LE POINT                                                                       AVANT-PROPOS            74, a v e n u e du ...
SOMMAIRE                                        Retrouver Mahomet?             6                                          ...
Talmud-Coran : les points de rencontre                 56                                               par José Costa    ...
INTRODUCTIONRetrouver Mahomet ?Longtemps, le Prophète est resté un sujet intouchable pour les historiens. Aujourdhui, laff...
INTRODUCTION                                                                                        islamique », 1977), li...
LES SOURCES                     Yathrib (actuelle Médine), au temps de lhégire8   |     Les Maîtres-Penseurs   |   Hors-sé...
LES SOURCES                                                                            sur lhistoire de La Mecque et      ...
L E S SOURCES     • • • diacritique (nun, équiva- mettre intactes à leurs propres à des délégations étrangères,     lent d...
LES SOURCESsulmane, probablement parce           de Médine ! Mais lidentité de la homet, son professeur, le grandque les t...
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POINT DE VUE             UN PORTRAIT PROBANT DE MAHOMET                                                        • • • coran...
POINT DE VUETravaillant à lépoque des Ab- souvienne dun événement,          dans une langue arabe deve-bassides, ennemis j...
LA VIE DE MAHOMETDe sa naissance à La Mecque à sa mort à Médine, le fondateur de lislam ne fut pas seulement unchef spirit...
L A VIE                                                                                  Voilà pour les faits, limaginatio...
« Prêche ! »                                                                           CORAN« P r ê c h e a u n o m de t o...
proches, les membres de sonclan, et des hommes de plus oumoins bonne extraction, sou-vent des déshérités.Du prophète au po...
L A VIE        Le Voyage nocturne :        la rencontre avec Allah        Moment capital de la biographie du Prophète, cet...
LA VIE                                                                                              LE                    ...
« Mahomet, reçois                                                             UN                                          ...
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  1. 1. LE POINT AVANT-PROPOS 74, a v e n u e du M a i n e , 75682 Paris Cedex 14 Tél. : 01.44.10.10.10 Fa* : 01.43 21.43.24 Service a b o n n e m e n t s : 22, r u e R e n é - B o u l a n g e r 75472 Paris C e d e x 10 T é l é p h o n e : 01.55.56.71.26 E-mail : a b o @ t e p o i n t . f r Directeur de la publication : Franz-Olivier Giesbert Rédaction en chef : Catherine Goliiau Assistante : Sylvana Priouret O n t participé à ta rédaction Par Catherine Golliau de ce n u m é r o : Moharnmad Ali Amir-Moezzi, Mahmoud Azab, |osé Costa, Daniel De Smet, François Déroche, Oleg Grabar, Éric Geoffroy, ui fut donc le fondateur de lislam, aujourdhui Mahmoud Hussein, Michaet Lecker, Christian |ulien Robin, Charles Saint-Prot, Thierry Zarcone. Avec : Victoria Gairin, Pauline Marceillac, Q la deuxième religion du monde avec 1,3 milliard de fidèles ? Un bédouin illettré, un homme daf- faires cultivé ? Un ambitieux manipulateur, un Laurence Moreau, Éric Vinson. vrai mystique ? Lislam signifie « soumission » : le Coran, Édition : lean-Pierre Kogut la parole de Dieu révélée à Mahomet, impose-t-il une Iconographie : religion de lobéissance ? Dans ce Proche-Orient du Isabelle Eshraghi Révision : vn siècle, riche en hérésies et en prédicateurs, comment e Olivier Boillet et Francys Gramet ce Mecquois réussit-il à vaincre C o n c e p t i o n et réalisation : ses concurrents ? Depuis lorigine, Rampazzo & Associés Diffusion et d é v e l o p p e m e n t : les juifs mais surtout les chrétiens Le Prophète |ean-François Hattier, se sont montrés hostiles envers aurait-il approuvé Tél. : 0 1 4 4 10 1 2 01 ifhattier@lepoint.fr ce prophète armé surgi du désert. la naissance Publicité : À travers les Croisades puis la Xavier Duplouy, colonisation, les Occidentaux ont de lislamisme? Tél. : 0 1 4 4 10 13 22 xduplouy@lepoint.fr une part de responsabilité dans Rien nest moins sûr. Le Point, fondé en 1972, est édité par la la naissance de lislamismeSociété dexploitation de lhebdomadaire Le Point - Sebdo. daujourdhui. Mais Mahomet aurait-il approuvé ces Société anonyme au capital de « martyrs » poseurs de bombes ? Aurait-il été séduit par 1 0 1 0 0 1 6 0 euros, 74, avenue du Maine, ces femmes dissimulées sous de longs voiles noirs? Rien 75682 Paris Cedex 14. nest moins sûr, le Coran, les témoignages des Compa- R.C.S. Paris B 312 408 784 gnons du Prophète, mais aussi les dernières découver- Associé principal : ARTEMIS S.A. Président-directeur général : Cyrille Duval tes sur lArabie de cette époque le prouvent. Car, en dépit des pressions des fondamentalistes, des historiensDépôt légal : à parution - n° ISSN 0242 - 6005 - n° de commission paritaire : 0610 C 79739 courageux sacharnent à découvrir dans quelles condi- tions fut faite la Révélation coranique, et dans quelleImpression : Maury Malesherbes 45331Diffusion : Presstalis. société vécut son Prophète. Leurs découvertes sont LE POINT contrôle les publicités étonnantes, dérangeantes aussi. Ce sont ces révélations commerciales avant insertion pour quelles soient parfaitement loyales. que Le Point vous invite ici à découvrir. Sans a priori. Il suit les recommandations du Bureau Pour mieux comprendre qui était Mahomet, le messager de vérification de la publicité. Si, malgré ces précautions, dAllah. vous aviez une remarque à faire, vous nous rendriez service en écrivant au ARPP - 23 rue Auguste-Vacquerie 75116 PARIS CEDEX AUP P Toute reproduction est subordonnée à lautorisation expresse de ta direction- du Point. L e P o i n t Hors-série n° 6 | Les Maîtres-Penseurs | 3
  2. 2. SOMMAIRE Retrouver Mahomet? 6 par Catherine Golliau À la recherche du Mahomet historique 8 par Michael Lecker Point de v u e : Faire connaître la Sîra 12 par Mahmoud Hussein LA VIE 16 Naissance dun prophète 16 par Catherine Golliau Le Voyage nocturne : la rencontre avec Allah 20 par Catherine Golliau Repères : LArabie saisie 23 par la fièvre prophétique par Christian Julien Robin Médine : lapprentissage dun homme dÉtat 27 par Laurence Moreau Le chef de guerre 31 par Laurence Moreau*»mh« Le Testament du Prophète 33 par Catherine Golliau Les dates de Mahomet 36 WHOS WHO 38 Abu Bakr, Aisha, Ali... 38 par Pauline Marceillac et Victoria Gairin LA REVELATION 48 Le mystère du Coran 48 par Catherine Golliau De la parole à lécrit 50 par M o h a m m a d Ali Amir-Moezzi Repères : Qui étaient les juifs dArabie? 54 par |osé Costa
  3. 3. Talmud-Coran : les points de rencontre 56 par José Costa Entretien : François Déroche 60 «Le Coran est un texte flexible au cours du temps» Les Cinq Piliers de lislam 63 par Éric Vinson METHODE Le vrai Djihad 69 Le but de ce hors-série est aussi de faire découvrir les par Éric Vinson textes fondateurs de lIslam et les textes anciens qui le concer- La femme vue par le Coran 71 nent. Les articles sont donc par Catherine Goliiau s o u v e n t accompagnés dex- traits de textes (en beige). Entretien : Oleg Grabar 73 Les mots et les n o m s grais-«Lislam ne peut plus lutter contre linvasion des images» sés et a c c o m p a g n é s dune étoile sont à retrouver dans le lexique. LA POSTÉRITÉ 76 Lhistoire dune épopée 76 TRANSCRIPTION par Catherine Goliiau Larabe est transcrit en général Le droit, fondement de la société musulmane 82 selon la règle internationale, sauf pour certains mots entrés par Charles Saint-Prot dans le vocabulaire français c o m m e M a h o m e t , Kaaba, Entretien Daniel D e S m e t 86 chiisme, soufisme... «Dans le chiisme modéré, Mahomet révèle le texte, limam en détient la clé» Les « vêtus de laine » du soufisme 90 par T h i e r r y Zarcone Le message caché de Mahomet 95 par Éric Geoffroy Entretien : Mahmoud A z a b 98 «Lislam libéral na jamais disparu» Se convertir aujourdhui 101 par Victoria Gairin Lislam aujourdhui (carte) 104 Chronologie de lislam 106 Les extraits du Coran pu- Lexique 108 bliés dans ce hors-série sont, sauf mention contrai- Bibliographie 114 re, tirés du Coran traduit par Régis Blachère (Édi- t i o n s M a i s o n n e u v e et La rose, 1949).
  4. 4. INTRODUCTIONRetrouver Mahomet ?Longtemps, le Prophète est resté un sujet intouchable pour les historiens. Aujourdhui, lafflux desources nouvelles a enrichi sa biographie. Au risque du révisionnisme ? e fondateur de islam est, vérifier la validité des souvenirs en reste et si Pierre le VénérableL de tous les grands fonda- rapportés par tel ou tel Compa- teurs de religions, lun des gnon pour pouvoir in fine fournir rares dont lexistence sem- une liste crédible des paroles du traduit le Coran au XII siècle, cest pour mieux le réfuter. Dès le Moyen Âge, Mahomet apparaît, Eblait jusquici ne pouvoir être Prophète. dans les chroniques, comme lhé-remise en doute. Sa vie et sa per- Très vite toutefois, il a été admis rétique, le vilain, le menteur, celuisonnalité nous sont en effet que les versets du Coran étant la qui nie la divinité du Christ et quiconnues par de nombreux témoi- parole de Dieu, le Coran est ini- a pillé les textes juifs. Voltaire etgnages dont la plupart peuvent mitable (et non influençable...). Ernest Renan ne seront pas plusêtre considérés comme crédibles. Sa langue, cest-à-dire larabe du tendres.Ainsi nous savons que le prophète Hedjaz, est parfaite. Quant à Ma-qui a transmis le Coran, livre sacré homet, le dernier et le plus ac- Laudace des historiensde lislam, était un bédouin du compli des prophètes, il est si Mais comment lhistorien mo-vii siècle, vivant à La Mecque, en grand quil ne peut être repré- e derne peut-il espérer connaître leArabie. Un homme sage, parfois senté. Sur cette base, toute inter- plus objectivement possible lesguerrier, souvent juge de paix, rogation sur ses motivations ou conditions de la Révélation? Mi-confronté aux problèmes quoti- ses actes se sont révélés impos- chael Lecker (cf. p. 8) nous rappellediens de sa jeune communauté de sibles, et les rares qui tentèrent à quel point la numérisation et lacroyants, notamment par ceux de denfreindre cette règle le payè- diffusion sur Internet de docu-son harem. rent parfois de ments hier inaccessibles sont enQue valent ces ré- leur vie. train de modifier lislamologie. Cecits dun point de LOccident a toujours Cest dOccident, nest plus seulement dans le Co-vue historique? entretenu avec lislam le vieil ennemi, ran, les hadith ou la Sira que lonLes m u s u l m a n s une relation ambiguë que viendront, au peut trouver des informations sureux-mêmes se sont de fascination xix siècle, les pre- eposé rapidement mières approchesla question. Les et dhostilité. purement histori- LEparoles du Pro- ques de la vie de CORANphète (les « dits » ou hadith*) et, Mahomet. Avec des intentions pu-dans une moindre mesure, ses res? Ce nest pas sûr. LOccident aactions telles quelles sont rap- toujours entretenu avec lislam « Allahportées par les chroniques qui une relation ambiguë de fascina-composent la Sîra * (cf. p. 12) ont tion et dhostilité, les musulmans omniscient »servi à éclairer les aspects les étant les ennemis, ceux qui « M a h o m e t nest le p è r emoins clairs du Coran et à éta- avaient fait chuter Byzance, et de n u l de v o s m â l e s , m a i sblir le dogme : de la validité des sétaient emparés du tombeau du il est l A p ô t r e d A l l a h e t letémoignages dépendait en effet Christ à Jérusalem. Si le Coran Sceau des Prophètes.lavenir de lislam. Au ix siècle, fustige les chrétiens et les juifs en e A l l a h , d e t o u t e c h o s e , estlérudit ouzbek Bukhâri* consa- les accusant davoir falsifié la pa- omniscient. » •cra ainsi sa vie à rassembler et role de Dieu, ceux-ci ne sont pas Sourate XXXIII, 40. Les Maîtres-Penseurs Hors-série n° 6 L e Point
  5. 5. INTRODUCTION islamique », 1977), livre écrit avec lhistorien Michael Cook. Les deux auteurs renonceront plus tard à cette thèse, mais pas à dé- mythifier la Révélation musul- mane, au risque du scandale : « Le Coran est un texte sacré doté dune histoire, comme tout autre - sauf que nous ne connaissons pas cette histoire et que nous dé- clenchons des hurlements de pro- testation quand nous létudions », se défendra Patricia Crone. Près de vingt ans plus tard, en Allemagne, sous le pseudonyme de Christoph Luxenberg, des is- lamologues se fonderont sur le grand nombre de mots dorigine araméenne et syriaque dans le Coran pour affirmer quil nest quun texte chrétien, au mieux « une production littéraire de lAntiquité tardive » (Die Syro- aramàische Lesart des Koran, 2000). Quant à Mahomet, ce ne serait pas, selon eux, le nom dune per- sonne, mais un prédicat pour désigner « le serviteur et messa- À Ispahan (Iran), fresque r e p r é s e n t a n t ger dAllah », cest-à-dire... Jésus. M a h o m e t . Son visage est caché car « il est si g r a n d La thèse est osée, et témoigne quil ne peut être r e p r é s e n t é ». dun révisionnisme dont la radi- calité vaut bien celle des fonda-lArabie du V I I siècle et sur la vie E caine Patricia Crone provoque-t- mentalistes qui veulent appliquerdu Prophète, mais sur les pierres elle une polémique en affirmant à la lettre, au xxi siècle, les paro- egravées du désert yéménite enfin que lhégire*, ce jour de lannée les du Prophète. Nombre dhisto-décryptées par les philologues, ou 622 où Mahomet abandonna riens réfutent dailleurs ces posi-les chroniques racontant la vie de La Mecque pour sinstaller à Yath- tions extrêmes, mais les faits sonttelle oasis. rib, futur Médine, serait une re- là : les conditions de la RévélationDans le même temps, si le champ constitution opérée bien des an- musulmane, et donc la biogra-dinformations sélargit, laudace nées après la mort du Prophète, phie de lhomme qui la faitdes historiens aussi. De nombreu- cette date étant devenue le début connaître, sont plus que jamaisses recherches sont menées sur du c a l e n d r i e r m u s u l m a n . des enjeux politiques et scientifi-les relations entre le judaïsme et « Aucune source du vn siècle e ques. Mahomet nest pas seule-lislam, les prophètes concurrents nidentifie la période arabe comme ment aux mains des islamistesde Mahomet, etc. Certains abou- étant celle de lhégire » affirme-t- qui veulent réinventer lislam destissent à des conclusions hardies, elle dans Hagarism. The Making origines, il est aussi dans cellesvoire iconoclastes. Ainsi, dans les of the Islamic World (« Le haga- des historiens. •années 1970, lislamologue améri- risme. La naissance du monde CATHERINE GOLLIAU L e P o i n t Hors-série n° 6 | Les Maîtres-Penseurs | 7
  6. 6. LES SOURCES Yathrib (actuelle Médine), au temps de lhégire8 | Les Maîtres-Penseurs | Hors-série n° 6 L e P o i n t
  7. 7. LES SOURCES sur lhistoire de La Mecque et de Médine à lépoque médié- vale. Les nouvelles technologies sont à cet égard dune grande aide. Des milliers douvrages de la lit- térature classique en arabe sont maintenant accessibles par In- ternet et libres de droit. Plu- sieurs banques de données in-À la recherche cluant des milliers de volumes ont été créées à travers le monde musulman. Les avancées de ladu Mahomet high-tech permettent ainsi de mener des recherches il y a en- core peu impossibles. Ce qui hierhistorique e x i g e a i t des mois p r e n d aujourdhui quelques secondes. Ce phénomène est, bien sûr, à lœuvre dans dautres champs de la recherche, mais il commenceLes historiens disposent aujourdhui de moyens considérables seulement à donner des résultatspour cerner au plus près la vie du Prophète. dans létude de lhistoire musul- mane, notamment dans la re- constitution des textes. Rien de plus facile dorénavant a tradition arabo-musul- En lespèce, notre premier outil que de comparer différents ma-L mane nous apporte de multiples informations sur les premiers âges de est la philologie, cest-à-dire lanalyse critique des textes. Longtemps, les historiens se nuscrits pour juger de létat dun verset, de trouver des pa- rallèles ou des variantes pourlislam en général et la vie de sont tournés vers des sources aboutir finalement à établir unMahomet en particulier. Mais évidentes comme Les Biogra- texte correct et dont le sens seracertains historiens modernes phies du Prophète (cf. p 12) ou la juste. Dans lunivers des manus-ont mis en évidence les lacunes vaste somme des hadith*. Mais crits en arabe, des problèmeset les incohérences de ces récits, ces textes posent problème à majeurs peuvent dépendre enet ont pour cela été accusés de lhistorien, notamment en rai- effet dun mot ou dune lettre.« révisionnisme ». Difficile pour- son de leur aversion pour les Prenez, par exemple, le docu-tant de nier des manques... dont faits concrets et les aspects pra- ment dénommé la Constitutioncertains étaient dailleurs connus tiques de la vie du Prophète. de Médine, parce quil serait ledepuis longtemps. Faut-il pour De plus, les frontières entre les premier texte juridique établicela en conclure que nous man- différents genres de la littéra- par Mahomet. Une clause y sti-quons dinformations solides sur ture musulmane ne sont pas pule quun groupe de juifs formela vie de Mahomet? Non, nous clairement définies, et, la formi- une Umma, une communauté.disposons bien au contraire de dable figure du Prophète étant Mais dit-elle vraiment cela?milliers dinformations utiles partout présente, des informa- Dans un manuscrit dHydera-au regard de lhistorien, et il faut tions essentielles peuvent appa- bad, en Inde, lécriture du motsattendre à ce que dautres raître au hasard de manuscrits Umma nest plus la même : leencore soient découvertes dans inattendus, par exemple, des mot présente un caractère sup-un proche avenir. documents portant témoignage plémentaire avec un point • • • L e Point Hors-série n° 6 | Les Maîtres-Penseurs | 9
  8. 8. L E S SOURCES • • • diacritique (nun, équiva- mettre intactes à leurs propres à des délégations étrangères, lent du n) et cest amana/amina, étudiants. Ceux qui se sont char- mais les archéologues demeu- la promesse dune protection, gés de rassembler les témoigna- rent interdits de recherches à quil faut lire. Ainsi, il suffit ges sur les faits et gestes de Ma- La Mecque comme à Médine, dun petit caractère pour que le homet adhéraient à la même bien évidemment les sites les texte entraîne vers des conclu- définition du savoir, même si plus significatifs. De plus, il a sions dune tout autre portée. Il leurs standards en matière de été fait état de destructions dé- ne sagit plus ici de t r a n s m i s s i o n libérées de sites archéologiques décrire un groupe le défi auquel sont étaient plutôt sou- dans ces deux villes ainsi quà de juifs comme une confrontés les ples. Les notions Taif. Toutefois, le potentiel est communauté : le doriginalité et din- énorme. On peut présumer quà texte dit que ce chercheurs est dû à novation nentraient limage traditionnelle dune groupe et ceux qui létat défectueux de pas dans leur ma- Arabie préislamique pastorale vont le suivre béné- nombreux documents nière de voir. se substituera bientôt celle, plus ficieront dun aman, très anciens. Faut-il sen plain- complexe, dune civilisation quils seront proté- dre? Certes non. avancée fondée sur le commerce gés... Tel est donc le Prenez al-Khabar et lagriculture. défi auquel sont confrontés les an al-bashar, « Lhistoire de Mais la géographie historique chercheurs du fait de létat dé- lhumanité », cette encyclopédie est également un champ de re- fectueux de nombreux docu- compilée il y a cinq siècles par cherche prometteur. Les cartes ments très anciens. le lettré cairote Ahmad al- dont nous disposons pour ces Maqrîzî (1374-1442) : elle nest deux villes présentent certes des Chronologies différentes faite que de citations, grandes lacunes car la localisation de Laccès plus facile à des milliers et petites, de livres plus anciens plusieurs sites cités par la Tra- de textes a aussi dautres consé- qui sont maintenant perdus ou dition demeure encore incon- quences : les connaissances qui peut-être mal catalogués quel- nue. Cest particulièrement vrai semblaient acquises, parce que que part dans le monde... La pour Médine, où il est pourtant fondées sur des sources recon- chronologie des témoignages vital de disposer de cartes fia- nues, peuvent rapidement deve- historiques et celle des livres où bles pour comprendre les étapes nir obsolètes quand, grâce à ils ont été trouvés de la p r i s e de Internet, nimporte qui peut sont donc deux cho- Dans la littérature contrôle de Maho- avoir accès à des textes jusque-là ses bien différen- met et de ses Com- dédaignés par les experts. Même tes : les témoigna- musulmane, pagnons. si lanalyse nest pas la même ges les plus anciens les notions de « tôt » Le plan (cf. p 8), éta- chose que la chasse aux infor- peuvent se trouver et de « tard » sont bli à partir de celui mations, il est clair que le cher- dans des livres an- plus relatives de la Médine mo- cheur doit jeter son filet de plus ciens aussi bien que derne, nest quune en plus loin à la recherche de dans des livres plus quabsolues. première approche. nouveaux faits, bien au-delà des récents, ce qui élar- Il indique, au nord- sentiers battus. git dautant le champ de docu- ouest, la ville de Yathrib, nom Or, dans cette quête, il faut gar- ments utiles pour enquêter sur donné avant lIslam à lensem- der à lesprit que dans la littéra- la vie de Mahomet. ble des petites villes de la zone. ture musulmane les notions de Et larchéologie, direz-vous? Sa À côté du cadre topographique « tôt » et de « tard » sont plus re- contribution à létude de la vie général (les vallées qui séten- latives quabsolues. Les compila- du Prophète ne sest pas encore dent du sud-est au nord-ouest ; teurs de hadith considéraient en vraiment concrétisée. Les auto- les deux plaines de lave à lest et effet comme leur devoir de pré- rités saoudiennes sont certes à louest), plusieurs appellations server les connaissances reçues plus enclines que jamais à don- ont disparu pendant les premiè- de leurs maîtres et de les trans- ner des autorisations de fouilles res années de la présence mu-10 | Les Maîtres-Penseurs | Hors-série n° 6 L e Point
  9. 9. LES SOURCESsulmane, probablement parce de Médine ! Mais lidentité de la homet, son professeur, le grandque les terres correspondantes source na rien à voir avec son juriste Abu Hanîfa* (mort enont été divisées entre leurs nou- historicité, ni avec sa valeur 767), lui lança : « Qui était leveaux propriétaires et ont pris pour la recherche historique : p o r t e u r de drapeau de Go-alors leur nom. grâce à cette information, nous liath? », faisant ainsi allusion àTelle quelle, cette carte peut être savons maintenant que peu de lignorance et à la prétentionutilisée avec profit pour com- temps après son arrivée à Mé- des prêcheurs populaires quiprendre certains faits histori- dine, Mahomet possédait une utilisaient volontiers leur ima-ques, comme le montre le cas large pièce de terre à Zuhra, en gination pour compenser leurssuivant, qui combine à la fois plus dun verger. l a c u n e s d a n s lalutilisation de la géographie Nous savons par connaissance deshistorique et des informations d a u t r e s sources La philologie et sources. Pour Abuextérieures aux sources tradi- que ses v o i s i n s la géographie Hanifa, de toute fa-tionnelles que sont les Biogra- étaient des juifs, ce historique sont çon, les batailles duphies de Mahomet. Le narrateur qui pourrait ame- Prophète commeévoque ici une dispute pour sa- ner à une révision des champs celle, mythique, devoir quel était le premier pro- de la manière dont, de recherche David contre Go-priétaire dun waqf, ou fonda- jusquici, on envisa- prometteurs. liath, relevaienttion charitable, à Médine, et les geait ses relations également du non-« compétiteurs » ne sont autres avec cette popula- sens. Abu Yusufque Mahomet lui-même et celui tion à son arrivée à Médine, et répondit alors, probablementqui sera le second calife, Umar peut-être aussi sur les condi- dun ton menaçant : « Vous êtes{cf. p. 45). « Peu de temps après tions politiques et économiques un imam*, mais je jure par Al-que le Messager dAllah vienne mêmes de son installation. lah que, si vous continuez à agirsinstaller à Médine, il "trouva" ainsi, je vais vous interrogerune large portion de terrain à Mahomet avait installé devant tout le monde pour sa-Zuhra qui avait appartenu aux son propre marché voir laquelle, de Badr (cf. p. 32)gens de Ratij et dHusayka. Ils Ainsi, nous avons découvert ou dUhud, est la bataille la plusavaient été expulsés de Médine que Mahomet avait installé son ancienne, car vous ne le savezavant son arrivée et avaient propre marché. Information qui pas. »laissé derrière eux une vaste nintéressait pas les compila- Les historiens modernes sontétendue de terre. Elle compre- teurs comme les lettrés du comme Abu Yusuf : armés denait une partie vide, sans arbres Moyen Âge, généralement plus leurs connaissances en philolo-ni champs, qui sajoutait à une intéressés par les sujets reli- gie, de cartes fiables et dun ma-jeune palmeraie non irriguée gieux, spirituels et juridiques tériel textuel dune grande ri-appelée al-Hashashin. Mahomet que par la vie pratique. Une c h e s s e et d u n e e x t r ê m edonna une partie de cette terre anecdote résume bien leur ap- diversité, ils essaient eux aussià Umar, et celui-ci acheta à des proche de lhistoire. Abu Yusuf darriver au plus près du Maho-juifs le terrain adjacent. Cétait (mort en 798), un juriste du dé- met historique. •une merveilleuse propriété. » but de lépoque abbasside*, seQuiconque est familier avec la passionnait autant pour lexé-biographie de Mahomet peut se gèse coranique que pour les M I C H A E L L E C K E Rrendre compte de limportance grandes batailles de Mahomet de lérusalem,lUniversité hébraïque chez Professeur àde cette anecdote et constater et des tribus davant lIslam. Il Ashgate Publishing, deentre autres,Arabs auteur, /ews andquelle est absente tant des bio- était moins bon - cest du moins in Pre- and Early Islamic Arabia (1998) et degraphies médiévales que des ce qui nous en est dit - en ma- People, Tribes and Society (2005). around in Arabiabiographies modernes : et pour tière juridique. Alors quil the Time ofMuhammadcause, puisquelle a été décou- sétait absenté plusieurs jours Article traduit de langlaisverte dans un livre sur lhistoire pour étudier les batailles de Ma- par Catherine Goliiau. L e Point Hors-série n° 6 | Les Maîtres-Penseurs | 11
  10. 10. POINT DE VUE Faire connaître la Sîra Mahmoud Hussein : deux auteurs pour un pseudo. Cest sous ce nom quAdel Rifaat et Bahgat El Nadi publient, en 2005 et 2007, chez Grasset, Al-Sîra, le Prophète de lislam raconté par ses Compagnons, première présentation synthétique en français de lensemble des Chroniques sur la vie de Mahomet rédigées du vme au xe siècle. Ils expliquent ici limportance de ces textes pour la vie du Prophète et comment ils ont travaillé pour transmettre sans trahir. des premiers exégètes du Co- ran, notamment al-Dahhâk (mort en 727) et Muqâtil (mort en 772). Ce lien répondait à un besoin réel; il sest vite avéré que la compréhension de n o m b r e u x versets du Coran nécessitait un retour aux conditions historiques dans lesquelles ils avaient été révélés. Copies sur papyrus Le premier ouvrage à voca- tion synthétique, Al-sîra al- nabawiyya (« Itinéraire ou MAHMOUD HUSSEIN vie du Prophète »), a été com- Bahgat El Nadi et Adel Rifaat, auteurs notamment de Penser le Coran (Grasset, 2009). posé par Muhammad Ibn Ishaq* (mort vers 767). Il fit lobjet de plusieurs copies sur e Prophète ayant vécu rent lieu à des efforts systé- papyrus, sans doute cinq, L dans une société de tradition orale, ce que lon sait de lui a dabord matiques de collecte, de recen- sion et de vérification que plus dun siècle et demi après la dont aucune ne subsiste. Mais une de ces copies parvint au Caire entre les mains dAbu été rapporté de bouche à mort de Mahomet. Muhammad Ibn Hishâm* oreille. Certains des témoi- Des premières compilations (mort en 840). Ce dernier la gnages ont été consignés par partielles, dont la plupart ont recopia en lexpurgeant, et écrit par les rares Compa- été effectuées sous le règne comme le secret de la fabrica- gnons qui savaient écrire, et des Omeyyades (660-750), on tion du papier, jalousement ne firent lobjet de compila- ne possède que des fragments gardé j u s q u a l o r s par la tions partielles quà partir de cités par tel ou tel chroni- Chine, était parvenu entre- la fin du vm siècle. Lensemble e queur. Leurs travaux ont été temps jusquaux Arabes, cest de ces témoignages ne donnè- menés parallèlement à ceux cette version largement reco-12 I Les Maîtres-Penseurs I Hors-série n° 6 L e Point
  11. 11. POINT DE VUE LA TRADITIONpiée qui traversa les siècles.Quelques-uns des passagessupprimés furent cependant « Sa démarche étaitsauvés, du fait que certains si énergique... »des chroniqueurs postérieurs,ayant eu accès au texte origi-nal, les citèrent dans leurs « O n d e m a n d a i t à Alî d e s d é t a i l s s u r l e x t é r i e u r d upropres compilations. P r o p h è t e . Alî d i t : "Il é t a i t d é t a i l l é m o y e n n e . (...) S o nLa fresque des faits et gestes t e i n t é t a i t dun b l a n c r o s é ; ses y e u x é t a i e n t n o i r s , sesdu Prophète, inaugurée par c h e v e u x b r i l l a n t s , é p a i s e t b e a u x . Sa b a r b e (...) b i e nIbn Ishaq, sera enrichie en- f o u r n i e . (...) Sa d é m a r c h e é t a i t si é n e r g i q u e q u o nsuite par quatre grands chro- a u r a i t d i t q u i l d é t a c h a i t s e s p i e d s d e la p i e r r e , e tniqueurs, travaillant sous la c e p e n d a n t e n m ê m e si l é g è r e q u i l s e m b l a i t q u i ldynastie abbasside* (750- v o l t i g e â t de h a u t e n bas. (...) Il y a v a i t d a n s s o n v i s a g e1258) : al-Wâqidî (747-823), t a n t d e d o u c e u r q u u n e f o i s e n sa p r é s e n c e , o n n eauteur de Kitâb al-Maghâzî p o u v a i t p l u s le q u i t t e r . " » •(« Le Livre des conquêtes ») ;Muhammad Ibn Sad (784-845), Tabarî, Histoire des prophètes et des rois.qui rédigea le Kitâb al-Taba-qât al-Kabl (« Le Livre des cer-cles de Compagnons ») ; al-Tabarî* (830-923) et son Kitâb nombreux versets du Coran époque qui nest plus la leur.al-Rusul wal-Mulûk (« Le Li- lui ont été révélés, consti- Ils doivent retrouver les repè-vre des prophètes et des tuant ainsi le plus riche des res de la première commu-rois »), et enfin al-Balâdhurî matériaux qui nous relient nauté des musulmans - eth-(829- 901), lauteur de Kitâb au moment historique de la niquement homogène,Ansâb al-Ashrâf (« Le Livre naissance de lislam. égalitariste, solidaire, héroï-des nobles lignages »). que, luttant pour sa survie -Dautres travaux, plus tar- La chaîne des « garants » alors quils vivent deux oudifs, ajouteront des détails Les questions que la Sîra* trois siècles plus tard, dansjusque-là inédits - et dautant pose à lhistorien sont toute- lempire multiethnique desplus contestés. Mais lessen- fois de trois ordres. Le pre- Abbassides (cf. p. 76), donttiel de ce qui nous est par- mier concerne lobjectivité lextension, la puissance et lavenu sur la vie du Prophète des chroniqueurs. Travaillant prospérité induisent une touttient dans ces cinq ouvrages chacun de son autre hiérarchieclés, qui, fourmillant de scè- côté, ils se sont Retrouver deux de valeurs intel-nes vivantes, de dialogues et efforcés de re- siècles plus tard lectuelles et ma-de notations descriptives, prendre à rebours térielles. Leurrendent les couleurs et les la « chaîne des les repères de probité intellec-parfums dune époque. Ils garants » - les la première Umma. tuelle nest pasesquissent le portrait du Pro- transmetteurs en doute : ce sontphète, en même temps que des témoignages dune géné- des lettrés, travaillant libre-celui dun grand nombre de ration à lautre - pour remon- ment sous le regard dautresses Compagnons, de ses épou- ter, pas à pas, jusquaux lettrés. Ils sont souvent enga-ses, de ses adversaires. Ils contemporains du Prophète. gés, en outre, comme al-suggèrent enfin les circons- Mais les témoignages quils Tabarî, dans un effort dexé-tances dans lesquelles de recueillent émanent dune gèse et dinterprétation • • • L e Point Hors-série n° 6 I Les Maîtres-Penseurs 12
  12. 12. POINT DE VUE UN PORTRAIT PROBANT DE MAHOMET • • • coraniques qui les place dans un rapport exigeant à la Au travers même des approxi- Les dix années médinoises vérité, sur les plans religieux mations, des paradoxes et des (622-632) sont celles dune et moral. Mais cela ne les pré- contradictions qui parcourent véritable métamorphose. Il munit ni contre lerreur ni les Chroniques, la prodigieuse richesse de leurs notations est devenu le chef dune com- contre une part inévitable de munauté assiégée. Comme finit par laisser é m e r g e r , pour se hisser à la hauteur de partialité. comme dans un tableau im- sa mission, il va découvrir en Le deuxième ordre de ques- pressionniste, un portrait lui une combinaison de ta- tions tient au crédit que lon probant de Mahomet. lents jusque-là insoupçonnés. peut accorder à chacun des Lhomme daction vient dou- « garants » successifs. Dune Durant ses quarante premiè- bler lhomme de vision. génération à lautre, leurs res années (570-610), cest un souvenirs se sont estompés et contemplatif, plutôt détaché des contingences de la vie, Sage et hardi, il maîtrise le temps de la guerre comme des textes se sont perdus. mais proche des gens. Un celui de la négociation. Par son En outre, une partie des té- homme en paix avec lui-mê- courage, il fascine ses Compa- moignages existants a été me et en phase avec la so- gnons autant quil désarçonne sciemment falsifiée : sous les ciété dont il est issu. ses adversaires. Sa longue Omeyyades, plusieurs califes patience lui permet de tisser ont commandé de faux té- À partir de 610, cet équilibre le réseau dalliances qui pré- pare sa victoire finale. moignages, destinés à accré- est brisé. Il vit la Révélation comme un message de lau- diter lidée dune proximité d e l à , qui s i m p o s e à sa Mais surtout, la 5/ra* nous fictive de leurs ancêtres avec c o n s c i e n c e avec la force montre un Mahomet dune le Prophète. dune évidence irrépressible. humanité proprement mo- Or, ce message le place en derne. Cultureliement lié aux Abus en tous sens contradiction avec les tradi- hommes de son temps, il est À titre dexemple, cet épisode, tions et les hiérarchies de La Mecque, sa ville natale. psychologiquement plus pro- che de nous, il se met à la où lancêtre de la dynastie, Après un moment de grand place des autres, saisit leurs Abu Sufyân, qui fut longtemps trouble, il sen remet à la motivations intimes, les aide un ennemi du volonté de Dieu et prêche à devenir des êtres indivi- .. .. , Prophète, est ouvertement ce message. Il duellement responsables. Il Une partie des ,, .. est à nouveau en paix avec fait preuve dun respect na- r décrit sous un lui-même, mais en guerre témoignages a été r favorable. sciemment falsifiée « 11 avance sur j 0 U turel de la dignité des per- avec les siens. sonnes, quel que soit leur statut social. SOUS les Omeyyades, une route avec ,, . , , a la demande de son épouse et Durant les douze années mec- quoises de la Prophétie (610- En constant dialogue avec l. e u r f, .i ,l s , 622), il fait le dur apprentis- lau-delà, il nen aime pas plusieurs califes. Muâwiyajuché sage de la marginalité. Le moins profondément lexis- sur le dos dun désarroi le gagne parfois. tence ici-bas. Dès quil le peut, âne. Vient à passer le Pro- Mais, peu à peu, il acquiert il prend le temps dhonorer phète, qui va à pied. Abu une d é t e r m i n a t i o n qui le ses épouses, de se reposer ou Sufyân fait descendre son fils porte à affronter les événe- ments, après les avoir subis. dapprécier un bon repas. Et il exige de ses Compagnons et invite Mahomet à enfour- Transgression décisive : il quils se détournent de tout cher lâne à sa place... » Quel- quitte te périmètre de La Mec- excès de zèle religieux, ou que quarante ans plus tard, le que, pour chercher des alliés dascétisme intempestif. même Muâwiya sera le cin- à lextérieur. M. H. quième calife, fondateur de la dynastie omeyyade.14 I Les Maîtres-Penseurs I Hors-série n° 6 L e Point
  13. 13. POINT DE VUETravaillant à lépoque des Ab- souvienne dun événement, dans une langue arabe deve-bassides, ennemis jurés de la auquel il associe un geste ou nue partiellement archaïque,dynastie précédente, les chro- un propos du Prophète, que les différentes Chroniques seniqueurs nont pas intérêt à dautres rattachent à un autre présentent sous la forme decouvrir de tels mensonges, moment. Doù lintérêt de textes trop foisonnants, hété-mais il leur arrive de commet- pouvoir comparer les travaux rogènes et mal reliés entretre des abus en sens contraire. de cinq chroniqueurs, la eux pour ne pas découragerAinsi, lancêtre éponyme des somme de ces recherches don- le grand public.Abbassides, al-Abbâs, oncle nant à lhistorien de précieux Notre objectif a donc été depaternel du Prophète, ne sest points dappui. présenter, sous une forme di-rallié à ce dernier quaprès la Certes, on ne saura jamais, de rectement accessible au lec-bataille de Badr en 624. Tout source certaine, si telle phrase teur non spécialisé, une syn-porte à croire a bien été pronon- thèse qui retient lessentielquil a combattu La Sîra constitue, cée, sous telle des faits et gestes rapportésles musulmans et après le Coran et forme et à tel mo- dans les cinq grandes Chroni-a même été fait les hadith, lun des ment. Mais une ques. Nous avons dabord pro-prisonnier. Or, masse critique cédé à un découpage des évé-certains « témoi- textes fondateurs dinformations nements touchant à la vie dugnages » le mon- de limaginaire concordantes est Prophète, tels quils ont ététrent déjà aux musulman. un signal impor- rapportés par les différentscôtés du Prophète tant. Lorsque chroniqueurs. Dans la mesurelors des Serments dallégeance deux, ou trois, chroniqueurs, où ceux-ci présentent chacundAqaba en 620, à la fin de la travaillant chacun de son côté, une version propre dunpériode mecquoise... parviennent à localiser un même événement, nous avonsIl est vrai que les méthodes de même événement, il devient retenu soit la variante la plussélection des témoignages plausible. À partir de là, des riche en détails, soit composésont rudimentaires, étant es- hypothèses sesquissent, qui nous-mêmes un texte regrou-sentiellement fondées sur la peuvent être progressivement pant des détails que nousnotoriété et lhonorabilité re- affinées. avons tirés de plusieurs va-connues des transmetteurs riantes. Ensuite, nous avonssuccessifs. Mais il est à noter, Un véritable condensé procédé à un montage, inté-au crédit des chroniqueurs, Mais là sarrête notre compli- grant toutes les séquences,quils ont retenu des faits cité avec le souci des histo- dans un ordre aussi près quequils auraient préféré igno- riens. Notre but est différent : possible de la chronologie,rer, comme ce témoignage de il est de mettre à la portée du sans a priori doctrinal, sanslépouse du Prophète, Aisha grand public la Sira « telle ajouter quoi que ce soit de(cf. p. 39), selon lequel ce der- quen elle-même ». Car elle notre cru et en retenant tousnier aurait été « ensorcelé » constitue - après le Coran et les faits dimportance rappor-pendant une année durant les hadith - lun des textes tés par plus dun seul des cinqlaquelle il na pu approcher fondateurs de limaginaire grands chroniqueurs.ses épouses. musulman. Sollicitée depuis Il sagit donc, ici, non duneEnfin, les témoignages rete- douze siècles par tous ceux construction personnelle ounus dans la Sira sur un même qui traitent du fait religieux, partisane, mais bien dunévénement ne se recoupent elle informe la conscience condensé de la Sira, permet-pas toujours et sont parfois dun milliard et demi de tant au lecteur daujourdhuimême contradictoires. Il ar- croyants, répartis dans le une exploration de la fresquerive que tel Compagnon se monde entier.Or, rédigées quelle nous offre. • L e Point Hors-série n° 6 I Les Maîtres-Penseurs 12 12
  14. 14. LA VIE DE MAHOMETDe sa naissance à La Mecque à sa mort à Médine, le fondateur de lislam ne fut pas seulement unchef spirituel, mais aussi un chef dÉtat et un chef de guerre. Il dut simposer aux siens, à dautresprophètes et dautres tribus... Et, à sa mort, sinstalla une discorde qui dure encore aujourdhui.Naissance dun prophèteDe source sûre, on ne connaît que la date de sa mort ainsi que quelqueséléments de son enfance et de son adolescence. Pour le reste, il faut se fierà la Tradition... et à limagination des différents auteurs. est à La Mecque, une lencens de lArabie du Sud et les aurait été édifiée par Adam avantC ville commerciale et fi- nancière du Hedjaz, point deau planté au marchandises précieuses venues quil ne soit chassé du Paradis. de lInde. La ville nest pas très Emportée par le Déluge, elle éloignée du port de Djedda en aurait été reconstruite par Abra-milieu de rocailles dénudées, mer Rouge, et les Mec- ham* et Ismail, le filsquau vi siècle naît Mahomet. La e quois tiennent des que le p a t r i a r c h eTradition fixe sa naissance à 570, points de passage stra- Vers 570 aurait eu de sa ser-lannée où La Mecque doit re- tégiques comme loa- Naissance présumée vante Agar. Langepousser lattaque du vice-roi yé- sis dal-Tâif, par où de Mahomet. Gabriel (c/ p. 19) lui-ménite Abraha. À cette époque, doivent obligatoire- même aurait apportéalors que les Byzantins et les ment passer les caravanes. la Pierre noire, probablementPerses essaient détendre leur Depuis le v siècle, la ville est une météorite, particulièrement edomination sur la péninsule ara- d o m i n é e par la t r i b u des vénérée par les populationsbique, les Mecquois contrôlent Quraysh, dont lun des hommes, locales.la plus grande partie du com- Qusayy a eu lhabilité de réunir Les Quraysh qui se divisaient enmerce entre le Yémen, au sud, et en un seul sanctuaire les princi- de nombreux clans sinstituèrentla Syrie, au nord. Ils sont les maî- pales divinités des Arabes, no- gardiens du nouveau sanctuaire,tres dune route de première im- tamment le dieu lune Hobal. décrété inviolable ; attirant deportance puisque cest par elle Daprès la Tradition, une pre- nombreux pèlerins, celui-ci leurque transitent vers lOccident mière Kaaba* (Maison de Dieu) assurait une aisance certaine. 1615|Les Maîtres-Penseurs| Hors-série n° G L e P o i n t
  15. 15. L A VIE Voilà pour les faits, limagination des auteurs a fait le reste. La Tra- dition est riche en récits mer- veilleux qui tendent à démontrer la prédestination du Prophète. Ibn Ishaq* raconte ainsi com- ment la mère de Mahomet le confia à une famille de Bédouins pour quil soit élevé au bon air du désert. Mais la nourrice décida de le rendre à sa mère le jour où, selon elle, « deux hommes en ha- bits blancs le prirent, le jetèrent à terre, lui ouvrirent le corps et y fouillèrent des mains ». Des dé- mons? Non pas. La mère de Ma- homet rassure alors la bonne nourrice : « Quand jétais en- ceinte de lui, une lumière se dé- gagea de moi et illumina pour moi les palais de Busra dans le pays de Syrie. Je naurais jamais imaginé une grossesse aussi lé- gère et facile que celle-là ! À sa naissance, il mit les mains au sol et tourna la tête vers le ciel. » Ibn Ishaq raconte encore que,La naissance du Prophète. Miniature de Lutfi Abdullah, xvie siècle. lors dun voyage en Syrie avecMusée Topkapi, Istanbul (Turquie). son oncle, le jeune Mahomet ren-Daprès la Sîra*, Mahomet était lâge de 7 ans : il est recueilli alors contra un moine chrétien, Ba-le fils dAbdallah de la lignée des par son grand-père qui meurt hîrâ, qui le reconnut comme unHâshim ibn Abd Manâf. Son deux ans plus tard. Son oncle Abu être exceptionnel.grand-père avait été le gardien de Talib, le père dAli (cf. p. 40), futur Toujours daprès la Tradition,la source Zemzem, lune des plus gendre et disciple de Mahomet, le vers lâge de 25 ans, le jeuneimportantes de loasis, et avait prend alors en charge. homme est repéré pour ses • • •pour mission de distribuer leauaux pèlerins, lune des charges les SA VRAIE DATE DE NAISSANCE?plus prestigieuses de La Mecque. « Cependant toutes les traditions le lundi », assure le traditionnisteMais Mahomet est orphelin et il sont unanimes sur les points sui- Tabarî* dans son Histoire des pro-semble que le clan se soit considé- vants. Le Prophète vint au monde phètes et des rois.rablement appauvri quand son un lundi ; que le jour où, après la De fait, on ne connaît de sourceoncle Abu Talib en prit la direc- r e c o n s t r u c t i o n de la K a a b a * , sûre que la date de sa m o r t , letion. De son enfance et adoles- lorsquil étajt âgé de 16 à 17 ans, 13 râbi 1 er de lan 2 de lhégire*,cence, quelques éléments sem- il fut chargé de poser de sa main soit le 8 juin 632. Comme les sour-blent certains : son père serait la Pierre noire était également un ces ans à Médine et treizequil vécut mur du temple, à sa place, sur le dix anciennes assurent à La Mec-mort à Yathrib (qui deviendra Mé- lundi ; quil senfuit de La Mecque que après le début de la Révélation,dine) avant sa naissance, laissant vers Médine un lundi; quil arriva et quil avait alors.40 ans, il seraitsa famille dans une situation pré- à Médine le lundi et quil mourut plutôt né en 569.caire. Mahomet perd sa mère à L e Point Hors-série n° 6 | Les Maîtres-Penseurs | 17
  16. 16. « Prêche ! » CORAN« P r ê c h e a u n o m de t o n S e i g n e u r q u i créa !q u i créa l H o m m e d u n e a d h é r e n c e .P r ê c h e ! T o n S e i g n e u r é t a n t le T r è s G é n é r e u x pendant un certain temps un trouq u i e n s e i g n a par le C a l a m e dans la révélation du Messageret e n s e i g n a à l H o m m e ce quil i g n o r a i t . » • de Dieu (Dieu le bénisse et le pro- Sourate XCVI, 5 tège) et il était très triste. Il par-P o u r la T r a d i t i o n , c e s c i n q p r e m i e r s v e r s d e la s o u r a t e X C V I tait de bonne heure pour les som-[Al-Alaq, « L A d h é r e n c e ») c o n s t i t u e n t la p r e m i è r e r é v é l a t i o n mets de la montagne afin de ser e ç u e par M a h o m e t . Sy e x p r i m e la g r a n d e u r de Dieu q u i a créé précipiter en bas. Mais à chaquel h o m m e et lui a t o u t e n s e i g n é . fois, Gabriel lui apparaissait et disait : "Tu es le prophète de Dieu." Alors son inquiétude ces- qualités morales par Kha- je tombai à genoux ; puis je méloi- sait et son moi revenait en lui. »dîdja (cf. p 44), une femme deux gnai, les épaules tremblantes. Le Prophète attendit trois ansfois veuve et propriétaire de cara- Puis pénétrant dans la avant de faire connaî-vanes. Elle en fait son intendant chambre de Khadîdja, je tre ce quil avait ap-puis son époux, lui confiant alors lui dis : Cache-moi, ca- 40 ans pris : que le Juge-la gestion de ses intérêts comme che-moi, jusquà ce que Lâge de Mahomet ment dernier étaitle veut la coutume. Avait-elle la peur me quitte. » lors de la proche, quil ny avait40 ans, comme laffirme la Tradi- Les premières révéla- Révélation, quun seul Dieu ettion? Elle lui donna sept enfants, tions, nombreuses au que celui-ci appelaittrois garçons qui moururent en départ, sarrêtèrent un certain ceux qui croyaient en lui à labas âge et quatre filles. temps, et Mahomet connut une générosité et à aider les faibles. période dabattement. « Il y eut Ses fidèles furent dabord sesLe chocComment sest passée la Révéla-tion? Mahomet y était-il préparé?Rien dans les textes ne permet dereconstituer les longues annéesoù, devenu un homme respectégrâce à un riche mariage, Maho-met se concentre sur sa vie fami-liale et ses affaires. Cest à 40 ans,daprès la Tradition, que le tran-quille père de famille commenceà avoir des visions. « Cela se fit enlui comme laurore », assure letraditionniste Az-Zuhrî*, aliasIbn Shihâb. « Il avait besoin desolitude et se rendait dans unegrotte à Hirâ pour se consacrer àdes exercices de dévotion plu-sieurs nuits avant de retournervers les siens [...]. À la fin, la Vé-rité arriva inopinément et dit : ÔMahomet, tu es le Messager deDieu. »Toujours daprès Az-Zuhrî, lélune vécut pas bien lévénement etchercha refuge auprès de sonépouse. « Javais été debout, mais Infographie : Hervé Bouilly 1815|Les Maîtres-Penseurs| Hors-série n° G L e Point
  17. 17. proches, les membres de sonclan, et des hommes de plus oumoins bonne extraction, sou-vent des déshérités.Du prophète au politique« Jai lu dans toutes les tradi-tions quAbu Bakr (cf. p. 38),après sa conversion, tint sa foisecrète ; mais chaque fois quil setrouvait dans la mosquée à cau-ser avec quelquun, il lui en par-lait et lengageait à lislam ; il P r e m i è r e Révélation de lange LAconduisait auprès du Prophète Abdullah,Miniature deMusée Topkapi, Gabriel. xvi siècle. Lutfi TRADITIONceux qui acceptaient; et ils pro- Istanbul (Turquie). enonçaient la profession de foi », Gabriel, lenvoyéraconte Tabarî*. Mais dans une Tous sont marginalisés. En 615,ville où largent-roi provient du une partie dentre eux choisit de de Dieuculte rendu aux idoles, et où les sexpatrier en Éthiopie, avec laintrigues pour le pouvoir sont bénédiction du Prophète. « Allez « A l o r s , il d i t : " R é c i t e . " Je disincessantes, son discours passe en Abyssinie, dont les habitants " Q u e dois-je r é c i t e r ? " M a h o -mal. Au sein de la classe diri- sont chrétiens, possesseurs dun m e t d i t : " A l o r s il m e p r i t e tgeante, on le prend dabord pour livre sacré, et plus rapprochés des m e s e r r a v i o l e m m e n t t r o i s foisun fou, puis pour un dangereux musulmans que les idolâtres » jusquà ce q u e je tombefauteur de troubles. (Tabarî). Lui reste à é p u i s é . " A l o r s il d i t : " R é c i t eR a p i d e m e n t , les La classe dirigeante La Mecque sous la a u n o m d e t o n S e i g n e u r lerailleries se trans- protection dAbu Ta- c r é a t e u r . " Et je r é c i t a i s . »•forment en menaces le prend dabord pour lib avec Abu Bakr,c o n t r e t o u s les un fou, puis pour un Alî et Umar {cf. p. 45), Az-Zuhrî, extrait de Mahometconvertis. « On disait fauteur de troubles. les Compagnons des de W. M o n t g o m e r y Watt,dans les réunions de premiers jours. © Payot, 1959.la mosquée, que Mahomet avait Mais en 619, son oncle meurt,fondé une nouvelle religion, rap- Khadîdja également. Le Prophète Jibril, le « t r a n s m e t t e u r »porte encore Tabarî. Abu Jahl fils va alors prendre langue avec des Familier et sublime, Gabrielde Hishàm parla ainsi : "Si jap- tribus étrangères, notamment (Jibril) occupe une place capi-prends que quelquun a cru en lui, les gens de loasis de Yathrib, qui tale en islam. Celui qui dans lajécraserai sa tête comme celle sont à la recherche dun chef Tradition chrétienne annoncedun serpent, et si je vois Maho- pour régler leurs querelles inter- à Zacharie et à la Vierge Mariemet venir à la Mosquée et adorer nes. En 622, les musulmans quit- la naissance de deux fils hors duun autre objet que Hobal, je lui tent La Mecque. Changement de commun, saint Jean-Baptiste etlancerai à la tête une pierre et cap dont le Coran est témoin Jésus, est en islam le transmet-ferai jaillir son cerveau." » dans sa structure même : les sou- teur du Coran. Les passagesDans cette société tribale où les rates courtes et inspirées des mecquois du texte ne font pour-intérêts sont intimement liés, premières années vont se faire tant pas mention de son nom.lhostilité devient insupportable. plus longues, plus pratiques. Ma- Ils névoquent que des « anges »,Son oncle qui avait autorité sur homet était un prophète qui re- au pluriel. Son nom apparaîttous les Quraysh nest plus re- cevait les coups, il va devenir un seulement dans des versets tar-connu que par les seuls hommes politique qui portera le fer. • difs, dorigine médinoise.de son clan, les Banî Hashim. CATHERINE GOLLIAU L e P o i n t Hors-série 11° 6 | Les Maîtres-Penseurs | 19
  18. 18. L A VIE Le Voyage nocturne : la rencontre avec Allah Moment capital de la biographie du Prophète, cette ascension permet au réprouvé de La Mecque de voir Dieu et de sentretenir seul à seul avec Lui. « ^ Ê ^ loire à celui qui a trans- des Degrés » vers lequel montent Ishaq*, il est réveillé une nuit porté Son serviteur, la les anges et les esprits. Pour la par lange Gabriel qui le fait nuit, de la Mosquée sa- Tradition, il ne fait aucun doute monter sur Buraq (« rapide crée à la Mosquée très que dans cette sourate, le « Ser- comme léclair » en arabe), une éloignée autour de laquelle Nous viteur » est Mahomet, la « Mos- monture « entre la mule et lâne, avons mis Notre bénédiction, quée sacrée », le complexe de la ayant une tête de femme ». Ac- afin de lui faire voir certains de Kaaba* et la « Mos- compagné de lange, il Nos signes... » Ce verset, le pre- quée très éloignée », la senvole alors vers Jé- mier de la sourate XVII (Le ville de Jérusalem (cf. rusalem, non sans di- Voyage nocturne), évoque le ci-dessous). verses escales, au mont voyage de Mahomet de La Mec- Ce « Voyage nocturne » 620 Sinaï p o u r s a l u e r que à Jérusalem (Isrâ), puis son se serait déroulé le 27 Le 27 rajab, Moïse, à Bethléem ascension dans les airs (Mirâj) du mois de rajab, en Mahomet monte pour voir Jésus et à où il va voir Dieu. Le Coran évo- 620, un an après la dis- au Ciel. Hébron, où Mahomet que souvent la possibilité dune parition de sa femme, voit Abraham*. ascension, notamment par le Khadîdja (cf. p. 44) et À leur arrivée, Gabriel biais dune échelle, ce qui nest dAbu Talib, son oncle. rassemble tous les pro- pas sans rappeler celle de Jacob Privé de ses meilleurs soutiens, phètes cités par la Bible, réunion dans la Genèse (XXVIII, 12). Dans le Prophète est en butte à une qui consacre Mahomet comme les versets 3 et 4 de la sourate opposition de plus en plus vio- lultime envoyé de Dieu. Ensuite, LXX, Allah est appelé « le Maître lente des Quraysh. Daprès Ibn « grâce à une échelle de lu- JÉRUSALEM, LA « MOSQUÉE TRÈS ÉLOIGNÉE » Pour la tradition musulmane, lancienne capitale du comeyyade tient à y édifier la somptueuse Coupole du royaume de judée est, avec La Mecque et Médine, lun rrocher, cest autant par calcul politique - affirmer son des lieux de laction divine sur terre : de la Création au fpouvoir contre La Mecque - que par conviction religieu- jugement dernier, tout se passe ou devra se passer à s : avant de monter au ciel, Mahomet a laissé lem- se Jérusalem, la cité des prophètes. Ville juive par excel- fpreinte de son pied sur un rocher, là même où Abraham lence puisque cest là que fut bâti le Temple deux fois £aurait accepté de sacrifier son fils. Jésus lui aussi aurait brûlé, et dont les juifs seront chassés par les romains au l laissé des traces : dès le ive siècle, on montrait aux pèle- ne siècle, ville sainte des chrétiens puisquelle fut le r rins crédules la marque de son pas. théâtre de la passion du Christ, Jérusalem nest plus à PMais, pour lislam, Jérusalem est plus que le passé, elle lépoque de M a h o m e t quune p e t i t e ville sous £ lavenir : daprès plusieurs hadith, cest dans cette cité est domination byzantine, mais son aura spirituelle de- cdevenue lunique centre de spiritualité du monde, quà meure exceptionnelle. I fin des temps, lhumanité devenue musulmane et en- la Dès 637, elle passe sous contrôle arabe, et si la dynastie f fin pacifiée attendra le Jugement dernier. C.G.20 | Les Maîtres-Penseurs | Hors-série n° 6 L e Point
  19. 19. LA VIE LE CORAN « Une Révélation » « Par létoile q u a n d elle s a b î m e !, v o t r e c o n t r i b u l e nest pas é g a r é ! Il nerre p o i n t . Il ne parle pas par sa p r o p r e impulsion. C e s t s e u l e m e n t là u n e R é v é l a t i o n q u i lui a é t é transmise. » • Sourate LUI, 1/4 « LÉtoile » tant quAllah impose alors aux fidèles musulmans cinquante prières par jour, nombre que, lors du voyage de retour de Mahomet, Moïse lui conseille de négocier à la baisse... Après plusieurs allers- retours, le Prophète obtient fina- lement que les fidèles naccomplis- sent que cinq prières par jour. Rêve ou réalité ? En combien de temps se fit ce pé- riple? En un clin dœil, car pour la Tradition, toujours, Mahomet est capable, lors de son retour à La Mecque, de rattraper au volLascension de M a h o m e t . Reproduction dun manuscrit, c h r o m o , avant quelle ne tombe à terre unedébut du xx e siècle. cruche renversée lors de son dé- part. .. A-t-il rêvé? A-t-il vraimentmière », affirment certaines Enfin, arrivé à l« horizon supé- voyagé? Selon lopinion musul-sources, Mahomet est élevé de rieur » et happé par une lumière mane la plus répandue, Mahometciel en ciel, sept au total. Il y ren- mystérieuse, il sapproche du monte au ciel physiquement et àcontre des personnages de la trône divin et peut contempler létat de veille, ce que confirme unBible et du Nouveau Testament, Allah lui-même, qui sadresse à hadith* rapporté par Tabarî* :- Adam, Joseph, Enoch Jean lui. Aucune créature, même Ga- « Alors que jétais près de la Kaaba(Yaha), Jésus, etc. -, visite le briel, na accès au secret de cet dans un état intermédiaire entreparadis et lenfer. entretien. La Tradition dit pour- la veille et le sommeil... » • • • L e Point Hors-série n° 6 | Les Maîtres-Penseurs | 21
  20. 20. « Mahomet, reçois UN AUTREcette histoire du Coran » REGARD« Q u a n d Gabriel et R i d o h a n r e n t . Alors Dieu priva m e s y e u x • • • Cette hypothèse confirme-[lange gardien du paradis d e la v u e e t , à la p l a c e , la rait la mission divine de Mahometm u s u l m a n ] m e u r e n t laissé d o n n a à m o n c œ u r , si bien q u e et lutilisation de Buraq. En effet,seul, m o i M a h o m e t , m e s s a g e r je le vis a v e c m o n c œ u r e t n o n pourquoi une monture, si seulde D i e u , c o m m e v o u s lavez pas a v e c m e s y e u x . Puis il m e lesprit se déplace?e n t e n d u , je r e v i n s par la r o u t e dit e n c o r e : " M a h o m e t , a p p r o -q u e javais s u i v i e e n v e n a n t . che-toi d a v a n t a g e de moi." Les lazzis des MecquoisEt jallai t a n t q u e jarrivai a u x lapprochai jusquà ce que nous Comme le souligne Mohammadt e n t u r e s q u i é t a i e n t p r è s de ne fussions plus quà d e u x Ali Amir-Moezzi dans son Diction-D i e u . Q u a n d jy fus, les t e n t u - p o r t é e s d a r b a l è t e . Et lui aus- naire du Coran (Robert Laffont),res c o m m e n c è r e n t à se s o u l e - sitôt posa sa m a i n sur m a t ê t e , des philosophes et ésotéristes mu-ver. [...] En allant ainsi à t r a v e r s si bien q u e je s e n t i s d a n s m o n sulmans optèrent cependant pources t e n t u r e s , j a v a n ç a i s t a n t c œ u r le f r o i d de sa m a i n . Aus- un voyage uniquement spirituel.q u e n t r e Dieu et m o i il ny e u t s i t ô t il m e d o n n a la c o n n a i s - Les penseurs soufis*, quant à eux,plus q u e d e u x t e n t u r e s , d o n t s a n c e d e t o u t e c h o s e , si bien estimèrent que cette expériencelune é t a i t de t é n è b r e s et q u e je c o n n u s t o u t e s les choses fut autant physique que spiri-lautre de la l u m i è r e de sa puis- qui f u r e n t jusquà m a i n t e n a n t tuelle, mais que les saints musul-s a n c e . P e n d a n t q u e je r e g a r - e t q u i s e r o n t à l a v e n i r . [...] mans qui sont les héritiers dedais cela, v o i c i q u e j e n t e n d i s Dieu m e dit alors : " M a h o m e t , Mahomet ne la connaissent qued e r r i è r e ces t e n t u r e s u n e v o i x t u v i e n s d a t t e i n d r e la p l u s par la pensée (cf. p. 95).qui p r o n o n ç a i t les p a r o l e s d u p u r e v é r i t é . " Il m e dit a l o r s : Ce qui est sûr, cest quà son re-C o r a n qui c o m m e n c e n t ainsi : "Que v e u t dire haldaraiet?" tour, Mahomet tient à raconter[...] "Le m e s s a g e r a c r u t o u t Et j e r é p o n d i s : son aventure, cece q u i a é t é dit d a n s lhistoire "Haldaraiet veut qui lui vaut lesd u d é b u t jusquà la fin." Q u a n d d i r e s a l u e r les lazzis des Mec-t o u t e la p r i è r e , q u i e s t t r è s g e n s , leur v o u l o i r quois, qui le pren-l o n g u e , e u t é t é d i t e , le Sei- d u b i e n et p a r t a - Seul Abu Bakr croit nent pour un fou.g n e u r m e dit : " M a h o m e t , g e r de b o n c œ u r Mahomet, ce qui Il f a u d r a toutereçois c e t t e h i s t o i r e d u C o r a n , son repas avec lui vaut le surnom linfluence dAbuq u e je te d o n n e et t a c c o r d e . e u x et faire des du « Très Véridique ». Bakr (cf. p. 38), leElle fait p a r t i e de m e s t r é s o r s p r i è r e s au seul dabord à led u Paradis, qui s u r p a s s e n t t o u s m o m e n t o ù les croire, ce qui luiles a u t r e s t r é s o r s de la terre." autres peuples vaut de la part deA p r è s ces p a r o l e s , je r e ç u s le reposent en dor- Mahomet le sur-livre de sa m a i n , et je lui rendis m a n t . " A l o r s le S e i g n e u r m e nom de Siddîq (« le Très Véridi-grâces pour le d o n quil mavait d i t : "Ah ! M a h o m e t , je v o i s que »), et surtout une révélationf a i t . À ce m o m e n t - l à , e n t r e lui m a i n t e n a n t q u e t u es r e m p l i du Coran pour dissiper les der-et m o i , il ny a v a i t ni a n g e , ni de m a g r â c e et de t o u t e n i e r s doutes des croyantsh o m m e , ni q u o i q u e ce s o i t , connaissance, parce que tu (cf. p. 21). Par la suite, les récitss e u l e m e n t lui e t m o i f a c e à sais la v é r i t é t o u t e n t i è r e ; et de YIsrâ et du Mirâj alimente-face. Il m e dit e n s u i t e : " M a h o - t e l l e q u e t u sais, v a , dis-la et ront limaginaire musulman... etm e t , q u e s a v e n t les p e u p l e s r é v è l e - l a à t o n peuple." » • chrétien. Ils entreront dans lad u m o n d e des a f f a i r e s et des littérature universelle au XIII siè- Eh a b i t a n t s d e s c i e u x ? " je lui cle grâce au Livre de léchelle dedis e n g u i s e de r é p o n s e : "Sei- Le Livre de léchelle de Mahomet, Mahomet, traduction en lating n e u r , je n e sais pas." Il r e p r i t : chapitre XLIX, traduction du latin dun texte castillan, lui-même" M a h o m e t , a p p r o c h e - t o i de par Gisèle Besson traduit de larabe. Manuscritmoi." A u s s i t ô t les t e n t u r e s qui et Michèle Brossard-Dandré, dont sinspirera Dante pourn o u s s é p a r a i e n t se s o u l e v è - © Le Livre de poche, 1991. écrire sa Divine Comédie, c. G.

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