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« HACKER », « MAKER », FABLABS, FABCITIES : COMMUNAUTÉS
ET LIEUX DU « DO IT YOURSELF » (DIY) À L’ÈRE NUMÉRIQUE
4 novembre 2019
Sandrine Lambert
Image : CC BY-NC Ann-Louise Davidson and Education Makers « Chalet Kent Makerspace » // Source : http://www.educationmakers.ca/project/maison-des-jeunes/
QU’EST-CE QUE LE NUMÉRIQUE?
• [Le numérique] est devenu indissociable de presque toutes les activités humaines, du moins
dans les sociétés occidentales. p.12
• [Le numérique est ] un écosystème dynamique animé par une normativité algorithmique et
habité par des identités polyphoniques capables de produire des comportements
contestataires. p.22
• L’humanisme numérique est en quelque sorte l’expression de cette condition de l’individu
occidental devant une science devenue une industrie et qui est en train de radicalement
transformer les objets, et surtout les objets culturels, selon ses propres critères formalistes et de
mesurabilité, et la circulation, le partage des héritages et des valeurs au-delà de tout calcul.
L’imaginaire social constitue l’enjeu premier de la culture numérique.
• L’espace hybride de la culture numérique constitue une nouvelle manière de faire société,
avec ses mythes, ses inédits et ses utopies. p.50
Source : DOUEIHI, M., 2013, Qu'est ce que le numérique? Paris, Presses Universitaires de France.
GENÈSE DE MON INTÉRÊT POUR LES FABLABS ET
LE MOUVEMENT MAKER
● Première rencontre avec les FabLabs à Museomix — marathon culturel international de 3
jours pour réinventer la médiation culturelle grâce à des FabLabs.
Exemple : « L’art fait le trottoir. Un musée dans la ville » au Musée national des Beaux-Arts
du Québec (2015)
● Découverte du livre du sociologue Michel Lallement
LALLEMENT, M., 2015, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie,
Paris. Éditions du Seuil.
PLAN DE LA PRÉSENTATION
• DIY et contre-culture
• Mouvement hacker
• Mouvement maker
• Mouvement des FabLabs
• Mouvement des FabCities
• Conclusion : éléments de convergence, contradictions et critiques
DO IT YOURSELF – DIY ET CONTRE-CULTURE
DES ORIGINES HIPPIES : WHOLE EARTH CATALOG
DO IT YOURSELF – DIY ET CONTRE-CULTURE
DES ORIGINES HIPPIES : LES DÔMES GÉODÉSIQUES
DIY ET CONTRE-CULTURE
DO IT YOURSELF : LE MOT D’ORDRE DE LA CULTURE PUNK (70’S)
• « La vulgate punk consiste à affirmer qu’agir est à la portée de tous et qu’il
ne tient finalement qu’à chacun de réaliser ses aspirations. » (Hein, 2012 : 24)
• DIY pour renforcer la capacité d’action, l’autodétermination, l’émancipation
individuelle et collective face à l’ordre établi et l’indépendance vis-à-vis des
systèmes économiques et productifs dominants (majors vs groupes
autoproduits), pour le refus du consumérisme et des moyens de communication
de masse.
Source : HEIN, F., 2012, Do It Yourself! Autodétermination et culture punk, Congé-sur-Orne, Le passager clandestin.
DIY ET CONTRE-CULTURE
DO IT YOURSELF : LE MOT D’ORDRE DE LA CULTURE PUNK (70’S)
• 3 éléments caractéristiques :
• anti-status quo disposition
• a pronounced do-it-yourself (DIY) ethos
• a desire for disalienation (resistance to the multiple forms of alienation in modern society).
• « In punk, the two elements of disalienation and anti-establishment thought have resulted in
the embrace of a do-it-yourself (DIY) ethos. The DIY ethos reflects an intentional
transformation of punks from consumers of the mass media to agents of cultural production. »
(Dunn and Farnsworth, 2012 : 144).
Source : DUNN K. and M. S. FARNSWORTH, 2012, “We ARE the Revolution’: Riot Grrrl Press, Girl Empowerment, and DIY Self-
Publishing,” Women’s Studies 41, 2 : 136–157.
DIY ET CONTRE-CULTURE
DO IT YOURSELF : LE MOT D’ORDRE DE LA CULTURE PUNK (70’S)
• A significant avenue for DIY intervention was
self-publishing, particularly with “zines”—
independently created publications, usually
handcrafted and photocopied. […]
• Riot Grrrl was committed to girl
empowerment and self-representation.
Central to these goals was the creation of
alternative media and DIY self-publishing.
(Dunn and Farnsworth, 2012 : 136).
DIY ET ACTIVISME AUJOURD’HUI
ENTRE HACKING ET CRITICAL MAKING
• « L’esprit général de ce mouvement est que la création technique - qu’il s’agisse de fabriquer
des objets ou la vie elle-même (biologie synthétique) - est désormais à la portée de tout un
chacun [...] [Il] s’inscrit en outre explicitement dans la filiation du logiciel libre, comme l’atteste
le caractère open source de nombreux équipements utilisés, l’accent est mis sur la
collaboration comme méthode, et surtout la volonté de favoriser un rapport créatif et
ludique à la technique conformément à l’esprit du hacking.»
Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin : 199.
• « DIY citizenship, we suggest, can be understood as twenty-first-century amalgamation of
politics, culture, arts and technology that in turn constitutes identities rooted in diverse making
practices. In contrast to earlier studies of fans and consumers that positioned them as passive
receivers of popular culture, technologies, and media, DIY is characterized by its emphasis on
“doing” and the active roles of interventionnists, makers, hackers, modders, and tinkerers. »
Source : RATTO, M. et M. BOLER, 2014, DIY Citizenship – Critical Making and Social Media, Cambridge, MA, MIT Press : 18.
MOUVEMENT HACKER
DÉFINITIONS
• Richard Stallman définit le hacker par son ingéniosité espiègle (playful
cleverness) en anglais.
• Hacker, terme créé dans le jargon étudiant du MIT dans les années 1950 pour
définir une blague ou l’action de bricoler et de bidouiller.
• C’est ce mélange de jeu créatif et d’exploration sans restriction qui allait
servir de fondement aux mutations ultérieures du terme hacker.
Source : STALLMAN, R. M., S. WILLIAMS et C. MASUTTI, 2010, Richard Stallman et la révolution du logiciel libre : une biographie
autorisée, Paris, Eyrolles : 290.
• « Comprendre. Bidouiller. Détourner. Voilà, résumé en trois mots, ce que hacker
veut dire. »
Source : GUITON, A., 2013, Hackers : au cœur de la résistance numérique, Vauvert, Au diable Vauvert : 22.
MOUVEMENT HACKER
DÉFINITIONS
• Le hacker est devenu depuis quelques années une figure médiatique et un
nouvel acteur dans le champ politique. Le terme désigne historiquement tous
les passionnés d’informatique, et non pas les « pirates informatiques » comme
on le croit encore trop souvent. »
• Les pratiques des hackers se singularisent par la place laissée à
l’expérimentation : expérimentation dans le travail de programmation
accompli par chacun grâce à l’ouverture du code source et à l’absence de
contrôle hiérarchique strict, expérimentation dans la manière d’encadrer le
travail de tous.
Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin : 35 et 358.
MOUVEMENT HACKER
DÉFINITIONS
• For developers, technical expression should always be useful. If it isn't, it
denies the nature of software, which is to solve problems. Yet hackers also
place tremendous value on the aesthetic pleasures of hacking, producting
technology and software that may mot have any immediate value but can be
admired simply on its own elegant terms - as a conduit for personal self-
expression.
Source : COLEMAN, G., 2013, Coding freedom : the ethics and aesthetics of hacking, Princeton, Princeton University Press : 120.
MOUVEMENT HACKER
UN PEU D’HISTOIRE : MIT, TECH MODEL RAILROAD CLUB ET SPACEWAR
https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=_L1HeZ2kPck
MOUVEMENT HACKER
ÉTHIQUE HACKER ET HACKTIVISME
● Hacktivisme et logiciel libre
« Au-delà des fantasmes et des caricatures, de quoi l’hacktivisme est-il le nom? Pour les hackers les
plus clairement engagés sur le terrain des libertés numériques, ce n’est jamais qu’une nouvelle forme
d’expression citoyenne. » GUITON, A., 2013, Hackers : au cœur de la résistance numérique, Vauvert, Au diable Vauvert.
« To a hacker, a closed door is an insult, and a locked door is an outrage. » LEVY, S., 1984, Hackers :
Heroes of the Computer Revolution. New York, Delta.
● Pour Steven Levy, l’éthique des hackers tient en six points :
1. l’accès aux ordinateurs, et plus généralement à tout ce qui peut améliorer la
connaissance, doit être total et illimité;
2. l’information doit être libre;
3. il faut se méfier de l’autorité et promouvoir la décentralisation;
4. les hackers doivent être jugés sur ce qu’ils font, non selon leurs diplômes, leur âge, leur
origine, leur sexe ou leur position sociale;
5. on peut créer de l’art et de la beauté avec un ordinateur;
6. les ordinateurs peuvent changer la vie — en mieux.
MOUVEMENT HACKER
LES MANIFESTES
BARLOW, J. P., 1996, A
Declaration of the Independence
of Cyberspace, Davos.
https://www.eff.org/fr/cybersp
ace-independence
« Governments of the Industrial
World, you weary giants of flesh
and steel, I come from
Cyberspace, the new home of
Mind. On behalf of the future, I
ask you of the past to leave us
alone. You are not welcome
among us. You have no
sovereignty where we gather. »
BLANKENSHIP, L., 1986,
« The Conscience of a
Hacker (Hacker
Manifesto) », Phrack
Magazine.
http://phrack.org/issues
/7/3.html
« We seek after
knowledge... and you call
us criminals. »
MOUVEMENT HACKER
HACKABILITY / BIDOUILLABILITÉ
• « La hackability est une condition fondamentale pour que se propage l’esprit
des hackers, en vertu duquel la créativité, l’apprentissage et le jeu devraient
toujours être au cœur du rapport que nous entretenons avec les objets
techniques. » [...] [selon les Libristes] « ce n’est que lorsqu’on est en mesure de
bidouiller les objets qu’on peut comprendre leur fonctionnement. Le véritable
apprentissage n’est pas abstrait, mais se donne comme un apprentissage par
la pratique du tâtonnement, des essais et des erreurs. »
Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin : 183.
MOUVEMENT HACKER
HACKERSPACES : LOCALISATION
Source : https://wiki.hackerspaces.org/List_of_Hacker_Spaces
MOUVEMENT HACKER
HACKERSPACES : CARACTÉRISTIQUES
• 4 caractéristiques selon Michel Lallement :
1/ Une organisation ouverte qui rassemble des personnes désireuses de mener à bien des
projets de fabrication de natures multiples
2/ Un lieu physiquement situé où des individus partagent et utilisent des ressources :
machines, outils, matériaux, connaissances, information, Wi-Fi…
3/ Une association à but non lucratif gérée collectivement
4/ Un vecteur de promotion et d’application des valeurs issues de l’éthique hacker dont les
principes sont la libre coopération, le refus de la hiérarchie, la liberté d’échange de
l’information et des connaissances, le rejet de la discrimination, la conviction que les
techniques ont des potentiels à valeur émancipatrice, ou encore l'importance conférée à la
do-ocratie (pouvoir du faire).
Source : LALLEMENT, M., 2015, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Paris. Éditions du Seuil : 39.
MOUVEMENT HACKER
HACKERSPACES : LES PIONNIERS
• Homebrew Computer Club (1975 – 1986), Californie
• Chaos Computer Club, Berlin, 1980’s
MOUVEMENT
HACKER
HACKERSPACES : UN EXEMPLE
Photos prises en juillet 2019 au Vancouver HackSpace.
MOUVEMENT MAKER
DÉFINITIONS
• Depuis le milieu des années 2000, nous observons un enthousiasme généralisé
pour le bricolage, la fabrication, le bidouillage, les créations artisanales. Ce
réenchantement de la vision des travaux manuels au carrefour de la science, des
nouvelles technologies et de l’artisanat devient particulièrement empreint de
passion et de fierté si nous le nommons « mouvement Do-It-Yourself » ou, par la
suite, « culture maker » ! Les valeurs défendues par le mouvement maker s’ancrent
autour de l’idée de réparation, de l’importance du savoir-faire manuel, de la
créativité et de la lutte contre l’obsolescence programmée dans un cadre social
dynamique et coopératif. Autrement dit, il s’agit d’émanciper l’individu
(empowerment) en reprenant le contrôle des techniques, en érigeant le faire au
plus haut rang de l’échelle de valeurs de cette communauté mondiale.
MOUVEMENT MAKER
DÉFINITIONS
• Pour Gauntlett, Making is Connecting because:
- you have to connect things together (material, ideas, or both) to make something new;
- acts of creativity usually involve, at some point, a social dimension and connect us with other
people;
- through making things and sharing them to the world, we increase our engagement and connection
with our social and physical environments.
• « Making things shows us that we are powerful, creative agents - people who can really
do things, things that other people can see, learn from, and enjoy. Making things is about
transforming materials into something new, but it is also transforming one’ own sense of
self. »
• « Shift from the “sit back and be told” culture which became entrenched in the twentieth
century, towards the “making and doing” culture which could flourish in the twenty-first. »
Source : GAUNTLETT, D., 2018, Making is Connecting. The social power of creativity, from craft and knitting to digital everything, Medford, MA :
Polity : 10, 276, 275.
MOUVEMENT MAKER
FILIATIONS HISTORIQUES
• Les Cercles des fermières
• La communauté de Shakers
• Le mouvement Arts and Crafts
• Les Compagnons du Devoir et du Tour de
France
Photos de gauche à droite : (1) Cercles des fermières- 1944 – par
Conrad Poirier, (2) Shakers – source :
https://www.pbs.org/kenburns/the-shakers/about-the-shakers/, (3)
Strawberry Thief - William Morris – 1883 - Victoria and Albert Museum
– London, (4) Les compagnons du Devoir – source :
https://jeumont.compagnonsdutourdefrance.org/actualites.html
MOUVEMENT MAKER
LES MANIFESTES
HATCH, M., 2013, The Maker Movement Manifesto : Rules for Innovation in
the New World of Crafters, Hackers, and Tinkerers, New York (N.Y.),
McGraw-Hill.
« Since making is fundamental to what it
means to be human, you will become a more
complete version of you as you make. »
MOUVEMENT MAKER
MAGAZINE MAKE
• Make Magazine, 2005, Dale Dougherty.
• Slogan : « technology on your time »
• 2005 : la maison d’édition O’Reilly Media lance le
magazine Make, consacré à toutes les formes
émergentes de bricolage high-tech : fabrication
personnelle, bidouillage électronique, petite
robotique, etc.
• Le journal fait d’emblée du slogan « Do It Yourself »
son étendard et se place explicitement dans le
sillage de la culture hacker. Il se décrit comme « le
magazine qui célèbre votre droit de modifier,
bidouiller et tordre n’importe quelle technologie selon
votre volonté ».
Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le
passager clandestin : 203.
MOUVEMENT MAKER
MAKER FAIRE
• Les Maker Faire, créées en 2006 par Dale Dougherty, sont des foires d’exposition et de
démonstration, des grands rassemblements intergénérationnels d’amoureux de sciences,
d’électronique, de robotique, de bidouillage ou de curieux. Ces événements se déroulent partout
dans le monde.
MOUVEMENT MAKER
MAKERSPACES : UN EXEMPLE
Photos prises en juillet 2019 au MakerLabs de Vancouver.
MOUVEMENT MAKER
QUE FABRIQUE-T-ON DANS LES MAKERSPACES?
Source : https://www.thingiverse.com/ et https://wikifab.org/wiki/Accueil
FABLAB : LABORATOIRE DE FABRICATION NUMÉRIQUE
“How to make (almost) anything?”
● Né au MIT dans les années 2000
● Initiateur : Neil Gershenfeld
● Les données numériques (bits) peuvent générer des objets
physiques (des atomes)
● Les outils de la fabrication numérique
● FabFoundation, charte et réseau mondial
● FabAcademy
● Lutte contre l’obsolescence programmée
● Reprendre le contrôle sur les idées et les techniques
● 1700 FabLabs répartis partout sur la planète
FABCITY : LA FABRICATION NUMÉRIQUE À
L’ÉCHELLE DES VILLES
“Locally productive, globally connected”
● Naissance à Barcelone en 2014
● Villes résilientes
● Relocaliser la production grâce à la fabrication numérique
● Économie circulaire
● Smart citizen versus Smart city
● La promesse de 2054 : “ Cities can produce everything they consume”
● Connectée sur le réseau des FabLabs
● 28 villes
FABCITY :
LA FABRICATION NUMÉRIQUE À L’ÉCHELLE DES VILLES
https://www.youtube.com/watch?v=Z9klVoddnmQ
CONCLUSION
LES POINTS DE CONVERGENCE
• Projets de société allant au-delà de la technique
• Utopies concrètes
Michel Lallement emprunte l’expression d’utopie concrète au philosophe allemand Ernst Bloch qui
l’utilise dans Principe Espérance. Dans son ouvrage sur les hackerspaces californiens, le sociologue
fait le pari « qu’effectivement le temps des utopies concrètes est advenu, les hackerspaces
fournissant une illustration paradigmatique de ces poches alternatives où déjà fermente le nouveau
monde. » (2015 : 416). Pour Lallement, la sociologie des utopies concrètes « met l’accent, ou devrait
mettre l’accent, sur les conditions sociales de production et de fonctionnement d’espaces
potentiellement émancipateurs. » (2015 : 417).
• Idéal inclusif
• Élargissement de la notion de public
« The activities of geeks suggest that we should extend our conception of the public from the
activities of "speaking, writing, and thinking," which have defined it classically, to include building,
coding, compiling, patching, hacking, redistributing, and sharing. » KELTY, C., 2005, « Geeks, Social
Imaginaries, and Recursive Publics », Cultural Anthropology, 20, 2 : 185-214.
CONCLUSION
LES CRITIQUES
• No tech : néo-luddisme, débranchement (vs FOMO)
« Le free software a le grand mérite de politiser l’informatique et les choix
technologiques. En revanche, la culture du hacking s’avère peu propice à faire
émerger une interrogation plus fondamentale, qui porterait sur la place des
technologies dans le monde contemporain et sur l’opportunité de relativiser celle-ci. »
(Broca : 225)
• Low-tech : décroissance et sobriété numérique face à l’épuisement des ressources
• Exemple de deux textes d’opinion critiques du mouvement maker:
• Deb Chachra, “Why I Am Not a Maker. When tech culture celebrates creation, it risks ignoring
those who teach, criticize, and take care of others.” The Atlantic, January 23, 2015.
http://www.theatlantic.com/technology/archive/2015/01/why-i-am-not-a-maker/384767/
• Evgeny Morozov, “Making It. Pick up a spot welder and join the revolution.” The New Yorker,
January 13, 2014. http://www.newyorker.com/magazine/2014/01/13/making-it-2
CONCLUSION
LES LIMITES ET LES CONTRADICTIONS
• Manque de moyens
• Gender gap et boys club
• Environnement
• Aristocratie technique (élitisme lié à la maîtrise de savoirs et de savoir-faire complexes) et illectronisme
persistant
• Récupération par les GAFAM (ex: achat de GitHub par Microsoft)
• Finalité des objets produits (gadgets, armes, etc)
• 2 conceptions de la révolution :
• Une plus orientée vers les communs (loin du marché), l'émancipation individuelle et collective via l’apprentissage de
techniques
• Une plus libertarienne, dans la mouvance anarcho-capitaliste (moins de règles, moins d’interventionnisme étatique)
« Quand un intellectuel comme André Gorz et certains milieux hackers, notamment en Allemagne, y ont
décelé une révolution sociale en germe, entrepreneurs et prospectivistes y ont vu l’amorce de nouveaux
business models à même de perpétuer le capitalisme grâce à son autotransformation » (Broca : 216).
CONCLUSION
DE LA CONTRE-CULTURE HACKER AU CONSUMÉRISME GEEK
• L’imprimante 3D est diffusée, mais moins comme un outil de révolution sociale que
comme un nouveau produit de consommation au sein du marché florissant du loisir
technologique. (Broca : 218)
• L’histoire récente des technologies DIY met en lumière ce hiatus, en ce qu’elle
semble faire émerger l’alternative suivante : une diffusion dans le grand public,
mais moyennant la dilution du message subversif lié à la culture hacker ; le
maintien des principes de créativité, de transparence technique et
d’indépendance, mais moyennant un confinement dans l’underground. Hackers et
makers se retrouvent de la sorte en proie à une tension qui est, depuis les années
1960, caractéristique de toutes les formes de contre-culture et peut-être plus
encore de celles qui ont pour objet les technologies. (Broca : 220)
CONCLUSION
LES HACKERS DANS LA CULTURE POPULAIRE : WATCH_DOGS 2, JEU VIDEO SORTI
EN NOVEMBRE 2016, CREATION D’UBISOFT MONTRÉAL
https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=hh9x4NqW0Dw
• BERREBI-HOFFMANN, I., BUREAU M-C. et M. LALLEMENT, 2018, Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social,
Paris, Le Seuil.
• BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin.
• COLEMAN, G., 2013, Coding freedom : the ethics and aesthetics of hacking, Princeton, Princeton University Press.
• DOUEIHI, M., 2013, Qu'est ce que le numérique ? Paris, Presses Universitaires de France.
• DUNN K. and M. S. FARNSWORTH, 2012, “We ARE the Revolution’: Riot Grrrl Press, Girl Empowerment, and DIY Self-
Publishing,” Women’s Studies, 41, 2 : 136–157.
• GAUNTLETT, D., 2018, Making is Connecting. The social power of creativity, from craft and knitting to digital everything,
Medford, MA, Polity.
• GUITON, A., 2013, Hackers : au cœur de la résistance numérique, Vauvert, Au diable Vauvert.
• HEIN, F., 2012, Do It Yourself! Autodétermination et culture punk, Congé-sur-Orne, Le passager clandestin.
• KELTY, C., 2005, « Geeks, Social Imaginaries, and Recursive Publics », Cultural Anthropology, 20, 2 : 185-214.
• LALLEMENT, M., 2015, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie. Paris. Éditions du Seuil.
• LEVY, S., 1984, Hackers : Heroes of the Computer Revolution. New York, Delta.
• RATTO, M. et M. BOLER, 2014, DIY Citizenship – Critical Making and Social Media, Cambridge, MA, MIT Press.
• RUMPALA, Y., 2013, « L’impression tridimensionnelle comme vecteur de reconfiguration politique », Cités, 55, 3 : 139-162.
• STALLMAN, R. M., S. WILLIAMS et C. MASUTTI, 2010, Richard Stallman et la révolution du logiciel libre : une biographie
autorisée, Paris, Eyrolles.
• TURNER, F., 2006, From Counterculture to Cyberculture : Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the Rise of Digital
Utopianism, Chicago, The University of Chicago Press.
BIBLIOGRAPHIE

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« Hacker », « maker », FabLabs, FabCities : communautés et lieux du « Do It Yourself » (DIY) à l’ère numérique

  • 1. « HACKER », « MAKER », FABLABS, FABCITIES : COMMUNAUTÉS ET LIEUX DU « DO IT YOURSELF » (DIY) À L’ÈRE NUMÉRIQUE 4 novembre 2019 Sandrine Lambert Image : CC BY-NC Ann-Louise Davidson and Education Makers « Chalet Kent Makerspace » // Source : http://www.educationmakers.ca/project/maison-des-jeunes/
  • 2. QU’EST-CE QUE LE NUMÉRIQUE? • [Le numérique] est devenu indissociable de presque toutes les activités humaines, du moins dans les sociétés occidentales. p.12 • [Le numérique est ] un écosystème dynamique animé par une normativité algorithmique et habité par des identités polyphoniques capables de produire des comportements contestataires. p.22 • L’humanisme numérique est en quelque sorte l’expression de cette condition de l’individu occidental devant une science devenue une industrie et qui est en train de radicalement transformer les objets, et surtout les objets culturels, selon ses propres critères formalistes et de mesurabilité, et la circulation, le partage des héritages et des valeurs au-delà de tout calcul. L’imaginaire social constitue l’enjeu premier de la culture numérique. • L’espace hybride de la culture numérique constitue une nouvelle manière de faire société, avec ses mythes, ses inédits et ses utopies. p.50 Source : DOUEIHI, M., 2013, Qu'est ce que le numérique? Paris, Presses Universitaires de France.
  • 3. GENÈSE DE MON INTÉRÊT POUR LES FABLABS ET LE MOUVEMENT MAKER ● Première rencontre avec les FabLabs à Museomix — marathon culturel international de 3 jours pour réinventer la médiation culturelle grâce à des FabLabs. Exemple : « L’art fait le trottoir. Un musée dans la ville » au Musée national des Beaux-Arts du Québec (2015) ● Découverte du livre du sociologue Michel Lallement LALLEMENT, M., 2015, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Paris. Éditions du Seuil.
  • 4. PLAN DE LA PRÉSENTATION • DIY et contre-culture • Mouvement hacker • Mouvement maker • Mouvement des FabLabs • Mouvement des FabCities • Conclusion : éléments de convergence, contradictions et critiques
  • 5. DO IT YOURSELF – DIY ET CONTRE-CULTURE DES ORIGINES HIPPIES : WHOLE EARTH CATALOG
  • 6. DO IT YOURSELF – DIY ET CONTRE-CULTURE DES ORIGINES HIPPIES : LES DÔMES GÉODÉSIQUES
  • 7. DIY ET CONTRE-CULTURE DO IT YOURSELF : LE MOT D’ORDRE DE LA CULTURE PUNK (70’S) • « La vulgate punk consiste à affirmer qu’agir est à la portée de tous et qu’il ne tient finalement qu’à chacun de réaliser ses aspirations. » (Hein, 2012 : 24) • DIY pour renforcer la capacité d’action, l’autodétermination, l’émancipation individuelle et collective face à l’ordre établi et l’indépendance vis-à-vis des systèmes économiques et productifs dominants (majors vs groupes autoproduits), pour le refus du consumérisme et des moyens de communication de masse. Source : HEIN, F., 2012, Do It Yourself! Autodétermination et culture punk, Congé-sur-Orne, Le passager clandestin.
  • 8. DIY ET CONTRE-CULTURE DO IT YOURSELF : LE MOT D’ORDRE DE LA CULTURE PUNK (70’S) • 3 éléments caractéristiques : • anti-status quo disposition • a pronounced do-it-yourself (DIY) ethos • a desire for disalienation (resistance to the multiple forms of alienation in modern society). • « In punk, the two elements of disalienation and anti-establishment thought have resulted in the embrace of a do-it-yourself (DIY) ethos. The DIY ethos reflects an intentional transformation of punks from consumers of the mass media to agents of cultural production. » (Dunn and Farnsworth, 2012 : 144). Source : DUNN K. and M. S. FARNSWORTH, 2012, “We ARE the Revolution’: Riot Grrrl Press, Girl Empowerment, and DIY Self- Publishing,” Women’s Studies 41, 2 : 136–157.
  • 9. DIY ET CONTRE-CULTURE DO IT YOURSELF : LE MOT D’ORDRE DE LA CULTURE PUNK (70’S) • A significant avenue for DIY intervention was self-publishing, particularly with “zines”— independently created publications, usually handcrafted and photocopied. […] • Riot Grrrl was committed to girl empowerment and self-representation. Central to these goals was the creation of alternative media and DIY self-publishing. (Dunn and Farnsworth, 2012 : 136).
  • 10. DIY ET ACTIVISME AUJOURD’HUI ENTRE HACKING ET CRITICAL MAKING • « L’esprit général de ce mouvement est que la création technique - qu’il s’agisse de fabriquer des objets ou la vie elle-même (biologie synthétique) - est désormais à la portée de tout un chacun [...] [Il] s’inscrit en outre explicitement dans la filiation du logiciel libre, comme l’atteste le caractère open source de nombreux équipements utilisés, l’accent est mis sur la collaboration comme méthode, et surtout la volonté de favoriser un rapport créatif et ludique à la technique conformément à l’esprit du hacking.» Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin : 199. • « DIY citizenship, we suggest, can be understood as twenty-first-century amalgamation of politics, culture, arts and technology that in turn constitutes identities rooted in diverse making practices. In contrast to earlier studies of fans and consumers that positioned them as passive receivers of popular culture, technologies, and media, DIY is characterized by its emphasis on “doing” and the active roles of interventionnists, makers, hackers, modders, and tinkerers. » Source : RATTO, M. et M. BOLER, 2014, DIY Citizenship – Critical Making and Social Media, Cambridge, MA, MIT Press : 18.
  • 11. MOUVEMENT HACKER DÉFINITIONS • Richard Stallman définit le hacker par son ingéniosité espiègle (playful cleverness) en anglais. • Hacker, terme créé dans le jargon étudiant du MIT dans les années 1950 pour définir une blague ou l’action de bricoler et de bidouiller. • C’est ce mélange de jeu créatif et d’exploration sans restriction qui allait servir de fondement aux mutations ultérieures du terme hacker. Source : STALLMAN, R. M., S. WILLIAMS et C. MASUTTI, 2010, Richard Stallman et la révolution du logiciel libre : une biographie autorisée, Paris, Eyrolles : 290. • « Comprendre. Bidouiller. Détourner. Voilà, résumé en trois mots, ce que hacker veut dire. » Source : GUITON, A., 2013, Hackers : au cœur de la résistance numérique, Vauvert, Au diable Vauvert : 22.
  • 12. MOUVEMENT HACKER DÉFINITIONS • Le hacker est devenu depuis quelques années une figure médiatique et un nouvel acteur dans le champ politique. Le terme désigne historiquement tous les passionnés d’informatique, et non pas les « pirates informatiques » comme on le croit encore trop souvent. » • Les pratiques des hackers se singularisent par la place laissée à l’expérimentation : expérimentation dans le travail de programmation accompli par chacun grâce à l’ouverture du code source et à l’absence de contrôle hiérarchique strict, expérimentation dans la manière d’encadrer le travail de tous. Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin : 35 et 358.
  • 13. MOUVEMENT HACKER DÉFINITIONS • For developers, technical expression should always be useful. If it isn't, it denies the nature of software, which is to solve problems. Yet hackers also place tremendous value on the aesthetic pleasures of hacking, producting technology and software that may mot have any immediate value but can be admired simply on its own elegant terms - as a conduit for personal self- expression. Source : COLEMAN, G., 2013, Coding freedom : the ethics and aesthetics of hacking, Princeton, Princeton University Press : 120.
  • 14. MOUVEMENT HACKER UN PEU D’HISTOIRE : MIT, TECH MODEL RAILROAD CLUB ET SPACEWAR https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=_L1HeZ2kPck
  • 15. MOUVEMENT HACKER ÉTHIQUE HACKER ET HACKTIVISME ● Hacktivisme et logiciel libre « Au-delà des fantasmes et des caricatures, de quoi l’hacktivisme est-il le nom? Pour les hackers les plus clairement engagés sur le terrain des libertés numériques, ce n’est jamais qu’une nouvelle forme d’expression citoyenne. » GUITON, A., 2013, Hackers : au cœur de la résistance numérique, Vauvert, Au diable Vauvert. « To a hacker, a closed door is an insult, and a locked door is an outrage. » LEVY, S., 1984, Hackers : Heroes of the Computer Revolution. New York, Delta. ● Pour Steven Levy, l’éthique des hackers tient en six points : 1. l’accès aux ordinateurs, et plus généralement à tout ce qui peut améliorer la connaissance, doit être total et illimité; 2. l’information doit être libre; 3. il faut se méfier de l’autorité et promouvoir la décentralisation; 4. les hackers doivent être jugés sur ce qu’ils font, non selon leurs diplômes, leur âge, leur origine, leur sexe ou leur position sociale; 5. on peut créer de l’art et de la beauté avec un ordinateur; 6. les ordinateurs peuvent changer la vie — en mieux.
  • 16. MOUVEMENT HACKER LES MANIFESTES BARLOW, J. P., 1996, A Declaration of the Independence of Cyberspace, Davos. https://www.eff.org/fr/cybersp ace-independence « Governments of the Industrial World, you weary giants of flesh and steel, I come from Cyberspace, the new home of Mind. On behalf of the future, I ask you of the past to leave us alone. You are not welcome among us. You have no sovereignty where we gather. » BLANKENSHIP, L., 1986, « The Conscience of a Hacker (Hacker Manifesto) », Phrack Magazine. http://phrack.org/issues /7/3.html « We seek after knowledge... and you call us criminals. »
  • 17. MOUVEMENT HACKER HACKABILITY / BIDOUILLABILITÉ • « La hackability est une condition fondamentale pour que se propage l’esprit des hackers, en vertu duquel la créativité, l’apprentissage et le jeu devraient toujours être au cœur du rapport que nous entretenons avec les objets techniques. » [...] [selon les Libristes] « ce n’est que lorsqu’on est en mesure de bidouiller les objets qu’on peut comprendre leur fonctionnement. Le véritable apprentissage n’est pas abstrait, mais se donne comme un apprentissage par la pratique du tâtonnement, des essais et des erreurs. » Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin : 183.
  • 18. MOUVEMENT HACKER HACKERSPACES : LOCALISATION Source : https://wiki.hackerspaces.org/List_of_Hacker_Spaces
  • 19. MOUVEMENT HACKER HACKERSPACES : CARACTÉRISTIQUES • 4 caractéristiques selon Michel Lallement : 1/ Une organisation ouverte qui rassemble des personnes désireuses de mener à bien des projets de fabrication de natures multiples 2/ Un lieu physiquement situé où des individus partagent et utilisent des ressources : machines, outils, matériaux, connaissances, information, Wi-Fi… 3/ Une association à but non lucratif gérée collectivement 4/ Un vecteur de promotion et d’application des valeurs issues de l’éthique hacker dont les principes sont la libre coopération, le refus de la hiérarchie, la liberté d’échange de l’information et des connaissances, le rejet de la discrimination, la conviction que les techniques ont des potentiels à valeur émancipatrice, ou encore l'importance conférée à la do-ocratie (pouvoir du faire). Source : LALLEMENT, M., 2015, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Paris. Éditions du Seuil : 39.
  • 20. MOUVEMENT HACKER HACKERSPACES : LES PIONNIERS • Homebrew Computer Club (1975 – 1986), Californie • Chaos Computer Club, Berlin, 1980’s
  • 21. MOUVEMENT HACKER HACKERSPACES : UN EXEMPLE Photos prises en juillet 2019 au Vancouver HackSpace.
  • 22. MOUVEMENT MAKER DÉFINITIONS • Depuis le milieu des années 2000, nous observons un enthousiasme généralisé pour le bricolage, la fabrication, le bidouillage, les créations artisanales. Ce réenchantement de la vision des travaux manuels au carrefour de la science, des nouvelles technologies et de l’artisanat devient particulièrement empreint de passion et de fierté si nous le nommons « mouvement Do-It-Yourself » ou, par la suite, « culture maker » ! Les valeurs défendues par le mouvement maker s’ancrent autour de l’idée de réparation, de l’importance du savoir-faire manuel, de la créativité et de la lutte contre l’obsolescence programmée dans un cadre social dynamique et coopératif. Autrement dit, il s’agit d’émanciper l’individu (empowerment) en reprenant le contrôle des techniques, en érigeant le faire au plus haut rang de l’échelle de valeurs de cette communauté mondiale.
  • 23. MOUVEMENT MAKER DÉFINITIONS • Pour Gauntlett, Making is Connecting because: - you have to connect things together (material, ideas, or both) to make something new; - acts of creativity usually involve, at some point, a social dimension and connect us with other people; - through making things and sharing them to the world, we increase our engagement and connection with our social and physical environments. • « Making things shows us that we are powerful, creative agents - people who can really do things, things that other people can see, learn from, and enjoy. Making things is about transforming materials into something new, but it is also transforming one’ own sense of self. » • « Shift from the “sit back and be told” culture which became entrenched in the twentieth century, towards the “making and doing” culture which could flourish in the twenty-first. » Source : GAUNTLETT, D., 2018, Making is Connecting. The social power of creativity, from craft and knitting to digital everything, Medford, MA : Polity : 10, 276, 275.
  • 24. MOUVEMENT MAKER FILIATIONS HISTORIQUES • Les Cercles des fermières • La communauté de Shakers • Le mouvement Arts and Crafts • Les Compagnons du Devoir et du Tour de France Photos de gauche à droite : (1) Cercles des fermières- 1944 – par Conrad Poirier, (2) Shakers – source : https://www.pbs.org/kenburns/the-shakers/about-the-shakers/, (3) Strawberry Thief - William Morris – 1883 - Victoria and Albert Museum – London, (4) Les compagnons du Devoir – source : https://jeumont.compagnonsdutourdefrance.org/actualites.html
  • 25. MOUVEMENT MAKER LES MANIFESTES HATCH, M., 2013, The Maker Movement Manifesto : Rules for Innovation in the New World of Crafters, Hackers, and Tinkerers, New York (N.Y.), McGraw-Hill. « Since making is fundamental to what it means to be human, you will become a more complete version of you as you make. »
  • 26. MOUVEMENT MAKER MAGAZINE MAKE • Make Magazine, 2005, Dale Dougherty. • Slogan : « technology on your time » • 2005 : la maison d’édition O’Reilly Media lance le magazine Make, consacré à toutes les formes émergentes de bricolage high-tech : fabrication personnelle, bidouillage électronique, petite robotique, etc. • Le journal fait d’emblée du slogan « Do It Yourself » son étendard et se place explicitement dans le sillage de la culture hacker. Il se décrit comme « le magazine qui célèbre votre droit de modifier, bidouiller et tordre n’importe quelle technologie selon votre volonté ». Source : BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin : 203.
  • 27. MOUVEMENT MAKER MAKER FAIRE • Les Maker Faire, créées en 2006 par Dale Dougherty, sont des foires d’exposition et de démonstration, des grands rassemblements intergénérationnels d’amoureux de sciences, d’électronique, de robotique, de bidouillage ou de curieux. Ces événements se déroulent partout dans le monde.
  • 28. MOUVEMENT MAKER MAKERSPACES : UN EXEMPLE Photos prises en juillet 2019 au MakerLabs de Vancouver.
  • 29. MOUVEMENT MAKER QUE FABRIQUE-T-ON DANS LES MAKERSPACES? Source : https://www.thingiverse.com/ et https://wikifab.org/wiki/Accueil
  • 30. FABLAB : LABORATOIRE DE FABRICATION NUMÉRIQUE “How to make (almost) anything?” ● Né au MIT dans les années 2000 ● Initiateur : Neil Gershenfeld ● Les données numériques (bits) peuvent générer des objets physiques (des atomes) ● Les outils de la fabrication numérique ● FabFoundation, charte et réseau mondial ● FabAcademy ● Lutte contre l’obsolescence programmée ● Reprendre le contrôle sur les idées et les techniques ● 1700 FabLabs répartis partout sur la planète
  • 31. FABCITY : LA FABRICATION NUMÉRIQUE À L’ÉCHELLE DES VILLES “Locally productive, globally connected” ● Naissance à Barcelone en 2014 ● Villes résilientes ● Relocaliser la production grâce à la fabrication numérique ● Économie circulaire ● Smart citizen versus Smart city ● La promesse de 2054 : “ Cities can produce everything they consume” ● Connectée sur le réseau des FabLabs ● 28 villes
  • 32. FABCITY : LA FABRICATION NUMÉRIQUE À L’ÉCHELLE DES VILLES https://www.youtube.com/watch?v=Z9klVoddnmQ
  • 33. CONCLUSION LES POINTS DE CONVERGENCE • Projets de société allant au-delà de la technique • Utopies concrètes Michel Lallement emprunte l’expression d’utopie concrète au philosophe allemand Ernst Bloch qui l’utilise dans Principe Espérance. Dans son ouvrage sur les hackerspaces californiens, le sociologue fait le pari « qu’effectivement le temps des utopies concrètes est advenu, les hackerspaces fournissant une illustration paradigmatique de ces poches alternatives où déjà fermente le nouveau monde. » (2015 : 416). Pour Lallement, la sociologie des utopies concrètes « met l’accent, ou devrait mettre l’accent, sur les conditions sociales de production et de fonctionnement d’espaces potentiellement émancipateurs. » (2015 : 417). • Idéal inclusif • Élargissement de la notion de public « The activities of geeks suggest that we should extend our conception of the public from the activities of "speaking, writing, and thinking," which have defined it classically, to include building, coding, compiling, patching, hacking, redistributing, and sharing. » KELTY, C., 2005, « Geeks, Social Imaginaries, and Recursive Publics », Cultural Anthropology, 20, 2 : 185-214.
  • 34. CONCLUSION LES CRITIQUES • No tech : néo-luddisme, débranchement (vs FOMO) « Le free software a le grand mérite de politiser l’informatique et les choix technologiques. En revanche, la culture du hacking s’avère peu propice à faire émerger une interrogation plus fondamentale, qui porterait sur la place des technologies dans le monde contemporain et sur l’opportunité de relativiser celle-ci. » (Broca : 225) • Low-tech : décroissance et sobriété numérique face à l’épuisement des ressources • Exemple de deux textes d’opinion critiques du mouvement maker: • Deb Chachra, “Why I Am Not a Maker. When tech culture celebrates creation, it risks ignoring those who teach, criticize, and take care of others.” The Atlantic, January 23, 2015. http://www.theatlantic.com/technology/archive/2015/01/why-i-am-not-a-maker/384767/ • Evgeny Morozov, “Making It. Pick up a spot welder and join the revolution.” The New Yorker, January 13, 2014. http://www.newyorker.com/magazine/2014/01/13/making-it-2
  • 35. CONCLUSION LES LIMITES ET LES CONTRADICTIONS • Manque de moyens • Gender gap et boys club • Environnement • Aristocratie technique (élitisme lié à la maîtrise de savoirs et de savoir-faire complexes) et illectronisme persistant • Récupération par les GAFAM (ex: achat de GitHub par Microsoft) • Finalité des objets produits (gadgets, armes, etc) • 2 conceptions de la révolution : • Une plus orientée vers les communs (loin du marché), l'émancipation individuelle et collective via l’apprentissage de techniques • Une plus libertarienne, dans la mouvance anarcho-capitaliste (moins de règles, moins d’interventionnisme étatique) « Quand un intellectuel comme André Gorz et certains milieux hackers, notamment en Allemagne, y ont décelé une révolution sociale en germe, entrepreneurs et prospectivistes y ont vu l’amorce de nouveaux business models à même de perpétuer le capitalisme grâce à son autotransformation » (Broca : 216).
  • 36. CONCLUSION DE LA CONTRE-CULTURE HACKER AU CONSUMÉRISME GEEK • L’imprimante 3D est diffusée, mais moins comme un outil de révolution sociale que comme un nouveau produit de consommation au sein du marché florissant du loisir technologique. (Broca : 218) • L’histoire récente des technologies DIY met en lumière ce hiatus, en ce qu’elle semble faire émerger l’alternative suivante : une diffusion dans le grand public, mais moyennant la dilution du message subversif lié à la culture hacker ; le maintien des principes de créativité, de transparence technique et d’indépendance, mais moyennant un confinement dans l’underground. Hackers et makers se retrouvent de la sorte en proie à une tension qui est, depuis les années 1960, caractéristique de toutes les formes de contre-culture et peut-être plus encore de celles qui ont pour objet les technologies. (Broca : 220)
  • 37. CONCLUSION LES HACKERS DANS LA CULTURE POPULAIRE : WATCH_DOGS 2, JEU VIDEO SORTI EN NOVEMBRE 2016, CREATION D’UBISOFT MONTRÉAL https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=hh9x4NqW0Dw
  • 38. • BERREBI-HOFFMANN, I., BUREAU M-C. et M. LALLEMENT, 2018, Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social, Paris, Le Seuil. • BROCA, S., 2018, Utopie du logiciel libre, Lyon, Le passager clandestin. • COLEMAN, G., 2013, Coding freedom : the ethics and aesthetics of hacking, Princeton, Princeton University Press. • DOUEIHI, M., 2013, Qu'est ce que le numérique ? Paris, Presses Universitaires de France. • DUNN K. and M. S. FARNSWORTH, 2012, “We ARE the Revolution’: Riot Grrrl Press, Girl Empowerment, and DIY Self- Publishing,” Women’s Studies, 41, 2 : 136–157. • GAUNTLETT, D., 2018, Making is Connecting. The social power of creativity, from craft and knitting to digital everything, Medford, MA, Polity. • GUITON, A., 2013, Hackers : au cœur de la résistance numérique, Vauvert, Au diable Vauvert. • HEIN, F., 2012, Do It Yourself! Autodétermination et culture punk, Congé-sur-Orne, Le passager clandestin. • KELTY, C., 2005, « Geeks, Social Imaginaries, and Recursive Publics », Cultural Anthropology, 20, 2 : 185-214. • LALLEMENT, M., 2015, L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie. Paris. Éditions du Seuil. • LEVY, S., 1984, Hackers : Heroes of the Computer Revolution. New York, Delta. • RATTO, M. et M. BOLER, 2014, DIY Citizenship – Critical Making and Social Media, Cambridge, MA, MIT Press. • RUMPALA, Y., 2013, « L’impression tridimensionnelle comme vecteur de reconfiguration politique », Cités, 55, 3 : 139-162. • STALLMAN, R. M., S. WILLIAMS et C. MASUTTI, 2010, Richard Stallman et la révolution du logiciel libre : une biographie autorisée, Paris, Eyrolles. • TURNER, F., 2006, From Counterculture to Cyberculture : Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the Rise of Digital Utopianism, Chicago, The University of Chicago Press. BIBLIOGRAPHIE