Belinked Newsletter2

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Be-linked Business & Community Intelligence a le plaisir de vous offrir le second numéro de B&C Brief, la lettre d\'information professionnelle sur les relations entre les entreprises et les Organisations de la Société Civile. Diffusée tous les deux mois, B&C Brief vous donne les clefs pour décrypter et analyser les enjeux de la relation ONG/ entreprises sous un angle transversal et international.

Interviews d\'acteurs de terrain, partage d\'expériences et vision de la relation ONG/entreprise, ce mois-ci, en plus de nos rubriques habituelles, notre « Zoom Région » s\'intéresse à l\'Asie.
5 leaders de la distribution mondiale épinglés par une ONG sur la thématique des droits des travailleurs dans le secteur du textile en Asie.
Un entretien avec un activiste birman reconnu, qui expose sa vision de la société civile en Birmanie et des relations avec les entreprises.
La responsabilité sociale des entreprises en Chine est-elle en marche ? Une association professionnelle basée à Hong Kong nous donne son point de vue.
Dans les hauts plateaux tibétains, un entrepreneur social nous montre comment faire le lien entre éleveurs nomades, enjeux environnementaux et développement.
Une ONG indienne de développement exprime sa vision des relations ONG/entreprise et son engagement pour prouver que « l\'économie n\'est pas le domaine exclusif des entreprises ».

A partir du 3ème numéro en septembre, B&C Brief deviendra payante (2 numéros gratuits + 6 numéro par an = 300 euros HT pour les entreprises / 150 euros HT pour les associations, chercheurs et étudiants).
Abonnez-vous dès à présent / Détails des tarifs et des modalités de souscription dans le formulaire joint à ce mail et sur notre site Internet www.be-linked.net

Dear English-speaking readers,
Be-linked Business & Community Intelligence has the pleasure to share with you the second issue of B&C Brief, the professional newsletter on private sector/NGO relationships (in French).
We are happy to announce that the English version of B&C Brief will be available as of September 2009. If you are interested in receiving the 1st English issue for free, please send us an email at brief@be-linked.net

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Belinked Newsletter2

  1. 1. NEWSLETTER n°2 EDITO juin 2009 QUAND LES ONG MONTENT AU CRÉNEAU Ces deux derniers mois ont été jalonnés de nombreuses actualités liées à la relation ONG/Entreprise en France. Deux d’entre elles ont retenu notre attention. Au même titre que les entreprises, notées par des observateurs extérieurs, un certain nombre de sommaire projets ont vu le jour ces derniers mois pour proposer d’évaluer les associations et les ONG : IDEAS, NGOSCAN, certification AFNOR, ESSEC... Parmi eux, le baromètre de transparence de la Fondation Prometheus. A l’origine du débat, une question d’un sénateur du Nord (UMP) au Ministre des Affaires Etrangères et Européennes, proposant la création d’un label «société civile», sur la base des résultats de ce baromètre. Avant d’aborder le débat, il est important de rappeler que le nombre de contrôles Intro que subissent les ONG est déjà important, même s’ils sont mal connus du grand public (hormis Edito p.1 peut être le Comité de la Charte). On peut citer notamment la Cour des Comptes, les dispositifs Be-linked p.1 d’évaluation comme le F3E, l’Union Européenne lorsqu’elle attribue des aides etc. La réaction officielle Zoom événement p.2 de Coordination Sud, appuyée par la Conférence Permanente des Coordinations Associatives (CPCA), au baromètre Prométhéus, nous semble très importante. Elle est significative de la capacité des ONG à Nouvelles des cinq continents se positionner et à défendre leurs points de vue de façon organisée, et sur la base d’une argumentation p.3 & 4 solide. Cette actualité est passée quasiment inaperçue mais préfigure sans aucun doute les prémices de débats de plus en plus nombreux dans les années à venir, entre le monde associatif et le monde des entreprises, sur les questions de transparence et de légitimité. Zoom sur une region : Asie Repères p.5 Le grand public se positionne également sur la question en jugeant (d’après le sondage WWF/IFOP paru fin avril) à 68% utile le rôle de dénonciation des mauvaises pratiques des entreprises par les Flash partenariats p.6 ONG et en plébiscitant à 78% les partenariats ONG/entreprises. La capacité du WWF à se remettre Interviews en question et à ouvrir le débat sur des enjeux forts pour son financement et son positionnement est notable. Ethique sur l’Etiquette p.7 & 8 Avec du recul, on peut analyser ces deux actualités comme des initiatives démontrant que les ONG Community Business p.9 ne restent plus passives, et que la relation aux entreprises est devenue un point de débat, un levier ISD partners p.10 & 11 d’action stratégique, qu’il s’agisse de défendre des positions, occuper le champ du débat politique ou GHRE p.12 renforcer sa propre connaissance du sujet pour continuer à être crédible et faire avancer la prise en compte des questions sociétales et environnementales par les entreprises. INDP p.13 & 14 Flash secteur huile de palme p.15 En vous souhaitant une bonne lecture Jérôme Auriac, Directeur Général de Be-linked Business & Community Intelligence Pour aller plus loin p.16 QUELQUES MOTS SUR BE-LINKED / Agenda BUSINESS & COMMUNITY INTELLIGENCE p.16 Les entreprises sont souvent démunies face à l’ampleur et la difficulté de décrypter le mouvement associatif dans le monde. Se croisent aujourd’hui les enjeux de Responsabilité Sociale des Entreprises Quoi de neuf chez Be-linked ? (RSE), de Responsabilité du Secteur Associatif (RSA), d’influence, de réputation, la mutation du p.17 mécénat vers de nouveaux modèles économiques intégrant les savoirs faire des ONG. Notre mission : intégrer les relations avec la société civile au cœur de la stratégie de l’entreprise, en vue de créer de la valeur, durablement.
  2. 2. ZOOM EVENEMENT – IMPACT DU MECENAT AU SOCIAL BUSINESS Retour sur la rencontre organisée par Novethic et Be-linked sur le thème « Impact du mécénat au social business », le 19 Mai 2009 La rencontre Novethic-Be-linked a permis de regrouper autant d’ONG (50) que d’entreprises (52) et de débattre sur la question de la possibilité de mesure de l’impact social. Si l’on a pu voir au cours des discussions que les approches méthodologiques et stratégiques divergeaient selon les secteurs/entreprises ou enjeux des ONG de terrain, en revanche le constat d’une nécessité d’aborder cette question de l’impact social/sociétal a été unanime. Améliorer l’efficacité ou réorienter les stratégies de philanthropie, développer des modèles économiques innovants ou justifier d’une utilisation efficiente des fonds publics : HSBC, DANONE et Agrisud International nous ont montré très concrètement à quel point la question de la valeur sociétale des actions menées devenait un élément clé des pratiques de management et de développement des projets. S’il faut encore rester modeste sur la question de l’évaluation de l’impact sociétal à proprement parler (qui fait l’objet de débats dans le monde entier*, notamment parce que les méthodologies appliquées ou inventées sont encore trop neuves), on peut tirer un certain nombre d’enseignements des témoignages sur les modalités de mise en œuvre et de suivi des initiatives et de leur impact. Notamment, que la conjugaison de savoir faire associatifs et managériaux (au sens de l’entreprise) est incontournable pour réussir une collaboration, renforçant ainsi la nécessité de créer une base commune d’outils de dialogue et de management des projets. Lire à ce sujet l’article du Monde publié le 4 juin dernier « l’entreprise solidaire : un modèle anti-crise » qui revient notamment sur cette rencontre sur www.be-linked.net NOUVELLES DES CINQ CONTINENTS Cette rubrique est destinée à illustrer la thématique des relations ONG/entreprises par des expériences, des initiatives innovantes que nous avons repérées dans différentes régions du monde. Newsletter Be-linked n°2 - page 2
  3. 3. NOUVELLES DES CINQ CONTINENTS AMERIQUE DU NORD SHELL (NIGERIA) USA La compagnie pétrolière Shell, accusée de com- devant la justice américaine. Shell s’évite ainsi un www.mosop.org plicité avec l’ex-junte du colonel Sani Abacha procès. dans l’élimination de l’écrivain et militant écolo- Le Mosop avait dénoncé à l’époque les dégâts giste nigérian Ken Saro-Wiwa en 1995 ainsi que environnementaux causés par l’exploitation pétro- de 8 autres dirigeants du Mouvement pour la sur- lière dans le delta du Niger ainsi que l’absence de vie du peuple Ogoni (Mosop), a accepté, le 8 juin partage des recettes avec les populations locales dernier, de payer la somme de 15,5 millions de et avait réussi à interrompre les activités de Shell. dollars (112 millions d’euros) pour régler le litige RAIN FOREST ACTION NETWORK / SECTEUR BANCAIRE USA Après le succès de sa campagne contre le groupe qui sont considérées selon la RAN comme les http://ran.org Citygroup, Rainforest Action Network (RAN) continue banques leaders de ce type d’investissements. à dénoncer les logiques d’investissement des ban- Leur campagne incite les clients de ces ban- ques sur le problème du réchauffement climatique. ques à clôturer leurs comptes et à se tourner Ce sont cette fois les investissements réalisés vers d’autres banques plus responsables. Un dans le domaine de l’énergie fossile du char- ensemble d’outils, comme par exemple des bon, énergie particulièrement polluante, qui sont lettres types à envoyer par les clients, est mis la cible de l’ONG et plus précisément, la Bank of à disposition sur le site Internet de la RAN. America, la Citi et la Royale Banque du Canada, AMERIQUE DU SUD FONDATION AVINA La fondation AVINA travaille depuis 2 ans à un pro- les Objectifs du Millénaire pour le Développement. BRÉSIL gramme commun intitulé « Nouvelles Alliances » Si le programme fait la part belle à la mise en avant avec New York University pour faciliter les interactions de projets, on attend impatiemment les publications www.avina.net entre pouvoirs publics, ONG et entreprises. et résultats du suivi desdits projets en matière d’im- Elle a lancé en 2008 un prix qui récompense 10 pro- pact et de bonnes pratiques réplicables. A suivre… jets de partenariats remarquables, et s’inscrit dans CEMEX / ASHOKA Cemex, 3e producteur mondial de matériaux de initiatives les plus abouties pour offrir une solution de construction et Ashoka, association mondiale d’en- logement aux populations défavorisées (programme MEXIQUE trepreneurs sociaux, ont accompagné plusieurs di- d’épargne et de crédit, garantie des prix durant deux www.cemexmexico.co zaines de milliers de familles à faibles revenus à se ans, services d’aide à la construction…). construire une maison décente à un prix abordable Les finalités du projet sont à la fois économiques au Mexique. (accéder à de nouveaux clients jusqu’ici inaccessi- Cette initiative, intitulée « Patrimonio Hoy » (patri- bles) et sociales (améliorer les conditions de vie de moine aujourd’hui), est considérée comme une des ces familles). EUROPE/RUSSIE CCFD/ OXFAM Oxfam France - Agir ici, en partenariat avec le CCFD*- fiscaux, une somme qui permettrait largement de fi- Terre Solidaire viennent de lancer la campagne nancer des services publics de santé et d’éducation « Hold-up international », qui prône une réforme du pour tous. France cadre juridique européen pour réguler l’activité des Une pétition adressée à Nicolas Sarkozy est en ligne, www.oxfamfrance.org multinationales dans les pays en développement. ainsi qu’une déclaration d’engagement déclinée en Selon les 2 ONG, en l’absence de règles internatio- 5 propositions et soutenue par une vingtaine de can- nales, certaines entreprises commettent au sud des didats aux élections européennes. abus « inacceptables ». Pas moins de 125 milliards d’euros s’échapperaient chaque année des cais- *Comité Catholique contre la Faim ses des pays en développement vers des paradis et pour le Développement page 3 - Newsletter Be-linked n°2
  4. 4. NOUVELLES DES CINQ CONTINENTS : SUITE EUROPE/RUSSIE LAFARGE / CARE Lafarge, leader mondial des matériaux de construc- de lutte contre le VIH et le paludisme dans d’autres tion, et Care, association de solidarité internationale, pays, développement d’un outil d’évaluation de l’im- France viennent de conclure unernouveau partenariat sur pact social et économique sur les communautés des www.carefrance.org 3 ans, qui fait suite à un 1 accord de 5 ans, portant actions réalisées par Lafarge, lancement d’un pro- principalement sur le thème de la lutte contre le VIH gramme à destination des populations pauvres dans /Sida en Afrique. les pays émergents afin d’accéder à un habitat de Ce partenariat prolonge l’engagement dans le do- meilleure qualité, avec un projet pilote qui démarre maine de la santé du groupe et prévoit 3 nouveaux déjà en Indonésie. programmes plus orientés sur la contribution écono- mique et sociale : diffusion du savoir faire en matière AFRIQUE SOFALA INVESTMENT LDA Sofala Investment LDA, entreprise privée dirigée par Pour faire face à l’épidémie du VIH/SIDA qui sévit MOZAMBIQUE un entrepreneur social Allan Schwartz aide, avec le dans ces communautés, un partenariat a été initié Centre du Commerce International (CCI), les com- avec l’ONG locale Formation internationale pour les munautés pauvres des forêts menacées de dispa- orphelins et leur survie (TIOS), qui offre désormais rition de la province de Sofala au Mozambique à aux communautés une formation sur le VIH/SIDA développer et exporter de façon durable des bijoux axée sur la prévention, le traitement et les soins à en bois et lance des programmes de reforestation à domicile. petite échelle. SÉNÉGAL - MICROSOFT MICROSOFT Pour lutter contre lala fracture numérique Nord/ lutter contre fracture numérique Nord/Sud En partenariat avec plusieurs ONG locales, le pro- loppement. SÉNÉGAL Sud, Microsoft a développé un programme dit de dans le secteur des NTIC, Microsoft a développé un gramme s’adresse à la fois aux ONG locales, élèves En partenariat avec plusieurs enseignants, le pro- « citoyenneté » de « citoyennetépays d’Afrique de programme dit dans plusieurs » dans plusieurs et adultess’adresse à la modules enseignants, élèves gramme à travers des fois aux de formation, des www.sn.resafad.org l’Ouest et du Centre, dont le Sénégal, dont le Sé- pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, pour aider programmes d’e-learning dans les écoles... Microsoft et adultes à travers des modules de formation, des www.microsoft.com les communautés à communautés à à utiliser ces négal, pour aider les avoir accès et avoir accès et finance également plusieurs projets d’ONGMicrosoft programmes d’e-learning dans les écoles... locales nouvellesces nouvelles technologies. Outils de trans- à utiliser technologies. Outils de transmission des en lien avec les NTIC. finance également plusieurs projets d’ONG locales connaissances, les NTIC peuvent aussi constituer mission des connaissances, les NTIC peuvent aussi en lien avec les NTIC. des leviersdes leviers en terme de développement. constituer puissants puissants en terme de déve- ASIE GRAMEEN BANK / BASF L’institution de crédit créée par Mohammed Yunus, la combattre la malnutrition, qui touche plusieurs mil- Grameen Bank, et le géant allemand leader mondial lions d’enfants dans le pays. BANGLADESH de l’industrie chimique, BASF, s’associent pour créer BASF, qui débloque la somme de 200 000 euros www.basf.com une entreprise sociale au Bangladesh. de capital, mettra à disposition 100 000 filets an- Cette joint-venture, qui a comme ambition de deve- ti-moustiques ainsi qu’un million de sachets de vi- nir un « social business », est destinée à améliorer tamines. Des micro-crédits seront proposés par la la santé des populations bangladaises en rendant Grameen Bank à ses clients pour l’achat de vitami- accessible 2 produits commercialisés par BASF : nes, ainsi que des contrats de leasing pour les filets des moustiquaires, pour lutter contre le paludisme anti-moustiques. et des sachets de compléments alimentaires pour GREENPEACE MICROSOFT SÉNÉGAL - VERSUS TATA Pour lutter contre la fracture numérique Nord/Sud et adultes à laissez pas modules de les tortues », La mini-automobile, Nano, lancée en mars dernier Intitulée « Ne travers des Tata anéantir formation, des INDE par lele secteur des NTIC, et vendue a développé un l’ONG a notamment incité le public à inonder les dans groupe Tata en Inde Microsoft pour la somme programmes d’e-learning dans les écoles... Microsoft www.greenpeace.org programme dit euros, suscite une vaste polémique finance également du groupe en suivant une pro- record de 1 500 de « citoyenneté » dans plusieurs lignes téléphoniquesplusieurs projets d’ONG locales au sein de l’ONG Greenpeace. Centre, dont le Sé- cédure établie, et des activistes ont bloqué le siège pays d’Afrique de l’Ouest et du en lien avec les NTIC. négal, pour aider les communautés à avoir accès et A Dhamra, en Inde, Tata construit un port gigantes- du groupe en Inde. Tata prévoit également de décli- à utiliser ces nouvelles technologies. Outils de trans- que qui menacerait selon l’ONG des centaines de ner son approche « bottom of the pyramid » dans le mission des connaissances, les NTIC peuvent aussi milliers de tortues olivâtres qui viennent pondre leurs secteur du logement, avec la construction de 1 000 œufs chaque année. Greenpeaceen lancé une cam- appartements près de Mumbai, vendus entre 7 000 constituer des leviers puissants a terme de déve- loppement. pagne offensive contre Tata pour demander l’arrêt de et 13 000 dollars l’unité. la construction du port qui aurait déjà été suivie pro- En partenariat avec plusieurs ONG locales, le par plus de 100 000 personnes aux enseignants, élèves gramme s’adresse à la fois dans le monde. Newsletter Be-linked n°2 - page 4
  5. 5. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE Chiffres clés, repères, points de L’Asie a été témoin d’une croissante économique forte ces dernières années, avec une moyenne vue d’experts et d’acteurs de de 6% par an. Les pays à revenus moyens (middle income countries – MICs) sont au premier terrain confrontés à la relation plan de cette croissance. Les investissements les plus importants dans la région concernent les ONG/entreprise dans leurs secteurs énergie, transport, agriculture, et urbain. régions du monde. Focus sur Néanmoins, la croissance ne s’est pas traduite en une réduction de la pauvreté, et la région l’Asie pour ce 2e numéro. abrite encore 620 millions de pauvres. Même si dans un certain nombre de pays, la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) connaît des progrès non négligeables, il est clair qu’ils ne seront pas atteints en 2015. Les problèmes liés aux inégalités croissantes, à l’exclusion sociale et aux discriminations, en particulier envers les populations marginalisées et fragilisées, sont toujours présents et continuent à entraver le développement économique et social de la région. REPÈRES Chiffres clés Nos recommandations de lecture « La fabrique des femmes – du village à l’usine, L’Asie compte près de 3,5 milliards d’habitants (dont deux jeunes chinois racontent » 1,3 milliards en Chine, 1, 1 milliard en Inde, 226 mil- de Leslie Chang, éditions Belfond lions en Indonésie et 159 millions au Bangladesh) Rapport de la Banque Asiatique 37% de la population mondiale se trouvent de Développement 2009 aujourd’hui en Chine et en Inde. En 2028, la popu- www.asia-studies.com lation indienne devrait surpasser celle de la Chine Civil Society and Political Change in Asia La majorité des grandes mégalopoles mondiales www.sup.org/ se trouvent en Asie, et principalement en Inde Shaping Globalization: Civil Society, Cultural Power L’espérance de vie est de 64 ans en Asie du Sud et and Threefolding, by Nicanor Perlas de 72 ans en Asie de l’Est et du Pacifique www.globenet3.org/ Rapport Cash! du Collectif de l’Ethique Asie du Sud sur l’Etiquette La mortalité infantile est de 500 pour 1000, un des www.ethique-sur-etiquette.org OBJECTIFS taux les plus forts de tous les pays en voie de déve- DU MILLÉNAIRE EN ASIE loppement Rapports du PNUD Bien que l’Objectif 1 « Combattre 71 millions de personnes vivent dans un pays tou- Opportunités et perspectives l’extrême pauvreté et la faim », est ché par un conflit. du microcrédit en Inde en passe d’être atteint (entre 1990 www2.undprcc.lk et 2004, la proportion de population 66% : c’est le taux d’augmentation de l’urbanisation vivant en dessous du seuil de 1$ d’ici 2025 – soit près de 500 millions de personnes Tackling corruption, transforming lives qui rejoindront les villes http://hdr.undp.org a chuté de 31 à 17%), il est à noter que ces progrès sont très inégalement Entre 2 et 3,5 millions de personnes sont atteintes A future within reach 2008 (ONU/ADB) répartis parmi les pays de la région, du VIH sida www.mdgasiapacific.org dont certains connaissent une aug- mentation dramatique des inégalités. Asie de l’Est et du Pacifique Liens utiles www.mdgmonitor.org Grassroots Voices www.whiteband.org 90% des enfants sont scolarisés. www.grassrootsvoices.net http://asiapacific.endpoverty2015.org Les consommations d’énergie ont doublé entre 1990 Asian Development Bank on NGOs www.mdg-sa.net et 2007 pour atteindre 2,4 milliards de tonnes www.adb.org/NGOs www.mdgasiapacific.org de pétrole, soit 20% de la production mondiale. www.adb.org Development Asia Près de 42% des Indonésiens vivent avec 1 à 2 $ http://development.asia par jour. Grameen Bank 70% des forêts tropicales auraient été détruites en www.grameen-info.org/ Indonésie en 50 ans 159 millions de chinois ont plus de 60 ans, soit Centre de Recherches pour le Développement Inter- 12% de la population du pays national (Mondialisation et Asie du Sud-Est) www.idrc.ca/ Source : Banque Mondiale 2007 page 5 - Newsletter Be-linked n°2
  6. 6. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE FLASH PARTENARIATS CAMBODGE : AGRISUD/ACCOR INDE : IKEA/UNICEF Au Cambodge, Accor travaille avec Agrisud depuis IKEA et l’UNICEF ont développé dès 2000, un 1er 2004 pour soutenir la production maraîchère de pe- partenariat avec le Gouvernement indien pour lutter tites exploitations familiales dans la région de Siem contre le travail des enfants dans la région de pro- Reap. 10% de leur production de fruits et légumes duction des tapis dans près de 500 villages de la destinée aux touristes sont achetés par le Sofitel région de l’Uttar Pradesh oriental et financé à travers Royal Angkor. Ce partenariat concerne plus de 750 une vaste opération internationale de produits-par- personnes et permet à des exploitants de diversifier tage. IKEA a annoncé en février dernier qu’elle ren- leur production et leurs débouchés. Accor va trans- forçait son appui en offrant 48 millions de dollars poser cette démarche à Phnom Penh, où le Groupe aux programmes de l’UNICEF en Inde. IKEA devient ouvre prochainement un Sofitel. Un projet pilote donc la plus importante entreprise partenaire d’IKEA a été lancé dans la Province de Kandal visant à déve- avec plus de 180 millions de dollars sur la période lopper des activités diverses, telles que l’élevage de 2000-2015. Le partenariat s’est maintenant diversi- porcs et de volailles et la culture de champignons. fié sur d’autres thématiques comme la santé, l’édu- cation et la protection des enfants et des femmes. www.accor.com www.unicef.org INDONÉSIE : UNILEVER/OXFAM Unilever et Oxfam ont publié un rapport commun sur l’étude des liens entre création de richesse et réduc- tion de la pauvreté en Indonésie. Dans ce rapport, premier du genre à être aussi fouillé et rendu pu- blic, les deux organisations dressent le bilan complet des impacts économiques et sociétaux de la multi- nationale. Toute la chaîne de création de valeur est étudiée, des enjeux macro jusqu’aux impacts micro économiques. On y apprend notamment que près de 300 000 personnes sont directement concer- nées par la chaîne de création de valeur d’Unilever (pour 3 000 employés directs et 4 000 indirects) sur place. Et dans le même temps, que la participa- tion à la chaîne de création de valeur telle que créée par Unilever en Indonésie ne signifie pas forcément amélioration des conditions de vie. Executive summary www.unilever.com BANGLADESH : CARE/BATA L’ONG de solidarité internationale Care et le groupe de chaussures Bata travaillent ensemble depuis 2005 au Bangladesh pour mettre en place des filières de vente économiquement viables des produits de la marque en zone rurale, permettant à des centaines de femmes de sortir de l’extrême pauvreté et de gagner un salaire médian national. 1 500 femmes formées par Care distribuent les produits Bata en porte à porte en zone rurale. Un système de platefor- mes relai, permet également de gérer les différents aspects du programme. Les intérêts stratégiques pour Bata dans ce projet sont à la fois d’introduire des produits dans des zones difficilement accessi- bles et à faible pouvoir d’achat, tandis qu’il permet à Care de créer des opportunités d’emploi et d’amé- liorer les revenus de ces femmes. www.carefrance.org Newsletter Be-linked n°2 - page 6
  7. 7. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE VIOLATIONS DES DROITS DES TRAVAILLEURS INTERVIEW DU SECTEUR TEXTILE EN ASIE : 5 ENSEIGNES DE LA DISTRIBUTION MONDIALE EPINGLÉES Mme Maïté Errecart, Présidente du Collectif de l’Ethique Comment travaillez-vous avec les entreprises ? sur l’Etiquette. A l’occasion de la sortie récente du Nous agissons via des campagnes d’opinion et nous rapport « CASH! Pratiques d’approvisionnement de allons au devant des professionnels pour discuter la grande distribution et conditions de travail dans avec eux des progrès qu’ils sont susceptibles de l’industrie de l’habillement », la présidente du Collectif faire. Mais nous n’excluons pas de pouvoir dénoncer nous parle des enseignements de ce rapport et de leur des comportements qui ne sont pas satisfaisants. travail en direction des entreprises pour faire évoluer les Nous relayons par ailleurs les appels urgents de peu- droits humains au travail. ples solidaires qui portent sur des violations notoires de droits humains dans les pays du Sud et nous es- Quelles sont les spécificités de votre collectif, sayons d’influer sur l’entreprise européenne qui est ses missions, ses actions ? en lien avec les faits précités pour que des mesures Structuré en association et branche française du correctives soient mises en place. Certains de nos Mme Maïté Errecart, réseau international « clean clothes campaign », membres participent aussi aux travaux de norma- Présidente du Collectif de l’Ethique le Collectif regroupe une vingtaine d’associations, lisation comme pour la norme ISO 26 000. C’est sur l’Etiquette de collectivités territoriales et de consommateurs, une autre piste pour faire pression sur l’ensemble de syndicats et représente un réseau de plus de 2 du secteur. millions de personnes. Notre mission est de défen- dre les droits humains au travail. Nous travaillons Quels sont les objectifs majeurs du rapport CASH! plus particulièrement sur les produits textiles. Nous sommes donc sur du commerce éthique et pas seu- et ses principaux enseignements? “A taille de géant, Nous avons pris 5 grands distributeurs* qui sont des lement du commerce équitable. Nous menons 2 types d’actions. Un travail tout d’abord d’éducation surpuissances, compte tenu des volumes d’achat responsabilités de géant” qu’ils représentent et de leur impact sur les consom- populaire et d’information citoyenne comme ce rap- mations nationales. Nous avons voulu décrypter ce port qui est une façon de faire connaître la situation qui se passe réellement dans les conditions d’ap- réelle des travailleurs dans les pays concernés et provisionnement qu’ils imposent...Et l’on retrouve d’utiliser les voix de la presse. Un travail de lobbying dans la fabrication de toute une série de produits ensuite en direction des acteurs qui sont suscepti- des conditions d’emplois tout à fait inacceptables : bles de pouvoir intervenir plus directement pour dé- horaires de travail supérieurs à 70h et pouvant aller velopper ces droits humains au travail. Evidemment, jusqu’à 90h par semaine, heures supplémentaires on pense aux pouvoirs publics. Mais je dirais que non payées, conditions de sécurité au travail non res- notre cible principale ces dernières années, ce sont pectées, pas de liberté de négociation, salaires ab- plutôt les entreprises. Parce que nous considérons solument indécents (c’est-à-dire que les travailleurs qu’elles sont aussi acteurs de responsabilité sociale ne gagnent pas un salaire leur permettant de cou- et qu’il est donc important de les stimuler et de les vrir leurs besoins de base)… La liste est longue. Ce amener vers des voies de progrès du point de vue sont les (jeunes) femmes qui supportent l’essentiel des droits humains au travail. Nous avons mené plus de ces conditions de travail, puisque les travailleurs d’une dizaine de campagnes, comme notre bataille de ces usines sont des travailleuses. Loin de sortir pour faire adopter par les distributeurs, des codes les femmes de la pauvreté, les grands distributeurs de conduite pour leurs achats. D’autres campagnes, en tirent profit. Le message est à la fois destiné aux plus circonscrites, se sont portées sur les jouets, ou consommateurs afin de les alerter, et aux distribu- sur le matériel sportif comme l’année dernière, où teurs afin qu’ils prennent leurs responsabilités. nous avons interpellé le Comité International Olym- Plus d’infos pique dans le cadre des JO pour que les produits www.ethique-sur-etiquette.org siglés Jeux Olympiques soient produits dans des conditions socialement responsables, ce qui n’était pas le cas. * Les 5 grands distributeurs : Wallmart, Carrefour, Tesco, Aldi et Lidl Enquête menée en 2008 auprès de 440 travailleurs de 30 usines basées en Thaïlande, Bangladesh, en Inde et au Sri Lanka fournissant ces 5 enseignes page 7 - Newsletter Be-linked n°2
  8. 8. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE INTERVIEW Vous écrivez dans le rapport, « A taille de géant, et représente peut-être un nouveau marché. Nous suite responsabilité de géant »… ? aimerions bien que leur prise de conscience en ma- tière de droits humains soit aussi développée. Nous Oui, absolument. Il y a des responsabilités de géant sommes conscients que ce sont des évolutions qui et elles le sont aussi par les méthodes employées. Quand vous avez des groupes comme Carrefour, ne se font pas en un jour, mais nous sommes à un Wallmart et d’autres, qui utilisent des méthodesmoment où les entreprises peuvent s’engager plus fortement au titre des droits humains et implique avec par exemple les enchères inversées, c’est évi- qu’ils modifient certains comportements et s’enga- dent qu’il y a un impact sur les conditions de pro- gent dans des actions collectives. Certains aspects, duction. Flux tendus, choix des collections au dernier comme la liberté d’association, relèvent des Etats. moment, réapprovisionnement toujours plus rapide, Mais il y en a d’autres, qui relèvent des fournisseurs il faut savoir que derrière, ce sont des travailleurs qui eux-mêmes et il est clair que les grands distributeurs se retrouvent avec des horaires de travail déments. aussi ont leur responsabilité. Dans les contacts que nous avons déjà et les informations qui nous remon- Vous parlez dans le rapport d’exigences contradic- tent, on voit bien que certains ont déjà engagé des toires de la part des distributeurs ? évolutions et d’autres moins. Il faut qu’ils évoluent Une grande partie des fournisseurs ne respectent dans leurs pratiques d’achat pour que les conditions pas les codes de conduite que les grandes firmes de travail puissent évoluer. prétendent imposer. Ils sont schizophrènes : ils dé- clarent sélectionner des fournisseurs qui s’engagent Un exemple ? à respecter des codes de conduite, et de l’autre côté, ils imposent des conditions et mettent une pression Ils ont des contrats avec les fournisseurs. Sur les qui sont telles, que le respect de ces codes de délais de livraison qu’ils imposent, avec l’idée qui conduite n’est tout simplement pas possible. est bien repris dans le rapport, d’avoir des délais très courts et des pénalités extrêmement fortes en cas de retard, s’ils modifiaient déjà ces clauses, je Que demandez-vous en priorité à ces grands dis- pense que cela améliorerait les conditions de travail tributeurs, quels sont les axes d’amélioration pos- et d’emploi dans les pays fournisseurs. sibles ? Nous leur demandons actuellement des informa- Quelles ont été les réactions de ces distributeurs tions sur leurs pratiques d’achat, sur les évolutions suite à la publication de votre rapport ? qui ont pu être menées ces dernières années et de leur impact sur les conditions d’emploi chez les ap- Nous avons contacté plusieurs enseignes et leur fé- provisionneurs. Il est clair que nous avons un cer- dération pour leur demander de nous clarifier leurs tain nombre d’idées sur les progrès qu’ils pourraient pratiques. Nous n’avons pas eu pour le moment de encore faire et je pense que réponses satisfaisantes. Aussi, tout en restant dans d’ici la fin de l’année, nous le dialogue, nous avons prévu d’engager fin 2009, allons pouvoir les préciser une campagne pour réclamer aux enseignes françai- tional riat Secreta Interna et ensuite engager les ac- ses de la grande distribution des mesures qui ga- tions. Nous voulons leur faire rantissent le respect des droits fondamentaux des part de notre exigence dans travailleurs et le droit à vivre décemment de leur une approche constructive. travail. Il faut à un moment donné qu’ils puissent faire des choix, Plus d’infos et qu’ils s’engagent plus ré- www.ethique-sur-etiquette.org solument dans le cadre de ASH ! la responsabilité sociale des La réponse des distributeurs cités C ues d ’approvisio n et nnem ent d e la ustrie de l’h abille ment entreprises. Ils sont en train www.business-humanrights.org de le faire dans le domaine Pratiq distributio e ail da ns l’ind de l’environnement, parce Grand ns de trav Cond itio qu’ils sentent bien que l’opi- Quelques initiatives sectorielles nion publique est sensible et multipartites dans la distribution Ethical trading initiative www.ethicaltrade.org/ Initiative Clause sociale www.ics-asso.org/ Clean Clothes Campaign Campagne Vêtements Propres Ethique sur l’Etiquette Newsletter Be-linked n°2 - page 8
  9. 9. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES INTERVIEW EN CHINE EN MARCHE ? Mme Shalini Mahtani, Directrice générale et fondatrice constitue un outil de développement encore plus de l’association professionnelle Community Business puissant et efficace. Le Gouvernement est très aligné à Hong Kong en Chine. Community Business est une sur le secteur privé. Nous utilisons donc le secteur association professionnelle chinoise basée à Hong Kong privé comme catalyseur pour servir les intérêts de (HK). Sa mission : accompagner les entreprises dans la société civile et avoir un impact sur le Gouverne- leur démarche de responsabilité sociale et les inciter à ment. Je distinguerais trois obstacles majeurs à ce améliorer leur impact sur les communautés, à travers 4 rapprochement. domaines d’actions principaux : stratégie RSE, Corporate Premièrement, les ONG n’apprécient pas de manière country investment, diversité et inclusion, équilibre entre générale le secteur privé, qu’elles voient uniquement vie professionnelle et personnelle. comme une « vache à lait » et donc en totale op- Comment qualifieriez-vous l’état du secteur asso- position avec la notion même de développement ciatif dans votre région ? prônée par les ONG. Deuxièmement, le secteur privé perçoit trop souvent les ONG comme des structures Tout d’abord, il est important de préciser que la situa- non professionnelles et dirigées par des amateurs. Mme Shalini Mathani - Directrice tion de la société civile à Hong Kong, bien qu’étant Enfin, les ONG et le secteur privé ont des manières Générale et Fondatrice de Community située en Chine, est très différente du reste du pays, de travailler et de communiquer complètement diffé- Business pour des raisons principalement historiques avec la rentes. Je suis d’ailleurs intimement convaincue que domination des anglais à HK jusqu’en 1997, qui a les ONG qui réussiront le mieux dans les années à influencé sa composition. Vivante et dynamique, no- venir seront celles qui savent aussi parler le même tre société civile se compose de 2 types d’acteurs. langage que le business. On trouve d’un côté les ONG officiellement « enre- gistrées » par les autorités et de l’autre, les groupes communautaires. Rien qu’à HK, on recense plus de Pourriez-vous nous citer deux exemples innovants et impactants de rapprochement entre ONG et “Nous utilisons le secteur 3 300 associations caritatives et bien plus encore de « societies » (clubs/groupements d’intérêt)! On ob- entreprises ? privé comme catalyseur serve depuis une quinzaine d’années, une montée en puissance de la société civile sur des nouveaux Je citerai 2 exemples au sein de notre association. Le programme « ENGAGE » a débuté en 2008 et pour servir les intérêts sujets - comme la démocratie, l’environnement, la souhaite réunir le secteur privé et les acteurs de la de la société civile et société civile afin de générer ensemble un impact gouvernance… - alors que les domaines d’interven- tion étaient traditionnellement et quasi exclusive- positif sur la société, en mobilisant les salariés de avoir un impact sur le ment tournés vers des missions caritatives. ces entreprises partenaires sur des projets commu- nautaires locaux. Il rassemble 70 salariés volontai- gouvernement” La question des relations ONG/entreprises est- res mis à disposition par une vingtaine d’entreprises elle selon vous d’actualité dans votre région et multinationales présentes ici, une association com- pour votre structure en particulier ? munautaire et plus de 60 adolescents défavorisés. A travers l’organisation de rencontres au sein de ces Oui, c’est un sujet crucial et qui est au cœur de notre entreprises, de système de tutorat avec des étudiants action au quotidien, la mission de Community Busi- volontaires d’universités partenaires, l’idée, c’est de ness étant justement de rapprocher la société civile montrer à ces jeunes que des opportunités existent et le secteur privé. Nous avons choisi de privilégier en terme d’emploi et d’éducation et qu’ils peuvent comme approche, la prise de conscience progres- s’en sortir. sive pour sensibiliser le secteur privé à ses impacts sur la société civile, sur des sujets comme par exem- En partenariat avec 8 ONG et 2 agences gouverne- ple la discrimination, l’égalité de traitement pour les mentales spécialisées, nous avons également mené homosexuels dans le travail… Notre association est un programme de sensibilisation au handicap à tra- d’ailleurs financée à 100% par le secteur privé. vers l’organisation d’un séminaire sur le thème du handicap et de l’emploi qui a réuni plus de 200 par- ticipants issus du secteur privé. Alors que 10% de la Un rapprochement entre ONG/entreprise pourrait- population est handicapée à HK, il est pourtant très Plus d’infos il être un outil efficace de développement dans rare de rencontrer des personnes handicapées dans www.communitybusiness.org votre région ? Si oui, quels en seraient les freins ? le milieu professionnel. Même si les entreprises ne Absolument ! La situation de la société civile ici est sont pas encore prêtes à employer des personnes très différente de celle qui existe en France, où elle handicapées, nous voulons les inciter petit à petit à représente les opinions du peuple, donne son avis développer des contacts et des liens avec ce public et a les moyens, et surtout la possibilité, d’influencer et leur faire part de notre propre expérience : nos la politique. Nous ne sommes pas ici dans un sys- fleurs par exemple proviennent d’un atelier commu- tème démocratique et c’est pourquoi le rapproche- nautaire employant uniquement des personnes han- ment ONG/entreprises dans ce contexte particulier, dicapées, comme notre personnel de nettoyage. page 9 - Newsletter Be-linked n°2
  10. 10. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE INTERVIEW VERS UN AUTRE MODÈLE DE L’ENTREPRISE ? Jean-Marc Guesne, Directeur général d’ISD partners Pourquoi les éleveurs nomades tibétains n’arri- a conçu un modèle d’entreprise innovant, destiné à vent-ils plus à vivre de leur activité ? redynamiser l’économie des hauts plateaux tibétains Sur les hauts plateaux tibétains, le problème majeur et des éleveurs nomades, grâce à la revalorisation de que rencontrent les éleveurs est la dégradation alar- leurs produits (laine de yack, lait) et le développement mante, et complexe à résoudre, de l’environnement. de nouveaux marchés tout en ayant un impact positif sur Aujourd’hui, vous avez une surpopulation animale l’environnement de cette zone, fortement dégradée. très importante avec 2 à 4 fois trop d’animaux, ce qui entraîne des sévères dégradations sur les zones Quelle a été la genèse du projet ? de pâture et les hauts plateaux. Vous avez des éle- Initialement, quand nous nous sommes lancés sur veurs, qui vivaient pourtant avant en harmonie avec le projet en 2006, c’était un projet de relance de l’écosystème, qui ont été contraints pour différentes l’économie des plateaux tibétains. Nous partions raisons économiques et parce qu’ils ont suivi des d’un constat : une population d’éleveurs nomades politiques agricoles, d’augmenter de manière très de yacks et de moutons et qui pour diverses raisons importante leur cheptel. En augmentant leur nombre économiques, se retrouvait dans une situation de d’animaux, ils ont impacté très fortement l’environ- Jean-Marc Guesne, pauvreté alarmante. Au départ, c’était essentielle- nement. En impactant fortement l’environnement, Directeur général d’ISD partners ment un projet socio-économique avec une idée les animaux n’ont plus suffisamment à manger et forte : moderniser l’élevage, en valoriser les produits, n’ayant plus assez à manger, leur productivité en en développer de nouveaux et également créer de laine, en viande et en lait, a chuté. Les éleveurs ont l’emploi. donc besoin de plus en plus d’animaux pour pou- voir vivre de la même manière qu’avant avec moins d’animaux, etc. Il est très compliqué de sortir de ce Qu’est-ce-qui a motivé ensuite votre choix du cycle. modèle de l’entreprise privée pour atteindre ces objectifs socio-économiques ? Quelle a été votre stratégie pour résoudre cette Quel modèle choisir ? C’était pour nous une vraie équation complexe ? question ! Nous nous sommes rapidement fait la ré- flexion que nous arrivions dans un nouveau pays, la Attaquer le problème, et le dire, c’est-à-dire réduire Chine, avec ses codes et modes de fonctionnements le nombre d’animaux pour réduire le surpâturage sur spécifiques. Par rapport au projet que nous voulions deux axes. Tout d’abord, un travail sur les grands éle- réaliser, la société privée était la forme qui corres- vages en créant de nouveaux produits et marchés pondait le mieux : en effet la Chine est une éco- essentiellement sur le lait, et ensuite relancer l’éco- “Mon 1er indicateur nomie régulée, où il est très difficile de développer nomie laitière pour que la collecte puisse doubler ou tripler le revenu des éleveurs, tout en divisant le des activités économiques lorsqu’on est une ONG, en tant que dirigeant alors qu’une entreprise privée est perçue comme nombre d’animaux par 2 à 3. De l’autre côté, on a d’entreprise est la plus crédible, comme un partenaire. Quand on parle de créer de l’emploi durable et des activités à forte mis en place tout un programme de création d’em- plois, à travers la mise en place d’ateliers de textile création d’emplois. valeur ajoutée, il est clair que le meilleur outil pour de la laine de yack à la main sur les zones dans les villages des éleveurs, et qui emploient au total plus travailler, c’est l’entreprise. Viennent ensuite la de 70 personnes formées produisant des textiles réduction de l’impact de luxe (accessoires comme des écharpes, tissus, plaids) pour le marché français. sur l’environnement (…) Mais seuls 15% de la laine collecté des yack sont puis le profit” utilisés pour la filière de laine de luxe… Exactement. Et ces 85% restants, qu’on appelle « du déchet industriel de laine de yack » n’étaient jusqu’à présent pas du tout valorisés. Nous avons aussi dé- veloppé avec ces « déchets » un autre produit d’iso- lation thermique naturelle. La filière est donc exploi- tée à 100%. Newsletter Be-linked n°2 - page 10
  11. 11. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE INTERVIEW Pourquoi avoir monté en parallèle l’ONG Zama qui Vous parlez de modèle pilote, l’objectif est-il en- suite regroupe des éleveurs tibétains ? suite la réplication ? Nous avons monté en 2007 une ONG, Zama, qui Oui, nous voulons développer un modèle pilote et regroupe 1500 éleveurs tibétains et a pour vocation une fois qu’il fonctionnera et sera bien en place, le de se transformer petit à petit en coopérative agri- dupliquer dans tous les hauts plateaux avec nos par- cole. C’est vraiment notre interface avec les éleveurs, tenaires. Nous sommes également sollicités auprès population difficile d’accès, ce qui nous permet de différents gouvernements en dehors de la Chine d’établir la confiance avec ces derniers. Nous inves- qui nous demandent de réfléchir avec eux à une tissons beaucoup dans l’ONG, qui porte tout le projet duplication de ce modèle. Je pense que c’est une de développement agricole. L’atelier que nous avons vraie réponse, pas simplement au contexte des éle- construit appartient par exemple à la communauté. veurs du Nord-Ouest de la Chine, mais pour tous les éleveurs des zones de montagne des pays en voie Plus d’infos Quels sont vos partenaires ? de développement. Pour beaucoup de gens, on peut Site d’ISD Partners voir ça comme une aberration économique, mais en cours de construction Nous avons des partenaires gouvernementaux. il y a d’énormes opportunités de développement : Projet textile laine de yack L’objectif est que notre projet soit reconnu comme écotourisme, plantes médicinales, d’autres sous- www.norlha.net un pilote national pour résoudre les problèmes produits avec le lait, la laine… jmguesne@isd-partners.com socio-économiques et environnementaux de cette zone. Partenaires scientifiques et techniques sont par ailleurs essentiels pour faire le pont entre coo- pération technique et scientifique européenne et chinoise. Enfin, nous montons des partenariats in- dustriels et financiers avec des acteurs majeurs du marché. Le but est de développer chaque activité (lait, laine, isolation) avec un partenaire qui sait faire (commercialisation, distribution etc.). Typiquement pour l’isolation, nous sommes en train de monter un partenariat avec un leader mondial pour développer le produit. En quoi votre modèle d’entreprises est différent du modèle traditionnel ? Il est différent pour la simple et bonne raison que mon 1er indicateur en tant que dirigeant d’entre- prise, c’est la création d’emplois. Viennent ensuite la réduction de l’impact sur l’environnement lié au surpâturage puis le profit. Nous avons une véritable approche business, mais l’ensemble des profits que nous réalisons est systématiquement réinvesti pour développer de nouvelles activités. Un peu comme un moteur qui s’autofinance. page 11 - Newsletter Be-linked n°2
  12. 12. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE INTERVIEW UNE SOCIETE CIVILE BIRMANE SOUS PRESSION M. Htoo Shit, activiste birman reconnu, lutte depuis plus de formation afin qu’ils soient relayés ensuite dans de 20 ans pour la défense des droits humains en Birmanie. les réseaux. Nous finançons leurs activités. Il est le directeur général fondateur de l’ONG Grassroots Human Rights Education and Development (GHRE) et fut Dans ce contexte, les relations ONG/entreprises primé pour son action par Ashoka* en 2008. sont-elles possibles en Birmanie ? Basée dans la province de Phang-Nga en Thaïlande, GHRE Les relations ONG/entreprises ne sont pas du tout axe son action sur la promotion de l’éducation, des droits développées en Birmanie. Les entreprises travaillent humains et pour de meilleures conditions de travail des en lien avec le Gouvernement et elles ont peur de Birmans. En Thaïlande, près de 3,5 sur les 4 millions de perdre leur contrat. Les entreprises qui sont instal- travailleurs migrants sont originaires de Birmanie et sont lées ici n’ont pas d’autre choix pour continuer à avoir confrontés à de multiples difficultés économiques et leur droit d’exercer, que de rester strictement dans sociales. la lignée de la junte militaire. Elles ne peuvent donc M. Htoo Shit, pas établir de liens avec la société civile, sous peine directeur général fondateur de GHRE Comment qualifieriez-vous l’état de voir remis en cause leur « licence to operate ». du secteur associatif en Birmanie ? Même dans un cas extrême comme le cyclone Nar- Complexe et peu visible. Régi par une dictature mi- gis en 2008, la junte a refusé l’aide des organisa- litaire depuis plus de 40 ans, il est extrêmement tions internationales, mais aussi des entreprises. Les difficile pour les acteurs associatifs de travailler ONG comme la nôtre, qui sont basées en dehors de “La société civile à l’intérieur du pays. Il existe de nombreuses ONG Birmanie, sont majoritairement financées par des « enregistrées », c’est-à-dire autorisées par les organisations internationales ou des ONG de déve- birmane opère de autorités à exercer leurs missions. On trouve aussi loppement et de solidarité internationale, comme le l’extérieur du pays, des structures que nous appelons « social welfare group », d’ordre religieux majoritairement et qui œu- Comité Catholique contre la Faim et pour le Dévelop- pement (CCFD), qui est un de nos soutiens le plus principalement vrent dans le domaine de l’éducation et du dévelop- fidèle et conséquent pour notre association. pement avec un fort ancrage local. depuis la Thaïlande” La société civile birmane, en dehors de ces organi- Au sein de GHRE, travaillez-vous sations officielles religieuses mais qui ne sont pas avec les entreprises ? « dangereuses » je dirais pour le système en place, De manière générale, je dirais que le rapprochement est complètement alignée avec la junte birmane. ONG/entreprises en Thaïlande se limite encore très Nous les appelons les GONGO (gouvernemental or- souvent au mécénat. Nous (GHRE) avons encore ganisations non-governemental organisations). Elles peu de soutien de la part d’entreprises privées. C’est prétendent être des ONG, alors qu’elles sont là en dommage, car nous aurions pourtant besoin de leur réalité pour appliquer la politique de la junte. On re- aide et ce type de rapprochement pourrait être un trouve d’ailleurs étonnamment souvent à leur tête, outil efficace pour notre travail. Mais nous ne sa- des femmes de général, etc. En fait, la majorité des vons pas toujours comment faire pour établir des ONG birmanes opèrent non pas en Birmanie, où il contacts avec les entreprises. Nous avons clairement est quasi impossible de travailler, mais à l’extérieur un manque de compétence à ce niveau. La venue du pays, et principalement de Thaïlande, comme récemment dans notre équipe d’une recrue anglaise c’est le cas pour notre ONG GHRE. Proche géogra- a permis un début de sensibilisation sur la thémati- phiquement, la Thaïlande regroupe plusieurs millions que, mais nous avons clairement besoin de renfor- de réfugiés birmans qui ont fui la Birmanie. Ces ONG cer nos capacités dans ce domaine. Nous sommes agissent dans des domaine très différents : aide aux aussi très localement implantés et il n’est pas évi- Plus d’infos réfugiés, l’empowerment des femmes, l’éducation, dent d’agir au niveau national, nécessaire pour ce www.ghre.org les droits humains, la reconnaissance légale, ou en- type de rapprochement, avec des entreprises privées core la santé. nationales ou internationales. Et aussi www.maetaoclinic.org Comment GHRE travaille-t-elle avec *Ashoka, organisation internationale à but non la Birmanie sans être basée sur place ? lucratif et indépendante a pour objectif de contribuer Nous établissons en toute clandestinité des réseaux à la structuration et au développement du secteur avec des intermédiaires birmans. Nous organisons de l’Entrepreneuriat Social au niveau mondial. Son par exemple à la frontière des sessions de forma- programme phare consiste à sélectionner et soutenir des tions aux droits humains pour des birmans vivant à Entrepreneurs Sociaux innovants afin de leur permettre de l’intérieur du pays. Nous leur transmettons des CD démultiplier leur impact sur la société. Newsletter Be-linked n°2 - page 12
  13. 13. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE L’ECONOMIE N’EST PAS LE DOMAINE INTERVIEW EXCLUSIF DES ENTREPRISES M. Augustin Brutus Jaykumar, fondateur et directeur économique, certaines entreprises mènent une ac- général de l’ONG INDP (Intercultural Network for tion sociale en aidant les hospices, les enfants, etc. Development and Peace) en Inde. Nous pensons qu’une autre forme d’action est né- INDP conduit depuis 10 ans des projets au bénéfice des cessaire : pourquoi, par exemple, dans une entrepri- populations les plus démunies et marginalisées d’Inde, se fabriquant des chaussures en cuir et embauchant en axant ses interventions de soutien sur l’éducation et des femmes issues de milieux défavorisés et déten- la culture. Elle a notamment développé pour les femmes trices de savoirs-faire, n’y aurait-il pas une politique vivant en dessous du seuil de pauvreté, une structure de salariale correcte ? Et, sur un même lieu, le mariage micro-crédit. de l’économie et du social ? Quelle est votre approche du développement Un rapprochement ONG/entreprise pourrait-il en tant qu’ONG ? être un outil efficace de développement ? Pour nous, le développement est holistique, que ce Si oui, quels en seraient les freins ? soit des entités, des individus, ou des entreprises ; Les entreprises participent à la construction d’un M. Augustin Brutus Jaykumar, fondateur elles ont toutes en commun l’équilibre et la recher- pays aussi, donc si on peut travailler avec elles, pour- et directeur général de l’ONG INDP che de cohésion entre les 5 éléments suivants : quoi pas. Mais à certaines conditions : tout d’abord, (Intercultural Network for Development politique (gestion des affaires), économique, social, l’indépendance et la liberté de chacun des parte- and Peace) en Inde culturel et spirituel (qui n’a pour nous rien à voir avec naires, l’honnêteté et la confiance mutuelle. Le frein la religion : c’est la recherche de sens et de valeurs). majeur, réside dans la non prise en compte par l’en- Pour moi, il est hors de question de faire de l’écono- treprise de l’éthique, de valeurs et de l’aspect social. mie sans une éthique, sans une morale, sans une L’intégration de ces 3 dimensions clé par l’entreprise valeur. Arrêtons les cloisonnements, du type « les en- peut permettre de dépasser ce frein, et de réaliser treprises font du financier et sont sérieuses, et puis, des expériences bénéfiques pour les deux parties. “Arrêtons les vous, les gentilles ONG, faites l’hôpital de secours », car c’est faux. Regardez, par exemple, tous les pro- On commence à sortir du mécénat, mais ces nou- velles relations sont parfois faussées dès le départ cloisonnements, du jets de micro-crédits et micro-entreprises. Les ONG quand l’objectif est en réalité « comment détourner type «les entreprises jouent aussi un rôle économique. L’économie n’est pour faire du profit et se servir de l’ONG pour gagner pas le domaine exclusif des entreprises. de l’argent, ne pas payer de taxes…» Il faut un intérêt font du financier et Comment qualifieriez-vous l’état partagé, même dans le cas où certaines ONG sont faibles ou en manque de ressources ou de capacités sont sérieuses, et du secteur associatif en Inde ? et peut-être plus faciles à instrumentaliser. puis, vous, les gentilles En dépit de tout ce qui arrive, l’Inde est une réelle démocratie, qui se joue, se construit, se défait. La so- Pourriez-vous nous donner un exemple de cette ONG, faites l’hôpital ciété civile joue un grand rôle, même si on ne la cite instrumentalisation des ONG que vous évoquez ? de secours», car pas dans toutes ses grandes réalisations. Informelle, Nous avons été contactés il y a un an par une en- structurée, organisée en réseau, elle est très diverse treprise indienne sur la question du crédit carbone. c’est faux” et le mouvement grandit et se développe. Constituée Il nous est rapidement apparu qu’en arrière plan, autant d’intellectuels que « d’analphabètes, qui ont le schéma était « comment s’appuyer sur ces ONG d’autres savoirs », elle est garante de valeurs qui ap- pour générer de nouveaux revenus, et faire passer partiennent non seulement à l’Inde mais à l’huma- la collaboration pour du développement durable.» nité : partage, bon sens, respect de la nature. Valeurs Nous avons joué la transparence, posé des ques- qu’aujourd’hui on découvre avec le développement tions, exigé des conditions et décidé finalement de durable, alors qu’elles existaient déjà dans la culture sortir de cette relation car nous nous sommes sentis des peuples qu’on a déclaré « sous-développées ». manipulés. C’est dommage, car il y a pourtant des opportunités de s’appuyer sur les ONG pour faire des Quelle est la forme principale de la relation choses réussies. ONG/entreprise en Inde aujourd’hui ? La relation ONG/entreprise a encore principalement aujourd’hui en Inde la forme de mécénat. Mais cette relation s’ouvre de plus en plus sur la question de développement durable. Dans la forme, cela reste donc encore très caritatif. En plus de leur modèle page 13 - Newsletter Be-linked n°2
  14. 14. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE INTERVIEW Pourriez-vous nous citer justement un exemple suite de rapprochement ONG/entreprise « réussi » ? Dans notre recherche de protection de l’environ- nement et de recyclage des déchets, nous avons monté un projet, dans la région de Pondichéry sur la collecte du plastique et du verre. Nous avons déve- loppé un partenariat tripartite entreprise/ONG/Etat. INDP a formé un groupe d’une vingtaine de femmes, les a aidées à créer cette activité de collecte de plastique et de verre, a approché l’Etat, négocié avec l’entreprise, etc. Au final, l’Etat assure son concours Mme Béatrice Lecerf, présidente et appui sur un plan légal, l’entreprise indienne de de la branche Française INDP en collecte de verre Thai a été d’accord pour collecter le France verre selon une rotation précise, le peser et payer les femmes sur place. La collecte a été rationnalisée, et me le circuit optimisé. M Béatrice Lecerf, présidente de la branche Française INDP en France La branche française d’INDP Inde est une association, Vous parlez d’une « étude de cas » pour ce loi 1901, qui réalise un travail de conscientisation, projet, c’est-à-dire ? de formation aux partenariats, de diffusion d’outils Nous nous sommes servis de ce modèle pour in- pédagogiques, dont la collection d’ouvrages Interculture téresser des privés, comme le Bureau International (disponible à la boutique Association de Talents à Paris), du Recyclage, pour travailler avec le Conseil Régional de collecte de fonds et intervient en qualité d’interface de Poitou-Charentes, le Conseil Général des Côtes permanente entre l’Inde et les partenaires français. d’Armor et bien d’autres entités… L’un des objectifs d’INDP ce n’est pas la quantité, mais la mise en Vous venez de signer récemment un accord avec , place des modèles permettant de dire « comment la fondation d’entreprise Hermès, sur quel projet avec ces modèles cohérents en inspirer d’autres et porte-t-il ? étendre leur portée ». Ce ne sont pas ces 20 fem- Oui, nous venons de signer un accord avec la fon- Plus d’infos mes et quelques kilos de verres qui vont changer le dation d’entreprise Hermès qui va soutenir finan- www.indp-india.org monde. Mais si le projet peut être repris par l’Etat, cièrement pendant 2 ans un projet d’INDP en Inde par des municipalités en France, des privés, le chan- accompagné par notre branche française dans la gement est possible, peut se faire sur une grande région de Tamil Nadu. Le projet en lien avec les po- échelle et rapidement. Nous proposons donc de réa- pulations et le conseil du village vise à réhabiliter un liser une sorte d’étude de cas, car nous savons que terrain de 5 ha et de le transformer en jardin bota- l’expérience fonctionne et nique qui permettra de créer de l’emploi et des res- qu’elle peut être partagée. sources pour une centaine de personnes dalits* dé- Nous accueillons dans ce favorisées et de faire vivre ce savoir-faire traditionnel contexte des élus, des poli- en Inde. Grâce à ce soutien, elles auront les moyens tiques indiens et étrangers, de remettre ces terres en situation de fertilité active, des privés, des journalis- planter les plantes aromatiques qui deviendront en- tes… suite des sources de revenus dans leur exploitation (plantes médicinales…). *Les intouchables, ou parias, forment, en Inde, un groupe d’individus exclu du système des castes régissant la so- ciété indienne (stricto sensu, ils sont même considérés comme à proprement parler hors caste). Newsletter Be-linked n°2 - page 14
  15. 15. ZOOM SUR UNE REGION : ASIE L’EXEMPLE DE LA TABLE RONDE SUR L’HUILE DE PALME FLASH SECTEUR DURABLE (RSPO) / INDONESIE La table ronde pour l’huile de palme durable, RSPO Méthode de travail au sein de RSPO (Round Table for Sustainable Palm Oil) réunit secteur privé « Dialogue, communication et confiance ». et ONG pour promouvoir l’huile de palme responsable en « Pour pouvoir bien travailler ensemble avec des Indonésie. acteurs aussi différents, il est aussi essentiel d’in- Texte réalisé à partir d’extraits de l’interview de Mme Desi clure dans le groupe des acteurs dont l’expertise et Kusumadewi, coordinatrice indonésienne de RSPO, par les intérêts sont pertinents avec les enjeux et que Be-linked. le groupe soit facilité par de bons acteurs neutres qui les comprennent aussi. Il faut veiller à ce que Principaux impacts de l’huile de palme chaque groupe d’acteurs n’essaie pas de passer en sur l’environnement force, mais travaille ensemble aux solutions et à la La culture de l’huile de palme entraîne une défores- résolution des conflits en gardant toujours en tête tation massive des forêts tropicales, en particulier l’objectif commun. » en Malaisie, et surtout en Indonésie qui couvre à Plus d’infos elle seule 80% de la production mondiale d’huile Rôle des ONG au sein de la plateforme www.rspo.org de palme. Le pays aurait perdu plus de 70% de « Les ONG apportent leur expertise aux producteurs ses forêts tropicales en 50 ans, en grande partie en Quelques positions d’huile de palme concernant les standards et cri- raison de la déforestation massive qu’a entraîné le sur l’huile de palme tères (P&C), dans le domaine de l’évaluation par développement de la filière. Elle pourrait même se- exemple du management et du contrôle de la High lon certaines ONG, disparaître dans 30 ans si rien Conservation Value (HCV). » Les amis de la Terre n’est fait. En dehors de ces propriétés nutritionnelles, les autres utilisations de l’huile de palme (industrie « Les ONG environnementalistes peuvent par exem- www.amisdelaterre.org cosmétique, chimique…) ont été à maintes reprises ple accompagner et former les producteurs d’huile dénoncées par de nombreuses ONG. Selon le WWF, de palme à réaliser ces HCV sur le terrain. » Pétition WWF la production totale d’huile de palme est estimée à www.protegelaforet.com 38 millions de tonnes en 2006 et serait présente Le groupe de travail indonésien HCV-RSPO dans 1 produit de consommation sur 10 vendu en « Etabli en juillet 2008, il regroupe des représen- Greenpeace Europe. tants d’ONG, du secteur privé, des gouvernements et www.greenpeace.org des universitaires pour travailler ensemble sur des RSPO : nature et composition directives pour le management et le contrôle/suivi RSPO est une plateforme mise en place en 2004, des HCV, dans et autour de la plantation d’huile de qui réunit les différents acteurs du secteur de l’huile palme. » de palme tout au long de la chaîne de production : producteurs d’huile de palme, fabricants de biens Position RSPO : les ONG sont-elles légitimes pour de consommation, commerçants individuels, ban- certifier les plantations d’huile de palme ? ques, investisseurs et organisations non gouverne- « La certification des plantations d’huile de palme mentales (ONG) sociales et environnementalistes. sur la base des standards RSPO P&C peut unique- D’une coopérative informelle entre quelques entre- ment être effectuée par un organisme de certifica- prises, l’initiative compte aujourd’hui plus de 340 tion tiers approuvé par RSPO. Néanmoins, avant et membres. Le siège est basé en Malaisie avec une pendant le processus d’audit, des dispositions de délégation à Jakarta en Indonésie. consultations publiques et interviews avec les par- ties prenantes sont prévues, ce qui permet aux ONG Objectif/Approche de partager leurs commentaires et opinions sur la Développer et introduire des critères pour une huile plantation auditée. Toute information ou plainte va- de palme durable (global standards). Ces standards lable déposée par l’ONG contre la plantation devra sont destinés à promouvoir l’amélioration continue être considérée par les organes de certification indé- des pratiques actuelles et non pas à faire disparaitre pendants et traitée par la société. » l’industrie. Les acteurs sont volontairement « variés et différents ». page 15 - Newsletter Be-linked n°2

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