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  1. 1. 173.qxd 27/02/07 15:29 Page 14 Parents et enfants ensemble à l’école, une expérience de marché de connaissances qui tisse les liens d’une communauté éducative Jeune enseignante, venue à l’Éducation nationale et au mouvement Freinet à l’occasion d’une forma- tion proposée par le Mouvement des Réseaux d’Échanges Réciproques de Savoirs (M.R.E.R.S) en juillet 1994, Juliette Gasselin n’a jamais oublié les valeurs et les pratiques qui animent ces réseaux. Elle travaille depuis 7 ans à l’école de Montbernard (31) en RPI (Regroupement Pédagogique Intercom- munal) en cycle 3. Elle est seule dans sa classe, les deux autres classes-écoles situées à quelques kilo- mètres de la sienne,accueillent les deux autres cycles. Considérant la venue volontaire frir à tous l’occasion de réfléchir aux plaçait largement un lourd spec- des parents à l’école comme une conditions de l’apprentissage, tacle de fin d’année. grande victoire, et même comme scolaire ou non, et surtout de faire J’avais présenté à la dernière une sorte de prévention aux soucis venir les parents à l’école, pas seule- « heure des parents » du mois de juin relationnels qui peuvent entamer ment avec leurs propres angoisses le principe des échanges réciproques les rapports entre parents et ensei- scolaires conscientes et inconscien- de savoirs entre adultes et enfants, gnants,je me suis lancée dans l’aven- tes,mais comme porteurs de savoirs principe qui a éveillé la curiosité de ture du marché de connaissances « quotidiens », ou originaux, dans tous et l’envie de se lancer. grâce au coup de pouce du stage de une école où l’apprentissage et l’en- Pour l’année 2004-2005, les ren- Belley en août 20041. seignement seraient célébrés com- contres périodiques avec les L’éducation mutuelle peut instau- me une fête. parents ont été planifiées par les rer une image positive de soi en enfants, qui ont voulu en diversi- mettant la personne sur le chemin fier les modalités : deux « heures de sa propre découverte,reconnaître Les parents à l’école des parents », deux marchés de les savoirs de quelqu’un c’est le connaissances, une pièce de reconnaître comme auteur de sa L’an dernier (2003-2004), l’école théâtre finale. pensée, c’est l’autoriser, au sens de invitait les parents tous les mois À la première heure des parents, « rendre auteur », à participer à une à « l’heure des parents », organisée mi-novembre 2004, nous avons communauté. par les enfants pour montrer à donc annoncé le premier « marché Mon objectif principal était de leurs parents leurs productions, des connaissances », prévu le permettre aux parents et aux leurs réalisations et leur faire 2 février 2005. Le principe était que enfants de se rencontrer sur le terrain partager la vie de la classe… Elle les enfants seraient ce jour-là les de l’apprentissage en général, d’of- avait un grand succès et rem- enseignants des parents, devenus 14 Le nouvel éducateur – n° 173 – Novembre 2005
  2. 2. 173.qxd 27/02/07 15:29 Page 15 élèves pour l’occasion, et des autres Du premier marché, je retiens surtout la vache, arrivée avec un papa enfants de l’école. que je ne connaissais toujours pas, alors que ses enfants étaient scola- risé dans l’école depuis mon arrivée 6 ans auparavant… Je retiens la La préparation fierté de cette famille, reconnue ce jour-là par l’école dans des compé- du premier marché tences non scolaires, et la convivialité de ce moment où tous les parents d’élèves agriculteurs avaient discuté de leur métier entre eux et avec Trois semaines avant la date les autres parents. Mon rêve de communauté éducative agrandie se prévue, les enfants et moi avons réalisait, un instant, un instant seulement… Paradoxalement, cet atelier préparé le projet « marché de n’avait respecté aucune des règles de préparation : il n’avait pu être connaissances » en cherchant cha- testé précédemment faute de vache à proximité, l’enfant proposant ce cun un « savoir » à transmettre, savoir ne savait pas réellement traire, son affiche de présentation était autrement dit à enseigner, et un à illisible malgré ses efforts, et presque toute l’attention avait été mono- polisée par cette vache dans la cour… Et pourtant, c’est cette vache recevoir, donc à apprendre. Nous qui a délivré son petit propriétaire de son complexe vis à vis de la avons retrouvé avec joie les sens culture scolaire : en le reconnaissant dans son quotidien, en faisant précis de ces deux verbes que sont venir glorieusement son père métayer à l’école, il a pu se rendre dispo- enseigner et apprendre,et puis nous nible aux infinies exigences de l’orthographe, notamment, pour le reste avons exploré les savoirs, scolaires de l’année. et non-scolaires : savoir lire l’heure, C’est encore cette vache, si extra-scolaire, qui a constitué le souvenir savoir broder au point de croix,savoir inoubliable de ce jour-là, c’est elle que tout le monde a pu caresser et faire des tours de magie, savoir traire, c’est sa présence, jugée envahissante par certains, qu’on a pu compter les euros, savoir faire du critiquer ensuite, c’est la non-maîtrise du savoir proposé qui a pu être roller, savoir faire des avions en révélée sans douleur pour l’amour propre (même la maîtresse avait papier, savoir jouer du xylophone, eu du mal à la traire)… Bref, un succès qui a permis d’affiner l’orga- savoir allumer une ampoule, savoir nisation, un échec qui nous a beaucoup appris au moment du bilan traire une vache… Tous ces savoirs du premier marché, bilan qui fait partie intégrante des objectifs de ce avaient l’occasion d’être présentés à genre de projets, et qui permet de développer un regard a posteriori. la réunion quotidienne, mais pas d’être valorisés socialement comme tériel nécessaire (avec la possibilité un instrument… Enfin,il fallait tester lors d’un marché. d’être remboursé par la coopérative) l’atelier sur des volontaires afin de Quelques enfants n’avaient rien et définir les critères de réussite de le perfectionner pour le grand jour, à proposer spontanément, ils ont l’apprentissage qu’il proposait :obte- et déterminer une durée optimale attendu que d’autres leur révèlent nir un verre de lait, faire briller une et des stratégies pédagogiques,avec leurs compétences par leurs deman- ampoule, enchaîner des notes sur mon aide si nécessaire. des, mais tous voulaient apprendre quelque chose… D’autres enfants ont beaucoup hésité,avant de choisir un savoir scolaire bien identifié, mais pas toujours maîtrisé, qu’il a fallu acquérir pour l’occasion. Je les ai ensuite invités à se remé- morer les conditions d’apprentissage : ce que tu sais, quand et comment l’as-tu appris ? Cette étape, qui m’a semblé très pauvre au début,se révèla plus féconde au second, avec l’habi- tude du questionnement métaco- gnitif2, né de ce premier marché. Puis chaque enfant devait choi- sir un atelier à proposer,réunir le ma- Le nouvel éducateur – n° 173 – Novembre 2005 15
  3. 3. 173.qxd 27/02/07 15:29 Page 16 Une fois sûr de son atelier,chaque que seuls les parents d’Europe du Lors de ce deuxième marché, enfant a préparé une affiche pour le Nord se sont investis, les autres un des enfants du cycle 2 a présenter le jour du marché, de la restant très timides pour proposer proposé un savoir « vécu » en manière la plus alléchante possible. un apprentissage, mais enthou- intitulant son stand « Je suis Cette affiche cartonnée comportait siastes pour apprendre. Une mamie allé au Maroc ! ». Préparé sans le titre, la durée, le nombre maxi- venue pour l’occasion a appris à se aide, ni de l’école ni de la mum de participants acceptés,et un servir de la souris d’un ordinateur, maison, il a proposé une palette feu soit rouge soit vert (pour préve- d’autres se sont retrouvés déguisés très diversifiée de documents nir de la disponibilité de l’atelier). en touaregs au stand « fabriquer un (cartes, objets de cuir, photos, Nous avons ensuite défini deux déguisement ». Une feuille par « de- fascicules touristiques, photos groupes,qu’on a appelé deux « mar- mandeur »,intitulée le « panier »,qui qu’il essayait de localiser sur la chés », pour que chacun puisse ce reprenait la fiche des trois questions carte, morceau de pierre jour-là être donneur et receveur, de du premier marché, permettait de odorante…) pour offrir l’im- manière à contenter tous les enfants, faciliter les bilans individuels des pression d’y être allé… Moi qui et respecter la réciprocité des situa- participants. étais déjà allée au Maroc, j’ai éprouvé l’émotion de la décou- tions. Le coin informatique fut l’occa- verte de « son » Maroc, de son Le jour J,sur une feuille de présen- sion d’une véritable reconnaissance savoir sur ce pays… et j’ai eu tation, distribuée à chaque partici- des enfants par leurs aînés,ce renver- la sensation d’apprendre à pant,chaque atelier était inscrit avec sement des rôles traditionnels a aidé connaître le Maroc et le voya- le prénom de l’enfant responsable, à changer le regard des parents sur geur, accompagnée par ce petit le titre de son atelier,le nombre maxi- l’école et sur leurs enfants, et les bonhomme très fier de lui. Sa mum de participants, le lieu et la enfants à être plus disponibles aux première venue à l’école des durée. Chaque marché durait trois apprentissages scolaires. grands a été un vrai succès quarts d’heure. On a conservé les Les participants ont unani- public, indépendamment de mêmes modalités par la suite, mais mement apprécié ces moments, son niveau scolaire, qui n’était en imposant une durée standard demandé qu’ils soient reconduits pas convié ce jour-là à l’école… d’un quart d’heure par atelier, afin l’année suivante et élargis à la ma- de permettre des rotations collec- ternelle. tives, et d’éviter aux enfants don- neurs de savoirs, souvent seuls à Les échanges de savoirs concer- culture scolaire commune peut aussi gérer leur atelier, d’avoir à surveiller nent tous les savoirs, scolaires ou passer par la reconnaissance de la le temps en plus de leurs élèves… pas, et les savoirs non scolaires peu- culture familiale personnelle. Pour vent permettre l’entrée dans les conclure, je tiens à inscrire cette Le deuxième marché savoirs scolaires en modifiant les démarche dans une recherche péda- représentations de l’école et de l’ap- gogique élargie, qui vise à proposer prentissage, et la perception que aux enfants un environnement riche, Le marché suivant,le 18 mai 2005, chacun a de soi-même. L’accès à la dans lequel le cheminement de nous a donné l’occasion de changer la donne : les parents d’élèves de chacun est également reconnu cycle 3 étaient invités à devenir comme valable. « passeurs de savoirs », et les élèves Juliette Gasselin du cycle 2 invités à « l’école des école de Montbernard grands »,leur future école,pour offrir juliette.gasselin@ac-toulouse.fr leurs savoirs, notamment à leurs 1 En effet Roger Beaumont y a proposé des outils, propres parents. notamment une fiche d’atelier et une charte Nos parents d’élèves ont rivalisé des marchés des connaissances, qui permet- d’ingéniosité, ils nous ont enseigné tent de se lancer avec un filet :l’expérience réus- à faire des balles en papier, à obser- sie des autres ! 2 La métacognition désigne les réflexions sur les ver différents sels au microscope, à conditions d’apprentissage, un savoir sur l’ac- faire du pain… Je dois reconnaître quisition du savoir… 16 Le nouvel éducateur – n° 173 – Novembre 2005

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