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Tite Live. La fondation de Rome.

22 Mar 2023
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Tite Live. La fondation de Rome.

  1. La fondation de Rome Histoire, légendes et politique GGP, LCS, 2022-2023 Tite-Live et John Ford
  2. Sommaire • Repères chronologiques • Présentation de Tite-Live • Tite-Live et le métier d’historien - Un historien peut-il s’appuyer sur des légendes ? Tite-Live face à Thucydide. - La conception livienne de l’histoire. Morale et exemplarité. - L’exemple de Lucrèce - L’exemple de Camille - Histoire et politique. Les relations ambiguës entre Tite-Live et Auguste. • Version : Romulus prend le pouvoir (Ab Urbe condita, I, 6-7) • Légende et politique chez John Ford (The Man Who Shot Liberty Valance,1962) GGP, LCS, 2022-2023
  3. Quelques repères chronologiques • -753 : fondation de Rome par Romulus. • - 509. : début de la République Romaine • - 390. : prise de Rome par les Gaulois menées par Brennos (« Vae victis ») • - 146 : fin de la troisième guerre punique, destruction de Carthage conformément aux recommandations de Caton l’Ancien (« Delenda Carthago ») • - 71 : révolte de Spartacus • - 52 : Alésia, capitulation de Vercingétorix, fin de la guerre des Gaules • - 49 : César franchit le Rubicon (« Alea jacta est ») • - 44 : mort de Jules César • - 27 : Octave prend le nom d’Auguste : début de l’Empire romain. • 476 : fin de l’Empire romain d’Occident GGP, LCS, 2022-2023
  4. Présentation de Tite-Live Tite-Live : l’un des plus grands historiens latins. Le plus grand historien de la Rome royale et républicaine. Né en - 59 à Padoue (ville proche de Venise), il meurt en 17 après J.-C. Il assiste au déclin de la République et au début de l’Empire. Il était apprécié par Auguste. Son œuvre majeure s’appelle : Ab Urbe condita libri. On traduit généralement le titre en français par Histoire romaine. Vocabulaire : ab : depuis / urbs, urbis, f. : la ville, Rome / condo, ere, didi, ditum : fonder, établir / liber, libri, m. : livre, ouvrage. Tite-Live aurait commencé à écrire cette œuvre entre 29 et 27 (justement lors de la période de transition entre la République et l’Empire). Il a continué à écrire jusqu’à sa mort. L’œuvre est monumentale : 142 livres. Or, nous n’en avons conservé que le quart : 35 livres sur 142. GGP, LCS, 2022-2023
  5. Tite-Live et le métier d’historien (1) NB : si Tite-Live aborde la question des origines de Rome, chose surprenante, il n’est pas le seul. Le poète latin Virgile (-70, -19) fait de même, à la même époque, dans son œuvre très célèbre : L’Énéide. Ces deux auteurs, contemporains d’Auguste, sont les deux sources littéraires principales sur le sujet. Or, si Virgile évoque les origines de Rome en poète, sans se soucier de la vérité historique, ce n’est pas le cas de Tite-Live. Ce dernier prétend faire œuvre d’historien. À l’instar de Thucydide (Ve av. J.-C.), il recherche la vérité sur le passé. Problème : comment peut-on connaître les origines de Rome ? Pour connaître le passé, l’historien doit commencer par écarter les légendes. Or, la fondation de Rome par Romulus est, de prime abord, un fait légendaire (ou mythique), et non un fait historique. GGP, LCS, 2022-2023
  6. Thucydide et la recherche de la vérité D'après les indices que j'ai signalés, on ne se trompera pas en jugeant les faits tels à peu près que je les ai rapportés. On n'accordera pas la confiance aux poètes, qui amplifient les événements, ni aux logographes qui, plus pour charmer les oreilles que pour servir la vérité, rassemblent des faits impossibles à vérifier rigoureusement et aboutissent finalement pour la plupart à un récit incroyable et merveilleux. On doit penser que mes informations proviennent des sources les plus sûres et présentent, étant donné leur antiquité, une certitude suffisante. (...) Pour ce qui est des discours tenus par chacun des belligérants, soit avant d'engager la guerre, soit quand celle-ci était déjà commencée, il m'était aussi difficile de rapporter avec exactitude les paroles qui ont été prononcées, tant celles que j'ai entendues moi-même que celles qu'on m'a rapportées de divers côtés. Comme il m'a semblé que les orateurs devaient parler pour dire ce qui était le plus à propos, eu égard aux circonstances, je me suis efforcé de restituer le plus fidèlement possible la pensée complète des paroles exactement prononcées. Quant aux événements de la guerre, je n'ai pas jugé bon de les rapporter sur la foi du premier venu, ni d'après mon opinion ; je n'ai écrit que ce dont j'avais été témoin ou pour le reste ce que je savais par des informations aussi exactes que possible. Cette recherche n'allait pas sans peine, parce que ceux qui ont assisté aux événements ne les rapportaient pas de la même manière et parlaient selon les intérêts de leur parti ou selon leurs souvenirs variables. L'absence de merveilleux dans mes récits les rendra peut-être moins agréables à entendre. Il me suffira que ceux qui veulent voir clair dans les faits passés et, par conséquent, aussi dans les faits analogues que l'avenir selon la loi des choses humaines ne peut manquer de ramener, jugent utiles mon histoire. C'est une œuvre d'un profit solide et durable plutôt qu'un morceau d'apparat composé pour une satisfaction d'un instant. THUCYDIDE, Histoire de la guerre du Péloponnèse, I, 21-22. GGP, LCS, 2022-2023
  7. Tite-Live et le métier d’historien (2) Paradoxe : contrairement à Thucydide, Tite-Live n’écarte pas complètement les légendes. Pourquoi ? On peut avancer trois raisons principales. 1) Tite-Live aborde les légendes, car il ne peut pas faire autrement : l’an 753 avant notre ère correspond à une période lointaine, qui précède l’apparition de l’écriture (vers - 630), et donc pour laquelle nous n’avons, à l’évidence, aucun document écrit. Contrairement à Thucydide (-460, -400/-395) qui fait l’histoire d’une période de l’histoire athénienne, dont il a été le contemporain et l’un des témoins – la fameuse guerre du Péloponnèse (-431, -404) – Tite-Live ose remonter sept siècles en arrière et faire l’histoire des origines de Rome : son projet est, bien sûr, beaucoup plus ambitieux et risqué ! GGP, LCS, 2022-2023
  8. Tite-Live et le métier d’historien (3) 2) Thucydide fait de la recherche de la vérité et de l’établissement objectif et impartial des faits la finalité première de l’histoire : il annonce, en ce sens, l’histoire moderne, celle qui est pratiquée par les historiens aujourd’hui. Selon lui, l’historien doit dire la vérité, même si celle-ci est ennuyeuse, et quitte à déplaire au lecteur. « L'absence de merveilleux dans mes récits les rendra peut-être moins agréables à entendre ». Mais peu importe, selon Thucydide. L’exigence de vérité est première par rapport à l’exigence littéraire. Or, ce n’est pas le cas chez Tite-Live qui suit ici une autre tradition historiographique, celle qui avait été initiée, avant Thucydide, par celui que Cicéron considère comme « le père de l’histoire » : Hérodote. Cette tradition met l’accent sur la dimension littéraire de l’histoire. L’historien doit maîtriser l’art du récit ; c’est à cette condition seulement qu’il peut tenir son lecteur en haleine. Cicéron reproche à Thucydide d’être un auteur ennuyeux... GGP, LCS, 2022-2023
  9. Tite-Live et le métier d’historien (4) 3) Si Tite-Live n’écarte pas les légendes, c’est aussi peut-être pour une troisième raison : c’est lié à son projet même, à son sujet, à la problématique qu’il a choisie pour écrire l’histoire de Rome depuis ses origines. Dans la préface, il dit vouloir se concentrer « sur le climat social et moral, sur les individus, sur les moyens civils et militaires qui ont permis et développé la puissance romaine » (§2). Or, peu importe qu’elles soient vraies ou fausses, les légendes comme celle de Romulus ont, à coup sûr, marqué l’esprit des Romains ; elles ont contribué, au cours des siècles, d’un point de vue symbolique et idéologique, à la grandeur de Rome. Comme le dit Patrick Boucheron, elles ont laissé une trace dans « l’imaginaire politique ». Elles font pleinement partie, à cet égard, du sujet de Tite-Live et ce dernier est donc tout à fait justifié à les prendre en compte. GGP, LCS, 2022-2023
  10. Tite-Live et le métier d’historien (5) Attention néanmoins : il ne faut pas caricaturer la démarche de Tite-Live. Ce dernier se soucie bien de la vérité : il y fait d’ailleurs allusion dans le §1 de la préface (« sans détourner l’historien de la recherche de la vérité »). Et lorsqu’il présente, par exemple, le mythe de la fondation de Romulus, il le fait de manière objective et impartiale, en présentant les différentes versions. En ce sens, on ne peut pas dire que Tite-Live ait sacrifié l’exigence de vérité sur l’autel du plaisir littéraire ! Seulement, autre point important, la vérité historique n’a pas, chez lui, de valeur en elle- même : elle doit être mise au service du présent. Comme il l’explique dans sa préface, la fonction principale de l’histoire est d’édifier les Romains, de les conduire à la vertu. Il s’agit rien de moins que de redresser moralement les Romains, alors qu’ils traversent, du moins selon le point de vue pessimiste de Tite-Live, une période de décadence et de relâchement du point de vue des valeurs. GGP, LCS, 2022-2023
  11. Tite-Live et le métier d’historien (6) La conception de l’histoire que Tite-Live développe dans la préface vient, encore une fois, de Cicéron. Ce dernier considérait l’histoire comme « maîtresse de vie » (magistra vitae). Le récit historique, dit Cicéron, doit être moralement utile et aider les individus à choisir la bonne voie. Il doit fournir des exemples à suivre. C’est précisément ce que veut faire Tite-Live : il veut mettre « sous les yeux du lecteur toutes sortes de situations exemplaires en les éclairant vivement pour qu’elles se gravent dans sa mémoire » (préface, § 2). Tout en étant historien, Tite-Live semble vouloir jouer le rôle de moraliste ou d’éducateur : en écrivant son œuvre, il espère redonner à ses lecteurs, et plus généralement au peuple romain, le sens de son « grandeur » d’antan. GGP, LCS, 2022-2023
  12. Tite-Live et le métier d’historien (7) Du projet de Tite-Live, on peut tirer une conclusion générale : le travail de l’historien est toujours orienté par la situation historique dans laquelle il se trouve et qui constitue son présent. Pour reprendre une formule célèbre du philosophe italien Benedetto Croce, « toute histoire est histoire contemporaine ». L’historien cherche à connaître le passé, mais à partir du présent ; et c’est le présent qui oriente sa recherche, son enquête (« historia » en grec veut dire : enquête). Toute histoire a un ancrage historique, est le produit d’une situation historique, a donc... une histoire. Comme le dit Patrick Boucheron, la date ne tombe pas du ciel : il y a une date de la date. Voilà pourquoi d’ailleurs on ne cesse de réécrire l’histoire : comme nous examinons le passé à la lumière des questions que pose le présent, comme ces questions changent au cours du temps, nous refaisons, nous réécrivons sans cesse l’histoire, en mettant l’accent sur tel ou tel fait au détriment de tel autre. GGP, LCS, 2022-2023
  13. Tite-Live et le métier d’historien (8) Dans le cas de Tite-Live, on comprend aisément que la période historique qui a constitué son présent – période de transition entre la République et l’Empire – ait été un moment opportun pour écrire l’histoire de Rome depuis ses origines. La perte de repères provoquée par les guerres civiles et le déclin de la République exigeait, en effet, un tel retour vers le passé. Ce n’est pas par hasard si le mythe de la fondation de Rome se répand au premier siècle avant notre ère, et est repris par Tite-Live lui-même : il répondait à un besoin éprouvé par les Romains eux-mêmes, alors qu’ils traversaient une période de crise. Orientée par les problèmes du présent, l’histoire écrite par Tite-Live a ainsi, avant tout, une fonction moralisatrice. Au-delà des questions de vérité historique et de plaisir littéraire, elle doit redonner au peuple romain le sens des valeurs. GGP, LCS, 2022-2023
  14. Tite-Live et le métier d’historien (9) Deux exemples : 1) Lucrèce est un exemple à suivre pour les matrones romaines : elle incarne la vertu de pudicitia (la pudicité, la pudeur). Est-ce que les événements ont eu lieu tels qu’on les raconte ? On ne sait pas. Mais peu importe : Tite-Live ne se prive pas d’insérer l’histoire de Lucrèce dans son récit. 2) Camille, quant à lui, incarne plusieurs vertus : par ses exploits militaires, il fait preuve de virtus (de virilité) ; mais il incarne aussi la pietas (la piété). De nouveau, on ne sait pas s’il a vraiment prononcé le discours que Tite-Live lui prête. Mais là encore, peu importe. Tite-Live, en racontant les exploits de Camille, espère transmettre à ses lecteurs à la fois l’amour de Rome et l’amour des Dieux. GGP, LCS, 2022-2023
  15. Spurius Lucrétius, accompagné de Publius Valérius, fils de Volésius et Tarquin Collatin, accompagné de Lucius Junius Brutus, arrivèrent ensemble : Tarquin avait en effet rencontré le messager de sa femme juste au moment où il revenait à Rome. Ils trouvèrent Lucrèce assise dans sa chambre, accablée de chagrin. Elle se mit à pleurer en voyant arriver les siens. Son mari lui demanda si elle était souffrante : « Oui, répondit-elle ; comment en effet une femme qui a perdu son honneur pourrait-elle bien se porter? Un homme, Collatin, a souillé ta couche ; on m'a fait violence, mais mon cœur est resté pur : ma mort en fournira la preuve. Prenez ma main et jurez de punir mon déshonneur. Sextus Tarquin m'a fait violence ; il est venu la nuit dernière avec une arme, non comme un hôte mais comme un ennemi et il est reparti après avoir pris un plaisir dont je meurs et dont il mourra aussi si vous êtes des hommes. » Ils promirent tous, l'un après l'autre. Ils cherchèrent à apaiser son tourment, affirmant que le coupable n'était pas la victime mais l'auteur de l'attentat ; c'était l'intention et non l'acte qui constituait la faute. « Fixez vous-mêmes le prix qu'il doit payer ; pour moi, bien qu'innocente, je ne m'estime pas quitte de la mort. Jamais une femme ne s'autorisera de l'exemple de Lucrèce pour survivre à son déshonneur. » Elle plongea dans son cœur un couteau qu'elle tenait caché sous son vêtement et tomba sous le coup, mourante. Son mari et son père poussèrent un grand cri. TITE-LIVE, Histoire romaine, I, 58. Lucrèce : un exemple pour les matrones romaines ? Le Titien, Le viol de Lucrèce (vers 1571)
  16. Camille : un dictateur pieux ? Que l'attachement que vous avez pour ces lieux vous retienne aujourd'hui, au lieu de vous donner le douloureux regret plus tard d'avoir abandonné votre ville! Ce n'est pas sans raison que les dieux et les hommes ont choisi ce site pour y édifier la ville : des collines où l'air est excellent, un fleuve qui se prête si bien au transport des denrées de l'intérieur ; la proximité de la mer, précieux avantage pour le commerce sans l'inconvénient des attaques par mer ; une position enfin au centre de l'Italie, condition essentielle pour l'agrandissement de notre ville. La preuve de tout ceci, vous la trouverez dans la puissance d'une ville d'origine si récente. Au centre de tant de peuples installés depuis si longtemps, vous avez cessé de guerroyer ; eh bien! pendant ce temps, pour ne pas citer toutes les villes une par une, ni les Volsques alliés aux Èques, ni leurs positions si fortes, ni l'ensemble du peuple étrusque, si puissant sur terre et sur mer et qui s'étend sur toute la largeur de l'Italie d'une mer à l'autre, n'ont pu l'emporter sur vous. Alors, quelle raison avez-vous donc, que diable! de recommencer ailleurs ce que vous avez réussi ici : à supposer que votre bravoure puisse s'expatrier, la fortune de ce lieu ne peut se transporter ailleurs. [...] TITE-LIVE, Histoire romaine, V, 54. Fresque de Domenico Ghirlandaio ornant le Palazzo Vecchio, à Florence, entre 1482 et 1484.
  17. Tite-Live et le métier d’historien (10) Or, au-delà de sa dimension morale, l’œuvre de Tite-Live a aussi une dimension proprement politique. On ne peut pas ignorer le fait qu’il ait été un proche d’Auguste. On ne peut pas non plus ne pas être frappé par la très grande proximité entre certains thèmes de son œuvre et le discours idéologique tenu par Auguste lui-même. Pour reprendre l’exemple de Lucrèce, il y a une grande convergence entre l’histoire racontée par Tite-Live, les leçons que le lecteur est supposé en tirer, et les lois établies par Auguste en -18 pour encadrer les relations conjugales, et en particulier, pour réprimer l’adultère. Problème : quelles étaient exactement les relations entre Tite-Live et Auguste ? C’est une question centrale pour les historiens qui s’intéressent à Tite-Live GGP, LCS, 2022-2023
  18. Tite-Live et le métier d’historien (11) P.G. Walsh : « the dominant preoccupation of scholars writing on Livy has been the relationship between the historian and the emperor Augustus. » (1974) Plusieurs interprétations sont possibles : 1) Tite-Live contre Auguste. Certains ont avancé l’idée selon laquelle Tite-Live désapprouverait le règne d’Auguste. D’une part, selon Tacite, Auguste appelait Tite-Live son Pompéien, ce qui suggère que ce dernier était républicain. D’autre part, la préface du Ab Urbe condita a pu être interprétée comme une critique des mœurs romaines au début de l’Empire. Le problème, c’est qu’on ne sait pas exactement quand la préface a été écrite. Les historiens hésitent : soit c’est autour de – 27 (lorsque Octave devient Auguste), soit c’est avant (pendant les guerres civiles). GGP, LCS, 2022-2023
  19. Tite-Live et le métier d’historien (12) 2) Tite-Live, l’historien augustinien. Non seulement Auguste aimait et faisait confiance à Tite-Live (il l’a nommé précepteur du jeune Claude), mais Tite-Live semblait aimer Auguste. En tout cas, il y avait une « étroite communauté de pensée et de sentiments entre les deux hommes » (Bernard Mineo). Non pas que Tite-Live ait été une simple marionnette entre les mains d’Auguste. Mais il est possible qu’il ait sincèrement cru qu’Auguste pouvait redonner à Rome sa grandeur d’antan. 3) L’instrumentalisation de Tite-Live par Auguste. Quelles qu’aient été les intentions de Tite-Live, il est certain qu’Auguste a tiré profit de son travail et instrumentalisé son œuvre à des fins politiques, pour justifier, légitimer son propre règne aux yeux des Romains. Le mythe de la fondation de Rome, à cet égard, était précieux pour Auguste, qui pouvait ainsi se revendiquer descendant de Romulus. Notons qu’Auguste a instrumentalisé de même L’Énéide de Virgile. GGP, LCS, 2022-2023
  20. Romulus prend le pouvoir (1) §1 Quoniam, cum gemini essent, nec aetatis verecundia discrimen facere posset, ut di quorum tutelae ea loca essent auguriis legerent (eum) qui nomen novae urbi daret, qui conditam imperio regeret, Palatium Romulus, Remus Aventinum ad inaugurandum templa capiunt. §2 Priori Remo augurium venisse fertur, sex voltures ; jamque nuntiato augurio cum duplex numerus Romulo se ostendisset, utrumque regem sua multitudo consalutaverat : tempore illi praecepto, at hi numero avium regnum trahebant. Inde cum altercatione congressi certamine irarum ad caedem vertuntur ; ibi in turba ictus Remus cecidit. Volgatior fama est ludibrio fratris Remum novos transilvisse muros ; inde ab irato Romulo, cum verbis quoque increpitans adjecisset, « Sic deinde, quicumque alius transiliet moenia mea », interfectum. Ita solus potitus imperio Romulus ; condita urbs conditoris nomine appellata. TITE-LIVE, Ab Urbe condita libri, I, 6-7. GGP, LCS, 2022-2023
  21. Romulus prend le pouvoir (2) §1 Quoniam, cum gemini essent, nec aetatis verecundia discrimen facere posset, ut di quorum tutelae ea loca essent auguriis legerent (eum) qui nomen novae urbi daret, qui conditam imperio regeret, Palatium Romulus, Remus Aventinum ad inaugurandum templa capiunt. GGP, LCS, 2022-2023
  22. Romulus prend le pouvoir (3) §1 Quoniam, cum gemini essent, nec aetatis verecundia discrimen facere posset, ut di quorum tutelae ea loca essent auguriis legerent (eum) qui nomen novae urbi daret, qui conditam imperio regeret, Palatium Romulus, Remus Aventinum ad inaugurandum templa capiunt. GGP, LCS, 2022-2023
  23. Romulus prend le pouvoir (4) §1 Quoniam, cum gemini essent, nec aetatis verecundia discrimen facere posset, ut di quorum tutelae ea loca essent auguriis legerent (eum) qui nomen novae urbi daret, qui conditam imperio regeret, Palatium Romulus, Remus Aventinum ad inaugurandum templa capiunt. Prop. Principale GGP, LCS, 2022-2023 Prop. Sub. 1 Prop. Sub. 2
  24. Romulus prend le pouvoir (5) §1 Quoniam, cum gemini essent, nec aetatis verecundia discrimen facere posset, ut di quorum tutelae ea loca essent auguriis legerent (eum) qui nomen novae urbi daret, qui conditam imperio regeret, Palatium Romulus, Remus Aventinum ad inaugurandum templa capiunt. Prop. Principale GGP, LCS, 2022-2023 Prop. Sub. 1 Prop. Sub. 2 Prop. Sub. 1a Prop. Sub. 2a : relative Prop. Sub. 2b : relative Prop. Sub. 2c : relative
  25. Romulus prend le pouvoir (6) §1 Quoniam, cum gemini essent, nec aetatis verecundia discrimen facere posset, ut di quorum tutelae ea loca essent auguriis legerent (eum) qui nomen novae urbi daret, qui conditam (urbem) imperio regeret, Palatium Romulus, Remus Aventinum ad inaugurandum templa capiunt. GGP, LCS, 2022-2023 Nominatif Accusatif Génitif Datif Ablatif
  26. Romulus prend le pouvoir (7) §1 Quoniam, cum gemini essent, nec aetatis verecundia discrimen facere posset, ut di quorum tutelae ea loca essent auguriis legerent (eum) qui nomen novae urbi daret, qui conditam (urbem) imperio regeret, Palatium Romulus, Remus Aventinum ad inaugurandum templa capiunt. Vocabulaire : geminus, a, um : jumeau / aetas, atis, f. : âge / verecundia, ae, f. : le respect / discrimen, inis, n. : différence, distinction / di = dei (pluriel de deus): les dieux / tutela, ae, f. : la protection, la défense / locus, i, m. ; au pl. loci, m., lieux isolés, particuliers ; ea loca : ces lieux /augurium, ii, n. : augure, présage / lego, is, ere, legi, lectum : lire, mais ici le verbe « legerent » a le sens de choisir /conditus, a, um : fondé /imperium, ii, n. : autorité, pouvoir /Palatium, ii, n. : le mont Palatin/ Aventinus, i, m : le mont Aventin / inauguro, as, are, avi, atum : prendre les augures (observer le vol des oiseaux) / templum, i, n. : ici non pas temple, mais espace circonscrit : ad inaugurandum templa capere LIV. 1, 6, 4, choisir les emplacements pour prendre les auspices. GGP, LCS, 2022-2023
  27. Romulus prend le pouvoir (8) Traduction 1 (GF) : Comme ils étaient jumeaux et qu’on ne pouvait pas les départager en fonction de l’âge, les jeunes gens voulurent que les dieux protecteurs des lieux désignent par le vol des oiseaux celui qui donnerait son nom à la ville nouvelle et qui régnerait sur la ville une fois qu’elle serait fondée ; pour observer les oiseaux, Romulus se plaça sur le Palatin, Rémus sur l’Aventin. GGP, LCS, 2022-2023
  28. Romulus prend le pouvoir (9) Traduction 2 (Folio) : Puisque, étant jumeaux, on ne pouvait même pas faire de différence, entre eux, selon le droit d’aînesse, afin de laisser aux dieux qui protégeaient ces lieux le soin de choisir, en le désignant par des augures, celui qui donnerait son nom à la ville nouvelle et la gouvernerait après sa fondation, Romulus choisit le Palatin et Rémus l’Aventin comme poste pour prendre les auspices. GGP, LCS, 2022-2023
  29. Romulus prend le pouvoir (10) §2Priori Remo augurium venisse fertur, sex voltures ; jamque nuntiato augurio cum duplex numerus Romulo se ostendisset, utrumque regem sua multitudo consalutaverat : tempore illi praecepto, at hi numero avium regnum trahebant. Inde cum altercatione congressi certamine irarum ad caedem vertuntur ; ibi in turba ictus Remus cecidit. Volgatior fama est ludibrio fratris Remum novos transilvisse muros ; inde ab irato Romulo, cum verbis quoque increpitans adjecisset, « Sic deinde, quicumque alius transiliet moenia mea », interfectum. Ita solus potitus imperio Romulus ; condita urbs conditoris nomine appellata. GGP, LCS, 2022-2023
  30. Romulus prend le pouvoir (11) Priori Remo augurium venisse fertur, sex voltures ; jamque nuntiato augurio cum duplex numerus Romulo se ostendisset, utrumque regem sua multitudo consalutaverat : tempore illi praecepto, at hi numero avium regnum trahebant. Inde cum altercatione congressi (sunt) certamine irarum ad caedem vertuntur ; ibi in turba ictus Remus cecidit. Volgatior fama est ludibrio fratris Remum novos transilvisse muros ; inde ab irato Romulo, cum verbis quoque increpitans adjecisset, « Sic deinde, quicumque alius transiliet moenia mea », interfectum (Remum fuisse). Ita solus potitus (est) imperio Romulus ; condita urbs conditoris nomine appellata (est). GGP, LCS, 2022-2023 Prop. infinitive Ablatif absolu Prop. Infinitive 1 Prop. subordonnée Prop. subordonnée Prop. Infinitive 2 Compl. d’agent
  31. Romulus prend le pouvoir (12) Priori Remo augurium venisse fertur, sex voltures ; jamque nuntiato augurio cum duplex numerus Romulo se ostendisset, utrumque regem sua multitudo consalutaverat : tempore illi praecepto, at hi numero avium regnum trahebant. Inde cum altercatione congressi (sunt) certamine irarum ad caedem vertuntur ; ibi in turba ictus Remus cecidit. Volgatior fama est ludibrio fratris Remum novos transilvisse muros ; inde ab irato Romulo, cum verbis quoque increpitans adjecisset, « Sic deinde, quicumque alius transiliet moenia mea », interfectum (Remum fuisse). Ita solus potitus imperio Romulus (est) ; condita urbs conditoris nomine appellata (est). GGP, LCS, 2022-2023 Nominatif Accusatif Génitif Datif Ablatif
  32. Romulus prend le pouvoir (13) Priori Remo augurium venisse fertur, sex voltures ; jamque nuntiato augurio cum duplex numerus Romulo se ostendisset, utrumque regem sua multitudo consalutaverat : tempore illi praecepto, at hi numero avium regnum trahebant. Inde cum altercatione congressi (sunt) certamine irarum ad caedem vertuntur ; ibi in turba ictus Remus cecidit. Volgatior fama est ludibrio fratris Remum novos transilvisse muros ; inde ab irato Romulo, cum verbis quoque increpitans adjecisset, « Sic deinde, quicumque alius transiliet moenia mea », interfectum (Remum fuisse). Ita solus potitus imperio Romulus (est) ; condita urbs conditoris nomine appellata (est). Vocabulaire : fertur (passif impersonnel) : on rapporte que / voltur, uris, m. : le vautour / nuntiatus, a, um : annoncé, signifié / cum duplex numerus se ostendisset : quand le double s’était montré (subjonctif plus-que-parfait actif) / uterque, utraque, utrumque : chacun des deux, l’un et l’autre / rex, regis, m. : roi / sua multitudo : les partisans de chacun / consaluto, as, are, avi, atum : saluer ensemble/ illi, hi : les uns, les autres/ praeceptus, a, um : pris le premier ; tempore praecepto (ablatif absolu) : à cause de la priorité dans le temps /avis, is, f. : oiseau /traho, is, ere traxi, tractum : tirer ; regnum trahebant : ils revendiquaient pour eux la royauté / altercatio, onis, f. : dispute ; échange de paroles hostiles/ congredior, congredi, congressus sum : se mesurer avec, se battre avec /certamen, inis, n. : lutte, joute, combat, conflit / ira, ae, f. : colère / ad caedem vertuntur : ils se tournent vers le meurtre / volgatior fama est + proposition infinitive : une tradition plus répandue rapporte que / ludibrium, ii, n. : la moquerie / transilio, is, ire, silui : franchir, sauter par-dessus / verbum, i, n. : parole /increpitans : participe présent de increpito : châtier/ cum... adjecisset : comme il avait ajouté /quicumque, quaecumque, quodcumque : quiconque, qui que ce soit qui / moenium, ii, n. : rempart / interficio, is, ere, feci, fectum : tuer/ potior, iris, iri, potitus sum imperio : se rendre maître de, s’emparer du pouvoir / conditor, oris, m. : le fondateur / appello, as, are, avi, atum : appeler. GGP, LCS, 2022-2023
  33. Romulus prend le pouvoir (14) Traduction 1 (GF): D’après la tradition, Rémus fut le premier à constater un signe : six vautours ; la nouvelle se répandait déjà quand le double d’oiseaux se montra à Romulus et chacun fut salué par ses partisans du titre de roi. Ils revendiquaient le pouvoir en faisant valoir les uns la priorité dans le temps, les autres le nombre des oiseaux. Ils en vinrent à se disputer, la colère monta et le sang coula. Dans la bagarre Rémus tomba, mortellement blessé. Il existe une autre version des faits, plus répandue : par dérision, Rémus aurait franchi les limites que son frère venait de tracer. Romulus l’aurait tué sous le coup de la colère, en ajoutant cet avertissement : « Qu’il en soit de même à l’avenir pour tout homme qui franchira mon enceinte ! » C’est ainsi que Romulus régna seul ; la ville une fois fondée prit le nom de son fondateur. GGP, LCS, 2022-2023
  34. Romulus prend le pouvoir (15) Traduction 2 (Folio): C’est à Rémus d’abord, dit-on, que vint un signe augural, six vautours ; il venait de le signaler, quand deux fois plus d’oiseaux se montrèrent à Romulus, et chacun avait été salué du titre de roi par la foule de ses partisans. Ils revendiquaient le pouvoir royal en invoquant, pour les uns, la priorité dans le temps, pour les autres, le nombre des oiseaux. Ensuite, ce fut l’altercation, on s’affronta, les colères s’exaspérèrent, et l’on en vint à un combat meurtrier. C’est là que, dans une confuse mêlée, Rémus tomba, frappé à mort. Selon une tradition plus répandue, Rémus franchit d’un saut les murailles toutes nouvelles de la ville, pour se moquer de son frère. Alors, pris de colère, en l’apostrophant de ces mots : « Périsse ainsi, à l’avenir, quiconque franchira mes remparts ! », Romulus le tua. C’est ainsi que Romulus fut seul maître du pouvoir royal, et la ville fondée prit le nom de son fondateur. GGP, LCS, 2022-2023
  35. « You’re not going to use the story, Mr. Scott ? — No, sir. This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend. » GGP, LCS, 2022-2023
  36. Légende et politique chez John Ford (1) Quelques remarques sur The Man Who Shot Liberty Valance : La périphrase qui constitue le titre du film suscite la curiosité du spectateur et crée du suspense : qui est donc l’homme qui a tué Liberty Valance ? Deux possibilités : c’est soit Ransom Stoddard (James Stewart) soit Tom Doniphon (John Wayne). De prime abord, il n’y a aucun doute à avoir : c’est Tom qui a tué Liberty Valance. C’est la thèse la plus vraisemblable : comment Ransom, maladroit et peu entraîné à manier des armes, aurait-il pu, de surcroît de la main gauche, et blessé, tuer Liberty ? C’est improbable. Et c’est la thèse qui est confirmée par Ransom lui-même, dans le récit qu’il fait aux journalistes. GGP, LCS, 2022-2023
  37. Légende et politique chez John Ford (2) Même si c’est improbable, c’est Ransom qui est reconnu comme l’homme qui a tué Liberty. Le film suggère qu’il s’agit, certes, d’une légende, mais que cette légende est devenu un fait : tout le monde y croit, même le contrôleur de train, à la fin du film. Et on comprend aussi que cette légende sert les intérêts de tout le monde. Ransom et les journalistes en tirent profit. Ransom doit sa carrière politique, en particulier, au prestige lié au meurtre. Dans l’esprit des gens, le meurtre est légitime, puisqu’il a débarrassé, une bonne fois pour toutes, Shinebone d’un dangereux hors-la-loi. Ransom passe pour une sorte de sauveur. Les journalistes, quant à eux, préfèrent la légende à la réalité pour une raison simple : la légende est, dans tous les sens du terme, incroyable. Contrairement à la réalité, banale et décevante, elle fait rêver. Elle donne aussi de l’espoir: ce qui est improbable est, malgré tout, possible. Les « gentils » peuvent grâce à leur courage venir à bout des « méchants ». GGP, LCS, 2022-2023
  38. Légende et politique chez John Ford (3) Le parallèle avec Tite-Live et Auguste est ici tout à fait possible : l’un comme l’autre ont besoin du mythe de la fondation de Rome, le premier pour plaire à ses lecteurs, le second pour légitimer son pouvoir. Le parallèle est d’autant plus justifié que, dans les deux cas, les frontières entre légende et fait sont ténues. On pourrait remarquer que le spectateur du film de John Ford est dans une position semblable à celle de l’historien : il n’a pas un accès direct aux faits ; il ne connaît les faits que de manière indirecte, par des archives, et ici, en l’occurrence, par des témoignages. Or, au sujet du meurtre de Liberty, le spectateur n’a que la version de Ransom. Et si ce dernier mentait ? GGP, LCS, 2022-2023
  39. Légende et politique chez John Ford (4) Pourquoi devrait-on douter du témoignage de Ransom ? 1) Le seul qui pourrait confirmer son témoignage est le vrai tueur de Liberty Valance : il s’agit de Tom Doniphon. Mais il vient de mourir. 2) Le domestique noir, Pompey, aurait pu parler. Mais il ne parle pas. Et Ransom lui donne, à la fin, de l’argent avec cette expression étonnante : « pork chop money ». Est-ce une manière d’acheter son silence ? 3) Dès le début du film (03’50), Ransom, alors qu’il arrive à Shinebone, et qu’il est abordé par un journaliste, dit avoir été « viré » (fired) par le patron du Shinebone Star, Dutton Peabody. Or rien, dans la suite du film, ne confirme cette déclaration. N’est-ce pas un indice, volontairement laissé par John Ford, pour nous faire douter de la parole de Ransom ? GGP, LCS, 2022-2023
  40. Légende et politique chez John Ford (5) On peut encore faire d’autres hypothèses : 4) En voulant faire passer Tom Doniphon pour le vrai tueur de Liberty Valance, Ransom ne veut-il pas redorer la mémoire de son ami ? 5) Ou ne veut-il pas soulager sa conscience ? Un meurtre, aussi légitime soit-il, reste un meurtre. Ransom semble culpabiliser d’avoir fondé toute sa vie sur un meurtre. N’est-ce pas cette mauvaise conscience qui lui coupe l’envie de fumer, à la fin du film, alors que le contrôleur du train le salue comme « the man who shot Liberty Valance ». Bien sûr, dans le film, comme dans la « vraie vie », la vérité ultime semble nous échapper : toutes les interprétations sont possibles. GGP, LCS, 2022-2023
  41. Légende et politique chez John Ford (6) Conclusion De même que nous ne savons pas (avec certitude) qui a tué Liberty Valance, de même, nous ne savons pas (avec certitude) qui a tué Rémus. Que s’est-il passé le 21 avril de l’an 753 avant notre ère ? Un historien rigoureux ne peut pas le dire. Ce qui est frappant néanmoins, c’est que le film de John Ford qui retrace l’histoire d’une ville imaginaire du Far West – Shinbone – a la même structure que l’histoire de Rome elle-même. Dans les deux cas, il y a un acte de violence qui est considéré comme un acte « fondateur », marquant un « avant » et un « après ». Dans les deux cas, on ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. Dans les deux cas, enfin, légende et réalité se brouillent. L’histoire (légendaire) et l’Histoire (réelle), du moins dans l’imagination collective, finissent par coïncider. GGP, LCS, 2022-2023
  42. Bibliographie • Sur Tite-Live Paul Jal, « Tite-Live et le métier d’historien dans la Rome d’Auguste », Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°1, mars 1990, p. 32-47. A. J. Woodman, Rhetoric in Classical Historiography, Routledge, 1988, p. 128 sqq. Bernard Mineo, Tite-Live et l’histoire de Rome, Klincksieck, 2006. • Sur The Man Who Shot Liberty Valance Jean-Louis Leutrat, L’homme qui tua Liberty Valance (étude critique), Nathan, 1995. GGP, LCS, 2022-2023
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