DANS le subconscient hexagonalfrançais, la Nouvelle-Calédonie,située aux antipodes, n’est qu’ungros « tas de nickel » sur ...
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Depuis 1984 les Salomonais de Bougain-ville mènent une insurrection séparatiste de-venue bien vite indépendantiste. Le blo...
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Dans la pauvreté générale, l’enrichisse-ment des politiciens et de leurs commen-saux éclate. Le personnel politique a enfi...
plus de la normalité des pays développésavec un PIB par habitant de 16 000 US$ en1998, soit environ six fois de celui des ...
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La mélanésie trou noir du pacifique

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La mélanésie trou noir du pacifique

  1. 1. DANS le subconscient hexagonalfrançais, la Nouvelle-Calédonie,située aux antipodes, n’est qu’ungros « tas de nickel » sur lequel Kanaks etCaldoches tissent leur fortune, au rythmepériodique de disputes de ceux qui en veu-lent toujours plus sans avoir à trop se fati-guer. Il aura fallu les violences induites parles « Événements » survenus dans les an-nées 1984-85, puis en 1988-89 pour retenirun peu plus l’attention. Néanmoins, celan’avait pas suffi à attirer les votants pour unréférendum national devant mettre fin àl’état de crise sur le “Caillou”.Pour la Polynésie française, l’intérêt spo-radique des métropolitains s’est estompéavec l’arrêt des essais nucléaires et n’est ra-vivé que lors d’une élection (parfois contro-versée) d’une Tahitienne au titre de MissFrance ou lors du passage d’un cyclone. Ence qui concerne le territoire de Wallis et Fu-tuna, combien de Français savent ils mêmequ’il existe?Peu de métropolitains, même avertis, ontconscience que la République française, parsa souveraineté sur 23 000 km2 de terresémergées dans le Pacifique dispose d’uneZone économique exclusive océanique de 7millions de km2, soit 14 fois la superficie dela Métropole, Mais un de ces territoires estsitué dans une zone des plus conflictuellesau monde, la Mélanésie, où depuis une tren-taine d’années le “Pacific Way of Life” (2)laisse progressivement la place aux déchaî-nements de violences incontrôlées de toutesnatures.Inquiétudesd’une décolonisation ratéeColonisée seulement à partir du milieu duXIXe siècle, la Mélanésie, avec ses 960.000km2 d’îles montagneuses couvertes de fo-rêts denses reste, jusqu’au second conflitmondial, une terre de prédilection pour lesaventuriers, explorateurs (3) ou mission-naires. Submergée par la guerre du Paci-fique, elle sembla retourner à sa torpeurd’antan, une fois la paix revenue, alors queles contacts avec l’armée américaine et salogistique avaient profondément sapél’ordre colonial.Les remises en cause radicales que connu-rent les organisations coutumières par suitede l’implantation durable d’organisationscoloniales déterminèrent fréquemment l’ap-parition de Cargo Cults millénaristes. Leurmultiplication et leur succès dérivaient dudésir profond exprimé par les populationsautochtones, grâce à des rites appropriés,d’atteindre la source de l’argent et des biensdu Pouvoir Blanc.Dans cette conjoncture, les pressions enfaveur de la décolonisation des archipelsocéaniens rencontrèrent la volonté anglo-australienne de se décharger au plus vite deses dépendances coloniales. Sans se soucierdes réticences des intéressés, furent ainsiproclamées les indépendances de Fidji(1970), de Papouasie Nouvelle-Guinée(1975), des îles Salomon (1978) et du Va-nuatu, l’ancien condominium franco-britan-nique des Nouvelles-Hébrides (1980). Par-tout, l’accession à la souveraineté fut suiviede violences déstabilisatrices qui se mani-festèrent aussi en Nouvelle-Calédonie, ad-ministrée par la France depuis 1853, et enPapouasie de l’Ouest, dénommée un tempsIrian Jaya, tombée dans le giron indonésienen 1962 grâce à la complicité du gouverne-ment des Etats-Unis. Dans tous lescas, diverses causes se superpo-sent et s’amalgament pour provo-quer des troubles sans fin, souventétouffés par l’isolement que les in-sulaires cultivent. Ce qui fait qu’àl’extérieur l’opinion mondiale, te-nue dans l’ignorance par l’indiffé-rence des médias, a une impres-sion fallacieuse d’un grand calmecaractéristique du Pacifique.Une fois levées les contraintescoloniales, les antagonismes d’an-tan resurgissent. Les nouveauxEtats s’avèrent incapables de lesmaîtriser, quand ils ne les favori-sent pas. L’ordre basé sur le droitpositif est une notion étrangèreaux sociétés mélanésiennes.Crimes et châtiments sont pure-ment mercantiles, on les rachètesans passer en justice et encourirde peine. L’équilibre des vio-lences subies conduit seul à la ré-solution des conflits (4). A défaut, la vendet -ta perdure pendant plusieurs générations,jusqu’à épuisement. On ne compte plus lesagressions, traits distinctifs de la société mé-lanésienne, où des leaders émergent (BigMen) en regroupant autour d’eux desbandes armées (5). On veille alors à ne paslaisser s’éteindre des conflits qui permettentde contrôler de vastes territoires, en impo-sant une autorité de fer sur de nombreux fi-dèles.Poids de la “coutume”et ivresse du pouvoirL’égalitarisme coutumier, traditionnelle-ment distributeur des richesses et des hiérar-chies, bloque toute tentative d’accapare-ment du pouvoir ou d’enrichissement per-sonnel. C’est un frein au développement desstructures dérivant du droit européen. LaOctobre 2002 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 138 15La Nouvelle-Calédonie face à l’africanisation (1) de la Mélanésie,par le professeur François DOUMENGE1 Terme exprimant, à l’échelle subcontinentale, l’anarchie non maîtrisable à base ethno-culturel-le, induite par les décolonisations à l’instar de ce que l’Afrique noire révèle depuis 1960.2 Préconisée et institutionnalisée par Sir Ratu Mara, fondateur charismatique de l’Etat fidjien ;c’est la méthode de résolution des conflits par consensus substituant les négociations à la force: lePacifique insulaire est ainsi conçu comme devant être un “Lac de Paix”.3 Une patrouille de Rangers australiens découvrit en 1933 plus d’un million de Papous horticul-teurs restés au stade d’une civilisation néolithique dans les cuvettes intérieures de la Chaîne cen-trale de la Nouvelle-Guinée.4 En 1999, en PNG, après un banal accident de la route, deux tribus s’affrontèrent à l’arme lour-de. Les combats durèrent trois ans; ils se situèrent aux alentours de la ville de Mendi, chef lieu dela Province des Southern Highlands. Ayant perdu plus de 100 morts, les deux adversaires arrêtè-rent les combats en juillet 2002. Mendi, dont toutes les infrastructures sont à présent en ruine, enparticulier les services publics, a été désertée par ses habitants, devenant de fait une «ville fantô-me».5 Francis ONA établi, depuis 1988, au centre de Bougainville ; Harold KEKE retranché, depuis1999, sur la côte sud-est de Guadalcanal.Miliciens armés de Malaïta à Guiadalcanal (arch. TPM)
  2. 2. forme capitaliste de mise en va-leur se heurte à l’identité des au-tochtones, refusant de voir leursdroits d’usage remis en questionet limités pour satisfaire aux vo-lontés d’un État qu’ils ignorentdélibérément. Plantations indus-trielles, chantiers forestiers etsurtout sites d’extraction minière(6), sont périodiquement vic-times de sabotages et de mal-veillances, conduisant parfois àdes confrontations armées, du-rant de longues années (cas deBougainville), ce qui peut blo-quer leur exploitation et par ex-tension ruiner les formes les plusmodernes de l’économie.Pour l’ensemble des nouveauxÉtats mélanésiens, le pouvoir estavant tout un accès à l’argent fa-cile sans que, d’ailleurs, il n’y aitaucune échelle de référencepuisque l’économie et la gestionmonétaire sont totalement étran-gères aux concepts éthiques fon-damentaux des insulaires océa-niens. Les sources sont innom-brables et semblent inépuisables.L’argent public est perçu commeétant à disposition de ceux qui, àquelque titre que ce soit, jouissent d’uneparcelle d’autorité. Puiser dans les caissesde l’Etat semble aller de soi, y comprislorsque les sommes sont énormes. Lesbanques d’Etat semblent être faites pourdonner de l’argent aux gouvernants. On uti-lise aussi les faveurs et passe-droits, en par-ticulier les entrées en franchise du tabac etde l’alcool et les détaxations des grandesentreprises étrangères.La corruption pure et simple pour obtenirdes concessions forestières, des droits depêche, des droits miniers est toujours assi-milée à un échange mutuel de services. Ledétournement du patrimoine public n’estpas perçu comme délictueux. Le pouvoirconfère un droit de propriété à celui quil’exerce ; il peut donc s’en approprier, entout ou partie. Le blanchiment offshore pra-tiqué par des places financières non contrô-lées a commencé à intéresser la Mélanésie,ainsi que les pavillons et les passeports decomplaisance.Dans ce contexte il est normal de détour-ner à son profit immédiat, à celui de sonclan ou de son ethnie les aides internatio-nales, qu’elles soient institutionnelles ounon gouvernementales.Héritage colonial conflictuelLes partages coloniaux tardifs et la déco-lonisation bâclée du Royaume-Uni, desPays-Bas et de l’Australie sont à l’origined’inextricables conflits, tel notamment40 ans de résistance papoue en West Papua,ex Iran-Jaya, réaction au pillage indonésienqui, en réalité, est l’introduction d’un frontde l’Islam en Mélanésie.L’Indonésie indépendante (1949) n’occu-pera la moitié occidentale de la Nouvelle-Guinée, rebaptisée Irian Jaya, qu’en mai1963 grâce à l’entremise de l’ONU sous lapression directe du Président J.F. Kennedyet de son gouvernement. Cette interventionà courte vue, opérée pour des considéra-tions de circonstance, se révélera très vitecomme une plaie impossible à cicatriser,s’envenimant tout au long de quatre décen-nies. En effet l’administration hollandaiseavait, de 1950 à 1962, fondé les bases d’uneautonomie papoue qui ne durera que huitmois (décembre 1961-août 1962) mais quirestera gravée dans les mémoires commeles «prémices de l’indépendance». L’Indo-nésie trouve en Irian Jaya une terre d’élec-tion pour ses migrants (métis, commerçantsBugis et Macassars, fonctionnaires javanaiset surtout paysans de la transmigration).Aujourd’hui, les Indonésiens y sont plus de900.000, soit 42,5% de la population totalede ce territoire. Investissant lesnouveaux centres urbains etmonopolisant les activités lu-cratives, actuellement ils maté-rialisent parfaitement l’avan-cée du « front de l’Islam »,agressant en permanence lesautochtones animistes et chré-tiens. La mise en valeur, dansle cadre de vastes plantationsultra mécanisées ou sous formede coupes forestières et de sitesd’extraction minérale est me-née avec une grande fermetépar des groupes capitalistes oul’administration nationale. Cesintrusions brutales provoquentde vives réactions de la part desresponsables coutumiers : demanifestations de masse, onpasse de plus en plus aux sabo-tages. Ces troubles sont dure-ment réprimés par l’armée in-donésienne qui tire des profitssubstantiels de la protectiondes chantiers. Les hostilités quidurent depuis 40 ans ont faitplus de 100 000 morts et350 000 réfugiés. Ces dernierssont passés à l’Est, dans« l’Etat frère » de PapouasieNouvelle-Guinée. Brimés etmenacés les Papous soutiennent les coupsde main d’une « armée de libération» (Or-ganisasi Papua Merdeka).Les crises économiques et politiques de1997-1998 ont amené l’Indonésie à tenterde réduire les tensions, en proposant en1999 une large autonomie. Dans la formeproposée, elle fut rejetée unanimement parles Papous. En 2000, les affrontements vio-lents ont donc repris, tant à Nabire (février-mars) qu’à Sorong (juillet) et à Wanema(octobre). Deux « abcès de fixation » ris-quent d’en provoquer d’autres : les formesd’urbanisation anarchique présentes dans lacapitale Jayapura (ex Hollandia) où se mê-lent 200 000 habitants ; la présence d’uneforte majorité asiatique marginalisant lesPapous dans la conurbation de Timika quidessert les exploitations minières de Free-port.La révolte et sécession récente (2001) desMélanésiens du Timor oriental, envahi etannexé par l’Indonésie (1973) suite à l’ef-fondrement de l’empire portugais, amèneles leaders et l’opinion publique unanimedes Papous occidentaux à considérer qu’ilsont désormais de bonnes raisons et unexemple pour bientôt accéder, à leur tour, àl’indépendance.Papouasie Nouvelle-Guinée :du crime à la négation de l’EtatL’assemblage colonial hétéroclite de laNouvelle-Guinée allemande avec sa dépen-dance des Salomon du Nord et de la Pa-pouasie australienne entretient les rivalitéset suscite des vocations sécessionnistes quise nourrissent de la méfiance envers la no -menclatura corrompue de Port Moresby,une des capitales mondiales du crime.Octobre 2002 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 138166 Les gisements miniers causant le plus de problèmes sont :— En Papouasie Occidentale: Grasberg (Cie Américaine Freeport), dans les Highlands centraux.Les déblais atteignent le chiffre astronomique de 700.000 t/jour. Les réserves d’or sont de plus de100t et celles de cuivre de 32 millions de tonnes.— Dans l’île de Bougainville : Panguna (Rio Tinto) avait atteint 140.000t/jour de déblais avant sonarrêt en 1989.— Dans les Highlands de l’Ouest, près de la frontière indonésienne, Ok-Tedi (Broken Hill) déblaie100.000t/jour dans le bassin de la Fly river.Dans les Highlands du Centre, la riche mine d’or canadienne de Porgera (la troisième du monde)ne déblaie que 18.000 t/jour. Elle n’en a pas moins dû cesser son exploitation, fin août 2002, à la sui-te de sabotages de «propriétaires coutumiers » du lieu.Soldat papou avec fusil, arc et flèche garde l’immense minede Panguna, fermée depuis la guerre civile (arch. TPM)
  3. 3. Depuis 1984 les Salomonais de Bougain-ville mènent une insurrection séparatiste de-venue bien vite indépendantiste. Le blocusde l’île, où la mine de Panguna a cessé sesactivités en 1989, a entraîné des hostilitésrécurrentes qui firent au total plus de 15.000victimes. L’épuisement des protagonistespermettra un cessez le feu d’intervenir en1998. Après trois ans de négociations, unaccord de paix et de désarmement sera signéle 30 avril 2001 et approuvé par le Parle-ment national le 27 mars 2002. Cet accord,conditionné par le désarmement des insur-gés, prévoit dix ans d’autonomie élargie, de-vant conduire, dans un délai de 10 à 15 ans,vers un référendum sur l’indépendance.Sur l’île principale l’armée nationale,épuisée par dix ans de conflits, se révèle in-capable d’assurer l’ordre dans le pays, enparticulier sur les Hautes Terres où les tribussont en perpétuelle effervescence. Mais, lemal le plus profond de l’Etat de PapouasieNouvelle-Guinée provient surtout des acti-vités criminelles organisées en bandes (Ras -kals). Elles mettent en coupe réglée les ag-glomérations, en particulier Port Moresby(254 000 habitants dans son district autono-me) et Lae, porte des Hautes Terres, situéesur le golfe de Huon (100.000 habitants).Désormais, dans les agglomérations ur-baines les profits du crime dépassent ceuxde l’économie informelle. Port Moresby dé-tient en effet le record du monde en matièrede taux de criminalité, devant Dar-es-Sa-lam, Kampala et Johannesburg. Un « recen-sement » établi en 1995 a ainsi « dénom-bré » 32 343 “raskals” organisés en bande,7686 prostituées et 27 623 emplois infor-mels. Rien de surprenant à ce qu’un PremierMinistre, pris de boisson (Bill Skate), ait puse vanter un jour de 1998 d’être sorti desslums (taudis) et d’être devenu « leParrain » attitré des raskals de la ville.Salmigondis salomonaisContaminé par le conflit de Bougainvilleet les mœurs de Port Moresby, l’Etat salo-monais est en proie à des dérives sécession-nistes permanentes, en particulier dans l’ar-chipel de la Nouvelle-Georgie où la derniè-re génération des « chasseurs de têtes» étaitni plus ni moins celle des grands-parents desleaders actuels.L’explosion finale qui vient de mettrel’Etat post-colonial « hors course » dérivedes affrontements dont Honiara, capitaled’après guerre, a été le théâtre courant 2000.La ville était alors peuplée à 90% par lesgens de l’île voisine de Malaïta, ce qui fitpeur aux autochtones de Guadalcanal quivoyaient les emplois leur échapper, d’autantplus que l’implantation des migrants de Ma-laïta s’accompagnait d’une corruption sansmesure. Résolus à reprendre le contrôle dela situation, ils arment en mai-juin 2000 unemilice « Isabu Freedom Movement » quifait fuir 25 000 Malaïtais qui retournentdans leur île surpeuplée et célèbre pour sesviolences. Ceci entraîne l’arrêt de la mined’or de Goldridge et l’évacuation desgrandes plantations d’Unilever. Une contreOctobre 2002 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 138 17Intérieur d’une “maison des hommes”,Sepik, Papouasie. (arch. TPM)
  4. 4. milice d’autodéfense et de recon-quête « Malaita Eagle Force » estrapidement mise sur pied. Avecl’appui de la police, composée enmajorité de compatriotes, elles’empare de la capitale et du pou-voir d’Etat à l’issue d’un coup deforce perpétré le 5 juin 2000.Le désastre d’une guerre civileurbaine induit la paralysie totalede l’administration et des services,avec la perspective d’une disloca-tion généralisée de l’Etat archipé-lagique. Devant ce risque de sé-cessions en cascade, Australiens etNéo-Zélandais ont recours à la po-litique de la canonnière pour enimposer aux adversaires en pré-sence et obtenir l’arrêt au moinsapparent des affrontements (oc-tobre 2000). En dépit de nouvellesélections (décembre 2000), lestroubles persistent et la corruptionreprend tous ses droits dans la capitale fan-tôme alors que plus aucun secteur écono-mique ne parvient à fonctionner, hormis deschantiers forestiers où des coupes fréné-tiques sont entreprises par diverses compa-gnies prédatrices, en particulier d’originemalaises ou taïwanaises. Totalement à ladérive et coupé du monde réel, l’archipelsalomonais reste un foyer de troubles sus-ceptibles de déstabiliser la Mélanésie.Faillite du modèle fidjien :montée des prétoriensFondé sur le modèle de Westminster de-vant assurer la coexistence des autochtonesmaîtres des terres et des immigrés indiensau départ petits planteurs de canne à sucre,le modèle fidjien, subtil mélange de conces-sions et d’avantages réciproques, n’auraduré qu’une douzaine d’années.En 1987, deux coups d’état menés par lecolonel Rabuka imposent une reprise enmain du pouvoir au profit des autochtonesinquiets de la pression démographique etéconomique exercée par la communauté in-dienne qui s’urbanise et truste les postes decadres et de maîtrise dans les services et lesadministrations, tout en revendiquant l’ac-cès à la terre jusqu’alors monopolisée par lacommunauté mélanésienne.Une caste militaire d’autochtones fidjienss’est formée ; d’abord au sein de l’arméebritannique, puis elle s’est valorisée et pro-fessionnalisée dans une participation activeaux forces de maintien de la paix des Na-tions Unies (FINUL) dès 1978. Avec enpermanence un millier d’hommes opéra-tionnels, Fidji forge un instrument militairequi dépasse largement ses besoins mais qui,en réalité, est destiné à absorber et à canali-ser les énergies guerrières toujours valori-sées dans le système des chefferies autoch-tones. Ceci va conduire à la prise deconscience, chez les officiers, de leur res-ponsabilité de protection et de promotionenvers leur communauté. Destinée à stop-per la montée en puissance de la commu-nauté indienne, la prise de pouvoir organi-sée par les militaires mélanésiens a pour ob-jectif de promouvoir le développement éco-nomique et social des autochtones fidjienspar une politique active de « discrimina-tions positives ».Dès lors, les Indiens intimidés quittentleurs fermes et gagnent les villes, et surtout,ceux qui le peuvent s’efforcent d’émigreren Nouvelle-Zélande, en Australie, auxUSA ou au Canada pour y implanter leursactivités et leur famille dans un cadre sécu-risé. Le renouvellement des baux des fer-mages de terre est bloqué par leur renchéris-sement et, surtout, les Fidjiens retrouvent lamajorité dans leur État car la communautéindienne est saignée par une émigrationmassive (7).De la sorte, la majorité de population desFidji est à nouveau mélanésienne (en 2001,on compte en effet 54% de « mélano-fid-jiens » pour 40 % d’« indo-fidjiens »). Cecine va pas sans peser sur l’économie et per-turber la scène internationale. Mais, le re-tour au formalisme électoral amena tout demême en 1999 un Premier ministre tra-vailliste d’origine indienne. Un troisièmecoup de force intervint en mai 2000, sanc-tionnant les tensions toujours vives. Cettefois c’est la débandade chez les Indiensdont la fuite massive des cerveaux désorga-nise les services et pèse sur l’économie na-tionale.Finalement, en août 2001, un nouveauprocessus électoral donne une solide majo-rité aux Mélanésiens fidjiens. Ceci n’em-pêche pas les querelles de se poursuivre surfond de crise économique et sociale. Lesnuages s’amoncellent: chute de la monnaie,baisse des échanges et du tourisme, aug-mentation du chômage pèsent sur lesclasses défavorisées. L’agglomération deSuva, forte de 260.000 habitants, devient unfoyer de criminalité majeur. Lescomplots se succèdent et l’onpeut se poser la question, sur unfond de désagrégation de la clas-se aristocratique, si après avoireu « Neghib » Rabuka il ne setrouvera pas bientôt un« Nasser » chez les jeunes offi-ciers.Vanuatu : farces et attrapesSurgi bon dernier, le 30 juillet1980, sur la scène des indépen-dances mélanésiennes, le Va-nuatu naît de la fin de 75 ans decondominium franco-anglais surl’archipel des Nouvelles-Hé-brides. Dépourvu de richesses,donc d’intérêt, il ne pouvait queconnaître les histoires drôlesd’une longue opérette de « mé-nage à trois » : Français et Bri-tanniques s’efforçaient de rallier à leur cau-se et à leur intérêt le maximum de respon-sables autochtones. Mélanésiens particuliè-rement malicieux, ces derniers savaient par-faitement tirer parti de cette situation de sur-enchère. Mais comme pour toutes les rup-tures, sur scène comme dans la rue, il fautun drame pour en finir et changer de pièce :c’est ce qu’il advint en 1980.Le jeune Etat connut des conflits violentsentre une minorité francophone catholiqueet coutumière, appuyée par les colons plan-teurs, et une majorité anglophone anglicaneou presbytérienne fortement liée au milieudes commerçants. La prise en main des af-faires publiques par le parti anglophone ma-joritaire, conduit par le pasteur Walter Lini,entraîna des remises en cause radicales au-quel le pays n’était pas préparé: d’abord cefut la suppression du droit de propriété fon-cière pour les étrangers, ce qui provoqual’abandon des plantations spéculatives,bases de l’économie nationale. Puis, ce futle temps de la mise au pas des chefferies tra-ditionnelles, ce qui détermina une tentativede sécession dans l’île de Santo au Nord del’archipel, puis l’avènement d’une agitationautonomiste dans l’île de Tanna, au sud.Pour réprimer ces initiatives «régiona-listes » , le pouvoir central n’hésita pas àpratiquer la manière forte avec le concoursd’Australiens et de troupes de l’armée dePapouasie Nouvelle-Guinée. On dénombrapeu de morts, mais plusieurs milliers d’ar-restations et des départs sanctionnèrent cet-te répression. Le fait le plus marquant fut lafuite vers la Nouvelle-Calédonie de 3 500nationaux français ou assimilés (planteursd’origine européenne et surtout ni-vanuatufrancophones).Les délires du pouvoir finirent par provo-quer la mise en minorité du gouvernementdu pasteur Lini et des fâcheries entre anglo-phones pro ou anti Lini, permettant auxfrancophones restés sur place d’attiser lesdissensions de leurs adversaires tradition-nels, se complaisant même à nouer des coa-litions tour à tour avec les uns et les autres,nonobstant les choix des électeurs. Il y euainsi cinq gouvernements pour la seule pé-riode 1997-98.Octobre 2002 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 13818Le colonel Rabuka remerciant ses troupes après sonpremier coup d’Etat (1987). (arch. TPM)7 - Entre 1973 et 1986, 42.000 personnes partirent définitivement de Fidji (3.000 par an) ; à la sui-te des coups d’Etat fomentés par Rabuka, 62.600 autres émigrèrent entre 1987 et 1999 (4.800 paran) ; on atteint le chiffre de 5.275 en 2000 et même de 6 316 en 2001. Ces départs sans retour pro-grammé sont à 90 % le fait d’Indiens.
  5. 5. Dans la pauvreté générale, l’enrichisse-ment des politiciens et de leurs commen-saux éclate. Le personnel politique a enfindécouvert les rites incantatoires qui procu-rent l’afflux de l’argent et des richesses pro-mises aux adeptes desCargo Cults. Ce sont,d’abord, les signatures sur des effets ban-caires de complaisance et des traites sur leTrésor public, sur des dérogations doua-nières ou sur des concessions publiques.Ensuite c’est l’accaparement des dons af-fluant des aides internationales et non-gou-vernementales. Enfin, c’est toute l’écono-mie du « faux » et du « virtuel » : pavillonset passeports de complaisance, blanchimentde « l’argent sale » par un centre banquieroffshore comptant 68 banques et 556 socié-tés financières en 1999. Depuis l’Interacti -ve Gaming Act de juin 2000 et le recoursaux ordinateurs, un «casino virtuel » a ou-vert ses portes. Certes, la mise en route desjeux a été contrariée le 3 janvier 2002, lejour même de l’inauguration, par un trem-blement de terre de force 7,3 ; mais cet af-fairisme finit par inquiéter les grandes puis-sances, surtout depuis que la drogue a faitson apparition au nombre des trafics en tousgenres.Derrière une classe abondante de politi-ciens avides et retords se profilent en effetdes figures énigmatiques, particulièrementinquiétantes, telle celle de Dinh Van Than,homme d’affaires vietnamien non rapatriéen 1963 et depuis naturalisé ni-vanuatu.Mais le symbole du système qui réunit à luiseul tous les caractères distinctifs de ce petitmonde pittoresque reste Barak Sope : c’estun homme d’une cinquantaine d’annéesqui, après avoir préconisé un « socialismeengagé » dans le plus pur style tiers-mon-diste, rompt avec Walter Lini dont il étaitpourtant supposé recueillir la succession en1987, afin de lancer son propre parti poli-tique et plonger dans les affaires, devenantplusieurs fois ministre et même PremierMinistre (1999-2001) jusqu’à ce qu’il soitcensuré par le Parlement pour avoir signé,contre l’avis du ministre des Finances,« deux bons de garantie » de 18 et 5 mil-lions de dollars U.S au profit d’un hommed’affaire thaïlandais. Ceci lui a finalementvalu d’être condamné à trois ans de prisonpar la Cour suprême (juillet 2002). Une tel-le situation ne peut perdurer et les menacess’accumulent, venant à la fois de la fureurpopulaire génératrice d’émeutes et, surtout,du durcissement de forces armées diversesde plus en plus adeptes du coup d’Etat pourassurer leur solde.Entre mélanitéet francité :l’exception néo-calédoniennePar rapport aux autres archipels mélané-siens, la Nouvelle-Calédonie diffère de na-ture et d’échelle. Ses problèmes n’ont riende comparables à ceux qui touchent le restedu sous-continent. En fait, dans les années1970-80, il n’était pas question que la Fran-ce puisse envisager la fin de sa présence enNouvelle-Calédonie, à l’inverse des autrespuissances encore implantées en Mélanésie.En 2002, de par le statut évolutif de l’archi-pel, la question de l’appartenance à la sou-veraineté française ou de son abandon estmaintenant totalement entre les mains desressortissants du « pays » calédonien (suiteà l’adoption par référendum d’un statut delarge autonomie pouvant conduire à l’indé-pendance vers 2018).Depuis 1969, date d’apparition duconcept d’« indépendance kanak-socialiste », jusqu’aux élections régionalesde 1999 le rapport de force en Nouvelle-Ca-lédonie a toujours été de deux contre un enfaveur de la présence française (8). Pourune bonne part, c’est la perte du pouvoir na-tional par les partis de « droite » à l’issuedes élections de mai et de juin 1981 qui fitcroire à un changement rapide de sta-tut aux forces revendiquant la « resti-tution aux Kanak de la souveraineté »en Nouvelle-Calédonie, en s’ap-puyant sur la nouvelle coalition socia-lo-communiste mise en place au plannational.De fait, bien que largement minori-taire dans l’archipel, le FLNKS avaittrouvé à Paris des interlocuteursconciliants envers leur stratégie deprise de pouvoir. Il s’ensuivit locale-ment cinq années de troubles, carl’élément majoritaire regroupant au-tour du RPCR des Européens d’im-plantation plus ou moins ancienneavec des éléments asiatiques ou poly-nésiens arrivés plus récemment, l’es-sentiel des métis et un tiers des Méla-nésiens, ne voulut pas perdre l’ascen-dant acquis dans la vie de tous lesjours, comme dans les urnes, au fil desscrutins.Les conflits intercommunautairesdérivant de l’affrontement entre « Ka-nak » et « Caldoches » se sont soldéspar une cinquantaine de morts entre1984 et 1988. Ce bilan quinquennal,certes douloureux dans l’absolu, restetout de même deux fois moindre quecelui d’une simple moyenne hebdo-madaire en Papouasie Occidentale et d’unequinzaine en Papouasie Nouvelle-Guinée.Or le tapage médiatique en a été cent foisplus étendu. Il y a donc eu falsification desréalités, pouvant facilement induire auxFrançais de Métropole la conviction que laNouvelle-Calédonie va mal depuis les an-nées 1980, donc qu’elle n’évitera pas d’êtreatteinte par le «syndrome mélanésien ». Enfait, il n’en est rien car les bases écono-miques et sociologiques sont radicalementdifférentes de celles des archipels voisins.La Nouvelle-Calédonie, le territoire lemoins peuplé de la Mélanésie, est aussi ce-lui dont le développement se rapproche leOctobre 2002 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 138 21Désespoir de petits planteurs indiens deFidji devant leur maison incendiée lors ducoup d’Etat de Speight (2000). (Arch. TPM)8 Doumenge, J.-P. 2002, Le particula-risme de la N.-C., pp551-558 in “La Fran-ce et les Outre-mers, Hermès 32/23,CNRS Paris (TPM 133, p.46).
  6. 6. plus de la normalité des pays développésavec un PIB par habitant de 16 000 US$ en1998, soit environ six fois de celui des Fid-ji, 12 fois du Vanuatu, 17 fois celui de Pa-pouasie-Nouvelle Guinée et 20 fois plusqu’aux îles Salomon. La violence en Nou-velle-Calédonie ne peut donc être une don-née récurrente comme ailleurs en Mélané-sie, puisque la pauvreté n’y est pas générale.Mais ce qui distingue le plus la Nouvelle-Calédonie du reste du sous continent, c’estson intégration irréversible dans un systèmemondialisé par le biais de ses infrastructureset de ses fonctions. L’impact de la colonisa-tion s’y est fait sentir une ou deux généra-tions avant Fidji, et trois ou quatre généra-tions avant les autres pays. Ceci a permisd’amortir les conflits par une perméabilitéde la société autochtone que seul le tempspeut produire. En fait, à l’échelle de l’His-toire contemporaine, la Nouvelle-Guinée oules Salomon en sont actuellement au stadequi fut celui de la Nouvelle-Calédonie avantles années 1950.La colonisation française ayant étéconduite suivant des normes républicaines,« l’assimilation » des autochtones mélané-siens a toujours été le but assigné, même entermes lointains. Ceci est à l’opposé du sys-tème colonial anglo-saxon de large autono-mie des collectivités traditionnelles aboutis-sant en définitive au développement séparéet donc décalé des ethnies. L’évaluation dela politique coloniale française a été très jus-tement décrite comme fort en avance surson temps (9) et en cela elle a eu des effetsen profondeur sur le monde océanien.Quoique tardivement abordée (courantdes années 1970), la question foncière et lesrevendications coutumières mélanésiennesqui s’y rattachent ont pu être réglées de fa-çon pragmatique grâce à un important trans-fert de terres qui avaient été livrées à la co-lonisation, mais qui, depuis le « boom sur lenickel » de 1969-72, faisaient l’objet d’unesous utilisation chronique (45.000 ha de1978 à 1988, 65.000 ha de 1989 à 1998).Actuellement il y a, semble-t-il, saturationpuisque 40.000 ha acquis pour la réformefoncière ne trouvent pas preneur.D’une façon générale, la reprise des terresde colonisation par des groupements méla-nésiens, lorsqu’elle s’effectue, ne développepas d’activités agricoles fortement rémuné-ratrices. Cette récupération répond plus àdes raisons affectives à l’échelle de mul-tiples petits groupes traditionnels kanakqu’à des besoins économiques de l’en-semble de la communauté mélanésienne. Al’instar des Caldoches, les Kanak veulent àprésent profiter de la mine et de la ville, lesdeux vecteurs essentiels de la croissance etdu bien être matériel.Mondialisation et spécificitéssocio-spatialesEn ce début de XXIe siècle, la scène de laNouvelle-Calédonie est dominée par deuxphénomènes majeursqui s’expriment d’unepart dans la volonté de rentabilité maximaledu patrimoine minier (en triplant la capacitéde traitement local du nickel), d’autre partdans la mise en cohérence du Grand Nou-méa (agglomération d’environ 100 km2 éti-rée autour d’un site péninsulaire, le longd’un axe nord-ouest sud-est sur une centai-ne de km).Les représentants du FLNKS qui assu-ment le leadership politique de la Provincedu Nord comme celui de la Province desIles Loyauté, sont pour la plupart issus de lacommunauté mélanésienne et de ses tribus.Ils se sentent extrêmement concernés par ledéveloppement du secteur minier et métal-lurgique du Nord de la Grande Terre, dansla mesure où ce secteur d’activité détermineen moyenne 10% du PIB à l’échelle de laNouvelle-Calédonie, tout en présentant unpotentiel qui devrait permettre d’atteindre15% d’ici dix ans.Avec l’appui de la société Falconbridge,la SMSP contrôlée par des hommes duFLNKS s’évertue à mettre sur pied dans lesenvirons de Koné, la capitale provinciale duNord (très exactement sur la partie méridio-nale de la commune de Voh), une unité defonte du nickel d’environ 60.000 tonnes demétal, donc d’une capacité comparable àcelle de l’usine actuellement en service àDoniambo, dans la banlieue nord de Nou-méa.Dans le même temps, les politiques et deshommes d’affaires en position dominantedans la Province Sud, tentent avec leconcours de la société Inco de traiter an-nuellement (par procédé chimique et nonplus métallurgique) 54.000 t de nickel et5.400 t de cobalt. Ce dernier projet indus-triel risque de retarder, voire d’ajourner leprojet tenté dans le Nord. Dans le mêmetemps, le projet industriel du Sud situé dansla zone de Goro-Prony, à la jointure descommunes du Mont-Dore et de Yaté, per-mettrait de « recalibrer » l’agglomération deNouméa.Le développement de ce nouveau site in-dustriel induirait obligatoirement un remo-delage des réseaux et des grandes infrastruc-tures et fortifierait la progression d’une déjàpuissante Riviera à l’Australienne, lieu dedétente et de loisir, lieu de passage d’uneclientèle à haut pouvoir d’achat, donc lieuessentiel d’enrichissement du territoire. Enrestructurant la conurbation existante et en yintégrant le projet industriel de Goro-Prony,il faut évidemment assurer l’intégration har-monieuse des différents composants eth-niques et sociaux en évitant les ségrégationsde quartier et en résorbant les formes d’ha-bitat spontané localement dénomméessquats.La poussée urbaine attendue en grandebanlieue voit d’ores et déjà se développerune spéculation foncière sur une vasteOctobre 2002 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 138229 CROCOMBE R. 2001 - The South Pacificp.421 : After World War II France was at timesthe most progressive colonial power in the Paci-fic. France gave equal citizenship to all peopleirrespective of origin (which few colonial powersdid at that stage) and by 1957 had given its ter-ritories more autonomy than anywhere else inthe Pacific except Tonga.
  7. 7. échelle. Cette spéculation estpériodiquement l’occasion d’af-frontements entre les différentescomposantes de la populationde la périphérie du Grand Nou-méa. La constitution depuistrente ans, voire plus, de ghettosethniques est en effet une causepermanente de désordres.Les affrontements de la fin2001 et du début 2002 du MontDore ont mis aux prises les Mé-lanésiens de la tribu de St Louiset les Wallisiens installés sur unterrain mitoyen appartenant à lamission catholique. Ceci a faitprendre conscience de la néces-sité de maîtriser les formes ac-tuelles d’urbanisation desgroupes océaniens, mal préparés à la vie ci-tadine et à ses contraintes et donc toujourstentés à se replier sur eux-mêmes.La grande diversité ethno-culturelle quifait l’originalité de la Nouvelle-Calédonie,tant dans le contexte de la Mélanésie quedans celui de la France, ne s’épanouira defaçon harmonieuse que par une homogénéi-sation des genres et des niveaux de vie queseule une croissance de l’emploi et des re-venus peut favoriser. Ce ne sont pas telle-ment les violences physiques, politiques ouethniques, qui risquent de se propager, maissi on n’y prend pas garde, des conflits so-ciaux durs qui peuvent surgir pour obtenirun meilleur « partage du gâteau ». Le gou-vernement français, pourvoyeur du tiers dela richesse locale à travers le financementdes services publics et des grandes infra-structures, reste donc plus que jamais l’ar-bitre indispensable dans un jeu dichoto-mique où s’affrontent une société industriel-le cosmopolite riche (dite « cal-doche ») et une société agraire au-tochtone (dite « kanak ») qui n’arri-ve pas à se réformer au contact d’unmonde extérieur car elle ne partageque très partiellement ses valeursconstitutives. L’Etat est le seul ac-teur capable de mettre en œuvre du-rablement une politique généreusedes ressources et des emplois quipermette de faire progresser les fon-dements contractuels d’une sociétéinsulaire pluriethnique et solidaire.C’est sous cet angle qu’il faut consi-dérer les accords de Matignon(1988) et de Nouméa (1998).Tout en bénéficiant d’une audien-ce incontestable comme référant ins-titutionnel, l’Etat français est de plusen plus tenu à distance du jeu poli-tique local inscrit sous le signe d’unelarge autonomie. Il n’est donc pastoujours facile à ses représentants depondérer les prise de positions ex-cessives de certains acteurs locauxde la vie publique. Toutefois, mêmesi on risque d’aboutir, faute de réali-sation d’un projet industriel dans leNord, à une véritable désertificationde l’intérieur de la Grande Terre ca-lédonienne, la pression qu’exerce leRPCR sur le FLNKS par l’intermédiaire desindépendantistes « modérés » de la FCCIdevrait permettre de dépasser le conceptd’indépendance au sens de « pleine souve-raineté », puisque vraisemblablement syno-nyme de régression économique et sociale,ce que pratiquement personne n’envisageou ne souhaite. La Nouvelle-Calédonien’est ni plus ni moins que le contre-modèlede l’Africanisation du reste de la Mélanésie.ConclusionLa Nouvelle-Calédonie dérive de plus enplus vers l’Australie dont elle partage déjàbien des échelles de valeur, mais en assu-mant sa grande diversité ethno-culturelle.Les autres archipels mélanésiens s’enfon-cent par contre dans la crise car dans le Sud-Ouest Pacifique l’Australie n’a pas la taillecritique pour assumer le poids du “trounoir” mélanésien. Avec seulement 20 mil-lions d’habitants, une économie sensibleaux variations des cours de ma-tières premières et des produitsagricoles, et surtout une cohabita-tion difficile des communautésculturelles, l’Australie n’arrive pasà assumer convenablement le rôlemoteur qu’on peut attendre d’elle àl’échelle du Pacifique Sud. Lemontant de l’aide qu’elle y consentn’est que de 265 millions de dol-lars US sur un total de 765 millionspour l’ensemble du monde, l’es-sentiel allant au Sud-Est asiatique.A l’échelle du Pacifique, la Mé-lanésie constitue en définitive unensemble trop pesant pour êtreparfaitement maîtrisé. Par compa-raison, le cumul de la Micronésieet de la Polynésie ne représente que 1,2% del’espace mélanésien en superficie et 12,2%en population. En fait, les Polynésiens etMicronésiens profitent plus ou moins direc-tement d’une “prise en charge” par lesEtats-Unis, la Nouvelle-Zélande et la Fran-ce dont il peuvent utiliser les passeports et larésidence. Au recensement de 2001, oncomptait en Nouvelle-Zélande 232000 rési-dents originaires des îles polynésiennes,alors que celles-ci n’en abritent que320 000. Si on ajoute les 526 000 Maorisnatifs du lieu, la Nouvelle-Zélande est à pré-sent au quart polynésienne.En ce qui concerne les Etats-Unis, qui fo-calisent leur intérêt avant tout vers l’Asie duSud-Est économiquement plus intéressante,ils hébergeaient en l’an 2000 environ200 000 Océaniens (140 000 Polynésiens et60 000 Micronésiens) sur leur territoirecontinental et 242 000 autres au sein de lapopulation de 1,2 millions d’habitants del’archipel de Hawaii (182000 autochtoneset 60 000 migrants, dont la moitié des Sa-moa américaines.)Les conflits océaniens actuels que pour-rait occasionner une mauvaise gestion dela diversité ethnique s’évacuent donc ac-tuellement par l’émigration vers Honolu-lu, Los Angeles et Auckland.Quant à la France, si elle sait continuer àmaintenir la loi et l’ordre républicain, elleévitera bien des ennuis. De plus, elle pour-rait servir de référence à une autre formede Pacific Wayoù la substitution de la né-gociation aux violences se réalise par lapromotion d’un haut niveau de vie partagépar le plus grand nombre : c’est le fonde-ment même de la « conciliation durable »des communautés ethno-culturelles, et àterme, de l’unification de la société parmétissage généralisé des hommes et desvaleurs de convivialité qui est fort avancéeen Polynésie française et qui doit être lebut à atteindre en Nouvelle-Calédonie.François DOUMENGELe présent article est présenté sous for-me condensée dans le numéro spécial dela revue “Conflits Actuels” consacré àl’Outre-mer français et à ses environne-ments régionaux.Octobre 2002 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 138 23Rapports de force inter ethniques en 2001(populations exprimées en milliers d’habitants)

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