Jean René CANEVET

LA FETE A L’ECOLE DE
BREHOULOU
Le 22 JUIN 1947
J’ai quelques vagues souvenirs de cette fête, bien que n...
Le samedi 21 juin, au soir, un personnage et deux militaires passèrent dans le bourg de
Fouesnant pour collecter des lots,...
Puis derrière, un tracteur suit tirant une remorque chargée à craquer de nègres qui
crient, hurlent, en agitant leurs lanc...
A côté il s’agit de sauter, d’une planche posée sur 2 rondins, sur un billet de
100francs ; ce n’est pas si facile et beau...
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Ecoles du Pays de Fouesnant - jl-tadp

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  1. 1. Jean René CANEVET LA FETE A L’ECOLE DE BREHOULOU Le 22 JUIN 1947 J’ai quelques vagues souvenirs de cette fête, bien que n’ayant à cette époque là que 5 ans. Je me souviens de ce voyage à bicyclette, bien sûr, de Névez où j’habitais à Bréhoulou, ma mère et moi, assis sur le porte bagage, ma tante Rose et mon cousin Jean Paul lui aussi assis sur le porte bagage. C’était le moyen de locomotion habituel. Nous allions voir mon cousin Emile Canévet, dans son école de Bréhoulou, où il suivait une formation de bourrelier. A cette époque ce métier était encore de mode. Le cheval était très utilisé pour les travaux agricoles et nécessitait un harnachement de cuir tel que collier, sous-ventrière. (Ce n’était que les débuts des tracteurs). Après ce voyage qui me semblait long, nous sommes arrivés à l’école; dans la cour des jeunes gens teintés en noir animaient les différents stands qui pour l’occasion étaient transformés en cases. Mon cousin Emile animait l’un d’eux, mais je n’ai guère de souvenirs. En fin d’après-midi nous avons repris le chemin de Névez, où le travail de la ferme attendait nos parents « Depuis plus d’un mois on y pensait à cette fête de l’école. Tout le monde s’y était mis de bon cœur : Directeur, Professeurs, élèves. Il avait fallu chercher dans toutes les fêtes pour réussir à trouver quelque chose de convenable. Puis, peu à peu, on se mit au travail ; les répétitions se succédèrent sous la direction des professeurs. Des chœurs, des chants, des sketches étaient appris en quelques semaines. D’un autre coté, des matériaux étaient apportés : bambous, perches, etc.… Enfin la veille du 22 juin 1947, un dimanche, tout était prêt, les pièces de théâtre, les rôles, les chants tout était su ; les constructions, les aménagements terminés, après une semaine de labeur acharné. Le bulletin de l’association amicale des anciens élèves nous en fait un descriptif plus détaillé et imagé. André Lefèbvre de Fouesnant, de la promotion 1945-1947 en est l’auteur. 1/4
  2. 2. Le samedi 21 juin, au soir, un personnage et deux militaires passèrent dans le bourg de Fouesnant pour collecter des lots, étonnant les paisibles habitants et excitant surtout leur curiosité par leur costume. Après une nuit agitée de rêves, les élèves se réveillent par une journée ensoleillée qui s’annonce belle et tout le monde s’affaire activant les préparatifs. Bientôt personne n’est reconnaissable. Des nègres habillés seulement d’un pagne s’agitent dans la cour au milieu des cases-bambous. On distingue encore des policiers en bicyclette pétaradante. Puis un tracteur tirant une remorque prend tous les nègres qui crient et gesticulent, et suivi des policiers prennent la route de Beg-Meil avec deux speakers et leur haut-parleur. Ils vont faire une tournée de propagande dans cette station balnéaire. Plus tard, dans une jeep, les speakers parcourent Bénodet, La Forêt, Pleuven, etc. annonçant à la ronde que le roi Brézoulou 47, daigne accepter de venir en ce jour à Fouesnant avec toute sa suite. Vers 10 heures les gens de Fouesnant peuvent voir descendre le bourg de Fouesnant, 6 notables habillés en noir : habits queue de pie haut de forme ou melon. Seul l’un d’eux est en veston et chapeau mou et semble être un industriel moderne de la ville. Ces hommes ont l’air très sérieux et discutent en faisant de grands gestes, ils distribuent force coups de chapeaux aux habitants de Fouesnant qu’ils rencontrent. Ils s'arrêtent sur la place et tout en discutant semblent attendre quelqu’un qui viendrait de la direction de Quimper. Les gens commencent à se demander ce qui arrive et un petit groupe se forme. Puis arrive une voiture à roues caoutchouc, tirée par un cheval de trait. Cette voiture, bien ornée de fleurs et de feuillages, contient nos deux speakers qui annoncent que les notables de la ville sont descendus sur la place pour accueillir le roi Brézoulou 47 qui vient du fond de l’Afrique ; et toute une suite de descriptions de la vie et des coutumes de ces sauvages. Peu à peu les gens se sont attroupés autour de la place. Les notables s’impatientent et regardent à tout instant la pendule de l’église. Les speakers sans relâche calment l’impatience du public en annonçant l’arrivée d’un moment à l’autre de la majesté nègre. Le public devient véritablement dense à la sortie de la messe, la place est bien remplie et la circulation est difficile sur la route. Mais voici qu’un mouvement se fait à l’entrée du bourg, des coups de sifflets retentissent, un murmure se fait entendre, puis les gens s’écartent, ah !... et nous voyons … oui une jeep s’avance entourée de policiers cyclistes casqués, bottés et armés d’épées Dans cette jeep, conduite par un chauffeur casqué, nous apercevons un grand nègre d’au moins 1m90 et porteur d’un bâton où sont attachés des ossements : c’est sûrement le sorcier ; puis un tout petit nègre, c’est son aide ; et le roi, ventripotent nous paraît dans toute sa majesté, vêtu d’une couverture rouge, le front ceint de la couronne, et tenant en main un sceptre… 2/4
  3. 3. Puis derrière, un tracteur suit tirant une remorque chargée à craquer de nègres qui crient, hurlent, en agitant leurs lances et gesticulant, faisant voir leurs corps nus noirs, seulement vêtus d’un pagne en jonc et portant aux mains des colliers de coquillages. Les gens de Fouesnant sont captivés par cette arrivée aussi étrange qu’imprévue. Mais les véhicules se sont arrêtés. Les policiers font une haie d’honneur devant les notables de la ville qui se sont alignés. Le roi suivi de ses sorciers descend majestueusement de l’auto et s’avance. A un ordre du chef, les policiers présentent leurs « armes ». Arrivé près du chef notable, le roi s’incline devant celui-ci qui en fait de même ; puis dans la langue de son pays il lui baragouine quelque chose Le principal notable tire de sa serviette un long rouleau de papier, et devant un micro que lui tient le speaker, il adresse au roi un discours de bienvenue ponctué des cris, des hurlements des sauvages qui sont descendus de la remorque. La foule est surexcitée ; les policiers ont grand’peine à retenir la foule. Le roi et les notables vont regagner la jeep quand le bruit caractéristique « pin pon » des pompiers se fait entendre. Est-ce un incendie ? Non, je ne crois pas. Nous voyons paraître de la route du Cap Coz, tiré par un cheval, un pulvérisateur chargé de pompiers. En un instant les tuyaux sont démontés, le moteur mis en batterie et bientôt, l’eau jaillit et arrose quelque peu la foule (un notable précautionneux ouvre son parapluie !) « Nous voyons que la ville de Fouesnant sera défendue contre le feu et nous pouvons compter sur nos pompiers ! » C’est ainsi que s’expriment les inlassables speakers qui se relayent. La caravane sous les bravos de la foule, remonte maintenant le bourg, encombrant la route et dans un bruit indescriptible. En tête vient la jeep chargée du roi, des sorciers et du principal notable ; autour les policiers en bicyclettes assurent l’ordre. Derrière suivent les notables. Puis viennent les nègres dans le tracteur et la remorque, les pompiers arrosant toujours la rue, les photographes et un cinéaste mitraillent la caravane. Enfin la caravane peut se disloquer à Bréhoulou, pas avant cependant que plusieurs photos aient été prises. Puis nègres, policiers, notables se mettent joyeusement à table, car la faim a été vivement aiguisée par cette fête. Le repas copieux est vivement avalé car il va falloir finir les préparatifs de la fête de l’après-midi. Vers 2 heures les premiers participants arrivent. Ils peuvent apercevoir dans la cour une grande tente et autour 4 ou 5 cases très bien construites en bambou et en paille. Bientôt il y a pas mal de monde sur la cour. Les jeux sont très entourés. Ici près de l’entrée, c’est un jeu où il s’agit de placer une pièce de 1 franc dans une assiette flottant dans un baquet. On y gagne des cigarettes. Plus loin on voit un lapinodrome. 3/4
  4. 4. A côté il s’agit de sauter, d’une planche posée sur 2 rondins, sur un billet de 100francs ; ce n’est pas si facile et beaucoup s’y casse quelque chose. Derrière c’est le casse-boîte ou « chamboultout », où on entend des bruits de ferraille et des coups sourds. Dans cette case se tient une voyante qui vous dévoilera l’avenir. Dans la grande tente un petit homme vous fait des tours fantastiques. Et les spectateurs altérés peuvent aller se rafraîchir au cabaret installé dans le réfectoire et y boire le cidre de Fouesnant et la bière. Ils peuvent aussi goûter aux cerises du pays si tentantes ! Et tout cela dans un bruit, un remue ménage et sous un soleil éclatant. Vers 15 heures 30, la séance théâtrale commence .La salle est bondée car l’entrée est gratuite. Tour à tour nous voyons sur la scène des pièces, des sketches comme « radio casine », des chants « les 3 cloches », des chœurs et des farces, tout cela magnifiquement enlevé par les élèves. Les nombreux applaudissements qui ponctuèrent la représentation le prouvèrent d’ailleurs. A la fin de la séance, on tira une tombola dont les billets étaient les programmes numérotés : de nombreuses bouteilles, du tabac, des conserves furent adjugés à des spectateurs chanceux. (La liste des lots à l’heure actuelle étonne, mais il faut se rappeler que nous sommes au sortir de guerre et que le rationnement n’a pas encore complètement disparu, ces produits sont du « luxe »).Tous les spectateurs se retirèrent enchantés et purent continuer à s’amuser à la kermesse dans la cour. Dans la soirée, les speakers qui avaient crié toute la journée et tous les autres firent une tournée au bourg, annonçant pour le soir un grand feu de camp. Ce feu de camp eut lieu à l’entrée de l’allée de Bréhoulou. Il fut précédé d’une vente aux enchères où des bouteilles de bon vin , de la charcuterie, de la vaisselle et de nombreuses autres choses furent vendues à des prix quelquefois fabuleux. Puis le feu de camp fut allumé, dans une petite cérémonie et la longue flamme s’éleva, éclairant un nombreux public, très attentif. Remerciements à Monsieur Yves POIRIEL, pour les photographies 4/4

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