Vers un urbanisme participatif augmenté?

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Mémoire de Master 2 "aménagement et ubranisme" spécialité "Ville numérique"

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Vers un urbanisme participatif augmenté?

  1. 1. VERS UN URBANISME PARTICIPATIF AUGMENTE ? Apports et limites des dispositifs socio-techniques intégrant des supports numériques de représentation 3D dans le processus de participation citoyenne en urbanismeMémoire de Master 2 « Aménagement et Territoire » spécialité « Opérateurs et managers urbains »Parcours « Ville Numérique » _ Institut Français d’Urbanisme – Université de Marne-La-Vallée.Octobre 2011, Alexina Fornasari, sous la direction de Valérie Aillaud.
  2. 2. RESUME Ce mémoire propose de revisiter la question de l’utilisation des techniques de communication etde représentation dans le dialogue sur la ville. L’hypothèse que nous posons est que les technologiesnumériques de communication et d’information (TNIC) couplées à l’imagerie 3D permettentd’augmenter tant en intensité qu’en étendue la participation citoyenne en urbanisme. Avant de vérifiercette hypothèse nous avons cherché à établir quel(s) sens recouvrait la participation citoyenne enurbanisme. Notre objet d’étude n’est pas la démocratie électronique mais bien les interactions entre lesdifférents acteurs de la ville permises par les TNIC. Cette question n’a pas, à notre connaissance, étéétudiée, excepté dans le cadre d’expérimentations. Nous avons donc emprunté la voie empirique encomparant une dizaine d’expérimentations en Europe et aux Etats-Unis ayant mis en œuvre undispositif numérique de communication accompagné par une représentation 3D du projet urbain. Afind’analyser les influences réciproques entre les techniques conçues et utilisées et les relations socialeset politiques, nous avons employé une méthode et un concept développé par les sociologues del’innovation à savoir les dispositifs socio-techniques. Après cette approche holistique, nous noussommes recentrés sur notre sujet et avons tenté de répondre à notre hypothèse en isolant descaractéristiques techniques et des conditions d’utilisation pour une augmentation de la participationcitoyenne en urbanisme via les TNIC et la 3D.
  3. 3. REMERCIEMENT Avant de débuter ce mémoire, je tiens à exprimer toute ma reconnaissance aux personnes quim’ont apporté leur aide pour ce travail et qui tout au long de ma formation à l’Institut Françaisd’Urbanisme m’ont permis de me préparer aux défis que suppose l’évolution des métiers del’urbanisme. Je tiens, tout d’abord, à exprimer toute ma gratitude à Madame Valérie Aillaud, commeresponsable du Parcours Ville Numérique et directrice de ce mémoire, pour sa confiance et son soutien,et pour les opportunités de professionnalisation qu’elle m’a apportée. Je remercie tout particulièrement, Monsieur Loïc Haÿ, comme maître de stage, professeur duParcours « Ville numérique » et instigateur de ce mémoire, pour m’avoir communiqué sa passion, etpartagé sans condition ses connaissances, ses outils et ses méthodes de travail. Je tiens également à citer Madame Nadia Arab, professeur du Master, qui m’a fait connaîtreMadeleine Akrich et les sociologues de l’innovation et dont la contribution indirecte à ce mémoire s’estavérée essentielle à sa réalisation. J’adresse enfin mes sincères remerciements à l’ensemble des professionnels qui m’ont prêtéede leur temps pour répondre à mes questions.
  4. 4. Vers un urbanisme participatif augmenté ?Sommaire RESUME..................................................................................................................................... 2 REMERCIEMENT ....................................................................................................................... 3 1. INTRODUCTION : LES QUESTIONS D’HIER RESTENT CELLES DE DEMAIN .............. 6 2. LA PARTICIPATION CITOYENNE, GLISSEMENT DE PARADIGME ? ............................ 8 2.1. Naissance de la participation : des luttes urbaines à l’institutionnalisation ................ 8 2.2. Le dialogue urbain, objet technique, politique et social à identifier .......................... 10 2.2.1. Les premières techniques de dialogue urbain indirect 10 2.2.2. La nécessité du dialogue, de la relation de pouvoir à la relation de partage 10 2.3. Les technologies numériques, accompagnatrices du glissement de paradigme ? .. 13 3. LES DISPOSITIFS SOCIO-TECHNIQUES, QUELS EFFETS SUR LE DIALOGUEURBAIN ? ……………………………………………………………………………………………………...14 3.1. Qu’est-ce qu’un dispositif socio-technique ?............................................................ 14 3.2. Les dispositifs, prescripteurs des formes de participation........................................ 15 3.2.1. Conditions et moyens pour l’émergence du dialogue 15 3.2.2. Dispositifs de dialogue, mais lequel ? 21 3.2.4. Le dialogue urbain, créateur du projet urbain 25 3.3. L’influence des concepteurs sur la nature du dialogue ............................................ 29 3.3.1. Le concepteur du projet urbain détermine le dialogue sans y être impliqué 29 3.3.2. Intégration des objets numériques dans les dispositifs de participation, révélateur du lien entre numérique et politique 31 3.3.3. La conception du dispositif, déterminant de la posture des participants 34 3.3.4. Pourquoi les processus de participation « fictifs » sont-ils plus aboutis ? 37 3.4. Les conditions pour un dialogue effectif................................................................... 38 4. L’APPORT DES OBJETS NUMERIQUES AUX PROBLEMATIQUES DE LAPARTICIPATION CITOYENNE EN URBANISME.................................................................................. 40 4.1. La 3D, technique indispensable mais à utiliser avec précaution.............................. 40 4.1.1. Une réponse partielle à la compréhension partagée du projet urbain 40 4.1.2. Un message identitaire à prendre en compte 42 4.2. Simulation du projet urbain et de ses dynamiques pour un dialogue urbain augmenté ................................................................................................................................ 43 4.3. Les effets du système de communication numérique sur le dialogue urbain........... 45 4.3.1. L’hybridation, de l’individu connecté au collectif connecté 45 4.3.2. Capacitation et ludification 47
  5. 5. Vers un urbanisme participatif augmenté ? 4.3.3. Identification, participation et culture urbaine 48 4.3.4. Aide à la décision et participation continue 50 5. CONCLUSION : REVISITER LES PRATIQUES PROFESSIONNELLES EN URBANISMEPOUR L’AUGMENTATION DE LA PARTICIPATION ............................................................................ 52 SOURCES BIBLIOGRAPHIQUE............................................................................................... 55 LISTE DES ENTRETIENS ........................................................................................................ 56 LISTE DES PROJETS ETUDIES.............................................................................................. 57 ANNEXE : FICHES PROJET .................................................................................................... 58 Berges de Seine.................................................................................................................... 58 Bus Meister ........................................................................................................................... 59 Gulliver-Maurepas................................................................................................................. 60 Hautepierre 3D...................................................................................................................... 61 HUB2, Boston ....................................................................................................................... 62 IP City.................................................................................................................................... 63 La Courrouze ........................................................................................................................ 64 Participatory Chinatown ........................................................................................................ 65 Saint-Blaise 3D ..................................................................................................................... 66 VEPs ..................................................................................................................................... 67 Vision Lozells ........................................................................................................................ 68
  6. 6. Vers un urbanisme participatif augmenté ?1. INTRODUCTION : LES QUESTIONS D’HIER RESTENT CELLES DE DEMAIN Françoise Choay posait en 1965 la question de savoir si la ville de demain _ celle d’aujourd’hui_ verrait « peut-être son rôle créateur et formateur [...] assuré par d’autres systèmes de communication(télévision ou radio, par exemple)»1. Il apparait aujourd’hui comme hier, que « le micro-langage del’urbanisme, son « logotechnique » est toujours réservé à un ensemble de spécialistes (organismes definancement dirigés par des techniciens de la construction, ingénieurs et architectes) »2, qui exclue «leur appartenance à un langage et plus généralement à la structure globale d’une société»3 et « privede la liberté de réponse » l’habitant, empêchant « toute l’activité dialectique que devrait lui offrirl’établissement urbain » 4. De nombreuses initiatives à travers le monde cherchent à s’emparer des technologiesnumériques et du système de communication qu’elles induisent pour augmenter le dialogue urbain,étendre la participation des citoyens et l’intensifier. La question est de savoir si l’usage des technologiesnumériques n’ouvre pas la voie à de nouvelles formes de dialogue entre les acteurs de la ville. Cetravail a ainsi vocation à proposer un début de réflexion en interrogeant certaines de ces initiatives surleur apport en termes d’information, de représentation, d’interaction et de collaboration au sein desprocessus de participation, c’est-à-dire dans quelle mesure ces apports sont propices à la mise enœuvre de la participation, au dialogue urbain et à l’expression conjointe des expertises (politique,technique et citoyenne), mais aussi à l’intégration de la participation dans les projets urbains, àl’organisation et la gouvernance des projets en urbanisme. Parmi la diversité et la quantité d’expérimentations mobilisant les technologies numériques pourla participation citoyenne, nous avons établi un panel sélectif de onze projets ayant pour caractéristiquecommune d’intégrer une forme de représentation spatiale en trois dimensions et une possibilitéd’interaction avec les utilisateurs. Ce choix est motivé par le fait qu’il n’existe pas à notre connaissance,d’études interrogeant à la fois la représentation du projet urbain en trois dimensions et les modalités departicipation via le système de communication numérique5. Notre sujet étant exploratoire, l’absenced’études sur notre objet de recherche nous pousse à emprunter la voie empirique. Toutefois, lescontraintes temporelles et géographiques ne nous ayant pas permis de réaliser un véritable travail deterrain, nous n’avons pas recueilli le même niveau ni la même nature d’informations selon les projets6. 1 Choay, 1965-p.82 2 Idem, p.79 3 Idem p.80 4 Idem p.80 5 Il existe un certain nombre d’études qui interrogent la représentation en 3D et ses effets sur la participation(Masboungi et McClure, 2007 ; Bailleul, 2008) et d’autres la « démocratie électronique » (Monnoyer-Smith, 2011) 6 Nos données sont constituées des informations disponibles en ligne, et pour cinq projets, d’entretiens avec desacteurs (concepteurs, développeurs, médiateurs, évaluateurs) des processus de participation. L’ensemble des informationsrecueillies figurent sur les fiches projet en annexe. 6
  7. 7. Vers un urbanisme participatif augmenté ? La diversité des contextes culturels et politiques dans laquelle s’inscrivent nos cas d’études(certains prennent place en Angleterre, en Autriche ou encore aux Etats-Unis), nous amènera à préciserles différences originelles de la considération et de la mise en œuvre de la participation citoyenne entrela France et les Etats-Unis. Nous tenterons par là de montrer que la dimension culturelle et politique ades conséquences sur la pratique et la conception de processus participatif. Toutefois nous ne seronspas en capacité de mesurer tout au long de notre analyse les influences culturelles et politiques sur lesprocessus de participation. Ainsi certains de nos propos ne seront valables que dans un contextenational. Néanmoins, nous chercherons à émettre des recommandations d’ordre général pourl’utilisation des technologies numériques dans la mise en œuvre de la participation citoyenne et àl’intégration des résultats de ce processus au projet urbain en nous appuyant sur les « principesessentiels pour la participation » élaborés par l’Association Internationale pour la Participation duPublic7. Notre analyse des différents projets s’appuiera sur un concept et une méthode empruntés à lasociologie de l’innovation. Nous considérerons les processus de participation comme des dispositifssocio-techniques, cest-à-dire où les agencements techniques de participation sont conditionnés etconditionnent les interactions sociales et l’ordre politique. Cette méthode d’analyse, nous amènera àobserver la conception et l’utilisation des techniques de participation pour décrypter leurs effets sur lesparticipants et leurs relations entre eux et avec le projet urbain. Nous proposons de débuter ce mémoire en partageant notre réflexion sur la nature de laparticipation citoyenne. Cette première partie, servira à poser les bases d’une compréhension communede l’objet de notre analyse pour ensuite, dans une deuxième partie, observer comment les techniquesmobilisées dans les processus de participation prescrivent certaines formes de participation. Aprèsavoir établi, les conditions pour un dialogue urbain effectif, nous mettrons en valeur, dans une troisièmepartie, les apports des technologies numériques pour répondre aux problématiques de la mise enœuvre de la participation en urbanisme et de son intégration au projet. Enfin, nous conclurons enpointant les défis soulevés par l’exploitation des potentialités des technologies numériques, pourl’augmentation effective de la participation. 7 L’IAP2 a mis en place sept principes pour la participation à portée universelle. 7
  8. 8. Vers un urbanisme participatif augmenté ?2. LA PARTICIPATION CITOYENNE, GLISSEMENT DE PARADIGME ? En cherchant à définir à quoi servait la participation citoyenne en urbanisme, nous avonsinterrogé quelle idéologie, quel modèle politique les penseurs et les politiques lui prêtaient. Nous avonsregardé si les principes et la finalité de la participation étaient partagés entre les différentes cultures etles différentes époques. En s’intéressant aux modalités de mise en œuvre de la participation, nousavons pu observer qu’à la recherche d’une même finalité, les porteurs de la participation pouvaientemprunter différents chemins. Mais surtout, nous avons remarqué que le sens donné à la participationcitoyenne par les chercheurs s’inscrivait depuis un peu plus d’une décennie dans un autre paradigmeque celui auquel se référaient les pionniers. 2.1. Naissance de la participation : des luttes urbaines à l’institutionnalisation Le concept de participation citoyenne a été développé aux Etats-Unis dans les années 1960 àla suite des mouvements de contestation pour une démocratie participative. Théorisée par Sherry R.Arnstein en 1969 dans A ladder of Citizen participation8, la participation citoyenne est pensée commeune lutte de pouvoir où le citoyen doit prendre le contrôle au risque de se faire manipuler par lesautorités politiques. Si aux Etats-Unis ce sont les intellectuels qui promeuvent la participation, en Francela participation est impulsée par des hommes politiques issus du courant de gauche. Dès 1962, PierreMendes France propose de “réaliser la démocratie de participation” avec l’idée que “la démocratie neconsiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une case, à déléguer les pouvoirs à un ouplusieurs élus, puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelledu citoyen” et requiert à ce titre sa “présence vigilante”9. Dans les années 1960-1970, en France, les Groupes d’Action Municipale (GAM), les comitésde quartiers, les ateliers populaires d’urbanisme font de la participation un instrument de contestation dusystème politique. Ces “luttes urbaines” pour la participation effective des citoyens dans les affairespubliques s’éteignent dans les années 1980 après une tentative d’institutionnaliser ce mouvement issudes citoyens par les municipalités d’Union de la gauche en 1977. Le contexte français est bien différentde celui des Etats-Unis où la participation aussitôt pensée est codifiée par les gouvernements locaux. 8 Elle détermine trois niveau de participation : 1) premièrement la non-participation qu’elle définie comme étant soitde la "manipulation", comme par exemple l’utilisation excessive et exclusive d’image de synthèse par lesquelles certainsmettent en scène le projet urbain, soit de la "thérapie" comme soutien à la population8; 2) le second niveau est celui de la"coopération symbolique" qui se décline selon trois degrés: a) linformation à sens unique, b) la consultation sans garantiede prise en compte des suggestions et c) la "réassurance" où lautorité publique est seule juge de la légitimité des points devue recueillis8; et 3) troisièmement le "pouvoir effectif des citoyens" soit la participation réelle qui elle aussi se décline selontrois degrés: a) le partenariat via des comités mixtes élus-citoyens; b) la délégation de pouvoir cest-à-dire quant un comitéest composé au moins à 50% de citoyens et c) le contrôle par les citoyens de la conception, de la planification et de ladirection des programmes. 9 Blondiaux, 2010 – p.15 8
  9. 9. Vers un urbanisme participatif augmenté ?« En Amérique du Nord ont été mis au point depuis longtemps des codes écrits permettant d’organisertoute négociation, quelle qu’en soit la nature. En France, l’arbitraire le plus total règne en matièred’organisation de la délibération participative. Comme si la confrontation physique des interlocuteurssuffisait à garantir la possibilité d’une discussion organisée et productive. » 10 La codification sera effectuée en France à partir des années 1990. Mais contrairement à leursvoisins d’Outre-Atlantique, les législateurs français ne s’intéressent pas à l’organisation de laparticipation mais plutôt à ses principes : concertation avec les habitants11 ; droit d’information et departicipation à l’élaboration des décisions publiques12 ; droit d’initiative citoyenne13. L’opérationnalité deces principes reste en suspens car, d’une part « tout se passe comme s’il s’agissait de faire droit à cetteparticipation au niveau des principes sans préciser véritablement le contenu de cette obligation »14, etd’autre part, peu de moyens ont été pensés pour accompagner ce processus participatif15. Malgré les différences d’appropriation et de mise en œuvre de la participation entre la France etles Etats-Unis, la conception de la participation apparait identique : il s’agit d’inclure les citoyens dansles décisions politiques. C’est d’ailleurs, la conception qui est mise en avant par l’AssociationInternationale pour la Participation du Public (IAP2) qui définie les valeurs essentielles pour laparticipation comme universelles « au-delà des frontières nationales, culturelles et religieuses ». Cesvaleurs au nombre de sept posent en partie les mêmes principes que ceux des législateurs français16mais l’IAP2 insiste « sur le principe que la contribution du public peut influencer la décision » et met enavant des principes qui se réfèrent à la méthode du processus de participation17 parmi lesquelsl’autodéfinition par les participants de la manière dont ils participent. Ce dernier principe qui pose que «le processus de participation du public doit permettre aux personnes de définir comment ellesparticipent » revient à définir que les participants n’ont pas simplement un pouvoir sur la prise dedécision mais sur le processus de participation lui-même. 10 Blondiaux, 2010 – p.102 11 La loi d’orientation de 1991 relative à la politique de la ville pose le principe de concertation préalable avec leshabitants pour toute action qui modifie substantiellement les conditions de vie dans les quartiers ; La loi Barnier du 2 février1995 relative aux grands projets d’infrastructure ayant une incidence sur l’environnement ; La loi SRU de décembre 2000rend la concertation obligatoire à l’élaboration des Plans Locaux d’Urbanisme. 12 La loi de Février 1995 relative à l’administration territoriale inscrit le droit des citoyens à être informés etconsultés ; Charte de l’environnement de 2005 à valeur constitutionnelle. 13 Réforme constitutionnelle de 2003 relative au référendum local. 14 Blondiaux, 2010 – p.17 15 Nous en comptons trois de différentes natures les conseils de développement représentant la société civile etayant un rôle consultatif (Loi Voynet de Juin 1999 relative à l’aménagement territoriale et au Développement Durable) ; lesconseils de quartiers obligatoire pour les villes de plus de 80 000 habitants (Loi « démocratie de proximité » de 2002) ; et laCommission Nationale du Débat Public (CNDP), autorité administrative indépendante, devant encadrer les débats et crée en2002. 16 « Le public devrait pouvoir s’exprimer sur les décisions qui touchent sa vie. » ; « Le processus de participationdu public doit fournir aux participants l’information nécessaire pour une participation significative.» 17 « Le processus de participation du public doit communiquer les intérêts de tous les participants et prendre encompte leurs besoins. » « Le processus de participation du public doit solliciter et faciliter activement la participation detoutes les personnes susceptibles d’être touchées. » « Le processus de participation du public doit communiquer auxparticipants l’incidence de leur contribution sur la décision. » 9
  10. 10. Vers un urbanisme participatif augmenté ? 2.2. Le dialogue urbain, objet technique, politique et social à identifier Si la participation est définie par des principes et des valeurs, sa mise en œuvre reste quant àelle non identifiée. A travers les premières techniques de mise en œuvre de la participation, nousobserverons que les modèles politiques qui s’en dégagent relèvent de différentes logiques. 2.2.1. Les premières techniques de dialogue urbain indirect A l’analyse des premières méthodes de participation, une différence notable sur les modalitésd’interaction entre citoyens et autorités technico-politiques. Une des premières techniques de participation élaborées aux Etats-Unis, le sociological survey,consiste à faire collaborer techniciens de la ville et habitants par le biais d’un médiateur, originellementun sociologue. Cette technique de participation n’implique pas nécessairement l’interaction entre lesdifférents acteurs ; souvent le médiateur joue le rôle d’intermédiaire ou plutôt de rapporteur des discoursdes habitants sur le projet urbain, leur vision de la ville et leur façon de vivre la ville. Le médiateur-rapporteur n’est pas en position d’assurer que, d’un côté, l’habitant soit impliqué dans le processus departicipation au projet urbain et que, de l’autre côté, les techniciens entendent et considèrent les proposde l’habitant. En France, la technique développée a un autre but ; elle ne s’inscrit pas dans un projetparticulier et ne cherche pas à mettre en relation l’habitant avec le technicien ou le politique. L’éducationpopulaire donne les moyens à l’habitant d’interagir avec les techniciens, mais faut-il encore que lestechniciens acceptent la relation et que les habitants aient la volonté ou l’opportunité de participer. Ces premières techniques ne sont pas encore à même d’apporter le dialogue urbain. Si la miseen relation n’est pas aboutie dans les deux cas, l’organisation du dispositif de participation relève dedeux scénarios différents : un premier scénario où la participation est organisée par le haut, à distancevia un intermédiaire-expert capable d’extraire le savoir des habitants et de le livrer aux décideurs dansun cadre précis et pour durée prescrite ; un second scénario qui repose sur une mise en capacité descitoyens par d’autres citoyens pour les engager à dialoguer avec les autorités sans cadre prescrit. Cesdeux configurations mettent en œuvre deux logiques, une descendante avec pour finalité la prise dedécision « éclairée » des autorités technico-politiques, l’autre ascendante avec pour but l’autonomied’action des citoyens. 2.2.2. La nécessité du dialogue, de la relation de pouvoir à la relation de partage La démocratie participative tire ses fondements des luttes urbaines et « la théorie de ladémocratie participative [conserve pour] finalité principale [...] la formation de communautés citoyennes 10
  11. 11. Vers un urbanisme participatif augmenté ?actives, [...] l’engagement et la politisation des participants »18. La participation des citoyens sembles’inscrire obligatoirement dans une relation de pouvoir. Et si la « démocratie participative n’a pasvocation à produire directement de la décision. Elle ne peut cependant être pensée qu’en relation avecune décision à prendre [...]»19. Habermas a théorisé le processus de participation comme un« processus d’argumentation rationnelle impliquant des points de vue contradictoires”20. Bien quefortement critiqué sur le principe de rationalité du dialogue entre citoyens et autorités qui impliquait uneégalité de la maîtrise du discours, la délibération reste le modèle majoritaire de tout processus departicipation et la finalité, la prise de décision consensuelle. « La participation pour la participation n’apas de sens » nous dit Loïc Blondiaux21. Toutefois, nous posons l’hypothèse que la participation pour laparticipation a un sens par le fait qu’elle met les citoyens en relation de partage. Nous assistons en effet, depuis les années 2000, à un glissement de paradigme. Laparticipation, jusqu’à l’heure appréhendée comme une relation de pouvoir avec pour point d’orgue laprise de décision, est à présent considérée par certains chercheurs comme une relation de partage.Différents vocables sont utilisés pour signifier ce nouveau type de participation. Le premier d’entre eux est le terme de collaboration, on comprend alors la participation commeune action reposant sur le fait d’être avec. Le premier chercheur à avoir conceptualisé cette nouvelleapproche de la participation est Armand Hatchuel qui, empruntant ses références au monde de laconception industrielle, a donné pour finalité à la participation la « conception collective » en posant l’«expertise [citoyenne] comme processus démocratique »22. La participation relève pour lui de l’actionmettant en jeu non pas les intérêts des acteurs et les prises de pouvoir mais les compétences et lessavoirs des profanes. Jean-Jacques Terrin, architecte-urbaniste et chercheur ayant participé à laconception du projet IP City, considère lui aussi le travail collaboratif de conception et de productioncomme “la bonne participation” à laquelle il oppose le discours ou l’information, la concertation ou ladiscussion, soit la délibération. Pour lui, la posture active des citoyens est la condition de la participationeffective ; la finalité de la participation est la conception et non la décision23. D’autres chercheursconsidèrent également la participation comme collaboration mais pour eux l’enjeu n’est pas laconception mais simplement l’interaction. Hélène Bailleul, chercheuse en urbanisme, considère quec’est le partage et l’échange des connaissances sur le territoire entre citoyens et autorités qui fondent laparticipation, la finalité important moins que les moyens24. Pierre Mahey, architecte-urbanisteexpérimentant depuis les années 1980 des méthodes pour faire la ville avec ses habitants, définiecomme enjeux de la participation l’appropriation de la ville par ses habitants, la cohésion sociale et larencontre de l’autre25. 18 Loïc Blondiaux, 2010-p. 44 19 Idem p.108-109 20 Idem p.44 21 Idem p. 109 22 Hatchuel, 2001 23 Entretien du 20 mai 2011. 24 Entretien du 20 mai 2011. 25 Atelier DoItCitY sur le dialogue urbain du 12 mai 2011. 11
  12. 12. Vers un urbanisme participatif augmenté ? Deux écoles existent donc parmi les tenants de la participation qui se sont écartées de toutenotion de pouvoir pour privilégier une relation de partage :  La première relève du dialogue urbain en considérant que le processus de participation a pour finalité la conception collaborative du projet urbain.  La seconde relève du dialogue social et considère que la participation pour la participation à un sens, les processus de participation quelque finalité qu’ils aient ne sont que prétextes à l’action de participer. Ce glissement de paradigme semble par contre ne pas avoir été opéré chez les élus ettechniciens qui considèrent toujours la participation des citoyens comme un potentiel contre-pouvoir.Les autorités technico-politiques ont en effet souvent peur des processus de participation citoyenne etcherchent à en maitriser les effets. Ils pensent le plus souvent la participation citoyenne comme unecontrainte qui risque de nuire au projet. La participation est « rarement pensée comme une aidepossible à la décision, comme une manière de gouverner autrement et plus efficacement. Elle est leplus souvent vécue comme une contrainte lorsqu’elle est imposée par la loi, et comme une menacelorsqu’elle risque de réveiller un peuple que l’on croyait endormi. La tentation est grande [...] àverrouiller le processus de discussion »26 Dans le même temps, la crise de légitimité qui affecte lepouvoir politique et technique dans nos démocraties pousse les élus et leurs techniciens à s’ouvrir auxprocessus de participation27. Si l’on parle beaucoup de pédagogie envers les citoyens dans le cadre des processus departicipation en urbanisme, on en parle rarement envers les autorités. Pourtant, pour que la participationne soit pas lettre morte ou dialogue de sourd, pour qu’il y ait partage, les deux parties doivent être enposture d’échange. Certains bureaux d’étude chargés de concevoir et de mettre en œuvre desprocessus de participation citoyenne en ont bien conscience, comme le bureau Respublica chargé entreautre du processus de concertation sur le projet Berges de Seine et Saint-Blaise pour la ville de Paris etla SEMAEST. La directrice de Respublica insiste sur le travail de pédagogie aux élus comme unpréalable nécessaire à tout processus de participation. Souvent, précise-t-elle, les élus font appel à sesservices pour lui déléguer leur obligation de concertation sans avoir défini l’objet de ce qui serra soumisau débat, ni ce qu’ils en attendent. Son travail consiste donc en premier lieu à discuter avec les élus, età définir avec eux l’objet de la participation. Pour cela, il s’agit d’établir quelles sont les marges demanœuvre dans un projet, c’est-à-dire ce qui n’est pas décidé et ce pour quoi le débat public peut êtreune aide à la décision, même si cette dernière reste du ressort de l’élu. Il s’agit également de clarifieravec eux les modalités du processus, c’est-à-dire de définir leur positionnement pour qu’ils puissentjustifier leur décision après avoir recueilli la parole des citoyens28. Cette expérience de terrain montrequ’il est difficile pour les élus de se positionner dans une relation de pouvoir, et à fortiori il leur sera plusdifficile encore de s’inscrire dans une relation de partage. Toutefois certains arguments de poidspourraient les aider à reconsidérer la participation en dehors d’un rapport de force et à s’ouvrir audialogue avec les citoyens. En effet, si la finalité de la participation n’est plus la décision mais 26 Loïc Blondiaux, 2010- p.74 27 Sur les raisons de la crise de l’autorité, voir LB, 2010 – p.25-28 28 Entretien du 26 mai 2011 12
  13. 13. Vers un urbanisme participatif augmenté ?l’appropriation du projet par les citoyens, le sentiment d’appartenance à la cité, la cohésion sociale entreles citoyens, si on donne un sens à la participation pour la participation, les autorités ne se sentiraientplus en situation de risque, la question du pouvoir ayant disparu. Le processus de participationcitoyenne en urbanisme pourrait ainsi devenir un prétexte à soigner les maux de la société commel’énonce Pierre Mahey29. 2.3. Les technologies numériques, accompagnatrices du glissement de paradigme ? Les méthodes de collaboration n’ont pas attendu l’arrivée des Technologie Numériques del’Information et de la Communication (TNIC) pour se développer, comme le prouve la méthode duCommunity planning expérimentée dans les années 199030. Toutefois, depuis leur avènement et leurdiffusion, les TNIC ont été mobilisées pour mettre en œuvre la participation citoyenne31. Si laparticipation en ligne a été une des techniques les plus expérimentées, elle a pris de nombreusesformes et servie diverses finalités. La diffusion des TNIC auprès du plus grand nombre ont modifié lerapport à l’information et les relations de communication. Ce nouvel art de communiquer a engendréune révolution culturelle qui est encore à l’examen32. S’il est indéniable que les TNIC ont un aspectcollaboratif (il suffit de se référer aux termes créés suite au développement des usages destechnologies numériques comme l’ « intelligence collective » ou le « crowdsourcing »), il n’est pasprouvé pour autant qu’elles permettent d’augmenter la participation citoyenne. Les TNIC sont des outils, ils servent la finalité défendue par ses utilisateurs. Au regard decertaines utilisations des TNIC, la question se pose de savoir si elles sont réellement utilisées pourfavoriser la participation ou pour favoriser l’acceptation du projet urbain par les habitants ou mêmecomme Hélène Bailleul en a fait l’hypothèse, si les élus ne cherchent pas seulement à communiquer parces outils leur modernité33. L’outil sans la méthode n’est rien. Nous sommes actuellement face à une profusiond’expérimentation de ces outils dans le cadre de processus de participation mais les concepteurs deces expérimentations pensent-ils les méthodes ? Vu la rareté des évaluations de ces expérimentations,on peut légitimement se demander si les concepteurs ne s’intéressent pas plus à l’outil qu’à sesutilisateurs et au bien qu’ils peuvent en tirer. A travers les projets étudiés, nous tenterons de définir si etselon quelles modalités les TNIC, comme techniques mais également comme production d’un nouvelordre politique et social, servent à la participation citoyenne 29 Atelier Do It citY sur le dialogue urbain du 12 mai 2011. 30 Voir Hauptmann et Water « Concertation citoyenne en urbanisme : la méthode du community planning » 31 Voir Laurence Monnoyer-Smith, 2011 32 Voir entre autre le réseau scientifique pluridisciplinaire http// :www.culture.numérique.free.fr 33 Bailleul, 2008 (1) 13
  14. 14. Vers un urbanisme participatif augmenté ?3. LES DISPOSITIFS SOCIO-TECHNIQUES, QUELS EFFETS SUR LE DIALOGUE URBAIN ? 3.1. Qu’est-ce qu’un dispositif socio-technique ? Le terme de dispositif socio-technique a été élaboré par les chercheurs en sociologie del’innovation pour décrire la dimension sociale d’un objet technique, considérant que « les objetstechniques définissent dans leur configuration une certaine partition du monde physique et social,attribuent des rôles à certains types d’acteurs -humains et non-humains- en excluent d’autres,autorisent certains modes de relation entre ces différents acteurs de telle sorte qu’ils participentpleinement de la construction d’une culture,…, en même temps qu’ils deviennent des médiateursobligés dans toutes les relations que nous entretenons avec le réel. »34 Ces chercheurs ont mis en évidence qu’un objet technique induit dès sa phase de conceptionun certain agencement social et définit un ordre politique « au sens où il constitue des éléments actifsdes organisations des relations des hommes entre eux et avec leur environnement »35. Afin de rendrecompte du contenu politique et social d’un objet technique, nous pouvons rapporter le processus deconception d’un pont reliant deux rives d’une ville que décrypte L. Winner36. Ici, le concepteur du pontest également concepteur d’un ordre politique ou plutôt inscrit l’objet qu’il conçoit dans l’ordre politiqueet social existant. Le pont est ainsi conçu pour rendre impossible le passage des bus, empêchantl’accès des pauvres à l’autre rive, ces derniers n’ayant pas de voiture individuelle. Françoise Choayavait d’ailleurs remarqué qu’« à la racine de tout projet d’aménagement, derrière les rationalisations oule savoir qui prétendent la fonder en vérité, se cachent des tendances et un système de valeurs. » 37 Des critères d’analyse ont été mis en place par ces chercheurs pour observer les agencementssociaux et politiques produits par un objet technique. Un premier critère est la position et la posture del’utilisateur, la position étant relative à l’utilisation du dispositif et la posture au conditionnement et auxconséquences de l’utilisation sur son comportement et sa place sociale. Par exemple, dans le cadred’un jeu sérieux (serious game) visant à recevoir l’avis des citoyens, la position de l’utilisateur est d’êtrejoueur et sa posture est d’être consulté par l’autorité politique. Un deuxième critère d’analyse est lescénario d’usage du dispositif, c’est-à-dire le contexte dans lequel sont utilisé le dispositif et les règlesdu jeu. Ce scénario détermine « un « script », qui se veut prédétermination des mises en scène que lesutilisateurs sont appelés à imaginer à partir du dispositif technique et des pré-scriptions quil’accompagnent »38, soit une action ou une posture de la part de l’utilisateur et une certaine relationentre les utilisateurs et un certain rapport au monde. 34 Akrich, 1993 35 idem 36 Winner, 1983 37 Choay, 1965-p.74 38 Akrich, 1993 14
  15. 15. Vers un urbanisme participatif augmenté ? Schéma de définition des critères d’analyse d’un dispositif socio-technique Caractère Caractère social technique et politique Utilisateur Position Posture Relation entre les Scénario Script utilisateurs Considérer les processus de participation comme des dispositifs socio-techniques nous invitentà regarder comment les objets techniques39 façonnent les processus de participation et quel modèlepolitique ils sous-tendent. L’analyse de ces objets techniques et de leur conception permet decomprendre dans chaque projet comment sont considérés les différents acteurs, leurs relations et leursrôles. Utiliser ce concept et cette grille d’analyse, nous permet d’interroger les techniques departicipation et leurs effets sur la participation citoyenne en urbanisme. Cela permet également, enregardant à la fois du côté de la conception des objets et de leur expérimentation, de définir ce qui secache sous le terme de participation pour chacun des projets étudiés ou quel modèle ou idéologiepolitique est mise en place par le bais de techniques employées dans les processus de participation. 3.2. Les dispositifs, prescripteurs des formes de participation Nous analyserons ici comment les dispositifs conditionnent la participation en urbanisme. Nousavons identifié, à partir de l’analyse des onze dispositifs étudiés40, trois formes principales departicipation : le dialogue indirect, le dialogue direct et la conception collaborative qui implique de fait undialogue direct entre participants. Le caractère direct ou indirect ne signifie pas physique ou numérique,il est conditionné par l’existence d’une interface permettant la rencontre entre les différents participants.Nous définirons dans un premier temps les conditions et les moyens pour l’émergence d’un dialogue,puis nous analyserons quel type de dialogue prescrivent les dispositifs et enfin, nous rendrons comptedes logiques et des défis qui relèvent de la conception collaborative. 3.2.1. Conditions et moyens pour l’émergence du dialogue Qu’il soit direct ou indirect, le dialogue dans le processus de participation en urbanisme estconditionné par l’échange uni ou bilatéral d’informations entre les participants. En comparant, lesdispositifs de notre panel, nous regarderons quels moyens techniques permettent d’assurer cetéchange. 39 Nous ne considérons, pour notre part, non pas un objet technique de façon isolé, mais l’ensemble destechniques mobilisées pour le processus de participation. 40 L’ensemble des dispositifs sont décrits en annexe. 15
  16. 16. Vers un urbanisme participatif augmenté ? 3.2.1.1. Le partage, condition première du dialogue La base de tout processus de participation est l’échange d’informations qui, dans la quasi-totalité des processus, sont délivrées par les autorités et destinées aux citoyens. La finalité est depermettre aux citoyens participants d’être en mesure de se faire un avis sur la base de ces informationspuis d’exprimer leur avis. Le médium utilisé pour fournir ces informations est principalement, pour lesdispositifs que nous avons étudiés, la représentation 3D du projet mais selon les dispositifs l’informationpeut être ou non partagée. La représentation 3D du projet est utilisée pour fournir de l’information sur le projet urbain àlaquelle sont ajoutée des fiches détaillées qui prennent différentes formes. La représentation 3Dsuppose une interprétation de la part du lecteur. Or cette interprétation est personnelle et subjective.Pour s’assurer d’une compréhension partagée de l’information, des mesures d’accompagnement de laréception des informations sont nécessaires au risque de créer des malentendus. Deux des dispositifs étudiés, Saint-Blaise 3D et Berges de Seine, délivrent de l’information sansaucune mesure d’accompagnement. Ils relèveraient plus du non-dialogue que du dialogue indirect. Cesdeux dispositifs mettent en scène une représentation du projet plus que favorable : absence decirculation automobile, arbre touffus, etc. Aucune pédagogie n’est à l’œuvre dans ces dispositifs, nouspourrions même interpréter ces dispositifs comme manipulateurs en représentant le projet urbain sousun aspect peu réaliste, et donc opposés au dialogue urbain. D’autres dispositifs ont, quant à eux, mis en place des mesures d’accompagnement pourfavoriser l’appropriation de l’information. A travers les dispositifs étudiés, il ressort deux typesd’accompagnement, l’un assuré par une médiation physique opérée par une ou plusieurs personnes(les médiateurs), l’autre assuré par une médiation numérique opérée par des fonctionnalités techniquesintégrées au dispositif41. Le médiateur a différentes fonctions : il accompagne les citoyens dans l’appropriation desinformations et il facilite l’utilisation du dispositif. Son rôle peut être primordial s’il est garant du dialogueurbain, c’est-à-dire s’il est chargé de mettre toutes les parties en posture de dialogue et de s’assurer dela fécondité de celui-ci. En conséquence, le médiateur ne doit représenter aucune des parties. Pour êtreefficace, le médiateur doit avoir des connaissances à la fois sur le dispositif et sur le projet urbain, objetdu dialogue. Malgré son rôle central dans le processus de participation, le médiateur d’un dispositif socio-technique utilisant la représentation 3D n’a aucun référenciel pour exercer ses fonctions ; aucuneméthodologie précise ne lui sert de guide. La médiation entre objet numérique (la représentation del’information) et objet réel (le partage de l’information) n’est pas codifiée, pas pensée. Pourtant lafonction de médiateur dans les processus de participation classique (débat public en salle) estformalisée, et même enseignée en « ingénierie de la concertation ». Elle consiste à planifier le 41 Ces dispositifs relèvent d’ailleurs du dialogue direct, comme nous le verrons plus loin. 16
  17. 17. Vers un urbanisme participatif augmenté ?processus de participation, à s’assurer des attentes des décideurs et à faire en sorte que lesparticipants puissent comprendre l’information qui leur est destinée, à analyser leur réaction pour lesproposer à l’autorité politique qui devra ensuite justifier de son choix d’intégrer ou non les remarquesdes citoyens au projet urbain. La grande différence entre ce type de médiation et celle opérée dans undispositif intégrant une dimension numérique est la différentiation temporelle. Dans le cas d’unprocessus de participation en salle, l’autorité livre ses informations, puis les participants leursremarques alors qu’avec un scénario hybride, le temps de l’information cohabite avec le temps dudialogue, l’information n’est pas délivrée selon les règles du discours mais selon les règles de lareprésentation. Une méthodologie de médiation de dispositifs hybrides doit être établie afin de ne pasrendre inaudibles ni les informations, ni la parole. Un autre type d’accompagnement de la réception de l’information est de mettre les participantsen posture de concepteur ou de décideur _ il s’agit de laisser les participants prendre conscience desdifficultés de concevoir ou de décider d’un projet urbain. Dans le cadre du dispositif de participation auprojet de recherche VEPs (Virtual Environment Planning system), les participants étaient amenés àtester plusieurs variantes du projet urbain sur une plate-forme numérique et à visualiser par lareprésentation 3D leurs impacts environnementaux. Les participants, habitants d’un quartier deStuttgart, se trouvaient ainsi en mesure de comprendre les tenants et les aboutissants du débat urbain.Cette approche pédagogique permet de mettre les habitants sans connaissance technique en capacitéde dialoguer d’aspects techniques qui dans ce type de projet urbain sont essentiels. Cette technique aégalement été employée par le dispositif Bus Meister et sera exposée plus loin. En résumé, le partage de l’information, condition du dialogue, nécessite un accompagnement.Cet accompagnement doit-être inscrit dans le scénario d’usage des dispositifs qu’ils utilisent lestechnologies numériques ou non. 3.2.1.2. Libérer l’expression citoyenne Si le partage ouvre la voie au dialogue, il ne l’assure pas; pour cela il faut donner des moyensd’expression. Les moyens doivent-être regardés dans leur forme et leur modalité. Les processus deconsultation étudiés ont mis en œuvre des fonctionnalités intégrées à la représentation 3D pourpermettre aux citoyens d’exprimer leur avis. C’est le cas des projets Berges de Seine, Saint-Blaise 3D,Gulliver-Maurepas et Vision Lozells. Tous ces dispositifs utilisent la fonction de commentaires sur lamaquette 3D. L’intérêt de cette technique est de recevoir un avis contextualisé. Laissons de côté laproblématique du partage de l’information. Deux possibilités existent pour permettre des commentaires contextualisés : l’une, encadrée,est d’ouvrir aux commentaires des points d’intérêt définis par les concepteurs du dispositif (Saint-Blaise3D et Berges de Seine), l’autre, libre, consiste à permettre aux citoyens de commenter tout objet de lareprésentation (Vision Lozells et Gulliver- Maurepas). Le choix entre l’une des deux possibilités doit êtreétabli en fonction de l’objet du débat. Concernant le projet Berges de Seine, le commentaire encadréest tout à fait recevable puisque ce qui était mis au débat ne portait que sur les usages de certains sites; pour le quartier Saint-Blaise, le commentaire encadré n’apparait pas approprié du fait que le débatportait sur la rénovation d’un quartier habité, ainsi des objets qui n’auraient pas d’intérêts significatifspour les concepteurs pourraient en avoir pour les participants. Dans tous les cas, ce qui pose problème 17
  18. 18. Vers un urbanisme participatif augmenté ?dans ce type de scénario est que l’avis doit nécessairement être exprimé par écrit. Or tous les citoyensne maîtrisent pas l’écriture. Ce manque de maîtrise peut aboutir à exclure certains citoyens duprocessus de participation. Ici encore le rôle du médiateur peut être le remède de la non-maîtrise del’écrit, comme sur le dispositif Gulliver-Maurepas où le médiateur jouait aussi le rôle d’écrivain public.D’autres types de dispositifs, comme Hautepierre 3D, dispositif d’expertise citoyenne, ont mis en placed’autres formes que l’écriture pour exprimer son avis, en utilisant différents types de média numériques(vidéo, audios, images, liens) ou comme Gulliver - Maurepas permettant de s’exprimer par la gestuelle(dans le cadre d’interaction entre les participants et donc de dialogue direct) ou par des émoticônes. 3.2.1.3. Faire émerger la parole collective Une limite qui a été adressée aux supports numériques utilisés dans les processus departicipation est qu’ils ne permettent pas de faire émerger la parole collective42. Cette limite est effectivepour deux raisons : l’absence d’accompagnement à l’appropriation de l’information et l’absenced’accompagnement de la parole collective. L’accompagnement de la parole collective est une mesurequi peut, pourtant, être intégrée dans le dispositif de participation utilisant des supports numériques. Un moyen de contourner cette limite est l’hybridité du scénario d’usage, soit l’utilisation desupports numériques au sein d’une rencontre physique. Ainsi le participant n’est pas seul devant sonécran, il est de fait dans une situation de groupe. Si certains supports numériques permettent unerelation de groupe au sein d’une plate-forme numérique par exemple, le faible taux de connectéslimitent l’interaction. Il apparait alors que, dans les scénarios hybrides, les participants dialoguentspontanément à partir de ce qu’ils perçoivent via la représentation 3D et des fonctionnalités dessupports numériques. Nous qualifions ce type de dialogue « dialogue d’étonnement », le discours desparticipants étant directement lié à leur perception immédiate et n’étant donc pas construit. L’ajout dumédiateur peut transformer ce dialogue d’étonnement en parole collective, en cherchant à mettre enrelation les participants et les accompagner dans la construction d’une perception collective. Lessupports numériques, seuls ne sont peut-être pas en mesure de faire émerger la parole collective, maisle dispositif hybridé peut apporter la parole collective. Certes ce type de dispositif ne permet pas demettre en relation directe un grand nombre de participants. Cette seconde limite adressée à l’encontre des supports numériques _ le nombre restreint departicipants _ peut également être contournée par la conception du dispositif. Avant de décrire lesmesures qui peuvent solutionner cette question, intéressons-nous à la production de la parole collectivedans un processus de participation sans support numérique. Prenons l’exemple du projet Berges deSeine, pour lequel une plate-forme numérique a été conçue pour diffuser de l’information et recueillir lesavis des citoyens mais n’a pas été utilisée dans le processus de participation à savoir la concertationlégale. Ce processus de participation organisé par un bureau d’étude spécialisé a consisté en desréunions publiques par arrondissement parisien où participaient une centaine d’habitants et en troisateliers thématiques de 45mn regroupant une quinzaine de citoyens chacun. D’après la directrice dubureau d’étude, la parole collective peut émerger des réunions publiques, même si, dans les faits, ce 42 Directrice du Bureau Respublica, entretien du 26 mai 2011 18
  19. 19. Vers un urbanisme participatif augmenté ?sont des individus qui s’adressent individuellement aux autorités technico-politiques, et cela car laparole de chaque individu est entendue de tous et que chaque participant peut construire son opinionen fonction de la parole de l’autre. De plus, les ateliers thématiques soumettant au groupe departicipants des propositions ou des questions émises par les participants aux réunions publiquespermettent d’enrichir la parole collective en développant un avis révélateur de l’opinion publique (il estjugé révélateur en fonction du nombre d’occurrences, bien que la parole collective ne soit pasconsidérée comme la somme des paroles individuelles). Pour résumer, la parole collective émerge siles discours individuels sont diffusés au reste des participants et qu’ils peuvent y réagir, s’il est possiblede définir l’opinion collective (quantifier les opinions individuelles) et s’il est possible d’approfondirl’opinion collective. Selon cette thèse, nous pouvons affirmer que les supports numériques peuvent faireémerger une parole collective. Une mesure simple est de rendre visible les commentaires individuels etde permettre à tous les participants d’y réagir. Une deuxième est de mettre en place un système devote sur les avis exprimés. Une troisième est de réutiliser les avis, qui sont grâce aux technologiesnumériques, automatiquement enregistrés et contextualisés, dans le cadre d’atelier de travail pourl’approfondissement de la parole collective. De plus, les supports numériques, à travers leur force d’attraction et de vulgarisation dedonnées souvent complexes, sont susceptibles de susciter la participation de publics souvent absentsdes processus de participation, principalement les jeunes et les catégories populaires, et ainsi apportentune partie de la parole collective généralement absente des dispositifs classiques. 3.2.1.4. Donner les moyens de l’expertise citoyenne Ce type de participation consiste à faire remonter l’information des citoyens vers les autoritéstechnico-politiques. Ce n’est pas un processus de consultation. Les participants ne réagissent pas à undiscours émanant des autorités, ils livrent leur propre discours. Ces informations citoyennes sontgénéralement nommées « expertise citoyenne » mais il peut s’agir de paroles et de mémoiresd’habitants. Les dispositifs conçus pour ce type de participation ont pour finalité de mettre lesparticipants en capacité de donner des informations qu’eux seuls détiennent afin d’apporter unedimension subjective au projet urbain. Les deux dispositifs de notre panel, qui prescrivent ce type departicipation, ne sont pas portés par les autorités en charge du projet urbain : dans un cas c’est unprojet de recherche, dans l’autre l’initiative d’une association. Toutefois, dans les deux cas, ilss’inscrivent dans le contexte du projet urbain : dans le premier cas la conception d’un plan d’urbanismepour le quartier de Chinatown à Boston, dans le second un grand projet de ville du quartier deHautepierre à Strasbourg. Ces deux dispositifs, bien qu’ils prescrivent la même forme de participation,sont différents à la fois dans leur conception, leur méthodologie et leur finalité. Une grande différence est la conscience et le choix de l’information délivrée par le participant.Participatory Chinatown est conçu comme un jeu vidéo où les participants prennent le rôle d’un avatar,personnage dont les caractéristiques sont prédéfinies. Ils doivent remplir une mission en lieu et place dupersonnage qu’ils incarnent (trouver un travail, une maison, un lieu de sociabilisation). Pendant le jeu,ils peuvent commenter l’espace qui les entoure. Hautepierre 3D est conçu comme une bibliothèque deparoles et mémoires citoyennes (vidéos, audios, images, textes) où les participants peuvent nommer etpersonnaliser leur avatar. Dans un cas, le dispositif laisse les participants très libres et conscients de 19
  20. 20. Vers un urbanisme participatif augmenté ?l’information diffusée alors que dans l’autre les participants sont dans une position de joueur quiinfluence leur posture. L’avatar d’un participant accédant à du contenu L’immersion dans Chinatown via un personnage du jeu. produit par les habitants de Hautepierre. L’autre grande différence est l’utilisation des données. Dans le dispositif mis en place par leschercheurs, les données recueillies ne sont pas publiées et sont analysées par les porteurs duprocessus de participation alors que, dans le cadre de l’association, les données sont accessibles partous et telles quelles. Dans un cas, on se rapproche plus de la technique du sociological survey où lesparticipants sont amenés à produire des informations sans en maîtriser l’utilisation alors que dansl’autre les participants ont la visibilité de l’ensemble des informations produites et de leur utilisation. Il est remarquable que, dans les deux cas, la fonction du jeu soit mobilisée pour favoriser laparticipation et la production des savoirs citoyens (si cette fonction est moins remarquable dans le casd’Hautepierre 3D, son concepteur, Grégoire Zabé, nous a informés de son intention de créer un jeu defootball dans la plate-forme afin de mobiliser plus de jeunes à son utilisation). Il serait intéressantd’analyser plus loin le lien entre dispositif ludique et mise en capacité des citoyens ainsi que lesrelations produites entre les participants. Ce type de dispositif constitue un dialogue indirect avec les autorités, voir peut ne recevoiraucune attention des autorités. Néanmoins il constitue un moyen de favoriser le dialogue entre leshabitants d’un quartier. Les habitants, qui nesont peut-être pas amenés à se côtoyer oualors ne vont pas faire porter leur discussion surleur environnement, se rencontrentnumériquement ou physiquement, rassemblésautour de la représentation de leur quartier, etpeuvent partager la vision qu’ils en ont. Ce typede dispositif crée une dynamique departicipation qui, même si elle n’est pas prise en 200 habitants de Chinatown regroupés dans une sallecompte par les autorités, pourraient faciliter un d’une association de quartier pour participer aufutur dialogue urbain. processus de participation. 20
  21. 21. Vers un urbanisme participatif augmenté ? 3.2.2. Dispositifs de dialogue, mais lequel ? 3.2.2.1. Le projet urbain, référent ou prétexte au dialogue ? Dans la majorité des dispositifs, les concepteurs ne présentent pas le dialogue comme l’objetdu dispositif, l’objet qu’ils affichent est le projet urbain. Les concepteurs de Hautepierre 3D fixent pourobjectif au dispositif de rendre compte de façon qualitative de la mémoire et des mutations du quartier,ceux de Participatory Chinatown de faciliter la participation des habitants à l’élaboration du pland’urbanisme. Le dialogue n’est donc pas annoncé dans leurs moyens, il s’agit de faire émerger la paroledes habitants pour enrichir le projet urbain à condition que cette parole soit entendue par les autoritésen charge du projet. Les dispositifs de conception collaborative définissent quant à eux une relationentre le dialogue et le projet. Le dialogue doit permettre d’un part « la construction d’une vision partagéeet négociée » pour la conception du projet dans le cadre du dispositif IP City, et d’autre part la «délibération augmentée » recherchée par les concepteurs d’Hub2 afin d’aboutir à un projet répondantaux attentes et aux pratiques de tous. Le dispositif Gulliver-Maurepas semble quant à lui viser ledialogue avec pour moyen le projet urbain, il s’agit de « partager, expliquer, débattre du projet urbain ».Si seul les concepteurs de Gulliver –Maurepas affiche le dialogue comme une finalité, cela ne signifiepas que l’ensemble des dispositifs ne prescrivent pas tous, au moins potentiellement, un dialogueurbain et œuvrent pour la cohésion sociale en prenant le projet urbain comme prétexte et non pascomme certains l’affichent comme objet référent et déterminant du dialogue. 3.2.2.2.Dispositif comme interface de dialogue Nous considérons que l’ensemble des dispositifs nommés ci-dessus sont intrinsèquementporteurs de dialogue, et cela, car ils sont tous conçus comme des interfaces entre les utilisateurs-participants. Si seul un dispositif, IP City, a réellement abouti au dialogue urbain en réunissant autoritéstechniques et citoyens, les autres ont au minimum permis un dialogue entre citoyens. Par définition, uneinterface est une zone qui permet la rencontre de différents éléments et par laquelle ils peuventéchanger et interagir. Nous opposons à l’interface l’intermédiaire qui fait le lien entre différents élémentssans les mettre en contact. L’ensemble des dispositifs présentés ici sont des interfaces43 mais chacunutilise différentes techniques et outils pour créer la rencontre. Tous utilisent les objets numériques :dans certains dispositifs, les objets numériques sont eux-mêmes l’interface et, dans d’autres, ils serventà faciliter l’interaction lors de la rencontre physique entre les participants. Ainsi les objets numériquesservent soit de référent au dialogue, soit de moyens pour dialoguer. Le jeu Participatory Chinatownpermet, en effet, à l’ensemble des participants de partager une expérience commune à partir delaquelle les échanges se construisent, l’interface restant la rencontre physique. De même pour LaCourrouze, la projection du projet en réalité augmentée est un moyen pour faire partager uneexpérience identique aux participants et d’engendrer un dialogue. L’interface reste ici aussi la médiationphysique. Par ailleurs, dans ce cas vu que l’expérience est complètement liée à la représentationesthétique du projet, la médiation physique est indispensable pour faire naître le dialogue, créer uneinteraction entre les participants et ne pas restreindre la participation à une réaction individuelle à la 43 Certains dispositifs sont des interfaces entre utilisateurs mais intermédiaires entre citoyens et autorités, cesdernières restant extérieures au dispositif, seul les citoyens étant défini comme utilisateurs. 21
  22. 22. Vers un urbanisme participatif augmenté ?réception de l’image. Dans le cas d’IP City, les objets numériques sont utilisés comme éléments decommunication : par le biais des outils numériques, les participants créent ensemble leur proprelangage, avec les mots légendés et développent un discours commun avec les objets 3D qu’ilsmanipulent (cubes en bois auxquels les participants associent une image numérique). L’interaction estpermise par l’hybridation du scénario qui regroupe physiquement les participants autour des objetsnumériques permettant de partager une vision commune. Nous voyons donc que pour l’ensemble deces dispositifs, les outils numériques servent le dialogue entre les participants, alors même que ledialogue n’avait pas été mentionné comme enjeu du dispositif (excepté pour IP City). La conception etla scénarisation de ces dispositifs prouvent que le dialogue en est l’objet. En effet, si l’objectif n’avait étépour Participatory Chinatown qu’une expression de l’expertise citoyenne, la réunion des participantsdans un même lieu n’aurait pas été nécessaire, de même pour La Courrouze, s’il s’agissait seulementde communiquer le projet aux citoyens, la visite en groupe aurait été inutile. D’autres dispositifs ont quant à eux intégrés des objets numériques qui sont en eux-mêmes uneinterface, c’est le cas de Gulliver-Maurepas, Hautepierre 3D, et Hub2. Conçus comme des plate-formesd’échange accessibles sur internet, ils permettent aux participants d’interagir à distance. Pourtant, tousces dispositifs ont été scénarisés en hybridation. Les justifications des concepteurs sont doubles : ils’agit soit de faciliter l’utilisation des objets techniques, soit de promouvoir l’utilisation du dispositif.Concernant le dispositif Hub2, le scénario d’usage suppose de créer des objets 3D au sein du mondevirtuel ; or, cela suppose une maîtrise technique et nécessite un intermédiaire. Concernant le dispositifGulliver-Maurepas, l’hybridation se justifie à la fois pour faciliter l’utilisation des objets numériques à unecatégorie de population non familière avec ce type d’objets et leur maniement, et cela malgré lecaractère sensiblement intuitif de l’utilisation, et à la fois pour diffuser le dispositif auprès du plus grandnombre. Le dispositif Hautepierre 3D est également hybridé pour le diffuser à la plus grande partie de lapopulation et susciter leur intérêt. Toutefois, même si ces raisons sont suffisantes pour justifierl’hybridation, il semble que la recherche d’une plus grande interaction soit également de mise. Dans lecas d’Hub2, l’expérimentation de recherche est hybridée pour pouvoir analyser au mieux son usage.Dans son rapport d’évaluation, il est noté que l’hybridation a permis une double interaction : celleengagée au sein du monde numérique et celle qui émergeait des interactions en salle, le mondenumérique devenant alors support de test et de capitalisation du dialogue en salle. Les premièresexpériences d’usage de Hautepierre 3D ont également montré que les utilisateurs44 ont tendance à sefocaliser sur des éléments déjà connus. Ils ont une utilisation individuelle et autocentrée et nerecherchent pas l’interaction par le biais de l’objet numérique. Le concepteur a ainsi pensé concevoir unjeu accessible sur la plate-forme numérique pour stimuler les interactions en ligne. A travers cetexemple, on voit que ce qui est recherché est plus l’interaction entre les participants que la créationd’une bibliothèque de la mémoire des lieux. Le dialogue est ici recherché et la finalité semble releverplus de la cohésion sociale que du dialogue urbain. Concernant le dispositif Gulliver-Maurepas,l’interaction est également privilégiée mais il est difficile de démontrer que le dialogue est motivé defaçon indépendante au projet urbain. Nous sommes toutefois dans un dispositif qui vise l’interactionentre l’ensemble des citoyens et est donc potentiellement un moyen de cohésion sociale. 44 Le dispositif même s’il est déjà accessible en ligne n’a pas encore été diffusé auprès des utilisateurs, étant enfinalisation de conception. Les expériences ont été menées avec un public constitué d’enfants. 22
  23. 23. Vers un urbanisme participatif augmenté ? 3.2.2.3.La spontanéité du dialogue, critère déterminant le dialogue social Il apparait que, bien que le dialogue soit permis par l’ensemble des dispositifs fonctionnantcomme interfaces entre les participants, ce dialogue n’a pas les mêmes caractéristiques. Le dialogueest selon les dispositifs plus ou moins encadré et donc plus ou moins spontané. L’encadrement ou laspontanéité du dialogue dépend du scénario d’usage des dispositifs, ce même scénario étant révélateurdes objectifs recherchés par les concepteurs du dispositif et de la nature du dialogue. Hormis lesdispositifs IP City et Hub2 dont les scénarios sont très précis et où le dialogue urbain est traité commeun objectif du dispositif, les autres dispositifs n’ont pas cherché à encadrer le dialogue entre lesparticipants qu’ils aient ou n’aient pas explicité le dialogue parmi leurs objectifs. L’encadrement du dialogue ne signifie pas son orientation. Celle-ci existant dans tous les caspar la réception de la représentation du projet, on ne considère donc pas que l’encadrement dudialogue influe sur la liberté d’expression des participants mais sur la nature même du dialogue. Dansles deux cas où le dialogue est encadré, le scénario met en avant une problématique servant de cadreau dialogue. Dans les cas de Hub2 et d’IP City, la problématique est de concevoir le projet urbain demanière collaborative. Les scénarios précisent les tâches des participants et le dialogue entre lesparticipants est un des outils servant à la conception du projet. Dans les autres dispositifs, soit il n’existepas de problématique communiquée aux participants, soit le dialogue entre les participants n’est pas unmoyen d’accomplir les objectifs affichés. Dans les cas des dispositifs Hautepierre 3D et ParticipatoryChinatown, la problématique est de produire une expertise citoyenne. Les participants sont amenés àproduire de manière individuelle le contenu des savoirs. Pourtant les dispositifs les amènent à serencontrer sans que cette rencontre serve l’objectif affiché et exposé aux participants. Ainsi le dialogueentre les participants n’est pas intégré dans le scénario traitant la problématique, il n’est pas encadrépar le scénario d’usage, il est permis. Le dialogue se produit donc de manière spontanée entre lesparticipants, il ne sert aucune finalité en lien avec le processus de participation au projet urbain. En cesens, le dialogue qui apparait dans le dispositif et qui est surement référencé à l’expérience partagéepar l’utilisation du dispositif, n’est pas un dialogue urbain. C’est un dialogue constructif du lien socialentre les citoyens qui permet l’émergence d’un partage et d’un échange et qui aurait surement puprendre appui sur une autre référence que le projet urbain. Dans les cas de Gulliver-Maurepas et laCourrouze, l’objectif affiché est de donner à voir le projet urbain et de permettre aux participants departager leur vision. Pour répondre à cet objectif, le scénario réunit les utilisateurs devant lareprésentation numérique du projet mais excepté la présence du médiateur, aucune mesure ne vientencadrer le dialogue. De plus, il apparait que le médiateur soit plus présent pour faciliter l’utilisation dudispositif et répondre aux questions des utilisateurs que pour encadrer le débat. Le dialogue s’établitdonc de façon spontanée, et comme pour Participatory Chinatown et Hautepierre 3D, le dispositif sertde moyen de rencontre entre les citoyens qui sont amenés à échanger, à interagir avec comme prétextele projet urbain. 3.2.3. Démocratisation de l’expertise et égalité des participants à prendre part au dialogue urbain Le dialogue urbain consiste à un échange entre les parties prenantes au projet urbain, citoyens,autorités techniques et autorités politiques, afin de construire une vision partagée du projet urbain et 23
  24. 24. Vers un urbanisme participatif augmenté ?tenter de trouver un consensus entre les parties qui servira à la décision ou à la conception du projet demanière collective. Le dialogue urbain est composé de moyens, l’échange, et d’une finalité, leconsensus. Cette approche se rapproche de celle d’Habermas si on recherche une décisionconsensuelle et de celle d’Hatchuel si la finalité est la conception collaborative. Dans les deux cas, lesparticipants doivent être en mesure de comprendre et de discuter d’aspects assez techniques, lesprincipes d’égalité et de rationalité énoncés par Habermas sont donc nécessaires à mettre en œuvredans les processus de dialogue urbain. Le dispositif doit alors permettre la mise au même niveau deconnaissances et de capacités d’action des participants, c’est-à-dire faciliter une compréhensionpartagée et donner des instruments pour penser et argumenter les différentes options du projet urbain,afin d’aboutir à une vision négociée du projet urbain. Le principe d’argumentation rationnelle a fait l’objetde critiques portant sur le caractère non démocratique de ce principe et de son application, toutefois ilapparait que les dispositifs socio-techniques intégrant des objets numériques soient en mesure dedémocratiser l’expertise de tous et de rendre effectif une discussion argumentée et constructive duprojet urbain. Parmi les dispositifs de dialogue urbain étudiés, un se rapporte à la décision (VEPs), trois à laconception (IP city, Hub2 et Bus Meister). Dans tous les cas, les dispositifs ont mis en place desmoyens pour amener les citoyens à réfléchir sur les logiques urbaines et prendre position sur le projeturbain de façon rationnelle. Il apparait dans tous les cas que la simulation du projet et de ses différentesvariantes soit le seul moyen employé pour réfléchir les logiques urbaines. Simulation des usages pourHub2, des conséquences environnementales du projet urbain pour VEPs, des mesures de planificationdes transports en commun pour Bus Meister et des flux pour IP City45. La simulation permise par lestechnologies numériques renvoie à une compréhension intuitive des logiques urbaines et permet à tousparticipants de comprendre les conséquences de différents scénarios du projet urbain et ainsi d’être enmesure de déterminer le scénario le meilleur selon les enjeux identifiés. La simulation du projet est doncun moyen de démocratiser les connaissances techniques. Contrairement à la lecture ou l’écoute d’undiscours présentant les enjeux et les conséquences de différents scénarios d’un projet, les objetsnumériques rendent les participants actifs, ils sont en capacité de tester par eux-mêmes différentsscénarios et d’en mesurer les conséquences. La position active des participants dans le dispositifpermet de favoriser leur posture active dans le dialogue, les participants n’ayant pas le sentiment de nepouvoir qu’écouter le discours des autorités, voire d’être manipulés. Toutefois, si la démocratisation del’expertise a été rendue possible par tous ces dispositifs, certains seulement ont intégré des moyenspour que tous les participants puissent prendre part au débat argumenté. En effet, avoir un avis motivéne signifie pas pouvoir exprimer cet avis. Le modèle de la prise de parole en public qui esthabituellement employé dans tous les processus de participation citoyenne peut nuire à l’expression deceux qui ont un niveau d’éducation moins élevé, surtout que contrairement aux systèmes éducatifs dumonde anglophone où dès les petites classes les élèves se confrontent à l’exercice de l’exposé et dudébat d’idées, le système français ne favorise pas ce mode d’expression46. Certains dispositifs ont 45 Le dispositif permet de simuler d’autres enjeux des projets urbains. La problématique des flux a été le scénariochoisi par les participants lors de l’expérimentation du dispositif à Cergy-Pontoise. 46 « L’absence d’apprentissage scolaire de la discussion tout comme la faible attention généralement prêtée auxconditions pratiques de l’échange » Loïc Blondiaux (p. 43-44) à propos de la démocratie délibérative comme sourced’inspiration des expérimentations en Amérique du Nord et l’absence d’import du concept en France 24
  25. 25. Vers un urbanisme participatif augmenté ?intégré des moyens favorisant l’égalité des participants à la participation active au dialogue urbain. Undes moyens pour permettre l’égalité de tous à s’exprimer et aboutir au consensus est de mutualiser lasimulation. Différentes méthodes peuvent en effet favoriser la participation sans recourir à l’expressionorale ou écrite. A ce titre, les scénarios d’Hub2 et d’IP City sont intéressants. Le scénario d’usage deHub2, a été construit en trois temps : le premier où le participant se confronte individuellement au projetet est amené à créer des objets avec l’assistance d’un professionnel de la modélisation 3D, puis ledeuxième où les participants testent les objets créés et le troisième où chaque participant délibère encommentant de manière individuelle les éléments du projet via des drapeaux rouges ou verts auxquelsun texte peut-être associer. Dans le scénario d’IP City, les participants sont en collaborationpermanente. L’interface avec le projet urbain n’est pas l’écran d’ordinateur mais des tables multi-utilisateurs permettant d’agir collectivement sur le projet. Contrairement au script établi par le scénariode Hub2, la délibération est simultanée à la simulation. Même si dans les deux cas le dialogue entre lesparticipants se matérialise par la simulation du projet, la simulation aidant à objectiver les discours etconstruire le projet de façon négociée. Sur Hub2, les participants sont Sur IP City, les participants manipulent les devant leur ordinateur. outils de façon collective. 3.2.4. Le dialogue urbain, créateur du projet urbain La conception collaborative implique une action de production du projet urbain. Contrairementau processus de participation visant la formation d’une décision consensuelle où le dialogue est grefféau projet existant, dans les dispositifs de conception collaborative le dialogue créé le projet. Créer un projet urbain n’est pas une œuvre d’architecture, ni de paysagisme. L’aspect visuel etesthétique est certes important mais la conception d’un projet urbain doit reposer sur l’identification et letraitement de problématiques urbaines. Les logiques à l’œuvre dans un projet urbain sont multiples,elles concernent entre autres les pratiques et usages des citadins, les flux et mobilités, les ambiances,etc. Les dispositifs de conception collaborative étudiés ont mis en place différentes techniques pourappréhender les logiques urbaines et concevoir le projet urbain. Trois des dispositifs de notre panel relève de la co-conception, et chacun s’ancre dans descontextes différents. Dans le cas du dispositif « Hub 2 », conçu par des chercheurs de l’EmersonCollege de Boston, le processus de participation s’appuie sur un projet urbain réel, un jardin public, et 25
  26. 26. Vers un urbanisme participatif augmenté ?s’intéresse aux pratiques et usages des citadins. Pour le dispositif « IP City », relevant d’un projet derecherche européen sur l’apport des techniques de réalité mixte47 pour la conception collaborative, leprocessus de participation se base sur des sites en projet et les thèmes de travail sont définis à partird’entretiens avec des élus. Le dispositif « Bus meister » a lui été élaboré par l’autorité des transports dela ville de Vienne et concerne les problématiques posés par les réseaux de transport public. 3.2.4.1. Dynamisme de la représentation et conséquence sur le processus de conception La grande majorité des projets urbains est représentée de façon statique, parfois lareprésentation est animée comme la maquette 3D du projet Saint-Blaise 3D mais l’animation faite dequelques voitures en mouvement et du bruit ambiant ne constitue pas une représentation des logiquesurbaines. Rares sont les représentations où l’on peut se confronter à la ville en mouvement et êtreacteurs de cette ville. Tous les dispositifs de conception collaborative le permettent, privilégiantcertaines logiques urbaines en fonction du projet à concevoir. Chaque dispositif de co-conception autilisé différents supports numériques pour rendre compte des dynamiques urbaines. Selon les projets,le dynamisme de la représentation fait partie intégrante du processus de conception (Hub2 et IP City),pour d’autre il est utilisé pour rendre compréhensible les logiques urbaines à l’œuvre dans le projet (BusMeister). Nous nous intéressons ici aux conséquences d’une représentation dynamique au sein duprocessus de conception, et ne traiterons donc pas ici du cas de Bus Meister. Le dispositif Hub2 a pris pour support numérique lemonde virtuel Second Life. Le monde virtuel permet dereproduire les dynamiques d’usage de l’espace urbain. Lesparticipants, par le biais de leurs avatars, sont en capacitéd’interagir à l’intérieur du projet conçu par les architectes etreconstitué dans le monde viruel, de manipuler les objets, d’encréer de nouveaux et d’en tester l’usage. L’intérêt de cedispositif est l’immédiateté du test du projet. On assiste alors àun changement du processus même de conception du projet Les participants du dispositif Hub2urbain qui devient itératif. Bien que tous les processus de dans le monde virtuel du projet,conception le soient en principe, cela reste plus difficile pour un collabore également en présentiel.projet urbain. En effet, dans le monde industriel, il est aisé deconcevoir un prototype et de l’expérimenter, alors que pour un projet urbain l’expérimentation se produittoujours à posteriori. Les raisons en sont évidentes, et jusqu’à présent les seules marges de manœuvreétaient les études préalables ou de faisabilité. Par le biais du monde virtuel, la simulation du projet rendson expérimentation possible. Toutefois, pour que l’expérimentation soit valable, le simple fait de faireparticiper des citoyens dans un monde virtuel ne suffit pas. Une méthodologie rigoureuse doitaccompagner la simulation pour recevoir des résultats exploitables. 47 Technique permettant la superposition d’éléments réels et numériques, aussi appelé réalité augmentée 26
  27. 27. Vers un urbanisme participatif augmenté ? Le dispositif IP City permet lui aussi de simuler le projet urbain. Il utilise quand à lui lestechnologies de réalité mixte. Les participants sont amenés à concevoir le projet sur site. Pour cela, ildispose d’une banque de données préalablement constitués à partir d’entretiens individuels menés pardes ethnologues avec les participants. Les participants, citoyens mais aussi autorités techniques etpolitiques, imaginent un projet, le construisent et peuvent le déconstruire une fois le projet sous leuryeux. Contrairement au dispositif Hub2, il ne teste pas l’usage du projet mais sert à réfléchir l’ambiancedu projet conçu en collaboration, à l’objectiver. Toutefois, le processus de conception reste le mêmeque celui du dispositif IP City, la perception de l’ambiance (ici, les flux) permettent aux participantsd’expérimenter le projet conçu et de le modifier en fonction des résultats de la simulation et de saperception collective. Représentation des flux projetés sur un site en projet à Cergy-Pontoise. 3.2.4.2. La conception collaborative en urbanisme doit faire ses preuves Les tenants de la conception collaborative doivent s’armer d’une méthodologie rigoureuse s’ilsveulent diffuser cette pratique. Dans le seul cas où le dispositif de conception collaborative s’inscrivaiten parallèle d’un projet réel, Hub2, les architectes de ce projet n’ont pas voulu intégrer les résultatsissus de l’expérimentation, jugeant qu’en tant que professionnels de la conception ils étaient seulscompétents pour déterminer le projet48. Une expérience avec des collégiens australiens prouve pourtantla validité de la conception collaborative, l’école qu’ils ont conçue dans le monde virtuel Second Lifeavec l’appui d’un architecte a bien été construite.49 Quelle méthodologie permet alors de rendreeffective la conception collaborative ? L’ensemble des dispositifs de conception collaborative de projet urbain ont été réalisés encontexte fictif50. Ces dispositifs visant plus à expérimenter des modalités de participation citoyenne pourla conception du projet urbain qu’à réaliser un projet urbain conçu en collaboration. De ce fait, lesévaluations des dispositifs se sont plus focalisées sur les effets du dispositif sur la participation que surles effets de la participation et l’intégration des résultats au projet urbain. Ainsi, l’évaluation du dispositifHub2 montre une augmentation de la participation des citoyens habituellement absents du débat public,une meilleure compréhension du projet et la facilitation pour le partage d’une vision commune. Sur le 48 Rapport d’évaluation du projet Hub2, p.16 49 Quelques informations sur le projet sont disponibles sur : http://blog.almatropie.org/2009/03/australie-jour-3/ 50 Hormis Bus Meister mais qui est encore en phase de conception. 27
  28. 28. Vers un urbanisme participatif augmenté ?traitement des résultats du processus de co-conception et leur intégration au projet urbain, lesévaluateurs rapportent des possibilités accrues pour le suivi de concertation et de restitution desdélibérations aux responsables du projet et des difficultés pour intégrer les propositions issues duprocessus de co-conception dans le projet d’où la nécessité de faire participer les responsables etdécideurs du projet à côté des citoyens. L’évaluation d’IP City conclue sur la limitation des conflits etl’objectivation des discours du fait que le dispositif ne cherche pas à représenter le projet urbain mais àmettre les participants en posture de réflexion sur le projet. En résumé, les évaluations mettent en avant les conséquences sur le dialogue urbain et si lesévaluateurs de Hub2 pointent la nécessité d’inclure les autorités pour intégrer les propositions au projet,il semble que cette seule condition ne permette pas d’aboutir à la réalisation du projet conçu encollaboration. Si, pour rendre effectif le dialogue urbain, les autorités technico-politiques doivent êtreintégrées dans le dispositif, pour réaliser un projet urbain conçu en collaboration, c’est l’ensemble duprocessus et des procédures de conception du projet qu’il s’agirait de repenser51. 3.2.4.3. Dépasser l’échelle du quartier Le processus de participation citoyenne en urbanisme est souvent pensé comme un processusexclusivement local. Même les processus de participation qui concernent des projets d’envergureparfois nationale, comme la création d’une ligne de TGV, n’ont pas pensé leur dispositif comme undialogue urbain entre citoyens et autorité à cette échelle, les réunions avec les citoyens étantorganisées localement. Le dispositif Bus Meister permet de prouver que la participation citoyenne enurbanisme peut dépasser l’échelle du quartier. Le scénario d’usage de Bus Meister est pensé « à distance ». Aucune rencontre n’estorganisée entre les participants et pourtant, son utilisation permet de partager une expériencecommune et de concevoir de façon collaborative un projet urbain, en l’occurrence un réseau detransport public. Les concepteurs ont, pour ce faire, utilisé la technique du jeu et les technologies duweb participatif. Le jeu permet à tous les participants de se confronter aux problématiques deplanification des transports publics. Les joueurs sont individuellement amenés à être, le temps du jeu,planificateur et gestionnaire du réseau de transports : ils doivent assurer la satisfaction des passagers,gérer le budget du service, organiser la circulation, etc. Cette expérience individuelle peut ensuite êtrepartagée via des réseaux sociaux, un forum et un groupe Facebook (le jeu est d’ailleurs disponible surle réseau Facebook). Les modalités de communication choisies par les concepteurs sont différées. Cemode est rendu possible car l’expérience est de fait partagée par le jeu, l’immédiateté du dialogue n’estdonc pas nécessaire et serait même pénalisante étant donné le faible taux de connexion simultanée.Les échanges entre participants ayant pour objectif d’élaborer des propositions communes, il est doncnécessaire de garder les traces des paroles. Le système du wiki est à ce titre un excellent moyen decapitaliser les remarques de chacun et de produire des propositions de façon collaborative puisque 51Il apparait toutefois que les collectivités s’intéressent à ce type de dispositifs et ait envie de les mettre en œuvrecomme la ville de Strasbourg qui doit prochainement expérimenter le dispositif IP City sur un projet urbain. Il sera alorsintéressant d’analyser les effets du dispositif sur la manière de faire un projet urbain, sur les relations entre les différentesparties prenantes et sur les besoins d’adaptation des procédures face à ce type de procédé. 28
  29. 29. Vers un urbanisme participatif augmenté ?chaque participant peut venir augmenter ou corriger une proposition et que cette modification estgardée en mémoire. Par ce dispositif, la participation et le dialogue n’ont plus de frontières ou presque.En effet, bien que le jeu soit identique peu importe la localité du participant, les propositions pourl’amélioration de l’efficacité du réseau sont relatives à des problématiques locales (en fonction duréseau existant, du nombre d’usagers, du trafic, etc.). C’est pourquoi, les forums de discussions sontassociés à une ville. Toutefois, le wiki a un autre objectif : celui de la conception collaborative desolutions par l’intelligence collective. Les échanges entre les participants par le wiki ne sont donc pasrattachés à une ville particulière, les particularités géographiques sont utilisées comme des études decas permettant de s’en inspirer. Le dialogue est donc en partie localisé mais le processus de conceptioncollaborative est a-localisé voire « universel ». Ce type de dispositif permet de dépasser l’échelle de référence des processus de participationcitoyenne en urbanisme. Toutefois il ne s’adresse pas à l’ensemble de la population : bien que ludiqueet pédagogique pour ce qui est du partage d’informations, il restreint la participation, d’une part, à lamaîtrise de l’écriture et de l’anglais et, d’autre part, à l’accès et à la maîtrise des outils du web2. 3.3. L’influence des concepteurs sur la nature du dialogue Les concepteurs dans un processus de participation citoyenne en urbanisme intégrant un objetnumérique sont multiples : concepteur du projet urbain, concepteur du processus de participation etconcepteur de l’objet numérique. Chaque concepteur est expert de son domaine et tous travaillent pourl’autorité politique qui porte le projet urbain et le processus de participation. Mais les concepteurs netravaillent pas nécessairement ensemble. Cette séparation des fonctions est légitime, chacun devantexercer dans son domaine de compétences, mais cela ne signifie pas qu’il ne doit pas y avoir de liensentre ces trois catégories de techniciens. En effet, l’ensemble de leurs travaux sert à la préparation dudialogue urbain. Si les objets qu’ils conçoivent sont liées, quels liens y a t-il entre eux et comment leursrelations influencent le dialogue urbain ? En plus de cette question, nous regarderons comment ilsconsidèrent le dialogue urbain, et en ce sens, quelle place les différents concepteurs attribuent àl’utilisateur-citoyen dans l’usage du dispositif socio-technique et dans le processus de conception dudispositif _ le projet urbain pouvant, lui aussi, être considéré comme un dispositif socio-technique, si l’onregarde comment l’organisation spatiale et les objets urbains déterminent les pratiques sociales et enretour comment les pratiques des utilisateurs-citadins agissent sur la ville. 3.3.1. Le concepteur du projet urbain détermine le dialogue sans y être impliqué Le projet urbain est, dans la plupart des cas, conçu en amont du processus de participation52.Or, cette place de premier n’est pas seulement chronologique. Le projet urbain est considéré commel’objet de la participation par les élus, le législateur français, les concepteurs du projet urbain et mêmeles concepteurs du processus de participation. Ainsi, selon cette considération, les concepteurs du 52 Cinq sur les six dispositifs de participation en contexte réel de notre panel sont conçus à posteriori du projeturbain. Un seul des dispositifs en contexte fictif s’appuie sur un projet urbain préexistant, Hub2. 29

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