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N°2 AVRIL / JUIN 2013mecenes28
AUTOUR DU MÉCÉNAT
FOCUS
Il fait un soleil de plomb sur Zinder, petite ville
située au sud du Niger, non loin de la frontière avec
le Nigéria. Soudain des cris, des chants et des rires viennent
troubler le silence pesant de la steppe désertique. Comme
chaque jour, le miracle se produit : 85 enfants s’apprêtent
à commencer leur journée de cours à l’internat de Zinder,
créé par la fondation d’entreprise Les Nouveaux
Constructeurs. Carenews vous raconte son histoire.
Un internat pour
redonner l’espoir au
Sahel
©DR
N°2 AVRIL / JUIN 2013mecenes 29
/ AUTOUR DU MÉCÉNAT /
’est en 2006 que l’un
des anciens colla-
borateurs des Nou-
veaux Constructeurs,
travaillant pour un organisme
de développement allemand
au Niger, propose à l’entreprise
de soutenir une association lo-
cale spécialisée dans l’éduca-
tion, Matassa, et de créér un
internat à Zinder, petite ville
située à 800 km à l’est de Nia-
mey, la capitale, en plein milieu
du Sahel, une région très aride
en proie à une grande instabi-
lité en termes de sécurité. Le
défi est de taille : avec 62 %
de la population vivant sous le
seuil de pauvreté, le Niger est
l’un des pays les plus pauvres
au monde.
Le taux de scolarisation
dans les villages de ce pays
essentiellement rural atteint à
peine 25 %, et seulement 9 %
des filles ont la possibilité de
suivre un enseignement se-
condaire. Forte de ce constat,
l’entreprise décide de se lancer
dans cette aventure, et, dès
2006 accueille les 12 premiers
enfants dans une maison de lo-
cation. En 2007, sous la houlette
d’un architecte des Nouveaux
Constructeurs, la construction
de l’internat commence avec
la mise en place d’un bâtiment
pouvant accueillir 85 enfants.
Un deuxième bâtiment de taille
similaire vient d’être achevé,
doublant la capacité d’accueil
de l’établissement.
L’internat accueille filles et gar-
çons à parts égales. Les élèves,
encadrés par un personnel ni-
gérien composé d’un directeur,
de professeurs, d’éducateurs,
d’infirmières, de cuisiniers et
gardiens passent l’année en-
tière à l’internat, vacances
comprises. Les enfants y sont
pris en charge du point de vue
scolaire mais aussi social. « Les
effectifs s’étoffent chaque an-
née, nous explique Anne-Isa-
belle Dauça, responsable de la
fondation d’entreprise Les Nou-
veaux Constructeurs. Chaque
année, on recrute 12 nouveaux
enfants, qui viennent de villages
de brousse autour de Zinder,
le plus éloigné étant à 150 km..»
Comme dans de nombreux
pays sahéliens où les traditions
séculaires de travail aux champs
rendent souvent la scolarisation
des enfants difficile, l’adhésion
au programme des familles est
l’un des défis majeurs pour l’in-
ternat de Zinder.
« On conserve un lien fort avec
les villages d’origine des en-
fants, explique Anne-Isabelle-
Dauça. Les enfants ne rentrent
pas chez eux durant l’année
scolaire, mais on essaie de faire
venir les parents durant les va-
cances de Noël. On a égale-
ment mis en place dans ces vil-
lages, avec l’association Esafro,
des activités génératrices de
revenus pour les femmes, des
actions de soutien scolaire pour
les enfants qui ne sont pas sé-
lectionnés pour venir à l’inter-
nat, et un service de santé, qui
permet au villageois de venir se
faire soigner à Zinder dans de
bonnes conditions. »
Et ce travail de sensibilisation,
notamment chez les femmes,
commence à porter ses fruits.
« La scolarisation des filles reste
toujours un problème, poursuit
la responsable de la fondation,
en particulier pour les adoles-
centes. Comme pour toutes
celles du monde, la tranche
d’âge est difficile. Voyant leurs
soeurs se marier, elles pensent
qu’il serait peut-être plus facile
de gérer une maison que de
poursuivre des études. Heureu-
sement, les femmes des familles
nous soutiennent, ce sont elles
qui envoient leurs filles à l’école,
et c’est déjà, en soi, une grande
réussite. »
Mais d’autres nuages
viennent voiler le ciel de Zinder,
à commencer par la sécurité. À
l’heure où le Sahel s’embrase et
où les menaces à l’encontre des
étrangers deviennent de plus en
plus pressantes, la fondation a
tout de même décidé de pour-
suivre son action. « Nous vou-
lons continuer, malgré les me-
naces, malgré les dangers. Nous
venons de terminer la dernière
phase de construction de l’inter-
nat, et avons pris toutes les me-
sures de sécurité nécessaires.
Nous avons des relais avec les
autorités du Niger, et suivons de
très près la situation. »
Et l’objectif est élevé : 144 en-
fants devraient être scolarisés
en 2017, comme autant de nou-
velles perspectives pour ces en-
fants du Sahel. Et de quoi, peut-
être, susciter d’autres belles
initiatives dans ces régions où,
parfois, un sourire d’enfant peut
changer beaucoup de choses
Alexandre Brecher-Dolivet
Un internat ouvert
toute l’année
Objectif : 144
enfants en 2017
A Zinder, petite ville
agricole du Niger, à peine
9 % des filles ont accès
à l’enseignement
secondaire.

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  • 1. N°2 AVRIL / JUIN 2013mecenes28 AUTOUR DU MÉCÉNAT FOCUS Il fait un soleil de plomb sur Zinder, petite ville située au sud du Niger, non loin de la frontière avec le Nigéria. Soudain des cris, des chants et des rires viennent troubler le silence pesant de la steppe désertique. Comme chaque jour, le miracle se produit : 85 enfants s’apprêtent à commencer leur journée de cours à l’internat de Zinder, créé par la fondation d’entreprise Les Nouveaux Constructeurs. Carenews vous raconte son histoire. Un internat pour redonner l’espoir au Sahel ©DR
  • 2. N°2 AVRIL / JUIN 2013mecenes 29 / AUTOUR DU MÉCÉNAT / ’est en 2006 que l’un des anciens colla- borateurs des Nou- veaux Constructeurs, travaillant pour un organisme de développement allemand au Niger, propose à l’entreprise de soutenir une association lo- cale spécialisée dans l’éduca- tion, Matassa, et de créér un internat à Zinder, petite ville située à 800 km à l’est de Nia- mey, la capitale, en plein milieu du Sahel, une région très aride en proie à une grande instabi- lité en termes de sécurité. Le défi est de taille : avec 62 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, le Niger est l’un des pays les plus pauvres au monde. Le taux de scolarisation dans les villages de ce pays essentiellement rural atteint à peine 25 %, et seulement 9 % des filles ont la possibilité de suivre un enseignement se- condaire. Forte de ce constat, l’entreprise décide de se lancer dans cette aventure, et, dès 2006 accueille les 12 premiers enfants dans une maison de lo- cation. En 2007, sous la houlette d’un architecte des Nouveaux Constructeurs, la construction de l’internat commence avec la mise en place d’un bâtiment pouvant accueillir 85 enfants. Un deuxième bâtiment de taille similaire vient d’être achevé, doublant la capacité d’accueil de l’établissement. L’internat accueille filles et gar- çons à parts égales. Les élèves, encadrés par un personnel ni- gérien composé d’un directeur, de professeurs, d’éducateurs, d’infirmières, de cuisiniers et gardiens passent l’année en- tière à l’internat, vacances comprises. Les enfants y sont pris en charge du point de vue scolaire mais aussi social. « Les effectifs s’étoffent chaque an- née, nous explique Anne-Isa- belle Dauça, responsable de la fondation d’entreprise Les Nou- veaux Constructeurs. Chaque année, on recrute 12 nouveaux enfants, qui viennent de villages de brousse autour de Zinder, le plus éloigné étant à 150 km..» Comme dans de nombreux pays sahéliens où les traditions séculaires de travail aux champs rendent souvent la scolarisation des enfants difficile, l’adhésion au programme des familles est l’un des défis majeurs pour l’in- ternat de Zinder. « On conserve un lien fort avec les villages d’origine des en- fants, explique Anne-Isabelle- Dauça. Les enfants ne rentrent pas chez eux durant l’année scolaire, mais on essaie de faire venir les parents durant les va- cances de Noël. On a égale- ment mis en place dans ces vil- lages, avec l’association Esafro, des activités génératrices de revenus pour les femmes, des actions de soutien scolaire pour les enfants qui ne sont pas sé- lectionnés pour venir à l’inter- nat, et un service de santé, qui permet au villageois de venir se faire soigner à Zinder dans de bonnes conditions. » Et ce travail de sensibilisation, notamment chez les femmes, commence à porter ses fruits. « La scolarisation des filles reste toujours un problème, poursuit la responsable de la fondation, en particulier pour les adoles- centes. Comme pour toutes celles du monde, la tranche d’âge est difficile. Voyant leurs soeurs se marier, elles pensent qu’il serait peut-être plus facile de gérer une maison que de poursuivre des études. Heureu- sement, les femmes des familles nous soutiennent, ce sont elles qui envoient leurs filles à l’école, et c’est déjà, en soi, une grande réussite. » Mais d’autres nuages viennent voiler le ciel de Zinder, à commencer par la sécurité. À l’heure où le Sahel s’embrase et où les menaces à l’encontre des étrangers deviennent de plus en plus pressantes, la fondation a tout de même décidé de pour- suivre son action. « Nous vou- lons continuer, malgré les me- naces, malgré les dangers. Nous venons de terminer la dernière phase de construction de l’inter- nat, et avons pris toutes les me- sures de sécurité nécessaires. Nous avons des relais avec les autorités du Niger, et suivons de très près la situation. » Et l’objectif est élevé : 144 en- fants devraient être scolarisés en 2017, comme autant de nou- velles perspectives pour ces en- fants du Sahel. Et de quoi, peut- être, susciter d’autres belles initiatives dans ces régions où, parfois, un sourire d’enfant peut changer beaucoup de choses Alexandre Brecher-Dolivet Un internat ouvert toute l’année Objectif : 144 enfants en 2017 A Zinder, petite ville agricole du Niger, à peine 9 % des filles ont accès à l’enseignement secondaire.