Honoré et de la place
Vendôme a ceci de particulier qu’en plus d’abriter une
part importante du patrimoine de la Capitale, il demeure,
dans le monde entier, le symbole d’une certaine vision
du luxe et de l’élégance à la française. Les grandes
maisons y côtoient de nombreux artisans d’art et, de ce
fait, le quartier peut se targuer de concentrer nombre
de savoir-faire. Les mettre en avant est une manière
de rendre hommage à ceux qui les perpétuent ; c’est
précisément notre raison d’être.
-
The area around Rue Saint Honoré and Place Vendôme is
very special. Not only is it home to much of the heritage
of Paris, it is also the embodiment of a distinctive,
French-style vision of luxury and elegance, acclaimed
worldwide. Major firms rub shoulders with innumerable
craftsmen ; the neighbourhood lays claim to an extremely
high concentration of knowhow. Promoting these different
skills is a way of honouring those who perpetuate this
expertise ; and that’s precisely what we’re here for.
PENHALIGONS.COM
209 RUE SAINT HONORÉ - PARIS 01
+33 1 49 26 91 66
34 RUE DES FRANCS BOURGEOIS - PARIS 03
+33 1 42 77 80 28
REDACTION
Rédacteur en chef - Romain Riviere
Tél. 06 61 06 82 32
r.riviere@faubourg-presse.fr
-
Mode et stylisme - Blanche Rivière
Tél. 06 46 39 51 58
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TRADUCTION
David Buick - Delos Communications
DIRECTION ARTISTIQUE
& GRAPHISME
Elodie Dages
elodie.dages@gmail.com
PUBLICITE
Aubin Gandillot
Tél. 06 18 25 77 83
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IMPRIMERIE
Imprimerie de Champagne (France)
CONTACTS
L’Honoré Magazine est un support trimestriel
gratuit édité par Faubourg Presse SAS,
au capital de 1.000 euros, RCS 817807720
166, rue Saint-Honoré, 75 001 Paris
Président et directeur de la publication :
Romain Rivière
Dépôt légal : à parution
Ombeline
DELOUVIGNY
Cécile
BERNARDINI
Journaliste
Touchant aussi bien à la télévision qu’à la
presse écrite, Ombeline de Louvigny est
spécialisée dans les secteurs de la mode, du
lifestyle et de la culture. Affecting both on
television and the written press, Ombeline
de Louvigny is specialized in fashionable,
lifestyle and culture sectors.
Journaliste
Cécile Bernardini, rédactrice en chef de
Chrono Lady, est une experte en horlogerie
féminine. Pour L’Honoré Magazine, elle fait le
point sur les tendances en la matière. Cécile
Bernardini, Chrono Lady’s editor in chief, is
an expert in women’s watches. For L’Honoré
Magazine, she reports on trends in the field.
C O N T R I B U T E U R S
©JeanBoutang
Et aussi :
Horlogerie | Olivier Muller
Art de vivre | Sophie Lamigeon
Automobile | Frederic Edmond
Epigramme | Altavilla
| 06 |
S O M M A I R E
Épigramme
Au fil de l’histoire
Actualités | News
Rencontre | Meet
Jean-Charles de Castelbajac
Reportage | Report
Fragonard
Beauté | Beauty
Joëlle Ciocco
Dossier | Feature
Horlogerie
Portfolio
Patrimoine | Heritage
La Comédie Française
Boutique | Shop
Colette
P.08
P.09
P.10
P.14
P.18
P.24
P.27
P.38
P.42
P.46
P.10
P.18
P.27
P.50
| 07 |
S O M M A I R E
Mode | Fashion
Petit Bateau
Enquête | Enquiry
Maroquinerie d'art
Savoir-faire | Expertise
Orfèvrerie
Arts de la table | Table arts
Bernardaud
Styles | Style
Un mariage au Mansart
Tendances | Trends
Héritage | Heritage
Mellerio dits Meller
Portrait | Portrait
Mathieu Boulay
Quartiers libres | Free side
Auto - évasion - Conso
P.48
P.50
P.54
P.58
P.60
P.64
P.70
P.72
P.75
P.38
P.58
P.75
| 08 |
ÉPIGRAMME
_
Cygnes princesses et les pierres précieuses
Voici la beauté monstrueuse
Vieille et pourtant éclose elle se dresse
C’est Monsieur de Nemours épiant la princesse
La canne dans ses mains les pensées luxurieuses
*
Ville qui vous carrez autour de ma mémoire
plus largement
votre beauté n’a pas d’oreilles
et vous parlez pourtant
plus précisé
-ment
dans les vitrines
luxueuse
-ment
« Il vit qu’elle en faisait des noeuds à une canne des Indes, fort extraordinaire,
qu’il avait portée quelque temps. »
Par-byAltavilla
| 09 |
Au fil de l'histoire History
_
V E N D Ô M E
A peu de choses près, les suites du Ritz
auraient donné vue sur une place vide.
La colonne Vendôme, en effet, n’a pas
toujours été une évidence. Erigé en 1810
par Napoléon Bonaparte, désireux de
commémorer sa victoire à Austerlitz, ce
monument, composé de 98 tambours de
pierre et recouvert du bronze de 1 200
canons pris aux armées russes et autri-
chiennes, a d’abord été baptisé colonne
Austelitz, puis colonne de la Victoire, et
encore colonne de la Grande Armée. D’un
diamètre moyen de 3,60 mètres, il s’élève,
haut et fier, à plus de 44 mètres. A son
sommet, trône une statue de l’empereur.
Mais en 1871, lors de l’insurrection de la
Commune de Paris, le peintre Gustave
Courbet exige sa démolition, considé-
rant la colonne comme un monument de
barbarie, un symbole de force brute et de
fausse gloire, une affirmation du milita-
risme, une négation du droit international,
une insulte permanente des vainqueurs
aux vaincus et, enfin, comme un attentat
perpétuel à l’un des grands principes de
la République : la Fraternité. L’œuvre est
alors déboulonnée, pour n’être recons-
truite que deux ans plus tard.
Par-byBlancheRivière
S A N S
C O L O N N E
W h e r e w o u l d P l a c e Ve n d ô m e b e
w i t h o u t i t s c o l u m n  ?
The Ritz suites might conceivablyhave offered
views over an emptysquare ; indeed, theVendôme
Column’s destinyas a permanent fixture was
anything but a foregone conclusion.The monument
– made of 98 stone cylinders and covered with the
bronze of 1,200 cannons captured from the Russian
andAustrian armies – was erected byNapoleon
Bonaparte in 1810 to commemorate his victoryat
Austerlitz. It has also been known at various times as
theAusterlitz Column, theVictoryColumn and the
Column ofthe GrandeArmée. Standing proud at a
height of 44 metres, and with an average diameter
of 3.6 metres, it is topped bya statue ofthe Emperor
himself.
However, in 1871, during the Commune de Paris
uprising, painter Gustave Courbet demanded that
it be demolished, deeming the column to be a
monument to barbarity, a symbol of brute force and
vainglory, a celebration of militarism, a negation of
international law, a permanent insult bythe victors to
the vanquished, and an unmitigated assault on one
ofthe major principles ofthe Republic – Fraternity.
The structure was therefore dismantled, onlyto be
rebuilt two years later.
| 10 |
Actualités News
_
L’emblématique marque de la mode
des sports extrêmes, Vans, célèbre
cette année son cinquantième anniver-
saire. Lancé en 1966 en Californie, le petit
tennis en toile est maintenant présent
dans 75 pays, et quelque 450 boutiques.
Pour cette occasion, Vans sortira, tout au
long de l’année, des produits spéciaux
à l’instar du Pack Late Night, mettant à
l’honneur nos mets favoris : impossible
de résister ! Vans, the iconic fashion brand
for extreme sports, is celebrating its fif-
tieth anniversary this year. Launched in
California in 1966, its canvas tennis shoes
are now to be found in 75 countries and
some 450 boutiques. To celebrate the
occasion, throughout the year Vans will
bringing out special products, such as the
Late Night Pack, giving pride of place to
our favourite foods – irresistible  !
La marque de couture britannique Paul
Smith remettra à jour, dans sa collection
automne – hiver 2016, les lignes définissant
sagriffe.Parsoucidesimplification,leslignes
actuelles se voient regroupées en deux col-
lections : Paul Smith, et PS By Paul Smith,
pluscasual.Costumesauxlignesparfaitesun
brin british, rayures traditionnelles et impri-
mésanimaux–dinosaures,tigres,girafes…-,
couleurs vives des tableaux Pop Art, touche
de cachemire et de cyclisme – Paul Smith
étant un ancien cycliste… - Tout est là pour
créerun lookvintage parfaitement sixties, et
pourhabillerles businessmen anglosaxons…
et français ! The British clothing brand Paul
Smith will be updating its hallmark lines for
its Autumn-Winter 2016 collection. The cur-
rent ranges are being streamlined into two
collections : Paul Smith and the more casual
PS By Paul Smith, featuring perfectly-cut
suits with a rather British touch. As well as
traditional pinstripes, there’s also a selection
of animal print casual wear (dinosaurs, tigers
andgiraffes),alongwithhoundstoothpatterns,
bright psychedelic colours, touches of cash-
mere, and shades ofcycling (Paul Smith used
to be a cyclist) ; in short, everything it takes
to create that perfect sixties vintage look for
businessmen – on eitherside ofthe Channel.
Après Londres, Berlin et Pékin, le
constructeur automobile allemand
Audi prépare l’ouverture, en juin 2016, de
son centre Audi City Paris. Situé place du
Marche Saint-Honoré, ce showroom inno-
vant proposera à la clientèle une expérience
interactive inédite àtravers destechnologies
de pointe. After London, Berlin, and Beijing,
German carmakerAudi is preparing to open
its Audi City Paris centre in June 2016. This
innovative showroom on Place du Marche
Saint-Honoré will offer customers a brand-
new, interactive experience using state-of-
the-art technology.
N E W S
Vans célèbre
ses 50 ans
-
Vans turns 50
Audi prépare
son arrivée place
du Marché Saint-Honoré
-
Audi prepares to arrive at Place
du Marché Saint-Honoré
Paul Smith
ressort sa griffe
-
Paul Smith makes its mark – again
| 11 |
Actualités News
_
La marque de mode enfantine Jacadi
lance, au printemps, une nouvelle ligne
dédiée à la cérémonie. Baptisée Moments
d’Exceptions, elle propose notamment
des robes précieuses et délicates, et des
petits costumes « fittés ». Une collection de
quelques pièces créatives conçues en asso-
ciation avec des artisans français. Pour cette
première saison, la marque met à l’honneur
la précieuse dentelle de Calais, grâce à la
participation de la Darquer, célèbre maison
dentellière du Nord. De quoi faire rêver
les petits… comme les plus grands. This
spring, children’s fashion brand Jacadi will
be launching a new line especially for ce-
remonies. Dubbed Moments d’Exceptions,
it features gorgeous, delicate dresses and
little ‘fitted’ suits in a limited collection of
creative garments designed in association
with French tailors. For this first season, the
brand is giving pride of place to precious
Calais lace, thanks to the involvement of
Darquer, the legendary lace firm based in
the Nord department of France. The result
is the stuff of dreams – of both children
and adults.
Le spécialiste des chemises et accessoires
d’inspiration anglaise a ouvert sa se-
conde boutique parisienne rue de l’Arcade, à
deux pas de la Madeleine. Dans leur espace
de vente de 45 m2, inspiré par l’univers
élégant du voyage, les fondateurs, Erwann
et Renaud, mettent en avant un décor de
malles en bois où sont exposés différents
espaces de chemises, de cravates, de bou-
tons de manchettes, de chaussettes et de
maroquinerie. The English-style shirt and
accessories specialist has opened a second
boutique in Paris in Rue de l’Arcade, just a
stone’s throw from La Madeleine. In their
45sqm sales area, which draws inspiration
from the elegant world of travel, founders
Erwann and Renaud have gone for decor
featuring wooden chests, with different dis-
play spaces for shirts, ties, cufflinks, socks
and leather goods.
Al’occasion du 85e anniversaire de son
emblématique Reverso, la manufacture
horlogère suisse Jaeger-LeCoultre offre à sa
collectiondeshabitsdefête,nésdelarencontre
avecChristianLouboutin.Pourlecréateur,une
montre est indissociable de son bracelet. Il a
donc envisagé ses modèles à la façon de la
création d’une collection de bijoux, leur don-
nantàchacuneuneidentitéforte :éxubérante,
transparente,brillante,ultraféminine…Forthe
85th anniversary of its iconic Reverso, Swiss
watchmaking manufacture Jaeger-LeCoultre
hasdeckedoutitscollectioninnewfinery–the
fruit of a meeting with Christian Louboutin.
Firm in the conviction that a watch and its
strapareoneandthesamething,thedesigner
has approached this undertaking just as if it
were a jewellerycollection, giving each piece a
characteristicidentity :exuberant,transparent,
brilliant, ultra-feminine, and more besides.
The Nines
s’installe à la Madeleine
-
The Nines sets up shop
at La Madeleine
Christian Louboutin
revisite la Reverso
de Jaeger-LeCoultre
-
Christian Louboutin revisits
Jaeger-LeCoultre’s Reverso
Jacadi
en dentelles
-
Jacadi in lace
| 12 |
Actualités News
_
Ouverte il y a huit ans au 271 de la rue
Saint Honoré, la boutique Hublot – alors
sa première au monde – a rouvert ses portes
après un mois de travaux. Le point de vente
s’est doté de nouvellesfaçades extérieures et
s’est penché sur un réaménagement de ses
espaces de vente, selon son concept d’Art
de la Fusion : un jeu subtil de matières, de
tissus et de styles, conférant à la boutique
une atmosphère de luxe et d’élégance et
une ambiance feutrée. L’art est présent au
cœurde la boutique puisque la manufacture
horlogère suisse afait réaliserpardes artisans
italiens des plaques en verre spatulées et
argentées, destinées à mettre en avant ses
pièces maîtresses.The first Hublot boutique
in the world originallyopened eight years ago
at 271 Rue Saint Honoré – and has nowreope-
ned after a month of remodelling works. The
outlet now boasts new outside facades and
redesigned sales areas, in line with its Fusion
Art concept : a subtle interplay of materials,
fabrics and styles, giving the boutique an
elegant, luxurious atmosphere with a friendly
feel. Art is also present at the heart of the
store : to show off its masterpieces, the Swiss
watch manufacturer has had silver-coated,
spoon-shaped glass plates made by Italian
craftsmen.
Hublot fait peau neuve
rue Saint Honoré
-
A facelift for Hublot
in Rue Saint Honoré
Le joaillier de la place Vendôme Jaubalet
franchit une étape supplémentaire dans
son développement, en proposant de nou-
veaux services reposant sur l’utilisation
de la 3D et de la cire. La maison met au
service de ses clients son savoir-faire sur
son site Internet, animé en direct par des
experts au moyen d’un service de discus-
sion. Jaubalet accompagne ainsi chaque
client, du croquis initial aux détails de fi-
nitions, en leur proposant notamment la
validation d’une maquette de cire en 3D.
De cette manière, le joaillier peut vendre
ses bijoux dans le monde entier, le plus
simplement du monde. Jaubalet jewellers
on Place Vendôme has taken further step
forward, offering new services based on the
use of 3D and wax. The firm can now make
its knowhow available to customers live on
its website using a chat service. Jaubalet
assists each customer, from the original
sketch down to the finishing details – and,
in addition, offers final confirmation in the
form of a 3D wax model. It’s a smart and
simple way for the firm to sell its jewellery
anywhere in the world.
Jaubalet,
le joaillier 3.0
-
Jaubalet – jewellery 3.0
Tous les grands footballeurs de la planète
l’ont déjà porté. Mais peu savent que
le Fifa Ballon d’Or est une œuvre conçue,
depuis sa création en 1956, par le joaillier
Mellerio dits Meller, fondé, lui, il y a quatre
siècles. Nécessitant des dizaines d’heures de
travail, ce trophée passe entre les mains de
nombreux artisans : l’orfèvre, le repousseur,
le ciseleur, le graveur, le doreur, le polis-
seur, etc. Depuis 1956, cette statuette n’a
quasiment pas changé : elle est constituée
de deux demi-sphères de laiton, soudées
au chalumeau, et remplies de cire. Connu
pour son travail pour les têtes couronnées
d’Europe depuis le XVIIe siècle, Mellerio
dits Meller conçoit également des trophées
pour d’autres organisations. Many of the
world’s greatest footballers have held it aloft
at some point, but few knowthat the Ballon
d’Or trophy was originally designed in 1956
by jewellers Mellerio dits Meller, founded
four centuries ago. Requiring many hours of
work, the trophy is passed from craftsman
to craftsman : goldsmiths, turners, cutters,
engravers, gilders, polishers, and so on. The
trophy has remained virtually unchanged
since 1956 : two brass half-spheres, welded
together and filled with wax. Mellerio dits
Meller, renowned for its work for European
monarchs since the seventeenth century,
also designs trophies for other organisations.
Le Ballon d’Or
selon Mellerio
-
The Golden Ball
a Mellerio creation
| 13 |
Actualités News
_
Le joaillier italien Buccellati, jusqu’alors
installé place Vendôme, a ouvert son
nouveau point de vente rue de La Paix,
au numéro 1. Cette nouvelle boutique,
qui s’étend sur 200 m2, est inspirée du
nouveau concept mis en place par l’atelier
Vudafieri Saverino Partners, et habillant
déjà les boutiques de New York, de Bal
Harbour, de Chicago ainsi que les cornes
des Galeries Lafayette à Paris, de Neiman
Marcus à Palm Beauch ou de Gump’s à
San Francisco.Italian jewellers Buccellati,
previously located on Place Vendôme,
has opened its new outlet at 1 Rue de La
Paix. The new 200sqm boutique draws
inspiration from the new concept imple-
mented by Vudafieri Saverino Partners,
already used to decorate the New York,
Bal Harbour and Chicago stores, as well as
the shops-in-shops in Galeries Lafayette
in Paris, Neiman Marcus in Palm Beach,
and Gump’s in San Francisco.
La marque de bijouterie grecque Apriati
a ouvert, fin 2015, un nouveau point de
vente à Paris, en rive droite, au 310 de la
rue Saint Honoré. Spacieux et lumineux,
il reprend les codes forts de l’entreprise :
bois naturel et vitrines noires. Apriati y
présente des bijoux flottant, volant ou
s’animant sur de longues colonnes en
marbre blanc. A l’intérieur, les créations,
toutes réalisées à la main dans l’atelier
d’Athènes, sont installées sur du sable
noir. In late 2015, the Greek jewellery brand
Apriati opened a new outlet on the Paris
right bank, at 310 Rue Saint Honoré. The
store is light and roomy, and makes use of
the firm’s distinctive style codes : natural
wood and black windows. The jewellery
displayed at Apriati floats, flies and dances
across tall white marble columns. The
creations inside – all hand-made in the
Athens workshop – are showcased on
black sand.
Parce que son histoire est atypique,
Tournaire a tenu à la recenser dans un
ouvrage de grande qualité : Tournaire, une
histoire. Installé place Vendôme, la maison
françaiseestnéedelafascinationdePhilippe
Tournaire pourles méthodes primitives per-
mettantauxhommesd’autrefoisdefaçonner
des objets. L’autodidacte raconte son par-
cours, ses années detravail en solitaire dans
une cave abandonnée, son refus, d’abord,
de travailler les métaux précieux, puis son
développement : sa première boutique chez
lui, à Montbrison ; sa seconde à Lyon, puis sa
troisième au cœur de la joaillerie mondiale,
placeVendôme.Ilymetenavant,également,
letravailetlavisiondesonjeunefilsMathieu,
déjà auteur de collections significatives.
Tournaire’s story is like no other – and so the
firm has decidedto set it down in a high-qua-
lity book : Tournaire, une histoire. The French
maison on PlaceVendômewasthe outcome
of Philippe Tournaire’s fascination with the
primitive methods used in ancient times to
fashion objects. The self-taught craftsman
tells of his years working alone in an empty
cellar, his original refusaltoworkwith precious
metals, and his later developments : his first
boutique in his home town, Montbrison ; his
second in Lyon ; and his third at the heart of
world jewellery, on Place Vendôme. He also
highlights the work and vision of his young
sonMathieu,whohasalreadyproducedsome
significant collections himself.
Apriati s’offre un écrin
rue Saint Honoré
-
Apriati finds a showcase
on Rue Saint Honoré
Buccellati s’offre La Paix
-
Buccellati heads for La Paix
Tournaire, l’histoire
-
The story of Tournaire
| 14 |
Rencontre Meet
_
Vos couleurs et vos dessins renvoient souvent à un
univers enfantin. Etes-vous atteint du syndrome de
Peter-Pan ?
Dans levillage de Mesnières-en-Bray, où se trouvait ma
pension, notre uniforme était gris et il pleuvait tout le
temps. Enfant, j’ai un jourdécidé de capturerl’arc-en-ciel.
Il ne m’a jamais quitté. C’est pour cette raison qu’il y a
toujours de la couleur dans mes dessins. Ils renvoient
à l’héraldisme, qui est la science des blasons, à celle
des drapeaux et auxvitraux. Plus que celui de l’enfance,
mes dessins renvoient souvent à un monde presque
médiéval. Plutôt que Peter Pan, je préfère Miguel de
Cervantes qui a dit : « garde toujours dans ta main celle
de l’enfant que tu as été ». Celui que j’ai été, je ne l’ai
jamais lâché. D’ailleurs, comme Saint François d’Assise,
j’aime parler aux oiseaux et je discute spontanément
et facilement avec les enfants.
L’année dernière, vous avez créé Castelbajac Creative
Agency, pourconseillerles marques. Une suite logique
à votre carrière, en fin de compte…
Ce qui metouche le plus, quand je regarde quarante ans
de ma vie, c’est la cohérence. Ma vie est faite de colla-
borations : Basquiat, Keith Haring,VivienneWestwood,
Xavier Veillant, Mappelthorpe, Cindy Sherman, Livero
Toscani… En dehors de la mode, j’ai souvent été sollicité
pourêtre le directeurartistique de différents projets, pour
créer des événements… C’est ma vision que cherchent
les marques. Creative Agency, c’est tout cela et c’est
aussi l’aventure d’un père avec ses deux fils. C’est notre
sens de la famille.
Que pensez-vous de tous ces grands créateurs - Elbaz,
RafSimons…-qui,dernièrement,ontquittélesmaisons
Par-byOmbelinedeLouvigny
J E A N - C H A R L E S
D E C A S T E L B A J A C
Artiste hétéroclite aux multiples talents, Jean-
Charles de Castelbajac est inclassable : créateur de
mode, designer, costumier, écrivain… Rencontre
avec un homme au cœur d’or qui peut se targuer
d’avoir habillé des personnalités aussi différentes
que Jean-Paul II ou Lady Gaga.
Jean-Charles de Castelbajac is an eclectic and
multi-talented artist. Part fashion designer, part
stylist, part costume designer, part writer, he sim-
ply defies categorisation. Meeting him, we disco-
vered a man with a heart of gold who has clothed
everyone from Pope John Paul II to Lady Gaga.
Your colours and designs often have something of the
childlike about them. Have you been afflicted by the
Peter Pan syndrome  ?
My boarding school was in the village of Mesnières-en-
Bray. Our uniforms were grey and it rained non-stop. As
a child, one day I decided I would capture the rainbow,
and it’s nevergot awayfrom me since  !That’swhythere’s
always colourin mydesigns.Theyremind me ofheraldry :
the science of coats of arms, flags and stained-glass
windows. I think my designs are more often evocative
of a quasi-medieval world than simply of childhood,
though. Ratherthan Peter Pan, I think in terms of Miguel
de Cervantes, whose advice was : “ never let go of the
hand of the child you once were ”. I’ve never let go of the
child in me. And like Saint Francis of Assisi, I like to talk
to the birds, and find it easy to strike up conversations
with children.
Lastyear,yousetupthebrandconsultancyCastelbajac
Creative Agency. Was that simply the logical next step
in your career  ?
Whatstrikesmethemost,whenIlookbackonthelastforty
yearsofmylife,isconsistency.Mylifeisoneofpartnerships.
Basquiat,KeithHaring,VivienneWestwood,XavierVeillant,
Mappelthorpe, Cindy Sherman, Livero Toscani… outside
the world of fashion, I’ve often been called on to act as
artistic directorfor a range of projects, create events, and
so on. Brands are drawn by my sense of vision. Creative
Agency is all this and more – a father’s adventure with
his two sons. It’s all about our sense of family.
What do you think about the great designers such as
Elbaz and Raf Simons having left their positions as
artisticdirectorsofvariousFrenchhautecouturefirms  ?
“ L a m o d e e s t e n m a l d ’ e g o ”
| 15 |
Mode-Fashion
Rencontre Meet
_
>
“   F a s h i o n b a d l y
n e e d s m o r e p e r s o n a l i t y  ”
de haute-couture françaises pourlesquelles ils étaient
directeur artistique ?
Quand j’ai commencé et que je réalisais un croquis,
je n’avais pas affaire à des personnes sortant d’écoles
de commerces et de marketing me disant comment
le revisiter. Lorsque les choses se passent de cette
manière, votre dessin finit par ne plus exister. Il est
complétement désincarné. Le problème, donc, est que
tous ces jeunes talentueux ne sont pas au service de
leur propre style. Ils doivent intégrer l’idée du créateur
When I started out, and produced a sketch orsomething,
I didn’t have to deal with people from marketing orfresh
out of business school telling me what needed doing
to it. Once you get to that point, your design ends up
disappearing altogether. The life and soul is cut out of
it. The problem is that all these budding talents haven’t
really developed their own style. They have to get to
grips with the idea of being a creative designer and not
impose their own identity, or they end up sending out
mixed messages.
| 16 |
> et ne pas mettre leur propre identité en avant, afin
d’éviter la confusion des genres.
Votre regard sur la mode d’aujourd’hui ?
Elle est en mal d’égo. La mode a besoin de l’art pour
mettre en avant des produits désincarnés et, d’autre
part, elle a besoin de créateurs talentueux pour créer et
recréerautourde la marque. Bien souvent, les créateurs,
en mal de reconnaissance, s’éloignent de l’identité de la
marque. PourRossignol, parexemple, je dessine depuis
treize ans ettravailletoujours surl’identité de la marque.
Vous avez habillé des personnalités multiples. Laquelle
aimeriez-vous particulièrement habiller aujourd’hui ?
Le Pape François, carc’est un propagateuret un homme
extrêmement courageux.J’aimerais également habiller
Marina Hands, que jetrouve aussi belle que mystérieuse.
Elle est différente. Mais je pense aussi à Catherine
Deneuve dont la beauté, depuis toujours, est de l’ordre
de la présence charismatique.
Votre rapport à la religion ?
J’entretiens avec la religion un rapport assez intime et
mystérieux. Il y a une très grande osmose entre mon
travail et ma foi. Cette dernière est importante pour
moi, mais au-delà de cet aspect, je parle d’espérance
dans montravail. Ces anges que je dessine partout sont
comme des messagestrès simples. Ils sont devenus l’un
des symboles de ma maison, sans doute car j’ai une
relation spirituelle à mon travail.AvecAndré Courrèges,
nous faisions parti du Comité national d’art sacré. C’est
à travers lui que, dans les années 90, Monseigneur
Lustiger a été amené à me contacter pour habiller le
Saint Père. A vrai dire, je suis très fier d’être l’unique
créateur à avoir habillé un Saint. La chasuble de Jean-
Paul II est aujourd’hui conservée dans le trésor de la
cathédrale Notre-Dame de Paris.
Parmi toutes vos rencontres, laquelle vous a particu-
lièrement ému ?
Je me souviens surtout de celle avec Jean Paul II, qui
m’a dit la plus belle phrase entendue de toute ma
vie : « vous avez utilisé la couleur comme ciment de la
foi. » Monseigneur Lustiger avait d’ailleurs ajouté : « et
de l’espérance ».
Vous dites souvent que le seul créateura avoircompris
votre univers était André Courrèges…
En effet. J’ai aimé faire de la mode pour sa dimension
expérimentale, pourinventerdes choses : des flous, des
transparences… Et le seul qui aitvu que je ne parlais pas
de mode mais de style, c’était André Courrèges. Il m’a
contacté une premièrefois dans les années 70, mais rien
ne s’est fait car nous avions deux fortes personnalités.
Il m’a rappelé dans les années 90, et nous avons eu,
cette fois, deux collaborations magiques.
What’s your view of fashion today  ?
It badly needs more personality. Fashion needs art to
promote ethereal products, and needstalented creatives
tocomeupwithnewideasandrefineothersforthebrand.
Creative types often feel the need to assert themselves,
and so end up not reflecting a brand’s identity. For my
part, while I’ve been doing design work for Rossignol
for thirteen years now, I’ve never broken step with the
brand’s identity.
You’ve designed clothes formanypublic figures inyour
time. Isthere someonewhoyou’d particularlyliketo do
that for right now  ?
Yes, Pope Francis : he’s a communicator, and averycou-
rageous individual. I’d also like to design something for
Marina Hands,who Ifind as beautiful as she is enigmatic.
She’s different somehow. And, too, there’s Catherine
Deneuve, whose beauty has ever been bound up with
her charismatic presence.
What’s your relationship with religion like  ?
My relationship with matters of faith is quite intimate
and mysterious. There’s a lot of interplay between my
work and myfaith. Myfaith is important to me, but even
more importantly, my work itself expresses hope. The
angels I draw here, there, and everywhere are like a little
message.They’ve become one ofthe symbols ofmyfirm,
no doubt because I have a spiritual relationship with my
work. André Courrèges and I were members of France’s
National Committee for Sacred Art. It was through him
that in the 1990s, Mgr Lustiger ended up contacting me
to design clothes for the Pope. And the truth is, I’m very
“ Les anges sont
les symboles de
ma maison, car
j'ai une relation
spirituelle avec
mon travail ”
Rencontre Meet
_
Mode-Fashion
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LE PREMIER
ARRONDISSEMENT
DE CASTELBAJAC
CASTELBAJAC’S
FIRST ARRONDIS-
SEMENT
Avantd’youvrirsapremière
boutique,Jean-Charlesde
Castelbajacavécudansle« 1er » :
auBrightond’abord,puisau
Meurice.Sesadressesfétiches:
>LEBARDUMEURICE,au
228ruedeRivoli:illuiacrééle
cocktailJCDCàbasedeginetde
gingembre;
>LALIBRAIRIEDELAMAIN,au
155rueSaintHonoré;
>LABOUTIQUERARISSIME,au
18rueSaintRoch.« L’unedesplus
étroitesetanciennesdeParis.Sa
devantureindique1638! »;
>EBIS,au19rueSaintRoch.« Le
meilleurrestaurantjaponaisde
Paris. »
>LACONTRIE,au11ruedela
Soudière.« Unefemmeycréedes
sacssurmesure. »
He lived there before he ever
opened his first store there  :
firstly at Hôtel Brighton, then at
the Meurice. Here are his abso-
lute favourite haunts  :
> THE MEURICE BAR – and the
JCDC cocktail he created for it,
based on gin and ginger ;
> THE DELAMAIN bookshop at
155 Rue Saint Honoré ;
> THE RARISSIME STORE at 18
Rue Saint Roch  : “  one of the
narrowest shops in Paris, and
one of the oldest, too  : its timber
frontage bears the date 1638  ” ;
> EBIS, “ the best Japanese
restaurant in all Paris ”, at 19 Rue
Saint Roch ;
> LA CONTRIE  : a woman
leatherworker who makes
bespoke bags at 11 rue de la
Sourdière.
proud of being the only stylist to have clothed a saint !
John Paul II’s chasuble is now part of the treasure kept
at Notre Dame de Paris cathedral.
Of all the people you’ve met, who has made the most
impact on you  ?
Most of all I remember meeting Pope John Paul II, who
said the most wonderful thing I’ve ever heard : “ you’ve
used colour as mortar to hold faith together ”. And Mgr
Lustiger went on to add : “ and hope ”.
Youoftensaythattheonlydesignertohaveunderstood
your world was André Courrèges.
Indeed.Ilikeworkinginfashionbecauseofitsexperimental
aspect ; it provides opportunities for invention. There are
blurred lines, see-through layers – and the only person
to have grasped that I was addressing style rather than
fashion was André Courrèges. He contacted me initially
in the 1970s, but nothing came of it because we both
had such strong personalities. He got back in touch in
the 1990s, and onthat occasion,we enjoyedtwo magical
opportunities to work together.
Rencontre Meet
_
Mode-Fashion
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Reportage Report
_
F r a g o n a r d ’ s n e w p a r i s s h o w c a s e
La presque centenaire maison de parfumerie Fragonard, née à Grasse dans
les années 20, s’offre un nouvel écrin au cœur de la Capitale, à quelques
pas de l’Opéra Garnier. Ce Nouveau Musée du Parfum s’avère, en réalité,
une formidable vitrine du patrimoine. Visite guidée. It’s nearly one hundred
years since the Fragonard perfumery was founded in Grasse in the 1920s.
Now it has a new showcase in France’s capital city, just a stone’s throw
from the Palais Garnier Opera House. A visit to this ‘New Perfume Museum’
reveals just how good an advertisement for that heritage it is.
D’abord,ilyacetteadressequienditlongsurle
site : square de l’Opéra Louis-Jouvet, à deux
pas de l’Opéra Garnier, en plein cœur de la
Capitale. Le Nouveau Musée du Parfum Fragonard
prometdes’inscriredansuncadrechargéd’histoire.
Puis il y a cette promesse tenue : le lieu, héritage
évident de plus d’un siècle d’histoire, est bien plus
qu’unmuséeduparfum.Ilestlegardiend’unpatri-
moine,letémoindutempsquicourt.Aprèsunanet
demi d’intensifstravaux, réalisés selon les souhaits
les plus strictes de l’entreprise et de son architecte,
François Muracciole, le lieu, ouvert en septembre
2015, demeure le garant d’une certaine continuité.
De fait, l’histoire et le patrimoine y jouent un rôle
omniprésent : les multiples facettes du lieu sont
au centre même du musée, des poutres Eiffel aux
murs de briques, en passant par les pavés de verre
ou encore parcette immenseverrière surplombant
la boutique adjacente au musée.
Ilfautdireque,peuconnuedugrandpublic,l’adresse
abritait, depuis 1880, l’EdenThéâtre. Rebaptisé par
lasuiteGrandThéâtre,ilaccueillealorsbalsféériques
et autres représentations en vogue. Rapidement,
en raison d’une gestion hasardeuse, le théâtre est
contraint de fermer et, en partie détruit, laisse la
The address itself speaks volumes : Square
de l’Opéra Louis-Jouvet, a stone’s throw
from the Garnier Opera House, at the very
heart of Paris. The implicit promise of Fragonard’s
New Perfume Museum is that it will acknowledge
the surrounding weight of history here. As in-
deed it does : the edifice clearly embodies over
a century of human activity, and is by nature
far more than just a perfume museum. It is
the custodian of a heritage, bearing witness to
a whole bygone era. After eighteen months of
intensive renovation work, carried out strictly
according to the firm’s wishes and those of its
architect, François Muracciole, the venue opened
in September 2015, preserving a suitable air
of continuity. Indeed, history and heritage are
everywhere you look here. The many facets of
the building embody the ethos of the museum
– from the Eiffel beams to the brick walls and
glass panels, not forgetting the huge glass roof
above the shop next to the museum.
The address may be little known to the general
public, but originally (from 1880 onwards) it was
home to the Eden Theatre. Later renamed the
“ Grand Théâtre ”, this was a venue for fairytale
L E N O U V E L
É C R I N P A R I S I E N
D E F R A G O N A R D
Par-byRomainRivière
>
Rubrique Rubric
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| 19 |
| 20 |
place à un manègevélocipédique installé à la place
de l’ancien fond de scène. Mais ce vélodrome du
quartier de l’Opéra, prisé des parisiens désireux,
pour une dizaine de francs, de se familiariser avec
cenouveaumoyendetransporttoutàfaitmoderne,
devient rapidement le showroom du négociant de
meublesanglais,Maple&Co,profitantdel’immen-
sité du lieu, affichant près de 1 200 mètres carrés,
pour imaginer une nouvelle façon de présenter le
mobilier à ses clients. Finalement, en 2014, après
118 ans d’exploitation du lieu, Maple & Co cède cet
ensemble à la maison de parfumerie Fragonard,
désireuse,justement,d’installerunnouveaumusée
dédié à son environnement : la matière première,
le métier de parfumeur, les secrets de fabrication,
mais aussi à ses impressionnantes collections de
flacons et d’étiquettes. Là, dans une ambiance
authentique, la maison de parfumerie, fondée en
plein âge d’or du parfum, en 1926, invite le visiteur
à remonter le temps.
MÉLANGEUR ÀAILETTES
Cevoyages’articuleautourdelasalledefabrication,
où trône un mélangeur à ailettes pour matières
premières, provenant de l’une des plus anciennes
usines de parfumerie de Grasse : un gigantesque
appareil, participant à conférerau lieu son caractère
authentique permettant au visiteur de plonger di-
rectement dans l’ambiance d’une usine il y a près
de cent ans. A ses côtés, sur la coursive qui a été
conservée,sontexposésalambicsetautrescuvesde
macération,datantdelafinduXIXesiècleetdontle
visiteurapprend qu’ils étaient, à l’époque, portatifs,
balls and other fashionable shows of the day.
Suffering from poor management, the theatre
was soon forced to close, and was partially
demolished – with a bicycle merry-go-round
installed where the backstage area used to be.
It was not long, however, before this velodrome
in the Opéra district – descended on by Parisians
willing to fork out a few francs to discover this
new-fangled means of transport – became the
showroom for Maple & Co, an English furniture
trader. The vast area, totalling some 1,200sqm,
offered the firm a new way to display furniture
to its customers. After having been in business
on the site for 118 years, in 2014 Maple & Co sold
the premises to the Fragonard perfumery, which
was keen to set up a new museum displaying
aspects of its own very special world : raw mate-
rials, the perfumery trade, some manufacturing
secrets, and an impressive collection of bottles
and labels. As a result, the perfumery – founded
in 1926 when the golden age of perfume was
at its height – can invite visitors to travel back
in time in an absolutely authentic atmosphere.
AUTHENTIC ATMOSPHERE
The journey is organised around the manufactu-
ring room, where an agitator for mixing raw ma-
terials from one of the oldest perfume factories
in Grasse takes pride of place. This huge piece
of apparatus helps give the venue its authentic
atmosphere, immediately plunging visitors into
the factory environment of nearly a century ago.
Next to it, along a preserved walkway, there is
l 1 l Au centre du
musée, la salle de
fabrication.
l 2 l Le cabinet de
curiosités et ses
objets hétéroclites.
>
>
Reportage Report
_
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Reportage Report
_
“ La
maison de
parfumerie
invite
le visiteur
à voyager
dans le
temps ”
| 22 |
demanièreàêtreutilisésdans
les champs de fleurs.
Dans les salles adjacentes,
un ensemble de photogra-
phies noir et blanc retracent
les étapes de fabrication du
parfum. Réalisé au début du
XXe siècle à Grasse, ce repor-
tage s’impose comme unté-
moin majeurd’untemps révolu. Desfilms mettent
également en lumière les différents procédés –
cueillette, enfleurage, distillation, laboratoire… – et
l’importance de l’homme, pilier de ce savoir-faire
artisanal. Un peu plus loin, le musée expose un
orgue à parfum sur lequel sont exposées quelque
250essencesdifférentes.Unéveildessensmarqué
parlesnotesaciduléesdesagrumes,laissanttantôt
la place à des notes florales ou fruitées, tantôt à
des touches épicées ou boisées. L’occasion d’ap-
prendre l’évolution olfactive d’un parfum au fil des
heures, et de comprendre le mécanisme des notes
de tête, de cœur et de fond : les notes d’agrumes
ou d’aromates, prépondérantes les deux premières
heures, laissent ensuite la place aux notes fleuries,
vertes, fruitées ou épicées, puis, passée la sixième
heure, aux notes boisées. C’est autour de ce grand
principe et de ces multiples essences que le maître
parfumeur met au point, parfois à force de longs
mois de travail, ses recettes.
Passées ces étapes, le Nouveau Musée du Parfum
présenteauvisiteuruneimpressionnantecollection
de flacons anciens. Un véritable voyage dans le
temps, permettant de redécouvrir l’évolutions des
culturesàtraverslessiècleset,même,lesmillénaires,
puisque le plus ancien exposé est daté de – 3 000 !
De l’Egypte ancienne jusqu’aux parfums coutures
des temps modernes, en passant par l’art du fla-
connage des XVIIe et XVIIIe siècles, les pots-pourris
deLouisXIV,ouencorelesnécessairesdevoyageet
les coffrets précieux du XVIIIe siècle… pas moins de
300 objets retracent l’histoire de la parfumerie. ◊
a display of stills and maceration tanks dating
back to the late nineteenth century ; visitors
learn that in the past these items were portable,
so that they could be used in the flower fields.
In the adjacent rooms, a series of black and
white photographs show the stages in per-
fume manufacturing. This photo-report was
made in Grasse in the early twentieth century,
an important testimony to an age long since
departed. There are also films showing the details
of different processes such as picking, enfleurage,
distillation and lab work – as well as highlighting
the importance of the people themselves, the
cornerstone of this craft. A little further on, the
museum displays a perfume organ featuring
some 250 different essential oils. The resulting
awakening of the senses introduces sharp citrus
scents, giving way to floral and fruity fragrances
or spicier, woody notes. This is the place to learn
how the scent of a perfume changes with the
passage of time and understand the mechanism
of top, heart and base notes : citrus or herbal
notes dominate for the first couple of hours,
before making way for floral, green, fruity or
spicy notes and then, after six hours, woody
notes. Master perfumers use this great principle
– and the many different essential oils at their
disposal – to perfect their recipes, sometimes
calling for many months of work.
Following on from these sequences, the New
Perfume Museum presents visitors with an im-
pressive collection of historic bottles. This voyage
through time depicts changing cultures down
through the centuries, and indeed millennia – the
oldest bottle on display dates back to 3000 BC.
There are over three hundred objects covering the
history of perfume-making, from Ancient Egypt
to the designer perfumes of modern times, not
forgetting the bottle art of the seventeenth and
eighteenth centuries, Louis XIV’s pot pourris,
and eighteenth-century travel kits and caskets. ◊
“Le témoin majeur
d’un temps révolu ”
>
Reportage Report
_
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L’usinequ’occupelamaisondeparfume-
riefigurecommel’unedesplusanciennes
parfumeriesdeGrasse,puisqueson
origineremonteà1782.En1926,cette
fabriqueprendlenomdeFragonard,
enhommageaupeintreJean-Honoré
Fragonard–1732–1806–,filsdugantier
parfumeurgrassoisFrançoisFragonard.
C’estlàquel’entreprisefamilialeproduit
encore,selonsonsavoir-faireartisanal,
desparfums,eauxdetoilettes,cosmé-
tiquesousavons.Depuispeu,Fragonard,
enpleindéveloppement,s’ouvreégale-
mentàd’autresuniversprochescomme
celuideladécorationetdelamaison.
The factory occupied by the perfu-
mery is one of the oldest in Grasse,
having been in existence since
1782. In 1926, the establishment
took on the name of Fragonard in
homage to the painter Jean-Honoré
Fragonard (1732-1806), the son of
Grasse perfumer and glovemaker
François Fragonard. The family firm
is still there, using its craftsmanship
to produce perfumes, toilet waters,
cosmetics and soaps. More recently,
Fragonard has expanded and
broadened out to encompass other
related spheres, such as decoration
and homecraft
DU PEINTRE
À LA MAISON
DE PARFUMERIE
FROM PAINTER
TO PERFUMERS
Musée
Nouveau Musée du Parfum
3 - 5, square de l’Opéra
Louis Jouvet
du lun. au sam. de 9h à 18h
Reportage Report
_
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Marque Brand
_
La peau nous parle », assure Joëlle Ciocco. Elle
en sait quelque chose : ses quarante années
d’expérience lui ont permis de la comprendre
d’abord,puisd’élaborerunenouvellediscipline,bap-
tiséel’épidermologie.Unesortedehautecosmétique,
à mi-chemin entre la psychothérapie et la cosmé-
tique. « L’épiderme n’est pas neutre, au contraire : il
disposed’unéco-systèmevivant,capabled’évoluer
et de se modifier selon les personnes, les origines
génétiques,lesmodesdevie,lesétatsémotionnels,
etc.Achaqueperturbation,ilsedéséquilibre,perdsa
protectionnaturelleetvieillit »,ajoutelabiochimiste
deformation,désormaisreconnueinternationalement
poursontravailetdontlecentredesoinsestinstallé,
depuis des années, en plein cœur du luxe parisien,
place de la Madeleine. L’epidermologie ? « C’est à la
foisl’étudeduvêtementdelapeau,etuneméthode
dusoinparl’hygièneetlarespirationpourl’embellir »,
reprend Joëlle Ciocco, ajoutant que « l’épiderme
d’aujourd’hui montre de nouveaux besoins pour
respireret s’alimenterafin de menerà bien sa quête
de jeunesse. » Cette quête, c’est la mission de cette
cinquantenaire, que les grands noms de la mode et
du show-biz s’arrachent, de même que L’Oréal qui
en a fait son experte internationale. Concrètement,
il s’agit de construire un équilibre cutané grâce à
l’application de produits intelligents, en vue d’offrir
unepeaucalme,rassuréeetcapabledesedéfendre
des agressions.
Pour y parvenir, la maison Joëlle Ciocco assure une
prestationglobaleetentièrementMadeinFrance :le
Par-byRomainRivière
Our skin talks to us, ” insists Joëlle Ciocco.
And she should know : her forty years’
experience have helped her understand
skin and go on to form a new discipline, known
as epidermology. It’s a kind of fine cosmetics,
half-way between psychotherapy and cosmetics
itself. “ The epidermis is anything but inert : it has
its own living eco-system, capable of altering and
changing depending on the individual, genetic
origin, lifestyle, emotional state, and so on. Every
time it’s disturbed, it loses its balance and na-
tural protection – and ages, ” adds the qualified
biochemist, now internationally acclaimed for her
work, and with a treatment centre of many years’
standing located at the very heart of the luxury
district in Paris, on Place de la Madeleine. So just
what is epidermology ? “ It’s both the study of
the skin covering, and a treatment method for
enhancing it, based on hygiene and breathing, ”
explains Joëlle Ciocco, adding that “ nowadays,
to succeed in its quest for youth our epidermis is
expressing new needs when it comes to breathing
and nourishment. ” This quest is also the mission
of this woman in her fifties, much sought after
by the big names in fashion and show business,
not to mention L’Oréal, which has made her their
international expert. Practicallyspeaking, it involves
building skin balance through the application of
intelligently-devised products, so as to provide
calm, reassured skin that’s capable of fending off
attacks.To do so,Joëlle Ciocco offers a global service
«
L A H A U T E
C O S M É T I Q U E D E
J O Ë L L E C I O C C O
Au fil de quarante ans d’expérience, Joëlle
Ciocco a élaboré une discipline de haute
cosmétique reposant sur l’étude de l’éco-
système de la peau : l’épidermologie. Elle
l’exerce depuis son centre de soins, situé
place de la Madeleine.
With over forty years of experience,
Joëlle Ciocco has developed a discipline
of fine cosmetics, based on a study of
the skin’s eco-system : epidermology.
She practices this art in her treatment
centre on Place de la Madeleine.
F i n e c o s m e t i c s a s p r a c t i s e d b y J o ë l l e C i o c c o
“ 
Beauté-Beauty
Rubrique Rubric
_
| 25 |
laboratoire à taille humaine qu’elle a créé, en région
parisienne, développe et fabrique des produits de
soins à la façon d’un atelier d’art cosmétique, c’est
àdireensuivantuncahierdeschargesextrêmement
strict, répondant aux exigences les plus pointues de
ses clients. Chaque étape – extraction des matières
premières, conditionnement sous vide… – préserve
l’efficacité des formules et respecte l’environne-
ment. Ce sont ces produits, et uniquement ceux-ci,
quel’epidermologueappliqueàsespatientsdepuis
son centre parisien. Et comme la demande ne fait
qu’augmenter,JoëlleCioccos’apprêteàouvrir,place
de la Madeleine, sa propre école de formation. Une
sorte d’aboutissement. ◊
that’s entirely Made in France : the human-sized
laboratory she’s set up in the Paris region develops
and manufactures treatment products in a practice
akin to a cosmetics craft workshop. That means
following extremely stringent specifications, and
complying with the most demanding requirements
of its clients. Each stage – extracting raw materials,
vacuum packaging and so on – protectsthe efficacy
of the formulas and is environmentally-friendly.
These products are the only ones used for patients
by the epidermologist in her Parisian treatment
centre.And since demand is ever-increasing,Joëlle
Ciocco is preparing to open her own training school
on Place de la Madeleine – a fitting culmination. ◊
“ Un véritable
atelier d’art
de la cosmé-
tique ”
Beauté-Beauty
Made of Tour Eiffel
TOUR EIFFEL
When the world’s most
famous monument
becomes a timepiece.
T O U R E I F F E L . S A I N T H O N O R E . C O M
When the world’s most
famous monument
becomes a timepiece.
BOUTIQUE SAINT HONORE PARIS
326, rue Saint-Honoré
75001 Paris
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| 27 |
Horlogerie-Watchmaking
Dossier Feature
_
L’ANNÉE DE LA PAIRE
HORLOGERIE FÉMININE :
LES TEMPS DANSENT
NOUVEAUTÉS
PAIRING OFF
2016  : THE TIMES
THEY ARE A-DANCING
NEWS
1
2
3
H o r l o
g e r i e
| 28 |
Dossier Feature
_
l 1 l Le top model
Cara Delevingne,
ambassadrice TAG
Heuer, a su charmer
une nouvelle
clientèle féminine.
l 2 l Chopard,
marque de source
joaillière, a su
conquérir le coeur
des hommes
avec des modèles
masculins racés.
l 3 l L’Oyster
Perpetual Lady-
Datejust 28, futur
best-seller de
Rolex, la seule
marque horlogère
dont l'offre est à
stricte parité.
Horlogerie-Watchmaking
| 29 |
Dossier Feature
_
L ’ A N N É E
D E L A P A I R E
Ce sera l’adage le plus entendu de ce pre-
mier trimestre horloger : 2016, année de la
femme. La chanson a été poussée aussi
bien courant janvier au SIHH - Salon International
de la Haute Horlogerie -, qu’à Baselworld deux
mois plus tard. Loin de révéler une subite em-
pathie pour la gente féminine, les marques
horlogères chérissent ce public pour sa capa-
cité - espérée, fantasmée - à compenser des
ventes masculines en baisse. Moins glamour,
mais plus réaliste.
Comme toujours, l’histoire donnera probable-
ment raison a celles qui auront le plus anticipé
ce mouvement en créant des collections fémi-
nines aujourd’hui bien établies. Ces marques
sont encore rares. Baume & Mercier est l’une
des seules à avoir anticipé ce recentrage, depuis
plus de deux ans. La marque genevoise dispose
aujourd’hui d’autant de collections féminines
que masculines. Rolex, malgré sa discrétion
habituelle, n’en a pas fait moins : 96 modèles
pour lui, 96 pour elle. Le hasard n’a plus sa place
dans cet équilibre parfait. Pourtant, malgré ce
bel affichage paritaire, les ventes ont parfois
du mal à s’aligner. Avoir autant de modèles
pour femmes que pour hommes ne signifie
pas qu’ils sont vendus à quantités égales. A ce
jeu, c’est bien souvent le positionnement natif
de la marque qui détermine son succès dans
cette entreprise.
Dans l’inconscient collectif, Zenith, Breitling,
parmi tant d’autres, sont en effet des marques
sportives donc pour hommes. Ces deux-là ont
P a i r i n g o f f
Gouvernance, politique, domestique, professionnelle : la parité se conjugue en
tous lieux. Sauf en horlogerie ? Si beaucoup de marques clament leur amour
de la femme, la réalité est parfois bien différente. - In governance, politics,
domestic and professional life, sex equality is everywhere. Is watchmaking the
exception ?While manybrands boast abouttheirlove forwomen,the underlying
realities are often somewhat different.
The most popular mantra in watchma-
king in this first quarter will be “ 2016 is
women’s year ”. In this respect, both the
SIHH International Fine Watchmaking Show and
Baselworld two months later are singing from the
same songsheet.
Far from revealing a sudden sense of empathy for
the fairer sex, watchmaking brands’ fresh enthu-
siasm for the ladies is motivated by something
rather less glamourous and more realistic : the
capacity of women (or at least their hoped-for
and dreamed-of capacity) to offset falling sales
of men’s watches.
As always, history will probably favour those who
anticipated this trend well ahead of time, creating
women’s collections that are by now well-establi-
shed. Such brands are still few and far between.
Baume & Mercier is one of the very few to have
been preparing for this new focus for more than
two years now. Today, the Geneva brand has as
manywomen’s collections as it does men’s. While
it has been as discreet as usual, Rolex has equalled
that score, with 96 men’s models and 96 women’s
models – a perfect balance that in times like these,
has nothing to do with chance.
Such fine displays of equal opportunity are not
always mirrored in sales, however. Having as many
women’s as men’s models on offer does not au-
tomatically translate into equal quantities of each
being sold. When it comes down to it, a brand’s
retail successes are often determined by its native
positioning. In the collective unconscious, Zenith
and Breitling – to name but two players – are sports
>
Horlogerie-Watchmaking
Par-byOlivierMuller
| 30 |
des difficultés à charmer les femmes. A l’inverse,
les marques de tradition joaillière sont perçues
comme presque exclusivement féminines, mal-
gré les qualités évidentes de leur garde-temps
masculins : la Dandy de Chaumet, la Pierre Arpels
de Van Cleef & Arpels, la Première XL de Poiray,
parmi d’autres. Pétris d’orgueil viril ou de simples
préjugés, rares sont les hommes à pousser la
porte de ces maisons pour y faire leurs emplettes
horlogères. Deux exception subsistent : Cartier
et Chopard. La première, en développant no-
tamment des complications de haute voltige, a
su s’attirer les faveurs de monsieur. La seconde,
sous l’impulsion directe de son co-président, a
développé des gammes sportives et classiques
également très techniques qui ont trouvé leur
public.
Stricte parité
Mais l’industrie révèle parfois ses surprises et
contradictions. TAG Heuer, par exemple. La
marque suisse du groupe LVMH, dopée à la
course automobile, à la haute précision et aux
sports extrêmes, dispose aujourd’hui des col-
lections réparties à stricte parité. Et, de plus en
plus, la femme TAG s’affirme dans la croissance
de la marque. Que TAG Heuer ait réussi ce tour
de force ne doit rien au hasard : depuis de nom-
breuses années, elle signe à tour de bras des
ambassadrices de charme. Du top modèle à la
sportive de haut niveau, de Cara Delevingne à
Maria Sharapova, la jeune femme du nouveau
millénaire aime à se retrouver dans l’univers
marketing de TAG Heuer.
Car, au final, si le marketing fera la différence, il
n’arrivera pas à équilibrer les ventes tout seul.
Derrière une volonté très paritaire, les canaux de
communication et de vente restent très sexués.
En publicité, par exemple : monsieur sera sou-
vent abordé avec un visuel produit nul, froid
et technique, le plus souvent sur fond noir et
sans environnement. Pour madame, ce seront
de vastes campagnes où l’esthétique primera
toujours : celle d’un corps, d’un paysage, d’une
célébrité. Avec une montre, accessoirement. Car
pour beaucoup d’entre elles, la montre reste un
accessoire.
En somme, cette noble volonté paritaire ne
saurait se réduire à un simple équilibre de col-
lections. Il faudra l’accompagner de messages
marketing, publicitaires et commerciaux. Si les
deux premiers sont en train d’être adaptés pour
un public féminin, les espaces de vente ont en-
core du chemin à parcourir. Certaines marques
ont déjà compris que l’on ne pouvait accueillir un
homme et une femme avec le même dispositif.
Poiray, par exemple, a été la première à ouvrir
“ Dans l’inconscient collectif,
Zenith et Breitling sont des
marques pour hommes ”
brands, and therefore for men ; neitherfinds it easy
to win overwomen. On the other hand, brands with
a jewellerytradition are perceived as being almost
exclusively for ladies, despite the incontrovertible
qualities of their timepieces for men : Chaumet’s
Dandy, the Pierre Arpels from Van Cleef & Arpels,
Poiray’s Première XL, and many more. Whether
it’s down to macho pride or mere prejudice, very
few guys go to these brands to buy their watches.
There are, however, two exceptions : Cartier and
Chopard. Cartier has successfully aroused the in-
terest of men by developing sophisticated compli-
cations. And Chopard, underthe direct impetus of
its co-president, has developed sports and classic
ranges that are alsoverytechnical – and which have
found their target.
HAVING IT BOTH WAYS
Despite all this, the industry sometimes throws up
surprises and contradictions. Take the case ofTAG
Heuer, the LVMH Group’s Swiss brand. Inextricably
linkedwith motorracing, high precision and extreme
sports, it now boasts equal numbers of men’s
and women’s collections – and increasingly, TAG
women’s watches are fuelling the brand’s growth.
The fact thatTAG Heuerhas pulled offsuch a feat is
no accident : formanyyears, it has been relentlessly
signing up winsome female ambassadors ranging
from top models to top sportswomen – from Cara
Delevingne to Maria Sharapova. Clearly, young
women ofthe new millennium love to identifywith
the marketing universe of TAG Heuer.
Marketing does makes a difference, but atthe end of
the day it alone cannot balance sales. Even as they
strive to achieve universal appeal, communications
and sales channels remain very gender-specific. In
advertising, for example, men are often targeted
by product visuals that are uninspiring, imperso-
nal, and tech-heavy, more often than not on a
black background devoid of surroundings. Women,
meanwhile, are treated to huge campaigns in which
aesthetics are everything – highlighting bodies,
landscapes and celebrities, and just happening to
>
Dossier Feature
_
Horlogerie-Watchmaking
| 31 |
des « strap bar », ou bar à bracelets, où chaque
cliente peut venir se poser en toute décontraction
pour choisir ses bracelets interchangeables au
fil de ses humeurs, des saisons. Autre exemple :
Chaumet. Dans son hôtel particulier de la place
Vendôme, la maison a créé un musée éphémère
qui permet à ses clientes de naviguer librement
dans l’histoire de la marque sans être plongée
immédiatement dans un processus de vente.
Cette tendance ne fait d’ailleurs que confirmer
que l’achat d’un garde-temps se joue principale-
ment à l’image qu’il véhicule et pas seulement à
ses capacités techniques. Et cela, c’est unisexe. ◊
include a watch somewhere ; the idea being that
for many women, watches remain nothing more
than an accessory.
All in all, the noble desire for equality involves a
lot more than simply producing equal numbers of
watches. It needs to be accompanied bymarketing,
advertising and sales messages. While the first
two are now being adapted for a female audience,
there is still progress to be made when it comes
to sales outlets.
Some brands have already rumbled the fact that
men andwomen require differing kinds ofwelcome.
Poiray, for instance, was the first to open “ strap
bars ”,where a customercan come andtake hertime
to choose interchangeable strapsto suitthe season,
orhermood.Anotherexample is Chaumet.The firm
has created a temporary museum in its mansion
on Place Vendôme, allowing its female clientele to
wander freely through the brand’s history, without
having to engage immediately in a sales process.
What is more, this development serves to confirm
the fact that buying a timepiece is increasinglytied
to the image it conveys, rather than solely being a
question of its technical capabilities – a fact that
applies to both sexes. ◊
l 4 l Richard Mille
a longtemps
joué les codes de
l'ultra-masculin.
Aujourd'hui, la
marque séduit une
proportion crois-
sante de femmes
Dossier Feature
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Horlogerie-Watchmaking
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H O R L O G E R I E
F É M I N I N E  :
L E S T E M P S
D A N S E N T
2 0 1 6  : t h e t i m e s t h e y a r e a - d a n c i n g
L’horlogerie féminine se cherche. C’est une véritable partie d’échecs
quiva se jouersous nosyeux en 2016. Les marques qui ont la femme
dans leurADN ont une confortable avance face aux acteurs qui, eux,
vont tenter de se faire une place dans leur cœur. There’s a battle on
forthe heart and soul ofwatchmaking forwomen, and 2016 promises
somefascinatingtactical developments. Brandswithwomen’swatches
in their genes will have a head start overthose just beginning to trying
and win over the ladies.
Par-byCécileBernardini
l 1 l
Van Cleef & Arpels,
Cadenas, 2015.
Dossier Feature
_
Horlogerie-Watchmaking
| 33 |
Cette année, rares seront les dénominateurs
communs en horlogerie, mais il y en aura
malgré tout quelques-uns : des montres
de forme ronde, poétiques, un diamètre modéré
et une indéniable considération de la montre
comme un accessoire, de mode ou joaillier. Une
chose est sûre, plus grand monde ne jugera la
montre féminine comme la diminution sertie
d’une montre masculine !
Chaque maison suivra ce crédo avec une seule
stratégie : pas de mouvement brusque. Van
Cleef & Arpels restera poétique, Richard Mille
technique et Chaumet, joaillière. L’industrie
horlogère devrait donc jouer selon des partitions
déjà écrites en articulant ses modèles iconiques
autour de messages plus ou moins renouvelés.
Et, fort heureusement, les poncifs de l’univers
masculin, comme le néo-vintage ou la com-
plication pour la complication, ne devraient
pas passer les frontières de la féminité. Autre
idée globalement partagée : l’importance de
l’univers de la marque. En marketing, on parle
de « story telling ». L’univers masculin, jusqu’à
présent, peut en partie s’en passer. La montre
suffit, la technique parle souvent d’elle-même.
L’horlogerie féminine, elle, ne fera pas l’impasse
en 2016 sur l’univers de la maison à laquelle elle
appartient : son histoire, son passé prestigieux
(ou imaginaire). La récente éclosion de Fabergé
concentre à elle seule l’ensemble de ces ten-
dances : insistance sur l’héritage historique de
la marque, montre compliquée mais poétique,
forme ronde et importance de la montre bijou.
Le discours théorique risque toutefois de trouver
une limite pratique : le prix. Beaucoup de maisons
s’accordent encore à considérer la montre fémi-
nine comme un accessoire. Mais entre l’acces-
soire richement serti en série limitée à 500 000
euros et la petite montre accessoire à bracelet
interchangeable à mille euros, il existe un fossé
que peu de clientes accepteront de combler sans
contrepartie : un produit qui vaut véritablement
le prix demandé. Pour Jean-Jacques Weber, dis-
tributeur multi-marques depuis plus de trente
ans dans le sérail, « le risque pèse principale-
ment sur les marques hybrides, possédant par
exemple simultanément une griffe mode est un
pôle horloger ». On pense à Dior, Chanel, entre
autres, sans sous-estimer le poids commercial
de Calvin Klein, Karl Lagerfeld, Michaël Kors, et
consorts. Ces marques là possèdent incontesta-
There won’t be many common denominators
in watchmaking this year, but there will at
least be a few : rounded, lyrical watches,
of medium diameter, and an approach that un-
deniably sees the watch as a fashion or jewellery
accessory. One thing is sure : few will persist in
seeing women’s watches as nothing more than
smaller, bejewelled versions of men’s watches.
Each firm will be sticking to this new formula, along
with a single precept : no sudden changes. Van
Cleef & Arpels will remain poetical, Richard Mille
will stay technical, and Chaumet will still be all
about jewels : in short, the watchmaking industry is
set to pursue well-worn paths, arranging its iconic
models against a backdrop of semi-rejuvenated
messages. And fortunately enough, there’s little
likelihood of women’s watches being swamped
by same-old, same-old features from the world
of men’s watches, such as neo-vintage styles or
complications for complications’ sake.
l 2 l Baume & Mercier,
Petite Promesse acier.
>
Dossier Feature
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Horlogerie-Watchmaking
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blement un univers de marque plus développé
que les pure players horlogers, mais elles ont
également un positionnement plus ambigu :
véritable produit horloger ou accessoire fashion
et jetable ? A vouloir jouer sur les deux tableaux,
ce seront probablement les clientes qui finiront
par trancher elles-mêmes.
A l’heure actuelle, haute horlogerie et montre
connectée n’ont pas (encore) un lien très fort.
Cependant, ces pièces se font une place auprès
des sportives 2.0 ou soucieuses de leur bien-être.
Pour celles désirant concilier high-tech et esthé-
tisme, Alpina avec sa Horological Smartwach a
probablement su viser juste. En dehors de ce
cas d’exception, la cliente horlogère préférera
probablement avoir deux pièces distinctes, dont
l’une totalement dédiée au sport ou à son envi-
ronnement numérique. In fine, dans le cœur des
femmes, montre connectée et belle horlogerie
vont certainement continuer à évoluer ensemble
mais sur des routes parallèles, l’une ne pouvant
se substituer à l’autre.
Asseoir les fondamentaux
2016 et les années à venir vont continuer leur
(r)évolution dans l’horlogerie féminine. Des
diamètres plus fins vont revenir parer des
montres-bijoux aux côtés des rééditions ico-
niques comme Jaeger LeCoultre avec sa Reverso
pour femme, la Cadenas de Van Cleef & Arpels
ou encore la Liens de Chaumet. Certes, cette
année ne sera probablement pas celle de l’ex-
travagance ou de la révolution horlo-féminine,
mais elle aura au moins le mérite d’asseoir des
fondamentaux encore fragiles. ◊
Another idea on which there is now a broad
consensus is the importance of a brand uni-
verse. Marketing talks in terms of “ storytelling ”.
So far, men’s watches have largely been able to
get away without this : the watch itself, especially
its technical prowess, speaks for itself.
Women’s watches, however, will no longer be able
to exist in isolation from the universe of the firms
that produce them, their history and their glorious
(or in some cases, imaginary) past. The recent
Fabergé hatchling exhibits all of these trends : an
emphasis on the brand’s historical heritage ; and
a complex, yet poetic watch, round in shape and
pointing up the importance of the jewellerywatch.
This theoretical approach does however run the risk
of hitting a practical limit : the price. There is still
broad agreement among manyfirms that women’s
watches should be seen as accessories. However,
there’s a gulf between a richly-jewelled accessory
produced in a limited edition for €500,000 and
little wristwatches with interchangeable straps
going for €1000 – a gap few clients will be ready
“ Montres connectées
et haute horlogerie
n’ont pas encore
de liens forts ”
l 3 l Richard Mille
restera quoi qu’il
en soit technique…
>
Dossier Feature
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Horlogerie-Watchmaking
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to dive into without something in exchange. In
short, a product that really is worth the asking price.
According to Jean-Jacques Weber, a multi-brand
distributor who’s been in the business for over
thirty years, “ the risk is the most acute for hybrid
brands, such as those with both a fashion aspect
and a watchmaking line. ” This would include Dior,
Chanel, to name but a few ; the commercial weight
of Karl Lagerfeld, Michael Kors, and others of their
ilk should not be underestimated either. These
names undeniably have a more sophisticated
brand universe than the pure players in watch-
making, but their positioning is more equivocal :
are they producing genuine horological products,
or a disposable fashion accessory ? If they keep
trying to have it both ways, the clients themselves
will probably end up deciding matters for them.
THE ROLE OF THE CONNECTED WATCH
So far, there have been few links forged between
fine watchmaking and connected watches. All
the same, these new timepieces are beginning to
be adopted by ‘2.0’ sportswomen, as well as the
more health-conscious. For women seeking to re-
concile high-tech products with aesthetics, Alpina
has probably hit the mark with its Horological
Smartwatch.
Apart from this one-of-a-kind example, female
watch-lovers will probably prefer to have two dis-
tinct timepieces, one of which will be dedicated to
sport and their digital environment. At the end of
the day, both connected watches and fine watches
will no doubt continue to gain ground in women’s
sentiments, but along parallel tracks, since neither
can really replace the other.
2016 and the coming years will doubtless see
an ongoing (r)evolution in watches for women.
Jewellery watches featuring smaller diameters
will emerge alongside iconic new editions like
Jaeger LeCoultre’s Reverso for women, Van Cleef
& Arpels’ Cadenas and the Liens from Chaumet.
This year is unlikelyto be marked by extravagances,
or herald a revolution in women’s watches, but it
should at least see some as yet fragile foundations
made stronger. ◊
“Dans les années
à venir, l’horlogerie
féminine continuera
sa révolution”
l 4 l Poiray,
Ma Preferée.
Dossier Feature
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Horlogerie-Watchmaking
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LES
CHICS
SPORTIVES
LES
01
03
02
05
04
| LES CHICS | 01. Frédérique Constant, Classics Index GMT - Prix : 1850 euros. | 02. Jaeger-Le-
Coultre, Reverso Tribute Duoface - Prix : 9 450 euros. | 03. Glashütte Original, Senator Perpetual
Calendar - Prix : 19 000 euros. | LES SPORTIVES | 04. Baume & Mercier, Capeland Shelby Cobra.
- Prix : 4 100 euros. | 05. Vacheron Constantin, Overseas Chronographe - Prix : 31 100 euros.
Dossier Feature
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Horlogerie-Watchmaking
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LES
COMPLIQUÉES
LES
JOAILLIÈRES
06
07
08
10
09
| LES COMPLIQUÉES | 06. Audemars Piguet, Royal Oak Concept Supersonnerie - Prix nc | 07.
Lange & Söhne, Datograph Perpetual Tourbillon - Prix nc | LES JOALLIÈRES | 08. Saint Honoré,
Charisma - Prix 840 euros | 09. Piaget, Limelight Gala - Prix 38 400 euros. | 10. Chanel, Montre à
Secret Signature Morganite - Prix sur demande.
Dossier Feature
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Horlogerie-Watchmaking
Rubrique Rubric
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S O U F F L E
A U C H ΠU R
| Photographe - Photographer |
BORIS CAMACA
Patrimoine-Héritage
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Patrimoine-Héritage
Regard Look
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Patrimoine-Héritage
Regard Look
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Titulaire de l’orgue de l’église de La Madeleine depuis 1979, François-Henri Houbart, succède ainsi
à Camille Saint-Saëns et à Gabriel Fauré sur cet instrument de soixante jeux répartis sur quatre
claviers, fort de 4 426 tuyaux. Inauguré en 1846, cet orgue est aujourd’hui classé Monument
Historique. Il est la deuxième maison du musicien, dont la carrière est internationale. Camille
Saint-Saëns and Gabriel Fauré were among the organists at La Madeleine Church to have pre-
ceded François-Henri Houbart, the incumbent since 1979. It boasts sixty stops on four separate
manuals – and 4,426 pipes. Inaugurated in 1846, the organ is now listed as a Historic Monument,
and is like a second home for the musician, who has an international career.
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Patrimoine-Héritage
Regard Look
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Théatre-Theater
Patrimoine Heritage
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C O M É D I E F R A N Ç A I S E :
T R O I S S I È C L E S D E
C R É A T I V I T É
On parle d’elle comme d’une ruche bour-
donnante, symbole d’une créativité foi-
sonnante. Depuis trois siècles, la vénérable
maison est l’institution la plus embléma-
tique du théâtre français. People see this
venerable theatre as a hive of activity, and
a symbol of burgeoning creativity – it’s
been the epitome of French dramatic art
for over three centuries.
Déambuler dans le foyer et les galeries de la
Comédie Française au moment de l’entracte
est toujours un grand moment d’émotion : c’est
là que se font face, saisis dans le marbre, Molière et
Voltaire.Admirerles portraits des grands auteurs et des
célèbres comédiens qui ont façonné l’illustre maison, se
recueillirdevant lefauteuil de Molière est unvrai bonheur.
La compagnie théâtrale, qui allait devenir la Comédie
Française, est née en 1680 de la fusion, ordonnée par
le roi Louis XIV, de deux troupes rivales alors sous sa
protection : celle de l’Hôtel de Bourgogne, s’illustrant
dans le répertoiretragique, et celle de l’Hôtel Guénégaud,
constituée des anciens comédiens de Molière, mort sept
ans plustôt. Le dessein du roi de France était de doterle
pays d’une institution unique, chargée de maintenir et
enrichir le répertoire dramatique national. Une lettre de
cachet signée à Versailles consacre la fondation d’une
troupe unique, composée de vingt-sept comédiens et
comédiennes choisis parle roi pourleurexcellence, dans
le but de « rendre les représentations des comédies
plus parfaites ».
La troupe réunit des comédiens illustres : Armande
Béjart, Catherine De Brie, La Grange, Hubert, Du Croisy,
Baron, Jeanne Beauval, Mlle Champmeslé - interprète
favorite de Racine -, Poisson… Ainsi Corneille, Molière,
Racine, Scarron ou Rotrou sont joués à Paris et dans
Par-bySophieLamigeon
>
C o m é d i e F r a n ç a i s e t h r e e c e n t u r i e s o f c r e a t i v i t y
Wanderingthroughthe foyerand corridors ofthe
ComédieFrançaiseduringtheintervalneverfails
to be a stirring experience : pass beneath the
marble statues ofMolière andVoltaire staring each other
down ;admiretheportraitsofthegreatwritersandfamous
actors who have shaped this grand old theatre ; pause
in silence before Molière’s armchair – what’s not to like ?
The theatre company that was later to become the
ComédieFrançaisewasfirstformedin1680bythemerger,
on the orders of King Louis XIV, of two rival companies
underhispatronage.HôteldeBourgogneperformedtrage-
dies,while Hôtel Guénégaudwas comprised ofMolière’s
troupe, the playwright himself having died seven years
previously. With this merger, the King of France sought
to give the country a single institution, responsible for
maintaining andfurtherexpandingthe national repertoire.
Alettre de cachet signed inVersailles established a single
company, comprisingtwenty-seven actors and actresses
chosen by the king for their excellence, with the aim of
“ perfecting the performance of plays ”.
The company brought together some legendary actors :
Armande Béjart, Catherine De Brie, La Grange, Hubert,
Du Croisy, Baron, Jeanne Beauval, Miss Champmeslé
(Racine’sfavouriteactress),Poisson,andothers.Theworks
ofCorneille, Molière, Racine, Scarron and Rotrouwere per-
formed in Paris and its suburbs bythe troupe, exercising
theirroyal monopolyto muscle out othersuccessful acts
such as the Comédie Italienne and the Théâtre de Foire
fairgroundtheatre.The following year,the actors entered
into a deed of association which is still in place today.
In the mid-eighteenth century, the company’s actors
tookthe theatre a step further : theyhad little boxes built
(withthe invaluable support ofVoltaire) and got rid ofthe
benches on the stage reserved for special spectators.
Thanks to the influence of Miss Clairon in particular,
staging, decor and costumes became more authentic
and natural. After being buffeted by the unforeseen cir-
cumstances of history (not least the French revolution),
under the leadership of the tragedian Talma the Société
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ThèmeAnglais-Francais
Patrimoine Heritage
_
© Cosimo Mirco Magliocca, coll.
Comédie-Française, la salle Richelieu,
un emblème de la troupe française
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Théatre-Theater
les faubourgs parles Comédiens Français, exerçant leur
monopole face à la comédie italienne et au théâtre de
foire alors prospères. L’année suivante, les comédiens
se lient entre eux par un acte d’association qui est
toujours d’actualité de nos jours.
Au milieu du XVIIIe siècle, les comédiens de la maison
font évoluer le théâtre : ils construisent de petites loges
et, avec l’appui précieux de Voltaire, débarrassent la
scène des banquettes réservées aux spectateurs privilé-
giés. Grâce, notamment, à l’influence de Mademoiselle
Clairon, la mise en scène, les décors et les costumes
gagnent en authenticité et en naturel. Emportée par
les aléas de l’histoire, ballotée par la Révolution fran-
çaise, la société des Comédiens Français conduite par
le tragédien Talma s’installe rue de Richelieu en 1799,
dans le Théâtre Français de la République qui lui est
concédé par le gouvernement. C’est ce bâtiment érigé
par l’architecte Victor Louis qu’elle occupe toujours
aujourd’hui.
Napoléon devient alors le protecteur de la Comédie
Française. Il signe, en 1804, le fameux décret de Moscou,
constituant unetroupe permanente au sein de la société
des Comédiens Français. Mais la mort deTalma prive la
troupe de sa principale étoile. Les pièces traditionnelles
sont un temps laissées de côté au profit d’un nouveau
genre : Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, Victor Hugo
imposent au répertoire le drame romantique qui connaît
son point culminant avec « la bataille » d’Hernani, le
25 février 1830, tandis qu’évoluent le jeu des acteurs,
la mise en scène et la conception du décor. La tragé-
die classique revient à la mode avec Rachel, véritable
vedette d’une troupe renouvelée. Entrée à 17 ans à la
Comédie Française, nommée sociétaire dès 1842, elle
triomphe sur scène.
C’est le prince-président Louis Napoléon qui, en 1849,
crée la fonction d’administrateur - dépendant direc-
tement du ministère de l’Intérieur -, mettant fin à une
longuepériodedeflottementadministratifetfinancierde
>
des Comédiens Français moved into Rue de Richelieu
in 1799, setting up home in the Théâtre Français de la
République, made available to it by the government.
Erected byarchitectVictorLouis,this isthe buildingwhich
it still occupies to this day.
Napoleon then became the protector of the Comédie
Française. In 1804, he signed the famous Decree of
Moscow, constituting a permanent troupe within the
Société des Comédiens Français. However, the death
of Talma deprived the company of its leading light.
Traditional plays were neglected for a while in favour
of a new genre : Alexandre Dumas, Alfred de Vigny and
Victor Hugo imposed romantic drama as the mainstay
of the repertoire. The genre peaked with Hernani’s “ La
bataille ”, on February 25, 1830, amid further changes to
acting styles, staging and stage design. Classical tragedy
came back intovoguewith Rachel,the starofa renewed
troupe. Having joinedthe Comédie-Française atthe age
of 17, she was appointed secretary in 1842, and was an
unrivalled success on the stage.
In 1849, the Prince-President Louis Napoléon created
the position of Administrator, answering directly to the
Ministryofthe Interiorandthus bringingto an end a long
period ofadministrative and financial uncertaintyforthe
institution. The Administrator was in charge of putting
on the classic works, whilst leaving plenty of room for
more recent creations. Overthe course ofthree centuries,
the Comédie Française has put together an enormous
repertoire of over three thousand plays.
The company has stood the test of time. The Italian-
style Richelieu theatre was severely damaged by a fire
in 1900, but its strong steel framework prevented it from
collapsing.To complywith safetyrules and provide more
comfortable seating for spectators, the number of seats
has been reduced from the original 2000 or so to 862.
The companyhas howeverexpanded sincethenvia other
venues, with theThéâtre duVieux Colombier opening in
1993, followed by the Théâtre-Studio in 1996.
“ La meilleure ambassadrice
de la langue française ”
Patrimoine Heritage
_
| 45 |
Théatre-Theater
l’institution. Chargée de représenterles grandes œuvres
tout en faisant une large place aux plus récentes créa-
tions, elle a constitué en trois siècles le plus important
des répertoires dramatiques - plus de 3 000 pièces.
La Comédie Française a su traverser le temps. La salle
Richelieu, construite à l’italienne, a été ravagée par un
incendie en 1900. L’effondrement de la salle est évité
grâce à la résistance de la structure métallique. Afin
de respecter les règles de sécurité et d’augmenter le
confort des spectateurs, le nombre de places, à l’origine
proche des 2 000, est réduit à 862 places. Depuis, elle
n’a cessé de s’agrandir avec l’ouverture du Théâtre du
Vieux Colombieren 1993, et duThéâtre-Studio en 1996.
Aujourd’hui dirigée par le sociétaire Eric Ruff, nommé
administrateur général par décret en 2014 à l’initiative
du Président de la République, la Comédie Française
compte 450 permanents, comédiens et salariés confon-
dus, répartis dans des services administratifs, artistiques
et techniques, illustrant parfaitement l’emblème de la
ruche. À l’image de la devise simul et singulis - être
ensemble et être soi-même -, chacun participe à la
création des spectacles et s’avère indispensable au
fonctionnement du théâtre. La troupe, composée de
84 membres - 39 sociétaires, 24 pensionnaires, 21
sociétaires honoraires -, est un vivier de talents, des
plus reconnus aux tout jeunes. Une troupe brillante
dont la renommée est internationale, et, qui plus est,
la meilleure ambassadrice de la langue française. Le
style des comédiens du théâtre français étant cette
diction irréprochable et mettant en valeur les textes
du répertoire. ◊
Currentlydirected bysocietymemberEric Ruff, appointed
ChiefAdministrator bydecree in 2014 on the initiative of
the President of the Republic, the Comédie Française
has 450 permanent staff, including actors, busy in its
administrative, artistic and technical departments – a
perfect embodiment of its beehive emblem. Faithful to
its motto, simul et singulis (‘together and individually’),
each individual contributes to the creation of shows and
is indeedvitaltothe smooth running ofthe company.The
troupe, comprising 84 members – 39 ‘societymembers’,
24 ‘guests’ and 21 ‘honorary society members’ – is an
immense resource that combines well-established and
emerging talent. With its international reputation, the
company is also an unparalleled ambassador for the
French language – the style of the troupe’s actors being
characterised by impeccable diction, really bringing the
plays in the repertoire to life. ◊
l 2 l La Comédie
Française a consti-
tué, en trois siècles,
le plus important
des répertoires
dramatiques.
Patrimoine Heritage
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Boutique Retail
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C O L E T T E ,
L ’ A U T R E T E M P L E
D U S H O P P I N G
C o l e t t e – t h e a l t e r n a t i v e s h o p p i n g s h r i n e
Désormais ancré dans le paysage local et, même, international, le pionnier
des concept-stores célèbrera, l’année prochaine, sonvingtième anniversaire.
Histoire d’une saga parisienne. Now firmly rooted in the local landscape,
and indeed internationally, the concept store pioneer will be celebrating its
twentieth anniversary next year. We look back at an epic Parisian saga.
Colette Rousseaux et sa fille Sarah
Andelman sont les cofondatrices du
temple du shopping parisien, Colette,
situé au numéro 273 de la rue Saint Honoré.
Souriantes et discrètes, elles arborent, depuis
qu’on les connaît, la même coupe à la garçonne.
La mère est à la gestion, la fille aux achats.
Derrière des fonctions bien terre à terre, elles
ont surtout réussi à se forger une image in-
saisissable. Appliquant le mantra « pour vivre
heureuses, vivons cachées », elles accordent peu
d’interviews. D’ailleurs, lorsqu’on demande à
les rencontrer, le service de presse nous répond
qu’elles ne souhaitent pas être médiatisées et
qu’il n’existe aucune photo d’elles.
Avant que l’aventure ne commence pour de
bon, Colette avait sa boutique dans le sentier.
Et Sarah faisait l’école du Louvre. Un jour de
1997, mère et fille décident de louer un local en
dessous de leur appartement, afin d’y présenter
tous les produits qu’elles aiment et qu’on ne
trouve pas forcément à Paris. Malgré leur flair,
il n’est pas certain qu’elles aient un jour ima-
giné avoir plus de 120 salariés à leur actif. Dès
les débuts, Sarah, acheteuse et dénicheuse, a
pour objectif de mettre dans la lumière ceux
qui sont dans l’ombre et en qui elle croit. Ce
qui n’était au début qu’une adresse qu’on se
passait sous le manteau, obtient rapidement
une renommée mondiale. On vient des quatre
coins de la planète pour découvrir les dernières
tendances. Temple de la « hype » de la rue Saint-
Honoré, Colette en chamboule rapidement son
univers  trop chic et trop guindée.
Colette Rousseaux and her daughter Sarah
Andelman are the co-founders of Colette,
the Parisian shopping shrine at 273 Rue Saint
Honoré. Ever since we first met them, both these
two discrete, smilingwomen have sportedthe same
shingle bob cut. Colette deals with management,
Sarahwithpurchasing.Butasidefromthesemundane
tasks,they’vesucceededinweavingawebofmystery
aroundthemselves. Faithfultothe maxim of“ to live
happy,livehidden ”,theygivefewinterviews.Whenwe
askedtomeetthem,theirmediadepartmentreplied
that they did not want any mass coverage, adding
that there would be no photos of them.
Before the adventure really got going, Colette had
herown boutique along theway,while Sarahwas at
the prestigious Ecole du Louvre school. One day in
1997, motherand daughterdecidedto rent premises
belowtheirapartmentandstockalltheproductsthey
liked that were hard or impossible to find in Paris.
Theirflairwasindisputable,butitseemsunlikelythat
they ever envisaged 120 people would be working
for them one day. Right from the start, Sarah, the
purchaser and scout, sought to focus on those she
believedinthatweren’tinthelimelight.Whatstarted
outasanaddresspassedfurtivelyfromonesatisfied
customerto anotherquicklybecameworldfamous.
People came from all overthe globe to discoverthe
latesttrends.Whenthe Rue Saint-Honoré premises
became a shrine to hype, Colette lost no time in
revolutionising an environment that had become
too snobby and too starchy.
Colette is a pioneer in concept stores – somewhere
youcaneat,orread,orbuyclothes,perfume,astereo,
ortheverylatest mobile phone. When you go there,
Par-byOmbelinedeLouvignyMode-Fashion
| 47 |
Boutique Retail
_
Colette, c’est le pionnier des concepts-stores,
lieu où l’on peut manger, lire, s’habiller, s’ache-
ter un parfum, une chaine hi-fi ou encore le
portable dernier cri. S’y rendre, c’est en réalité
entrer dans un univers de 7 000 m2 dont les
codes ont été soigneusement pensés et dé-
finis. Le client doit se sentir bien, afin d’avoir
envie de découvrir chaque recoin des trois
niveaux. Et pour cela, tout est bon : playlist
sur-mesure – laquelle est bien évidemment
commercialisée –, restaurant concept « water
bar » proposant un choix d’une centaine d’eaux
minérales venues du monde entier, pour une
pause snob et chic !
Pour développer le concept Colette toujours
plus loin, le magasin propose désormais des
ateliers cuisine gratuits une fois par mois :
les cooklettes ; des rendez-vous d’artistes et
des lancements de nouvelles collections ou
de collaborations entre certaines marques en
présence des créateurs ; des après-midi dégus-
tation… Chaque semaine, les vitrines changent
et évoluent, afin de proposer aux clients des
tendances nouvelles et attirer continuellement
leurs attentions. Sarah n’hésite pas à cultiver les
collaborations avec des marques plus ou moins
connues ou prestigieuses - Lacoste, Hermès,
Dr Marteens, Le Labo, Casetify, Chanel… -
afin d’éditer des produits uniques en petite
quantité, la rareté créant le désir. En 2017,
Colette célèbrera ses vingt ans d’existence
et l’on se dit presque : seulement ? Tant ce
lieu, devenu mythique, semble ancré dans le
paysage parisien depuis toujours. ◊
you enter a world spread over 7000sqm, in which
everystyledetailhasbeenpainstakinglythoughtout
and defined. Indeed, customers haveto feel good if
they’regoingtowanttoexploreeverycornerofallthree
floors – and no detail has beenforgotten in ensuring
that’s the case.There’s a tailor-made playlist (which
you can of course buy), and a ‘water bar’ concept
restaurant, offering the choice of a hundred or so
mineral waters from all around the world – just right
for a chic, exclusive break !
Pushing the Colette concept still further, the store
now offers free cookery workshops once a month,
known as ‘cooklettes’ ; meets with artists ; and new
collection launches. Then too, there are the joint
ventures with key brands, designers in attendance ;
tasting afternoons ; and much more. The window
displays are changed eachweek, offering customers
newtrends and constantlyattractingtheirattention.
Sarah does not hesitate to forge partnerships, with
bothlesserknownandrenowned,prestigiousbrands
such as Lacoste, Hermès, Dr Marteens, Le Labo,
Casetify and Chanel, to name but a few, producing
small quantities of unique products – after all, rarity
nurtures desire. In 2017, Colette will be celebrating
its twentieth anniversary, and the reaction is : has it
reallybeen onlythat long ?The place has become so
legendary, it feels as if it’s been part of the Parisian
landscape since time immemorial. ◊
Boutique
COLETTE
213 rue Saint-Honoré
Tél. : 01 55 35 33 90
Du lun. au sam. de 11h à 19h
| 48 |
SAGA SAGA
Plusde120ansaprèssacréation,PetitBateau,
indémodableetinusable,esttoujourslà.Tout
commence en 1893, lorsque Pierre Valton
fonde, àTroyes, une usine de bonneterie – sous-vê-
tements, ndlr. Peu à peu, le créateur développe son
savoir-faireetlance,en1912,lepremiersous-vêtement
en coton lavable destiné à remplacerle peu-confor-
tableetantihygiéniquevêtementenlaine.Quelques
temps plus tard, surfant sur le succès de son père,
EtienneValton,quiareprisl’entreprise,amputel’his-
torique caleçon long et crée la première culotte en
coton doux, lavable, inusable. Le fabricant affirme
ainsi son souhait de développer le côté pratique
des sous-vêtements avant leur paraître. Le ton de
la saga est donné.
En 1920, le succès des petites culottes pousse les
dirigeants à créer la marque Petit Bateau. Symbole
de confort, de bien-être, et synonyme d’enfance, la
marqueséduitrapidementlemondeentier.Soucieuse
d’asseoir sa position sur un marché en plein essor,
PetitBateaufaitpreuve,encoreettoujours,d’innova-
tionenmettantau pointl’unedestoutespremières
campagnes de publicité de l’époque : une aventure
aussi grandiose qu’osée ! Laquelle repose sur son
égérie,Marinette,petitefillemêlanthumouretaudace.
En 1937, la firme, devenue symbole de bourgeoisie
française, se distingue en recevant le Grand Prix de
l’ExpositionUniverselledeParispoursacélèbrePetite
Culotte. Dans son esprit d’innovation, Petit Bateau
invente,en1950,lebodyàemmanchureaméricaine,
permettantàl’enfantd’enfileraisémentsontee-shirt.
Dix ans plus tard, le pyjama à bouclette éponge et
bouclette velours est créé, et offre davantage de
douceur et de mouvements aux enfants. En 1970,
la marque dévoile le milleraies, un tricotage inédit
offrantunemultitudederayuresbicolorescapablesde
résisteraulavage.Plusquejamais,lagriffes’impose
comme un gage de qualité. Dans les années 80, le
fabricantpenseauxbébésetàleursmèresetdoteses
bodys de pressions à l’entrejambe : une révolution !
Over120yearsafteritwasfounded,PetitBateau
isstillsailingon–neverwearingout,andnever
outoffashion.Itallbeganin1893,whenPierre
Valton started a hosiery factory in Troyes. Gradually
buildinguphisexpertise,in1912thedesignerlaunched
the first ever washable cotton underwear, designed
to replace much less comfortable (and much less
hygienic)woollengarments.Alittlelater,EtienneValton
tookoverthebusiness.Ridingthewaveofhisfather’s
success, he cut short the historic long johns, thereby
creating the first washable soft cotton knickers that
wouldnotwearout.Itwasastatementbythemanu-
facturer of his desire to develop the practical aspects
of underwear, rather than their appearance – and he
never looked back.
Encouragedbytheirknickers’success,in1920thema-
nagementcreatedthePetitBateaubrand.Epitomising
comfort and wellbeing, and synonymous with child-
hood,thebrandquicklymadeinroadstheworldover.
Petit Bateau was keen to establish its position on
a booming market and was constantly introducing
innovation – not least one of the very first adverti-
sing campaigns of the day, a bold and grandiose
undertaking. This was based on its muse, Marinette,
a mischievous little girl. In 1937, the firm, by this time
an icon of the French bourgeoisie, was honoured by
beingawardedtheParisExposition’sGrandPrixforits
legendaryunderwear.Inthesamespiritofinnovation,in
1950PetitBateauinventedthevestwitharmholeslike
those on GIs’ underwear, making it easierforchildren
to put on. Ten years later came pyjamas made from
terry fabric and velour, providing children with more
softness and freedom of movement. In 1970, the
brand unveiled a pinstripe variation : a brand-new
weave with a myriad of colour-fast two-tone stripes.
Increasingly, the name was seen as a watchword for
quality. In the 1980s, the manufacturer’s attention
turned to mums and babies, adding press-studs at
the bottom of their vests so they could be fastened
between the legs, thereby creating the bodysuit – a
revolution indeed !
Créée à la fin du XIXe
siècle, la marque fran-
çaise Petit Bateau s’est
distinguée en recevant le
Grand Prix de l’Exposi-
tion Universelle de 1937
pour son astucieuse
Petite Culotte. Et en de-
venant, dès les années
20, l’une des premières
marques à lancer une
véritable campagne de
publicité reposant sur
son égérie, Marinette.
Founded in the late
nineteenth century,
the French brand Petit
Bateau earned the dis-
tinction of a 1937 Paris
Exposition Grand Prix for
its innovative knickers.
By as early as the 1920s,
it had become one of the
first brands to launch a
full-blown advertising
campaign based on its
muse, Marinette.
U N S I È C L E
D E S U C C È S P O U R
P E T I T B A T E A U
P e t i t B a t e a u a c e n t u r y o f s u c c e s s
Par-byBlancheRivièreMode-Fashion
| 49 |
SAGA SAGA
Boutique
PETIT BATEAU
9, rue du 29 juillet
du lundi au samedi,
de 10h30 à 19h30.
Mode-Fashion
| 50 |
Maroquinerie-Leathergoods
Enquête Enquiry
_
Ils ne comptent pas les heures qu’ils passent dans leurs ateliers.
Ils créent ainsi des pièces uniques et inégalables, entièrement
made in France, permettant à la mode française de rayonner
à travers le monde. L’artisanat de luxe, également appelé métier
d’art, connaît un intérêt croissant, notamment auprès d’une
clientèle exigeante et lasse des productions standardisées. Il
faut dire que ces entreprises, dotées d’un savoir-faire ancestral
et toujours soucieuses du détail et de la qualité, s’entourent
d’artisans spécialisés capables de travailler les matériaux les
plus nobles, les plus rares ou les plus précieux, afin de proposer
des produits à forte valeur ajoutée.
Moynat fait partie de ces entreprises. Fondée en 1849 par la
marchande Pauline Moynat, cette maison est, au XIXe siècle, l’un
des malletiers les plus célèbres. L’entreprise disparaît en 1976
mais Bernard Arnault, qui en découvre l’histoire et les produits,
en tombe sous le charme. Il en acquiert les droits et confie la
direction à Guillaume Davin, un ancien de Louis Vuitton Japon.
Pourl’accompagner, l’homme d’affaires offre la direction artistique
de la marque à Ramesh Nair, naguerre chez Hermès assistant
de Martin Margiela et de Jean-Paul Gaultier.
C’est à quelques pas de sa sublime boutique, ouverte en 2011
au 348 de la rue Saint Honoré, que Moynat a choisi d’installer
ses ateliers. Le maroquinier y emploie huit artisans, réalisant
l’ensemble de la production à la main. Obsédés par le détail et
la qualité, ils opèrent sous l’œil vigilent du directeur artistique,
capable de passerquarante heures surla confection d’un seul sac
à main. « Rien que le gainage de la poignée nécessite une journée
Par-byOmbelinedeLouvigny
L ’ E X C E L L E N C E D E S
M A R O Q U I N I E R S D E L U X E
Portraits croisés de deux maroquiniers
de luxe, Moynat et La Contrie, fondés
par des femmes, et situés en plein cœur
du premier arrondissement, à quelques
pas de la rue Saint Honoré.
T h e e x c e l l e n c e o f l u x u r y l e a t h e r g o o d s m a n u f a c t u r e r s
We compare and contrast two luxury leather
goods makers, Moynat and La Contrie – both
founded by women, and both located at the
very centre of Paris’ first arrondissement, a
stone’s throw from Rue Saint Honoré.
They spend innumerable hours in their workshops : it’s
the only way to create the unique, unrivalled items, 100%
Made in France, that allow French fashion to hold sway
around the globe. Luxury craftsmanship is attracting increasing
interest from a demanding clientele that is tired of assembly-line
products. And there’s no denying that these firms, endowed
with ancestral knowhow and unfailingly attentive to detail and
quality, have the benefit of master craftsmen who know how
to work with the noblest, rarest and most precious materials,
creating products with immense added value.
Moynat is one such firm. Founded in 1849 by trader Pauline
Moynat, the business was one of the most famous luggage ma-
kers of the nineteenth century. The company closed its doors in
1976, but when Bernard Arnault learned all about its history and
products, he fell in love with the firm. After purchasing the rights
to it, he entrusted management to Guillaume Davin, formerly
of Louis Vuitton Japan. To assist him, the businessman invited
Ramesh Nair, previously assistant to Martin Margiela and Jean-
Paul Gaultier at Hermès, to become artistic director ofthe brand.
Moynat decided to set up workshops just round the corner from
its sublime boutique, which opened in 2011 at 348 Rue Saint
Honoré. The leather goods maker employs eight craftsmen, who
produce all the goods by hand. Obsessed with details and quality,
they work under the eagle eye of the artistic director – who has
been known to spend forty hours making a single handbag. “ It
takes a whole day’s work just to cover the handle, if you want
to get rid of every last crease, ” explains Guillaume Davin. The
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  • 1. - Magazine - L’HONORÉ Horlogerie Joaillerie Mode Beauté Art de vivre | PRINTEMPS | 2016 | N°1 | C o m é d i e F r a n ç a i s e Trois siècles de créativité - Three centuries of creativity
  • 2.
  • 3. | 03 | Edito _ R A I S O N D ' Ê T R E Le quartier de la rue Saint Honoré et de la place Vendôme a ceci de particulier qu’en plus d’abriter une part importante du patrimoine de la Capitale, il demeure, dans le monde entier, le symbole d’une certaine vision du luxe et de l’élégance à la française. Les grandes maisons y côtoient de nombreux artisans d’art et, de ce fait, le quartier peut se targuer de concentrer nombre de savoir-faire. Les mettre en avant est une manière de rendre hommage à ceux qui les perpétuent ; c’est précisément notre raison d’être. - The area around Rue Saint Honoré and Place Vendôme is very special. Not only is it home to much of the heritage of Paris, it is also the embodiment of a distinctive, French-style vision of luxury and elegance, acclaimed worldwide. Major firms rub shoulders with innumerable craftsmen ; the neighbourhood lays claim to an extremely high concentration of knowhow. Promoting these different skills is a way of honouring those who perpetuate this expertise ; and that’s precisely what we’re here for.
  • 4. PENHALIGONS.COM 209 RUE SAINT HONORÉ - PARIS 01 +33 1 49 26 91 66 34 RUE DES FRANCS BOURGEOIS - PARIS 03 +33 1 42 77 80 28
  • 5. REDACTION Rédacteur en chef - Romain Riviere Tél. 06 61 06 82 32 r.riviere@faubourg-presse.fr - Mode et stylisme - Blanche Rivière Tél. 06 46 39 51 58 b.riviere@faubourg-presse.fr TRADUCTION David Buick - Delos Communications DIRECTION ARTISTIQUE & GRAPHISME Elodie Dages elodie.dages@gmail.com PUBLICITE Aubin Gandillot Tél. 06 18 25 77 83 a.gandillot@faubourg-presse.fr IMPRIMERIE Imprimerie de Champagne (France) CONTACTS L’Honoré Magazine est un support trimestriel gratuit édité par Faubourg Presse SAS, au capital de 1.000 euros, RCS 817807720 166, rue Saint-Honoré, 75 001 Paris Président et directeur de la publication : Romain Rivière Dépôt légal : à parution Ombeline DELOUVIGNY Cécile BERNARDINI Journaliste Touchant aussi bien à la télévision qu’à la presse écrite, Ombeline de Louvigny est spécialisée dans les secteurs de la mode, du lifestyle et de la culture. Affecting both on television and the written press, Ombeline de Louvigny is specialized in fashionable, lifestyle and culture sectors. Journaliste Cécile Bernardini, rédactrice en chef de Chrono Lady, est une experte en horlogerie féminine. Pour L’Honoré Magazine, elle fait le point sur les tendances en la matière. Cécile Bernardini, Chrono Lady’s editor in chief, is an expert in women’s watches. For L’Honoré Magazine, she reports on trends in the field. C O N T R I B U T E U R S ©JeanBoutang Et aussi : Horlogerie | Olivier Muller Art de vivre | Sophie Lamigeon Automobile | Frederic Edmond Epigramme | Altavilla
  • 6. | 06 | S O M M A I R E Épigramme Au fil de l’histoire Actualités | News Rencontre | Meet Jean-Charles de Castelbajac Reportage | Report Fragonard Beauté | Beauty Joëlle Ciocco Dossier | Feature Horlogerie Portfolio Patrimoine | Heritage La Comédie Française Boutique | Shop Colette P.08 P.09 P.10 P.14 P.18 P.24 P.27 P.38 P.42 P.46 P.10 P.18 P.27 P.50
  • 7. | 07 | S O M M A I R E Mode | Fashion Petit Bateau Enquête | Enquiry Maroquinerie d'art Savoir-faire | Expertise Orfèvrerie Arts de la table | Table arts Bernardaud Styles | Style Un mariage au Mansart Tendances | Trends Héritage | Heritage Mellerio dits Meller Portrait | Portrait Mathieu Boulay Quartiers libres | Free side Auto - évasion - Conso P.48 P.50 P.54 P.58 P.60 P.64 P.70 P.72 P.75 P.38 P.58 P.75
  • 8. | 08 | ÉPIGRAMME _ Cygnes princesses et les pierres précieuses Voici la beauté monstrueuse Vieille et pourtant éclose elle se dresse C’est Monsieur de Nemours épiant la princesse La canne dans ses mains les pensées luxurieuses * Ville qui vous carrez autour de ma mémoire plus largement votre beauté n’a pas d’oreilles et vous parlez pourtant plus précisé -ment dans les vitrines luxueuse -ment « Il vit qu’elle en faisait des noeuds à une canne des Indes, fort extraordinaire, qu’il avait portée quelque temps. » Par-byAltavilla
  • 9. | 09 | Au fil de l'histoire History _ V E N D Ô M E A peu de choses près, les suites du Ritz auraient donné vue sur une place vide. La colonne Vendôme, en effet, n’a pas toujours été une évidence. Erigé en 1810 par Napoléon Bonaparte, désireux de commémorer sa victoire à Austerlitz, ce monument, composé de 98 tambours de pierre et recouvert du bronze de 1 200 canons pris aux armées russes et autri- chiennes, a d’abord été baptisé colonne Austelitz, puis colonne de la Victoire, et encore colonne de la Grande Armée. D’un diamètre moyen de 3,60 mètres, il s’élève, haut et fier, à plus de 44 mètres. A son sommet, trône une statue de l’empereur. Mais en 1871, lors de l’insurrection de la Commune de Paris, le peintre Gustave Courbet exige sa démolition, considé- rant la colonne comme un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du milita- risme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus et, enfin, comme un attentat perpétuel à l’un des grands principes de la République : la Fraternité. L’œuvre est alors déboulonnée, pour n’être recons- truite que deux ans plus tard. Par-byBlancheRivière S A N S C O L O N N E W h e r e w o u l d P l a c e Ve n d ô m e b e w i t h o u t i t s c o l u m n  ? The Ritz suites might conceivablyhave offered views over an emptysquare ; indeed, theVendôme Column’s destinyas a permanent fixture was anything but a foregone conclusion.The monument – made of 98 stone cylinders and covered with the bronze of 1,200 cannons captured from the Russian andAustrian armies – was erected byNapoleon Bonaparte in 1810 to commemorate his victoryat Austerlitz. It has also been known at various times as theAusterlitz Column, theVictoryColumn and the Column ofthe GrandeArmée. Standing proud at a height of 44 metres, and with an average diameter of 3.6 metres, it is topped bya statue ofthe Emperor himself. However, in 1871, during the Commune de Paris uprising, painter Gustave Courbet demanded that it be demolished, deeming the column to be a monument to barbarity, a symbol of brute force and vainglory, a celebration of militarism, a negation of international law, a permanent insult bythe victors to the vanquished, and an unmitigated assault on one ofthe major principles ofthe Republic – Fraternity. The structure was therefore dismantled, onlyto be rebuilt two years later.
  • 10. | 10 | Actualités News _ L’emblématique marque de la mode des sports extrêmes, Vans, célèbre cette année son cinquantième anniver- saire. Lancé en 1966 en Californie, le petit tennis en toile est maintenant présent dans 75 pays, et quelque 450 boutiques. Pour cette occasion, Vans sortira, tout au long de l’année, des produits spéciaux à l’instar du Pack Late Night, mettant à l’honneur nos mets favoris : impossible de résister ! Vans, the iconic fashion brand for extreme sports, is celebrating its fif- tieth anniversary this year. Launched in California in 1966, its canvas tennis shoes are now to be found in 75 countries and some 450 boutiques. To celebrate the occasion, throughout the year Vans will bringing out special products, such as the Late Night Pack, giving pride of place to our favourite foods – irresistible  ! La marque de couture britannique Paul Smith remettra à jour, dans sa collection automne – hiver 2016, les lignes définissant sagriffe.Parsoucidesimplification,leslignes actuelles se voient regroupées en deux col- lections : Paul Smith, et PS By Paul Smith, pluscasual.Costumesauxlignesparfaitesun brin british, rayures traditionnelles et impri- mésanimaux–dinosaures,tigres,girafes…-, couleurs vives des tableaux Pop Art, touche de cachemire et de cyclisme – Paul Smith étant un ancien cycliste… - Tout est là pour créerun lookvintage parfaitement sixties, et pourhabillerles businessmen anglosaxons… et français ! The British clothing brand Paul Smith will be updating its hallmark lines for its Autumn-Winter 2016 collection. The cur- rent ranges are being streamlined into two collections : Paul Smith and the more casual PS By Paul Smith, featuring perfectly-cut suits with a rather British touch. As well as traditional pinstripes, there’s also a selection of animal print casual wear (dinosaurs, tigers andgiraffes),alongwithhoundstoothpatterns, bright psychedelic colours, touches of cash- mere, and shades ofcycling (Paul Smith used to be a cyclist) ; in short, everything it takes to create that perfect sixties vintage look for businessmen – on eitherside ofthe Channel. Après Londres, Berlin et Pékin, le constructeur automobile allemand Audi prépare l’ouverture, en juin 2016, de son centre Audi City Paris. Situé place du Marche Saint-Honoré, ce showroom inno- vant proposera à la clientèle une expérience interactive inédite àtravers destechnologies de pointe. After London, Berlin, and Beijing, German carmakerAudi is preparing to open its Audi City Paris centre in June 2016. This innovative showroom on Place du Marche Saint-Honoré will offer customers a brand- new, interactive experience using state-of- the-art technology. N E W S Vans célèbre ses 50 ans - Vans turns 50 Audi prépare son arrivée place du Marché Saint-Honoré - Audi prepares to arrive at Place du Marché Saint-Honoré Paul Smith ressort sa griffe - Paul Smith makes its mark – again
  • 11. | 11 | Actualités News _ La marque de mode enfantine Jacadi lance, au printemps, une nouvelle ligne dédiée à la cérémonie. Baptisée Moments d’Exceptions, elle propose notamment des robes précieuses et délicates, et des petits costumes « fittés ». Une collection de quelques pièces créatives conçues en asso- ciation avec des artisans français. Pour cette première saison, la marque met à l’honneur la précieuse dentelle de Calais, grâce à la participation de la Darquer, célèbre maison dentellière du Nord. De quoi faire rêver les petits… comme les plus grands. This spring, children’s fashion brand Jacadi will be launching a new line especially for ce- remonies. Dubbed Moments d’Exceptions, it features gorgeous, delicate dresses and little ‘fitted’ suits in a limited collection of creative garments designed in association with French tailors. For this first season, the brand is giving pride of place to precious Calais lace, thanks to the involvement of Darquer, the legendary lace firm based in the Nord department of France. The result is the stuff of dreams – of both children and adults. Le spécialiste des chemises et accessoires d’inspiration anglaise a ouvert sa se- conde boutique parisienne rue de l’Arcade, à deux pas de la Madeleine. Dans leur espace de vente de 45 m2, inspiré par l’univers élégant du voyage, les fondateurs, Erwann et Renaud, mettent en avant un décor de malles en bois où sont exposés différents espaces de chemises, de cravates, de bou- tons de manchettes, de chaussettes et de maroquinerie. The English-style shirt and accessories specialist has opened a second boutique in Paris in Rue de l’Arcade, just a stone’s throw from La Madeleine. In their 45sqm sales area, which draws inspiration from the elegant world of travel, founders Erwann and Renaud have gone for decor featuring wooden chests, with different dis- play spaces for shirts, ties, cufflinks, socks and leather goods. Al’occasion du 85e anniversaire de son emblématique Reverso, la manufacture horlogère suisse Jaeger-LeCoultre offre à sa collectiondeshabitsdefête,nésdelarencontre avecChristianLouboutin.Pourlecréateur,une montre est indissociable de son bracelet. Il a donc envisagé ses modèles à la façon de la création d’une collection de bijoux, leur don- nantàchacuneuneidentitéforte :éxubérante, transparente,brillante,ultraféminine…Forthe 85th anniversary of its iconic Reverso, Swiss watchmaking manufacture Jaeger-LeCoultre hasdeckedoutitscollectioninnewfinery–the fruit of a meeting with Christian Louboutin. Firm in the conviction that a watch and its strapareoneandthesamething,thedesigner has approached this undertaking just as if it were a jewellerycollection, giving each piece a characteristicidentity :exuberant,transparent, brilliant, ultra-feminine, and more besides. The Nines s’installe à la Madeleine - The Nines sets up shop at La Madeleine Christian Louboutin revisite la Reverso de Jaeger-LeCoultre - Christian Louboutin revisits Jaeger-LeCoultre’s Reverso Jacadi en dentelles - Jacadi in lace
  • 12. | 12 | Actualités News _ Ouverte il y a huit ans au 271 de la rue Saint Honoré, la boutique Hublot – alors sa première au monde – a rouvert ses portes après un mois de travaux. Le point de vente s’est doté de nouvellesfaçades extérieures et s’est penché sur un réaménagement de ses espaces de vente, selon son concept d’Art de la Fusion : un jeu subtil de matières, de tissus et de styles, conférant à la boutique une atmosphère de luxe et d’élégance et une ambiance feutrée. L’art est présent au cœurde la boutique puisque la manufacture horlogère suisse afait réaliserpardes artisans italiens des plaques en verre spatulées et argentées, destinées à mettre en avant ses pièces maîtresses.The first Hublot boutique in the world originallyopened eight years ago at 271 Rue Saint Honoré – and has nowreope- ned after a month of remodelling works. The outlet now boasts new outside facades and redesigned sales areas, in line with its Fusion Art concept : a subtle interplay of materials, fabrics and styles, giving the boutique an elegant, luxurious atmosphere with a friendly feel. Art is also present at the heart of the store : to show off its masterpieces, the Swiss watch manufacturer has had silver-coated, spoon-shaped glass plates made by Italian craftsmen. Hublot fait peau neuve rue Saint Honoré - A facelift for Hublot in Rue Saint Honoré Le joaillier de la place Vendôme Jaubalet franchit une étape supplémentaire dans son développement, en proposant de nou- veaux services reposant sur l’utilisation de la 3D et de la cire. La maison met au service de ses clients son savoir-faire sur son site Internet, animé en direct par des experts au moyen d’un service de discus- sion. Jaubalet accompagne ainsi chaque client, du croquis initial aux détails de fi- nitions, en leur proposant notamment la validation d’une maquette de cire en 3D. De cette manière, le joaillier peut vendre ses bijoux dans le monde entier, le plus simplement du monde. Jaubalet jewellers on Place Vendôme has taken further step forward, offering new services based on the use of 3D and wax. The firm can now make its knowhow available to customers live on its website using a chat service. Jaubalet assists each customer, from the original sketch down to the finishing details – and, in addition, offers final confirmation in the form of a 3D wax model. It’s a smart and simple way for the firm to sell its jewellery anywhere in the world. Jaubalet, le joaillier 3.0 - Jaubalet – jewellery 3.0 Tous les grands footballeurs de la planète l’ont déjà porté. Mais peu savent que le Fifa Ballon d’Or est une œuvre conçue, depuis sa création en 1956, par le joaillier Mellerio dits Meller, fondé, lui, il y a quatre siècles. Nécessitant des dizaines d’heures de travail, ce trophée passe entre les mains de nombreux artisans : l’orfèvre, le repousseur, le ciseleur, le graveur, le doreur, le polis- seur, etc. Depuis 1956, cette statuette n’a quasiment pas changé : elle est constituée de deux demi-sphères de laiton, soudées au chalumeau, et remplies de cire. Connu pour son travail pour les têtes couronnées d’Europe depuis le XVIIe siècle, Mellerio dits Meller conçoit également des trophées pour d’autres organisations. Many of the world’s greatest footballers have held it aloft at some point, but few knowthat the Ballon d’Or trophy was originally designed in 1956 by jewellers Mellerio dits Meller, founded four centuries ago. Requiring many hours of work, the trophy is passed from craftsman to craftsman : goldsmiths, turners, cutters, engravers, gilders, polishers, and so on. The trophy has remained virtually unchanged since 1956 : two brass half-spheres, welded together and filled with wax. Mellerio dits Meller, renowned for its work for European monarchs since the seventeenth century, also designs trophies for other organisations. Le Ballon d’Or selon Mellerio - The Golden Ball a Mellerio creation
  • 13. | 13 | Actualités News _ Le joaillier italien Buccellati, jusqu’alors installé place Vendôme, a ouvert son nouveau point de vente rue de La Paix, au numéro 1. Cette nouvelle boutique, qui s’étend sur 200 m2, est inspirée du nouveau concept mis en place par l’atelier Vudafieri Saverino Partners, et habillant déjà les boutiques de New York, de Bal Harbour, de Chicago ainsi que les cornes des Galeries Lafayette à Paris, de Neiman Marcus à Palm Beauch ou de Gump’s à San Francisco.Italian jewellers Buccellati, previously located on Place Vendôme, has opened its new outlet at 1 Rue de La Paix. The new 200sqm boutique draws inspiration from the new concept imple- mented by Vudafieri Saverino Partners, already used to decorate the New York, Bal Harbour and Chicago stores, as well as the shops-in-shops in Galeries Lafayette in Paris, Neiman Marcus in Palm Beach, and Gump’s in San Francisco. La marque de bijouterie grecque Apriati a ouvert, fin 2015, un nouveau point de vente à Paris, en rive droite, au 310 de la rue Saint Honoré. Spacieux et lumineux, il reprend les codes forts de l’entreprise : bois naturel et vitrines noires. Apriati y présente des bijoux flottant, volant ou s’animant sur de longues colonnes en marbre blanc. A l’intérieur, les créations, toutes réalisées à la main dans l’atelier d’Athènes, sont installées sur du sable noir. In late 2015, the Greek jewellery brand Apriati opened a new outlet on the Paris right bank, at 310 Rue Saint Honoré. The store is light and roomy, and makes use of the firm’s distinctive style codes : natural wood and black windows. The jewellery displayed at Apriati floats, flies and dances across tall white marble columns. The creations inside – all hand-made in the Athens workshop – are showcased on black sand. Parce que son histoire est atypique, Tournaire a tenu à la recenser dans un ouvrage de grande qualité : Tournaire, une histoire. Installé place Vendôme, la maison françaiseestnéedelafascinationdePhilippe Tournaire pourles méthodes primitives per- mettantauxhommesd’autrefoisdefaçonner des objets. L’autodidacte raconte son par- cours, ses années detravail en solitaire dans une cave abandonnée, son refus, d’abord, de travailler les métaux précieux, puis son développement : sa première boutique chez lui, à Montbrison ; sa seconde à Lyon, puis sa troisième au cœur de la joaillerie mondiale, placeVendôme.Ilymetenavant,également, letravailetlavisiondesonjeunefilsMathieu, déjà auteur de collections significatives. Tournaire’s story is like no other – and so the firm has decidedto set it down in a high-qua- lity book : Tournaire, une histoire. The French maison on PlaceVendômewasthe outcome of Philippe Tournaire’s fascination with the primitive methods used in ancient times to fashion objects. The self-taught craftsman tells of his years working alone in an empty cellar, his original refusaltoworkwith precious metals, and his later developments : his first boutique in his home town, Montbrison ; his second in Lyon ; and his third at the heart of world jewellery, on Place Vendôme. He also highlights the work and vision of his young sonMathieu,whohasalreadyproducedsome significant collections himself. Apriati s’offre un écrin rue Saint Honoré - Apriati finds a showcase on Rue Saint Honoré Buccellati s’offre La Paix - Buccellati heads for La Paix Tournaire, l’histoire - The story of Tournaire
  • 14. | 14 | Rencontre Meet _ Vos couleurs et vos dessins renvoient souvent à un univers enfantin. Etes-vous atteint du syndrome de Peter-Pan ? Dans levillage de Mesnières-en-Bray, où se trouvait ma pension, notre uniforme était gris et il pleuvait tout le temps. Enfant, j’ai un jourdécidé de capturerl’arc-en-ciel. Il ne m’a jamais quitté. C’est pour cette raison qu’il y a toujours de la couleur dans mes dessins. Ils renvoient à l’héraldisme, qui est la science des blasons, à celle des drapeaux et auxvitraux. Plus que celui de l’enfance, mes dessins renvoient souvent à un monde presque médiéval. Plutôt que Peter Pan, je préfère Miguel de Cervantes qui a dit : « garde toujours dans ta main celle de l’enfant que tu as été ». Celui que j’ai été, je ne l’ai jamais lâché. D’ailleurs, comme Saint François d’Assise, j’aime parler aux oiseaux et je discute spontanément et facilement avec les enfants. L’année dernière, vous avez créé Castelbajac Creative Agency, pourconseillerles marques. Une suite logique à votre carrière, en fin de compte… Ce qui metouche le plus, quand je regarde quarante ans de ma vie, c’est la cohérence. Ma vie est faite de colla- borations : Basquiat, Keith Haring,VivienneWestwood, Xavier Veillant, Mappelthorpe, Cindy Sherman, Livero Toscani… En dehors de la mode, j’ai souvent été sollicité pourêtre le directeurartistique de différents projets, pour créer des événements… C’est ma vision que cherchent les marques. Creative Agency, c’est tout cela et c’est aussi l’aventure d’un père avec ses deux fils. C’est notre sens de la famille. Que pensez-vous de tous ces grands créateurs - Elbaz, RafSimons…-qui,dernièrement,ontquittélesmaisons Par-byOmbelinedeLouvigny J E A N - C H A R L E S D E C A S T E L B A J A C Artiste hétéroclite aux multiples talents, Jean- Charles de Castelbajac est inclassable : créateur de mode, designer, costumier, écrivain… Rencontre avec un homme au cœur d’or qui peut se targuer d’avoir habillé des personnalités aussi différentes que Jean-Paul II ou Lady Gaga. Jean-Charles de Castelbajac is an eclectic and multi-talented artist. Part fashion designer, part stylist, part costume designer, part writer, he sim- ply defies categorisation. Meeting him, we disco- vered a man with a heart of gold who has clothed everyone from Pope John Paul II to Lady Gaga. Your colours and designs often have something of the childlike about them. Have you been afflicted by the Peter Pan syndrome  ? My boarding school was in the village of Mesnières-en- Bray. Our uniforms were grey and it rained non-stop. As a child, one day I decided I would capture the rainbow, and it’s nevergot awayfrom me since  !That’swhythere’s always colourin mydesigns.Theyremind me ofheraldry : the science of coats of arms, flags and stained-glass windows. I think my designs are more often evocative of a quasi-medieval world than simply of childhood, though. Ratherthan Peter Pan, I think in terms of Miguel de Cervantes, whose advice was : “ never let go of the hand of the child you once were ”. I’ve never let go of the child in me. And like Saint Francis of Assisi, I like to talk to the birds, and find it easy to strike up conversations with children. Lastyear,yousetupthebrandconsultancyCastelbajac Creative Agency. Was that simply the logical next step in your career  ? Whatstrikesmethemost,whenIlookbackonthelastforty yearsofmylife,isconsistency.Mylifeisoneofpartnerships. Basquiat,KeithHaring,VivienneWestwood,XavierVeillant, Mappelthorpe, Cindy Sherman, Livero Toscani… outside the world of fashion, I’ve often been called on to act as artistic directorfor a range of projects, create events, and so on. Brands are drawn by my sense of vision. Creative Agency is all this and more – a father’s adventure with his two sons. It’s all about our sense of family. What do you think about the great designers such as Elbaz and Raf Simons having left their positions as artisticdirectorsofvariousFrenchhautecouturefirms  ? “ L a m o d e e s t e n m a l d ’ e g o ”
  • 15. | 15 | Mode-Fashion Rencontre Meet _ > “   F a s h i o n b a d l y n e e d s m o r e p e r s o n a l i t y  ” de haute-couture françaises pourlesquelles ils étaient directeur artistique ? Quand j’ai commencé et que je réalisais un croquis, je n’avais pas affaire à des personnes sortant d’écoles de commerces et de marketing me disant comment le revisiter. Lorsque les choses se passent de cette manière, votre dessin finit par ne plus exister. Il est complétement désincarné. Le problème, donc, est que tous ces jeunes talentueux ne sont pas au service de leur propre style. Ils doivent intégrer l’idée du créateur When I started out, and produced a sketch orsomething, I didn’t have to deal with people from marketing orfresh out of business school telling me what needed doing to it. Once you get to that point, your design ends up disappearing altogether. The life and soul is cut out of it. The problem is that all these budding talents haven’t really developed their own style. They have to get to grips with the idea of being a creative designer and not impose their own identity, or they end up sending out mixed messages.
  • 16. | 16 | > et ne pas mettre leur propre identité en avant, afin d’éviter la confusion des genres. Votre regard sur la mode d’aujourd’hui ? Elle est en mal d’égo. La mode a besoin de l’art pour mettre en avant des produits désincarnés et, d’autre part, elle a besoin de créateurs talentueux pour créer et recréerautourde la marque. Bien souvent, les créateurs, en mal de reconnaissance, s’éloignent de l’identité de la marque. PourRossignol, parexemple, je dessine depuis treize ans ettravailletoujours surl’identité de la marque. Vous avez habillé des personnalités multiples. Laquelle aimeriez-vous particulièrement habiller aujourd’hui ? Le Pape François, carc’est un propagateuret un homme extrêmement courageux.J’aimerais également habiller Marina Hands, que jetrouve aussi belle que mystérieuse. Elle est différente. Mais je pense aussi à Catherine Deneuve dont la beauté, depuis toujours, est de l’ordre de la présence charismatique. Votre rapport à la religion ? J’entretiens avec la religion un rapport assez intime et mystérieux. Il y a une très grande osmose entre mon travail et ma foi. Cette dernière est importante pour moi, mais au-delà de cet aspect, je parle d’espérance dans montravail. Ces anges que je dessine partout sont comme des messagestrès simples. Ils sont devenus l’un des symboles de ma maison, sans doute car j’ai une relation spirituelle à mon travail.AvecAndré Courrèges, nous faisions parti du Comité national d’art sacré. C’est à travers lui que, dans les années 90, Monseigneur Lustiger a été amené à me contacter pour habiller le Saint Père. A vrai dire, je suis très fier d’être l’unique créateur à avoir habillé un Saint. La chasuble de Jean- Paul II est aujourd’hui conservée dans le trésor de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Parmi toutes vos rencontres, laquelle vous a particu- lièrement ému ? Je me souviens surtout de celle avec Jean Paul II, qui m’a dit la plus belle phrase entendue de toute ma vie : « vous avez utilisé la couleur comme ciment de la foi. » Monseigneur Lustiger avait d’ailleurs ajouté : « et de l’espérance ». Vous dites souvent que le seul créateura avoircompris votre univers était André Courrèges… En effet. J’ai aimé faire de la mode pour sa dimension expérimentale, pourinventerdes choses : des flous, des transparences… Et le seul qui aitvu que je ne parlais pas de mode mais de style, c’était André Courrèges. Il m’a contacté une premièrefois dans les années 70, mais rien ne s’est fait car nous avions deux fortes personnalités. Il m’a rappelé dans les années 90, et nous avons eu, cette fois, deux collaborations magiques. What’s your view of fashion today  ? It badly needs more personality. Fashion needs art to promote ethereal products, and needstalented creatives tocomeupwithnewideasandrefineothersforthebrand. Creative types often feel the need to assert themselves, and so end up not reflecting a brand’s identity. For my part, while I’ve been doing design work for Rossignol for thirteen years now, I’ve never broken step with the brand’s identity. You’ve designed clothes formanypublic figures inyour time. Isthere someonewhoyou’d particularlyliketo do that for right now  ? Yes, Pope Francis : he’s a communicator, and averycou- rageous individual. I’d also like to design something for Marina Hands,who Ifind as beautiful as she is enigmatic. She’s different somehow. And, too, there’s Catherine Deneuve, whose beauty has ever been bound up with her charismatic presence. What’s your relationship with religion like  ? My relationship with matters of faith is quite intimate and mysterious. There’s a lot of interplay between my work and myfaith. Myfaith is important to me, but even more importantly, my work itself expresses hope. The angels I draw here, there, and everywhere are like a little message.They’ve become one ofthe symbols ofmyfirm, no doubt because I have a spiritual relationship with my work. André Courrèges and I were members of France’s National Committee for Sacred Art. It was through him that in the 1990s, Mgr Lustiger ended up contacting me to design clothes for the Pope. And the truth is, I’m very “ Les anges sont les symboles de ma maison, car j'ai une relation spirituelle avec mon travail ” Rencontre Meet _ Mode-Fashion
  • 17. | 17 | LE PREMIER ARRONDISSEMENT DE CASTELBAJAC CASTELBAJAC’S FIRST ARRONDIS- SEMENT Avantd’youvrirsapremière boutique,Jean-Charlesde Castelbajacavécudansle« 1er » : auBrightond’abord,puisau Meurice.Sesadressesfétiches: >LEBARDUMEURICE,au 228ruedeRivoli:illuiacrééle cocktailJCDCàbasedeginetde gingembre; >LALIBRAIRIEDELAMAIN,au 155rueSaintHonoré; >LABOUTIQUERARISSIME,au 18rueSaintRoch.« L’unedesplus étroitesetanciennesdeParis.Sa devantureindique1638! »; >EBIS,au19rueSaintRoch.« Le meilleurrestaurantjaponaisde Paris. » >LACONTRIE,au11ruedela Soudière.« Unefemmeycréedes sacssurmesure. » He lived there before he ever opened his first store there  : firstly at Hôtel Brighton, then at the Meurice. Here are his abso- lute favourite haunts  : > THE MEURICE BAR – and the JCDC cocktail he created for it, based on gin and ginger ; > THE DELAMAIN bookshop at 155 Rue Saint Honoré ; > THE RARISSIME STORE at 18 Rue Saint Roch  : “  one of the narrowest shops in Paris, and one of the oldest, too  : its timber frontage bears the date 1638  ” ; > EBIS, “ the best Japanese restaurant in all Paris ”, at 19 Rue Saint Roch ; > LA CONTRIE  : a woman leatherworker who makes bespoke bags at 11 rue de la Sourdière. proud of being the only stylist to have clothed a saint ! John Paul II’s chasuble is now part of the treasure kept at Notre Dame de Paris cathedral. Of all the people you’ve met, who has made the most impact on you  ? Most of all I remember meeting Pope John Paul II, who said the most wonderful thing I’ve ever heard : “ you’ve used colour as mortar to hold faith together ”. And Mgr Lustiger went on to add : “ and hope ”. Youoftensaythattheonlydesignertohaveunderstood your world was André Courrèges. Indeed.Ilikeworkinginfashionbecauseofitsexperimental aspect ; it provides opportunities for invention. There are blurred lines, see-through layers – and the only person to have grasped that I was addressing style rather than fashion was André Courrèges. He contacted me initially in the 1970s, but nothing came of it because we both had such strong personalities. He got back in touch in the 1990s, and onthat occasion,we enjoyedtwo magical opportunities to work together. Rencontre Meet _ Mode-Fashion
  • 18. | 18 | Reportage Report _ F r a g o n a r d ’ s n e w p a r i s s h o w c a s e La presque centenaire maison de parfumerie Fragonard, née à Grasse dans les années 20, s’offre un nouvel écrin au cœur de la Capitale, à quelques pas de l’Opéra Garnier. Ce Nouveau Musée du Parfum s’avère, en réalité, une formidable vitrine du patrimoine. Visite guidée. It’s nearly one hundred years since the Fragonard perfumery was founded in Grasse in the 1920s. Now it has a new showcase in France’s capital city, just a stone’s throw from the Palais Garnier Opera House. A visit to this ‘New Perfume Museum’ reveals just how good an advertisement for that heritage it is. D’abord,ilyacetteadressequienditlongsurle site : square de l’Opéra Louis-Jouvet, à deux pas de l’Opéra Garnier, en plein cœur de la Capitale. Le Nouveau Musée du Parfum Fragonard prometdes’inscriredansuncadrechargéd’histoire. Puis il y a cette promesse tenue : le lieu, héritage évident de plus d’un siècle d’histoire, est bien plus qu’unmuséeduparfum.Ilestlegardiend’unpatri- moine,letémoindutempsquicourt.Aprèsunanet demi d’intensifstravaux, réalisés selon les souhaits les plus strictes de l’entreprise et de son architecte, François Muracciole, le lieu, ouvert en septembre 2015, demeure le garant d’une certaine continuité. De fait, l’histoire et le patrimoine y jouent un rôle omniprésent : les multiples facettes du lieu sont au centre même du musée, des poutres Eiffel aux murs de briques, en passant par les pavés de verre ou encore parcette immenseverrière surplombant la boutique adjacente au musée. Ilfautdireque,peuconnuedugrandpublic,l’adresse abritait, depuis 1880, l’EdenThéâtre. Rebaptisé par lasuiteGrandThéâtre,ilaccueillealorsbalsféériques et autres représentations en vogue. Rapidement, en raison d’une gestion hasardeuse, le théâtre est contraint de fermer et, en partie détruit, laisse la The address itself speaks volumes : Square de l’Opéra Louis-Jouvet, a stone’s throw from the Garnier Opera House, at the very heart of Paris. The implicit promise of Fragonard’s New Perfume Museum is that it will acknowledge the surrounding weight of history here. As in- deed it does : the edifice clearly embodies over a century of human activity, and is by nature far more than just a perfume museum. It is the custodian of a heritage, bearing witness to a whole bygone era. After eighteen months of intensive renovation work, carried out strictly according to the firm’s wishes and those of its architect, François Muracciole, the venue opened in September 2015, preserving a suitable air of continuity. Indeed, history and heritage are everywhere you look here. The many facets of the building embody the ethos of the museum – from the Eiffel beams to the brick walls and glass panels, not forgetting the huge glass roof above the shop next to the museum. The address may be little known to the general public, but originally (from 1880 onwards) it was home to the Eden Theatre. Later renamed the “ Grand Théâtre ”, this was a venue for fairytale L E N O U V E L É C R I N P A R I S I E N D E F R A G O N A R D Par-byRomainRivière >
  • 20. | 20 | place à un manègevélocipédique installé à la place de l’ancien fond de scène. Mais ce vélodrome du quartier de l’Opéra, prisé des parisiens désireux, pour une dizaine de francs, de se familiariser avec cenouveaumoyendetransporttoutàfaitmoderne, devient rapidement le showroom du négociant de meublesanglais,Maple&Co,profitantdel’immen- sité du lieu, affichant près de 1 200 mètres carrés, pour imaginer une nouvelle façon de présenter le mobilier à ses clients. Finalement, en 2014, après 118 ans d’exploitation du lieu, Maple & Co cède cet ensemble à la maison de parfumerie Fragonard, désireuse,justement,d’installerunnouveaumusée dédié à son environnement : la matière première, le métier de parfumeur, les secrets de fabrication, mais aussi à ses impressionnantes collections de flacons et d’étiquettes. Là, dans une ambiance authentique, la maison de parfumerie, fondée en plein âge d’or du parfum, en 1926, invite le visiteur à remonter le temps. MÉLANGEUR ÀAILETTES Cevoyages’articuleautourdelasalledefabrication, où trône un mélangeur à ailettes pour matières premières, provenant de l’une des plus anciennes usines de parfumerie de Grasse : un gigantesque appareil, participant à conférerau lieu son caractère authentique permettant au visiteur de plonger di- rectement dans l’ambiance d’une usine il y a près de cent ans. A ses côtés, sur la coursive qui a été conservée,sontexposésalambicsetautrescuvesde macération,datantdelafinduXIXesiècleetdontle visiteurapprend qu’ils étaient, à l’époque, portatifs, balls and other fashionable shows of the day. Suffering from poor management, the theatre was soon forced to close, and was partially demolished – with a bicycle merry-go-round installed where the backstage area used to be. It was not long, however, before this velodrome in the Opéra district – descended on by Parisians willing to fork out a few francs to discover this new-fangled means of transport – became the showroom for Maple & Co, an English furniture trader. The vast area, totalling some 1,200sqm, offered the firm a new way to display furniture to its customers. After having been in business on the site for 118 years, in 2014 Maple & Co sold the premises to the Fragonard perfumery, which was keen to set up a new museum displaying aspects of its own very special world : raw mate- rials, the perfumery trade, some manufacturing secrets, and an impressive collection of bottles and labels. As a result, the perfumery – founded in 1926 when the golden age of perfume was at its height – can invite visitors to travel back in time in an absolutely authentic atmosphere. AUTHENTIC ATMOSPHERE The journey is organised around the manufactu- ring room, where an agitator for mixing raw ma- terials from one of the oldest perfume factories in Grasse takes pride of place. This huge piece of apparatus helps give the venue its authentic atmosphere, immediately plunging visitors into the factory environment of nearly a century ago. Next to it, along a preserved walkway, there is l 1 l Au centre du musée, la salle de fabrication. l 2 l Le cabinet de curiosités et ses objets hétéroclites. > > Reportage Report _
  • 21. | 21 | Reportage Report _ “ La maison de parfumerie invite le visiteur à voyager dans le temps ”
  • 22. | 22 | demanièreàêtreutilisésdans les champs de fleurs. Dans les salles adjacentes, un ensemble de photogra- phies noir et blanc retracent les étapes de fabrication du parfum. Réalisé au début du XXe siècle à Grasse, ce repor- tage s’impose comme unté- moin majeurd’untemps révolu. Desfilms mettent également en lumière les différents procédés – cueillette, enfleurage, distillation, laboratoire… – et l’importance de l’homme, pilier de ce savoir-faire artisanal. Un peu plus loin, le musée expose un orgue à parfum sur lequel sont exposées quelque 250essencesdifférentes.Unéveildessensmarqué parlesnotesaciduléesdesagrumes,laissanttantôt la place à des notes florales ou fruitées, tantôt à des touches épicées ou boisées. L’occasion d’ap- prendre l’évolution olfactive d’un parfum au fil des heures, et de comprendre le mécanisme des notes de tête, de cœur et de fond : les notes d’agrumes ou d’aromates, prépondérantes les deux premières heures, laissent ensuite la place aux notes fleuries, vertes, fruitées ou épicées, puis, passée la sixième heure, aux notes boisées. C’est autour de ce grand principe et de ces multiples essences que le maître parfumeur met au point, parfois à force de longs mois de travail, ses recettes. Passées ces étapes, le Nouveau Musée du Parfum présenteauvisiteuruneimpressionnantecollection de flacons anciens. Un véritable voyage dans le temps, permettant de redécouvrir l’évolutions des culturesàtraverslessiècleset,même,lesmillénaires, puisque le plus ancien exposé est daté de – 3 000 ! De l’Egypte ancienne jusqu’aux parfums coutures des temps modernes, en passant par l’art du fla- connage des XVIIe et XVIIIe siècles, les pots-pourris deLouisXIV,ouencorelesnécessairesdevoyageet les coffrets précieux du XVIIIe siècle… pas moins de 300 objets retracent l’histoire de la parfumerie. ◊ a display of stills and maceration tanks dating back to the late nineteenth century ; visitors learn that in the past these items were portable, so that they could be used in the flower fields. In the adjacent rooms, a series of black and white photographs show the stages in per- fume manufacturing. This photo-report was made in Grasse in the early twentieth century, an important testimony to an age long since departed. There are also films showing the details of different processes such as picking, enfleurage, distillation and lab work – as well as highlighting the importance of the people themselves, the cornerstone of this craft. A little further on, the museum displays a perfume organ featuring some 250 different essential oils. The resulting awakening of the senses introduces sharp citrus scents, giving way to floral and fruity fragrances or spicier, woody notes. This is the place to learn how the scent of a perfume changes with the passage of time and understand the mechanism of top, heart and base notes : citrus or herbal notes dominate for the first couple of hours, before making way for floral, green, fruity or spicy notes and then, after six hours, woody notes. Master perfumers use this great principle – and the many different essential oils at their disposal – to perfect their recipes, sometimes calling for many months of work. Following on from these sequences, the New Perfume Museum presents visitors with an im- pressive collection of historic bottles. This voyage through time depicts changing cultures down through the centuries, and indeed millennia – the oldest bottle on display dates back to 3000 BC. There are over three hundred objects covering the history of perfume-making, from Ancient Egypt to the designer perfumes of modern times, not forgetting the bottle art of the seventeenth and eighteenth centuries, Louis XIV’s pot pourris, and eighteenth-century travel kits and caskets. ◊ “Le témoin majeur d’un temps révolu ” > Reportage Report _
  • 23. | 23 | L’usinequ’occupelamaisondeparfume- riefigurecommel’unedesplusanciennes parfumeriesdeGrasse,puisqueson origineremonteà1782.En1926,cette fabriqueprendlenomdeFragonard, enhommageaupeintreJean-Honoré Fragonard–1732–1806–,filsdugantier parfumeurgrassoisFrançoisFragonard. C’estlàquel’entreprisefamilialeproduit encore,selonsonsavoir-faireartisanal, desparfums,eauxdetoilettes,cosmé- tiquesousavons.Depuispeu,Fragonard, enpleindéveloppement,s’ouvreégale- mentàd’autresuniversprochescomme celuideladécorationetdelamaison. The factory occupied by the perfu- mery is one of the oldest in Grasse, having been in existence since 1782. In 1926, the establishment took on the name of Fragonard in homage to the painter Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), the son of Grasse perfumer and glovemaker François Fragonard. The family firm is still there, using its craftsmanship to produce perfumes, toilet waters, cosmetics and soaps. More recently, Fragonard has expanded and broadened out to encompass other related spheres, such as decoration and homecraft DU PEINTRE À LA MAISON DE PARFUMERIE FROM PAINTER TO PERFUMERS Musée Nouveau Musée du Parfum 3 - 5, square de l’Opéra Louis Jouvet du lun. au sam. de 9h à 18h Reportage Report _
  • 24. | 24 | Marque Brand _ La peau nous parle », assure Joëlle Ciocco. Elle en sait quelque chose : ses quarante années d’expérience lui ont permis de la comprendre d’abord,puisd’élaborerunenouvellediscipline,bap- tiséel’épidermologie.Unesortedehautecosmétique, à mi-chemin entre la psychothérapie et la cosmé- tique. « L’épiderme n’est pas neutre, au contraire : il disposed’unéco-systèmevivant,capabled’évoluer et de se modifier selon les personnes, les origines génétiques,lesmodesdevie,lesétatsémotionnels, etc.Achaqueperturbation,ilsedéséquilibre,perdsa protectionnaturelleetvieillit »,ajoutelabiochimiste deformation,désormaisreconnueinternationalement poursontravailetdontlecentredesoinsestinstallé, depuis des années, en plein cœur du luxe parisien, place de la Madeleine. L’epidermologie ? « C’est à la foisl’étudeduvêtementdelapeau,etuneméthode dusoinparl’hygièneetlarespirationpourl’embellir », reprend Joëlle Ciocco, ajoutant que « l’épiderme d’aujourd’hui montre de nouveaux besoins pour respireret s’alimenterafin de menerà bien sa quête de jeunesse. » Cette quête, c’est la mission de cette cinquantenaire, que les grands noms de la mode et du show-biz s’arrachent, de même que L’Oréal qui en a fait son experte internationale. Concrètement, il s’agit de construire un équilibre cutané grâce à l’application de produits intelligents, en vue d’offrir unepeaucalme,rassuréeetcapabledesedéfendre des agressions. Pour y parvenir, la maison Joëlle Ciocco assure une prestationglobaleetentièrementMadeinFrance :le Par-byRomainRivière Our skin talks to us, ” insists Joëlle Ciocco. And she should know : her forty years’ experience have helped her understand skin and go on to form a new discipline, known as epidermology. It’s a kind of fine cosmetics, half-way between psychotherapy and cosmetics itself. “ The epidermis is anything but inert : it has its own living eco-system, capable of altering and changing depending on the individual, genetic origin, lifestyle, emotional state, and so on. Every time it’s disturbed, it loses its balance and na- tural protection – and ages, ” adds the qualified biochemist, now internationally acclaimed for her work, and with a treatment centre of many years’ standing located at the very heart of the luxury district in Paris, on Place de la Madeleine. So just what is epidermology ? “ It’s both the study of the skin covering, and a treatment method for enhancing it, based on hygiene and breathing, ” explains Joëlle Ciocco, adding that “ nowadays, to succeed in its quest for youth our epidermis is expressing new needs when it comes to breathing and nourishment. ” This quest is also the mission of this woman in her fifties, much sought after by the big names in fashion and show business, not to mention L’Oréal, which has made her their international expert. Practicallyspeaking, it involves building skin balance through the application of intelligently-devised products, so as to provide calm, reassured skin that’s capable of fending off attacks.To do so,Joëlle Ciocco offers a global service « L A H A U T E C O S M É T I Q U E D E J O Ë L L E C I O C C O Au fil de quarante ans d’expérience, Joëlle Ciocco a élaboré une discipline de haute cosmétique reposant sur l’étude de l’éco- système de la peau : l’épidermologie. Elle l’exerce depuis son centre de soins, situé place de la Madeleine. With over forty years of experience, Joëlle Ciocco has developed a discipline of fine cosmetics, based on a study of the skin’s eco-system : epidermology. She practices this art in her treatment centre on Place de la Madeleine. F i n e c o s m e t i c s a s p r a c t i s e d b y J o ë l l e C i o c c o “  Beauté-Beauty
  • 25. Rubrique Rubric _ | 25 | laboratoire à taille humaine qu’elle a créé, en région parisienne, développe et fabrique des produits de soins à la façon d’un atelier d’art cosmétique, c’est àdireensuivantuncahierdeschargesextrêmement strict, répondant aux exigences les plus pointues de ses clients. Chaque étape – extraction des matières premières, conditionnement sous vide… – préserve l’efficacité des formules et respecte l’environne- ment. Ce sont ces produits, et uniquement ceux-ci, quel’epidermologueappliqueàsespatientsdepuis son centre parisien. Et comme la demande ne fait qu’augmenter,JoëlleCioccos’apprêteàouvrir,place de la Madeleine, sa propre école de formation. Une sorte d’aboutissement. ◊ that’s entirely Made in France : the human-sized laboratory she’s set up in the Paris region develops and manufactures treatment products in a practice akin to a cosmetics craft workshop. That means following extremely stringent specifications, and complying with the most demanding requirements of its clients. Each stage – extracting raw materials, vacuum packaging and so on – protectsthe efficacy of the formulas and is environmentally-friendly. These products are the only ones used for patients by the epidermologist in her Parisian treatment centre.And since demand is ever-increasing,Joëlle Ciocco is preparing to open her own training school on Place de la Madeleine – a fitting culmination. ◊ “ Un véritable atelier d’art de la cosmé- tique ” Beauté-Beauty
  • 26. Made of Tour Eiffel TOUR EIFFEL When the world’s most famous monument becomes a timepiece. T O U R E I F F E L . S A I N T H O N O R E . C O M When the world’s most famous monument becomes a timepiece. BOUTIQUE SAINT HONORE PARIS 326, rue Saint-Honoré 75001 Paris 01 42 60 14 01
  • 27. | 27 | Horlogerie-Watchmaking Dossier Feature _ L’ANNÉE DE LA PAIRE HORLOGERIE FÉMININE : LES TEMPS DANSENT NOUVEAUTÉS PAIRING OFF 2016  : THE TIMES THEY ARE A-DANCING NEWS 1 2 3 H o r l o g e r i e
  • 28. | 28 | Dossier Feature _ l 1 l Le top model Cara Delevingne, ambassadrice TAG Heuer, a su charmer une nouvelle clientèle féminine. l 2 l Chopard, marque de source joaillière, a su conquérir le coeur des hommes avec des modèles masculins racés. l 3 l L’Oyster Perpetual Lady- Datejust 28, futur best-seller de Rolex, la seule marque horlogère dont l'offre est à stricte parité. Horlogerie-Watchmaking
  • 29. | 29 | Dossier Feature _ L ’ A N N É E D E L A P A I R E Ce sera l’adage le plus entendu de ce pre- mier trimestre horloger : 2016, année de la femme. La chanson a été poussée aussi bien courant janvier au SIHH - Salon International de la Haute Horlogerie -, qu’à Baselworld deux mois plus tard. Loin de révéler une subite em- pathie pour la gente féminine, les marques horlogères chérissent ce public pour sa capa- cité - espérée, fantasmée - à compenser des ventes masculines en baisse. Moins glamour, mais plus réaliste. Comme toujours, l’histoire donnera probable- ment raison a celles qui auront le plus anticipé ce mouvement en créant des collections fémi- nines aujourd’hui bien établies. Ces marques sont encore rares. Baume & Mercier est l’une des seules à avoir anticipé ce recentrage, depuis plus de deux ans. La marque genevoise dispose aujourd’hui d’autant de collections féminines que masculines. Rolex, malgré sa discrétion habituelle, n’en a pas fait moins : 96 modèles pour lui, 96 pour elle. Le hasard n’a plus sa place dans cet équilibre parfait. Pourtant, malgré ce bel affichage paritaire, les ventes ont parfois du mal à s’aligner. Avoir autant de modèles pour femmes que pour hommes ne signifie pas qu’ils sont vendus à quantités égales. A ce jeu, c’est bien souvent le positionnement natif de la marque qui détermine son succès dans cette entreprise. Dans l’inconscient collectif, Zenith, Breitling, parmi tant d’autres, sont en effet des marques sportives donc pour hommes. Ces deux-là ont P a i r i n g o f f Gouvernance, politique, domestique, professionnelle : la parité se conjugue en tous lieux. Sauf en horlogerie ? Si beaucoup de marques clament leur amour de la femme, la réalité est parfois bien différente. - In governance, politics, domestic and professional life, sex equality is everywhere. Is watchmaking the exception ?While manybrands boast abouttheirlove forwomen,the underlying realities are often somewhat different. The most popular mantra in watchma- king in this first quarter will be “ 2016 is women’s year ”. In this respect, both the SIHH International Fine Watchmaking Show and Baselworld two months later are singing from the same songsheet. Far from revealing a sudden sense of empathy for the fairer sex, watchmaking brands’ fresh enthu- siasm for the ladies is motivated by something rather less glamourous and more realistic : the capacity of women (or at least their hoped-for and dreamed-of capacity) to offset falling sales of men’s watches. As always, history will probably favour those who anticipated this trend well ahead of time, creating women’s collections that are by now well-establi- shed. Such brands are still few and far between. Baume & Mercier is one of the very few to have been preparing for this new focus for more than two years now. Today, the Geneva brand has as manywomen’s collections as it does men’s. While it has been as discreet as usual, Rolex has equalled that score, with 96 men’s models and 96 women’s models – a perfect balance that in times like these, has nothing to do with chance. Such fine displays of equal opportunity are not always mirrored in sales, however. Having as many women’s as men’s models on offer does not au- tomatically translate into equal quantities of each being sold. When it comes down to it, a brand’s retail successes are often determined by its native positioning. In the collective unconscious, Zenith and Breitling – to name but two players – are sports > Horlogerie-Watchmaking Par-byOlivierMuller
  • 30. | 30 | des difficultés à charmer les femmes. A l’inverse, les marques de tradition joaillière sont perçues comme presque exclusivement féminines, mal- gré les qualités évidentes de leur garde-temps masculins : la Dandy de Chaumet, la Pierre Arpels de Van Cleef & Arpels, la Première XL de Poiray, parmi d’autres. Pétris d’orgueil viril ou de simples préjugés, rares sont les hommes à pousser la porte de ces maisons pour y faire leurs emplettes horlogères. Deux exception subsistent : Cartier et Chopard. La première, en développant no- tamment des complications de haute voltige, a su s’attirer les faveurs de monsieur. La seconde, sous l’impulsion directe de son co-président, a développé des gammes sportives et classiques également très techniques qui ont trouvé leur public. Stricte parité Mais l’industrie révèle parfois ses surprises et contradictions. TAG Heuer, par exemple. La marque suisse du groupe LVMH, dopée à la course automobile, à la haute précision et aux sports extrêmes, dispose aujourd’hui des col- lections réparties à stricte parité. Et, de plus en plus, la femme TAG s’affirme dans la croissance de la marque. Que TAG Heuer ait réussi ce tour de force ne doit rien au hasard : depuis de nom- breuses années, elle signe à tour de bras des ambassadrices de charme. Du top modèle à la sportive de haut niveau, de Cara Delevingne à Maria Sharapova, la jeune femme du nouveau millénaire aime à se retrouver dans l’univers marketing de TAG Heuer. Car, au final, si le marketing fera la différence, il n’arrivera pas à équilibrer les ventes tout seul. Derrière une volonté très paritaire, les canaux de communication et de vente restent très sexués. En publicité, par exemple : monsieur sera sou- vent abordé avec un visuel produit nul, froid et technique, le plus souvent sur fond noir et sans environnement. Pour madame, ce seront de vastes campagnes où l’esthétique primera toujours : celle d’un corps, d’un paysage, d’une célébrité. Avec une montre, accessoirement. Car pour beaucoup d’entre elles, la montre reste un accessoire. En somme, cette noble volonté paritaire ne saurait se réduire à un simple équilibre de col- lections. Il faudra l’accompagner de messages marketing, publicitaires et commerciaux. Si les deux premiers sont en train d’être adaptés pour un public féminin, les espaces de vente ont en- core du chemin à parcourir. Certaines marques ont déjà compris que l’on ne pouvait accueillir un homme et une femme avec le même dispositif. Poiray, par exemple, a été la première à ouvrir “ Dans l’inconscient collectif, Zenith et Breitling sont des marques pour hommes ” brands, and therefore for men ; neitherfinds it easy to win overwomen. On the other hand, brands with a jewellerytradition are perceived as being almost exclusively for ladies, despite the incontrovertible qualities of their timepieces for men : Chaumet’s Dandy, the Pierre Arpels from Van Cleef & Arpels, Poiray’s Première XL, and many more. Whether it’s down to macho pride or mere prejudice, very few guys go to these brands to buy their watches. There are, however, two exceptions : Cartier and Chopard. Cartier has successfully aroused the in- terest of men by developing sophisticated compli- cations. And Chopard, underthe direct impetus of its co-president, has developed sports and classic ranges that are alsoverytechnical – and which have found their target. HAVING IT BOTH WAYS Despite all this, the industry sometimes throws up surprises and contradictions. Take the case ofTAG Heuer, the LVMH Group’s Swiss brand. Inextricably linkedwith motorracing, high precision and extreme sports, it now boasts equal numbers of men’s and women’s collections – and increasingly, TAG women’s watches are fuelling the brand’s growth. The fact thatTAG Heuerhas pulled offsuch a feat is no accident : formanyyears, it has been relentlessly signing up winsome female ambassadors ranging from top models to top sportswomen – from Cara Delevingne to Maria Sharapova. Clearly, young women ofthe new millennium love to identifywith the marketing universe of TAG Heuer. Marketing does makes a difference, but atthe end of the day it alone cannot balance sales. Even as they strive to achieve universal appeal, communications and sales channels remain very gender-specific. In advertising, for example, men are often targeted by product visuals that are uninspiring, imperso- nal, and tech-heavy, more often than not on a black background devoid of surroundings. Women, meanwhile, are treated to huge campaigns in which aesthetics are everything – highlighting bodies, landscapes and celebrities, and just happening to > Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 31. | 31 | des « strap bar », ou bar à bracelets, où chaque cliente peut venir se poser en toute décontraction pour choisir ses bracelets interchangeables au fil de ses humeurs, des saisons. Autre exemple : Chaumet. Dans son hôtel particulier de la place Vendôme, la maison a créé un musée éphémère qui permet à ses clientes de naviguer librement dans l’histoire de la marque sans être plongée immédiatement dans un processus de vente. Cette tendance ne fait d’ailleurs que confirmer que l’achat d’un garde-temps se joue principale- ment à l’image qu’il véhicule et pas seulement à ses capacités techniques. Et cela, c’est unisexe. ◊ include a watch somewhere ; the idea being that for many women, watches remain nothing more than an accessory. All in all, the noble desire for equality involves a lot more than simply producing equal numbers of watches. It needs to be accompanied bymarketing, advertising and sales messages. While the first two are now being adapted for a female audience, there is still progress to be made when it comes to sales outlets. Some brands have already rumbled the fact that men andwomen require differing kinds ofwelcome. Poiray, for instance, was the first to open “ strap bars ”,where a customercan come andtake hertime to choose interchangeable strapsto suitthe season, orhermood.Anotherexample is Chaumet.The firm has created a temporary museum in its mansion on Place Vendôme, allowing its female clientele to wander freely through the brand’s history, without having to engage immediately in a sales process. What is more, this development serves to confirm the fact that buying a timepiece is increasinglytied to the image it conveys, rather than solely being a question of its technical capabilities – a fact that applies to both sexes. ◊ l 4 l Richard Mille a longtemps joué les codes de l'ultra-masculin. Aujourd'hui, la marque séduit une proportion crois- sante de femmes Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 32. | 32 | H O R L O G E R I E F É M I N I N E  : L E S T E M P S D A N S E N T 2 0 1 6  : t h e t i m e s t h e y a r e a - d a n c i n g L’horlogerie féminine se cherche. C’est une véritable partie d’échecs quiva se jouersous nosyeux en 2016. Les marques qui ont la femme dans leurADN ont une confortable avance face aux acteurs qui, eux, vont tenter de se faire une place dans leur cœur. There’s a battle on forthe heart and soul ofwatchmaking forwomen, and 2016 promises somefascinatingtactical developments. Brandswithwomen’swatches in their genes will have a head start overthose just beginning to trying and win over the ladies. Par-byCécileBernardini l 1 l Van Cleef & Arpels, Cadenas, 2015. Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 33. | 33 | Cette année, rares seront les dénominateurs communs en horlogerie, mais il y en aura malgré tout quelques-uns : des montres de forme ronde, poétiques, un diamètre modéré et une indéniable considération de la montre comme un accessoire, de mode ou joaillier. Une chose est sûre, plus grand monde ne jugera la montre féminine comme la diminution sertie d’une montre masculine ! Chaque maison suivra ce crédo avec une seule stratégie : pas de mouvement brusque. Van Cleef & Arpels restera poétique, Richard Mille technique et Chaumet, joaillière. L’industrie horlogère devrait donc jouer selon des partitions déjà écrites en articulant ses modèles iconiques autour de messages plus ou moins renouvelés. Et, fort heureusement, les poncifs de l’univers masculin, comme le néo-vintage ou la com- plication pour la complication, ne devraient pas passer les frontières de la féminité. Autre idée globalement partagée : l’importance de l’univers de la marque. En marketing, on parle de « story telling ». L’univers masculin, jusqu’à présent, peut en partie s’en passer. La montre suffit, la technique parle souvent d’elle-même. L’horlogerie féminine, elle, ne fera pas l’impasse en 2016 sur l’univers de la maison à laquelle elle appartient : son histoire, son passé prestigieux (ou imaginaire). La récente éclosion de Fabergé concentre à elle seule l’ensemble de ces ten- dances : insistance sur l’héritage historique de la marque, montre compliquée mais poétique, forme ronde et importance de la montre bijou. Le discours théorique risque toutefois de trouver une limite pratique : le prix. Beaucoup de maisons s’accordent encore à considérer la montre fémi- nine comme un accessoire. Mais entre l’acces- soire richement serti en série limitée à 500 000 euros et la petite montre accessoire à bracelet interchangeable à mille euros, il existe un fossé que peu de clientes accepteront de combler sans contrepartie : un produit qui vaut véritablement le prix demandé. Pour Jean-Jacques Weber, dis- tributeur multi-marques depuis plus de trente ans dans le sérail, « le risque pèse principale- ment sur les marques hybrides, possédant par exemple simultanément une griffe mode est un pôle horloger ». On pense à Dior, Chanel, entre autres, sans sous-estimer le poids commercial de Calvin Klein, Karl Lagerfeld, Michaël Kors, et consorts. Ces marques là possèdent incontesta- There won’t be many common denominators in watchmaking this year, but there will at least be a few : rounded, lyrical watches, of medium diameter, and an approach that un- deniably sees the watch as a fashion or jewellery accessory. One thing is sure : few will persist in seeing women’s watches as nothing more than smaller, bejewelled versions of men’s watches. Each firm will be sticking to this new formula, along with a single precept : no sudden changes. Van Cleef & Arpels will remain poetical, Richard Mille will stay technical, and Chaumet will still be all about jewels : in short, the watchmaking industry is set to pursue well-worn paths, arranging its iconic models against a backdrop of semi-rejuvenated messages. And fortunately enough, there’s little likelihood of women’s watches being swamped by same-old, same-old features from the world of men’s watches, such as neo-vintage styles or complications for complications’ sake. l 2 l Baume & Mercier, Petite Promesse acier. > Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 34. | 34 | blement un univers de marque plus développé que les pure players horlogers, mais elles ont également un positionnement plus ambigu : véritable produit horloger ou accessoire fashion et jetable ? A vouloir jouer sur les deux tableaux, ce seront probablement les clientes qui finiront par trancher elles-mêmes. A l’heure actuelle, haute horlogerie et montre connectée n’ont pas (encore) un lien très fort. Cependant, ces pièces se font une place auprès des sportives 2.0 ou soucieuses de leur bien-être. Pour celles désirant concilier high-tech et esthé- tisme, Alpina avec sa Horological Smartwach a probablement su viser juste. En dehors de ce cas d’exception, la cliente horlogère préférera probablement avoir deux pièces distinctes, dont l’une totalement dédiée au sport ou à son envi- ronnement numérique. In fine, dans le cœur des femmes, montre connectée et belle horlogerie vont certainement continuer à évoluer ensemble mais sur des routes parallèles, l’une ne pouvant se substituer à l’autre. Asseoir les fondamentaux 2016 et les années à venir vont continuer leur (r)évolution dans l’horlogerie féminine. Des diamètres plus fins vont revenir parer des montres-bijoux aux côtés des rééditions ico- niques comme Jaeger LeCoultre avec sa Reverso pour femme, la Cadenas de Van Cleef & Arpels ou encore la Liens de Chaumet. Certes, cette année ne sera probablement pas celle de l’ex- travagance ou de la révolution horlo-féminine, mais elle aura au moins le mérite d’asseoir des fondamentaux encore fragiles. ◊ Another idea on which there is now a broad consensus is the importance of a brand uni- verse. Marketing talks in terms of “ storytelling ”. So far, men’s watches have largely been able to get away without this : the watch itself, especially its technical prowess, speaks for itself. Women’s watches, however, will no longer be able to exist in isolation from the universe of the firms that produce them, their history and their glorious (or in some cases, imaginary) past. The recent Fabergé hatchling exhibits all of these trends : an emphasis on the brand’s historical heritage ; and a complex, yet poetic watch, round in shape and pointing up the importance of the jewellerywatch. This theoretical approach does however run the risk of hitting a practical limit : the price. There is still broad agreement among manyfirms that women’s watches should be seen as accessories. However, there’s a gulf between a richly-jewelled accessory produced in a limited edition for €500,000 and little wristwatches with interchangeable straps going for €1000 – a gap few clients will be ready “ Montres connectées et haute horlogerie n’ont pas encore de liens forts ” l 3 l Richard Mille restera quoi qu’il en soit technique… > Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 35. | 35 | to dive into without something in exchange. In short, a product that really is worth the asking price. According to Jean-Jacques Weber, a multi-brand distributor who’s been in the business for over thirty years, “ the risk is the most acute for hybrid brands, such as those with both a fashion aspect and a watchmaking line. ” This would include Dior, Chanel, to name but a few ; the commercial weight of Karl Lagerfeld, Michael Kors, and others of their ilk should not be underestimated either. These names undeniably have a more sophisticated brand universe than the pure players in watch- making, but their positioning is more equivocal : are they producing genuine horological products, or a disposable fashion accessory ? If they keep trying to have it both ways, the clients themselves will probably end up deciding matters for them. THE ROLE OF THE CONNECTED WATCH So far, there have been few links forged between fine watchmaking and connected watches. All the same, these new timepieces are beginning to be adopted by ‘2.0’ sportswomen, as well as the more health-conscious. For women seeking to re- concile high-tech products with aesthetics, Alpina has probably hit the mark with its Horological Smartwatch. Apart from this one-of-a-kind example, female watch-lovers will probably prefer to have two dis- tinct timepieces, one of which will be dedicated to sport and their digital environment. At the end of the day, both connected watches and fine watches will no doubt continue to gain ground in women’s sentiments, but along parallel tracks, since neither can really replace the other. 2016 and the coming years will doubtless see an ongoing (r)evolution in watches for women. Jewellery watches featuring smaller diameters will emerge alongside iconic new editions like Jaeger LeCoultre’s Reverso for women, Van Cleef & Arpels’ Cadenas and the Liens from Chaumet. This year is unlikelyto be marked by extravagances, or herald a revolution in women’s watches, but it should at least see some as yet fragile foundations made stronger. ◊ “Dans les années à venir, l’horlogerie féminine continuera sa révolution” l 4 l Poiray, Ma Preferée. Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 36. | 36 | LES CHICS SPORTIVES LES 01 03 02 05 04 | LES CHICS | 01. Frédérique Constant, Classics Index GMT - Prix : 1850 euros. | 02. Jaeger-Le- Coultre, Reverso Tribute Duoface - Prix : 9 450 euros. | 03. Glashütte Original, Senator Perpetual Calendar - Prix : 19 000 euros. | LES SPORTIVES | 04. Baume & Mercier, Capeland Shelby Cobra. - Prix : 4 100 euros. | 05. Vacheron Constantin, Overseas Chronographe - Prix : 31 100 euros. Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 37. | 37 | LES COMPLIQUÉES LES JOAILLIÈRES 06 07 08 10 09 | LES COMPLIQUÉES | 06. Audemars Piguet, Royal Oak Concept Supersonnerie - Prix nc | 07. Lange & Söhne, Datograph Perpetual Tourbillon - Prix nc | LES JOALLIÈRES | 08. Saint Honoré, Charisma - Prix 840 euros | 09. Piaget, Limelight Gala - Prix 38 400 euros. | 10. Chanel, Montre à Secret Signature Morganite - Prix sur demande. Dossier Feature _ Horlogerie-Watchmaking
  • 38. Rubrique Rubric _ | 38 | S O U F F L E A U C H Œ U R | Photographe - Photographer | BORIS CAMACA Patrimoine-Héritage
  • 40. | 40 | Patrimoine-Héritage Regard Look _ Titulaire de l’orgue de l’église de La Madeleine depuis 1979, François-Henri Houbart, succède ainsi à Camille Saint-Saëns et à Gabriel Fauré sur cet instrument de soixante jeux répartis sur quatre claviers, fort de 4 426 tuyaux. Inauguré en 1846, cet orgue est aujourd’hui classé Monument Historique. Il est la deuxième maison du musicien, dont la carrière est internationale. Camille Saint-Saëns and Gabriel Fauré were among the organists at La Madeleine Church to have pre- ceded François-Henri Houbart, the incumbent since 1979. It boasts sixty stops on four separate manuals – and 4,426 pipes. Inaugurated in 1846, the organ is now listed as a Historic Monument, and is like a second home for the musician, who has an international career.
  • 42. | 42 | Théatre-Theater Patrimoine Heritage _ C O M É D I E F R A N Ç A I S E : T R O I S S I È C L E S D E C R É A T I V I T É On parle d’elle comme d’une ruche bour- donnante, symbole d’une créativité foi- sonnante. Depuis trois siècles, la vénérable maison est l’institution la plus embléma- tique du théâtre français. People see this venerable theatre as a hive of activity, and a symbol of burgeoning creativity – it’s been the epitome of French dramatic art for over three centuries. Déambuler dans le foyer et les galeries de la Comédie Française au moment de l’entracte est toujours un grand moment d’émotion : c’est là que se font face, saisis dans le marbre, Molière et Voltaire.Admirerles portraits des grands auteurs et des célèbres comédiens qui ont façonné l’illustre maison, se recueillirdevant lefauteuil de Molière est unvrai bonheur. La compagnie théâtrale, qui allait devenir la Comédie Française, est née en 1680 de la fusion, ordonnée par le roi Louis XIV, de deux troupes rivales alors sous sa protection : celle de l’Hôtel de Bourgogne, s’illustrant dans le répertoiretragique, et celle de l’Hôtel Guénégaud, constituée des anciens comédiens de Molière, mort sept ans plustôt. Le dessein du roi de France était de doterle pays d’une institution unique, chargée de maintenir et enrichir le répertoire dramatique national. Une lettre de cachet signée à Versailles consacre la fondation d’une troupe unique, composée de vingt-sept comédiens et comédiennes choisis parle roi pourleurexcellence, dans le but de « rendre les représentations des comédies plus parfaites ». La troupe réunit des comédiens illustres : Armande Béjart, Catherine De Brie, La Grange, Hubert, Du Croisy, Baron, Jeanne Beauval, Mlle Champmeslé - interprète favorite de Racine -, Poisson… Ainsi Corneille, Molière, Racine, Scarron ou Rotrou sont joués à Paris et dans Par-bySophieLamigeon > C o m é d i e F r a n ç a i s e t h r e e c e n t u r i e s o f c r e a t i v i t y Wanderingthroughthe foyerand corridors ofthe ComédieFrançaiseduringtheintervalneverfails to be a stirring experience : pass beneath the marble statues ofMolière andVoltaire staring each other down ;admiretheportraitsofthegreatwritersandfamous actors who have shaped this grand old theatre ; pause in silence before Molière’s armchair – what’s not to like ? The theatre company that was later to become the ComédieFrançaisewasfirstformedin1680bythemerger, on the orders of King Louis XIV, of two rival companies underhispatronage.HôteldeBourgogneperformedtrage- dies,while Hôtel Guénégaudwas comprised ofMolière’s troupe, the playwright himself having died seven years previously. With this merger, the King of France sought to give the country a single institution, responsible for maintaining andfurtherexpandingthe national repertoire. Alettre de cachet signed inVersailles established a single company, comprisingtwenty-seven actors and actresses chosen by the king for their excellence, with the aim of “ perfecting the performance of plays ”. The company brought together some legendary actors : Armande Béjart, Catherine De Brie, La Grange, Hubert, Du Croisy, Baron, Jeanne Beauval, Miss Champmeslé (Racine’sfavouriteactress),Poisson,andothers.Theworks ofCorneille, Molière, Racine, Scarron and Rotrouwere per- formed in Paris and its suburbs bythe troupe, exercising theirroyal monopolyto muscle out othersuccessful acts such as the Comédie Italienne and the Théâtre de Foire fairgroundtheatre.The following year,the actors entered into a deed of association which is still in place today. In the mid-eighteenth century, the company’s actors tookthe theatre a step further : theyhad little boxes built (withthe invaluable support ofVoltaire) and got rid ofthe benches on the stage reserved for special spectators. Thanks to the influence of Miss Clairon in particular, staging, decor and costumes became more authentic and natural. After being buffeted by the unforeseen cir- cumstances of history (not least the French revolution), under the leadership of the tragedian Talma the Société
  • 43. | 43 | ThèmeAnglais-Francais Patrimoine Heritage _ © Cosimo Mirco Magliocca, coll. Comédie-Française, la salle Richelieu, un emblème de la troupe française
  • 44. | 44 | Théatre-Theater les faubourgs parles Comédiens Français, exerçant leur monopole face à la comédie italienne et au théâtre de foire alors prospères. L’année suivante, les comédiens se lient entre eux par un acte d’association qui est toujours d’actualité de nos jours. Au milieu du XVIIIe siècle, les comédiens de la maison font évoluer le théâtre : ils construisent de petites loges et, avec l’appui précieux de Voltaire, débarrassent la scène des banquettes réservées aux spectateurs privilé- giés. Grâce, notamment, à l’influence de Mademoiselle Clairon, la mise en scène, les décors et les costumes gagnent en authenticité et en naturel. Emportée par les aléas de l’histoire, ballotée par la Révolution fran- çaise, la société des Comédiens Français conduite par le tragédien Talma s’installe rue de Richelieu en 1799, dans le Théâtre Français de la République qui lui est concédé par le gouvernement. C’est ce bâtiment érigé par l’architecte Victor Louis qu’elle occupe toujours aujourd’hui. Napoléon devient alors le protecteur de la Comédie Française. Il signe, en 1804, le fameux décret de Moscou, constituant unetroupe permanente au sein de la société des Comédiens Français. Mais la mort deTalma prive la troupe de sa principale étoile. Les pièces traditionnelles sont un temps laissées de côté au profit d’un nouveau genre : Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, Victor Hugo imposent au répertoire le drame romantique qui connaît son point culminant avec « la bataille » d’Hernani, le 25 février 1830, tandis qu’évoluent le jeu des acteurs, la mise en scène et la conception du décor. La tragé- die classique revient à la mode avec Rachel, véritable vedette d’une troupe renouvelée. Entrée à 17 ans à la Comédie Française, nommée sociétaire dès 1842, elle triomphe sur scène. C’est le prince-président Louis Napoléon qui, en 1849, crée la fonction d’administrateur - dépendant direc- tement du ministère de l’Intérieur -, mettant fin à une longuepériodedeflottementadministratifetfinancierde > des Comédiens Français moved into Rue de Richelieu in 1799, setting up home in the Théâtre Français de la République, made available to it by the government. Erected byarchitectVictorLouis,this isthe buildingwhich it still occupies to this day. Napoleon then became the protector of the Comédie Française. In 1804, he signed the famous Decree of Moscow, constituting a permanent troupe within the Société des Comédiens Français. However, the death of Talma deprived the company of its leading light. Traditional plays were neglected for a while in favour of a new genre : Alexandre Dumas, Alfred de Vigny and Victor Hugo imposed romantic drama as the mainstay of the repertoire. The genre peaked with Hernani’s “ La bataille ”, on February 25, 1830, amid further changes to acting styles, staging and stage design. Classical tragedy came back intovoguewith Rachel,the starofa renewed troupe. Having joinedthe Comédie-Française atthe age of 17, she was appointed secretary in 1842, and was an unrivalled success on the stage. In 1849, the Prince-President Louis Napoléon created the position of Administrator, answering directly to the Ministryofthe Interiorandthus bringingto an end a long period ofadministrative and financial uncertaintyforthe institution. The Administrator was in charge of putting on the classic works, whilst leaving plenty of room for more recent creations. Overthe course ofthree centuries, the Comédie Française has put together an enormous repertoire of over three thousand plays. The company has stood the test of time. The Italian- style Richelieu theatre was severely damaged by a fire in 1900, but its strong steel framework prevented it from collapsing.To complywith safetyrules and provide more comfortable seating for spectators, the number of seats has been reduced from the original 2000 or so to 862. The companyhas howeverexpanded sincethenvia other venues, with theThéâtre duVieux Colombier opening in 1993, followed by the Théâtre-Studio in 1996. “ La meilleure ambassadrice de la langue française ” Patrimoine Heritage _
  • 45. | 45 | Théatre-Theater l’institution. Chargée de représenterles grandes œuvres tout en faisant une large place aux plus récentes créa- tions, elle a constitué en trois siècles le plus important des répertoires dramatiques - plus de 3 000 pièces. La Comédie Française a su traverser le temps. La salle Richelieu, construite à l’italienne, a été ravagée par un incendie en 1900. L’effondrement de la salle est évité grâce à la résistance de la structure métallique. Afin de respecter les règles de sécurité et d’augmenter le confort des spectateurs, le nombre de places, à l’origine proche des 2 000, est réduit à 862 places. Depuis, elle n’a cessé de s’agrandir avec l’ouverture du Théâtre du Vieux Colombieren 1993, et duThéâtre-Studio en 1996. Aujourd’hui dirigée par le sociétaire Eric Ruff, nommé administrateur général par décret en 2014 à l’initiative du Président de la République, la Comédie Française compte 450 permanents, comédiens et salariés confon- dus, répartis dans des services administratifs, artistiques et techniques, illustrant parfaitement l’emblème de la ruche. À l’image de la devise simul et singulis - être ensemble et être soi-même -, chacun participe à la création des spectacles et s’avère indispensable au fonctionnement du théâtre. La troupe, composée de 84 membres - 39 sociétaires, 24 pensionnaires, 21 sociétaires honoraires -, est un vivier de talents, des plus reconnus aux tout jeunes. Une troupe brillante dont la renommée est internationale, et, qui plus est, la meilleure ambassadrice de la langue française. Le style des comédiens du théâtre français étant cette diction irréprochable et mettant en valeur les textes du répertoire. ◊ Currentlydirected bysocietymemberEric Ruff, appointed ChiefAdministrator bydecree in 2014 on the initiative of the President of the Republic, the Comédie Française has 450 permanent staff, including actors, busy in its administrative, artistic and technical departments – a perfect embodiment of its beehive emblem. Faithful to its motto, simul et singulis (‘together and individually’), each individual contributes to the creation of shows and is indeedvitaltothe smooth running ofthe company.The troupe, comprising 84 members – 39 ‘societymembers’, 24 ‘guests’ and 21 ‘honorary society members’ – is an immense resource that combines well-established and emerging talent. With its international reputation, the company is also an unparalleled ambassador for the French language – the style of the troupe’s actors being characterised by impeccable diction, really bringing the plays in the repertoire to life. ◊ l 2 l La Comédie Française a consti- tué, en trois siècles, le plus important des répertoires dramatiques. Patrimoine Heritage _
  • 46. | 46 | Boutique Retail _ C O L E T T E , L ’ A U T R E T E M P L E D U S H O P P I N G C o l e t t e – t h e a l t e r n a t i v e s h o p p i n g s h r i n e Désormais ancré dans le paysage local et, même, international, le pionnier des concept-stores célèbrera, l’année prochaine, sonvingtième anniversaire. Histoire d’une saga parisienne. Now firmly rooted in the local landscape, and indeed internationally, the concept store pioneer will be celebrating its twentieth anniversary next year. We look back at an epic Parisian saga. Colette Rousseaux et sa fille Sarah Andelman sont les cofondatrices du temple du shopping parisien, Colette, situé au numéro 273 de la rue Saint Honoré. Souriantes et discrètes, elles arborent, depuis qu’on les connaît, la même coupe à la garçonne. La mère est à la gestion, la fille aux achats. Derrière des fonctions bien terre à terre, elles ont surtout réussi à se forger une image in- saisissable. Appliquant le mantra « pour vivre heureuses, vivons cachées », elles accordent peu d’interviews. D’ailleurs, lorsqu’on demande à les rencontrer, le service de presse nous répond qu’elles ne souhaitent pas être médiatisées et qu’il n’existe aucune photo d’elles. Avant que l’aventure ne commence pour de bon, Colette avait sa boutique dans le sentier. Et Sarah faisait l’école du Louvre. Un jour de 1997, mère et fille décident de louer un local en dessous de leur appartement, afin d’y présenter tous les produits qu’elles aiment et qu’on ne trouve pas forcément à Paris. Malgré leur flair, il n’est pas certain qu’elles aient un jour ima- giné avoir plus de 120 salariés à leur actif. Dès les débuts, Sarah, acheteuse et dénicheuse, a pour objectif de mettre dans la lumière ceux qui sont dans l’ombre et en qui elle croit. Ce qui n’était au début qu’une adresse qu’on se passait sous le manteau, obtient rapidement une renommée mondiale. On vient des quatre coins de la planète pour découvrir les dernières tendances. Temple de la « hype » de la rue Saint- Honoré, Colette en chamboule rapidement son univers  trop chic et trop guindée. Colette Rousseaux and her daughter Sarah Andelman are the co-founders of Colette, the Parisian shopping shrine at 273 Rue Saint Honoré. Ever since we first met them, both these two discrete, smilingwomen have sportedthe same shingle bob cut. Colette deals with management, Sarahwithpurchasing.Butasidefromthesemundane tasks,they’vesucceededinweavingawebofmystery aroundthemselves. Faithfultothe maxim of“ to live happy,livehidden ”,theygivefewinterviews.Whenwe askedtomeetthem,theirmediadepartmentreplied that they did not want any mass coverage, adding that there would be no photos of them. Before the adventure really got going, Colette had herown boutique along theway,while Sarahwas at the prestigious Ecole du Louvre school. One day in 1997, motherand daughterdecidedto rent premises belowtheirapartmentandstockalltheproductsthey liked that were hard or impossible to find in Paris. Theirflairwasindisputable,butitseemsunlikelythat they ever envisaged 120 people would be working for them one day. Right from the start, Sarah, the purchaser and scout, sought to focus on those she believedinthatweren’tinthelimelight.Whatstarted outasanaddresspassedfurtivelyfromonesatisfied customerto anotherquicklybecameworldfamous. People came from all overthe globe to discoverthe latesttrends.Whenthe Rue Saint-Honoré premises became a shrine to hype, Colette lost no time in revolutionising an environment that had become too snobby and too starchy. Colette is a pioneer in concept stores – somewhere youcaneat,orread,orbuyclothes,perfume,astereo, ortheverylatest mobile phone. When you go there, Par-byOmbelinedeLouvignyMode-Fashion
  • 47. | 47 | Boutique Retail _ Colette, c’est le pionnier des concepts-stores, lieu où l’on peut manger, lire, s’habiller, s’ache- ter un parfum, une chaine hi-fi ou encore le portable dernier cri. S’y rendre, c’est en réalité entrer dans un univers de 7 000 m2 dont les codes ont été soigneusement pensés et dé- finis. Le client doit se sentir bien, afin d’avoir envie de découvrir chaque recoin des trois niveaux. Et pour cela, tout est bon : playlist sur-mesure – laquelle est bien évidemment commercialisée –, restaurant concept « water bar » proposant un choix d’une centaine d’eaux minérales venues du monde entier, pour une pause snob et chic ! Pour développer le concept Colette toujours plus loin, le magasin propose désormais des ateliers cuisine gratuits une fois par mois : les cooklettes ; des rendez-vous d’artistes et des lancements de nouvelles collections ou de collaborations entre certaines marques en présence des créateurs ; des après-midi dégus- tation… Chaque semaine, les vitrines changent et évoluent, afin de proposer aux clients des tendances nouvelles et attirer continuellement leurs attentions. Sarah n’hésite pas à cultiver les collaborations avec des marques plus ou moins connues ou prestigieuses - Lacoste, Hermès, Dr Marteens, Le Labo, Casetify, Chanel… - afin d’éditer des produits uniques en petite quantité, la rareté créant le désir. En 2017, Colette célèbrera ses vingt ans d’existence et l’on se dit presque : seulement ? Tant ce lieu, devenu mythique, semble ancré dans le paysage parisien depuis toujours. ◊ you enter a world spread over 7000sqm, in which everystyledetailhasbeenpainstakinglythoughtout and defined. Indeed, customers haveto feel good if they’regoingtowanttoexploreeverycornerofallthree floors – and no detail has beenforgotten in ensuring that’s the case.There’s a tailor-made playlist (which you can of course buy), and a ‘water bar’ concept restaurant, offering the choice of a hundred or so mineral waters from all around the world – just right for a chic, exclusive break ! Pushing the Colette concept still further, the store now offers free cookery workshops once a month, known as ‘cooklettes’ ; meets with artists ; and new collection launches. Then too, there are the joint ventures with key brands, designers in attendance ; tasting afternoons ; and much more. The window displays are changed eachweek, offering customers newtrends and constantlyattractingtheirattention. Sarah does not hesitate to forge partnerships, with bothlesserknownandrenowned,prestigiousbrands such as Lacoste, Hermès, Dr Marteens, Le Labo, Casetify and Chanel, to name but a few, producing small quantities of unique products – after all, rarity nurtures desire. In 2017, Colette will be celebrating its twentieth anniversary, and the reaction is : has it reallybeen onlythat long ?The place has become so legendary, it feels as if it’s been part of the Parisian landscape since time immemorial. ◊ Boutique COLETTE 213 rue Saint-Honoré Tél. : 01 55 35 33 90 Du lun. au sam. de 11h à 19h
  • 48. | 48 | SAGA SAGA Plusde120ansaprèssacréation,PetitBateau, indémodableetinusable,esttoujourslà.Tout commence en 1893, lorsque Pierre Valton fonde, àTroyes, une usine de bonneterie – sous-vê- tements, ndlr. Peu à peu, le créateur développe son savoir-faireetlance,en1912,lepremiersous-vêtement en coton lavable destiné à remplacerle peu-confor- tableetantihygiéniquevêtementenlaine.Quelques temps plus tard, surfant sur le succès de son père, EtienneValton,quiareprisl’entreprise,amputel’his- torique caleçon long et crée la première culotte en coton doux, lavable, inusable. Le fabricant affirme ainsi son souhait de développer le côté pratique des sous-vêtements avant leur paraître. Le ton de la saga est donné. En 1920, le succès des petites culottes pousse les dirigeants à créer la marque Petit Bateau. Symbole de confort, de bien-être, et synonyme d’enfance, la marqueséduitrapidementlemondeentier.Soucieuse d’asseoir sa position sur un marché en plein essor, PetitBateaufaitpreuve,encoreettoujours,d’innova- tionenmettantau pointl’unedestoutespremières campagnes de publicité de l’époque : une aventure aussi grandiose qu’osée ! Laquelle repose sur son égérie,Marinette,petitefillemêlanthumouretaudace. En 1937, la firme, devenue symbole de bourgeoisie française, se distingue en recevant le Grand Prix de l’ExpositionUniverselledeParispoursacélèbrePetite Culotte. Dans son esprit d’innovation, Petit Bateau invente,en1950,lebodyàemmanchureaméricaine, permettantàl’enfantd’enfileraisémentsontee-shirt. Dix ans plus tard, le pyjama à bouclette éponge et bouclette velours est créé, et offre davantage de douceur et de mouvements aux enfants. En 1970, la marque dévoile le milleraies, un tricotage inédit offrantunemultitudederayuresbicolorescapablesde résisteraulavage.Plusquejamais,lagriffes’impose comme un gage de qualité. Dans les années 80, le fabricantpenseauxbébésetàleursmèresetdoteses bodys de pressions à l’entrejambe : une révolution ! Over120yearsafteritwasfounded,PetitBateau isstillsailingon–neverwearingout,andnever outoffashion.Itallbeganin1893,whenPierre Valton started a hosiery factory in Troyes. Gradually buildinguphisexpertise,in1912thedesignerlaunched the first ever washable cotton underwear, designed to replace much less comfortable (and much less hygienic)woollengarments.Alittlelater,EtienneValton tookoverthebusiness.Ridingthewaveofhisfather’s success, he cut short the historic long johns, thereby creating the first washable soft cotton knickers that wouldnotwearout.Itwasastatementbythemanu- facturer of his desire to develop the practical aspects of underwear, rather than their appearance – and he never looked back. Encouragedbytheirknickers’success,in1920thema- nagementcreatedthePetitBateaubrand.Epitomising comfort and wellbeing, and synonymous with child- hood,thebrandquicklymadeinroadstheworldover. Petit Bateau was keen to establish its position on a booming market and was constantly introducing innovation – not least one of the very first adverti- sing campaigns of the day, a bold and grandiose undertaking. This was based on its muse, Marinette, a mischievous little girl. In 1937, the firm, by this time an icon of the French bourgeoisie, was honoured by beingawardedtheParisExposition’sGrandPrixforits legendaryunderwear.Inthesamespiritofinnovation,in 1950PetitBateauinventedthevestwitharmholeslike those on GIs’ underwear, making it easierforchildren to put on. Ten years later came pyjamas made from terry fabric and velour, providing children with more softness and freedom of movement. In 1970, the brand unveiled a pinstripe variation : a brand-new weave with a myriad of colour-fast two-tone stripes. Increasingly, the name was seen as a watchword for quality. In the 1980s, the manufacturer’s attention turned to mums and babies, adding press-studs at the bottom of their vests so they could be fastened between the legs, thereby creating the bodysuit – a revolution indeed ! Créée à la fin du XIXe siècle, la marque fran- çaise Petit Bateau s’est distinguée en recevant le Grand Prix de l’Exposi- tion Universelle de 1937 pour son astucieuse Petite Culotte. Et en de- venant, dès les années 20, l’une des premières marques à lancer une véritable campagne de publicité reposant sur son égérie, Marinette. Founded in the late nineteenth century, the French brand Petit Bateau earned the dis- tinction of a 1937 Paris Exposition Grand Prix for its innovative knickers. By as early as the 1920s, it had become one of the first brands to launch a full-blown advertising campaign based on its muse, Marinette. U N S I È C L E D E S U C C È S P O U R P E T I T B A T E A U P e t i t B a t e a u a c e n t u r y o f s u c c e s s Par-byBlancheRivièreMode-Fashion
  • 49. | 49 | SAGA SAGA Boutique PETIT BATEAU 9, rue du 29 juillet du lundi au samedi, de 10h30 à 19h30. Mode-Fashion
  • 50. | 50 | Maroquinerie-Leathergoods Enquête Enquiry _ Ils ne comptent pas les heures qu’ils passent dans leurs ateliers. Ils créent ainsi des pièces uniques et inégalables, entièrement made in France, permettant à la mode française de rayonner à travers le monde. L’artisanat de luxe, également appelé métier d’art, connaît un intérêt croissant, notamment auprès d’une clientèle exigeante et lasse des productions standardisées. Il faut dire que ces entreprises, dotées d’un savoir-faire ancestral et toujours soucieuses du détail et de la qualité, s’entourent d’artisans spécialisés capables de travailler les matériaux les plus nobles, les plus rares ou les plus précieux, afin de proposer des produits à forte valeur ajoutée. Moynat fait partie de ces entreprises. Fondée en 1849 par la marchande Pauline Moynat, cette maison est, au XIXe siècle, l’un des malletiers les plus célèbres. L’entreprise disparaît en 1976 mais Bernard Arnault, qui en découvre l’histoire et les produits, en tombe sous le charme. Il en acquiert les droits et confie la direction à Guillaume Davin, un ancien de Louis Vuitton Japon. Pourl’accompagner, l’homme d’affaires offre la direction artistique de la marque à Ramesh Nair, naguerre chez Hermès assistant de Martin Margiela et de Jean-Paul Gaultier. C’est à quelques pas de sa sublime boutique, ouverte en 2011 au 348 de la rue Saint Honoré, que Moynat a choisi d’installer ses ateliers. Le maroquinier y emploie huit artisans, réalisant l’ensemble de la production à la main. Obsédés par le détail et la qualité, ils opèrent sous l’œil vigilent du directeur artistique, capable de passerquarante heures surla confection d’un seul sac à main. « Rien que le gainage de la poignée nécessite une journée Par-byOmbelinedeLouvigny L ’ E X C E L L E N C E D E S M A R O Q U I N I E R S D E L U X E Portraits croisés de deux maroquiniers de luxe, Moynat et La Contrie, fondés par des femmes, et situés en plein cœur du premier arrondissement, à quelques pas de la rue Saint Honoré. T h e e x c e l l e n c e o f l u x u r y l e a t h e r g o o d s m a n u f a c t u r e r s We compare and contrast two luxury leather goods makers, Moynat and La Contrie – both founded by women, and both located at the very centre of Paris’ first arrondissement, a stone’s throw from Rue Saint Honoré. They spend innumerable hours in their workshops : it’s the only way to create the unique, unrivalled items, 100% Made in France, that allow French fashion to hold sway around the globe. Luxury craftsmanship is attracting increasing interest from a demanding clientele that is tired of assembly-line products. And there’s no denying that these firms, endowed with ancestral knowhow and unfailingly attentive to detail and quality, have the benefit of master craftsmen who know how to work with the noblest, rarest and most precious materials, creating products with immense added value. Moynat is one such firm. Founded in 1849 by trader Pauline Moynat, the business was one of the most famous luggage ma- kers of the nineteenth century. The company closed its doors in 1976, but when Bernard Arnault learned all about its history and products, he fell in love with the firm. After purchasing the rights to it, he entrusted management to Guillaume Davin, formerly of Louis Vuitton Japan. To assist him, the businessman invited Ramesh Nair, previously assistant to Martin Margiela and Jean- Paul Gaultier at Hermès, to become artistic director ofthe brand. Moynat decided to set up workshops just round the corner from its sublime boutique, which opened in 2011 at 348 Rue Saint Honoré. The leather goods maker employs eight craftsmen, who produce all the goods by hand. Obsessed with details and quality, they work under the eagle eye of the artistic director – who has been known to spend forty hours making a single handbag. “ It takes a whole day’s work just to cover the handle, if you want to get rid of every last crease, ” explains Guillaume Davin. The