Abbé Guillaume OEGGER Le Vrai Messie 1829

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Abbé J.G.E. OEGGER, 1790-1853.
Em. Swedenborg

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Abbé Guillaume OEGGER Le Vrai Messie 1829

  1. 1. Le VRAI MESSIE, ou L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENT EXAMINÉS D'APRÈS LES PRINCIPES DE LA LANGUE DE LA NAtURE; PAR G . OEGGER, ANCIEN PREMIER VICAIRE DE LA CATHEDRALE DE PARIS. Un peu de philosophie éloigne du christianisme, beaucoup de philoso phie y ramène. PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE FÉLIX LOCQUW, RUE NOtRE-DAME-DES-VICtOIRES , N° j6. 1829.
  2. 2. C4- yjtuyZc,
  3. 3. Se t rouveaussi chez . FROMENT, Libraire, galerie Véro-Dodat, n" 8. H. SERYIER, Libraire, rae de l'Oratoire, n° 6. LEVAVASSEUR , Libraire , Palais-Royal. _ Alex. MESNIER , Libraire , place de la Bourse. L'AUTEUR , barrière de l'Étoile.,pince del'Arc-de-Triomphe , n» 3.
  4. 4. LE OH L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TE8TAMENS tHWISF.S d'IPKÈS LES PRINCIPES 1»K IA I.UfljCÏ DE LA NATURE.
  5. 5. A MONSIEUR CHARLES COQLEREL, RÉDACTEUR DE LA REVUE PROTESTANTE. Monsieur, Le p résent ouvrage expliquera suffisam ment le long silence que j'ai gardé sur la lettre que vous avez bien voulu m'adresser en i827, relativement à une Profession de foigénérale de toute l'Eglise Protestante. Il me suffira donc d'ajouter ici deux ou trois réflexions. En premier lieu, je crois faire une chose utile à toutes les communions, en rappelant l'univers au dogme de Vunité absolue de personne , comme d'être , dans la Divinité, laquelle ne saurait être triple que considérée par rapport à l'homme ; et cela, sans qu'au cun parti puisse raisonnablement s'en plain dre , vu la manière dont jeconsidère ensuite
  6. 6. VJ la personne du CHRIST, auquel j'attribue la divinité la plus absolue. Persuadé qu'il faut, de toute nécessité, que tôt ou tard le CRÉATEUR se manifestepersonnellement , soit dans cette vie, soit dans la vie future, et qu'il sorte de son état d'être métaphy sique, infini et insaisissable , pour entrer en un rapport réel avec ses créatures, j'aime autant croire que cette démarche a déja étéfaite sur notre globe , ainsi que l'histoire le raconte, que de la placer au- delà de la tombe. JÉSUS-CHRIST me pa raît l'être le plus parfait , le plus glorieux, le meilleur dont la raison humaine puisse concevoir L'idée; la bonté prouvant mieux la divinité que toutes les auréoles de gloire et que tous les miracles possibles. Aucun ange de lumière ne peut, selon moi, être comparé à JÉSUS-CHRIST : et par- là même, si on me permet ces expressions, JÉSUS- CHRIST est le côté apperceptible de l'essence divine, laquelle demeurera éternellement cachée en lui sous le nom de Père; par-là même JÉSUS-CHRIST est le foyer de cette gloire et de cette puissance infinies avec lesquelles l'homme fini ne
  7. 7. saurait autrement avoir de point de contact. Après la proclamation ( et l'adoption , sans doute) du dogme de 1''unité absolue, ce sera aux philosophes et aux Chrétiens à s'ex pliquer sur le reste; et nécessairement on sortira enfin du vague dans lequel une dis tinction toute humaine , réprouvée par l'É criture bien comprise ( et rappelant l'idée d'une pluralité d'êtres ) , retient l'univers depuis quinze siècles. Quant à c eque j'entends par la Langue de la nature , vous ne pourrez le voir que par la lecture des principaux passages de mon Introduction. Je vous avertirai simple ment ici que cette Langue consiste à re monter, en esprit, au-delà de toutes les langues de convention , et à ne voir dans les Livres-Saints ni de Vhébreu, ni du grec, ni du latin^ etc; mais uniquement des emblèmes naturels, des symboles, des hiéroglyphes , tels qu'on a dû les employer pour exprimer les idées de métaphysique et de morale, avant qu'on eût créé les mots conventionnels correspondant à ces idées. En étudiant ce que les auteurs allemands ont appelé la symbolique; en se rappelant
  8. 8. Vllj quelle a du être la nature du langage hié roglyphique des anciens prêtres égyptiens; en examinant en outre les caractères du phé nomène de Vextase moderne, et en compa rant le tout avec les images prophétiques et les paraboles de l'Évangile, oh trouve que la plupart des livres que l'antiquité nous a transmis comme inspirés, sont écrits, d'un bout à l'autre, en images parlantes, prises dans la nature visible, en d'autres termes, en langue de la nature. Et de cette manière aussi on. n'y trouve partout que la morale la plus pure et la plus sublime, comme la plus haute et la plus saine philosophie. A quoi il faut sans doute ajouter une appari tion de la Divinité en personne , appari tion formant le seul mystère qui reste , et constituant proprement ce christianisme qui devait offrir des mystères d'amour plu tôt que des mystères d'intelligence. Ayant a insifait ma profession de foi bien claire et bien nette, je puis, Monsieur, déclarer maintenant, sans crainte comme sans arrière- pensée,, que dans l'Eglise extérieure, telle queje la conçois, l'admets indistinctement tous les Chrétiens de
  9. 9. ix la grande unité dont vous parlez dans votre lettre ? même ceux qui se diraient simplement Chrétiens : car s'ils se disent Chrétiens, c'est que sans doute ils pour ront un jour le devenir réellement , au sein d'une Église dont Vunique but est de faire naître CHRIST dans les cœurs qui ne le connaissent pas , et de l'y faire naître par la charité fraternelle encore plutôt que par des instructions orales. Et c'est dans le lien de cette même unité, dans laquelle il me sera doux de voir entrer bien tôt des Chrétiens de toutes tes dénomina tions , que je vous prie d'agréer l'expression des sentimens d'estime et d'amitié que je vous ai voués. Paris, c eier mai 182g. OEGGER.
  10. 10. AUX AUTORITES QUI SE CROIRONT COMPÉTENTES; ; Le vrai sens des Livres-Saints étant enfin irrévocablement fixé par la décou verte de la Langue de la nature , le sous signé demande que les diverses autorités ecclésiastiques se hâtent de supprimer des abus dorénavant incompatibles avec la société perfectionnée, et d'organiser par tout un cahesimple et sublime comme l'É vangile. S'il a rrivait,ce qu'il ne peut croire, qu'a près un délai convenable les autorités ecclésiastiques n'eussent point pris sa dé marche en considération , le soussigné de manderait alors , au nom des lois, qu'appré ciant les effets des progrès toujours crois- sans des lumières, le gouvernement lui assignât, dans la capitale, une Église ou un Temple où il pût commencer à exercer le
  11. 11. saint m inistèred'après ses nouvelles con naissances acquises, et sans une odieuse distinction des sectes; distinction aussi contraire à VEvangile qu'à la raison et au repos des États. OEGGER, Ancien p remierFicaire de la Cathédrale de Paris. Nota. En attendant l'accomplissement de ses vœux, M. OEgger se fera un plaisir de correspondre avec les personnes ou Sociétés qui prendraient à cœur la nou velle cause de l'Évangile, et qui, après avoir lu le présent ouvrage, auraient quelques éclaircissemens ultérieurs à demander.
  12. 12. « Nous ne doutons pas que l'esprit de Dieu n'ait » pu tracer dans une histoire admirable une histoire » encore plus surprenante , et dans une prédiction une » autre prédiction encore plus profonde. Mais j'en » laisse l'explication à ceux qui verront venir de plus » près le règne de Dieu, ou à ceux à qui Dieu fera la » grâce d'en découvrir le mystère. Cependant l'homme » chrétien adorera ce secret divin, et se soumettra par » avance aux jugemens de Dieu , quels qu'ils doivent » être, et dans quelque ordre qu'il lui plaise de les » développer; seulement il demeurera aisément per- >> suadé qu'il y aura quelque chose qui n'est point entré » dans le cœur de l'homme. » (L'apocalypse expliquée par Bossuet. Paris, in-8°, p. 43o.)
  13. 13. LE V1M MESSIE, on L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENS lïjuirais d'aisés les principes de la langue DE LA NATURE. INTRODUCTION. Il n 'estqu'un moyen de se former une idée juste et précise de la personne de JÉ SUS-CHRIST : ce moyen consiste à se mettre avant tout en état de ne point profaner la sainte vérité, si on vient à la reconnaître, condition sans laquelle Dieu est forcé de nous aveugler; puis à jeter un regard atten tif et impartial sur l'Ancien et le Nouveau Testamens. La première de ces dispositions dépend principalement des individus et de CELUI qui tient dans sa main le cœnr Ar
  14. 14. 2 LE VRAI MESSIE. l'homme ; mais l'histoire est du ressort de la critique, et le raisonnement peut être soumis à l'analyse. C'est donc sous ce dernier point de vue, point de vuesi intéressant ,que nous nous proposons de remplir une tâche utile. Faire passer dans l'esprit de nos lecteurs une par tie des convictions salutaires qui depuis quelques années font notre plus douce con solation , tel est notre désir. La carrière que nous avons parcourue, et qui nous a mis à même d'apercevoir le fort et le faible de la pldpart des opinions philosophiques et reli gieuses en vogue au dix-neuvième siècle , nous donne quelque espoir de réussite. Une idée sur la langue de la nature piquera né cessairement la curiosité des plus indifférens en matière de religion; et cette idée est l'i dée dominante de notre ouvrage. Pour abré ger toutefois un travail que la frivolité du siècle pourra trouver encore trop sérieux, nous nous en tiendrons principalement à Isaïe , le plus riche des prophètes , et à Saint- Jean , le plus sublime des évangélistes, nous contentant de ramener, dans l'occasion , à ces deux sources principales, les passages les plus frappans des autres écrivains extatiques.
  15. 15. LE VRAI MESSIE. 3 Prévenant, d'un autre côté, l'impatience de ces lecteurs qui , avant de s'engager dans nos dissertations, nous demanderaient quelle sera l'issue de l'examen que nous leur pro posons de faire , nous déclarerons ici , sans détour, que l'issue de cet examen pourra être pour eux ce qu'elle a été pour nous- mêmes , savoir : la croyance à la divi nité absolue de JÉSUS - CHRIST , et la conviction intime qu'en tenant cette croyance , on tient la vérité tout entière. Une pareille promesse vaut bien la peine que l'on parcoure quelques pages avec at tention, quand bien même on serait averti d'avance qu'il va être question de christia nisme. La distinction de la vérité en vérité chrétienne et vérité philosophique est une absurdité qui n'eût jamais dû entrer dans des têtes bien organisées. Que les lecteurs apprennent donc qu'en commençant notre travail , nous étions , comme ils peuvent l'être, déistes ou quelque chose d'appro chant, et qu'en le terminant , nous nous sommes trouvé chrétiens , et chrétiens plus profondément convaincus que jamais théo
  16. 16. 4 LE VRAI MESSIE. logien ne l'a été , parce que notre conviction a été le résultat de l'usage le plus libre et le plus légitime de notre raison individuelle. Les témoignages qui s'accumulent, en effet, par ce nouveau mode d'étudier les livres saints, qui consiste à les lire comme écrits d'un bout à l'autre dans la langue de la na- ture , sont plus que suffisans pour convaincre tout homme de bonne foi, ou plutôt tout homme de bonne volonté , que JÉSUS- CHRIST n'était pas seulement un homme extraordinaire ou un prophêteplusgrand que les autres; qu'il n'était pas seulement une image de la Divinité, une étincelle de la Divinité, ou un fils éternel de Dieu dis tinct de lui quant à la personnalité; mais qu'il étaitJÉHOVAH lui-même, JÉHOVAH en personne; que c'est en se faisant JESUS- CHRIST, que le Dieu caché, le Dieu méta physique et insaisissable , s'est manifesté; que c'est en se faisant JÉSUS-CHRIST , que l'Etre infiniest entré en communication avec les êtresfinis et enfouis dans la matière; en un mot, qu'en paraissant sur les confins de sa création pour montrer à des enfans
  17. 17. LE VRAI MESSIE. D égarés a utantd'amour qu'il leur avait mon tré de puissance , le Dieu CRÉATEUR est devenu aussi RÉDEMPTEUR. Nos i déesparaîtront extraordinaires, sans doute, à plus d'un genre de lecteurs; mais qui osera nous en faire un sujet de reproche ? Quand , au dix-neuvième siècle , on voit en core le christianisme dans un état si précaire, que la philosophie ose douter de son triom phe ultérieur, que risque-t-on à essayer quelque grand moyen ? En jetant un regard impartial sur la société chrétienne depuis dix-huit cents ans, et ses haineuses et in concevables divisions, n'est-on pas endroit de soupçonner que, dès les premiers temps, il a dû être commis quelque grande erreur qui aura entravé l'œuvre de la régénération de l'univers, et qu'il y a par conséquent quelque grand obstacle à lever pour que la vérité puisse se répandre ? N'est-il pas plus que probable que depuis long-temps les In fidèles et tous ces Chrétiens qui ne sont Chrétiens que de nom, auraient embrassé la vraiefoi, si la vraiefoi leur eût été bien présentée? N'est-il pas plus que probable que depuis long-temps les malheureux des
  18. 18. 6 LE VRAI MESSIE. cendans d'Israël , aussi bien que ceux d'entre nos philosophes qui cherchent la vérité de bonne foi, auraient reconnu le Dieu qui s'est manifesté sur notre globe, si on n'en eût pas, pour ainsi dire, dégradé la majesté? Dût, en conséquence, notre profonde con viction être taxée de témérité , dût notre courage causer du scandale, nous ne recu lerons pas , convaincus que nous sommes , avec Saint-Chrysostôme , que , quand bien même la vérité causerait du scandale , il faudrait encoreplutôtsouffrirce scandale que de laisser périr la vérité. Ce q ui nous a le plus enhardi dans cette grande entreprise, c'est l'entière certitude que nous avions acquise de nous trouver dé finitivement sur la voie de cette langue de la nature, que chacun concevra facilement avoir dû précéder toutes les langues de con vention ; dans laquelle nous avons trouvé, en effet, la plupart de nos livres saints écrits, et qui jette sur leur ensemble un jour si inattendu et si vif, qu'il n'est guère possible au déisme de résister. Rien n 'estplus conforme à une saine phi losophie que de reconnaître l'existence pri
  19. 19. LE V*AI MESSIE. 7 mitive d 'unelangue de la nature. Les plus grands noms figdrent en tête de ceux d'entre nos savans qui se sont occupés de ce qu'ils appelaient une langue universelle , langue dont ils sentaient par conséquent les avan tages, et qu'ils ne croyaient point impossible de réaliser sur notreglobe parmi les hommes instruits. La langue de la nature ne diffère de celle dont ces savans avaient conçu l'idée, qu'en ce qu'elle doit moins servir à nos rela tions terrestres qu'à celles que nous devons avoir un jour avec l'universalité des êtres, dans ce monde où tous les autres mondes affluent, et où il nous faudra des moyens de communication bien plus étendus que tous ceux que requiert notre existence matérielle. Le philosophe moraliste, qui est bien per suadé de l'immortalité de Vhomme , doit l'être, par-là même, de l'existence actuelle d'une langue tout autre que celle qui con siste en sons articulés moyennant l'élasticité de l'air, et dont la signification n'est que pu rement conventionnelle. Le moraliste pen seur se persuadera même facilement que sur notre globe terrestre lui-même, quelque matériel qu'il puisse être aujourd'hui avec
  20. 20. 8 LE VRAI MESSIE. ses h abilansdégradés, il a dû exister, dans des temps d'une plus grande perfection , des moyens de communication différens de ceux qui ne sont que de pure convention , vu que, pour établir des conventions, il faut de toute nécessité savoir déjà s'expliquer au préalable. Jean -Jacques a avancé le plus grand des paradoxes, quand il a dit que l'é tat sauvage était l'état primitif de l'homme : l'état sauvage n'est, au contraire, que l'état de notre plus grande dégradation , quand , devenus incapables de nous relever par nous- mêmes, Dieu est obligé de venir à notre se cours. Toute connaissance, dît Platon , est souvenir, et toute ignorance est oubli. Primitivement l'homme a dû être parfait, du moins dans son genre; et par suite il a dû aussi avoir un langage parfait, langage qui n'a pu se perdre que dans lA suite des temps, et dont la philosophie pourra retrouver les traces, quand elle voudra tourner ses inves tigations de ce côté'là. . • On pourra se former une idée générale de la langue de la nature, par l'application que nous avons faite de ses principes à une explication nouvelle de plusieurs passages
  21. 21. LE VRAI MESSIE. Ç> des s aintesÉcritures. Nous ne placerons ici que quelques réflexions préliminaires qui mettent les lecteurs à même d'entrer dans toute notre pensée. Avant d 'avoirréfléchi plus profondément, on se persuade d'ordinaire que, quand Dieu a produit notre univers visible, le choix qu'il a fait des diverses formes et couleurs des animaux, des plantes et des minéraux, a été une chose absolument arbitraire de sa part. Mais cette idée est entièrement fausse. L'homme peut agir quelquefois par fantai sie; Dieu ne le peut jamais. La création vi sible ne peut et ne doit donc être , si on nous permet ces expressions, que la circon férence extérieure du monde invisible et métaphysique; et les objets matériels ne sauraient représenter que des espèces de scories des pensées substantielles et intimes du CRÉATEUR;scories qui doivent toujours conserver une relation exacte avec leur pre mière origine; en d'autres termes, la nature visible a nécessairement un côté spirituel et moral, Pour Dieu tout est , tout existe : créery pour lui, n'emporte pas la même idée que pour nous. Pour Dieu, créer n'est que
  22. 22. IO ht. VRAI MESSIE. montrer. L'univers, jusque dans ses moin dres détails, existait pour Dieu aussi réelle ment avant la création qu'après la création , parce qu'il existait en lui substantiellement, comme la statue existe dans le bloc de mar bre dont le sculpteur la tire. Par la création, nous seuls avons été mis en état de perce voir une partie des richesses infinies éter nellement enfouies dans l'abîme de l'essence divine. Le parfait, surtout, a dû toujours ainsi exister en Dieu. !imparfait seul a pu recevoir une sorte de création, moyen nant l'homme, agent libre , quoique encore placé sous l'influence d'une Providence qui ne le perd jamais de vue. Donc ni les for mes, ni les couleurs d'aucun être, d'aucun objet dans la nature entière , ne peuvent avoir été choisies arbitrairement. Tout ce que nous voyons, touchons, sentons, depuis le soleil jusqu'au grain de sable, depuis notre propre corps avec ses admirables organes, jusqu'à celui du ciron , tout est proflué, avec une raison suprême, du monde où tout est esprit et vie. Nulle fibre dans l'animal , nul brin d'herbe dans le règne végétal, nulle forme de cristallisation dans la matière inerte,
  23. 23. 1E VRAI MESSIE.- M qui n 'aitson rapport bien clair et bien dé terminé dans l'univers moral et métaphy sique. Et si cela est vrai des couleurs et des formes, à plus forte raison faut-il le dire des instincts des animaux et desfacultés plus étonnantes encore de l'homme. Les pen sées, par conséquent, et les affections les plus imperceptibles que nous croyons con cevoir par nos propres forces, les composi tions que nous croyons nôtres , dans les do maines de la philosophie et de la littérature, les inventions que nous croyons faire dans les sciences et les arts, les monumens que nous croyons ériger, les usages que nous croyons établir, dans ce que les hommes es timent grand, comme dans les transactions les plus insignifiantes de la vie civile et ani male: tout cela existait avant nous; tout cela ne nous est simplement que donné, et donné avec une raison suprême, selon nos divers besoins du moment. Un degré infiniment petit de consentement à recevoir, qui forme notre liberté morale, est la seule chose que * nous ayons en propre. Et à la seule inspec tion, des objets qui entourent un homme, ou de quelques-uns des usages qu'il a adop
  24. 24. i2 LE VRAI MESSIE. tés, une intelligence supérieure doit pou voir déterminer quel est le prix moral de son être; car, à mesure que les êtres mo raux, pour lesquels seuls la nature infé rieure existe, se modifient, cette nature doit admettre des emblèmes nouveaux, analogues aux perfections ou aux dégradations surve- nues. Et, eu effet, sans tous ces emblèmes de vie qu'offre la création , point d'idée morale, point de sentiment moral appréciables , point de moyen possible de communiquer une pensée, une affection, de la part de Dieu, nous osons le dire, à sa créature, pas plus que de la part d'un être sensible à un autre. Point de communication possible, surtout, entre l'état présent de l'homme , et son état de transformation : tout est rompu, tout est anéanti dans la nature sensible et pensante : la vie la plus intime de l'être in telligent s'efface et rentre dans le néant. Des exemples peuvent rendre cette vérité palpable. Sans ce qu'on appelle, par exemple, un père selon la nature , pourriez-vous « vous faire une idée de cette portion de la bonté de Dieu, qui correspond à la tendresse
  25. 25. LE VRAI MESSIE. l3 d'un pere pour ses enfans? Pourriez-vous même savoir en aucune façon ce que c'est que tendresse paternelle ? Si jamais dans la nature il n'avait existé d'homme géné reux, pourriez-vous vous former une idée de ce que c'est que générosité ? Si vous n'a viez jamais rien aimé sur la terre , vous se rait-il possible d'avoir la moindre notion de ce que peut être Yamour? Ou bien, pour choisir nos exemples dans l'ordre des dégra dations, vous serait-il possible, sans les défec tuosités , les maladies , et les souillures du corps humain , de vous représenter les vices honteux qui sont leurs analogues dans l'homme moral? Si vous n'aviez jamais vu tuer, tourmenter, dévorer des animaux, l'idée de cruauté et de barbarie pourrait- elle être communiquée à votre esprit? Si enfin il ne vous était jamais rien parvenu re lativement auxpersécutions, aux trahisons, aux infidélités, aux attentatsparricides qui régnent quelquefois sur la terre, votre âme se rait-elle en état de recevoir le premier germe des idées de haine, de perfidie, d'atrocité? La chose ne paraît réellement pas possible. Cette considération , d'ailleurs, de la né
  26. 26. l4 LE VRAI MESSIE. cessité d e^constater,par dés emblèmes sen sibles, des nuances morales, autrement inap- perceptibles, explique seule ces phénomènes terribles, ces monstruosités et ces images-dé goûtantes, indignes évidemment du CRÉA TEUR , qu'offre la nature aux yeux de l'homme dégradé. Le fond de notre être, véritable abîme , ne peut se révéler que par des phénomènes de vie appréciables. Il en est de nous, sous ce rapport, comme du CRÉATEUR lui-même , à l'image duquel nous avons été créés, et à la connaissance duquel nous né pouvons nous élever que moyennant ses merveilles visibles. La nature est comme un livre dans lequel on lit les perfections de Dieu , ou comme un miroir dans lequel on les voit réfléchies. Il faut dire la même chose de l'homme et des divers phé nomènes qu'il offre dans sa manière de vivre, desenourrir,desevêtir. Nous nousappuyons sur la matière pour remonter aux substances pures; et il nous faut encore des substances et des images emblématiques , pour que nous nous puissions élancer dans le monde moral et métaphysique ; raison pour laquelle le CRÉATEUR a été lui-même obligé de ve
  27. 27. LE VRAI MESSIE. l5 nir à n otrerencontre, en franchissant l'a bîme qui nous sépare de son essence pre mière. En tant que CRÉATEUR, Dieu a de toute nécessité des moyens de communi cation analogues à ceux qu'il nous a dépar tis pour se faire remarquer de nous. Nous sommes , pour ainsi dire , hommes créés, et Dieu homme incréé. C'est au point intermé diaire entrel'm/în/qui est tout, et Y'infiniqui n'est rien , que Dieu et l'homme se sont rencontrés. Et ce point , c'est la vie , la vie manifestée, la vie révélée par des em blèmes. Avant t outesles langues de convention et par sons articulés, quand le CRÉATEUR a voulu se manifester ou se révéler pour la première fois à l'homme , comment l'eût-il pu faire autrement qu'en se montrant à cet homme sous la forme substantielle d'un PÈRE , emblème naturel de Dieu créateur? L'esprit humain ne saurait véritablement trouver un emblème différent, ni imaginer un autre moyen de communiquer la pre mière idée du CREATEUR à quelque intel ligence secondaire que ce soit. Nous verrons ailleurs que , quand les hommes n'auront
  28. 28. ï6 LE VRAI MESSIE. plus voulu reconnaître pour leur CRÉA TEUR cet Etre ineffable qui leur apparaissait comme PERE, cet Etre a dû employer na turellement, pour défendre ses droits, le moyen que nous appelons la Rédemption du genre humain , moyen évidemment divin , par lequel il a fait voir qu'il était plus intel ligent, plus puissant, et surtout MEIL LEUR qu'eux tous ; système immense qui , conduit depuis les temps les plus reculés jusqu'à son entière exécution , avec une science, une sagesse et une bonté infinies , écrase du moins le mortel dont il ne peut toucher le cœur. La n écessitéindispensable de ce que nous appelons des emblèmes de iue, montre que notre existence future elle-même ne saurait être aussi métaphysique qu'on se l'imagine quelquefois. Il faut qu'il y ait encore, dans ' notre état de transformation, des formes ap préciables, des images substantielles, des objets vus, sentis, perçus, comme cela se passe dans le monde matériel. Hors de là une existence quelconque, heureuse ou malheu reuse, n'est qu'une vraie chimère. La vie future, c'est évidemment le monde de Ber-
  29. 29. LE VRAI MESSIE. i7 keley. Ce philosophe n'a eu que le tort de ne point faire une distinction claire et nette entre le monde substance et le monde ma tière, ou de ne point reconnaître la nuance qui les sépare; car, s'il est vrai que la ma tière existe , il est vrai aussi qu'elle n'est étendue et impénétrable qu'autant que le CRÉATEUR le veut , et que pour les êtres qu'il désigne particulièrement à cet ef fet. S'il y avait réellement Vinfini entre la matière et l'esprit , on aurait pu sou tenir avec raison l'impossibilité de la création (i). (1) S iune curiosité , fort naturelle sans doute, nous demandait ici ce que nous verrons dans l'autre monde, et ce que nous yferons, nous répondrions sans hésiter, en nous fondant sur la nécessité indispensable des emblèmes naturels, que nous nous y verrons entourés, comme dans le monde matériel , d'un horizon plus ou moins étendu, rempli par un plus ou moins grand nombre à!images substantielles prises dans la nature connue, et que nous nous y occuperons à peu près comme on s'occupe sur terre quand on cherche le logement, la nourriture et le vêtement : seulement les images susdites seront alors en un rapport exact avec notre être moral: c firmament , par exemple, re présentant nos rapports célestes ; les divers objets de la nature , nos affections sociales ; et le sol qui nous 1..
  30. 30. l8 LE VRAI MESSIE. Donc, aurésumé, l'univers moral et mé taphysique , en tant que se révélant succes sivement aux êtres secondaires, c'est-à-dire, à tous ceux qui ne sont point JEHOVAH, ne peut être conçu possible que par des emblèmes analogues dans l'univers des plié- porte, la nature de noire confiance en CELUI qui seul sait l'affermir sous nos pieds. Quant à nos oc cupations diverses , elles seront celles que le Ciel jugera les pluspropres à caractériser incessamment l'intime de notre être moral, et les diverses manières dont nous chercherons à nous approprier la nourri ture spirituelle de I'amour et de la vérité, en d'autres termes, k satisfaire a tous mos besoins mo raux. Toutes ces idées , quoique neuves, ne surpren dront aucun de ces philosophes qui savent que la na ture est toujours conforme à elle-même , ou , comme l'exprime Leibnitz, qu'elle ne fait jamais rien par- sauts et par bonds. D'après cet apophthegme philo sophique, notre existence future ne doit, en effet, diffé rer de la présente que d'une nuance ; et cette nuance est celle d'un monde matériel à un monde substan tiel. Nous devons passer à l'existence future , comme on entre dans un songe agréable : toute la nature doit nous y accompagner. Cette vérité reçoit un sur croît de probabilité, ou plutôt d'évidence, quand on se rappelle que , examinée sans ces préjugés que donne l'idée vague d'une puissance infinie , que les
  31. 31. LE VRAI MESSIE. i9 nomènes : phénomènes matériels pour le monde physique , substantiels pour celui qui ne l'est pas. Le monde moral et méta physique, pour nous, est comme ancré , comme enraciné dans le monde visible , sur lequel il repose comme sur une base indis pensable. bornes d e l'impossible, que la simplicité et l'à-pro- pos ne restreignentjamais , je pourrais même dire, examinée géométriquement, la chaîne des êtres est à peu près complète ici-bas dans les trois règnes, et que par conséquent la nature connue renferme elle-même tous les élémens nécessaires au bonheur éternel des créatures sensibles; ce qui rend aussi impossible qu'inutile la destruction des images de la nature vi sible , pour l'existence future. C'est le sentiment qui fait le bonheur , et non la science; et par-là même le cercle des choses possibles doit être bien plus res treint qu'on ne le pense communément. Essayez de supprimer l'horizon d'images célestes et terrestres qui vous entoure, véritable Eden dans lequel vous vous trouvez placés ; que restera-t-il pour former le pré tendu ciel d'un esprit bienheureux ? Il ne restera rien . Et si ces mêmes images, devenues capables de repaître dignement les yeux des êtres immortels, enrevêtis- sant un caractère tout-à-fait spirituel et moral, suffi sent à votre bonheur, pourquoi les supprimer, ou même pourquoi leur en substituer d'autres?
  32. 32. 20 LE VRAI MESSIE. L'expérience journalière pourrait prouver ces vérités à tout le monde sans de grands raisonnemens. Qu'on prenne un dictionnaire de morale, qu'on en examine les termes, on verra qu'ils sont tous dérivés de la vie cor porelle et animale, depuis le premierjusqu'au dernier. C'est la naissance, l'accroissement, la décadence et la mort du corps , son état de santé ou de maladie, de force ou de fai blesse, qui ont seuls fourni les idées corres pondantes dans l'homme moral. Chaque membre de ce corps , considéré sous le rap port de son emploi et de son utilité terres tre , offre les mêmes résultats. Tous les em blèmes que peuvent fournir l'agriculture, les arts et métiers, les différentes manières de se nourrir et de se vêtir chez les hommes, ont été mis à contribution pour fournir des moyens de caractériser les diverses nuances de vie morale et intellectuelle, chez les in dividus comme chez les sociétés ; et , sans tous ces emblèmes que la nature elle-même fournit, le monde moral et métaphysique serait resté tout entier enseveli dans l'é ternel abîme. De l àdonc la réalité d'une langue de la
  33. 33. LE VRAI MESSIE. 21 nature , que la philosophie devrait déjà ad mettre, quand bien même on ne pourrait plus retrouver aucune des lettres de l'alpha bet immense qui servait à la parler; car cette langue n'est autre chose, après tout, que la perception des emblèmes de vie et d'intel ligence que la nature renferme dans son sein , et la faculté de transmettre cette per ception à d'autres êtres. Toutefois, nous sommes bien éloignés d'accorder que le dictionnaire de la langue de la nature soit entièrement perdu; nous pourrions en retrouver les traces même dans les langues de convention, dérivées néces sairement d'elle, si la Bible ne suffisait à elle seule pour nous remettre en possession d'une science aussi précieuse. Ce livre si peu connu et si peu apprécié de l'univers prétendu éclairé , n'aura pas simplement servi à nous conserver la langue hébraïque, il nous aura encore fourni tous les matériaux nécessaires à la reconstruction de la langue dela nature. Un c ertainnombre de nos premiers écri vains ecclésiastiques, tels que l'apôtre Paul , Lactance, Origène,Jérôme et autres, étaient évidemment sur la voie de cette langue, ainsi
  34. 34. 22 LE VRAI MESSIE. que l eur manière particulière d'écrire le démontre : mais, par un secret jugement du ciel, les traces précieuses en ont été aban données presqu'aussitôt par leurs succes seurs. On a traité ces écrivains de mystiques, comme ou fait encore aujourd'hui de tous ceux qui prétendent voir dans la parole de Dieu quelque chose de plus que dans un livre ordinaire. Du temps de Théophile, dit Horsley, le grand art d'interpréter l'An cien Testament consistait à trouver par tout des types et des emblèmes. Si , au lieu de se moquer de cet art, on eût cherché à voir jusqu'à quel point il était fondé, on en eût mieux compris les mystères de l'amour et de la sagesse du PÈRE, et on ne se fût point égaré pendant dix-huit siècles dans le labyrinthe des pensées humaines. La parole de Dieu doit nécessairement être plus riche et plus féconde en sens que tous les vains écrits des savans ; son sens doit même être infini. : • En abandon nant , en conséquence , la fausse marche de l'école , qui consiste à prendre chaque texte comme isolé, par où on peut évidemment prouver les choses les
  35. 35. LE VRAI MESSIE. 23 plus c ontradictoires, et en étudiant Ven semble des livres saints, on acquiert l'entière certitude que tous les hommes extatiques, depuis Abraham jusqu'au dernier des pro phètes, et qu'après eux tous le RÉDEMP TEUR lui-même, quoiqu'en s'exprimant par des mots pris dans la langue conventionnelle en usage de leur temps , ont néanmoins toujours parlé la langue de la nature, et que le sens qu'elle offre était le principal, si ce n'est le seul , qu'ils avaient réellement l'intention de transmettre à la postérité. Pour ne parler ici que de JÉSUS - CHRIST , c'est là cette langue à laquelle il cherchait à accoutumer ses apôtres pendant les trois an- néesqu'il vécut avec eux; c'est là cette langue qui les embarrassait souvent si fort , qui les forçait à solliciter en particulier des expli cations auprès de leur Maître, et même à le prier de ne point parler ainsi en paraboles. Quand une similitude, une comparaison est suivie dans toutes ses branches , et soutenue aussi longrtémps que JÉSUS-CHRIST l'a fait, il en résulte une véritable langue , qui s'enlace, pour ainsi dire, dans le dis cours ordinaire , et offre un sens suivi et plus
  36. 36. 24 . LE VRAI MESSIE. relevé à c ôtédu sens naturel. Qu'on se rap pelle seulement jusqu'où JÉSUS-CHRIST a porté la signification morale des mots man ger et boire, on verra qu'il faut un nouveau dictionnaire, un dictionnaire encore à faire, pour comprendre l'Écriture sainte ; livre non-seulement obscur , maisfermé et scellé jusqu'à ce jour sous mille rapports ; et que ce ne sera qu'à l'aide de ce dictionnaire que l'on pourray trouver les richesses infinies que la main de PÉTERNEL y a entassées. Celui qui a la moindre idée des emblèmes de la nature et de leur signification , lit la Bible comme avec une loupe : il y voit ce qu'il n'y avait jamais vu; il lui semble que ce soit un autre livre. Ce sont, en effet, les hiéro glyphes égyptiens lus moyennant le système de M. Champollion. L'homme, dit JÉSUS- CHRÏST, vit dela parole de Dieu, comme il vit de pain. Le grain dont on fait le pain est, selon lui , cette divine parole. Le pain est la substance de Dieu que l'homme doit s'approprier, parce que Dieu est bonté et vérité, et que Phomme moral ne doit point être autre chose. Le corps et la chair de JÉSUS- CHRIST sont par conséquent
  37. 37. LE VRAI MESSIB. a5 aussi c epaifl; parce que JÉSUS-CHRIST n'est que le Verbe ou la vérité divine, incarnée par amour pour l'homme. Le pain quotidien ne rappelle qu'une ap propriation journalière de la bonté et de la vérité, qui sont Dieu. Les multi plications miraculeuses du pain opérées par JÉSUS-CHRIST, signifient l'abon dance des exemples de vertu ménagés aux hommes par l'infinie miséricorde. J'ai à manger d'un pain que vous ne connaissez pas, dit le SEIGNEUR aux apôtres : mon manger consiste à faire la volonté de mon FÈRE. Celui qui mangera du pain que je lui donnerai, ne mourra pas, mais il iwra éternellement. Et ce pain, c'est ma pi'opre chair; il faut que vous me mangiez, alors seulement Vous aurez la vie en vous. Ex pressions inconcevables et repoussantes dans le sens de la langue conventionnelle, mais riches autant que vraies dans la langue dela nature. Je suis , dit encore JÉSUS-CHRIST, le pain de vie descendu du ciel , figuré gros sièrement par la manne dont vos pères ont mangé dans le désert : ma chair est par con séquent une vraie nourriture, comme mon
  38. 38. 20 LE VRAI MESSIE. sang e stune véritable boisson. Et cela, ajoule-t-il, ne doit point vous scandaliser; car ces paroles sont esprit et vie; la chair en tant que chair ne sert de rien. Prenez et mangez ce pain en mémoire de moi, dit-il la veille de sa mort ; c'est le corps qui sera livré demain pour.vous ; et cela signi fie : appropriez-vous toujours davantage la vérité et Vamour, qui sont DIEU , en vous ressouvenant incessamment de mes exem ples, f^oyez, je me tiens à la porte et je frappe; celui qui m'ouvrira , j'entrerai chez lui , je mangerai avec lui , et lui AVEC MOI.... Qui ne voit qu'il est partout question ici d'une manducation toute spirituelle? et que ces dernières paroles, surtout, ne peuvent el ne doivent être traduites que par celles- ci : Celui qui m'ouvrira son cœur, je l'ai merai et il m'aimera. Dieu ne saurait man ger avec nous d'une autre façon que par l'amour, ni, par conséquent, nous avec lui. Cet autre passage de saint Jean , où JÉSUS-CHRIST dit : De même que je vis par le PÈRE , de même celui qui me man gera vivra par MOI, rend cette vérité si
  39. 39. LE VRAI MESSIE. 2T évidente, que la folie la plus caractérisée pourrait seule la révoquer en doute. Mais c en'est pas tout encore ; la compa raison de la manducation matérielle, avec l'appropriation de l'amour et de la vérité qui font le bonheur de l'homme immortel , est encore portée plus loin dans l'Évangile. Le semeur, y est-il dit, c'est Dieu; le champ que l'on ensemence, c'est le cœur de l'homme , où celte semence doit germer; c'est une église tout entière qui doit por ter du fruit au temps de la moisson. Le froment représente les hommes aimant Dieu; les pailles légères, les âmes sans valeur morale. Le grenier renferme les ri chesses du ciel; lefeu de l'enfer consume la zizanie. Le van est le jugement sur les bons et sur les méchans. Trois mesures de farine ou de pâte représentent le royaume des cieux; le levain des pharisiens , les fausses doctrines, les disputes haineuses. La meule elle-même conservera une signi fication analogue; au renouvellement de l'Église deuxfemmes tourneront la meule dans un moulin; l'une sera prise > l'autre laissée. A cause de leur manière différente
  40. 40. 28 LE VRAI MESSIE. d'annoncer la parole de Dieu, telle église particulière sera approuvée , telle autre dé sapprouvée au temps de l'arrivée du FILS DE L'HOMME. Une meule attachée au cou d'un homme scandaleux , et précipitée avec lui dans la mer, sera un bonheur pour lui ; car cette meule représente le moyen- de s'ap' proprier la parole de Dieu , et la mer n'est que la collection des vérités naturelles i capables de préparer l'homme à la récep tion des vérités divines, comme nous Tal ions voir tout à l'heure ; l'eau, dans les dis cours de JÉSUS- CHRIST, étant partout l'emblème de la vérité. Voici, en effet, une légère esquisse sur le mot boire. De même que manger, c'est s'ap- proprier l'amour de Dieu, ou la bonté morale ; de même, boire , c'est s'approprier la vérité. La vérité délaye pour ainsi dire la bonté , qui , autrement , ne pourrait s'in corporer à notre âme , la bonté sans la vé rité n'étant point appréciable pour des créatures , en d'autres termes , la bonté ma nifestée devenant, par- là même, vérité. Si vous m'aviez demandé de l'eau, dit JÉSUS-CHRIST à la Samaritaine , je vous V
  41. 41. LE VRAI MESSIE. 29 en a urais donné qui jaillitjusqu'à la vie éternelle. Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura plus de soif. Celui qui reçoit ma doctrine , des Jleuves d'eau jailliront de son cœur. Ces paroles n'ont pas besoin de commentaire; non plus que celles- ci , que JÉSUS-CHRIST prononça haute ment en enseignant dans le Temple : Que Celui qui a soif vienne boire. Suivez-moi, jevais vousfairepécheurs dhommes, dit-il aux apôtres en les associant à la prédication de l'Évangile; car, des vérités naturelles , ils devaient élever les hommes aux connaissan ces spirituelles. De là l'usage du baptême , lequel n'est évidemment que l'emblème de l'acquisition de la vraie doctrine , con duisant l'homme à la pénitence et à la rési piscence; car , encore une fois , l'eau , comme faisant le mirvir et réfléchissant les images des objets, est l'hiéroglyphe de la vérité, plutôt encore qu'elle n'est celui de la purification. Le vin et le sang^ dans la bouche de JÉSUS- CHRIST,- considérés comme boissons, ont , par-là même, des si gnifications analogues. Seulement ces em blèmes seront d'un degré plus relevé; le
  42. 42. 3o LE VRAI MESSIE. sang é tantplus proche de la vie, et arrosant la chair même des hommes et des animaux, tandis que l'eau n'arrose en général que les objets dont ils se nourrissent; et le vin ayant , de son côté, plus d'affinité avec l'es prit de l'homm-e dont il réjouit le cœur, selon l'expression emblématique de David : unique raison qui leur fait jouer un si grand rôle dans les Saintes -Écritures , où il est question, à chaque instant, du sang des victimes et de la vigne du SEIGNEUR de l'ancienne loi, et du sang de l'agneau, du vin qui fait germer les vierges de la loi nouvelle. Le premier miracle de JÉSUS- CHRIST a consisté à changer de l'eau en w'«, parce que le principal objet de son ap parition était de changer les vérités natu relles en vérités divines , et de substituer sa doctrine à celle de la sagesse humaine. On met le vin nouveau dans des outres neuves,* dit-il, en parlant de cette doctrine. Prenez et buvez, s'écrie-t-il à la dernière Cène, après avoir préparé depuis long-temps les apôtres . à un pareil langage , prenez et buvez; ce vin est le sang de la nouvelle alliance; c'est mon sang qui est répandu pour la ré-
  43. 43. LE VRAI MESSIE. 3l mission d espéchés; c'est le Nouveau Tes tament en mon sang. Et les apôlres ont si bien compris la signification de tous ces dis cours de leur maître, qu'ils ont donné gé néralement, plus tard, le nom de Nouveau Testament au recueil qui renferme sa doc trine. Le sang de JÉSUS-CHRIST, par con séquent, partout où il en est question dans l'Évangile, ne rappelle et ne représente que la collection des vérités de salut annon cées par lui à l'univers ; vérités que l'univers refusait de recevoir, comme il l'a prouvera/' le fait, et par un embleme matériel, en répandant sur le Calvaire le sang du RÉ DEMPTEUR. Et il faut dire la même chose du vin; car le vin n'est lui-même qu'un emblème du sang. Je ne boiraiplus de ce jus de la vigne,jusqu'à ce que je le boive tout nouveau dans le royaume de mo n PERE, ne peut signifier, comme on s'en con vaincra pleinement dans le corps de notre ouvrage , que l'union complète de la vé rité divine et de l'amour divin dans la personne de JÉSUS-CHRIST , en d'autres termes, la glorification du VERBE dans les cieux.
  44. 44. 32 LE VRAI MESSIE. Quand on connaît ainsi la vraie significa tion de boire et de manger', en tant que ces actions sont des emblèmes moraux, on conçoit aussi très-bien la raison du choix de ces mots coupe etplat, dont JESUS-CHRIST s'est servi en faisant ce reproche aux Phari siens : Pharisien aveugle , lave d'abord l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur soit propre aussi. lie plat représente Vhomme, en tant qu'il est le ré ceptacle de la bonté de Dieu; et la coupe le mémehomme, en tant qu'il est le réceptacle de la vérité. Dans un vase matériel, la pu reté de Vintérieur n'entraîne point néces sairement, comme chacun sait, la pureté de l'extérieur. On voit aussi que ces paroles, heureux ceux qui ontfaim et soif de la justice, ne sont point choisies sans raison , mais qu'elles sont tout entières dans le gé nie de la langue, de la nature. On comprend enfin clairement ce texte si obscur de saint Jean : Ily en a trois dans le ciel qui ren dent témoignage , le Père, la Parole, et l'Esprit; et ces trois ne sont qu'une même chose : il y en a aussi trois qui rendent témoignage sur la terre, savoir, /'esprit ,
  45. 45. " LE VRAI MESSIE. 33 I'eav e tle sang , et ces trois se rapportent à la même chose ; où Veau signifie les véri tés naturelles qui annoncent Dieu, le sang les vérités évangéliques qui révèlent le même Dieu , et l'esprit, l'action invi sible de CELUI qui seul peut nous faire goûter une vérité quelconque, même alors qu'elle nous serait annoncée par quelque prophète. Ces trois-là se rapportent à la même chose , parce que et la raison , et l'É vangile , et les personnes extatiques , par lant par l'esprit, s'accordent, à témoigner que le vrai Dieu n'est autre que le CHRIST manifesté en chair. Nous verrons ailleurs que Père, c'est Dieu dans son essence, ou quant à son amour et sa puissance : parole , Dieu dans sa forme , ou la vérité, la sa gesse divine , que l'on a appelée VERBE ou FDL.S ; et Vesprit. Dieu dans son action immédiate sut l'âme ou sur l'intime de tous les êtres spirituels. Les l umièresvictorieuses que la connais sance des emblèmes naturels ou de la langue universelle jette sur toute la parole de Dieu, sont telles , que le mystère de la sainte Cène se révèle lui-même tout entier. Quand on
  46. 46. 3/( £E VRAI MESSIE, ' fait, e n effet, tous les rapprochemens que nous venons de mettre sous les yeux des lecteurs, et qu'on se rappelle qu'avant de dire que le pain était son corps , JESUS - CHRIST avait dit que son corps était du pain, et qu'avant de dire que le vin était son sang , ilavait dit que le sang était la vérité, est-il possible qu'on s'y méprenne ? N'est-il pas plus clair que le jour que, dans tout cela , il n'a entendu parler que de l'a/M propriation de Vamour divin et de vérité divine ? Et ce dogme de la transsubstantia tion, par lequel on est parvenu à éloigner les hommes de la pratique la plus sainte et la plus touchante dela terre etdescieux, n'est- il pas aussi absurde que si l'on voulait sou tenir que la parole de Dieu est réellement dufroment, que JÉSUS-CHRIST est une vigne véritable , ou que les vérités évan- géliques sont réellement de Veau et du sang(l)l ( i )Je conjure ceux de mes frères les catholiques ro mains qui tiendraient encore à une transmutation de substances proprement dite, de ne point regarder ici le mot absurde comme une attaque injurieuse : la force de la vérité a seule pu me l'arracher. On verra
  47. 47. LE VRAI MESSIE. 35 II nous serait facile de faire les mêmes re marques sur nombre d'autres emHèmes na turels familiers à JÉSUS-CHRIST dans ses instructions, tels que ceux de pierre, de que, p lusbas, je m'élève également plusieurs fois , et avec force , non contre la Très-Sainte et Très-Ado rable Trinité, devant laquelle toute intelligence créée doit s'anéantir, mais contre une Trinité de trois personnes réellement distinctes, sans que, dans tout cela, il y ait aucune intention hostile. Je sais que ces deux points importans étaient si difficiles à saisir sans la connaissance de la langue de la nature , que toutes les erreurs dans lesquelles ils ont fait tomber le genre humain, sont excusables. Dieu étant triple, on pouvait facilement le croire trois, et ne l'en aimer pas moins. JÉSUS-CHRIST, dans les idées de la philo sophie transcendentale , pouvant être considéré comme placé entièrement hors du temps et de l'es pace, même en tant qu'homme , certaines personnes pouvaient aisément se persuader la possibilité d'une manducation plus ou moins réelle de la chair du fils de l'homme , et être , avec cela , des chrétiens très- fidèles et très-aimans. Le zèle du cœur, au yeux du SEIGNEUR , efface sans peine les méprises de l'esprit. Et une preuve que les erreurs susdites , quoique graves en elles-mêmes, pouvaient être tolérées jusqu'ici , c'est que la Sagesse éternelle n'a pas jugé convenable de les corriger plus tôt.
  48. 48. 36 LE VRAI UTESSIE. sable, de maison , déporte, de berger, de brebis, d'arbre, de soleil, de lune, d'é toiles ;.'par où l'on verrait, à n'en pouvoir douter, que , même dans ses discours les plus simples en apparence, il parlait néan moins toujours la langue de la nature. Pierre, pour en donner encore cet exemple, c'est Dieu , c'est le rocher éternel et l'éter nelle vérité; des principes généraux, des vérités mères, sont des pierres particu lières détachées de ce rocher; une maison, un temple, bâtis avec ces pierres, c'est un système religieux dont toutes les parties sont parfaitement liées ; élevée sur le roc, votre maison est éternelle comme Dieu; élevée sur le sable incohérent des pensées humaines, le torrent des tribulations la renverse; une ville entière de maisons as sises sur le rocher, c'est un ensemble de sys tèmes réguliers et inébranlables; bâtie sur une montagne , une telle ville éclaire toute une contrée; enfin , construite entièrement en pierres précieuses, cette même ville n'est que la réunion générale de toutes les vérités divines propres" h opérer le salut du genre humain; en d'autres termes, c'est la fc_
  49. 49. LE VRAI MESSIE. 3^ nouvelle Jérusalem descendant du ciel de la part de Dieu. Il f aut,par conséquent, connaître quel que chose de la langue de la nature, et en avoir étudié un peu le génie, pour savoir ce que les hommes extatiques ont voulu dire; et faute de cette science, Rome, aussi bien que les autres sociétés chrétiennes que les lumières croissantes lui ont successivement arrachées , ont dû naturellement mal in terprète^ l'Évangile sur différens points. Il serait même miraculeux que cela n'eût point eu lieu. Car, comment ne point.se fourvoyer , quand on prend grossièrement à la lettre les mots de père, defils, de man ger , de boire, de monter, de descendre , d'envoyer, dans des discours où il n'est question que de l'essence divine ? Les véri tés du salut ont été forcément enveloppées d'un langage tout humain, par CELUI qui est sorti des splendeurs éternelles pour visi ter notre retraite obscure; et il faut savoir écarter de son langage l'alliage et les scories, pour avoir purs l'or et l'argent de la doc trine et de la vérité. Le langage embléma tique est, comme nous l'avons montré, fondé
  50. 50. 38 LE VRAI MESSIE. sur l anature même des choses : tout autre langage eût été absurde dans la bouche de DIEU RÉDEMPTEUR. Des discours qui ne se seraient adressés qu'à unefraction d'êtres dans la création, eussent été indignes de JÉSUS-CHRIST. La langue de la nature, ou universelle, a des avantages qu'aucune langue de convention ne peut réunir : seule elle peut être rendue aussi riche et aussi concise que le CRÉATEUR le juge néces saire dans l'occasion ; seule elle peut se faire entendre de la société éternelle de l'univer salité des êtres , où la simple idée d'une langue par sons articulés paraîtrait une ab surdité. Même en se servant d'une langue conventionnelle comme instrument, l'Etre des. êtres a du encore s'adresser à toute sa création, en enlaçant dans celte première langue une autre langue tout-à-fait univer selle. La création n'est, en effet, pour lui, qu'une unité; et il doit toujours pouvoir être compris de tous les êtres, depuis l'ange le plus élevé jusqu'au plus pervers des dé mons ; avec cette seule différence que , plus un être a d'intelligence , mieux il démêle le sens de ses oracles; tandis que celui qui est
  51. 51. LE VRAI MESSIE. 3g indigne de les bien saisir, en voyant ne voit point , et en entendant ne comprend point. Cet objet, encore une fois, est indis pensable dans les relations du CRÉATEUR avec une société d'êtres dégradés, et les emblèmes naturels peuvent seuls le rem plir. Que s iles contemporains de JÉSUS- CHRIST n'ont pas saisi , de son temps, toute la richesse de sa doctrine , c'est que cela ne pouvait ni ne devait être : J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous n'êtes point en état maintenant de les comprendre, dit le SEIGNEUR aux apôtres. Que penserait-on aujourd'hui de JÉSUS-CHRIST, si, pour faire comprendre de son temps sa divine nature, il eût dit, par exemple, en supprimant les emblèmes de Père et de Fils : La cause première est le moi universel; moi qui vous parle, je suis ce même moi universel manifestéparticu lièrement ? — L'univers alors n'était réelle ment point assez avancé. Il fallut que le genre, humain se cultivât peu à peu sous l'influence de l'esprit et de la vertu d'en- haut; il fallut qu'il apprit à réfléchir pro
  52. 52. 40 LE VRAI MESSIE. fondement ; il fallut qu'il parvint , avec la philosophie, à s'élever entièrement au-des sus des notions de temps et d'espace^ pour apprécier tous les discours et toutes les dé marches de son ÉTERNEL BIENFAITEUR. Mais ces temps heureux sont arrivés à leur tour. Non-seulement des individus isolés , mais la masse entière du genre humain est prête aujourd'hui à entrer véritablement dans les vues de l'amour divin. Dix-huit cents ans sont à peine écoulés, et le plan éternel de DIEU RÉDEMPTEUR peut se développer! Une troisième explosion de la miséricorde infinie, selon l'expression d'un journal philosophique peut avoir lieu; et, au moment où l'univers se croira le plus près du déisme, il sera à la veille de devenir plus véritablement chrétien qu'il ne l'a ja mais été. Nous t rouvantainsi mis sur la voie de la langue de la nature par les livres inspirés, nous pouvons maintenant, sans crainte de nous tromper, citer quelques-uns de ces em blèmes de la nature que les hommes eux- mêmes ont conservés dans leur langage , sans savoir qu'ils appartiennent réellement
  53. 53. LE VRAI MESSIE. .( I à une langue distincte. C'est ainsi que l'ins tinct général du genre humain a déterminé depuis longt-temps la signification morale du soleil aussi bien que celle de sa chaleur et de sa lumière. Le soleil a toujours été le principal emblème de la Divinité sur la terre; sa chaleur, celui de l'amour , et sa lumière, celui de la vérité : de là, dans des temps de superstition et de barbarie, l'ado ration du soleil , et le culte du feu , que l'on retrouve presque chez tous les peuples. L'or signifie aussi, presque généralement chez toutes les nations, ce qui est précieux ; la pierre, ce qui est solide; la graisse, ce qui est riche, et cent autres emblèmes qu'il "se rait trop long de rappeler. Moins , en géné ral, les peuples avaient de mots convention nels, plus il leur fallait d'emblèmes naturels; et quand ils n'avaient point de termes con ventionnels du tout, ce qui se conçoit faci lement, du moins pour les termes de mo rale, alors ils n'avaient absolument que des emblèmes dans leur langage. Il n 'estqu'un seul de ces emblèmes au quel nous devions nous arrêter encore un instant ici, à cause de son importance : c'est
  54. 54. 42 L E VRAI MESSIE. celui de l'homme que l'on n'a pas toujours remarqué autant que ceux qui sont hors de nous, les objets extérieurs nous frappant, en général, plus que notre propre être. Dans tous les temps quelques esprits profonds ont reconnu que l'homme était l'emblème le plus parfait possible, l'emblème, par consé quent , naturel et vrai de tout ce que l'on peut appeler intelligence et vie. Le nom de microcosme , ou de monde en petit, donné à l'homme par les anciens sages, suffirait pour le prouver. La forme humaine est, en effet , une vraie forme d'amour et de sagesse , capable , à elle seule, de caractéri ser toutes les nuances possibles de l'être moral' pris dans son état complexe. L'être vivant et intelligent ne saurait avoir une autre forme que laforme humaine. L'ange n'est que l'homme esprit ou l'homme sub stantiel. Et Dieu lui-même, quand on veut bien y réfléchir, n'est réellement conçu par l'esprit humain que comme homme divin. L'homme divin est le seul côté apercep- tible de Dieu; son essence infinie demeu rant éternellement cachée dans cet homme ou dans cette forme, laquelle nous ne con
  55. 55. LE VRAI MESSIE. 43 cevons p asvide et métapliysique , dans le sens que l'on donne d'ordinaire à ce mot, mais pleine et substantielle , puisque Dieu , pour paraître comme homme, n'a pas be soin, à proprement parler, de créer cet homme^ et qu'il ne fait que le montrer. Ce qui rend encore l'homme un emblème si in téressant, c'est le rapport qu'il a ensuite avec tous les autres êtres vivans que nous apercevons sur la terre. Après ce roi de la nature, tous les autres animaux, formes de vie toujours moins parfaites, inclinant tou jours davantage la tête vers le sol, ne sont que les emblèmes des diverses nuances pos sibles de vie ou d'intelligence dégradée. Quand l'homme est ce qu'il doit être , il ne diffère de l'ange que par la pesanteur de sa matière; quand l'homme se dégrade, il par court la chaîne de tous les degrés de vie in férieure, figurée par les animaux : chaque animal, par ses formes et ses instincts, of frant une nuance particulière de cette vie. Tous les rayons du zénith à l'horizon, ou de la perpendiculaire à la ligne horizontale, sont ainsi remplis : L'homme et le serpent forment l'angle droit; le reste des animaux
  56. 56. 44 ï-E VRAI MESSIE. remplit t outle quart du cercle ; et un autre genre d'êtres est géométriquement impos sible. ' Nous ne citerons pas un plus grand nom bre d'emblèmes naturels, en cet endroit, pour prouver notre thèse ; le corps de l'ou vrage les fournira en abondance: car, en envisageant sous, ce même point de vue tous les objets de la nature, soit morte, soit vivante, et les phénomènes sans nombre qu'elle présente, dans un globe entier comme dans un atome de ce globe, on voit claire ment que, conservant toujours un rapport réel, quoique éloigné, avec quelque nuance de vie ou d'intelligence, non-seulement ils peuvent servir à les caractériser, mais qu'ils les caractérisent dans la réalité. Lapoussière elle-même et la boue ont ainsi des significa tions arrêtées. Elles représentent tout ce qu'il y a de bas et de vil; le bas, le vil , l'abject et le dégoûtant, se retrouvant dans la morale à côté du grand, du noble et du relevé. C'est évidemment d'un souvenir éloigné de toutes ces relations nécessaires entre le monde moral et le monde phéno ménal , que vient à l'homme ce goût décidé
  57. 57. LE VRAI MESSIE. ^5 pour l escomparaisons, dont toutes les autres figures de rhétorique .ne sont, dans le fait, qu'une variété. C'est de là que vient à l'homme ce goût irrésistible pour les fables et les paraboles; moyens sûrs de faire goûter à la multitude les idées du juste et de l'in juste, mais par où les peuples ont été portés trop souvent à se composer des mythologies absurdes. Le passage de la langue de la na ture aux langues de convention, s'était fait par des progrès si insensibles , que personne n'avait jamais eu l'idée de remonter à la source : on ne savait pas le chemin que l'on avait fait; mais la distance paraît frappante dès que l'on y est rendu attentif. Primitive ment on n'aura pas nommé les objets , on les aura montrés; non corporellement, il est vrai , mais substantiellement et par la force de la pensée , tels que ces objets exis tent en Dieu, et tels que nous les apercevons encore dans les songes, dans lesquels il y a évidemment plus que de l'imagination (i). (i) A moins que l'on n'avoue qu'avec cette imagi nation on puisse former le monde de Berkeley tout entier, et par conséquent tous les mondes possibles.
  58. 58. 46 LE VRAI MESSIE. Une communication de pensées et de senti- mens immédiate est tout aussi concevable , et même plus simple -, que toutes celles qui ne se font que. par des moyens plus ou moins éloignés : et la richesse d'une pareille com munication est telle , qu'elle ne souffre au cune comparaison avec la pauvreté de toutes les autres. Quand cette faculté primitive de voir et de faire voir l'objet immédiat de la pensée et l'emblème naturel des sentimens, se sera affaiblie, alors seulement les signes extérieurs seront venus s'y joindre. De là, le langage des gestes, parlé d'abord plus parti culièrement par les yeux, la bouche et la composition particulière du visage, et qui aura fini par amener les sons conventionnels, et tous les signes extérieurs, tels que ceux qui se retrouvent encore chez les sourds et muets, et enfin ceux qu'offrent les hiéro glyphes et l'Écriture. A. l'époque où les deux manières de se parler, celles par em blèmes naturels et celle par sons articu lés , se seront mêlées, alors il en sera résulté le langage que l'on appelle encore aujour d'hui prophétique ou extatique , dans le quel les mots conventionnels ne servent
  59. 59. LE VRAI MESSIE. 47 qu'à r appelerles emblèmes plus significatifs de la nature. C'est dans cette dernière langue ^évidem ment. double, nous le répétons, que nous avons trouvé écrit le plus grand nombre des livres que l'antiquité nous a transmis comme livres inspirés. Pour comprendre la Bible, il ne suffît pas, par conséquent, de com prendre X'hébreu, le grec , le latin, ou tel autre idiome dans lequel elle est tra duite; mais il faut encore comprendre la langue de la nature; les auteurs sacrés n'ayant primitivement emprunté du langage usité de leur temps, que tout juste les mots nécessaires pour retracer les images natu relles qui parlent d'elles-mêmes. De là , pour le dire en passant, ces bizarreries qui se rencontrent dans les prophètes, et qui ont si fort choqué des philosophes superficiels , ces images monstrueuses réunissant à la fois les membres discordans de nombre d'ani maux divers: car, en parlant de sociétés col- . lectives, ou de diverses nuances du carac tère moral du même individu, les prophètes ont été forcés d'amalgamer les emblèmes primitifs et d'en former de composites, tels
  60. 60. 48 LE VRAI MESSIE. qu'on e n remarque principalement dans Ezéchiel , Daniel et saint J.ean. Tout cela était entièrement dans le génie de la langue de la nature, et, par suite, dans l'essence des choses; et se moquer des animaux , des cornes , des roues couvertes d'yeux , des prophètes, du cheval blanc de l'Apoca lypse, et même du déjeûner d'Ezéchiel , c'est ressembler un peu à ces ignorans qui rient en voyant de l'écriture chinoise ou des hiéroglyphes égyptiens (i). Telles s ontles considérations qui nous ont engagés à publier l'Essai qu'on va lire. (i) En parlant de matières religieuses, Voltaire, le plus souvent, ne raisonnait pas, il plaisantait. Quant à Dupuis , il ne s'était point assez rendu maître de la matière qu'il traitait. Une lecture attentive de la sym bolique .de Kreutzer, ouvrage très-utile au philosophe qui voudrait entreprendre l'étude de la langue de la nature , fait voir avec une évidence qui exclut toute espèce de doute, que les anciennes religions païennes avec leurs diverses mythologies et cosmogonies , n'é taient généralement nées que de la langue de la na ture mal comprise, et que, par conséquent, le com plément de la religion chrétienne , la seule véritable , consistera dans la connaissance de cette même lan gue retrouvée , et portée à une certaine perfection.
  61. 61. LE VRAI MESSIE. 49 En é tudiant nous-mêmes les saintes Écri tures avec cette nouvelle clef, nous y avons vu si clairement les véritables intentions du CRÉATEUR et RÉDEMPTEUR du genre humain, que nous nous serions cru coupa bles , si nous n'avions point fait part de nos idées -à un mondé si dérouté dans toutes ses conceptionsreligieuses, que l'on n'y rencon tre à peine autre chose que de l'athéisme ou delà susperstition. Le moment, du reste, n'est point défa vorable pour engager l'univers à soumettre à un nouvel examen, à un examen sérieux et réfléchi, ces événemens immenses qui sur notre globe ont substitué le> Christia nisme à l'Idolâtrie. La philosophie du dix- neuvième siècle n'est réellement plus- celle du dix-huitième. Depuis les dernières révo lutions européennes, lesquelles ont été mo rales autant que physiques, la philosophie est devenue en grande partie spiritualiste, de matérialiste qu'elle était. Plusieurs dé nos penseurs modernes ont enfin reconnu la vérité de cette prédiction de Platon, que « ceux qui se livreront aux recherches pro fondes (de tout ce qui se rattache à la mo
  62. 62. 5o LE VRAI MESSIE. raie e tà la religion) avec un esprit humble , et qui fuiront cette maniepeuphilosophique et peu religieuse , de décider, de trancher tout, à la première vue des difficultés, trou veront que souvent ce qui leur paraissait le plus incroyable, était ce qu'il y avait de plus certain et de plus évident (i). ,» De grands noms se rattachent déjà à ces nou velles et rayonnantes doctrines d'un monde lumière, d'un monde substance^ enclavé partout dans le monde matière : doctrines seules vivifiantes, seules vraies, et qui de vaient triompher tôt ou tard (2). Nous ne parlerons point ici de ces phé nomènes qui sembleraient devoir familiari ser la médecine elle-même avec ces idées qui agrandissent l'univers de toute l'étendue de l'espace. Quelques médecins distingués, en France aussi bien qu'en Allemagne, s'é- levant, comme on sait, au-dessus de deux espèces de préjugés opposés, ont examiné, (1) Ë pîtreà Denys. (2) I lest inutile de dire qu'en tête de ces noms il faut inscrire celui de M. Royer-Collard et de l'école qu'il a formée. .
  63. 63. LE VRAI MESSIE. 5l avec quelque attention , cet étatparticulier de l'organisme produit par les manipula tions magnétiques, ou l'imposition des mains, appelé depuis extase provoquée; et ils ont reconnu la réalité de phénomènes surprenans, connus évidemment dans l'an tiquité, et qui montrent que l'homme, même en restant dans les liens de l'existence corporelle, peut néanmoins s'élever quel quefois au-dessus de l'organisme, et fran chir ainsi plus ou moins le temps et. l'espace. Les mots de voyant , de prophète et iVins piré, ont commencé en conséquence à pa raître moins étranges à ces savans ; les traces du langage emblématique ou prophé tique, reparaissant assez souvent dans l'état d'exaltation produite par le magnétisme. Quelques philosophes modernes se sont même convaincus par - là de la réalité de certaines communications entre les hom mes, qui , dépouillant leur enveloppe maté rielle, ont passé dans ce monde lumière, lequel se joue au milieu de tous les globes, comme les rayons du soleil se jouent dans un globe de cristal, et où se parle la langue emb lématique, et des hommes vivant encore .- 3 .
  64. 64. 5.*? LE VRAI MESSIE. sur l aterre, où jusqu'à présent on ne con naissait que les langues de convention et par sons articulés (i). Mais, outre que la méde- (i) Les preuves de raisonnement que nous avons données de l'existence primitive d'une langue natu relle parmi les êtres intelligens, nous paraissaient si claires et si convaincantes, que nous avions cru inu tile de surcharger cet avant-propos de citations d'au- îeurs anciens ayant les mêmes convictions que nous , ou rapportant des faits capables de les appuyer. Ici , toutefois , où nous touchons à la question délicate du magnétisme animal, les remarques suivantes pourront trouver leur place. Le pythagoricien Épicharme parlait déjà de la manière suivante de ce que j'appelle les formes substantielles : « L'art de jouer de la flûte, dit-il , est sans doute quelque chose de séparé de l'homme qui enjoué. Il en est de même de ce qui est bien ou de ce qui est bon ; la bonté est nécessairement une chose séparée de l'homme qui la possède. » A quoi Alcime ajoute : « L'âme apprend certaines choses, moyennant les sens, et d'autres sans leur secours, parce qu'elle considère ces choses en elles-mêmes; » ce qui prouve assez clairement que les anciens atta- , citaient très-souvent l'idée de réalité à ce qui, pour les modernes , n'a plus été qu'une qualité abstraite. (Voir Diogène Laè'rce, m, i4, 12.) Philopone assure avoir vu dans un des livres perdus d'Aristote sur le bien ou laphilosophie , ces propres expressions: « Les idées ou lesformesdes choses contiennent la matière, comme i
  65. 65. LE VRAI MESSIE. 53 cine moderne est encore bien loin d'être d'accord sur ces divers points; outre qu'il doit être dangereux de chercher à établir les nombres contiennent les choses nombrées ; car la matière étant en soi une chose indéterminée, c'est-à- dire, sans attributs réels, ce sont les formes seules qui en font des objets. (De An. page 17, Venise, i535.) En général, selon Pythagore et ses disciples, les choses seules étaient des objets en soi, c'est-à-dire des objets réels et éternels, quoique immatériels ; tandis que les objets matériels, en tant que matériels, n'é taient rien en soi. Leurs idées se rapprochaient beau coup de celles émises parmi nous par Berkeley sur la non-existence de la matière comme quelque chose en soi; et quand , par suite, ils disaient le monde éternel, ils n'entendaient souvent parler que des formes sub stantielles du même monde , telles que chacun les voit et palpe encore dans l'état de songe. Sous ce rapport, les nouveaux phénomènes somnambuliques observés en Allemagne semblent avoir mis quelques-uns de ses savans à même de comprendre la philosophie des an ciens, mieux qu'on ne l'avait jamais comprise. « Timée , dit Tiedeman dans sa vie de Pythagore, page 545, promet à ceux qui observent les règles prescrites , la vue des dieux ( c'est-à-dire , celle de leurs ancêtres transformés); il en faut évidemment conclure que les pithagoriciens avaient trouvé le moyen d'être en un véritable état d'extase. » (État dans lequel l'homme in térieur et immortel d'un individu , se réveillant pen-
  66. 66. 54 1E VRAI MESSIE. ces s ortes de communications entre le monde naturel et l'univers des hommes-es prits, vu la dégradation de notre être qui ne nous permet nécessairement d'entrer en rapport qu'avec d'autres êtres dégradés qui dant un sommeil passager , peut naturellement s'en tretenir avec ceux dont les organes matériels dorment définitivement du sommeil de la mort. Stillingfleet , qui, comme on sait, avait fait l'é tude la plus profonde de l'antiquité, était convaincu, comme nous, que, dans l'origine, le nom d'une chose signifiait son essence. On peut consulter les Origines sacrée ; on y verra la confirmation de presque toutes nos idées. Le père Kircher était persuadé que la pre mière langue n'avait pu être conventionnelle. Clément d'Alexandrie dit en propres termes ( Stromates , L. v.) que les anciens faisaient quelquefois la relation de leurs actions par une suite de symboles. C'est de l'E gypte que la Grèce reçut l'usage des symboles , sa my thologie , ses temples pour la guérison des malades et la reddition des oracles ; et l'Egypte elle-même n'avait trouvé toutes ces choses que moyennant ses hommes extatiques, ses prêtres et ses prêtresses. Il est impos sible de se refuser à l'évidence des preuves que l'his toire fournit à cet égard, et que de nouvelles expé riences sont venues confirmer dans ces derniers temps. Aristé Proconensis, qui vivait du temps de Cyrus, est représenté par des historiens contemporains comme
  67. 67. LE VRAI MESSIE. 55 se trouvent à notre unisson, et que nous ne serions point en état de bien comprendre, même alors qu'ils seraient disposés à nous être utiles; nous regardons les phénomènes magnétiques comme de bien peu d'usage . un homme qui pouvait faire sortir son âme de son corps et l'yfaire rentrera volonté : ce n'était évidem ment qu'un somnambule. Socrate lui-même, comme tout le monde sait , entrait de temps en temps dans l'exaltation magnétique : le démon ou esprit familier qu'on lui attribue , n'a point d'autre origine. « Ces dé mons des pythagoriciens , disait Diogène Laërce ( dé mons, quij comme nous l'avons déjà dit, n'étaient que les hommes substantiels de leurs ancêtres), influencent les mortels par des pressentimens et des songes qu'ils leur donnent; ils leur envoient la santé et la maladie, et leur révèlent les choses cachées et les événemens fu turs. » Tout le monde connaît la science cabalistique des Rabbins, que plus d'une forte tête a défendue dans les temps passés, et que le progrès des sciences a forcé quelques savans. modernes à envisager avec un peu moins de dédain. Enfin , tous les passages des épîtres de saint Paul , où cet apôtre trace des règles touchant l'ordre à garder parmi ceux qui parlent des langues inconnues , ceux qui ont des visio?is, des révélations , et ceux qui interprètent les songes, prouvent que l'imposition des mains , observée par lui, ressemblait entièrement à nos modernes- expériences sur l'extase
  68. 68. 56 LE VRAI MESSIE. quand il s'agit de morale et de religion : quoique, du reste, nous serions bien éloignés de détou/ner de son entreprise celui qui voudrait se confirmer dans la croyance à l'immortalité par les expériences du som provoquée. Il fallait, alors comme aujourd'hui, éprou ver les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu, et faire la part à l'exaltation imaginaire ou simulée, à la fourberie et à la.folie. Et ce que les apôtres, en per sonne, nous ont appris à cet égard, nous dispense d'entrer dans le détail de ce qu'en ont dit les SS. Pères et les premiers écrivains ecclésiastiques , qui , sans en excepter un seul, admettaient tous des extases, des guérisons , des possessions, et en parlaient comme de phénomènes connus de tout le monde, parmi les païens aussi bien que parmi les chrétiens. Tertullien a écrit à lui seul sept livres sur l'extase ; et il n'est de-: venu montaniste que pour s'être laissé tromper par l'extatique Montan, et ses deux compagnes, prophé- lesses ou somnambules , comme on voudra les appe ler. Il faut réellement n'avoir jamais ouvert un auteur ancien, pour pouvoir sepersuader que l'étatparticulier de l'organisme, appelé crise extatique par le docteur Bertrand, n'a pas été connu de tout temps; qu'il n'a pas fait souvent l'objet principal des recherches des peuples , sous le rapport du culte comme sous celui de la science thérapeutique, et que la plupart des reli gions de l'univers , n'ont pas eu pour premier principe cet étonnant phénomène.
  69. 69. LE VRAI MESSIE. 5^ tiambulisme artificiel, en se rendant témoin oculaire de la clairvoyance physique ou morale de certains individus extatiques, dans lesquels l'état futur de l'homme dégagé de la pesanteur de la matière, se montre d'une manière aussi palpable que tous les autres phénomènes de la nature. Le c hrétienéclairé n'a jamais eu besoin d'aucune de ces expériences tardives que les sciences humaines viennent de temps en temps ajouter à sa foi. Il lui a toujours suffi de jeter un regard impartial sur l'ac cord admirable de l'Ancien et du Nouveau Testament, et sur le système immense et évi demment au -dessus du pouvoir de toutes les intelligence créées, qui en résulte, pour reconnaître le doigt de Dieu. Mais il n'en est point ainsi de ces chrétiens simplement de nom^ qui dans la réalité ne savent plus ce qu'ils croient, et qui enveloppent dans un égal mépris et les abus religieux et les principes les plus indispensables de la mo rale et de la religion , faute de pouvoir dé mêler la vérité d'avec des prétentions ab surdes. Il n'en est point ainsi , surtout de ces nombreux mécréans du jour, qui ont 3..
  70. 70. 53 LE VRAI MESSIE. souvent de si terribles préjugés à surmon ter, ne conservant souvent pas la première idée, la première notion d'une vie immor telle et dégagée de la pesanteur de la ma tière. Pour tous ceux-là , la plus simple planche de passage devient la chose la plus précieuse ; et l'idée de la langue de la na~ ture , retrouvée dans les livres saints, nous a surtout paru propre à représenter cette planche; nous nous en sommes em paré avec d'autant plus d'empressement que le nombre de ceux qui doivent y passer est plus considérable. Nous avons partagé notre ouvrage en deux parties : la première traite de la vraie nature de JÉSUS-CHRIST; la seconde, du vrai sens de sa doctrine.
  71. 71. LE VRAI MESSIE. §ÇJ CLEFS HIÉROGLYPHIQUES. Avant de commencer notre explication des principaux passages des Saintes-Écri tures d'après les principes de la langue éton nante dont nous venons de signaler l'exis tence, nous voudrions de tout notre cœur mettre sous les yeux du lecteur le diction naire qui nous a guidé. Mais, comme c'est véritablement ici le cas de dire avec Jean- Jacques , que notre livre serait aussi gros que le monde, que nous n'aurions point épuisé notre sujet , nous nous bornerons à quelques données absolument générales, simples clefs^ au moyen desquelles le lecteur lui-même pourra pénétrer plus avant dans les domaines immenses de la nature. Tout notre dictionnaire se réduira, en attendant, aux mots suivans : I. DIEU, AMOUR, VÉRITÉ. II. SOLEIL , CHALEUR, LUMIÈRE.
  72. 72. 6ô LE VRAI MESSIE. III. HOMME ^ BONTÉ, SCIENCE. IV. VIVRE, MANGER, BOIRE. V. RÉGNE ANIMAL, règne végétal, RÈGNE MINÉRAL. VI. CRÉATION, PRODUCTION, DESTRUC TION. VII. SUBSTANCE, forme, couleur. VIII. MARCHER, MONTER, DESCENDRE. IX. MILIEU, DROITE, GAUCHE. X. POINTS , NOMBRES , ÉLÉMENS. I. DIEU, amour , vérité. Par-là même que, dans sa première essence , Dieu est le Grand -Tout, l'Etre infini; il n'est rien pour nous, s'il ne concentre les rayons de sa gloire éternelle sur un point déterminé ; en d'autres termes,-*'// ne se présente à l'homme sous l'image et la ressemblance de l'homme. Même considéré dans la pre mière grande division de son être, comme amour, bonté ou puissance , et comme vérité, ordre ou sagesse, Dieu ne devient point encore apperceptible ni saisissable pour nous. Non - seulement, en portant notre attention sur ce* deux grands attri butsprimitifs, son être déjà nous échappe;
  73. 73. LE VRAI MESSIE. # 6l mais, c esattributs eux-mêmes ne nous sont connus que par les emblèmes naturels dont ils sont les abstractions. Comment connaît-on , en effet, l'amour, si ce n'est par le cœur? Et comment connaît-on la vérité, si ce n'est par les objets quinous la révèlent? De là, nécessité absolue pour toutes les intelligences créées de n'atteindre Dieu que moyennant l'emblème d'un homme- Dieu, ou d'un Dieu-homme. L'homme , par conséquent, est le véritable hiéroglyphe de la Divinité: hiéroglyphe in/îni dans ses dé tails , même à ne considérer l'homme qu'en tant qu'il est uneforme matérielle, puis que saforme matérielle n'est elle-même que l'emblème de son être moral. II. SOLEIL, chaledr, lumière. Quoi que la vérité que nous venons d'exposer ne puisse être méconnue par aucun esprit juste, pour peu qu'il se rende attentif, les hom mes, toutefois, n'ont pas cherché généra lement Dieu dans le type si naturel du beau idéal de la nature humaine. Guidés, sans doute, par la conscience secrète dela dégra dation de leur être , ils ont presque toujours commencé par chercher Dieu dans un cm
  74. 74. 62 LE VRAI MESSIE. blême du second ordre; emblème inanimé, et, sous ce rapport, moins susceptiblede dé gradation, mais aussi d'une perfection pure ment physique, nous voulons parler de Vas tre du jour. Toutes les qualités inconceva bles que l'on remarque dans l'Etre divin se trouvent en effet tjpifiées d'une manière presque aussi inconcevable dansle soleil. Le soleil, dans le firmament , astre toujours le méme,astre toujours nouveau^paraîtaussi unique, éblouissant les regards des mor tels, infiniparsa lumière, présent à toute la terre , et principe de vie de toute la na ture. Ses deux qualités essentielles, qui sont la chaleur et la lumière, se rapportent éga lement , la première à Vamour, la seconde à la vérité. Feu mystérieux , dans sa mar- ché^covame dans la nature de ses rayons , les hommes n'en connaissent clairement que les bienfaits. Tout dans l'univer* est comme nourri, comme formé de sa sub stance, depuis Vherbe la plus tendre jus qu'au diamant le plus dur. De là des mil lions d'hiéroglyphes que chacun peut faci lement retrouver. Tous les phénomènes de la lumière réfléchie, toutes les couleurs,
  75. 75. LE V ftAI MESSIE. 63 conservent quelque rapport éloigné avec la morale : depuis le blanc qui représente les vérités complexes, jusqu'au noir qui rap pelle les ténèbres de l'ignorance absolue; depuis le pourpre qui eteVéclat dufeuet de laflamme, jusqu'au violet leplusfaible> à peine capable de caractériser les /ormes des objets. Et cet examen étonnant de la lumière morte, comparée à celle de l'esprit, se soutient jusque dans les mystères de la réfraction et des accès de transmission. De quelque manière que l'on envisage la lumière , sous quelque point de vue qu'on la considère, elle répond toujours à quelque nuance de vérité ; et l'œil de l'homme , qui est l'emblème de son a/ne, n'est réellement nourri que de lumière , dans la contempla tion de la création entière. III. HOMME, bonté, science. Nousavons déjà dit un mot de l'homme dans notre In troduction ; et on trouvera dans le corps de notre ouvrage une esquisse assez détaillée sur les hiéroglyphes sans nombre de ses dil* t'érens organes. Nous dirons donc simple ment ici que tout ce qui peut se remar quer chez l'homme dans les parties végéta-*
  76. 76. 64 LE VRAI MESSIE. tive, i nstinctiveet animale de son être, se retrouve également dans son être moral, et n'est de ce dernier que l'hiéroglyphe de détail. De même que l'homme civil est in cessamment occupé à acquérir des qualités personnelles , et à amasser des possessions capables de le faire rechercher dans le monde ," de même l'homme immortel ac- - quiert à tout moment des vertus et des connaissances célestes qui le rendent digne • de la société éternelle ; et ces diverses qua lités métaphysiques sont rendues sensibles jusque dans leurs dernières nuances, par les hiéroglyphes infinis des acquisitions terrestres; hiéroglyphes dont les images substantielles accompagneront nécessaire ment l'homme dans son état de transforma tion; que dis-je? qui l'accompagnent pro bablement déjà aujourd'hui,quoique àson insu. L'homme, comme tous les animaux, peut être envisagé comme un cylindre creux au travers duquel passent des matières emblématiques. Tout ce qui entre figure des appropriations morales ; tout ce qui sort, des réfections. Autour de celte première souche,se rangent ensuite tous les divers or-
  77. 77. I/E VRAI MESSIE. 65 ganes d essens, plus ou moins nombreux, plus ou moins développés selon les sujets, et qui, envisagés de la même façon, donnent une masse d'hiéroglyphes moraux qu'il n'est point au pouvoir humain de nombrer. Et on remarquera encore ici cette différence caractéristique, qu'en tout, la bonté perfec tionne plutôt que la science, parce que la bonté se rapporte à Vamour, la science a la vérité. Considéré comme un appareil de leviers, ou deforces quelconques, l'homme offre encore un spectacle admirable. La main est à elle seule un appareil tout entier; chaque doigt même en est un. Ces appa reils sont toujours divisés en trois leviers distincts, pour les raisons que nous donne rons en parlant de l'hiéroglyphe des nom bres. Lepouce, placé à la racine de la main, est l&force la plus considérable du même appareil ; et en cela il correspond à l'e- paule et à la hanche, qui sont placées de même. Par un acte de volonté, de trois le viers, l'homme n'en fait quhm. Uneforce rendue nulle, le devient comme en trois temps : la main plie d'abord , puis le coude, puis l'épaule; et l'homme est vaincu. Ainsi
  78. 78. 66 LE VRAI MESSIE. se d istribuentsur hforme humaine comme sur une échelle de proportion, les points hiéroglyphiques de toutes les nuances pos sibles de forces morales. D'après les don nées que nous avons déjà à cet égard , nous pourrons peut-être dire un jour, lesnuances particulières de chaque doigt et de chaque phalange. IV. VIVRE, manger, boire. Dieu est la vie; l'homme vit : en d'autres termes , chez l'homme la vie est progressive; en Dieu, non. Tout dans l'homme se fait par progrès insensibles : le CRÉATEUR lui-même ne . saurait intervertir cet ordre. Pour cette rai son , le corps humain croît et décroît éga lement par des accessions et des pertes qui ne se remarquent qu'avec le temps. L'a- mour même et la vérité , qui sont les pro priétés exclusives de DIEU , ne peuvent être appliqués à l'homme que par des nuances imperceptibles. De là cette écono mie si admirable de la réhabilitation du genre humain dégradé, opérée dans un laps de temps proportionné : vérité essen tielle, qu'il ne faut jamais perdre de vue un. instant quand on veut juger sainement
  79. 79. LE VRAI MESSIE. 67 de l amarche de DIEU RÉDEMPTEUR. Le manger, dans l'homme physique, se rap porte encore une fois à Vamour, et le boire à la sagesse; et cela , jusque dans leursplus petits détails. Il en est de la nourriture., en général , comme du vêtir, lequel rappelle de même Vamour ou la charité par la chaleur, et la vérité par les couleurs et les formes. V. RÈGNE ANIMAL, règne végétal, règne minéral. Tous les animaux, par leurs formes corporelles, comme par leurs instincts, sont autant d'hiéroglyphes des di verses dégradations de la nature humaine, ou des parties détachées de l'ensemble d'organes de vie appelé homme. Qu'on exa mine les formes animales géométriquement, depuis ce même homme qui représente la perpendiculaire, jusqu'au reptile qui forme la ligne horizontale , et appliquant par con séquent à cesformes les règles des sciences exactes que la Divinité elle-même ne sau rait changer, on verra que la nature visible. les renferme toutes; que les combinaisons des septformesprimitives sont entièrement épuisées, et que par -là même elles peu
  80. 80. 68 LE VRAI MESSIE. vent r eprésentertoutes les nuances de mo ralité possibles. De là la chaîne immense des' types moraux , offerte par tous les ani maux , dans leurs manières progressive ment plus imparfaites de pourvoir à leur frêle s ubsistance:types qui paraissent quel quefois arbitraires, et même bizarres, aux yeux du philosophe superficiel , mais qui ne le sont plus pour le philosophe naturaliste, lequel a étudié les rapports délicats des formes et des instincts dans leurs détails sans fin, et qui sait que chaquefbrille a été disposée avec une raison suprême dans le ciron comme dans l'éléphant. Quant aux deux autres règnes, le règne végétal n'est qu'une dégradation du règne animal par la suppression des mouvemens volontaires; et le règne minéral , qu'une -dégradation du régne végétal , par la suppression de mou- - vemens sensibles quelconques. Mais les rap ports éloignés du bien et du vrai s'y trou vent toujours conservés. L'herbe naissante, par exemple, est le symbole d'une puissance productive dans son germe; l'arbre, celui d'une faculté pourvue de tous les moyens nécessaires à la production de fruits de
  81. 81. LE VRAI MESSIE. 69 toute e spèce.Il en est de même des miné raux. Les modes si variés de cristallisa tion n'ont sans doute point été abandonnés au hasard , ni choisis sans quelque raison morale , par la Bonté et la Sagesse su prêmes. Seulement la chaleur , dans le règne minéral, est généralement moins grande que dans le précédent, ainsi que dans celui-ci elle est moindre que dans le premier. VI. CRÉATION, PRODUCTION, DESTRUC TION. Si pour Dieu créer n'est pas un acte proprement dit, c'est-à-dire un effort, chez l'homme, faire le bien, c'est créer avec Dieu et par Dieu. Et faire le mal, chez lui, est créer en un sens encore plus réel; car, dans le mal, l'homme agit seul; Dieu ne crée point aVec lui. Aucun des emblèmes parfaits n'a eu besoin d'une création propre ment dite. Ils se trouvaient tous dans l'Être infini, dans VEtre absolu qui peut tout donner, parce qu'il possède tout. Mais quant aux emblèmes imparfaits , ils ont tous été créés ; et cela nécessairement, depuis l'em blème de la hainefraternelle , laquelle s'est peinte sur le visage du premier méchant>
  82. 82. 70 LE VRAI MESSIE. jusqu'à celui d'un Dieu cruéifié, qui n'est qu'un Dieu outragé. Dans l'ordre simultané, Vinfini est dit créer ou produire le/îni; le tout est dit créer ou produire la partie. Tout ce qui produit est créateur ou père ; tout ce qui est produit estJîls ou vérité. La substance produit laforme; la forme pro duit la couleur, etc. La production se rap porte au é/ett, à l'affirmation , à la réalité, à l'ordre, à l'harmonie; la destruction , au roa/, à la négation , à. lafausseté , au e?e- sordre, à la désharmonie. La nature, dans sa beauté, est l'emblème de la première ; les phénomènes terribles , les élémens en co/i- vulsion, sont l'emblème de la seconde. L'économie admirable des hommes et des animaux .se reproduisant entre eux , offre l'hiéroglyphe de tous les co/yw moraux , lesquels ont aussi leur naissance, le temps de leur croissance et leur dépérissement. Quand le corps moral est considéré comme ayant vie, il est représenté par un éVre w- <»arc£ plus ou moins développé; quand ce corps n'est qu'un ensemble sans vie, quoi que régulier, il est figuré par un être mort , une statue plus ou moins parfaite, plus ou
  83. 83. LE VRAI MESSIE. 7 i moins a chevée.Toule harmonie divine est typifiée par les divers degrés des amours et des unions légitimes et honnêtes; toule désharmonie , tout péché, toute erreur, par ceux des amours et des unions illégi times et déshonnétes. Et ici , ce rapport se soutient jusque dans les unions inorgani ques et les attractions ou répulsions de la matière. Il était métaphysiquement impos sible , autrement , que toutes ces nuances morales devinssent appréciables pour des intelligences créées. VIL SUBSTANCE, forme, couleur. Sub stance est tout ce qui est réel. Le Créateur est substance au suprême degré. Tout ce qui se voit et tout ce qui se manie dans la nature , est emblème de cette substance. En ce sens, les objets que nous apercevons dans l'état de songe, sont des substances comme toutes les autres. Chez l'homme, c'est Ja chair qui représente lasubstance ou lefond de son- être ; les formes variées de cette chair représentent ses qualités. Et la chair de nouveau, comme substance , se rapporte à Vamour, lesformes et les couleurs à la vérité. De plus, toutes les formes géométri
  84. 84. 72 L E VRAI MESSIE. ques p ossibles sont autant de types mo raux; et, considérées dans leurs dévetop- l>emem primitifs, elles ne peuvent pas être en plus grand nombre que les nuances pri mitives des couleurs. Les trois dimensions savoir, la longueur, la largeur et laprofbn- deur^ ont par conséquent aussi leurs signi fications arrêtées; seulement ^profondeur devrait être nommée la première comme se rapportant à la substance. Ces dimensions doivent faire exactement le parallèle du cen tre^ de la droite et de hgauche^ dont il sera question tout à l'heure. Nous avons considéré plus haut les hommes et les animaux comme des cylindres creux, ou comme des vases , qui contiennent les matières emblémati ques capables de caractériser leur être. Que le lecteur étende maintenant cette idée à tout ce qui est creux', il aura d'abord Vhorizon et la coupole des cieux qui l'en tourent comme d'immenses courbes figu rant Véternité ; il aura ensuite leè édifices faits de main d'homme de toutes lesformes et de toutes les grandeurs, depuis le temple hiéroglyphe de la demeure de la Divinité, ou plutôt de la vérité divine , jusqu'au
  85. 85. LE VRAI MESSIE. ^3 moindre vase et à la plus petite boite. Et tous les détails considérés dans leur rapport avec la forme primitive , avec la forme uni verselle qui est Vhomme , offriront le type de quelque nuance morale plus ou moins éloignée de la source première. VIII. MARCHER, monter, descendre. L:'action de marcher est l'emblème général de la vie et des relations sociales. Dans son origine, la locomotion chez l'homme est d'une nature fort simple; mais lui-même la varie ensuite à volonté : le cheval , Vélé phantt le char., le vaisseau, le reçoivent alternativement. Il se fait même des ailes, et s'élève vers les cieux. De là des hiérogly phes sans nombraide vie et de relations so ciales , dont tomes les nuances diverses peuvent être trouvées et appréciées. L'm- telligence humaine elle - même , comme partie abstraite, mettant tous ces appareils en mouvement, eslfigurée par eux dan3 ses divers dévcloppemens. Et en cela le de gré d'élévation du sol a aussi sa signification particulière. Monter est pris en bonne part et rappelle un rapprochement de la bonté incréée; de là l'usage des anciens ^adorer
  86. 86. ^4 LE VRAI MESSIE. sur l esmontagnes. Descendre est pris dans le sens opposé. Ces deux emblèmes toute- lois se renversent complètement , quand il s'agit du vice de l'orgueil et de la vertu de Vhumilité, ainsi qu'il peut arriver à tous les emblèmes en général. D'un autre côté, s'as seoir^ c'est cesser d'agir, c'est se fixer, c'est se reposer, et même se reposer sur soi. Se coucher , c'est se reposer sur Dieu, sur le ivcher éternel. Les. païens appelaient la Terre la mère de toute la nature ; le Chré tien sait que cette mère , c'est CELUI qui n'abandonnerait pas ses enfans, quand bien même une nourrice pourrait oublier le nourrisson qu'elle a porté sous ses en trailles. De là donc les«hiéroglyphes sans nombre du sommeil de ld~Auit, du réveil , de la succession des jours et des travaux , et jusqu'à celui du lit , qui représente lafoi, et de la couverture , qui représente la charité. IX. Le MILIEU, la droite, la gauche. Le milieu représente en général la perfection, le centre d'un tout, et, en première ligne par conséquent, l'ÊTRE DES ÊTRES, placé entièrement hors du temps et de Vespace.
  87. 87. LE VRAI MESSIE. ^5 La d roite rappelle la bonté, Impuissance; la gauche , la vérité , la sagesse. II en est évidemment de cet hiéroglyphe comme de celui de la substance , de laforme et de la couleur. Celui des points et des directions, qui suit, s'y rapporte également et l'expli quera tout-à-fait, sans qu'il soit besoin de nous étendre davantage. X. POINTS, nombres, élémens. En pla çant -l'homme au zénith, il a derrière lui Vorient, devant lui l'occident, à sa droite le nord , à sa gauche le midi. L'orient , dans cet état de choses, représente pour lui le Créateur invisible , le Dieu caché, que la foiseule peut atteindre. L''orient, caractérisé par la marche du soleil, emblème matériel de la Divinité, désigne également un ac- cmissement dans la bonté et la vérité ; et par-là même Voccident désigne un dé- cix>issement analogue : tout comme lenord rappelle une perte dans la charité, et le midi , un progrès dans la vérité. Ici, sans doute, l'ordre que nous remarquions tout à l'heure par rapport au bien et au vrai , se trouve renversé, puisque l'homme a la bonté ou Vamour à sa gauche , et la vérité ou la 4-
  88. 88. 76 LE VRAI MESSIE. sagesse à sa droite. Mais on doit toujours juger de ces choses, avant tout, par rapport à ce Dieu , en présence de qui l'homme se tient. Et dapkis l'homme lui-même, placé naturellement d'abord par le CRÉATEUR dans un état d:'accroissementpossible, dans un état par conséquent de liberté morale pleine et entière, doit faire servir le premier usage de cette noble faculté à chercher son CRÉATEUR, et à se tourner librement vers lui. De là une signification morale de toutes les directions vers les différens points de l'immensité, auxquels autant de points dans le corps humain se rapportent pour les caractériser. Ces points sont plus réels en core dans la nature intime de notre être qu'ils ne le sont dans l'univers physique. Comme nous l'avons dit, Vâme humaine ne saurait être considérée sans cet ensemble d'organes appelé homme; et par-là même elle ne saurait être conçue sans droite , sans gauche, ni sans toules les autres directions qui s'ensuivent. Les points de hauteur nous sont déjà connus comme rappelant la no blesse , l'élévation de l'âme; ceux de pro fondeur, comme rappelant la bassesse et
  89. 89. LE VRAI MESSIE. «7 Vabjection. Considérées comme enmouve- ment, la direction en hauteur représente en outre la vie céleste; la direction opposée, lavie infernale. Les êtres d'une perfection supérieure , quand ils apparaissent , sont vus descendant d'en haut; les êtres dégra dés arrivent d'era bas, quoique les lieux en eux-mêmes ne soient rien de déterminé, tout comme lesformes n'offrent jamais que des grandeurs relatives. Tout le côté de la face de l'homme correspond aussi à la bien veillance , et tout le côté du dos à Vaver* sion. Le même instinct fait avancer l'amitié, et reculer l'horreur et le dégoût. Les di versesformesproéminentes elles-mêmes du corps chez les humains, désignent, comme elles créent , leurs diverses affections. Les nombres qui se rapportent aux points ont aussi leurs significations arrêtées. Mai* il n'y a que des considérations extrêmement étendues et métaphysiques qui pourraient le faire comprendre. Nous n'entrerons point en discussion à cet égard. L'analogie que cette matière a nécessairement avec tout le reste, nous tiendra lieu de preuve. L'unité se rapporte à Dieu; la dualité à Vamour et
  90. 90. 78 LE VRAI MESSIE. à l avérité. La dualité se rapporte par- là même aussi à Yhomme , qui , pour cette raison , a été créé mâle etfemelle; le mari rappelant plutôt la sagesse, la.femme plu tôt la bonté. La Trinité , ou le nombre trois , désigne toujours la perfection d'un être ou d'un objet, probablement à cause des trois rapports distincts que l'esprit humain peut y découvrir. Il sera ample ment question , dans le corps de notre ou vrage, des étonnantes propriétés du nombre sept et du sabath de la nature humaine. Nous n'ajouterons ici qu'un mot sur les nombres dix et douze , pour faire comme toucher au doigt à nos lecteurs que certains nombres ne sauraient, en aucune façon, être tout-à-fait arbitraires. La dizaine, qui est prise du nombre de nos doigts, est par -là même fondée dans la nature des Choses ,, puisque le CRÉATEUR n'a pas choisi ce nombre sans raison. Il en est de même de la douzaine : Les différentes par ties du jour et de la nuit, par exemple, n'auraient jamais pu être divisées dans une proportion différente. Les quatre points radicaux qui leur servent de base, et dont

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