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1
Société
des
Écrivains
de
Vendée
amis
de
l’Historial
de
la
Vendée
n° 36
décembre 2022
décembre 2023
LireenVendée
ÉchosMusées
Des auteurs
Des Tas de livres
Des éditeurs, des pages
et des pages pour quelques €
et...
découvrez les activités
des Amis et du Musée
de l’HISTORIAL de la Vendée
2
Émile Gabory
Archiviste
et historien,
il aurait eu 150 ans...
Émile Gabory est né et mort à Val-
let, en 1954, à 82 ans ; et donc né en
1872, un 17 décembre. Il y a 150 ans.
D’où ce clin d’œil dans nos co-
lonnes ! Écrivain, historien, archiviste, poète, Émile Gabory fut aussi
viticulteur. Il ne pouvait échapper au destin de son terroir natal, d’autant
que ses parents étaient vignerons. Dans ce domaine, Émile fut même un
expert.
Le jeune Gabory viendra faire son service militaire, deux ans durant,
à la Roche-sur-Yon, au 93e Régiment d’Infanterie. En 1899, il a 27 ans,
il est grièvement blessé dans un accident ferroviaire, accident qui fera de
nombreux morts près de la gare de Juvisy. L’indemnité due à cet accident
lui permettra de visiter la Grèce, l’Égypte et la Palestine. Tandis que ses
études menées à l’école nationale de Chartres lui permettront de décro-
cher le titre d’archiviste-paléontologue.
Archiviste, il le devient en 1905, pour le département de la Ven-
dée ; puis, en 1911, pour le département de la Loire-Inférieure, jusqu’en
1937. Mais c’est durant ces six années dans les archives vendéennes qu’il
prendra la mesure de ce que fut la guerre civile de 1793. Au point qu’il
s’en fera l’historien.
En raison de ses blessures ferroviaires, il sera réformé pour le conflit
14-18. A sa retraite, en 1937, il deviendra premier adjoint au maire de
Vallet ; puis conseiller général en 1938, réélu à ce poste en 1945…
Impartial entre Blancs et Bleus
L’écrivain ? C’est en 1913 qu’il fait parler de lui, avec son « Napo-
léon et la Vendée », ouvrage qui sera récompensé du Prix Thérouanne
de l’Académie française, en 1914… Après la Première Guerre Mon-
diale, en 1922, Gabory publie « Les Bourbons et la Vendée » ; puis
« La Révolution et la Vendée », en 3 volumes (entre 1925 et 1928), une
somme qui fait parler !
Si des critiques cataloguent l’auteur de contre-révolutionnaire, favo-
rable aux Blancs, il n’est pourtant ni militant ni hagiographe. Il est sur-
tout scrupuleux dans ses recherches, beaucoup plus que Crétineau-Joly
ou Michelet, par exemple ! Il est suspecté dans les deux camps ! C’est
dire son impartialité.
Mieux : pour éclairer plus encore sur cette horrible guerre fratricide,
il s’en va poursuivre ses recherches en Angleterre, enquête qui débouche-
ra sur la sortie (en 2 volumes) de « L’Angleterre et la Vendée » (1930-31).
Et qui établit que les Anglais ne furent pas de faux alliés comme souvent
prétendus, tant à Granville qu’à Quiberon et l’île d’Yeu.
On lui devra aussi « Vie et mort de Gilles de Raiz, dit à tort Barbe-
Bleue » (1926) ; et une œuvre posthume sortie en 1963 : « Les grandes
heures de La Vendée, les convulsions de l’Ouest ».
À Nantes, une rue porte son nom.
					 Philippe Gilbert
Salons du livre en Vendée
année 2023
Printemps du livre à Montaigu :
24, 25 et 26 mars
Saint-Gervais :
22 et 23 avril
Angles : en juin
Moutiers les Mauxfaits :
août
Chaligny (Ste Pexine) :
23 et 24 septembre
Le Poiré s/ Vie au Beignon Basset :
1er
octobre
Le Langon :
19 novembre
Le salon de Jard a lieu tous les 2 ans
dorénavant ; le prochain en 2024.
Salon de Grasla (Les Brouzils) : idem,
le prochain en 2024.
Agenda 2023
3
C’était un matin de juin dernier. Nous étions là, avec
un tout petit nombre de parents et d’amis, dans l’ancien
cimetière de La Tranche-sur-Mer, pour accompagner
Michel Dillange dans son dernier voyage. Jacques, Alain,
Pierre et moi, pour lui dire, en silence, avec beaucoup
de respect et d’admiration, l’au-revoir et l’hommage des
Écrivains de Vendée. Jacques Bernard, qui était son ami,
rappelle dans ces pages ce que fut l’homme, l’architecte
en chef de l’État, le Conservateur du Palais Royal et de
la Sainte Chapelle, l’érudit, l’écrivain. Et notre président
pendant huit ans, de 2000 à 2008.
Jean de Raigniac lui succéda, jusqu’en 2015. Nous
savons tous son engagement pour le rayonnement de
notre société et son investissement dans la réalisation de
« Lire en Vendée ». Lorsqu’il a souhaité passer le flam-
beau de la présidence, les membres du conseil d’adminis-
tration ont pensé que c’était à moi de prendre la relève.
Ont-ils bien fait ? À vrai dire, je n’en suis pas sûr…
Ce dont, par contre, je suis sûr, c’est d’avoir eu du
plaisir, et même du bonheur, à avoir été pendant près de
sept ans, votre président. J’ai eu la grande satisfaction de
voir nos rangs s’étoffer, d’accueillir les jeunes auteurs qui
nous ont rejoints, et de vous retrouver souvent, lors de
nos assemblées, de nos déjeuners d’été, des salons ven-
déens et des rencontres littéraires. J’ai aimé ce compa-
gnonnage animé, cette convivialité, ce climat de liberté
et de partage et je vous remercie sincèrement de votre
appui et de votre confiance.
Nous sommes allés ensemble
sur les « lieux » des grands au-
teurs vendéens pour leur rendre
hommage et nous ressourcer au
contact de leur vie et de leurs
œuvres. Louis Chaigne, Rabelais
et Agrippa d’Aubigné, Clemen-
ceau, Jean Yole, Jean Huguet et
Joseph Rouillé, nos deux pères
fondateurs, et Jean Rivière. Nous
aurons prochainement l’occasion
de nous souvenir, à Péault, du
poète Pierre Menanteau.
Chaque année, à l’Hôtel du
Département, nous avons cou-
ronné, avec le Prix des Écrivains
de Vendée et celui des Écrivains de
Vendée – Crédit Mutuel Océan,
deux auteurs vendéens ou qui
été inspirés par notre Départe-
ment. Ce furent, à chaque fois,
des beaux moments, parfois char-
gés d’émotion, avec en particulier
Pierre Mauger et Michel Adrien.
La sélection pour les Prix 2022 se
révèle de haute volée.
Surtout, nous avons avec
notre revue « Lire en Vendée –
Échos Musées » présenté et com-
menté chaque année plus de cent
ouvrages, dans tous les domaines.
L’Histoire – avec le CVRH – et
la mer, toutes les deux si impor-
tantes pour la Vendée, y occupent
une place légitime. L’actualité lit-
téraire, le cinéma, les souvenirs
font aussi la diversité et l’intérêt
de cette revue, séduisante et gra-
tuite, que tant d’autres départe-
ments nous envient.
C’est à Alain Perrocheau, qui
est, avec Yves Viollier, l’un des
créateurs de la Société des Écri-
vains de Vendée, qu’il revient
maintenant de conduire sa des-
tinée. Il saura le faire, et le faire
bien, avec d’abord le soutien des
membres du Conseil d’adminis-
tration, et celui de tous nos adhé-
rents.
Alors, bon vent et bon cou-
rage, Alain. Belle année littéraire à
tous les auteurs vendéens, longue
et belle vie à notre Société.
				
		 Gilles Bély
La Société des Écrivains de Vendée
nouveau président :
Alain Perrocheau
L’amitié, le soutien et le partage
4
Hommage
Michel Dillange
Le 10 juin de cette année, Michel Dillange nous a
quittés. Il a été inhumé le 23 juin au cimetière ancien
de La Tranche sur Mer où un hommage civil lui a été
rendu, en présence d'une délégation de la Société des
Écrivains de Vendée dont il fut le Président apprécié
de 2000 à 2007, succédant à Joseph Rouillé, président
fondateur de la Société.
Originaire de Luçon, il a mis, sa vie durant, sa pas-
sion et son talent au service de la Vendée qu'il chéris-
sait. Architecte libéral de profession, Michel Dillange
fut nommé architecte des Bâtiments de France en
1987, puis architecte en chef urbaniste de l’État. Il a eu
en charge la conservation d'édifices prestigieux comme
la Sainte Chapelle et le Palais Royal. Docteur en His-
toire de l'Art, ses qualités d'historien et d'écrivain lui
ont valu nombre de titres de reconnaissance : Chevalier
de l'Ordre du Mérite, Chevalier de l'Ordre des Arts et
des Lettres et lauréat de l'Académie Française.
Homme de grande modestie, il ne faisait jamais
état de ses titres et récompenses, si ce n'est de la plus
chère à son coeur, le Prix des Écrivains de Vendée, dé-
cerné pour son exceptionnel ouvrage sur l'Art Roman
en Vendée.
Michel Dillange était aussi membre du Souvenir
Vendéen de Clemenceau et de la Société Française
d'Archéologie. Il repose aujourd'hui en cette terre de
Vendée qu'il a tant aimée.
			 Jacques Bernard
Repas d’été des Écrivains de Vendée. J. Bernard, M. Brossard ,
Y. Viollier, Michel Dillange, août 2012 , Photo Ch. David
Bibliographie :
Art roman en Vendée (1984), La Conciergerie (30 pages),
La Sainte Chapelle (32 p.), Histoire de la Vendée monumentale
(2012), L'Arc de Triomphe (32 p., 1983), Comtes de Poitou,
ducs d'Aquitaine (1995), Se souvenir de la Vendée (2007), avec
Michel Gautier, Guillaume LX d'Aquitaine, le duc troubadour
(2003), Vendée Romane (1976) Prix de l'Académie Française,
Prix René Pétiet, La vie comme un poème, Le pêcheur et le poisson
bleu et autres nouvelles (99 p., 2010), À propos du jeu de clés
au Moyen-âge (1993) voir Bulletin LMonumental, tome 151,
année1993
5
Le téléphone a sonné
le matin de l'Ascension,
le 26 mai. C'était son fils,
Jean-Marc : « Papa est
mort. » Il était fatigué, il
lui avait dit, la veille au
soir : « Tu passeras voir
demain matin, si je me
réveille. » Jean-Marc l'a
trouvé dans son lit les lu-
nettes sur le nez, le livre
qu'il lisait à côté de lui.
Il n'était plus là. Il était
parti. Il avait pris soin, la
veille encore, de Berna-
dette son épouse. Il allait avoir 84 ans. Il ne bougeait plus beaucoup de sa maison de
Marcillac. La tribu Michelet regagnait régulièrement le nid familial pour les vacances.
Il m'avait téléphoné quelques jours avant, il m'avait dit qu'il était fatigué mais je n'ai
pas été alerté. Notre conversation s'est terminée par l'habituel : « Salut, vieux frère ! »
Le frère s'en est allé, l'auteur puissant des « Grives aux loups » et des « Palombes ne
passeront plus ». Soudain, quand un ami s'en va, tous les jours de partage, les soirées
de fête, les voyages qui vous ont soudé vous reviennent à la figure et vous mettent les
larmes aux yeux.
Nous avons perdu le chef de file
de notre « École de Brive », celui qui
présidait à sa manière à nos rassem-
blements. Il était le fils du résistant
et ministre du général de Gaulle,
Edmond Michelet. Il avait choisi la
terre, contrairement aux souhaits de
sa famille. Et il a fait de son enga-
gement une œuvre littéraire d'une
formidable popularité. Il est le grand
écrivain du monde paysan de la première moitié du XXe
siècle. Tout sonne juste dans
ses livres. Son langage dru et vrai parle à la France profonde et les lecteurs ne se sont
pas trompés. La première fois que je l'ai vu en Vendée, je devais avoir vingt ans, je ne
le connaissais pas, il était venu rencontrer les élèves du lycée agricole des Établières,
il a dédicacé ses livres à la librairie Chagneau. J'ai appris après qu'il était parti à 19
heures en 2cv avec Bernadette et qu'ils sont rentrés dans la nuit à Brive. Leurs vaches
les attendaient dans l'étable.
Il est revenu souvent en Vendée quand nous sommes devenus amis et compagnons
de l'Ecole de Brive. Il a répondu présent avec toute la joyeuse bande quand nous avons
lancé Le Printemps du Livre. Il en a été l'un des pionniers. Il en a été ensuite le prési-
dent. Il y était encore lors d'une des dernières manifestations avant le confinement. Il
est venu au Livre au village du Puy du Fou. Et les lecteurs l'ont retrouvé deux fois au
Refuge du Livre dans la forêt de Grasla. Il m'a dit qu'il se sentait bien en Vendée, que
les Vendéens sont des gens qui savent vivre et recevoir. Il n'écrivait plus. Il disait qu'il
ne faut pas écrire le livre de trop. Sa connaissance de la nature était encyclopédique.
Il connaissait tous les oiseaux et les reconnaissait à leur chant. Nous avons passé des
veillées d'été sous le ciel de Brive à nous orienter sur les chemins d'étoiles.
Claude nous a quittés, mais nous avons ses livres. Quand j'ouvre l'un ou l'autre,
c'est sa voix qui me parle, celle d'un homme de caractère et de conviction à la foi
franiscaine, d'un écrivain dont l'oeuvre demeurera parce qu'elle dit la France d'avant
mieux que n'importe qui, celle d'un ami qui me manque, qui va nous manquer à tous.
Adieu, vieux frère.
			 				 Yves Viollier
L'ami
Claude Michelet
s'en est allé
6
Début octobre de l'année 2022 : l'association installée en
Pays de Monts, Histoire-Arexpo, sous l'impulsion de son pré-
sident Alain Jouanneau, a gâté la ville de Challans (capi-
tale du pays Maraîchin) en produisant une belle animation,
par la grâce de deux femmes natives d'ici, des plus admirables,
deux femmes hors-normes : l'aviatrice Jacqueline Auriol et
l'alpiniste Colette Le Bret.
Titre annonce de cette manifestation culturelle : « Deux femmes au som-
met ». Avec une pièce de théâtre représentant nos deux héroïnes nées au pays
(jouée par la troupe du Quatuor Légendaire) ; et avec un film, « Voyage sans
retour sur l’ascension du Cho-Oyo ». Deux représentations qui avaient lieu au
Ciné-Triskell. Oui, Challans a été gâtée.
L'occasion s'est faite belle pour revenir dans les colonnes de «Lire En Ven-
dée» sur Jacqueline Auriol (1917-2000), qui fut également une écrivaine de
talent (« Vivre et voler »).
Une gloire internationale de l'aéronautique
L'aviatrice Jacqueline Auriol était
née dans le centre-ville de Challans,
dans la menuiserie paternelle, désormais
local d'une banque (C.M.O.), place
Aristide-Briand : la menuiserie Douet,
nom de jeune fille de la future bru du
président de la république, de la future
première pilote d'essai au monde, qui
battit son premier record du monde
en 1951, qui franchit le mur du son en
1953, qui s'écrasa deux fois.
Jacqueline Douet y était née le 5 novembre 1917. La petite Jacqueline
restera à Challans le temps de son école primaire, à l'école libre, recevra une
éducation religieuse. C'est une fillette qui aime grimper tout en haut des arbres
et faire voler des cerfs-volants sur la plage de Saint-Gilles.
Puis elle continuera sa scolarité à Nantes, dans une pension de sœurs.
Mariage d'amour en 1938
Edmond Douet, son père meurt en 1931, à l'âge de 44 ans. Sa mère,
Suzanne Chevy, a alors 34 ans, Jacqueline 14 ans. Elle « monte » à Paris pour-
suivre ses études à l'école du Louvre, car elle se destine à l'art, qui l'a toujours
passionnée, notamment la peinture et la déco. Paris où elle se mariera, en
1938. Un mariage d'amour. Elle a 21 ans. Son mari, un élève de l'école des
Sciences Politiques, est un dénommé Paul Auriol. Il est le fils de Vincent Au-
riol, le militant socialiste qui est une figure emblématique du Front Populaire,
qui n'est alors pas président de la république.
Il le deviendra après la Deuxième Guerre Mondiale, de 1947 à 1954. Jac-
queline, devenue la bru du président de la république, pourrait alors se conten-
Jacqueline Auriol
La Challandaise aimait« vivre et voler »
ter de ce titre de gloire, vie égayée
de mondanités, d'autant qu'elle a
beaucoup d'élégance et de charme,
faite comme un mannequin, est
très remarquée à l’Élysée... Le
« french charming », évoque la
presse des potins mondains. « La
femme la plus resplendissante du
Tout-Paris », dit-on et écrit-on
aussi, ce qui n'est pas sans attirer
des jalousies, des calomnies aussi.
Volonté hors du commun
de Madame Moune
Mais ce mode de vie n'était
point le style de la Maraîchine.
Elle va surtout révéler une volonté
hors du commun. Elle l'a déjà dé-
montrée dans la France occupée,
pourchassée par les autorités de
Vichy et la Gestapo, elle, son mari,
ses deux enfants, errants comme
des proscrits (Jacqueline sous le
nom de « Madame Moune ») de
planque en planque, à Arcachon,
au Puy, Carmaux, Albi, Chama-
lières ; alors que son beau-père
était une des personnalités les plus
recherchées par les occupants et
leurs collaborateurs (il était un
des 80 parlementaires à avoir dit
« non » aux pleins pouvoirs à Pé-
tain), avant de devenir un des pré-
sidents les plus populaires de l'his-
toire de France.
Cette volonté hors du com-
mun : voler.
La native de Challans représente
le « french-charming » à l’Elysée
7
On croit à un caprice de la bru. En 1948, elle passe son brevet de pilote d'avion. Elle découvre la voltige et effectue
sa première démonstration en meeting en 1949, participe au raid Alger-Dakar.
Puis c'est le drame, l'hydravion dans lequel elle a pris place comme passagère se crashe sur la Seine, près des Mu-
reaux. Elle est défigurée. Dans cette France après-guerre qui vient juste de donner le droit de vote aux femmes, « que
n'aurait-on pas dit si elle avait été aux manettes », dit la voix off du remarquable documentaire TV, Jacqueline Auriol,
une femme à réaction(s), réalisé par Jean-Luc Dubonnet en 2016.
« Miraculée », titre la presse, à propos de Jacqueline sauvée in extremis, avec plusieurs fractures du crâne, défigurée.
Vingt-deux opérations chirurgicales seront nécessaires pour lui permettre de retrouver son sourire. Un long temps dans
les hôpitaux français mais aussi américains où elle va démontrer son stoïcisme.
La plus rapide du monde
Ce coup du sort aurait dû abattre la Challandaise dans ses motivations de voler, il semble la motiver, la doper
même. « Je m'étais juré que je transformerais ma passion en métier. L'aviation me devait bien cela », déclarait-elle dans
une interview à Ouest-France en 1985.
Elle potasse des traités d'aviation et de mathématiques, passe son brevet de pilote de transports publics en 1950,
son brevet de pilote d'hélicoptère l'année suivante. L'aviation n'est désormais plus un loisir, d'autant qu'elle passe aussi
ses brevets militaires. Et, en 1951, le 11 mai, elle devient la femme la plus rapide du monde, atteignant 818 km/h aux
commandes d'un Vampire sur une boucle de 100 km. Elle bat son propre record en 1952, à bord d'un Mistral. En
1953, elle est, avec son éternelle rivale américaine Jackie Cochran (qui deviendra surtout son amie !), une des deux
premières femmes au monde à franchir le mur du son (le premier homme en 1947). En 1954, elle reprend à son amie
rivale le record du monde, le portant à 1151 km/h sur Mystère IVN.
Cette même année 1954, elle est brevetée pilote d'essai. Elle est la première femme au monde à y parvenir. Elle
intègre le Centre de Brétigny-sur-Orge, multiplie les records du monde, frôlera la mort à nouveau, teste les prestigieux
Mistral 2, Mystère IV et Mystère 20 ? sera la première femme à voler sur le Concorde...
Vivre et voler
Celle qui vivait pour voler écrira ses mémoires («Vivre et voler»), une autobiographie à la
plume alerte, au ton léger, distancié aussi, avec beaucoup d'humour, se souvenant d'ailleurs qu'elle
prit son baptême de l'air à 16 ans « sans grand plaisir ». Ce livre lui valut le prix Agrippa-d'Aubi-
gné, que lui remit son créateur Gilbert Prouteau dans les années soixante-dix. Elle ne reviendra
jamais officiellement à Challans, passant incognito y voir des amis de temps à autre. Ironie du
destin, alors qu'elle vivait en région nantaise, à Saint-Herblain, près d'un de ses fils propriétaire du
manoir de la Paclais, elle disparut, en début d’année 2000, des séquelles d'un accident de voiture,
à l'âge de 82 ans. Ses obsèques eurent lieu aux Invalides.
									 Philippe Gilbert
Elle démontrera une volonté hors du commun pour voler
8
L’Association Histoire-Arexcpo en Vendée, sous la
présidence de Alain Jouanneau, en association avec la
troupe théâtrale « Quatuor légendaire », vient de rendre
hommage à deux célèbres femmes originaires de Chal-
lans, l’alpiniste Colette Le Bret et l’aviatrice Jacqueline
Auriol.
Un spectacle écrit par Gilles Perraudeau, intitulé
« Deux femmes au sommet » a été présenté récemment en
avant-première au cinéma le Triskell, suivi d’une retrans-
mission du film de 1959 réalisé par Micheline Rambaud
« Voyage sans retour »,
un documentaire sur
le drame vécu lors de
l’ascension du Cho
Oyou, dans l’Hima-
laya.
L’occasion de re-
venir sur le numéro
spécial hors-série de
décembre 2020 réa-
lisé par ladite Arex-
cpo et de retracer
le souvenir de cette
femme exception-
nelle que fut Colette
Le Bret, qui aurait
aujourd’hui 101 ans.
Une femme
bien dans son corps et son esprit
Médecin, sportive et alpiniste accomplie
Colette Le Bret était une femme de passions. Née à
Challans le 5 avril 1920, dans une famille d’industriels,
ce petit bout de femme très dynamique et sportive ob-
tint son doctorat de médecine à l’université de Nantes.
Elle excellait parallèlement
dans les disciplines sportives
telles que le tennis, l’équi-
tation, l’alpinisme et le ski.
C’est lors de ses débuts de
carrière comme médecin
attitré de l’école normale
supérieure d’éducation phy-
sique à Chatenay-Malabry
qu’elle a accompagné tous
les stages féminins de mon-
tagne à Chamonix. Elle y
rencontrera Claude Kogan,
une alpiniste de renom, qui
envisageait de constituer
une équipe exclusivement
féminine pour vaincre l’un
des plus hauts sommets de
l’Himalaya, à une époque
où les hommes alpinistes préféraient voir les femmes en
second de cordée. Elle n’imaginait certainement pas l’in-
croyable et tragique aventure humaine qu’elle allait vivre.
Des femmes sur le chemin su Népal
L’équipe est constituée en 1957 de 12 femmes de na-
tionalités différentes recrutées parmi les meilleures alpi-
nistes, dont Colette Le Bret qui a la charge de médecin,
« une fille épatante, fair-play et active » - je cite l’article
de la revue. L’expédition est partie de Paris le 12 août
1959, accompagnée de 150 porteurs et 10 sherpas. Mi-
cheline Rambaud est la cinéaste qui filmera toute l’équi-
pée jusqu’au sommet de l’Himalaya, le mont Cho Oyu,
à une altitude de 8153 mètres.
Une première phase d’ascension de 24 jours est réa-
lisée en pleine période de mousson et un camp de base
établi le 15 septembre à une altitude de 5600 mètres.
Une deuxième phase d’ascension tragique
À ce stade, plusieurs femmes du groupe sont obli-
gées de mettre fin à l’ascension pour des raisons de santé.
Les autres continuent jusqu’à plus de 7000 mètres. Elles
seront arrêtées par une avalanche qui viendra décimer
les femmes en tête de l’équipe, entraînant notamment
Claude Kogan et la belge Claudine van der Straten-
Ponthoz. La challandaise Colette Le Bret fera preuve
Colette Le Bret
une femme
sur les sommets
de l’Himalaya
en 1959
9
d’héroïsme et d’une grande résistance en grimpant à leur
recherche, sans succès hélas. C’est elle qui assurera la
descente du reste de l’équipée jusqu’au camp de base. Cet
incident tragique fera d’elle, à cette époque, la femme
ayant monté le plus haut dans l’Himalaya.
Une vie de médecin et des honneurs
Suite à cette épopée terminée de façon dramatique,
Colette Le Bret retournera à Challans, dans sa ville na-
tale où elle reprendra ses activités de médecin, notam-
ment auprès des enfants et particulièrement de la crèche
municipale.
Colette Le Bret, source Ouest-France du 26 novembre 2017
article de Philippe Gilbert
Le 19 mai 1965, le Général de Gaulle, alors prési-
dent de la République fut reçu à Challans par le maire et
conseiller général de l’époque, le docteur Jean Léveillé et
demanda à rencontrer Colette Le Bret.
Le 1er
mars 1975, Colette Le Bret et Jacqueline Au-
riol seront invitées à la première journée de la femme
au Palais des Congrès à Paris en présence du Chef de
l’État, Valéry Giscard d’Estaing, qui souhaitait honorer
ces deux femmes d’exception.
Une femme de caractère indépendante
pour son époque
Colette Le Bret était dotée d’un fort caractère et
d’un esprit libre. Outre le fait qu’elle privilégia toujours
sa carrière professionnelle et la transmission de ses pas-
sions aux plus jeunes, elle ne pouvait s’enfermer dans
une vie maritale traditionnelle.
Désirant malgré tout un enfant,
elle donnera naissance à sa fille,
Caroline, en 1952, à savoir sept
ans avant son expédition sur
l’Himalaya. La petite, prise en
charge par ses grands-parents et
ses parrain et marraine, suivra
l’équipée au travers des articles
de la revue Paris-Match. Lorsque
sa mère rentrera, elle constatera
à quel point cette ascension tra-
gique l’a affectée. Colette Le Bret
n’est plus la même. Sa fille, qui
lui donnait auparavant des petits
noms affectueux, ne l’appellera
plus que « ma mère ».
Une fin tragique
qui a marqué les Challandais
La vie de Colette Le Bret finira tout aussi tragi-
quement que l’ascension de 1959. Un de ses patients,
un ancien bourrelier challandais qui vivait seul sur la
commune de La Garnache et à qui elle rendait visite
comme à son accoutumée pour lui apporter les soins
nécessaires, tira sur elle plusieurs coups de fusil, pris d’un
accès de folie alors qu’elle rédigeait son ordonnance.
C’était le 19 juin 1984.
Sa chapelle funéraire est visible au cimetière du
caillou blanc à Challans. Le dispensaire de la commune
porte son nom.
Pour terminer…
À noter que Micheline Rambaud, dernière survi-
vante de cette cordée féminine qui avait donc filmé l’as-
cension de l’Himalaya, a participé au cahier spécial de
l’Arexcpo, après avoir été sollicitée par Alain Jouanneau.
Le témoignage 60 ans plus tard de cette vieille dame si
aventureuse est particulièrement émouvant.
Je vous conseille vivement ce précieux numéro hors-
série de l’Arexcpo. Vous pouvez le commander auprès de
la maison de la presse de Challans ou directement auprès
de l’association. On y trouve de fabuleux documents et
témoignages confiés par Micheline Rambaud et Caroline
Le Bret. Pour terminer sur une petite note d’humour, je
vous décris cette illustration de Jean Brian parue dans
les journaux de Grenoble pour annoncer la première
expédition féminine de 1959 au Népal. On y voit le
mari, pépère en chaussons dans son fauteuil qui lit le
«Dauphiné libéré» pendant que son épouse, dans son
dos, en tenue d’alpiniste, pantalon ¾, sac à dos et piolet
à la main, lui crie : « Chéri, je vais faire une course ».
			 Marie-France Bertaud
10
L’École de Rochefort est un mouvement poétique
connu dans l'histoire de la littérature française du XXe
siècle.
Le groupe cherche une voie poétique nouvelle en des
temps difficiles, une sorte de troisième voie entre l'exu-
bérance surréaliste et les tentatives de la poésie nationale
marquée politiquement par la collaboration, jouant aussi
un rôle dans la "résistance" culturelle. .
Jean Bouhier est en effet né à La Roche-sur-Yon
en 1912, il y a cent dix ans. Après ses études dans cette
ville, il part pour Nantes pour étudier la pharmacie, mais
échoue dans sa tentative. Il aura pourtant le temps d'y
rencontrer Michel Manoll et René-Guy Cadou et d'être
le rédacteur en chef de la revue officielle des étudiants
" La Bohème ". Il y publie ses premiers textes au début
des années 30. Après un détour par la Sorbonne et la
publication d'un premier recueil de poèmes intitulé "
Hallucinations ", qui lui permet de croiser Jean Follain et
Maurice Fombeure, il se marie avec une pharmacienne.
Le couple reviendra installer une officine à Rochefort-
sur-Loire.
La guerre bouleverse tout
Jean Bouhier est mobilisé dans le service santé à Bar-
le-Duc, malade, puis réformé. Revenu dans le Maine-et-
Loire, il accueille chez lui des anciennes connaissances
des milieux littéraires ou artistiques ou leurs amis qui
fuient Paris. C'est avec ce noyau qu'il lance
le mouvement qui deviendra " L’École de
Rochefort ", autour de René Guy Cadou,
Michel Manoll déjà cités, mais aussi de Luc
Bérimont, Gabriel Audisio, Marcel Béalu,
Jean Follain et Jean Rousselot. Il n'hésite
pas à rédiger une sorte de manifeste qui est
publié en octobre 1941 " Position poétique
de l'Ecole de Rochefort ". Il est aussi l'artisan
de la publication des " Cahiers de l’École de
Rochefort ", réceptionnant les manuscrits et
corrigeant les épreuves des divers partici-
pants.
L’engagement politique
En 1947, les Bouhier rentrent à Paris.
C'est l'heure de l'engagement politique
pour le poète, déjà auteur de plusieurs re-
cueils. L'aura des communistes est telle
à cette époque que Jean Bouhier s'inscrit
au parti et travaille même auprès de Louis
Aragon. Puis, le couple s'établit à Fay-aux-
Loges dans le Loiret. Il est d'abord élu
conseiller municipal de cette ville, puis en
devient le maire en 1965, ce qui va réduire
son activité d'auteur, d'animateur et de
théoricien de la poésie, même si les années
50 et 60 ont vu la parution de cinq nou-
veaux recueils, jusqu'à sa mort en 1999.
En 1973, ayant cessé ses fonctions mu-
nicipales à la suite de problèmes de santé,
Jean Bouhier part pour la Côte d’Azur et
s’installe à Six Fours les Plages. Il se consacre
à l’écriture et à de nombreuses animations
autour de la poésie, la sienne et celle des
autres.
Treize nouveaux recueils enrichissent
son œuvre et donnent de l'ampleur à sa
voix, tandis qu'une " Anthologie des Poètes
de l’École de Rochefort " publiée en 1982
rappelle l'importance et la singularité de ce
mouvement.
Jean Bouhier meurt en 1999, laissant
à sa ville natale la fierté d'avoir vu un de
ses enfants prendre une part très active dans
l'essor des mouvements poétiques du XXe
siècle. Ses extraordinaires archives person-
nelles et celles de l’École de Rochefort sont
conservées à la Bibliothèque Universitaire
d'Angers.
Le livre que lui a consacré Chris-
tine Chemali l'année même de son décès,
" Jean Bouhier ou Croire à la vie ", affirme la
qualité et la force de ce poète.
Jean Bouhier
et
l’École de Rochefort
On ignore le plus souvent qu’un Vendéen est
aux origines du mouvement et en deviendra
la cheville ouvrière
11
Bouhier avait commencé son œuvre par une voix lyrique toute de sincérité, marquée
par l'amour et la jeunesse, avec des tonalités impressionnistes. L'humanisme social, dont
il entendit avec douceur les sirènes au temps du Front Populaire, le menèrent, aux années
troublées de la guerre, vers un retour à la vie et à l'humain. Il cherche alors à résoudre
l'énigme du monde, à dire le quotidien et comprendre la réalité, mais aussi à énoncer le
dessein de l'égalité, dans un humanisme qui, finalement, préfère le cœur à l'intelligence,
toutes préoccupations qu'intègre l’École de Rochefort. Comme il le dit lui-même, "le poète
est un homme qui cherche à se résoudre, la vie est un problème, le vers en est l'équation, le
mot l'inconnue : le poète conclut ou tente de le faire, le poème à vrai dire ne conclut rien".
Sa bonne vingtaine de recueils publiés le prouvent, il aime avant tout les mots, les
tourner et les retourner pour mesurer leur polysémie, jouer avec eux de la cohérence et de la
pureté du langage. C'est avec eux qu'il forge ses rythmes. Transcrivant la parole, ses sons et
ses intonations, Bouhier aime la profusion des accumulations autant que la fluidité d'une
expression maîtrisée, moulée dans une formulation personnelle qui demeure toujours sou-
mise et chantournée comme un fer forgé.
La lèvre palpe le mot
Avant son départ à l'oreille
La phrase s'invente
Quand s'unissent les griffures
Sur la page
Des signes perdent leur transparence
Et débusquent le regard
Au moment de la rencontre.
La voix de Jean Bouhier fut une belle voix, qui se tut malheureusement juste à l'orée du
XXIe
siècle, en point d'orgue d'un mouvement qu'elle a toujours joliment interprété de sa
tessiture si chaleureuse et si humaniste. Les excellents entretiens de Jean Bouhier avec Jean-
Luc Pouliquen furent publié par Dé bleu de Louis Dubost en 2000, peu après sa mort.
							 Alain Perrocheau
Bouhier, Manoll et Cadu
Un retour à la vie et à l’humain
12
Poète, historien, mémorialiste, mais aussi polémiste de premier plan. Son
œuvre fut riche et pleine et a gardé quelque rapport avec la Vendée puisque son
livre principal "Les Tragiques" fut imprimé dans les caves de son logis à Fort
Doignon, commune de Maillé.
Orphelin de mère, il fut élevé par son père dans les idées réformistes et
l'intransigeance. Il atteignit une belle érudition, apprenant les langues latine,
grecque et hébraïque dès l’âge de six ans, puis perfectionna ses études à Paris, tra-
vaillant notamment les mathématiques, l'histoire et la théologie, avant de partir
à treize ans à Genève auprès du grand théologien protestant Théodore de Bèze.
Ayant promis à son père, qui mourut peu après le début des Guerres de Religion,
de venger l’honneur de ces amis calvinistes, il entra en guerre, participant aux
batailles de Jarnac et de Moncontour, échappa de peu au massacre de la Saint-
Barthélémy.
Il servit avec zèle son ami Henri de Navarre
dont il fut l'écuyer et l'ami, avec lequel il combattit en Gascogne, dans le
Midi, l'ouest et le nord de la France. À la mort du roi Henri III, le roi de Navarre
devenu Henri IV, les guerres redoublèrent d'intensité contre la Ligue qui voulait
à tout pris un roi catholique. Agrippa d'Aubigné participa aux combats en Nor-
mandie puis au siège de Paris. Mais, indigné du projet du roi de se convertir à la
religion catholique, il s'éloigna de son ancien ami et se retira à Maillezais, dont il
avait été nommé gouverneur en 1589, habitant plus précisément Fort Doignon,
sur la commune de Maillé.
Il s'y recentra sur ses activités littéraires
la poésie avait toujours trouvé une place dans les errances de ses campagnes
militaires, tout en restant attentif à la politique du roi Henri IV. Celui-ci mort en
1610, d'Aubigné lutta pour défendre la religion réformée et les acquis de l’Édit
de Nantes mais, menacé, il dut se retirer à Saint-Jean d'Angély, à une époque
où le nouveau roi Louis XIII et son ministre Richelieu étaient prêts à tout pour
assujettir définitivement les Protestants de France. En 1620, Agrippa d'Aubigné
se réfugiait à Genève, où, ne possédant plus rien, il était hébergé par la ville. Il y
mourut en 1630.
Théodore
Agrippa d’Aubigné
Poète et historien
Il y a trois cent-soixante-dix ans naissait à Pons
Agrippa d’Aubigné.
L’écrivain a laissé trace dans la littérature nationale
après une vie d’action et de réflexion
13
Son œuvre, abondante et de grande ampleur dans
tous les domaines ou presque, fut ensuite oubliée à
l'époque classique, et il fallut attendre les romantiques,
Sainte-Beuve et Victor Hugo pour qu'elle fût remise à
l'honneur.
Ses livres en prose ont vocation de témoignage et vé-
hiculent les idées d'Agrippa d'Aubigné autant que celles
des Réformés aux époques difficiles. La plus importante
est sans conteste son "Histoire universelle", publiée en
plusieurs parties en 1616. Elle
suit les événements qui secouent
le royaume de 1553 à la mort
d'Henri IV et offre le vécu des
Huguenots et leur point de vue
sur les conflits. "Les aventures du
baron de Fæneste" et la "Confes-
sion catholique du Sieur Sancy"
sont des récits satiriques et par-
fois picaresques sur les mœurs de
l'époque, particulièrement celles
des petits seigneurs catholiques
qui n'hésitent pas à changer de
religion selon les courants du
temps. La dimension religieuse
est aussi bien représentée avec les
"Méditations sur les psaumes",
"Le caducée ou l'ange de paix" et
"l'Hercule chrétien".
Mais c'est surtout par la poésie que l'on
connaît Agrippa d'Aubigné
Pas sa poésie religieuse inspirée par la Bible, dans
laquelle il n'hésite jamais à donner en exemple son sen-
timent religieux, comme pour guider les fidèles de la Ré-
forme. Pas sa poésie lyrique qui épanche mille frissons,
de ferveur et de frustration emmêlées, dans les poèmes
d'amour du recueil intitulé "Le printemps".
Mais bien dans sa grande œuvre intitulée :
" Les Tragiques ".
Œuvre protée de près de onze mille vers, multi tons
et multi ambitions, qui assemble mille tableaux plus
tranchants les uns que les autres, qui ont pour toile de
fond les Guerres de Religion.
C'est un livre de colère et de hargne, aux lignes par-
courues par de grandes flambées d'invectives qui se gon-
flent en amples hyperboles.
d'Aubigné y déploie la fougue de son ca-
ractère impétueux et son énergie grandiose de
visionnaire. Il montre du doigt et il pourfend,
dans une satire d'une âpreté sans mesure où les
rages partisanes se déroulent en imprécations
qui maudissent. La thématique du corps blessé,
torturé, réduit à la putréfaction, allant jusqu'au
macabre, revient fréquemment dans ces vers de
désolation et d'emportement.
Et couchés dans le feu, ou de graisses flambantes
Les corps nus tenaillés, ou les plaintes pressantes
De leurs enfants pendus par les pieds, arrachés
Du sein qu’ils empoignaient, des tétins asséchés
Le poète multiplie invocations lyriques ou
élégiaques, allégories assorties d'une satire ru-
gueuse, explications théologiques, et récits anec-
dotiques qui nourrissent une épopée à multiples
facettes, une sorte de "légende du siècle". Avec
d'Aubigné, nous sommes entrés dans le Baroque. Le Ba-
roque de la couleur et de la démesure, de la puissance et
de l'emphase, dont le courant artistique a déjà inondé
l'Europe et commence à déferler sur la France. Sa per-
sonnalité intransigeante et son œuvre flamboyante sont
à redécouvrir.
				 Alain Perrocheau
14
Louis Ferdinand Céline
Inédit !
Cela arrive fréquemment. « Un peu trop peut-être »
affirment certains critiques ou comploteurs :
...Le fait de retrouver régulièrement des enregistrements de
chanteurs, des tableaux de maîtres, ou des manuscrits d'auteurs, que
l'on croyait disparus ou que l'on découvre « post-mortem ».
Ne jouons pas les « rabat-joies » et soyons heureux que l'on ait
retrouvé des manuscrits de Céline, auteur honni ou adoré, selon les
uns ou les autres.
Sous le titre de « Guerre » l'éditeur Gallimard, qui a du réflexe, a
mis en forme une liasse de deux cent cinquante feuillets, pour offrir
au lecteur un roman inédit et inconnu de l'auteur du « Voyage au
bout de la nuit »
L'action se passe durant la « Grande Guerre » dans l'abattoir
international » comme l'appelle Céline. Le roman d'un soldat blessé
au Front, hospitalisé, avant d'être transféré à Londres en Angleterre.
Le soldat ressemble comme deux gouttes d'eau à l'auteur, qui
aura l'occasion, tout hospitalisé qu'il est, de bénéficier des attentions
d'une infirmière.
Ce livre tient à la fois du récit ou du roman
comme souvent avec l'auteur de « Mort à crédit »
ou de « Guignol's Band »,
Bras explosé par les balles, crâne défoncé, le
soldat « héros » du livre Guerre (celle de 14-18)
souffrira atrocement, avant d'être secouru par un
officier anglais qui le transportera d'urgence à
l’hôpital du côté de Hazebrouck.
Entre actualité et imagination, cet ouvrage
à suscité on s'en serait douté, des observations.
Des esprits avisés pensent que ce roman, est en
-quelque sorte- un additif ou un complément du
« Voyage au bout de la nuit ».
Une chose est sûre cependant : Le manuscrit
retrouvé de « Guerre » a été écrit (daté par l'au-
teur) après « le Voyage ». Il s'agit donc bien d'un
autre livre de Céline. Un livre inédit, où l'auteur
insiste sur l'horreur de la guerre et de la mort. Avec
son style qui fait, comme il l'affirme et le recom-
mande, à la manière d'une ordonnance (il était
médecin)... « ...travailler l'imagination... »
Selon lui, tout le monde peut en faire autant…
« il suffit de fermer les yeux… c'est de l'autre côté
de la vie... »
			 Joël Bonnemaison
Louis Ferdinand Céline
Guerre
Gallimard, 185 p., 19 €
15
Antoine Blondin
Antoine a cent ans !!!
Bon anniversaire Antoine ! Cent ans, ça
compte dans une vie !
Antoine Blondin est né en 1922 ! 22 « Voilà les flics »
avait-il l'habitude de lancer… (Comme le lançaient les
célèbres « Pieds Nickelés ») au sortir des bistrots de St
Germain des prés.
Au demeurant, sur ses vieux jours, Antoine ressem-
blait à Ribouldingue, l'un des trois « Pieds Nickelés »
justement. Avec sa barbe, sa casquette. Reporter, chroni-
queur, au journal L’Équipe pour suivre le Tour de France
cycliste. Ses « papiers » font encore référence. On citera
l'article sur Louison Bobet. Un portrait de légende.
Cent ans ! Monsieur Jadis est de retour ! Mais la
bienséance, la « Boboserie » à la mode, n'en n'a cure.
Blondin n'est pas leur tasse de thé.
Normal, il avait du talent… peu compatible avec la
tendance du moment. Comme l'on s'efforce d'être à peu
près bien élevé, on ne citera personne …
Écrivain à « l'humeur vagabonde », il avait l'amitié
chevillée au corps. Ami sincère et véritable, on sait qu'il
avait consacré un livre « Monsieur Jadis » à la mémoire
de son ami Nimier.
Avec ses copains, « Les Enfants du Bon Dieu » il a réé-
crit le passé de la Nation, à sa façon… pas triste, comme
il se doit.
Disparu en 1991, alors que les copains le suppliaient
d'attendre son centenaire (2022) de manière à arroser
dignement l'événement de façon solennelle, il a préféré
« mourir de son vivant » pour reprendre une de ses cita-
tions -maison- favorites.
Saint Germain des Prés se souvient de l’écrivain qui
avait toujours soif, et qui commandait deux consomma-
tions- en général deux Ricards- en même temps, (et non
pas l'un après l'autre) avant de renouveler la commande
au serveur d'un tonitruant : »Remettez-nous çà ! »
Malgré ses cent ans,Antoine est toujours là, présent
dans la tête de quelques amis encore vivants, et surtout
présent dans le cœur de ses fidèles lecteurs.
Mais nous savons bien qu'il « n'y a pas plus présent
que le passé »… Monsieur « Jadis est de retour » ! C'est le
titre du bouquin d'Yvan Audouard (à ne pas confondre
avec Michel Audiard) toujours un peu aigri celui là, mais
qui aimait bien Antoine.
Pour ses cent ans, on aurait pu lui donner le Gon-
court à Antoine, qu'il avait raté de peu. Il obtint tout de
même un lot de consolation : le prix Interallié, pour « Un
Singe en hiver » . Son ouvrage « L'Humeur vagabonde »,
candidat au Goncourt, n'avait pas convaincu les Biens
Pensants, ni les « propriétaires » de la Culture de l’intelli-
gentsia parisienne . Çà n'aura pas empêché , quoiqu'il en
soit, Antoine de « remettre çà » !
Cent ans ! Et toujours là. Et pourquoi les morts ne
vivraient-ils pas ? »
« Les vivants meurent bien « C'est du Blondin pur.
Ses confrères en littérature -en tout cas les bons- ap-
préciaient sa finesse et encore plus sa culture. Sa modes-
tie aussi, en privé… où il parlait de tout, et de tous les
sujets, sauf …. de littérature..
Il avait vingt six ans, quand son père s'était suicidé
… Il disait « Au ciel il ne manque plus que moi » Main-
tenant qu'il y vit on espère qu'il a épanché sa soif !
Lui qui clamait dans tous les zincs de Montparnasse,
avoir une soif « de toute éternité »…
				
				 J. Bonnemaison
(deux livres d'Antoine Blondin sont réédités à ce jour :
« Ma vie entre des lignes »
« Un Singe en hiver »
aux Éditions de la Table Ronde
16
Les Oiseaux Voyageurs
Librairie à Saint-Gilles-Croix-de-Vie
Marie Brelet et Matthieu Guilloton, les deux Oiseaux Voyageurs
associés, ont osé poser leurs rayonnages à deux pas du pont de Saint-
Gilles en décembre 2019.
Ils en avaient envie, estimaient qu'une librairie indépendante
manquait à la commune, alors ils se sont lancés. Un local bien pla-
cé qui se libère, un peu de financement participatif, un prêt d'une
« CIGALE » pour soutenir le projet, une banque qui fait confiance,
beaucoup de courage et d'huile de coude, et les voilà disponibles
pour les clients.
On imagine sans peine les bâtons dans les roues liés au Covid
quelques mois après l'ouverture. Pourtant, trois ans après, ils sont
toujours là et bien présents.
La librairie se veut généraliste : romans, BD, mangas, voyages,
littérature liée à la mer. (De la porte, on voit l'estuaire de la Vie).
Les deux compères mettent aussi en avant des thèmes d'actualité :
féminisme, avortement, Ukraine, écologie... Les amateurs pourront
feuilleter des Vinyles ou des cartes postales
originales. Ce que vous ne trouvez pas, ils
vous le commanderont, ce n'est pas plus dif-
ficile que ça.
N'hésitez pas à franchir le seuil et à flâ-
ner parmi les présentoirs. L'ambiance est
chaleureuse, accueillante. Les conseils sont
avisés, pertinents. Peut-être croiserez-vous
un auteur en dédicace qui vous attend,
derrière sa petite table, le stylo à la main,
installé devant la boutique quand le temps
le permet. Au préalable, vous pouvez vous
rendre sur Instagram ou sur Facebook pour
élargir votre information et, pourquoi pas,
contacter directement la librairie.
			 Pierre Deberdt
07 67 20 28 30
librairielesoiseauxvoyageurs@gmail.com
2 rue Gautté, 85800 Saint-Gilles-Croix-de-Vie
			
Les libraires sont un acteur indispensable de la chaîne
du livre et on ne peut que se réjouir de l’éclosion ces der-
nières années de nombreuses boutiques indépendantes.
Une preuve, parmi tant d’autres, que les lecteurs sont de-
mandeurs de conseils personnalisés.
On pousse la porte du libraire de la même manière
que l’on pénètre dans une épicerie fine ou chez un ca-
viste. L’odeur des livres y est aussi exaltante que les ef-
fluves d’une épice rare ou d’un grand cru. Et justement,
ce que l’on attend du libraire c’est qu’il nous vante avec
enthousiasme cette petite pépite, ce grand cru littéraire
connu ou méconnu qu’il a déjà lu et qu’il sait corres-
pondre à nos goûts.
Zoom sur l’ALIP
Association
des Librairies
Indépendantes
en Pays de la Loire
17
Qu’est-ce que l’ALIP ?
C’est en avril 2012 que l’ALIP a vu le jour, aboutisse-
ment d’un projet développé par et pour les libraires de la
région. Elle est née de la volonté d’un certain nombre de
libraires d’échanger sur leurs pratiques professionnelles,
d’organiser des actions communes et de mener une
réflexion collective sur leur métier. A ce jour, environ 70
librairies indépendantes, généralistes ou spécialisées, sont
regroupées dans les cinq départements de la région Pays
de la Loire.
Un accueil de qualité
avec des conseils personnalisés
et un soutien à la création éditoriale
Aidée par la DRAC et la Région des Pays de la Loire,
l’ALIP soutient et promeut l’action des librairies indé-
pendantes dans le souci d’un maillage territorial et avec
une éthique commune : un accueil de qualité avec des
conseils personnalisés et un soutien à la création édito-
riale.
Des acteurs locaux
Un site de proximité pour les lecteurs
Depuis novembre 2016, un portail régional, site
internet de géolocalisation et de réservation, est mis à
disposition du lecteur. Un outil formidable, pour les lec-
teurs mais aussi pour les auteurs régionaux qui ont ainsi
une plus grande visibilité.
Le principe : chaque lecteur peut réserver ou
commander le livre de son choix dans la librairie la plus
proche.
De plus, L’ALIP met à disposition du grand public
des supports de communication (marque-pages, sacs tis-
sus, etc) pour faire connaître les engagements de la librai-
rie indépendante. L’ALIP est aussi un relais représentatif
auprès des instances régionales, nationales et syndicales.
Elle contribue ainsi au renforcement de la lisibilité de
la librairie indépendante. L’ALIP participe également à
la dynamique interprofessionnelle du territoire en colla-
borant étroitement avec Mobilis, la structure régionale
pour le livre et avec le Coll.LIBRIS, collectif d’éditeurs
en Pays de la Loire.
Du raisin
et des bouquins
Cette opération est née il y a quatre ans, à l’initiative
de l’ALIP. Cette année, elle s’est déroulée du 13 au 27 oc-
tobre. Le principe est d’associer la dégustation des grands
crus de la rentrée littéraire avec les vins. Un programme
réjouissant. C’est donc en partenariat avec des cavistes ou
restaurants que chaque libraire organise sa propre mani-
festation, en invitant éventuellement des auteurs.
Je suis allée à la soirée organisée par Clémentine Bar-
ranger, gérante de la librairie « Au chat lent » à Chal-
lans, également vice-présidente de l’ALIP. Cela se passait
chez son voisin, le restaurant Caillebotte tenu par le chef
Sylvain Bourmaud. Une vingtaine de personnes s’étaient
inscrites. La soirée fut gouleyante, les mots et les vins ont
été savourés avec le même plaisir autour d’une sélection
de quatre ouvrages, faite par Clémentine et sa stagiaire
Leslie, et des accords mets et vins concoctés par le chef
et son sommelier en adéquation avec la thématique de
chaque livre.
Je plébiscite ce genre d’initiatives qui montre tout
le dynamisme de nos libraires et de l’ALIP et vous
invite à consulter le site internet de l’association :
www.librairies-alip.fr afin de découvrir ses actualités et la
liste des libraires vendéens adhérents.
			 Marie-France Bertaud
Soirée « du raisin et des bouquins » à la librairie Au Chat Lent.
Clémentine Barranger et Leslie présentent leurs quatre ouvrages
sélectionnés.
18
Arnaud Guichard
couverture Théo Leconte
L’Île des oubliées
Les Chantuseries, 304p. 22 €
- Bonjour, Jean, regarde,
c’est mon tout dernier ; il sort de
l’imprimerie, L’imprimerie
Jauffrit, au Poiré.
Ici, tout est fait maison, cou-
su main : à vrai dire vendéen et
cahiers cousus. Les connaisseurs apprécient.
La couverture ? Un jeune, Théo Leconte. Il veut me
présenter un livre pour enfants ; ce n’est pas ma ligne édi-
toriale mais je le reçois, j’adore rencontrer les gens, c’est
toujours enrichissant. Son livre est joliment illustré :
- Superbes, ces dessins !
- C’est moi qui les fait...
Théo Leconte fera dorénavant mes couvertures, cette
belle île, la mer, le phare, c’est lui !
- Et l’auteur ?
- Un employé de l’imprimerie ! Je le connaissais bien.
Il me montre son manuscrit, je décide de l’éditer : tu me
diras ce que tu en penses.
- J’ai le rythme, en ce moment, avec la revue et le
Prix, un par jour ! Je le rajoute à la pile ! Mais, toi, écrire,
éditer, le ver était dans le fruit, les journalistes ont cela
dans le sang !
Un livre de poésies, en 72, chez Geste
- Je ne sais pas, j’avais déjà publié un livre de poé-
sies, en 72, chez Geste. À Presse-Océan j’avais l’actualité
littéraire, département que ne me disputaient nullement
mes confrères ; mais c’est peut-être comme cela qu’a
commencé mon intérêt pour les auteurs !
En 2009, je suis invité à la
bibliothèque du Poiré. On me
demande d’y créer un atelier
d’écriture. Je refuse, ce n’est
pas mon truc ! Mais six mois
plus tard, je l’anime cet atelier
!
Trois années passent, 14
de mes « élèves » ont écrit un
roman policier : « Pourquoi rue des Écus ? »
Je suis devenu éditeur ! J’apprends, je fais la tournée
des libraires. Très important, les libraires ! Aux Sables,
un libraire fait un concours de nouvelles avec le livre de
Christian Berjon : « le 11 à 11 heures, rue droite» : ses
ventes explosent !
Je rencontre Pierre Deberdt, « Code Stéphane » sera
ma deuxième publication...
- C’est parti !
- Oui ! Cinq livres par an ! Je me suis calmé, mainte-
nant, c’est trois, mais il faut garder le rythme !
- Tu as le flair pour dénicher les bons auteurs : Les
Chantueries décrochent de nombreux Prix littéraires, en
Vendée et le Club littéraire national du Lyon’s Club !
- Je recevais 300 manuscrits par an, j’ai publié 49
livres pour vingt-sept auteurs.
Mes auteurs, tu les connais ! Je les emmène avec
moi dans les salons. Tu as même acheté leurs livres !
- Je n’ai jamais regretté ! À chaque fois, je recherche
ce qui t’a plu chez ce nouvel auteur. On le dit, chacun a
sa ligne, son style, sa marque.
Être curieux, innover
- En fait, ce que j’apprécie le plus, c’est ma liberté,
j’aime, je choisis, je publie. Au journal, on s’interdisait
certains sujets : « Il ne faut pas ! Tu comprends ! ».
Non ! je ne comprenais pas, Il faut être curieux,
innover ; j’avais une rubrique : « L’été des écrivains » ; J’y
ai invité de nombreux auteurs, dont Yves Viollier. Être
curieux, voir du monde.
- Et là, éditeur, tu n’arrêtes pas !
- Voir, lire, corriger, éditer, voir la presse, courir les
libraires. Je suis tout seul avec ma
femme, pas de comité de lecture,
pas de correcteur...
- Quelle pression, mais cela
fonctionne.
- C’est mon univers ; pourtant
j’ai bien d’autres lubies : j’aime
l’Art, j’aurais aimé peindre, faire de
la musique, j’avais aussi pensé deve-
nir Conservateur de Musée...
Toi, tu traques les auteurs et les lecteurs
- C’est ton côté collectionneur. Je vois toutes tes
petites voitures...
- J’en avais près de 4 000 !
- Tu collectionnes aussi les Ducrot !
- Roger ? Une autre rencontre ! Regarde, il a peint ma
petite famille, et même le petit chat !
- Et sinon, d’autres passions ?
- La voile ! J’ai eu trois bateaux, un croiseur côtier,
« Le dernier
des Mohicans »
19
Bertrand Illegems
éditeur au Poiré sur Vie
« Les Chantuseries »
un dériveur...
- Et ta Facel Véga !
- Ma première voiture, il y a cinquante ans, je l’ai
toujours...
- Finalement, tu es un Conservateur de musée, à
ta manière, et avec ta Facel Vega, tu me fais penser au
Commissaire Laurence dans « Les petits meurtres d’Agatha
Christie », à la télévision le dimanche soir.
Toi, tu traques les auteurs et les lecteurs, un succès à
chaque épisode !
Finalement, c’est un style éditeur. André Hubert
Hérault a une « Pagode », Joël Bonnemaison une Jaguar,
Bonne ambiance aux Chantuseries !
Accueil décontracté, vue sur rue
Souvenirs, souvenirs
Roger Ducrot n’a pas oublié le petit chat !
j’aime bien les belles voitures...
Il y encore de bons journalistes...
- Peut-être, mais ce que j’aime surtout, c’est la curio-
sité, la rencontre avec de nouveaux horizons. J’ai publié
un auteur de Narbonne sur un sujet qui n’avait rien de
« Vendéen ». l’auteur, Ingo Grünewald, m’a sélectionné
les bons libraires, dans toute la France. J’ai fais ma tour-
née. À Sète, j’ai réussi à voir la rédactrice du « Midi Libre » !
Le lendemain, j’avais un grand article pleine page. Le
culot, cela peut payer, il y encore de bons journalistes...
- Et de bons auteurs qui ont des bons éditeurs...
- Et aussi des lecteurs !
La Facel Véga au salon de Maulévrier avec André Hubert Hérault!
20
Laurence Pain
couverture Théo Leconte
Seulement deux mots de français
« Tour Eiffel » , Renaissance d’un en-
fant du Bangladesh en Vendée
Les Chantuseries, 384 p. 18 €
Inspirée de faits réels, l’auteure
se met dans les pas d’un adolescent
du Bangladesh, dont les parents ont
été assassinés dans des mafias. Son périple le conduit
jusqu’aux Moutiers-les-Mauxfaits (Vendée), grâce à
l’action de l’OFPRA à Paris. Laurence Pain, alors ensei-
gnante de français au collège des Moutiers-les-Mauxfaits,
a vu arriver ce jeune dans sa classe. Elle a été le témoin
de l’élan de solidarité qui s’est formé autour de lui, avec
élèves et enseignants. Rien n’aurait été possible sans la
volonté de ce jeune, sa soif d’apprendre. On suit toutes
les étapes de son intégration. Un récit chaleureux, hu-
main, qui fait du bien dans le contexte actuel.
					 B.I.
Liste des 27 auteurs des éditions Les Chantuseries
dans l’ordre de l’édition des livres
Pierre Deberdt
Jacky Sabiron
Philippe Ecalle
Ingo Grünewald
Adrien Babarit
Nicolas Richard
Peter Robert Scott
Philippe Roirand
Joseph Briand
Michel Dillange
Frédérique Jaumouillé
Régine Albert
Laurence Pain
Christian Berjon
Alain-Pierre Daguin
Louis Gouraud
Ambroise Gasnet
Jean-Marcel Boudard
Jean-René Guicheteau
Hélène Nouzille
Emmanuel Nicoleau
Valentin Recoquillon
Jean-François Dietrich
Jean Defaye
Marie Moreau
Arnaud Guichard
Bertrand Illegems
- Oui, mais là, j’ai peur que cela faiblisse un peu.
On s’adaptera. De toutes façons je ne gagne pas
d’argent...
- Tu es riche de tes rencontres et de tout ce pe-
tit monde qui gravite avec bonheur autour des
« Chantuseries » !
- Ah ! J’oublais ! Un auteur rencontré dans un salon
a réalisé un petit film sur moi : il l’a intitulé « Le dernier
des Mohicans » !
- J’oubliais aussi tes salons littéraires, aux
Chantuseries. J’y ai retrouvé de nombreux auteurs
vendéens et l’ambiance des « Gueux » au salon de
Montaigu !
- Oui ! Tout un petit monde où je suis heureux de
trouver ma place, un « maillon » dans la vie vendéenne !
Deux jours plus tard
J’ai lu ton livre, « L’île des oubliées ». Au début, je me
suis demandé si j’allais supporter longtemps toutes ces
chipies et leurs disputes de pensionnat. Mais je me suis
très vite laissé entraîner, probablement comme toi, par
une intrigue et une atmosphère captivante.
J’espère que ce nouvel auteur aura du succès et que sa
veine ne se tarira pas.
J’ai aussi reçu la liste de tes auteurs, de bonnes
plumes. évidemment triées sur le volet !
Dédicaces à la librairie Agora, Jacques Auxiette est là !
Michel Dillange et le préfet Jacques Brot, à Montaigu, stand des
Chantuseries
21
Bertrand Illegems
couverture Théo Leconte
La Commère - Nouvelles et théâtre
Les Chantuseries, 164 p. 18 €
La couverture suggère l’idée de
voyage au long-cours. C’est le cas.
Tout d’abord au fil de sept nou-
velles, plus originales les unes que les
autres. La première nouvelle donne
son nom au titre du livre. Une nouvelle où le lecteur
largue les amarres pour un voyage, entre poésie et pure
fantaisie. Un fil rouge conduit le lecteur d’un regard à
un autre. Il faut se laisser embarquer par cette foison
d’images.
Puis suivent trois nouvelles sur le thème de l’amour,
et trois nouvelles sur le thème de la spiritualité. Là aussi,
le voyage littéraire est passionnant. Le livre se termine
par un long dialogue de théâtre, à deux personnages, A
et B, dans l’esprit des Diablogues de Roland Dubillard.
Pétillant de drôlerie, d’humour, d’invention avec par une
belle émotion musicale à la fin.
					 B.I.
Peter Robert Scott
Dessin de couverture de l’auteur
Le quatrième mariage
de Madame Couvrefeu
Les Chantuseries, 244 p. 20 €
Les lecteurs qui connaissent
bien l’écriture de Peter Robert
Scott vont se régaler, avec ce nou-
veau roman de l’auteur anglo-
français-vendéen. Peter possède
l’art d’associer humour et regard plein de tendresse et
d’acuité sur ses personnages et l’humanité. Ce mélange
divertissant immerge le lecteur dans un petit coin de la
Venise Verte, où vivent des veufs. Tandis qu’un peu plus
loin vivent exclusivement des veuves. On devine que les
rencontres ne manqueront pas de sel. D’autant plus que
l’ombre de François Rabelais veille ! François Rabelais
qui a été moine en l’abbaye voisine de Maillezais. Tous
les ingrédients sont réunis pour vivre des aventures drôles
et émouvantes.
				 Bertrand Illegems
Bertrand Illegems
Le voyage d’Alice
Les Chantuseries, 82 p. 15 €
J’ai lu aussi ton « testament », «
Le Voyage d’Alice ». entre rêve et réa-
lité, toujours cette faculté d’imaginer
sans limite, de croire, de s’ouvrir sur
un monde plus vaste, plus ouvert,
même si c’est un peu illusoire. Sou-
venirs d’enfance, joie des rencontres.
Décidément, Alice a toujours ses adeptes !
						 JR
Et ton château-fort ! Celui de ton enfance, toujours dans tes vi-
trines !
Roger Dubost aux Chantuseries, Madame Illegems aux fourneaux
et en représentation avec les auteurs
A Chantonnay, le 8 octobre, avec Peter Robert Scott
22
- Belleville ! Que c’est à Mé-
nilmontant...
- Bravo ! Parigot ! Belleville,
c’est aussi en Vendée...
- Non, maintenant c’est Bel-
levigny.
- C’est vrai ! On a rayé de la
carte le nom d’une des familles
les plus puissantes du Bas Poitou,
celui de notre première femme
corsaire...
- Femme corsaire ? Pirate,
c’est quoi cette histoire ?
- C’était au XIVe
siècle...
- Cela date un peu !
- Oui, une belle histoire
quand même ; elle a inspiré
bien des romans. Surtout depuis
quelques années. La mode est au
roman historique et même la té-
lévision avec « Des Racines et des
Ailes » consacre de nombreuses
émissions à l’Histoire...
- Oui, comme avec Richard
Coeur de lion...
- Ou Jeanne de Belleville, qui
descend aussi des ducs d’Aqui-
taine.
Stéphane Bern est venu à l’Île
d’Yeu y signer un « Secrets d’His-
toire ».
- Dommage ! Je ne l’ai pas vu
et la vidéo n’est pas disponible...
- Ce n’est pas par hasard, cette émission ! Tu l’as dit :
Jeanne de Belleville est devenue une star nationale.
- Elle l’était déjà en Angleterre !
- Normal, c’est avec Édouard III d’Angleterre qu’elle
s’est le plus illustrée.
En fait, Jeanne s’est trouvée de plein fouet au
coeur de la Guerre de succession de Bretagne avec
son second mari Olivier de Clisson : Le duc Ar-
thur est mort sans héritier mâle. Son demi-frère
Jean de Montfort et son gendre Charles de Blois se
disputent le duché.
Plus haut, c’est la même histoire avec la
succession de Philippe le Bel en France, Son petit-fils
Édouard III d’Angleterre prétend au trône échu à Phi-
lippe VI de Valois.
Les deux conflits ne sont pas étanches, la
Bretagne et le Poitou sont à la fois la convoitise et le
théâtre d’opérations entre la France et l’Angleterre en
pleine Guerre de Cent Ans.
Philippe III le Hardi,
roi de France , épouse en 1262
Isabelle d’ARAGON
dont Phillipe le Bel
et Charles de VALOIS
Philippe VI
de VALOIS
roi de France
épouse en 1313
Bonne
de BOURGOGNE
dont Jean Le Bon
Charles,
cte
de VALOIS
épouse en 1290
Marguerite de
SICILE
dont Philippe VI
Louis IX
roi de France, épouse en 1243
Marguerite
de PROVENCE
Jean
cte
de Richmond ,
duc de Bretagne
épouse en 1260
Béatrice
d’ANGLETERRE
Arthur, cte
de Richmond
duc de Bretagne, épouse
1) en 1275 Marie de LIMOGES
vtesse
de Limoges, , dont Guy
2) en 1290 Yolande de DREUX, ,
ctesse
de Montfort,
reine d’écosse, dont Jean
Henri III
PLANTAGENET
roi d’Angleterre
épouse en 1236
Eleonore
de PROVENCE
Edouard III
PLANTAGENET
roi d’Angleterre,
épouse en 1328
Phillipa
de HAINAUT
Edouard II
PLANTAGENET
roi d’Angleterre épouse
Isabelle
de FRANCE
Jean III
duc de BRETAGNE
Richmond
épouse en 1329
Jeanne
de DAMPIERRE
dite de FLANDRE
Raymond Bérangercte
cte
de PROVENCE
épouse en 1220
Béatrice de SAVOIE, dont El&onore et Marguerite
Philippe IV le Bel
roi de France , épouse
en 1284
Jeanne
de CHAMPAGNE
Navarre, dont isabelle
Edouard Ier
PLANTAGENET
roi d’Angleterre
épouse en 1254
Eléonore
de CASTILLE
Jean
de CHÂTILLON
Bretagne
épouse en 1388
Margaud
de CLISSON
Jean
HARPEDANNE
épouse
Jeanne
de CLISSON
dame de Belleville
Olivier V de CLISSON
épouse en 1361
Béatrix de LAVAL
Guy de BRETAGNE
cte
d’Etampes, épouse en 1318
Jeanne d’AVAUGOUR, dont Jeanne
2° vers 1328 ? Jeanne de BELLEVILLE,
veuve de Geoffroy de CHATEAUBRIANT
(veuf d’Alix de THOUARS) sans postérité
qui épouse 2° en 1330 Olivier IV de CLISSON,
veuf de Jeanne (Blanche) de BOUVILLE
3) vers 1349 Gauthier de BENTLEY
Charles
de CHÂTILLON
Blois
épouse en 1337
Jeanne
de PENTHIEVRE
23
Jeanne de Belleville
Première femme pirate ?
En fait, les ducs de Bretagne sont cousins des
rois d’Angleterre, cousins des rois de France ; les
ducs de Bretagne sont aussi cousins des rois de
France comme descendants de Raymond Béranger
de Provence : un imbroglio qui n’est pas étranger à
toutes ces guerres.
Jeanne de Belleville aurait épousé Guy de
Penthièvre avant Olivier de Clisson.
Guy est un autre fils du duc Arthur : sa fille (avec
Jeanne d’Avaugour) a épousé Charles de Blois...
- Voilà comment tout s’imbrique !
- Les Clisson, comme tous les Bretons, doivent
ménager les deux camps ; c’est une lutte d’influence
où tous les coups sont permis mais un jeu dange-
reux. Olivier de Clisson l’apprendra à ses dépends :
le roi de France Phillipe VI l’accuse de félonie et le
fait exécuter sans jugement.
L’histoire nous est contée dans de nombreux ro-
mans. Ils sont tous assez cohérents mais on en ap-
prend de plus en plus à mesure que s’ajoutent de
nouveaux auteurs.
Légende ou réalité ?
...Et là, démarrent l’histoire et la légende : Jeanne
se rebelle, pille un château, prend la mer, occis quelques
marchands et rejoint Édouard III d’Angleterre.
Décapitation d’Olivier de Clisson
HISTOIRE...		
et ROMANS
La surenchère se déploie et
cette année ; deux nouveaux
livres viennent de paraître :
« D’écume et de sang» de Mi-
reille Calmel et « Jeanne de Belle-
ville, la Véritable Histoire » d’As-
trid de Belleville.
- La Véritable Histoire, avec
un grand V et un grand H, on va
donc enfin savoir qui croire...
- Peut-être ! Je te parle d’abord
de la « furie » de Mireille Calmel.
Jeanne y crève les pages.
Elle multiplie les aventures, les
exploits, tue des loups : elle est
vraiment « déchaînée ».
Mireille sait écrire et nous
faire aimer son héroïne...
- Elle rajoute à la légende !
- Oui ; on en redemande ; on
la comprend, cette Jeanne. On
l’aime, on la suit, on la venge...
- Attention ! Ce n’est qu’un
roman ; parle moi plutôt de la
Véritable Histoire.
24
Une quête documentaire
Astrid de Belleville n’est pas romancière
mais étudiante en Histoire, Civilisation
médiévale, sous la direction de Martin
Aurell à l’Université de Poitiers.
Tous deux accompagnaient Stéphane
Bern à l’Île d’Yeu.
Astrid ne dispose pas d’archives fami-
liales mais part à la recherche de sources
fiables, la chronique Adae Murimuth de Ro-
bert de Avesbury et la Chronique normande
du XIVe
siècle et Les Grandes Chroniques de
France.
On y voit qu’Olivier de Clisson avait
fini par rejoindre son frère Amaury dans le
camp d’Edouard III d’Angleterre et prendre
parti pour Jean de Monfort, aussi soutenu
par les Anglais contre Charles de Blois.
Les romanciers font d’Olivier un inno-
cent, lâchement assassiné par Philippe VI,
victime d’un complot monté par Édouard
III et Geoffroy d’Harcourt qui convoitaient
les biens d’Olivier de Clisson et de Jeanne de
Belleville.
Astrid de Belleville veut aussi relativi-
ser la cruauté et l’esprit de vengeance de
Jeanne, pourtant affirmés dans la chronique
normande. Elle souligne l’erreur du chroni-
queur à propos de la mort du châtelain de
Brest, Gallois de la Heuse, qui s’était en fait
échappé (On le retrouvera plus tard dans
d’autres aventures) non pas de Brest mais
d’un autre château breton non identifié.
Relativiser aussi la « piraterie » ; une
seule phrase de la chronique dit qu’elle prit
la mer et fit en celle saison plusieurs marchands
occire.
Cette phrase est la seule référence sur
cette « piraterie ». Astrid de Belleville ima-
gine plutôt que son aïeule a fui la France
où elle était poursuivie pour avoir tenté de
faire échapper son mari et qu’elle a occis des
« marchands », probablement de sel, parce
qu’elle avait besoin de se refaire financière-
ment et que ce sel provenait peut-être de ses
propres marais de la baie de Bourgneuf.
- Ce n’est guère plus valorisant. Je com-
prends que les romanciers aient choisi une
interprétation plus chevaleresque.
- Tout de même avec des morts à la clé !
- À cette époque, on éliminait les
obstacles sans hésitation. Olivier de Clisson
en est un bel exemple.
- Astrid indique que les historiens ont
été les premiers à créer le mythe de la cor-
saire qui voulait venger son mari ; elle cite
Dom Morice, Dom Lobineau...
- Pitre-Chevalier reprend cette équipée
dans les mêmes termes dans son « Bretagne
et Vendée » paru en 1844.
- La voie était ouverte : une invitation à
la romance et à l’aventure.
- Et cela finit comment ?
- Dans le meilleur des mondes ! Jeanne
obtient le soutien d’Édouard qui lui fait
petit à petit restituer les terres bretonnes et
poitevines sous sa coupe. Jeanne épouse son
représentant Gaultier de Bentley qui l’aide
également.
Son fils Olivier, comme Geoffroy
d’Harcourt, rejoindra le camp Français et
Olivier, après une belle carrière aux côtés
de « du Guesclin », lui succédera comme
Connétable de France ; il récupérera tous les
biens de ses parents.
- Qui seront à nouveaux perdus par sa
fille Margot !
- Oui ! L’Histoire se répète souvent !
Margot épousera Jean de Blois-Chatillon, le
fils de Charles !
- Et alors ?
- Margot reprend la lutte, s’empare en
1420 du duc de Bretagne Jean V à Champ-
toceau (petit-fils de Jean de Montfort) et le
maintient prisonnier à Clisson, Vendrennes,
aux Essarts et même à Bournezeau.
Marguerite s’est attaqué à un trop gros
gibier, Jean V est le mari de Jeanne de France
(Valois), fille de Charles VI, roi de France.
Une histoire à rebondissements
Vengeance ?
Jeanne de Belleville, vitrail de BobVenables
25
Jeanne s’empare de Champtoceau
et le ruine, contraignant Marguerite à
libérer son prisonnier. C’est la fin de
la lignée des Clisson et des Penthièvre
dont les biens sont confisqués au profit
du duc d’Étampes, Richard, frère de
Jean V.
- Tout ça pour ça !
- Mais encore un autre roman de
Patrick Denis qui avait aussi signé un
livre sur la femme corsaire : Une cor-
saire Bretonne, Jeanne de Clisson.
- Patrick est de la même étoffe que
son frère Christian, auteur d’un thriller
sur Gilles de Rais et cité dans ces pages
pour « Leçon à Luçon », il n’a pas
peur de faire revenir le père de Jeanne
des croisades. Ce n’est pas connu
mais pas impossible et nous vaut 100
premières pages très instructives.
Patrick raconte l’histoire de Jeanne
traversant des épisodes et faits connus
et nous entraîne dans la vie quoti-
dienne de cette époque à Paris et en
Poitou.
Ah mais ! Il se trompe de blason
pour les Belleville. Comme déjà, il
me semble, Laure Buisson (Pour ce
qu’il me plaît, Jeanne de Belleville, la
première femme Pirate, Grasset) il y a
quelques années. Dommage ! Mais ce
n’est qu’un détail !
Son livre sur Margot témoigne de
sa grande connaissance des dernières
péripéties de la guerre de succession de
Jeanne de Belleville,
publicité joaillerie Boucheron, 2006
Grandes Chroniques de France
Marguerite de Clisson,
assaillie à Champtoceau
Bretagne.
- Et sinon ? Les autres ?
- Des romanciers, Emile Péhant (en 1868),
Elie Durel (Jeanne de Belleville, corsaire par
amour, Geste), Isabelle Pelé (Le Coeur flibustier,
Ex Æquo).
Des « historiens» : Armand de la Fontenelle,
Histoire d’Olivier de Clisson, connétable de
France, Paris 1826 ; Mme
de Clisson, Histoire
d’Olivier IV de Clisson, connétable de France,
Debécourt 1843.
- Les Cahiers de l’Histoire du Pays Maraîchin
ont consacré une grande part de leur numéro 6
en 2020 à Jeanne de Belleville.
- Et en Angleterre ?
- De nombreuses publications aussi... Mais
ce n’est pas tout, je lis : Sous la plume du scénariste
Roger Seiter, elle va devenir une héroïne de bande
dessinée, révèle ce « Secrets d’histoire » à la saveur
particulière qui décrypte en filigrane quelques as-
pects du célèbre film « Pirate des Caraïbes ».
- Un court métrage a été réalisé en 2022 :
Jeanne de Belleville, fiction produite par l’asso-
ciation K.M production et réalisée par Maxime
Pinchaud. Le projet a été présenté au Nikon film
festival 2022.
- Oui, ce n’est pas fini, la légende l’emporte
toujours !
				 JR
26
Suzanne Gachenot
Les Sœurs Loubersac
Presses de la Cité, 524 p. 21 €
Dans les années vingt, trois sœurs grandissent ensemble dans le domaine de Cazelles,
près d’Albi. Unies, mais de caractères affirmés et différents. L’avenir du domaine familial
contrarie les projets et les amours.
Léonie, l’aînée, va accepter par devoir l’injonction paternelle. Espérie, la cadette, fa-
rouche et indépendante, s’enferme dans ses rêves inaccessibles. Rosalie, la benjamine, dé-
couvrira à Bordeaux les nouveautés et les plaisirs de la grande ville. Suzanne Gachenot
écrit avec bonheur et talent les destinées d’une fratrie attachante et complexe. Avec sensi-
bilité, elle propose ici un beau roman qui témoigne aussi des contraintes, des espoirs et des contradictions
d’une époque charnière ou chacun - chacune surtout- a du mal à se situer entre le passé qui pèse et le futur
qui inquiète.											 G. B.
Françoise Rochais
Jongler à la vie à la mort
Max Milo , 16 p. 19,90 €
Jongler à la vie à la mort. Avec ce titre très fort et si évocateur une fois que l’on a tourné les
dernières pages de son livre, Françoise Rochais nous offre une formidable leçon de résilience. Ce
mot est beaucoup galvaudé en littérature contemporaine, mais ici il trouve ici tout son sens. Le
récit des premiers souvenirs de l’autrice en tant que majorette ont fait écho à mon propre vécu
d’enfance challandaise. Là s’arrêtent les similitudes, car ensuite le chemin de vie de Françoise dévie.
Avec beaucoup de pudeur, elle jongle avec les mots pour nous dévoiler les outrages subis de la part
de proches familiaux. C’est un choc, pour la petite fille qu’elle était, pour nous qui découvrons ces
faits horribles qu’elle cachera de longues années. Françoise va traîner derrière elle ses démons intérieurs et son mal-être
en se donnant à corps perdu dans l’art du jonglage où elle excelle puisqu’elle deviendra championne du monde à Las
Vegas. Au bout du chemin, il y aura – après des aveux à sa famille, une fois à l’âge adulte, cette fameuse résilience dont
je vous parlais plus haut pour qu’enfin les cicatrices se referment sur tant d’années de non-dits douleureux.
Ce livre exutoire m’a profondément émue. C’est un énorme coup de cœur. Et Françoise Rochais est une femme
formidable qui mérite le respect.
												 MFB
Deux lauréates !
Prix des Écrivains de Vendée
Prix des Écrivains de Vendée - Crédit Mutuel Océan
Le comité de sélection avait hésité à représenter Suzanne Gachenot, candidate
malheureuse au Prix Charette à Grasla. La lutte homérique pour le Prix la prédisposait
pourtant à courir sa chance à nouveau et, cette fois, le jury ne l’a pas laissée passer.
Quant à Françoise Rochais, la « Jongleuse », le jury a voulu saluer le parcours de vie
exemplaire de cette artiste qui a su relever tous les défis.
27
Prix des Écrivains de Vendée
Alain R.P.Bach
Stigmates
L'Atlantide, 364 p. 20 €
Avant de revenir aux Sables-
d'Olonne, Pierre Delaunay a vécu
des aventures mouvementées :
une vie dangereuse pleine d'inat-
tendus, quand il s'agit d'enquêter
pour retrouver la trace de tableaux
spoliés durant la deuxième guerre
mondiale par l'armée allemande,
des amours compliquées parce que le personnage d'An-
nelore est passionné autant que mystérieux, trouble et
inquiétant. Se greffent de surcroît dans la trame du récit
des questions non résolues de paternité qui taraudent le
héros.
Bref, des ingrédients qui forment un roman bien fi-
celé, imaginé à partir de faits avérés. L'auteur connaît
son sujet et mêle avec habileté, l'espionnage, les passions
contrariées et la narration des horreurs des conflits.
Jamais le lecteur ne perd le fil de cette histoire malgré
sa complexité. Un beau roman qui tient en haleine.
				 Pierre Deberdt
Florent Gautier
L'Écrivain et le Prince
Librinova, 245 p.15, 90 €
Un premier roman étonnant.
Dense, foisonnant.
Un jeune poète est confronté à
un tyran. L'histoire est prenante et
les joutes verbales, justes, tournent
autour de réflexion sur les démocra-
ties occidentales.
Les libres penseurs ont toujours dérangé. Et notre
poète est en bien mauvaise posture face à l'oppresseur
avec pour seule arme, son esprit et des mots bien aiguisés.
Des fables de Charles Perrault et d'Ivan Krylov, émaillent
à point et à merveille le roman.
Les premiers chapitres semblent évoquer un temps
et un lieu mal définis, il en va tout autrement quand au
fil du récit, quelques cruelles vérités sur notre temps sont
révélées.
Qui se cache derrière "L'Écrivain ", qui est véritable-
ment "Le Prince" ?
				 ET
Michelle Mazoué
La femme du maître tailleur
Terres d’Histoires, 315 p. 18,90 €
Vous l’avez certainement re-
marqué : plusieurs romancières
vendéennes ont acquis, en peu
d’années, une notoriété et un pu-
blic de lecteurs qui leur ont ou-
vert les portes de grandes maisons
d’édition nationales. Parmi elles,
Michelle Mazoué, qui vit à La
Tranche-sur-Mer, et dont le livre précédent, Le secret des
Jeanne, avait déjà suscité beaucoup d’intérêt.
A la fin du XVIII e
siècle, Mathilde, son héroïne, une
jeune lavandière parisienne, vit très pauvrement. Em-
bauchée chez un grand tailleur, elle est mariée contre son
gré au fils de la maison, un homme cynique et brutal
qui la maltraite. Mathilde trouve un réconfort auprès de
Nicolas, le jeune apprenti de l’atelier, doux et prévenant.
Après bien des péripéties, celui-ci, ignominieusement ac-
cusé, sera arrêté et envoyé au bagne à Toulon. Mathilde
s’est jurée de le rejoindre et de le délivrer...
Voilà un beau roman historique, bien construit, servi
par une écriture élégante, qui allie la justesse des lieux et
des situations, le romanesque et le suspense. La suite, Le
mauvais œil, qui vient tout juste de paraître, est attendue
avec gourmandise.
					 G. B.
Daniel Tranchant
La Vendée au bout du chemin
Vdl, 234 p. 20 €
Le titre l'indique, il y est
question de destinées bousculées
par la guerre, celles de Martha et
de Gus. D'une écriture limpide,
l'histoire de cette petite fille, exi-
lée flamande pendant la Première
Guerre mondiale.
Pour son salut, sa famille, jetée hors de leur maison
par les Allemands, a dû fuir la ville occupée. Martha ra-
conte avec ses yeux d'enfant, la Grand-mère oubliée à
l'étage dans la précipitation, le Grand-père héroïque qui
retourne la chercher dans la maison occupée par l'en-
nemi redoutable et la ramène dans la brouette. Elle dit
l'horreur, la peur au ventre, la fuite, la faim, la soif, les
longs convois sur les routes, tout ce qu'on laisse sur ces
routes de misère, l'errance vers la mer... Loin vers l'in-
connu. Quelque part en Vendée il y a Gus et ses parents,
la ferme, et... la guerre. Le chemin des deux héros est
chaotique, long, terrifiant, et va se croiser... L'auteur re-
visite cette époque avec brio en s'appuyant sur des témoi-
gnages et met en lumière un pan mal connu de l'histoire.
				 Eveline Thomer
28
2 juillet, le Salon d’Angles,
une première intéressante
C'est à l'initiative de
la mairie d'Angles (de
son maire Joël Mauvoi-
sin) et de JB Produc-
tion que s'est tenu le
premier Salon du Livre
d'Histoire d’Angles du-
rant le premier samedi
du mois de juillet. Un
salon où l'originalité
résidait dans le nombre
réduit du nombre d'écrivains, pas plus d'une
douzaine (Viollier, Louboutin, Yborra, Hé-
raut, Raigniac, mais aussi Jacques Bernard,
Dominique Sécher, Catherine Girard-Augry,
Philippe Meyre...). Un concept de salon dont
le créateur Joël Bonnemaison (JB Production)
avait l'idée depuis pas mal de temps, idée enfin
concrétisée.
Certes, il n'aura manqué que la foule, pro-
bablement partie sur les plages durant cette
journée de début de vacances estivales, de plus
extrêmement ensoleillée. Mais, surprise, le pu-
blic venu était acheteur ! « J'ai vendu plus de
livres qu'à Montaigu au printemps dernier »,
ont affirmé plusieurs d'entre eux. Etonnant,
non ? Mais probablement que ce concept laisse
plus de place aux vrais lecteurs, plus de temps
aussi aux écrivains pour échanger avec son pu-
blic. Une nouvelle édition est prévue en 2023.
Reconnais-
sance !?
Chaque humain a
besoin de reconnais-
sance c’est entendu. Et
les écrivains beaucoup
plus, les artistes en gé-
néral…
J’avais déjà dû
écrire dans ces colonnes
voilà quelques années
que le jour où je trouve-
rai un de mes livres dans
les bacs du Boul’Mich
à Paris à 0,20 euros
(j’y avais trouvé un
Ragon, « La louve de
Mervent »), je serais un
grand écrivain !
Bon, je ne suis pas un grand écrivain, j’écris en
vain, sur le vin aussi ! Mais j’écris, je ne peux m’en
passer. Comme lire ! Aussi, je me contentais de
l'idée de retrouver, un jour prochain, un de mes
livres dans un vide-grenier ou une bibliothèque
rurale pour flatter ma vanité.
Eh bien ça y est !
Elle est enfin flattée ma
vanité ! Car j'ai vu un
de mes recueils de nou-
velles (« Chute libre »,
Petit Pavé) chez Em-
maüs, aux Essarts l’au-
tomne dernier ! Parfai-
tement. Et il y en avait
des livres dans ce lieu,
par milliers ! Mais je n'y
ai vu que « mon » livre !
Que j'ai acheté 1 euro !
Je l'ai même relu ! Ce que je n'avais jamais pris
le temps de faire depuis sa publication. C'est fou,
non ! Je m’aime !
J’adore fouiller dans ces lieux, Emmaüs ou
bibliothèques de rues. Ces derniers temps, j'y
avais trouvé du Viollier (« La chasse aux loups »,
chez Flammarion !), du Prouteau (« Les fleurs
de l'âge », des poèmes, ses meilleurs), du Alain
Perrocheau (Le naufragé picton »), du Christoph
Chabirand (« Halloween ») et même du Régine
Albert (« Les pierres de sucre », son premier recueil
de nouvelles !) et du Pierre Yborra (« Le coureur
d'infortune »).... Mais pas « moa » jusqu'à ce jour
de fin septembre aux Essarts !
Depuis, comment dire, je me sens bien ! Très
bien même ! C'est ballot, non !? Mais si je dis des
bêtises, vous m’arrêtez !…
			 Philippe Gilbert
29
SORTIES...
Louboutin et Meyre
Prix Gilbert-Prouteau 2022
C’est durant ce salon qu’a été remis le prix Gilbert-Prou-
teau. Un Prix sérieux qui ne se prend pas au sérieux, qui de-
mande d’avoir connu et lu du Prouteau, le natif de Nesmy
(1917-2012), écrivain qui fut aussi cinéaste.
Cerise sur ce gâteau : le ou les « osca-
risés » ne sont pas prévenus. Ainsi Hervé
Louboutin, journaliste, notamment en
Vendée, à la direction départementale
de Presse-Océan dans les années 1980.
Années où il se lia à Gilbert Prouteau,
jusqu’à co-écrire un ouvrage ensemble
(Les Enfants du pays, 1983). « Gilbert
était mon ami », s’est ému Hervé Lou-
boutin, qui a rappelé quelques mer-
veilleux moments qu’il a passé avec lui, en écrivant cet ou-
vrage, mais aussi au Puy du Fou, ou encore lors de « l’affaire
Gilles de Rais »… « Prouteau était le roi du canular ! Avec lui
et son épouse Hélène, j’ai passé de merveilleux moments de
rigolade, de déconnade »…
Oui, touché l’ami Hervé… Bien
plus que l’autre récipiendaire, Philippe
Meyre, surprenant Prix Gilbert-Prou-
teau, « alors que je ne l’ai jamais rencon-
tré ! »
Mais l’avocat nantais, dans son der-
nier ouvrage intitulé « L’iconoclaste »,
une biographie du journaliste Joël Bon-
nemaison, rappelle longuement une
anecdote sur Gilbert Prouteau, notam-
ment une farce qui avait mal tourné en 1999, et avait valu
quelques ennuis, plutôt injustifiés, à Bonnemaison.
Hervé Louboutin et Philippe Meyre succèdent au palma-
rès à Yves Viollier et Claude Boisumeau (à Cerisay en 2021),
et à Régine Albert (à Grasla en 2020).
						 PhilG
Pour une troisième session –les deux premières
avaient eu lieu en 2013 et 2015– l'ICES de La
Roche-sur-Yon a réuni étudiants et auditeurs ex-
térieurs pour un colloque sur la Vendée littéraire.
Durant cinq demi-journées, une vingtaine de
conférenciers rassemblés par Jean-Marc Joubert,
directeur de la Faculté Lettres et Langues, sont in-
tervenus sur les thématiques suivantes : Territoires
vendéens, Vision de la "Grande guerre" (celle de
93), Figures de Vendéens, La Vendée littéraire an-
ciens et nouveaux styles, La Vendée terre de "po-
lars".
Cinq d'entre eux étaient des membres de la
Société des Écrivains de Vendée. René Moniot-
Beaumont a présenté Elder à Noirmoutier, Michel
Chamard a focalisé l'attention sur Julien Grac
géographe de la Vendée, Hervé Louboutin a évo-
qué Châteaubriand et la Vendée, Yves Viollier a
expliqué son cheminement du roman au roman
graphique, et Alain Perrocheau a développé Fon-
tenay-le-Compte, la fontaine des Beaux-Esprits de
Rabelais à Rapin.
Leurs communications et toutes les autres de
ces trois jours de découvertes studieuses trouveront
leur prolongement dans une publication intitulée
"La Vendée littéraire III" d'ici quelques mois.
			 Alain Perrocheau
Colloque à l’ICES,
La Vendée littéraire III
Les 25, 25 et 26 octobre
30
Jard sur Mer, Escale littéraire, le 18 septembre
Une escale littéraire qui portait bien son nom. À deux encablures du port,
le centre ville de Jard sur mer était parsemé de tivolis sous lesquels les discus-
sions allaient bon train.
Chaleureuses retrouvailles entre auteurs et lecteurs après une absence de
trois ans !
Assurément une belle journée grâce à l'organisation sans faille des respon-
sables médiathèques et des bénévoles ! https://escalelitteraire-vendeegrandlittoral.fr
							 Eveline Thomer
L’Épine, 5 et 6 août
Après deux années d’interruption en raison de la pandémie, le salon du
livre de l’Épine sur l’île de Noirmoutier a repris ses marques les 5 et 6 août
derniers pour le plus grand plaisir des lecteurs et des auteurs, grâce à l’énergie
débordante de Fanny Mainguet, présidente de l’Association du Livre et des
Arts, et de sa chaleureuse équipe de bénévoles.
Karine Lebert, autrice normande éditée aux Presses de la Cité, était la
marraine de cette 14e
édition qui réunissait une cinquantaine d’auteurs.
L’association, en collaboration avec les éditions Past’elles, a présenté à cette
occasion le recueil de nouvelles édité suite au concours organisé en amont, sur
le thème « Disparition à Noirmoutier » et les prix ont été remis aux lauréats.
Conférences, spectacles, concours de dictée et de parlanjhe ont animé ce
salon estivalbienimplantédanslepaysagelittérairevendéen,ausuccèsquinese
dément pas.					 MFB
Saint-Gervais, 1er
et 2 mai
Pour cette 27e
édition, l'association Patrimoine et Tradition, emmenée par
son Président Gilles Perraudeau, a mis la barre haute en invitant des parrains
d’honneur exceptionnels, le chanteur et auteur Yves Duteil ainsi que Stépha-
nie Bataille, humoriste, comédienne et également autrice. Une cinquantaine
d’auteurs ont répondu présents durant les deux journées de ce week-end du
1er
mai qui fut très chaleureux et marqué par un « bœuf » exceptionnel offert
durant le déjeuner par Yves Duteil et la chanteuse vendéenne Thérèe, sans
compter les conférences et apéros littéraires.
Cette année, le Prix Claude Mercier a été attribué conjointement à
• André Barreteau pour son récit autobiographique « Dans le silence de mon père » (La Geste - Les moissons),
• aux éditions Histoire-Arexcpo Vendée, sous la direction et la plume d’Alain Jouanneau, le président, en collaboration
avec Micheline Rambaud, cinéaste de l’ascension du Cho Oyu en 1959, pour la revue hors-série intitulée « Colette le
Bret, médecin de la première expédition féminine dans l’Himalaya en 1959 ».
											 Marie-France Bertaud
Le Langon, 20 novembre 2022
Une des dernières manifestations de l'année, le Salon du livre d'auteurs
régionaux au Langon. Un rituel bien rôdé, la salle prend un air de fête. Les
habitués passent plusieurs heures voire la journée avec les auteurs autour des
nouveautés de l'année : romans de terroir, recettes de cuisine, polars et autres.
Un bar est ouvert en permanence avec des gâteaux maison. Convivialité,
partage et bonne humeur autour des organisateurs disponibles et aux petits
soins. madyflore@wanadoo.fr
			 			 Eveline Thomer
31
Le 18 septembre 2022, Dominique Bonnin, maire de
Luçon a remis le prix du 1er roman de la ville de Luçon à
Denis Gout. Ce concours, soutenu par une master class, avait
quelques conditions initiales : ne jamais avoir été publié, gar-
der un lien avec Luçon et rédiger ce premier livre en neuf
mois.
Les sept candidats retenus ont suivi cette master class
dirigée par Jean-Philippe Charrier, conseiller municipal dé-
légué à la communication, accompagnée de Corinne Gi-
rard, romancière, et aidée d’intervenants de qualité tels que
Christophe Prat d’Ella Éditions et Eloïse Averty d’Astralabe,
pour des échanges sur l’écriture et la découverte du territoire
luçonnais riche en histoire. En cours d’année, un comité de
lecture a donné aux candidats des premiers avis pertinents sur
leurs textes. Tous les ingrédients étaient là pour que de bons
romans voient le jour et le jury s’est montré d’ailleurs très
satisfait du résultat.
Ces livres ont une belle diversité de genres littéraires.
Anne Beunier évoque la transmission historique et intergéné-
rationnelle. Claudine Maubrun maîtrise son épopée familiale
avec ses drames et ses rebondissements. Virginie Mosneron
Dupin raconte avec humour la quête de sens et de valeurs
lorsque le management en entreprise devient toxique et sans
éthique. Sophie Vandenbussche imagine un crime qui se dé-
roule dans les dédales de Luçon. Le plus jeune des candidats,
Jason Gourdin-Servenière relate avec bonheur l’histoire de
son grand-père. Enfin, beaucoup de poésie sur un fond de
terroir a été proposé par Patrice Hérisset. Gageons qu’ils trou-
veront rapidement des éditeurs pour leur publication.
Décidemment, les amateurs d’écriture ont un bel avenir
en Vendée !
Alain Perrocheau
Luçon,
Prix du premier roman
18 septembre, une édition très prometteuse !
De gauche à droite : Patrice Hérisset, Anne Beunier, Sophie Van-
denbussche, Jason Gourdin-Servenière, Jean-Philippe Charrier, Vir-
ginie Mosneron Dupin, Denis Gout (lauréat du Prix), Dominique
Bonnin, Claudine Maubrun
Concours de nouvelles
2021-2022
de la Société
des Écrivains de Vendée
Cette première expérience fut un succès. Nous
avions convié les écrivains de tous horizons à com-
poser un texte original. Les contraintes étaient
simples : 3000 mots, une phrase imposée et, si
possible, une chute surprenante. 44 auteurs ont
envoyé leur pensum. Des jeunes, 12 ans, des plus
âgés bien entendu, des auteurs de toute la France
attaché ou non à la Vendée et un Québécois, eh
oui ! nous ont offert des textes variés. Certains
ont fait rire le jury, d'autres ont évoqué des sujets
plus graves, d'autres encore ont habilement réussi
à glisser la phrase imposée. Le jury a dû trancher.
Il a extrait de ces textes anonymes les lauréats sui-
vants :
1/Madame Sophie Muller Renaudeau pour
« Panier piano ».
2/ Madame Pierrette Gobin Vaillant pour « La
petite mélodie du silence ».
3/ Monsieur Yann Bertaud pour « Une poi-
gnée de fayots ».
Vous pouvez découvrir les textes des dix pre-
miers sur notre site internet. Vous trouverez aussi
une vidéo de la remise des prix qui a eu lieu lors de
notre repas d'été en juillet 2022.
Fort de cette première expérience, le jury a dé-
cidé de relancer l'aventure. À vos plumes !
		 Pierre Deberdt
Nouveau concours en 2023, du 15 décembre
au 15 mars, renseignements et inscriptions sur
notre sit
https://ecrivainsvendee.wordpress.com
32
Aandré Barreteau
préface Yves Viollier
Dans le silence
de mon père
La Geste,
96 p. 18 €
Cette autobio-
graphie d’un fils de
boulanger de Saller-
taine est celle d’un
patron vendéen, autodidacte qui « s’est
fait ». Le livre de toute une vie aussi, qui
ne manque pas de surprendre par son hu-
manisme, vie retracée avec simplicité, ab-
négation, là où d’autres auraient peut-être
roulé les mécaniques. Mais la modestie
est aussi une forme de panache.
Chapeau « Dédé » Barreteau !
				 PhilG
Astrid de Belleville
Jeanne de Belleville
La Véritable
Histoire
Geste, 206 p. 19 €
Livre évoqué en
début de nos sélec-
tions avec d’autres
auteurs sur ce
même sujet.		
				 JR
Refuge de Grasla
Prix Charette 2022
Le jury a tranché pour le boulanger
Beaumatch,bellecourse,pourparlersport! Mais restons en littérature,
même si celle-ci peut se livrer à des compétitions. Et le Prix Charette
décerné à Grasla est un des plus prestigieux prix du département, avec
le prix Ouest et le prix des Écrivains de Vendée.
À Grasla, outre que l’auteur ou son thème doivent être Vendéens,
il faut aussi allier le panache, tel le fameux général vendéen. Panache
dans le style, dans l’histoire... Et c’est une préselection de 5 livres
qui, un jour de fin de juillet au Refuge de Grasla, ont confronté leur
panache lors d’un vaste débat autour de 9 jurés (*).
Cette année, la compétition était ouverte. Et à l’issue d’un pre-
mier tour de table où chaque juré a pris la parole, sortaient des votes
(à bulletins secrets) un match nul 4-4. En ballotage : « Le silence de
mon père » d’André Barreteau et « Les sœurs Loubersac » de Suzanne
Gachenot (nièce de l’emblématique footballeur yonnais).
Étaient éliminés : « L’ombre du Parc » de Richard Lueil (un polar
qui avait ses détracteurs et ses admirateurs) ; « Jehanne de Belleville, la
véritable histoire », d’Astrid de Belleville (plutôt une étude historique
mais cependant très intéressante) et « On y sera un jour, mon grand »,
de Jean-Maurice Bonneau (peu-être trop destiné aux vrais amateurs
de sport hippique, notamment des concours de sauts d’obstacle)…
Sous la direction du président du jury Wilfried Montassier, la
discussion faisait long feu et un nouveau vote donnait cette fois-ci
un léger avantage (5-4) à Barreteau, le boulanger de Saint-Jean-de-
Monts, créateur de la Mie Câline. Ce, malgré la verve et les émotions
de lecture des trois sœurs Loubersac au destin si contrarié dans la
première moitié du XXe
siècle, intrigue que place Gachenot dans le
Bordelais.
							 PhilG
(*) par ordre alphabétique : Gilles Bély, Marie-France Bertaud, Michel
Chamard, Joël Cossais, Philippe Gilbert, Wilfried Montassier, Alain Perro-
cheau, Jean de Raigniac, Yves Viollier.
Suzanne Gachenot
Les Sœurs
Loubersac
Presses de la Cité,
524 p. 21 €
Livre évoqué
pour le Prix de
Écrivains de Ven-
dée.			
		 G. B.
33
Richard Lueil
L’ombre du parc
Le Lys et le lin
Dans ce polar, on sent
d’abord un réel attache-
ment à la Vendée, notam-
ment celle du bocage. Et
l’intrigue développée au-
tour d’un château isolé et
habité par un énigmatique
propriétaire est bien fice-
lée, passionnante, subtile même… Et totalement
crédible même si des fantômes hantent les allées
de ce château. Richard Lueil, dont c’est le qua-
trième ouvrage, est un auteur à suivre.
SALONS...
Jean-Maurice Bonneau
« On y sera un jour, mon
grand ! »
Acte Sud, 385 p. 23 €
Dans les années 70, ne
sachant quel métier adop-
ter, Jean-Maurice Bonneau,
né près de Ste
Hermine en
Vendée, passe un CAP de
peintre en bâtiment ; mais
des parents agriculteurs et
des frères cavaliers professionnels ont eu finale-
ment raison de son choix équestre qui débutera
en Vendée dans les petits concours ruraux …
Puis de stages en stages hors du département,
il acquiert le haut niveau qui lui permettra de
gagner de nombreuses épreuves internationales
avec, entre autres, un excellent cheval vendéen
né près de chez lui !...
Un peu plus tard, le poste d’entraîneur de
l’équipe de France de saut d’obstacles s’offre à lui
! Une vraie vocation. Dans ce livre, moult détails
des grandes épreuves de compétitions équestres,
des choix de cavaliers et de chevaux, des parcours
de chaque cavalier, des victoires, des défaites, des
déceptions, des doutes, des accidents, du stress,
mais aussi et surtout, plein de bonheurs, de joies,
de satisfactions.
Il donne les conditions essentielles pour for-
mer une super équipe : travailler le physique, la
technique, le mental. Ce furent les clés des suc-
cès pour remporter médailles d’or ou d’argent
par équipe ou en individuel en championnat
du monde ou d’Europe de 2002 à 2016 avec la
consécration en or aux Jeux olympiques de Rio.
Grâce à ce livre, vivez avec Jean-Maurice
Bonneau son parcours d’entraîneur de compéti-
tions équestres à travers le monde…
					 AMR
Rencontre dans les allées de Grasla
Au hasard de mes déambulations dans les allées
du dernier Refuge du Livre de Grasla, mon attention
a été attirée par une maison d'édition au nom curieux.
Aid'itions, Le Chat Virgule. Quel est donc ce félin et que
prétend-il griffer ?
Marie-Annie et Marie, derrière leur étal, ont répon-
du avec enthousiasme à mes questions.
Ces personnes animent une association forte d'une
vingtaine d'adhérents, depuis 2017. On pourrait, de
prime abord, imaginer qu'il y a dans le travail de ces
bénévoles un petit côté « écrivain public ». Là n'est pas
leur but. Les membres se proposent d'aider, encourager,
décomplexer, stimuler aussi, les personnes qui désirent
écrire. Elles accompagnent les auteurs par le biais d'ate-
liers d'écriture, accouchent parfois la parole, donnent des
conseils pour structurer les témoignages et les récits de
vie.
Ensuite, vient le travail de relecture, de mise en page,
d'impression. On découvre des ouvrages dont la reliure
cousue est très originale, d'autres qui comportent une
phrase qui court tel un furet en bas de chaque page.
J'ai feuilleté entre autres, des livres très variés : des
romans, des parcours familiaux, des souvenirs de mé-
tiers agricoles, un récit de voyage d'une jeune ayant eu
un parcours en IME. Certains opuscules se présentent
comme des carnets presque vides. Une simple introduc-
tion, un court texte initié en atelier d’écriture puis des
pages blanches.
À vos plumes, à vous de jouer !
				 Pierre Deberdt
Pour aller plus loin dans la connaissance de cette
association, n'hésitez pas à contac-
ter :
marie.fonteneau85@gmail.com
06 28 50 73 66
Aid'itions Le chat Virgule
La Canquetière, Les Brouzils
34
Mo n t a i g u
Printemps du Livre
de Montaigu
32e
édition
Tout le monde l'attendait
Après deux ans de privations...
les auteurs, les lecteurs,
tous les mordus du livre
se sont retrouvés les 1er
, 2 et 3 avril 2022
pour un festival particulièrement réussi
35000 visiteurs sur les 3 jours, plus de 200 auteurs,
Clara Dupond-Monod, récente lauréate du Prix Femina
et du Goncourt des Lycéens pour son dernier roman
« S'adapter », était à la baguette comme présidente de la
manifestation.
La fête avait cette fois investi la totalité de la ville.
Le chapiteau des auteurs avait rejoint le pôle des ses ori-
gines : la place de l'Hôtel de ville. Des rencontres, des
performances, des spectacles, étaient donnés au théâtre
Thalie, à la médiathèque Calliopé et dans le parc Henri
Joyau. Le Prix Ouest a été donné à Jeanne Benameur
pour son roman « La patience des traces ».
La fête a été superbe
« J'aime beaucoup la Vendée, a déclaré Clara Du-
pond-Monod. Si on aime l'histoire, comme moi, on est
servi dans ce département. C'est une terre de combat,
une terre d'histoire, une terre de colère. »
Le joyeux combat continue.
La 33e
édition du Printemps du Livre est
programmée les 24, 25 et 26 mars pro-
chains.
Qu'on se le dise ! Rendez-vous est pris.
					 Yves Viollier
Prix Ouest Jeanne Benamur
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  • 1. 1 Société des Écrivains de Vendée amis de l’Historial de la Vendée n° 36 décembre 2022 décembre 2023 LireenVendée ÉchosMusées Des auteurs Des Tas de livres Des éditeurs, des pages et des pages pour quelques € et... découvrez les activités des Amis et du Musée de l’HISTORIAL de la Vendée
  • 2. 2 Émile Gabory Archiviste et historien, il aurait eu 150 ans... Émile Gabory est né et mort à Val- let, en 1954, à 82 ans ; et donc né en 1872, un 17 décembre. Il y a 150 ans. D’où ce clin d’œil dans nos co- lonnes ! Écrivain, historien, archiviste, poète, Émile Gabory fut aussi viticulteur. Il ne pouvait échapper au destin de son terroir natal, d’autant que ses parents étaient vignerons. Dans ce domaine, Émile fut même un expert. Le jeune Gabory viendra faire son service militaire, deux ans durant, à la Roche-sur-Yon, au 93e Régiment d’Infanterie. En 1899, il a 27 ans, il est grièvement blessé dans un accident ferroviaire, accident qui fera de nombreux morts près de la gare de Juvisy. L’indemnité due à cet accident lui permettra de visiter la Grèce, l’Égypte et la Palestine. Tandis que ses études menées à l’école nationale de Chartres lui permettront de décro- cher le titre d’archiviste-paléontologue. Archiviste, il le devient en 1905, pour le département de la Ven- dée ; puis, en 1911, pour le département de la Loire-Inférieure, jusqu’en 1937. Mais c’est durant ces six années dans les archives vendéennes qu’il prendra la mesure de ce que fut la guerre civile de 1793. Au point qu’il s’en fera l’historien. En raison de ses blessures ferroviaires, il sera réformé pour le conflit 14-18. A sa retraite, en 1937, il deviendra premier adjoint au maire de Vallet ; puis conseiller général en 1938, réélu à ce poste en 1945… Impartial entre Blancs et Bleus L’écrivain ? C’est en 1913 qu’il fait parler de lui, avec son « Napo- léon et la Vendée », ouvrage qui sera récompensé du Prix Thérouanne de l’Académie française, en 1914… Après la Première Guerre Mon- diale, en 1922, Gabory publie « Les Bourbons et la Vendée » ; puis « La Révolution et la Vendée », en 3 volumes (entre 1925 et 1928), une somme qui fait parler ! Si des critiques cataloguent l’auteur de contre-révolutionnaire, favo- rable aux Blancs, il n’est pourtant ni militant ni hagiographe. Il est sur- tout scrupuleux dans ses recherches, beaucoup plus que Crétineau-Joly ou Michelet, par exemple ! Il est suspecté dans les deux camps ! C’est dire son impartialité. Mieux : pour éclairer plus encore sur cette horrible guerre fratricide, il s’en va poursuivre ses recherches en Angleterre, enquête qui débouche- ra sur la sortie (en 2 volumes) de « L’Angleterre et la Vendée » (1930-31). Et qui établit que les Anglais ne furent pas de faux alliés comme souvent prétendus, tant à Granville qu’à Quiberon et l’île d’Yeu. On lui devra aussi « Vie et mort de Gilles de Raiz, dit à tort Barbe- Bleue » (1926) ; et une œuvre posthume sortie en 1963 : « Les grandes heures de La Vendée, les convulsions de l’Ouest ». À Nantes, une rue porte son nom. Philippe Gilbert Salons du livre en Vendée année 2023 Printemps du livre à Montaigu : 24, 25 et 26 mars Saint-Gervais : 22 et 23 avril Angles : en juin Moutiers les Mauxfaits : août Chaligny (Ste Pexine) : 23 et 24 septembre Le Poiré s/ Vie au Beignon Basset : 1er octobre Le Langon : 19 novembre Le salon de Jard a lieu tous les 2 ans dorénavant ; le prochain en 2024. Salon de Grasla (Les Brouzils) : idem, le prochain en 2024. Agenda 2023
  • 3. 3 C’était un matin de juin dernier. Nous étions là, avec un tout petit nombre de parents et d’amis, dans l’ancien cimetière de La Tranche-sur-Mer, pour accompagner Michel Dillange dans son dernier voyage. Jacques, Alain, Pierre et moi, pour lui dire, en silence, avec beaucoup de respect et d’admiration, l’au-revoir et l’hommage des Écrivains de Vendée. Jacques Bernard, qui était son ami, rappelle dans ces pages ce que fut l’homme, l’architecte en chef de l’État, le Conservateur du Palais Royal et de la Sainte Chapelle, l’érudit, l’écrivain. Et notre président pendant huit ans, de 2000 à 2008. Jean de Raigniac lui succéda, jusqu’en 2015. Nous savons tous son engagement pour le rayonnement de notre société et son investissement dans la réalisation de « Lire en Vendée ». Lorsqu’il a souhaité passer le flam- beau de la présidence, les membres du conseil d’adminis- tration ont pensé que c’était à moi de prendre la relève. Ont-ils bien fait ? À vrai dire, je n’en suis pas sûr… Ce dont, par contre, je suis sûr, c’est d’avoir eu du plaisir, et même du bonheur, à avoir été pendant près de sept ans, votre président. J’ai eu la grande satisfaction de voir nos rangs s’étoffer, d’accueillir les jeunes auteurs qui nous ont rejoints, et de vous retrouver souvent, lors de nos assemblées, de nos déjeuners d’été, des salons ven- déens et des rencontres littéraires. J’ai aimé ce compa- gnonnage animé, cette convivialité, ce climat de liberté et de partage et je vous remercie sincèrement de votre appui et de votre confiance. Nous sommes allés ensemble sur les « lieux » des grands au- teurs vendéens pour leur rendre hommage et nous ressourcer au contact de leur vie et de leurs œuvres. Louis Chaigne, Rabelais et Agrippa d’Aubigné, Clemen- ceau, Jean Yole, Jean Huguet et Joseph Rouillé, nos deux pères fondateurs, et Jean Rivière. Nous aurons prochainement l’occasion de nous souvenir, à Péault, du poète Pierre Menanteau. Chaque année, à l’Hôtel du Département, nous avons cou- ronné, avec le Prix des Écrivains de Vendée et celui des Écrivains de Vendée – Crédit Mutuel Océan, deux auteurs vendéens ou qui été inspirés par notre Départe- ment. Ce furent, à chaque fois, des beaux moments, parfois char- gés d’émotion, avec en particulier Pierre Mauger et Michel Adrien. La sélection pour les Prix 2022 se révèle de haute volée. Surtout, nous avons avec notre revue « Lire en Vendée – Échos Musées » présenté et com- menté chaque année plus de cent ouvrages, dans tous les domaines. L’Histoire – avec le CVRH – et la mer, toutes les deux si impor- tantes pour la Vendée, y occupent une place légitime. L’actualité lit- téraire, le cinéma, les souvenirs font aussi la diversité et l’intérêt de cette revue, séduisante et gra- tuite, que tant d’autres départe- ments nous envient. C’est à Alain Perrocheau, qui est, avec Yves Viollier, l’un des créateurs de la Société des Écri- vains de Vendée, qu’il revient maintenant de conduire sa des- tinée. Il saura le faire, et le faire bien, avec d’abord le soutien des membres du Conseil d’adminis- tration, et celui de tous nos adhé- rents. Alors, bon vent et bon cou- rage, Alain. Belle année littéraire à tous les auteurs vendéens, longue et belle vie à notre Société. Gilles Bély La Société des Écrivains de Vendée nouveau président : Alain Perrocheau L’amitié, le soutien et le partage
  • 4. 4 Hommage Michel Dillange Le 10 juin de cette année, Michel Dillange nous a quittés. Il a été inhumé le 23 juin au cimetière ancien de La Tranche sur Mer où un hommage civil lui a été rendu, en présence d'une délégation de la Société des Écrivains de Vendée dont il fut le Président apprécié de 2000 à 2007, succédant à Joseph Rouillé, président fondateur de la Société. Originaire de Luçon, il a mis, sa vie durant, sa pas- sion et son talent au service de la Vendée qu'il chéris- sait. Architecte libéral de profession, Michel Dillange fut nommé architecte des Bâtiments de France en 1987, puis architecte en chef urbaniste de l’État. Il a eu en charge la conservation d'édifices prestigieux comme la Sainte Chapelle et le Palais Royal. Docteur en His- toire de l'Art, ses qualités d'historien et d'écrivain lui ont valu nombre de titres de reconnaissance : Chevalier de l'Ordre du Mérite, Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres et lauréat de l'Académie Française. Homme de grande modestie, il ne faisait jamais état de ses titres et récompenses, si ce n'est de la plus chère à son coeur, le Prix des Écrivains de Vendée, dé- cerné pour son exceptionnel ouvrage sur l'Art Roman en Vendée. Michel Dillange était aussi membre du Souvenir Vendéen de Clemenceau et de la Société Française d'Archéologie. Il repose aujourd'hui en cette terre de Vendée qu'il a tant aimée. Jacques Bernard Repas d’été des Écrivains de Vendée. J. Bernard, M. Brossard , Y. Viollier, Michel Dillange, août 2012 , Photo Ch. David Bibliographie : Art roman en Vendée (1984), La Conciergerie (30 pages), La Sainte Chapelle (32 p.), Histoire de la Vendée monumentale (2012), L'Arc de Triomphe (32 p., 1983), Comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine (1995), Se souvenir de la Vendée (2007), avec Michel Gautier, Guillaume LX d'Aquitaine, le duc troubadour (2003), Vendée Romane (1976) Prix de l'Académie Française, Prix René Pétiet, La vie comme un poème, Le pêcheur et le poisson bleu et autres nouvelles (99 p., 2010), À propos du jeu de clés au Moyen-âge (1993) voir Bulletin LMonumental, tome 151, année1993
  • 5. 5 Le téléphone a sonné le matin de l'Ascension, le 26 mai. C'était son fils, Jean-Marc : « Papa est mort. » Il était fatigué, il lui avait dit, la veille au soir : « Tu passeras voir demain matin, si je me réveille. » Jean-Marc l'a trouvé dans son lit les lu- nettes sur le nez, le livre qu'il lisait à côté de lui. Il n'était plus là. Il était parti. Il avait pris soin, la veille encore, de Berna- dette son épouse. Il allait avoir 84 ans. Il ne bougeait plus beaucoup de sa maison de Marcillac. La tribu Michelet regagnait régulièrement le nid familial pour les vacances. Il m'avait téléphoné quelques jours avant, il m'avait dit qu'il était fatigué mais je n'ai pas été alerté. Notre conversation s'est terminée par l'habituel : « Salut, vieux frère ! » Le frère s'en est allé, l'auteur puissant des « Grives aux loups » et des « Palombes ne passeront plus ». Soudain, quand un ami s'en va, tous les jours de partage, les soirées de fête, les voyages qui vous ont soudé vous reviennent à la figure et vous mettent les larmes aux yeux. Nous avons perdu le chef de file de notre « École de Brive », celui qui présidait à sa manière à nos rassem- blements. Il était le fils du résistant et ministre du général de Gaulle, Edmond Michelet. Il avait choisi la terre, contrairement aux souhaits de sa famille. Et il a fait de son enga- gement une œuvre littéraire d'une formidable popularité. Il est le grand écrivain du monde paysan de la première moitié du XXe siècle. Tout sonne juste dans ses livres. Son langage dru et vrai parle à la France profonde et les lecteurs ne se sont pas trompés. La première fois que je l'ai vu en Vendée, je devais avoir vingt ans, je ne le connaissais pas, il était venu rencontrer les élèves du lycée agricole des Établières, il a dédicacé ses livres à la librairie Chagneau. J'ai appris après qu'il était parti à 19 heures en 2cv avec Bernadette et qu'ils sont rentrés dans la nuit à Brive. Leurs vaches les attendaient dans l'étable. Il est revenu souvent en Vendée quand nous sommes devenus amis et compagnons de l'Ecole de Brive. Il a répondu présent avec toute la joyeuse bande quand nous avons lancé Le Printemps du Livre. Il en a été l'un des pionniers. Il en a été ensuite le prési- dent. Il y était encore lors d'une des dernières manifestations avant le confinement. Il est venu au Livre au village du Puy du Fou. Et les lecteurs l'ont retrouvé deux fois au Refuge du Livre dans la forêt de Grasla. Il m'a dit qu'il se sentait bien en Vendée, que les Vendéens sont des gens qui savent vivre et recevoir. Il n'écrivait plus. Il disait qu'il ne faut pas écrire le livre de trop. Sa connaissance de la nature était encyclopédique. Il connaissait tous les oiseaux et les reconnaissait à leur chant. Nous avons passé des veillées d'été sous le ciel de Brive à nous orienter sur les chemins d'étoiles. Claude nous a quittés, mais nous avons ses livres. Quand j'ouvre l'un ou l'autre, c'est sa voix qui me parle, celle d'un homme de caractère et de conviction à la foi franiscaine, d'un écrivain dont l'oeuvre demeurera parce qu'elle dit la France d'avant mieux que n'importe qui, celle d'un ami qui me manque, qui va nous manquer à tous. Adieu, vieux frère. Yves Viollier L'ami Claude Michelet s'en est allé
  • 6. 6 Début octobre de l'année 2022 : l'association installée en Pays de Monts, Histoire-Arexpo, sous l'impulsion de son pré- sident Alain Jouanneau, a gâté la ville de Challans (capi- tale du pays Maraîchin) en produisant une belle animation, par la grâce de deux femmes natives d'ici, des plus admirables, deux femmes hors-normes : l'aviatrice Jacqueline Auriol et l'alpiniste Colette Le Bret. Titre annonce de cette manifestation culturelle : « Deux femmes au som- met ». Avec une pièce de théâtre représentant nos deux héroïnes nées au pays (jouée par la troupe du Quatuor Légendaire) ; et avec un film, « Voyage sans retour sur l’ascension du Cho-Oyo ». Deux représentations qui avaient lieu au Ciné-Triskell. Oui, Challans a été gâtée. L'occasion s'est faite belle pour revenir dans les colonnes de «Lire En Ven- dée» sur Jacqueline Auriol (1917-2000), qui fut également une écrivaine de talent (« Vivre et voler »). Une gloire internationale de l'aéronautique L'aviatrice Jacqueline Auriol était née dans le centre-ville de Challans, dans la menuiserie paternelle, désormais local d'une banque (C.M.O.), place Aristide-Briand : la menuiserie Douet, nom de jeune fille de la future bru du président de la république, de la future première pilote d'essai au monde, qui battit son premier record du monde en 1951, qui franchit le mur du son en 1953, qui s'écrasa deux fois. Jacqueline Douet y était née le 5 novembre 1917. La petite Jacqueline restera à Challans le temps de son école primaire, à l'école libre, recevra une éducation religieuse. C'est une fillette qui aime grimper tout en haut des arbres et faire voler des cerfs-volants sur la plage de Saint-Gilles. Puis elle continuera sa scolarité à Nantes, dans une pension de sœurs. Mariage d'amour en 1938 Edmond Douet, son père meurt en 1931, à l'âge de 44 ans. Sa mère, Suzanne Chevy, a alors 34 ans, Jacqueline 14 ans. Elle « monte » à Paris pour- suivre ses études à l'école du Louvre, car elle se destine à l'art, qui l'a toujours passionnée, notamment la peinture et la déco. Paris où elle se mariera, en 1938. Un mariage d'amour. Elle a 21 ans. Son mari, un élève de l'école des Sciences Politiques, est un dénommé Paul Auriol. Il est le fils de Vincent Au- riol, le militant socialiste qui est une figure emblématique du Front Populaire, qui n'est alors pas président de la république. Il le deviendra après la Deuxième Guerre Mondiale, de 1947 à 1954. Jac- queline, devenue la bru du président de la république, pourrait alors se conten- Jacqueline Auriol La Challandaise aimait« vivre et voler » ter de ce titre de gloire, vie égayée de mondanités, d'autant qu'elle a beaucoup d'élégance et de charme, faite comme un mannequin, est très remarquée à l’Élysée... Le « french charming », évoque la presse des potins mondains. « La femme la plus resplendissante du Tout-Paris », dit-on et écrit-on aussi, ce qui n'est pas sans attirer des jalousies, des calomnies aussi. Volonté hors du commun de Madame Moune Mais ce mode de vie n'était point le style de la Maraîchine. Elle va surtout révéler une volonté hors du commun. Elle l'a déjà dé- montrée dans la France occupée, pourchassée par les autorités de Vichy et la Gestapo, elle, son mari, ses deux enfants, errants comme des proscrits (Jacqueline sous le nom de « Madame Moune ») de planque en planque, à Arcachon, au Puy, Carmaux, Albi, Chama- lières ; alors que son beau-père était une des personnalités les plus recherchées par les occupants et leurs collaborateurs (il était un des 80 parlementaires à avoir dit « non » aux pleins pouvoirs à Pé- tain), avant de devenir un des pré- sidents les plus populaires de l'his- toire de France. Cette volonté hors du com- mun : voler. La native de Challans représente le « french-charming » à l’Elysée
  • 7. 7 On croit à un caprice de la bru. En 1948, elle passe son brevet de pilote d'avion. Elle découvre la voltige et effectue sa première démonstration en meeting en 1949, participe au raid Alger-Dakar. Puis c'est le drame, l'hydravion dans lequel elle a pris place comme passagère se crashe sur la Seine, près des Mu- reaux. Elle est défigurée. Dans cette France après-guerre qui vient juste de donner le droit de vote aux femmes, « que n'aurait-on pas dit si elle avait été aux manettes », dit la voix off du remarquable documentaire TV, Jacqueline Auriol, une femme à réaction(s), réalisé par Jean-Luc Dubonnet en 2016. « Miraculée », titre la presse, à propos de Jacqueline sauvée in extremis, avec plusieurs fractures du crâne, défigurée. Vingt-deux opérations chirurgicales seront nécessaires pour lui permettre de retrouver son sourire. Un long temps dans les hôpitaux français mais aussi américains où elle va démontrer son stoïcisme. La plus rapide du monde Ce coup du sort aurait dû abattre la Challandaise dans ses motivations de voler, il semble la motiver, la doper même. « Je m'étais juré que je transformerais ma passion en métier. L'aviation me devait bien cela », déclarait-elle dans une interview à Ouest-France en 1985. Elle potasse des traités d'aviation et de mathématiques, passe son brevet de pilote de transports publics en 1950, son brevet de pilote d'hélicoptère l'année suivante. L'aviation n'est désormais plus un loisir, d'autant qu'elle passe aussi ses brevets militaires. Et, en 1951, le 11 mai, elle devient la femme la plus rapide du monde, atteignant 818 km/h aux commandes d'un Vampire sur une boucle de 100 km. Elle bat son propre record en 1952, à bord d'un Mistral. En 1953, elle est, avec son éternelle rivale américaine Jackie Cochran (qui deviendra surtout son amie !), une des deux premières femmes au monde à franchir le mur du son (le premier homme en 1947). En 1954, elle reprend à son amie rivale le record du monde, le portant à 1151 km/h sur Mystère IVN. Cette même année 1954, elle est brevetée pilote d'essai. Elle est la première femme au monde à y parvenir. Elle intègre le Centre de Brétigny-sur-Orge, multiplie les records du monde, frôlera la mort à nouveau, teste les prestigieux Mistral 2, Mystère IV et Mystère 20 ? sera la première femme à voler sur le Concorde... Vivre et voler Celle qui vivait pour voler écrira ses mémoires («Vivre et voler»), une autobiographie à la plume alerte, au ton léger, distancié aussi, avec beaucoup d'humour, se souvenant d'ailleurs qu'elle prit son baptême de l'air à 16 ans « sans grand plaisir ». Ce livre lui valut le prix Agrippa-d'Aubi- gné, que lui remit son créateur Gilbert Prouteau dans les années soixante-dix. Elle ne reviendra jamais officiellement à Challans, passant incognito y voir des amis de temps à autre. Ironie du destin, alors qu'elle vivait en région nantaise, à Saint-Herblain, près d'un de ses fils propriétaire du manoir de la Paclais, elle disparut, en début d’année 2000, des séquelles d'un accident de voiture, à l'âge de 82 ans. Ses obsèques eurent lieu aux Invalides. Philippe Gilbert Elle démontrera une volonté hors du commun pour voler
  • 8. 8 L’Association Histoire-Arexcpo en Vendée, sous la présidence de Alain Jouanneau, en association avec la troupe théâtrale « Quatuor légendaire », vient de rendre hommage à deux célèbres femmes originaires de Chal- lans, l’alpiniste Colette Le Bret et l’aviatrice Jacqueline Auriol. Un spectacle écrit par Gilles Perraudeau, intitulé « Deux femmes au sommet » a été présenté récemment en avant-première au cinéma le Triskell, suivi d’une retrans- mission du film de 1959 réalisé par Micheline Rambaud « Voyage sans retour », un documentaire sur le drame vécu lors de l’ascension du Cho Oyou, dans l’Hima- laya. L’occasion de re- venir sur le numéro spécial hors-série de décembre 2020 réa- lisé par ladite Arex- cpo et de retracer le souvenir de cette femme exception- nelle que fut Colette Le Bret, qui aurait aujourd’hui 101 ans. Une femme bien dans son corps et son esprit Médecin, sportive et alpiniste accomplie Colette Le Bret était une femme de passions. Née à Challans le 5 avril 1920, dans une famille d’industriels, ce petit bout de femme très dynamique et sportive ob- tint son doctorat de médecine à l’université de Nantes. Elle excellait parallèlement dans les disciplines sportives telles que le tennis, l’équi- tation, l’alpinisme et le ski. C’est lors de ses débuts de carrière comme médecin attitré de l’école normale supérieure d’éducation phy- sique à Chatenay-Malabry qu’elle a accompagné tous les stages féminins de mon- tagne à Chamonix. Elle y rencontrera Claude Kogan, une alpiniste de renom, qui envisageait de constituer une équipe exclusivement féminine pour vaincre l’un des plus hauts sommets de l’Himalaya, à une époque où les hommes alpinistes préféraient voir les femmes en second de cordée. Elle n’imaginait certainement pas l’in- croyable et tragique aventure humaine qu’elle allait vivre. Des femmes sur le chemin su Népal L’équipe est constituée en 1957 de 12 femmes de na- tionalités différentes recrutées parmi les meilleures alpi- nistes, dont Colette Le Bret qui a la charge de médecin, « une fille épatante, fair-play et active » - je cite l’article de la revue. L’expédition est partie de Paris le 12 août 1959, accompagnée de 150 porteurs et 10 sherpas. Mi- cheline Rambaud est la cinéaste qui filmera toute l’équi- pée jusqu’au sommet de l’Himalaya, le mont Cho Oyu, à une altitude de 8153 mètres. Une première phase d’ascension de 24 jours est réa- lisée en pleine période de mousson et un camp de base établi le 15 septembre à une altitude de 5600 mètres. Une deuxième phase d’ascension tragique À ce stade, plusieurs femmes du groupe sont obli- gées de mettre fin à l’ascension pour des raisons de santé. Les autres continuent jusqu’à plus de 7000 mètres. Elles seront arrêtées par une avalanche qui viendra décimer les femmes en tête de l’équipe, entraînant notamment Claude Kogan et la belge Claudine van der Straten- Ponthoz. La challandaise Colette Le Bret fera preuve Colette Le Bret une femme sur les sommets de l’Himalaya en 1959
  • 9. 9 d’héroïsme et d’une grande résistance en grimpant à leur recherche, sans succès hélas. C’est elle qui assurera la descente du reste de l’équipée jusqu’au camp de base. Cet incident tragique fera d’elle, à cette époque, la femme ayant monté le plus haut dans l’Himalaya. Une vie de médecin et des honneurs Suite à cette épopée terminée de façon dramatique, Colette Le Bret retournera à Challans, dans sa ville na- tale où elle reprendra ses activités de médecin, notam- ment auprès des enfants et particulièrement de la crèche municipale. Colette Le Bret, source Ouest-France du 26 novembre 2017 article de Philippe Gilbert Le 19 mai 1965, le Général de Gaulle, alors prési- dent de la République fut reçu à Challans par le maire et conseiller général de l’époque, le docteur Jean Léveillé et demanda à rencontrer Colette Le Bret. Le 1er mars 1975, Colette Le Bret et Jacqueline Au- riol seront invitées à la première journée de la femme au Palais des Congrès à Paris en présence du Chef de l’État, Valéry Giscard d’Estaing, qui souhaitait honorer ces deux femmes d’exception. Une femme de caractère indépendante pour son époque Colette Le Bret était dotée d’un fort caractère et d’un esprit libre. Outre le fait qu’elle privilégia toujours sa carrière professionnelle et la transmission de ses pas- sions aux plus jeunes, elle ne pouvait s’enfermer dans une vie maritale traditionnelle. Désirant malgré tout un enfant, elle donnera naissance à sa fille, Caroline, en 1952, à savoir sept ans avant son expédition sur l’Himalaya. La petite, prise en charge par ses grands-parents et ses parrain et marraine, suivra l’équipée au travers des articles de la revue Paris-Match. Lorsque sa mère rentrera, elle constatera à quel point cette ascension tra- gique l’a affectée. Colette Le Bret n’est plus la même. Sa fille, qui lui donnait auparavant des petits noms affectueux, ne l’appellera plus que « ma mère ». Une fin tragique qui a marqué les Challandais La vie de Colette Le Bret finira tout aussi tragi- quement que l’ascension de 1959. Un de ses patients, un ancien bourrelier challandais qui vivait seul sur la commune de La Garnache et à qui elle rendait visite comme à son accoutumée pour lui apporter les soins nécessaires, tira sur elle plusieurs coups de fusil, pris d’un accès de folie alors qu’elle rédigeait son ordonnance. C’était le 19 juin 1984. Sa chapelle funéraire est visible au cimetière du caillou blanc à Challans. Le dispensaire de la commune porte son nom. Pour terminer… À noter que Micheline Rambaud, dernière survi- vante de cette cordée féminine qui avait donc filmé l’as- cension de l’Himalaya, a participé au cahier spécial de l’Arexcpo, après avoir été sollicitée par Alain Jouanneau. Le témoignage 60 ans plus tard de cette vieille dame si aventureuse est particulièrement émouvant. Je vous conseille vivement ce précieux numéro hors- série de l’Arexcpo. Vous pouvez le commander auprès de la maison de la presse de Challans ou directement auprès de l’association. On y trouve de fabuleux documents et témoignages confiés par Micheline Rambaud et Caroline Le Bret. Pour terminer sur une petite note d’humour, je vous décris cette illustration de Jean Brian parue dans les journaux de Grenoble pour annoncer la première expédition féminine de 1959 au Népal. On y voit le mari, pépère en chaussons dans son fauteuil qui lit le «Dauphiné libéré» pendant que son épouse, dans son dos, en tenue d’alpiniste, pantalon ¾, sac à dos et piolet à la main, lui crie : « Chéri, je vais faire une course ». Marie-France Bertaud
  • 10. 10 L’École de Rochefort est un mouvement poétique connu dans l'histoire de la littérature française du XXe siècle. Le groupe cherche une voie poétique nouvelle en des temps difficiles, une sorte de troisième voie entre l'exu- bérance surréaliste et les tentatives de la poésie nationale marquée politiquement par la collaboration, jouant aussi un rôle dans la "résistance" culturelle. . Jean Bouhier est en effet né à La Roche-sur-Yon en 1912, il y a cent dix ans. Après ses études dans cette ville, il part pour Nantes pour étudier la pharmacie, mais échoue dans sa tentative. Il aura pourtant le temps d'y rencontrer Michel Manoll et René-Guy Cadou et d'être le rédacteur en chef de la revue officielle des étudiants " La Bohème ". Il y publie ses premiers textes au début des années 30. Après un détour par la Sorbonne et la publication d'un premier recueil de poèmes intitulé " Hallucinations ", qui lui permet de croiser Jean Follain et Maurice Fombeure, il se marie avec une pharmacienne. Le couple reviendra installer une officine à Rochefort- sur-Loire. La guerre bouleverse tout Jean Bouhier est mobilisé dans le service santé à Bar- le-Duc, malade, puis réformé. Revenu dans le Maine-et- Loire, il accueille chez lui des anciennes connaissances des milieux littéraires ou artistiques ou leurs amis qui fuient Paris. C'est avec ce noyau qu'il lance le mouvement qui deviendra " L’École de Rochefort ", autour de René Guy Cadou, Michel Manoll déjà cités, mais aussi de Luc Bérimont, Gabriel Audisio, Marcel Béalu, Jean Follain et Jean Rousselot. Il n'hésite pas à rédiger une sorte de manifeste qui est publié en octobre 1941 " Position poétique de l'Ecole de Rochefort ". Il est aussi l'artisan de la publication des " Cahiers de l’École de Rochefort ", réceptionnant les manuscrits et corrigeant les épreuves des divers partici- pants. L’engagement politique En 1947, les Bouhier rentrent à Paris. C'est l'heure de l'engagement politique pour le poète, déjà auteur de plusieurs re- cueils. L'aura des communistes est telle à cette époque que Jean Bouhier s'inscrit au parti et travaille même auprès de Louis Aragon. Puis, le couple s'établit à Fay-aux- Loges dans le Loiret. Il est d'abord élu conseiller municipal de cette ville, puis en devient le maire en 1965, ce qui va réduire son activité d'auteur, d'animateur et de théoricien de la poésie, même si les années 50 et 60 ont vu la parution de cinq nou- veaux recueils, jusqu'à sa mort en 1999. En 1973, ayant cessé ses fonctions mu- nicipales à la suite de problèmes de santé, Jean Bouhier part pour la Côte d’Azur et s’installe à Six Fours les Plages. Il se consacre à l’écriture et à de nombreuses animations autour de la poésie, la sienne et celle des autres. Treize nouveaux recueils enrichissent son œuvre et donnent de l'ampleur à sa voix, tandis qu'une " Anthologie des Poètes de l’École de Rochefort " publiée en 1982 rappelle l'importance et la singularité de ce mouvement. Jean Bouhier meurt en 1999, laissant à sa ville natale la fierté d'avoir vu un de ses enfants prendre une part très active dans l'essor des mouvements poétiques du XXe siècle. Ses extraordinaires archives person- nelles et celles de l’École de Rochefort sont conservées à la Bibliothèque Universitaire d'Angers. Le livre que lui a consacré Chris- tine Chemali l'année même de son décès, " Jean Bouhier ou Croire à la vie ", affirme la qualité et la force de ce poète. Jean Bouhier et l’École de Rochefort On ignore le plus souvent qu’un Vendéen est aux origines du mouvement et en deviendra la cheville ouvrière
  • 11. 11 Bouhier avait commencé son œuvre par une voix lyrique toute de sincérité, marquée par l'amour et la jeunesse, avec des tonalités impressionnistes. L'humanisme social, dont il entendit avec douceur les sirènes au temps du Front Populaire, le menèrent, aux années troublées de la guerre, vers un retour à la vie et à l'humain. Il cherche alors à résoudre l'énigme du monde, à dire le quotidien et comprendre la réalité, mais aussi à énoncer le dessein de l'égalité, dans un humanisme qui, finalement, préfère le cœur à l'intelligence, toutes préoccupations qu'intègre l’École de Rochefort. Comme il le dit lui-même, "le poète est un homme qui cherche à se résoudre, la vie est un problème, le vers en est l'équation, le mot l'inconnue : le poète conclut ou tente de le faire, le poème à vrai dire ne conclut rien". Sa bonne vingtaine de recueils publiés le prouvent, il aime avant tout les mots, les tourner et les retourner pour mesurer leur polysémie, jouer avec eux de la cohérence et de la pureté du langage. C'est avec eux qu'il forge ses rythmes. Transcrivant la parole, ses sons et ses intonations, Bouhier aime la profusion des accumulations autant que la fluidité d'une expression maîtrisée, moulée dans une formulation personnelle qui demeure toujours sou- mise et chantournée comme un fer forgé. La lèvre palpe le mot Avant son départ à l'oreille La phrase s'invente Quand s'unissent les griffures Sur la page Des signes perdent leur transparence Et débusquent le regard Au moment de la rencontre. La voix de Jean Bouhier fut une belle voix, qui se tut malheureusement juste à l'orée du XXIe siècle, en point d'orgue d'un mouvement qu'elle a toujours joliment interprété de sa tessiture si chaleureuse et si humaniste. Les excellents entretiens de Jean Bouhier avec Jean- Luc Pouliquen furent publié par Dé bleu de Louis Dubost en 2000, peu après sa mort. Alain Perrocheau Bouhier, Manoll et Cadu Un retour à la vie et à l’humain
  • 12. 12 Poète, historien, mémorialiste, mais aussi polémiste de premier plan. Son œuvre fut riche et pleine et a gardé quelque rapport avec la Vendée puisque son livre principal "Les Tragiques" fut imprimé dans les caves de son logis à Fort Doignon, commune de Maillé. Orphelin de mère, il fut élevé par son père dans les idées réformistes et l'intransigeance. Il atteignit une belle érudition, apprenant les langues latine, grecque et hébraïque dès l’âge de six ans, puis perfectionna ses études à Paris, tra- vaillant notamment les mathématiques, l'histoire et la théologie, avant de partir à treize ans à Genève auprès du grand théologien protestant Théodore de Bèze. Ayant promis à son père, qui mourut peu après le début des Guerres de Religion, de venger l’honneur de ces amis calvinistes, il entra en guerre, participant aux batailles de Jarnac et de Moncontour, échappa de peu au massacre de la Saint- Barthélémy. Il servit avec zèle son ami Henri de Navarre dont il fut l'écuyer et l'ami, avec lequel il combattit en Gascogne, dans le Midi, l'ouest et le nord de la France. À la mort du roi Henri III, le roi de Navarre devenu Henri IV, les guerres redoublèrent d'intensité contre la Ligue qui voulait à tout pris un roi catholique. Agrippa d'Aubigné participa aux combats en Nor- mandie puis au siège de Paris. Mais, indigné du projet du roi de se convertir à la religion catholique, il s'éloigna de son ancien ami et se retira à Maillezais, dont il avait été nommé gouverneur en 1589, habitant plus précisément Fort Doignon, sur la commune de Maillé. Il s'y recentra sur ses activités littéraires la poésie avait toujours trouvé une place dans les errances de ses campagnes militaires, tout en restant attentif à la politique du roi Henri IV. Celui-ci mort en 1610, d'Aubigné lutta pour défendre la religion réformée et les acquis de l’Édit de Nantes mais, menacé, il dut se retirer à Saint-Jean d'Angély, à une époque où le nouveau roi Louis XIII et son ministre Richelieu étaient prêts à tout pour assujettir définitivement les Protestants de France. En 1620, Agrippa d'Aubigné se réfugiait à Genève, où, ne possédant plus rien, il était hébergé par la ville. Il y mourut en 1630. Théodore Agrippa d’Aubigné Poète et historien Il y a trois cent-soixante-dix ans naissait à Pons Agrippa d’Aubigné. L’écrivain a laissé trace dans la littérature nationale après une vie d’action et de réflexion
  • 13. 13 Son œuvre, abondante et de grande ampleur dans tous les domaines ou presque, fut ensuite oubliée à l'époque classique, et il fallut attendre les romantiques, Sainte-Beuve et Victor Hugo pour qu'elle fût remise à l'honneur. Ses livres en prose ont vocation de témoignage et vé- hiculent les idées d'Agrippa d'Aubigné autant que celles des Réformés aux époques difficiles. La plus importante est sans conteste son "Histoire universelle", publiée en plusieurs parties en 1616. Elle suit les événements qui secouent le royaume de 1553 à la mort d'Henri IV et offre le vécu des Huguenots et leur point de vue sur les conflits. "Les aventures du baron de Fæneste" et la "Confes- sion catholique du Sieur Sancy" sont des récits satiriques et par- fois picaresques sur les mœurs de l'époque, particulièrement celles des petits seigneurs catholiques qui n'hésitent pas à changer de religion selon les courants du temps. La dimension religieuse est aussi bien représentée avec les "Méditations sur les psaumes", "Le caducée ou l'ange de paix" et "l'Hercule chrétien". Mais c'est surtout par la poésie que l'on connaît Agrippa d'Aubigné Pas sa poésie religieuse inspirée par la Bible, dans laquelle il n'hésite jamais à donner en exemple son sen- timent religieux, comme pour guider les fidèles de la Ré- forme. Pas sa poésie lyrique qui épanche mille frissons, de ferveur et de frustration emmêlées, dans les poèmes d'amour du recueil intitulé "Le printemps". Mais bien dans sa grande œuvre intitulée : " Les Tragiques ". Œuvre protée de près de onze mille vers, multi tons et multi ambitions, qui assemble mille tableaux plus tranchants les uns que les autres, qui ont pour toile de fond les Guerres de Religion. C'est un livre de colère et de hargne, aux lignes par- courues par de grandes flambées d'invectives qui se gon- flent en amples hyperboles. d'Aubigné y déploie la fougue de son ca- ractère impétueux et son énergie grandiose de visionnaire. Il montre du doigt et il pourfend, dans une satire d'une âpreté sans mesure où les rages partisanes se déroulent en imprécations qui maudissent. La thématique du corps blessé, torturé, réduit à la putréfaction, allant jusqu'au macabre, revient fréquemment dans ces vers de désolation et d'emportement. Et couchés dans le feu, ou de graisses flambantes Les corps nus tenaillés, ou les plaintes pressantes De leurs enfants pendus par les pieds, arrachés Du sein qu’ils empoignaient, des tétins asséchés Le poète multiplie invocations lyriques ou élégiaques, allégories assorties d'une satire ru- gueuse, explications théologiques, et récits anec- dotiques qui nourrissent une épopée à multiples facettes, une sorte de "légende du siècle". Avec d'Aubigné, nous sommes entrés dans le Baroque. Le Ba- roque de la couleur et de la démesure, de la puissance et de l'emphase, dont le courant artistique a déjà inondé l'Europe et commence à déferler sur la France. Sa per- sonnalité intransigeante et son œuvre flamboyante sont à redécouvrir. Alain Perrocheau
  • 14. 14 Louis Ferdinand Céline Inédit ! Cela arrive fréquemment. « Un peu trop peut-être » affirment certains critiques ou comploteurs : ...Le fait de retrouver régulièrement des enregistrements de chanteurs, des tableaux de maîtres, ou des manuscrits d'auteurs, que l'on croyait disparus ou que l'on découvre « post-mortem ». Ne jouons pas les « rabat-joies » et soyons heureux que l'on ait retrouvé des manuscrits de Céline, auteur honni ou adoré, selon les uns ou les autres. Sous le titre de « Guerre » l'éditeur Gallimard, qui a du réflexe, a mis en forme une liasse de deux cent cinquante feuillets, pour offrir au lecteur un roman inédit et inconnu de l'auteur du « Voyage au bout de la nuit » L'action se passe durant la « Grande Guerre » dans l'abattoir international » comme l'appelle Céline. Le roman d'un soldat blessé au Front, hospitalisé, avant d'être transféré à Londres en Angleterre. Le soldat ressemble comme deux gouttes d'eau à l'auteur, qui aura l'occasion, tout hospitalisé qu'il est, de bénéficier des attentions d'une infirmière. Ce livre tient à la fois du récit ou du roman comme souvent avec l'auteur de « Mort à crédit » ou de « Guignol's Band », Bras explosé par les balles, crâne défoncé, le soldat « héros » du livre Guerre (celle de 14-18) souffrira atrocement, avant d'être secouru par un officier anglais qui le transportera d'urgence à l’hôpital du côté de Hazebrouck. Entre actualité et imagination, cet ouvrage à suscité on s'en serait douté, des observations. Des esprits avisés pensent que ce roman, est en -quelque sorte- un additif ou un complément du « Voyage au bout de la nuit ». Une chose est sûre cependant : Le manuscrit retrouvé de « Guerre » a été écrit (daté par l'au- teur) après « le Voyage ». Il s'agit donc bien d'un autre livre de Céline. Un livre inédit, où l'auteur insiste sur l'horreur de la guerre et de la mort. Avec son style qui fait, comme il l'affirme et le recom- mande, à la manière d'une ordonnance (il était médecin)... « ...travailler l'imagination... » Selon lui, tout le monde peut en faire autant… « il suffit de fermer les yeux… c'est de l'autre côté de la vie... » Joël Bonnemaison Louis Ferdinand Céline Guerre Gallimard, 185 p., 19 €
  • 15. 15 Antoine Blondin Antoine a cent ans !!! Bon anniversaire Antoine ! Cent ans, ça compte dans une vie ! Antoine Blondin est né en 1922 ! 22 « Voilà les flics » avait-il l'habitude de lancer… (Comme le lançaient les célèbres « Pieds Nickelés ») au sortir des bistrots de St Germain des prés. Au demeurant, sur ses vieux jours, Antoine ressem- blait à Ribouldingue, l'un des trois « Pieds Nickelés » justement. Avec sa barbe, sa casquette. Reporter, chroni- queur, au journal L’Équipe pour suivre le Tour de France cycliste. Ses « papiers » font encore référence. On citera l'article sur Louison Bobet. Un portrait de légende. Cent ans ! Monsieur Jadis est de retour ! Mais la bienséance, la « Boboserie » à la mode, n'en n'a cure. Blondin n'est pas leur tasse de thé. Normal, il avait du talent… peu compatible avec la tendance du moment. Comme l'on s'efforce d'être à peu près bien élevé, on ne citera personne … Écrivain à « l'humeur vagabonde », il avait l'amitié chevillée au corps. Ami sincère et véritable, on sait qu'il avait consacré un livre « Monsieur Jadis » à la mémoire de son ami Nimier. Avec ses copains, « Les Enfants du Bon Dieu » il a réé- crit le passé de la Nation, à sa façon… pas triste, comme il se doit. Disparu en 1991, alors que les copains le suppliaient d'attendre son centenaire (2022) de manière à arroser dignement l'événement de façon solennelle, il a préféré « mourir de son vivant » pour reprendre une de ses cita- tions -maison- favorites. Saint Germain des Prés se souvient de l’écrivain qui avait toujours soif, et qui commandait deux consomma- tions- en général deux Ricards- en même temps, (et non pas l'un après l'autre) avant de renouveler la commande au serveur d'un tonitruant : »Remettez-nous çà ! » Malgré ses cent ans,Antoine est toujours là, présent dans la tête de quelques amis encore vivants, et surtout présent dans le cœur de ses fidèles lecteurs. Mais nous savons bien qu'il « n'y a pas plus présent que le passé »… Monsieur « Jadis est de retour » ! C'est le titre du bouquin d'Yvan Audouard (à ne pas confondre avec Michel Audiard) toujours un peu aigri celui là, mais qui aimait bien Antoine. Pour ses cent ans, on aurait pu lui donner le Gon- court à Antoine, qu'il avait raté de peu. Il obtint tout de même un lot de consolation : le prix Interallié, pour « Un Singe en hiver » . Son ouvrage « L'Humeur vagabonde », candidat au Goncourt, n'avait pas convaincu les Biens Pensants, ni les « propriétaires » de la Culture de l’intelli- gentsia parisienne . Çà n'aura pas empêché , quoiqu'il en soit, Antoine de « remettre çà » ! Cent ans ! Et toujours là. Et pourquoi les morts ne vivraient-ils pas ? » « Les vivants meurent bien « C'est du Blondin pur. Ses confrères en littérature -en tout cas les bons- ap- préciaient sa finesse et encore plus sa culture. Sa modes- tie aussi, en privé… où il parlait de tout, et de tous les sujets, sauf …. de littérature.. Il avait vingt six ans, quand son père s'était suicidé … Il disait « Au ciel il ne manque plus que moi » Main- tenant qu'il y vit on espère qu'il a épanché sa soif ! Lui qui clamait dans tous les zincs de Montparnasse, avoir une soif « de toute éternité »… J. Bonnemaison (deux livres d'Antoine Blondin sont réédités à ce jour : « Ma vie entre des lignes » « Un Singe en hiver » aux Éditions de la Table Ronde
  • 16. 16 Les Oiseaux Voyageurs Librairie à Saint-Gilles-Croix-de-Vie Marie Brelet et Matthieu Guilloton, les deux Oiseaux Voyageurs associés, ont osé poser leurs rayonnages à deux pas du pont de Saint- Gilles en décembre 2019. Ils en avaient envie, estimaient qu'une librairie indépendante manquait à la commune, alors ils se sont lancés. Un local bien pla- cé qui se libère, un peu de financement participatif, un prêt d'une « CIGALE » pour soutenir le projet, une banque qui fait confiance, beaucoup de courage et d'huile de coude, et les voilà disponibles pour les clients. On imagine sans peine les bâtons dans les roues liés au Covid quelques mois après l'ouverture. Pourtant, trois ans après, ils sont toujours là et bien présents. La librairie se veut généraliste : romans, BD, mangas, voyages, littérature liée à la mer. (De la porte, on voit l'estuaire de la Vie). Les deux compères mettent aussi en avant des thèmes d'actualité : féminisme, avortement, Ukraine, écologie... Les amateurs pourront feuilleter des Vinyles ou des cartes postales originales. Ce que vous ne trouvez pas, ils vous le commanderont, ce n'est pas plus dif- ficile que ça. N'hésitez pas à franchir le seuil et à flâ- ner parmi les présentoirs. L'ambiance est chaleureuse, accueillante. Les conseils sont avisés, pertinents. Peut-être croiserez-vous un auteur en dédicace qui vous attend, derrière sa petite table, le stylo à la main, installé devant la boutique quand le temps le permet. Au préalable, vous pouvez vous rendre sur Instagram ou sur Facebook pour élargir votre information et, pourquoi pas, contacter directement la librairie. Pierre Deberdt 07 67 20 28 30 librairielesoiseauxvoyageurs@gmail.com 2 rue Gautté, 85800 Saint-Gilles-Croix-de-Vie Les libraires sont un acteur indispensable de la chaîne du livre et on ne peut que se réjouir de l’éclosion ces der- nières années de nombreuses boutiques indépendantes. Une preuve, parmi tant d’autres, que les lecteurs sont de- mandeurs de conseils personnalisés. On pousse la porte du libraire de la même manière que l’on pénètre dans une épicerie fine ou chez un ca- viste. L’odeur des livres y est aussi exaltante que les ef- fluves d’une épice rare ou d’un grand cru. Et justement, ce que l’on attend du libraire c’est qu’il nous vante avec enthousiasme cette petite pépite, ce grand cru littéraire connu ou méconnu qu’il a déjà lu et qu’il sait corres- pondre à nos goûts. Zoom sur l’ALIP Association des Librairies Indépendantes en Pays de la Loire
  • 17. 17 Qu’est-ce que l’ALIP ? C’est en avril 2012 que l’ALIP a vu le jour, aboutisse- ment d’un projet développé par et pour les libraires de la région. Elle est née de la volonté d’un certain nombre de libraires d’échanger sur leurs pratiques professionnelles, d’organiser des actions communes et de mener une réflexion collective sur leur métier. A ce jour, environ 70 librairies indépendantes, généralistes ou spécialisées, sont regroupées dans les cinq départements de la région Pays de la Loire. Un accueil de qualité avec des conseils personnalisés et un soutien à la création éditoriale Aidée par la DRAC et la Région des Pays de la Loire, l’ALIP soutient et promeut l’action des librairies indé- pendantes dans le souci d’un maillage territorial et avec une éthique commune : un accueil de qualité avec des conseils personnalisés et un soutien à la création édito- riale. Des acteurs locaux Un site de proximité pour les lecteurs Depuis novembre 2016, un portail régional, site internet de géolocalisation et de réservation, est mis à disposition du lecteur. Un outil formidable, pour les lec- teurs mais aussi pour les auteurs régionaux qui ont ainsi une plus grande visibilité. Le principe : chaque lecteur peut réserver ou commander le livre de son choix dans la librairie la plus proche. De plus, L’ALIP met à disposition du grand public des supports de communication (marque-pages, sacs tis- sus, etc) pour faire connaître les engagements de la librai- rie indépendante. L’ALIP est aussi un relais représentatif auprès des instances régionales, nationales et syndicales. Elle contribue ainsi au renforcement de la lisibilité de la librairie indépendante. L’ALIP participe également à la dynamique interprofessionnelle du territoire en colla- borant étroitement avec Mobilis, la structure régionale pour le livre et avec le Coll.LIBRIS, collectif d’éditeurs en Pays de la Loire. Du raisin et des bouquins Cette opération est née il y a quatre ans, à l’initiative de l’ALIP. Cette année, elle s’est déroulée du 13 au 27 oc- tobre. Le principe est d’associer la dégustation des grands crus de la rentrée littéraire avec les vins. Un programme réjouissant. C’est donc en partenariat avec des cavistes ou restaurants que chaque libraire organise sa propre mani- festation, en invitant éventuellement des auteurs. Je suis allée à la soirée organisée par Clémentine Bar- ranger, gérante de la librairie « Au chat lent » à Chal- lans, également vice-présidente de l’ALIP. Cela se passait chez son voisin, le restaurant Caillebotte tenu par le chef Sylvain Bourmaud. Une vingtaine de personnes s’étaient inscrites. La soirée fut gouleyante, les mots et les vins ont été savourés avec le même plaisir autour d’une sélection de quatre ouvrages, faite par Clémentine et sa stagiaire Leslie, et des accords mets et vins concoctés par le chef et son sommelier en adéquation avec la thématique de chaque livre. Je plébiscite ce genre d’initiatives qui montre tout le dynamisme de nos libraires et de l’ALIP et vous invite à consulter le site internet de l’association : www.librairies-alip.fr afin de découvrir ses actualités et la liste des libraires vendéens adhérents. Marie-France Bertaud Soirée « du raisin et des bouquins » à la librairie Au Chat Lent. Clémentine Barranger et Leslie présentent leurs quatre ouvrages sélectionnés.
  • 18. 18 Arnaud Guichard couverture Théo Leconte L’Île des oubliées Les Chantuseries, 304p. 22 € - Bonjour, Jean, regarde, c’est mon tout dernier ; il sort de l’imprimerie, L’imprimerie Jauffrit, au Poiré. Ici, tout est fait maison, cou- su main : à vrai dire vendéen et cahiers cousus. Les connaisseurs apprécient. La couverture ? Un jeune, Théo Leconte. Il veut me présenter un livre pour enfants ; ce n’est pas ma ligne édi- toriale mais je le reçois, j’adore rencontrer les gens, c’est toujours enrichissant. Son livre est joliment illustré : - Superbes, ces dessins ! - C’est moi qui les fait... Théo Leconte fera dorénavant mes couvertures, cette belle île, la mer, le phare, c’est lui ! - Et l’auteur ? - Un employé de l’imprimerie ! Je le connaissais bien. Il me montre son manuscrit, je décide de l’éditer : tu me diras ce que tu en penses. - J’ai le rythme, en ce moment, avec la revue et le Prix, un par jour ! Je le rajoute à la pile ! Mais, toi, écrire, éditer, le ver était dans le fruit, les journalistes ont cela dans le sang ! Un livre de poésies, en 72, chez Geste - Je ne sais pas, j’avais déjà publié un livre de poé- sies, en 72, chez Geste. À Presse-Océan j’avais l’actualité littéraire, département que ne me disputaient nullement mes confrères ; mais c’est peut-être comme cela qu’a commencé mon intérêt pour les auteurs ! En 2009, je suis invité à la bibliothèque du Poiré. On me demande d’y créer un atelier d’écriture. Je refuse, ce n’est pas mon truc ! Mais six mois plus tard, je l’anime cet atelier ! Trois années passent, 14 de mes « élèves » ont écrit un roman policier : « Pourquoi rue des Écus ? » Je suis devenu éditeur ! J’apprends, je fais la tournée des libraires. Très important, les libraires ! Aux Sables, un libraire fait un concours de nouvelles avec le livre de Christian Berjon : « le 11 à 11 heures, rue droite» : ses ventes explosent ! Je rencontre Pierre Deberdt, « Code Stéphane » sera ma deuxième publication... - C’est parti ! - Oui ! Cinq livres par an ! Je me suis calmé, mainte- nant, c’est trois, mais il faut garder le rythme ! - Tu as le flair pour dénicher les bons auteurs : Les Chantueries décrochent de nombreux Prix littéraires, en Vendée et le Club littéraire national du Lyon’s Club ! - Je recevais 300 manuscrits par an, j’ai publié 49 livres pour vingt-sept auteurs. Mes auteurs, tu les connais ! Je les emmène avec moi dans les salons. Tu as même acheté leurs livres ! - Je n’ai jamais regretté ! À chaque fois, je recherche ce qui t’a plu chez ce nouvel auteur. On le dit, chacun a sa ligne, son style, sa marque. Être curieux, innover - En fait, ce que j’apprécie le plus, c’est ma liberté, j’aime, je choisis, je publie. Au journal, on s’interdisait certains sujets : « Il ne faut pas ! Tu comprends ! ». Non ! je ne comprenais pas, Il faut être curieux, innover ; j’avais une rubrique : « L’été des écrivains » ; J’y ai invité de nombreux auteurs, dont Yves Viollier. Être curieux, voir du monde. - Et là, éditeur, tu n’arrêtes pas ! - Voir, lire, corriger, éditer, voir la presse, courir les libraires. Je suis tout seul avec ma femme, pas de comité de lecture, pas de correcteur... - Quelle pression, mais cela fonctionne. - C’est mon univers ; pourtant j’ai bien d’autres lubies : j’aime l’Art, j’aurais aimé peindre, faire de la musique, j’avais aussi pensé deve- nir Conservateur de Musée... Toi, tu traques les auteurs et les lecteurs - C’est ton côté collectionneur. Je vois toutes tes petites voitures... - J’en avais près de 4 000 ! - Tu collectionnes aussi les Ducrot ! - Roger ? Une autre rencontre ! Regarde, il a peint ma petite famille, et même le petit chat ! - Et sinon, d’autres passions ? - La voile ! J’ai eu trois bateaux, un croiseur côtier, « Le dernier des Mohicans »
  • 19. 19 Bertrand Illegems éditeur au Poiré sur Vie « Les Chantuseries » un dériveur... - Et ta Facel Véga ! - Ma première voiture, il y a cinquante ans, je l’ai toujours... - Finalement, tu es un Conservateur de musée, à ta manière, et avec ta Facel Vega, tu me fais penser au Commissaire Laurence dans « Les petits meurtres d’Agatha Christie », à la télévision le dimanche soir. Toi, tu traques les auteurs et les lecteurs, un succès à chaque épisode ! Finalement, c’est un style éditeur. André Hubert Hérault a une « Pagode », Joël Bonnemaison une Jaguar, Bonne ambiance aux Chantuseries ! Accueil décontracté, vue sur rue Souvenirs, souvenirs Roger Ducrot n’a pas oublié le petit chat ! j’aime bien les belles voitures... Il y encore de bons journalistes... - Peut-être, mais ce que j’aime surtout, c’est la curio- sité, la rencontre avec de nouveaux horizons. J’ai publié un auteur de Narbonne sur un sujet qui n’avait rien de « Vendéen ». l’auteur, Ingo Grünewald, m’a sélectionné les bons libraires, dans toute la France. J’ai fais ma tour- née. À Sète, j’ai réussi à voir la rédactrice du « Midi Libre » ! Le lendemain, j’avais un grand article pleine page. Le culot, cela peut payer, il y encore de bons journalistes... - Et de bons auteurs qui ont des bons éditeurs... - Et aussi des lecteurs ! La Facel Véga au salon de Maulévrier avec André Hubert Hérault!
  • 20. 20 Laurence Pain couverture Théo Leconte Seulement deux mots de français « Tour Eiffel » , Renaissance d’un en- fant du Bangladesh en Vendée Les Chantuseries, 384 p. 18 € Inspirée de faits réels, l’auteure se met dans les pas d’un adolescent du Bangladesh, dont les parents ont été assassinés dans des mafias. Son périple le conduit jusqu’aux Moutiers-les-Mauxfaits (Vendée), grâce à l’action de l’OFPRA à Paris. Laurence Pain, alors ensei- gnante de français au collège des Moutiers-les-Mauxfaits, a vu arriver ce jeune dans sa classe. Elle a été le témoin de l’élan de solidarité qui s’est formé autour de lui, avec élèves et enseignants. Rien n’aurait été possible sans la volonté de ce jeune, sa soif d’apprendre. On suit toutes les étapes de son intégration. Un récit chaleureux, hu- main, qui fait du bien dans le contexte actuel. B.I. Liste des 27 auteurs des éditions Les Chantuseries dans l’ordre de l’édition des livres Pierre Deberdt Jacky Sabiron Philippe Ecalle Ingo Grünewald Adrien Babarit Nicolas Richard Peter Robert Scott Philippe Roirand Joseph Briand Michel Dillange Frédérique Jaumouillé Régine Albert Laurence Pain Christian Berjon Alain-Pierre Daguin Louis Gouraud Ambroise Gasnet Jean-Marcel Boudard Jean-René Guicheteau Hélène Nouzille Emmanuel Nicoleau Valentin Recoquillon Jean-François Dietrich Jean Defaye Marie Moreau Arnaud Guichard Bertrand Illegems - Oui, mais là, j’ai peur que cela faiblisse un peu. On s’adaptera. De toutes façons je ne gagne pas d’argent... - Tu es riche de tes rencontres et de tout ce pe- tit monde qui gravite avec bonheur autour des « Chantuseries » ! - Ah ! J’oublais ! Un auteur rencontré dans un salon a réalisé un petit film sur moi : il l’a intitulé « Le dernier des Mohicans » ! - J’oubliais aussi tes salons littéraires, aux Chantuseries. J’y ai retrouvé de nombreux auteurs vendéens et l’ambiance des « Gueux » au salon de Montaigu ! - Oui ! Tout un petit monde où je suis heureux de trouver ma place, un « maillon » dans la vie vendéenne ! Deux jours plus tard J’ai lu ton livre, « L’île des oubliées ». Au début, je me suis demandé si j’allais supporter longtemps toutes ces chipies et leurs disputes de pensionnat. Mais je me suis très vite laissé entraîner, probablement comme toi, par une intrigue et une atmosphère captivante. J’espère que ce nouvel auteur aura du succès et que sa veine ne se tarira pas. J’ai aussi reçu la liste de tes auteurs, de bonnes plumes. évidemment triées sur le volet ! Dédicaces à la librairie Agora, Jacques Auxiette est là ! Michel Dillange et le préfet Jacques Brot, à Montaigu, stand des Chantuseries
  • 21. 21 Bertrand Illegems couverture Théo Leconte La Commère - Nouvelles et théâtre Les Chantuseries, 164 p. 18 € La couverture suggère l’idée de voyage au long-cours. C’est le cas. Tout d’abord au fil de sept nou- velles, plus originales les unes que les autres. La première nouvelle donne son nom au titre du livre. Une nouvelle où le lecteur largue les amarres pour un voyage, entre poésie et pure fantaisie. Un fil rouge conduit le lecteur d’un regard à un autre. Il faut se laisser embarquer par cette foison d’images. Puis suivent trois nouvelles sur le thème de l’amour, et trois nouvelles sur le thème de la spiritualité. Là aussi, le voyage littéraire est passionnant. Le livre se termine par un long dialogue de théâtre, à deux personnages, A et B, dans l’esprit des Diablogues de Roland Dubillard. Pétillant de drôlerie, d’humour, d’invention avec par une belle émotion musicale à la fin. B.I. Peter Robert Scott Dessin de couverture de l’auteur Le quatrième mariage de Madame Couvrefeu Les Chantuseries, 244 p. 20 € Les lecteurs qui connaissent bien l’écriture de Peter Robert Scott vont se régaler, avec ce nou- veau roman de l’auteur anglo- français-vendéen. Peter possède l’art d’associer humour et regard plein de tendresse et d’acuité sur ses personnages et l’humanité. Ce mélange divertissant immerge le lecteur dans un petit coin de la Venise Verte, où vivent des veufs. Tandis qu’un peu plus loin vivent exclusivement des veuves. On devine que les rencontres ne manqueront pas de sel. D’autant plus que l’ombre de François Rabelais veille ! François Rabelais qui a été moine en l’abbaye voisine de Maillezais. Tous les ingrédients sont réunis pour vivre des aventures drôles et émouvantes. Bertrand Illegems Bertrand Illegems Le voyage d’Alice Les Chantuseries, 82 p. 15 € J’ai lu aussi ton « testament », « Le Voyage d’Alice ». entre rêve et réa- lité, toujours cette faculté d’imaginer sans limite, de croire, de s’ouvrir sur un monde plus vaste, plus ouvert, même si c’est un peu illusoire. Sou- venirs d’enfance, joie des rencontres. Décidément, Alice a toujours ses adeptes ! JR Et ton château-fort ! Celui de ton enfance, toujours dans tes vi- trines ! Roger Dubost aux Chantuseries, Madame Illegems aux fourneaux et en représentation avec les auteurs A Chantonnay, le 8 octobre, avec Peter Robert Scott
  • 22. 22 - Belleville ! Que c’est à Mé- nilmontant... - Bravo ! Parigot ! Belleville, c’est aussi en Vendée... - Non, maintenant c’est Bel- levigny. - C’est vrai ! On a rayé de la carte le nom d’une des familles les plus puissantes du Bas Poitou, celui de notre première femme corsaire... - Femme corsaire ? Pirate, c’est quoi cette histoire ? - C’était au XIVe siècle... - Cela date un peu ! - Oui, une belle histoire quand même ; elle a inspiré bien des romans. Surtout depuis quelques années. La mode est au roman historique et même la té- lévision avec « Des Racines et des Ailes » consacre de nombreuses émissions à l’Histoire... - Oui, comme avec Richard Coeur de lion... - Ou Jeanne de Belleville, qui descend aussi des ducs d’Aqui- taine. Stéphane Bern est venu à l’Île d’Yeu y signer un « Secrets d’His- toire ». - Dommage ! Je ne l’ai pas vu et la vidéo n’est pas disponible... - Ce n’est pas par hasard, cette émission ! Tu l’as dit : Jeanne de Belleville est devenue une star nationale. - Elle l’était déjà en Angleterre ! - Normal, c’est avec Édouard III d’Angleterre qu’elle s’est le plus illustrée. En fait, Jeanne s’est trouvée de plein fouet au coeur de la Guerre de succession de Bretagne avec son second mari Olivier de Clisson : Le duc Ar- thur est mort sans héritier mâle. Son demi-frère Jean de Montfort et son gendre Charles de Blois se disputent le duché. Plus haut, c’est la même histoire avec la succession de Philippe le Bel en France, Son petit-fils Édouard III d’Angleterre prétend au trône échu à Phi- lippe VI de Valois. Les deux conflits ne sont pas étanches, la Bretagne et le Poitou sont à la fois la convoitise et le théâtre d’opérations entre la France et l’Angleterre en pleine Guerre de Cent Ans. Philippe III le Hardi, roi de France , épouse en 1262 Isabelle d’ARAGON dont Phillipe le Bel et Charles de VALOIS Philippe VI de VALOIS roi de France épouse en 1313 Bonne de BOURGOGNE dont Jean Le Bon Charles, cte de VALOIS épouse en 1290 Marguerite de SICILE dont Philippe VI Louis IX roi de France, épouse en 1243 Marguerite de PROVENCE Jean cte de Richmond , duc de Bretagne épouse en 1260 Béatrice d’ANGLETERRE Arthur, cte de Richmond duc de Bretagne, épouse 1) en 1275 Marie de LIMOGES vtesse de Limoges, , dont Guy 2) en 1290 Yolande de DREUX, , ctesse de Montfort, reine d’écosse, dont Jean Henri III PLANTAGENET roi d’Angleterre épouse en 1236 Eleonore de PROVENCE Edouard III PLANTAGENET roi d’Angleterre, épouse en 1328 Phillipa de HAINAUT Edouard II PLANTAGENET roi d’Angleterre épouse Isabelle de FRANCE Jean III duc de BRETAGNE Richmond épouse en 1329 Jeanne de DAMPIERRE dite de FLANDRE Raymond Bérangercte cte de PROVENCE épouse en 1220 Béatrice de SAVOIE, dont El&onore et Marguerite Philippe IV le Bel roi de France , épouse en 1284 Jeanne de CHAMPAGNE Navarre, dont isabelle Edouard Ier PLANTAGENET roi d’Angleterre épouse en 1254 Eléonore de CASTILLE Jean de CHÂTILLON Bretagne épouse en 1388 Margaud de CLISSON Jean HARPEDANNE épouse Jeanne de CLISSON dame de Belleville Olivier V de CLISSON épouse en 1361 Béatrix de LAVAL Guy de BRETAGNE cte d’Etampes, épouse en 1318 Jeanne d’AVAUGOUR, dont Jeanne 2° vers 1328 ? Jeanne de BELLEVILLE, veuve de Geoffroy de CHATEAUBRIANT (veuf d’Alix de THOUARS) sans postérité qui épouse 2° en 1330 Olivier IV de CLISSON, veuf de Jeanne (Blanche) de BOUVILLE 3) vers 1349 Gauthier de BENTLEY Charles de CHÂTILLON Blois épouse en 1337 Jeanne de PENTHIEVRE
  • 23. 23 Jeanne de Belleville Première femme pirate ? En fait, les ducs de Bretagne sont cousins des rois d’Angleterre, cousins des rois de France ; les ducs de Bretagne sont aussi cousins des rois de France comme descendants de Raymond Béranger de Provence : un imbroglio qui n’est pas étranger à toutes ces guerres. Jeanne de Belleville aurait épousé Guy de Penthièvre avant Olivier de Clisson. Guy est un autre fils du duc Arthur : sa fille (avec Jeanne d’Avaugour) a épousé Charles de Blois... - Voilà comment tout s’imbrique ! - Les Clisson, comme tous les Bretons, doivent ménager les deux camps ; c’est une lutte d’influence où tous les coups sont permis mais un jeu dange- reux. Olivier de Clisson l’apprendra à ses dépends : le roi de France Phillipe VI l’accuse de félonie et le fait exécuter sans jugement. L’histoire nous est contée dans de nombreux ro- mans. Ils sont tous assez cohérents mais on en ap- prend de plus en plus à mesure que s’ajoutent de nouveaux auteurs. Légende ou réalité ? ...Et là, démarrent l’histoire et la légende : Jeanne se rebelle, pille un château, prend la mer, occis quelques marchands et rejoint Édouard III d’Angleterre. Décapitation d’Olivier de Clisson HISTOIRE... et ROMANS La surenchère se déploie et cette année ; deux nouveaux livres viennent de paraître : « D’écume et de sang» de Mi- reille Calmel et « Jeanne de Belle- ville, la Véritable Histoire » d’As- trid de Belleville. - La Véritable Histoire, avec un grand V et un grand H, on va donc enfin savoir qui croire... - Peut-être ! Je te parle d’abord de la « furie » de Mireille Calmel. Jeanne y crève les pages. Elle multiplie les aventures, les exploits, tue des loups : elle est vraiment « déchaînée ». Mireille sait écrire et nous faire aimer son héroïne... - Elle rajoute à la légende ! - Oui ; on en redemande ; on la comprend, cette Jeanne. On l’aime, on la suit, on la venge... - Attention ! Ce n’est qu’un roman ; parle moi plutôt de la Véritable Histoire.
  • 24. 24 Une quête documentaire Astrid de Belleville n’est pas romancière mais étudiante en Histoire, Civilisation médiévale, sous la direction de Martin Aurell à l’Université de Poitiers. Tous deux accompagnaient Stéphane Bern à l’Île d’Yeu. Astrid ne dispose pas d’archives fami- liales mais part à la recherche de sources fiables, la chronique Adae Murimuth de Ro- bert de Avesbury et la Chronique normande du XIVe siècle et Les Grandes Chroniques de France. On y voit qu’Olivier de Clisson avait fini par rejoindre son frère Amaury dans le camp d’Edouard III d’Angleterre et prendre parti pour Jean de Monfort, aussi soutenu par les Anglais contre Charles de Blois. Les romanciers font d’Olivier un inno- cent, lâchement assassiné par Philippe VI, victime d’un complot monté par Édouard III et Geoffroy d’Harcourt qui convoitaient les biens d’Olivier de Clisson et de Jeanne de Belleville. Astrid de Belleville veut aussi relativi- ser la cruauté et l’esprit de vengeance de Jeanne, pourtant affirmés dans la chronique normande. Elle souligne l’erreur du chroni- queur à propos de la mort du châtelain de Brest, Gallois de la Heuse, qui s’était en fait échappé (On le retrouvera plus tard dans d’autres aventures) non pas de Brest mais d’un autre château breton non identifié. Relativiser aussi la « piraterie » ; une seule phrase de la chronique dit qu’elle prit la mer et fit en celle saison plusieurs marchands occire. Cette phrase est la seule référence sur cette « piraterie ». Astrid de Belleville ima- gine plutôt que son aïeule a fui la France où elle était poursuivie pour avoir tenté de faire échapper son mari et qu’elle a occis des « marchands », probablement de sel, parce qu’elle avait besoin de se refaire financière- ment et que ce sel provenait peut-être de ses propres marais de la baie de Bourgneuf. - Ce n’est guère plus valorisant. Je com- prends que les romanciers aient choisi une interprétation plus chevaleresque. - Tout de même avec des morts à la clé ! - À cette époque, on éliminait les obstacles sans hésitation. Olivier de Clisson en est un bel exemple. - Astrid indique que les historiens ont été les premiers à créer le mythe de la cor- saire qui voulait venger son mari ; elle cite Dom Morice, Dom Lobineau... - Pitre-Chevalier reprend cette équipée dans les mêmes termes dans son « Bretagne et Vendée » paru en 1844. - La voie était ouverte : une invitation à la romance et à l’aventure. - Et cela finit comment ? - Dans le meilleur des mondes ! Jeanne obtient le soutien d’Édouard qui lui fait petit à petit restituer les terres bretonnes et poitevines sous sa coupe. Jeanne épouse son représentant Gaultier de Bentley qui l’aide également. Son fils Olivier, comme Geoffroy d’Harcourt, rejoindra le camp Français et Olivier, après une belle carrière aux côtés de « du Guesclin », lui succédera comme Connétable de France ; il récupérera tous les biens de ses parents. - Qui seront à nouveaux perdus par sa fille Margot ! - Oui ! L’Histoire se répète souvent ! Margot épousera Jean de Blois-Chatillon, le fils de Charles ! - Et alors ? - Margot reprend la lutte, s’empare en 1420 du duc de Bretagne Jean V à Champ- toceau (petit-fils de Jean de Montfort) et le maintient prisonnier à Clisson, Vendrennes, aux Essarts et même à Bournezeau. Marguerite s’est attaqué à un trop gros gibier, Jean V est le mari de Jeanne de France (Valois), fille de Charles VI, roi de France. Une histoire à rebondissements Vengeance ? Jeanne de Belleville, vitrail de BobVenables
  • 25. 25 Jeanne s’empare de Champtoceau et le ruine, contraignant Marguerite à libérer son prisonnier. C’est la fin de la lignée des Clisson et des Penthièvre dont les biens sont confisqués au profit du duc d’Étampes, Richard, frère de Jean V. - Tout ça pour ça ! - Mais encore un autre roman de Patrick Denis qui avait aussi signé un livre sur la femme corsaire : Une cor- saire Bretonne, Jeanne de Clisson. - Patrick est de la même étoffe que son frère Christian, auteur d’un thriller sur Gilles de Rais et cité dans ces pages pour « Leçon à Luçon », il n’a pas peur de faire revenir le père de Jeanne des croisades. Ce n’est pas connu mais pas impossible et nous vaut 100 premières pages très instructives. Patrick raconte l’histoire de Jeanne traversant des épisodes et faits connus et nous entraîne dans la vie quoti- dienne de cette époque à Paris et en Poitou. Ah mais ! Il se trompe de blason pour les Belleville. Comme déjà, il me semble, Laure Buisson (Pour ce qu’il me plaît, Jeanne de Belleville, la première femme Pirate, Grasset) il y a quelques années. Dommage ! Mais ce n’est qu’un détail ! Son livre sur Margot témoigne de sa grande connaissance des dernières péripéties de la guerre de succession de Jeanne de Belleville, publicité joaillerie Boucheron, 2006 Grandes Chroniques de France Marguerite de Clisson, assaillie à Champtoceau Bretagne. - Et sinon ? Les autres ? - Des romanciers, Emile Péhant (en 1868), Elie Durel (Jeanne de Belleville, corsaire par amour, Geste), Isabelle Pelé (Le Coeur flibustier, Ex Æquo). Des « historiens» : Armand de la Fontenelle, Histoire d’Olivier de Clisson, connétable de France, Paris 1826 ; Mme de Clisson, Histoire d’Olivier IV de Clisson, connétable de France, Debécourt 1843. - Les Cahiers de l’Histoire du Pays Maraîchin ont consacré une grande part de leur numéro 6 en 2020 à Jeanne de Belleville. - Et en Angleterre ? - De nombreuses publications aussi... Mais ce n’est pas tout, je lis : Sous la plume du scénariste Roger Seiter, elle va devenir une héroïne de bande dessinée, révèle ce « Secrets d’histoire » à la saveur particulière qui décrypte en filigrane quelques as- pects du célèbre film « Pirate des Caraïbes ». - Un court métrage a été réalisé en 2022 : Jeanne de Belleville, fiction produite par l’asso- ciation K.M production et réalisée par Maxime Pinchaud. Le projet a été présenté au Nikon film festival 2022. - Oui, ce n’est pas fini, la légende l’emporte toujours ! JR
  • 26. 26 Suzanne Gachenot Les Sœurs Loubersac Presses de la Cité, 524 p. 21 € Dans les années vingt, trois sœurs grandissent ensemble dans le domaine de Cazelles, près d’Albi. Unies, mais de caractères affirmés et différents. L’avenir du domaine familial contrarie les projets et les amours. Léonie, l’aînée, va accepter par devoir l’injonction paternelle. Espérie, la cadette, fa- rouche et indépendante, s’enferme dans ses rêves inaccessibles. Rosalie, la benjamine, dé- couvrira à Bordeaux les nouveautés et les plaisirs de la grande ville. Suzanne Gachenot écrit avec bonheur et talent les destinées d’une fratrie attachante et complexe. Avec sensi- bilité, elle propose ici un beau roman qui témoigne aussi des contraintes, des espoirs et des contradictions d’une époque charnière ou chacun - chacune surtout- a du mal à se situer entre le passé qui pèse et le futur qui inquiète. G. B. Françoise Rochais Jongler à la vie à la mort Max Milo , 16 p. 19,90 € Jongler à la vie à la mort. Avec ce titre très fort et si évocateur une fois que l’on a tourné les dernières pages de son livre, Françoise Rochais nous offre une formidable leçon de résilience. Ce mot est beaucoup galvaudé en littérature contemporaine, mais ici il trouve ici tout son sens. Le récit des premiers souvenirs de l’autrice en tant que majorette ont fait écho à mon propre vécu d’enfance challandaise. Là s’arrêtent les similitudes, car ensuite le chemin de vie de Françoise dévie. Avec beaucoup de pudeur, elle jongle avec les mots pour nous dévoiler les outrages subis de la part de proches familiaux. C’est un choc, pour la petite fille qu’elle était, pour nous qui découvrons ces faits horribles qu’elle cachera de longues années. Françoise va traîner derrière elle ses démons intérieurs et son mal-être en se donnant à corps perdu dans l’art du jonglage où elle excelle puisqu’elle deviendra championne du monde à Las Vegas. Au bout du chemin, il y aura – après des aveux à sa famille, une fois à l’âge adulte, cette fameuse résilience dont je vous parlais plus haut pour qu’enfin les cicatrices se referment sur tant d’années de non-dits douleureux. Ce livre exutoire m’a profondément émue. C’est un énorme coup de cœur. Et Françoise Rochais est une femme formidable qui mérite le respect. MFB Deux lauréates ! Prix des Écrivains de Vendée Prix des Écrivains de Vendée - Crédit Mutuel Océan Le comité de sélection avait hésité à représenter Suzanne Gachenot, candidate malheureuse au Prix Charette à Grasla. La lutte homérique pour le Prix la prédisposait pourtant à courir sa chance à nouveau et, cette fois, le jury ne l’a pas laissée passer. Quant à Françoise Rochais, la « Jongleuse », le jury a voulu saluer le parcours de vie exemplaire de cette artiste qui a su relever tous les défis.
  • 27. 27 Prix des Écrivains de Vendée Alain R.P.Bach Stigmates L'Atlantide, 364 p. 20 € Avant de revenir aux Sables- d'Olonne, Pierre Delaunay a vécu des aventures mouvementées : une vie dangereuse pleine d'inat- tendus, quand il s'agit d'enquêter pour retrouver la trace de tableaux spoliés durant la deuxième guerre mondiale par l'armée allemande, des amours compliquées parce que le personnage d'An- nelore est passionné autant que mystérieux, trouble et inquiétant. Se greffent de surcroît dans la trame du récit des questions non résolues de paternité qui taraudent le héros. Bref, des ingrédients qui forment un roman bien fi- celé, imaginé à partir de faits avérés. L'auteur connaît son sujet et mêle avec habileté, l'espionnage, les passions contrariées et la narration des horreurs des conflits. Jamais le lecteur ne perd le fil de cette histoire malgré sa complexité. Un beau roman qui tient en haleine. Pierre Deberdt Florent Gautier L'Écrivain et le Prince Librinova, 245 p.15, 90 € Un premier roman étonnant. Dense, foisonnant. Un jeune poète est confronté à un tyran. L'histoire est prenante et les joutes verbales, justes, tournent autour de réflexion sur les démocra- ties occidentales. Les libres penseurs ont toujours dérangé. Et notre poète est en bien mauvaise posture face à l'oppresseur avec pour seule arme, son esprit et des mots bien aiguisés. Des fables de Charles Perrault et d'Ivan Krylov, émaillent à point et à merveille le roman. Les premiers chapitres semblent évoquer un temps et un lieu mal définis, il en va tout autrement quand au fil du récit, quelques cruelles vérités sur notre temps sont révélées. Qui se cache derrière "L'Écrivain ", qui est véritable- ment "Le Prince" ? ET Michelle Mazoué La femme du maître tailleur Terres d’Histoires, 315 p. 18,90 € Vous l’avez certainement re- marqué : plusieurs romancières vendéennes ont acquis, en peu d’années, une notoriété et un pu- blic de lecteurs qui leur ont ou- vert les portes de grandes maisons d’édition nationales. Parmi elles, Michelle Mazoué, qui vit à La Tranche-sur-Mer, et dont le livre précédent, Le secret des Jeanne, avait déjà suscité beaucoup d’intérêt. A la fin du XVIII e siècle, Mathilde, son héroïne, une jeune lavandière parisienne, vit très pauvrement. Em- bauchée chez un grand tailleur, elle est mariée contre son gré au fils de la maison, un homme cynique et brutal qui la maltraite. Mathilde trouve un réconfort auprès de Nicolas, le jeune apprenti de l’atelier, doux et prévenant. Après bien des péripéties, celui-ci, ignominieusement ac- cusé, sera arrêté et envoyé au bagne à Toulon. Mathilde s’est jurée de le rejoindre et de le délivrer... Voilà un beau roman historique, bien construit, servi par une écriture élégante, qui allie la justesse des lieux et des situations, le romanesque et le suspense. La suite, Le mauvais œil, qui vient tout juste de paraître, est attendue avec gourmandise. G. B. Daniel Tranchant La Vendée au bout du chemin Vdl, 234 p. 20 € Le titre l'indique, il y est question de destinées bousculées par la guerre, celles de Martha et de Gus. D'une écriture limpide, l'histoire de cette petite fille, exi- lée flamande pendant la Première Guerre mondiale. Pour son salut, sa famille, jetée hors de leur maison par les Allemands, a dû fuir la ville occupée. Martha ra- conte avec ses yeux d'enfant, la Grand-mère oubliée à l'étage dans la précipitation, le Grand-père héroïque qui retourne la chercher dans la maison occupée par l'en- nemi redoutable et la ramène dans la brouette. Elle dit l'horreur, la peur au ventre, la fuite, la faim, la soif, les longs convois sur les routes, tout ce qu'on laisse sur ces routes de misère, l'errance vers la mer... Loin vers l'in- connu. Quelque part en Vendée il y a Gus et ses parents, la ferme, et... la guerre. Le chemin des deux héros est chaotique, long, terrifiant, et va se croiser... L'auteur re- visite cette époque avec brio en s'appuyant sur des témoi- gnages et met en lumière un pan mal connu de l'histoire. Eveline Thomer
  • 28. 28 2 juillet, le Salon d’Angles, une première intéressante C'est à l'initiative de la mairie d'Angles (de son maire Joël Mauvoi- sin) et de JB Produc- tion que s'est tenu le premier Salon du Livre d'Histoire d’Angles du- rant le premier samedi du mois de juillet. Un salon où l'originalité résidait dans le nombre réduit du nombre d'écrivains, pas plus d'une douzaine (Viollier, Louboutin, Yborra, Hé- raut, Raigniac, mais aussi Jacques Bernard, Dominique Sécher, Catherine Girard-Augry, Philippe Meyre...). Un concept de salon dont le créateur Joël Bonnemaison (JB Production) avait l'idée depuis pas mal de temps, idée enfin concrétisée. Certes, il n'aura manqué que la foule, pro- bablement partie sur les plages durant cette journée de début de vacances estivales, de plus extrêmement ensoleillée. Mais, surprise, le pu- blic venu était acheteur ! « J'ai vendu plus de livres qu'à Montaigu au printemps dernier », ont affirmé plusieurs d'entre eux. Etonnant, non ? Mais probablement que ce concept laisse plus de place aux vrais lecteurs, plus de temps aussi aux écrivains pour échanger avec son pu- blic. Une nouvelle édition est prévue en 2023. Reconnais- sance !? Chaque humain a besoin de reconnais- sance c’est entendu. Et les écrivains beaucoup plus, les artistes en gé- néral… J’avais déjà dû écrire dans ces colonnes voilà quelques années que le jour où je trouve- rai un de mes livres dans les bacs du Boul’Mich à Paris à 0,20 euros (j’y avais trouvé un Ragon, « La louve de Mervent »), je serais un grand écrivain ! Bon, je ne suis pas un grand écrivain, j’écris en vain, sur le vin aussi ! Mais j’écris, je ne peux m’en passer. Comme lire ! Aussi, je me contentais de l'idée de retrouver, un jour prochain, un de mes livres dans un vide-grenier ou une bibliothèque rurale pour flatter ma vanité. Eh bien ça y est ! Elle est enfin flattée ma vanité ! Car j'ai vu un de mes recueils de nou- velles (« Chute libre », Petit Pavé) chez Em- maüs, aux Essarts l’au- tomne dernier ! Parfai- tement. Et il y en avait des livres dans ce lieu, par milliers ! Mais je n'y ai vu que « mon » livre ! Que j'ai acheté 1 euro ! Je l'ai même relu ! Ce que je n'avais jamais pris le temps de faire depuis sa publication. C'est fou, non ! Je m’aime ! J’adore fouiller dans ces lieux, Emmaüs ou bibliothèques de rues. Ces derniers temps, j'y avais trouvé du Viollier (« La chasse aux loups », chez Flammarion !), du Prouteau (« Les fleurs de l'âge », des poèmes, ses meilleurs), du Alain Perrocheau (Le naufragé picton »), du Christoph Chabirand (« Halloween ») et même du Régine Albert (« Les pierres de sucre », son premier recueil de nouvelles !) et du Pierre Yborra (« Le coureur d'infortune »).... Mais pas « moa » jusqu'à ce jour de fin septembre aux Essarts ! Depuis, comment dire, je me sens bien ! Très bien même ! C'est ballot, non !? Mais si je dis des bêtises, vous m’arrêtez !… Philippe Gilbert
  • 29. 29 SORTIES... Louboutin et Meyre Prix Gilbert-Prouteau 2022 C’est durant ce salon qu’a été remis le prix Gilbert-Prou- teau. Un Prix sérieux qui ne se prend pas au sérieux, qui de- mande d’avoir connu et lu du Prouteau, le natif de Nesmy (1917-2012), écrivain qui fut aussi cinéaste. Cerise sur ce gâteau : le ou les « osca- risés » ne sont pas prévenus. Ainsi Hervé Louboutin, journaliste, notamment en Vendée, à la direction départementale de Presse-Océan dans les années 1980. Années où il se lia à Gilbert Prouteau, jusqu’à co-écrire un ouvrage ensemble (Les Enfants du pays, 1983). « Gilbert était mon ami », s’est ému Hervé Lou- boutin, qui a rappelé quelques mer- veilleux moments qu’il a passé avec lui, en écrivant cet ou- vrage, mais aussi au Puy du Fou, ou encore lors de « l’affaire Gilles de Rais »… « Prouteau était le roi du canular ! Avec lui et son épouse Hélène, j’ai passé de merveilleux moments de rigolade, de déconnade »… Oui, touché l’ami Hervé… Bien plus que l’autre récipiendaire, Philippe Meyre, surprenant Prix Gilbert-Prou- teau, « alors que je ne l’ai jamais rencon- tré ! » Mais l’avocat nantais, dans son der- nier ouvrage intitulé « L’iconoclaste », une biographie du journaliste Joël Bon- nemaison, rappelle longuement une anecdote sur Gilbert Prouteau, notam- ment une farce qui avait mal tourné en 1999, et avait valu quelques ennuis, plutôt injustifiés, à Bonnemaison. Hervé Louboutin et Philippe Meyre succèdent au palma- rès à Yves Viollier et Claude Boisumeau (à Cerisay en 2021), et à Régine Albert (à Grasla en 2020). PhilG Pour une troisième session –les deux premières avaient eu lieu en 2013 et 2015– l'ICES de La Roche-sur-Yon a réuni étudiants et auditeurs ex- térieurs pour un colloque sur la Vendée littéraire. Durant cinq demi-journées, une vingtaine de conférenciers rassemblés par Jean-Marc Joubert, directeur de la Faculté Lettres et Langues, sont in- tervenus sur les thématiques suivantes : Territoires vendéens, Vision de la "Grande guerre" (celle de 93), Figures de Vendéens, La Vendée littéraire an- ciens et nouveaux styles, La Vendée terre de "po- lars". Cinq d'entre eux étaient des membres de la Société des Écrivains de Vendée. René Moniot- Beaumont a présenté Elder à Noirmoutier, Michel Chamard a focalisé l'attention sur Julien Grac géographe de la Vendée, Hervé Louboutin a évo- qué Châteaubriand et la Vendée, Yves Viollier a expliqué son cheminement du roman au roman graphique, et Alain Perrocheau a développé Fon- tenay-le-Compte, la fontaine des Beaux-Esprits de Rabelais à Rapin. Leurs communications et toutes les autres de ces trois jours de découvertes studieuses trouveront leur prolongement dans une publication intitulée "La Vendée littéraire III" d'ici quelques mois. Alain Perrocheau Colloque à l’ICES, La Vendée littéraire III Les 25, 25 et 26 octobre
  • 30. 30 Jard sur Mer, Escale littéraire, le 18 septembre Une escale littéraire qui portait bien son nom. À deux encablures du port, le centre ville de Jard sur mer était parsemé de tivolis sous lesquels les discus- sions allaient bon train. Chaleureuses retrouvailles entre auteurs et lecteurs après une absence de trois ans ! Assurément une belle journée grâce à l'organisation sans faille des respon- sables médiathèques et des bénévoles ! https://escalelitteraire-vendeegrandlittoral.fr Eveline Thomer L’Épine, 5 et 6 août Après deux années d’interruption en raison de la pandémie, le salon du livre de l’Épine sur l’île de Noirmoutier a repris ses marques les 5 et 6 août derniers pour le plus grand plaisir des lecteurs et des auteurs, grâce à l’énergie débordante de Fanny Mainguet, présidente de l’Association du Livre et des Arts, et de sa chaleureuse équipe de bénévoles. Karine Lebert, autrice normande éditée aux Presses de la Cité, était la marraine de cette 14e édition qui réunissait une cinquantaine d’auteurs. L’association, en collaboration avec les éditions Past’elles, a présenté à cette occasion le recueil de nouvelles édité suite au concours organisé en amont, sur le thème « Disparition à Noirmoutier » et les prix ont été remis aux lauréats. Conférences, spectacles, concours de dictée et de parlanjhe ont animé ce salon estivalbienimplantédanslepaysagelittérairevendéen,ausuccèsquinese dément pas. MFB Saint-Gervais, 1er et 2 mai Pour cette 27e édition, l'association Patrimoine et Tradition, emmenée par son Président Gilles Perraudeau, a mis la barre haute en invitant des parrains d’honneur exceptionnels, le chanteur et auteur Yves Duteil ainsi que Stépha- nie Bataille, humoriste, comédienne et également autrice. Une cinquantaine d’auteurs ont répondu présents durant les deux journées de ce week-end du 1er mai qui fut très chaleureux et marqué par un « bœuf » exceptionnel offert durant le déjeuner par Yves Duteil et la chanteuse vendéenne Thérèe, sans compter les conférences et apéros littéraires. Cette année, le Prix Claude Mercier a été attribué conjointement à • André Barreteau pour son récit autobiographique « Dans le silence de mon père » (La Geste - Les moissons), • aux éditions Histoire-Arexcpo Vendée, sous la direction et la plume d’Alain Jouanneau, le président, en collaboration avec Micheline Rambaud, cinéaste de l’ascension du Cho Oyu en 1959, pour la revue hors-série intitulée « Colette le Bret, médecin de la première expédition féminine dans l’Himalaya en 1959 ». Marie-France Bertaud Le Langon, 20 novembre 2022 Une des dernières manifestations de l'année, le Salon du livre d'auteurs régionaux au Langon. Un rituel bien rôdé, la salle prend un air de fête. Les habitués passent plusieurs heures voire la journée avec les auteurs autour des nouveautés de l'année : romans de terroir, recettes de cuisine, polars et autres. Un bar est ouvert en permanence avec des gâteaux maison. Convivialité, partage et bonne humeur autour des organisateurs disponibles et aux petits soins. madyflore@wanadoo.fr Eveline Thomer
  • 31. 31 Le 18 septembre 2022, Dominique Bonnin, maire de Luçon a remis le prix du 1er roman de la ville de Luçon à Denis Gout. Ce concours, soutenu par une master class, avait quelques conditions initiales : ne jamais avoir été publié, gar- der un lien avec Luçon et rédiger ce premier livre en neuf mois. Les sept candidats retenus ont suivi cette master class dirigée par Jean-Philippe Charrier, conseiller municipal dé- légué à la communication, accompagnée de Corinne Gi- rard, romancière, et aidée d’intervenants de qualité tels que Christophe Prat d’Ella Éditions et Eloïse Averty d’Astralabe, pour des échanges sur l’écriture et la découverte du territoire luçonnais riche en histoire. En cours d’année, un comité de lecture a donné aux candidats des premiers avis pertinents sur leurs textes. Tous les ingrédients étaient là pour que de bons romans voient le jour et le jury s’est montré d’ailleurs très satisfait du résultat. Ces livres ont une belle diversité de genres littéraires. Anne Beunier évoque la transmission historique et intergéné- rationnelle. Claudine Maubrun maîtrise son épopée familiale avec ses drames et ses rebondissements. Virginie Mosneron Dupin raconte avec humour la quête de sens et de valeurs lorsque le management en entreprise devient toxique et sans éthique. Sophie Vandenbussche imagine un crime qui se dé- roule dans les dédales de Luçon. Le plus jeune des candidats, Jason Gourdin-Servenière relate avec bonheur l’histoire de son grand-père. Enfin, beaucoup de poésie sur un fond de terroir a été proposé par Patrice Hérisset. Gageons qu’ils trou- veront rapidement des éditeurs pour leur publication. Décidemment, les amateurs d’écriture ont un bel avenir en Vendée ! Alain Perrocheau Luçon, Prix du premier roman 18 septembre, une édition très prometteuse ! De gauche à droite : Patrice Hérisset, Anne Beunier, Sophie Van- denbussche, Jason Gourdin-Servenière, Jean-Philippe Charrier, Vir- ginie Mosneron Dupin, Denis Gout (lauréat du Prix), Dominique Bonnin, Claudine Maubrun Concours de nouvelles 2021-2022 de la Société des Écrivains de Vendée Cette première expérience fut un succès. Nous avions convié les écrivains de tous horizons à com- poser un texte original. Les contraintes étaient simples : 3000 mots, une phrase imposée et, si possible, une chute surprenante. 44 auteurs ont envoyé leur pensum. Des jeunes, 12 ans, des plus âgés bien entendu, des auteurs de toute la France attaché ou non à la Vendée et un Québécois, eh oui ! nous ont offert des textes variés. Certains ont fait rire le jury, d'autres ont évoqué des sujets plus graves, d'autres encore ont habilement réussi à glisser la phrase imposée. Le jury a dû trancher. Il a extrait de ces textes anonymes les lauréats sui- vants : 1/Madame Sophie Muller Renaudeau pour « Panier piano ». 2/ Madame Pierrette Gobin Vaillant pour « La petite mélodie du silence ». 3/ Monsieur Yann Bertaud pour « Une poi- gnée de fayots ». Vous pouvez découvrir les textes des dix pre- miers sur notre site internet. Vous trouverez aussi une vidéo de la remise des prix qui a eu lieu lors de notre repas d'été en juillet 2022. Fort de cette première expérience, le jury a dé- cidé de relancer l'aventure. À vos plumes ! Pierre Deberdt Nouveau concours en 2023, du 15 décembre au 15 mars, renseignements et inscriptions sur notre sit https://ecrivainsvendee.wordpress.com
  • 32. 32 Aandré Barreteau préface Yves Viollier Dans le silence de mon père La Geste, 96 p. 18 € Cette autobio- graphie d’un fils de boulanger de Saller- taine est celle d’un patron vendéen, autodidacte qui « s’est fait ». Le livre de toute une vie aussi, qui ne manque pas de surprendre par son hu- manisme, vie retracée avec simplicité, ab- négation, là où d’autres auraient peut-être roulé les mécaniques. Mais la modestie est aussi une forme de panache. Chapeau « Dédé » Barreteau ! PhilG Astrid de Belleville Jeanne de Belleville La Véritable Histoire Geste, 206 p. 19 € Livre évoqué en début de nos sélec- tions avec d’autres auteurs sur ce même sujet. JR Refuge de Grasla Prix Charette 2022 Le jury a tranché pour le boulanger Beaumatch,bellecourse,pourparlersport! Mais restons en littérature, même si celle-ci peut se livrer à des compétitions. Et le Prix Charette décerné à Grasla est un des plus prestigieux prix du département, avec le prix Ouest et le prix des Écrivains de Vendée. À Grasla, outre que l’auteur ou son thème doivent être Vendéens, il faut aussi allier le panache, tel le fameux général vendéen. Panache dans le style, dans l’histoire... Et c’est une préselection de 5 livres qui, un jour de fin de juillet au Refuge de Grasla, ont confronté leur panache lors d’un vaste débat autour de 9 jurés (*). Cette année, la compétition était ouverte. Et à l’issue d’un pre- mier tour de table où chaque juré a pris la parole, sortaient des votes (à bulletins secrets) un match nul 4-4. En ballotage : « Le silence de mon père » d’André Barreteau et « Les sœurs Loubersac » de Suzanne Gachenot (nièce de l’emblématique footballeur yonnais). Étaient éliminés : « L’ombre du Parc » de Richard Lueil (un polar qui avait ses détracteurs et ses admirateurs) ; « Jehanne de Belleville, la véritable histoire », d’Astrid de Belleville (plutôt une étude historique mais cependant très intéressante) et « On y sera un jour, mon grand », de Jean-Maurice Bonneau (peu-être trop destiné aux vrais amateurs de sport hippique, notamment des concours de sauts d’obstacle)… Sous la direction du président du jury Wilfried Montassier, la discussion faisait long feu et un nouveau vote donnait cette fois-ci un léger avantage (5-4) à Barreteau, le boulanger de Saint-Jean-de- Monts, créateur de la Mie Câline. Ce, malgré la verve et les émotions de lecture des trois sœurs Loubersac au destin si contrarié dans la première moitié du XXe siècle, intrigue que place Gachenot dans le Bordelais. PhilG (*) par ordre alphabétique : Gilles Bély, Marie-France Bertaud, Michel Chamard, Joël Cossais, Philippe Gilbert, Wilfried Montassier, Alain Perro- cheau, Jean de Raigniac, Yves Viollier. Suzanne Gachenot Les Sœurs Loubersac Presses de la Cité, 524 p. 21 € Livre évoqué pour le Prix de Écrivains de Ven- dée. G. B.
  • 33. 33 Richard Lueil L’ombre du parc Le Lys et le lin Dans ce polar, on sent d’abord un réel attache- ment à la Vendée, notam- ment celle du bocage. Et l’intrigue développée au- tour d’un château isolé et habité par un énigmatique propriétaire est bien fice- lée, passionnante, subtile même… Et totalement crédible même si des fantômes hantent les allées de ce château. Richard Lueil, dont c’est le qua- trième ouvrage, est un auteur à suivre. SALONS... Jean-Maurice Bonneau « On y sera un jour, mon grand ! » Acte Sud, 385 p. 23 € Dans les années 70, ne sachant quel métier adop- ter, Jean-Maurice Bonneau, né près de Ste Hermine en Vendée, passe un CAP de peintre en bâtiment ; mais des parents agriculteurs et des frères cavaliers professionnels ont eu finale- ment raison de son choix équestre qui débutera en Vendée dans les petits concours ruraux … Puis de stages en stages hors du département, il acquiert le haut niveau qui lui permettra de gagner de nombreuses épreuves internationales avec, entre autres, un excellent cheval vendéen né près de chez lui !... Un peu plus tard, le poste d’entraîneur de l’équipe de France de saut d’obstacles s’offre à lui ! Une vraie vocation. Dans ce livre, moult détails des grandes épreuves de compétitions équestres, des choix de cavaliers et de chevaux, des parcours de chaque cavalier, des victoires, des défaites, des déceptions, des doutes, des accidents, du stress, mais aussi et surtout, plein de bonheurs, de joies, de satisfactions. Il donne les conditions essentielles pour for- mer une super équipe : travailler le physique, la technique, le mental. Ce furent les clés des suc- cès pour remporter médailles d’or ou d’argent par équipe ou en individuel en championnat du monde ou d’Europe de 2002 à 2016 avec la consécration en or aux Jeux olympiques de Rio. Grâce à ce livre, vivez avec Jean-Maurice Bonneau son parcours d’entraîneur de compéti- tions équestres à travers le monde… AMR Rencontre dans les allées de Grasla Au hasard de mes déambulations dans les allées du dernier Refuge du Livre de Grasla, mon attention a été attirée par une maison d'édition au nom curieux. Aid'itions, Le Chat Virgule. Quel est donc ce félin et que prétend-il griffer ? Marie-Annie et Marie, derrière leur étal, ont répon- du avec enthousiasme à mes questions. Ces personnes animent une association forte d'une vingtaine d'adhérents, depuis 2017. On pourrait, de prime abord, imaginer qu'il y a dans le travail de ces bénévoles un petit côté « écrivain public ». Là n'est pas leur but. Les membres se proposent d'aider, encourager, décomplexer, stimuler aussi, les personnes qui désirent écrire. Elles accompagnent les auteurs par le biais d'ate- liers d'écriture, accouchent parfois la parole, donnent des conseils pour structurer les témoignages et les récits de vie. Ensuite, vient le travail de relecture, de mise en page, d'impression. On découvre des ouvrages dont la reliure cousue est très originale, d'autres qui comportent une phrase qui court tel un furet en bas de chaque page. J'ai feuilleté entre autres, des livres très variés : des romans, des parcours familiaux, des souvenirs de mé- tiers agricoles, un récit de voyage d'une jeune ayant eu un parcours en IME. Certains opuscules se présentent comme des carnets presque vides. Une simple introduc- tion, un court texte initié en atelier d’écriture puis des pages blanches. À vos plumes, à vous de jouer ! Pierre Deberdt Pour aller plus loin dans la connaissance de cette association, n'hésitez pas à contac- ter : marie.fonteneau85@gmail.com 06 28 50 73 66 Aid'itions Le chat Virgule La Canquetière, Les Brouzils
  • 34. 34 Mo n t a i g u Printemps du Livre de Montaigu 32e édition Tout le monde l'attendait Après deux ans de privations... les auteurs, les lecteurs, tous les mordus du livre se sont retrouvés les 1er , 2 et 3 avril 2022 pour un festival particulièrement réussi 35000 visiteurs sur les 3 jours, plus de 200 auteurs, Clara Dupond-Monod, récente lauréate du Prix Femina et du Goncourt des Lycéens pour son dernier roman « S'adapter », était à la baguette comme présidente de la manifestation. La fête avait cette fois investi la totalité de la ville. Le chapiteau des auteurs avait rejoint le pôle des ses ori- gines : la place de l'Hôtel de ville. Des rencontres, des performances, des spectacles, étaient donnés au théâtre Thalie, à la médiathèque Calliopé et dans le parc Henri Joyau. Le Prix Ouest a été donné à Jeanne Benameur pour son roman « La patience des traces ». La fête a été superbe « J'aime beaucoup la Vendée, a déclaré Clara Du- pond-Monod. Si on aime l'histoire, comme moi, on est servi dans ce département. C'est une terre de combat, une terre d'histoire, une terre de colère. » Le joyeux combat continue. La 33e édition du Printemps du Livre est programmée les 24, 25 et 26 mars pro- chains. Qu'on se le dise ! Rendez-vous est pris. Yves Viollier Prix Ouest Jeanne Benamur