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Une chirurgie « durable » et sobre 
doit pouvoir être accessible à tous. Est-elle compatible avec 
nos habitudes actuelles ? 
Nul besoin d’être poli-tologue 
ni économiste 
pour constater que la 
crise "nancière et éco-nomique 
qui atteint le 
monde occidental, est 
en train de devenir 
sociale. Notre richesse va retenir, quelque temps encore, son 
expression dans notre organisation sanitaire. Mais en 2015 la 
génération de 1945 va atteindre 70 ans. A partir de 2015, la 
tranche d’âge des 70 ans va passer de 500 000 à 800 000 
personnes : autrement dit, à partir de 2015, chaque année, 
300 000 Français supplémentaires vont entrer sur le marché 
des soins. Il est indiscutable que le système sanitaire actuel, 
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Il va nous falloir trouver de nouvelles façons de travailler a"n de 
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Refuser d’y ré(échir, c’est admettre qu’un certain nombre de 
français ne pourront pas accéder à la chirurgie. Le SCH le 
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Depuis 20 ans les entreprises « low-cost » ont acquis leurs 
lettres de noblesse : elles ont fait preuve de capacités 
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développement économique. Leur principe de base : repenser 
un produit ou un service et sa manière de le fabriquer ou de 
le rendre. Pour chaque type de production, des solutions 
spéci"ques ont été trouvées : pour le transport aérien : une 
rotation rapide des vols, un nombre de sièges accrus par avion, 
l’utilisation d’aéroports secondaires, des services à la carte ? 
Pour l’hôtellerie, l’enregistrement par les clients 
eux-mêmes. Pour la coiffure ? Des coupes 
standardisées. Parfois il suf"t de proposer 
un noyau de services simples et de 
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les coûts. 
A condition de rester aux 
services du patient et non 
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appliquer ces principes à 
la chirurgie ? ce n’est peut-être 
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Repenser notre prise en 
charge chirurgicale ! le 
SCH propose 7 pistes : 
1.  la  place  de  l’instrumentation  
de haute technologique à usage unique 
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chirurgie : informatique, imagerie, miniaturisa-tion 
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é-ue 
nos poubelles de salle d’opé-ration, 
l’usage unique fait 
jeter de la haute technologie 
que le dogme de la sécurité 
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discuter. Cette culture tech-nologique 
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opératoires pas toujours justi"ées : le pinces/"l/ciseau 
est aussi ef"cace et à peine plus long que ces merveilles 
technologiques que sont certaines pinces hémostatiques 
à plus de 200 euros. 
Malheureusement, ce n’est ni l’industrie française, ni 
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et sutures automatiques. Et nos euros qui #nancent 
ces technologies quittent le territoire européen, voire 
autorisent des actes ambulatoires qui diminuent les 
dépenses en personnel de nos établissements de Santé. 
Mais le personnel non employé sera par contre payé 
par nous-mêmes par les indemnités chômage… De là 
à dire que cette débauche technologique participe à la 
dégradation de notre note économique… 
2.  les  indications  opératoires :  qui  opérer,  pourquoi  et  
comment ? 
Une mauvaise indication coûte très cher. 
Il y a là un gros travail d’évaluation à faire que l’outil 
informatique peut désormais nous autoriser. Ce travail 
relève des sociétés savantes en intégrant le coût des 
interventions, la satisfaction des patients, surtout pour la 
chirurgie fonctionnelle : « êtes-vous satisfait du résultat ? » 
« si c’était à refaire, accepteriez-vous d’être opéré ? ». 
3.  Les organisations hospitalières 
Il faut probablement rapprocher et harmoniser les orga-nisations 
chirurgicales au sein des établissements. Cela 
plaide pour des pôles de chirurgie et pour l’implication 
des chirurgiens dans ces organisations. 
Faut-il des organisations différenciées pour les interven-tions 
programmées, en ambulatoire, en hôpital de se-maine 
et en conventionnel ? 
Faut-il séparer les urgences du programmé ? 
Les liens avec les urgentistes doivent être renforcés, avec une 
harmonisation des prises en charges selon les spécialités. 
4.  L’évaluation des coûts par patient 
L’outil informatique doit désormais nous indiquer le prix de 
chaque décision thérapeutique que nous prenons. Il est 
indéniable que nous n’intégrons pas systématiquement 
le coût de nos pratiques dans nos choix. Au sein d’une 
même intervention, nous intégrons rarement le coût du 
geste. Le coût des soins pour chaque patient devrait 
pouvoir être connu et permettre l’analyse de la pertinence 
de nos choix thérapeutiques. 
5.  L’évaluation du parcours de soins des patients 
Cette évaluation est balbutiante, inorganisée avec des 
blocages institutionnels induits par un grand nombre de 
décideurs qui ne décident pas. Pourtant, le témoignage 
des patients, leur écoute, les enquêtes de satisfaction 
devraient dépister les défauts. 
6.  La gestion du personnel avec développement de la notion  
d’équipe chirurgicale 
La gestion du personnel dans la fonction publique doit 
évoluer. La participation du personnel dans l’organisation, 
le décloisonnement hiérarchique dans l’hospitalisation 
publique devraient alléger nos fonctionnements. Un 
certain nombre de personnes, de l’aide–soigante aux 
cadres, ont parfois des suggestions qui ne sont pas 
écoutées, exploitées alors que leur situation de terrain 
leur fait voir des anachronismes organisationnels. On 
pourrait attribuer des distinctions annuelles avec des prix 
« chirurgie durable » ! 
7.  Adaptation et utilisation des portails internet 
Il est étonnant d’observer que les sites Internet des 
hôpitaux sont essentiellement administratifs, et restent 
purement descriptifs. Par exemple, aucun essai de RV 
de cs par internet n’a été tenté. C’est très décalé par 
rapport à la demande des usagers. C’est signi"catif de 
l’inadaptation de notre hôpital public aux évolutions 
sociétales. 
La "nalité de la ré(exion du SCH : faire béné"cier un maximum 
de patients de soins chirurgicaux bien indiqués. Cela repose 
sur une culture d’évaluation permanente que l’administration 
doit conduire avec les équipes chirurgicales. Cela nécessite 
de dé"nir des objectifs communs mobilisateurs. L’éclairage 
du « développement durable » ou du « low-cost » permet de 
sortir des sentiers battus : « we have a dream... » 
Dr Florence MAZÈRES, 
Bayonne 
Dr Bernard LENOT, 
Saint-Brieuc 
16 Lettre du SCH N°21 - Juin 2012 S H www.scialytique.org S H 17

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Le SCH le refuse et justi"e sa ré(exion sur le maintien de l’accès à une chirurgie de qualité. Deux questions : Comment rendre la chirurgie de notre système de soins « durable » ? Comment le faire à moindre coût a"n qu’elle reste accessible à tous ? Deux éclairages peuvent initier le débat : les principes du « développement durable » et ceux de l’économie « low-cost ». Le développement durable Le « développement durable » a été dé"ni aux sommets des Nations Unies à Rio en 1992 et à Johannesburg en 2002 : les politiques publiques doivent promouvoir le « dévelop-pement durable » en conciliant la protection de l’environnement, le développement économique et le progrès social : le développement durable permet de répondre aux be-soins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs en prévenant l’épuisement des ressources. Le repère d’action est le « penser global, agir local » . A l’échelle d’un hôpital et encore plus d’un bloc opératoire, cette démarche doit être comprise par tous : elle nécessite un soutien politique fort par la direction, une implication de tous les acteurs du bloc passant par une concertation et des formations ; après un audit de l’existant un plan d’action peut être mis en place, de la même façon que dans la démarche qualité : à quand un thème Développement Durable au sein de nos manuels d’accréditation ? Concrètement et de façon symbolique la gestion des déchets en est un exemple (agrant, le bloc opératoire étant un énorme producteur de déchets ; il ne faut pas oublier que le traitement d’une tonne de déchets type DASRI coute 800 euros ! Cette démarche très large et très riche décline de nombreux thèmes applicables à la Chirurgie : par exemple la dé"nition d’une politique d’achat éco-responsable et durable, la cohésion sociale et la solidarité au sein des équipes, l’égalité d’accès aux soins, mais aussi la prévention des risques qu’ils soient industriels ou mêmes sociaux (incivilité et violence)… Les principes de l’économie « low-cost » Depuis 20 ans les entreprises « low-cost » ont acquis leurs lettres de noblesse : elles ont fait preuve de capacités d’adaptation, d’ef"cience, de qualité des services rendus, de développement économique. Leur principe de base : repenser un produit ou un service et sa manière de le fabriquer ou de le rendre. Pour chaque type de production, des solutions spéci"ques ont été trouvées : pour le transport aérien : une rotation rapide des vols, un nombre de sièges accrus par avion, l’utilisation d’aéroports secondaires, des services à la carte ? Pour l’hôtellerie, l’enregistrement par les clients eux-mêmes. Pour la coiffure ? Des coupes standardisées. Parfois il suf"t de proposer un noyau de services simples et de s’y tenir exclusivement, pour réduire les coûts. A condition de rester aux services du patient et non de la marge béné"ciaire des hôpitaux, peut-on appliquer ces principes à la chirurgie ? ce n’est peut-être pas impossible, au moins partiellement. Repenser notre prise en charge chirurgicale ! le SCH propose 7 pistes : 1. la place de l’instrumentation de haute technologique à usage unique L’observation de nos pratiques ac-tuelles montre l’invasion de la technique en chirurgie : informatique, imagerie, miniaturisa-tion instrumentale ont transformé la pratique met, chirurgicale depuis 10 ans et permet, dans un certain nombre de cas une plus grande ef"cacité, une moindre e agressivité et une diminution de la durée d’hospitalisation. Mais pour quel prix ? Et peut être avec certains excès : le « robot » a montré son inté-rêt r ns - - nt sur… le recrutement des établis-sements le possédant ! En regardant é-ue nos poubelles de salle d’opé-ration, l’usage unique fait jeter de la haute technologie que le dogme de la sécurité sanitaire nous empêche de discuter. Cette culture tech-nologique « high-tech » in(ue sur nos habitudes en t banalisant des pratiques opératoires pas toujours justi"ées : le pinces/"l/ciseau est aussi ef"cace et à peine plus long que ces merveilles technologiques que sont certaines pinces hémostatiques à plus de 200 euros. Malheureusement, ce n’est ni l’industrie française, ni l’industrie européenne qui se trouvent derrière ces robots et sutures automatiques. Et nos euros qui #nancent ces technologies quittent le territoire européen, voire autorisent des actes ambulatoires qui diminuent les dépenses en personnel de nos établissements de Santé. Mais le personnel non employé sera par contre payé par nous-mêmes par les indemnités chômage… De là à dire que cette débauche technologique participe à la dégradation de notre note économique… 2. les indications opératoires : qui opérer, pourquoi et comment ? Une mauvaise indication coûte très cher. Il y a là un gros travail d’évaluation à faire que l’outil informatique peut désormais nous autoriser. Ce travail relève des sociétés savantes en intégrant le coût des interventions, la satisfaction des patients, surtout pour la chirurgie fonctionnelle : « êtes-vous satisfait du résultat ? » « si c’était à refaire, accepteriez-vous d’être opéré ? ». 3. Les organisations hospitalières Il faut probablement rapprocher et harmoniser les orga-nisations chirurgicales au sein des établissements. Cela plaide pour des pôles de chirurgie et pour l’implication des chirurgiens dans ces organisations. Faut-il des organisations différenciées pour les interven-tions programmées, en ambulatoire, en hôpital de se-maine et en conventionnel ? Faut-il séparer les urgences du programmé ? Les liens avec les urgentistes doivent être renforcés, avec une harmonisation des prises en charges selon les spécialités. 4. L’évaluation des coûts par patient L’outil informatique doit désormais nous indiquer le prix de chaque décision thérapeutique que nous prenons. Il est indéniable que nous n’intégrons pas systématiquement le coût de nos pratiques dans nos choix. Au sein d’une même intervention, nous intégrons rarement le coût du geste. Le coût des soins pour chaque patient devrait pouvoir être connu et permettre l’analyse de la pertinence de nos choix thérapeutiques. 5. L’évaluation du parcours de soins des patients Cette évaluation est balbutiante, inorganisée avec des blocages institutionnels induits par un grand nombre de décideurs qui ne décident pas. Pourtant, le témoignage des patients, leur écoute, les enquêtes de satisfaction devraient dépister les défauts. 6. La gestion du personnel avec développement de la notion d’équipe chirurgicale La gestion du personnel dans la fonction publique doit évoluer. La participation du personnel dans l’organisation, le décloisonnement hiérarchique dans l’hospitalisation publique devraient alléger nos fonctionnements. Un certain nombre de personnes, de l’aide–soigante aux cadres, ont parfois des suggestions qui ne sont pas écoutées, exploitées alors que leur situation de terrain leur fait voir des anachronismes organisationnels. On pourrait attribuer des distinctions annuelles avec des prix « chirurgie durable » ! 7. Adaptation et utilisation des portails internet Il est étonnant d’observer que les sites Internet des hôpitaux sont essentiellement administratifs, et restent purement descriptifs. Par exemple, aucun essai de RV de cs par internet n’a été tenté. C’est très décalé par rapport à la demande des usagers. C’est signi"catif de l’inadaptation de notre hôpital public aux évolutions sociétales. La "nalité de la ré(exion du SCH : faire béné"cier un maximum de patients de soins chirurgicaux bien indiqués. Cela repose sur une culture d’évaluation permanente que l’administration doit conduire avec les équipes chirurgicales. Cela nécessite de dé"nir des objectifs communs mobilisateurs. L’éclairage du « développement durable » ou du « low-cost » permet de sortir des sentiers battus : « we have a dream... » Dr Florence MAZÈRES, Bayonne Dr Bernard LENOT, Saint-Brieuc 16 Lettre du SCH N°21 - Juin 2012 S H www.scialytique.org S H 17