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Candidat présidentiel, les dessous d'un piège

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Candidat présidentiel, les dessous d'un piège

  1. 1. EconomieActuel 8 - RÉALITÉS - N° 1487 - du 26/6 au 2/7/2014 Candidat consensuel à la présidentielle Lesdessousd’unpiège E n lançant un appel à la candi- dature présidentielle consen- suelle, Ennahdha, démis- sionnaire obligé du gouvernement, prétend rassembler la scène politique tunisienne. Jusqu’à son départ forcé du gouvernement, le mouvement islamiste a été accusé de diviser les Tunisiens. Avant même sa conquête du pouvoir, sa campagne électorale a scindé les Tunisiens entre musulmans et mécréants, entre fidèles à l’identité arabo-musulmane et ennemis celle-ci. Depuis les temps ont changé. Assas- sinats, violences des LPR et des sala- fistes, attentats terroristes, éviction des Frères musulmans du pouvoir en Egypte, se sont conjugués pour ame- ner le parti islamiste à revoir ses posi- tions. Aujourd’hui, commencer la période électorale par un appel à un candidat consensuel à la présidentielle, semble être un appel à tourner la page et à aborder la campagne dans un esprit rassembleur. Ennahdha a quitté le pouvoir à l’issue d’un dialogue natio- nal n’ayant pu être organisé qu’avec la médiation du Quartet (UGTT, UTICA, LDHT et Ordre des Avocats) tant la scène politique était fragmen- tée et les partis incapables de dialo- guer. Aujourd’hui, sa proposition lui permet d’apparaitre aux yeux de l’opinion nationale et internationale comme un parti politique raisonnable attaché aux seuls intérêts supérieurs de la nation. Réactions des partis à la position d’Ennahdha Le Secrétaire général du mouve- ment du Peuple « Echâab », Zouhaier Maghzaoui, a exprimé le refus de son parti de la proposition d’Ennahdha concernant un candidat consensuel pour l’élection présidentielle. Selon lui, Ennahdha n’a pas le droit d’impo- ser ses alliances électorales à tout le monde. Les deux anciens alliés d’En- nahdha au sein de la Troïka refusent eux aussi l’appel d’Ennahdha. Ainsi, le secrétaire général du Congrès pour la République, Imed Daïmi, a jugé antidémocratique l’appel pour un pré- sident consensuel. Il a considéré que, via cet appel, le mouvement islamiste priverait les Tunisiens de choisir en Depuis que la question de l’organisation concomitante ou séparée des élections a été tranchée et que les législatives, à la demande d’Ennahdha, auront lieu avant la présidentielle, le mouvement islamiste prêche pour un candidat présidentiel «consensuel». Le dirigeant du parti, Samir Dilou, a expliqué cette position par la volonté de choisir une personnalité nationale pouvant réaliser les objectifs de la Révolution et mener à bien la transition. La déclaration semble a priori raisonnable dans un contexte où les conflits politiques ont conduit le pays au bord du gouffre. Mais y a-t-il d’autres enjeux qui se cachent derrière cette proposition ? Est-ce une réelle volonté de consensus national ou plutôt un jeu politicien et un calcul électoral ?
  2. 2. EN COUVERTURE Actuel 9du 26/6 au 2/7/2014 - N° 1487 - RÉALITÉS - ➥ toute liberté leur président. Pareille- ment, Ettakatol a estimé à son tour que cette proposition était contraire à la démocratie. Son porte-parole, Mohamed Bennour, considère que le président doit être choisi à travers un scrutin libre et transparent. Outre le jeu d’influence politique de ce srutin et la confiscation d’un droit po- pulaire qui devrait être exercé en toute transparence, ainsi que la tentative d’empêcher certains partis de choi- sir leur candidat après concertation, l’appel a été jugé par Al Joumhouri comme étant une «prise d’otage». Le porte-parole du parti Al Joumhouri a, en effet, jugé l’appel comme limitatif du rôle du prochain président, faisant de lui un otage des partis politiques. Une autre réaction, celle du Front populaire, exprimée par son député à l’ANC, Mongi Rahoui, considère une telle décision comme une «opération de séduction.» Calculs politiques Quelle que soit la position des par- tis politiques, la déclaration d’Enna- hdha ne sera pas sans influence sur les enjeux et les calculs électoraux. Les législatives ayant lieu avant la présidentielle, le premier message que véhicule la position d’Ennahdha, qui vise davantage les législatives, s’apparente à un «troc électoral». Le soutien d’Ennahdha sera accordé lors de la présidentielle à condition d’observer une position bienveil- lante à son égard, sinon demeurer dans la neutralité et ne pas rappeler le bilan calamiteux de ce parti. En effet, vu les changements géopo- litiques ayant entraîné la chute ou l’affaiblissement des gouvernements islamistes, il convient d’éviter d’être surexposé. Les pays du Golfe n’in- jecteront pas leurs investissements et l’Occident se montrera méfiant si le mouvement islamiste domine le jeu politique. Par contre, siéger en majorité au Parlement lui permettra de continuer à jouer un rôle exécu- tif et législatif tout en s’assurant un président sous contrôle. Les partis se présentant aux législatives, anciens alliés d’Ennahdha, de la Troïka ou concurrents, qui eux visent la pré- sidentielle, peuvent très bien jouer le jeu d’Ennahdha. Ils peuvent ainsi rester neutres et ne montrer aucune hostilité lors de la campagne électo- L’appel d’Ennahdha pour un président consensuel a engendré une polémique assez vigoureuse
  3. 3. EconomieActuel 10- RÉALITÉS - N° 1487 - du 26/6 au 2/7/2014 rale, tout comme ils peuvent simple- ment attendre les résultats et nouer une alliance avec le mouvement islamiste après les législatives en espérant que ce dernier parrainera ou soutiendra leur candidat. Les cartes sont ainsi brouillées avec ce posi- tionnement et même ceux qui y sont les plus hostiles ou les plus méfiants auront du mal à composer avec et à établir d’une façon claire ou straté- gique leurs alliances ou leurs plans. ➥ Les législatives organisées avant la présidentielle et Ennahdha lançant l’idée d’un président consensuel, est-ce là une opération de séduc- tion pour garantir le soutien ou du moins la neutralité des autres partis lors des législatives ? Ce n’est ni une opération de charme ni une vraie position consensuelle. C’est un leurre. Voici comment se présente la situation. Au départ le parti Ennahdha défend la concomitance des législatives et des présidentielles, puis il accepte, contraint, la séparation des deux échéances. Enfin il impose l’idée des législatives avant la présidentielle. C’est le premier acte. Il affaiblit la présidence de la République (en tant que branche de l’Exécutif) et im- prime une torsion parlementariste au régime en faisant dépendre l’élection au suffrage universel direct du pré- sident des résultats des législatives. Deuxième acte, Ennahdha va seul aux législatives (étant donné que le parti a de fortes chances d’obtenir, disons, un bon score) et il propose un «président consensuel» là où les chances du parti sont quasiment nulles. Imagineriez- vous voir les Tunisiens prendre le risque d’un Morsi ! Un cauchemar même pour Ennahdha. Comprise sous cet angle, l’initiative n’est pas un geste noble, mais indigne : ce qui est à moi est à moi (les législatives) et ce qui est à toi (la présidentielle) est négociable ! Si Ennahdha était vraiment bien inten- tionné, il aurait proposé un «package deal», un «tout consensuel» aussi bien à la présidentielle qu’aux législatives. Au fond, cette initiative vise essentiel- lement à affaiblir Essebsi. Favori des sondages, il reçoit un cadeau empoi- sonné de Ghannouchi, un ami qui veut l’aider à être élu. C’est comme si on assistait Messi pour marquer un but devant une cage vide ! Candidat du consensus, Béji ne sera plus élu par le peuple, mais sponsorisé par la ligue des partis. Et comme il sera tout natu- rellement récusé par ses concurrents, Béji sera le président de son parti et d’une partie des Tunisiens. Quels sont les partis ou dirigeants susceptibles d’y répondre? Ou ayant le plus de chance d’être can- didat soutenu par Ennahdha? Très peu de candidats vont déclarer être intéressés par une telle propo- sition (indécente !). Aucun ne fera le chemin de Canossa, mais tous aspirent au fond d’eux-mêmes à être dans les bonnes grâces d’Ennahdha. Une consigne électorale de Ghan- nouchi, c’est l’onction papale. Même Béji Caïd Essebsi – quoiqu’il cara- cole dans les sondages – n’y sera pas insensible. Et voilà peut-être l’un des objectifs inavoués de l’offre consen- sualiste, aseptiser la présidentielle et neutraliser l’éventuelle hostilité à Ennhahdha. Car tout candidat qui déclarera les hostilités lors des légis- latives sera sanctionné à la présiden- tielle. Maintenant, quel est le candidat qui a le plus de chances d’être appuyé par Ennahdha ? Probablement aucun. N’oubliez pas que cette initiative consiste tout d’abord à purger la crise interne d’Ennahdha dans le camp ad- verse. Le parti n’arrive pas à trancher entre Jebali et Laarayedh. Il les ren- voie dos-à-dos au profit d’un candidat consensuel hypothétique, c’est-à-dire inexistant. Que va faire Ennahdha ? Tout pour ne pas diviser les siens, mais rien de nature à s’aliéner sans raison une partie de la classe poli- tique en compétition. Il lui sera aussi difficile d’arbitrer entre le pseudo-dé- missionnaire Jebali et l’apparatchik Laaraydh que d’afficher sa préférence pour un candidat extérieur. Pourquoi soutenir Essebsi et se montrer ingrat avec un allié aussi loyal que Marzou- ki ? Ennahdha aura deux fers au feu, c’est sa marque de fabrique. S’abste- nir de soutenir publiquement untel et livrer le Da Vinci code à sa base (mais pas aux sympathisants). Tout cela à la lumière des législatives. Quelles sont les probables alliances postélectorales ?  Les meilleures alliances postélecto- rales sont celles qu’on feint de nouer Hamadi Redissi, professeur de sciences politiques à l’Université de Tunis L’initiative d’Ennahdha vise essentiellement à affaiblir Essebsi
  4. 4. 11du 26/6 au 2/7/2014 - N° 1487 - RÉALITÉS - Du leurre en politique Or cette position peut très bien être une déclaration sans fondement. Au mieux, elle aura servi à redo- rer l’image des islamistes accusés d’être cause de division et devenus aujourd’hui soucieux de rassemble- ment. Aux lendemains des législa- tives, qu’Ennahdha ait une part im- portante des voix ou pas, rien ne le contraindra à respecter cette position qui n’aura été qu’un leurre. Ennahdha aurait pris entre-temps certains partis en otage, ceux ayant espéré compter sur son soutien ou ceux ayant éla- boré leur plan électoral en fonction de cette position. La proposition peut aussi aboutir à des alliances post- législatives ainsi qu’à un candidat consensuel à la présidentielle qui sera ensuite l’otage des partis s’étant mis d’accord sur sa nomination. Le pré- sident sera ainsi sans réelles péjora- tives, devant répondre de ses actes et décisions à ses parrains islamistes ou autres. Mais avant même tout cela, la position consensuelle à laquelle appelle Ennahdha confisque d’ores et déjà le droit du citoyen dont le choix exprimé dans les urnes n’aura plus grande importance puisque ce sont les partis, ou ceux d’entre eux ayant créé une sorte de lobby, qui pourront choisir le président. Le peuple aura tout simplement été privé de choisir librement son nouveau président, par « amour » du consensus ! Hajer Ajroudi Rached Ghannouchi avec Béji Caïd Essebsi Même les alliés inconditionnels d’Ennahdha ont rejeté l’initiative. Imed Daïmi, SG du CPR, la considère comme antidémocratique ActuelEN COUVERTURE à la lumière du résultat du scrutin alors même qu’elles ont été scellées secrètement bien avant. C’est le must. C’est ce que la Troïka a fait. Et c’est ce qui semble séduire la classe poli- tique. Actuellement, les deux grandes formations qui semblent faire la dif- férence (Nidaa Tounès et Ennahdha) appartiennent à deux familles de pen- sée et à deux traditions différentes. Or, des forces à l’intérieur d’Enna- hdha et de Nidaa Tounes, encoura- gées par des forces internationales qui payent la note, veulent ensemble reconduire l’expérience de la Troïka contre un puissant courant social qui aspire à une véritable alternative. Nidaa Tounes hésite pour le moment et résiste aux avances d’Ennahdha. S’il se laisse faire, il se sera écarté de sa mission initiale et il aura trahi la confiance des électeurs. C’est le sens des deux lettres des intellectuels libé- raux de gauche (du 26 mai publiée par El-Maghreb et du 21 juin publiée par Leaders). Elles alertent les mili- tants, les sympathisants et les élec- teurs de Nidaa Tounes sur le fait qu’il faut aller aux élections avec les parte- naires naturels, les partis modernistes et sécularisés (de gauche, du centre et de droite) et les partis membres de l’Union pour la Tunisie, voire ceux du Front national de Salut. H.A Très peu de candidats vont déclarer être intéressés par une telle proposition (indé- cente !). Aucun ne fera le chemin de Canossa, mais tous aspirent au fond d’eux-mêmes à être dans les bonnes grâces d’Ennahdha. Une consigne électorale de Ghannouchi, c’est l’onction papale. “ ”

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