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Intervention de la Cellule Médico-Psychologique auprès des marins français intervenus sur les lieux du naufrage du Joola.

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  1. 1. INTERVENTION DE LA CELLULE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE APRES LE N... Page 2 sur 5 navigue en direction de Dakar. Il sagit dun navire à fond plat qui convient bien à lanavigation dans un chenal avant locéan. Les ballasts ne sont pas remplis, une baisse de pressionayant empêché de faire le plein à Ziguinchor. Les vérifications élémentaires de sécurité sontnégligées; la surcharge en passagers est évidente : prévu pour le transport de 550 passagers. Ondénombre officiellement 1034 passagers après lescale de Carabane. Plus tard, on apprendra qu il yavait en fait 1863 personnes à bord. A 22 heures le JOOLA envoie son dernier message et ne signale aucun problème. Tout va alorsse dérouler très rapidement. Lorage, venu de la terre, rattrape le bateau. Un coup de vent ( 50 à 55Km / h) abat un paquet de pluie. Le «JOOLA» sincline encore plus sur la gauche quàlaccoutumée. Près de 500 passagers sont sur le pont. Ils glissent vers bâbord pour se mettre à labri:linclinaison saccentue. A larrière, un bruit de tôles broyées: les véhicules, qui navaient pas étéarrimés lors du chargement, viennent de glisser et se fracassent sur le côté gauche du pont-garage. Entraîné par ce poids, le «JOOLA» est maintenant sur le flanc, et cest la catastrophe ; leauentre par les hublots de troisième classe, la lumière séteint. Il sensuit une panique mortelle : àlintérieur, les passagers se bousculent, tentent de trouver une issue. Certains essaient de nager, dansle noir, sans pouvoir repérer où se trouvent le haut et le bas, dans un capharnaum dobjets, emportés,brassés par les eaux ; des gens terrorisés tentent de sagripper à dautres qui les écartent, sen défont,pour tenter de survivre ; des enfants hurlent, des mères appellent. Dans la cabine de pilotage lesmarins, épouvantés, emportés par le mouvement du bateau, sont tous précipités vers la porte gaucheoù leau commence à entrer, ils ne peuvent plus accéder aux commandes, ni lancer de SOS. Dehors,des gens sautent ou sont précipités dans les flots, ne sentrapercevant quà la lueur des éclairs. Lesembarcations de secours ne sont pas mises à leau. Le JOOLA se retourne, coque en lair.Lampleur de la catastrophe : La catastrophe sest jouée en quelques minutes. Larrivée des secours est tardive. Ce nestque le lendemain matin, vendredi 27 septembre, que les premiers navires sauveteurs, des chalutiers,recueillent les survivants. On a parlé du « TITANIC AFRICAIN » dans les médias : on ne dénombreen effet que 64 survivants sur les 1863 passagers du JOOLA, alors que, lors de la catastrophe du 14au 15 avril 1912, 820 personnes avaient pu être sauvés parmi les 2602 passagers du TITANIC.Proportionnellement on compte près de dix fois moins de survivants pour un nombre quasi identiquede morts: 1799 victimes pour le JOOLA et 1782 pour le TITANIC. La comparaison sarrête là, à lampleur de la catastrophe humaine. Ces deux dramesmaritimes sopposent sur bien dautres points : ici noué en quelques minutes, ne laissant ni lapossibilité de SOS, ni de mettre à leau les embarcations de secours, en eau tropicale et non en eauglaciale, à proximité des côtes, et non pas en plein océan ...Ce qui na pas empêché le retard dessecours. Il sagit en premier lieu dun drame humain collectif dune ampleur exceptionnelle, avecmalheureusement beaucoup de femmes et enfants parmi les nombreuses victimes. Cest aussi ledrame de la négligence...., à tous les niveaux. Choquée et indignée, la foule en colère marche vers laprésidence. Le ministre des transports et celui des armées sont limogés ; le reste du gouvernement estremercié près dun mois plus tard. Cest aussi un drame économique pour la Casamance: ladisparition du JOOLA prive le pays de la route maritime. En effet, la route terrestre du nord versDakar est dangereuse du fait de linsécurité de la région (passagers détroussés), longue (450 km) etlente (un à trois jours) du fait de postes douaniers, dune traversée par bac. Enfin, avec environ 400étudiants à bord du JOOLA pour la rentrée universitaire, cest toute la future élite dune région quidisparaît.Lintervention de la Marine Nationale :http://www.jidv.com/DEVILLIERES,P&RAINGEARD,D-JIDV2003-l-(4).htm 10/09/2003
  2. 2. INTERVENTION DE LA CELLULE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE APRES LE N.. Page 3 sur 5 Tout cela, les marins de la marine Nationale Française ne le savent pas encore... Le vendredi 27 septembre au matin les marins du navire hydrographique « LAPLACE », enescale à Dakar, et ceux du CTM 26, une barge de transport de troupe, sont mis en alerte: ilsapprennent ainsi le naufrage du JOOLA. Mais lalerte est levée rapidement. Un hélicoptère desForces Françaises du Cap vert va déposer par hélitreuillage deux plongeurs sénégalais près delépave... LLL Le samedi 28 septembre à 5 h 30, lalerte est à nouveau donnée, pour un appareillage à 8 h ;léquipage du CTM 26 embarque un container frigorifique ; il sait quil va récupérer et stocker descadavres ; i l en va différemment pour le LAPLACE qui pense récupérer des survivants sur leschalutiers; ils embarquent du matériel sanitaire (médicaments, lits...) et du personnel du service desanté: un médecin et un infirmier anesthésiste. Dès larrivée sur les lieux du naufrage, les« surprises macabres » senchaînent : il ny a plus que des cadavres, et ce qui leur est alors demandéest de récupérer les corps; ils ne sont plus des sauveteurs mais des fossoyeurs de la mer ! Les marins des chalutiers repèrent les corps qui dérivent et passent à proximité. Ils mettent lesZodiacs à la mer, les récupèrent, et les amènent aux chalutiers. Les plongeurs sénégalais encherchent dautres dans lépave dérivante et les poussent au dehors. Les cadavres sagglutinent engrappes à la surface... Ils sont impressionnés par le nombre de corps; lorsquils les embarquent,létat de putréfaction des corps est très avancé, après environ 48 heures en eau tropicale; ils sontgonflés, boursouflés; la puanteur est difficilement supportable, et les femmes et les enfants sont engrand nombre. Courageusement ils se mettent au travail, effectuant des navettes incessantes, pendant des heures,avec les zodiacs, entre lépave autour de laquelle ils récupèrent les corps, et les chalutiers munis decontainers frigorifiques.Lintervention de la cellule médico-psychologique : A la demande du médecin chef du Cap vert et dans le cadre du soutien aux marins impliqués,la mission est mise en œuvre. Le risque est en effet connu dans ces situations de développer unsyndrome de répétition traumatique ( syndrome psychotraumatique, « Post Traumatic StressDisorder »..). Le traumatisme psychique est défini comme la rencontre dans leffroi avec le réel de lamort ; il sagit dun véritable effet deffraction du psychisme, dune « blessure » psychique. Aprèsce trauma peut sinstaller une période de latence, dune durée variable de quelques heures ou jours àdes mois. Puis, sinstallent des signes pathognomoniques: cauchemars, flash-back, sursauts derépétition, évitement des stimuli associés au trauma , ainsi que dautres symptômes en particulierdépression et conduites addictives. La personnalité va se remanier, vers une régression ou unequérulence, et les troubles vont bien souvent se chroniciser. Lévolution est de 50 % de troublespersistants sur 10 ans pour KESSLER. Dès le 3 Octobre au matin les groupes de debriefing sont mis en place, alors que leséquipages sont rentrés la veille après midi. Il sagit de groupes de parole dune dizaine de personnes en moyenne, réunissant despersonnels ayant participé ensemble aux opérations (homogénéité des groupes). On ne prend pas icien charge le traumatisme mais les sujets susceptibles de lavoir rencontré. Il sagit que chacun puisseparler de son vécu de lévénement, ce quil en a perçu de sa place, ce quil a ressenti, ce quil a penséà ce moment là tout en évaluant dans le groupe, où la parole circule, que son expérience a pu êtredifférente pour dautres. Il a été constitué cinq groupes: un pour léquipage du CTM 26 ( effectif :10 ) et quatre pour léquipage du Laplace ( effectif : 45 ).http://www.jidv.com/DEVILLIERES,P&RAINGEARD,D-JIDV2003-1 -(4).htm 10/09/2003
  3. 3. INTERVENTION DE L A CELLULE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE APRES LE N . Page 4 sur 5 Limpression globale est davoir traversé un événement chargé dhorreur : une femmeenceinte, des bébés..., des langues boursouflées qui sortent des bouches... Lhorreur est un motrécurrent dans les discours spontanés. Cest la rencontre avec le réel de la mort dans des circonstances particulièrement atroces.Pour certains cest un sentiment dimpuissance, face à lampleur de la tâche, même silsreconnaissent lutilité du travail accompli ( rendre un corps aux familles pour faciliter un travail dedeuil). Ils auraient voulu pouvoir en faire encore plus, mais se sont retrouvés impuissants les derniersjours, les corps se disloquant à la prise tandis que lépave dérivait, dangereusement instable. I l estsouvent rapporté lodeur pestilentielle, les impressions tactiles de consistance gluante des cadavresvisqueux, de peau qui sarrachait et de craquements lors de la manipulation des corps, ainsi que ledéversement dun liquide putride sur eux lorsquils étreignaient les corps pour les embarquer ou lesdébarquer. Le souvenir de ces sensations reste bien présent. Un instant entourés dun grand nombre de cadavres, certains en viennent à faire des choix :embarquer les corps des enfants, plus faciles à soulever certes, mais aussi parce que ce sont desenfants et que sur le plan émotionnel « cela touche », comme ils le disent. Dans lurgence, on fait appel à des mécanismes de défense psychologiques : éviter de croiserle regard du mort, éviter de penser quil sagit de personnes pour se concentrer sur la tâche àaccomplir... ; Lensemble des marins sest mobilisé pour participer à cette action, chacun agissantsur volontariat et décidant du moment où i l désirait interrompre la tâche et être remplacé. Ainsicertains nont pas participé au ramassage et font état dun sentiment de culpabilité bien que legroupe leur souligne à chaque fois lutilité de chacun à tous les postes, dans un remarquable élan decohésion. Ils évoquent le regret davoir été mobilisés trop tardivement, le manque dinformations,avec un aspect projectif envers les responsables de ces atermoiements ; cest un devoir pour le marinde porter assistance. A lissue des debriefings collectifs, nous décidons de voir lensemble du personnel impliquéindividuellement, afin déviter toute stigmatisation et de nexclure personne; toutefois, nousrespectons les éventuels refus. Cet entretien permet au sujet de livrer des éléments plus intimes deson vécu, ou de son histoire personnelle qui peuvent entrer en résonance avec lévénement ;signalons que quatre personnes ayant participé ont été vues uniquement en debriefings individuels,car nappartenant pas aux équipages : pompiers, gendarmes. Une information concernant les effets respectifs du stress et du trauma a été réalisée dans lebut de faciliter une prise en charge ultérieure. Par ailleurs sur toutes les pièces médicales a étéapposée mention de la participation au debriefing, à caractère médico-légal en cas de séquellespsychiques ultérieures.Limportance du debriefing : Le debriefing psychologique entre dans le cadre de soins psychiques post-immédiats. Cestun travail qui atténue le sentiment disolement des victimes. I l permet aussi un dépistage de lasurvenue précoce de troubles ; ainsi un sujet qui présentait des symptômes manifestes dereviviscence a été orienté vers une prise en charge qui a pu être poursuivie sur Dakar. Le debriefing nest quun temps dans la prise en charge thérapeutique, i l est nécessaire quunsuivi soit assuré pour ceux pour qui i l est nécessaire. Linfirmier de bord, avec lequel nous avonsgardé contact après notre départ, nous a signalé les nombreuses consultations pour troubles digestifssine materiae, pendant la première semaine de reprise de la navigation, tant lidée de contaminationavait pu rester bien présente. A u retour du LAPLACE à Brest, un sujet présente des cauchemars derépétition, associé à un syndrome dépressif. Averti de cette éventualité, i l consulte, i l est soigné ;aujourdhui i l est asymptomatique. Ces prises en charge précoces améliorent le pronostic. Mais ellesne sont possibles que si le sujet a pu expérimenter auprès du thérapeute le bénéfice dune relation ethttp://www.jidv.com/DEVILLIERES,P&RAINGEARD,D-JIDV2003-l-(4).htm 10/09/2003
  4. 4. INTERVENTION DE L A CELLULE MEDICO-PSYCHOLOGIQUE APRES LE N... Page 5 sur 5 dune parole. Sur un plan clinique, dans les deux cas les sujets avaient mentionné un état de sidérationpsychique, au sens de JANET, au cours du debriefing individuel. On en connaît la haute valeurprédictive vis à vis dun syndrome de répétition, à coté de celle de leffroi. Ceci nous a incité àenvisager alors demblée une prise en charge plus importante, bien quelle ne puisse saffranchir delélaboration de la demande du sujet.Conclusion : Il est nécessaire de garder à lesprit limportance de faire appel à une intervention spécialiséelorsquil y a confrontation à la mort, à lhorreur de la mort comme ici, ou bien lorsquun risque vitala été traversé par un sujet ou un groupe. Lintervention a lieu dans un délai de 24 à 72 heures engénéral après lévénement, et un suivi est organisé pour les sujets le nécessitant. Outre les soins psychiques post immédiats et le dépistage de troubles précoces, un tempsimportant de ces actions est celui de linformation qui précise la symptomatologie du syndrome derépétition traumatique, qui amène désormais, avec 1 ouverture à un suivi associé ne se limitantjamais au seul debriefing, à des prises en charge individuelles précoces, qui ont totalementbouleversé le pronostic évolutif des troubles liés au traumatisme psychique.BIBLIOGRAPHIE :Lafont 13 : « Troubles psychiques individuels et collectifs au cours et au décours des situations decatastrophe », in traité des catastrophes : de la stratégie dintervention à la prise en charge médicale,sous la direction de Ifuguenard P ; EMC Paris Elsevier, 1996, p 791-804..Kessler RC, Sonnega A, Bromet E, Hugues M , Nelson CB : « Post traumatie stress disorder in tlicnational comorbidity survey". Arch. Gen. Psychiatry, 1995; 52: p 1048-1060.Lebigot F, Gautier E, Morgand D, Régès JL, Lassagne M : "Le debriefing psychologique collectif ».Ann. Med. Psychol. 1997 ; 155, p 370-378. ©Copyright 2002 - 2003 - Tous droits réservés - Journal International De Victimologiehttp://ww.jidv.com/DEVILLIERES,P&RATNGEARD,D-JIDV2003-l-(4).htm 10/09/2003

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