SlideShare une entreprise Scribd logo
1  sur  10
Télécharger pour lire hors ligne
19-1590
                Encyclopédie Médico-Chirurgicale 19-1590 (2004)




                                                                  Syndrome des loges
                                                                    L. Bonnevie
                                                                    R. Clément
                                                                    P. Larroque
                                                                                                                      Résumé. – Caractérisé par une élévation pathologique de la pression intratissulaire dans un compartiment
                                                                    D. Fontes
                                                                                                                      musculaire, le syndrome des loges détermine une souffrance neuromusculaire dont la sévérité est
                                                                    J.-M. Garcin
                                                                                                                      éminemment variable. En fonction de son degré de gravité et des circonstances étiologiques, il est possible
                                                                    X. Chanudet
                                                                                                                      d’individualiser et d’opposer deux tableaux cliniques : une forme aiguë qui constitue une urgence
                                                                                                                      chirurgicale. Son retard diagnostique est à l’origine de séquelles redoutables, qui se doublent d’implications
                                                                                                                      médicolégales ; une forme chronique qui est de description plus récente. [15] Elle atteint essentiellement les
                                                                                                                      loges de jambes [27] mais elle peut affecter aussi d’autres territoires musculaires. Sa méconnaissance et la sous-
                                                                                                                      estimation de la gêne fonctionnelle pénalisent encore trop souvent l’adulte jeune et sportif. Trop souvent
                                                                                                                      méconnue, cette variété chronique est loin d’être inhabituelle, même si les données épidémiologiques font
                                                                                                                      encore défaut. Ce syndrome suscite un intérêt croissant grâce à une meilleure approche diagnostique par la
                                                                                                                      diffusion des méthodes de mesure des pressions intratissulaires, seul moyen d’affirmer le diagnostic, et à des
                                                                                                                      indications opératoires mieux ciblées. Dans un souci d’uniformisation, le terme de syndrome des loges est
                                                                                                                      désormais consacré par l’usage, à l’exemple des recommandations anglo-saxonnes ; [73] il recouvre des
                                                                                                                      appellations les plus diverses, source de confusion et d’imprécision.
                                                                                                                      © 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés.



                                                                                                                      Mots-clés : Syndrome des loges ; Syndrome des loges chronique ; Syndrome des loges aigu ; Pression
                                                                                                                                  intratissulaire ; Aponévrotomie




                                                                  Physiopathologie                                                                                                – la théorie mécanique fait jouer un rôle majeur aux modifications
                                                                                                                                                                                  des propriétés physiques des fascias. L’aponévrose devenue trop
                                                                  En 1975, FA III Matsen [1] s’est fait le tenant de l’hypertension                                               épaisse et/ou trop rigide du fait des lésions musculoaponévrotiques
                                                                  tissulaire dans la genèse de ce syndrome, en réunissant dans un                                                 fréquentes chez le sportif est responsable d’une diminution de la
                                                                  concept physiopathologique commun la forme aiguë et la forme                                                    compliance de la loge, laquelle réalise un véritable garrot interne ; [2]
                                                                  chronique.
                                                                                                                                                                                  – la théorie hémodynamique met en exergue un hyperfonctionnement
                                                                                                                                                                                  musculaire générateur d’un hyperdébit avec persistance d’une
                                                                                                  « PRIMUM MOVENS »                                                               ouverture des shunts artérioveineux après effort, qui provoque une
                                                                  Si les formes secondaires, le plus souvent responsables d’un                                                    augmentation de la filtration capillaire à l’origine de l’œdème. [3]
                                                                  syndrome aigu, s’expliquent aisément, ce n’est pas le cas du                                                    Celui-ci est aggravé par une insuffisance du retour
                                                                  syndrome chronique qui laisse planer de nombreuses incertitudes.                                                veinolymphatique favorisé par des troubles de compliance de la
                                                                  Le dénominateur commun, représenté par l’hyperpression tissulaire                                               loge, [4] notamment par une perturbation des phases de relaxation
                                                                  originelle, est engendré par deux situations différentes, qui peuvent                                           musculaire, voire par l’absence de celles-ci ; [5, 6]
                                                                  d’ailleurs être intriquées.
                                                                                                                                                                                  – la théorie métabolique insiste sur l’importance des troubles de
                                                                  Il s’agit soit d’une augmentation excessive, de plus de 30 %, du                                                l’osmolarité du secteur interstitiel qui concourent à la constitution
                                                                  volume du muscle à l’effort, soit d’une anomalie des propriétés                                                 de l’œdème. Toutefois, le rôle des lactates ou des métabolites
                                                                  physiques des structures anatomiques de la loge, voire d’une                                                    musculaires dans l’hyperperméabilité capillaire n’a pas été
                                                                  réduction de son espace virtuel. Cette inadéquation entre les                                                   formellement démontré ; [7]
                                                                  aponévroses de recouvrement et l’augmentation du volume
                                                                  musculaire à l’effort a engendré plusieurs théories qui tentent                                                 – la théorie ischémique selon laquelle l’ischémie d’effort serait
                                                                  d’expliquer le mécanisme déclenchant, l’hyperpression tissulaire :                                              responsable d’un œdème à l’origine de l’hyperpression tissulaire
                                                                                                                                                                                  apparaît actuellement contestée. [8, 9] Si différentes techniques comme
                                                                                                                                                                                  la spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (spectro-RMN)
                                                                                                                                                                                  au phosphore et la spectroscopie utilisant une sonde à infrarouge
                                                                   L. Bonnevie (Spécialiste des hôpitaux des Armées)
                                                                   Adresse e-mail: lionelbonnevie@infonie.fr
                                                                                                                                                                                  qui mesure la PO2 ont bien montré l’existence d’une désoxygénation
                                                                   R. Clément (Spécialiste des hôpitaux des Armées).                                                              musculaire locale au cours de l’effort et une réoxygénation posteffort
                                                                   P. Larroque (Professeur au Val-de-Grâce)
                                                                   Service de cardiologie et maladies vasculaires, hôpital d’instruction des armées Bégin, 69, avenue de Paris,
                                                                                                                                                                                  plus importante et plus lente que chez le sportif sain, il n’est pas
                                                                   94160 Saint-Mandé, France.                                                                                     possible de dire si cette anomalie est à l’origine de l’hyperpression
                                                                   D. Fontes (Chirurgien orthopédiste, praticien attaché à l’hôpital Européen Georges-Pompidou)
                                                                   Clinique générale du sport, 36, boulevard Saint-Marcel, 75005 Paris, France.
                                                                                                                                                                                  ou sa conséquence. [10, 11] De même, l’utilisation de la clairance
                                                                   J.-M. Garcin (Spécialiste des hôpitaux des Armées).                                                            musculaire au xénon a bien décelé une hypoxie d’effort, mais celle-ci
                                                                   X. Chanudet (Professeur agrégé du Val-de-Grâce)
                                                                   Service de cardiologie et maladies vasculaires, hôpital d’instruction des armées Bégin, 69, avenue de Paris,
                                                                                                                                                                                  demeure relative puisque le débit est majoré de près de huit fois
                                                                   94160 Saint-Mandé, France.                                                                                     celui de repos.



Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
19-1590                                                      Syndrome des loges                                                              Angéiologie

                                              CONSÉQUENCES
                                                                                                                               Figure 1       Schéma d’une coupe de
           Quel que soit le primum movens de l’hyperpression intratissulaire,                                                  la jambe (tiers inférieur). A : loge an-
           celle-ci peut engendrer un cercle vicieux hémodynamique, pouvant                                                    térieure ; E : loge externe ; S : loge
           aboutir à la forme aiguë qui est caractérisée par une nécrose                                A                      postérieure superficielle ; P : loge
           tissulaire et par une neuropathie ischémique. Les mécanismes                                                        postérieure profonde ; JP : loge du
           intimes qui conduisent à l’autoaggravation du processus restent                                                     jambier postérieur.
                                                                                           E
           imparfaitement élucidés. [1]                                                                 JP
           Selon le concept de Burton, lorsque la pression tissulaire atteint le
                                                                                                        P
           seuil de 30 mmHg, la pression critique de fermeture du vaisseau est
           atteinte et la perfusion musculaire s’interrompt provoquant une
           ischémie tissulaire. [12] Cette ischémie peut être aggravée par la
           diminution du gradient artérioveineux du fait de l’augmentation de                           S
           la pression veineuse consécutive à la gêne au retour
           veinolymphatique, celle-ci étant due à l’hyperpression. Cette cascade
           qui associe hyperpression-œdème-ischémie autoaggravée aboutit à
           la survenue d’une douleur obligeant le sportif à interrompre son
           effort, voire, dans de rares cas, à la forme aiguë. La douleur serait
           due soit à l’ischémie musculaire, soit à la compression des               Causes traumatiques
           terminaisons nerveuses sensitives musculaires par l’œdème. [2, 13]        Les fractures à faible déplacement sont les grandes pourvoyeuses
           Comme l’ischémie se situe à l’étage microcirculatoire, les pouls          d’un syndrome aigu, car dans ce cas, les structures aponévrotiques
           distaux sont toujours conservés, même en présence d’un syndrome           sont préservées. Il peut s’agir d’interventions orthopédiques variées,
           aigu.                                                                     surtout en l’absence de drainage. Ailleurs, ce sont des traumatismes
                                                                                     des tissus mous sans fracture et qui n’impliquent par nécessairement
                                                                                     une atteinte artérielle.
           Clinique
                                                                                     Causes vasculaires
           Le syndrome des loges peut se présenter selon deux aspects                Elles comprennent, outre les traumatismes vasculaires, les
           cliniques opposés.                                                        thromboses et les embolies artérielles ainsi que les phlébites ; ce
                                                                                     syndrome a également été rapporté au cours de la chirurgie de
                                                                                     revascularisation.
                                             SYNDROME AIGU
                                                                                     Causes diverses
           ¶ Clinique
                                                                                     Les étiologies chirurgicales les plus diverses ont été rapportées,
           Quelles que soient la localisation et l’étiologie, cinq signes ont        favorisées par la durée du temps opératoire et par la position du
           démontré leur fiabilité : [1]                                              malade exigée par le type d’intervention. Parmi les causes médicales
           – une douleur disproportionnée avec le traumatisme responsable,           sont cités en particulier : les états comateux, l’épilepsie, les brûlures,
           et qui résiste aux antalgiques usuels ; c’est habituellement le premier   la gangrène gazeuse et les troubles de la coagulation, ainsi que les
           signe et le plus constant ;                                               perfusions intraveineuses mal surveillées. L’accent est mis
                                                                                     actuellement sur la survenue de syndromes des loges chez les
           – une douleur à l’étirement musculaire, lors de la mobilisation           drogués par malposition prolongée d’un membre ; sont également
           passive ;                                                                 cités des cas relevant de la pose de brassards tensionnels trop serrés.
           – une tension du compartiment atteint par un œdème dur, avec en
           regard une peau chaude et luisante ;
                                                                                                            SYNDROME CHRONIQUE
           – une hypoesthésie dans le territoire concerné ;                          Le syndrome des loges de jambes sera pris comme type de
           – des troubles moteurs sous la forme d’une faiblesse musculaire,          description en raison de son atteinte préférentielle.
           qui sont des signes tardifs.                                              Quatre loges sont classiquement décrites (Fig. 1) :
           La triade classique associe un syndrome douloureux, un aspect
           pseudo-inflammatoire localisé et des troubles neurologiques. La            – la loge antérieure, dont l’atteinte est responsable de la variété
           présence des pouls périphériques et un remplissage vasculaire             clinique la plus connue : le syndrome tibial antérieur ; [15, 16]
           souvent normal n’éliminent pas le diagnostic puisqu’il s’agit d’une       – la loge externe ou latérale ou loge des péroniers ;
           véritable tamponnade microcirculatoire. Ces constatations                 – la loge postérieure superficielle ;
           trompeuses sont à l’origine de retards diagnostiques redoutables.
           Toutefois, la présence de ces symptômes est inconstante, voire            – la loge postérieure profonde, au sein de laquelle a été isolé un
           absente, [14] et l’examen clinique suppose une parfaite coopération       cinquième compartiment représenté par le muscle jambier
           du malade.                                                                postérieur.
           Les loges atteintes sont, essentiellement, celles de la jambe puis de
                                                                                     ¶ Clinique
           l’avant-bras, du bras, de la cuisse, de la fesse et du deltoïde.
                                                                                     C’est une douleur à type de tension, de crampe, voire de brûlure,
           ¶ Évolution                                                               d’intensité modérée et sourde au début, puis qui a tendance à se
                                                                                     majorer pour devenir plus ou moins aiguë et invalidante. L’atteinte
           Faute d’une prise en charge immédiate, l’évolution est rapidement         est bilatérale dans 70 à 100 % des cas, avec souvent une
           catastrophique sur le plan fonctionnel aboutissant à une nécrose          prédominance d’un côté. Cette douleur rythmée par l’activité
           musculaire plus ou moins étendue associée à une atteinte                  physique a une caractéristique essentielle qui doit attirer l’attention ;
           neurologique irréversible dans le territoire correspondant.               en effet, elle persiste après l’arrêt de l’effort pendant une durée
                                                                                     volontiers prolongée, [17, 18] contrairement à la claudication artérielle
           ¶ Étiologies                                                              classique.
           Elles sont multiples et volontiers intriquées. Aucune tranche d’âge       Le tableau clinique peut être moins stéréotypé et parfois même
           n’est épargnée.                                                           déroutant : la douleur est dans ce cas plus ou moins permanente,

           2

Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
Angéiologie                                                   Syndrome des loges                                                                 19-1590

                              aggravée par l’activité physique, ou encore de description
                              imprécise ; [17] il est rare qu’elle n’apparaisse qu’après l’arrêt de
                              l’effort.
                              L’apparition des troubles se produit généralement au début de la
                              saison sportive ou au décours d’une période d’inactivité, à l’occasion
                              de la reprise d’un entraînement physique souvent trop intense, voire
                              inadapté. [19] Enfin, il est rare de retrouver à l’anamnèse la notion
                              d’un traumatisme antérieur. [17, 20]

                              ¶ Terrain
                              Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’un adulte jeune et
                              sportif, âgé en moyenne de 20 à 30 ans, sans prédominance de sexe ;
                              certains sports exposent plus particulièrement à ce syndrome : il
                              s’agit essentiellement de la course à pied et de sports collectifs.
                                                                                                                     Figure 2   Moniteur de pression miniaturisé (Strykert).
                              ¶ Examen clinique
                                                                                                         hépariné, est introduit dans la loge et il est relié à un capteur de
                              Au repos                                                                   pressions et à des enregistreurs. Cette technique permet un
                              En dehors de muscles volontiers hypertrophiés, le seul signe               enregistrement en continu des pressions au cours de l’effort mais
                              d’orientation est représenté par l’existence de hernies musculaires        l’appareillage complexe réserve son utilisation à l’expérimentation.
                              constatées dans 20 à 60 % des cas, [16] qui parfois ne sont décelées       Le STIC catheter (Solid state transducer intracompartmental catheter) [5]
                              qu’après l’effort.                                                         comporte un capteur de pressions situé dans une aiguille (4F)
                                                                                                         introduite dans un tube en polyéthylène (11F) dont l’extrémité est
                              Au décours de l’effort                                                     multiperforée. Un système infuse du sérum physiologique hépariné
                                                                                                         dans le cathéter alors que le capteur est relié à un enregistreur qui
                              L’épreuve d’effort revêt un triple intérêt : outre celui de reproduire     permet d’effectuer des mesures en continu.
                              et de localiser le syndrome douloureux, elle permet d’évaluer le
                              degré de gêne fonctionnelle, tout en recherchant des signes objectifs      L’infusion microcapillaire [23] est basée sur l’injection d’une quantité
                              de mauvaise tolérance. Ce test d’effort, indispensable, doit être          prédéterminée de sérum physiologique pendant la phase de
                              couplé à la prise des pressions tissulaires. [21] Parfois, on constate     relaxation musculaire. Il s’agit d’un procédé fiable, mais le matériel
                              une diminution de la force segmentaire ou un trouble de la                 nécessaire est complexe.
                              sensibilité ; le compartiment apparaît plus tendu, voire induré à la       Le slit-catheter : [4, 21, 24] cette technique utilise un cathéter fendu à
                              palpation.                                                                 son extrémité. Celui-ci est relié à un capteur de pression et à un
                                                                                                         enregistreur à affichage digital miniaturisé (Strykert). Il permet aussi
                              ¶ Évolution                                                                une mesure en continu au cours de l’effort. Sa fiabilité est excellente,
                                                                                                         ce qui en fait la méthode de référence.
                              Elle est fonction à la fois de l’importance de la gêne fonctionnelle,
                                                                                                         Le moniteur de pression miniaturisé (Strykert) [25] est le dernier-né des
                              du degré de motivation des intéressés à poursuivre leurs activités
                                                                                                         appareils proposés ; il est facile d’utilisation car il tient dans une
                              physiques et du niveau des performances réalisées. Or l’expérience
                                                                                                         main et son affichage est digital (Fig. 2). Il permet d’être relié soit au
                              montre que les sportifs de haut niveau renoncent rarement à leur
                                                                                                         slit-catheter soit à une simple aiguille pour des mesures instantanées
                              activité. [20]
                                                                                                         avant et après effort. L’aiguille dont l’extrémité est multiperforée est
                              La disparition spontanée des troubles est inhabituelle. [16] Si la gêne    reliée au capteur lequel est en contact avec une seringue de 2 ml
                              fonctionnelle peut demeurer stable, elle a le plus souvent tendance        remplie de sérum physiologique. Au moment de la mesure,
                              à se majorer de manière progressive ; ailleurs, cette aggravation est      l’injection de sérum permet d’obtenir au bout de 30 secondes
                              brutale et le syndrome douloureux peut devenir à ce point                  environ un équilibre de la pression tissulaire qui s’affiche alors de
                              invalidant qu’il interdit le moindre effort physique. L’extension à        façon stable. C’est une excellente technique ambulatoire, pratique et
                              d’autres compartiments musculaires est possible, et la                     rapide.
                              bilatéralisation des troubles devient habituelle. Le risque d’un           Des études de corrélation ont été réalisées entre ces diverses
                              syndrome aigu fait toute la gravité de cette affection, et il constitue    méthodes plus ou moins complexes et onéreuses. La très bonne
                              une éventualité toujours possible. Tantôt, il inaugure la maladie, et      fiabilité du moniteur de pression miniaturisé a été confirmée : [26] ses
                              il fait suite à un effort intense et inhabituel chez un sujet non          résultats avec une mesure directe à l’aiguille sont superposables à
                              entraîné ; tantôt, il complique une forme chronique jusqu’ici négligée     ceux obtenus avec le slit-catheter ; en revanche, la technique de
                              ou ignorée.                                                                l’aiguille de Whitesides ne devrait plus être recommandée.
                              ¶ Mesure de la pression intratissulaire                                    Bien qu’il y ait une quasi-unanimité pour reconnaître la nécessité de
                                                                                                         recourir à l’enregistrement des pressions intratisssulaires, il n’y a
                              Les nombreuses techniques utilisées sont basées sur l’évaluation           pas de consensus, ni sur la méthode la plus appropriée ni sur les
                              directe des pressions grâce à l’utilisation d’une aiguille ou d’un         critères à retenir, d’autant plus que chaque laboratoire ne possède
                              cathéter.                                                                  pas systématiquement ses propres valeurs de référence obtenues en
                                                                                                         comparaison à une population témoin. [4, 21]
                              Méthodes
                                                                                                         Résultats
                              La technique de l’aiguille a été vulgarisée par Whitesides et al. ; [22]
                              elle a transformé l’approche diagnostique de cette affection grâce à       Ils sont fonction des techniques utilisées, des protocoles employés,
                              l’utilisation d’un matériel d’usage courant. Cette méthode, la plus        des critères pathologiques retenus et du moment de
                              ancienne, a le mérite d’une relative simplicité, ce qui explique sa        l’enregistrement.
                              très large diffusion mais elle exige la présence de deux opérateurs.       Pression au repos. Dans le cas d’un syndrome chronique, la pression
                              Le cathéter à mèche ou wick-catheter (Mubarakt) utilise un cathéter        dépasse 15–20 mmHg par la technique du slit-catheter. Toutefois, en
                              épidural contenant deux faisceaux de dexon reliés par un                   raison d’importantes variations individuelles, il n’est pas noté dans
                              monofilament 6/0 qui sortent à son extrémité pour favoriser le              certaines études de différence significative avec la pression normale
                              contact avec les tissus. Le cathéter, rempli de sérum physiologique        de repos estimée inférieure ou égale à 10 mmHg.

                                                                                                                                                                                     3

Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
19-1590                                                        Syndrome des loges                                                        Angéiologie

           Pression au cours de l’effort. L’évaluation de la pression de relaxation
           musculaire est un paramètre fiable, dont l’élévation est bien corrélée       Tableau 1. – Syndrome des loges de jambes associé à une affection
                                                                                       musculaire (série personnelle)
           à l’augmentation de la pression de repos et à un retard significatif à
           sa normalisation après l’effort. Cet enregistrement exige cependant         Pathologie musculaire               Nombre de cas
           une bonne compétence technique et un matériel sophistiqué. [21]
                                                                                       Myopathie à inclusion               1
           Pression au décours de l’effort. Elle est constamment retrouvée élevée      Myopathie mitochondriale            1
           et il existe un retard important à sa normalisation, à l’inverse du         Déficit en maltase acide             1
           sujet normal. Ce retard peut atteindre d’ailleurs deux heures. Avec         Myopathie lipidique                 1
           la méthode du slit-catheter, les critères pathologiques acceptés            Myopathie inclassée                 1
                                                                                       Rhabdomyolyse isolée                4
           correspondent à des pressions supérieures à 30 et 20 mmHg à la              Myosite sarcoïdosique               1
           première et à la 5e minute [21] et à 15 mmHg à la 15e minute. [24] Les      Myosite toxoplasmique               1
           mêmes constatations sont faites avec la mesure directe à l’aiguille         Myosite non spécifique               1
           utilisant le moniteur miniaturisé. [27]                                     Hyperthermie maligne d’effort       2
                                                                                       Total                               14
           Dans la pratique, deux critères diagnostiques sont à retenir : le
           niveau de pression enregistré au repos et surtout au décours
           immédiat de l’effort.                                                       un bilan musculaire systématique. Il comporte habituellement un
           Malgré une apparente simplicité, l’enregistrement des pressions             dosage des enzymes musculaires (créatine phosphokinases [CPK])
           intratissulaires requiert une grande expérience. [17, 28, 29] Pedowitz et   au repos et après effort, le jour même et le lendemain. Il est
           al. [21] ont chiffré le taux de mesures ininterprétables ou de résultats    recommandé au patient de s’abstenir d’activité sportive 1 semaine à
           équivoques à 8 %, et celui des enregistrements impraticables au             15 jours avant ce dosage car l’entraînement, en particulier lorsqu’il
           décours immédiat de l’effort à 15 %. Par ailleurs, l’impossibilité assez    est intensif, élève très significativement ce taux, si bien que son
           fréquente de reproduire le syndrome douloureux au cours de                  dosage constitue un élément d’appréciation du niveau
           l’enregistrement des pressions mérite d’être signalée. Ces difficultés      d’entraînement. Sont réalisés également : un dosage de l’acide
           techniques sont plus grandes lorsqu’il s’agit des loges postérieures.       lactique selon le protocole de Mac Ardle et un électromyogramme.
                                                                                       Une anomalie constatée à l’un de ces examens impose une enquête
                                                                                       neurologique plus poussée comportant une spectro-RMN, une étude
           Formes cliniques du syndrome                                                du métabolisme oxydatif musculaire à l’effort, voire une biopsie
                                                                                       musculaire. Cette enquête est d’autant plus importante qu’une
           chronique                                                                   myopathie peut parfois être associée à un syndrome des loges
                                                                                       (Tableau 1). [27, 32]
                                            LOGES DE JAMBES                            Plus rarement, certains muscles accessoires de jambes peuvent être
                                                                                       touchés comme le court péronier latéral ou le muscle soléaire
           ¶ Formes asymptomatiques                                                    accessoire. Le diagnostic est difficile car une tendinopathie est le plus
                                                                                       souvent évoquée. L’imagerie par résonance magnétique nucléaire
           Leur prévalence est difficile à établir ; elle se situe autour de 20 %      (IRM) permet de préciser ces variantes anatomiques et seule la
           dans notre expérience. Ces formes sont mises en évidence lors de            mesure directe et sélective des pressions permet d’établir le
           l’exploration complète de patients qui accusent des douleurs                diagnostic.
           unilatérales à l’effort ou qui sont porteurs d’autres pathologies. Elles    L’atteinte extensive simultanée des quatre membres est rare, puisque
           imposent d’informer le patient sur les risques encourus par une             très peu d’observations ont été rapportées [33] et nous n’avons
           pratique sportive intensive et sur la nécessité de réduire leur activité,   observé que cinq cas dans notre série. Les sports responsables sont
           en se montrant plus attentif à la moindre apparition de douleurs au         variés : planche à voile, moto-cross, vélo tout terrain, squash et un
           cours ou au décours de l’effort. Leur risque potentiel réel est pour        cas chez un pianiste, non sportif. Cette forme extensive doit conduire
           l’instant inconnu.                                                          à une enquête exhaustive pour éliminer une myopathie.
           ¶ Formes atypiques
                                                                                                  FORMES ASSOCIÉES OU SECONDAIRES
           On distingue :
                                                                                       Le syndrome des loges de jambes peut être associé à certaines
           – les formes retardées : parfois, les douleurs qui ont débuté au cours      pathologies rencontrées fréquemment chez le sportif, comme une
           de l’effort peuvent s’aggraver après celui-ci ; plus déroutantes            périostite tibiale, une fracture de fatigue, une déchirure ou un
           encore, mais plus rarement, elles surviennent exclusivement après           hématome musculaire. En revanche, il n’est que très rarement
           l’arrêt de l’effort avec un délai variable de quelques minutes à            secondaire à certaines affections, essentiellement musculaires.
           plusieurs heures. Ces formes trompeuses sont particulièrement
           dangereuses car la douleur ne représentant plus l’élément limitant          ¶ Pathologie musculaire (Tableau 1)
           de l’effort, un syndrome aigu peut s’installer brutalement sans signe
           prémonitoire ;                                                              Dans certains cas, le syndrome des loges est concomitant d’une
                                                                                       rhabdomyolyse aiguë ou subaiguë (CPK = cinq fois la norme)
           – la forme diffuse jambière : le syndrome des loges peut affecter en        déclenchée par un effort inhabituel. Il peut soit nécessiter un geste
           même temps l’ensemble des loges de jambe, de façon uni- ou                  d’aponévrotomie en urgence si les pressions sont spontanément très
           bilatérale, réalisant un tableau volontiers invalidant et parfois           élevées soit, au contraire, disparaître rapidement avec l’amélioration
           trompeur. Si l’atteinte des loges postérieures est fréquente (40 %          des anomalies biologiques. Parfois, il persiste pour devenir
           dans notre série), [30] la localisation simultanée aux quatre loges de      chronique malgré la normalisation du taux des enzymes
           jambe est plus rare (14 %).                                                 musculaires. Plus rarement, cette rhabdomyolyse peut être
           Autant le diagnostic est facile au niveau des loges postérieures            secondaire à une myopathie métabolique, mitochondriale ou non
           superficielles car la mesure est aisée, autant il est techniquement          classée ; plus rarement il s’agit d’une hyperthermie maligne d’effort.
           plus difficile à établir au niveau des loges profondes, en particulier      Une telle association a été retrouvée 14 fois sur plus de 500
           lorsqu’il s’agit du muscle jambier postérieur. La méthode la plus           syndromes de loges de jambes explorés dans le service entre 1988 et
           sûre consiste à se guider par échographie, [31] mais ce geste, plus         1998. De façon encore plus exceptionnelle, le syndrome des loges
           lourd, allonge le temps d’examen.                                           peut être secondaire à une myosite évolutive sarcoïdosique ou être
           Dans la mesure où l’atteinte diffuse des jambes peut être simulée           séquellaire à une infection toxoplasmique musculaire comme ce fut
           par différentes myopathies, il est important dans ce cas de réaliser        le cas chez deux de nos patients.

           4

Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
Angéiologie                                                      Syndrome des loges                                                                               19-1590

                              ¶ Pièges de l’artère poplitée
                              Chez un sujet jeune et sportif peuvent coexister soit un piège
                              fonctionnel de l’artère poplitée ou faux piège soit, beaucoup plus
                              rarement, un piège organique ou vrai piège. [34] Aussi, la mesure des
                              pressions intratissulaires doit être associée à une exploration
                              échodoppler poplitée statique et dynamique de principe. S’il existe
                              un piège hémodynamique poplité à l’examen échodoppler                                                                                                    10
                              dynamique, l’IRM permet habituellement d’éliminer un piège
                              organique qui montre dans ce cas des anomalies d’insertion                                                                                                 9
                              musculaire, intéressant le plus souvent le muscle jumeau interne. [34,
                              35]
                                  En cas d’IRM normale, il s’agit plutôt d’un faux piège poplité qui                        1                                                            8
                                                                                                                                                                                         7
                              correspond à la compression extrinsèque, dynamique, du paquet
                              vasculaire poplité par les structures musculoaponévrotiques en                                2
                                                                                                                                                                                         6
                              place, sans anomalie de leur insertion ou du trajet vasculaire. Il reste
                              à savoir si les douleurs sont dues au faux piège lui-même ou à un
                              syndrome des loges associé. Dans la majorité des cas, le responsable                          3                                                            5
                              est le syndrome des loges. Très rarement, ces douleurs peuvent être
                              rattachées au seul faux piège artériel poplité lorsque l’on a éliminé
                              un syndrome des loges et toute autre pathologie. Ainsi, sur une série                                                                               4
                                                                                                                                   Loge postérieure (muscles ischiojambiers)
                              de 120 patients sportifs, souffrant de douleurs des mollets à l’effort,
                                                                                                                                   Loge antérieure (quadriceps)
                              Turnipseed et al. [2, 36] ne retrouvent que sept cas de faux pièges isolés
                                                                                                                                   Loge interne (muscles adducteurs)
                              et cinq cas associés à un syndrome des loges. Parmi les 622 patients
                              symptomatiques dans notre série, suspects de syndrome des loges,              Figure 3        Coupe transversale de la cuisse à sa partie moyenne (d’après Testut).
                              un piège fonctionnel poplité a été recherché 160 fois et nous n’avons         1 : artère et veine ischiatiques ; 2 : nerf sciatique ; 3 : biceps crural ; 4 : semi-tendineux ;
                              constaté que six cas de faux pièges artériels poplités isolés et 35 cas       5 : semi-membraneux ; 6 : grand adducteur ; 7 : moyen adducteur ; 8 : artère et veines
                                                                                                            fémorales profondes ; 9 : artère et veine fémorale superficielles ; 10 : couturier.
                              associés à un syndrome des loges. [34]


                                                       FORMES TOPOGRAPHIQUES

                              ¶ Loges de cuisse
                              La forme chronique est rare puisque moins d’une cinquantaine de
                              cas ont été rapportés, sans être toujours bien documentés. [37–39] Les
                              syndromes aigus sont moins exceptionnels ; [40] ils surviennent en
                              général au décours de traumatismes, le plus souvent fermés, ou
                              d’intervention chirurgicale, [ 4 1 ] voire, plus rarement, de
                              rhadomyolyse d’effort. [ 4 0 ] Il existe trois loges de cuisse
                              individualisées (Fig. 3) : la loge postérieure, la plus fréquemment
                              atteinte, contient les muscles ischiojambiers, la loge antérieure est                          Loge interosseuse              Loge médiale
                              constituée par le quadriceps et la loge interne par les adducteurs. Il                         Loge centrale                  Loge latérale
                              faut ajouter un quatrième compartiment latéroexterne, si on
                                                                                                            Figure 4       Coupe frontale du pied au niveau de la base des métatarsiens (d’après Lo-
                              individualise le muscle tenseur du fascia lata. [42] Le syndrome
                                                                                                            kiec F, J Bone Joint Surg [Br] 1991;73 B:178-9).
                              chronique touche essentiellement la loge postérieure [37] et plus
                              rarement les autres loges. [38] Notre série comprend quatre cas de
                              syndrome des loges des muscles vastes internes chez des cyclistes             intéresse les muscles interosseux, [52] les loges thénar et
                              amateurs. Ce syndrome affecte habituellement le coureur de fond et            hypothénar [53] et les doigts ; plus rarement encore sont concernés
                              plus rarement le footballeur, [43] le basketteur ou l’haltérophile. [39] Le   les muscles du bras, biceps et triceps, où prédominent surtout des
                              diagnostic est établi grâce à la prise des pressions dans les muscles         formes aiguës. [54]
                              intéressés.
                                                                                                            Au niveau de l’avant-bras, la loge antérieure est la plus souvent
                              ¶ Loges du pied                                                               atteinte devant la loge postérieure, [55] celle du muscle anconé [56] et
                                                                                                            de la loge externe des muscles radiaux [6, 57] (Fig. 5). L’existence de
                              Il s’agit essentiellement de formes aiguës post-traumatiques, [44] les        deux loges antérieures, une superficielle et l’autre profonde, est
                              formes chroniques étant ici exceptionnelles. Quelques cas isolés ont          discutée car moins bien individualisée qu’au niveau des loges de
                              été rapportés chez des danseuses. [45] Le diagnostic n’est pas aisé car       jambes. [50] Toutefois, pour certains auteurs, [57, 58] cette distinction
                              sur les quatre loges du pied, la loge des muscles interosseux n’est           doit être faite car l’attitude thérapeutique en dépend. Quant à
                              pas très facile d’accès (Fig. 4).                                             l’atteinte du muscle carré pronateur, elle n’a été rapportée qu’une
                                                                                                            seule fois dans une forme aiguë. [59]
                              ¶ Membres supérieurs
                                                                                                            Le terrain habituel est celui de l’adulte jeune, pratiquant une activité
                              À la différence des formes aiguës, bien plus fréquentes, qui sont en          physique souvent intense, avec utilisation spécifique des membres
                              général secondaires à un traumatisme dans 97 % des cas pour                   supérieurs, laquelle est souvent responsable d’une hypertrophie
                              McQueen, [46] à une blessure par balle, une injection locale, une             musculaire. [60] Il s’agit de sports plus volontiers de conduite (moto-
                              morsure de serpent, etc., [47–49] la fréquence des formes chroniques          cross, vélo-cross) [3, 57, 60] d’activité de musculation, de sports de
                              est difficile à établir. En effet, il n’existe ni étude épidémiologique, ni   raquette (tennis, badminton, squash), [61] de la pratique de la planche
                              grandes séries dans la littérature, et les cas rapportés restent              à voile [62] et du ski nautique, laquelle est volontiers responsable de
                              inférieurs à une centaine. [3, 6, 50, 51] Dans notre expérience, le           syndrome des loges étendu aux quatre membres, du tir à l’arc, de
                              syndrome des loges de l’avant-bras n’a été rencontré que 18 fois              l’escrime, de l’escalade, [63] de sports de combat (judo, karaté), du
                              alors que, pendant la même période, ce diagnostic au niveau des               hockey, [33] ou de l’haltérophilie. Plus rarement, il s’agit de travaux
                              loges de jambes a été porté chez 250 patients. Néanmoins, il s’agit           manuels comme le bricolage, le port de charges, les activités de
                              de la localisation préférentielle, [48] devant l’atteinte de la main qui      terrassement et de charpente, [51] ou de déménagement, [6] voire aussi

                                                                                                                                                                                                          5

Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
19-1590                                                                           Syndrome des loges                                                          Angéiologie

                                                                                                            thallium, voire au méthoxy-iso-butyl-isonitrile (MIBI). [67] Toutefois,
                              1 2 3 4 5 6 7                                8 9
                                                                                                            la recherche d’une anomalie musculaire est utile en cas de syndrome
                                                                                                            des loges étendu aux jambes.
                                                                                             10
                                                                                                            L’évolution spontanée est variable : si la guérison est rare, on assiste
                                                                                             11
                                                                                                            souvent à une stabilisation des symptômes car le patient s’est adapté
                                                                                                            à son handicap et a modifié son rythme d’activité. Parfois,
                                                                                                            l’aggravation conduit le patient à consulter, mais l’acutisation est
                                                                                                            rare dans cette localisation.
                   30                                                                         12
                                                                                                            ¶ Localisations exceptionnelles
                   29                                                                         13

                   28                                                                         14            Elles réalisent exclusivement des formes aiguës, que ce soit au
                                                                                                            niveau des muscles sus-épineux, [68] du deltoïde [33] et des muscles
                   27                                                                         15
                                                                                                            paravertébraux. [69] Quant au rare syndrome des loges de l’abdomen,
                                                                                                            il peut se produire de façon aiguë au décours d’une chirurgie ou
                                                                                                            d’un traumatisme de l’abdomen mais aussi lors d’un sepsis, d’une
                                                                                                            ascite importante d’un choc quelle que soit son origine. Il
                                             26 25 24 23 22 21 20 19 18 17 16                               s’accompagne d’une hyperpression intra-abdominale supérieure à
           Figure 5        Coupe de l’avant-bras à l’union tiers supérieur-tiers moyen du côté droit.       25 mmHg et d’une défaillance multiviscérale avec oligurie, hypoxie,
           Segment inférieur de la coupe (d’après Boucheret et Cuilleret). 1 : veine cubitale ; 2 : ar-     hypotension, hyperpression pulmonaire, insuffisance cardiaque et
           tère cubitale ; 3 : petit palmaire ; 4 : fléchisseur commun superficiel ; 5 : grand pal-           acidose. Le traitement consiste à effectuer une laparotomie
           maire ; 6 : nerf médian ; 7 : rond pronateur ; 8 : veine médiane ; 9 : long supinateur ;         urgente. [70] Enfin, aucun cas n’a été décrit au niveau de la face ou
           10 : artère radiale ; 11 : branche antérieure du nerf radial ; 12 : veine radiale superfi-        du cou.
           cielle ; 13 : 1er radial ; 14 : radius ; 15 : 2e radial ; 16 : court supinateur, faisceau pro-
           fond ; 17 : court supinateur, faisceau superficiel ; 18 : extenseur commun des doigts ;
           19 : branche postérieure motrice du radial : 20 : fléchisseur propre du pouce ; 21 : ex-
           tenseur propre du 5 ; 22 : artère interosseuse antérieure : 23 : long abducteur du pouce ;       Diagnostic différentiel
           24 : nerf interosseux antérieur ; 25 : court extenseur du pouce ; 26 : cubital postérieur ;
           27 : cubitus ; 28 : cubital antérieur ; 29 : nerf cubital ; 30 : fléchisseur commun pro-
           fond.                                                                                                                     SYNDROME AIGU
                                                                                                            Si le diagnostic est souvent aisé chez un patient conscient et
           la pratique de la guitare ou du piano. Contrairement aux formes                                  coopérant, la mesure directe de la pression tissulaire est d’un apport
           aiguës, il n’existe que très peu de facteurs déclenchants                                        décisif chez le malade comateux ou non coopérant. Toutefois,
           traumatiques.                                                                                    certaines affections sont parfois évoquées comme une thrombose
                                                                                                            veineuse profonde, une arthrite aiguë ou une myosite.
           L’expression clinique est souvent stéréotypée. Ce sont des douleurs
           des loges antérieures et/ou postérieures de l’avant-bras survenant à
           l’effort, qui s’aggravent progressivement pour entraîner une                                                         SYNDROME CHRONIQUE
           diminution de la force musculaire imposant l’arrêt de l’activité. La
                                                                                                            Faute de signes spécifiques, son diagnostic est difficile, de sorte que
           douleur persiste après l’arrêt de l’effort pendant quelques minutes à
                                                                                                            le retard diagnostique varie en moyenne de un à trois ans. La
           plusieurs heures et elle se reproduit rapidement si la reprise de
                                                                                                            mesure des pressions tissulaires demeure la base du diagnostic.
           l’activité est trop précoce. Il s’agit habituellement de crampes ou de
           paresthésies gagnant le poignet et les doigts. [61, 64] L’examen clinique                        La forme chronique des loges de jambes soulève le problème des
           au repos est normal, hormis une hypertrophie musculaire adaptative                               douleurs de jambe chez le sportif dont les étiologies sont multiples :
           rencontrée habituellement chez les athlètes. À l’effort, il est possible                         – le shin splint qui est un terme générique, purement descriptif,
           d’objectiver un œdème induré de la loge musculaire, douloureux à                                 largement utilisé dans la littérature anglo-saxonne et qui recouvre
           la palpation et des troubles sensitifs dans le territoire du nerf médian                         les syndromes douloureux de jambe englobant notamment la
           ou du cubital, voire un trouble moteur. Contrairement aux atteintes                              périostite tibiale interne. [71] Malgré des mises au point successives,
           des jambes, la présence de hernies musculaires est ici plus rare.                                une confusion certaine entoure cette terminologie ;
           Le diagnostic peut longtemps rester ignoré, malgré une                                           – la fracture de fatigue qui survient à l’occasion d’un surmenage
           symptomatologie évocatrice, car il est souvent méconnu. Il repose                                mécanique ;
           essentiellement sur la mesure des pressions intratissulaires, en
           particulier après effort. L’épreuve d’effort consiste à utiliser des                             – les syndromes vasculaires artériels et veineux qui concernent
           appareils (vigorimètre, musclet, etc.) qui permettent de solliciter                              l’adulte jeune, notamment les pièges des vaisseaux poplités ;
           surtout les muscles des avant-bras, de la main, voire des bras.                                  – les myopathies, dont certaines ont une expression clinique à partir
           Les différentes techniques utilisées [27, 32, 42, 64–66] selon des protocoles                    de l’adolescence et qui exigent des investigations spécifiques.
           propres à chaque équipe, conduisent à définir des valeurs                                         Si le diagnostic de syndrome des loges est facile quand il touche la
           pathologiques variées. Ainsi, pour Pedowitz, [21] les pressions sont                             loge antérieure, il se complique devant des douleurs diffuses de
           pathologiques lorsqu’elles sont supérieures ou égales à 15 mmHg                                  jambes dans la mesure où ces différentes affections peuvent
           au repos et supérieures ou égales à 25 mmHg, 5 minutes après effort.                             coexister, éventualité constatée dans plus de 10 % des cas dans notre
           Dans notre expérience, sont retenues comme pathologiques, des                                    série. [30]
           pressions supérieures à 15 mmHg, mesurées immédiatement après                                    L’atteinte des loges de cuisses peut faire errer le diagnostic et évoquer
           effort, grâce au moniteur miniaturisé (Strykert) ; elles correspondent                           une tendinopathie, une arthropathie de hanche, une sciatalgie, une
           à la moyenne plus trois écart-types par rapport aux valeurs                                      pathologie vasculaire notamment l’endofibrose iliaque externe ou
           constatées dans un lot de sujets témoins. [3] Cette technique est                                fémorale du cycliste, ou une pathologie musculaire.
           rapide, puisque seules les pressions après effort sont enregistrées et
                                                                                                            Le syndrome des loges des membres supérieurs peut être simulé par
           sa fiabilité est reconnue. [27] Les pressions au repos ne permettent
                                                                                                            différentes affections :
           pas habituellement de différencier les syndromes des loges des
           autres pathologies, comme cela a été noté au niveau des jambes. [27,                             – une rhadomyolyse aiguë ou subaiguë, quelle que soit son
           32]
               Les autres explorations ont un intérêt diagnostique limité, que ce                           étiologie ; cette rhabdomyolyse pouvant d’ailleurs se compliquer
           soit l’IRM [56] ou la scintigraphie musculaire au technétium, au                                 d’un syndrome des loges ;

           6

Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
Angéiologie                                                                 Syndrome des loges                                                              19-1590


                               Tableau 2. – Résultats postopératoires
                                                                 Références                      Années    Opérés (n)           Très bons résultats a   Rechutes (n)       Suivi (mois)
                                                                 bibliographiques                                               (%)

                               Reneman                            [16]                           1975      40                   97                      0                  2–48
                               Sudmann                            [78]                           1979      29                   85                      0                  8–30
                               Allen                              [4]                            1986      84                   96                      1                  3
                               Turnipseed                         [20]                           1989      100 b                                        11                 48
                                                                                                           109 c                93                      2                  36
                               Pedowitz                           [21]                           1990      21                   67                      –                  6–108
                               Moeyersoons                        [18]                           1992      85                   84                      0                  > 24
                               Larroque                           [30]                           1995      101                  93                      3                  27 ± 10

                              a Très bons résultats : guérison et/ou très nette amélioration ;
                              b aponévrotomie ;
                              c aponévrectomie.


                              – les tendinopathies du coude ou surtout du poignet peuvent                               ¶ Loges de jambes
                              occasionner des douleurs de l’avant-bras, mais elles ont une
                              expression clinique le plus souvent univoque, reproduite lors de la                       L’aponévrotomie sous-cutanée demeure la méthode le plus
                              flexion ou de l’extension contrariée, voire à la pression locale. Il peut                  couramment pratiquée. Ses nombreuses variantes visent à limiter
                              exister un empâtement et une rougeur localisée avec crépitation                           l’étendue de l’incision cutanée, tout en permettant une
                              comme dans le syndrome du « aïe crépitant de Tillaux » ; [72]                             aponévrotomie aussi complète que possible. L’aponévrectomie
                                                                                                                        consiste en une excision de l’aponévrose de 6 à 8 cm de long sur 2 à
                              – parmi les syndromes canalaires, le syndrome du canal carpien est                        3 cm de large, qui est complétée par une aponévrotomie sous-
                              le plus fréquent et sa forme aiguë pourrait aussi être secondaire à                       cutanée étendue. Si cette technique peut être réalisée en première
                              un syndrome des loges.                                                                    intention, [20] elle est habituellement utilisée en cas d’échec de
                                                                                                                        l’aponévrotomie ou de récidive. [17, 76]
                              Traitement
                                                                                                                        Indications
                              Il est basé sur le principe de la décompression musculaire, qui vise à
                              réduire l’élévation pathologique des pressions intratissulaires. [1]                      Elles sont réservées aux malades très limités dans leurs activités,
                                                                                                                        mais l’appréciation de la gêne fonctionnelle est variable d’une étude
                                                                         SYNDROME AIGU                                  à l’autre. La chirurgie est habituellement portée dans environ deux
                                                                                                                        tiers des cas documentés. À l’inverse des loges antéroexternes, la
                              Il faut privilégier l’aponévrotomie ouverte qui est réalisée sous
                                                                                                                        conduite à tenir en présence d’un syndrome postérieur profond
                              contrôle direct de la vue, et qui consiste en une incision
                                                                                                                        apparaît plus difficile et elle fait encore l’objet de controverses. [27]
                              longitudinale étendue de la peau en regard du compartiment
                              atteint ; elle s’oppose à l’aponévrotomie à l’aveugle ou sous-cutanée,
                                                                                                                        Résultats
                              pratiquée à travers des incisions cutanées limitées, et qui est
                              rarement indiquée ici. [ 7 3 ] Une grande variété de procédés                             Ils sont excellents : le taux de guérison ou d’amélioration
                              d’aponévrotomie a été proposée, mais aucune méthode n’est adaptée                         significative atteint généralement 85 à 90 % (Tableau 2). La
                              à toutes les situations où elle s’impose.                                                 mobilisation postopératoire précoce est capitale, et la reprise de la
                              L’enregistrement des pressions constitue une tentative de                                 marche et des activités physiques doit être rapide. Les complications
                              standardisation des indications de l’aponévrotomie. Toutefois, il n’y                     postopératoires sont quasi inexistantes sinon minimes, et les
                              a pas de consensus sur le seuil critique à partir duquel la                               récidives demeurent rares. Enfin, les réserves suscitées par les
                              décompression doit être réalisée, [74] et il est vraisemblable que                        possibles conséquences néfastes de l’aponévrotomie chez un sportif
                              celui-ci n’existe pas. [29] En effet, les études expérimentales et                        ont pu être écartées, et la plupart des malades opérés sont même
                              cliniques ont bien montré que la tolérance tissulaire à                                   capables d’améliorer leur niveau de performance. [28]
                              l’hyperpression est éminemment variable d’un individu à l’autre ;                         Sur le plan prophylactique, il importe d’insister sur l’intérêt d’un
                              elle dépend de nombreux paramètres, et notamment de la pression                           entraînement physique régulier et surtout progressif, seul moyen de
                              artérielle diastolique. Plusieurs valeurs ont été suggérées ; en réalité,                 prévenir l’apparition d’un tel syndrome. [19]
                              l’augmentation dans le temps des pressions représente certainement
                              le meilleur critère, la surveillance devant s’échelonner pendant la                       ¶ Loges de cuisses
                              période à risque de 48 à 60 heures. Dans notre expérience, des
                              pressions intratissulaires de repos supérieures ou égales à 30 mmHg                       Comme au niveau des jambes, le traitement est souvent chirurgical
                              au niveau de la loge antérieure de jambe et à 20 mmHg au niveau                           et il consiste en une aponévrotomie de tous les muscles concernés.
                              de la loge postérieure, constatées lors de la première prise ou lors                      Ainsi, pour la loge postérieure, il est réalisé à la fois une incision
                              des contrôles ultérieurs, sont des valeurs qui incitent à une                             cutanée verticale à la partie haute de cuisse et une autre, horizontale,
                              aponévrotomie urgente.                                                                    au pôle supérieur du losange poplité. [43] Les résultats sont en
                                                                                                                        général satisfaisants avec une reprise de l’activité sportive à un
                              Le syndrome aigu constitue une urgence chirurgicale [75] dont le
                                                                                                                        niveau comparable à celui atteint avant l’intervention.
                              succès dépend de la précocité du diagnostic et de la rapidité de la
                              mise en œuvre de l’aponévrotomie. Une décompression dont le délai
                              est supérieur à 12 heures laisse une faible chance de récupération
                                                                                                                        ¶ Loges des membres supérieurs
                              fonctionnelle et s’accompagne d’un taux élevé de complications ;                          L’absence de traitement médical efficace conditionne une attitude
                              après 12 heures, ce risque est multiplié par 12. Ainsi, 75 % des                          thérapeutique assez univoque conduisant à proposer un traitement
                              amputations de la série de Feliciano et al. [74] sont liées à une                         chirurgical aux patients invalidés et très désireux de poursuivre leur
                              aponévrotomie trop tardive ou incomplète. En cas de doute                                 activité sportive ou à ceux gênés dans leur vie quotidienne. Deux
                              diagnostique, mieux vaut envisager une aponévrotomie de principe.                         types d’intervention peuvent être réalisés, soit l’aponévrotomie
                                                                                                                        conventionnelle qui permet de traiter aussi bien les loges
                                                               SYNDROME CHRONIQUE                                       superficielle et profonde, [6, 57] mais qui reste vulnérante, soit
                              Quelle que soit la localisation du syndrome des loges, le traitement                      l’aponévrotomie par voie endoscopique, utilisée depuis une dizaine
                              chirurgical est le seul moyen qui se soit avéré efficace. [20]                            d’années [3, 50] (Fig. 6), moins délabrante sur le plan cutané, mais qui

                                                                                                                                                                                                7

Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
19-1590                                                                                Syndrome des loges                                                                                         Angéiologie

                                                                                                                       Une aponévrectomie partielle est réalisée d’emblée par certains
                                                                                                                       auteurs. [51, 56] alors que pour d’autres, elle est plutôt réservée aux
                                                                                                                       récidives. [3]
                                                                                                                       Les résultats apparaissent équivalents, qu’il s’agisse de la méthode
                                                                                                                       conventionnelle, avec 79 % de guérisons, [6, 57, 58, 60, 64] ou de la
                                                                                                                       méthode endoscopique avec 78 %. [3]



                                                                                                                       Conclusion
                                                                                                                       Le syndrome des loges est d’une grande actualité. En présence d’une
                                                                                                                       forme aiguë, l’aponévrotomie ouverte réalisée précocement diminue
                                                                                                                       l’incidence des complications et des séquelles.
                               Figure 6        Aponévrotomie par voie endoscopique.                                    La variété des tableaux anatomocliniques que peut revêtir la forme
                                                                                                                       chronique ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de cas peu nombreux en
           peut être incomplète car elle ne traite que les loges superficielles.                                        regard de la localisation habituelle au niveau des loges de jambes. Il faut
           Une évaluation in vitro de ces techniques a montré une efficacité                                           savoir néanmoins évoquer ce diagnostic. La mesure des pressions
           moindre de l’aponévrotomie endoscopique du fait du caractère                                                intratissulaires prend ici une place particulièrement déterminante, bien
           incomplet du geste. [77] Si pour certains auteurs, l’aponévrotomie doit                                     qu’elle se heurte au manque de consensus concernant aussi bien le type
           impérativement intéresser aussi bien les loges superficielles que                                            d’appareils que la technique utilisée ainsi que le seuil des valeurs
           profondes, [6, 57, 58, 60] pour Fontes, [3, 50] elle doit rester la moins                                   pathologiques. Le seul traitement est chirurgical, il est représenté par
           vulnérante possible dans la mesure où elle concerne une population                                          l’aponévrotomie, dont l’indication doit être bien pesée selon le degré de
           de sportifs, souvent de haut niveau, voire féminine. En effet, il                                           handicap, les souhaits du patient et la localisation du syndrome. En
           n’existe pas toujours d’individualisation précise de ces deux loges si                                      effet, les résultats sont habituellement excellents au niveau des loges
           bien que la décompression de l’une peut suffire. En outre, l’efficacité                                     antérieures de jambes [78] et des loges des avant-bras mais ils ont
           du geste peut être vérifiée par la mesure des pressions de la loge                                           tendance à se dégrader principalement au niveau des loges postérieures
           profonde en peropératoire.                                                                                  de jambes.




           Références
             [1] Matsen FA3rd. Compartmental syndrome. An unified                  [12] Burton AC. On the peripheral equilibrium of small blood           [25] Awbrey BJ, Sienkiewicz PS, Mankin HJ. Chronic exercise-
                 concept. Clin Orthop 1975; 113: 8-14                                  vessels. Am J Physiol 1951; 164: 319-329                               induced compartment pressure elevation measured with a
             [2] Turnipseed WD, Hurschler C, Vanderby RJr. The effects of                                                                                     miniaturized fluid pressure monitor. Am J Sports Med 1988;
                                                                                  [13] Qvarfordt P, Christenson JT, Eklöf B, Ohlin P, Saltin B. Intra-        16: 610-615
                 elevated compartment pressure on tibial arteriovenous                 muscular pressure, muscle blood flow, and skeletal muscle
                 flow and relationship of mechanical and biochemical cha-               metabolism in chronic anterior tibial compartment syn-            [26] Moed BR, Thorderson PK. Measurement of intracompart-
                 racteristics of fascia to genesis of chronic anterior compart-        drome. Clin Orthop 1983; 179: 284-290                                  mental pressure: a comparison of the slit catheter, side-
                 ment syndrome. J Vasc Surg 1995; 21: 810-817                                                                                                 ported needle, and simple needle. J Bone Joint Surg Am
             [3] Fontes D, Clément R, Roure P. L’aponévrotomie endosco-           [14] Wright JM, Bogoch ER, Hastings DE. The ″occult″ compart-               1993; 75: 231-235
                 pique dans les syndromes des loges chroniques d’effort à              ment syndrome. J Trauma 1989; 29: 133-134                         [27] Larroque P, Garcin JM, Dourthe LM, Clément R, Chanudet
                 l’avant-bras. À propos de 41 cas. Chir Main 2003; 22:            [15] Mavor GE. The anterior tibial syndrome. J Bone Joint Surg Br           X, André JL. Le syndrome chronique des loges. J Mal Vasc
                 186-196                                                               1956; 38: 513-517                                                      1995; 20: 85-94
             [4] Allen MJ, Barnes MR. Exercise pain in the lower leg. Chronic                                                                            [28] Martens MA, Moeyersoons JP. Acute and recurrent effort-
                                                                                  [16] Reneman RS. The anterior and the lateral compartmental
                 compartment syndrome and medial tibial syndrome. J                                                                                           related compartment syndrome in sports. Sports Med
                                                                                       syndrome of the leg due to intensive use of muscles. Clin
                 Bone Joint Surg Br 1986; 68: 818-823                                                                                                         1990; 9: 62-68
                                                                                       Orthop 1975; 113: 69-80
             [5] McDermott AG, Marble AE, Yabsley RH, Phillips MB. Moni-                                                                                 [29] Matsen FA3rd. Compartemental syndromes. N Engl J Med
                 toring dynamic anterior compartment pressures during             [17] Detmer DE, Sharpe K, Sufit RL, Girdley FM. Chronic com-                 1979; 300: 1210-1211
                 exercise. A new technique using the STIC catheter. Am J               partment syndrome: diagnosis, management, and outco-
                                                                                                                                                         [30] Larroque P, Clément R, Garcin JM, Brandstätt P, Ceccaldi B,
                 Sports Med 1982; 10: 83-89                                            mes. Am J Sports Med 1985; 13: 162-170
                                                                                                                                                              Chanudet X et al. Les aspects actuels du syndrome chroni-
             [6] Kouvalchouk JF, Watin Augouard L, Dufiur O, Coudert X,            [18] Moeyersoons JP, Martens M. Chronic compartment syn-                    que des loges. Phlebologie 1995; 48: 457-462
                 Paszkowski A. Le syndrome d’effort chronique des loges                drome: diagnosis and management. Acta Orthop Belg                 [31] Wiley RF, Short WB, Wiseman DA, Miller SD. Ultrasound
                 antérieures de l’avant-bras. Rev Chir Orthop 1993; 79:                1992; 58: 23-27                                                        catheter placement for deep posterior compartment pres-
                 351-356                                                                                                                                      sure measurements in chronic compartment syndrome.
                                                                                  [19] D’Ambrosia R. Surgical release for exertional compartment
             [7] Wallenstein R, Karlsson J. Histochemical and metabolic                syndrome: don’t be too hasty. Orthopedics 1989; 12: 1413               Am J Sports Med 1990; 18: 74-79
                 changes in lower leg muscles in exercise-induced pain. Int                                                                              [32] Larroque P, Clément R, Chanudet X, Garcin JM. Syndrome
                 J Sports Med 1984; 5: 202-208                                    [20] Turnipseed W, Detmer DE, Girdley F. Chronic compart-                   des loges. In: Rouffy J, Natali J, eds. Artériopathies périphéri-
             [8] Amendola A, Rorabeck CH, Vellett D, Vezina W, Rutt B, Nott            ment syndrome. An unusual cause for claudication. Ann                  ques non athéromateuses. Paris: Masson, 1991; 401-413
                 L. The use of magnetic resonance imaging in exertional                Surg 1989; 210: 557-563
                                                                                                                                                         [33] Wasilewski SA, Asdourian PL. Bilateral chronic exertional
                 compartment syndromes. Am J Sports Med 1990; 18: 29-34           [21] Pedowitz RA, Hargens AR, Mubarak SJ, Gershuni DH. Modi-                compartment syndromes of forearm in an adolescent
             [9] Balduini FC, Shenton DW, O’Connor KH, Heppenstall RB.                 fied criteria for the objective diagnosis of chronic compart-           athlete. Case report and review of literature. Am J Sports
                 Chronic exertional compartment syndrome: correlation of               ment syndrome of the leg. Am J Sports Med 1990; 18: 35-40              Med 1991; 19: 665-667
                 compartment pressure and muscle ischemia utilizing 31            [22] Whitesides TEJr., Haney TC, Morimoto K, Harada H. Tissue          [34] Clément R, Garcin JM, Blin E, Le Marec E, Larroque P. Piège
                 P-NMR spectroscopy. Clin Sports Med 1993; 12: 151-165                 pressure measurements as a determinant for the need of                 fonctionnel poplité ou faux piège : mythe ou réalité? Ves
            [10] Breit GA, Gross JH, Watenpaugh DE, Chance B, Hargens A.               fasciotomy. Clin Orthop 1975; 113: 43-51                               Rencontres Internationales de l’Angiologie, Paris, 2-3
                 Near-infrared spectroscopy for monitoring of tissue oxyge-                                                                                   décembre 1999.
                 nation of exercising skeletal muscle in a chronic compart-       [23] Styf JR, Körner LM. Microcapillary infusion technique for         [35] Clément R, Larroque P, Chanudet X, André JL. Syndrome
                 ment syndrome model. J Bone Joint Surg Am 1997; 79:                   measurement of intramuscular pressure during exercise.                 de l’artère poplitée piégée. In: Rouffy J, Natali J, eds. Arté-
                 838-843                                                               Clin Orthop 1986; 207: 253-262                                         riopathies périphériques non athéromateuses. Paris: Masson,
            [11] Mohler LR, Styf JR, Pedowitz RA, Hargens AR, Gershuni DH.        [24] Rorabeck CH, Bourne RB, Fowler PJ, Finlay JB, Noot L. The              1991; 374-389
                 Intramuscular deoxygenation during exercise in patients               role of tissue pressure measurement in diagnosis chronic          [36] Turnipseed WD. Pièges artériels poplités. In: Pathologie
                 who have chronic anterior compartment syndrome of the                 anterior compartment syndrome. Am J Sports Med 1988;                   vasculaire du sportifMarseille: Angio-techniques, 1997;
                 leg. J Bone Joint Surg Am 1997; 79: 844-849                           16: 143-146                                                            46-49


           8

Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
Syndrome des loges
Syndrome des loges

Contenu connexe

Tendances

Luxation traumatique de la hanche
Luxation traumatique de la hancheLuxation traumatique de la hanche
Luxation traumatique de la hancheBen Mekki
 
Traumatismes de la hanche
Traumatismes de la hancheTraumatismes de la hanche
Traumatismes de la hancheimma-dr
 
Ecographie tendon d'achille
Ecographie tendon d'achilleEcographie tendon d'achille
Ecographie tendon d'achilleYazid Benyezzar
 
Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016
Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016
Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016Nouhoum L Traore
 
Syndrome d'embolie graisseuse
Syndrome d'embolie graisseuseSyndrome d'embolie graisseuse
Syndrome d'embolie graisseuseBen Mekki
 
Luxations de l’épaule.
Luxations de l’épaule.Luxations de l’épaule.
Luxations de l’épaule.L-ilia
 
Orthopédie Traumatologie 1 / 2
Orthopédie Traumatologie 1 / 2 Orthopédie Traumatologie 1 / 2
Orthopédie Traumatologie 1 / 2 Michel Triffaux
 
5.fracturi generalitati fr
5.fracturi generalitati fr5.fracturi generalitati fr
5.fracturi generalitati frSalah Eddine
 
26. infections et plaies de la main
26. infections et plaies de la main26. infections et plaies de la main
26. infections et plaies de la mainHela Mtir
 
Rhumatisme articulaire aigu
Rhumatisme articulaire aiguRhumatisme articulaire aigu
Rhumatisme articulaire aiguAmel Ammar
 
Staphylococcie pleuropulmonaire
Staphylococcie pleuropulmonaireStaphylococcie pleuropulmonaire
Staphylococcie pleuropulmonaireDr. Kerfah Soumia
 
Technique radiologique rachis cervical
Technique radiologique rachis cervicalTechnique radiologique rachis cervical
Technique radiologique rachis cervicalwayma
 
Les fractures articulaires du genou
Les fractures articulaires du genou Les fractures articulaires du genou
Les fractures articulaires du genou emnahammami
 
Fracture de l'extrémité supérieur du femur
Fracture de l'extrémité supérieur du femurFracture de l'extrémité supérieur du femur
Fracture de l'extrémité supérieur du femurHamlaoui Saddek
 
Luxtation du coude
Luxtation du coudeLuxtation du coude
Luxtation du coudeMede Space
 

Tendances (20)

Luxation traumatique de la hanche
Luxation traumatique de la hancheLuxation traumatique de la hanche
Luxation traumatique de la hanche
 
Traumatismes de la hanche
Traumatismes de la hancheTraumatismes de la hanche
Traumatismes de la hanche
 
Ecographie tendon d'achille
Ecographie tendon d'achilleEcographie tendon d'achille
Ecographie tendon d'achille
 
Chapitre 3 rachis
 Chapitre 3 rachis Chapitre 3 rachis
Chapitre 3 rachis
 
Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016
Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016
Prise en charge de la drepanocytose chez l'enfant 2016
 
Syndrome d'embolie graisseuse
Syndrome d'embolie graisseuseSyndrome d'embolie graisseuse
Syndrome d'embolie graisseuse
 
Luxations de l’épaule.
Luxations de l’épaule.Luxations de l’épaule.
Luxations de l’épaule.
 
12 poignet - fractures
12  poignet - fractures12  poignet - fractures
12 poignet - fractures
 
Orthopédie Traumatologie 1 / 2
Orthopédie Traumatologie 1 / 2 Orthopédie Traumatologie 1 / 2
Orthopédie Traumatologie 1 / 2
 
5 fract lombaires
 5  fract lombaires 5  fract lombaires
5 fract lombaires
 
5.fracturi generalitati fr
5.fracturi generalitati fr5.fracturi generalitati fr
5.fracturi generalitati fr
 
Fracture de la rotule
Fracture de la rotuleFracture de la rotule
Fracture de la rotule
 
26. infections et plaies de la main
26. infections et plaies de la main26. infections et plaies de la main
26. infections et plaies de la main
 
Rhumatisme articulaire aigu
Rhumatisme articulaire aiguRhumatisme articulaire aigu
Rhumatisme articulaire aigu
 
Staphylococcie pleuropulmonaire
Staphylococcie pleuropulmonaireStaphylococcie pleuropulmonaire
Staphylococcie pleuropulmonaire
 
Technique radiologique rachis cervical
Technique radiologique rachis cervicalTechnique radiologique rachis cervical
Technique radiologique rachis cervical
 
Les fractures articulaires du genou
Les fractures articulaires du genou Les fractures articulaires du genou
Les fractures articulaires du genou
 
Coma
ComaComa
Coma
 
Fracture de l'extrémité supérieur du femur
Fracture de l'extrémité supérieur du femurFracture de l'extrémité supérieur du femur
Fracture de l'extrémité supérieur du femur
 
Luxtation du coude
Luxtation du coudeLuxtation du coude
Luxtation du coude
 

Similaire à Syndrome des loges

Spondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathies
Spondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathiesSpondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathies
Spondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathieskillua zoldyck
 
pathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptx
pathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptxpathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptx
pathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptxAhmedabdessamedBekka
 
Spondylodiscite infectieuse le regard du
Spondylodiscite infectieuse  le regard duSpondylodiscite infectieuse  le regard du
Spondylodiscite infectieuse le regard duYazid Benyezzar
 

Similaire à Syndrome des loges (6)

Spondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathies
Spondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathiesSpondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathies
Spondylarthrite ankylosante et autres spondylarthropathies
 
Test
TestTest
Test
 
Méningites aiguës
Méningites aiguësMéningites aiguës
Méningites aiguës
 
Psoriasis
PsoriasisPsoriasis
Psoriasis
 
pathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptx
pathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptxpathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptx
pathologie inflamatoire et dégénérative ATM.pptx
 
Spondylodiscite infectieuse le regard du
Spondylodiscite infectieuse  le regard duSpondylodiscite infectieuse  le regard du
Spondylodiscite infectieuse le regard du
 

Plus de killua zoldyck

Ulcأ¨res gastro duodأ©naux
Ulcأ¨res gastro  duodأ©nauxUlcأ¨res gastro  duodأ©naux
Ulcأ¨res gastro duodأ©nauxkillua zoldyck
 
2.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-2013
2.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-20132.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-2013
2.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-2013killua zoldyck
 
S1 anamnese 2013 +++(3)
S1 anamnese 2013 +++(3)S1 anamnese 2013 +++(3)
S1 anamnese 2013 +++(3)killua zoldyck
 
Troubles+de+la+motilt+oculair
Troubles+de+la+motilt+oculairTroubles+de+la+motilt+oculair
Troubles+de+la+motilt+oculairkillua zoldyck
 
Therapeutique oculaire
Therapeutique oculaireTherapeutique oculaire
Therapeutique oculairekillua zoldyck
 
Les tumeurs de l’appareil visuel
Les tumeurs de l’appareil visuelLes tumeurs de l’appareil visuel
Les tumeurs de l’appareil visuelkillua zoldyck
 
Comas 3eme année [lecture seule]
Comas 3eme année [lecture seule]Comas 3eme année [lecture seule]
Comas 3eme année [lecture seule]killua zoldyck
 
Leishmaniose cours 2011_fin_2
Leishmaniose cours 2011_fin_2Leishmaniose cours 2011_fin_2
Leishmaniose cours 2011_fin_2killua zoldyck
 
Les différentes immobilisations aux urgences
Les différentes immobilisations aux urgencesLes différentes immobilisations aux urgences
Les différentes immobilisations aux urgenceskillua zoldyck
 
Cat tres pratique copyinternet
Cat tres pratique   copyinternetCat tres pratique   copyinternet
Cat tres pratique copyinternetkillua zoldyck
 
Guide pratique des urgence en urologie
Guide pratique des urgence en urologieGuide pratique des urgence en urologie
Guide pratique des urgence en urologiekillua zoldyck
 
Manifestations cliniques de la lithiase urinaire
Manifestations cliniques de la lithiase urinaireManifestations cliniques de la lithiase urinaire
Manifestations cliniques de la lithiase urinairekillua zoldyck
 

Plus de killua zoldyck (20)

071 hausfater
071 hausfater071 hausfater
071 hausfater
 
Ulcأ¨res gastro duodأ©naux
Ulcأ¨res gastro  duodأ©nauxUlcأ¨res gastro  duodأ©naux
Ulcأ¨res gastro duodأ©naux
 
Icteres
IcteresIcteres
Icteres
 
Megaœsophage
MegaœsophageMegaœsophage
Megaœsophage
 
2.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-2013
2.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-20132.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-2013
2.endocadite inféctieuse tizi dim 29 09-2013
 
Megaœsophage
MegaœsophageMegaœsophage
Megaœsophage
 
S1 anamnese 2013 +++(3)
S1 anamnese 2013 +++(3)S1 anamnese 2013 +++(3)
S1 anamnese 2013 +++(3)
 
Troubles+de+la+motilt+oculair
Troubles+de+la+motilt+oculairTroubles+de+la+motilt+oculair
Troubles+de+la+motilt+oculair
 
Les cataractes
Les cataractesLes cataractes
Les cataractes
 
Therapeutique oculaire
Therapeutique oculaireTherapeutique oculaire
Therapeutique oculaire
 
Les tumeurs de l’appareil visuel
Les tumeurs de l’appareil visuelLes tumeurs de l’appareil visuel
Les tumeurs de l’appareil visuel
 
Les glaucomes
Les glaucomesLes glaucomes
Les glaucomes
 
Comas 3eme année [lecture seule]
Comas 3eme année [lecture seule]Comas 3eme année [lecture seule]
Comas 3eme année [lecture seule]
 
Pancréatite aiguë
Pancréatite aiguëPancréatite aiguë
Pancréatite aiguë
 
Leishmaniose cours 2011_fin_2
Leishmaniose cours 2011_fin_2Leishmaniose cours 2011_fin_2
Leishmaniose cours 2011_fin_2
 
Les différentes immobilisations aux urgences
Les différentes immobilisations aux urgencesLes différentes immobilisations aux urgences
Les différentes immobilisations aux urgences
 
Orl
OrlOrl
Orl
 
Cat tres pratique copyinternet
Cat tres pratique   copyinternetCat tres pratique   copyinternet
Cat tres pratique copyinternet
 
Guide pratique des urgence en urologie
Guide pratique des urgence en urologieGuide pratique des urgence en urologie
Guide pratique des urgence en urologie
 
Manifestations cliniques de la lithiase urinaire
Manifestations cliniques de la lithiase urinaireManifestations cliniques de la lithiase urinaire
Manifestations cliniques de la lithiase urinaire
 

Syndrome des loges

  • 1. 19-1590 Encyclopédie Médico-Chirurgicale 19-1590 (2004) Syndrome des loges L. Bonnevie R. Clément P. Larroque Résumé. – Caractérisé par une élévation pathologique de la pression intratissulaire dans un compartiment D. Fontes musculaire, le syndrome des loges détermine une souffrance neuromusculaire dont la sévérité est J.-M. Garcin éminemment variable. En fonction de son degré de gravité et des circonstances étiologiques, il est possible X. Chanudet d’individualiser et d’opposer deux tableaux cliniques : une forme aiguë qui constitue une urgence chirurgicale. Son retard diagnostique est à l’origine de séquelles redoutables, qui se doublent d’implications médicolégales ; une forme chronique qui est de description plus récente. [15] Elle atteint essentiellement les loges de jambes [27] mais elle peut affecter aussi d’autres territoires musculaires. Sa méconnaissance et la sous- estimation de la gêne fonctionnelle pénalisent encore trop souvent l’adulte jeune et sportif. Trop souvent méconnue, cette variété chronique est loin d’être inhabituelle, même si les données épidémiologiques font encore défaut. Ce syndrome suscite un intérêt croissant grâce à une meilleure approche diagnostique par la diffusion des méthodes de mesure des pressions intratissulaires, seul moyen d’affirmer le diagnostic, et à des indications opératoires mieux ciblées. Dans un souci d’uniformisation, le terme de syndrome des loges est désormais consacré par l’usage, à l’exemple des recommandations anglo-saxonnes ; [73] il recouvre des appellations les plus diverses, source de confusion et d’imprécision. © 2004 Elsevier SAS. Tous droits réservés. Mots-clés : Syndrome des loges ; Syndrome des loges chronique ; Syndrome des loges aigu ; Pression intratissulaire ; Aponévrotomie Physiopathologie – la théorie mécanique fait jouer un rôle majeur aux modifications des propriétés physiques des fascias. L’aponévrose devenue trop En 1975, FA III Matsen [1] s’est fait le tenant de l’hypertension épaisse et/ou trop rigide du fait des lésions musculoaponévrotiques tissulaire dans la genèse de ce syndrome, en réunissant dans un fréquentes chez le sportif est responsable d’une diminution de la concept physiopathologique commun la forme aiguë et la forme compliance de la loge, laquelle réalise un véritable garrot interne ; [2] chronique. – la théorie hémodynamique met en exergue un hyperfonctionnement musculaire générateur d’un hyperdébit avec persistance d’une « PRIMUM MOVENS » ouverture des shunts artérioveineux après effort, qui provoque une Si les formes secondaires, le plus souvent responsables d’un augmentation de la filtration capillaire à l’origine de l’œdème. [3] syndrome aigu, s’expliquent aisément, ce n’est pas le cas du Celui-ci est aggravé par une insuffisance du retour syndrome chronique qui laisse planer de nombreuses incertitudes. veinolymphatique favorisé par des troubles de compliance de la Le dénominateur commun, représenté par l’hyperpression tissulaire loge, [4] notamment par une perturbation des phases de relaxation originelle, est engendré par deux situations différentes, qui peuvent musculaire, voire par l’absence de celles-ci ; [5, 6] d’ailleurs être intriquées. – la théorie métabolique insiste sur l’importance des troubles de Il s’agit soit d’une augmentation excessive, de plus de 30 %, du l’osmolarité du secteur interstitiel qui concourent à la constitution volume du muscle à l’effort, soit d’une anomalie des propriétés de l’œdème. Toutefois, le rôle des lactates ou des métabolites physiques des structures anatomiques de la loge, voire d’une musculaires dans l’hyperperméabilité capillaire n’a pas été réduction de son espace virtuel. Cette inadéquation entre les formellement démontré ; [7] aponévroses de recouvrement et l’augmentation du volume musculaire à l’effort a engendré plusieurs théories qui tentent – la théorie ischémique selon laquelle l’ischémie d’effort serait d’expliquer le mécanisme déclenchant, l’hyperpression tissulaire : responsable d’un œdème à l’origine de l’hyperpression tissulaire apparaît actuellement contestée. [8, 9] Si différentes techniques comme la spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (spectro-RMN) au phosphore et la spectroscopie utilisant une sonde à infrarouge L. Bonnevie (Spécialiste des hôpitaux des Armées) Adresse e-mail: lionelbonnevie@infonie.fr qui mesure la PO2 ont bien montré l’existence d’une désoxygénation R. Clément (Spécialiste des hôpitaux des Armées). musculaire locale au cours de l’effort et une réoxygénation posteffort P. Larroque (Professeur au Val-de-Grâce) Service de cardiologie et maladies vasculaires, hôpital d’instruction des armées Bégin, 69, avenue de Paris, plus importante et plus lente que chez le sportif sain, il n’est pas 94160 Saint-Mandé, France. possible de dire si cette anomalie est à l’origine de l’hyperpression D. Fontes (Chirurgien orthopédiste, praticien attaché à l’hôpital Européen Georges-Pompidou) Clinique générale du sport, 36, boulevard Saint-Marcel, 75005 Paris, France. ou sa conséquence. [10, 11] De même, l’utilisation de la clairance J.-M. Garcin (Spécialiste des hôpitaux des Armées). musculaire au xénon a bien décelé une hypoxie d’effort, mais celle-ci X. Chanudet (Professeur agrégé du Val-de-Grâce) Service de cardiologie et maladies vasculaires, hôpital d’instruction des armées Bégin, 69, avenue de Paris, demeure relative puisque le débit est majoré de près de huit fois 94160 Saint-Mandé, France. celui de repos. Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
  • 2. 19-1590 Syndrome des loges Angéiologie CONSÉQUENCES Figure 1 Schéma d’une coupe de Quel que soit le primum movens de l’hyperpression intratissulaire, la jambe (tiers inférieur). A : loge an- celle-ci peut engendrer un cercle vicieux hémodynamique, pouvant térieure ; E : loge externe ; S : loge aboutir à la forme aiguë qui est caractérisée par une nécrose A postérieure superficielle ; P : loge tissulaire et par une neuropathie ischémique. Les mécanismes postérieure profonde ; JP : loge du intimes qui conduisent à l’autoaggravation du processus restent jambier postérieur. E imparfaitement élucidés. [1] JP Selon le concept de Burton, lorsque la pression tissulaire atteint le P seuil de 30 mmHg, la pression critique de fermeture du vaisseau est atteinte et la perfusion musculaire s’interrompt provoquant une ischémie tissulaire. [12] Cette ischémie peut être aggravée par la diminution du gradient artérioveineux du fait de l’augmentation de S la pression veineuse consécutive à la gêne au retour veinolymphatique, celle-ci étant due à l’hyperpression. Cette cascade qui associe hyperpression-œdème-ischémie autoaggravée aboutit à la survenue d’une douleur obligeant le sportif à interrompre son effort, voire, dans de rares cas, à la forme aiguë. La douleur serait due soit à l’ischémie musculaire, soit à la compression des Causes traumatiques terminaisons nerveuses sensitives musculaires par l’œdème. [2, 13] Les fractures à faible déplacement sont les grandes pourvoyeuses Comme l’ischémie se situe à l’étage microcirculatoire, les pouls d’un syndrome aigu, car dans ce cas, les structures aponévrotiques distaux sont toujours conservés, même en présence d’un syndrome sont préservées. Il peut s’agir d’interventions orthopédiques variées, aigu. surtout en l’absence de drainage. Ailleurs, ce sont des traumatismes des tissus mous sans fracture et qui n’impliquent par nécessairement une atteinte artérielle. Clinique Causes vasculaires Le syndrome des loges peut se présenter selon deux aspects Elles comprennent, outre les traumatismes vasculaires, les cliniques opposés. thromboses et les embolies artérielles ainsi que les phlébites ; ce syndrome a également été rapporté au cours de la chirurgie de revascularisation. SYNDROME AIGU Causes diverses ¶ Clinique Les étiologies chirurgicales les plus diverses ont été rapportées, Quelles que soient la localisation et l’étiologie, cinq signes ont favorisées par la durée du temps opératoire et par la position du démontré leur fiabilité : [1] malade exigée par le type d’intervention. Parmi les causes médicales – une douleur disproportionnée avec le traumatisme responsable, sont cités en particulier : les états comateux, l’épilepsie, les brûlures, et qui résiste aux antalgiques usuels ; c’est habituellement le premier la gangrène gazeuse et les troubles de la coagulation, ainsi que les signe et le plus constant ; perfusions intraveineuses mal surveillées. L’accent est mis actuellement sur la survenue de syndromes des loges chez les – une douleur à l’étirement musculaire, lors de la mobilisation drogués par malposition prolongée d’un membre ; sont également passive ; cités des cas relevant de la pose de brassards tensionnels trop serrés. – une tension du compartiment atteint par un œdème dur, avec en regard une peau chaude et luisante ; SYNDROME CHRONIQUE – une hypoesthésie dans le territoire concerné ; Le syndrome des loges de jambes sera pris comme type de – des troubles moteurs sous la forme d’une faiblesse musculaire, description en raison de son atteinte préférentielle. qui sont des signes tardifs. Quatre loges sont classiquement décrites (Fig. 1) : La triade classique associe un syndrome douloureux, un aspect pseudo-inflammatoire localisé et des troubles neurologiques. La – la loge antérieure, dont l’atteinte est responsable de la variété présence des pouls périphériques et un remplissage vasculaire clinique la plus connue : le syndrome tibial antérieur ; [15, 16] souvent normal n’éliminent pas le diagnostic puisqu’il s’agit d’une – la loge externe ou latérale ou loge des péroniers ; véritable tamponnade microcirculatoire. Ces constatations – la loge postérieure superficielle ; trompeuses sont à l’origine de retards diagnostiques redoutables. Toutefois, la présence de ces symptômes est inconstante, voire – la loge postérieure profonde, au sein de laquelle a été isolé un absente, [14] et l’examen clinique suppose une parfaite coopération cinquième compartiment représenté par le muscle jambier du malade. postérieur. Les loges atteintes sont, essentiellement, celles de la jambe puis de ¶ Clinique l’avant-bras, du bras, de la cuisse, de la fesse et du deltoïde. C’est une douleur à type de tension, de crampe, voire de brûlure, ¶ Évolution d’intensité modérée et sourde au début, puis qui a tendance à se majorer pour devenir plus ou moins aiguë et invalidante. L’atteinte Faute d’une prise en charge immédiate, l’évolution est rapidement est bilatérale dans 70 à 100 % des cas, avec souvent une catastrophique sur le plan fonctionnel aboutissant à une nécrose prédominance d’un côté. Cette douleur rythmée par l’activité musculaire plus ou moins étendue associée à une atteinte physique a une caractéristique essentielle qui doit attirer l’attention ; neurologique irréversible dans le territoire correspondant. en effet, elle persiste après l’arrêt de l’effort pendant une durée volontiers prolongée, [17, 18] contrairement à la claudication artérielle ¶ Étiologies classique. Elles sont multiples et volontiers intriquées. Aucune tranche d’âge Le tableau clinique peut être moins stéréotypé et parfois même n’est épargnée. déroutant : la douleur est dans ce cas plus ou moins permanente, 2 Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
  • 3. Angéiologie Syndrome des loges 19-1590 aggravée par l’activité physique, ou encore de description imprécise ; [17] il est rare qu’elle n’apparaisse qu’après l’arrêt de l’effort. L’apparition des troubles se produit généralement au début de la saison sportive ou au décours d’une période d’inactivité, à l’occasion de la reprise d’un entraînement physique souvent trop intense, voire inadapté. [19] Enfin, il est rare de retrouver à l’anamnèse la notion d’un traumatisme antérieur. [17, 20] ¶ Terrain Dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’un adulte jeune et sportif, âgé en moyenne de 20 à 30 ans, sans prédominance de sexe ; certains sports exposent plus particulièrement à ce syndrome : il s’agit essentiellement de la course à pied et de sports collectifs. Figure 2 Moniteur de pression miniaturisé (Strykert). ¶ Examen clinique hépariné, est introduit dans la loge et il est relié à un capteur de Au repos pressions et à des enregistreurs. Cette technique permet un En dehors de muscles volontiers hypertrophiés, le seul signe enregistrement en continu des pressions au cours de l’effort mais d’orientation est représenté par l’existence de hernies musculaires l’appareillage complexe réserve son utilisation à l’expérimentation. constatées dans 20 à 60 % des cas, [16] qui parfois ne sont décelées Le STIC catheter (Solid state transducer intracompartmental catheter) [5] qu’après l’effort. comporte un capteur de pressions situé dans une aiguille (4F) introduite dans un tube en polyéthylène (11F) dont l’extrémité est Au décours de l’effort multiperforée. Un système infuse du sérum physiologique hépariné dans le cathéter alors que le capteur est relié à un enregistreur qui L’épreuve d’effort revêt un triple intérêt : outre celui de reproduire permet d’effectuer des mesures en continu. et de localiser le syndrome douloureux, elle permet d’évaluer le degré de gêne fonctionnelle, tout en recherchant des signes objectifs L’infusion microcapillaire [23] est basée sur l’injection d’une quantité de mauvaise tolérance. Ce test d’effort, indispensable, doit être prédéterminée de sérum physiologique pendant la phase de couplé à la prise des pressions tissulaires. [21] Parfois, on constate relaxation musculaire. Il s’agit d’un procédé fiable, mais le matériel une diminution de la force segmentaire ou un trouble de la nécessaire est complexe. sensibilité ; le compartiment apparaît plus tendu, voire induré à la Le slit-catheter : [4, 21, 24] cette technique utilise un cathéter fendu à palpation. son extrémité. Celui-ci est relié à un capteur de pression et à un enregistreur à affichage digital miniaturisé (Strykert). Il permet aussi ¶ Évolution une mesure en continu au cours de l’effort. Sa fiabilité est excellente, ce qui en fait la méthode de référence. Elle est fonction à la fois de l’importance de la gêne fonctionnelle, Le moniteur de pression miniaturisé (Strykert) [25] est le dernier-né des du degré de motivation des intéressés à poursuivre leurs activités appareils proposés ; il est facile d’utilisation car il tient dans une physiques et du niveau des performances réalisées. Or l’expérience main et son affichage est digital (Fig. 2). Il permet d’être relié soit au montre que les sportifs de haut niveau renoncent rarement à leur slit-catheter soit à une simple aiguille pour des mesures instantanées activité. [20] avant et après effort. L’aiguille dont l’extrémité est multiperforée est La disparition spontanée des troubles est inhabituelle. [16] Si la gêne reliée au capteur lequel est en contact avec une seringue de 2 ml fonctionnelle peut demeurer stable, elle a le plus souvent tendance remplie de sérum physiologique. Au moment de la mesure, à se majorer de manière progressive ; ailleurs, cette aggravation est l’injection de sérum permet d’obtenir au bout de 30 secondes brutale et le syndrome douloureux peut devenir à ce point environ un équilibre de la pression tissulaire qui s’affiche alors de invalidant qu’il interdit le moindre effort physique. L’extension à façon stable. C’est une excellente technique ambulatoire, pratique et d’autres compartiments musculaires est possible, et la rapide. bilatéralisation des troubles devient habituelle. Le risque d’un Des études de corrélation ont été réalisées entre ces diverses syndrome aigu fait toute la gravité de cette affection, et il constitue méthodes plus ou moins complexes et onéreuses. La très bonne une éventualité toujours possible. Tantôt, il inaugure la maladie, et fiabilité du moniteur de pression miniaturisé a été confirmée : [26] ses il fait suite à un effort intense et inhabituel chez un sujet non résultats avec une mesure directe à l’aiguille sont superposables à entraîné ; tantôt, il complique une forme chronique jusqu’ici négligée ceux obtenus avec le slit-catheter ; en revanche, la technique de ou ignorée. l’aiguille de Whitesides ne devrait plus être recommandée. ¶ Mesure de la pression intratissulaire Bien qu’il y ait une quasi-unanimité pour reconnaître la nécessité de recourir à l’enregistrement des pressions intratisssulaires, il n’y a Les nombreuses techniques utilisées sont basées sur l’évaluation pas de consensus, ni sur la méthode la plus appropriée ni sur les directe des pressions grâce à l’utilisation d’une aiguille ou d’un critères à retenir, d’autant plus que chaque laboratoire ne possède cathéter. pas systématiquement ses propres valeurs de référence obtenues en comparaison à une population témoin. [4, 21] Méthodes Résultats La technique de l’aiguille a été vulgarisée par Whitesides et al. ; [22] elle a transformé l’approche diagnostique de cette affection grâce à Ils sont fonction des techniques utilisées, des protocoles employés, l’utilisation d’un matériel d’usage courant. Cette méthode, la plus des critères pathologiques retenus et du moment de ancienne, a le mérite d’une relative simplicité, ce qui explique sa l’enregistrement. très large diffusion mais elle exige la présence de deux opérateurs. Pression au repos. Dans le cas d’un syndrome chronique, la pression Le cathéter à mèche ou wick-catheter (Mubarakt) utilise un cathéter dépasse 15–20 mmHg par la technique du slit-catheter. Toutefois, en épidural contenant deux faisceaux de dexon reliés par un raison d’importantes variations individuelles, il n’est pas noté dans monofilament 6/0 qui sortent à son extrémité pour favoriser le certaines études de différence significative avec la pression normale contact avec les tissus. Le cathéter, rempli de sérum physiologique de repos estimée inférieure ou égale à 10 mmHg. 3 Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
  • 4. 19-1590 Syndrome des loges Angéiologie Pression au cours de l’effort. L’évaluation de la pression de relaxation musculaire est un paramètre fiable, dont l’élévation est bien corrélée Tableau 1. – Syndrome des loges de jambes associé à une affection musculaire (série personnelle) à l’augmentation de la pression de repos et à un retard significatif à sa normalisation après l’effort. Cet enregistrement exige cependant Pathologie musculaire Nombre de cas une bonne compétence technique et un matériel sophistiqué. [21] Myopathie à inclusion 1 Pression au décours de l’effort. Elle est constamment retrouvée élevée Myopathie mitochondriale 1 et il existe un retard important à sa normalisation, à l’inverse du Déficit en maltase acide 1 sujet normal. Ce retard peut atteindre d’ailleurs deux heures. Avec Myopathie lipidique 1 la méthode du slit-catheter, les critères pathologiques acceptés Myopathie inclassée 1 Rhabdomyolyse isolée 4 correspondent à des pressions supérieures à 30 et 20 mmHg à la Myosite sarcoïdosique 1 première et à la 5e minute [21] et à 15 mmHg à la 15e minute. [24] Les Myosite toxoplasmique 1 mêmes constatations sont faites avec la mesure directe à l’aiguille Myosite non spécifique 1 utilisant le moniteur miniaturisé. [27] Hyperthermie maligne d’effort 2 Total 14 Dans la pratique, deux critères diagnostiques sont à retenir : le niveau de pression enregistré au repos et surtout au décours immédiat de l’effort. un bilan musculaire systématique. Il comporte habituellement un Malgré une apparente simplicité, l’enregistrement des pressions dosage des enzymes musculaires (créatine phosphokinases [CPK]) intratissulaires requiert une grande expérience. [17, 28, 29] Pedowitz et au repos et après effort, le jour même et le lendemain. Il est al. [21] ont chiffré le taux de mesures ininterprétables ou de résultats recommandé au patient de s’abstenir d’activité sportive 1 semaine à équivoques à 8 %, et celui des enregistrements impraticables au 15 jours avant ce dosage car l’entraînement, en particulier lorsqu’il décours immédiat de l’effort à 15 %. Par ailleurs, l’impossibilité assez est intensif, élève très significativement ce taux, si bien que son fréquente de reproduire le syndrome douloureux au cours de dosage constitue un élément d’appréciation du niveau l’enregistrement des pressions mérite d’être signalée. Ces difficultés d’entraînement. Sont réalisés également : un dosage de l’acide techniques sont plus grandes lorsqu’il s’agit des loges postérieures. lactique selon le protocole de Mac Ardle et un électromyogramme. Une anomalie constatée à l’un de ces examens impose une enquête neurologique plus poussée comportant une spectro-RMN, une étude Formes cliniques du syndrome du métabolisme oxydatif musculaire à l’effort, voire une biopsie musculaire. Cette enquête est d’autant plus importante qu’une chronique myopathie peut parfois être associée à un syndrome des loges (Tableau 1). [27, 32] LOGES DE JAMBES Plus rarement, certains muscles accessoires de jambes peuvent être touchés comme le court péronier latéral ou le muscle soléaire ¶ Formes asymptomatiques accessoire. Le diagnostic est difficile car une tendinopathie est le plus souvent évoquée. L’imagerie par résonance magnétique nucléaire Leur prévalence est difficile à établir ; elle se situe autour de 20 % (IRM) permet de préciser ces variantes anatomiques et seule la dans notre expérience. Ces formes sont mises en évidence lors de mesure directe et sélective des pressions permet d’établir le l’exploration complète de patients qui accusent des douleurs diagnostic. unilatérales à l’effort ou qui sont porteurs d’autres pathologies. Elles L’atteinte extensive simultanée des quatre membres est rare, puisque imposent d’informer le patient sur les risques encourus par une très peu d’observations ont été rapportées [33] et nous n’avons pratique sportive intensive et sur la nécessité de réduire leur activité, observé que cinq cas dans notre série. Les sports responsables sont en se montrant plus attentif à la moindre apparition de douleurs au variés : planche à voile, moto-cross, vélo tout terrain, squash et un cours ou au décours de l’effort. Leur risque potentiel réel est pour cas chez un pianiste, non sportif. Cette forme extensive doit conduire l’instant inconnu. à une enquête exhaustive pour éliminer une myopathie. ¶ Formes atypiques FORMES ASSOCIÉES OU SECONDAIRES On distingue : Le syndrome des loges de jambes peut être associé à certaines – les formes retardées : parfois, les douleurs qui ont débuté au cours pathologies rencontrées fréquemment chez le sportif, comme une de l’effort peuvent s’aggraver après celui-ci ; plus déroutantes périostite tibiale, une fracture de fatigue, une déchirure ou un encore, mais plus rarement, elles surviennent exclusivement après hématome musculaire. En revanche, il n’est que très rarement l’arrêt de l’effort avec un délai variable de quelques minutes à secondaire à certaines affections, essentiellement musculaires. plusieurs heures. Ces formes trompeuses sont particulièrement dangereuses car la douleur ne représentant plus l’élément limitant ¶ Pathologie musculaire (Tableau 1) de l’effort, un syndrome aigu peut s’installer brutalement sans signe prémonitoire ; Dans certains cas, le syndrome des loges est concomitant d’une rhabdomyolyse aiguë ou subaiguë (CPK = cinq fois la norme) – la forme diffuse jambière : le syndrome des loges peut affecter en déclenchée par un effort inhabituel. Il peut soit nécessiter un geste même temps l’ensemble des loges de jambe, de façon uni- ou d’aponévrotomie en urgence si les pressions sont spontanément très bilatérale, réalisant un tableau volontiers invalidant et parfois élevées soit, au contraire, disparaître rapidement avec l’amélioration trompeur. Si l’atteinte des loges postérieures est fréquente (40 % des anomalies biologiques. Parfois, il persiste pour devenir dans notre série), [30] la localisation simultanée aux quatre loges de chronique malgré la normalisation du taux des enzymes jambe est plus rare (14 %). musculaires. Plus rarement, cette rhabdomyolyse peut être Autant le diagnostic est facile au niveau des loges postérieures secondaire à une myopathie métabolique, mitochondriale ou non superficielles car la mesure est aisée, autant il est techniquement classée ; plus rarement il s’agit d’une hyperthermie maligne d’effort. plus difficile à établir au niveau des loges profondes, en particulier Une telle association a été retrouvée 14 fois sur plus de 500 lorsqu’il s’agit du muscle jambier postérieur. La méthode la plus syndromes de loges de jambes explorés dans le service entre 1988 et sûre consiste à se guider par échographie, [31] mais ce geste, plus 1998. De façon encore plus exceptionnelle, le syndrome des loges lourd, allonge le temps d’examen. peut être secondaire à une myosite évolutive sarcoïdosique ou être Dans la mesure où l’atteinte diffuse des jambes peut être simulée séquellaire à une infection toxoplasmique musculaire comme ce fut par différentes myopathies, il est important dans ce cas de réaliser le cas chez deux de nos patients. 4 Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
  • 5. Angéiologie Syndrome des loges 19-1590 ¶ Pièges de l’artère poplitée Chez un sujet jeune et sportif peuvent coexister soit un piège fonctionnel de l’artère poplitée ou faux piège soit, beaucoup plus rarement, un piège organique ou vrai piège. [34] Aussi, la mesure des pressions intratissulaires doit être associée à une exploration échodoppler poplitée statique et dynamique de principe. S’il existe un piège hémodynamique poplité à l’examen échodoppler 10 dynamique, l’IRM permet habituellement d’éliminer un piège organique qui montre dans ce cas des anomalies d’insertion 9 musculaire, intéressant le plus souvent le muscle jumeau interne. [34, 35] En cas d’IRM normale, il s’agit plutôt d’un faux piège poplité qui 1 8 7 correspond à la compression extrinsèque, dynamique, du paquet vasculaire poplité par les structures musculoaponévrotiques en 2 6 place, sans anomalie de leur insertion ou du trajet vasculaire. Il reste à savoir si les douleurs sont dues au faux piège lui-même ou à un syndrome des loges associé. Dans la majorité des cas, le responsable 3 5 est le syndrome des loges. Très rarement, ces douleurs peuvent être rattachées au seul faux piège artériel poplité lorsque l’on a éliminé un syndrome des loges et toute autre pathologie. Ainsi, sur une série 4 Loge postérieure (muscles ischiojambiers) de 120 patients sportifs, souffrant de douleurs des mollets à l’effort, Loge antérieure (quadriceps) Turnipseed et al. [2, 36] ne retrouvent que sept cas de faux pièges isolés Loge interne (muscles adducteurs) et cinq cas associés à un syndrome des loges. Parmi les 622 patients symptomatiques dans notre série, suspects de syndrome des loges, Figure 3 Coupe transversale de la cuisse à sa partie moyenne (d’après Testut). un piège fonctionnel poplité a été recherché 160 fois et nous n’avons 1 : artère et veine ischiatiques ; 2 : nerf sciatique ; 3 : biceps crural ; 4 : semi-tendineux ; constaté que six cas de faux pièges artériels poplités isolés et 35 cas 5 : semi-membraneux ; 6 : grand adducteur ; 7 : moyen adducteur ; 8 : artère et veines fémorales profondes ; 9 : artère et veine fémorale superficielles ; 10 : couturier. associés à un syndrome des loges. [34] FORMES TOPOGRAPHIQUES ¶ Loges de cuisse La forme chronique est rare puisque moins d’une cinquantaine de cas ont été rapportés, sans être toujours bien documentés. [37–39] Les syndromes aigus sont moins exceptionnels ; [40] ils surviennent en général au décours de traumatismes, le plus souvent fermés, ou d’intervention chirurgicale, [ 4 1 ] voire, plus rarement, de rhadomyolyse d’effort. [ 4 0 ] Il existe trois loges de cuisse individualisées (Fig. 3) : la loge postérieure, la plus fréquemment atteinte, contient les muscles ischiojambiers, la loge antérieure est Loge interosseuse Loge médiale constituée par le quadriceps et la loge interne par les adducteurs. Il Loge centrale Loge latérale faut ajouter un quatrième compartiment latéroexterne, si on Figure 4 Coupe frontale du pied au niveau de la base des métatarsiens (d’après Lo- individualise le muscle tenseur du fascia lata. [42] Le syndrome kiec F, J Bone Joint Surg [Br] 1991;73 B:178-9). chronique touche essentiellement la loge postérieure [37] et plus rarement les autres loges. [38] Notre série comprend quatre cas de syndrome des loges des muscles vastes internes chez des cyclistes intéresse les muscles interosseux, [52] les loges thénar et amateurs. Ce syndrome affecte habituellement le coureur de fond et hypothénar [53] et les doigts ; plus rarement encore sont concernés plus rarement le footballeur, [43] le basketteur ou l’haltérophile. [39] Le les muscles du bras, biceps et triceps, où prédominent surtout des diagnostic est établi grâce à la prise des pressions dans les muscles formes aiguës. [54] intéressés. Au niveau de l’avant-bras, la loge antérieure est la plus souvent ¶ Loges du pied atteinte devant la loge postérieure, [55] celle du muscle anconé [56] et de la loge externe des muscles radiaux [6, 57] (Fig. 5). L’existence de Il s’agit essentiellement de formes aiguës post-traumatiques, [44] les deux loges antérieures, une superficielle et l’autre profonde, est formes chroniques étant ici exceptionnelles. Quelques cas isolés ont discutée car moins bien individualisée qu’au niveau des loges de été rapportés chez des danseuses. [45] Le diagnostic n’est pas aisé car jambes. [50] Toutefois, pour certains auteurs, [57, 58] cette distinction sur les quatre loges du pied, la loge des muscles interosseux n’est doit être faite car l’attitude thérapeutique en dépend. Quant à pas très facile d’accès (Fig. 4). l’atteinte du muscle carré pronateur, elle n’a été rapportée qu’une seule fois dans une forme aiguë. [59] ¶ Membres supérieurs Le terrain habituel est celui de l’adulte jeune, pratiquant une activité À la différence des formes aiguës, bien plus fréquentes, qui sont en physique souvent intense, avec utilisation spécifique des membres général secondaires à un traumatisme dans 97 % des cas pour supérieurs, laquelle est souvent responsable d’une hypertrophie McQueen, [46] à une blessure par balle, une injection locale, une musculaire. [60] Il s’agit de sports plus volontiers de conduite (moto- morsure de serpent, etc., [47–49] la fréquence des formes chroniques cross, vélo-cross) [3, 57, 60] d’activité de musculation, de sports de est difficile à établir. En effet, il n’existe ni étude épidémiologique, ni raquette (tennis, badminton, squash), [61] de la pratique de la planche grandes séries dans la littérature, et les cas rapportés restent à voile [62] et du ski nautique, laquelle est volontiers responsable de inférieurs à une centaine. [3, 6, 50, 51] Dans notre expérience, le syndrome des loges étendu aux quatre membres, du tir à l’arc, de syndrome des loges de l’avant-bras n’a été rencontré que 18 fois l’escrime, de l’escalade, [63] de sports de combat (judo, karaté), du alors que, pendant la même période, ce diagnostic au niveau des hockey, [33] ou de l’haltérophilie. Plus rarement, il s’agit de travaux loges de jambes a été porté chez 250 patients. Néanmoins, il s’agit manuels comme le bricolage, le port de charges, les activités de de la localisation préférentielle, [48] devant l’atteinte de la main qui terrassement et de charpente, [51] ou de déménagement, [6] voire aussi 5 Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
  • 6. 19-1590 Syndrome des loges Angéiologie thallium, voire au méthoxy-iso-butyl-isonitrile (MIBI). [67] Toutefois, 1 2 3 4 5 6 7 8 9 la recherche d’une anomalie musculaire est utile en cas de syndrome des loges étendu aux jambes. 10 L’évolution spontanée est variable : si la guérison est rare, on assiste 11 souvent à une stabilisation des symptômes car le patient s’est adapté à son handicap et a modifié son rythme d’activité. Parfois, l’aggravation conduit le patient à consulter, mais l’acutisation est rare dans cette localisation. 30 12 ¶ Localisations exceptionnelles 29 13 28 14 Elles réalisent exclusivement des formes aiguës, que ce soit au niveau des muscles sus-épineux, [68] du deltoïde [33] et des muscles 27 15 paravertébraux. [69] Quant au rare syndrome des loges de l’abdomen, il peut se produire de façon aiguë au décours d’une chirurgie ou d’un traumatisme de l’abdomen mais aussi lors d’un sepsis, d’une ascite importante d’un choc quelle que soit son origine. Il 26 25 24 23 22 21 20 19 18 17 16 s’accompagne d’une hyperpression intra-abdominale supérieure à Figure 5 Coupe de l’avant-bras à l’union tiers supérieur-tiers moyen du côté droit. 25 mmHg et d’une défaillance multiviscérale avec oligurie, hypoxie, Segment inférieur de la coupe (d’après Boucheret et Cuilleret). 1 : veine cubitale ; 2 : ar- hypotension, hyperpression pulmonaire, insuffisance cardiaque et tère cubitale ; 3 : petit palmaire ; 4 : fléchisseur commun superficiel ; 5 : grand pal- acidose. Le traitement consiste à effectuer une laparotomie maire ; 6 : nerf médian ; 7 : rond pronateur ; 8 : veine médiane ; 9 : long supinateur ; urgente. [70] Enfin, aucun cas n’a été décrit au niveau de la face ou 10 : artère radiale ; 11 : branche antérieure du nerf radial ; 12 : veine radiale superfi- du cou. cielle ; 13 : 1er radial ; 14 : radius ; 15 : 2e radial ; 16 : court supinateur, faisceau pro- fond ; 17 : court supinateur, faisceau superficiel ; 18 : extenseur commun des doigts ; 19 : branche postérieure motrice du radial : 20 : fléchisseur propre du pouce ; 21 : ex- tenseur propre du 5 ; 22 : artère interosseuse antérieure : 23 : long abducteur du pouce ; Diagnostic différentiel 24 : nerf interosseux antérieur ; 25 : court extenseur du pouce ; 26 : cubital postérieur ; 27 : cubitus ; 28 : cubital antérieur ; 29 : nerf cubital ; 30 : fléchisseur commun pro- fond. SYNDROME AIGU Si le diagnostic est souvent aisé chez un patient conscient et la pratique de la guitare ou du piano. Contrairement aux formes coopérant, la mesure directe de la pression tissulaire est d’un apport aiguës, il n’existe que très peu de facteurs déclenchants décisif chez le malade comateux ou non coopérant. Toutefois, traumatiques. certaines affections sont parfois évoquées comme une thrombose veineuse profonde, une arthrite aiguë ou une myosite. L’expression clinique est souvent stéréotypée. Ce sont des douleurs des loges antérieures et/ou postérieures de l’avant-bras survenant à l’effort, qui s’aggravent progressivement pour entraîner une SYNDROME CHRONIQUE diminution de la force musculaire imposant l’arrêt de l’activité. La Faute de signes spécifiques, son diagnostic est difficile, de sorte que douleur persiste après l’arrêt de l’effort pendant quelques minutes à le retard diagnostique varie en moyenne de un à trois ans. La plusieurs heures et elle se reproduit rapidement si la reprise de mesure des pressions tissulaires demeure la base du diagnostic. l’activité est trop précoce. Il s’agit habituellement de crampes ou de paresthésies gagnant le poignet et les doigts. [61, 64] L’examen clinique La forme chronique des loges de jambes soulève le problème des au repos est normal, hormis une hypertrophie musculaire adaptative douleurs de jambe chez le sportif dont les étiologies sont multiples : rencontrée habituellement chez les athlètes. À l’effort, il est possible – le shin splint qui est un terme générique, purement descriptif, d’objectiver un œdème induré de la loge musculaire, douloureux à largement utilisé dans la littérature anglo-saxonne et qui recouvre la palpation et des troubles sensitifs dans le territoire du nerf médian les syndromes douloureux de jambe englobant notamment la ou du cubital, voire un trouble moteur. Contrairement aux atteintes périostite tibiale interne. [71] Malgré des mises au point successives, des jambes, la présence de hernies musculaires est ici plus rare. une confusion certaine entoure cette terminologie ; Le diagnostic peut longtemps rester ignoré, malgré une – la fracture de fatigue qui survient à l’occasion d’un surmenage symptomatologie évocatrice, car il est souvent méconnu. Il repose mécanique ; essentiellement sur la mesure des pressions intratissulaires, en particulier après effort. L’épreuve d’effort consiste à utiliser des – les syndromes vasculaires artériels et veineux qui concernent appareils (vigorimètre, musclet, etc.) qui permettent de solliciter l’adulte jeune, notamment les pièges des vaisseaux poplités ; surtout les muscles des avant-bras, de la main, voire des bras. – les myopathies, dont certaines ont une expression clinique à partir Les différentes techniques utilisées [27, 32, 42, 64–66] selon des protocoles de l’adolescence et qui exigent des investigations spécifiques. propres à chaque équipe, conduisent à définir des valeurs Si le diagnostic de syndrome des loges est facile quand il touche la pathologiques variées. Ainsi, pour Pedowitz, [21] les pressions sont loge antérieure, il se complique devant des douleurs diffuses de pathologiques lorsqu’elles sont supérieures ou égales à 15 mmHg jambes dans la mesure où ces différentes affections peuvent au repos et supérieures ou égales à 25 mmHg, 5 minutes après effort. coexister, éventualité constatée dans plus de 10 % des cas dans notre Dans notre expérience, sont retenues comme pathologiques, des série. [30] pressions supérieures à 15 mmHg, mesurées immédiatement après L’atteinte des loges de cuisses peut faire errer le diagnostic et évoquer effort, grâce au moniteur miniaturisé (Strykert) ; elles correspondent une tendinopathie, une arthropathie de hanche, une sciatalgie, une à la moyenne plus trois écart-types par rapport aux valeurs pathologie vasculaire notamment l’endofibrose iliaque externe ou constatées dans un lot de sujets témoins. [3] Cette technique est fémorale du cycliste, ou une pathologie musculaire. rapide, puisque seules les pressions après effort sont enregistrées et Le syndrome des loges des membres supérieurs peut être simulé par sa fiabilité est reconnue. [27] Les pressions au repos ne permettent différentes affections : pas habituellement de différencier les syndromes des loges des autres pathologies, comme cela a été noté au niveau des jambes. [27, – une rhadomyolyse aiguë ou subaiguë, quelle que soit son 32] Les autres explorations ont un intérêt diagnostique limité, que ce étiologie ; cette rhabdomyolyse pouvant d’ailleurs se compliquer soit l’IRM [56] ou la scintigraphie musculaire au technétium, au d’un syndrome des loges ; 6 Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
  • 7. Angéiologie Syndrome des loges 19-1590 Tableau 2. – Résultats postopératoires Références Années Opérés (n) Très bons résultats a Rechutes (n) Suivi (mois) bibliographiques (%) Reneman [16] 1975 40 97 0 2–48 Sudmann [78] 1979 29 85 0 8–30 Allen [4] 1986 84 96 1 3 Turnipseed [20] 1989 100 b 11 48 109 c 93 2 36 Pedowitz [21] 1990 21 67 – 6–108 Moeyersoons [18] 1992 85 84 0 > 24 Larroque [30] 1995 101 93 3 27 ± 10 a Très bons résultats : guérison et/ou très nette amélioration ; b aponévrotomie ; c aponévrectomie. – les tendinopathies du coude ou surtout du poignet peuvent ¶ Loges de jambes occasionner des douleurs de l’avant-bras, mais elles ont une expression clinique le plus souvent univoque, reproduite lors de la L’aponévrotomie sous-cutanée demeure la méthode le plus flexion ou de l’extension contrariée, voire à la pression locale. Il peut couramment pratiquée. Ses nombreuses variantes visent à limiter exister un empâtement et une rougeur localisée avec crépitation l’étendue de l’incision cutanée, tout en permettant une comme dans le syndrome du « aïe crépitant de Tillaux » ; [72] aponévrotomie aussi complète que possible. L’aponévrectomie consiste en une excision de l’aponévrose de 6 à 8 cm de long sur 2 à – parmi les syndromes canalaires, le syndrome du canal carpien est 3 cm de large, qui est complétée par une aponévrotomie sous- le plus fréquent et sa forme aiguë pourrait aussi être secondaire à cutanée étendue. Si cette technique peut être réalisée en première un syndrome des loges. intention, [20] elle est habituellement utilisée en cas d’échec de l’aponévrotomie ou de récidive. [17, 76] Traitement Indications Il est basé sur le principe de la décompression musculaire, qui vise à réduire l’élévation pathologique des pressions intratissulaires. [1] Elles sont réservées aux malades très limités dans leurs activités, mais l’appréciation de la gêne fonctionnelle est variable d’une étude SYNDROME AIGU à l’autre. La chirurgie est habituellement portée dans environ deux tiers des cas documentés. À l’inverse des loges antéroexternes, la Il faut privilégier l’aponévrotomie ouverte qui est réalisée sous conduite à tenir en présence d’un syndrome postérieur profond contrôle direct de la vue, et qui consiste en une incision apparaît plus difficile et elle fait encore l’objet de controverses. [27] longitudinale étendue de la peau en regard du compartiment atteint ; elle s’oppose à l’aponévrotomie à l’aveugle ou sous-cutanée, Résultats pratiquée à travers des incisions cutanées limitées, et qui est rarement indiquée ici. [ 7 3 ] Une grande variété de procédés Ils sont excellents : le taux de guérison ou d’amélioration d’aponévrotomie a été proposée, mais aucune méthode n’est adaptée significative atteint généralement 85 à 90 % (Tableau 2). La à toutes les situations où elle s’impose. mobilisation postopératoire précoce est capitale, et la reprise de la L’enregistrement des pressions constitue une tentative de marche et des activités physiques doit être rapide. Les complications standardisation des indications de l’aponévrotomie. Toutefois, il n’y postopératoires sont quasi inexistantes sinon minimes, et les a pas de consensus sur le seuil critique à partir duquel la récidives demeurent rares. Enfin, les réserves suscitées par les décompression doit être réalisée, [74] et il est vraisemblable que possibles conséquences néfastes de l’aponévrotomie chez un sportif celui-ci n’existe pas. [29] En effet, les études expérimentales et ont pu être écartées, et la plupart des malades opérés sont même cliniques ont bien montré que la tolérance tissulaire à capables d’améliorer leur niveau de performance. [28] l’hyperpression est éminemment variable d’un individu à l’autre ; Sur le plan prophylactique, il importe d’insister sur l’intérêt d’un elle dépend de nombreux paramètres, et notamment de la pression entraînement physique régulier et surtout progressif, seul moyen de artérielle diastolique. Plusieurs valeurs ont été suggérées ; en réalité, prévenir l’apparition d’un tel syndrome. [19] l’augmentation dans le temps des pressions représente certainement le meilleur critère, la surveillance devant s’échelonner pendant la ¶ Loges de cuisses période à risque de 48 à 60 heures. Dans notre expérience, des pressions intratissulaires de repos supérieures ou égales à 30 mmHg Comme au niveau des jambes, le traitement est souvent chirurgical au niveau de la loge antérieure de jambe et à 20 mmHg au niveau et il consiste en une aponévrotomie de tous les muscles concernés. de la loge postérieure, constatées lors de la première prise ou lors Ainsi, pour la loge postérieure, il est réalisé à la fois une incision des contrôles ultérieurs, sont des valeurs qui incitent à une cutanée verticale à la partie haute de cuisse et une autre, horizontale, aponévrotomie urgente. au pôle supérieur du losange poplité. [43] Les résultats sont en général satisfaisants avec une reprise de l’activité sportive à un Le syndrome aigu constitue une urgence chirurgicale [75] dont le niveau comparable à celui atteint avant l’intervention. succès dépend de la précocité du diagnostic et de la rapidité de la mise en œuvre de l’aponévrotomie. Une décompression dont le délai est supérieur à 12 heures laisse une faible chance de récupération ¶ Loges des membres supérieurs fonctionnelle et s’accompagne d’un taux élevé de complications ; L’absence de traitement médical efficace conditionne une attitude après 12 heures, ce risque est multiplié par 12. Ainsi, 75 % des thérapeutique assez univoque conduisant à proposer un traitement amputations de la série de Feliciano et al. [74] sont liées à une chirurgical aux patients invalidés et très désireux de poursuivre leur aponévrotomie trop tardive ou incomplète. En cas de doute activité sportive ou à ceux gênés dans leur vie quotidienne. Deux diagnostique, mieux vaut envisager une aponévrotomie de principe. types d’intervention peuvent être réalisés, soit l’aponévrotomie conventionnelle qui permet de traiter aussi bien les loges SYNDROME CHRONIQUE superficielle et profonde, [6, 57] mais qui reste vulnérante, soit Quelle que soit la localisation du syndrome des loges, le traitement l’aponévrotomie par voie endoscopique, utilisée depuis une dizaine chirurgical est le seul moyen qui se soit avéré efficace. [20] d’années [3, 50] (Fig. 6), moins délabrante sur le plan cutané, mais qui 7 Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “
  • 8. 19-1590 Syndrome des loges Angéiologie Une aponévrectomie partielle est réalisée d’emblée par certains auteurs. [51, 56] alors que pour d’autres, elle est plutôt réservée aux récidives. [3] Les résultats apparaissent équivalents, qu’il s’agisse de la méthode conventionnelle, avec 79 % de guérisons, [6, 57, 58, 60, 64] ou de la méthode endoscopique avec 78 %. [3] Conclusion Le syndrome des loges est d’une grande actualité. En présence d’une forme aiguë, l’aponévrotomie ouverte réalisée précocement diminue l’incidence des complications et des séquelles. Figure 6 Aponévrotomie par voie endoscopique. La variété des tableaux anatomocliniques que peut revêtir la forme chronique ne doit pas faire oublier qu’il s’agit de cas peu nombreux en peut être incomplète car elle ne traite que les loges superficielles. regard de la localisation habituelle au niveau des loges de jambes. Il faut Une évaluation in vitro de ces techniques a montré une efficacité savoir néanmoins évoquer ce diagnostic. La mesure des pressions moindre de l’aponévrotomie endoscopique du fait du caractère intratissulaires prend ici une place particulièrement déterminante, bien incomplet du geste. [77] Si pour certains auteurs, l’aponévrotomie doit qu’elle se heurte au manque de consensus concernant aussi bien le type impérativement intéresser aussi bien les loges superficielles que d’appareils que la technique utilisée ainsi que le seuil des valeurs profondes, [6, 57, 58, 60] pour Fontes, [3, 50] elle doit rester la moins pathologiques. Le seul traitement est chirurgical, il est représenté par vulnérante possible dans la mesure où elle concerne une population l’aponévrotomie, dont l’indication doit être bien pesée selon le degré de de sportifs, souvent de haut niveau, voire féminine. En effet, il handicap, les souhaits du patient et la localisation du syndrome. En n’existe pas toujours d’individualisation précise de ces deux loges si effet, les résultats sont habituellement excellents au niveau des loges bien que la décompression de l’une peut suffire. En outre, l’efficacité antérieures de jambes [78] et des loges des avant-bras mais ils ont du geste peut être vérifiée par la mesure des pressions de la loge tendance à se dégrader principalement au niveau des loges postérieures profonde en peropératoire. de jambes. Références [1] Matsen FA3rd. Compartmental syndrome. An unified [12] Burton AC. On the peripheral equilibrium of small blood [25] Awbrey BJ, Sienkiewicz PS, Mankin HJ. Chronic exercise- concept. Clin Orthop 1975; 113: 8-14 vessels. Am J Physiol 1951; 164: 319-329 induced compartment pressure elevation measured with a [2] Turnipseed WD, Hurschler C, Vanderby RJr. The effects of miniaturized fluid pressure monitor. Am J Sports Med 1988; [13] Qvarfordt P, Christenson JT, Eklöf B, Ohlin P, Saltin B. Intra- 16: 610-615 elevated compartment pressure on tibial arteriovenous muscular pressure, muscle blood flow, and skeletal muscle flow and relationship of mechanical and biochemical cha- metabolism in chronic anterior tibial compartment syn- [26] Moed BR, Thorderson PK. Measurement of intracompart- racteristics of fascia to genesis of chronic anterior compart- drome. Clin Orthop 1983; 179: 284-290 mental pressure: a comparison of the slit catheter, side- ment syndrome. J Vasc Surg 1995; 21: 810-817 ported needle, and simple needle. J Bone Joint Surg Am [3] Fontes D, Clément R, Roure P. L’aponévrotomie endosco- [14] Wright JM, Bogoch ER, Hastings DE. The ″occult″ compart- 1993; 75: 231-235 pique dans les syndromes des loges chroniques d’effort à ment syndrome. J Trauma 1989; 29: 133-134 [27] Larroque P, Garcin JM, Dourthe LM, Clément R, Chanudet l’avant-bras. À propos de 41 cas. Chir Main 2003; 22: [15] Mavor GE. The anterior tibial syndrome. J Bone Joint Surg Br X, André JL. Le syndrome chronique des loges. J Mal Vasc 186-196 1956; 38: 513-517 1995; 20: 85-94 [4] Allen MJ, Barnes MR. Exercise pain in the lower leg. Chronic [28] Martens MA, Moeyersoons JP. Acute and recurrent effort- [16] Reneman RS. The anterior and the lateral compartmental compartment syndrome and medial tibial syndrome. J related compartment syndrome in sports. Sports Med syndrome of the leg due to intensive use of muscles. Clin Bone Joint Surg Br 1986; 68: 818-823 1990; 9: 62-68 Orthop 1975; 113: 69-80 [5] McDermott AG, Marble AE, Yabsley RH, Phillips MB. Moni- [29] Matsen FA3rd. Compartemental syndromes. N Engl J Med toring dynamic anterior compartment pressures during [17] Detmer DE, Sharpe K, Sufit RL, Girdley FM. Chronic com- 1979; 300: 1210-1211 exercise. A new technique using the STIC catheter. Am J partment syndrome: diagnosis, management, and outco- [30] Larroque P, Clément R, Garcin JM, Brandstätt P, Ceccaldi B, Sports Med 1982; 10: 83-89 mes. Am J Sports Med 1985; 13: 162-170 Chanudet X et al. Les aspects actuels du syndrome chroni- [6] Kouvalchouk JF, Watin Augouard L, Dufiur O, Coudert X, [18] Moeyersoons JP, Martens M. Chronic compartment syn- que des loges. Phlebologie 1995; 48: 457-462 Paszkowski A. Le syndrome d’effort chronique des loges drome: diagnosis and management. Acta Orthop Belg [31] Wiley RF, Short WB, Wiseman DA, Miller SD. Ultrasound antérieures de l’avant-bras. Rev Chir Orthop 1993; 79: 1992; 58: 23-27 catheter placement for deep posterior compartment pres- 351-356 sure measurements in chronic compartment syndrome. [19] D’Ambrosia R. Surgical release for exertional compartment [7] Wallenstein R, Karlsson J. Histochemical and metabolic syndrome: don’t be too hasty. Orthopedics 1989; 12: 1413 Am J Sports Med 1990; 18: 74-79 changes in lower leg muscles in exercise-induced pain. Int [32] Larroque P, Clément R, Chanudet X, Garcin JM. Syndrome J Sports Med 1984; 5: 202-208 [20] Turnipseed W, Detmer DE, Girdley F. Chronic compart- des loges. In: Rouffy J, Natali J, eds. Artériopathies périphéri- [8] Amendola A, Rorabeck CH, Vellett D, Vezina W, Rutt B, Nott ment syndrome. An unusual cause for claudication. Ann ques non athéromateuses. Paris: Masson, 1991; 401-413 L. The use of magnetic resonance imaging in exertional Surg 1989; 210: 557-563 [33] Wasilewski SA, Asdourian PL. Bilateral chronic exertional compartment syndromes. Am J Sports Med 1990; 18: 29-34 [21] Pedowitz RA, Hargens AR, Mubarak SJ, Gershuni DH. Modi- compartment syndromes of forearm in an adolescent [9] Balduini FC, Shenton DW, O’Connor KH, Heppenstall RB. fied criteria for the objective diagnosis of chronic compart- athlete. Case report and review of literature. Am J Sports Chronic exertional compartment syndrome: correlation of ment syndrome of the leg. Am J Sports Med 1990; 18: 35-40 Med 1991; 19: 665-667 compartment pressure and muscle ischemia utilizing 31 [22] Whitesides TEJr., Haney TC, Morimoto K, Harada H. Tissue [34] Clément R, Garcin JM, Blin E, Le Marec E, Larroque P. Piège P-NMR spectroscopy. Clin Sports Med 1993; 12: 151-165 pressure measurements as a determinant for the need of fonctionnel poplité ou faux piège : mythe ou réalité? Ves [10] Breit GA, Gross JH, Watenpaugh DE, Chance B, Hargens A. fasciotomy. Clin Orthop 1975; 113: 43-51 Rencontres Internationales de l’Angiologie, Paris, 2-3 Near-infrared spectroscopy for monitoring of tissue oxyge- décembre 1999. nation of exercising skeletal muscle in a chronic compart- [23] Styf JR, Körner LM. Microcapillary infusion technique for [35] Clément R, Larroque P, Chanudet X, André JL. Syndrome ment syndrome model. J Bone Joint Surg Am 1997; 79: measurement of intramuscular pressure during exercise. de l’artère poplitée piégée. In: Rouffy J, Natali J, eds. Arté- 838-843 Clin Orthop 1986; 207: 253-262 riopathies périphériques non athéromateuses. Paris: Masson, [11] Mohler LR, Styf JR, Pedowitz RA, Hargens AR, Gershuni DH. [24] Rorabeck CH, Bourne RB, Fowler PJ, Finlay JB, Noot L. The 1991; 374-389 Intramuscular deoxygenation during exercise in patients role of tissue pressure measurement in diagnosis chronic [36] Turnipseed WD. Pièges artériels poplités. In: Pathologie who have chronic anterior compartment syndrome of the anterior compartment syndrome. Am J Sports Med 1988; vasculaire du sportifMarseille: Angio-techniques, 1997; leg. J Bone Joint Surg Am 1997; 79: 844-849 16: 143-146 46-49 8 Rejoignez nous sur Facebook: “ La Radiologie Pour Tous “