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Plus tard le tour de RIM revient à nouveau mais il est trop tard.
Nova (créée le 25 mai 1981 par Jean-François Bizot avec ...
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- Didier de Plaige : Pas d’accord ! Parce que ce que l’on n’a pas dit, c’est qu’il y avait dans la
commission quatorze ou ...
n’ait pas reçu d’avis favorable de la commission. Cette commission n’est que consultative,
ajoutait-il, tant que je n’ai p...
TDF n’envisage pas de dégager de nouvelles fréquences avant de voir comment cela se passe
avec les 17 stations retenues, d...
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4) la radio sert à amplifier l’information et la concertation entre la
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Cet article se propose de revenir sur le rôle économique, technique, politique joué par les « réseaux radiophoniques alternatifs » à trois époques différentes : celle des « radiolibristes », celle de la libéralisation de la FM et celle plus contemporaine des réseaux de radios associatives.

Origine de l’article : POULAIN Sebastien, « Les réseaux radiophoniques alternatifs » Cahiers d’histoire de la radiodiffusion, n°128, avril-juin 2016, http://cohira.fr/category/cahiers/

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  1. 1. Origine de l’article : POULAIN Sebastien, « Les réseaux radiophoniques alternatifs » Cahiers d’histoire de la radiodiffusion, n°128, avril-juin 2016, http://cohira.fr/category/cahiers/ Les réseaux radiophoniques alternatifs1 http://www.radiocampus.fr/presentation-du-reseau Résumé : Cet article se propose de revenir sur le rôle économique, technique, politique joué par les « réseaux radiophoniques alternatifs » à trois époques différentes : celle des « radiolibristes », celle de la libéralisation de la FM et celle plus contemporaine des réseaux de radios associatives. Introduction 1 Je tiens à remercier Isabelle Abraham, Claude Palmer et Jean-Michel Sauvage pour leurs relectures, critiques et conseils.
  2. 2. Il est difficile d’écouter plusieurs stations de radio à la fois. D’ailleurs, les auditeurs écoutent seulement et alternativement 4,2 stations en moyenne sur 21 jours2 . Si les auditeurs ont des habitudes d’écoute concernant les radios qu’ils choisissent en fonction des heures (L’écoute du matin concerne beaucoup l’information sur l’actualité.), des programmes (Certaines chroniques sont susceptibles d’entrainer un zapping temporaire.), des animateurs (Certains animateurs parviennent à se faire suivre par leurs fans quand ils changent de radio ou de média.), des contextes d’écoute (On n’écoute pas les mêmes radios quand on fait du sport, quand on va se coucher ou quand on est en voiture.)…, si l’écoute de la radio peut être individuelle ou collective, chaque radio a son identité, son contrat de communication, son format, son image, ses valeurs… Les auditeurs ont tendance à avoir une relation unique avec un média unique tout en étant conscients qu’ils ne sont pas les seuls auditeurs et qu’ils font partie d’un public qu’ils imaginent plus ou moins nombreux et avec telle ou telle caractéristique, ne serait-ce que parce que ces auditeurs peuvent passer à l’antenne et qu’il est possible de faire des projections à partir des programmes diffusés (y compris les publicités commerciales). Les modes de production et de distribution leur sont plutôt étrangers tant qu’ils ont accès aux contenus qu’ils souhaitent. Et c’est a fortiori le cas des réseaux de radios qui jouent pourtant un rôle non négligeable dans l’économie radiophonique pour des raisons politiques, financières, journalistiques, programmatiques, publicitaires, techniques, d’audience… La mise en réseau radiophonique est, par exemple, techniquement consubstantielle à la modulation de fréquence car les ondes des émetteurs FM n’ont qu’une petite portée par rapport à la modulation d’amplitude (en cours d’abandon3 ). 97% du territoire français est recouvert par la FM. Par exemple, France Inter dispose de 625 fréquences pour couvrir 96% du territoire. France Culture en a 508 pour 95%, France Musique 503 pour 95%, France Info 270 pour 88%. Lorsque l’on pense aux « réseaux radiophoniques », c’est habituellement une référence aux radios dites commerciales. Par exemple, les radios qui se sont constituées autour des anciennes radios dites « périphériques », de NRJ… pour former sur la FM des radios nationales et des groupes radiophoniques. Mais il existe bien d’autres formes de réseaux si on définit le réseau comme une mise en relation entre des entités/nœuds radiophoniques distinctes. Premièrement, il existe des réseaux de radios publiques. Au niveau international, il y a le réseau « Radios francophones publiques » qui rassemblait Radio France, Radio-Canada, Radio suisse Romande et Radiotélévision belge de la Communauté française jusqu’en janvier 2016 où il a fusionné avec la « Communauté des télévisions francophones » (créée en 1964) pour donner naissance à l'association « Les Médias Francophones Publics »4 (www.lesmediasfrancophones.org/). Le réseau « Radios francophones publiques » avait été créé en 1955 sous le nom de « Communauté des radios publiques de langue française ». Au niveau interne, il y a eu la Fédération Nationale de la Radiophonie présidée par Georges-Jean Guiraud5 qui luttait contre l’intervention de l’Etat dans les radios d’Etat, et la Fédération Nationale des postes émetteurs d’Etat présidées en octobre 1932 par Charles 2 GLEVAREC Hervé et PINET Michel, « L’écoute de la radio en France. Hétérogénéité des pratiques et spécialisation des auditoires », Questions de communication, 12, 2007, https://questionsdecommunication.revues.org/2435 3 DASSONVILLE Aude, « Fin des ondes longues, fin d’un monde », telerama.fr, 02/12/2015, http://www.telerama.fr/radio/fin-des-ondes-longues-fin-d-un-monde,134282.php 4 BRULHATOUR Frédéric, « Création des Medias Francophones Publics », LaLettre.pro, 7/4/16, http://www.lalettre.pro/Creation-des-Medias-Francophones-Publics_a10297.html 5 Georges-Jean Guiraud est l’auteur d’un texte intitulé Pour un statut démocratique et rationnel de la radiodiffusion imprimé à L'Ouest Eclair à Rennes en 1930. (CHEVAL Jean-Jacques, « Invention et réinvention de la publicité à la radio, de l'entre-deux-guerres aux années 1980 », Le Temps des médias, n° 21, 2004)
  3. 3. Staehling (déjà président de l'association Radio Strasbourg PTT depuis 19306 ). Il y a le groupe Radio France qui est issu de l’ORTF, de la RTF, de la RDF, de la Radiodiffusion nationale… Et les autorités publiques françaises réfléchissent à mettre en place un réseau de radios publiques locales dès octobre 1976 via la Commission de développement des responsabilités locales qui est présidée par Olivier Guichard, ancien ministre des présidents Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing. Guichard souhaite la création d’un nouveau réseau radiophonique « départemental » en FM7 . Il s’agit de contre-attaquer face à l’arrivée des « radios libres ». Ce sera d’abord en 1980, en modulation de fréquence, Fréquence Nord, Radio Mayenne, Melun FM, et, en ondes moyennes, Radio Bleue (qui émet aussi en FM à Cannes et Valence). Leur fusion donne le réseau « France Bleu » le 4 septembre 2000 qui comprend 44 radios à partir de 2013. Deuxièmement, il existe plusieurs réseaux de radios commerciales : - La Fédération Française des Postes Privés d’Emission Radiophonique créée le 21 novembre 1925 et présidé par Paul Dupuy, directeur du quotidien Le Petit Parisien et du Poste du Petit Parisien8 . Elle visait à obtenir un statut définitif pour les postes privés. - Le Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (SIRTI ; www.sirti.info/) est créé le 26 août 1981 par RFM, Génération 2000, le Poste Parisien (Groupe Amaury), Radio Express, Radio Megal'O. Il regroupe plus de 150 radios et télévisions privées indépendantes, locales, régionales et thématiques et 1000 fréquences9 . - Le Groupement « Les Indépendants », qui est un groupement d’intérêt économique (GIE) des radios locales, régionales et thématiques françaises, a été créé en novembre 1992 à l'initiative de Jean-Éric Valli, Président-fondateur de Groupe 1981 (anciennement dénommé Groupe Start puis Sud Radio Groupe) et d'Éric Hauville, fondateur du réseau disparu « Radio Vallée-de-Seine » (RVS). Ce groupement a bénéficié d’un effort de rééquilibrage de la part des autorités publiques face aux développements des groupes NRJ ou Fun Radio dans les années 1990. En 2000, un alinéa est inséré dans la loi « La liberté de la communication » et précise que « le Conseil [Supérieur de l’Audiovisuel] veille au juste équilibre entre les réseaux nationaux de radiodiffusion d une part, et les services locaux, régionaux et thématiques indépendants, d autre part ». Ce réseau a été rebaptisé « Les Indés Radios » en novembre 2010 (https://www.lesindesradios.fr/). Et il n’hésite pas à donner et valoriser l’audience accumulée de ses 127 radios en 2011 (129 en juillet 2015) pour se vanter d’être leader sur la cible 25-49 ans10 grâce à 800 fréquences (contre 600 pour NRJ), leur proximité avec les auditeurs et une grande diversité de stations qui permettent de toucher des publics hétérogènes. « TF1 Publicité Radios » est sa régie publicitaire depuis 2009 alors que c’était Lagardère à l’origine. - L'Association européenne de radiodiffusion (Association of European Radios ; www.aereurope.org/) a été fondée en 1992 par 9 associations (Syndicat des 6 « Histoire de radio Strasbourg PTT », 100ansderadio.free.fr, http://100ansderadio.free.fr/HistoiredelaRadio/Radio-Strasbourg-PTT/Strasbourg-PTT-1932.html 7 Vivre ensemble, rapport de la Commission de développement des responsabilités locales présidée par Olivier Guichard, La Documentation, Paris, 1977 8 « 1922-1939 : Les pionniers de la TSF », 100ansderadio.free.fr, http://100ansderadio.free.fr/HistoiredelaRadio/1925.html 9 WOJCIAK Thierry « SIRTI : renouvellement partiel du conseil d’administration », cbnews.fr, 07/06/16 http://www.cbnews.fr/mouvements/sirti-renouvellement-partiel-du-conseil-d-administration-a1028677 10 DANIEL Mélanie et MAHE Tiphaine, L audience des radios locales : le cas particulier des Indés Radios, 2010-2011, http://docplayer.fr/7127700-L-audience-des-radios-locales-le-cas-particulier-des-indes-radios.html
  4. 4. réseaux radiophoniques nationaux-SRN et Syndicat des radios généralistes privées- SRGP pour la France) et regroupe 4 500 radios privées commerciales. Son bureau est installé à Bruxelles11 . - L'Union européenne de radio-télévision (UER ; en anglais, European Broadcasting Union ; https://www.ebu.ch/fr/home) a été créée en 1950 et comprend 75 membres actifs dans 56 pays d’Europe, d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, et 45 membres associés dans 25 pays d’autres régions du monde12 . Troisièmement, il existe des réseaux de radios ayant un modèle économico-juridique alternatif aux radios publiques et commerciales - ceux des radios privées associatives - que nous appellerons ici les « réseaux de radio alternatifs ». C’est sur ce type de réseaux que nous allons nous focaliser dans cet article. Nous prendrons le mot réseau dans un sens large du terme : un ensemble interconnecté, fait de composants et de leurs inter-relations13 . Et non dans le sens strict en usage dans le monde radiophonique : 1) la mutualisation et la reprise (partielle ou totale) des programmes qui existent dans les radios de catégorie C (services de radio locaux ou régionaux diffusant le programme d’un réseau thématique à vocation nationale : les radios de catégorie D) mais aussi dans les radios de catégorie A (plutôt des radios associatives religieuses, étudiantes ou musicales)14 . 2) les radios de catégorie D appartenant au même propriétaire (ce propriétaire – groupe - ayant des radios de catégorie D ou E) et diffusant le même format. Il s’agira de se demander en quoi le fait d’établir des relations (de créer et maintenir des liens) de type social/immatériel/symbolique/juridique15 entre des entités radiophoniques (entre des entités/nœuds/composantes radiophoniques) a été et est bénéfique et nécessaire pour les entités/nœuds/composantes radiophoniques. Les radios sont la plupart du temps étudiées individuellement : il s’agit d’étudier une radio, une émission, un type de programme, une thématique… en analysant les discours, les arguments, les contrats de communication, les « visées »…, c’est-à-dire d’être au plus près de ce qui est diffusé à l’antenne sans doute parce que c’est ce à quoi les chercheurs sont le plus en contact et donc ce qui les « anime » le plus. On le voit aussi sur des sites internet retraçant l’histoire de la radio : http://100ansderadio.free.fr/, http://www.schoop.fr/, http://www.radiotsf.fr/, la chronologie d’INA Global (http://www.inaglobal.fr/chronologie-embed/6702)... Ou encore dans le Dictionnaire de la radio16 de 656 pages de Robert Prot qui n’a pour entrées que 13 fédérations 11 « Numérisation de la radio en Europe : L’Association Européenne des Radios (AER) ne veut pas de la fixation d’une date d’arrêt de la radio analogique en Europe », sirti.info, 16/02/10 http://www.sirti.info/actualites/numerisation-de-la-radio-en-europe-lassociation-europeenne-des-radios-aer-ne- veut-pas-de-la-fixation-dune-date-darret-de-la-radio-analogique-en-europe/ 12 DELTENRE Ingrid, « Tunisie : "L'UER prête à mettre son expérience au service du secteur de l'information en Tunisie" », allafrica.com, 11/04/14, http://fr.allafrica.com/stories/201404111593.html 13 C’est plus ou moins la définition que donne Pierre Merklé au début de son ouvrage Sociologie des réseaux sociaux (La Découverte, Paris, 2004) : un « réseau social peut être provisoirement défini comme constitué d’un ensemble d’unités sociales et des relations que ces unités sociales entretiennent » (p 4). 14 « Composition du paysage audiovisuel français : la radio », clesdelaudiovisuel.fr, http://clesdelaudiovisuel.fr/Connaitre/Le-paysage-audiovisuel/Composition-du-paysage-audiovisuel-francais-la- radio 15 Les radios sont bien entendu dépendantes de réseaux techniques/matériels entre le lieu de production radiophonique (le studio) et le lieu de réception où se trouve l’auditeur : câble, satellite, internet, électrique… 16 PROT Robert, Dictionnaire de la radio, PUG/Ina, Grenoble/Brie-sur-Marne, 1998
  5. 5. (p238-239), 2 associations (APROR p58 et ALO p67), 4 syndicats, 1 « groupes radiophoniques » (dans son premier complément du dictionnaire sur internet17 ) et par ailleurs seulement quelques radios pirates (Caroline), libres (Alice, Ici et Maintenant, Ivre, Fil Bleu, Riposte), mini-périphériques (Radio K), associatives (Libertaire, Aligre, Courtoisie, Radio Beur, Fréquence Gaie), locales commerciales (Chic FM), nationales commerciales (Chérie FM, NRJ). Pourtant, une radio ne peut pas se résumer aux contenus diffusés. Les radios ne sont pas des entités hors sol désincarnées qui diffusent tel ou tel type de programme au hasard selon les goûts des animateurs ou du dirigeant de la radio. De la création jusqu’à la mise en ondes, il faut faire des choix stratégiques différenciant : le nom de la radio, son logo, son format, son modèle économique, les ressources humaines à l’antenne et hors antenne, la stratégie de communication… Au-delà, il existe des coalitions, alliances, consortiums, mariages18 , groupes, groupements, associations (dont les associations d’amis de radios19 ), lobbys, mouvements, fédérations, clubs, cercles, salons, colloques20 qui rendent possibles plus ou moins directement et à divers degrés l’existence des radios individuelles et de leurs programmes. Lorsqu’une radio associative « donne » des heures d’antenne à des associations et fait partie d’une fédération appartenant à une confédération, alors cette confédération est un réseau de réseaux de réseaux de réseaux avec toutes les questions de démocratie, de rapport de force, de représentation, de responsabilité que cela implique. La réticularisation21 de la radiophonie a joué un rôle fondamental dans l’histoire et l’économie des radios car la mise en réseau est une question de survie (chez beaucoup de radios associatives) et/ou une possibilité de développement (chez les radios commerciales). En effet, ces réseaux peuvent avoir divers rôles : - faire du lobbying auprès des différents échelons des institutions publiques pour obtenir des normes et moyens économiques, matériels et humains, - proposer ou imposer des normes, pratiques, manières de faire au sein des radios via des chartes, - donner des idées pour améliorer le fonctionnement, - fournir des conseils fiscaux, RH, économiques, juridiques, - réaliser des formations, 17 http://dictionnaire.radio.monsite-orange.fr/page3/index.html 18 Aujourd’hui encore, on peut trouver des radios distinctes qui se partagent la même fréquence : à Paris, il y a les radios Campus Paris et Vivre FM sur 93.9 MHz ; Judaïques FM, Radio J, RCJ et Shalom sur 94.8 ; Néo et Radios Ici et Maintenant sur 95.2 ; France Maghreb 2 et AYPFM sur 99.5 ; Radio Notre Dame et Fréquence Protestante sur 100.7. 19 Les « Amis de Radio Luxembourg » est une association française des auditeurs créée en 1948. Elle avait pour siège social celui de Radio Luxembourg : 22 rue Bayard. Une émission lui était consacrée chaque jour. En 1954, elle comprend 1 300 sections. L’adhésion donnait droit une carte, des sorties, des réductions sur les entrées au Radio Théâtre, au Radio Circus au bulletin Radio-Magazine (8 numéros par an). (PROT Robert, Dictionnaire de la radio, PUG/Ina, Grenoble/Brie-sur-Marne, 1998, p49-50) On peut citer aussi l’Association générale des auditeurs de TSF créée en 1924, l’Association Radio famille créée dans les années 1930 par des catholiques, l’Association Radio Liberté créée dans les années 30 par des communistes, l’Association des auditeurs et téléspectateurs créée après 1958, l’association des radiophiles français créée par des collectionneurs de récepteurs, l’Association des auditeurs de France Culture créée en 1984. Ces association rassemblait relativement peu de monde, mais elles bénéficiaient de privilèges (notamment à l’époque des conseils de gérance dans laquelle elles siégeaient (PROT Robert, Dictionnaire de la radio, PUG/Ina, Grenoble/Brie-sur-Marne, 1998, p66-67) 20 Le sénateur Gérard Delfau, assisté par Françoise Kraja, organise un « colloque de la FM » à partir de 1989 au Palais du Luxembourg avec les radios locales associatives (PROT Robert, Dictionnaire de la radio, PUG/Ina, Grenoble/Brie-sur-Marne, 1998, p168). 21 Pour réfléchir sur la place des réseaux dans la société : MUSSO Pierre, Critique des réseaux, PUF, Paris, 2003
  6. 6. - rétribuer symboliquement des carrières de militants22 , - mutualiser des moyens techniques, humains, matériels pour des événements ou pour la vie courante des radios, - donner et échanger des programmes, - faire des économies d’échelle, - organiser des formes de solidarité, - socialiser les différents acteurs de la radio, - raconter une origine, une histoire, voire une mythologie de la radio23 , - étudier les tendances qui se développent en son sein, - inviter des personnalités extérieures comme des chercheurs pour prendre du recul, - donner une orientation générale, - donner de la visibilité au « tiers secteur radiophonique », - faire des campagnes de communication pour améliorer l’image des radios auprès du grand public… Voici un commentaire de la part de Claude Palmer - un éditeur24 fondateur de la FNRL, aujourd’hui fondateur-président d'honneur CNRA et vice-président FRANC-CP - CNRA et FRANC-CP - à propos du présent article qui montre l’animation, la complexité, l’intérêt d’étudier ce qui se passe non pas derrière le micro, mais derrière le studio et plus loin encore : Pour vos nombreuses références à Annick Cojan et Eskenazi, comme pour les citations de plusieurs acteurs institutionnels dont Fillioud, Cotta, Galabert, Belot, on a compris plus tard qu'ils étaient de fait hostiles ou méprisants pour le secteur associatif, et ne l'ont admis publiquement que plus tard. (voir émissions sur la radio libre de France Culture25 ). Politiquement, il y a eu un processus de lutte sourde du parti socialiste avec les autres obédiences politiques et même contradictoire en son sein entre gauche socialiste et courant "pragmatique" social-démocrate. Cela a beaucoup nui à l'image réelle et non symbolique des radios A évidemment. Nous allons dans un premier temps voir comment les réseaux radiophoniques ont été utiles aux « radiolibristes » pour obtenir le droit d’émettre alors qu’existait un monopole radiophonique. Nous verrons dans un second temps comment les réseaux radiophoniques ont été utiles aux radios locales privées pour obtenir de la place sur la bande FM, alors qu’il y a saturation. Nous verrons enfin comment les réseaux radiophoniques ont été utiles aux radios associatives pour obtenir des moyens matériels, humains et financiers, alors que faire vivre une radio 24h/24 a un coût important. 1) Les réseaux de « radios libres » : se battre pour avoir le droit d’émettre 22 GAXIE Daniel, « Economie des partis et rétributions du militantisme », Revue française de science politique, vol. 27, n° 1, 1977 23 Le sigle SNRL contient toujours aujourd’hui les mots « radios libres » alors qu’il doit rester assez peu de « radiolibristes » et de « radios libres » d’avant l’arrivée de Mitterrand au pouvoir dans ce syndicat. 24 Il fournit 2000 affichettes orange fluorescentes à Radio Ici et Maintenant où est écrit « Rdio Ici & Maintenant ! (102 Mhz) FM. Guy Skornik. Didier de Plaige. 22h30. A partir de sam. 21 juin. » pour faire de la publicité sur le lancement. 25 DE SAINT PULGENT Maryvonne, « Les radios libres : histoire, bilan et perspectives », « La bataille des industries culturelles : les radios libres », « Une grande traversée », France Culture, 20/08/11, http://www.franceculture.fr/emission-les-grandes-traversees-batailles-pour-la-culture-doc-la-bataille-des- industries-culturelles
  7. 7. En France, les radios « pirates » / « libres » ont compris très tôt l’intérêt de se rassembler pour devenir plus fort. D’autant plus qu’il s’agit de faire face au gouvernement et de promouvoir des actions jugées « illégales » par ce dernier : émettre des ondes radiophoniques alors qu’il y a un monopole. Beaucoup d’entre elles sont d’ailleurs soutenues ou créées par des associations, syndicats (dans le secteur des médias d’Etat ou dans le domaine de la sidérurgie), partis politiques (soit au niveau national, soit au niveau local)… La Coordination des radios libres (Corali) voit le jour sur le plateau du Larzac les 13 et 14 août 1977. Jean Ducarroir, qui y participe, tente de prolonger cette coordination technique et politique via le collectif Radio 93. Peu de temps après, en septembre 1977, l’Association pour la Libération des Ondes (ALO) est créée par Antoine Lefébure grâce au soutien d’Umberto Eco, Pierre Jeanson-Ponté, Gilles Deleuze, Félix Guattari (qui soutient le collectif Radio Verte et participe à une émission), Serge July, Jean-François Bizot... Elle vise à coordonner les actions des « radios libres » dans la continuité de la revue Interférences créée en 1975 par Antoine Lefébure avec pour but la « critique des appareils de communication » traditionnels et valorise les expériences de « radios libres ». Une première rencontre entre une dizaine de stations est organisée par l’ALO le 21 décembre 1977 à Paris en l’absence de Radio 93. L’ALO se met en contact avec la Community Communication en Grande-Bretagne et la Fédération des radio-émetteurs démocratiques (FRED) qui associe les radios gauchistes, autonomes et alternatives en Italie26 . Suite à cette journée, le 15 février 1978, 17 stations (8 en Ile-de-France et 9 en province) de radio décident d’émettre simultanément. Guattari souhaite rassembler la FRED et l’ALO sous le nom d’Alfredo 78 fin mars 78 à Paris. Guattari lui-même s’appuie sur ses réseaux. Il dirige le Centre d’études, de recherches et de formation institutionnelles (Cerfi, 1965-1987) et surtout le Centre d’initiatives pour la création de nouveaux espaces de liberté (Cinel, 1977-198127 ) qui joue un rôle important dans le mouvement des « radios libres » (notamment avec la création de Radio Tomate28 en 1981, elle-même à l’origine de Radio Fréquence Paris Plurielle qui émet toujours aujourd’hui, du moins selon FPP29 ). Il inspire 26 Tribune, « Les radios libres se coordonnent », Rouge, 15/09/77 27 BURNIER Michel, « Faire de la politique sans parti, l'expérience du CINEL », Multitudes, n°29, été 2007 28 PRINCE Bernard et VIDECOQ Emmanuel, « Félix Guattari et les agencements post-média, l'expérience de Radio Tomate et du Minitel Alter », Multitudes, n°21, été 2005 29 Sources : JULIETTE, « Brève présentation de Fréquence Paris Plurielle », rfpp.net, 20/11/08 [première publication 11/11/2008], http://www.rfpp.net/spip.php?article2 ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr %C3%A9quence_Paris_Plurielle ; « Radio Tomate (75) », schoop.fr, http://www.schoop.fr/ficheradio.php? id_radio=749. Mais selon Claude Palmer, « Tomate a été évincée du collectif de Radio Lucrèce et était absente de Paris Plurielle (question d'obédience libertaire contre trotskystes courant « Révolution ». » Selon le dictionnaire de Robert Prot, Lucrèce est une association de radios privées - Radio Fil Rouge (née en 1981 à Issy- les-Moulineaux sur 104 MHz et dirigée par Enrique Cézard), Radio Nanterre (qui est dirigée par Claude Palmer et qui émet sur 106 MHz à son début de la Maison du Peuple de Clichy), Radio Sème, Radio Tomate – grâce à un partenariat entre Claude Palmer, Lionel Rousseau (Radio Tomate), Christine Hudin. Radio Lucrèce est « autorisée par la CNCL en août 1987 et partage sa fréquence (106,7) avec Radio Paris et Radio Tomate dont elle accueille les membres. En septembre 1992, Radio Lucrèce ne sera pas ré-autorisée sur Paris, mais obtient deux fréquences en grande banlieue, dans l'Essonne : Dourdan (96,5) et Evry (106,9). Elle cesse ses émissions en 1996. » (« Radio Lucrèce (75) », schoop.fr, http://www.schoop.fr/ficheradio.php?id_radio=434). Christine Hudin (aujourd’hui sur Radio Libertaire) a bien fondé Fréquence Paris Plurielle avec Yvan Jossen (Les Pieds dans le Paf), Jacques Soncin (ex-président de la CNRL), Guy Dardel (qui est passé par Radio Montmartre, mais pas radio Tomate comme on peut le voir sur sa page Wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Dardel) et contrairement à ce que dit la page Wikipedia de FPP (https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr %C3%A9quence_Paris_Plurielle)), Annie Simon (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale- CEDETIM). Lionel Rousseau de Radio Tomate semble avoir eu des ambitions commerciales puisque la marque « Radio Lucrèce » est déposée le 12 décembre 1989 à l’INPI Paris par l’association 1901 Radio Tomate (http://marques.expert/loi-1901-radio-tomate/radio-lucrece-1625951.html) au moment où Radio Tomate sort du regroupement sur la fréquence 106.7 MHz. Puis, Rousseau dépose la marque « Radio-Tomate » le 9 juin 1992 à l’INPI Paris (http://marques.expert/rousseau-lionel/radio-tomate-92421852.html).
  8. 8. d’ailleurs le Collectif A/traverso (créé en avril 1972) qui anime Radio Alice (Bologne) qui commence à émettre le 9 février 1976 et qui joue elle-même un rôle important dans l’imaginaire « radiolibriste »30 . Guattari écrit la préface de Radio Alice, radio libre31 (traduction Alice è il Diavolo) : « Des millions et de millions d’Alice en puissance ». Il accueille aussi Franco Berardi, dit Bifo (à l’antenne de Radio Alice), quand le théoricien d’A/traverso fuit l’Italie pour la France. Lefébure refuse la proposition de Guattari. Des conflits naissent rapidement entre ces deux personnes « radiolibristes » du fait du soutien de Guattari aux actions d’Andreas Baader à travers son avocat – Klaus Croissant – qui se réfugie à Paris tandis que les autorités allemandes demandent son extradition. Un autre conflit survient sur les objectifs que doivent se donner ces radios. Patrick Farbiaz et Jean Ducarroir, fondateurs de Radio Paris 80, souhaitent utiliser la radio comme un moyen de militer alors que Lefébure souhaite une radio professionnelle d’un point de vue technique. D’ailleurs, Interférences donnait des conseils techniques aux « radiolibristes ». La dernière source de conflit concerne le modèle économique : le mode de financement possible des radios. Il s’agit de s’accorder sur le futur modèle économique des radios, quand elles seront autorisées. Faut-il utiliser la publicité comme sur les radios périphériques françaises ou les radios off shore anglaises ? Ou est-ce que d’autres moyens sont envisageables ? Or, les objectifs de l’ALO de septembre 1977 ne s’opposent pas aux radios commerciales. En effet, le deuxième objectif de l’ALO consiste à « regrouper et coordonner les différents projets intéressés à la communication locale – étant entendu que leur objectif est essentiellement non commercial ». Le troisième objectif vise à « participer à la défense juridique de toutes les expériences de radios libres ainsi qu’à la défense politique de celles à vocation non commerciale et d’assurer leur coordination »32 . Pour marginaliser le point de vue adverse, Lefébure pousse François Chassaing (avocat et journaliste, proche du Parti Républicain et de Valéry Giscard d'Estaing, fondateur de Radio Fil Bleu puis de Radio Cactus) à créer un mouvement « radiolibriste » apolitique. Cela prendra le nom de « Consensus Liberté Radio » le 21 mars 1978. Mais Alfredo 78, qui se réunit les 26, 27 et 28 mars à l’Ecole spéciale d’architecture, donne naissance au « Comité de soutien aux radios libres » autour de Guattari et de la plupart des fondateurs de l’ALO qui dénonce « l’utilisation publicitaire, modélisante et normalisante des ondes »33 . Un tract du 28 mars évoque la future création d’une « Fédération des radios libres ». Lefébure met en garde contre une division du mouvement à quelques semaines du vote de la loi Lecat. En effet, Valéry Giscard d’Estaing a demandé au gouvernement de « proposer immédiatement au Parlement les dispositions législatives nécessaires pour assurer le respect du monopole de la radiodiffusion et de la télévision »34 lors du Conseil des ministres du 10 mai 1978. Ces collectifs donnent lieu à deux publications. D’une part, La Radio ? mais c’est le diable35 où des membres de l’ALO et de Radio Onz’Débrouille ont repris des articles d’Interférences et proposent un guide de montage pour émetteurs FM artisanaux. D’autre part, 30 DALLE Matthieu, « Les radios libres, utopie ‘deleuzoguattarienne' », French Cultural Studies, vol. 17, n° 1, 2006 31 Collectif A/traverso, Radio Alice, radio libre, J.-P. Delarge, Paris, 1977 32 LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p132 33 « Texte d’orientation des radios libres », Sonovision, avril 1978, p47 34 Cité dans FERENCZI Thomas, « Un coup d’arrêt au développement des radios libres », Le Monde, 12/05/78 ; voir aussi « Radios : Giscard serre la vis du monopole », Libération, 11/05/78 ; « Silence, on replâtre », Le Matin, 11/05/78, « Le gouvernement veut mettre un frein aux radios libres », La Croix, 12/05/78. 35 La Radio ? mais c’est le diable, La Radio Technique Compelec (RTC), Paris, 1978
  9. 9. Les radios libres36 rédigé par le collectif « Collectif radios libres populaires » qui est composé par Guattari, Ducarroir, Farbiaz, Jean-François Lacan et qui souhaite un affrontement avec les autorités publiques. « Consensus Liberté Radio » et l’ALO se rapprochent fin mai pour donner le « Bureau de liaison ALO/Consensus » et écrire aux parlementaires (leur proposer leur projet de « radio locale et indépendante »), lancer des pétitions et interroger les adhérents sur les objectifs de chacun. De leur côté, la « Coordination parisienne des radios libres » (coalition autour de Radio 93 de Farbiaz et Ducarroir, et Radio Libre Paris) et le « Collectif de soutien aux radios libres » de Guattari dénoncent la « dérive » commerciale et souhaitent organiser un congrès en vue de « créer une Fédération des radios libres non commerciales ». En parallèle, Guattari et une partie de la « Coordination parisienne des radios libres » se rapprochent du « Centre d’études et de réalisations informatiques, audiovisuels, multimédia » (CERIAM)37 qui se situe dans la mouvance communiste et souhaite voir éclore des « radios libres » mais « municipales ». Le congrès a lieu à Lyon le 3 juin. Organisé par Radio Canut et Radio Guignol, il rassemble une cinquantaine de personnes issues de 22 collectifs et radios qui cofondent le 4 juin la « Fédération Nationale des Radios Libres non commerciales » (FNRL) avec pour principe le refus de la publicité. Après la loi Lecat n° 78-787 du 28 juillet 1978 (parue au JO du 29 juillet 1978), qui constitue un « tournant »38 dans le mouvement des « radios libres », le bureau de liaison communique sur sa déception et continue de négocier avec les politiques. Le « bureau » pousse les partis à faire un recours devant le Conseil constitutionnel qui est effectivement déposé, mais en vain, par Georges Fillioud le 4 juillet 1978. De son côté, la FNRL souhaite que ses radios continuent d’émettre. Elle organise avec succès une fête de soutien à Yerres les 1er et 2 juillet. Mais la recette est dérobée, ce qui oblige Guattari à « éponger les dettes »39 . Pendant ce même mois de juillet, a lieu, pendant trois semaines, l’« université populaire d’été » sur les sciences et techniques de la communication organisée par l’« Association des Rencontres Internationales des Rives de l’Etang de Berre » (ARIREB) où de nombreux intellectuels (dont le CERIAM40 ) sont présents (trop selon certains « radiolibristes »41 ) et où s’opposent les partisans des « radios locales » et ceux des « radios libres » selon Claude Collin : 36 Collectif radios libres populaires, Les radios libres, Maspero, n°204, Paris, 1978 37 Le CERIAM, fondé en 1973 par Jean-Claude Quiniou et Philippe Parmentier (fils du sénateur Bernard Parmentier), est une association de recherche appliquée dans le domaine de la vidéocommunication locale, associative et professionnelle. Il est codirigé par Jean-Claude Quiniou (co-auteur avec Jean-Marc Font de Les ordinateurs, mythes et réalités, Gallimard, Paris, 1968 ; auteur de Telematique, mythes et realites, Gallimard, Paris, 1980 et de Marxisme et informatique, Éditions sociales, Paris, 1971) et sa compagne Ghislaine Azémard (aujourd’hui professeur de science de l’information et de la communication à l’Université Paris 8 Saint-Denis, titulaire de la Chaire UNESCO « Innovation Transmission Edition Numériques » à la Fondation Maison des sciences de l'homme. Le CERIAM comprend une équipe de 15 personnes et travaille pour le Conseil Général du département, la DATAR, la Société d’Economie Mixte de la Ville de Martigues, le Ministère de la Santé et de la Famille. Il participe à l’organisation de séminaires de l’Association des Rencontres Internationales des Rives de l’Etang de Berre (ARIREB), notamment sur la vidéo et les handicaps (avec les professeurs Franco Basaglia (1924-1980 ; spécialiste de psychiatrie à l’Université de Palerme), M. Stoney, Stanislaw Tomkiewicz (1925- 2003 ; spécialiste de psychiatrie à l'Université Paris VIII)). (DE LA TORRE Luis, « Le département saisi par la communication », Quaderni, vol13, n°1, 1991). 38 LEFEBVRE Thierry, « Radios libres : le tournant de la loi Lecat », in « L’année radiophonique 1978 », Guy Robert (sous la direction de), Cahier d’histoire de la radiodiffusion, n°98, octobre-décembre 2008 39 LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p206 40 Jean-Michel Sauvage collabore avec le CERIAM entre 1977 et 1984, notamment pour la coordination des Rencontres Internationales des Rives de l’Etang de Berre. 41 DALLE Matthieu, Les ondes déchaînées : analyse culturelle des radios libres françaises, 1977-1981, sous la direction de Monique Yaari, thèse de doctorat, The Pennsylvania State University, décembre 2002, p34
  10. 10. « Les radios locales – qui à l’époque, n’existent encore qu’à l’état de projet – sont celles que préconisent les partenaires de l’ex-Union de la Gauche ; elles doivent être bien sûr pluralistes, mais aussi responsables, démocratiques, associtives et fonctionner dans le cadre du service public. Les radios libres – qui, elles, ont l’avantage d’exister… même dangereusement – se veulent totalement sans entraves et voient dans la notion de service public une menace pour leur indépendance. »42 Beaucoup de radios sont découragées par cette loi et la répression qui la suit même si Patrick Vantroyen appelle à une radio de « deuxième génération » via son « association pour le développement des radios libres » (ADLR) fondée le 10 février 1978 à Paris et même si la FNRL se réunit les 20 et 21 janvier 1979 à Toulouse. En 1979, les organisations « radiolibristes » se rapprochent d’autres organisations militantes - les syndicats - qui sont particulièrement organisées, structurées, financées, et qui luttent : 1) contre les licenciements dans les sociétés de l’ex-ORTF (le Syndicat National des journalistes, le Syndicat Interprofessionnel de la Radio-Télévision, le Syndicat Unifié de la Radio-Télévision…) ; 2) contre le démantèlement de la sidérurgie en Lorraine : la CFDT crée SOS Emploi (La FNRL et l’ALO fournissent du matériel, des émetteurs et une aide logistique.), la CGT fonde Radio Lorraine Cœur d’Acier animée par les journalistes Marcel Trillat et Jacques Dupont (L’ALO-Bureau de liaison des radios libres profite de l’existence de cette radio pour demander aux partis politiques et syndicats de prendre position sur l’arrêt du brouillage et des poursuites judiciaires.) ; 3) contre le traitement médiatique des élections prud’homales (Radio 93 CGT, Radio Action CGT, Radio CGT 76…). Longwy d’où émettent SOS Emploi et LCA est aussi l’occasion d’un rassemblement international - un italien (Berardi de Radio Alice), des espagnols, allemands, suisses, anglais - et surtout des représentants de toutes les tendances « radiolibristes » et de tous les bords politiques : les principales radios et les principaux acteurs du mouvement (Ducarroir, Farbiaz, Guattari, Lefébure…). Elles parviennent même, non sans difficultés, à un communiqué de presse consensuel : - un moratoire de 3 ans, - la continuité de l’expérimentation, - la constitution d’associations à but non lucratif pour soutenir les radios, - la limitation de la puissance d’émission, - l’interdiction des réseaux, - la dépénalisation et l’amnistie, - la recherche d’une unité d’action.43 Autre type d’organisation avec qui les « radiolibristes » tentent de s’allier : les partis politiques. Paris-Ecologie de Brice Lalonde soutient ce qui est vite appelé « Radio Verte » aux élections municipales de mars 1975. Une partie du Parti Républicain (parti de Valéry Giscard d’Estaing qui est alors au pouvoir) soutient Radio Fil Bleu en juillet 1977. Les députés communistes déposent un projet de loi visant à autoriser des radios municipales le 28 juin 1978 et un projet de radio municipale est soutenu par l’adjoint au maire de Montreuil Jean-Pierre Brard. Matthieu Dalle recense près d’une quinzaine de « radios libres » ayant 42 COLLIN Claude, Ondes de choc. De l’usage de la radio en temps de lutte, L’Harmattan, Paris, 1982, p27-28 43 LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p297
  11. 11. bénéficié du soutien actif d’une municipalité (la plupart socialistes), matérialisé sous la forme de prêts de locaux, subventions ou déclarations publiques de conseillers municipaux ou du maire entre 1978 et mai 198144 . Une partie de PS soutient Radio Riposte en 1979 qui émet depuis le siège au 10 rue Solférino grâce à l’aide d’une dizaine de « radiolibristes » dont Farbiaz et Ducarroir. Ces derniers font donc l’objet d’une information judiciaire aux côtés de François Mitterrand, Laurent Fabius et Bernard Parmentier. Mais il y a dans cette affaire un « étonnant chassé-croisé »45 comme le souligne Thierry Lefebvre. Un émetteur de Radio Riposte est fourni par l’ALO, mais il vient à l’origine de la FNRL (Il appartenait à Radio Fil Rose à l’origine.). L’autre émetteur est prêté par la FNRL, il provient de Radio 100, mais il a été construit par un technicien de l’ALO. Les « radiolibristes » ont aussi le soutien de certains Socialistes, à commencer par Maurice Séveno - journaliste, gérant d’Unitélidis, adhérent du Parti Socialiste et proche de François Mitterrand – qui profite de la comparution d’un animateur de Radio Roquette devant la 17ème chambre correctionnelle le 25 mai 1978, pour déclarer : on assistera à une éclosion des radios libres qui se justifiera par le fait même qu’une partie de la population est exclue de la parole, alors qu’elle a quelque chose à dire46 . Plus tard, en mars 1981, il tente de lancer Canal 75 avec Farbiaz et le soutien du publicitaire Thierry Mendès France (lointain petit cousin de Pierre Mendès France) et bien d’autres (Claude Estier, Bernard Renouvin, Brice Lalonde, Huguette Bouchardeau, Guy Konopnicki, Georges Sarre, Bernard Parmentier…). Robert Prot fait référence à d’autres organisations qui ont pu soutenir et fonder des « radios libres » : […] la ligue de l’enseignement, la Mutualité française, la fédération Léo Lagrange, les grands journaux tels Le Monde, L’Humanité, Libération ou le Groupe Bayard Presse, etc. Quant aux partis politiques, à l’exception du parti communiste et de la fédération anarchiste, ils ne marquent pas un grand enthousiasme pour cette forme d’expression à laquelle leurs militants n’étaient guère préparés. Par contre, les Eglises, déjà rompues aux techniques de communication comme au bénévolat, furent tout de suite sur les rangs dès que la situation commença à s’éclaircir et elles ont persévéré depuis47 […] Enfin, les nombreuses communautés ethniques présentes sur le sol français marquèrent leur intérêt immédiat.48 Mais face à la répression, les « radios libres » et leurs fédérations ou associations sont en difficulté. Ces dernières ne peuvent soutenir que des expériences « radiolibristes » temporaires ou épisodiques. L’ALO soutient Radio Ivre (créée le 19 novembre 1978 par Jean- Marc Keller et Patrick Leygonie et fusionnée fin 1979 avec Radio Noctiluque de Jean- François Aubac et Radio Nid de Coucou de Patrick Vantroyen49 ) ou Radio Ici et Maintenant (Lefébure fournit un émetteur de 75 watt après une saisie le 30 août 1980). La FNRL, qui a 44 DALLE Matthieu, Les ondes déchaînées : analyse culturelle des radios libres françaises, 1977-1981, sous la direction de Monique Yaari, thèse de doctorat, The Pennsylvania State University, décembre 2002, p66 45 LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p259 46 BENETIERE Jean et SONCIN Jacques, Au cœur des radios libres, L’Harmattan, Paris, 1989, p20 47 Nous le verrons plus loin avec les fédérations chrétiennes. 48 PROT Robert, « Des radios libres aux radios locales privées », Cahiers d’Histoire de la radiodiffusion, juin- août 1994, p69 49 « Radio Ivre - Canal 6 (75) », schoop.fr, https://schoop.fr/ficheradio.php?id_radio=264. Vantroyen était aussi passé par Radio Avoriaz en 1972 et Radio Entonnoir à Jussieu en mars 1973.
  12. 12. organisé une rencontre nationale juridique les 1er et 2 mars 1980 à Reims, soutient Radio Paris 80 (lancée par des proches de Guattari) qui émet au sein des locaux de l’association Ecoovie pendant le salon « Terre Nouvelle 80 » en mars 1980. L’ALO et la FNRL n’ont plus de moyens économiques et perdent aussi des ressources humaines. Lefébure est recruté par Havas fin 1980. Guattari, qui va bientôt lancer Radio Tomate, prend ses distances compte-tenu des tensions sur les objectifs au sein de la FNRL entre ceux qui veulent se professionnaliser et s’allier avec le Parti Socialiste (Farbiaz et Sylvain Ricci) et ceux qui donnent la priorité à « l’agit-prop » au « moyen pauvre » et aux « radios en luttes » (Ducarroir, Sylvain Ricci et des radios de province comme Radio Libre Populaire Saint-Nazaire). Ducarroir est totalement opposé à l’arrivée de la publicité tandis que Jean di Sciullo et Patrick Farbiaz sont pour. A la rencontre nationale de la FNRL à Lille des 22 et 23 novembre 1980, Patrick Farbiaz propose « la référence à une loi anti-trust, à une charte correspondants aux aspirations de l’opinion publique », « la sortie de la clandestinité pour les radios libres à l’échelon national », la création d’un « mouvement d’auditeurs » et d’une « radio test » professionnelle à Paris50 . Farbiaz souhaite créer une « vraie radio d’information de gauche »51 . Elle verra le jour avec Canal 75 en mars 198152 , tandis que le même Farbiaz lancera la Fédération nationale des radios et télévisions locales et indépendantes (FNRTLI)53 après l’élection de François Mitterrand. En effet, sa ligne, qui a changé récemment, est mise en minorité au congrès de la FNRL qui se tient à Lyon les 9 et 10 janvier 1981. La FNRL, l’ALO et la FNRTLI parviennent tout de même à se réunir à Paris le 17 mai - soit une semaine après l’élection de François Mitterrand - lors d’une « réunion nationale des radios libres » où elles parviennent à s’accorder sur quelques mesures pour négocier avec les nouvelles autorités : 1) « Une instance technique contrôlera la qualité des émetteurs FM, limitera leur portée et répartira les fréquences » ; 2) « les autorisations d’émettre ne pourront être accordées (en plus des collectivités locales) qu’à des associations à but non lucratif » ; 3) « des fréquences sont réservées à des stations de faible portée émettant irrégulièrement, style radio-village ou radio de quartier » ; 4) « la publicité sera autorisée dans la limite de 5 minutes par heure non cumulables (disposition indispensable pour garantir l’indépendance des expériences) ; 5) « l’autorisation d’émettre sera automatique si l’association respecte les critères légaux »54 . Dans la loi n°81-994 du 9 novembre 1981, les mesures 4) et 5) ne sont pas accordées car il y a saturation de la FM qui rend nécessaire le travail de sélection de l’instance prévue à 50 LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p336 51 Interview de Patrick Farbiaz par Thierry Lefebvre, 29/08/00, LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p361 52 Des journalistes et étudiants sont recrutés (François Loncle, George-Marc Benhamou, Dominique Pouchin, Laurence Simon…) ou encore le « radiolibriste » Patrick Vantroeyen. La publicité y est limitée à 30 minutes par jour et sa tarification modulée en fonction de l’importance des annonceurs. Un appel à souscription est lancé. Mais des problèmes techniques (panne d’un gros émetteur de la Marine nationale, vétusté de l’installation), d’amateurisme et une saisie rapide met fin rapidement aux espoirs. 53 « On trouve chez elle des radios implantées dans des villes moyennes, et ayant des prétentions professionnelles. » (PROT Robert, Des radios pour se parler : les radios locales en France, La Documentation française, Paris, 1985, p44) 54 LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p389
  13. 13. la mesure 1) qui prend la forme de la commission André Holleaux (1982), puis de la commission Jean-Michel Gallabert (1982-1985), Bernard Jouvin (1985-198655 ), mais aussi de la Haute Autorité de la communication et de l’audiovisuel (HACA), de la Commission Nationale de la Communication et des Libertés (CNCL ; 1986-1989) et du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA ; 1989 à aujourd’hui)56 . La publicité, sur laquelle pesait une opposition de principe des socialistes, ne sera autorisée qu’en 1984. Les socialistes décident aussi que les radios devront être très locales en limitant légalement la distance d’émission à 30 km. Les radios dont les émetteurs ont une puissance qui dépasse 500 watts doivent obligatoirement être diffusés par TDF moyennant rémunération. Les « radiolibristes » et leurs collectifs gagnent la « bataille des radios libres », le monopole tombe, la bande FM s’ouvre. Mais il va falloir organiser collectivement cette dernière. 2) Les réseaux de radios locales privées : se battre pour avoir de la place sur la FM Dans cette partie de l’article, il s’agit de montrer l’intérêt de se mettre en réseau et d’utiliser la puissance que ce réseau fournit lorsqu’il s’agit d’obtenir et conserver une fréquence. Pour cela, nous allons nous appuyer sur l’exemple d’une radio qui a refusé de se mettre en réseau (de se rapprocher de fédérations, de partis politiques, de syndicats…) ce qui a entrainé un certain nombre de difficultés. Le 10 mai 1981, François Mitterrand est donc élu Président de la République ce qui donne de l’espoir à tous les « radioteurs » dont les radios sont d’abord tolérées et dont les délinquants sont amnistiés en août 1981. Les « radios pirates/libres » continuent de se développer largement alors que le monopole d’État de la diffusion radiophonique est maintenu. Les animateurs sont amnistiés par le nouveau Président. Mais le brouillage continue jusqu’à août-septembre 1981. Radio Ici et Maintenant garde sa place sur la bande FM. Elle émet depuis le 21 juin 1980. Le problème est que la bande FM est vite saturée. Didier de Plaige, cofondateur de cette radio - souhaiterait que les fréquences soient attribuées à l’ancienneté57 , selon le principe énoncé par l’avocat fondateur de Radio Fil Bleu François Chassaing, dans la mesure où sa radio est déjà considérée à l’époque comme une « radio libre » historique. François Mitterrand fait voter le 9 novembre 1981 une loi58 (dont le décret d’application n’entre en vigueur qu’en janvier 1982) établissant un régime transitoire qui prévoit une dérogation (et non une suppression59 ) au monopole applicable à la modulation de fréquence (FM) entre 87.5 et 104 MHz (les fréquences 104 à 108 MHz étant réservées à 55 Il est président de la commission d’attribution de l’aide financière à l’expression radiophonique locale en 1985 et président de la commission d’attribution des aides au soutien à l’expression radiophonique en 1988. 56 Selon Robert Prot, « on devait noter une préférence pour les radios associatives du côté de la Commission tandis que la Haute Autorité estimait ne pas devoir négliger l’apport des radios commerciales. » (PROT Robert, Dictionnaire de la radio, PUG/Ina, Grenoble/Brie-sur-Marne, 1998, 171) 57 LEFEBVRE Thierry, La bataille des radios libres. 1977-1981, Nouveau Monde Editions/Ina, Paris, 2008, p388. 58 Loi n° 81-994 du 9 novembre 1981 portant dérogation au monopole d’État de la radiodiffusion (Source : JORF du 10 novembre 1981). 59 Selon le nouvel article 33 bis, la violation du monopole est punie d’une amende de 4 000 à 500 000 francs, alors que la version de la loi Lecat n° 78-787 du 28 juillet 1978, qui avait ajouté cet article 33 bis dans la loi du 7 août 1974, prévoyait une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et une amende 10 000 à 100 000 F (DUVERNIER Marie-Claude, « L'adaptation du droit pénal de la presse à la communication audiovisuelle en France », Revue internationale de droit comparé, vol. 41, n°2, 1989).
  14. 14. l’armée60 ) par des autorisations révocables. Ces autorisations prennent d’abord la forme d’« avis » favorables ou défavorables d’abord délivrées par la commission Holleaux61 , du nom de son président André Holleaux qui est assisté du rapporteur et de deux experts chargés des dossiers. Les « radios locales privées » détenues par des associations loi 1901 sont autorisées si elles ne sont pas financées par la publicité. Les animateurs de RIM ont déposé leurs statuts d’association à la préfecture le 1er octobre 1981. L’association « Fondation Ici et Maintenant » est située au 45 rue de Leningrad dans le VIIIème arrondissement de Paris (où habite la famille Plaige). Voici l’objet de l’association dans l’article 2 des statuts : Promouvoir la recherche et les applications de nouveaux moyens de communication. L’association s’interdit formellement toute activité politique. L’aspect New Age, qui caractérise en grande partie cette radio62 , n’est donc pas marqué dans les statuts, mais encore faut-il s’entendre sur la définition de la « communication » car, à RIM, elle peut recouvrir par exemple la « transcommunication » qui est la communication avec les morts. L’autorisation n° 81-2015 de l’association est publiée au J.O. le 14 octobre 1981 Le fait qu’il y ait plus de radios à autoriser (700 à 800 dossiers de toute la France63 ) que de fréquences disponibles oblige la commission Holleaux à faire des regroupements radiophoniques par thèmes : des « mariages ». La commission Holleaux est surtout constituée par les représentants des « radios libres » fédérées. L’avocat Jean-Louis Bessis représente les radios non fédérées comme RIM. Il n’est pas question de se syndiquer, de se fédérer pour ces libertaires dont l’état d’esprit prend ses sources dans la « beat génération »64 . Et il y a des représentants de deux fédérations autour de la table : d’un côté la FNRTLI de Daniel Populus (animateur de Radio G à Grenoble qui a par ailleurs été le seul à avoir réussi une expérience de télévision par câble dans les années 1970) et Patrick Farbiaz et de l’autre la FNRL de Jean Ducarroir. La première a soutenu douze associations dont huit ont été dérogées. La seconde a obtenu des dérogations pour les 52 radios qu’elle représente65 . Le jeudi 15 juillet, la commission rend publique une première liste des radios parisiennes susceptibles d’obtenir une dérogation. RIM est absente de cette liste. Mais cette liste doit faire l’objet de discussions et d’amendements avant d’être définitivement votée le jeudi 22 juillet66 . Les animateurs de RIM 60 L’armée a abandonné les fréquences 100-104 MHz dans les années 1970 puis 104-108 MHz dans les années 1980. 61 Sur 21 membres de la commission de répartition des fréquences, 16 sont choisis sur présentation d’un ministre. Il y a des représentants du Parlement, des ministres intéressés, de TDF, de Radio France, des patrons de presse, des associations culturelles et des fédérations de radios : Philippe Carlier (Coordination Nord des radios libres), Daniel Populus (FNRTLI), Henri de Bodinat (ALO), Jean Ducarroir (FNRL), Jean-Louis Bessis (radios non affiliées). D’autres représentants les rejoignent par la suite comme Claude Palmer à partir de 1982. 62 POULAIN Sebastien, « Des médiums dans les médias ou les nouveaux médiateurs du sacré », Esprit Critique. Revue internationale francophone de Sciences sociales, vol. 19, juillet 2014 http://www.espritcritique.fr/publications/1901/esp1901.pdf ; POULAIN Sebastien, « Le réenchantement du récit radiophonique comme réenchantement du monde », in « Radio et narration : de l’enchantement au réenchantement », Recherches en Communication, n°37, 2013, http://sites.uclouvain.be/rec/index.php/rec/issue/view/613; POULAIN Sebastien, « La fabrique des extraterrestres », in Henri Boyer et Michel-Louis Rouquette (sous la direction de), « Rumeurs – rumeur », Mots. Les langages du politique, n° 92, mars 2010, http://mots.revues.org/index19401.html 63 BROCHAND Christian, Histoire générale de la radio et de la télévision. Tome III 1974-2000, La Documentation française, Paris, 2006, p126 64 DB Luc, « "Ici et Maintenant" : grève de la faim interrompue. Les deux animateurs qui avaient entamé leur mouvement de protestation le 21 juillet ont décidé de l’interrompre jusqu’aux premiers jours de septembre », Libération, 31/07-01/08/82 65 COJEAN Annick, « Les radios libres parisiennes. Les lois de la jungle », Le Monde, 10/07/82 66 EDELMANN Frédéric, « Un choix provisoire La commission Holleaux publie une liste provisoire de radios libres parisiennes », Le Monde, 17/07/82
  15. 15. pensent que « par ordre d’importance – ou de préséance », RIM doit « pouvoir se passer d’influence » grâce à un très bon dossier : Ce qui, à notre avis, suffisait, c’est tout le travail que nous avons fait depuis deux ans, la façon tout à fait nouvelle de faire de la radio que nous avons amenée en faisant intervenir les auditeurs sur l’antenne, l’alliance avec Pluriel-FM, qui apporte un axe assez peu développé sur Ici et Maintenant, avec Gulliver et leur créativité d’amoureux de la radio…67 Ils estiment avoir déposé à la commission Holleaux le dossier le plus conforme à l’idée qu’ils se font de ce que doivent être les « radios libres » : On a travaillé sans interruption depuis deux ans, en faisant toujours preuve d’innovation. Nous sommes peut-être le seul projet sincère, non commercial et non politique...68 Le problème est que la bande FM est en train de changer à grande vitesse, comme le remarque Annick Cojean qui s’interroge sur la manière de les appeler : Comment devra-t-on désormais les appeler ? « Libres » ? Le mot sonne un peu faux lorsqu’il fait allusion à des projets capables d’être soutenus par plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’associations, coopératives, institutions ou sociétés diverses. « Associatives » ? Le terme ne signifie plus grand-chose aujourd’hui, n’importe qui pouvant être en France à l’origine ou à la tête d’une association, et ce statut juridique pouvant masquer n’importe quelle réalité. « Locales privées », alors ? Peut-être faudra-t-il s’y résoudre, bien que l’expression apparaisse un peu institutionnelle, étant utilisée le plus souvent possible par le ministère de la communication, soucieux de ne pas blesser Radio-France par une opposition trop implicite entre les « libres » et les autres... 69 Lorsqu’au 7ème vote, la commission se penche sur le dossier de RIM, les fédérations préfèrent soutenir Radio libre Paris, laquelle doit regrouper toutes les communautés ethniques du nord de la Méditerranée (Arméniens, Turcs, Portugais, Italiens, Pakistanais…)70 . Patrick Farbiaz défend Radio Libre Paris qui regroupe au moins 15 radios. Au 14ème vote, pour l’attribution de la fréquence de presse, sont opposés : Boulevard du Rock (créée en novembre 1981 sur 92.6 MHz par Michel Anselme et fusionne avec Carol FM en 1983 pour devenir ABC qui partage sa fréquence avec Megal’oblique) + Oblique (créée par Claude Monnet, fondateur de Radio Ivre, émet de 1981 à 1983 - mais sans autorisation sur 91.4 MHz - fusionne ensuite avec Radio Megal’O en 1983 pour donner Megal’oblique) + Grand Angle (émet en 1981 sur 92.9 MHz sans autorisation) à Radio Ici et Maintenant + Radio Tomate (radio fondée par Félix et Bruno Guattari qui arrête en 1982). RIM perd à nouveau et largement face à des radios issues de la presse : La presse l’emporte largement : en voix si on lui donne 100, Boulevard du Rock obtient 60 et Radio Ici et Maintenant/Tomate 45.71 67 « Radios libres : deux exclus font la grève de la faim. Animateurs d’Ici et Maintenant, ils entendent ainsi protester contre leur exclusion de la liste des dérogations », Entretien de Pierre Chatenier avec Guy Skornik, Didier de Plaige et Philippe Delacroix, Le Matin, 26/07/82 68 COJEAN Annick, « La commission Holleaux établit sa liste définitive », Le Monde, 23/07/82 69 COJEAN Annick, « La commission Holleaux établit sa liste définitive », Le Monde, 23/07/82 70 COJEAN Annick, « La commission Holleaux établit sa liste définitive », Le Monde, 23/07/82 71 GAVI Philippe, « Comment radio libre Paris a "tombé" Ici et Maintenant. Qui a voté pour qui ? Pourquoi ? Georges Fillioud "sauvera-t-il" Ici et Maintenant ? L’armée cédera-t-elle la bande 104/108 qui lui est réservée ?
  16. 16. Plus tard le tour de RIM revient à nouveau mais il est trop tard. Nova (créée le 25 mai 1981 par Jean-François Bizot avec des membres de Radio Verte) + Radio Ivre (fondée en 1979 par Patrick Leygonie, Jean-Marc Keller Jean-François Aubac de Radio Noctiluque et Patrick Van Troyen de Radio Nid de Coucou, et arrête en 1982) sont invités à s’associer : Radio Pluriel FM (le responsable est Philippe de la Croix émet en 1982, la radio s’arrêtera de diffuser en 1985), + Radio Gulliver (qui s’arrêtera de diffuser en 1982) + Radio Ici et Maintenant (ces trois stations sont invitées à se marier entre elles). Mais ce n’est qu’une invitation. Or, RIM, Pluriel FM et Gulliver avait été citées dans une première liste de synthèse publiée par la commission Holleaux72 . Au final, il y a des avis favorables pour 18 stations à Paris et une quarantaine en banlieue sur 300 dossiers73 . Les fédérations, bien représentées au sein de la commission, semblent, de leur côté, satisfaites : La F.N.R.L. (Fédération nationale des radios libres), la F.N.R.T.L.I. (Fédération nationale des radios et télévisions locales et indépendantes) et la Coordination régionale du Nord estiment que « le fait le plus positif est que les exclus de la parole (immigrés, homosexuels, DOM, etc.) trouvent maintenant place sur la F.M. ». L’ALO Association pour la libération des ondes) estime de même qu’un certain équilibre est réalisé sur la bande F.M., où elle retrouve plusieurs stations correspondant à sa propre conception de la radio (N.R.J., Nova, Gilda, Génération-2000). Les fédérations se retrouvent cependant pour déplorer l’absence d’Ici et Maintenant et du regroupement Boulevard du Rock - Oblique - Grand-Angle.74 Mais la presse s’émeut du résultat et critique les décisions prises par la commission Holleaux. Selon Philippe Gavi de Libération, tout le monde tresse une somptueuse couronne à la victime reconnue pour être une sinon la radio la plus imaginative et proche de ses auditeurs, avec une audience relativement importante incontestable.75 Gonzague Saint-Bris de Radio Megal’O remet en cause le fonctionnement et la compétence de la commission Holleaux : le fait que les radios historiques, comme Ici et Maintenant, Radio Megal’O et Carl FM se retrouvent sur la liste d’attente met sérieusement en doute la compétence d’une commission qui, réunie Bref, les questions qui se posent après le rapport de la commission », Libération, 24-25/07/82 72 « Radios libres : deux exclus font la grève de la faim. Animateurs d’Ici et Maintenant, ils entendent ainsi protester contre leur exclusion de la liste des dérogations », Entretien de Pierre Chatenier avec Guy Skornik, Didier de Plaige et Philippe Delacroix, Le Matin, 26/07/82 73 BROCHAND Christian, Histoire générale de la radio et de la télévision. Tome III 1974-2000, La Documentation française, Paris, 2006, p126 74 « Les réactions au choix de la commission Holleaux », Le Monde, 26/07/1982 75 GAVI Philippe, « Comment radio libre Paris a "tombé" Ici et Maintenant. Qui a voté pour qui ? Pourquoi ? Georges Fillioud "sauvera-t-il" Ici et Maintenant ? L’armée cédera-t-elle la bande 104/108 qui lui est réservée ? Bref, les questions qui se posent après le rapport de la commission », Libération, 24-25/07/82
  17. 17. précipitamment, à préféré attribuer ses principales fréquences à des radios papier, des projets bidon et des dossiers en carton.76 Un journaliste d’Audiences parle des membres de la commission qui auraient touché des commissions : On pouvait se douter, en effet, au vu et su des dérogations accordées à un nombre impressionnant de radios fédérées qu’il y avait anguille sous roche. En effet, comment expliquer que certaines radios d’un intérêt plutôt contestable aient pu si facilement franchir le portillon des dérogations, alors que d’autres plus intéressantes ont été délaissées ? Georges Fillioud l’a trop bien dit : « chacun soutient son ami, son proche et il y en a qui restent sur le tapis ». Mais où trouver des excuses, s’il en est, lorsque l’on s’aperçoit que des membres de la commission touchent des commissions.77 Annick Cojean critique le fait que la « commission – qui comprend 21 membres - soit "arbitre, juge et parfois - hélas ! – partie", explique les décisions par des impératifs techniques mais aussi politiques et se demande s’il est possible de trouver quelques traces [des] grandes aspirations du mouvement des radios libres d’antan » : « Liberté, convivialité, hardiesse »78 . Frédéric Edelmann souligne le poids des « lobbys »79 , à l’image de la Ligue de l’enseignement qui est derrière la fréquence d’éducation populaire80 . Quant aux animateurs de RIM, ils sont « écœurés »81 . Ils critiquent le travail de la commission Holleaux en soulignant aussi l’impartialité des « sages » qui sont à la fois juge et partie puisque « quatorze ou quinze représentants de stations » y siègent, tandis que la « cause était entendue depuis un mois ou deux » pour d’autres radios : On savait qu’elles auraient une fréquence. C’est le cas des radios juives, c’est le cas de la communauté chrétienne. Pour la radio de la presse, ou Service-Tour-Eiffel…82 Plaige et Guy Skornik, cofondateur de RIM, décident de passer à l’action pour protester contre « les magouilles politiques et financières »83 et les abus de la course à la puissance des émetteurs. Ils entament un grève de la faim au domicile de l’avocat Jean-Louis Bessis (boulevard Saint Germain) à partir de mercredi 21 juillet, 15h0084 . Ils s’expliquent dans une interview donnée à Pierre Chatenier pour le journal Le Matin quelques jours après : - Didier de Plaige : Il s’est trouvé que, par une suite d’amendements et de propositions des fédérations de radios libres, la commission Holleaux a été contrainte d’accepter des radios qui n’étaient pas là au début, et on a été éjecté au dernier moment. - Guy Skornik : La station est en liste d’attente. Ça peut durer trois mois, ça peut durer deux ans. C’est pour cela que l’on est en train de faire du forcing. Pour faire réparer une injustice. - Pierre Chatenier : Mais à partir du moment où il y avait une instance démocratique, vous devez bien vous attendre à ce qu’il y ait des élus et des exclus ? 76 DUBIN Marie-Claude, « La révolte des radios libres oubliées », France-Soir, 28/07/82 77 « Ceux par qui le scandale arrive », Audiences, 09-10/82 78 COJEAN Annick, « Paris aura dix-huit radios privées », Le Monde, 24/07/82 79 EDELMANN Frédéric, « Un choix provisoire La commission Holleaux publie une liste provisoire de radios libres parisiennes », Le Monde, 17/07/82 80 Selon Claude Palmer, « c'était le réseau naissant du PCF piloté depuis la Seine- St Denis par le sénateur Robert Ballanger [1912-1981]- puis de sa fille ». 81 . COJEAN Annick, « La commission Holleaux établit sa liste définitive », Le Monde, 23/07/82 82 « Radios libres : deux exclus font la grève de la faim. Animateurs d’Ici et Maintenant, ils entendent ainsi protester contre leur exclusion de la liste des dérogations », Entretien de Pierre Chatenier avec Guy Skornik, Didier de Plaige et Philippe Delacroix, Le Matin, 26/07/82 83 « Ceux par qui le scandale arrive », Audiences, 09-10/82 84 GAVI Philippe, « Comment radio libre Paris a "tombé" Ici et Maintenant. Qui a voté pour qui ? Pourquoi ? Georges Fillioud "sauvera-t-il" Ici et Maintenant ? L’armée cédera-t-elle la bande 104/108 qui lui est réservée ? Bref, les questions qui se posent après le rapport de la commission », Libération, 24-25/07/82
  18. 18. - Didier de Plaige : Pas d’accord ! Parce que ce que l’on n’a pas dit, c’est qu’il y avait dans la commission quatorze ou quinze représentants de stations. Cette commission est juge et partie. Ce n’est pas un comité des sages. Ce sont des gens qui ont tous une, ou deux ou trois radios à défendre… - Guy Skornik : Et puis, il y a une façon de s’abstenir, de faire voter des amendements… C’est d’ailleurs ce qui s’est passé. On a été « squeezé » en ayant 4 voix contre 5 à Radio-Libre-Paris. Tous les autres votants s’étant abstenus. - Pierre Chatenier : Vous pensez donc que la commission n’a pas fait véritablement et honnêtement son travail ? - Guy Skornik : Il est inutile de dresser un tableau magnifique et propre du travail de la commission. Il est évident que les dossiers n’ont pas été regardés un par un, dans le détail. Ce qui, à notre avis, suffisait, c’est tout le travail que nous avons fait depuis deux ans, la façon tout à fait nouvelle de faire de la radio que nous avons amenée en faisant intervenir les auditeurs sur l’antenne, l’alliance avec Pluriel-FM, qui apporte un axe assez peu développé sur Ici et Maintenant, avec Gulliver et leur créativité d’amoureux de la radio… Tout çà, sur dossier, fait un ensemble qui nous semblait pouvoir se passer d’influence. Aussi, nous ne nous sommes pas fédérés et nous n’avons pas été défendus par les fédérations. Mais je crois que d’autres gens auront à cœur de mettre les bras dans la boue des divers dossiers pour nous sortir de là. Nous, on vise une reconnaissance et on la précipite par une grève de la faim. C’est tout. - Pierre Chatenier : Toutes les radios qui ont obtenu une fréquence appartiennent-elles à une fédération ? - Didier de Plaige : Ou elles sont fédérées, ou elles n’en ont pas besoin parce que leur cause était entendue depuis un mois ou deux. On savait qu’elles auraient une fréquence. C’est le cas des radios juives, c’est le cas de la communauté chrétienne. Pour la radio de la presse, ou Service-Tour-Eiffel… C’était évident aussi. D’ailleurs, pour nous, nous avons déjà la dérogation. Il nous manque juste la fréquence. - Pierre Chatenier : Est-ce que vous n’êtes pas en train d’entretenir un espoir insensé ? - Didier de Plaige : Non. C’est explicite dans le communiqué du ministère de la Communication, qui dit que par ordre d’importance – ou de préséance, comme on veut -, la liste complémentaire commence par Ici et Maintenant, Pluriel-FM et Gulliver, une entité qui fonctionne déjà assez bien pour mériter cette fréquence. Cela dit, il n’y a prétendument de place… C’est un argument fallacieux, et nous savons bien qu’il reste des places. - Guy Skornik : Pour Fréquence Gaie, on a trouvé une fréquence en vingt-quatre heures. - Pierre Chatenier : Les techniciens de TDF disent qu’ils ont déjà fait le maximum. - Didier de Plaige : Non, il y a la fréquence qui était réservée à RFM. Et puis, il y a aussi les fréquences réservées à l’armée, la bande 104-108 MHz. Et puis, il y a les douze fréquences qui ont été gelées pour Radio-France. Elles ne vont pas être utilisées toutes les douze tout de suite. Georges Fillioud a le choix. - Guy Skornik : Moi, je crois qu’on est en train de nous faire subir une initiation. On n’est pas contre. C’est une expérience de plus. Et, actuellement, on nous fait cadeau d’une promotion insensée. - Pierre Chatenier : Quoi qu’il arrive, vous continuez à émettre ? - Guy Skornik : Le problème ne se pose même pas. Il est évident que dans le pire des cas, dans deux mois, avec nous à la morgue, Ici et Maintenant continuera d’émettre.85 Le ministre de la Communication lui-même - ancien journaliste à Europe 1 de 1956 à 1966 (renvoyé par Maurice Siegel à cause de ses activités politiques) - n’est pas indifférent au sort de RIM86 , ni aux télégrammes envoyés par les auditeurs, ni à la « flopée de nœuds papillons »87 marqués du sceau de la station qu’il a reçus. Georges Fillioud, ministre de la Communication, interviewé par Ivan Charron sur TF1 le 29 juillet dans le journal de 13h déplore que Radio Ici et Maintenant 85 « Radios libres : deux exclus font la grève de la faim. Animateurs d’Ici et Maintenant, ils entendent ainsi protester contre leur exclusion de la liste des dérogations », Entretien de Pierre Chatenier avec Guy Skornik, Didier de Plaige et Philippe Delacroix, Le Matin, 26/07/82 86 GAVI Philippe, « Comment radio libre Paris a "tombé" Ici et Maintenant. Qui a voté pour qui ? Pourquoi ? Georges Fillioud "sauvera-t-il" Ici et Maintenant ? L’armée cédera-t-elle la bande 104/108 qui lui est réservée ? Bref, les questions qui se posent après le rapport de la commission », Libération, 24-25/07/82 ; LESTROHAN Patrice, « Radios libres : mais de quoi vont-elles vivre ? », Le Quotidien de Paris, 24-25/07/82. 87 « Radios libres-service. Ici et Maintenant – Paris 99.4 MHZ », Libération, 02/08/82.
  19. 19. n’ait pas reçu d’avis favorable de la commission. Cette commission n’est que consultative, ajoutait-il, tant que je n’ai pas signé les arrêtés ministériels délivrant les autorisations légales, rien n’est fixé définitivement. D’autre part le ministre reconnaît que RIM est une radio de bonne qualité, « une radio historique », de militants et de pionniers. Cependant cela ne lui donne pas un « droit absolu »88 . Ce refus donnait une mauvaise image de la gauche selon Skornik, que j’ai interviewé en 2011 : Du coup, c’était une tache dans cette merveille de la gauche qui passe, qui ouvre les vannes des radios libres et en plus une radio qui s’appelait « Ici et Maintenant ». « Ici et Maintenant », il se trouvait que c’était le titre du bouquin de Mitterrand qui était vraiment sans rapport avec notre concept d’« Ici et Maintenant ». Mais disons que ça tombait mal, disons. Que cette radio soit interdite. Ça faisait pas bien dans le paysage, l’image que voulait se donner la gauche à ce moment-là. Surtout qu’au même moment ils donnaient les autorisations à NRJ qui était une station qui arrivait avec un émetteur mille fois plus fort que tous les autres et faisant que de la musique, donc voulant des affaires. Donc en fait, ça laissait la place, c’est l’aspect un peu bizarre dans cette histoire, nous on a fait la place pour que des organismes communautaires et d’autres strictement commerciaux s’installent sur la bande FM. On a fait le lit de tout ça. On s’est un peu battu pour faire un truc qu’on trouvait génial, et ce qui s’est installé après, c’était un peu l’inverse de… Il y avait encore quelques radios libres. Mais enfin, elles sont surtout libres de faire du business. Et les gens se sont regroupés par communauté : radio Beur, radio machin, radio Jazz, radio truc... Plaige et Skornik cessent leur grève de la faim, qui a duré 8 jours, après avoir obtenu de Georges Fillioud la promesse d’une intervention auprès de la commission Holleaux89 lorsqu’ils sont reçus au ministère : lors de l’entretien, il se lève de son bureau vient vers eux dans son costume blanc comme s’ils se connaissaient « de longue date », leur demande s’ils n’ont pas trop souffert, puis un conseiller leur annonce que tout est arrangé. Annick Cojean du Monde salue la résistance de la radio, à ce qu’elle appelle une « bavure » de la commission Holleaux : le soutien officiel du ministre à la radio Ici et Maintenant est loin d’être neutre. Certes, il y avait cette grève de la faim. Mais dans ce cas précis, il ne s’agissait pas de n’importe quels grévistes, de n’importe quelle radio. Et la mobilisation – jour et nuit – des auditeurs de la station a été impressionnante, leur résistance non violente, ferme et réfléchie.90 RIM continue de diffuser des programmes : Malgré la grève de la faim de Guy Skornik et Didier de Plaige (qui a cessé vendredi soir, avec la promesse de G. Fillioud de réexaminer le dossier de cette radio en septembre), la fréquence 99.4 MHZ, avec la collaboration de Pluriel FM, sa promise, ne reste pas muette : lignes ouvertes tous azimuts et lecture de télégrammes envoyés par les auditeurs solidarisés au ministère de la Communication (qui a en outre reçu une flopée de nœuds papillons marqués du sceau de la station).91 La commission Holleaux reprend ses travaux en septembre. Pour rassurer les radios parisiennes qui se trouvent sur la liste complémentaire, comme RIM, elle publie un avis favorable à leur égard. Philippe Gavi du Monde pense que RIM obtiendra en définitive sa place sur la bande FM : 88 DB Luc, « "Ici et Maintenant" : grève de la faim interrompue. Les deux animateurs qui avaient entamé leur mouvement de protestation le 21 juillet ont décidé de l’interrompre jusqu’aux premiers de jours de septembre », Libération, 31/07-01/08/82 ; « Radio libre. Fin de la grève de la faim », Le Matin, 31/07-01/08/82 ; Le Monde, 31/07/82 89 COJEAN Annick, « La "bavure" d’Ici et Maintenant », Le Monde, 01-02/08/82 90 COJEAN Annick, « La "bavure" d’Ici et Maintenant », Le Monde, 01-02/08/82 91 « Radios libres-service. Ici et Maintenant – Paris 99.4 MHZ », Libération, 02/08/82
  20. 20. TDF n’envisage pas de dégager de nouvelles fréquences avant de voir comment cela se passe avec les 17 stations retenues, dont des regroupements qui sont à l’essai. Mais qu’il y a de fortes probabilités pour qu’Ici et Maintenant, tête de liste complémentaire, regroupée avec Pluriel FM et Gulliver, puisse trouver une place.92 Par ailleurs, le jour de l’interview à TF1 est aussi le jour où est votée la loi dite Fillioud93 du 29 juillet 1982 qui complète celle de 1981 et consacre le principe de la communication libre (article 1) et pluraliste (article 2) en abolissant le monopole de la programmation. Les autorisations d’exploitation seront données après avis de la commission de consultation des radios locales privées, dite commission Galabert qui remplace la commission Holleaux qui a reporté plusieurs fois sa décision94 . Le mercredi 27 octobre, quand la commission Galabert se réunit pour examiner à nouveau l’attribution des fréquences parisiennes, trois mois après ses premiers avis, RIM est toujours sur une liste complémentaire devant Boulevard du rock (avec Grand angle et Oblique FM), Carol FM (et Megal’o) et Radio Tomate95 . La commission Galabert accorde 22 autorisations aux radios parisiennes le 2 janvier 1983 grâce à de nombreux regroupements qui mécontentent beaucoup de radios96 . RIM reprend sa place à Radio Libre Paris : Rebondissement spectaculaire mercredi matin à la commission Galabert. Deux radios qui avaient obtenu un avis favorable le 23 juillet ont été boulées : Radio Libre Paris et Cité 96. Ici et Maintenant, tête de liste d’attente, prend la place de RLP. Retour en arrière : le 23 juillet, la commission Holleaux ouvre le ciel de la FM parisienne à 18 stations, sous réserve pour plusieurs d’entre elles de procéder à des regroupements. Le mercredi 27 octobre, la commission Galabert réexamine la situation sur Paris. Et entérine 12 stations [...].97 La Haute Autorité publie la liste des radios autorisées début mai98 . L’autorisation n° 75-09 de RIM sera publiée au Journal Officiel le 29 mai 1983. On voit donc à travers les aventures de RIM l’intérêt qu’il y a de faire partie de coalitions. A défaut d’avoir été proche d’une fédération, d’un parti politique, d’un syndicat, les animateurs ont compensé ce manque et sont entrés dans un rapport de force en faisant des 92 GAVI Philippe, « La commission Holleaux reprend ses travaux », Libération, 03/09/82 ; « La Commission Holleaux », Le Monde, 04/09/82 ; « Radios libres : en avant comme avant », Télérama, 08/09/82 93 Loi n° 82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle (Source : JORF du 30 juillet 1982) loi dite Fillioud du nom de la ministre de la Culture 94 FERRE Jean, « Radios libres. La manœuvre », Le Figaro Magazine, 25/09/82 95 « Un dernier sursis pour les regroupements », Le Monde, 29/10/1982 96 Judaïque FM, Radio Shalom, Radio J et Radio Communauté qui sont en désaccord sur la politique israélienne. Radio Classique ne souhaite pas partager sa fréquence avec Radio Montmartre (qui diffuse une musique à base d’accordéon) et Radio Latina. 97 GAVI Philippe, « Pas de fréquence pour Radio Libre Paris et Cité 96 ; Ces deux radios qui avaient obtenu un avis favorable se sont vues refuser une fréquence faute de regroupements exigés par la commission Galabert. Ici et Maintenant prend la place de RLP », Libération, 26/11/82 ; « Radio libres. Paris : avis favorable pour "Ici et Maintenant" », Le Quotidien de Paris, 26/11/82 ; « La commission consultative sur les radios libres locales », Le Monde, 28-29/11/82 ; SAINT-BRIS Gonzague, « Le mégaloscope de Gonzague Saint Bris », Pariscope, 08/12/82 ; GAVI Philippe, « Cité 96 et Paris Fréquence Montparnasse réinstallés sur la FM parisienne », Libération, 02/12/82 ; COJEAN Annick, « Les premières autorisation de radios libres », Le Monde, 23/12/82 ; COJEAN Annick, « La Bastille deux fois libérée », Le Monde, 23/12/82 ; « La dérogation pour Ici et Maintenant », La lettre de l’audiovisuel et des médias, 17/12/82 ; « Commission Galabert : Modification de la liste d’attente sur Paris », La Croix, 11/12/82. 98 « La Haute Autorité a publié la liste des radios libres autorisées à Paris », Le Monde, 09/05/83.
  21. 21. coups de communication et en suscitant la compassion des médias et des dirigeants politiques. Ils feront à nouveau une grève de la faim en 1986 contre TDF et la Haute Autorité et en 1996 contre le CSA (en plus de manifestations dans la rue et de saisies du Conseil d’Etat). Mais RIM ne fera pas davantage partie des réseaux par la suite alors que ceux-ci vont se multiplier99 : - La Fédération des associations de radios d'expression libre (FAREL) est animée par le communiquant Thierry Saussez, adjoint au député-maire RPR de Rueil- Malmaison, Jacques Baumel. - L’APELIM a pour président le maire de Dunkerque, Claude Pourvoyeur, et pour vice-président le sénateur-maire de Metz, Jean-Marie Rausche, et comprend quarante radios. - Une Association nationale des radios de pays est créée autour de Radio Alouette FM100 , une radio lancée par Philippe de Villiers grâce aux bénéfices générés par le spectacle du Puy-de-Fou qui « soutient allègrement la comparaison avec les radios décentralisées de Radio France » selon Annick Cojean101 . - Une Fédération régionales des radios et télévisions provençales est constituée autour de Radio Centuries (Salon-de-Provence) le 14 octobre 1981 pour définir un plan de fréquence. - La Fédération des radios associatives d’Alsace (FARA) est créée et dirigée par Christian Laëmelle. En son sein la « radio libre » Radio Verte Fessenheim (première émission le 5 juin 1977) devient radio Dreyeckland en 1981102 . - La Fédération bretonne des radios locales et de pays (FBRLP) est créée en 1981 et dispose d’une vingtaine de radios adhérentes en 1985103 . Elle installe son siège social à Lanrivain dans les Côtes-du-Nord (dans un second temps à Rennes104 ). Elle est dirigée par Fabienne Lecoin qui siège au FSER tandis que Madie Pierret siège à la commission consultative. Elle est opposée à la publicité et souhaite un financement équitable favorisant les radios « les plus associatives ». Ses radios signent la charte de Pontivy qui se donne pour objectif de revitaliser les pays via 5 principes directeurs105 : 1) il doit y avoir une appropriation collective de la radio qui doit être au service de la population de la zone où elle émet, 2) la radio doit promouvoir le développement de l’identité et de l’expression culturelles d’un pays ou d’une zone, 3) la radio doit être un des instruments de participation de la population au développement de la vie locale, 99 Voir PROT Robert, Des radios pour se parler : les radios locales en France, La Documentation française, Paris, 1985, p44-54. Voir aussi BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p51-59 100 Cette association ainsi que FAREL et APELIM font partie des rares associations classées à droite de l’échiquier politique. 101 COJEAN Annick et ESKENAZI Frank, « Le sous-préfet aux champs », in FM - La folle histoire des radios libres, Grasset, Paris, 1986, p178 102 SCHERTZINGER Morgane, "La présence et la promotion de l'identité régionale dans les radios locales privées" Etude de cas de Radio Djiido en Nouvelle-Calédonie et de Radio Dreyeckland en Alsace, mémoire Master professionnel Journalisme de l’UFR Langage, lettres et arts du spectacle, information et communication (LLASIC) sous la direction de Maria Holubowicz, Université Stendhal Grenoble 3, Grenoble, 2014-2015 103 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p53 104 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p149 105 Pour une critique de l’idéal du local des radios locales, lire : DELORMESEM Anne-Claire, « Le rendez-vous manqué des radios locales privées : le local imaginaire », Réseaux, vol. 3, n°15, 1985
  22. 22. 4) la radio sert à amplifier l’information et la concertation entre la population et les institutions d’un pays ou d’une zone, 5) la radio favorise l’apprentissage à la communication et à la maitrise de l’information ainsi qu’à l’utilisation technique du média. - La Fédération nationale des radios et télévisions occitanes (FNRTO) est créée le 26 juillet 1981. Son siège est à Narbonne et son responsable Francis Fourcou (Il siège à la commission consultative.) et son siège social est installé à Narbonne. Elle compte une douzaine de radios adhérentes106 . Elle proclame son opposition à la publicité, la nécessité du bilinguisme et sa non marginalisation de l’occitan dans des tranches horaires-ghettos. - L’ALO, dirigée par Paul Sigogneau (il représente l’ALO à la commission consultative107 ), publie une charte le 23 mars 1982 où elle demande « pluralisme, qualité et indépendance » avec des radios ayant des rayons de plus de 30 km, des équipes où le maximum de personnes est rémunéré et le droit à diffuser de la publicité. Elle demande à ce que les radios commerciales puissent bénéficier des aides publiques offertes à toute entreprise, à savoir l’aide à la création d’entreprise et d’emplois assortie de certains dégrèvements fiscaux. Elle réitère ses propositions dans une lettre ouverte à la HACA le 16 février 1983 en les appliquant explicitement à la région parisienne – zone où, à Paris, on est passé de 17 fréquences à 22 en supprimant de radios de banlieue. Elle souhaite aussi la libéralisation des ondes hertziennes pour la télévision. Elle se joint donc à la télévision pirate Antenne 1. En 1985, elle dispose d’une soixantaine d’adhérents108 (1 000 F. de droits d’entrée et 1000 F. de cotisations annuelles) et d’un siège au 58 bis rue de la Chaussée d’Antin dans le 9ème arrondissement de Paris. Elle adhère au Bureau de la Vérification de la Publicité (BVP) ce qui lui permet de conseiller les stations dans ce domaine et leur permettre d’appréhender la législation en vigueur. Elle adhère aussi au Centre d’Etudes des Supports publicitaires (CESP). - La FRNL diffuse fin 1982 un document dans lequel elle « se prononce pour le respect strict de la loi du 29 juillet 1982 régissant les activités des radios libres et s’opposera à tout amendement à cette loi permettant l’existence de projets commerciaux », refuse un fonds d’aide aux « radios de presse, de municipalité, de partis, et les radios contrôlées par des institutions privées ou politiques, et par des entreprises commerciales », refuse que les radios qui font de la publicité puisse bénéficier de subventions nationales et « prend acte de la responsabilité manifeste de l’Etat dans la situation actuelle d’extrême précarité financière des radios associatives de communication sociale ». Elle propose la mise en place d’une structure officielle « afin de cerner les données permettant d’éviter un pourrissement de la situation des radios et d’avancer les solutions d’un financement à court terme » ainsi que la réunion « d’états généraux des radios libres afin d’arriver à un processus de regroupement et de fusion, permettant à un grand nombre de radios associatives d’avoir accès à la modulation de fréquence. » La FNRL - dirigée par un collectif de secrétaires nationaux dont Enrique Cézard et Claude Palmer - dispose de peu de radios adhérentes, mais c’est la seule fédération organisée en coordinations régionales. - La FNRTLI lance le premier syndicat des entreprises de communication locales - le SYCOM - le 9 novembre 1982 mais trop tôt car les premières autorisations datent d’avril 1983. En revanche, elle organise un stage national de 106 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p54 107 François Folléa représente l’ALO au FSER. 108 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p51
  23. 23. formation à l’expression radiophonique en mai 1983. Puis elle fusionne avec la Fédération Nord-Pas-de-Calais de radios locales et d’autres fédérations régionales issues de la FNRL109 (Centre, Languedoc-Roussillon, Picardie, Basse-Normandie) et de la FRRTP (Provence-Côte d’azur) en Syndicat National des Télévisions et Radios Locales (SNTRL)110 , avec à sa tète Gilles Casanova111 (Jean-Michel Sauvage est cofondateur), lors d’un week-end organisé à la SACEM les 26 et 27 novembre 1983112 . Son siège est à Levallois et il comprend 350 radios adhérentes en 1984113 (1 000 F. d’adhésion plus une indexation sur le budget de fonctionnement). Ce syndicat se propose de défendre et promouvoir les intérêts des entreprises de communication audiovisuelle, développer toutes les formes de communication sociale… via des services d’informations, publicitaires, techniques, juridiques. Il crée un code de déontologie, une carte d’identité pour les entreprises, une carte accréditive pour leurs membres, un fonds de création financé paritairement avec la SACEM. Il négocie la 1ère convention sur les droits d'auteurs avec la SACEM et la première convention collective des salariés du secteur des radios et TV privés114 . Le SNTRL promeut la concentration, les réseaux, le développement du câble115 , 5 minutes de publicité par heure. Mais il crée aussi une branche spécifique pour les radios ne souhaitant pas diffuser de publicité : la Fédération Nationale des Radios Communautaires et Associatives (FNRCA). Par ailleurs, il est rejoint par la Fédération de l’Audiovisuel Indépendant, mais il est dissout dès le 19 octobre 1985116 . - Le Syndicat Professionnel des Radios Indépendantes et des Nouvelles Télévisions (SPRINT) émane de l’ALO117 . Son siège est au 33 avenue Montaigne dans 8ème arrondissement Henri de Bodinat (ex-ALO, président de CBS Records France racheté par Sony et rebaptisé Sony Music en 1988) le représente à la Commission Gallabert118 . Son responsable est Jean-Paul Baudecroux (NRJ). Il siège à la commission du FSER. SPRINT comprend une soixantaine de radios adhérentes en 1985119 (1 000 F. d’adhésion plus un pourcentage proportionnel au budget de la station). Il encourage le développement du secteur commercial, des 109 D’ailleurs, la FNRL, qui obtient un prêt dans le cadre d'une une convention avec la Banque centrale des coopératives et des mutuelles ainsi qu’un accord prévoyant une enveloppe de crédits de 20 millions de F. destinée à financer les besoins d’exploitation et d’investissement, négocie pour le SNTRL une enveloppe d’intervention par prêts participatifs de 3,5 millions de F., une aide à la formation des responsables et un conseil en matière financière et bancaire. 110 « Le nouveau syndicat est arrivé », L’Unité, 02/12/83 111 Bernard Clarens représente le SNTRL dans les commissions consultatives. 112 La marque est déposée le 17 novembre 1983 à l’INPI à Lille (http://marques.expert/f-n-p-r/s-n-t-r-l-syndicat- national-des-televi-1294058.html). 113 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p58 114 Le 20 janvier 1984, le SNTRL, la FNRL, l’ALO, le SPRINT-R signent un avenant à la Convention collective nationale des journalistes du 1er novembre 1976 avec le Syndicat National des Journalistes, le Syndicat des journalistes français-CFDT et le Syndicat national des journalistes-CGT (http://www.snj.cgt.fr/profession/avenant_rlp.html). 115 « Le réseau hertzien est déjà dépassé. Vive le câble », Entretien de Gilles Casanova, L’Unité, 01/02/85, http://62.210.214.184/unite/u-result_frame.php?catalogueID=337&Rubrique=M%C3%A9dias 116 COJEAN Annick et ESKENAZI Frank, « Les forces françaises inquiètes », in FM - La folle histoire des radios libres, Grasset, Paris, 1986, p333 117 Le même syndicat est créé en Belgique francophone (GOVAERT Serge, « Les radios privées en Communauté française », Courrier hebdomadaire du CRISP, n° 1201-1202, 16/1988). 118 COJEAN Annick et ESKENAZI Frank, « Les forces françaises inquiètes », in FM - La folle histoire des radios libres, Grasset, Paris, 1986, p193-194 119 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p56
  24. 24. réseaux et souhaite que les puissances d’émission soient calculées en fonction de la population concernée : « Il faut en parler en termes de réception et obtenir le champ minimum requis en stéréo en milieu urbain soit 75 décibels microvolt mètre ». - Le Syndicat Professionnel des Radios Indépendantes et des Nouvelles Télévisions-Régions (SPRINT-R) est la branche « Régions » de SPRINT. Son siège est à Vouille. Il est dirigé par Claude Fouchier et comprend une quarantaine de radios adhérentes120 , dont beaucoup de radios de presse, mais aussi la télé pirate Antenne 1. Il étudie le statut des journalistes de radios locales privées, un barème de salaire pour les journalistes (valeur du point d’indice) et des non journalistes… - « Ondes Libres » est une fédération fondée en novembre 1984 à l’initiative de Romaric Sulger Buel avec Jean-Luc Mélenchon et avec le soutien de nombreuses personnalités comme Jean-Jacques Queyranne (député du Rhône). Son président est Claude Denret, animateur de Radio Nord-Essonne. - La Fédération des Européenne des Radios Libre (FERL) est créée en octobre 1986 à l’initiative de François Bouchardeau de Radio Zinzine. Son siège est à Forcalquier. Elle aurait compris prêt de 150 radios adhérentes de France, Belgique, Suisse, Espagne, Grande-Bretagne121 . Elle souhaite s’appuyer sur l’expérience italienne et française pour « recommander » aux radios d’Europe « l’autofinancement et le refus de la publicité sur les ondes ». - Bernard Clarens crée l’Association pour la promotion des radios rurales (APROR) en janvier 1983 à Paris. Elle comprend une centaine de radios adhérentes en 1985122 (300 F d’adhésion et la signature de la charte sont nécessaires). Elle se veut « un outil de développement rural, répondant aux besoin de la population, ouverte à tous, trait d’union, lieu de formation, continue pour les usagers des médias et participant au développement de l’identité et de l’expression culturelles du milieu rural. »123 Elle comprend un service de formation et d’information avec une revue mensuelle Communication rurale, un magazine sonore d’informations « Agri-Radio », un réseau d’informations sur Minitel Resarul, une banque de programmes à vocation agricole, des documents sur la comptabilité, la gestion, le financement… Elle participe aux grandes manifestations agricoles : SIA, SIMA, SIAL, Salon de la montagne. Elle reçoit 30 000 F de subvention pour organiser un colloque sur les radios rurales124 . Elle cesse ses activités en 1988125 . 120 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p57 121 PROT Robert, Dictionnaire de la radio, PUG/Ina, Grenoble/Brie-sur-Marne, 1998, p239. Soncin et Benetière parlent de 400 radios issues de 14 pays, d’une naissance en avril 1986 et d’un comité de parrainage comportant une trentaine de personnes, dont Claude Bourdet (résistant, écrivain, journaliste, militant politique de l'UGS puis du PSU), Bernard Langlois (journaliste altermondialiste français), Michel Cardoze (militant communiste et journaliste), Huguette Bouchardeau (femme politique, ministre, écrivain, universitaire), Lucie Aubrac (résistante), Jean Ziegler (professeur de sociologie à l'université de Genève et altermondialiste), Lluis Llach (chanteur catalan anti-franquiste), Sean Mac Bride (fondateur d'Amnesty International, prix Nobel de la paix 1974, co-auteur du rapport Voix multiples, un seul monde de 1980 sur le nouvel ordre mondial de l'information), Glyn Ford (député européen travailliste qui dépose une proposition de résolution en faveur des « radios libres » au Parlement européen) (BENETIERE Jean et SONCIN Jacques, Au cœur des radios libres, L’Harmattan, Paris, 1989, p39-40). 122 BONVOISIN Florence, BENHAIM Jean-Pierre et DUBOIS Raphaël, Les radios locales privées, Edition ESF, Paris, 1985, p59 123 « Les pratiques culturelles des ruraux », Bulletin du Service des études et recherches, n°61, février 1985, p2 124 « Question au gouvernement » du sénateur Pierre-Christian Taittinger le 21 juin 1984, http://www.senat.fr/comptes-rendus-seances/5eme/pdf/1984/08/q19840809_1232_1269.pdf 125 PROT Robert, Dictionnaire de la radio, PUG/Ina, Grenoble/Brie-sur-Marne, 1998, p58

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