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Gérer le risque inondation au Cap-Haïtien
Guide du maire
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Sommaire
1. Une ville en expansion rapide
2. Un ville exposée à plusieurs risques naturels
3. Un climat qui change
4. Un risque majeur : la rivière du Haut du Cap
5. Des ravines et une frange littorale de mangrove en-
vahies d’habitations
6. Des ouvrages hydrauliques inadaptés
7. La gestion urbaine
8. Développement urbain et amélioration de l’habitat
9. L’aménagement du territoire
Introduction
Ce fascicule a pour but de sensibiliser les autorités locales et la société
civile au risque d’inondation affectant la ville du Cap-Haïtien.
La plaine du Cap est soumise principalement au risque d’inondation,
provoquées par les pluies torrentielles descendant des mornes, mais
également par l’élévation du niveau de la mer occasionnée lors des
tempêtes tropicales ou par un éventuel tsunami.
Les mornes de la ville du Cap sont quant à elles soumises au risque de
glissement de terrain et de coulée boueuse.
Toute personne participant à l’acte de construire doit se référer aux
cartes de risque présentées ici, en vue de prendre les mesures adé-
quates à sa protection .
4
Fig. 1 et 2 : Evolution des zones habitée entre 1978 et 2013 (les zones d’habitat dense sont en orange.
Fig. 1 Fig. 2
Fig. 3 : Quartiers en expansion rapide (classe 3 et 4) dans les zones humides, de marécage ou mangrove
littorale, à partir des nouveaux quartiers construites dans les années 80 (classe 2).
5
1. Une ville en expansion rapide
Capitale régionale du nord d’Haïti, la ville du Cap-
Haïtien a été fondée en 1670 au pied des mornes.
Elle mesurait alors 600 m de long et 300 m de
large et avait en tout 56 rues, îlots et carrés.
La population y a évolué très lentement pendant
le 19ème siècle. On y dénombrait 20 000 habi-
tants vers 1900.
Depuis, le Cap-Haïtien a quitté ses limites an-
ciennes et s'étend constamment depuis les an-
nées 80 sur les trois sections communales que
compte la commune :
La 1ère Bande Nord, à l’ouest, très montagneuse,
la 2ème Haut du Cap ; la 3ème Petite Anse, à l’Est,
entièrement localisée dans la plaine entre la ri-
vière du Haut du Cap et la mer.
La ville du Cap s’est développée sous la pression
de l’exode rural par étapes successives :
1930 et 1940 : avancée sur la mer pour construire
la rue A et le boulevard du Bord de Mer. La route
menant à Barrière Bouteille est construite sur des
remblais gagnés sur la mer.
1971, début des travaux du nouveau port et de
l’aéroport.
1978-79, construction du Pont Neuf ; les quartiers
SHADA et CONASA sont colonisés. La Fossette est
redessinée en fonction de la nouvelle rue condui-
sant au pont.
1982-83, construction de la zone dénommée
« Cité Champin ».
1986-87, construction de la « Cité du Peuple ».
Après 1986, la route qui mène à l’aéroport est co-
lonisée : surgissent les quartiers de Bas Aviation,
Fort St Michel, Fougerolles.
A la faveur de l’exode rural, les zones les plus
basses, antérieurement inhabitées, ont été enva-
hies très rapidement, prenant de vitesse les pou-
voirs publics qui n’ont pas eu le temps de cons-
truire les infrastructures de base nécessaires.
L’extension se produit aujourd’hui principalement
vers l’Est dans la zone de Quartier Morin et Petite
Anse dans les zones humides ou littorales et vers
le Nord-Ouest sur les flancs des mornes.
Ce sont les sections du Haut du Cap (zone de
plaine) et de la Petite Anse (plaine, mangrove et
dune) qui concentrent la plus grande partie de la
population. La ville grimpe également de façon ré-
gulière dans les mornes qui limitaient autrefois son
extension vers l’Ouest, sur des zones de pente
moyenne et de pente forte.
La ville abritait une population de 260 000 per-
sonnes en 2012, qui devrait avoisiner les 300 000
aujourd’hui. La zone urbaine s’étend désormais sur
environ 8 km d’Est en Ouest et sur 6 km du Nord
au Sud.
Le Cap-Haitien avait été créée à l’époque coloniale
sur des terrains peu ou pas exposés aux risques à
l’époque. Ses infrastructures de drainage sont res-
tées suffisantes jusque dans les années 80.
A partir de cette époque, l’explosion démogra-
phique combinée à l’exode rural et à la faiblesse
des institutions, a conduit à l’extension incontrôlée
de la ville jusque dans les zones dangereuses, sou-
mises au risque d’inondation en plaine et de glisse-
ment de terrain dans les mornes.
Depuis 2014, Haiti est devenu un pays majoritaire-
ment urbain, les dernières enquêtes du MARNDR
(2010) montrent que l’exode rural s’accentue avec
le temps, et sera confronté à la difficulté de s’adap-
ter au changement climatique.
6
Fig. 4 : Comparaison des zones urbanisées en 1978 et en 2013.
Fig. 5 : Hauteurs de submersion maximale (en mètre) obtenues par interrogation des riverains
(données fin 2014) et zone à risques (mouvements de terrain et coulées boueuses (zones roses, oran-
gées et rouges, source BRGM) superposées sur un zonage de la plaine inondable (bleu foncé pour la
plaine inondable et violet pour les zones normalement submersibles en permanence).
7
2. Une ville exposee a plusieurs risques naturels
Inondations, submersions marines, séismes et tsu-
namis
La ville a connu plusieurs catastrophes dont une
majeure. Elle fut détruite par un tremblement de
terre suivi d’un tsunami le 7 mai 1842. La moitié
de la population, soit environ 5 000 personnes,
disparut dans cet évènement. L’exposition la plus
importante est néanmoins celle concernant le
risque d’inondation.
Le noyau ancien de la ville coloniale s’est d’abord
étendu vers le Sud-Ouest en suivant la route na-
tionale mais aussi vers l’Est de l’autre côté de la
rivière du Haut du Cap. La totalité de cette expan-
sion vers l’Est dans l’arrondissement de Petite
Anse s’est effectuée dans des zones submersibles
dues à la mer, aux crues de la Rivière du Haut du
Cap et aux débordement des multiples ruisseaux
et drains qui sillonnent la plaine. La rive gauche
est exposée aux crues de la rivière à proximité du
lit.
Les quartiers récents en plaine sont en zones
inondables.
Au niveau des mornes, les ravines, dont les flancs
sont devenu instables après défrichement, sont
exposées aux coulées boueuses. Le manque
d’infrastructures de drainage dans les zones les
plus récemment occupées, transforment cer-
taines rues en prolongations de ravines qui canali-
sent les coulées boueuses lors des pluies intenses.
Historique des désastres
Les cyclones ont peu d’influence sur les rivages
près du Cap-Haïtien en raison de leurs trajectoires
qui remontent généralement vers l’Ouest, le Nord
ou le Nord-Ouest, laissant la région Nord relative-
ment protégée par les montagnes. La ville n’est
néanmoins pas à l’abri de trajectoires inhabi-
tuelles qui descendraient vers le Sud. Les pluies
cycloniques longues inondent la plaine mais sont
prévues plusieurs jours à l’avance, alors que les
pluies intenses hors cyclone peuvent accentuer le
danger près des ravines et sur le piémont des
mornes en seulement quelques dizaines de mi-
nutes. La ville qui a connu de tels évènements en
novembre 2012 et 2014, ne dispose pas de sys-
tème d’alerte pouvant avertir de ces déborde-
ments rapides.
Depuis la fin des années 90 les crues ayant fait
des victimes sont documentées. On compte plu-
sieurs dizaines de milliers de sinistrés à chaque
inondation importante. Un paroxysme semblait
atteint avec la crue de novembre 2012. Mais en
novembre 2014, une nouvelle crue engendra des
dommages presque équivalents.
La quasi-totalité de la zone urbaine en plaine est
gravement exposée aux inondations, tout comme
les zones proches des ravines au pied des mornes.
Une récente étude de zonage sismique menée
pour le BME, le LNBTP et le MTPTC, a montré que
l’ensemble de la plaine alluviale et une partie de
la ville coloniale sont exposées à un risque de li-
quéfaction des sols lors d’un séisme.
Cette même étude précise que les flancs des
mornes sont les lieux de fréquents éboulements et
glissements de terrain, de coulées boueuses dans
pratiquement chaque ravine en raison du défriche-
ment des premières pentes des mornes.
8
Fig. 6 : Evolution des moyennes mensuelles de pluviométrie en mm par
mois, par décennies depuis les années 70. Source : étude de vulnérabilité du
secteur de l’eau au changement climatique en Haiti, 2012, R. Guillande et
PNUD HAITI.
Fig. 7 : Extension de la zone submersible en cas de surcote de la mer de 3 m
dont 1 m d’élévation permanente liée au changement climatique (en bleu)
relativement à la zone urbanisée actuelle (hachures rouges).
Une pluviométrie de plus en plus concentrée
Une surcote marine liée au changement climatique
9
3. Un climat qui change
Un régime pluvieux tropical en évolution
Le régime des pluies du Cap-Haitien a longtemps
été caractérisé par une saison modérément plu-
vieuse de janvier à mai suivi d’un période sèche de
juin et août et d’une période de pluviosité plus in-
tense de septembre à décembre, avec un pic en
novembre.
Depuis le début des années 90 : le cumul de pluies
sur un an évolue peu mais les pluies sont plus in-
tenses et la saison pluvieuse de l’automne est de
plus en plus dominante. Le cumul de pluie tombant
en novembre est multiplié par trois depuis les an-
nées 70. On voit également surgir des épisodes
pluvieux intenses hors de la saison habituelle tel
que celui de février 2015. En novembre 2012, en
quatre jours il est tombé un cumul de 442 mm de
pluie entre le 7 et le 11 et une pointe à 282,8 m sur
la seule journée du 8 novembre, soit l’équivalent
d’un mois de pluie de novembre en un jour. Un
évènement du même ordre de grandeur s’est pro-
duit à nouveau les 3 et 4 novembre 2014 avec plus
de 230 mm de pluie enregistré en 2 jours à l’aéro-
port du Cap-Haitien.
Une élévation probable du niveau marin défavo-
rable
L’élévation probable du niveau marin de l’ordre de
1 m avant la fin du siècle, rendra submersible en
permanence plusieurs quartiers limitrophes de l’es-
tuaire et du front de mer ou les zone de mangrove
côtière en cours de colonisation. L’élévation addi-
tionnelle du niveau marin et des vagues lors d’un
cyclone (estimée à 2 m) submergera une grande
partie quartiers de la plaine et l’aéroport.
Recommandations
 Entretenir les équipements météorologiques modernes installés dans et autour de la ville
pour :
o une surveillance plus étroite des évènements pluvieux (coordination du CNM, du
SNRE et de l’OFNAC) ;
o caractériser le régime de pluie actuel sur la région du Cap-Haïtien.
 Assurer une large diffusion de ces informations (DPC, mairie, presse, collectivités religieuses
et ONG) pour l’amélioration des systèmes d’alertes précoces aux inondations de type techno-
logique ou communautaire.
 Améliorer l’efficacité de l’alerte précoce locale en déterminant les seuils de pluie critique
pour les ravines et la rivière du Haut de Cap (Etude hydrologique et hydraulique) en misant
sur les réseaux de capteurs physiques et les réseaux d’alerte précoce communautaires.
10
Fig. 8 : Rétrécissement de la largeur du lit de la rivière du Haut du cap entre 1978 (zone terrestre en rouge) et 2014, et
des terrains gagnés sur le lit de la rivière du Hait-du-Cap.
Fig. 9 : Vue vers l’amont depuis le nouveau pont sur la rivière du Haut-du-Cap.
Fig. 10 : Vue vers l’aval depuis le nouveau pont sur la rivière du Haut-du-Cap.
11
4. Un risque majeur : la riviere du Haut du Cap
Un envahissement rapide du lit mineur de la rivière
du Haut-de-Cap
A partir des années 80 l’expansion de la ville s’est
faite rapidement, sans contrôle des implantations.
Les meilleurs terrains ayant été pris, les nouveaux
arrivants s’installèrent dans le lit de la rivière du
Haut-du-Cap à partir des années 2000.
Depuis 2010, le lit mineur de la rivière est comblé
régulièrement avec des remblais solides, mais éga-
lement avec des déchets, sur lesquels de nouvelles
constructions sont bâties.
Sur les 500 derniers mètres avant l’embouchure, la
largeur du lit a été par endroit réduite au tiers de
sa largeur originelle (voir zoom page opposée). Plus
en amont, le rétrécissement de la largeur du cours
d’eau est parfois tel que le lit va bientôt dispa-
raitre.
Ainsi près du nouveau pont inauguré en 2014, la
largeur du cours d’eau en période de basses eaux
est réduite à une dizaine de mètres (voir photo
page opposée), presque un dixième de sa largeur
naturelle.
A ce jour aucun contrôle ni aucune mesure n’est
prise pour empêcher de nouveaux arrivants de
combler et construire, voire de boucher le lit de la
rivière.
Avec la disparition progressive du lit mineur de la
rivière, les moindres pluies torrentielles vont géné-
rer des débordements dans les quartiers limi-
trophes et les zones remblayées. Cette disparition
due aux constructions dans la ravine, accroit la vi-
tesse de l’eau lors des crues, causant des dégâts
beaucoup plus importants.
Cette réduction de l’espace de passage de l’eau et
le comblement progressifs du lit ont pour effet de :
- rehausser le lit de la rivière, et donc le niveau
des crues.
- réduire la vitesse d’évacuation des crues vers la
mer.
- réduire la capacité des coulées et ruissellement
torrentiels provenant des mornes à s'évacuer
vers la rivière puis vers la mer.
- augmenter la durée et la hauteur de submer-
sion des inondations dans la zone amont de
l'estuaire en période de forte pluie ou de forte
crue.
Ces constructions constituent un danger à la fois
pour leurs occupants mais également pour les ha-
bitants des zones avoisinantes. Sont concernés :
près de 5400 bâtiments et 30 000 personnes.
Il est impératif de redonner à la rivière l’espace qui
était le sien.
Recommandations
 La priorité principale est de faciliter les écoulements vers la mer pour réduire la montée des
eaux. A cet effet, il est nécessaire :
 de libérer le lit mineur des remblais et constructions qui s’y trouvent;
 d’élargir le lit dans sa partie terminale jusqu’à la mer pour ne pas retenir les hauts de
crues dans les zones habitée à l’amont;
 de définir des zones non-constructible dans le lit mineur et les zones de maris et de
mangrove, afin de préserver les zones d’expansion des crues;
 d’exercer un pouvoir de police afin d’assurer le contrôle des berges.
12
Fig. 11 : Talwegs ou ravines provenant des mornes sans prolongation par des canaux ou des ouvrages de drainage allant jusqu'à la rivière du
Haut du cap dans la partie ouest de la ville en cours de densification.
Fig. 12 : Cours d’une ravine totalement délimité par les murs de propriétés privées (A,B) se poursuivant sous forme d’une
ruelle (D) après passage sous la nationale 1 (C). Correspond à la ravine cerclée de jaune dans la figure au-dessus
A B
C D
13
5. Des ravines et une frange littorale de mangrove
envahies d’habitations
Des ravines contraintes par les murs d’enceinte des
parcelles privées et publiques
Le versant Est du morne du Cap est sillonné de
ravines qui déversent leurs eaux sur la ville : la
ravine Belle Hôtesse près de la rue 24, la ravine
« Zetriye » de la rue Bel air à la rue 0 et la ravine
de Sainte Philomène. Ces dernières endiguées et
canalisées de longue date dans la ville coloniale,
ne l'étaient pas dans leur partie haute où sont
désormais installées de nombreuses habitations,
dont certaines, sont dans le lit de la ravine
même ou délimitent son lit.
La mise à nu des terrains en amont engendre
des coulées boueuses lors de fortes pluies, qui
viennent déposer le plus gros de leurs sédi-
ments dans la partie canalisée de la ville avant
d’atteindre la mer. Le fond des canaux se trouve
ainsi rehaussé continuellement par les sédi-
ments ce qui augmente la fréquence des débor-
dements. Un seul évènement majeur comme
celui de novembre 2012 peut combler en totali-
té un chenal.
Remplacement de la mangrove protectrice par
des habitations
La partie basse de la ville (Petite Anse) est éta-
blie sur un ancien cordon dunaire qui formait
une plage limitant une baie marécageuse qui
sert d'estuaire à la rivière du Haut du Cap et à
quelques autres ruisseaux et canaux d'irrigation
anciens qui s'y déversent. De nouvelles habita-
tions y apparaissent constamment, repoussant
progressivement les limites de la baie par des
remblais en supprimant la mangrove, augmen-
tant ainsi l'exposition aux aléas provenant de la
terre comme de la mer.
Cette extension rapide sur les zones de man-
grove littorale vue du ciel (fig. 24), permet d’ob-
server la densification progressive de l’habitat
jusqu’à former de nouveaux quartiers en zones
totalement submersibles.
Cette zone de mangrove est par nature une zone
tampon entre le domaine marin et le domaine ter-
restre, qui amortit les vagues et réduit l’impact des
tempêtes sur le littoral. Les habitations implantées
dans cette frange font non seulement disparaitre
cette protection naturelle mais elles sont de plus
extrêmement exposées aux vagues et aux grandes
marées.
Antérieurement, chaque crue majeure était éva-
cuée de la plaine vers la mer par cette zone ancien-
nement marécageuse ou de mangrove. Désormais,
les eaux stagnent pendant des semaines, générant
insalubrité et risque sanitaire.
Le rétablissement d’un écoulement normal des
eaux nécessite la restauration des zones naturelles
et humides antérieures.
Recommandations
 Chacune des ravines descendant des mornes doit être prolongée par un canal d’évacuation
jusque jusqu’à la rivière du Haut du Cap quitte à exproprier un certain nombre de résidents si-
tués sur le passage.
 La priorité principale est de faciliter les écoulements vers la mer pour réduire la montée des eaux
o Il faut pour cela libérer le lit mineur des remblais et constructions qui s’y sont installées illé-
galement.
14
Fig. 13 : Construction d’un nouveau pont au dessus d’un
pont datant de l’époque coloniale, dont la section hydrau-
lique est extrêmement réduite.
Fig. 14 : Gabionnage le long d’une ravine qui réduit la sec-
tion hydraulique. Le lit a été recreusé mais à quelques
mètres en amont, le lit reste complètement comblé proba-
blement par inaccessibilité des pelleteuses.
Fig. 15 : Accumulation de dépôts terrigènes à la sortie d'un
ouvrage qui a été curé. Les dépôts déplacés n'ont pas été
complètement déblayés et gênent l'écoulement en cas de
crue .
Fig. 16 : Pont largement comblé par le dépôt des sédiments.
Fig. 17 : Ouvrages passant sous la nationale 1 avec fort
rétrécissement et accumulation de déchets pouvant cau-
ser un bouchon et un débordement .
15
6. Des ouvrages hydrauliques inadaptes
Des ouvrages hydrauliques anciens, sous-
dimensionnés ou mal réparés
La ville du Cap exploite encore des ouvrages de
drainage pluviaux datant l’époque coloniale qui
suffisaient pour l’époque. L’évolution de la pluvio-
métrie, plus concentrée, le déboisement amenant
les dépôts de sédiments et l’imperméabilisation
des sols, ont largement augmenté le volume des
écoulements, tout en réduisant la section d’écoule-
ment des eaux à travers ces ouvrages les rendant
très insuffisants.
L’absence d’entretien régulier des ouvrages hy-
drauliques a abouti à une accumulation de déchets
devant les grilles protégeant l’entrée des canalisa-
tions, causant des embâcles et des débordements,
en particulier au niveau de la Nationale 1.
En outre, on observe fréquemment des construc-
tions bâties dans le lit même des ravines, il arrive
même que ces ravines soient contraintes par les
murs de propriétés, formant ainsi un lit qui n’est
plus naturel et dont la section hydraulique est in-
suffisante lors des crues.
Des pratiques de construction ou de réparation
d’ouvrages à moderniser
Les données hydrométriques qui s’enrichissent dé-
sormais quotidiennement, doivent permettre
d’aboutir à redéfinir les courbes d’intensité/durée/
fréquence des pluies, afin de redimensionner tous
les nouveaux ouvrages mais aussi de réhabiliter les
anciens selon la réalité actuelle et prévisible des
pluies extrêmes. Le MTPTC et les secteurs de
l’ingénierie doivent s’approprier cette tâche rapi-
dement.
Le gabionnage ou l’empilement de sac de sables,
le remblai en terre sont souvent employés à tort
comme solution rapide, bon marché et provisoire
pour renforcer les berges face à l’érosion. Ces solu-
tions rapides et peu coûteuses ont un durée de vie
courte et engendrent parfois de nouveaux pro-
blèmes car elles réduisent la section hydraulique
des ravines. Les pratiques habituelles des société
de travaux publiques doivent être remises en ques-
tion et d’autres alternatives techniques employées.
Un renforcement de capacité des services munici-
paux et de la direction capoise du MTPTC doit être
envisagé afin d’améliorer la conception, le suivi de
chantier et la maintenance des ouvrages.
Plus largement, la réponse des services publics aux
problèmes d’assainissement, de drainage, de
stockage de déchets doivent être améliorés, de
même que le partage des compétences et la coor-
dination ville - Etat.
Recommandations
 Réaliser le diagnostic des ouvrages existants afin d’évaluer leur dimensionnement minimal pour
évacuer les eaux et coulées boueuses.
 Créer des ouvrages de drainage dans les bassins versants habités, où ils font défaut.
 Renforcer les capacités locales du MTPTC et de la mairie en mettant en services un Système
d’information géographique urbain intégrant le patrimoine d’ouvrages, de canaux, des réseaux
enterrés et les cartes d’exposition aux risques pour appuyer la maintenance.
 Eliminer toutes les constructions qui altèrent l’écoulement des eaux dans les ravines.
 Procéder à un audit et à une révision des processus de maitrise d’œuvre et de maitrise d’ou-
vrages des travaux d’aménagement urbain.
16
Fig. 18 : Ravine délimitée à gauche par le mur d’enceinte
d’un jardin situé plus bas que le lit de la ravine.
Fig. 19 : Habitation partiellement détruite lors d’une crue,
empiétant sur le lit de la ravine.
Fig. 20 : Réduction du lit de la ravine par l’extension d’une
maison qui sera très exposée lors de la prochaine crue.
Fig. 21 : Maison construite dans une ravine, réduisant et
détournant son cours.
Fig. 22 : Forte accumulation de déchets dans la grande
ravine (Zetryie) traversant la ville ancienne.
Fig. 23 : Exutoire de drain dans la rivière du Haut du Cap
totalement comblé par des déchets.
17
7. La gestion urbaine (comportements inadaptes)
Des constructions de maisons sur des zones à l’évidence
dangereuses
De nombreux capois sont à l’origine de l’augmentation
de la gravité des crues, notamment les propriétaires des
constructions, qu’ils ont étendues dans la zone d’écou-
lement naturel (lit mineur) des ravines. Ceci a eu pour
effet d’augmenter la vitesse et la hauteur de l’eau lors
des crues. Ils ont ainsi provoqué un danger à la fois pour
eux-mêmes et leur propriété mais également pour les
voisins proches situés en amont ou en aval.
Dans les cas les plus extrêmes, ce sont des maisons qui
ont été érigées dans le lit même d’une ravine, augmen-
tant gravement les dégâts occasionnés lors des crues.
Ces empiètements dans les ravines se conjuguent à
l’apport sédimentaire accentué par le défrichement en
amont et le déversement de déchets et gravas dans le
lit des ravines, une pratique néfaste à plusieurs égards.
L’instabilité des terrains sur les pentes parfois très
raides des flancs de ravines et l’érosion des berges qui
se trouvent accentuées induisent des effondrements et
des éboulements qui parfois entrainent avec eux des
maisons et leurs occupants.
Une absence de gestion des déchets cause première de
débordements des canaux dans certains cas.
L’absence de ramassage des ordures ajoutée à l’habi-
tude des riverains de jeter leurs détritus dans la ravine
sont les causes directes de débordements dans les ca-
naux descendant de la ville haute vers le lit de la rivière
du Haut du Cap.
En effet, les accumulations dans le fond des ravines de
déchets interviennent de plusieurs manières pour aug-
menter le risque d’inondation :
- des bouchons se forment au niveau des ouvrages trop
petits ou barrés par des grilles et génèrent des déborde-
ments même pour de petites pluies en obstruant les
ouvrages.
- l’accumulation de mélanges terre/déchet est facilitée
dans les zones plus plates ou le courant ralentit.
- le fond des ravines est rehaussé et donc le niveau des
crues.
- la charge solide apportée par le courant est augmen-
tée ainsi que le pouvoir érosif de l’écoulement au ni-
veau des méandres de la ravine.
Les déchets engendrent par ailleurs des foyers d’insalu-
brité qui se répandent ensuite en aval à chaque crue
tout en contaminant les sols et les cultures.
La création de zones d’insécurité pour les plus vulné-
rables
L’analyse des circonstances d’accidents liés directement
indique un certain nombre de cas d’imprudence ou
d’inconscience parmi les victimes lors de grandes crues.
Les ONG et le secteur éducatif ont un rôle important
dans la transmission de messages : la population a une
responsabilité et un rôle à jouer dans la préservation de
son milieu et la réduction du niveau de danger
Recommandations
 La municipalité, les services de police et de justice doivent organiser la destruction des construc-
tions et le relogement pour les riverains installés en zone trop dangereuse ou lorsqu’une maison
augmente le niveau de risque.
 La municipalité et les services de l’Etat doivent organiser le ramassage des déchets y compris
dans les zones difficiles d’accès.
 Les ONG et le secteur de l’éducation doivent soutenir les institutions publiques dans une mis-
sion de sensibilisation et d’éducation.
 Produire un cadastre précis du domaine des rivières, canaux et ravine pour soutenir un règle-
ment s’imposant dans le domaine fluvial contrôlé par l’Etat.
18
Fig. 24 : étendue des zones potentiellement submersibles. Zone maritime en cours de remblaiement incontrôlé.
Fig. 25 : Nouvelle construction sur fondation surélevée, adaptée aux crues fréquentes.
19
8. Developpement urbain, amelioration de l’habitat
Les cartes d’exposition aux risques comme outil
de gestion du milieu urbain
L’extension rapide de la zone urbaine impose
d’en planifier le développement. L’espace
« libre » est principalement disponible dans la
plaine pour les nouveaux arrivants mais aussi
pour les foyers vivant dans des zones trop dan-
gereuses.
Une première carte détaillée d’exposition aux
différents niveaux de danger face aux inonda-
tions, submersions marines, coulées boueuses,
crues est désormais disponible (fig. 25). Elle per-
mettra de guider les actions de prévention et de
réduction du risque dans les zones les plus dan-
gereuses. D’autre part elle facilitera la planifica-
tion urbaine. Elle devra s’intéresser aux zones
plus éloignées de la ville, afin de trouver des
espaces non inondables.
Des secteurs à préserver en espace naturel pour
absorber les crues et submersions
Compte tenu de la fréquence des crues et des
victimes dans certaines zones en cours d’urbani-
sation, de la présence de nombreuses habita-
tions dans les zones d’écoulements fréquents
des ravines et dans les zones intertidales enva-
hies par les marées, plusieurs secteurs géogra-
phiques présentent des dangers trop élevés
pour qu’on y admette l’installation permanente
de résidents ou d’activités.
Ces zones doivent être qualifiées en tant que
« non aedificandi » et faire l’objet d’une inter-
diction d’installation et de relocalisation des ré-
sidents (fig. 26).
Les surfaces qui doivent être libérées de toute
installation permanente sont les zones rem-
blayées dans le lit même de la rivière du Haut-
du Cap qui, d'une part, sont des zones d’écoule-
ments quasi permanents, ainsi que les zones les
plus inondables, avec un danger extrême en rai-
son des hauteurs d'eau supérieures à 1 m et de
la forte vitesse du courant à proximité du lit mi-
neur. Les constructions dans le lit mineur sont
aussi des obstacles à l'écoulement et à la vi-
dange de la zone de lagune et de mangrove in-
térieure pendant les crues, elles ralentissent
voire bloquent le transit des crues, elles contri-
buent à en surélever la hauteur.
Les zones à déclarer non aedificandi en priorité
sont les suivantes :
- Zones maritimes relevant du domaine marin
même avec remblais léger mettant hors d’eau pour
les faibles marées.
- Zones fluviales correspondant à un lit majeur
pouvant être défini sur le plan hydro-
géomorphologique (de 1978) où l’écoulement en
période de crue doit être préservé sans obstacle.
- Toute berge gagnée sur les cours d’eau d’un
lit mineur défini selon des critères hydro-
géomorphologiques (concerne la partie avale en
zone urbaine).
- Zones de danger élevé en bordure d’écoule-
ment ou dans les ravines, en raison de la vitesse de
l’écoulement et du risque de déstabilisation des
berges.
20
Fig. 25 : Carte des niveaux de danger liés aux coulées boueuses, crues torrentielles et inondations dans l’agglo-
mération actuelle du Cap-Haitien.
Fig. 26 : Proposition de zone non aedificandi qui doivent être évacuées de toute habitation en raison d’une trop
forte exposition à la submersion par la mer ou les crues, ou pour libérer l’écoulement des crues.
21
9. L’amenagement du territoire
Trois types de zone non-aedificandi ont été définis sur la
base des éléments exposés ci-dessus.
Une planification et des aménagements à réaliser
dans les zones en transition
On constate aujourd’hui que des zones en mutation se
transforment depuis une vingtaine d'années et pas-
sent d'un environnement purement rural à un envi-
ronnement urbain, en absence de préparation par des
aménagements appropriés.
Elle reproduit la colonisation progressive des pieds des
mornes, qui a eu lieu au cours des trois dernières dé-
cennies.
Le laisser-faire des autorités publiques ajouté à l’ab-
sence d’anticipation a conduit à ce que les couloirs
prévus pour des canaux de drainage se transforment
en ruelles, lesquelles supportent les écoulements
temporaires lors des crues, sans qu’il soit désormais
possible d’aménager des canaux de drainage, à moins
de déloger des centaines de personnes avec les diffi-
cultés que l’on sait.
Une question de gouvernance à plusieurs niveaux
Les compétences des différentes sphères de gouverne-
ment (Etat central, communes) s’enchevêtrent et font
obstacle à l’action opérationnelle des services publics
tels que :
- qui arrête la limite entre domaine privé et domaine
fluvial public ?
- qui délivre les titres de propriété (lorsqu'il y en a) et de
quelle manière ?
- qui délivre les autorisations d'ériger des murs le long
de la ravine ?
- qui surveille l'extension des parcelles privées ?
- qui est en charge des aménagements de drainage sur
ce territoire en mutation ?
La question foncière est au cœur de ces interrogations.
Zone 1 Une zone située en front de mer où se si-
tuent des mangroves colonisées ou toujours
présentes, qui font partie du domaine inter-
tidal. Elles sont atteintes par les marées nor-
males. La zone est représentée en rouge.
Zone 2 Une zone située le long du cours d’eau prin-
cipal et autour de la lagune en voie de colo-
nisation. Elle correspond à des zones d’ex-
pansion de crue fréquente (et non pas ex-
ceptionnelle) et s’apparente au lit actif vi-
sible sur l’imagerie aérienne de 1978. Cette
zone est représentée en violet.
Zone 3 Une zone située le long de couloirs d’écoule-
ments torrentiels sujette aux coulées
boueuses, à de fortes érosions ou dépôts et
dont les flancs sont instables et génèrent des
chutes de blocs, des glissements de terrain.
Une seule zone de ce type (en jaune) a été
représentée à l’ouest de la ville. Plusieurs
autres zones seront ajoutées à l’occasion
d’une étude complémentaire.
Recommandations
 Après s’être assuré de leur relogement, évacuer les populations des zones non aedificandi pour
procéder aux travaux de curage de la rivière et publier un règlement d’interdiction de réinstalla-
tion dans la zone à protéger.
 Elargir la cartographie détaillée d’exposition aux dangers à un périmètre plus éloignés vers l’Est,
le Sud, l’Ouest afin de disposer d’une vision de l’exposition des zones d’expansion possibles de la
ville.
 Diffuser et partager la cartographie des phénomènes naturels entre services publiques de l’Etat
et de la Commune.
 Introduire le cadastre en zone urbaine comme rurale.
 Assurer une police de surveillance des ravines et des berges.

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Gérer le risque inondation on au Cap-Haïtien: le guide du Maire

  • 1. Gérer le risque inondation au Cap-Haïtien Guide du maire
  • 3. 3 Sommaire 1. Une ville en expansion rapide 2. Un ville exposée à plusieurs risques naturels 3. Un climat qui change 4. Un risque majeur : la rivière du Haut du Cap 5. Des ravines et une frange littorale de mangrove en- vahies d’habitations 6. Des ouvrages hydrauliques inadaptés 7. La gestion urbaine 8. Développement urbain et amélioration de l’habitat 9. L’aménagement du territoire Introduction Ce fascicule a pour but de sensibiliser les autorités locales et la société civile au risque d’inondation affectant la ville du Cap-Haïtien. La plaine du Cap est soumise principalement au risque d’inondation, provoquées par les pluies torrentielles descendant des mornes, mais également par l’élévation du niveau de la mer occasionnée lors des tempêtes tropicales ou par un éventuel tsunami. Les mornes de la ville du Cap sont quant à elles soumises au risque de glissement de terrain et de coulée boueuse. Toute personne participant à l’acte de construire doit se référer aux cartes de risque présentées ici, en vue de prendre les mesures adé- quates à sa protection .
  • 4. 4 Fig. 1 et 2 : Evolution des zones habitée entre 1978 et 2013 (les zones d’habitat dense sont en orange. Fig. 1 Fig. 2 Fig. 3 : Quartiers en expansion rapide (classe 3 et 4) dans les zones humides, de marécage ou mangrove littorale, à partir des nouveaux quartiers construites dans les années 80 (classe 2).
  • 5. 5 1. Une ville en expansion rapide Capitale régionale du nord d’Haïti, la ville du Cap- Haïtien a été fondée en 1670 au pied des mornes. Elle mesurait alors 600 m de long et 300 m de large et avait en tout 56 rues, îlots et carrés. La population y a évolué très lentement pendant le 19ème siècle. On y dénombrait 20 000 habi- tants vers 1900. Depuis, le Cap-Haïtien a quitté ses limites an- ciennes et s'étend constamment depuis les an- nées 80 sur les trois sections communales que compte la commune : La 1ère Bande Nord, à l’ouest, très montagneuse, la 2ème Haut du Cap ; la 3ème Petite Anse, à l’Est, entièrement localisée dans la plaine entre la ri- vière du Haut du Cap et la mer. La ville du Cap s’est développée sous la pression de l’exode rural par étapes successives : 1930 et 1940 : avancée sur la mer pour construire la rue A et le boulevard du Bord de Mer. La route menant à Barrière Bouteille est construite sur des remblais gagnés sur la mer. 1971, début des travaux du nouveau port et de l’aéroport. 1978-79, construction du Pont Neuf ; les quartiers SHADA et CONASA sont colonisés. La Fossette est redessinée en fonction de la nouvelle rue condui- sant au pont. 1982-83, construction de la zone dénommée « Cité Champin ». 1986-87, construction de la « Cité du Peuple ». Après 1986, la route qui mène à l’aéroport est co- lonisée : surgissent les quartiers de Bas Aviation, Fort St Michel, Fougerolles. A la faveur de l’exode rural, les zones les plus basses, antérieurement inhabitées, ont été enva- hies très rapidement, prenant de vitesse les pou- voirs publics qui n’ont pas eu le temps de cons- truire les infrastructures de base nécessaires. L’extension se produit aujourd’hui principalement vers l’Est dans la zone de Quartier Morin et Petite Anse dans les zones humides ou littorales et vers le Nord-Ouest sur les flancs des mornes. Ce sont les sections du Haut du Cap (zone de plaine) et de la Petite Anse (plaine, mangrove et dune) qui concentrent la plus grande partie de la population. La ville grimpe également de façon ré- gulière dans les mornes qui limitaient autrefois son extension vers l’Ouest, sur des zones de pente moyenne et de pente forte. La ville abritait une population de 260 000 per- sonnes en 2012, qui devrait avoisiner les 300 000 aujourd’hui. La zone urbaine s’étend désormais sur environ 8 km d’Est en Ouest et sur 6 km du Nord au Sud. Le Cap-Haitien avait été créée à l’époque coloniale sur des terrains peu ou pas exposés aux risques à l’époque. Ses infrastructures de drainage sont res- tées suffisantes jusque dans les années 80. A partir de cette époque, l’explosion démogra- phique combinée à l’exode rural et à la faiblesse des institutions, a conduit à l’extension incontrôlée de la ville jusque dans les zones dangereuses, sou- mises au risque d’inondation en plaine et de glisse- ment de terrain dans les mornes. Depuis 2014, Haiti est devenu un pays majoritaire- ment urbain, les dernières enquêtes du MARNDR (2010) montrent que l’exode rural s’accentue avec le temps, et sera confronté à la difficulté de s’adap- ter au changement climatique.
  • 6. 6 Fig. 4 : Comparaison des zones urbanisées en 1978 et en 2013. Fig. 5 : Hauteurs de submersion maximale (en mètre) obtenues par interrogation des riverains (données fin 2014) et zone à risques (mouvements de terrain et coulées boueuses (zones roses, oran- gées et rouges, source BRGM) superposées sur un zonage de la plaine inondable (bleu foncé pour la plaine inondable et violet pour les zones normalement submersibles en permanence).
  • 7. 7 2. Une ville exposee a plusieurs risques naturels Inondations, submersions marines, séismes et tsu- namis La ville a connu plusieurs catastrophes dont une majeure. Elle fut détruite par un tremblement de terre suivi d’un tsunami le 7 mai 1842. La moitié de la population, soit environ 5 000 personnes, disparut dans cet évènement. L’exposition la plus importante est néanmoins celle concernant le risque d’inondation. Le noyau ancien de la ville coloniale s’est d’abord étendu vers le Sud-Ouest en suivant la route na- tionale mais aussi vers l’Est de l’autre côté de la rivière du Haut du Cap. La totalité de cette expan- sion vers l’Est dans l’arrondissement de Petite Anse s’est effectuée dans des zones submersibles dues à la mer, aux crues de la Rivière du Haut du Cap et aux débordement des multiples ruisseaux et drains qui sillonnent la plaine. La rive gauche est exposée aux crues de la rivière à proximité du lit. Les quartiers récents en plaine sont en zones inondables. Au niveau des mornes, les ravines, dont les flancs sont devenu instables après défrichement, sont exposées aux coulées boueuses. Le manque d’infrastructures de drainage dans les zones les plus récemment occupées, transforment cer- taines rues en prolongations de ravines qui canali- sent les coulées boueuses lors des pluies intenses. Historique des désastres Les cyclones ont peu d’influence sur les rivages près du Cap-Haïtien en raison de leurs trajectoires qui remontent généralement vers l’Ouest, le Nord ou le Nord-Ouest, laissant la région Nord relative- ment protégée par les montagnes. La ville n’est néanmoins pas à l’abri de trajectoires inhabi- tuelles qui descendraient vers le Sud. Les pluies cycloniques longues inondent la plaine mais sont prévues plusieurs jours à l’avance, alors que les pluies intenses hors cyclone peuvent accentuer le danger près des ravines et sur le piémont des mornes en seulement quelques dizaines de mi- nutes. La ville qui a connu de tels évènements en novembre 2012 et 2014, ne dispose pas de sys- tème d’alerte pouvant avertir de ces déborde- ments rapides. Depuis la fin des années 90 les crues ayant fait des victimes sont documentées. On compte plu- sieurs dizaines de milliers de sinistrés à chaque inondation importante. Un paroxysme semblait atteint avec la crue de novembre 2012. Mais en novembre 2014, une nouvelle crue engendra des dommages presque équivalents. La quasi-totalité de la zone urbaine en plaine est gravement exposée aux inondations, tout comme les zones proches des ravines au pied des mornes. Une récente étude de zonage sismique menée pour le BME, le LNBTP et le MTPTC, a montré que l’ensemble de la plaine alluviale et une partie de la ville coloniale sont exposées à un risque de li- quéfaction des sols lors d’un séisme. Cette même étude précise que les flancs des mornes sont les lieux de fréquents éboulements et glissements de terrain, de coulées boueuses dans pratiquement chaque ravine en raison du défriche- ment des premières pentes des mornes.
  • 8. 8 Fig. 6 : Evolution des moyennes mensuelles de pluviométrie en mm par mois, par décennies depuis les années 70. Source : étude de vulnérabilité du secteur de l’eau au changement climatique en Haiti, 2012, R. Guillande et PNUD HAITI. Fig. 7 : Extension de la zone submersible en cas de surcote de la mer de 3 m dont 1 m d’élévation permanente liée au changement climatique (en bleu) relativement à la zone urbanisée actuelle (hachures rouges). Une pluviométrie de plus en plus concentrée Une surcote marine liée au changement climatique
  • 9. 9 3. Un climat qui change Un régime pluvieux tropical en évolution Le régime des pluies du Cap-Haitien a longtemps été caractérisé par une saison modérément plu- vieuse de janvier à mai suivi d’un période sèche de juin et août et d’une période de pluviosité plus in- tense de septembre à décembre, avec un pic en novembre. Depuis le début des années 90 : le cumul de pluies sur un an évolue peu mais les pluies sont plus in- tenses et la saison pluvieuse de l’automne est de plus en plus dominante. Le cumul de pluie tombant en novembre est multiplié par trois depuis les an- nées 70. On voit également surgir des épisodes pluvieux intenses hors de la saison habituelle tel que celui de février 2015. En novembre 2012, en quatre jours il est tombé un cumul de 442 mm de pluie entre le 7 et le 11 et une pointe à 282,8 m sur la seule journée du 8 novembre, soit l’équivalent d’un mois de pluie de novembre en un jour. Un évènement du même ordre de grandeur s’est pro- duit à nouveau les 3 et 4 novembre 2014 avec plus de 230 mm de pluie enregistré en 2 jours à l’aéro- port du Cap-Haitien. Une élévation probable du niveau marin défavo- rable L’élévation probable du niveau marin de l’ordre de 1 m avant la fin du siècle, rendra submersible en permanence plusieurs quartiers limitrophes de l’es- tuaire et du front de mer ou les zone de mangrove côtière en cours de colonisation. L’élévation addi- tionnelle du niveau marin et des vagues lors d’un cyclone (estimée à 2 m) submergera une grande partie quartiers de la plaine et l’aéroport. Recommandations  Entretenir les équipements météorologiques modernes installés dans et autour de la ville pour : o une surveillance plus étroite des évènements pluvieux (coordination du CNM, du SNRE et de l’OFNAC) ; o caractériser le régime de pluie actuel sur la région du Cap-Haïtien.  Assurer une large diffusion de ces informations (DPC, mairie, presse, collectivités religieuses et ONG) pour l’amélioration des systèmes d’alertes précoces aux inondations de type techno- logique ou communautaire.  Améliorer l’efficacité de l’alerte précoce locale en déterminant les seuils de pluie critique pour les ravines et la rivière du Haut de Cap (Etude hydrologique et hydraulique) en misant sur les réseaux de capteurs physiques et les réseaux d’alerte précoce communautaires.
  • 10. 10 Fig. 8 : Rétrécissement de la largeur du lit de la rivière du Haut du cap entre 1978 (zone terrestre en rouge) et 2014, et des terrains gagnés sur le lit de la rivière du Hait-du-Cap. Fig. 9 : Vue vers l’amont depuis le nouveau pont sur la rivière du Haut-du-Cap. Fig. 10 : Vue vers l’aval depuis le nouveau pont sur la rivière du Haut-du-Cap.
  • 11. 11 4. Un risque majeur : la riviere du Haut du Cap Un envahissement rapide du lit mineur de la rivière du Haut-de-Cap A partir des années 80 l’expansion de la ville s’est faite rapidement, sans contrôle des implantations. Les meilleurs terrains ayant été pris, les nouveaux arrivants s’installèrent dans le lit de la rivière du Haut-du-Cap à partir des années 2000. Depuis 2010, le lit mineur de la rivière est comblé régulièrement avec des remblais solides, mais éga- lement avec des déchets, sur lesquels de nouvelles constructions sont bâties. Sur les 500 derniers mètres avant l’embouchure, la largeur du lit a été par endroit réduite au tiers de sa largeur originelle (voir zoom page opposée). Plus en amont, le rétrécissement de la largeur du cours d’eau est parfois tel que le lit va bientôt dispa- raitre. Ainsi près du nouveau pont inauguré en 2014, la largeur du cours d’eau en période de basses eaux est réduite à une dizaine de mètres (voir photo page opposée), presque un dixième de sa largeur naturelle. A ce jour aucun contrôle ni aucune mesure n’est prise pour empêcher de nouveaux arrivants de combler et construire, voire de boucher le lit de la rivière. Avec la disparition progressive du lit mineur de la rivière, les moindres pluies torrentielles vont géné- rer des débordements dans les quartiers limi- trophes et les zones remblayées. Cette disparition due aux constructions dans la ravine, accroit la vi- tesse de l’eau lors des crues, causant des dégâts beaucoup plus importants. Cette réduction de l’espace de passage de l’eau et le comblement progressifs du lit ont pour effet de : - rehausser le lit de la rivière, et donc le niveau des crues. - réduire la vitesse d’évacuation des crues vers la mer. - réduire la capacité des coulées et ruissellement torrentiels provenant des mornes à s'évacuer vers la rivière puis vers la mer. - augmenter la durée et la hauteur de submer- sion des inondations dans la zone amont de l'estuaire en période de forte pluie ou de forte crue. Ces constructions constituent un danger à la fois pour leurs occupants mais également pour les ha- bitants des zones avoisinantes. Sont concernés : près de 5400 bâtiments et 30 000 personnes. Il est impératif de redonner à la rivière l’espace qui était le sien. Recommandations  La priorité principale est de faciliter les écoulements vers la mer pour réduire la montée des eaux. A cet effet, il est nécessaire :  de libérer le lit mineur des remblais et constructions qui s’y trouvent;  d’élargir le lit dans sa partie terminale jusqu’à la mer pour ne pas retenir les hauts de crues dans les zones habitée à l’amont;  de définir des zones non-constructible dans le lit mineur et les zones de maris et de mangrove, afin de préserver les zones d’expansion des crues;  d’exercer un pouvoir de police afin d’assurer le contrôle des berges.
  • 12. 12 Fig. 11 : Talwegs ou ravines provenant des mornes sans prolongation par des canaux ou des ouvrages de drainage allant jusqu'à la rivière du Haut du cap dans la partie ouest de la ville en cours de densification. Fig. 12 : Cours d’une ravine totalement délimité par les murs de propriétés privées (A,B) se poursuivant sous forme d’une ruelle (D) après passage sous la nationale 1 (C). Correspond à la ravine cerclée de jaune dans la figure au-dessus A B C D
  • 13. 13 5. Des ravines et une frange littorale de mangrove envahies d’habitations Des ravines contraintes par les murs d’enceinte des parcelles privées et publiques Le versant Est du morne du Cap est sillonné de ravines qui déversent leurs eaux sur la ville : la ravine Belle Hôtesse près de la rue 24, la ravine « Zetriye » de la rue Bel air à la rue 0 et la ravine de Sainte Philomène. Ces dernières endiguées et canalisées de longue date dans la ville coloniale, ne l'étaient pas dans leur partie haute où sont désormais installées de nombreuses habitations, dont certaines, sont dans le lit de la ravine même ou délimitent son lit. La mise à nu des terrains en amont engendre des coulées boueuses lors de fortes pluies, qui viennent déposer le plus gros de leurs sédi- ments dans la partie canalisée de la ville avant d’atteindre la mer. Le fond des canaux se trouve ainsi rehaussé continuellement par les sédi- ments ce qui augmente la fréquence des débor- dements. Un seul évènement majeur comme celui de novembre 2012 peut combler en totali- té un chenal. Remplacement de la mangrove protectrice par des habitations La partie basse de la ville (Petite Anse) est éta- blie sur un ancien cordon dunaire qui formait une plage limitant une baie marécageuse qui sert d'estuaire à la rivière du Haut du Cap et à quelques autres ruisseaux et canaux d'irrigation anciens qui s'y déversent. De nouvelles habita- tions y apparaissent constamment, repoussant progressivement les limites de la baie par des remblais en supprimant la mangrove, augmen- tant ainsi l'exposition aux aléas provenant de la terre comme de la mer. Cette extension rapide sur les zones de man- grove littorale vue du ciel (fig. 24), permet d’ob- server la densification progressive de l’habitat jusqu’à former de nouveaux quartiers en zones totalement submersibles. Cette zone de mangrove est par nature une zone tampon entre le domaine marin et le domaine ter- restre, qui amortit les vagues et réduit l’impact des tempêtes sur le littoral. Les habitations implantées dans cette frange font non seulement disparaitre cette protection naturelle mais elles sont de plus extrêmement exposées aux vagues et aux grandes marées. Antérieurement, chaque crue majeure était éva- cuée de la plaine vers la mer par cette zone ancien- nement marécageuse ou de mangrove. Désormais, les eaux stagnent pendant des semaines, générant insalubrité et risque sanitaire. Le rétablissement d’un écoulement normal des eaux nécessite la restauration des zones naturelles et humides antérieures. Recommandations  Chacune des ravines descendant des mornes doit être prolongée par un canal d’évacuation jusque jusqu’à la rivière du Haut du Cap quitte à exproprier un certain nombre de résidents si- tués sur le passage.  La priorité principale est de faciliter les écoulements vers la mer pour réduire la montée des eaux o Il faut pour cela libérer le lit mineur des remblais et constructions qui s’y sont installées illé- galement.
  • 14. 14 Fig. 13 : Construction d’un nouveau pont au dessus d’un pont datant de l’époque coloniale, dont la section hydrau- lique est extrêmement réduite. Fig. 14 : Gabionnage le long d’une ravine qui réduit la sec- tion hydraulique. Le lit a été recreusé mais à quelques mètres en amont, le lit reste complètement comblé proba- blement par inaccessibilité des pelleteuses. Fig. 15 : Accumulation de dépôts terrigènes à la sortie d'un ouvrage qui a été curé. Les dépôts déplacés n'ont pas été complètement déblayés et gênent l'écoulement en cas de crue . Fig. 16 : Pont largement comblé par le dépôt des sédiments. Fig. 17 : Ouvrages passant sous la nationale 1 avec fort rétrécissement et accumulation de déchets pouvant cau- ser un bouchon et un débordement .
  • 15. 15 6. Des ouvrages hydrauliques inadaptes Des ouvrages hydrauliques anciens, sous- dimensionnés ou mal réparés La ville du Cap exploite encore des ouvrages de drainage pluviaux datant l’époque coloniale qui suffisaient pour l’époque. L’évolution de la pluvio- métrie, plus concentrée, le déboisement amenant les dépôts de sédiments et l’imperméabilisation des sols, ont largement augmenté le volume des écoulements, tout en réduisant la section d’écoule- ment des eaux à travers ces ouvrages les rendant très insuffisants. L’absence d’entretien régulier des ouvrages hy- drauliques a abouti à une accumulation de déchets devant les grilles protégeant l’entrée des canalisa- tions, causant des embâcles et des débordements, en particulier au niveau de la Nationale 1. En outre, on observe fréquemment des construc- tions bâties dans le lit même des ravines, il arrive même que ces ravines soient contraintes par les murs de propriétés, formant ainsi un lit qui n’est plus naturel et dont la section hydraulique est in- suffisante lors des crues. Des pratiques de construction ou de réparation d’ouvrages à moderniser Les données hydrométriques qui s’enrichissent dé- sormais quotidiennement, doivent permettre d’aboutir à redéfinir les courbes d’intensité/durée/ fréquence des pluies, afin de redimensionner tous les nouveaux ouvrages mais aussi de réhabiliter les anciens selon la réalité actuelle et prévisible des pluies extrêmes. Le MTPTC et les secteurs de l’ingénierie doivent s’approprier cette tâche rapi- dement. Le gabionnage ou l’empilement de sac de sables, le remblai en terre sont souvent employés à tort comme solution rapide, bon marché et provisoire pour renforcer les berges face à l’érosion. Ces solu- tions rapides et peu coûteuses ont un durée de vie courte et engendrent parfois de nouveaux pro- blèmes car elles réduisent la section hydraulique des ravines. Les pratiques habituelles des société de travaux publiques doivent être remises en ques- tion et d’autres alternatives techniques employées. Un renforcement de capacité des services munici- paux et de la direction capoise du MTPTC doit être envisagé afin d’améliorer la conception, le suivi de chantier et la maintenance des ouvrages. Plus largement, la réponse des services publics aux problèmes d’assainissement, de drainage, de stockage de déchets doivent être améliorés, de même que le partage des compétences et la coor- dination ville - Etat. Recommandations  Réaliser le diagnostic des ouvrages existants afin d’évaluer leur dimensionnement minimal pour évacuer les eaux et coulées boueuses.  Créer des ouvrages de drainage dans les bassins versants habités, où ils font défaut.  Renforcer les capacités locales du MTPTC et de la mairie en mettant en services un Système d’information géographique urbain intégrant le patrimoine d’ouvrages, de canaux, des réseaux enterrés et les cartes d’exposition aux risques pour appuyer la maintenance.  Eliminer toutes les constructions qui altèrent l’écoulement des eaux dans les ravines.  Procéder à un audit et à une révision des processus de maitrise d’œuvre et de maitrise d’ou- vrages des travaux d’aménagement urbain.
  • 16. 16 Fig. 18 : Ravine délimitée à gauche par le mur d’enceinte d’un jardin situé plus bas que le lit de la ravine. Fig. 19 : Habitation partiellement détruite lors d’une crue, empiétant sur le lit de la ravine. Fig. 20 : Réduction du lit de la ravine par l’extension d’une maison qui sera très exposée lors de la prochaine crue. Fig. 21 : Maison construite dans une ravine, réduisant et détournant son cours. Fig. 22 : Forte accumulation de déchets dans la grande ravine (Zetryie) traversant la ville ancienne. Fig. 23 : Exutoire de drain dans la rivière du Haut du Cap totalement comblé par des déchets.
  • 17. 17 7. La gestion urbaine (comportements inadaptes) Des constructions de maisons sur des zones à l’évidence dangereuses De nombreux capois sont à l’origine de l’augmentation de la gravité des crues, notamment les propriétaires des constructions, qu’ils ont étendues dans la zone d’écou- lement naturel (lit mineur) des ravines. Ceci a eu pour effet d’augmenter la vitesse et la hauteur de l’eau lors des crues. Ils ont ainsi provoqué un danger à la fois pour eux-mêmes et leur propriété mais également pour les voisins proches situés en amont ou en aval. Dans les cas les plus extrêmes, ce sont des maisons qui ont été érigées dans le lit même d’une ravine, augmen- tant gravement les dégâts occasionnés lors des crues. Ces empiètements dans les ravines se conjuguent à l’apport sédimentaire accentué par le défrichement en amont et le déversement de déchets et gravas dans le lit des ravines, une pratique néfaste à plusieurs égards. L’instabilité des terrains sur les pentes parfois très raides des flancs de ravines et l’érosion des berges qui se trouvent accentuées induisent des effondrements et des éboulements qui parfois entrainent avec eux des maisons et leurs occupants. Une absence de gestion des déchets cause première de débordements des canaux dans certains cas. L’absence de ramassage des ordures ajoutée à l’habi- tude des riverains de jeter leurs détritus dans la ravine sont les causes directes de débordements dans les ca- naux descendant de la ville haute vers le lit de la rivière du Haut du Cap. En effet, les accumulations dans le fond des ravines de déchets interviennent de plusieurs manières pour aug- menter le risque d’inondation : - des bouchons se forment au niveau des ouvrages trop petits ou barrés par des grilles et génèrent des déborde- ments même pour de petites pluies en obstruant les ouvrages. - l’accumulation de mélanges terre/déchet est facilitée dans les zones plus plates ou le courant ralentit. - le fond des ravines est rehaussé et donc le niveau des crues. - la charge solide apportée par le courant est augmen- tée ainsi que le pouvoir érosif de l’écoulement au ni- veau des méandres de la ravine. Les déchets engendrent par ailleurs des foyers d’insalu- brité qui se répandent ensuite en aval à chaque crue tout en contaminant les sols et les cultures. La création de zones d’insécurité pour les plus vulné- rables L’analyse des circonstances d’accidents liés directement indique un certain nombre de cas d’imprudence ou d’inconscience parmi les victimes lors de grandes crues. Les ONG et le secteur éducatif ont un rôle important dans la transmission de messages : la population a une responsabilité et un rôle à jouer dans la préservation de son milieu et la réduction du niveau de danger Recommandations  La municipalité, les services de police et de justice doivent organiser la destruction des construc- tions et le relogement pour les riverains installés en zone trop dangereuse ou lorsqu’une maison augmente le niveau de risque.  La municipalité et les services de l’Etat doivent organiser le ramassage des déchets y compris dans les zones difficiles d’accès.  Les ONG et le secteur de l’éducation doivent soutenir les institutions publiques dans une mis- sion de sensibilisation et d’éducation.  Produire un cadastre précis du domaine des rivières, canaux et ravine pour soutenir un règle- ment s’imposant dans le domaine fluvial contrôlé par l’Etat.
  • 18. 18 Fig. 24 : étendue des zones potentiellement submersibles. Zone maritime en cours de remblaiement incontrôlé. Fig. 25 : Nouvelle construction sur fondation surélevée, adaptée aux crues fréquentes.
  • 19. 19 8. Developpement urbain, amelioration de l’habitat Les cartes d’exposition aux risques comme outil de gestion du milieu urbain L’extension rapide de la zone urbaine impose d’en planifier le développement. L’espace « libre » est principalement disponible dans la plaine pour les nouveaux arrivants mais aussi pour les foyers vivant dans des zones trop dan- gereuses. Une première carte détaillée d’exposition aux différents niveaux de danger face aux inonda- tions, submersions marines, coulées boueuses, crues est désormais disponible (fig. 25). Elle per- mettra de guider les actions de prévention et de réduction du risque dans les zones les plus dan- gereuses. D’autre part elle facilitera la planifica- tion urbaine. Elle devra s’intéresser aux zones plus éloignées de la ville, afin de trouver des espaces non inondables. Des secteurs à préserver en espace naturel pour absorber les crues et submersions Compte tenu de la fréquence des crues et des victimes dans certaines zones en cours d’urbani- sation, de la présence de nombreuses habita- tions dans les zones d’écoulements fréquents des ravines et dans les zones intertidales enva- hies par les marées, plusieurs secteurs géogra- phiques présentent des dangers trop élevés pour qu’on y admette l’installation permanente de résidents ou d’activités. Ces zones doivent être qualifiées en tant que « non aedificandi » et faire l’objet d’une inter- diction d’installation et de relocalisation des ré- sidents (fig. 26). Les surfaces qui doivent être libérées de toute installation permanente sont les zones rem- blayées dans le lit même de la rivière du Haut- du Cap qui, d'une part, sont des zones d’écoule- ments quasi permanents, ainsi que les zones les plus inondables, avec un danger extrême en rai- son des hauteurs d'eau supérieures à 1 m et de la forte vitesse du courant à proximité du lit mi- neur. Les constructions dans le lit mineur sont aussi des obstacles à l'écoulement et à la vi- dange de la zone de lagune et de mangrove in- térieure pendant les crues, elles ralentissent voire bloquent le transit des crues, elles contri- buent à en surélever la hauteur. Les zones à déclarer non aedificandi en priorité sont les suivantes : - Zones maritimes relevant du domaine marin même avec remblais léger mettant hors d’eau pour les faibles marées. - Zones fluviales correspondant à un lit majeur pouvant être défini sur le plan hydro- géomorphologique (de 1978) où l’écoulement en période de crue doit être préservé sans obstacle. - Toute berge gagnée sur les cours d’eau d’un lit mineur défini selon des critères hydro- géomorphologiques (concerne la partie avale en zone urbaine). - Zones de danger élevé en bordure d’écoule- ment ou dans les ravines, en raison de la vitesse de l’écoulement et du risque de déstabilisation des berges.
  • 20. 20 Fig. 25 : Carte des niveaux de danger liés aux coulées boueuses, crues torrentielles et inondations dans l’agglo- mération actuelle du Cap-Haitien. Fig. 26 : Proposition de zone non aedificandi qui doivent être évacuées de toute habitation en raison d’une trop forte exposition à la submersion par la mer ou les crues, ou pour libérer l’écoulement des crues.
  • 21. 21 9. L’amenagement du territoire Trois types de zone non-aedificandi ont été définis sur la base des éléments exposés ci-dessus. Une planification et des aménagements à réaliser dans les zones en transition On constate aujourd’hui que des zones en mutation se transforment depuis une vingtaine d'années et pas- sent d'un environnement purement rural à un envi- ronnement urbain, en absence de préparation par des aménagements appropriés. Elle reproduit la colonisation progressive des pieds des mornes, qui a eu lieu au cours des trois dernières dé- cennies. Le laisser-faire des autorités publiques ajouté à l’ab- sence d’anticipation a conduit à ce que les couloirs prévus pour des canaux de drainage se transforment en ruelles, lesquelles supportent les écoulements temporaires lors des crues, sans qu’il soit désormais possible d’aménager des canaux de drainage, à moins de déloger des centaines de personnes avec les diffi- cultés que l’on sait. Une question de gouvernance à plusieurs niveaux Les compétences des différentes sphères de gouverne- ment (Etat central, communes) s’enchevêtrent et font obstacle à l’action opérationnelle des services publics tels que : - qui arrête la limite entre domaine privé et domaine fluvial public ? - qui délivre les titres de propriété (lorsqu'il y en a) et de quelle manière ? - qui délivre les autorisations d'ériger des murs le long de la ravine ? - qui surveille l'extension des parcelles privées ? - qui est en charge des aménagements de drainage sur ce territoire en mutation ? La question foncière est au cœur de ces interrogations. Zone 1 Une zone située en front de mer où se si- tuent des mangroves colonisées ou toujours présentes, qui font partie du domaine inter- tidal. Elles sont atteintes par les marées nor- males. La zone est représentée en rouge. Zone 2 Une zone située le long du cours d’eau prin- cipal et autour de la lagune en voie de colo- nisation. Elle correspond à des zones d’ex- pansion de crue fréquente (et non pas ex- ceptionnelle) et s’apparente au lit actif vi- sible sur l’imagerie aérienne de 1978. Cette zone est représentée en violet. Zone 3 Une zone située le long de couloirs d’écoule- ments torrentiels sujette aux coulées boueuses, à de fortes érosions ou dépôts et dont les flancs sont instables et génèrent des chutes de blocs, des glissements de terrain. Une seule zone de ce type (en jaune) a été représentée à l’ouest de la ville. Plusieurs autres zones seront ajoutées à l’occasion d’une étude complémentaire. Recommandations  Après s’être assuré de leur relogement, évacuer les populations des zones non aedificandi pour procéder aux travaux de curage de la rivière et publier un règlement d’interdiction de réinstalla- tion dans la zone à protéger.  Elargir la cartographie détaillée d’exposition aux dangers à un périmètre plus éloignés vers l’Est, le Sud, l’Ouest afin de disposer d’une vision de l’exposition des zones d’expansion possibles de la ville.  Diffuser et partager la cartographie des phénomènes naturels entre services publiques de l’Etat et de la Commune.  Introduire le cadastre en zone urbaine comme rurale.  Assurer une police de surveillance des ravines et des berges.