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Et voilà l’homme… Obama         « Dans la terminologie abrupte des empires du passé, les         trois grands impératifs g...
Magog » BUSH, fort contrarié par le « Pearl Harbor spatial » du 11septembre 2001. Un « retrait » des Etats-Unis ? Le voudr...
future politique, Monsieur Barak OBAMA, le métis souriant, est uncheval de Troie… une vieille histoire européenne.Une autr...
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LES ELECTIONS PROVINCIALES IRAKIENNES :PREMIER BILANStéphane Taillat *        Au soir du 31 janvier 2009, près de 51% des ...
dès lors que leurs milices (ou que les forces de sécurité provincialesrecrutées sur une base tribale) étaient payées par l...
de facteurs politiques à l’œuvre. Masquées partiellement par lafocalisation médiatique sur l’insurrection nationaliste ou ...
cette imprécision pour prendre le contrôle effectif de la sécurité locale.Cependant, cette mainmise directe est intervenue...
Spéciaux de la Garde Révolutionnaire Iranienne, a permis de limiter lesdégâts. La marginalisation politique de Moqtada Sad...
il semble qu’il faille surtout incriminer le fait que près de 2 millionsd’Irakiens (principalement dans la capitale) sont ...
LA REINTEGRATION DE LA FRANCE DANS L’OTANYves-Marie Laulan **        Quelques considérations : en tant qu’ « ancien » de c...
2) La France est déjà significativement engagée en Afghanistan,pour répondre à la demande américaine. Or cette guerre, de ...
englué dans une catastrophique et inextricable crise économique, fera-t-ilpreuve de la même fermeté que son prédécesseur p...
Toutes ces interrogations pointent malheureusement dans unemême direction, à savoir les graves incertitudes et les grands ...
ENJEUX GEOPOLITIQUES MONDIAUX :PERSPECTIVES 2009Jérôme Pellistrandi *         À l’automne de cette nouvelle année, l’Europ...
d’« America first ». De toute façon, une nouvelle page s’ouvre, page quis’annonce passionnante mais exigeante.Foyers de cr...
vers une revendication politique islamiste qui, dès lors, sera plusdangereuse et difficile à maîtriser.        La notion d...
exclure. Certes, l’hiver actuel va calmer temporairement les ardeurs destalibans, mais le printemps leur permettra de rela...
l’effondrement du cours du pétrole, s’il peut paraître une aubainetemporaire pour l’automobiliste occidental, va fragilise...
se concentrent dans les régions les plus pauvres de la planète, en Afriqueet en Asie, principalement.        Indirectement...
son souhait de réintégrer la structure militaire de l’Alliance. Pour cela, ilfaudra en déterminer les conditions et accord...
raisons techniques, va offrir de nouvelles capacités à la marine nationaleet améliorer la sûreté du groupe aéronaval.     ...
incapacité à résoudre ses problèmes liés à sa structure multinationale. Parailleurs, le retard accumulé ne sera pas sans p...
défini dans le Livre blanc. Après un semestre de présidence française trèsdense et porteuse de projets concrets, l’Union e...
LES CLEFS D’UNE ANALYSE GEOPOLITIQUE DU SAHELMedhi Taje *         Avec 8,5 millions de km2, le Sahara est le plus grand dé...
d’affecter les pays de l’Union Européenne. Nul doute qu’il pèserasignificativement sur l’avenir de notre région !       Le...
diverses situations. Ne pas sous-estimer, c’est analyser, c’est anticiper lesmutations pouvant affecter et recomposer la g...
radicalisation des tribus nomades qui y ont perdu leurs troupeaux,souvent seul moyen de subsistance.         C’est dans le...
sujets au déversement de trop-pleins démographiques »9. Lesurpeuplement de l’Egypte nilotique, côtoyant un Est libyen sous...
d’ « invariant géopolitique »12 : accéder à l’élément liquide, vecteur derichesse et de puissance, devient une véritable o...
rarement à la base de la conflictualité sahélienne : la religion intervientmais en quelque sorte mobilisée par les dynamiq...
souvent une région. La périphérie est définie, par opposition au centre,comme la zone extérieure au centre, qui reçoit ou ...
émotionnelle inscrit dans la mémoire collective des peuples et transmisde génération en génération.         Ainsi, de nomb...
du sahel africain et brouillant la pertinence du concept occidental d’EtatNation.L’opposition sédentaires/nomades        A...
L’impact du colonialisme        L’Homme Blanc a soumis par la force l’Homme Noir, lui imposant,au nom d’une action à vocat...
Touaregs, Peuls, Arabes tels Samory et Mahmadou-Lamine qui, sous leprétexte de guerre sainte, cherchaient à préserver leur...
angles de pénétration au terrorisme islamiste. En outre, ce théâtreabritant de nombreuses richesses pétrolières et minière...
Cet arc développe une conflictualité singulière s’enracinant dansle temps long de l’histoire. Espace tampon mais surtout e...
SUR LA RECHERCHE, LA SCIENCE ET L’EDUCATION ENALGERIE : CONTEXTE POLITIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUEGérard Begni *        Au mom...
scientifique la logique du pouvoir colonial tel que l’ORSTOM (Créé en 1943sous le sigle ORSC), auront à s’adapter à la nou...
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grande ouverte la porte a toutes les utopies. La fraternité des armes dansla clandestinité pousse la société vers un mode ...
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  1. 1. IP S E LES CAHIERS DE L’IPSE Institut Prospective et Sécurité de l’Europe LES ELECTIONS PROVINCIALES IRAKIENNES LA REINTEGRATION DE LA FRANCE DANS L’OTAN ENJEUX GEOPOLITIQUES MONDIAUX : PERSPECTIVES 2009 LES CLEFS D’UNE ANALYSE GEOPOLITIQUE DU SAHEL L’UNION POUR LA MEDITERRANNEE BLOQUEE PAR LA GUERRE CONTRE GAZA SUR LA RECHERCHE, LA SCIENCE ET L’EDUCATION EN ALGERIE : CONTEXTE POLITIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUE ORGANIZATION IN DISGUISE: THE ROLE OF THE SHANGHAI COOPERATION ORGANIZATION IN CHINA’S GRAND STRATEGY NUMERO 93 – PRINTEMPS 2009
  2. 2. COLLOQUE « L’UNION POUR LA MEDITERRANEE A UN AN ! » Mercredi 17 juin 18h-20h, Amphithéâtre Louis, Ecole Militaire (1 place Joffre, 75007 Paris). Organisateur : Centre d’Etudes et de Recherche de l’Ecole Militaire. Inscription obligatoire : oriane.ginies@defense.gouv.fr COLLOQUE « LE DEVELOPPEMENT POLITIQUE, SOCIAL ET ECONOMIQUE DU MAROC : REALISATIONS (1999-2009) ET PERSPECTIVES » Le 29 juin 2009 au Palais du Luxembourg (15 ter rue de Vaugirard, 75006 Paris). Organisateurs : Centre de droit international, européen et comparé (CEDIEC) de la Faculté de droit Paris Descartes et Observatoire d’études géopolitiques (OEG). Inscription obligatoire : etudesgeo.colloques@gmail.com Revue trimestrielle éditée par l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe24, rue Jules Guesde75014 Paris - FranceTél : 33 (0)1 42 79 88 45E-Mail : ipse2004@hotmail.comwww.ipse-eu.orgDirecteur de la publication :Laurent AMELOTRédacteur en chef :Georges-Henri BRICET DES VALLONSRédacteur en chef adjoint :Mathieu ARMETComité de rédaction :Mathieu Armet, Georges-Henri Bricet des Vallons, Emmanuel Dupuy, Julie Parriot, LucPicotOnt collaboré à ce numéro :Mathieu Armet, Gérard Begni, Georges-Henri Bricet des Vallons, Khalifa Chater,Emmanuel Dupuy, Mirko Palmesi, Jérôme Pellistrandi, Stéphane Taillat, Medhi Taje,Les opinions exprimées dans la revue n’engagent que leurs auteurs.Tous droits de reproduction, même partielle par quelque procédé que ce soit, réservés pour touspays.ISSN : 1955/0065
  3. 3. Et voilà l’homme… Obama « Dans la terminologie abrupte des empires du passé, les trois grands impératifs géostratégiques se résumeraient ainsi : éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l’état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher lesbarbares de former des alliances offensives. » Zbigniew Brzezinski Monsieur Obama est un admirable produit de « diplomatiepublique ». Après des mois d’ « obamania » aux Etats-Unis et dans « lereste du monde », son investiture a eu lieu : on savoure « sa » victoiretout autour du globe… Antithèse de Bush, Obama, le métis auquel,divers peuples peuvent s’identifier, est une promesse de changementet rassure quant aux valeurs (la tolérance en tête) et à la raison desAméricains (après la déception de 2004). Si l’on croit au Progrès,l’élection de B. Obama est indubitablement… un progrès ! Il injecterasans doute une dose (salutaire) de multilatéralisme dans la politiqueétrangère américaine. Il cherchera à obtenir l’appui des alliéstraditionnels notamment européens (en tenant compte de leursintérêts) et à améliorer lensemble des relations diplomatiques de sonpays. L’objectif de cette élection et de la politique qui suivra est(évidemment !) de tout changer pour que rien ne change : « Faut biensauver l’empire mon p’tit monsieur ! » Un lifting géopolitique bien faitpour conforter les Européens dans le « choix » de « leur » président(Guantanamo…). Naturellement des voix se sont élevées pour nous expliquer que lanouvelle administration opterait (sans doute) pour un profil bas, uncertain retrait des affaires du monde en vue de se concentrer sur lagestion de problèmes intérieurs préoccupants – crise économiqueoblige. On se croirait revenu plusieurs années en arrière lors del’investiture du président précédent, le si isolationniste George «
  4. 4. Magog » BUSH, fort contrarié par le « Pearl Harbor spatial » du 11septembre 2001. Un « retrait » des Etats-Unis ? Le voudrait-il, Obamane le pourrait pas ! Du fait, d’une part, d’une forte opposition « néo-conservatrice » intérieure : celle-ci est particulièrement perceptiblesur le dossier irakien. Elle cherche à faire mentir le candidat OBAMAen contournant ses promesses/décisions de désengagement. D’autrepart, pour maintenir la primauté américaine, l’impératifgéostratégique est de dominer l’Eurasie via le refoulement de laRussie et l’endiguement de la Chine (et l’assujettissement de l’Europe!)…et dans ce domaine, il ne s’agit pas de se reposer ! Qu’en est-il des autres dossiers ? Passons vite sur le Proche-Orient(Gaza !) puisqu’il est - comme d’habitude - urgent de n’y rien faire(vivre et laisser mourir). Dans « sa » guerre au terrorisme, M. Obamasouhaite intensifier l’engagement de son pays en Afghanistan etpotentiellement au Pakistan. En ce sens 20 000 à 30 000 soldatsaméricains devraient être envoyés en renfort d’ici l’été prochain (soitun doublement des effectifs)… une décision prise unilatéralement enviolation de la mission initiale internationale définie en 2001 etlégitimée par une résolution du Conseil des Nations unies (çacommence bien…). Cette intensification de la guerre a lieu au momentoù la principale route d’approvisionnement des forces alliées via lePakistan est devenue très précaire. La crise guette. Toutes les autres routes viables passent par l’ancienne Unionsoviétique (l’Iran a “naturellement” été écartée), elles traversent laCaspienne (Caucase et Asie centrale) ou transitent par le territoirerusse. Dans les deux cas, l’influence de Moscou est telle que lacoopération de la Russie est absolument nécessaire. Mais cettecoopération a un prix. Pour le dire crument, les Russes réclament riende moins qu’une reconnaissance d’une sphère d’influence dans leur «étranger proche »… ce qui n’est pas sans poser problème quant àl’extension de l’OTAN, les bases américaines et le projet de défenseanti-missiles. Le disciple de BRZEZINSKI n’est naturellement pas prêt àaccepter de telles conditions. Il doit pourtant agir vite. Aussi,l’Afghanistan est à la fois un dilemme et un schibboleth pour lenouveau président. Résumons-nous : quel que soit son méritepersonnel et nonobstant les aspects hautement bénéfiques de sa
  5. 5. future politique, Monsieur Barak OBAMA, le métis souriant, est uncheval de Troie… une vieille histoire européenne.Une autre question est autrement plus pressante : cet hommeprovidentiel le sera-t-il assez pour répondre aux défis du XXIe siècle…à la convergence des catastrophes ? Mathieu Armet
  6. 6. ARTICLESLes élections provinciales irakiennes : premier bilanStéphane TaillatLa réintégration de la France dans l’OTANYves-Marie LaulanEnjeux géopolitiques mondiaux : perspectives 2009Jérôme PellistrandiLes clefs d’une analyse géopolitique du Sahel africainMedhi TajeL’Union pour la Méditerrannée bloquée par la guerre contre GazaKhalifa ChaterSur la recherche, la science et l’éducation en Algérie : contextepolitique et socio-économiqueGérard BegniOrganization in Disguise: The role of the Shanghai CooperationOrganization in China’s grand strategyMirko PalmesiNOTES DE LECTURE* LA GUERRE DU POLE-NORD A COMMENCE par Richard Labévière etFrançois Thual*LA DEGENERESCENCE DU LIBAN OU LA REFORME ORPHELINE par AhmadBeydoun* IRAK : LES ARMEES DU CHAOS par Michel Goya* CYBERGUERRE : LA GUERRE NUMERIQUE A COMMENCE par NicolasArpagian* CONFLUENCES MEDITERRANEE N°68 « ITALIE, LE GRAND BOND ENARRIERE ? »
  7. 7. LES ELECTIONS PROVINCIALES IRAKIENNES :PREMIER BILANStéphane Taillat * Au soir du 31 janvier 2009, près de 51% des Irakiens s’étaientexprimés pour désigner les législatures de 14 gouvernorats (sur les 18provinces que compte le pays). Au-delà des considérations techniqueshabituelles dans les démocraties occidentales au lendemain de telsscrutins, la tenue de ces élections sanctionne pour partie les évolutionsintervenues dans le temps de l’occupation américaine (22 mai 2003-31décembre 2008). Il importe donc de considérer les enjeux de cesélections, la signification de leurs résultats et leur portée pour l’actionaméricaine en Irak en les envisageant dans une analyse multiscalairegéographique et chronologique. Des enjeux électoraux parfois anciens et masqués par laprégnance de la « contre-insurrection » : La tenue de ce scrutin –le premier depuis 2005- a permis ques’expriment les rivalités et les enjeux politiques dont beaucoup ont leursracines dans l’irruption américaine de 2003. Par ailleurs, les questionslocales que sont censées résoudre les élections s’ancrent dans un cadrecommunautaire et national. Il en est ainsi des rivalités locales. Celles-cis’expliquent à la fois par les délégations du pouvoir central octroyées dansla constitution de 2005 et par la culture politique irakienne marquée parle patronage. Il faut donc comprendre le scrutin de 2009 comme unaffrontement présenté comme inégal entre les tenants du pouvoir et leursjeunes compétiteurs. Cette asymétrie des moyens est le corollaire del’action des militaires américains qui ont appuyé l’ascension de nombreuxdétenteurs locaux du pouvoir. Le cas le plus exemplaire est celui de laprovince occidentale d’Anbar. Dans cette dernière, l’abstention prônéepar les insurgés en 2005 a conduit à la mainmise quasi-exclusive du PartiIslamique Irakien sur les rênes du pouvoir provincial. Le phénomène du« réveil » tribal a contribué à transférer l’essentiel des prérogatives desécurité locale aux mains des cheiks, au détriment des islamistes. Parailleurs, les cheiks ont pu représenter une source alternative de patronage
  8. 8. dès lors que leurs milices (ou que les forces de sécurité provincialesrecrutées sur une base tribale) étaient payées par les militairesaméricains, à raison de 300$ par personne et par mois. Néanmoins, l’essentiel des compétitions locales doit secomprendre dans le contexte de la représentativité des communautésethnoconfessionnelles, notamment pour des enjeux territoriaux. C’est lecas notamment aux bordures du monde arabe et du monde kurde (soientles provinces de Diyala, Saladin et Ninive). Les élections de 2005 ontabouti à surreprésenter les Kurdes tant à Ninive (75% des sièges pour 25%de la population environ) qu’à Diyala. Dans les trois provinces frontalières,les revendications sunnites ont très largement contribué au maintien del’insurrection, au-delà même des succès du « sursaut » à Bagdad et ses« ceintures ». Dans le cas de Mossoul (Ninive) et Khanaqin (Diyala), lesheurts armés entre les deux communautés –voire entre l’armée irakienneet les peshmergas kurdes- s’expliquent essentiellement par la pousséekurde entamée en 2003 dans des régions riches en pétrole. Dans le cas deKirkouk, les fortes tensions ont du résoudre le Parlement irakien à trouverun compromis en juillet 2008 par la tenue d’un référendum surl’appartenance de la province au Kurdistan Régional Autonome après lesélections provinciales. Quoiqu’il en soit, d’autres minorités apparaissentcomme marginalisées dans les processus pré-électoraux, notamment lesChrétiens, les Yazides ou les Turkmènes de Ninive. L’ensemble des luttes électorales au niveau local s’inscrit dans lecadre plus large des évolutions politiques en Irak. Chronologiquement, lacentralité de l’enjeu tribal dans l’ensemble des provinces doit secomprendre sur la longue durée. Tant chez les Sunnites que chez lesChiites (et à l’exception de la capitale), les tribus ont été courtisées par lesprincipaux adversaires. Il s’agit là d’une constante des relations de pouvoiren Irak depuis la présence ottomane : les tribus sont-elles un relai dupouvoir central ou bien représentent-elles un ancrage spatial du pouvoirau niveau local ? Dans cette optique, le double ou triple jeu des cheikssunnites dans les années 2003-2007 exprime leur volonté de devenir unacteur central du jeu politique, alors que leurs prérogatives –fortementdiminuées à l’issue de la révolution de 1958- avaient été renforcées parSaddam Hussein après la première guerre du Golfe, il est vrai dans lecadre d’une loyauté totale envers le dictateur. Plus récemment, lescompétitions internes aux communautés forment un deuxième ensemble
  9. 9. de facteurs politiques à l’œuvre. Masquées partiellement par lafocalisation médiatique sur l’insurrection nationaliste ou jihadiste et lesréponses que lui ont apportées les militaires américains, ces rivalités depouvoir ont pourtant été la source principale de la fragmentationpolitique de la société irakienne et de l’augmentation concomitante de laviolence. Exercée à l’encontre de la base sociale et communautaire toutautant que contre les confessions « ennemies », cette dernière a surtoutrévélé plusieurs dynamiques. La première est celle de la compétitioninterne aux Chiites entre les religieux quiétistes et pro-iraniens, les cheikset les populistes (ces derniers incarnés dans le mouvement sadristenationaliste dont l’action remonte aux années 1990). La seconde est celledes luttes entre les cheiks sunnites, les Oulémas et les jihadistes. Les deuxacteurs violents principaux ayant été neutralisés en 2007 (Al Qaïda en Iraket l’Armée du Mahdi), ces processus s’exercent désormais à travers despratiques politiques qui, si elles n’excluent pas les éliminations physiqueset l’instrumentalisation des forces de sécurité, conduisent toutefois à unerecomposition favorable à la sécurité. Une troisième évolution politique transparaissant dans cesélections concerne l’avenir politique du pays. Ayant instrumentalisé lesAméricains contre ses rivaux, le premier ministre Nouri Al-Maliki apparaîtdésormais comme « l’homme fort » du pays. Il s’est affirmé commenationaliste et centraliste face au Conseil Suprême Islamique et auxfédéralistes bassoriens, comme séculier face aux Sadristes et commetechnocrate face aux tribus. Par ailleurs, il a su utiliser les forces arméesformées par les Américains pour défaire les milices de ses rivaux etémerger comme un facteur d’ordre. Enfin, il n’a pas hésité à débaucherles tribus par le biais de Conseils de Soutien Tribaux (Tribal SupportCouncils) tant dans les provinces majoritairement chiites du sud, que dansles provinces mixtes (Diyala) ou bien sunnites (Anbar). Son ascensioncorrespond également à l’enjeu de la répartition des pouvoirs entre legouvernement central et les gouvernements provinciaux, notammentpour ce qui concerne les forces de sécurité. Au cours de l’été et del’automne 2008, il n’a pas hésité à intervenir directement dans lesopérations militaires à Ninive, Diyala et Maysan. De nombreux différendsl’ont opposé aux Conseils provinciaux de Bassorah ou encore de Diyalaconcernant la nomination des chefs de la Police. La constitution de 2005ne définissant pas les pouvoirs provinciaux de manière exhaustive,certains ont pu craindre ou espérer que le premier ministre ne se serve de
  10. 10. cette imprécision pour prendre le contrôle effectif de la sécurité locale.Cependant, cette mainmise directe est intervenue de manière ponctuelle,et essentiellement pour diminuer les partis rivaux en prévision desélections provinciales.Les résultats : les dynamiques en cours au sein de la société irakienne Les résultats marquent des ruptures et des continuitésmanifestes. Au registre des premières, il faut inscrire la persistance duvote ethnoconfessionnel, notamment chez les Chiites. Certains partismixtes ont pu émerger, tel celui de l’ancien premier ministre dugouvernement provisoire Ayad Allawi (juin 2004-avril 2005), mais forceest de constater que le critère communautaire reste prégnant,notamment dans les zones de contact entre les ethnies kurdes et arabes(le parti sunnite Habda rassemblant 48% des voix dans la province deNinive). De la même manière, et en dépit de leur sévère défaite danscertaines provinces, les partis islamiques gardent une influence certaine.C’est le cas du Conseil Suprême Islamique qui arrive en seconde positiondans l’ensemble des provinces méridionales. Il faut comprendre cettepermanence dans le cadre de l’influence traditionnelle du clergé chez lesChiites, même si ce dernier sort relativement marginalisée du scrutin(payant sans doute son quiétisme face à l’activisme de Sadr ou du premierministre). En revanche, le Parti Islamique Irakien sunnite est laminé àAnbar et à Ninive, mais pas à Diyala où il garde près de 21% des voix. Làencore, on peut supposer que le vote islamique est surtout un votecommunautaire dans des régions mixtes ou disputées. Le cas de Ninivemontre surtout le maintien du vote nationaliste et séculier chez lesSunnites, un héritage de l’époque baassiste. Enfin, il faut prendre encompte le cas de Bagdad : dans la capitale, les partis communautaires etislamistes sont en tête. C’est notamment vrai pour la coalition « Etat deDroit » du premier ministre qui y recueille 38% des voix. Il faut en effetsouligner que le premier ministre, en dépit de son discours « séculier »,reste membre d’un parti fondé par un ayatollah chiite au début desannées 1980 ! Les bons résultats des candidats indépendants se réclamant dumouvement sadriste démontrent que le choix de l’abandon de la luttearmée, masquée par les scissions croissantes au sein du mouvement auprofit des « groupes spéciaux » formés et financés par les Services
  11. 11. Spéciaux de la Garde Révolutionnaire Iranienne, a permis de limiter lesdégâts. La marginalisation politique de Moqtada Sadr se confirmenéanmoins. On peut d’ailleurs légitimement penser que la frangemodérée et nationaliste du mouvement a voté pour le premier ministre. Au registre des ruptures, les bons résultats de ce dernier semblentmontrer un rejet généralisé des « sortants » dans les provinces chiites ouà forte présence chiite. Au fond, les élections de 2005 ont surtout faitémerger un pouvoir milicien et un accaparement partisan du servicepublic. Les lenteurs de la reconstruction et la prégnance du souci de lasécurité ont ainsi ouvert une fenêtre d’opportunité pour Nouri Al-Maliki.Celui-ci, menacé au sein de l’Assemblée Nationale, a accru sa position demanière significative. Mais la rupture essentielle concerne l’irruption des pratiquesdémocratiques au cœur des rivalités et compétitions politiques. L’exempled’Anbar, où les leaders tribaux se sont réconciliés contre la victoirepossible du Parti Islamique Irakien (déclaration qui s’est avérée infondée)montre comment le jeu électoral n’a pas véritablement pris la place desregistres habituels de ces jeux de pouvoir. La menace d’insurrection ou desécession, la corruption ou les menaces verbales demeurent des élémentscentraux. Toutefois, les pratiques démocratiques ont été intégrées au seinde ces derniers par le biais des alliances. On peut craindre la persistanced’une privatisation de la sécurité, même si cela sera sans doute partiel, etinclus au sein du jeu démocratique. Quoiqu’il en soit, le résultat finals’écarte du modèle démocratique libéral que promeuvent encore lesnéoconservateurs.Un succès pour les Américains ? Les questions essentielles pour les militaires et les politiquesaméricains ont tourné autour de la sécurité et de la participationprincipalement, de l’acceptation des résultats par les vaincus ensuite. Surle premier point, le bilan est positif, en ce sens où le jour des élections n’apas été marqué par des évènements significatifs. La participation restesatisfaisante pour les Américains car elle se rapproche des niveauxobservés lors des élections locales aux Etats-Unis. En revanche, lesproblèmes posés par de nombreux irakiens qui n’ont pu voter faute d’êtreinscrit sur les listes électorales ont causé quelques inquiétudes. Toutefois,
  12. 12. il semble qu’il faille surtout incriminer le fait que près de 2 millionsd’Irakiens (principalement dans la capitale) sont des déplacés : de ce fait,les listes n’ont pu les prendre en compte. Peu de réclamations fondéesont été formulées auprès de la Haute Commission Electoraleindépendante. De ce fait, selon les standards occidentaux, ces électionssont considérées comme valides. Ce qui ne signifie évidemment pas larésolution magique de tous les problèmes. L’évènement a donc été interprété favorablement parl’administration américaine pour un retrait accéléré et « responsable »des troupes de combat. Dans le cadre de luttes internes complexes àWashington entre, d’une part, le nouveau Président et les Chefs d’Etat-major et, d’autre part, les promesses électorales du Président Obama etles recommandations des généraux Petraeus et Odierno, les électionsirakiennes servent ainsi le jeu complexe de la nouvelle équipe. Or, si dansle cadre de l’Accord sur le Statut des Forces (SOFA) signé en novembre2008 les forces américaines doivent avoir quitté les villes irakiennes au 1erjuillet 2009 et l’ensemble du pays au 31 décembre 2011, les modalitésconcrètes sont plus complexes. Autrement dit, le nouveau Présidentpourrait tomber dans le même défaut que son prédécesseur, à savoirexagérer le « tournant positif » des élections provinciales (comme en2005).* Agrégé d’Histoire et titulaire dun Master 2 en Relations et SécuritéInternationales de l’IEP de Toulouse, Stéphane Taillat poursuitactuellement un doctorat de science politique sur la contre-insurrectionen Irak.
  13. 13. LA REINTEGRATION DE LA FRANCE DANS L’OTANYves-Marie Laulan ** Quelques considérations : en tant qu’ « ancien » de cetteorganisation, du temps de la Guerre froide, la décision françaiseimminente devrait plutôt me satisfaire1. Mais cette démarche suscitenéanmoins quelques sérieuses réserves et voici pourquoi. 1) Dans le discours justificatif présidentiel (Le Monde du 11 mars2009), il faut au passage relever quelques contradictions. Si la France étaitdéjà de facto dans l’Organisation atlantique, le fait de la rejoindre de jurene changerait pas grand-chose. Et si cela devait être le cas, compte tenudes inconvénients significatifs que cette décision implique, cela en vaut-ilvraiment la peine ? Par ailleurs, est-il possible sérieusement de se convaincre qu’unefois cette réintégration effectuée, la France pourra vraiment peser de toutson poids sur la prise de décision au sein de l’Alliance, comme il estprétendu. Et cela alors que notre pays, avec un effort de défense réduit àsa plus simple expression depuis des années avec 1,8% du PNB, ne disposedésormais que de capacités de défense extrêmement réduites etd’ailleurs tendues à l’extrême2 ? Et cela d’autant plus qu’en cas de désaccord majeur, il ne seraplus question de s’en aller derechef, sauf en se couvrant de ridicule enjouant les effets de manège. Mais peu importe. Car bien d’autresconsidérations beaucoup plus lourdes de conséquences sont associées àla démarche proposée.1 L’auteur de cette note a été, dans les années 1970, directeur des Affaires économiques etprésident du Comité économique de l’OTAN. Il occupait, à ce titre, le poste le plus élevéconservé par la France dans la partie administrative de l’Organisation atlantique.2 L’évaluation de l’effort de défense était une de mes tâches à l’OTAN. Plus tard,conférencier à l’Ecole supérieure de guerre, je n’ai cessé de soutenir pendant des annéesla nécessité de maintenir l’effort de défense au moins à 3% du PNB pour disposer d’uninstrument de défense digne de ce nom. En vain.
  14. 14. 2) La France est déjà significativement engagée en Afghanistan,pour répondre à la demande américaine. Or cette guerre, de l’avis debeaucoup, a peu de chances de pouvoir être gagnée pour toutes sortes deraisons bien connues. Il y a, en premier lieu, l’incapacité d’un régimefaible et corrompu (qui rappelle tout à fait le régime de Saïgon sur sesfins) d’apporter une contribution significative à la conduite de la guerre.Mais il y a surtout le voisinage du Pakistan voisin qui dispose d’un régimepolitique, et même d’une société, en voie de décomposition rapide, maisaussi, et bien fâcheusement, de l’arme nucléaire et de redoutablescapacités de frappe à longue distance. Un conflit direct de l’OTAN avec lePakistan nucléaire aurait sans nul doute des effets régionauxcataclysmiques que l’on n’ose à peine évoquer3. Or la France est d’ores etdéjà présente en Afghanistan et peut-être un jour au Pakistan. On n’envoudra pour preuve que la nomination d’un personnage quelque peusingulier et fort connu, le député de Paris Pierre Lellouche, au passé unpeu lourd, à un poste de « chargé de mission » pour ces deux pays au Quaid’Orsay4. Le retour programmé de la France dans l’OTAN ne peut quenous placer plus proches encore du centre d’un conflit potentiellementdévastateur. De toute façon, même sans aller jusque-là, une défaite peuglorieuse de l’OTAN, la première de son histoire, sonnerait fortprobablement le glas d’une organisation qui aurait perdu toute crédibilitéaux yeux de ses adversaires. On ne voit guère l’avantage pour notre pays àréintégrer in extremis l’OTAN dans de telles conditions. 3) A nos portes, ou quasiment, l’éventualité d’un conflit entreIsraël et l’Iran est désormais probable avec l’acquisition, déjà effective ouproche, de l’arme nucléaire par ce dernier pays. Avec la formation d’ungouvernement israélien « radical », avec ou sans Netanyahu5 commepremier ministre, la tentation, déjà envisagée dans les derniers mois del’administration Bush, d’une frappe préventive contre les installationsnucléaires de l’Iran deviendra de plus en plus forte6. Le président Obama,3 Peut-on une seconde imaginer que l’Inde resterait non impliquée et la Chine indifférentedevant un conflit qui aurait des chances de devenir nucléaire à leurs portes ?4 Où il a promptement marqué son territoire en faisant occuper par ses hommes unebonne partie du 2e étage du Quai.5 Qui dispose, est-il besoin de le rappeler, de la double nationalité israélienne etaméricaine comme le directeur de cabinet du président Obama, Emmanuel Rahm.6 Elle avait déjà été envisagée par l’ancien premier ministre Olmert pendant les derniersmois de l’administration Bush. Ce dernier, avec une tardive sagesse, avait refusé de donnerson aval à une telle opération.
  15. 15. englué dans une catastrophique et inextricable crise économique, fera-t-ilpreuve de la même fermeté que son prédécesseur pour s’opposer auxdemandes israéliennes ? Et si le besoin s’en faisait sentir, Israël ne sera-t-ilpas tenté de lui forcer la main en déclenchant préventivement leshostilités ? Auquel cas la France, redevenue le nouveau membre de l’OTAN,ne sera-t-elle pas aussi directement impliquée dans le nouveau conflitouvert à ses portes ? Pourra-t-elle rester neutre ? Pourra-t-elle refusersous la pression américaine, comme elle l’avait fait pour l’Iran, deconsentir une participation à une nouvelle guerre au potentiel nucléairemanifeste, si les Etats-Unis devaient s’y engager ? D’autant plus que lesdéclarations d’amitié éternelle, de bonnes intentions, de solidarité à touteépreuve entre la France et Israël n’ont guère manqué depuis deux ans.Au surplus la France a cru devoir ouvrir une base militaire, symboliquecertes mais bien réelle (mais rien n’est symbolique dans ce domaine), auMoyen-Orient pour bien marquer le grand retour de la France « auxaffaires de la région ». L’ensemble de ces facteurs risque fort de nousentraîner, peut-être malgré nous, dans un conflit majeur qui, il faut bien lesouligner, ne nous concerne pas. Ceci est l’occasion de revenir rapidement sur les conséquencesd’une telle conflagration. Elles sont terrifiantes et les enjeux colossaux :Tous les experts sérieux reconnaissent qu’une destruction complète etdurable des capacités nucléaires de l’Iran est impossible. Dans le meilleurdes cas celles-ci seraient plus ou moins rapidement reconstituées avec,vraisemblablement, le concours empressé de la Russie redevenue «l’ennemi héréditaire ». Mais l’épisode suivant autoriserait forcément lerecours de l’un et de l’autre des protagonistes à la bombe.Le prix du pétrole, malgré la crise, aurait toutes les chances de sauter auplafond. Avec l’impact que l’on peut aisément imaginer sur les tentativesde relance en cours qui seraient cassées net. Sans compter sur unenouvelle flambée de haine dans les pays arabes contre Israël et ses alliés,dont la France. Dans le meilleur des cas les communautés juive et musulmaneprésentes sur le territoire national seraient fortement incitées à se livrer àdes manifestations d’une rare violence sans doute accompagnées d’uneflambée de terrorisme.
  16. 16. Toutes ces interrogations pointent malheureusement dans unemême direction, à savoir les graves incertitudes et les grands risquesattachés à la réintégration de la France au sein de l’OTAN.* Article reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Polémia.* Ancien chef du service des affaires économiques de l’OTAN, fondateurde l’Institut géopolitique des populations
  17. 17. ENJEUX GEOPOLITIQUES MONDIAUX :PERSPECTIVES 2009Jérôme Pellistrandi * À l’automne de cette nouvelle année, l’Europe fêtera le vingtièmeanniversaire de la chute du Mur de Berlin qui mit fin à la division du« vieux continent » mais qui ne mit pas fin à l’Histoire. Bien au contraire,l’Histoire s’est accélérée avec le retour de la guerre et des nationalismes,y compris sur le continent européen. Certes, les progrès ont étéconsidérables et la construction d’une Europe unie, prospère et en paix enest un exemple qu’il convient de mettre en valeur et de rappeler auxjeunes générations, malgré la crise des Balkans, dont les cicatrices restentencore béantes en 2009, notamment au Kosovo. Mais l’Histoire est unéternel recommencement où les ambitions et les espoirs peuvent sebriser sur des crises aux conséquences inconnues et durables. L’année 2008 n’a pas échappé à cette règle avec l’émergenced’une crise financière puis économique sans précédent depuis desdécennies. La question qui se pose, est de savoir si cette dépressionéconomique aura des impacts stratégiques mettant en cause la sécurité etla stabilité des relations internationales. Dans tous les cas, sesrépercussions seront profondes et durables au risque de remettre encause certains principes de l’économie de marché. Une inconnue majeure a cependant été levée avec l’élection dunouveau président américain Barak Obama. Son arrivée à la Maison-Blanche, à partir du 20 janvier, ouvre une nouvelle ère tant pour les Etats-Unis, que pour le reste du Monde. Certes, il ne faudra pas s’attendre àune rupture profonde. Mais plus que le fond, le changement de forme,après huit ans d’administration républicaine, pourrait contribuer à rétablirune image plus positive de l’hyper puissance aujourd’hui marquée par deséchecs multiples tant sur la scène internationale que sur le plan intérieuravec une économie en pleine incertitude et en pleine tourmente. Lacomposition de la future équipe gouvernementale américaine traduit unevolonté de compétence et d’expérience, mais aussi réaffirme le principe
  18. 18. d’« America first ». De toute façon, une nouvelle page s’ouvre, page quis’annonce passionnante mais exigeante.Foyers de crise Il y a une constante géopolitique bien établie depuis la chute duMur: l’incertitude stratégique. Chaque année apporte ses nouvellesinstabilités. En 2008, aux crises ouvertes, il a fallu rajouter la guerre entrela Georgie et la Russie, dont les conséquences seront encore perceptiblescette année. L’OTAN a d’ailleurs fait preuve de sagesse en ne cédant pasaux sirènes de l’élargissement pourtant demandé par Washington auprofit de la Georgie et de l’Ukraine. La question russe restera encored’actualité avec le besoin d’une clarification des relations entre l’OTAN,l’Union européenne, les Etats-Unis et Moscou. Quelle est l’ambition de laRussie ? Moscou pourrait être ainsi tenté par un rapprochementd’opportunité avec Pékin. La région du Caucase restera une zoneconflictuelle car elle correspond à la vision russe de son « pré carré ». Letournant résolument pro-américain du président géorgien a failli tournerau désastre cet été et les luttes d’influence au sein même dugouvernement de Georgie risquent de se poursuivre. Il y a un an environ, les organisations maritimes se réjouissaientde la baisse de la piraterie, notamment au large du détroit de Malacca. Or,c’est désormais une réalité majeure dans l’Océan indien et le Golfed’Aden, mais aussi dans le Golfe de Guinée, autour des plateformespétrolières off-shore. Les pirates somaliens s’attaquent désormais sanscomplexe à des navires de taille importante, naviguant sur les routesmaritimes essentielles à l’économie mondialisée. Le dispositif naval mis enplace récemment par l’Union européenne, va permettre certes de réduireles risques, mais ne résorbera pas totalement la menace, ne serait-cequ’en l’absence d’une autorité légitime et stable capable de contrôler lescôtes de Somalie. L’opération européenne nécessitera de déployer desfrégates dans la durée et sans effet médiatique susceptible d’intéresserl’opinion publique européenne. Il y a une réelle ingratitude à mener detelles missions. Pour le moment, cette piraterie semble ressortir d’unschéma classique de banditisme et de prises de rançons, ce qui d’ailleurs atoujours été une activité traditionnelle dans la région de la Corne del’Afrique avec la contrebande. Il est à craindre cependant une évolution
  19. 19. vers une revendication politique islamiste qui, dès lors, sera plusdangereuse et difficile à maîtriser. La notion de zone grise réservée jusqu’à présent à ces espacesterrestres désormais hors du contrôle d’une autorité étatique reconnue,s’étend désormais en mer, posant d’ailleurs un problème essentiel dedroit maritime puisque la liberté de navigation est reconnue en pleinocéan. Sur quelle base juridique, les navires occidentaux pourraient-ilsintercepter une vedette « go fast » avec des pirates mais en l’absence depreuve d’une attaque ? Au XVIII° siècle, les marines britanniques etfrançaises réglaient ce problème de façon plus expéditive et les pirates –blancs ou barbaresques- savaient à quoi s’en tenir en cas de capture. L’Afrique ne connaît guère de répit avec le Darfour dont le retourà la normale reste très fragile. L’opération Eufor Tchad, conduite parl’Union européenne est censée s’achever au printemps, mais le besoin desécurité demeurera et il n’est pas sûr que le transfert à l’ONU ou àl’Organisation de l’Unité Africaine soit la solution. Là encore, l’Unioneuropéenne doit inscrire son action dans la durée, tout en évitant unenlisement et une passivité face aux luttes de pouvoir entre les factionstchadiennes. Il en est de même pour l’Est de la République démocratiquedu Congo où les forces de l’ONU ne semblent guère capables d’enrayer ladéstabilisation permanente de cette région centrale de l’Afrique. L’envoiévoqué cet automne d’un « battle group » européen s’est avéréimpossible car l’Union européenne n’est pas parvenu à se mettre d’accordsur ce sujet. Cela ne peut que rendre perplexe sur l’utilité de la structuredu «battle group ». La ceinture sahélienne constitue également un foyer depréoccupation avec le développement de groupes islamistes se réclamantd’Al Qaeda et mettant en cause la sécurité des zones occupées par destribus touaregs. La question de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire restetoujours posée avec toutefois des progrès constatés dans la normalisationde la situation. L’Afghanistan est désormais le foyer majeur d’instabilité oùl’OTAN joue son avenir mais aussi son existence. L’échec n’est plus à
  20. 20. exclure. Certes, l’hiver actuel va calmer temporairement les ardeurs destalibans, mais le printemps leur permettra de relancer leurs attaquescontre les troupes de la coalition, dont les pertes en 2008 ont étémalheureusement très supérieures aux pertes des années précédentes.Tous les experts militaires insistent sur le fait que la solution n’est pasmilitaire, mais l’engrenage infernal est en marche. Alors, commentconstruire un état fiable dans un environnement aussi insécuritaire ?Comment réformer une société encore médiévale qui reste régie par laforce et la soumission aux « seigneurs de la guerre » ? Commentéradiquer une corruption endémique et profondément ancrée dans unpays sans Etat ? Comment construire une société de droit et d’égalitéentre l’Homme et la Femme ? Ces questions risquent encore de restersans réponse. Le Pakistan, pris en tenaille entre les fondamentalistes islamistes,les pressions de Washington et les menaces de représailles de l’Inde,constitue l’autre foyer de crise. Son instabilité chronique et l’ambiguïté durôle de son armée ne peuvent qu’inquiéter non seulement New Delhimais toute la communauté internationale. En effet, les attaques islamistesà Bombay en novembre, ont atteint une dimension nouvelleparticulièrement inquiétante et qui risquent de se renouveler. Or, ledéchaînement de violences reste récurrent dans le sous-continent indien.Islamabad a intérêt à la prudence d’autant plus que l’emploi de l’armenucléaire n’est pas à exclure. À l’inverse, la situation en Irak semble se normaliser peu à peu,même si la violence perdure avec des attentats suicides et une forme departition communautariste de ce pays. Le retrait annoncé d’une partie destroupes américaines devrait faire baisser la tension mais le retour à lanormalité va réclamer encore de gros efforts. La nouvelle administrationObama devra par ailleurs clarifier les liens établis entre les entreprisesaméricaines et le secteur pétrolier pour donner plus de crédibilité augouvernement irakien. 2009 pourrait être le début d’une sortie de crisepour Bagdad.Nouvelles incertitudes stratégiques La crise financière, puis économique ne peut que déstabiliser leséquilibres fragiles entre les grands espaces économiques. Ainsi,
  21. 21. l’effondrement du cours du pétrole, s’il peut paraître une aubainetemporaire pour l’automobiliste occidental, va fragiliser toute l’économiemondiale. Certains pays producteurs comme le Venezuela ou l’Algérie ontimpérativement besoin des ressources du pétrole pour éviter des troublesinternes déstabilisants. De plus, l’effondrement des cours des boursesmondiales affaiblira les capacités financières des pays du Golfe, grosclients des industries occidentales, dont l’aéronautique et le secteur duluxe. Il en est de même pour la Chine, dont la stabilité nécessite laprospérité économique. Or, le ralentissement de son économie adésormais un impact majeur pour l’ensemble de la planète avec un effet« domino » imprévisible. L’effet « jeux olympiques » s’est vite dissipé et leraidissement de Pékin autour du Dalaï Lama et du Tibet montre que lesenjeux de pouvoir subsistent entre les réalistes et les « faucons ». Lanature du projet chinois reste inconnue. S’agit-il d’un projet de type « softpower » ou plutôt d’une volonté de créer un espace « impérial » ? Il serasignificatif de suivre de près les évolutions de la politique étrangère duJapon pour comprendre les enjeux en cours en Asie. Il en sera de mêmepour l’Australie qui s’inquiète des ambitions navales chinoises et quidevrait publier son Livre blanc mettant l’accent sur le besoin de crédibilitéde la défense australienne aujourd’hui sous-dimensionnée. Les élections présidentielles en Iran, en juin, constituentégalement une source d’inquiétude avec le risque de surenchèrespolitiques internes aux implications extérieures. Les provocations à l’égardde l’Occident mais aussi envers Israël ne sont pas à exclure, de la part d’unrégime confronté à une contestation interne croissante. Là encore, labaisse brutale du cours du pétrole n’est pas synonyme de calme et desécurité. Bien au contraire, il ne faut pas se réjouir d’un baril trop faible,vecteur de déstabilisation. Les crises sanitaires seront encore malheureusement une réalitécette année. L’épidémie de choléra au Zimbabwe n’est qu’un malheursupplémentaire pour ce pays à la dérive avec un président autocrate quine constitue pas une exception sur le continent africain. L’urbanisationsauvage dans des mégapoles au développement incontrôlé risqueégalement de mener à de nouvelles violences. Là encore, ces mégapoles
  22. 22. se concentrent dans les régions les plus pauvres de la planète, en Afriqueet en Asie, principalement. Indirectement, la crise est également une menace majeure dans lalutte contre le réchauffement climatique. Pourquoi prendre des mesurescontraignantes et impopulaires pour essayer de traiter un problème dontles conséquences ne seront pas immédiatement visibles ? L’égoïsme desnations va prendre le pas sur la sagesse exigée par un tel enjeu. La prioritédes gouvernements n’est pas dans le long terme mais dans le très courtterme. Une des conséquences du réchauffement sera le transfert depopulation vers les zones urbaines et vers les zones de prospérité.L’Europe, plus que jamais, sera un eldorado convoité par des immigrés enquête d’une vie meilleure. Or, seul le co-développement des pays africainsest en mesure de répondre aux besoins des populations plutôt qu’uneimmigration non contrôlée et non maîtrisée vers le Nord plus prospère.Cet enjeu nécessite d’ailleurs une réponse européenne. La sécurité alimentaire est également un enjeu essentiel nonseulement pour les pays en voie de développement, dont pudiquementon oublie combien cette question est essentielle pour la simple survie deleur population, mais aussi pour les pays développés. La hausse desmatières premières comme le blé au cours du premier semestre 2008avait entraîné des tensions sociales, y compris en Europe. La crise dupouvoir d’achat, et maintenant l’augmentation du chômage dans les paysde la zone euro créent des conditions d’instabilité sociale devenant dèslors des priorités absolues pour les gouvernements. La pauvreté est parnature un facteur de crise stratégique. Les succès de politique étrangèredeviennent alors secondaires pour les opinions publiques alors même quele retour à la prospérité et à la croissance passe par la stabilitéinternationale.Les progrès à venir L’Union européenne prend cependant conscience peu à peu deses responsabilités internationales. Certes, les progrès de l’Europe de ladéfense restent encore limités, malgré les efforts de la présidencefrançaise, tandis que l’OTAN s’apprête à fêter son soixantièmeanniversaire lors du sommet qui se tiendra en avril entre Strasbourg, Kehlet Baden-Baden. Cette année sera décisive pour Paris avec l’expression de
  23. 23. son souhait de réintégrer la structure militaire de l’Alliance. Pour cela, ilfaudra en déterminer les conditions et accorder à la France desresponsabilités à la hauteur de sa puissance militaire. Les négociations neseront pas aisées car elles imposent également de revoir l’ensemble del’architecture de l’OTAN et la répartition des commandements. En effet, même si nos armées sont engagées dans un processusmajeur de restructuration, la feuille de route est désormais connue etcette année va permettre la mise en œuvre des décisions élaborées en2008 autour du Livre Blanc publié en juin et de la Loi de programmationmilitaire 2009-2014 présentée cet automne. Désormais, les objectifs sontétablis et la volonté de réussir est forte. Certes, il y aura des difficultés dèscet été avec les premières dissolutions de certaines unités et lesdéplacements d’autres entités. La dimension « accompagnement dupersonnel » sera d’ailleurs essentielle et dimensionnante pour la réussitefinale. Des frustrations dans ce domaine auraient un impact très négatif etdurable sur le moral des armées déjà fragile. Pour l’armée de terre, la plus concernée des trois armées, 2009verra le déploiement opérationnel de ses nouveaux matériels,concrétisant ainsi des années d’effort et d’attente. Ainsi est évoquél’envoi au printemps, sur le théâtre afghan, de trois hélicoptères decombat Tigre. Cette perspective ne concerne pas que l’ALAT mais bientoute l’armée de terre. L’emploi en opération du Tigre permettra demontrer la pertinence de ce programme lancé, il y a plus de vingt ans. Dela même façon, l’envoi de canons d’artillerie Caesar –déjà déployés auLiban et dont 8 exemplaires ont déjà été livrés - apportera une puissancede feu indispensable à nos troupes. En métropole, l’engin blindé à rouesVBCI va devenir, après les premières livraisons en 2008, une réalité dansles régiments d’infanterie en remplaçant les vénérables AMX 10P enservice depuis plus de trente ans. Après plus de15 mois d’indisponibilité suite à son chantier demodernisation, le porte-avions Charles De Gaulle, va redonner unecapacité indispensable à la politique étrangère française dans ce contextetrouble. La question du deuxième porte-avions ne sera pas tranchée cetteannée, mais les débats vont se poursuivre tant sur le plan technique quepolitique pour une décision en 2011-2012. Par contre, la mise en servicedes frégates de défense anti-aérienne du type Horizon, retardée pour des
  24. 24. raisons techniques, va offrir de nouvelles capacités à la marine nationaleet améliorer la sûreté du groupe aéronaval. La montée en puissance de la base récemment implantée auxEmirats arabes unis devrait se poursuivre et contribuer à la stabilité duGolfe persique. Le lancement du deuxième satellite Hélios 2B confortera notredéfense en renforçant l’outil spatial d’acquisition du renseignement,indispensable dans la prévention et la gestion des crises. Le renforcementde l’espace militaire devrait ainsi permettre à Paris d’accroître sacrédibilité dans un domaine aussi stratégique. La dissuasion nucléaire devrait franchir une nouvelle étape avec lamise en route du laser méga-joule implanté près de Bordeaux. Cet outil desimulation est indispensable pour garantir la crédibilité et la sûreté de nostêtes nucléaires. Ce chantier majeur a été lancé depuis plus d’unedécennie. Le maintien de nos compétences scientifiques ettechnologiques dans ce domaine stratégique a d’ailleurs été réaffirmédans la Loi de programmation militaire. Dans ce domaine, cette annéeverra le premier tir de synthèse du nouveau missile M 51 destiné àéquiper le SNLE Terrible dont l’admission au service actif est toujoursprévue en 2010. 2009 pourrait voir enfin un premier succès à l’exportation del’avion Rafale, dont l’engagement opérationnel est une réalité depuisdeux ans. Le Rafale a été engagé en Afghanistan où il a régulièrementeffectué des attaques au sol. La Suisse a mené une campagne d’essais àl’automne 2008 entre différents avions concurrents afin de sélectionnerson futur avion de combat. Le Rafale fait partie des trois candidats et lerésultat est attendu cet été. Sur le plan industriel, le constructeur aéronautique EADS devraitêtre enfin en mesure d’effectuer les premiers vols de l’avion de transportstratégique A 400M, prévus initialement en mars 2008. 2008 a été à cetégard, une année de déceptions et de difficultés majeures pour ceprogramme emblématique pour l’Europe. Les soucis industriels ne sontpas sans rappeler ceux que connaît le gros-porteur A 380. Le premier voln’est pas attendu avant la mi-2009. EADS a montré ici une certaine
  25. 25. incapacité à résoudre ses problèmes liés à sa structure multinationale. Parailleurs, le retard accumulé ne sera pas sans poser des problèmesnotamment pour notre armée de l’air qui doit poursuivre le retrait duservice, à raison de 4 appareils par an, des avions Transall atteints par leurobsolescence. Des solutions palliatives devront être trouvées très viteavant le premier semestre 2011 avec la livraison des premiers A 400M.Initialement, EADS, en 2000, avait prévu la mise en service de l’avion en2007. Il y aura cependant quelques satisfactions en 2009 avec lapoursuite du développement de la capacité spatiale européenne. En effet,Arianespace devrait mettre en œuvre, outre sa fusée « best seller » ArianeV, deux nouveaux lanceurs à partir de la base de Kourou en Guyane. Il yaura le petit lanceur Vega et la fusée de conception russe Soyouz.Indéniablement, cet effort, constant depuis des décennies, garantit àl’Europe son indépendance dans ce secteur hautement stratégique, maisla vigilance doit rester de mise à travers le maintien des investissementsde recherche et de développement. Les ambitions chinoises et indiennessont en effet ambitieuses et crédibles car s’appuyant sur de beauxrésultats obtenus en 2008 comme le troisième vol habité chinois et lasonde lunaire indienne. Le dialogue interreligieux peut constituer également une dessatisfactions de cette année. Ainsi, le roi d’Arabie saoudite a, en 2008, faitpreuve d’une volonté d’ouverture sans précédent envers les autresreligions du Livre. De même, les relations entre le Vatican et l’Egliseorthodoxe ont commencé à s’améliorer, augurant de lendemains moinstendus et donc porteurs d’espoir pour les années à venir, car récusant lathéorie du choc des civilisations. De la même façon, l’amélioration progressive des rapports entreCuba et Washington semble bien engagée et devrait s’accélérer avec lafuture administration Obama. Une transition en douceur reste préférablepour éviter une crise régionale aux conséquences dramatiques pour lapopulation de l’île. La crise économique profonde qui touche l’ensemble de laplanète, constitue en cette année 2009, une source majeure d’instabilitéalors même que les tensions ne cessent de croître dans l’arc de crise
  26. 26. défini dans le Livre blanc. Après un semestre de présidence française trèsdense et porteuse de projets concrets, l’Union européenne risque deretomber dans ses travers habituels avec une présidence tchèque à venirqui suscite des interrogations en raison de l’euroscepticisme en cours àPrague et la non-résolution de la crise ouverte avec le non irlandais autraité de Lisbonne. Or, la poursuite de la construction européenne estindispensable en cette période de grande incertitude économique etstratégique. Il faut souhaiter également que la campagne électorale qui vadémarrer en Allemagne pour les élections de septembre ne paralyse pasl’Europe. Pour la France, 2009 sera une année décisive pour la mise enœuvre des décisions stratégiques prises en 2008. La difficulté sera accruepar le contexte économique difficile, mais il sera indispensable que laDéfense conserve sa cohérence non seulement sur le plan de sonorganisation mais surtout dans sa dimension humaine. A condition ausside se sentir soutenue tant par les autorités politiques que par l’opinionpublique française. L’Afghanistan restera le principal foyer de crise pour lequel lesperspectives restent sombres. Rester ou partir, dans les deux cas, laviolence sera au rendez-vous. Et la France sera en première ligne. 2009 s’ouvre avec l’espoir de la nouvelle présidence américaine. Ilreste à souhaiter que celle-ci connaisse le succès tant attendu et espéré.* Ancien chef de corps du 28° RT (2005-2007), le colonel JérômePellistrandi commande la Brigade Multinationale dappui aucommandement du Corps Européen à Strasbourg.
  27. 27. LES CLEFS D’UNE ANALYSE GEOPOLITIQUE DU SAHELMedhi Taje * Avec 8,5 millions de km2, le Sahara est le plus grand désert aumonde. En effet, il s’étend sur 6000 km de l’Atlantique à la mer Rouge etsur 2000 km des côtes méditerranéennes aux steppes arides du sahelafricain. Vu d’Europe, le Sahara fut longtemps considéré comme unefrontière ultime, un espace vide, isolé et générateur de mythes : aumoyen-âge, « on le croit peuplé d’animaux fantastiques », de créaturesmi-humaines, mi-animales. Aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, nous lecroyons vide, sec, simplement parcouru par des nomades touaregs, leshommes bleus du désert. La réalité est bien plus complexe ! Le Sahara,espace vivant et en profonde mutation sur les plans économiques,politiques, démographiques, etc. est parcouru par de nombreuses routescommerciales et par des oasis, espaces de vie et véritables carrefourspermettant le commerce et les échanges. Le Sahara, « pays aux teintes fauves »7, est souvent appréhendéen tant que zone de séparation, espace « tampon », entre deux champsgéopolitiques distincts, l’Afrique du Nord ou Afrique « Blanche » etl’Afrique Noire. Dans les textes arabes médiévaux, le sahel désignel’espace compris entre le Maghreb et le « bilad as sudan », pays des noirs.Espace de jonction entre deux plaques tectoniques aux particularitésaffirmées et ancrées dans le temps long, ce théâtre se situe à la croisée demultiples facteurs antagonistes. Barrière entre Méditerranée et Afriquesubsaharienne, le sahel est une voie de commerce traditionnel mais aussiune zone grise qui échappe au contrôle régulier des Etats riverains et unevoie de passage des flux migratoires entre l’Afrique et l’Europe. Pourquoi s’intéresser, en tant que géopoliticien maghrébin, à cetespace qui nous semble si lointain et dans une certaine mesure siétranger ? Cet espace, flanc sud des pays du Maghreb, concentre unelarge part d’opportunités mais également de menaces susceptibles7 DORBEC Prosper, Eugène Fromentin: biographie critique, Paris : H. Laurens, 1926, 127 p.,p.94.
  28. 28. d’affecter les pays de l’Union Européenne. Nul doute qu’il pèserasignificativement sur l’avenir de notre région ! Les dangers potentiels peuvent se matérialiser sous plusieursformes, isolées ou combinées :* Explosion conflictuelle engendrant une réaction en chaîne déstabilisantl’ensemble de l’arc sahélien, notre heartland (ceinture de sécurité du sud);* Constituer un terreau et un sanctuaire pour le terrorisme international :une pépinière où un groupe terroriste pourrait trouver refuge ou desfacilités d’entraînement et de recrutement (attentats, enlèvements,piraterie, camps d’entraînement etc.) ;* Constituer une zone grise propice à la multiplication des trafics illégaux :armes, stupéfiants, véhicules, matières premières, enfouissement dedéchets nucléaires, etc. ;* Constitution d’un réseau de diffusion et d’infiltration d’un islamismeradical ;* La source d’une émigration de masse utilisant l’Afrique du Nord commetremplin (lieu de transit) vers les rivages européens : l’écart économiquegrandissant et la poussée démographique risquent de provoquer uncourant de migration difficilement maîtrisable ;* Le blanchiment d’argent ;* Détournement des ressources stratégiques (pétrole, gaz, uranium…etc.),objets d’une vive concurrence internationale. USA, France, Chine etc.convoitent les ressources pétrolières de la zone : la récente tentative dedéstabilisation du régime tchadien, via le Soudan, transcende de touteévidence les capacités soudanaises et rejoint la stratégie plus imposante àdominante asiatique et vraisemblablement chinoise (jeu de basculeautour de l’enjeu pétrolier). Les pays de l’Union européenne et du Maghreb ne peuvent sous-estimer ces dangers qui se sont déjà matérialisés de façon disparate dans
  29. 29. diverses situations. Ne pas sous-estimer, c’est analyser, c’est anticiper lesmutations pouvant affecter et recomposer la géopolitique de ce théâtreaux particularismes si prononcés. Ne pas sous-estimer dicte de clarifier etd’identifier les variables motrices endogènes et exogènes, les dynamiquespolitiques, économiques, ethniques, culturelles et historiques quicaractérisent cet espace et conditionnent son évolution. Il s’agit, enappliquant la méthode géopolitique, de mettre en relief la personnalitéstratégique de cet espace peu exploré afin d’accroître sa lisibilité, dedégager ses modalités et sa logique de fonctionnement et d’évolution. Dans ce contexte, je vous livre quelques pistes de réflexionidentifiant deux catégories d’éléments qui me semblent indispensables àl’analyse géopolitique de cet espace : les facteurs constitutifs du champsahélien, c’est-à-dire les facteurs participant à sa définition et les grandeslignes de fracture qui nourrissent la conflictualité sahélienne.LES FACTEURS CONSTITUTIFSUn champ caractérisé par la géopolitique du désertDes frontières poreuses et fragiles L’espace saharo-sahélien favorise une remise en question desfrontières établies par les Etats, l’étatisation postcoloniale de l’espaceayant bouleversé les frontières ethniques et les modes de vietraditionnels, notamment la libre mobilité des hommes et des biens(caravanes, commerce, transhumance et nomadisme). En effet, lesrégions arides sahéliennes sont historiquement parcourues par des tribusnomades rivalisant pour le contrôle des oasis et des routes caravanières.Pour ces tribus, dont la mobilité est une tradition et une question desurvie, les contraintes liées aux frontières et aux procédures entre Etats(passeports, visas, etc.) n’ont aucune signification. Logiquement, les Etatssahéliens ont œuvré depuis les indépendances au renforcement de leursappareils administratifs et militaires afin de matérialiser leur contrôle surleur territoire. Dans ce cadre, les tentatives de sédentarisation desnomades ou des pasteurs sont devenues peu à peu une priorité en termesde modernisation, de souveraineté et sécurité nationale ainsi que demaîtrise de la contrebande ou de mouvements subversifs. Cettedynamique de sédentarisation plus ou moins forcée s’est traduite par une
  30. 30. radicalisation des tribus nomades qui y ont perdu leurs troupeaux,souvent seul moyen de subsistance. C’est dans le cadre de ce télescopage entre l’autorité étatique etl’autorité traditionnelle des populations nomades que doivent êtreanalysés de nombreux conflits sahéliens. En effet, les populationsnomades sont des acteurs majeurs de ces conflits, souvent frontaliers.C’est dans cette optique que s’inscrivent les mouvements touaregs auMali et au Niger ou les mouvements Toubous dans le nord du Tchad.Comme le souligne Yves Lacoste dans son dictionnaire de géopolitique :« menacés de la ruine matérielle par la perte de leurs troupeaux et deleurs montures, comme par la perte de prestige que représente lasédentarisation, les nomades trouvent dans leur participation à desopérations financées par des intérêts occultes, parfois fort lointains,l’occasion de prouesses guerrières et de revenus pour euxconsidérables »8.Un champ vecteur de menaces diffuses Le désert, « vide topologique » difficilement contrôlable etdifficilement défendable, devient susceptible d’attirer de multiplesfonctions : trafics illicites (personnes, armes légères, armes prohibées,dépôt de déchets nucléaires, etc.) propices à une diversification et à uneprolifération des facteurs de tension ; abri pour des commandosdormants ; zone grise offrant des angles de pénétration pour desterroristes ; zone discrète favorable pour des tests sensibles (armeschimiques, armes balistiques, entraînements aériens, etc.). Pour diversesraisons, les Etats risquent de se laisser entraîner dans de telles activitéslicites ou illicites ou s’en faire directement complices. En fait, le Sahara,zone de transit, zone refuge et zone d’activités secrètes, s’avère vecteurde menaces sérieuses.Une démographie singulière Le désert favorise des dynamiques de transfert de populations. Lanature ayant horreur du vide, de nombreux espaces désertiques « sont8 LACOSTE Yves, Dictionnaire de géopolitique, Paris : Flammarion, 1993, 1679 p.
  31. 31. sujets au déversement de trop-pleins démographiques »9. Lesurpeuplement de l’Egypte nilotique, côtoyant un Est libyen sous-peuplé,est enclin à favoriser une migration des populations égyptiennes vers cesespaces vides. Ainsi, « historiquement clos par le désert libyque, leterritoire égyptien tend à déborder peu à peu vers celui-ci, poussé par sadémographie »10. Par ailleurs, le sahel constitue un espace de transit pour lesmigrants d’Afrique sub-saharienne se rendant vers les pays de l’Unioneuropéenne. En renforçant le contrôle des flux migratoires, l’espaceSchengen a déplacé la problématique migratoire en amont, c’est-à-dire lelong du littoral du Maghreb et au sein des villes du Sahara. Dans ce cadre,les routes transsahariennes sont devenues les nouvelles routes del’immigration d’Afrique sub-saharienne vers l’Europe. En reportant ainsi lapression migratoire en amont, l’UE contribue à l’augmentationsignificative du nombre de migrants au sein du Sahara, à l’émergence devilles de plus en plus peuplées, souvent caractérisées par une économiede transit fragilisant le tissu social (villes, véritables plaques tournantes del’immigration : Tamanrasset, Agadez, etc.) et à l’exposition des pays duMaghreb à de multiples pressions migratoires déstabilisatrices à longterme.Des Etats enclavés Le désert est propice à l’enclavement des Etats. Un Etat enclavéest un Etat qui ne dispose pas de façade maritime et donc d’un accèsdirect à la mer. Les communications et les échanges économiquesdépendent étroitement de sa relation avec ses voisins. Cette dépendanceest la source d’un profond handicap, souvent vécu comme un « complexed’infériorité géopolitique » conduisant les Etats à développer de multiplesstratégies de désenclavement. Comme le souligne Aymeric Chauprade,« si un Etat est enclavé, alors l’enclavement est sa donnée géopolitiquemajeure, supérieure à toute les autres. L’ambition première d’un tel Etatest de sortir de l’enclavement »11. Cette nécessité est qualifiée9 CHAUPRADE Aymeric, Introduction à l’analyse géopolitique, Paris : Ellipses, 1999, 320 p.,p. 94 ; voir aussi, DUSSOUY Gérard, Quelle géopolitique au XXIe siècle?, cf. l’espace démopolitique mondiale, Paris : Editions Complexe, 2001, 500 p., pp. 129-137.10 Ibid., p.94.11 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Introduction à l’analyse géopolitique, p.63.
  32. 32. d’ « invariant géopolitique »12 : accéder à l’élément liquide, vecteur derichesse et de puissance, devient une véritable obsession. Au sein de l’arcsahélien, le Tchad, le Niger et le Mali souffrent d’une situationd’enclavement qui handicape leur développement économique etconditionne, voire fragilise, leur posture géopolitique.L’importance des oasis Comme l’évoque Yves Lacoste dans son dictionnaire degéopolitique : « des camions et automobiles desservent aujourd’hui cesoasis créées au Moyen-âge et qui sont devenues des lieux très limités ensuperficie mais où le peuplement est de plus en plus dense en raison de lacroissance démographique des dernières années »13. La valeur stratégiquedes oasis s’en trouve accrue en raison du fort contraste entre ces pointsde concentration de peuplement et des immensités où les hommes sontde plus en plus rares. En quelque sorte, ces oasis acquièrent une fonctiongéopolitique semblable à l’insularité : qui les tient contrôle en fait unpoint d’appui et par voie de conséquence une partie du Sahara.Un champ aux multiples richesses L’arc sahélien est riche en ressources : pétrole et gaz, fer,phosphate, cuivre, étain et uranium sont autant de richesses nourrissantles convoitises de puissances désirant s’en assurer le contrôle. Dans cecontexte, des stratégies de positionnement, de prise de contrôle,d’encerclement et de contre-encerclement participent à la définition desenjeux géopolitiques et géoéconomiques structurant le théâtre sahélien.Par ailleurs, l’exploitation de ces ressources a fortement modifié lepaysage sahélien, transformant le Sahara d’un espace d’oasis faiblementpeuplées en un espace de villes dépassant souvent les 100.000 habitants.Un espace à dominante islamique La fulgurante poussée de l’islam au cours des siècles passés asignificativement contribué à dessiner les contours de la géopolitiquecontemporaine des pays sahéliens. Pourtant, ce facteur religieux est12 Ibid, p.62.13 Op.cit., LACOSTE Yves, Dictionnaire de géopolitique, 1679 p.
  33. 33. rarement à la base de la conflictualité sahélienne : la religion intervientmais en quelque sorte mobilisée par les dynamiques ethniques. Néanmoins, le théâtre sahélien fait l’objet d’une nouvelle pousséede l’islam politique, voire intégriste, risquant de fragiliser les équilibresprécaires et d’offrir des angles de pénétration au terrorisme islamiste. Eneffet, au sein du monde sunnite, une poussée réformiste de tendancesunnite hanbalite, souvent néo-wahhabite, stigmatise le sunnismemalékite des confréries de l’islam noir traditionnel. Dans ce cadre, toutesles grandes sources de l’islam radical se positionnent peu à peu au seindes pays sahéliens. Par ailleurs, ces nouvelles forces, de naturetransétatique, tout en étant pilotées par les Etats moteurs de l’islamismeradical (Arabie Saoudite, Pakistan, Iran et Soudan), interagissent avec lesforces islamiques autochtones, les confréries, et ceci de manière propre àchaque pays. Ces forces, en apparence nouvelles, ne sont que latraduction contemporaine du combat que se livrent depuis des siècles lespuissances occidentales et « les aires civilisationnelles arabe, perse etindienne »14. De nos jours, l’Iran, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, la Libye,etc. « tentent d’évincer ce qui demeure de l’Occident en Afrique noirepour y reconquérir le terrain économique et politique qu’ils occupaientavant le début de la colonisation européenne »15.Un espace répondant globalement aux tensions centre-périphérie La géopolitique interne des Etats sahéliens est dans une grandemesure régie par le raisonnement géopolitique centre-périphérie. Leconcept de centre est fondamental afin de comprendre la géopolitiqueinterne et externe d’un Etat. « François Thual développe le concept decolonisation interne, pour illustrer l’idée selon laquelle une régionl’emporte sur les autres dans le processus d’édification d’une nation »16. La notion de centre est définie comme étant « la zonegéographique à partir de laquelle l’Etat exerce sa puissance sur l’ensembledu territoire et en direction des voisins. Le centre politique estgénéralement la capitale de l’Etat, tandis que le centre économique est14 CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire, Paris : èmeEllipses, 3 éd, 2007, 1050 p., p.321.15 Ibid., p.321.16 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Introduction à l’analyse géopolitique, p.59.
  34. 34. souvent une région. La périphérie est définie, par opposition au centre,comme la zone extérieure au centre, qui reçoit ou subit l’effort depuissance exercé par le centre »17. Clausewitz a défini le centre de gravitécomme étant « un centre de puissance et de mouvement dont toutdépend ». Tout le long de l’arc sahélien, la géopolitique interne des Etatssemble obéir à ce raisonnement opposant un centre contrôlant le pouvoirpolitique ainsi que les richesses du pays et des périphéries marginaliséesaspirant à rompre le statu quo découlant souvent des effets de lacolonisation ayant inversé les rapports de force traditionnels. A titre illustratif, le conflit du Darfour est étroitement lié à desconsidérations économiques et politiques. Survenant alors que le Nord etle Sud s’accordent sur un partage du pouvoir et des ressources, il n’estqu’un moyen destiné à légitimer les revendications des populations duDarfour marginalisées et aspirant à un partage plus équitable desressources et à une participation au pouvoir. La périphérie se rebellecontre le centre. Ce raisonnement est transposable à la conflictualitétchadienne et touareg.LES LIGNES DE FRACTURELa ligne de contact entre « Blancs et Noirs » d’une part et Nord et Sudd’autre partDepuis longtemps, une partie du Sahara et des marges sahéliennes lebordant ont constitué une ligne de contact et d’opposition entre « Blancset Noirs ». S’agit-il, à l’instar des « indiens » d’Amérique, de deux entitésdistinctes ou d’une même communauté aux apparences simplementdifférentes ? Les implications philosophiques de la question sont lourdesde conséquences. De fait, les Blancs ont longuement exercé unedomination matérialisée d’abord par les « razzias » de biens et la « traitedes noirs ». Ce facteur, souvent négligé dans l’analyse de conflitsravageant le sahel, est pourtant d’une importance majeure. En effet,l’esclavagisme, par son atrocité, par ses modes d’organisation, ses réseauxde soutien, etc. constitue un facteur déstructurant à forte charge17 Ibid., p.59.
  35. 35. émotionnelle inscrit dans la mémoire collective des peuples et transmisde génération en génération. Ainsi, de nombreux conflits sahéliens trouvent leur origine danscette fracture Afrique Blanche-Afrique Noire matérialisée par la traited’abord islamo arabe puis européo coloniale, souvent renforcée parl’instrumentalisation, voire la complicité, de populations noires (ethniesdifférentes et rivales). Lors de la décolonisation, de nombreux Etatsregroupant administrativement des populations caractérisées par delourds contentieux historiques, notamment les ethnies victimes de latraite, doivent assurer la cohabitation de tribus ayant participé activementau sein de l’ancien appareil négrier : « ce sont en effet des royaumesguerriers africains qui allaient capturer des esclaves chez d’autres peuplespour les vendre à des commerçants arabes ou à des négriers européens,mais aussi à d’autres africains »18. Il convient de garder à l’esprit quel’esclavage a été aboli tardivement en Mauritanie (5 juillet 1980)19. Entreles peuples victimes de la traite et ceux qui la pratiquaient ou en étaientcomplices, se sont dressés de véritables murs d’incompréhension, voirede haine, paralysant toute initiative de construction d’un véritablesentiment national, indispensable à l’émergence d’un Etat nation. Second aspect de cette ligne de contact, la plupart des Etats situésentre les latitudes 10° Nord et 20° Nord sont caractérisés, dans leurarchitecture interne, par une fracture Nord-Sud qui traduit in fine, uneopposition avant tout ethnique entre populations blanches, souventarabisées, et populations noires. Ainsi, au Mali, l’opposition fondamentaleest celle des Blancs, Maures et Touaregs et des ethnies africaines noires.La rébellion est nordiste et touareg. En Mauritanie, les populationsblanches arabo-berbères, en partie métissées de Noirs, sont confrontéesaux populations négro-africaines, ethnies Toucouleurs, Sarakolés, Wolofset Peuls. Cette fracture raciale Nord-Sud, ancrée dans l’histoire, est à labase d’une profonde conscience ethnico-tribale structurant les sociétés18 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire,p.239.19 L’esclavage a été aboli une première fois par l’administration coloniale au début dusiècle, puis par l’Etat mauritanien indépendant en 1960 (affirmation de l’égalité desMauritaniens devant la Constitution), et par un communiqué du Comité Militaire de SalutNational (CMSN), le 5 juillet 1980 (confirmé par l’ordonnance n° 81-234 du 9 novembre1981).
  36. 36. du sahel africain et brouillant la pertinence du concept occidental d’EtatNation.L’opposition sédentaires/nomades A l’opposition populations blanches/populations noires s’ajoutel’opposition Sédentaires/Nomades, les pasteurs nomades (Toubou,Touareg ou Maures) se considérant comme des blancs, en dépit de lacouleur de leur peau moins foncée, par opposition aux Noirs, habitantsdes oasis, descendants d’anciens esclaves et paysans des régionsméridionales. L’opposition sédentaires-nomades est une constante dansl’ensemble de l’arc sahélien : elle est à la base de nombreuxantagonismes, sources d’une conflictualité croissante. Du Sénégal auSoudan, des altercations surviennent régulièrement entre pasteursnomades en quête d’eau et de pâturage pour leurs troupeaux, etcultivateurs sédentaires cherchant à protéger leurs cultures et leurschamps. La prolifération des armes, l’explosion démographique, ladésertification (poussant les nomades à rechercher des terres plus au sud)et les sécheresses de plus en plus fréquentes rendent la compétition pourl’eau et les terres de plus en plus vive. Cette dynamique risque d’êtreamplifiée à l’avenir par les conséquences de plus en plus prévisibles duréchauffement climatique.La fracture religieuse La prépondérance du facteur ethnique ayant été soulignée, ilconvient, à ce stade, de mentionner la part de la fracture religieuse quisacralise les antagonismes ethniques. En effet, la religion à son tour futinstrumentalisée à des fins identitaires, intervenant souvent en tant quefacteur de division aggravant les oppositions ethniques. Dans denombreux Etats du sahel africain, la polarisation Nord-Sud est amplifiéelorsque la fracture religieuse épouse la fracture raciale. Le Tchad et leSoudan sont des exemples significatifs d’Etats confrontés à cette doublefracture à la base d’une conflictualité chronique hypothéquant la stabilitéde ces sociétés. En effet, le Soudan est confronté depuis sonindépendance à une incessante guerre civile opposant le nord arabo-musulman au sud peuplé d’ethnies bantoues, chrétiennes et animistes.
  37. 37. L’impact du colonialisme L’Homme Blanc a soumis par la force l’Homme Noir, lui imposant,au nom d’une action à vocation civilisatrice, ses modèles, ses catégoriespolitiques, ses institutions et ses propres concepts. Se superposant àl’opposition raciale Blancs-Noirs, le colonialisme est entré enconfrontation directe avec la dynamique esclavagiste en désorganisant lessystèmes négriers suite à l’abolition de l’esclavage décidée lors de laConférence de Bruxelles (18 novembre 1889 - 2 juillet 1890) : « danscertains cas, le colonisateur s’est appuyé sur les appareils existants, dansd’autres, ce sont les groupes victimes qui s’y sont alliés pour se libérer despremiers »20. En effet, confronté à un véritable choc des races et à unepuissante poussée de l’islam (venant essentiellement du Nord), lecolonialisme sut jouer habilement des rivalités des différents acteurs ens’opposant à cette poussée musulmane dominatrice et esclavagiste par unsoutien tactique aux populations noires les plus vulnérables.Parallèlement, l’évangélisation chrétienne véhiculée par les colonisateursjoua le rôle de « contrepoids significatif aux forces d’attraction quis’exerçaient à partir du Maghreb musulman sur les pays d’AfriqueNoire »21. Cette seconde pénétration religieuse s’avéra une arme efficacede colonisation et aboutit, en se heurtant aux populations musulmanes, àla « définition d’une ligne de contact » qui deviendra, par la suite, unevéritable fracture d’ordre religieux. « Pour s’imposer, le colonisateur choisit soit de confirmer unesuprématie politique lorsqu’il constatait un avantage clair en matière dedéveloppement politique d’une ethnie sur les autres, soit de renverser lerapport de force ou de l’annuler en fonction des propres alliancesethniques qu’il avait contractées »22. Dans ce cadre, « La colonisationeuropéenne fut un frein apporté à l’excès de puissance des populationsnordistes et à leurs trafics d’esclaves noirs. Au Haut Sénégal et au Nigerpar exemple, la France se heurta à des chefs esclavagistes Maures,20 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire,p.240.21 Ibid., p.238.22 Ibid., p.238.
  38. 38. Touaregs, Peuls, Arabes tels Samory et Mahmadou-Lamine qui, sous leprétexte de guerre sainte, cherchaient à préserver leurs trafics »23. Par une présence militaire combinée à une habile diplomatie, lecolonialisme, en se posant en arbitre, a contribué à stabiliser les tensionsraciales et ethniques. En ce sens la colonisation fut en quelque sorte uneère de glaciation des rivalités : « la pénétration des Européens éteignit lefeu des conflits esclavagistes, lutta contre le cannibalisme et accorda saprotection à nombre de populations dominées ; en cela, elle contribua àinstaurer une paix durable sur le continent africain et au sahel. Arbitre, lecolonisateur avait intérêt au calme des zones administrées ; il savait cecalme précaire et les divisions latentes toujours promptes àréapparaître »24. En fait, la colonisation n’a fait qu’instrumentaliser les rivalitésentre les différentes ethnies et les peurs des plus vulnérables quicherchaient à échapper à la pratique de la traite musulmane, afin d’ancreret de consolider son emprise. C’est ainsi que lors de la décolonisation, les antagonismes, lesrivalités et les haines « en sommeil » émergèrent à nouveau plongeant lethéâtre sahélien dans le chaos des guerres civiles ou des conflits ditsinternes. La fracture raciale et ethnique Nord-Sud réapparaissait,déstructurant, déstabilisant et fragilisant la géopolitique interne desnouveaux Etats de l’arc sahélien en redonnant toute leur virulence à desantagonismes passés difficilement maîtrisables.La projection des stratégies extérieures Le Sahara, zone de transit et zone refuge, est au croisement demultiples initiatives mises en place par les grandes puissances. Aulendemain du 11 Septembre 2001, il s’inscrit dans la démarche globale delutte contre le terrorisme dans la logique de responsabilisation des Etats,en les dotant au besoin des moyens technologiques et de l’encadrementmilitaire susceptibles d’amplifier leur contrôle sur leur territoire. Il s’agiten définitive de lutter contre la formation de zones grises offrant des23 Op.cit., CHAUPRADE Aymeric, Géopolitique : constantes et changements dans l’histoire,p.238.24 Ibid., p.239.
  39. 39. angles de pénétration au terrorisme islamiste. En outre, ce théâtreabritant de nombreuses richesses pétrolières et minières, attise lesconvoitises et risque de se retrouver confronté à une puissante lutted’influence entre les anciennes puissances coloniales et de nouveauxacteurs mus par des ambitions et des dispositifs géopolitiques concurrentsdont les USA, la Chine, la Russie et dans une moindre mesure l’Inde, Israël,l’Iran, etc. Dans ce cadre, les lignes de fracture évoquées précédemmentsont instrumentalisées, voire amplifiées, par les tensions et les rivalitésinhérentes à la lutte opposant les puissances extérieures quant à lasécurisation de leurs sources d’approvisionnement en pétrole et enmatières premières (bauxite et uranium). A titre illustratif, par sesréserves, dévoilées et potentielles (1,5 Milliard de barils et possibilité pour3 à 4 Milliards), le Soudan et la région du Darfour (partie méridionale ausud de Nyala), constituent un point névralgique matérialisant la lutteentre les Etats-Unis et la Chine pour le contrôle du pétrole africain. En effet, un véritable « grand jeu » se profile en opposant lesEtats-Unis à la fulgurante poussée chinoise sur le continent africain. Avecla Chine progressant d’est en ouest et les Etats-Unis très implantés dans leGolfe de Guinée, la lutte d’influence des deux géants se joue d’ores etdéjà dans les pays centraux, à l’image du Tchad. A long terme, l’objectifdes stratèges chinois semble viser à établir une connexion par oléoducsentre les champs pétroliers du Tchad, du Niger, du Nigéria et du Soudanafin d’évacuer le pétrole par Port-Soudan sur la mer Rouge. Ce projetgéopolitique s’oppose frontalement aux intérêts stratégiques américains.Conclusion Dans ce contexte global, le Sahel, inscrit dans la dynamiquecomplexe et incertaine d’un monde non stabilisé, tendu par la recherchede nouveaux paradigmes, cristallise un faisceau de facteurspotentiellement crisogènes pouvant, par combinaison, déboucher sur desconflits fortement déstabilisateurs, à l’image du conflit du Darfour auSoudan.Parallèlement, le risque de contagion ou d’effet tache d’huile est amplifiépar la porosité des frontières, inhérente aux caractéristiques propres à cetespace.
  40. 40. Cet arc développe une conflictualité singulière s’enracinant dansle temps long de l’histoire. Espace tampon mais surtout espace dejonction et d’échanges, difficilement contrôlable, l’arc sahélien développeune conflictualité endémique sur laquelle les différents acteurs ont peu deprise. Le champ sahélien n’obéit pas à un système de forces homogène. Ilreste incapable de s’auto réguler, de parvenir à une certaine stabilitéautour d’un point d’équilibre : l’exacerbation des antagonismes menace lacarte politique régionale. Compte tenu du fort degré d’imbrication, il est possible d’évoquerune conflictualité en réseau ou « en chaîne » car toute action s’exerçantsur un maillon de la chaîne se traduit par des répercussions surl’ensemble. La trêve entre le Nord et le Sud du Soudan, soutenue par lespuissances extérieures, s’est répercutée sur le Darfour débouchant sur unconflit meurtrier menaçant directement les équilibres précaires du champsoudano tchadien. Par ailleurs, cette conflictualité, rebelle à toute formede régulation, rend aléatoire toute tentative d’ingérence qui, en éteignantun foyer, risque d’en allumer un autre. Dans ce cadre, l’ordre international présent ne peut demeurerindifférent face à ce champ, véritable polygone de crises, générateur deconflits « ulcéreux » pouvant se déclarer à tout instant. Dans un monde eninterconnexion et à la recherche d’un nouvel équilibre, aucune zone nepeut plus être ignorée ni marginalisée. Le sahel ne devrait pas demaindevenir un deuxième Afghanistan.* Professeur de Géopolitique, Medhi Taje est consultant en prospectiveet stratégie d’entreprise.
  41. 41. SUR LA RECHERCHE, LA SCIENCE ET L’EDUCATION ENALGERIE : CONTEXTE POLITIQUE ET SOCIO-ECONOMIQUEGérard Begni * Au moment de lindépendance, lAlgérie nouvelle n’a guèred’autre modèle d’organisation et de gestion que celui du systèmefrançais. Comment celui-ci fonctionne-t-il alors ?Le contexte politique après l’indépendance La France vit alors la période dite des trente glorieuses.L’indépendance de l’Algérie mettra fin à une guerre interminable etimpopulaire (aux plans national et international), la dégageant de lacharge militaire, morale, politique et financière associée. La Franceredéployera ses moyens financiers et humains vers une croissanceindustrielle sans précédent et une indépendance militaire obtenue par lavolonté inflexible du Général de Gaulle à travers la modernisationtechnologique de son armée, qui culminera avec la ‘force de frappe.Politiquement, elle permettra à la France de parachever sonindépendance militaire en quittant la structure militaire intégrée del’OTAN en 1966. Cette modernisation contribuera significativement àl’essor de l’industrie et de la recherche, ainsi qu’à l’apprentissage denouvelles relations entre l’une et l’autre, comme en témoigne parexemple l’essor du CEA (créé dès octobre 1945 par le Général de Gaullealors au pouvoir), de l’ONERA (créé dès mai 1946) et de la rechercheprivée, partiellement sous subvention publique, comme entre autresexemples l’avionique chez Marcel Dassault. Les liens entre recherchefondamentale (physique nucléaire), recherche appliquée et ingénierie depointe ont certainement existé en ce domaine, mais n’ont évidemmentpas été étalés sur la place publique. Dans un domaine civil tel quel’agriculture par exemple, encore essentiel à cette époque, le modèlefrançais est celui d’un grand corps de l’Etat, lIGREF, déployant sur leterrain une administration efficace, le Génie Rural, fonctionnant sur lemode ‘administrateur vers administrés’ adossé a une école de formationappliquée, l’ENGREF, et à quelques laboratoires en étroite dépendance.Les anciennes structures de recherche qui épousaient sur le plan
  42. 42. scientifique la logique du pouvoir colonial tel que l’ORSTOM (Créé en 1943sous le sigle ORSC), auront à s’adapter à la nouvelle donne créée par ladécolonisation. Cet organisme gardera sa dénomination désormaissurannée jusqu’à l’orée du nouveau millénaire avant de devenir l’IRD.Avec d’autres, il permettra une continuité certaine des relationsscientifiques entre la France et ses anciennes colonies. A côté de cesstructures étatiques, les Universités dont l’excellence n’est pascontestable joueront leur rôle de manière découplée de ce mondeadministratif et industriel. Généralement sensibles à diverses écoles depensée d’inspiration néo-marxiste, massivement engagés aux côtés despartisans de l’indépendance algérienne, les universitaires positionnerontsouvent cette autonomie de pensée sur un terrain idéologique, refusantgénéralement tout ce qui peut servir de près ou de loin le capitalisme etl impérialisme et sattirant en retour la méfiance du mondeinstitutionnel, industriel et militaire – voire politique, y compris l’écolemarxiste traditionnelle. Mais ce que la France, grande puissance millénaire, peut faire, lejeune Etat indépendant ne le peut pas. Le monde arabe a étéintellectuellement très brillant, mais les siècles sont passés par là, et lacolonisation a changé le paysage éducatif et scientifique traditionnel.L’Algérie nouvelle dispose d’élites intellectuelles, formées le plus souventpar la France ou sous son influence directe. Elles reflètent donc en grandepartie son mode de pensée - ou ses modes de pensées, ses traditionsadministratives. Les clivages décrits plus haut se répercuteront chez ellesselon que ces élites ont été formées dans le moule universitaire ou danscelui du système de la gestion publique. Ils seront à l’origine de bien desdivergences de vision au sein des élites dirigeantes du jeune Etat. Ben Bella fut élu président de la République algériennedémocratique et populaire. Sa présidence sera une période deconstruction enthousiaste et foisonnante, marquée par des décisionsstructurantes, parfois hésitante et subissant des évolutions en apparencepeu lisibles. Ainsi, en octobre 1963, il suspendit la Constitution du pays etlIslam fut décrété religion dÉtat., Celui-ci étant légitimant dans lessociétés musulmanes, le pouvoir politique algérien se devait donc dereconnaître une place de choix à l’Islam et à la langue arabe. Point majeur,le chapitre suivant traite du mode algérien d’arabisation et de sesconséquences éducatives et scientifiques.
  43. 43. Les élites scientifiques permettront de mettre sur pied un systèmeéducatif de valeur (mais que l’arabisation forcée contribuera à dégrader,voir paragraphe suivant) et des universités dont les meilleures serontréellement de haut niveau. Mais la priorité sera de structurer le nouvelEtat sous l’impulsion du FLN. Celui-ci, formé essentiellement decombattants clandestins aguerris, a acquis une valeur militaireincontestable mais a une compétence médiocre en termes destructuration et gestion proactive d’une société civile en temps de paix. Laformation de cadres durant l’époque coloniale a certes formé despersonnalités parfaitement capables de mettre sur pied un certainnombre de structures administratives dans l’esprit de l’anciencolonisateur, mais peinant davantage à assurer une solide cohérence auplus haut niveau du jeune Etat. Cette difficulté de la jeune nation à s’organiser sera de plusfreinée par divers handicaps. Le FLN entend asseoir avant tout sonautorité politique. Sa priorité de fait sera de faire du système naissant uninstrument de contrôle plutôt que de déployer tous ses efforts pourassurer son efficacité administrative et sociétale. Dans un tel contexte, lesenjeux de pouvoir sont très forts, et font que les personnalités au pouvoirou les idéologies qu’ils véhiculent marquent plus que de raison lessystèmes d’administration et de gestion mis en place, lesquellesdeviennent à leur tour des instruments de pouvoir. Quant aux Universités,elles resteront de fait à l’écart de la construction de la nouvelle sociétépour au moins deux raisons. D’une part, la naissance hésitante etpolitiquement contrôlée des structures d’Etat ne permet guère uneréflexion entre science et structures publiques émergentes. D’autre part,comme en France mais dans un contexte très différent, la structureétatique civile et militaire et l’amorce de société industrielle qui seconstitue autour d’elle tend à se méfier de l’indépendance de penséeintrinsèque au système universitaire. Le consensus né de l’indépendancepourrait se décliner en multiples ramifications idéologiques de nature àsaper l’autorité du FLN, chose évidemment hors de question. Lesdifférents courants de pensée qui traversent le mouvement au pouvoir nepeuvent coexister que si celui-ci détient les clés de leur équilibre et nepourraient résister face à des mouvements de pensée alternatifs etincontrôlés qui pourraient traverser la société civile. Or, le rêve del’indépendance, longuement caressé, chèrement conquis, semble laisser
  44. 44. grande ouverte la porte a toutes les utopies. La fraternité des armes dansla clandestinité pousse la société vers un mode de pensée ‘collectiviste’.Encore faut-il interpréter ceci comme une solidarité de fond dans lacréation du jeune Etat, et probablement aussi à travers le mode depensée de l’Islam (reconnu religion d’Etat) qui attache une grande valeurà la solidarité familiale, avec les personnes âgées et les pauvres ainsi qu’àtravers des traditions de solidarité à l’échelle de petits groupes plutôt quepar analogie avec l’idéologie social-démocrate ou marxisante de la gaucheoccidentale. Lennemi juré israélien (‘sioniste’) n’a-t-il pas suivi un cheminquelque peu similaire mais infiniment plus ‘occidentalisé’ (car construitpar des émigrants) ? Le triomphe du sionisme nest-il pas a ce momentcelui des Kibboutz et l’élite politique israélienne n’est-elle pas influentedans l’Internationale Socialiste? Des mouvements idéologiques radicauxne traversent-ils pas les universités françaises et une large partie del’intelligentsia qui a défendu l’idée de l’Algérie indépendante? Cet étatd’esprit collectiviste, qu’il serait erroné de confondre avec une visionmarxisante ou même social-démocrate à l’occidentale sinon par quelquesinfluences superficielles, n’est donc pas fait pour déplaire aux dirigeantsdu jeune Etat, mais il nécessite d’être étroitement contrôlé pour ne pas ledéborder. Les responsables les plus conscients des contraintes dedéveloppement du jeune Etat favoriseront plutôt ce que l’on appelle lesSciences de lIngénieur plutôt que la naissance d’une recherchescientifique indépendante, multidisciplinaire, et qui peut se montrerdérangeante25. Il est à noter que l Algérie ne dispose toujours pas à cejour d’une Académie des Sciences. Il faut ajouter qu’au niveau sous-régional au sein du Maghreb, leséchanges tant scientifiques qu’économiques sont notoirementinsuffisants. Ceci est principalement lié à des raisons politiques, telles quela tension entre l’Algérie et le Maroc, lié à l’absence d’accord sur le tracéfrontalier de certaines régions ainsi que plus tard à la question sahraouie.La frontière terrestre entre Algérie et Maroc est fermée. La Tunisie, qui asoutenu à fond le FLN lors de la guerre d’indépendance, trace trèssoigneusement ses frontières avec l’Algérie et installe des avant-postesmilitaires à cette frontière.25 On notera par exemple que Medhi Ben Barka a été formé en partie a l’Université d’Algeret que sa condamnation à mort par le régime marocain sera due à son refus de prendrepositon dans le conflit frontalier algéro-marocain issu de subtilités de l’administrationcoloniale française.

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