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DÉBAT PUBLIC PPE
244, boulevard Saint-Germain – 75007 Paris - France
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REMETTRE LA TRANSITION ENERGETIQUE
DANS LA BONNE VOIE
UN CONSTAT PREOCCUPANT
La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV)
est le référentiel par rapport auquel il convient d’apprécier l’évolution de
la situation énergétique du pays. Nous commencerons donc ce cahier
d’acteur en comparant, à fin 2017, l’évolution des principaux critères
retenus par la LTECV au regard de la trajectoire permettant d’atteindre les
objectifs fixés par la loi pour l’horizon 2030. Le tableau 1 fournit ces
éléments de comparaison pour les quatre critères essentiels de la LTECV.
Réalisations
1990
Réalisations
2012
Réalisations
2017
2030
(objectifs
LTECV)
2017
selon
trajectoire
LTECV
Ecarts
Réalisations
2017/
trajectoire
LTECV
Emissions de
CO2 (CVC) (Mt)
364,1 329,7 317,0 218,5 298,8 6,1%
Consommations
d'énergie finale
(CVC) à usage
énergétique
(Mtep)
128,6 141,9 141,3 113,5 134,0 5,4%
Consommations
primaires
d'énergie
fossile (CVC)
(Mtep)
133.1 130.4 121.4 87,3 114,3 6,2%
Contributions
EnR en % de la
consommation
d’énergie finale
12,1% 15,9% 18,8% 32,0% 20,3% -1,5%
Tableau	1	:	Chiffres-clas	de	la	transition	énergétique	(Source	:	SDES)	
Cet état des lieux est très préoccupant. Tous les indicateurs sont au
rouge : les émissions de CO2 et les consommations d’énergie se situent aux
environs de 6 % au-dessus des niveaux qui devraient être les leurs. Seules
les énergies renouvelables, qui ont bénéficié d’une priorité absolue au
cours de la dernière décennie dans la répartition des aides publiques,
tirent à peu près leur épingle du jeu, mais avec des contributions
énergétiques qui restent modestes.
Aujourd’hui, les objectifs de la LTECV, et par ricochet ceux de la SNBC, ne
sont pas en voie d’être atteints. En 2017, la France a émis environ 20 Mt de
CO2 en excédent de la trajectoire prévue.
Ancien Ministre de
l'environnement, ancien
Ambassadeur des négociations
internationales sur le climat et
Ancien Coordonnateur exécutif
de la Conférence des Nations
unies sur le développement
durable (Rio+20), Brice Lalonde
est président de L’association
Equilibre des Energies (EdEn), qui
rassemble des entreprises et des
associations représentatives des
mondes du bâtiment, de l’énergie
et de la mobilité.
Le présent cahier présente une
vision globale de la façon dont la
transition énergétique devrait
être conduite par le canal de la
PPE, en tenant compte des
résultats très préoccupants
enregistrés à fin 2017. Deux
cahiers d’acteur sectoriels
viennent le compléter, l’un relatif
à la mobilité électrique (n°45), est
déjà publié par l’association
l’autre relatif au secteur du
bâtiment sera publié par Jean-
Pierre Hauet, Président du
Comité scientifique d’EdEn.
CAHIER D'ACTEUR
N°0 Juin 2018
Commission particulière
du débat public PPE
244 boulevard Saint-Germain 75007 Paris
ppe@debat-cndp.fr
http://ppe.debatpublic.fr
LES CAUSES DE LA DERIVE
Ces mauvaises performances étaient déjà perceptibles à
fin 2016. Elles se sont amplifiées en 2017 et s’expliquent
pour partie par des facteurs conjoncturels (performances
assez médiocres du nucléaire et faible production
hydroélectrique). Cependant il existe des causes plus
fondamentales qu’il faut prendre en compte, si l’on veut
éviter d’entrer dans un cercle vicieux où les retards
viendront chaque année s’accumuler.
L’EFFET DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE
La première cause est liée à la croissance économique.
Pendant 15 ans, les indicateurs énergétiques ont été
profondément affectés par la délocalisation des activités
industrielles grosses consommatrices d’énergie dans un
contexte de quasi-stagnation économique. La crise de
2008/2009 est venue de plus perturber les séries
statistiques avec des régressions auxquelles l’économie
n’était pas habituée. Il s’en est suivi des progrès
apparents en matière d’intensité énergétique et
d’émissions de CO2 qu’il serait coupable d’extrapoler
hâtivement. En particulier, en un moment où l’on entend
mettre un terme aux délocalisations industrielles
massives des précédentes décennies, il n’est pas inutile
de rappeler que la croissance a besoin d’énergie, le nier
reviendrait à organiser la transition énergétique autour
d’une philosophie de la décroissance à laquelle EdEn
n’adhère pas. L’année 2017, quant à elle, en France
comme dans tous les pays industrialisés, marque le
retour de la croissance (+2 % en France) et cette
croissance s’accompagne d’une croissance simultanée
des consommations, tempérée par le progrès technique
et les efforts d’efficacité énergétique.
DES OBJECTIFS MAL PONDERES
La LTECV, comme le paquet européen 3x20, s’organise
autour de trois objectifs de réduction des émissions de
GES, de réduction des consommations et de
développement des énergies renouvelables (EnR).
L’objectif de réduction des émissions est l’objectif
énoncé en premier dans la LTECV et devrait être le
principal. Les deux autres viennent en soutien, ce sont
des moyens et ils ne constituent pas en eux-mêmes des
finalités. En quoi serait-il aujourd’hui condamnable de
consommer de l’énergie décarbonée dès lors qu’elle est
utile à la croissance, ne crée pas de désordre notable
dans l’environnement et permet d’améliorer le bien-
être de nos concitoyens ?
Mais, par inertie des années antérieures et aussi par
dogmatisme, l’action publique reste concentrée sur la
réduction des consommations d’énergie primaire et le
développement des énergies renouvelables. La réduction
des émissions de CO2 fait partie du discours mais n’est
pas entrée suffisamment dans les faits. L’exemple des
règlementations dans la construction neuve et des
mesures incitatives dans les rénovations des bâtiments
existants en sont l’illustration.
QUE FAIRE A PRESENT ?
S’ENTENDRE SUR LES OBJECTIFS
EdEn estime que l’objectif de réduction des émissions de
CO2 doit être fortement réaffirmé dans la PPE en tant
qu’objectif premier sous-tendant l’ensemble de la
politique. Il y va de l’avenir des conditions de vie sur la
planète et, de plus, la réduction de la dépendance aux
hydrocarbures fossiles est un facteur de sécurité et de
développement économique.
L’effort à accomplir est à présent considérable. Pour
revenir sur la trajectoire de la LTECV en 2030, ce sont,
d’après le tableau 1, près de 100 Mt de CO2 qu’il faut
éviter d’émettre d’ici 2030, sans porter atteinte à la
croissance économique.
La SNBC de 2016 avait chiffré l’effort (hors agriculture) à
78 Mt de CO2 à éviter entre la 1ère période de la SNBC
(2015-2018) et la 3ème (2025-2028) selon le tableau 2. A
cet effort qui reste nécessaire, s’ajoutent aujourd’hui les
20 Mt de retard enregistré à fin 2017.
4 millions de véhiciles électriques en 2028 : pourquoi et comment ? 3
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Cet objectif peut-il aujourd’hui être atteint ? EdEn
demande qu’il soit judicieusement pesé, en termes
d’effort et de calendrier, afin d’éviter que la France ne
s’engage à nouveau dans des objectifs hors de portée.
En Mt CO2e
1er budget carbone
(2015-2018)
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Déchets 18 13
Industrie de l’énergie 55 55
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manufacturière
80 68
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76 46
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Tableau	2	:	Evolution	des	émissions	de	CO2	entre	le	premier	et	le	
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ORGANISER LA MIGRATION VERS LES
ENERGIES DECARBONEES
En admettant que cet objectif soit confirmé, il est patent
qu’il ne sera pas atteint par le seul effort d’efficacité
énergétique et de réduction des consommations. Nous
estimons que, sauf nouvel accident économique, une
élasticité de 0,5 entre la croissance économique et la
croissance des besoins en énergie1 représente sur longue
période un objectif extrêmement ambitieux, compte
tenu du fait que les économies les plus faciles ont été
déjà été réalisées et qu’il faut maintenant avoir recours à
des procédés plus complexes, plus longs à mettre en
œuvre et plus onéreux pour réduire encore davantage
l’intensité énergétique.
Il faut donc s’appuyer sur une autre approche et la
seule qui est offerte est celle de la migration massive
vers des formes d’énergies décarbonées.
EdEn estime que toutes les formes d’énergies
décarbonées méritent d’être mobilisées à la condition
que leur impact environnemental soit limité et que les
coûts de mise en œuvre restent dans des limites
acceptables.
																																																								
	
	
1	Ce qui veut dire qu’une croissance économique de 2 % entraine une
croissance des consommations d’énergie de 1 %.	
Pour juger de cet aspect économique, la définition et la
mise en œuvre d’une valeur tutélaire du CO2 est de
nature à apporter la rationalité qui a souvent fait défaut
dans le choix des investissements et dans l’allocation des
soutiens publics. Cette valeur tutélaire ne devrait pas
excéder quelques centaines d’euros par tonne de CO2e.
Elle peut cependant être modulée en fonction de
certains avantages, de caractère local ou
environnemental notamment, procurés par certaines
formes d’énergie.
UN BON EQUILIBRE A TROUVER
EdEn ne dispose pas des moyens permettant de faire des
analyses comparatives détaillées entre les différentes
voies qui peuvent être développées. L’utilisation de la
biomasse au plus proche de la ressource accessible, les
réseaux de chaleur, la décarbonation du gaz naturel
constituent des moyens de diminuer l’empreinte
climatique de notre pays et EdEn invite à poursuivre,
dans des limites économiques raisonnables, leur mise en
valeur mais sans anticipation illusoire sur les résultats les
efforts de recherche développement sur ces
technologies.
LE ROLE CENTRAL DE L’ELECTRICITE
L’électricité doit à l’évidence jouer un rôle primordial
dans la décarbonation du mix énergétique : c’est un
vecteur énergétique polyvalent, qui peut se substituer
aux autres énergies dans de nombreux usages, qui
présente une grande facilité d’utilisation et est produite
en France avec de très faibles émissions de CO2.
C’est aussi le moyen le plus éprouvé et le plus efficace
pour valoriser les énergies renouvelables : éolien, solaire,
biomasse, hydraulique et géothermie. La pénétration de
l’électricité peut se faire en utilisant les flexibilités qu’elle
permet au niveau de la production, de l’utilisation et du
stockage. C’est aussi une énergie compétitive, tout
particulièrement en France, qui peut contribuer à la
relance de la croissance économique et à l’amélioration
de la situation des ménages modestes.
L’usage de l’électricité, considéré jadis comme un
progrès économique et social, a considérablement
souffert de l’hostilité au nucléaire alors qu’il est le moyen
le plus sûr de développer les énergies renouvelables. Il
est temps d’y remédier.
DU COTE DE LA PRODUCTION
La limitation à 50 % de la contribution de l’énergie
nucléaire dans le mix électrique a été votée par le
Parlement. Il n’y a pas lieu de la remettre en cause dès
lors qu’un développement concomitant et raisonné des
EnR électrogènes permettra de réduire drastiquement la
production d’électricité à partir de combustibles fossiles.
Cependant, cette limitation de l’énergie nucléaire ne doit
pas se faire par destruction de valeur et la finalité de la
transition énergétique ne saurait être la sortie du
nucléaire, énergie décarbonée par excellence, même si
un meilleur équilibrage entre énergies primaires fait
aujourd’hui consensus. C’est donc une évolution par le
haut qu’il faut promouvoir fondée sur une utilisation
accrue de l’électricité, évitant de se trouver en
surproduction du fait de l’accroissement du potentiel de
production d’électricité d’origine renouvelable.
DU COTE DE L’UTILISATION
Pratiquement tous les secteurs de l’économie peuvent
donner lieu à une pénétration accrue de l’électricité dont
la part dans l’énergie finale (25 %) devrait a minima avoir
rejoint, à l’échéance 2028, le niveau observé en Suède
aujourd’hui (35 %).
Dans l’industrie, le développement des pompes à
chaleur à haute température ouvre des perspectives
d’application très intéressantes en substitution de
combustibles fossiles. L’industrie des centres de
données, aujourd’hui très gourmande en électricité, est
une activité qui peut se développer sur le territoire
français et donner lieu à des installations combinées de
production et de stockage d’énergie (notamment par
batteries de deuxième vie) concourant à la stabilisation
des réseaux. La fabrication électrolytique d’hydrogène
est également une activité qui devrait se développer,
avec en vue les applications dans l’industrie et dans la
mobilité professionnelle ainsi que la réinjection dans les
réseaux de gaz.
Dans les transports, les progrès spectaculaires des
batteries ouvrent la voie à un développement rapide de
la mobilité électrique pour les voitures particulières et les
véhicules utilitaires légers mais aussi pour les deux roues.
EdEn a produit un cahier d’acteur spécifique à ce thème
dans lequel elle préconise de viser, en fin de PPE, un parc
de quatre millions de véhicules électriques légers.
Dans le domaine du bâtiment, les politiques menées au
cours des dernières années n’ont pas apporté la preuve
de leur efficacité et une remise à plat du dispositif
réglementaire et incitatif est nécessaire. La RT2012 a
renchéri de 5 à 10 % le prix des logements neufs et a eu
pour effet de rendre l’utilisation du gaz majoritaire à
75 % dans les logements collectifs, avec des émissions de
CO2 très supérieures aux objectifs d’émissions visés
pour 2050. En 2028, l’électricité devrait avoir retrouvé
une part de marché voisine de 50 % des logements neufs
et constituer avec le bois, grâce aux pompes à chaleur
hybrides, une solution préférentielle pour le
remplacement des a chaudières à fuel et à gaz.
Enfin les anciens convecteurs électriques devront être
progressivement remplacés par des radiateurs à haute
performance énergétique, apportant davantage de
confort, permettant, par une programmation et une
régulation fine, de réduire fortement les consommations
d’énergie et les appels de puissance en période de
pointe. Ils ouvrent la voie aux technologies numériques
qui rendront possibles de nombreux schémas de gestion
des énergies dans lesquels se combineront la production
locale, l’autoconsommation, la gestion des véhicules
électriques, le stockage mobile ou à demeure et
l’interfaçage avec les réseaux.

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Remettre la transition énergétique dans la bonne voie - Cahier d'acteur EdEn PPE

  • 1. DÉBAT PUBLIC PPE 244, boulevard Saint-Germain – 75007 Paris - France ppe@debat-cndp.fr - http://ppe.debatpublic.fr __ REMETTRE LA TRANSITION ENERGETIQUE DANS LA BONNE VOIE UN CONSTAT PREOCCUPANT La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) est le référentiel par rapport auquel il convient d’apprécier l’évolution de la situation énergétique du pays. Nous commencerons donc ce cahier d’acteur en comparant, à fin 2017, l’évolution des principaux critères retenus par la LTECV au regard de la trajectoire permettant d’atteindre les objectifs fixés par la loi pour l’horizon 2030. Le tableau 1 fournit ces éléments de comparaison pour les quatre critères essentiels de la LTECV. Réalisations 1990 Réalisations 2012 Réalisations 2017 2030 (objectifs LTECV) 2017 selon trajectoire LTECV Ecarts Réalisations 2017/ trajectoire LTECV Emissions de CO2 (CVC) (Mt) 364,1 329,7 317,0 218,5 298,8 6,1% Consommations d'énergie finale (CVC) à usage énergétique (Mtep) 128,6 141,9 141,3 113,5 134,0 5,4% Consommations primaires d'énergie fossile (CVC) (Mtep) 133.1 130.4 121.4 87,3 114,3 6,2% Contributions EnR en % de la consommation d’énergie finale 12,1% 15,9% 18,8% 32,0% 20,3% -1,5% Tableau 1 : Chiffres-clas de la transition énergétique (Source : SDES) Cet état des lieux est très préoccupant. Tous les indicateurs sont au rouge : les émissions de CO2 et les consommations d’énergie se situent aux environs de 6 % au-dessus des niveaux qui devraient être les leurs. Seules les énergies renouvelables, qui ont bénéficié d’une priorité absolue au cours de la dernière décennie dans la répartition des aides publiques, tirent à peu près leur épingle du jeu, mais avec des contributions énergétiques qui restent modestes. Aujourd’hui, les objectifs de la LTECV, et par ricochet ceux de la SNBC, ne sont pas en voie d’être atteints. En 2017, la France a émis environ 20 Mt de CO2 en excédent de la trajectoire prévue. Ancien Ministre de l'environnement, ancien Ambassadeur des négociations internationales sur le climat et Ancien Coordonnateur exécutif de la Conférence des Nations unies sur le développement durable (Rio+20), Brice Lalonde est président de L’association Equilibre des Energies (EdEn), qui rassemble des entreprises et des associations représentatives des mondes du bâtiment, de l’énergie et de la mobilité. Le présent cahier présente une vision globale de la façon dont la transition énergétique devrait être conduite par le canal de la PPE, en tenant compte des résultats très préoccupants enregistrés à fin 2017. Deux cahiers d’acteur sectoriels viennent le compléter, l’un relatif à la mobilité électrique (n°45), est déjà publié par l’association l’autre relatif au secteur du bâtiment sera publié par Jean- Pierre Hauet, Président du Comité scientifique d’EdEn. CAHIER D'ACTEUR N°0 Juin 2018
  • 2. Commission particulière du débat public PPE 244 boulevard Saint-Germain 75007 Paris ppe@debat-cndp.fr http://ppe.debatpublic.fr LES CAUSES DE LA DERIVE Ces mauvaises performances étaient déjà perceptibles à fin 2016. Elles se sont amplifiées en 2017 et s’expliquent pour partie par des facteurs conjoncturels (performances assez médiocres du nucléaire et faible production hydroélectrique). Cependant il existe des causes plus fondamentales qu’il faut prendre en compte, si l’on veut éviter d’entrer dans un cercle vicieux où les retards viendront chaque année s’accumuler. L’EFFET DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE La première cause est liée à la croissance économique. Pendant 15 ans, les indicateurs énergétiques ont été profondément affectés par la délocalisation des activités industrielles grosses consommatrices d’énergie dans un contexte de quasi-stagnation économique. La crise de 2008/2009 est venue de plus perturber les séries statistiques avec des régressions auxquelles l’économie n’était pas habituée. Il s’en est suivi des progrès apparents en matière d’intensité énergétique et d’émissions de CO2 qu’il serait coupable d’extrapoler hâtivement. En particulier, en un moment où l’on entend mettre un terme aux délocalisations industrielles massives des précédentes décennies, il n’est pas inutile de rappeler que la croissance a besoin d’énergie, le nier reviendrait à organiser la transition énergétique autour d’une philosophie de la décroissance à laquelle EdEn n’adhère pas. L’année 2017, quant à elle, en France comme dans tous les pays industrialisés, marque le retour de la croissance (+2 % en France) et cette croissance s’accompagne d’une croissance simultanée des consommations, tempérée par le progrès technique et les efforts d’efficacité énergétique. DES OBJECTIFS MAL PONDERES La LTECV, comme le paquet européen 3x20, s’organise autour de trois objectifs de réduction des émissions de GES, de réduction des consommations et de développement des énergies renouvelables (EnR). L’objectif de réduction des émissions est l’objectif énoncé en premier dans la LTECV et devrait être le principal. Les deux autres viennent en soutien, ce sont des moyens et ils ne constituent pas en eux-mêmes des finalités. En quoi serait-il aujourd’hui condamnable de consommer de l’énergie décarbonée dès lors qu’elle est utile à la croissance, ne crée pas de désordre notable dans l’environnement et permet d’améliorer le bien- être de nos concitoyens ? Mais, par inertie des années antérieures et aussi par dogmatisme, l’action publique reste concentrée sur la réduction des consommations d’énergie primaire et le développement des énergies renouvelables. La réduction des émissions de CO2 fait partie du discours mais n’est pas entrée suffisamment dans les faits. L’exemple des règlementations dans la construction neuve et des mesures incitatives dans les rénovations des bâtiments existants en sont l’illustration. QUE FAIRE A PRESENT ? S’ENTENDRE SUR LES OBJECTIFS EdEn estime que l’objectif de réduction des émissions de CO2 doit être fortement réaffirmé dans la PPE en tant qu’objectif premier sous-tendant l’ensemble de la politique. Il y va de l’avenir des conditions de vie sur la planète et, de plus, la réduction de la dépendance aux hydrocarbures fossiles est un facteur de sécurité et de développement économique. L’effort à accomplir est à présent considérable. Pour revenir sur la trajectoire de la LTECV en 2030, ce sont, d’après le tableau 1, près de 100 Mt de CO2 qu’il faut éviter d’émettre d’ici 2030, sans porter atteinte à la croissance économique. La SNBC de 2016 avait chiffré l’effort (hors agriculture) à 78 Mt de CO2 à éviter entre la 1ère période de la SNBC (2015-2018) et la 3ème (2025-2028) selon le tableau 2. A cet effort qui reste nécessaire, s’ajoutent aujourd’hui les 20 Mt de retard enregistré à fin 2017.
  • 3. 4 millions de véhiciles électriques en 2028 : pourquoi et comment ? 3 DÉBAT PUBLIC PPE 244 boulevard Saint-Germain 75007 Paris - France - ppe@debat-cndp.fr - http://ppe.debatpublic.fr Cet objectif peut-il aujourd’hui être atteint ? EdEn demande qu’il soit judicieusement pesé, en termes d’effort et de calendrier, afin d’éviter que la France ne s’engage à nouveau dans des objectifs hors de portée. En Mt CO2e 1er budget carbone (2015-2018) 3e budget carbone (2024-2028) Déchets 18 13 Industrie de l’énergie 55 55 Industrie manufacturière 80 68 Résidentiel et tertiaire 76 46 Transport 110 96 Total (hors agriculture) 356 278 Tableau 2 : Evolution des émissions de CO2 entre le premier et le troisième budget carbone. ORGANISER LA MIGRATION VERS LES ENERGIES DECARBONEES En admettant que cet objectif soit confirmé, il est patent qu’il ne sera pas atteint par le seul effort d’efficacité énergétique et de réduction des consommations. Nous estimons que, sauf nouvel accident économique, une élasticité de 0,5 entre la croissance économique et la croissance des besoins en énergie1 représente sur longue période un objectif extrêmement ambitieux, compte tenu du fait que les économies les plus faciles ont été déjà été réalisées et qu’il faut maintenant avoir recours à des procédés plus complexes, plus longs à mettre en œuvre et plus onéreux pour réduire encore davantage l’intensité énergétique. Il faut donc s’appuyer sur une autre approche et la seule qui est offerte est celle de la migration massive vers des formes d’énergies décarbonées. EdEn estime que toutes les formes d’énergies décarbonées méritent d’être mobilisées à la condition que leur impact environnemental soit limité et que les coûts de mise en œuvre restent dans des limites acceptables. 1 Ce qui veut dire qu’une croissance économique de 2 % entraine une croissance des consommations d’énergie de 1 %. Pour juger de cet aspect économique, la définition et la mise en œuvre d’une valeur tutélaire du CO2 est de nature à apporter la rationalité qui a souvent fait défaut dans le choix des investissements et dans l’allocation des soutiens publics. Cette valeur tutélaire ne devrait pas excéder quelques centaines d’euros par tonne de CO2e. Elle peut cependant être modulée en fonction de certains avantages, de caractère local ou environnemental notamment, procurés par certaines formes d’énergie. UN BON EQUILIBRE A TROUVER EdEn ne dispose pas des moyens permettant de faire des analyses comparatives détaillées entre les différentes voies qui peuvent être développées. L’utilisation de la biomasse au plus proche de la ressource accessible, les réseaux de chaleur, la décarbonation du gaz naturel constituent des moyens de diminuer l’empreinte climatique de notre pays et EdEn invite à poursuivre, dans des limites économiques raisonnables, leur mise en valeur mais sans anticipation illusoire sur les résultats les efforts de recherche développement sur ces technologies. LE ROLE CENTRAL DE L’ELECTRICITE L’électricité doit à l’évidence jouer un rôle primordial dans la décarbonation du mix énergétique : c’est un vecteur énergétique polyvalent, qui peut se substituer aux autres énergies dans de nombreux usages, qui présente une grande facilité d’utilisation et est produite en France avec de très faibles émissions de CO2. C’est aussi le moyen le plus éprouvé et le plus efficace pour valoriser les énergies renouvelables : éolien, solaire, biomasse, hydraulique et géothermie. La pénétration de l’électricité peut se faire en utilisant les flexibilités qu’elle permet au niveau de la production, de l’utilisation et du stockage. C’est aussi une énergie compétitive, tout particulièrement en France, qui peut contribuer à la relance de la croissance économique et à l’amélioration de la situation des ménages modestes. L’usage de l’électricité, considéré jadis comme un progrès économique et social, a considérablement souffert de l’hostilité au nucléaire alors qu’il est le moyen
  • 4. le plus sûr de développer les énergies renouvelables. Il est temps d’y remédier. DU COTE DE LA PRODUCTION La limitation à 50 % de la contribution de l’énergie nucléaire dans le mix électrique a été votée par le Parlement. Il n’y a pas lieu de la remettre en cause dès lors qu’un développement concomitant et raisonné des EnR électrogènes permettra de réduire drastiquement la production d’électricité à partir de combustibles fossiles. Cependant, cette limitation de l’énergie nucléaire ne doit pas se faire par destruction de valeur et la finalité de la transition énergétique ne saurait être la sortie du nucléaire, énergie décarbonée par excellence, même si un meilleur équilibrage entre énergies primaires fait aujourd’hui consensus. C’est donc une évolution par le haut qu’il faut promouvoir fondée sur une utilisation accrue de l’électricité, évitant de se trouver en surproduction du fait de l’accroissement du potentiel de production d’électricité d’origine renouvelable. DU COTE DE L’UTILISATION Pratiquement tous les secteurs de l’économie peuvent donner lieu à une pénétration accrue de l’électricité dont la part dans l’énergie finale (25 %) devrait a minima avoir rejoint, à l’échéance 2028, le niveau observé en Suède aujourd’hui (35 %). Dans l’industrie, le développement des pompes à chaleur à haute température ouvre des perspectives d’application très intéressantes en substitution de combustibles fossiles. L’industrie des centres de données, aujourd’hui très gourmande en électricité, est une activité qui peut se développer sur le territoire français et donner lieu à des installations combinées de production et de stockage d’énergie (notamment par batteries de deuxième vie) concourant à la stabilisation des réseaux. La fabrication électrolytique d’hydrogène est également une activité qui devrait se développer, avec en vue les applications dans l’industrie et dans la mobilité professionnelle ainsi que la réinjection dans les réseaux de gaz. Dans les transports, les progrès spectaculaires des batteries ouvrent la voie à un développement rapide de la mobilité électrique pour les voitures particulières et les véhicules utilitaires légers mais aussi pour les deux roues. EdEn a produit un cahier d’acteur spécifique à ce thème dans lequel elle préconise de viser, en fin de PPE, un parc de quatre millions de véhicules électriques légers. Dans le domaine du bâtiment, les politiques menées au cours des dernières années n’ont pas apporté la preuve de leur efficacité et une remise à plat du dispositif réglementaire et incitatif est nécessaire. La RT2012 a renchéri de 5 à 10 % le prix des logements neufs et a eu pour effet de rendre l’utilisation du gaz majoritaire à 75 % dans les logements collectifs, avec des émissions de CO2 très supérieures aux objectifs d’émissions visés pour 2050. En 2028, l’électricité devrait avoir retrouvé une part de marché voisine de 50 % des logements neufs et constituer avec le bois, grâce aux pompes à chaleur hybrides, une solution préférentielle pour le remplacement des a chaudières à fuel et à gaz. Enfin les anciens convecteurs électriques devront être progressivement remplacés par des radiateurs à haute performance énergétique, apportant davantage de confort, permettant, par une programmation et une régulation fine, de réduire fortement les consommations d’énergie et les appels de puissance en période de pointe. Ils ouvrent la voie aux technologies numériques qui rendront possibles de nombreux schémas de gestion des énergies dans lesquels se combineront la production locale, l’autoconsommation, la gestion des véhicules électriques, le stockage mobile ou à demeure et l’interfaçage avec les réseaux.