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Ldj 125 janvier_fevrier_2014

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LDJ, 2014, liberté du judaïsme

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1
Présidente d’Honneur : Doris Bensimon
L.d.J. Siège social 13 rue du Cambodge 75020 Paris N° 125 Janvier-février 2014 le numéro 2,50€
http://www.liberte-du-judaisme.fr
Editorial
Ce n'est pas sans crainte que depuis plus de deux années nous
suivons ce qui se passe en Tunisie. C'est la raison pour
laquelle nous avons consacré en partie cette Lettre à ce pays.
Nous avons rencontré lors d'un de ses passages à Paris Habib
Mellakh qui se bat, avec d'autres, pour que les salafistes ne
fasse pas la loi au sein de l'Université de Tunis et nous avons
demandé à deux de nos amis, Wolfgang Freund et Albert
Maareck, qui connaissent bien la Tunisie de nous rappeler ce
qu'était la présence juive dans ce pays.
Mais regarder ce qui se passe de l'autre côté de la
Méditerranée ne nous empêche pas de voir ce qui se passe
dans notre propre pays. Les attaques abjectes dont a été
l'objet le Garde des Sceaux, sont-elles différentes de celles
qui ont été menées en leur temps contre Léon Blum et Pierre
Mendes-France lorsqu'ils furent à la tête de l'Etat ? Au
moment où une enfant est poussée par ses parents à brandir
une banane parce que Christiane Taubira est noire, comment
ne pas évoquer les terribles conséquences du racisme comme,
entre autres, il a deux ans l'assassinat ciblé, à Toulouse, de
trois enfants juifs.
C'est dans ce contexte que nous nous sommes associés à la
déclaration du RAJEL que nous reproduisons ci-dessous.
Cette Lettre clôturant l'année nous nous souhaitons pour
2014 une année débarrassée de ces scories.
Le Bureau
Le RAJEL, Réseau des Associations Juives Européennes
Laïques, condamne fermement la dérive raciste actuelle qui
répand ses braises partout en France et en Europe.
Le RAJEL s'associe aux actions qui combattent ce climat
nauséabond et condamne avec une grande fermeté les injures
racistes de ces dernières semaines envers Mme Christiane
Taubira. Garde des Sceaux.
Le RAJEL condamne les déclarations d'une candidate du
Front National aux élections municipales et celles de ce
même Front National qui, tout en excluant cette candidate,
minimise l'importance de ses déclarations.
Les membres du RAJEL sont horrifiés par les invectives
d'enfants, mis en avant par des adultes, qui mettent en danger
le Pacte républicain et tous les efforts de l'éducation pour un
mieux-vivre ensemble.
Tous ces faits et déclarations racistes, sur fond d'inquiétudes
sociales, loin d'être des détails de l'histoire, sont des atteintes
violentes contre chacun et chacune d'entre nous. Nous
n'acceptons pas leur banalisation.
Regard "synthétisant" sur les Juifs
de Tunisie
Contre plus/minus 140.000 au moment de
l’indépendance du pays (1956), il n’y en a plus
tellement, peut-être 3000 en tout et pour tout. Dont
1300 sur l’île de Djerba qui y vivent " à l’ancienne", et
quelque chose comme
1500 à 2000 dans le
Grand Tunis. Sinon les
traces de l’une des plus
anciennes communautés
judéo-maghrébines, jadis
florissantes, il faut les
chercher aujourd’hui
ailleurs : en France, en
Israël, voire, un peu
partout dans le monde. Pour illustration : un peu plus de
100.000 Israéliens juifs revendiquent aujourd’hui, des
racines tunisiennes.
Petit rappel historique : il existe, en fait, deux
"communautés" de Juifs tunisiens : les Yähoud twänsa
et les Yähoud grana, c’est-à-dire les Juifs tunisiens et
les Juifs livournais. Grana étant une déformation
linguistique de Livorno, ville côtière italienne, qui avait
reçu aux 15e
et 16e
siècles, de nombreux Juifs
hispaniques ayant fui les horreurs de l’Inquisition de la
très catholique "Nouvelle Espagne". Beaucoup de ces
Juifs "livournais" avaient continué, par la suite, leur
migration vers les côtes relativement paisibles et
tolérantes de la Tunisie, d’où leur appellation Yähoud
grana, Juifs livournais. Les Yähoud twänsa par contre
forment en Tunisie une communauté juive millénaire,
ayant vécu dans le pays depuis la nuit des temps et dont
le reliquat le plus "visible" est aujourd’hui la
communauté juive de Djerba. La langue "maternelle "
des Twänsa était/est le " judéo-arabe", un arabe
tunisien truffé d’hébraïsmes qui s’écrit en caractères
hébraïques. Les Livournais par contre avaient amené
avec eux l’italien comme langue véhiculaire. Je me
souviens encore, lors de mon premier séjour à Tunis en
1962, de tous ces Livournais pas tout à fait comme les
autres, assis dans les cafés du centre-ville de Tunis,
sirotant café ou boukha (schnaps de figues, une
2
spécialité judéo-tunisienne), habillés à l’européenne,
portant chapeaux et discutant entre eux en italien ou en
français, voire dans un sabir italo-franco-hébraïco-
arabe tout à fait délicieux. Bien entendu aujourd’hui -
les mariages mixtes, les impacts de la francisation et de
l’arabisation générales, une certaine " laïcisation" de
l’Etat tunisien moderne aidant - les différences entre
Grana et Tounsi se sont largement estompées. Un "Juif
tunisien" de 2013 est un "Juif tunisien". Point. Basta.
Puis, les différents gouvernements tunisiens, à
l’occasion de certains événements d’intérêt national,
insistent régulièrement sur le fait que "nos concitoyens
de confession juive" (cette épithète me rappelle toujours
" unsere jüdischen Mitbürger" de feu Konrad
Adenauer) sont des Tunisiens à part entière, jouissant
des mêmes droits et étant soumis aux mêmes devoirs
que n’importe quel autre ressortissant tunisien qui,
pour règle générale, est musulman.
Le message est entendu, et il faut reconnaître que cette
qualification de la part des représentants significatifs de
la " Tunisie officielle" reflète grosso modo la réalité
dans la vie de tous les jours. Ce qui n’empêche pas les
Juifs qui résident toujours en Tunisie de se comporter
en public suivant le vieil adage "vivons cachés, vivons
heureux", sauf à Djerba peut-être où ils se démarquent
plus visiblement du maelström islamo-national. Mais
c’est un cas particulier qui possède ses raisons
historiques profondes que tout le monde reconnaît et
respecte. Les Tunisiens d’aujourd’hui sont
certainement, avec les Marocains, les Musulmans les
moins "antisémites", c’est-à-dire antijuifs, du monde
arabe. Toujours est-il que, dans les relations entre Juifs
et Musulmans tunisiens somme toute paisibles, des
" couacs" apparaissent de temps à autre. La cause est
évidemment à chercher dans les méandres
du "tristissime" conflit israélo-arabe dont, bien
entendu, les casseroles font souvent du bruit à Tunis,
comme ailleurs le long des côtes sud et est de la
Méditerranée. Fin 2011 par exemple.
Silvan Shalom, vice-premier ministre israélien, lui-
même d’origine tunisienne (il est de Gabès, dans le sud
du pays), sembla "s’inquiéter" un peu exagérément du
sort de ses coreligionnaires tunisiens, à la suite des
élections du 23 octobre 2011 dans la Tunisie
" postrévolutionnaire", desquelles le parti islamiste
Ennahda (Renaissance) est sorti grand gagnant, et
Monsieur Shalom d’appeler " la communauté juive
établie en Tunisie à quitter la Tunisie dans les plus
brefs délais pour s’installer dans les territoires
occupés » [souligné WF]. Rien que ça. Bien entendu,
Ennahda n’a pas tardé à qualifier cet appel
" d’irresponsable et d’irrationnel" précisant " que le
choix de tenir ce genre de propos en ce moment précis
est fort suspect"
Et Roger Bismuth, président de la communauté juive
de Tunisie, d’enchaîner dans une prise de position
officielle :
"Tout ce bruit autour des déclarations de Silvan Shalom n’est
qu’une tempête dans un verre d’eau et une tentative de saper
le processus engagé par la Tunisie après avoir été délivrée
du joug de la dictature."» Puis plus loin : « Aucune partie
étrangère n’a le droit de s’ingérer dans les affaires de la
Tunisie, y compris les affaires de la communauté juive
établie dans ce pays depuis plus de trois mille ans. La
communauté juive aime la Tunisie et n’envisage pas de la
quitter. »
L’affaire s’arrêta là, et, en général, le calme plat règne à
nouveau dans les relations que les "citoyens tunisiens
juifs" entretiennent avec la Tunisie "officielle", tant
que "l’islamité" récemment renforcée de celle-ci,
because élections "démocratiques", n’interfère pas trop
dans la vie quotidienne. Mais des " sensibilités "
particulières entre Tunisiens musulmans et Tunisiens
juifs persistent. Je m’en suis aperçu, il y a encore peu
de temps. Voulant prendre quelques photos de la
Grande Synagogue de Tunis, sise Avenue de la Liberté
en plein centre-ville, je suis soudainement assailli par
trois " barbouzes "
habillés lambda et
criant " interdit,
interdit ".
Un officier de
police, lui en tenue,
se joint à eux et
m’explique :" Pour
des raisons de
sécurité il est interdit
de photographier la
synagogue de
l’extérieur." Je
rigole, j’insiste, sortant ma carte de presse. Il me
conduit dans une maison voisine où habite le
responsable (juif) de la synagogue, lequel, après avoir
écouté mes explications me conduit gentiment à
l’intérieur de la synagogue où il me laisse
photographier à volonté, tandis que l’officier de police
m’attend dehors, après avoir confisqué mon passeport
qu’il garda dans sa poche, jusqu’à mon retour. Tout se
termine dans l’hilarité générale, et on me lance
l’exclamation rituelle : " Soyez le bienvenu en Tunisie !"
Détail croustillant dans ce contexte : il paraît que les
ayants droit au scrutin de la communauté juive sur l’île
de Djerba avaient majoritairement voté pour le parti
islamiste Ennahda. Qu’Allah les écoute ! - Porteurs de
kippa et de turban, même combat ? Devant l’Eternel
peut-être, quant aux tristes affaires de la vie d’ici-bas, le
doute reste permis.
Wolfgang Freund
* Sociologue franco-allemand d'origine alsacienne, auteur
d’une thèse de doctorat en langue allemande sur "Les
Djerbiens en Tunisie“. - W. Freund a travaillé comme
enseignant et chercheur, dans les universités de Cologne, de
Strasbourg-II, de Paris-II, de Tunis, d’Ain Shams et
Américaine au Caire, de Beer-Sheva. Il vit aujourd’hui, en
France. Il retourne régulièrement, comme " journaliste
indépendant", en Tunisie, en Egypte et en Israël.
3
Lu, Vu et Entendu
La Tunisie au cœur.
Nous avons tous, plus ou moins, les yeux braqués sur
ce petit pays, si proche de l'Europe , moins de 200 km
séparent les côtes tunisiennes de celles de la Sicile, si
proche de la France de par l'usage du français, si proche
du cœur des Juifs qui y sont nés et qui y ont vécu.
C'est une des raisons pour
lesquelles nous avons rencontré,
à quelques uns, le dimanche 10
novembre, Habib Mellakh,
Professeur de Littérature
Française à "La Manouba".
Le doyen de l'Université de La
Manouba, Habib Kazdaghli, a
été traîné devant les tribunaux pour avoir résisté aux
empiétements des Salafistes. Il a été acquitté, ce qui n'a
pas empêché le Ministère Public de faire appel contre
ce jugement. Habib Mellakh a rendu compte de ces
événements dans un livre qui porte le joli titre de
"Chroniques du Manoubistan".
Habib Mellakh a tenté de nous expliquer toute la
complexité et la spécificité de la situation tunisienne et
en quoi elle est différente de la situation en Egypte.
Tout d'abord un peuple avide de savoir qui, dès avant
l'instauration du protectorat français, avait commencé à
mettre en place les moyens d'éducation ouvrant sur la
modernité. Enseignement moderne qui est venu se
greffer sur le fond très ancien d'études théologiques de
la Zitouna.
Ensuite une armée qui se tient à l'écart des débats
politiques, un syndicat puissant, l'UGTT, et surtout
des femmes, beaucoup de femmes, qui ne tiennent pas
à voir se mettre en place une société islamisée où elles
perdraient tous les acquits obtenus sous la houlette de
Bourguiba.
En face, un parti "Ennahdha" arrivé avec une
Assemblée élue pour promulguer une Constitution, et
qui, englué dans ses contradictions, n'arrive pas à
sortir un texte acceptable pour la majorité des
Tunisiens. Un texte dont le dernier projet est sorti en
juin 2013 qui, s'il ne fait plus explicitement référence à
la Charia, posait tout de même que "L'islam est la
religion de l'Etat" et ceci d'une façon irréversible (art
141) (1)
. Ennahdha, profitant de l'auréole de martyr que
lui avait préparée le régime de Ben Ali, se présente
comme modéré, ce qu'il n'est pas selon H. Mellakh,
mais c'est, par contre, un parti expert dans le double
langage dont le président de la République Moncef
Marzouki est l'exemple le plus marquant. (2)
Notre ami Jean Ferrette a, lui, voulu voir ce qu'il en
était, de ses propres yeux, et il s'est rendu à Tunis en
cette fin du mois d'octobre.
Il a assisté à quelques manifestations, celles qui
réclamaient le départ de l'actuel gouvernement et celle
des policiers qui sont actuellement des cibles
privilégiées pour les islamistes.
Il en est revenu avec quelques photos (ci-dessous) et la
conviction que " l'islamisme n'a aucun avenir, en
Tunisie et, a fortiori, ailleurs…. …les islamistes ne
représentant aucune force, aucune catégorie sociale
proprement tunisienne: il s'agit d'une implantation
"hors sol", qui n'a été possible qu'avec l'argent du
Qatar, l'opportunité d'une situation caractérisée par
une forte désorganisation des laïques, la non éducation
politique des électeurs et le désarroi de jeunes
désœuvrés. Il est frappant de voir comment toutes les
forces s'expriment contre Ennahdha: les organisations
patronales, les professions libérales, l'UGTT, les
salariés du secteur public et privé, l'armée, la police....
Ceci dit, ils peuvent en attendant, faire beaucoup de
mal… "
1- Il semble que cet article 141 ait été modifié depuis
2- On relira utilement ce qu'en a dit notre amie Simone
Bismuth dans la Lettre de LdJ n°121
Bureau de Liberté du Judaïsme.
Maryse Sicsu Présidente
Isidore Jacubowiez Vice-Président
Marlyse Kalfon-Medioni Secrétaire
Odile Volf Secrétaire adjointe
Noémie Fischer Trésorière
Simone Bismuth Trésorière adjointe
Contact L. d. J.: 01 46 55 73 83 73
ou secretariat2@ liberte-du-judaisme.fr
Site internet : www.liberte-du-judaisme.fr
Si vous n'avez pas encore réglé votre cotisation ou votre
abonnement à la Lettre de L.D.J, pour l'année 5774 (Septembre
2013 à août 2014), faîtes le rapidement.
Si vous le pouvez, faites un don à L.d.J. Il peut être déductible de
vos impôts. Un certificat CERFA vous sera délivré. Envoyez vos
chèques à notre trésorière :
Noémie Fischer 119 bis rue d'Avron 75020 Paris
4
Histoire
La COMMUNAUTE JUIVE de SOUSSE
à l’époque du Protectorat français (1881 à 1956)
Le Protectorat français s’établit en Tunisie à partir de 1881 et
se maintint jusqu’en 1956, date à laquelle le pays recouvra
son indépendance nationale.
Les Communautés juives se répartissaient essentiellement
dans les grandes villes côtières et à l’île de Djerba ; la plus
nombreuse était celle de Tunis (entre 30 à 40 000 âmes) ;
celle de Sousse était estimée à 4 000 individus à la fin du
XIXe siècle.
La Communauté juive de Sousse entre traditions et
nouvelles influences
La Communauté locale se caractérisait par une forte
inégalité sociale au début du XIXe siècle : les notables,
riches propriétaires d’oliveraies et industriels, dominaient le
reste de la population juive composée essentiellement de
nombreuses familles plongées dans une extrême misère. De
fortes traditions marquaient l’ensemble de la Communauté
desquelles n’étaient pas exclues certaines superstitions.
Ces notables (familles Errera, Pariente, Ghez…) participèrent
à l’installation d’une école de l’Alliance israélite en 1883 ;
certains directeurs rencontrèrent toutefois quelques
difficultés dans leurs rapports avec ces familles, désireuses
avant tout de conserver leur emprise.
L’enseignement de l’hébreu, corde sensible de la tradition
locale, fut jugé insuffisant par les rabbins conservateurs
locaux et de nombreux parents en accusèrent les responsables
de l’Alliance. Entre temps, de nouvelles orientations se
manifestèrent et notamment une tendance libérale
assimilationniste, désireuse de répandre la culture française
(ouverture d’une bibliothèque en 1907), ce qui ne manqua
pas de provoquer la réaction du grand rabbin Youssef Guez,
accusé de "fanatisme" par les libéraux. Cette tendance,
dominée par la personnalité de l’avocat Salomon Tibi, restait
malgré tout minoritaire ; elle s’efforçait d’encourager les
familles juives à faire instruire leurs enfants dans les écoles
publiques françaises.
Au lendemain de la Première guerre mondiale, sous
l’impulsion de l’association Aghoudat Tsion créée à Tunis,
l’idéologie sioniste se répandit progressivement à Sousse ;
des groupements firent leur apparition tels Terahem Tsion ,
qui s’efforcèrent de recueillir des fonds pour le Keren
Kayemet . La venue de la capitale en 1922 d’Alfred Valensi
et de son épouse, militants sionistes fortement engagés,
connut un certain retentissement dans la société juive
soussienne. Des mouvements de jeunesse se développèrent à
leur tour, ce qui indiquait la forte attraction exercée par le
sionisme sur la jeunesse locale (UUJJ, Damir, EJF). La
société juive était donc entrée dans une période de mutation,
sous l’influence de l’assimilationnisme français et du
sionisme militant.
Antisémitisme et évolution de la Communauté locale.
Des troubles antisémites éclatèrent en 1917, en pleine guerre
mondiale : partis de Tunis, ils se répandirent également dans
d’autres villes et notamment à Sousse : boutiques juives
pillées, à l’initiative de tirailleurs indigènes avec l’aide de la
population arabe. Les avocats israélites Tibi et Daninos
protestèrent auprès des autorités françaises accusées de
mollesse… Ces événements mettaient en évidence les
rancœurs des musulmans et des Européens contre une
communauté israélite en grande évolution sociale et
économique.
La période de l’entre-deux guerres se caractérisa par
l’expression de revendications électorales en 1922 de la part
de la Communauté soussienne qui, à l’instar de celle de
Tunis, demanda d’appliquer le système électoral pour
nommer les responsables d’un Conseil de la Communauté
israélite à Sousse. Cette aspiration se heurta au refus des
services du Protectorat, peu favorables à satisfaire ces
velléités démocratiques.
Les tendances récurrentes aux divisions internes se
manifestèrent également en 1928 lorsqu’il fallut procéder à la
nomination d’un nouveau Grand rabbin à Sousse pour
succéder à Youssef Guez devenu Grand rabbin de Tunisie.
Des divergences apparurent entre les partisans d’Abraham
Sfez et ceux de David Boukobza. Chalom Flak, aux
tendances modernistes, fut choisi en 1929 comme Rabbin
intermédiaire,ce qui provoqua la réaction des traditionalistes.
A son décès, intervenu en 1936, David Boukobza fut
finalement choisi pour lui succéder.
Sur le plan scolaire, l’attirance des familles soussiennes vers
les écoles publiques s’accentua de plus en plus et favorisa
l’occidentalisation de la société juive (années 1920 à 1942).
Les responsables de l’Alliance s’évertuèrent à faire face à
cette perte de prestige de leur propre établissement.
Occupation allemande et démocratisation de l’institution
communautaire
Le déclenchement de la deuxième guerre mondiale eut pour
conséquence l’occupation allemande de la Tunisie
(Novembre 1942 à Mai 1943). Un Comité provisoire présidé
par l’avocat Georges Binhas fut nommé à Sousse pour
assurer les relations entre l’occupant et la communauté juive
qui fut imposée de lourdes amendes par les gradés allemands.
A la libération de la Tunisie, un inventaire fut établi pour
rembourser les victimes de ces taxes discriminatoires.
Une nouvelle fois, à partir de l’année 1945, le Comité de
Sousse relança les revendications électorales (rapport du
docteur Younès) et, malgré les réticences des services du
Protectorat, le décret du 4 mai 1950 accorda finalement un
système à deux degrés qui assura à la communauté locale une
représentation élue. Isaac Hayat devint le Président du
premier Comité israélite élu de Sousse.
L’indépendance de la Tunisie intervenue en 1956 sonna le
glas de cette évolution constante de la communauté
soussienne qui, à l’instar des autres populations juives du
pays, choisit le chemin de l’émigration progressive en
France et en Israël.
Albert Maarek
La Lettre de LdJ. Janvier-février 2014
Rédaction et administration
13 rue du Cambodge 75020 Paris
Directrice de la publication:
Maryse Sicsu
Comité de Rédaction :
Flora Novodorsqui, Danièle Weill-Wolf, Michel Mohn, Simone Simon,
Isidore Jacubowiez,
Copytoo 281 rue des Pyrénées 75020 Paris
Dépôt légal à la parution ISSN 1145-0584
Les articles signés n'engagent que la responsabilité de leur auteur
5
Lu, Vu et Entendu
Juifs et Musulmans
Le 16 octobre dernier, au Mahj
devant une salle pleine, la
Représentante de l'éditeur,
Abdelwahab Meddeb et Benjamin
Stora qui ont assuré la direction
scientifique du livre, ont présenté
cette Encyclopédie de 1200 pages
qui a nécessité 5 années de travail,
la participation de 120 auteurs des
mondes juifs et musulmans
disséminés de par le monde et qui
sera édité le même jour en français et en anglais.(Une
traduction en arabe est envisagée) (1)
Il n'est pas question ici de résumer un tel ouvrage, les auteurs
eux-mêmes ne s'y étant pas risqués. On retiendra qu'il
comporte 4 parties:
- La période médiévale et la naissance de l'Islam
- Les temps modernes et l'expansion de l'Islam
- Les temps présents et les problèmes actuels
- Les points de rencontre, confrontation, divergence et
convergence.
Dans les explications de textes qui ont suivi, on retiendra la
question de la Dhimmitude qui a fait couler tant d'encre.
Instaurée, à l'origine, comme protection des communautés
minoritaires, et pas seulement des Juifs, elle est devenue au
cours des âges de moins en moins supportable, surtout
lorsque mises en contact avec l'Occident ces populations
prirent connaissance de l'égalité citoyenne actée en France en
particulier. C'est à la suite de cela que les Communautés
juives orientales se sont mises en marche, bien avant, dit
Stora, le décret Crémieux offrant cette citoyenneté au Juifs
d'Algérie. Cette marche vers le droit occidental n'a pas été
l'apanage des Juifs, les élites arabes l'ont tenté également,
mais en vain, ce qui explique en partie "les révolutions
arabes" de 2011.
Les auteurs sont bien conscients que ce n'est pas un livre,
aussi conséquent soit-il, qui résoudra les problèmes actuels
des relations judéo-arabes, mais ils notent que de plus en plus
de jeunes originaires de ces pays essayent de se réapproprier
l'Histoire, leur histoire, et qu'un livre de ce type possible
aujourd'hui ne l'aurait pas été il y a quelques décennies ;
"Les Temps modernes" de J.P. Sartre qui avait tenté de le
faire en 1967 n'avait pu que constater que le dialogue
souhaité s'était transformé en deux monologues sans aucun
espoir ni envie de convergence.
I.J.
1) "Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos
jours", Editions Albin Michel, sous la direction de :
Abdelwahab Meddeb Enseignant de littérature comparée à
l’Université Paris-X. Animateur de l’émission "Cultures d'islam"
sur France-Culture, et
Benjamin Stora, Historien, Professeur à l'université Paris-XIII et à
l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales
Une histoire dans l'Histoire
Jacques Faïtlovitch et les Juifs d’Ethiopie
Les Juifs d’Ethiopie se nomment les Béta-Israël (la
Maison d’Israël). Au siècle dernier, ils étaient connus
sous le terme de Falachas. Cette dénomination
péjorative de leur entourage n’a plus cours aujourd’hui.
Les Béta-Israël auraient pu disparaître au cours de ce
siècle, oubliés du monde juif. Mais un homme consacra
sa vie entière à les défendre : Jacques Faïtlovitch
(1881–1955) renversa probablement le cours de l’histoire
des Juifs d’Ethiopie quand il prit la décision de partir
sur les traces de son maître, Joseph Halevy, dont il
suivait les cours à l’Ecole des Hautes Etudes de Paris.
En 1867, ce dernier s’était rendu dans les villages
habités par les Falachas à la demande de l’Alliance
Israélite Universelle.
Des récits commençaient à parvenir au sujet de
conversions forcées de Juifs en Afrique. Halevy vit
aussitôt que les Falachas étaient des Juifs en difficulté.
Malheureusement, il ne put faire partager sa conviction
aux responsables de l’Alliance. Ses efforts ne furent
cependant pas inutiles puisqu’il insuffla l’idée à l’un de
ses élèves.
Jacques Faïtlovitch, né à Lodz, en Pologne, n’avait pas
vingt-trois ans quand il persuada le baron Edmond de
Rothschild de financer sa première expédition. Il partit
en Abyssinie avec une énergie dont la flamme ne
s’éteignit jamais. En 1904, après un grand nombre de
difficultés, Faïtlovitch arriva à Gondar, que J. Halevy
n’avait pu atteindre en raison de l’instabilité du pays,
une quarantaine d’années plus tôt. Il passa quatorze
mois avec les Falachas, vivant dans les villages et
participant aux offices religieux. Les Béta-Israël lui
firent confiance après avoir constaté qu’il n’était pas un
missionnaire venu les convertir, mais un Juif prêt à les
aider et soucieux de connaître leurs traditions.
Faïtlovitch découvrit un autre judaïsme antérieur au
Talmud. Lui même se situait dans le courant de
l’orthodoxie moderne. Il s’efforça non sans mal de
changer les pratiques des Béta-Israël qui continuaient
les sacrifices rituels abandonnés depuis la destruction
du Temple.
De retour à Paris Faïtlovitch présenta son rapport au
baron de Rothschild ; il insista moins sur les
persécutions passées que sur le manque d’éducation qui
6
faisait des Falachas des proies faciles pour les
missionnaires. Sa demande de soutien resta sans écho ;
il résolut alors d’agir lui-même. Dès ce premier voyage,
Faïtlovitch avait amené avec lui deux jeunes garçons,
Tamrat Emmanuel et Getie Jeremias, qu’il confia à
l’Alliance afin d’en faire plus tard des enseignants et
des leaders. Tout en préparant sa thèse à la Sorbonne, il
organisa des comités pour les Falachas en Europe et
aux Etats-Unis. Ces comités l’aidèrent à financer les
expéditions suivantes.
Faïtlovitch obtint le soutien moral de plusieurs rabbins
dont Zadoc Kahn, le grand rabbin de France. En
revanche, les notables de l’Alliance persistèrent à
considérer l’existence des Juifs d’Ethiopie comme une
question marginale. Cependant, ils consentirent à
réexaminer leur position, mais désignèrent à cet effet le
rabbin Haïm Nahum, futur grand rabbin de Turquie.
Faïtlovitch refusa la place de subordonné qui lui était
proposée, estimant que son expérience et son savoir sur
la question n’étaient pas pris en compte. Il organisa sa
propre expédition. Les deux hommes se croisèrent dans
la province du Tigré, le 1er
mai 1908. Ils se saluèrent et
se parlèrent peu. Nahum rédigea le rapport que
l’Alliance attendait. Il décrivait les Falachas comme des
" mosaïstes" convertis par un groupe judaïsé venu
d’Egypte au IIème ou IIIème siècle. Il minimisait leur
population, qu’il évaluait à six ou sept mille. En fait, il
n’était pas allé dans les villages les plus reculés et ne
parlait pas l’amharique, contrairement à Faïtlovitch. Les
officiels éthiopiens l’avaient facilement induit en
erreur. De son côté, Faïtlovitch s’enfonça à l’intérieur
du pays, où il fut reçu comme le Messie par la
population juive. Il dut expliquer qu’il n’était qu’un
simple "Falacha" blanc. A Addis-Abeba, il obtint une
audience de l’empereur. Il plaida la cause des Falachas
en butte aux accusations de sorcellerie, souvent
maltraités et obligés de travailler pendant le chabbat.
L’empereur déclara qu’il veillerait à ce que les abus
cessassent.
En 1921, l’action de Faïtlovitch fut renforcée par
l’appel déterminant du grand rabbin Abraham Isaac
Kook en faveur des Falachas. En 1924, Faïtlovitch
ouvrit le premier collège juif à Addis-Abeba. Dans les
années qui suivirent, plusieurs écoles essaimèrent en
brousse. Le mouvement mit un frein aux succès des
missions protestantes. Près de quarante étudiants furent
envoyés en Palestine, en France, en Allemagne et en
Angleterre. Une élite fut créée : certains devinrent
employés du gouvernement. Tadesse Yaacov devint
ministre.
Comme il fallait s’y attendre, l’avancée des Juifs
entraîna des réactions hostiles du clergé et des officiels.
Des professeurs furent emprisonnés et leurs étudiants
dispersés. La situation se dégrada encore plus avec
l’invasion des fascistes italiens.
Pendant le Seconde Guerre mondiale, Faïtlovitch
maintint de bonnes relations avec les autorités
éthiopiennes. L’empereur Haïlé Sélassié le nomma
conseiller à son ambassade du Caire.
Après la guerre, Faïtlovitch s’installa en Israël. Sa
dernière visite en Ethiopie eut lieu en 1946. Il
considérait que dorénavant c’était à l’Etat Juif
d’assumer la responsabilité du retour des exilés. Mais, à
l’époque, le sort des rescapés juifs d’Europe constituait
une priorité. Faïtlovitch ne relâcha pas ses efforts. En
1954, l’Agence juive installa une école de formation à
Asmara et rouvrit des classes dans les villages de la
région du Gondar. Un an plus tard, vingt-sept garçons
et filles furent envoyés dans le village d’enfants de Kfar
Batya en Israël. Faïtlovitch, alors infirme et presque
aveugle, eut la joie de recevoir une partie d’entre eux
dans sa maison de Tel-Aviv. Il mourut quelques jours
plus tard. Le soutien de l’Agence juive aux Béta-Israël
diminua aussitôt. Néanmoins, les cinquante années
d’efforts de Faïtlovitch furent fécondes. Après maintes
péripéties, ses élèves et ceux qui continuèrent son
combat virent leurs espoirs réalisés. Aujourd’hui la
communauté éthiopienne est installée en Israël et
compte 131 400 membres.
Les succès et les difficultés de son intégration
constituent la suite d’une histoire dont la vie de
Faïtlovitch est une page inoubliable.
Maurice Dorès
Poésie
Tout hasard,
Cela a pu arriver.
Cela a dû arriver.
Cela est arrivé plus tôt. Plus tard.
Plus près. Plus loin.
Pas à toi.
Tu as survécu, car tu étais le premier.
Tu as survécu, car tu étais le dernier.
Car tu étais seul. Car il y avait des gens.
Car c'était à gauche. Car c'était à droite.
Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre.
Car le temps était ensoleillé.
Par bonheur il y avait une forêt.
Par bonheur il n'y avait pas d'arbres.
Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein,
un chambranle, un tournant, un millimètre, une seconde.
Par bonheur le rasoir flottait sur l'eau.
Parce que, car, pourtant, malgré.
Que se serait-il passé si la main, le pied,
à un pas, un cheveu
du concours de circonstances.
Tu es encore là? Sorti d'un instant encore entrouvert?
Le filet n'avait qu'une maille et toi tu es passé au travers?
Je ne puis assez m'étonner, me taire.
Ecoute
comme ton cœur me bat vite.
Wislawa Szymborska.
L'auteur, Prix Nobel de Littérature (1996) est née en
Pologne en 1923. Elle vit à Cracovie, à quelques kilomètres
d'Auschwitz où le hasard n'était pas absent.

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  • 1. 1 Présidente d’Honneur : Doris Bensimon L.d.J. Siège social 13 rue du Cambodge 75020 Paris N° 125 Janvier-février 2014 le numéro 2,50€ http://www.liberte-du-judaisme.fr Editorial Ce n'est pas sans crainte que depuis plus de deux années nous suivons ce qui se passe en Tunisie. C'est la raison pour laquelle nous avons consacré en partie cette Lettre à ce pays. Nous avons rencontré lors d'un de ses passages à Paris Habib Mellakh qui se bat, avec d'autres, pour que les salafistes ne fasse pas la loi au sein de l'Université de Tunis et nous avons demandé à deux de nos amis, Wolfgang Freund et Albert Maareck, qui connaissent bien la Tunisie de nous rappeler ce qu'était la présence juive dans ce pays. Mais regarder ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée ne nous empêche pas de voir ce qui se passe dans notre propre pays. Les attaques abjectes dont a été l'objet le Garde des Sceaux, sont-elles différentes de celles qui ont été menées en leur temps contre Léon Blum et Pierre Mendes-France lorsqu'ils furent à la tête de l'Etat ? Au moment où une enfant est poussée par ses parents à brandir une banane parce que Christiane Taubira est noire, comment ne pas évoquer les terribles conséquences du racisme comme, entre autres, il a deux ans l'assassinat ciblé, à Toulouse, de trois enfants juifs. C'est dans ce contexte que nous nous sommes associés à la déclaration du RAJEL que nous reproduisons ci-dessous. Cette Lettre clôturant l'année nous nous souhaitons pour 2014 une année débarrassée de ces scories. Le Bureau Le RAJEL, Réseau des Associations Juives Européennes Laïques, condamne fermement la dérive raciste actuelle qui répand ses braises partout en France et en Europe. Le RAJEL s'associe aux actions qui combattent ce climat nauséabond et condamne avec une grande fermeté les injures racistes de ces dernières semaines envers Mme Christiane Taubira. Garde des Sceaux. Le RAJEL condamne les déclarations d'une candidate du Front National aux élections municipales et celles de ce même Front National qui, tout en excluant cette candidate, minimise l'importance de ses déclarations. Les membres du RAJEL sont horrifiés par les invectives d'enfants, mis en avant par des adultes, qui mettent en danger le Pacte républicain et tous les efforts de l'éducation pour un mieux-vivre ensemble. Tous ces faits et déclarations racistes, sur fond d'inquiétudes sociales, loin d'être des détails de l'histoire, sont des atteintes violentes contre chacun et chacune d'entre nous. Nous n'acceptons pas leur banalisation. Regard "synthétisant" sur les Juifs de Tunisie Contre plus/minus 140.000 au moment de l’indépendance du pays (1956), il n’y en a plus tellement, peut-être 3000 en tout et pour tout. Dont 1300 sur l’île de Djerba qui y vivent " à l’ancienne", et quelque chose comme 1500 à 2000 dans le Grand Tunis. Sinon les traces de l’une des plus anciennes communautés judéo-maghrébines, jadis florissantes, il faut les chercher aujourd’hui ailleurs : en France, en Israël, voire, un peu partout dans le monde. Pour illustration : un peu plus de 100.000 Israéliens juifs revendiquent aujourd’hui, des racines tunisiennes. Petit rappel historique : il existe, en fait, deux "communautés" de Juifs tunisiens : les Yähoud twänsa et les Yähoud grana, c’est-à-dire les Juifs tunisiens et les Juifs livournais. Grana étant une déformation linguistique de Livorno, ville côtière italienne, qui avait reçu aux 15e et 16e siècles, de nombreux Juifs hispaniques ayant fui les horreurs de l’Inquisition de la très catholique "Nouvelle Espagne". Beaucoup de ces Juifs "livournais" avaient continué, par la suite, leur migration vers les côtes relativement paisibles et tolérantes de la Tunisie, d’où leur appellation Yähoud grana, Juifs livournais. Les Yähoud twänsa par contre forment en Tunisie une communauté juive millénaire, ayant vécu dans le pays depuis la nuit des temps et dont le reliquat le plus "visible" est aujourd’hui la communauté juive de Djerba. La langue "maternelle " des Twänsa était/est le " judéo-arabe", un arabe tunisien truffé d’hébraïsmes qui s’écrit en caractères hébraïques. Les Livournais par contre avaient amené avec eux l’italien comme langue véhiculaire. Je me souviens encore, lors de mon premier séjour à Tunis en 1962, de tous ces Livournais pas tout à fait comme les autres, assis dans les cafés du centre-ville de Tunis, sirotant café ou boukha (schnaps de figues, une
  • 2. 2 spécialité judéo-tunisienne), habillés à l’européenne, portant chapeaux et discutant entre eux en italien ou en français, voire dans un sabir italo-franco-hébraïco- arabe tout à fait délicieux. Bien entendu aujourd’hui - les mariages mixtes, les impacts de la francisation et de l’arabisation générales, une certaine " laïcisation" de l’Etat tunisien moderne aidant - les différences entre Grana et Tounsi se sont largement estompées. Un "Juif tunisien" de 2013 est un "Juif tunisien". Point. Basta. Puis, les différents gouvernements tunisiens, à l’occasion de certains événements d’intérêt national, insistent régulièrement sur le fait que "nos concitoyens de confession juive" (cette épithète me rappelle toujours " unsere jüdischen Mitbürger" de feu Konrad Adenauer) sont des Tunisiens à part entière, jouissant des mêmes droits et étant soumis aux mêmes devoirs que n’importe quel autre ressortissant tunisien qui, pour règle générale, est musulman. Le message est entendu, et il faut reconnaître que cette qualification de la part des représentants significatifs de la " Tunisie officielle" reflète grosso modo la réalité dans la vie de tous les jours. Ce qui n’empêche pas les Juifs qui résident toujours en Tunisie de se comporter en public suivant le vieil adage "vivons cachés, vivons heureux", sauf à Djerba peut-être où ils se démarquent plus visiblement du maelström islamo-national. Mais c’est un cas particulier qui possède ses raisons historiques profondes que tout le monde reconnaît et respecte. Les Tunisiens d’aujourd’hui sont certainement, avec les Marocains, les Musulmans les moins "antisémites", c’est-à-dire antijuifs, du monde arabe. Toujours est-il que, dans les relations entre Juifs et Musulmans tunisiens somme toute paisibles, des " couacs" apparaissent de temps à autre. La cause est évidemment à chercher dans les méandres du "tristissime" conflit israélo-arabe dont, bien entendu, les casseroles font souvent du bruit à Tunis, comme ailleurs le long des côtes sud et est de la Méditerranée. Fin 2011 par exemple. Silvan Shalom, vice-premier ministre israélien, lui- même d’origine tunisienne (il est de Gabès, dans le sud du pays), sembla "s’inquiéter" un peu exagérément du sort de ses coreligionnaires tunisiens, à la suite des élections du 23 octobre 2011 dans la Tunisie " postrévolutionnaire", desquelles le parti islamiste Ennahda (Renaissance) est sorti grand gagnant, et Monsieur Shalom d’appeler " la communauté juive établie en Tunisie à quitter la Tunisie dans les plus brefs délais pour s’installer dans les territoires occupés » [souligné WF]. Rien que ça. Bien entendu, Ennahda n’a pas tardé à qualifier cet appel " d’irresponsable et d’irrationnel" précisant " que le choix de tenir ce genre de propos en ce moment précis est fort suspect" Et Roger Bismuth, président de la communauté juive de Tunisie, d’enchaîner dans une prise de position officielle : "Tout ce bruit autour des déclarations de Silvan Shalom n’est qu’une tempête dans un verre d’eau et une tentative de saper le processus engagé par la Tunisie après avoir été délivrée du joug de la dictature."» Puis plus loin : « Aucune partie étrangère n’a le droit de s’ingérer dans les affaires de la Tunisie, y compris les affaires de la communauté juive établie dans ce pays depuis plus de trois mille ans. La communauté juive aime la Tunisie et n’envisage pas de la quitter. » L’affaire s’arrêta là, et, en général, le calme plat règne à nouveau dans les relations que les "citoyens tunisiens juifs" entretiennent avec la Tunisie "officielle", tant que "l’islamité" récemment renforcée de celle-ci, because élections "démocratiques", n’interfère pas trop dans la vie quotidienne. Mais des " sensibilités " particulières entre Tunisiens musulmans et Tunisiens juifs persistent. Je m’en suis aperçu, il y a encore peu de temps. Voulant prendre quelques photos de la Grande Synagogue de Tunis, sise Avenue de la Liberté en plein centre-ville, je suis soudainement assailli par trois " barbouzes " habillés lambda et criant " interdit, interdit ". Un officier de police, lui en tenue, se joint à eux et m’explique :" Pour des raisons de sécurité il est interdit de photographier la synagogue de l’extérieur." Je rigole, j’insiste, sortant ma carte de presse. Il me conduit dans une maison voisine où habite le responsable (juif) de la synagogue, lequel, après avoir écouté mes explications me conduit gentiment à l’intérieur de la synagogue où il me laisse photographier à volonté, tandis que l’officier de police m’attend dehors, après avoir confisqué mon passeport qu’il garda dans sa poche, jusqu’à mon retour. Tout se termine dans l’hilarité générale, et on me lance l’exclamation rituelle : " Soyez le bienvenu en Tunisie !" Détail croustillant dans ce contexte : il paraît que les ayants droit au scrutin de la communauté juive sur l’île de Djerba avaient majoritairement voté pour le parti islamiste Ennahda. Qu’Allah les écoute ! - Porteurs de kippa et de turban, même combat ? Devant l’Eternel peut-être, quant aux tristes affaires de la vie d’ici-bas, le doute reste permis. Wolfgang Freund * Sociologue franco-allemand d'origine alsacienne, auteur d’une thèse de doctorat en langue allemande sur "Les Djerbiens en Tunisie“. - W. Freund a travaillé comme enseignant et chercheur, dans les universités de Cologne, de Strasbourg-II, de Paris-II, de Tunis, d’Ain Shams et Américaine au Caire, de Beer-Sheva. Il vit aujourd’hui, en France. Il retourne régulièrement, comme " journaliste indépendant", en Tunisie, en Egypte et en Israël.
  • 3. 3 Lu, Vu et Entendu La Tunisie au cœur. Nous avons tous, plus ou moins, les yeux braqués sur ce petit pays, si proche de l'Europe , moins de 200 km séparent les côtes tunisiennes de celles de la Sicile, si proche de la France de par l'usage du français, si proche du cœur des Juifs qui y sont nés et qui y ont vécu. C'est une des raisons pour lesquelles nous avons rencontré, à quelques uns, le dimanche 10 novembre, Habib Mellakh, Professeur de Littérature Française à "La Manouba". Le doyen de l'Université de La Manouba, Habib Kazdaghli, a été traîné devant les tribunaux pour avoir résisté aux empiétements des Salafistes. Il a été acquitté, ce qui n'a pas empêché le Ministère Public de faire appel contre ce jugement. Habib Mellakh a rendu compte de ces événements dans un livre qui porte le joli titre de "Chroniques du Manoubistan". Habib Mellakh a tenté de nous expliquer toute la complexité et la spécificité de la situation tunisienne et en quoi elle est différente de la situation en Egypte. Tout d'abord un peuple avide de savoir qui, dès avant l'instauration du protectorat français, avait commencé à mettre en place les moyens d'éducation ouvrant sur la modernité. Enseignement moderne qui est venu se greffer sur le fond très ancien d'études théologiques de la Zitouna. Ensuite une armée qui se tient à l'écart des débats politiques, un syndicat puissant, l'UGTT, et surtout des femmes, beaucoup de femmes, qui ne tiennent pas à voir se mettre en place une société islamisée où elles perdraient tous les acquits obtenus sous la houlette de Bourguiba. En face, un parti "Ennahdha" arrivé avec une Assemblée élue pour promulguer une Constitution, et qui, englué dans ses contradictions, n'arrive pas à sortir un texte acceptable pour la majorité des Tunisiens. Un texte dont le dernier projet est sorti en juin 2013 qui, s'il ne fait plus explicitement référence à la Charia, posait tout de même que "L'islam est la religion de l'Etat" et ceci d'une façon irréversible (art 141) (1) . Ennahdha, profitant de l'auréole de martyr que lui avait préparée le régime de Ben Ali, se présente comme modéré, ce qu'il n'est pas selon H. Mellakh, mais c'est, par contre, un parti expert dans le double langage dont le président de la République Moncef Marzouki est l'exemple le plus marquant. (2) Notre ami Jean Ferrette a, lui, voulu voir ce qu'il en était, de ses propres yeux, et il s'est rendu à Tunis en cette fin du mois d'octobre. Il a assisté à quelques manifestations, celles qui réclamaient le départ de l'actuel gouvernement et celle des policiers qui sont actuellement des cibles privilégiées pour les islamistes. Il en est revenu avec quelques photos (ci-dessous) et la conviction que " l'islamisme n'a aucun avenir, en Tunisie et, a fortiori, ailleurs…. …les islamistes ne représentant aucune force, aucune catégorie sociale proprement tunisienne: il s'agit d'une implantation "hors sol", qui n'a été possible qu'avec l'argent du Qatar, l'opportunité d'une situation caractérisée par une forte désorganisation des laïques, la non éducation politique des électeurs et le désarroi de jeunes désœuvrés. Il est frappant de voir comment toutes les forces s'expriment contre Ennahdha: les organisations patronales, les professions libérales, l'UGTT, les salariés du secteur public et privé, l'armée, la police.... Ceci dit, ils peuvent en attendant, faire beaucoup de mal… " 1- Il semble que cet article 141 ait été modifié depuis 2- On relira utilement ce qu'en a dit notre amie Simone Bismuth dans la Lettre de LdJ n°121 Bureau de Liberté du Judaïsme. Maryse Sicsu Présidente Isidore Jacubowiez Vice-Président Marlyse Kalfon-Medioni Secrétaire Odile Volf Secrétaire adjointe Noémie Fischer Trésorière Simone Bismuth Trésorière adjointe Contact L. d. J.: 01 46 55 73 83 73 ou secretariat2@ liberte-du-judaisme.fr Site internet : www.liberte-du-judaisme.fr Si vous n'avez pas encore réglé votre cotisation ou votre abonnement à la Lettre de L.D.J, pour l'année 5774 (Septembre 2013 à août 2014), faîtes le rapidement. Si vous le pouvez, faites un don à L.d.J. Il peut être déductible de vos impôts. Un certificat CERFA vous sera délivré. Envoyez vos chèques à notre trésorière : Noémie Fischer 119 bis rue d'Avron 75020 Paris
  • 4. 4 Histoire La COMMUNAUTE JUIVE de SOUSSE à l’époque du Protectorat français (1881 à 1956) Le Protectorat français s’établit en Tunisie à partir de 1881 et se maintint jusqu’en 1956, date à laquelle le pays recouvra son indépendance nationale. Les Communautés juives se répartissaient essentiellement dans les grandes villes côtières et à l’île de Djerba ; la plus nombreuse était celle de Tunis (entre 30 à 40 000 âmes) ; celle de Sousse était estimée à 4 000 individus à la fin du XIXe siècle. La Communauté juive de Sousse entre traditions et nouvelles influences La Communauté locale se caractérisait par une forte inégalité sociale au début du XIXe siècle : les notables, riches propriétaires d’oliveraies et industriels, dominaient le reste de la population juive composée essentiellement de nombreuses familles plongées dans une extrême misère. De fortes traditions marquaient l’ensemble de la Communauté desquelles n’étaient pas exclues certaines superstitions. Ces notables (familles Errera, Pariente, Ghez…) participèrent à l’installation d’une école de l’Alliance israélite en 1883 ; certains directeurs rencontrèrent toutefois quelques difficultés dans leurs rapports avec ces familles, désireuses avant tout de conserver leur emprise. L’enseignement de l’hébreu, corde sensible de la tradition locale, fut jugé insuffisant par les rabbins conservateurs locaux et de nombreux parents en accusèrent les responsables de l’Alliance. Entre temps, de nouvelles orientations se manifestèrent et notamment une tendance libérale assimilationniste, désireuse de répandre la culture française (ouverture d’une bibliothèque en 1907), ce qui ne manqua pas de provoquer la réaction du grand rabbin Youssef Guez, accusé de "fanatisme" par les libéraux. Cette tendance, dominée par la personnalité de l’avocat Salomon Tibi, restait malgré tout minoritaire ; elle s’efforçait d’encourager les familles juives à faire instruire leurs enfants dans les écoles publiques françaises. Au lendemain de la Première guerre mondiale, sous l’impulsion de l’association Aghoudat Tsion créée à Tunis, l’idéologie sioniste se répandit progressivement à Sousse ; des groupements firent leur apparition tels Terahem Tsion , qui s’efforcèrent de recueillir des fonds pour le Keren Kayemet . La venue de la capitale en 1922 d’Alfred Valensi et de son épouse, militants sionistes fortement engagés, connut un certain retentissement dans la société juive soussienne. Des mouvements de jeunesse se développèrent à leur tour, ce qui indiquait la forte attraction exercée par le sionisme sur la jeunesse locale (UUJJ, Damir, EJF). La société juive était donc entrée dans une période de mutation, sous l’influence de l’assimilationnisme français et du sionisme militant. Antisémitisme et évolution de la Communauté locale. Des troubles antisémites éclatèrent en 1917, en pleine guerre mondiale : partis de Tunis, ils se répandirent également dans d’autres villes et notamment à Sousse : boutiques juives pillées, à l’initiative de tirailleurs indigènes avec l’aide de la population arabe. Les avocats israélites Tibi et Daninos protestèrent auprès des autorités françaises accusées de mollesse… Ces événements mettaient en évidence les rancœurs des musulmans et des Européens contre une communauté israélite en grande évolution sociale et économique. La période de l’entre-deux guerres se caractérisa par l’expression de revendications électorales en 1922 de la part de la Communauté soussienne qui, à l’instar de celle de Tunis, demanda d’appliquer le système électoral pour nommer les responsables d’un Conseil de la Communauté israélite à Sousse. Cette aspiration se heurta au refus des services du Protectorat, peu favorables à satisfaire ces velléités démocratiques. Les tendances récurrentes aux divisions internes se manifestèrent également en 1928 lorsqu’il fallut procéder à la nomination d’un nouveau Grand rabbin à Sousse pour succéder à Youssef Guez devenu Grand rabbin de Tunisie. Des divergences apparurent entre les partisans d’Abraham Sfez et ceux de David Boukobza. Chalom Flak, aux tendances modernistes, fut choisi en 1929 comme Rabbin intermédiaire,ce qui provoqua la réaction des traditionalistes. A son décès, intervenu en 1936, David Boukobza fut finalement choisi pour lui succéder. Sur le plan scolaire, l’attirance des familles soussiennes vers les écoles publiques s’accentua de plus en plus et favorisa l’occidentalisation de la société juive (années 1920 à 1942). Les responsables de l’Alliance s’évertuèrent à faire face à cette perte de prestige de leur propre établissement. Occupation allemande et démocratisation de l’institution communautaire Le déclenchement de la deuxième guerre mondiale eut pour conséquence l’occupation allemande de la Tunisie (Novembre 1942 à Mai 1943). Un Comité provisoire présidé par l’avocat Georges Binhas fut nommé à Sousse pour assurer les relations entre l’occupant et la communauté juive qui fut imposée de lourdes amendes par les gradés allemands. A la libération de la Tunisie, un inventaire fut établi pour rembourser les victimes de ces taxes discriminatoires. Une nouvelle fois, à partir de l’année 1945, le Comité de Sousse relança les revendications électorales (rapport du docteur Younès) et, malgré les réticences des services du Protectorat, le décret du 4 mai 1950 accorda finalement un système à deux degrés qui assura à la communauté locale une représentation élue. Isaac Hayat devint le Président du premier Comité israélite élu de Sousse. L’indépendance de la Tunisie intervenue en 1956 sonna le glas de cette évolution constante de la communauté soussienne qui, à l’instar des autres populations juives du pays, choisit le chemin de l’émigration progressive en France et en Israël. Albert Maarek La Lettre de LdJ. Janvier-février 2014 Rédaction et administration 13 rue du Cambodge 75020 Paris Directrice de la publication: Maryse Sicsu Comité de Rédaction : Flora Novodorsqui, Danièle Weill-Wolf, Michel Mohn, Simone Simon, Isidore Jacubowiez, Copytoo 281 rue des Pyrénées 75020 Paris Dépôt légal à la parution ISSN 1145-0584 Les articles signés n'engagent que la responsabilité de leur auteur
  • 5. 5 Lu, Vu et Entendu Juifs et Musulmans Le 16 octobre dernier, au Mahj devant une salle pleine, la Représentante de l'éditeur, Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora qui ont assuré la direction scientifique du livre, ont présenté cette Encyclopédie de 1200 pages qui a nécessité 5 années de travail, la participation de 120 auteurs des mondes juifs et musulmans disséminés de par le monde et qui sera édité le même jour en français et en anglais.(Une traduction en arabe est envisagée) (1) Il n'est pas question ici de résumer un tel ouvrage, les auteurs eux-mêmes ne s'y étant pas risqués. On retiendra qu'il comporte 4 parties: - La période médiévale et la naissance de l'Islam - Les temps modernes et l'expansion de l'Islam - Les temps présents et les problèmes actuels - Les points de rencontre, confrontation, divergence et convergence. Dans les explications de textes qui ont suivi, on retiendra la question de la Dhimmitude qui a fait couler tant d'encre. Instaurée, à l'origine, comme protection des communautés minoritaires, et pas seulement des Juifs, elle est devenue au cours des âges de moins en moins supportable, surtout lorsque mises en contact avec l'Occident ces populations prirent connaissance de l'égalité citoyenne actée en France en particulier. C'est à la suite de cela que les Communautés juives orientales se sont mises en marche, bien avant, dit Stora, le décret Crémieux offrant cette citoyenneté au Juifs d'Algérie. Cette marche vers le droit occidental n'a pas été l'apanage des Juifs, les élites arabes l'ont tenté également, mais en vain, ce qui explique en partie "les révolutions arabes" de 2011. Les auteurs sont bien conscients que ce n'est pas un livre, aussi conséquent soit-il, qui résoudra les problèmes actuels des relations judéo-arabes, mais ils notent que de plus en plus de jeunes originaires de ces pays essayent de se réapproprier l'Histoire, leur histoire, et qu'un livre de ce type possible aujourd'hui ne l'aurait pas été il y a quelques décennies ; "Les Temps modernes" de J.P. Sartre qui avait tenté de le faire en 1967 n'avait pu que constater que le dialogue souhaité s'était transformé en deux monologues sans aucun espoir ni envie de convergence. I.J. 1) "Histoire des relations entre juifs et musulmans des origines à nos jours", Editions Albin Michel, sous la direction de : Abdelwahab Meddeb Enseignant de littérature comparée à l’Université Paris-X. Animateur de l’émission "Cultures d'islam" sur France-Culture, et Benjamin Stora, Historien, Professeur à l'université Paris-XIII et à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales Une histoire dans l'Histoire Jacques Faïtlovitch et les Juifs d’Ethiopie Les Juifs d’Ethiopie se nomment les Béta-Israël (la Maison d’Israël). Au siècle dernier, ils étaient connus sous le terme de Falachas. Cette dénomination péjorative de leur entourage n’a plus cours aujourd’hui. Les Béta-Israël auraient pu disparaître au cours de ce siècle, oubliés du monde juif. Mais un homme consacra sa vie entière à les défendre : Jacques Faïtlovitch (1881–1955) renversa probablement le cours de l’histoire des Juifs d’Ethiopie quand il prit la décision de partir sur les traces de son maître, Joseph Halevy, dont il suivait les cours à l’Ecole des Hautes Etudes de Paris. En 1867, ce dernier s’était rendu dans les villages habités par les Falachas à la demande de l’Alliance Israélite Universelle. Des récits commençaient à parvenir au sujet de conversions forcées de Juifs en Afrique. Halevy vit aussitôt que les Falachas étaient des Juifs en difficulté. Malheureusement, il ne put faire partager sa conviction aux responsables de l’Alliance. Ses efforts ne furent cependant pas inutiles puisqu’il insuffla l’idée à l’un de ses élèves. Jacques Faïtlovitch, né à Lodz, en Pologne, n’avait pas vingt-trois ans quand il persuada le baron Edmond de Rothschild de financer sa première expédition. Il partit en Abyssinie avec une énergie dont la flamme ne s’éteignit jamais. En 1904, après un grand nombre de difficultés, Faïtlovitch arriva à Gondar, que J. Halevy n’avait pu atteindre en raison de l’instabilité du pays, une quarantaine d’années plus tôt. Il passa quatorze mois avec les Falachas, vivant dans les villages et participant aux offices religieux. Les Béta-Israël lui firent confiance après avoir constaté qu’il n’était pas un missionnaire venu les convertir, mais un Juif prêt à les aider et soucieux de connaître leurs traditions. Faïtlovitch découvrit un autre judaïsme antérieur au Talmud. Lui même se situait dans le courant de l’orthodoxie moderne. Il s’efforça non sans mal de changer les pratiques des Béta-Israël qui continuaient les sacrifices rituels abandonnés depuis la destruction du Temple. De retour à Paris Faïtlovitch présenta son rapport au baron de Rothschild ; il insista moins sur les persécutions passées que sur le manque d’éducation qui
  • 6. 6 faisait des Falachas des proies faciles pour les missionnaires. Sa demande de soutien resta sans écho ; il résolut alors d’agir lui-même. Dès ce premier voyage, Faïtlovitch avait amené avec lui deux jeunes garçons, Tamrat Emmanuel et Getie Jeremias, qu’il confia à l’Alliance afin d’en faire plus tard des enseignants et des leaders. Tout en préparant sa thèse à la Sorbonne, il organisa des comités pour les Falachas en Europe et aux Etats-Unis. Ces comités l’aidèrent à financer les expéditions suivantes. Faïtlovitch obtint le soutien moral de plusieurs rabbins dont Zadoc Kahn, le grand rabbin de France. En revanche, les notables de l’Alliance persistèrent à considérer l’existence des Juifs d’Ethiopie comme une question marginale. Cependant, ils consentirent à réexaminer leur position, mais désignèrent à cet effet le rabbin Haïm Nahum, futur grand rabbin de Turquie. Faïtlovitch refusa la place de subordonné qui lui était proposée, estimant que son expérience et son savoir sur la question n’étaient pas pris en compte. Il organisa sa propre expédition. Les deux hommes se croisèrent dans la province du Tigré, le 1er mai 1908. Ils se saluèrent et se parlèrent peu. Nahum rédigea le rapport que l’Alliance attendait. Il décrivait les Falachas comme des " mosaïstes" convertis par un groupe judaïsé venu d’Egypte au IIème ou IIIème siècle. Il minimisait leur population, qu’il évaluait à six ou sept mille. En fait, il n’était pas allé dans les villages les plus reculés et ne parlait pas l’amharique, contrairement à Faïtlovitch. Les officiels éthiopiens l’avaient facilement induit en erreur. De son côté, Faïtlovitch s’enfonça à l’intérieur du pays, où il fut reçu comme le Messie par la population juive. Il dut expliquer qu’il n’était qu’un simple "Falacha" blanc. A Addis-Abeba, il obtint une audience de l’empereur. Il plaida la cause des Falachas en butte aux accusations de sorcellerie, souvent maltraités et obligés de travailler pendant le chabbat. L’empereur déclara qu’il veillerait à ce que les abus cessassent. En 1921, l’action de Faïtlovitch fut renforcée par l’appel déterminant du grand rabbin Abraham Isaac Kook en faveur des Falachas. En 1924, Faïtlovitch ouvrit le premier collège juif à Addis-Abeba. Dans les années qui suivirent, plusieurs écoles essaimèrent en brousse. Le mouvement mit un frein aux succès des missions protestantes. Près de quarante étudiants furent envoyés en Palestine, en France, en Allemagne et en Angleterre. Une élite fut créée : certains devinrent employés du gouvernement. Tadesse Yaacov devint ministre. Comme il fallait s’y attendre, l’avancée des Juifs entraîna des réactions hostiles du clergé et des officiels. Des professeurs furent emprisonnés et leurs étudiants dispersés. La situation se dégrada encore plus avec l’invasion des fascistes italiens. Pendant le Seconde Guerre mondiale, Faïtlovitch maintint de bonnes relations avec les autorités éthiopiennes. L’empereur Haïlé Sélassié le nomma conseiller à son ambassade du Caire. Après la guerre, Faïtlovitch s’installa en Israël. Sa dernière visite en Ethiopie eut lieu en 1946. Il considérait que dorénavant c’était à l’Etat Juif d’assumer la responsabilité du retour des exilés. Mais, à l’époque, le sort des rescapés juifs d’Europe constituait une priorité. Faïtlovitch ne relâcha pas ses efforts. En 1954, l’Agence juive installa une école de formation à Asmara et rouvrit des classes dans les villages de la région du Gondar. Un an plus tard, vingt-sept garçons et filles furent envoyés dans le village d’enfants de Kfar Batya en Israël. Faïtlovitch, alors infirme et presque aveugle, eut la joie de recevoir une partie d’entre eux dans sa maison de Tel-Aviv. Il mourut quelques jours plus tard. Le soutien de l’Agence juive aux Béta-Israël diminua aussitôt. Néanmoins, les cinquante années d’efforts de Faïtlovitch furent fécondes. Après maintes péripéties, ses élèves et ceux qui continuèrent son combat virent leurs espoirs réalisés. Aujourd’hui la communauté éthiopienne est installée en Israël et compte 131 400 membres. Les succès et les difficultés de son intégration constituent la suite d’une histoire dont la vie de Faïtlovitch est une page inoubliable. Maurice Dorès Poésie Tout hasard, Cela a pu arriver. Cela a dû arriver. Cela est arrivé plus tôt. Plus tard. Plus près. Plus loin. Pas à toi. Tu as survécu, car tu étais le premier. Tu as survécu, car tu étais le dernier. Car tu étais seul. Car il y avait des gens. Car c'était à gauche. Car c'était à droite. Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre. Car le temps était ensoleillé. Par bonheur il y avait une forêt. Par bonheur il n'y avait pas d'arbres. Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein, un chambranle, un tournant, un millimètre, une seconde. Par bonheur le rasoir flottait sur l'eau. Parce que, car, pourtant, malgré. Que se serait-il passé si la main, le pied, à un pas, un cheveu du concours de circonstances. Tu es encore là? Sorti d'un instant encore entrouvert? Le filet n'avait qu'une maille et toi tu es passé au travers? Je ne puis assez m'étonner, me taire. Ecoute comme ton cœur me bat vite. Wislawa Szymborska. L'auteur, Prix Nobel de Littérature (1996) est née en Pologne en 1923. Elle vit à Cracovie, à quelques kilomètres d'Auschwitz où le hasard n'était pas absent.
  • 7. 7 Lu,Vu et Entendu Maryan, La ménagerie humaine "Comme un chien" dit K. C'était comme si la honte allait lui survivre". C'est sur ces mots que se termine le "Procès" de Kafka et c'est ce chien qui a servi de fil conducteur entre Maryan, Agnon et Kafka, lors d'une lecture au Mahj (1) d'écrits des deux derniers dans le cadre de l'exposition consacrée au premier. Pinhas Burstein dit Maryan est né en 1927 quelque part en Galicie polonaise. Il avait donc 14 ans lorsque les nazis arrivèrent. Transbahuté de ghettos en camps, il finit par être fusillé. Etre transpercé de part en part par une balle et rester vivant est une expérience peu banale et on comprend que l'on en reste traumatisé pour toute son existence. Maryan a dit quelque part que ses peintures ne doivent pas être vues à travers son vécu, mais comment faire autrement quand on voit ses visages déformés, ses personnages grotesques qui peuplent ses tableaux, ses enceintes closes par des murs de pierres. Un peu avant la fin de sa course en ce monde, Maryan alla consulter un psy qui lui conseilla de dessiner pour surmonter ses angoisses. Il le fit sur des carnets qui sont actuellement exposés au MAHJ. Dans ces carnets il se représente souvent en chien ; en chien de juif, en chien fou comme le "héros" de la nouvelle qu'Agnon écrivit dans les années 1920, "Le Chien Balak" qui sème la terreur à Jérusalem parce qu'il a été marqué non d'une étoile jaune mais d'une marque indélébile "Chien fou" alors qu'il n'est en rien différent des autres représentants de la gens canine. Allez voir Maryan au MAHJ ! Bien sûr, on est loin du "beau" mais cela donne à réfléchir. I.J. 1) Au Mahj le 14 novembre : deux lectures par Michel Wuillermoz et Eric Elmosnino. Présentation de Daniela Amsallem (maître de conférences, université de Savoie) et de Pierre Pachet (Ecrivain) La Lettre de LdJ. Novembre-décembre 2013 Rédaction et administration 13 rue du Cambodge 75020 Paris Directrice de la publication: Maryse Sicsu Comité de Rédaction : Flora Novodorsqui, Danièle Weill-Wolf, Michel Mohn, Simone Simon, Isidore Jacubowiez, Copytoo 281 rue des Pyrénées 75020 Paris Dépôt légal à la parution ISSN 1145-0584 Autour d'un voyage Faut-il brûler Kafka ? demandait une revue, proche du Parti Communiste Français en 1946. On reste, aujourd'hui, stupéfait qu'une telle question ait pu être posée à peine plus d'un an après l'ouverture du camp d'Auschwitz où les sœurs de Frantz Kafka furent gazées et brûlées. Il est vrai qu'entre Kafka et le réalisme socialiste à la mode, dans ce milieu là, à cette époque là, il y avait un abîme. Il faut tout de suite dire qu'il n'y eut guère de réponses positives. Certains osèrent même avancer, - en 1946 !- que l'univers absurde et bureaucratique décrit par Kafka était celui du communisme. Quand on lit le "Procès" (1) et qu'on sait maintenant la façon dont se sont déroulés les procès dans les Pays du bloc soviétique, et à Prague en particulier, on a du mal à ne pas faire le parallèle. Quand un des personnages du Procès dit à K "…on ne peut rien faire contre ce tribunal, on est obligé d'avouer. Ce n'est qu'à partir de ce moment là que vous aurez une possibilité de vous en tirer...(p.146)" et qu'on lit ensuite "l'Aveu" d'Artur London (2) , on voit que la réalité n'a fait que copier la fiction. Mort en 1924, Kafka n'avait d'ailleurs jamais entendu parler du Réalisme Socialiste. C'était la grande époque du Surréalisme et les surréalistes, et leur pape André Breton, en particulier, tentèrent de s'annexer Kafka, car en effet quoi de plus étrangement réaliste (4) que le monde Kafkaïen ? Mais Kafka est-il "annexable"? Probablement pas, malgré les différentes tentatives qui ont pu être faites et s'il a finalement été annexé c'est par Prague, sa ville natale, à laquelle il était tant attaché. Lorsque l'on visite Prague, on peut voir maintenant la place qui porte son nom, la maison où il est né, le lycée où il a fait ses premières armes, la boutique de son père qui pesa si lourd sur lui que Franz se trouva dans l'obligation, à 27 ans passés, d'écrire cette "Lettre au père", qui fait le plaisir des amateurs de belles-lettres et des psychanalystes. A Prague, on peut voir aussi, devant la "synagogue espagnole" transformée en musée et en salle de concert, un Franz Kafka en bronze juché sur les épaules d'un homme de forte carrure, sans tête, sans mains et sans buste, qui peut être le père, mais qui peut être tout aussi bien Franz lui-même par un dédoublement absurde dont il avait le secret, ou bien encore l'un de ces K qui peuplent ses livres, perdus dans un monde sans queue ni tête, qu'ils essayent de comprendre et dans lequel ils essayent de survivre.
  • 8. 8 Franz Kafka faisait partie de cette bonne société juive de Prague, occidentalisée (3) qui parlait allemand et qui ne se rendait à la Synagogue que le jour de Kippour. Il a écrit en allemand, tout en se sentant comme un "invité" (4) dans cette langue, ce qui explique sans doute son attirance pour le Yiddish quand il rencontra des "théâtreux" qui jouaient en cette langue. Il s'impliqua et en 1912, au cours d'une soirée consacrée à la poésie juive, il prononça son fameux "discours sur la langue yiddish" : " …je tiens à vous dire, Mesdames et Messieurs, combien vous comprenez plus de yiddish que vous ne le croyez." Cette dualité, il la vécut également dans l'histoire ; né dans l'empire austro-hongrois où il était de bon ton de parler allemand, il se retrouva citoyen en 1918 de la toute nouvelle république Tchécoslovaque dont sa ville Prague devint la capitale et la langue officielle le Tchèque. Cette dualité il l'a vécue aussi comme tout Juif dans ce monde, ce monde qui parfois tourne à l'envers comme les aiguilles de la fameuse horloge du quartier juif de Prague qui tournent dans le sens inverse de toutes horloges sensées. Prague vient d'ouvrir un musée consacré à Kafka dans lequel il a été essayé de rendre toute la complexité de l'homme-écrivain. Dès l'entrée, des images troubles se succèdent sur un écran, des vues de Prague tremblantes, comme pour nous indiquer d'office la difficulté à le comprendre ; un peu plus loin, un visage de femme, derrière un rideau de tulle qui ondule et modifie son image, essaye d'illustrer ses incertitudes envers les femmes qu'il a fréquentées et qu'il ne s'est jamais décidé à épouser, de peur sans doute de ne pouvoir assumer son écriture. La dernière de ces femmes, Dora Dymant, aurait peut-être pu réussir à lui faire franchir le pas, elle était juive, elle venait de Pologne, elle était sioniste, elle était jeune, mais il était trop tard. Il finit par mourir de cette "…maladie spirituelle qu'est la tuberculose." (5) Isidore Jacubowiez 1) Franz Kafka : "Le procès" Flammarion 2) Artur London " L'aveu" Folio/Gallimard 1968. 3) "Je suis un juif d'Occident, le plus occidental de tous" (F. Kafka: "Lettres à Milena") 4) Marthe Robert : "Kafka" Gallimard 1960 (p.116) 5) Lettre à sa sœur Ottla Visitez notre Site : "Liberte-du-judaisme.fr" Vous pourrez y écouter ou réécouter les conférences des années écoulées Lu, Vu et Entendu LA CELESTINE Fernand de Rojas (1470-1541). est né au village de Montalban près de Tolède, aux environs de 1470. Alors qu’il suit des cours de droit à l’Université de Salamanque, il découvre par hasard le premier acte d’un manuscrit au sein de l’Université. Il y ajoute vingt autres actes qui constituent la pièce et qu’il nomme plus tard "La Célestine ". Cette création s’effectue à un moment où sévit en Espagne l’Inquisition envers les Juifs et ceux d’entre eux qui se sont convertis au christianisme. En écrivant cette pièce, l’auteur dénonce les hiérarchies sociales et littéraires de l’époque qu’il souhaite voir détruire. Il considère cette œuvre comme une comédie tandis que la critique en fait une tragédie en raison de la fin malheureuse des principaux protagonistes. Elle est interprétée aujourd’hui comme l’expression tragico- comique du monde et de l'individu. Devenu bachelier en droit, Fernand de Rojas choisit la profession d’avocat. Il a un peu plus de vingt ans quand il écrit cette comédie. Il se marie à Eléonore Alvarez avec qui il a quatre garçons et deux filles. En 1488, son père est condamné au bûcher comme juif hérétique. Son beau-frère, Alvaro de Montalban lui demande de le défendre auprès du Tribunal inquisitorial qui le citait comme Juif converti. Mais Fernand de Rojas fut disqualifié pour les mêmes raisons au nom du principe de la pureté du sang "La limpieza de la sangre", et ce malgré sa conversion. Dès la fin du 14éme siècle, une vague d’antisémitisme d’une rare violence parcourt l’Espagne qui commence la reconquête du pays contre les Arabes. C’est l’époque de l’acharnement purificateur du Saint- Office et dans le même temps de l’humiliation et de la précarité dans les quartiers juifs en Espagne. Tous les excès sont alors permis : prison, spoliation, déshonneur public. Cette situation explique les précautions de l’auteur dans la pièce concernant les origines propres de sa famille mais aussi son intention de dissimuler certaines charges contre l’Inquisition qu’il introduit dans cette comédie. "La Célestine" a été considérée comme une œuvre fondatrice du théâtre espagnol. Elle a eu une influence immense dès sa publication sur le théâtre et le roman. Elle servira de modèle aux dramaturges du Siècle d’Or (XVIe siècle) en Espagne et en France. Molière s’en inspira dans "l’Ecole des Femmes" et dans d’autres pièces. Pour Fernand de Rojas, la vie humaine est perçue comme une lutte tragique où l’homme est entraîné par des forces qu’il ne contrôle pas.
  • 9. 9 Il en est ainsi dans sa pièce où le malheur s’abat aussi bien sur l’héroïne Mélibée ou son père Plébério, que sur la Célestine, la vieille maligne. Le destin reste le maître de la vie dans cet univers païen de la pièce qui exclut la notion chrétienne du péché. La pièce est conçue sur une moralité qui se rattache à la fois au Moyen-âge et à la Renaissance. Elle se présente comme une œuvre profondément espagnole et universelle à la fois, à l’image du Don Quichotte de Cervantès. Son aspect Moyenâgeux consiste pour l’auteur à donner une leçon à des amants éperdus dont les égarements les mènent à la mort, laquelle est l’expression du châtiment divin qui coïncide avec le sentiment religieux. Son aspect Renaissance provient de la sensualité et du paganisme de certaines scènes, de l’idéologie orgueilleuse et sans limite de Calixte, enfin de la complicité sans scrupules des valets Sempronio et Parménio. La double appartenance à ces deux époques se retrouve également dans le langage des personnages. D’un côté, l’expression populaire et proverbiale des gens de la plèbe, entachée par la convoitise et l’égoïsme, de l’autre, celle raffinée et recherchée des nobles qui n’hésitent pas à latiniser et qui n'agissent que par impulsions. Enfin, dernier point commun à ces deux périodes : l’amour de deux jeunes gens immatures ressemble à celui de Tristan et Yseult au Moyen-âge, et l’apparition de vils exploiteurs de cet amour à la Renaissance. Tout au long de la pièce, les références latines et les allusions à la mythologie grecque ont amené les historiens à situer cette pièce dans la tradition chrétienne. Mais ces historiens ont négligé d’autres aspects qui dépassent le contexte occidental pour être universels. Fernand de Rojas connaissait Ovide, le poète latin, Pétrarque et aussi le célèbre philosophe arabe Avicenne qui vécut à Cordoue au XIIe siècle. La création au XVe siècle de la Célestine n’aurait pas été possible sans l’existence d’un théâtre arabe et juif en Espagne aux XIe et XIIe siècles. Dans tous les cas, il est fait état de la femme qui a peu de liberté. Enfermée chez elle, elle ne sort que pour des situations exceptionnelles et toujours accompagnée de sa servante. Elle était donc amenée à ruser vis-à-vis de son époux, en ayant recours à de vieilles femmes expérimentées pour l’aider à se libérer de ses liens de dépendance vis-à-vis du mari. La nouveauté de La Celestine c’est que les événements y sont rares, mais une fois survenus, ils font l’objet de commentaires abondants de la part des personnages. On assiste à un intense va-et-vient : visites, messages, sorties et retours ponctuent la pièce. Soulignons la magnifique traduction d'Aline Schulman qui permet au lecteur français d’accéder à une œuvre d’une modernité surprenante, âpre et implacable ; on y trouve de fréquentes références au monde comme à une forme de " marché" où les personnes sont considérées comme des marchandises et ne valent que par leur prix. De ce fait les véritables valeurs d’humanisme s’estompent au profit de l’argent facile, celui des affaires ou des casinos dont l’unique loi est celle du profit immédiat. Contrairement à l’image espagnole, le théâtre français ne présente pas le personnage de la Célestine comme incarnant le mal. Elle est résolument du côté de la vie, courant d’un lieu à l’autre, frôlant le bûcher. Mais c’est aussi une femme franche et directe qui protège ses filles, accueille le valet Sempronio enfant à qui elle sert de mère. Elle subit le mépris et les injures des hommes. Enfin elle est serviable et maternelle, mais tout dépend avec qui. En conclusion, ce qu’il faut retenir de la pièce, c’est qu’elle a suscité à la fois enthousiasme et répulsion, car on a là un livre de divertissement et d’indécence. Erreur pour ceux qui n’y ont vu que le divertissement en ne tenant compte que de son aspect humoristique, indécence pour ceux qui se sont limités aux pages traitant de la sexualité. On comprend mieux les protestations soulevées au sein de l’Eglise. L’amant, Calixte, présenté comme un héros, n’ayant pas l’esprit de compassion, est indigne des faveurs de Mélibée. Il est décrié par ses domestiques qui se moquent de lui devant ou derrière lui. Il parle comme un hérétique, mais il reste un personnage comique. Cette pièce donne l’idée d’une comédie humaine où un amant de cour incarne la dérision et même le comique. La Célestine en fait son jouet. Il s’y ajoute une part de tragique avec la mort des héros et une part d’humour lorsque les personnages se moquent d’eux-mêmes à tour de rôle. Cette découverte de l’humour est la nôtre et non pas celle des lecteurs et du public du XVIe siècle. Calixte échoue dans sa tentative de séduire Mélibée et meurt. Quant à Mélibée, elle agit comme l’héroïne d’un roman maure, elle est la mal mariée. Après avoir perdu sa virginité à l’acte XIV, elle s’écrie : " Ô pécheresse de moi, si j’avais eu connaissance de telles choses, ma mère, comme tu aurais grâce à me savoir morte". Avant de mourir, elle demande à son père pardon et exprime le souhait d’être enterrée avec son amant. Une célèbre lamentation de Pébério termine la pièce où il s’élève contre l’amour futile et l’amour courtois. Cette phrase rejoint la harangue de l’auteur au lecteur : "Pleure et ris tour à tour à la lecture de cette tragi-comédie où les amants empressés obtiennent un bonheur plus rapide que les autres mais l’éphémère est la loi de notre triste monde dans lequel le plaisir se transforme en malheur". Armand Levy 1) Fernand de Rojas : "La Célestine " Traduction française d’Aline Schulman – 2006 Fayard. Pour être informé en temps réel de nos activités et participer à des échanges et discussions avec d'autres lecteurs de la Lettre de L.d.J. inscrivez-vous à YahooGroupe Courrier-LdJ. Si vous êtes intéressés, signalez-le par mail à : courrier@liberte-du-judaisme.fr
  • 10. 10 Lu, Vu et Entendu Y'a photos Brassai et Blumenfeld, deux photographes juifs nés à la fin du 19e siècle, sont actuellement présentés à Paris, l’un à l’Hôtel de Ville de Paris et l’autre au Musée du Jeu de Paume à la Concorde Gyula Halàsz (Brassai) est né en Hongrie à Brasso (Brasov actuellement en Roumanie) ; après des études artistiques à Berlin, il arrive à Paris en 1924 où il se promène le jour et la nuit en photographiant des graffiti creusés dans les murs de plâtre et en utilisant les contrastes lumineux de la nuit. Ces photos de graffiti de visages composent un intéressant ensemble d’art primitif ; par ailleurs, des statuettes travaillées dans des galets sont impressionnantes dans leur simplicité et rappellent l’art préhistorique. Ensuite il fréquente les cabarets de Montparnasse, les bals musette, les voyous, les prostituées et les artistes ; il photographie les ambiances de la nuit parisienne et cela donne de surprenantes photos avec brouillard, éclairages nocturnes, phares de voitures, réverbères ; photos mystérieuses avec des personnages insolites complétées par une série de photos de couples amoureux et d’enfants au Luxembourg et aux Tuileries. Brassai collabore avec Picasso et photographie son atelier et ses sculptures ; par ailleurs, des photos du cirque Médrano et des Folies Bergère montrent beaucoup de sensibilité et d’insolite concernant les coulisses de la vie parisienne Après la guerre il continue ses déambulations photographiques dans Paris et publie Paris de jour après Paris de nuit sorti avant la guerre ; il collabore à la revue Harper’s Bazaar et reçoit le Grand prix national de la photographie en 1978. Une intéressante expo qui fait suite à celles de Ronis, d’Izis, de Kertèsz (cf. La Lettre n°108) et de Doisneau, toutes présentées récemment à Paris. L’exposition consacrée à Erwin Blumenfeld présente des photos, des dessins, des collages. Né à Berlin en 1897, Blumenfeld part ensuite à Amsterdam et ouvre une maroquinerie qui servira également pour réaliser des portraits photographiques de ses clientes ; ensuite, il s’installe à Paris et devient photographe de mode pour le magazine "Vogue français" ; interné dans les camps du sud de la France, il parvient à fuir aux Etats-Unis où ses photos sont publiées dans de grands magazines américains. Blumenfeld rédige son autobiographie publiée en français sous le titre Jadis et Daguerre ; perpétuel migrant, il s’installe définitivement à New- York en 1941 où il participe à plusieurs expositions et prépare un livre, Mes 100 meilleurs photos, qui sera publié en français et en allemand. Ses dessins et collages de style dadaïste réalisés en Allemagne et aux Pays-Bas sont pleins d’humour comme ses autoportraits délirants. A Paris, il réalise des portraits de Rouault, Matisse, Yvette Guilbert, Marlène Dietrich … avec effets spectaculaires et contrastes saisissants ; puis viennent les extraordinaires photographies de mode en noir sur la Tour Eiffel, en couleur dans les gratte-ciel de New-York dont certaines feront la couverture de grands magazines américains. A la prise de pouvoir d’Hitler, Blumenfeld crée des photomontages saisissants du dictateur, en particulier celui avec des larmes de sang, prémonitoire d’un personnage totalement déshumanisé. Des photos de la cathédrale de Rouen, de la Tour Eiffel, de paysages urbains de Paris et New-York complètent cette exposition qui nous montre un photographe expérimental, original et ayant vécu les tribulations migratoires du 20e siècle. Michel Mohn Pour en savoir et en voir plus * Les photographes hongrois, Brassai, Capa, Kertész, Moholi-nagy, Munkacsi ; Colin Ford, Londres, 2011 *E.Blumenfeld: Jadis et Daguerre ; Textuel, Paris , 2013 ------------------------------------------------- Une si jolie petite gare Elle se trouve sur la Grande Ceinture, le réseau qui entourait Paris pour éviter de le traverser. Les architectes lui ont donné un petit air pimpant dans le style de celles qu'ils concevaient à l'époque pour desservir les stations balnéaires. Elle était surtout utilisée pour le transport de marchandises et entre autres, nous a-t-on dit, pour les produits des jardins qui à l'époque couvraient une partie de la banlieue parisienne. Un jour de 1943, Aloïs Brünner qui avait fait ses preuves en déportant 48.000 juifs de Salonique, fut nommé, sans doute grâce à ce haut fait, à la direction du camp de Drancy. Fort de son expérience il décida de transférer de la gare du Bourget à celle de Bobigny, plus calme, plus campagnarde, les départs pour Auschwitz. C'est cette petite gare où la rampe d'accès des autobus venant de Drancy a disparu, mais où subsistent la voie et le pavage de ce qui servait de quai d'embarquement que nous a emmené Michel Mohn le 10 décembre dernier. 21 convois l'ont quittée entre le 1er Juillet 1943 et le 31 juillet 1944 emmenant vers les camps de la morts 22400 êtres humains qui pour les nazis ne l'étaient plus. Il faisait froid en cette fin d'après midi dans cette zone en friche qui entoure la gare. Un léger brouillard commençait à descendre sur les rails qui serpentent encore sur le sol. Nous étions une dizaine. Il faisait surtout froid dans nos cœurs. I.J.
  • 11. 11 Echos des conférences de L.d.J. Mercredi 13 novembre 2013 Charles Leselbaum Responsable de la Commission Culturelle du B'nai Bri'th Deux figures exceptionnelles dans l'histoire du judaïsme portugais: Le Capitaine Carlos Barros Basto, et le Consul Aristides de Sousa Mendes, Aristide de Souza (1885-1954). est né dans une famille aristocratique aisée. Son père est juge à la Cour d'Appel de Coimbra. En 1910, après avoir étudié le droit, et passé avec succès le concours diplomatique, il est nommé Consul dans divers endroits. En 1928, Salazar est Président du Conseil des Ministres. Aristides est nommé Consul général à Anvers. En 1939, à la déclaration de la guerre, le Consul met sa famille à l'abri au Portugal et revient à la tête du Consulat de Bordeaux, où il est censé appliquer les nouvelles dispositions adoptées par Salazar pour limiter l'entrée des étrangers et des apatrides. Il prend conscience que ces mesures sont très restrictives. En 1940, il rencontre le rabbin Kruger d'Anvers qui lui raconte les exactions commises par les nazis. Alors il ordonne courageusement la délivrance de visas à toute personne qui en fait la demande. En 11 jours, 30.000 Juifs obtiennent leurs visas et partent pour les Amériques. L'armistice est signé le 21 juin. Le 8 juillet, de retour à Lisbonne, son calvaire va commencer. Il est jugé en procès, inapte à diriger un consulat, et, après être dégradé, il sera mis à la retraite à 55 ans. Pour l'aider, la communauté juive de Lisbonne lui verse une indemnité. Il meurt dans la misère en 1954, abandonné de tous. Par la suite, un arbre est planté à Yad Vachem. De nombreux articles sont publiés depuis quelques années sur la personnalité très attachante de ce consul hors norme. Le Capitaine Carlos Barros Basto (1887-1961) est né dans une famille cristiano-novo d'Amarante. Il fait la première guerre mondiale. Convaincu qu'il est Juif, il décide de se faire circoncire et obtient satisfaction à Tanger après les réticences de la communauté de Lisbonne. Il s'installe à Porto et fonde une communauté en 1923.En 1927, le journal "Ha lapid" (le flambeau) est destiné à servir de lien à tous les groupes juifs. En 1928, une première synagogue est installée à Porto pour 140 fidèles. Une Yéshiva est créée en 1929 pour former la jeunesse. La communauté juive est inquiète de son activité qui pourrait porter ombrage à l'autorité de Salazar, catholique très ferme. De plus, il est favorable à la République et suspect aux yeux des autorités. En 1936, des lettres anonymes l'accusent d'abus sexuels sur les jeunes pensionnaires de la Yéshiva. Il réalisera quand même son rêve: la construction d'une synagogue monumentale inaugurée en 1938. Pendant la seconde guerre mondiale, tous ses efforts sont voués à l'oubli, et sa veuve, puis sa fille ne cesseront de réclamer sa réhabilitation, ce qui arrivera après le retour de la démocratie au Portugal. Aujourd'hui, sa synagogue est ouverte et accueille les touristes et d'assez peu nombreux fidèles. Maryse Sicsu Mercredi 11 décembre 2013 LES JUIFS DE TETOUAN, un monde disparu Guerschon Essayag nous a présenté une remarquable analyse historique sur les Juifs de Tétouan au Maroc. Né à Casablanca dans une famille judéo-espagnole Guershon a quitté ce pays en 1967 ; docteur en physique, il prépare un master en hébreu depuis sa récente retraite et travaille sur sa famille tétouanaise et sur l’histoire des Juifs de Tétouan. Il s’est documenté auprès des récits rabbiniques, des notes de voyageurs européens, des rapports de l’Alliance Israélite Universelle installée à Tétouan en 1862. Les Juifs de Tétouan avaient la réputation d’avoir une grande culture, n’étaient pas intégrés au Maroc impérial et formaient une communauté assez misérable dont très peu de traces subsistent actuellement en dehors d’une synagogue et d’un cimetière. Tétouan, crée en 1307 pour contenir la poussée espagnole est une ville fortifiée du Rif. Elle a accueilli favorablement des Juifs expulsés par l'Espagne qui au 15éme siècle s’installent à Tétouan dans la "Juderia " aux cotés de Juifs implantés dans la région depuis bien longtemps. Les Juifs exercent différents métiers dans la banque, la médecine, l’orfèvrerie et la cartographie ; Ils conservent la langue espagnole et pratique la monogamie, ce qui n'était pas le cas des Juifs du cru. Au 18ème siècle un nouveau sultan chasse les Juifs et la Juderia est déplacée hors de la ville ; Les juifs sont environ 8000 juifs vers 1800. Après l'interdiction des représentants consulaires sur le territoire marocain, certains Juifs de Tétouan assurent la représentation des puissances européennes au Maroc et sont à ce titre "protégés". Une guerre entre l’Espagne et le Maroc provoque des massacres à Tétouan et nombreux sont les Juifs qui s’exilent à Gibraltar, à Oran ou à Tlemcen ; l’accord d’Algésiras en 1906 partage le Maroc entre la France et l’Espagne et les Juifs de Tétouan dépendants de l’Espagne s’installent dans la partie moderne de la ville. Par la suite ils soutiendront Franco, parti du Maroc espagnol, lors de son coup d'état contre la République espagnole. En 1956 le Maroc devient indépendant et les Juifs s’exilent en Espagne, en Israël, en France ou en Amérique du Sud ; cet exil avait déjà commencé en 1948 avec la création de l’état d’Israël. A cette époque 5000 Juifs vivaient à Tétouan qui possédait 16 synagogues ; actuellement perdure une ancienne synagogue et quelques Juifs seulement y vivent encore ; le grand cimetière de Tétouan est toujours présent avec environ 10 000 tombes. Suite à cet intéressant exposé, une discussion a eu lieu sur le Maroc et les Juifs au temps du protectorat français et de la présence espagnole. Michel Mohn Le diaporama utilisé comme support de cette conférence est visible sur notre site " liberte-du-judaisme.fr"
  • 12. 12 Activités de LdJ Conférences Le thème général qui a été retenu pour l'année 5774 (2013-2014) est : "Les juifs et leurs exils : ombres et lumières" ---------------------------- Mercredi 11 septembre 2013 Gérard Haddad : Psychiatre, Psychanalyste : La psychanalyse a-t-elle quelque chose à dire sur le travail humain ? Mercredi 9 octobre 2013 "L'immigration juive aux Etats-Unis dans la première moitié du 20éme siècle" Mercredi 13 novembre 2013 Charles Leselbaum, Maître de conférences (Paris-Sorbonne) "Deux figures exceptionnelles dans l'Histoire du Judaïsme Portugais" : Mercredi 11 décembre 2013 Guershon Essayag, Chargé d'études et recherches historiques à Paris Sorbonne La communauté juive de Tétouan au nord du Maroc Mercredi 15 janvier 2014 Marie-Noëlle Postic présentera ses livres : "La vie des Juifs du Finistère sous l'occupation" et "Sur les traces perdues d'une famille juive en Bretagne". Julien Simon présentera le prolongement théâtral "La vie comme la vie" du second de ces livres. Mercredi 12 février 2014 Monique Halpern: Ex-présidente du CLEF qui regroupe nombre d'associations féministes : La prostitution "juive" (1860-1920) : un phénomène mal connu, une amnésie méconnue Mercredi 12 mars 2014 Armand Lévy : L'Alliance Israélite Universelle. Une institution française d'aide et de solidarité dans le combat contre l'ignorance et la misère. Evolution et orientations actuelles Mercredi 19 avril 2014 André Cohen de L'Association de Sauvegarde du Patrimoine Culturel des Juifs d'Egypte "Les Juifs d'Egypte: départ sans retour" _______________________ Les conférences débutent à 19 heures. Ouverture des portes à 18 h 45. Elles sont suivies d'un débat et se tiennent au 13 rue du Cambodge Paris 20ème Cercle de Lecture Dimanche 6 octobre 2013 " La famille Karnovski" de Israël Joshua Singer Denoël 2008 – Traduit du yiddish En présence de Monique Charbonnel qui a traduit le livre. Dimanche 26 janvier 2014 "Voyage vers l'an mil" de A.B.Yehoshua Calmann Levy 1998 – Traduit de l'hébreu Le dimanche 23 mars 2014 "Némésis" de Philippe Roth Gallimard 2010 – Traduit de l'américain Notifiez votre participation au : 01 46 55 73 83 Evénements Dimanche 19 janvier 2014 à 16 heures au 13 rue de Cambodge 75020 Paris Présentation du film de Maurice Dorès et Sarah Dorès "Jacques Faïtlovitch et les tribus perdues" en présence des réalisateurs. Jacques Faïtlovitch gardait tous ses documents, agendas, correspondances, cartes de visite, passeports, plaques photographiques, journaux, livres. Le film s’appuie sur cette riche documentation ainsi que des tournages effectués en France, en Israël et en Ethiopie. (voir page 5) P.A.F. non adhérents 5 euros Samedi 25 janvier 2014 à 16 heures au 13 rue de Cambodge 75020 Paris Nancy Lefenfeld – historienne américaine – de passage à Paris présentera son livre "The Fate of Others" sur une des filières des passages clandestins en Suisse des enfants juifs durant la dernière guerre. La présentation appuyée sur des diapositives se fera en anglais mais la discussion qui suivra se fera en français Réservez dès à présent cette date. . P.A.F. non adhérents 5 euros Et ailleurs  Au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme Une exposition consacrée au peintre Maryan né en Pologne en 1927 dont les œuvres picturales sont irrémédiablement marquées par l'univers de la Shoah à laquelle il a survécu. (voir page 7 ) Jusqu'au 9 février 2014  Au Mémorial de la Shoah Exposition : Salonique et la destruction des Juifs de Grèce. Jusqu'au 1er mars 2014  Au Musée d'Histoire de l'Immigration Exposition sur le thème : Bande dessinée et Immigration A la Porte Dorée Jusqu'au 27 avril 2014  Au Mémorial de la Shoah Regards sur les ghettos : Une exposition de photos prises dans 400 ghettos, antichambres de l'extermination. Jusqu'au 28 septembre 2014.  Au musée du Jeu de Paume Erwin Blumefeld : Photos et photomontages (voir page 10) Jusqu'au 26 janvier 2014  A l'Hôtel de Ville de Paris Brassaï : Photos pour l'amour de Paris (voir page 10) Jusqu'au 8 mars 2014 Notre ami Elie Garbarz, un des fondateurs de notre Association, a perdu récemment sa fille Sarah suite à une grave maladie; elle était intelligente, pleine d'humour et de gentillesse. Courageuse, elle le fut jusqu'au bout et nous garderons le souvenir d'une belle jeune femme toujours souriante et disponible aux autres. Que sa famille soit assurée de notre amitié et de notre sympathie.