l’Actionuniversitaire                         ❚ LE JOURNAL DE L’UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE ❚ N°268 ❚ mars 2007 ❚ ...
CHIRAC - SARKOZY, UN                              bout des lèvres», tandis que les adversaires        peut compter en son ...
bien de rivaux directs qui seraient, très bana-    sonnel sans contrôle aucun, qui annonce le         toire de notre pays ...
blanc et s’élance à la conquête de l’Elysée.                               partis constitués, bien loin de le soutenir,   ...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Action universitaire - mars 2007

515 vues

Publié le

AU 268

Publié dans : Formation
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Action universitaire - mars 2007

  1. 1. l’Actionuniversitaire ❚ LE JOURNAL DE L’UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE ❚ N°268 ❚ mars 2007 ❚ 2 Euros ❚Dès le premier tour, le 22 avril AUCUNE VOIX NE DOIT MANQUER A NICOLAS SARKOZY par Jacques ROUGEOT, président de l’UNI, professeur émérite à la SorbonneS’ il faut en croire la plupart des commentateurs qui se piquent de forme d’action. On n’en a pas fini avec Chirac. L’homme d’Etat s’apprête assuré- les Français. On laisse ainsi échapper un fac- teur essentiel. Depuis quelques décennies, lasérieux, la campagne présidentielle serait ment à être le plus utile à son pays, mais on France avait été exilée loin des discours poli-d’une médiocrité affligeante parce qu’elle ne peut s’empêcher de penser aussi que l’ar- tiques ou, lorsqu’elle était présente, c’étaitlaisse de côté des questions essentielles tiste prend un plaisir gourmand à intriguer sous la forme géométrique d’un Hexagonecomme l’Europe et la mondialisation. encore son public et à inquiéter ses ennemis, ou comme coupable, plus que tout autrePourtant, toutes les études d’opinion révèlent ses détracteurs et tous ceux qui avaient hâte pays, de multiples crimes historiques. Seulesque cette même campagne suscite un intérêt de le voir momifié. Il est impossible de avaient droit aux honneurs les abstractionsparticulièrement vif parmi les Français. savoir aujourd’hui ce que sera ce nouveau idéologiques à la coloration droit-de-l’hom-Comment expliquer ce paradoxe ? C’est rôle. On peut simplement penser que, avec miste. Certes, un courant en réaction contrepeut-être que la situation électorale se pré- la vitalité qu’il manifeste et la stature qu’il ces aberrations s’est déjà dessiné, mais lessente comme nettement moins simple que s’est acquise, l’ancien président trouvera paroles frappantes de Jacques Chirac joue-lors des échéances précédentes et qu’elle est dans les difficultés que ne manquera pas de ront un rôle décisif dans le retour en forcemarquée par des variations spectaculaires traverser la France des occasions d’affirmer du sentiment patriotique.qui provoquent une tension soutenue. sa présence et de faire servir son expérien- Vue de France, la politique du président deEssayons donc de démêler cet écheveau ce. la République a été assez peu envisagée souscomplexe et de voir les conséquences que Mais, pour l’essentiel, la réussite de cette sor- cet angle. Mais lorsqu’on prend connaissan-nous devons en tirer.. tie tient à la qualité des propos tenus par ce des commentaires émis à l’étranger à l’an- Jacques Chirac et à la lumière qu’ils jettent nonce de son départ, on s’aperçoit que nom- CHIRAC, LA FRANCE sur leur auteur. Lumière pas seulement bre d’entre eux lui reprochent d’avoir mené actuelle mais rétrospective, car elle éclaire le une action inspirée principalement par la ET LES FRANÇAIS personnage dans sa globalité. Certes, le défense des intérêts de la France. A vrai dire, temps est assez loin où il était de bon ton de c’est le plus beau compliment qu’on puisseJacques Chirac a marqué la vie politique le pré-senter comme une sorte de hussard lui adresser. Jacques Chirac, sans agressivitéfrançaise pendant quatre décennies et il l’a dont la culture se limitait à son goût pour la inutile, a su donner à la France, dans ledominée pendant douze ans. Sur la scène trompette de cavalerie. Il avait d’ailleurs lui- concert des nations, un rôle et une image quiinternationale, il est l’un des très rares chefs même contribué à entretenir cette légende n’appartiennent qu’à elle. La mésaventured’Etat qui aient personnellement un poids par une sorte de coquetterie ironique et sans irakienne, entre autres, montre à quel pointconsidérable à l’échelle mondiale, celui, à doute aussi parce que, pour paraphraser le ce rôle original est justifié. La France, dit-oncoup sûr, qui l’a depuis le plus longtemps. Il mot de l’humoriste, c’est un plaisir raffiné souvent, n’est pas un « bon élève ». C’est enest donc entré dans l’histoire. Son parcours d’être traité d’inculte par des analphabètes. effet sa vocation, comme l’avait déjà forte-ne s’est pas effectué sur un tapis roulant. Les Mais le moment était venu de dire la vérité ment réaffirmé le général de Gaulle. Le jouréclats, les trous d’air et les résurrections avec des mots justes. Ce qu’on a surtout rete- où elle ne recevra que des bons points de lan’ont pas manqué. La question se posait de nu, plus que les articles d’une sorte de testa- part du politiquement correct planétaire,façon plus pressante à mesure que le temps ment politique, c’est l’expression de son c’est que la France aura cessé d’être elle-passait et que le suspense se prolongeait : amour pour la France et les Français. Ces même, aura cessé d’exister.comment se ferait la sortie ? Chacun recon- mots simples, révélateurs d’un sentiment Il n’est pas opportun de dresser aujourd’huinaît aujourd’hui, à part quelques profession- profond, sont souvent les plus difficiles à un bilan proprement politique de l’action dunels de l’aigreur et quel que soit le bilan poli- prononcer, dans l’intimité comme en public. président de la République. C’est en revan-tique que l’on tire, que cette sortie a été Ils sont forts lorsqu’ils arrivent à leur heure che le bon moment pour comprendre unremarquablement réussie. et lorsqu’ils ne sont pas galvaudés. Ce fut le peu mieux un personnage public présentéLa réussite tient d’abord à ce que cette sor- cas. comme extraverti, mais au fond pudique ettie n’est pas une fermeture. C’est la fin d’une On a surtout été frappé par l’expression du secret, qui n’a sans doute pas fini de nousphase, d’une certaine forme d’action, mais sentiment, l’amour, et on a prêté moins d’at- surprendre.aussi le passage annoncé vers une autre tention à l’objet de ce sentiment, la France et UNI - UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE - 34 rue Emile Landrin - 92100 Boulogne - ✆ 01.78.16.40.30 - fax. : 01.78.16.40.31 Directeur de la publication : J. Rougeot - CPPAP 0507 G 79428 - dépôt légal premier trimestre 2007 - Mensuel L’action universitaire - page 1
  2. 2. CHIRAC - SARKOZY, UN bout des lèvres», tandis que les adversaires peut compter en son sein. On ne sait pas de Nicolas Sarkozy ont présenté celui-ci assez que la funeste loi sur les trente-cinq JEU TOUT EN FINESSE comme un « Chirac bis », bien pire, évidem- heures, avant d’être enfantée par sa mère ment, que le premier, de façon à pouvoir Martine Aubry, a été engendrée par son pèreLe problème de sa succession s’inscrivait revendiquer, chacun pour soi-même, le Dominique Strauss-Kahn, présenté comme letout naturellement, pour le président, dans le monopole du changement. Finalement, ces modèle du socialiste raisonnable, qui ne metprolongement de l’annonce de son départ. positions contradictoires se sont annulées et que peu de zèle à reconnaître son enfant.Prolongement, mais non confusion. Quelle la question s’est révélée impropre à toute C’est dire que le socialisme au pouvoir aque soit la suite des événements, la carrière exploitation polémique. automatiquement comme premier mouve-de Jacques Chirac, surtout dans sa dernière ment de prendre les mesures les plus nuisi-phase, demeurera comme une tranche d’his-toire sur laquelle il convenait d’apposer un SEGOLENE ROYAL : UN bles, dont les effets sont presque irréversi- bles.sceau. Il ne fallait donc pas mêler dans un DANGER POLITIQUE, UN Ce qui aggrave aujourd’hui la situation, c’estmême propos les deux versants de la situa- que les dimensions et le rythme des événe-tion actuelle. CAS PSYCHOLOGIQUE ments historiques se sont fortement ampli-Les questions de succession, lorsqu’elles ne fiés en quelques années. Pendant longtemps, Nous avons donc, plus que jamais, toutes lessont pas réglées par un mécanisme automa- en régime de croisière, le poison ne se raisons pour concentrer nos forces afin detique, sont souvent très difficiles à résoudre, répandait pas trop vite dans l’ensemble de faire élire le candidat qui s’impose à droite,surtout lorsqu’il s’agit de la transmission du l’organisme et on disposait d’un peu de Nicolas Sarkozy. Mais le combat est loin d’ê-pouvoir suprême. Dans le cas présent, les temps pour atténuer les dégâts. Aujourd’hui, tre gagné, les adversaires demeurent redou-difficultés semblaient multipliées par toute avec la mondialisation et l’appétit impatient tables et il faut regarder en face quel type desorte de facteurs. On n’y reviendra pas ici, des pays émergents, un pays foncièrement danger représente chacun d’eux.car il est inutile d’ajouter quelques gouttes prospère comme la France peut s’enfoncer Malgré toutes les oscillations du pendule desaux flots d’encre déversés jusqu’à présent. brutalement. Nous n’avons plus les moyens sondages, l’adversaire le plus dangereuxDisons simplement qu’aux questions poli- de nous offrir, par caprice, une « expérience demeure Ségolène Royal. En dehors de toustiques, en elles-mêmes très délicates, » socialiste dont, au demeurant, nous les facteurs personnels, que nous envisage-venaient s’ajouter des facteurs humains agis- connaissons fort bien les résultats. rons plus loin, elle dispose d’un potentielsant encore davantage sur la sensibilité. Cela Pouvons-nous enfin nous bercer de l’espoir électoral qui lui est presque automatique-nous rappelle que la politique, c’est-à-dire que, en cas de victoire de Ségolène Royal, la ment acquis. Elle est le candidat uniquel’histoire au présent, est faite par des êtres personnalité de la présidente viendrait atté- investi par le Parti socialiste. Celui-ci détienthumains au fort tempérament, donc aux pas- nuer les méfaits du système ? En fait, après au sein de la gauche une position dominan-sions vives. une période de lévitation sentimentale, les te qui s’est encore renforcée au cours desCette fois-ci, le problème à résoudre relevait témoignages qui s’accumulent font apparaît- dernières années. La mésaventure de 2002,de la quadrature du cercle. Le souverain en re une image de la dame beaucoup plus qui a entraîné l’élimination de Jospin au pre-fonction n’avait pas la pleine liberté de choi- sombre et même franchement inquiétante. mier tour, bien loin de constituer un précé-sir son dauphin. La position finalement rete- Il faut d’abord se garder de sous-estimer la dent, fait aujourd’hui fonction de repoussoir.nue devait faire l’objet d’un accord entre les candidate socialiste. Après la femme à la fois La volonté de « voter utile » est forte parmideux parties et, qui plus est, chaque solution charmeuse et maternelle, on a cru avoir affai- les électeurs de gauche. Elle est secondée parenvisageable comportait des inconvénients re à une gaffeuse invétérée, c’est-à-dire, dans la répartition des candidatures, puisque lespour le candidat. Celui-ci avait besoin du tous les cas, à un personnage inoffensif qui deux principaux candidats qui ont fait perd-potentiel encore très important de l’électorat ne cessait de perdre des points dans les son- re des voix à Jospin - Christiane Taubira etde droite légitimiste, donc besoin du soutien dages. Pourtant, il faut bien constater qu’elle Jean-Pierre Chevènement - sont aujourd’huidu président. Mais, comme l’air du temps est a su tirer les leçons de l’expérience : les rentrés piteusement au bercail et que les aut-porteur d’une aspiration au changement, dif- bourdes ont disparu, les sondages ont res, ceux qui se situent à gauche de la gau-fuse mais réelle, le successeur ne pouvait pas recommencé à monter et la situation s’est che, semblent réduits électoralement à desapparaître comme un simple continuateur. La stabilisée à un niveau assez élevé. Ces résul- poussières bien plus menues qu’il y a cinqsolution choisie, certainement à la suite d’un tats, elle les doit à une volonté implacable ans. Objectivement, Ségolène Royal disposeaccord entre les deux hommes, est à la fois mise au service d’un orgueil sans mesure qui donc au départ d’un réservoir beaucoup plusélégante et efficace. Le « soutien » du prési- l’amène à considérer que le reste de l’huma- fourni que Jospin en 2002 et il faudraitdent est affirmé explicitement (contrairement nité ne pèse pas lourd à côté de ses capaci- qu’elle subisse une forte déperdition pourau simple vote à titre personnel de Chirac tés transcendantes. n’être pas présente au deuxième tour. A par-pour Giscard en 1981), les « qualités person- Et c’est bien ici que se situe le nœud de la tir de là, l’issue du scrutin est totalementnelles » du candidat sont reconnues, ainsi personnalité de Ségolène Royal, ce qui l’em- incertaine.qu’une certaine forme de légitimité politique pêche d’être une dame de fer et qui pourrait L’hypothèse d’une accession de la gauche au« naturelle » du fait de l’investiture de l’UMP. amener certains à prononcer à son sujet des pouvoir est donc parfaitement envisageable.Mais l’intervention présidentielle n’a rien de expressions comme égocentrisme patholo- Dès lors, tout électeur de droite tant soit peula solennité d’un adoubement féodal : la gique à tendance paranoïaque. Les témoi- conscient doit avoir comme premier objectifforme est soigneusement équilibrée (une gnages à cet égard sont saisissants par leur d’éviter cette éventualité. On ne devrait plusallocution télévisée, mais pas à une heure de nombre, leur concordance et leur virulence. avoir à démontrer que le socialisme estgrande écoute), les propos sont nets mais Ecartons à ce sujet tout malentendu. D’abord intrinsèquement mauvais, mais il est vraisobres. Successeur naturel, Nicolas Sarkozy il ne s’agit pas de franchir les limites de la que, dans certains pays, le socialisme idéolo-n’est pas pour autant entravé par le boulet vie privée ou de faire de la psychologie à gique est tellement dilué dans le socialismed’un héritage trop contraignant. deux sous. Il s’agit de savoir si, dans l’exer- politique au pouvoir que sa nocivité se trou-L’objectif visé semble bien avoir été atteint, cice de ses fonctions publiques, la candidate ve fortement réduite. En France, nous avonscomme en témoignent les commentaires socialiste n’a pas fait apparaître des tendan- le triste privilège de bénéficier d’un partidivergents qui ont suivi la prise de position ces caractérielles peu compatibles avec la socialiste obstinément figé sur ses positionsde Jacques Chirac. Les médias, toujours avi- détention du pouvoir suprême. Il ne s’agit idéologiques d’un autre âge et qui fait peserdes de créer la zizanie dans le camp de la pas non plus de recueillir des ragots éma- son emprise sur toutes les personnalités qu’ildroite, ont souvent parlé d’un soutien «du nant ou bien de personnages subalternes oupage 2 - L’action universitaire
  3. 3. bien de rivaux directs qui seraient, très bana- sonnel sans contrôle aucun, qui annonce le toire de notre pays entre 1946 et 1958 n’ontlement, inspirés par une volonté de dénigre- pire si jamais elle l’emporte ». Les derniers aucune peine à reconnaître, dans les « nou-ment. Ce qui est quasi sans exemple dans le mots du livre, après l’évocation d’un risque velles » institutions brevetées Bayrou, unecas présent, c’est que les témoignages acca- d’ « embolie » pour notre pays, expriment résurgence de la IVème République à peineblants émanent de personnes désintéressées, un ultime avertissement : « La France ne rafraîchie par quelques coups de peinture.généralement des collaborateurs pleins de peut s’offrir le luxe de cinq ans d’errements L’essentiel est bien présent, dans les méca-bons sentiments au départ et finalement et d’immobilisme. Elle ne s’en remettrait pas nismes, avec le retour au parlementarisme etassez effarés pour se sentir obligés de tirer le ». Tel est le jugement d’un homme compé- au scrutin proportionnel, et aussi dans lesignal d’alarme. tent, socialiste sincère et dévoué, qui en arri- fonctionnement, avec l’impossibilité de cons-Le seul embarras que l’on ait pour illustrer ve à saborder sa carrière politique parce qu’il tituer une majorité stable et le rôle straté-cet aspect de la personnalité de la candidate a vu de l’intérieur la réalité de ce que serait gique conféré à un parti centriste, minoritai-est de faire un choix parmi les témoignages. le pouvoir socialiste et qu’il ne veut pas en re certes, mais inévitable pour former desClaude Allègre, dont elle a été la ministre être le complice. majorités de rechange et prêt à vendre auxdéléguée lorsqu’il était lui-même ministre de Ajoutons que, en dehors même de Ségolène enchères son soutien à un gouvernementl’éducation nationale, parle de « l’hypertro- Royal, on découvre certains aspects du parti qu’il renversera quelques mois ou quelquesphie formidable de l’ego de cette femme ». Il socialiste qui ne peuvent guère inciter les lec- semaines plus tard.évoque l’ambiance qu’elle fait régner autour teurs à lui apporter leurs voix, qu’il s’agisse Certains commentateurs s’interrogent grave-d’elle : « Les relations avec mon cabinet, du portrait de telle gloire vénérée (Pierre ment sur les idées et le programme devoire même avec le sien, étaient exécrables. Mauroy débitant « un tissu d’âneries, sur un François Bayrou. Ils essaient d’abord de les(…) Bon nombre de ministres ne la suppor- ton pontifiant. Une logorrhée prétentieuse, extraire et de les identifier, car leur auteurtaient pas ». Il précise même : « Elle était ahurissante… ») ou, plus généralement, du fait preuve sur le sujet d’une discrétionhautaine et distante avec ses collaborateurs et secrétariat national du PS (« J’y ai passé tant extrêmement pudique. Ils s’efforcent ensuitele personnel, surtout celui du bas ». Cette de vaines réunions à écouter les uns ponti- de les analyser, d’en évaluer la portée, sedernière remarque pourrait passer pour ano- fier, les autres comploter, à perdre du temps demandant en particulier s’ils sont plutôt dedine. Elle est pourtant extrêmement sévère, en palabres codées…). J’invite aussi mes droite ou plutôt de gauche. S’il est unet même inquiétante, car elle révèle de la petits camarades à sortir de leur culture homme qui doit bien s’amuser de toutes cesbassesse dans le personnage. Remarquons au paranoïaque ». Une phrase synthétique résu- spéculations, c’est François Bayrou, car il saitpassage que, sur ce point particulièrement, la me bien la situation dans son ensemble : « bien, lui, qu’il se soucie comme d’une guignecandidate socialiste est à l’exact opposé de Le parti socialiste, poussé par les Verts, par des idées et des programmes, qui ne sont làJacques Chirac, qui peut être assez rude une partie de l’extrême gauche, tourmenté que pour servir de leurre. Le véritablepour ceux qu’il trouve sur son chemin, mais par ses propres démons internes, et entraîné moteur de son action, c’est la stratégie, unequi s’intéresse spontanément aux humbles et joyeusement par Ségolène Royal, est sur stratégie qui puisse le conduire au pouvoirqui, éventuellement, leur vient en aide, loin quantité de sujets en train de basculer vers suprême. Il la met en œuvre méthodique-des micros et des caméras. l’obscurantisme». ment depuis 2002, en tirant les conséquen-Il faudrait citer presque en entier le livre Un livre sévère, donc, voire terrible, mais qui ces logiques de son refus de s’intégrer àd’entretiens d’Eric Besson, récemment enco- ne regarde pas la situation par le trou de la l’UMP. Partant d’un statut d’allié, qui lui are secrétaire national du parti socialiste, en serrure. Rien sur la vie privée de qui que ce permis de faire élire assez de députés pourcharge de l’économie, qui a démissionné soit, ni sur d’éventuels défauts intimes. Tel constituer un groupe parlementaire, il aparce qu’il ne voulait plus cautionner les est bien le point de vue auquel doivent se ensuite pris, systématiquement, de plus enaberrations de Ségolène Royal. Il confirme le placer les citoyens qui, avant de voter, ont à plus de distance avec la majorité gouverne-diagnostic psychologique qui fait l’unanimité répondre à cette question : Comment mentale, finissant par rejeter le budget et parde tous les témoins : « Seule sa propre gloi- Ségolène Royal exercerait-elle son pouvoir, et voter la censure. L’élection présidentielle estre la motive ». Mais ce qui est le plus inté- pour quelle politique, si elle était élue prési- l’aboutissement de cette stratégie.ressant, c’est qu’il montre les aspects propre- dente de la République ? Toutes les pièces du Dans la phase actuelle, cette stratégie com-ment politiques du comportement de dossier conduisent inéluctablement à répon- porte deux points essentiels : la confectionSégolène Royal, tels qu’ils se manifestent avec dre que cette éventualité serait catastro- d’un personnage et le choix d’une ligne sim-acuité dans la conduite de sa campagne élec- phique pour la France. ple. La ligne, c’est le changement des don-torale. Il dénonce «l’arbitraire, des décisions nées de base archaïques de la vie politiqueincompréhensibles, l’opinion flattée, distrai- BAYROU : L’ART DE FAIRE française, le dépassement de l’antagonismete, amusée, et des catastrophes économiques entre la droite et la gauche, le rassemblementprogrammées » et, plus loin, « une incompé- DU NEUF AVEC DU VIEUX des bonnes volontés (“Si tous les gars dutence, une absence d’expérience, une mécon- monde voulaient se donner la main…”`), l’as-naissance des dossiers », ou encore : « Une Il arrive que François Bayou dise la vérité. sainissement des règles d’un jeu devenu mal-fuite vers le n’importe quoi ». « Avec l’aven- Par exemple lorsqu’il se réclame d’un enra- sain. Le personnage, c’est celui d’un hommeture Royal, dit-il encore, on est entré dans le cinement dans certaines traditions françaises. équilibré, honnête et compétent, un peu à laroyaume de l’improvisation, de l’amateuris- C’est ainsi que, du temps de nos grand- manière de Georges Pompidou, agrégé desme et de l’apparence». mères et au-delà, les femmes savaient fort lettres ayant conservé des racines terriennes,Le plus frappant, dans ce long témoignage, bien, par nécessité financière ou par princi- pas Enarque, bon exemple de promotionréside sans doute dans la force et la solenni- pe d’économie, faire du neuf avec du vieux. sociale au mérite, représentatif du bonté des prédictions annonçant les conséquen- Le pantalon effrangé du fils aîné se métamor- Français moyen. La combinaison de la ligneces d’une éventuelle victoire de la candidate phosait en une culotte courte très présenta- et du personnage produit un scénario desocialiste. Dès le début, le ton est donné : « ble pour le cadet, la jupe devenue trop cour- bande dessinée. Le brave homme découvreJe pense, en conscience, que Ségolène Royal te retrouvait une juste longueur et un air tout d’un coup avec consternation le tristene doit pas devenir Présidente de la pimpant grâce à l’adjonction d’un volant, le spectacle offert par la politique françaiseRépublique. Je ne le souhaite pas pour mon manteau défraîchi redevenait comme neuf depuis plusieurs décennies. N’écoutant quepays. Je le redoute pour mes enfants ». Plus après son passage chez le teinturier. François son sens du devoir, et même porté par uneloin, après avoir dénoncé « une com’ si- Bayrou a manifestement décidé d’adapter ces inspiration supérieure qui lui assigne la mis-rupeuse, s’il y en eut », Eric Besson ajoute : bonnes vieilles recettes aux institutions de la sion d’arracher la France aux griffes des« Mais cette com’ masque un pouvoir per- France. Ceux qui connaissent un peu l’his- impurs, il enfile son armure de chevalier page 3 - L’action universitaire
  4. 4. blanc et s’élance à la conquête de l’Elysée. partis constitués, bien loin de le soutenir, dualistes, volontiers critiques voire fron-Qui l’aime le suive. feraient tout pour prendre leur revanche à la deurs, regratteurs de virgules, et qu’ilsBien entendu, la réalisation de ce beau pro- première occasion. Qui plus est, les premiers aiment bien « donner une leçon » aux hom-jet suppose que le chevalier blanc surgisse pas d’une présidence Bayrou ne prendraient mes politiques de leur camp, en particulieraux yeux de tous comme un homme neuf, pas la forme d’un joyeux désordre. Le per- en s’abstenant au premier tour ou en votantnimbé d’une sorte de virginité politique. A sonnage, dépourvu de convictions et de sub- de façon fantaisiste. Mais on veut espérerl’égard de la virginité, M. Bayrou retrouve et stance politique, serait prêt aux compromis- aussi que les gens de droite savent faire fonc-transpose des réflexes ancestraux. A l’époque sions les plus pernicieuses pour conserver tionner leur cerveau et qu’ils ont le sens deoù les demoiselles étaient censées arriver au pendant quelque temps des bribes de pou- leur responsabilité, qualités dont ils aiment àmariage en étant encore, comme on disait voir. La façon dont il a exercé ses fonctions se réclamer. La combinaison de ces diversalors, « de vraies jeunes filles » (ceci se pas- au ministère de l’éducation nationale, en facteurs doit les amener à penser qu’ils n’ontsait dans des temps très anciens), celles qui donnant toutes les satisfactions aux syndicats pas la possibilité de tracer le portrait-robotavaient pris quelques libertés prématrimo- de gauche pour acheter un peu de tranquilli- du candidat qui leur conviendrait parfaite-niales s’efforçaient de les faire oublier en té, donne une première idée de ce que se- ment, et que, par conséquent, ils doiventaffectant un air d’austère pudibonderie et en raient ses méthodes de gouvernement. La voter dès le premier tour pour celui qui sedisant pis que pendre de la conduite des politique d’un Bayrou président ne pourrait rapproche le plus de ce qu’ils souhaitent.dames mariées. se caractériser que par un mélange, en pro- Troisième devoir : savoir faire preuve deSi les enjeux de l’élection présidentielle n’é- portions variables, de chaos et de déliques- simplicité. Certains électeurs, surtout à droi-taient pas aussi importants, on pourrait cence. te, se piquent de subtilité et s’attribuent desconsidérer cette histoire comme une simple talents de tacticiens dignes de Machiavel oufantaisie comique. Bayrou, loin d’être un per- UNE NECESSITE : VOTER de Talleyrand. Leur terrain de manœuvredreau de l’année, est un politicien profes- favori est généralement la préparation dusionnel depuis plusieurs décennies. Outre SARKOZY DES LE deuxième tour. A la suite de calculs savants,qu’il a été ministre de l’éducation nationale ils se persuadent que, pour favoriser la vic-(très mauvais d’ailleurs) pendant quatre ans, PREMIER TOUR toire finale de leur candidat, ils doivent auil a toujours nagé dans les eaux du centris- Nous avons exposé, depuis le début de la premier tour voter pour un autre de façon àme à des postes de responsabilité. Malgré campagne, les très bonnes raisons que nous faire tomber un troisième. Nous voyons biencela, on ne peut pas écarter d’un revers de avons de soutenir Nicolas Sarkozy. Ces rai- ce genre de calcul se répandre aujourd’hui.main le scénario auquel il rêve. Ses chances sons n’ont fait que se renforcer au fil des Certains partisans de Sarkozy, selon qu’ilsde réalisation ne sont pas très fortes, mais semaines. Nicolas Sarkozy a confirmé aux estiment que c’est Ségolène Royal ou Bayrouelles ne sont pas nulles, en raison des incer- yeux de tous sa stature d’homme d’Etat. qui serait le plus dangereux au deuxièmetitudes, voire des inquiétudes, du corps élec- Quant à ses adversaires, plus on envisage ce tour, envisagent de favoriser celui qu’ilstoral. Cette instabilité s’est d’abord manifes- que seraient les conséquences de leur élec- croient inoffensif. Dans la situation complexetée par un engouement sentimental et irra- tion, plus il apparaît qu’elles seraient catas- et imprévisible où nous nous trouvons, touttionnel pour Ségolène Royal. Cet engouement trophiques pour la France. Comme il est calcul est vain. Le comble de la subtilité théo-est quelque peu retombé, mais la bulle ne d’autre part évident que l’issue du scrutin rique serait le comble de la stupidité pra-s’est pas dégonflée. Nul ne peut prévoir ce sera imprévisible jusqu’au dernier jour, la tique. Transposons au cas présent la sagesseque seront les fluctuations de l’électorat, qui situation nous dicte de façon impérative ce du général de Gaulle, qui s’envolait verspeuvent varier jusqu’au jour du scrutin. que doit être notre attitude dès le premier tour. l’Orient compliqué avec des idées simples.Quant aux conséquences que pourrait avoir Il va de soi que notre premier devoir est un Dans ce scrutin dont l’enjeu est essen-l’éventuelle victoire de François Bayrou, il ne devoir de mobilisation, non seulement defaut pas non plus les minimiser. Certains tiel pour la France, l’essentiel du résul- nous-mêmes, mais également de toutes lesseraient tentés de ne voir dans un tel résul- tat se jouera au premier tour. Celui-ci personnes sur lesquelles nous avons quelquetat qu’une variante de l’établissement d’un influence. La victoire ou la défaite, avec des peut fonctionner à la manière d’un cou-pouvoir de droite et de penser que, par conséquences gigantesques, peut dépendre peret, comme en 2002. De toute façon,curiosité, on ne risquerait pas grand chose à du déplacement de quelques voix. Cette affir- il créera un rapport de forces et unetenter l’expérience. Un tel raisonnement mation n’est pas une formule rituelle et pure- dynamique qui seront décisifs pour lerévèle une inquiétante légèreté d’esprit. Il est ment théorique. N’oublions pas que, en second tour. Le bien de la France passed’abord évident que Bayrou ne trouverait 1997, il aurait suffi de déplacer moins de par la victoire de notre candidat.aucune majorité pour gouverner. Les effectifs quinze mille voix pour que nous rempor-squelettiques de son parti sans militants et Le 22 avril, aucune voix de tions la victoire.sans appareil ne pourraient pas être décuplés Autre devoir : faire preuve de discipline. On droite ne doit manquer àd’un coup de baguette magique et les grands sait bien que les gens de droite sont indivi- Nicolas Sarkozy . l’Action Nom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prénom : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . universitaire LE JOURNAL DE L’UNION NATIONALE INTER-UNIVERSITAIRE Adresse : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Code Postal : . . . . . . . . . . Ville : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tél. : . . . . . . . . . . 34 rue Emile Landrin 92100 Boulogne Profession : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Etablissement : . . . . . . . . . . . . . . . . . . ✆ 01.78.16.40.30 ❏ désire s’abonner à l’Action universitaire 38 euros (un an) fax. : 01.78.16.40.31 ❏ désire souscrire un abonnement de soutien à partir de 230 euros : . . . . ❏ désire soutenir financièrement l’UNI et verse : ❏ 300 euros ❏ 500 euros ❏ 1.000 euros ❏ . . . . . . . euros Imprimé par nos soins ❏ déclare adhérer à l’UNI 35 euros (lycéens 5 euros, étudiants 10 euros, membre bienfaiteur 100 euros, cotisation de soutien à partir de 200 euros) CCP 30 075 33 Y Orléans La Source Date et signature : page 4 - L’action universitaire

×