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CULTURE
SPORT
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C
’est le chef du gouvernement,
Évans Paul, qui soutient cette
thèse, porteuse d’espoir pour
certains, jugée farfelue pour
d’autres. Elle a été reprise et argu-
mentée par d’autres cadres de son
gouvernement. C’est le cas du ministre
de l’Agriculture, M. Fresner Dorcin,
qui capitalise sur la main-d’œuvre
haïtienne en provenance de la Répub-
lique dominicaine pour dynamiser
l’agriculture. Ce, en référence aux
résultats statistiques révélant que 50
% des terres ne sont pas cultivées faute
de main-d’œuvre.
» suite page 6
D’aucuns redoutent, à plus d’un titre, la déportation des dizaines de milliers
d’Haïtiens par la République dominicaine. L’inexistence des structures d’accueil risque
d’aggraver le phénomène de la bidonvilisation et ses corolaires : problèmes sanitaires
aigus, pauvreté, banditisme, etc. Pourtant le gouvernement haïtien, bien que
débordé par l’ampleur de la crise humanitaire annoncée, se veut optimiste. Comme
pour parodier le vieil adage : « À quelque chose, malheur est bon », les autorités
espèrent transformer la crise en opportunité.
Une tournée et
un award pour Bélo
Par Walcam
Nancy : Retour
de Jeff Louis ?
Le PNUD prend le
dessus sur le CEP
MERCREDI 24 JUIN 2015 NUMÉRO 24
WWW.LENATIONAL.HT
QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI
HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION
HAITI / ÉLECTIONS / IMPRESSIONS DES BULLETINS SOCIÉTÉ
Transformer la crise en opportunité :
sortir de l'illusion !
par Jean Michel Cadet
De gauche à droite : Ricardo Augustin, Pierre Manigat Jr., Pierre-Louis Opont et Vijonet Demero, respectivement trésorier,
vice-président, préseident et secrétaire général du CEP.
Les banques en Haïti,
véritable casse-tête
par Stéphanie Balmir
2 | N0
24 MERCREDI 24 JUIN 2015
TRIBUNE
Corruption et crise financière
aux temps du choléra haïtienPar Leslie Péan (Économiste, écrivain) , publié par Alterpresse
La diaspora soutient
énormément la gourde
La loi de l’offre et de la demande
joue pleinement son rôle. Le phé-
nomène bien connu de la détériora-
tion du taux de change dans la situ-
ation d’incertitude des fins de règne
est classique. La dépréciation ver-
tigineuse de la gourde ces six derni-
ers mois reflète non seulement le
double déficit (budgétaire et com-
mercial), mais surtout la situation
politique catastrophique. Dans sa
politique de gabegie consistant à ne
pas faire les élections prévues par
la Constitution pendant quatre ans,
le gouvernement Martelly a encour-
agé les rapines de ses hommes de
main sur le trésor public au point
de ne pas pouvoir honorer les 5.7
milliards de gourdes (125 millions
de dollars) d’engagements envers
les firmes privées. Martelly devait
lui-même déclarer en avril 2014
« les caisses de l’Etat sont vides,
puisqu’il n’y a pas une gourde. »
Le dos au mur, en septembre 2014,
le gouvernement Martelly a recouru
à une émission d’obligations gou-
vernementales de cinq ans (des
bons) dont 2.8 milliards de gourdes
ont été achetés par les banques
commerciales avec le subterfuge
que ces dernières peuvent les utilis-
er comme composante des réserves
obligatoires à déposer à la Banque
de la République d’Haïti (BRH).
Ces fameuses obligations d’État
risquent de devenir des bons-da
comme Haïti en a déjà eu sous le
gouvernement de Davilmar Théo-
dore en 1914. C’est la politique du
serpent qui se mord la queue. Le
gouvernement Martelly se retrouve
dans un catch-22, car toute poli-
tique monétaire restrictive se réper-
cute négativement sur la croissance.
C’est le cas avec la diminution du
crédit au secteur privé. En effet, le
crédit des banques au secteur privé
a diminué de 16.4% en 2013 à 9.4
% en 2014.
La dépréciation brutale de la gourde
n’a rien à voir avec la politique
monétaire de la Réserve Fédérale
américaine, comme certains voud-
raient le faire croire afin de ne pas
voir la gabegie Martelly qui crève
les yeux. L’économie de rente est
condamnée à la décadence tout
comme la monnaie internationale
est condamnée à l’autodestruction
(paradoxe de Triffin). Les rapaces
affamés veulent avoir des dollars à
tout prix et ceci explique la chute
de la gourde face au dollar. La taux
de change qui était de 39 gourdes
pour un dollar en 2011 à la prise
du pouvoir de Martelly a atteint 46
gourdes en 2012 puis a chuté pour
arriver à 53 gourdes aujourd’hui.
Pour avoir des montants qui dépas-
sent vingt mille (20 000) dollars
américains, le taux de change est
de 55 gourdes pour un dollar.
Durant toute la période où le taux
de change était fixé à cinq gourdes
pour un dollar en vertu de la Con-
vention de 1919 avec les États-
Unis, les réserves nettes de liquidité
internationale devaient être de 30%
de l’émission monétaire pour garan-
tir la stabilité de la gourde. Bien que
le système international soit passé
au taux de change variable avec la
fin des accords de Bretton-Woods
depuis 1971, ce niveau de réserves
de 30% demeure un indicateur de
référence qui garde toute sa perti-
nence pour mesurer la valeur de
la monnaie. Or, ce qu’on constate
à partir de l’analyse du bilan con-
solidé du système bancaire haïtien,
c’est la tendance à la baisse du ratio
des réserves de change par rapport
à l’émission monétaire.
Tendance lourde en dépit des
manipulations et gesticulations
récentes de la BRH dont la poli-
tique monétaire se limite malheu-
reusement « à manipuler les taux
de réserve obligatoire et les taux
de change pour contrôler la créa-
tion monétaire à travers l’offre et
la demande de crédit ».
La dollarisation des dépôts et des
crédits dans l’économie haïtienne
ne fait que s’accentuer. La dévalua-
tion systématique de la gourde que
nous constatons actuellement est
en rapport avec cette tendance de
la diminution des réserves nettes
de liquidité internationale pendant
que la monnaie en circulation aug-
mente.
Et cette hémorragie de la gourde
serait encore pire sans les transferts
massifs de dollars de la diaspora.
Aussi est-il important d’affirmer
que c’est la diaspora qui soutient
la gourde, contrairement à ceux
qui disent que les transferts ne
bénéficient qu’à un nombre limité
de familles et d’individus, et non à
Haïti en général. Sans la diaspora,
la gourde serait déjà tombée à son
plus bas niveau, un repli similaire
à celui du zòrey-bourik, comme
sous le gouvernement de Sylvain
Salnave et des autres gouverne-
ments bannmachwè du 19e siècle.
Sans les transferts de la diaspora,
le taux de change serait probable-
ment à plus de cent gourdes pour
un dollar. La gourde serait ainsi
devenue zòrey-mateli.
En finir avec la pudeur face à
nos propres malheurs
En nous inspirant du roman de
Gabriel Garcia Marquez, L’amour
aux temps du choléra, nous avons
voulu mettre les projecteurs sur
les formes prises par la corruption
en Haïti depuis cette épidémie de
choléra commencée en octobre
2010 qui tue tantôt au compte-
goutte, tantôt à la pelle. Des indi-
vidus se dénommant « bandi legal
», associés à tous les marchands de
cocaïne, ont confisqué l’État pour
se livrer à tous les trafics. En com-
mençant par celui des consciences.
Le blanchiment de l’argent de la
cocaïne a mis en œuvre un nouveau
processus de pouvoir à vie dont l’un
des effets est cette bataille rangée
entre deux puissants groupes ban-
caires. Comme dit le proverbe,
quand deux éléphants se battent,
c’est l’herbe qui meurt.
Les millions de dollars de coca-
ïne saisis en avril 2015 à bord du
bateau panaméen Maranzana en
rade de la capitale constituent la
pointe d’un iceberg qui avance vers
Haïti. La solution rêvée de dévelop-
per Haïti avec les narco-dollars est
vouée à un retentissant échec.
C’est de la démence que de croire
que « la cocaïne est le dernier bien
qui permet l’accumulation primi-
tive du capital. » Il n’est pas trop
tard pour le peuple haïtien de se
réveiller de sa zombification pour
demander des comptes. Il est venu
le temps d’en finir avec « la pudeur
face à nos propres malheurs » et de
rompre avec les comportements qui
en font « une de nos vertus les plus
habituelles ».
Suite de l’édition du mardi 23 juin 2015, numéro 23
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 3
ACTUALITÉ
Les vacances
Nos jeunes sont en vacances. À part ceux qui subissent les
examens de la neuvième année fondamentale. Certains vont
regagnerleurlieud’origine.D’autresvontresterdanslemême
environnement familier, salle de classe en moins. Ils n’auront
pasàseréveillerauxpremièreslueursdel’aubepouraffronter
la cohue d’un trajet toujours éprouvant pour aller à l’école.
Quelques parents, ils sont rares, auront la possibilité avec
un soutien parfois de l’extérieur d’envoyer leurs rejetons à
l’étranger. Mais la plupart des enfants resteront ici, en Haïti,
dansunpaysoùrienn’ajamaisétépensépouroffrirauxjeunes
des activités de qualité.
Que de drames vivent les parents durant ces deux mois !
Il n’y a pas de salles de cinéma. Il y a très peu de bibliothèques
etcellesquenouspossédonssontsouventmalpourvues.Lavie
théâtrale est presque inexistante. Le peu de places publiques
que nous possédons est dans un état qui laisse à désirer, et on
est gentil quand on l’écrit de cette manière. Il n’y a pas de parc
oùlesjeunespourraientallers’asseoir,jouer,entoutesécurité.
Il existe un jardin botanique aux Cayes. Que l’État ignore. Le
secteurprivéégalement.Uneinitiativepersonnellequ’onaurait
dû pourtant encourager. Dans la métropole du Sud les jeunes
iront-ils le visiter durant les grandes vacances ?
Il y a plein de sites intéressants dont nos jeunes pourraient
profiter, et qu’ils pourraient découvrir durant cette période.
Encorequ’ilfaudraitunenvironnementadéquatetunecertaine
planification.Laplupartdecessites,gérésdemanièreplusque
minimale, pour ne pas dire pas du tout, ne sont nullement en
mesure d’offrir un service d’accueil et de visites à des jeunes
désireux vraiment de découvrir leur pays.
Il y aura bien sûr les jeux vidéo. Les films à regarder entre
copains en DVD. Le chat sur le net va exploser. Les plus priv-
ilégiés iront dans quelques partys chez amis ou parents. Mais
beaucoupdejeunes,surtoutlesplusdéfavorisés,seronthappés
par des activités malsaines, proches des ti sourit, qui trouvent
curieusement des sponsors pour être organisés alors que des
initiatives louables dans le secteur culturel ou sportif peinent
à trouver le plus petit financement.
Lesgrandesvacancesauraientdûêtrelemomentdelagrande
vie culturelle, touristique et sportive. Il n’en sera rien à part
la poudre jetée aux yeux par certaines instances étatiques,
toujoursprêtesàmettredel’argentdanslarueetdanslafoule
sans se soucier de qualité.
Il y aura aussi un autre facteur et pas des moindres qui peut
pourrirlesgrandesvacances.Lesélections.Aveclescampagnes
quivontsombrercertainementdanslesmédiocritéstradition-
nelles, l’horizon de nos jeunes risque d’être très pâle.
Édito
A
uConseilélectoralprovisoire,
le mardi 23 juin, personne
n’était en mesure d’avancer
mot. Ni sur la compagnie
qui a remporté l’appel d’offres pour
l’impression des bulletins, ni, encore
moins, sur le coût de cette opération
de passation de marché.
C’est Lithotech, une compagnie
basée en Afrique du Sud, qui avait
remporté l’appel d’offres lancé par
le Programme des Nations unies
pour le développement (Pnud) pour
la production des matériels non
sensibles dans le cadre de la mise
en place des législatives du 9 août
prochain... Quant aux matériels
sensibles, les bulletins notamment,
c’est une entreprise basée à Dubai,
aux Émirats arabes unis, dont le
nom n’est pas encore révélé à la
presse qui a remporté la palme.
Dans cette perspective, maître
Mosler George, directeur exécutif
du CEP, a informé qu’une délégation
composée du président du CEP,
Pierre Louis Opont, du trésorier
du Conseil, Ricardo Augustin, du
directeur du registre électoral,
Phillipe Augustin, des responsables
de la Minustah et du Pnud
effectuaient depuis le 21 juin une
visite à Dubaï, aux Émirats arabes
unis. Visite de supervision des
spécimens des bulletins de vote et
de la capacité de cette compagnie,
dont le directeur exécutif a oublié le
nom, à imprimer ces bulletins pour
les prochaines législatives.
Si le déroulement du processus
électoral se fait généralement dans
la transparence, à ce niveau une
zone d’ombre plane sur l’attribution
de ces marchés. Pourquoi attribuer
à deux compagnies étrangères
la responsabilité de fournir et
préparer les matériels sensibles
et non sensibles ? Combien de
compagnies avaient postulé ?
Quand et comment a été fait l’appel
d’offres ? Quel est le coût de cette
passation de marché ? Pourquoi
des compagnies aussi loin placées
géographiquement ? Quid des
entreprises haïtiennes ? Autant de
questions qui restent pendantes et
pour lesquelles le directeur exécutif
n’avait pas de réponse. Car dans le
cadre du processus électoral, dit-
il, l’État haïtien a confié au Pnud
la charge de gérer le fonds des
opérations.
Intervenant aussi à ce sujet, le
vice-président du Conseil électoral
provisoire, Pierre Manigat Junior,
a précisé que le CEP n’est pas le
maîtred’œuvre.«LeCEPn’apaspris
l’initiative de préparer les matériels
sensibles en dehors du pays », a
informé le numéro 2 de l’institution
électorale, expliquant que l’appel
d’offres pour l’attribution des
marchés est fait par le Pnud selon
ses propres procédures. Pierre
Manigat Junior, qui se positionne
en défenseur des entreprises
haïtiennes, déplore le fait que la
préparation des matériels sensibles
ait été attribuée à une compagnie
étrangère sur la base d’un appel
d’offres international.
Ce qui, selon lui, diminue la chance
des entreprises nationales, alors
que ces dernières pouvaient bien
imprimer les bulletins.
Ainsi, dit-il, une clause a été
convenue avec le Pnud pour
rectifier le tir. « Après avoir pris
connaissance de la façon dont se
fait la passation de marché (appel
d’offres international), nous avons
demandé au Pnud de nous donner
la garantie que les matériels
sensibles pour les élections
présidentielles ainsi que pour les
collectivités territoriales seront
confiés à une compagnie haïtienne,
au cas où celle-ci disposerait de la
capacité nécessaire », a informé le
représentant de la presse au CEP.
Entre-temps, le processus électoral
fait son chemin. Ce mardi 23 juin, le
CEP a reçu une première cargaison
de 1 800 kits de formation en
provenance de l’Afrique du Sud.
Une seconde livraison de 4 865
kits, contenant du matériel
pour les opérations tels urnes,
isoloirs, lampes, encre indélébile,
sachets transparents et autres, est
attendue avant la fin de la semaine,
nous dit maître Mosler Georges,
directeur exécutif de l’institution
électorale.
HAITI/ÉLECTIONS/IMPRESSIONSDESBULLETINS
Le PNUD prend le
dessus sur le CEPNoclès Débréus
Depuis le 21 juin 2015, une délégation du Conseil
électoral provisoire (CEP) est à Dubaï pour une visite
de supervision des bulletins des législatives du 9 août
2015. L’imprimerie qui en est chargée est à … Dubaï.
Hier mardi, une première cargaison de matériels
non sensibles était déjà livrée. Des avancées qui,
semble-t-il, s’effectuent loin des regards du CEP. Tout
est géré par le Programme des Nations unies pour le
développement (Pnud).
» suite de la première page
R
emise de plaques d’honneur
aux employés exemplaires
de la fonction publique, con-
férences débats sur des sujets
tels : « les métiers de la fonction
publique, éthique dans la fonction
publique ». Des prestations de danse,
de sketchs, de la troupe du Théâtre
national d’Haïti (TNH), ont été aussi
au menu des festivités de la journée.
« L’action du gouvernement vise à
mettre en place une administration
publique moderne, respectueuse
de la loi, efficace, honnête, et
impartiale, de façon à redonner
confiance à la population », a
fait savoir Josué Pierre Louis,
chargé de délivrer le discours
du Premier ministre Évans Paul,
en déplacement à Ouanaminthe
pour statuer sur la conjoncture
actuelle des relations haitiano-
dominicaines.
Dans son intervention, il a expliqué
que la modernisation de la fonction
publique est incontournable dans
le cadre de la rationalisation de
la continuité de l’État. Tout en
demeurant le chantier prioritaire
du gouvernement, l’administration,
l’outil principal sur lequel repose les
activités découlant des politiques
publiques, a une vocation de
service, et doit exhiber une image
d’une totale disponibilité pour la
prise en charge des besoins du
citoyen.
Par conséquent, un meilleur
encadrement des fonctionnaires est
synonyme de la capacité à répondre
aux besoins quotidien des citoyens,
a-t-il ajouté.
PourUderAntoine,lecoordonnateur
général de l’OMRH, cet évènement
constitue la manifestation vivante
de la détermination de l’équipe
au pouvoir à rompre avec les
anciennes pratiques qui considèrent
l’individu comme une machine à
travailler, sans répit, en dehors des
notions de reconnaissance, et de
récompense.
C’est non seulement l’occasion de
mettre à l’honneur ceux qui accept-
ent de se mettre au service de la
population, avec toutes les respon-
sabilités que cela implique, mais
aussi celle de souligner les contri-
butions de l’ensemble des fonction-
naires du pays, et d’encourager la
continuité, l’expertise, l’excellence,
et l’innovation dans les services
publics, a-t-il poursuivi.
Si la majorité des intervenants ont
souligné dans leur discours les
devoirs des fonctionnaires, Hérold
Etienne, le directeur général du
ministère de l’Économie et des
Finances (MEF), a de préférence
mis l’accent sur leurs droits. « Le
droit à un salaire acceptable, droit
à l’avancement, la promotion, et
surtout le droit à la formation »,
sont entres autres les principaux
droits que les fonctionnaires
devront jouir, selon M. Etienne.
Pierre Emmanuel Obabijo, repré-
sentant des Nations unies, a pour
sa part salué l’initiative, le choix du
thème. Pour lui, cela fait appel à la
responsabilité citoyenne de tous les
fonctionnaires en général, et en par-
ticulier du gouvernement pour tout
mettre en œuvre, afin de créer un
meilleur cadre de fonctionnement
de l’administration publique cen-
trale et régionale. L’absence d’un
cadre légal moderne, la concentra-
tion des services publics dans la
zone métropolitaine, le manque
d’information, sont pour M. Oba-
bijo, autant de causes à avoir occa-
sionné l’inefficacité de la fonction
publique Haïtienne.
À souligner qu’Anne Marie Berne
Augustin, a été félicitée, et honoré
pour ses 52 ans de carrière au
ministère des affaires étrangères et
des cultes.
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STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE,
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MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS,
ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU,
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PHOTOGRAPHES :
JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY
CORRECTEURS :
JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ
GRAPHISTE : JUNIOR ADME
CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA
DISTRIBUTION : SARADJINE ST-JEAN
ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE
IMPRIMÉ EN HAÏTI SUR LES PRESSES
DE L’IMPRIMERIE
LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A.
« Pour une fonction publique au service de la population », c’est autour de ce thème
que l’Office de management et des ressources humaines (OMRH) a célébré, le mardi
23 juin à l’hôtel Montana, la journée mondiale de la Fonction publique. Plusieurs
institutions et personnalités y ont pris part. Les intervenants ont mis à nu les
problèmes de la fonction publique et ont évoqué les perspectives.
4 | N0
24 MERCREDI 24 JUIN 2015
ACTUALITÉ
Moderniser l'Étatpar Jean Michel Cadet
HAÏTI/JOURNÉEMONDIALEDELAFONCTIONPUBLIQUE
Uder Antoine, coordonnateur général de l’OMRH. / Photo : J. J. Augustin
L
es autorités haïtiennes tentent
de prendre des mesures
pour organiser l’accueil des
rapatriés à Belladère (est), où
plusieurs dizaines de migrants haï-
tiens sont déportés quotidiennement
par la République Dominicaine.
Une délégation du ministère des
affaires sociales a visité cette
zone frontière, ce 22 juin, et a
du même coup rencontré les
autorités locales. La délégation a
réitéré l’annonce gouvernementale
concernant la mise en place de
moyens nécessaires pour accueillir
les migrants ramenés à la frontière.
Elle souhaite la collaboration des
habitants de Belladère.
100 matelas et100 kits alimentaires
ont été délivrés la veille aux
autorités municipales pour être
distribués aux personnes déportées.
De leur côté, les responsables
municipaux ont fait aménager
l’espace d’un hôtel local pour
accueillir temporairement quelques
rapatriés.
Des habitants de Belladère
interrogés par AlterPresse estiment
que les autorités gouvernementales
devraient penser à établir de
vraies structures d’accueil, car le
problème est, selon eux, sérieux.
Une cinquantaine de personnes
est arrivée ou a été reconduite à la
frontière d’Ondo-valle à Savanette,
proche de Belladère, du vendredi
19 au lundi 22 Juin 2015. Ces
personnes venues des régions de
Las Mates et Hyguey, en République
Dominicaine, sont arrivées
avec quelques valises, certaines
accompagnées de leurs enfants.
« Je viens avec mes 3 enfants. Ils
ne parlent même pas le créole », se
plaint Micheline Justin, originaire
de Savanette. Elle se dit perdue
et ne voit pas encore comment un
d’entre eux qui était scolarisé en
RD va poursuivre ses études en
Haïti.
D’autres, interceptés par la migra-
tion dominicaine, ont été contraints
de quitter le pays, dépourvus de
tout et laissant leur famille là-bas.
« Je sortais de mon travail, lorsque
des soldats dominicains m’ont
demandé de partir. Je n’ai pas
d’argent, ma femme est restée en
RD et elle ne sait pas où je suis
maintenant », se lamente Rigaud
Durocher.
Quelle assistance les autorités
gouvernementales pourront-elles
leur fournir ?, se demande plus
d’un.
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 5
ACTUALITÉ
Les autorités haïtiennes tentent de timides mesures
pour organiser l'accueil des rapatriés à Belladère
Sources : Alterpresse
HAÏTI-RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION
Les autorités haïtiennes tentent d’organiser l’accueil des rapatriés. / MC
Estimant que la plupart des
expulsés sont d’habiles agriculteurs,
il dit espérer que leur expérience
profitera aux cultivateurs haïtiens.
Même discours tenu par le ministre
des Haïtiens vivant à l’étranger,
M. Robert Labrousse. Lors de son
visite à Malpasse, ce dernier a
demandé à la diaspora haïtienne de
saisir cette occasion pour investir
leurs capitaux notamment dans le
secteur agricole en vue d’absorber
cette main-d’œuvre opportune.
Si ce discours paraît attrayant, il
n’empêche que certains spécialistes
sont très pessimistes concernant sa
concrétisation.
Les expulsés, un fardeau
pour l’économie haïtienne
« Il n’existe pas de déficit de main-
d’œuvre dans le secteur agricole
haïtien », soutient l’économiste
Etzer Émile prenant le contre-
pied du discours officiel. La main-
d’œuvre haïtienne en provenance
de la République dominicaine n’a
pas l’expertise nécessaire que lui
prêtent les autorités haïtiennes. Elle
est habituée à effectuer un travail
mécanique. Hormis la question de
qualification, se pose aussi pour
l’économiste, l’incapacité de l’État
à insérer ces travailleurs potentiels
dans une dynamique de production.
Aucune politique publique n’est
mise en branle. Pas de projet
agricole. D’ailleurs, argumente-t-il,
l’investissement public en termes
de crédit agricole s’estime à 1 %.
Loin d’être une opportunité, M.
Émile estime, au contraire, que la
déportation de plusieurs dizaines
de milliers d’Haïtiens est un lourd
fardeau pour l’économie haïtienne
déjà stagnante. Les perspectives
de croissance de l’année fiscale en
cours tablent sur 2 % conjuguées
à un énorme déficit budgétaire et
commercial, se désole l’économiste.
L’arrivée de ces expulsés ne fera
qu’augmenter, poursuit-il, les
besoins en services sociaux de
base d’une population sans cesse
croissante, estimée officiellement
à 11 millions d’habitants. Des
personnes supplémentaires à loger,
éduquer, réintégrer dans la société
et nourrir aussi. Ce dernier aspect
est très préoccupant, compte tenu
du sombre tableau décrit par la
CNSA (Commission nationale de
sécurité alimentaire) sur la question
de l’insécurité alimentaire en Haïti.
Certaines régions du pays accusent
un taux de 40 % de personnes
sévèrement affectées par cette crise.
Entre autres arguments, Etzer
Émile se fonde sur la traumatisante
catastrophe naturelle survenue
le 12 janvier 2010, considérée
comme une opportunité à saisir
pour développer le pays. Force
est de constater, selon lui, que
la situation d’Haïti a empiré :
une économie fragile accentuée
par une crise humanitaire.
Ce sont les organisations non
gouvernementales et les agences
internationales qui ont réellement
profité de cette catastrophe.
Le gouvernement haïtien, faut-il le
rappeler, a lancé un appel solennel
à la solidarité nationale pour
accueillir les rapatriés. Un aveu
d’impuissance, dit-on, alors qu’un
plan de contingence devait être
disponible, comme le clamaient
les autorités, pour pallier la crise.
6 | N0
24 MERCREDI 24 JUIN 2015
ACTUALITÉ
ÉCHO
Ouanaminthe-
Examens :
une candidate
arrêtée pour
fraude
Les examens de 9e AF ont
débuté lundi. Une Jeune fille
a été placée en garde à vue au
commissariat de Ouanaminthe
pour avoir tenté de composer en
lieu et place d’une tante enceinte,
a rapporté la presse locale,
indiquant que 572 candidats
n’ont pu prendre part à ces
examens. À rappeler que, selon
les consignes du Bureau national
des examens d’État (Bunexe),
tout candidat surpris en flagrant
délit de fraude ou ayant un
comportement répréhensible
verra sa copie annulée et
s’expose à une interdiction de
participer aux examens pour
une durée pouvant aller jusqu’à
quatre ans.
Évans Paul visite
des localités
frontalières
Accompagné de plusieurs
membres du gouvernement, le
Premier ministre Évans Paul
a visité, lundi, des localités
frontalières, notamment
Thomassique et Pandiassou.
« Mon gouvernement prend à
cœur le dossier des rapatriés et
entend adopter diverses mesures
visant à faciliter l’insertion des
déportés », a promis Évans Paul,
réitérant son appel à la solidarité
à l’endroit de tous les acteurs
de la vie sociale pour apporter
de l’aide aux compatriotes en
difficulté.
Belladère
accueille déjà
plus de 1 800
déportés
Une délégation du ministère des
Affaire sociales a visité, lundi, la
ville de Belladère (département
du Centre) qui a déjà accueilli
plus de 1 800 migrants haïtiens
en provenance de la République
dominicaine. Ces déportés qui,
pour la plupart, ont laissé le pays
depuis quarante ans se plaignent
de n’avoir aucun contact avec
leurs parents. Par conséquent,
ils ne peuvent aller nulle part.
Le ministre des Affaires sociales
aurait remis un chèque de deux
cent mille gourdes aux autorités
de la ville afin de supporter les
déportés.
Haïti, une
insécurité
alimentaire
inquiétante
Haïti fait face actuellement à
un grave problème d’insécurité
alimentaire. C’est ce qu’a fait
remarquer Garry Mathieu,
directeur de la Coordination
nationale de la sécurité
alimentaire (CNSA), indiquant
que plus de trois millions de
personnes ne peuvent jouir
de leur droit à l’alimentation.
Augmenter la production agricole
serait la meilleure décision,
selon Monsieur Mathieu, qui
se déclare préoccupé par
l’aggravation de la situation
d’insécurité alimentaire en Haïti.
Contribuer à la
mise en place
des MBV
Selon les prescrits de l’article
139.1 du décret électoral, les
membres des bureaux de vote
(MBV) sont choisis par les
partis politiques sur une liste
de citoyens électeurs, soumise
par les universités, les écoles,
les cultes, les associations
socioprofessionnelles et
culturelles reconnues et les
organisations de femmes, au
moins soixante jours avant le
scrutin. Ce délai a commencé
à courir depuis le 9 juin 2015.
C’est ce qu’a rappelé le Conseil
électoral provisoire (CEP), qui
invite les responsables à établir
au plus vite les listes à soumettre
aux partis et groupements
politiques.
CEP : le tirage
au sort des MBV
pour bientôt
Le Conseil électoral provisoire
informe que la liste des membres
des bureaux de vote (MBV) sera
établie à partir d’un tirage au sort.
La date prévue pour ce tirage
sera annoncée ultérieurement en
conformité avec l’article 139.2
du décret électoral.
» suite de la première page
HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION
Transformer la crise
en opportunité :
sortir de l'illusion !
par Lionel Edouard
Des migrants, majoritairement haïtiens, montrent à des officiers leurs documents pour régulariser leur
situation en République dominicaine, le 16 juin 2015. / Photo: AP
L
e Comité d’actions contre la déci-
sion 168-13 de la République
dominicaine annonce un rassem-
blement à Montréal, ce mardi 23
juin, pour dire non à « l’apartheid » contre
les Haïtiens et Dominicains d’origine haïti-
enne sur le territoire dominicain, apprend
AlterPresse.
« Tout comme il fallait dire non à
l’apartheid en Afrique du Sud en 1990,
nous avons l’obligation morale de
dire non à l’apartheid en République
dominicaine en 2015 ! », avancent les
organisateurs du rassemblement, dans
une note transmise à AlterPresse.
Le Comité dénonce le régime d’«
apartheid » instauré par la République
dominicaine, qui a fait des Dominicains
d’origine haïtienne, des migrants
haïtiens et de toute personne pauvre à
la peau noire résidant sur son territoire,
« les cibles de crimes haineux et
d’exploitation ».
« Un drame humanitaire est à craindre
», augure-t-il.
Récemment, le maire de New York, Bill de
Blasio, s’est dit extrêmement préoccupé
par l’éventuelle expulsion forcée de
centaines de milliers de personnes de
la République dominicaine, dont de
nombreux enfants.
Entre temps, des rapatriements intensifs
se poursuivent, de manière volontaire ou
forcée, sur plusieurs points frontaliers
notamment à Belladère (Centre),
Ouanaminthe(Nord-Est) et le haut
Plateau central (Centre).
Le rassemblement du mardi 23
juin s’inscrit aussi en hommage à
l’engagement du maire décédé Jean Doré
(1986-1994) pour la lutte anti-apartheid
en Afrique du Sud et pour affirmer notre
engagement à lutter contre l’apartheid
en République dominicaine, précise le
Comité.
Ce régime a été instauré en 1948 en
Afrique du sud par le parti national, et
aboli le 30 juin 1991.
Jean Doré avait réussi à faire appliquer
un règlement de boycott économique
visant à ce que la ville n’octroie aucun
contrat aux compagnies ayant des
liens avec le régime d’apartheid sud-
africain.
Rassemblement
à Montréal
pour dire non à
« l'apartheid »
contre les
Haïtiens
Sources : Alterpresse.org
HAÏTI/RD/MIGRATION
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 7
ACTUALITÉ
8 | N0
24 MERCREDI 24 JUIN 2015
MONDE
M
algré leurs multiples con-
tentieux, les Etats-Unis et
la Chine ont affirmé mardi
qu’ils voulaient nouer
une relation « sincère » qui permette
d’éviter toute « confrontation » entre
les deux premières puissances mon-
diales présentées comme des rivales
en Asie-Pacifique.
Des centaines de délégués des deux
gouvernements sont réunis à Wash-
ington pour la 7e
édition de leur «
dialogue stratégique et économique
», présidé par le vice-président Joe
Biden, le secrétaire d’Etat John
Kerry, le secrétaire au Trésor Jacob
Lew, le vice Premier ministre chi-
nois Wang Yang et le conseiller
d’Etat Yang Jiechi qui pilote la
politique étrangère de Pékin.
Ce rendez-vous institutionnel, que
Pékin et Washington organisent
chaque année alternativement,
permet de mettre sur la table
autant les dossiers épineux que
les coopérations entre les deux
premières économies de la pla-
nète.
Les deux géants discutent donc
de sujets qui fâchent: conflits de
souveraineté en mer de Chine,
piratage informatique, droits de
l’homme et niveau du yuan.
Mais ils parlent aussi de leurs
points d’accord: changement
climatique, nucléaire iranien et
nord-coréen, Afghanistan, guerres
au Moyen-Orient ou lutte contre
les pandémies.
D’entrée, le vice Premier minis-
tre Wang s’est montré conciliant
en exhortant les Etats-Unis et la
Chine à « ne pas suivre les anci-
ennes voies de la confrontation ».
Le « dialogue est toujours pré-
férable à la confrontation », a
lancé le dirigeant chinois. Il s’est
dit « convaincu » que les deux
pays, souvent qualifiés de rivaux
voire d’adversaires, étaient « sur
la bonne voie » de la coopération.
Le fameux « pivot » ou « rééquili-
brage » des Etats-Unis vers l’Asie-
Pacifique est l’un des grands des-
seins de la politique étrangère du
président Barack Obama.
Pékin y voit plutôt une tentative
américaine de juguler son influ-
ence dans la région.
Un grand sondage mondial de
l’institut américain Pew confirme
en effet mardi que 54 % des Chi-
nois pensent que les Etats-Unis
cherchent à empêcher leur pays
de devenir aussi puissant.
Grands concurrents
M. Wang a d’ailleurs reconnu que
sur « certaines questions », Pékin
et Washington n’avaient pas trouvé
de « consensus ».
A cette fin, le vice-président amé-
cain, qui a évité aussi toute forme
d’acrimonie dans son discours, a
encouragé ses hôtes à poursuivre
un dialogue « sincère et direct »
car la « relation est tout simple-
ment trop importante ».
Certes, a-t-il argumenté, Wash-
ington et Pékin sont de « grands
concurrents », aux « différends
importants » mais c’est « la nature
des relations internationales ».
Reste que les points de friction
sont légion.
Concernant la mer de Chine méri-
dionale, région stratégique et
potentiellement riche en hydro-
carbures, M. Biden a prévenu que
les routes maritimes devaient
rester « ouvertes et protégées »
pour faciliter le commerce mon-
dial.
La Chine s’accroche en matière de
souveraineté maritime avec des
pays d’Asie du Sud-Est, soutenus
par les Etats-Unis.
« Les pays qui laissent tomber
la diplomatie et usent de la con-
trainte et de l’intimidation pour
régler les différends, ou qui fer-
ment les yeux devant l’agression
d’autres (pays) ne font que générer
de l’instabilité », a mis en garde le
vice-président.
Le piratage informatique figure
aussi en bonne place au menu des
tensions.
Pour la récente cyber-attaque
contre les données de millions de
fonctionnaires américains, des
pirates chinois ont été montrés
du doigt.
En mai 2014, cinq militaires
chinois avaient été inculpés
aux Etats-Unis pour « piratage
informatique » et « espionnage
économique ».
Même si Washington n’a pas
accusé directement les autori-
tés de Pékin, M. Lew s’est dit «
profondément préoccupé par le
vol informatique, soutenu par un
gouvernement, dans des secteurs
de l’entreprise et du commerce ».
A ses yeux, « les Etats-Unis et la
Chine ont un intérêt commun à
faire en sorte qu’internet continue
de tirer la croissance et la pros-
périté du monde ».
M. Biden a d’ailleurs pris soin de
qualifier Pékin de « partenaire »
sur de nombreux dossiers, notam-
ment le climat.
Les deux premiers émetteurs de
la planète ont en effet conclu en
novembre un accord de réduction
de leurs émissions, un an avant la
conférence de Paris en décembre.
M. Lew a mis en garde contre « le
coût important » que représen-
terait un nouveau « retard » pour
sceller un accord mondial à la fin
de l’année.
John Kerry, de son côté, a rappelé
que Washington et Pékin étaient
aussi main dans la main avec les
autres grandes puissances pour
trouver fin juin un règlement sur
le nucléaire iranien.
Washington et Pékin veulent éviter toute
« confrontation » malgré les contentieux
Sources : AFP
Barack Obama, le président des États-Unis, et Xi Jinping, son homologue chinois, en novembre dernier, à Pékin. / Photo : GREG BAKER / AFP / IMAGEFORUM
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 9
MONDE
USA
L
e ministre de la défense améri-
cain, Ashton Carter, a confirmé
mardi 23 juin à Tallinn, capi-
tale de l’Estonie, que les Etats-
Unis allaient « faire stationner tempo-
rairement des armements (…) dans
des pays d’Europe centrale et orien-
tale », principalement des chars et des
équipements d’artillerie mobile.
« Sept Etats sont concernés :
l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie,
la Bulgarie, la Roumanie et la
Pologne. « Le matériel tournera
dans la région pour entraînements
et exercices », a ajouté Ashton
Carter, et une partie serait égale-
ment envoyée en Allemagne afin de
renforcer l’Organisation du traité
de l’Atlantique nord (OTAN).
C’est la première fois que des
armes lourdes américaines seront
ainsi déployées sur le flanc est de
l’OTAN, dans des pays membres
de l’Alliance mais ayant longtemps
appartenu à la sphère d’influence
de l’Union soviétique.
Le ministre de la défense américain
rencontrait mardi ses trois homo-
logues baltes sur fond de crise per-
sistante avec la Russie.
Des réponses aux
provocations russes
Le projet des Etats-Unis
d’entreposer des armes lourdes
en Europe de l’Est avait été révélé
le 14 juin par le New York Times
et confirmé le lendemain par les
autorités américaines, qui n’avaient
pas précisé où le matériel serait
entreposé.
L’action de Washington entre dans
le cadre des mesures destinées
à rassurer les Etats membres de
l’OTAN inquiets des intentions de
la Russie depuis l’éclatement du
conflit ukrainien et l’annexion de
la Crimée. Mais un tel déploiement
risque d’être en contradiction avec
l’acte fondateur signé par l’OTAN
et par la Russie postcommuniste
pour « construire ensemble une
paix durable ».
La semaine dernière, Moscou a
dénoncé l’initiative américaine,
regrettant dans un communiqué
que « les Etats-Unis encouragent
soigneusement la peur de la Russie
chez leurs alliés européens ».
Vladimir Poutine a par ailleurs
annoncé mardi 16 juin que quar-
ante missiles intercontinentaux
viendraient s’ajouter d’ici à la fin de
l’année à l’arsenal nucléaire russe.
Une mesure qualifiée de
« déstabilisant[e] » et « dangereu[se]
» par le secrétaire général de
l’OTAN, Jens Stoltenberg.
« Il y a des réponses aux provoca-
tions russes », a renchéri mardi
Ashton Carter sur la chaîne de
télévision CBS.
Les Etats-Unis confirment l'installation « temporaire »
d'armes lourdes dans sept pays européens
SOURCES : Le Monde.fr avec AFP et Reuters
Le ministre de la défense américain, Ashton Carter.
Nucléaire : Khamenei réaffirme
les « lignes rouges » de l'IranSources : AFP
L
e guide suprême Ali Khame-
nei a réaffirmé mardi les «
lignes rouges » de l’Iran dans
les négociations nucléaires,
exigeant la levée « immédiate » des
sanctions de l’ONU et des Etats-Unis
en cas d’accord et réitérant son refus
de toute inspection des « sites mili-
taires ».
« Cette déclaration publiée sur le
site officiel du numéro un iranien
survient alors que le marathon
diplomatique devant garantir que
l’Iran ne s’équipera pas de l’arme
nucléaire entre dans sa dernière
ligne droite, à une semaine de la
date-limite du 30 juin pour con-
clure un accord sur ce dossier avec
les grandes puissances.
L’ayatollah Khamenei, qui a le
dernier mot dans le dossier nuclé-
aire, a fait cette déclaration devant
l’ensemble des dirigeants du pays
y compris le président Hassan
Rohani.
« Toutes les sanctions économiques,
financières et bancaires, qu’elles
soient celles du Conseil de sécu-
rité ou du Congrès et gouvernement
américains doivent être annulées
immédiatement au moment de la
signature de l’accord et les autres
sanctions doivent être levées dans
des laps de temps raisonnables »,
a-t-il dit. Il a aussi exprimé sa méfi-
ance à l’égard de l’Agence inter-
nationale de l’énergie atomique
(AIEA). « L’annulation des sanctions
ne doit pas être liée à l’application
par l’Iran de ses engagements. Ne
dites pas: appliquez vos engage-
ments puis (attendez) que l’AIEA
le certifie pour que les sanctions
soient levées. Nous n’acceptons en
aucune manière une telle chose ».
Le numéro un iranien a égale-
ment réitéré son opposition aux «
inspections non conventionnelles,
à l’interrogatoire des personnali-
tés iraniennes et à l’inspection des
sites militaires ».
Le guide suprême Ali Khamenei.
L
es analyses sexospecifiques
relatives à la situation des
femmes en Haïti ont dressé
un tableau sombre des condi-
tions de vie de la femme haïtienne en
fonction de plusieurs aspects. Force
est de constater que les femmes sont
les principales victimes des impacts
en raison de leur rôle dans la repro-
duction sociale et la production des
biens et des services. Si l’accès à
l’école primaire ne fait pas véritable-
ment montre de distinction entre fille
et garçon, qu’il est le même partout,
néanmoins il faut souligner que les
filles font le plus souvent une rent-
rée tardive à l’école. Et, plus tard le
taux de perdition scolaire sera net-
tement plus élevé chez les filles en
raison des travaux domestiques qui
leur sont confiés à la maison et aussi,
les grossesses prématurées et ou non-
désirées.
Cela ne s’arrête pas là. Au fur et à
mesure, l’écart se creuse entre les
filles et les garçons. A la fin du
cycle secondaire, il n’y aura que
43% de filles dans l’effectif sco-
laire. Orientées vers des filières
sexo-genres qui ne répondent pas
toujours aux besoins du marché
de l’emploi, les hommes trouvent
beaucoup plus d’opportunité que
les femmes. Reléguées dans des
filières informelles et précaires,
elles occupent pour la plupart du
temps, des postes à très faibles rev-
enues et inégal à celui d’un homme
pour un travail équivalent.
Pour une égalité
des droits et des chances
Les femmes ne bénéficient pas
de façon égale des opportunités
d’acquérir des moyens de produc-
tions. Toutefois, si elles y ont accès,
elles n’en ont pas le contrôle. Et
malgré qu’elles occupent une place
importante dans l’économie haïti-
enne, il n’est pas facile d’évaluer
en termes de chiffre l’apport de
leur contribution à l’économie, en
raison de la nature « invisible » de
leur travail.
Sous-estimation, sous-valorisation,
discrimination, tels ne sont pas
les seuls problèmes auxquels sont
confrontées les haïtiennes. Elles
sont aussi victimes de violences
domestiques qui continuent à
passer sous silence et, elles ne sont
pas toujours en mesure de négo-
cier leur sexualité. Ce qui impli-
que un faible taux d’utilisation de
contraceptifs et de fait, devien-
nent plus exposées aux infections
sexuellement transmissibles (IST)
et aux grossesses non-désirées.
Condition qui pousse certaines à
se faire avorter clandestinement,
vu que l’avortement en Haïti est
pénalisée, alors que par ailleurs, il
y a une forte carence des services
de maternités. Selon le PNUD, Le
taux de mortalité materno-infan-
tile, est chiffré à 475/100000,
un taux parmi les plus élevés de
l’Amérique.
Malgré la dynamique des organisa-
tions féminines pour promouvoir
la présence des femmes dans la vie
politique, le taux de participation
des femmes aux joutes électorales
est très faible. Au niveau du mem-
bership des partis politiques, les
femmes sont sous-représentées.
Leurs présences aux postes nomi-
natifs est minoritaire. Il existe une
discrimination persistante à l’égard
des femmes au sein de la fonction
publique qui est l’apanage des
hommes, car la plupart des mem-
bres, des dirigeants dans l’espace
politique, étant des hommes.
Or, la société ne se compose pas
seulement d’hommes, mais des
genres des deux sexes. Pour
garantir une égalité de droit et une
égalité des chances, un travail sub-
stantiel est nécessaire. C’est ainsi
que suite aux nombreuses revendi-
cations et aux luttes des femmes,
le 8 novembre 1994, le ministère
à la condition féminine et aux
droits de la femme (MCFDF), a été
crée par décret, afin d’assurer, via
la prise en compte des rapports
sociaux de sexes dans l’action gou-
vernementale, la cohésion sociale,
la mise en œuvre d’un processus
visant l’égalité homme-femme et
la lutte contre la féminisation de
la pauvreté.
Politique sectorielle
Entité à caractère transversal, le
ministère a pour charge de for-
muler, d’appliquer, d’orienter et
de faire respecter la politique de
l’Etat dans le domaine de la condi-
tion et des droits des femmes, afin
de travailler à l’émergence d’une
société égalitaire. Ainsi, le cibles
du MCFDF sont principalement,
l’Etat, dans le souci de garantir
une prise en compte de la dimen-
sion genre dans les politiques et
programmes, les femmes comme
sujets de droits et actrices, et en
dernier ressort la population de
manière générale qui doit être
consciente des rapports sociaux
de sexes.
Le rôle principal du ministère est
un rôle normatif et régulateur.
Ayant à la fois un mandat transec-
toriel qui le permet de travailler
en association avec les autres
ministères, et un mandat spéci-
fique avec des actions qui éma-
nent directement de son champ
d’activité. Le ministère a trois
directions réparties en : une Direc-
tion de promotion et de défense
des droits des femmes (DPDDF),
qui est une unité chargée de
concrétiser et de vulgariser les
actions du ministère, d’élaborer
des règlements administratifs et
de faire des propositions de modi-
fications législatives qui garantit
le respect des droits des femmes,
une Direction de prise en compte
de l’analyse selon le genre (DPAG)
qui a pour fonction d’élaborer
des programmes qui concernent
l’application entière de l’analyse
comparative entre les sexes (ACS)
dans les politiques, programmes
de l’appareil gouvernemental, et
une Direction des affaires admin-
istratives.
Faisant de l’égalité entre les sexes
son principal cheval de bataille,
le MCFDF a prévu une Politique
Nationale d’Egalite, dont les
grandes lignes sont : la conception,
le développement, la mise en appli-
cation d’une politique d’égalité
des sexes et la sensibilisation, en
vue d’assurer un développement
durable, de renforcer la capacité
institutionnelle, d’améliorer la
condition des femmes, de garantir
par des actions spécifiques la pro-
motion et la défense des droits des
femmes. Cette politique priorise six
domaines critiques : l’éducation,
l’économie, la santé, la violence
faite aux femmes, la politique et les
droits fondamentaux des femmes,
qui sont des axes privilégiés.
Et pour y arriver, le ministère a
élaboré une politique de ren-
forcement institutionnel avec
la mise en place de structures
garantes de l’égalité hommes-
femmes. L’amélioration du système
juridique dans l’harmonisation et
l’actualisation des textes de lois,
la promulgation de nouveaux
textes aptes a favorisé la mise
en application des conventions
internationales. La promotion de
la participation des femmes dans
la fonction publique, ainsi que
de promouvoir l’autonomie des
femmes dans la vie économique.
Etablir une véritable politique de
santé pour les femmes, et mobil-
iser la société civile particulière-
ment, sur des actions éducatives
sur la promotion de comportement
et d’attitudes non-sexistes.
L’intégration de l’égalité homme-
femme doit se faire dans toutes
les refondations, quelle soit ter-
ritoriale, économique, sociale ou
politique. A travers ces champs
découleront des lois, des poli-
tiques, des plans d’actions, des
programmes qui prendront en
compte les besoins et les intérêts
des femmes. Et c’est ainsi que pour
évaluer les effets de ces décisions
sur les hommes et les femmes, le
ministère depuis aout 2005, avec
l’appui technique de la banque
interaméricaine de développe-
ment (BID), et du Canada, se sert
de l’Analyse Comparative entre les
Sexes (ACS), qui est à la fois une
approche de gestion et un outil qui
facilite l’intégration systématique
des conditions liées à l’égalité
entre les sexes dans tous les pro-
jets, qu’il s’agisse d’une politique,
d’un programme ou autre.
L’ACS corrige les discriminations
passées et systémiques, prévient
et redresse les inégalités entre les
hommes et les femmes. Elle place
les femmes et les hommes au
milieu du processus d’élaboration
des politiques pour une gouver-
nance politique participative effi-
cace et efficiente. Il est vrai que le
ministère fait face à de nombreuses
difficultés conjoncturelles et aussi
des contraintes d’ordres financiers
qui ne lui permettent pas toujours
de réaliser certains projets, mais
ses réalisations s’inscrivent tou-
jours dans un cadre à renforcer sa
structure et à agir sur la condition
féminine, promouvoir et défen-
dre les droits des femmes, afin
d’avoir une société juste, égalitaire
qui favorise un développement
équilibré entre les hommes et les
femmes dans toutes les sphères de
la société.
10 | N0
24 MERCREDI 24 JUIN 2015
ÉCONOMIE
ÉCONOMIE–GENRE
Le MCFDF : quelle politique d'intégration des
femmes dans toutes les sphères de la société ?
Par Marie Paul Isabelle Théosmy
Le rôle principal du Ministère à la condition féminine et aux droits de la femme
est un rôle normatif et régulateur / www.communication.gouv.ht
En dépit du fait que les femmes représentent 51,8 % de la population haïtienne, leur condition d’existence que
ce soit au niveau économique, sociale ou politique, accuse de sérieux déficits. L’inégalité entre homme et femme
reste l’un des obstacles majeurs dans le développement équitable en Haïti.
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 11
ÉCONOMIE
L
es économies africaines con-
naissent une croissance
soutenue depuis les 15
dernières années. Indicateur
indiscutable de cette évolution,
l’accroissement du PIB de l’Afrique
subsaharienne de 5% par an depuis
2000. Fait nouveau, cette croissance
est désormais endogène et fortement
portée par le secteur privé.
Les efforts croisés des pays afric-
ains pour le développement des
infrastructures, l’amélioration de
l’approvisionnement en énergie
et la stimulation des échanges
intra-africains participent directe-
ment à la pérennisation de cette
croissance soutenue, qui a vu
l’émergence de nouveaux acteurs
dont les besoins vont désormais
au-delà de la microfinance tradi-
tionnelle, mais qui restent margin-
alisés par la majorité des banques.
Animé par la ferme volonté de
lutter contre cette forme crois-
sante d’exclusion financière,
l’Ivoirien Jean-Luc Konan a créé
un groupe financier spécialisé
dans le financement de ce gap
existant entre la micro et la macro-
finance. C’est ainsi que le groupe
Cofina est né avec pour princi-
pal coeur de cible la mésofinance
que les Anglo-Saxons appellent le
missing middle, ce chaînon man-
quant qui représente près de 90%
des emplois productifs dans nos
économies.
Interrogé par Les Afriques, Jean-
Luc Konan nous explique que
« l’objet principal de la méso-
finance est d’offrir aux PME,
entrepreneurs et particuliers des
classes émergentes, des produits
et des offres de services en phase
avec leurs attentes. La mésofi-
nance est donc une réponse
efficiente apportée à ce nouveau
paradigme des marchés émer-
gents africains».
Offensive sous-régionale
Aujourd’hui, l’offre financière
va s’étoffer de nouveaux acteurs
dont le coeur de métier princi-
pal est clairement positionné
sur cette clientèle.
Déjà présent au Sénégal, en Gui-
née-Conakry et très prochaine-
ment dans plusieurs autres pays
de la sous-région, dont la Côte
d’Ivoire, le groupe Cofina con-
firme ses ambitions d’aller à la
conquête de nouveaux horizons.
Il ne se fait pas d’illusion que
grâce à une connaissance appro-
fondie des économies locales
et à des produits adaptés aux
besoins de cette clientèle, il
est possible de participer effi-
cacement au développement de
nos économies émergentes en
soutenant un secteur jusque-
là jugé trop risqué pour être
financé.
S
elon le magazine américain
« Forbes 2015 », parmi les
hommes les plus riches de la
planète figurent des milliar-
daires d’Afrique anglophone ou du
Maghreb comme le Nigéria, l’Afrique
du Sud, l’Egypte. Sans surprise,
l’homme d’affaires nigérian Aliko
Dangote (photo) conserve son titre
de l’homme le plus riche sur le conti-
nent, donc occupe la première place,
qui sera suivi par un Egyptien.
Au niveau mondial, l’Américain
Bill Gates reste à la tête du classe-
ment, une position qu’il a tenue
16 fois au cours des 21 dernières
années. Sa fortune s’est encore
accrue de 3,2 milliards de dol-
lars sur un an pour se chiffrer
à 79 milliards de dollars. Il est
talonné par le Mexicain Carlos
Slim qui conserve la deuxième
place, et Warren Buffett revient à
la troisième place, ravissant son
titre au créateur de Zara, Amancio
Ortega, désormais quatrième.
Warren Buffett est d’ailleurs celui
qui s’est le plus enrichi au monde
l’an dernier.
Le magazine américain a recensé
1 826 milliardaires, ce qui con-
stitue un record absolu depuis 30
ans. Ces milliardaires accaparent
7 000 milliards de dollars, soit
10% de plus que l’an dernier. Ce
sont 290 personnes qui ont rejoint
ce club, certains plus jeunes que
jamais.
L’agence Ecofin souligne pour
sa part que ce classement 2015
a beaucoup été influencé par la
bonne tenue du secteur des tech-
nologies et la hausse du dollar par
rapport à l’euro, qui ont renforcé
la position des Américains.
Ces derniers sont 536 à y figurer,
suivis des Chinois (213), des Alle-
mands (103), des Indiens (90) et
des Russes (88).
La montée en puissance d'un nouveau
service financier alternatif en AfriquePar Ismael Aidara / Les Afriques
Forbes 2015 : 29 Africains figurent
dans les rangs des milliardaires
Source : Africatopsuccess
MÉSOFINANCE
Porté sur les fonts baptismaux il y a moins d’un an, par une équipe de jeunes dirigée par le banquier
entrepreneur Jean-Luc Konan, le nouveau groupe financier de mésofinance, dénommé Cofina, spécialisé dans le
financement du gap existant entre la micro et la macro-finance, fait sa mue.
La mésofinance veut offrir aux PME, entrepreneurs et particuliers des classes
émergentes, des produits et des offres de services en phase avec leurs attentes /
© LesAfriques
L’homme d’affaires nigérian Aliko
Dangote (photo) conserve son titre de
l’homme le plus riche sur le continent /
africatopsuccess.com
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24 MERCREDI 24 JUIN 2015
ÉCONOMIE
RÉSONANCES
Afrique - Pétrole
brut : face à
la chute des
coûts, les pays
africains prônent
une baisse de la
production
Les pays africains producteurs de
pétrole, ont appelé Abidjan à une
baisse globale de la production
de l’or noir afin de stabiliser les
coûts sur le marché mondial, dont
la chute impacte négativement
leurs économies. Exprimant sa
« profonde préoccupation face à la
chute des coûts du pétrole brut »,
l’Association des producteurs
africains de pétrole (APPA), a
« exhorté » les pays membres à
adhérer à cette initiative lancée
par l’Angola et l’Algérie, respec-
tivement deuxième et troisième
producteur de pétrole en Afrique
derrière le Nigeria.
La chute des coûts « met à mal
les économies des pays, avec
des risques de crise sociale, si
elle devait se poursuivre encore
longtemps », a déclaré Ousmane
Doukouré, un cadre du ministère
ivoirien du Pétrole. L’expert inter-
national nigérien en énergie et
pétrole, Mahaman Laouan Gaya, a
été nommé Secrétaire exécutif de
l’association. Cet ancien secrétaire
général du ministère nigérien de
l’Énergie et du pétrole, est diplômé
de l’Institut de pétrole et de chimie
d’Azerbaïdjan.
Cote d'Ivoire :
Le plus grand
gisement aurifère
bientôt en
exploitation
L’opérateur britannique Amara
mining a découvert en Côte d’Ivoire
un gisement d’or de 6,8 millions
d’onces considéré comme le plus
grand gisement aurifère du pays et
n’attend plus que l’autorisation de
l’Etat pour son exploitation.
Amara mining, bénéficiaire de
deux permis de recherche minière
a découvert le gisement près du
village d’Angovia, entre les locali-
tés de Yamoussoukro et de Bouaflé
(centre-ouest, 300 km d’Abidjan)
pour des investissements estimés
à 38 millions de dollars entre juin
2011 et décembre 2014. A terme,
la mine va produire environ 300
000 onces par an pendant une
dizaine d’années et créer environ
600 emplois directs.
Canada : aide
aux diplômes en
sciences
Le gouvernement Harper accorde
un nouveau soutien pour aider les
diplômés en sciences à obtenir de
bons emplois. Le programme de
stages pour les jeunes Horizons
Sciences vise à offrir aux diplô-
més postsecondaires l’occasion
d’acquérir une expérience qui les
préparera à décrocher des emplois
intéressants et bien rémunérés
dans le domaine de la science de
l’environnement.
Au moyen de partenariats de col-
laboration avec des organismes
ayant reçu un financement dans
le cadre du programme Horizons
Sciences, des diplômés acquièrent
une expérience pratique en prenant
part à des stages dans le domaine
de l’environnement d’une durée
d’au moins six mois (24 semaines
de travail).
Réduire la
paperasse pour
les petites
entreprises.
L’Agence du revenu du Canada
(ARC) prendra au cours des deux
prochaines années un ensemble
de mesures justifiées et concrètes
afin de réduire davantage la paper-
asse pour les entreprises. Ce plan
d’action est la réponse de l’ARC
aux commentaires qu’elle a reçus
de petites et moyennes entrepri-
ses de partout au Canada lors de
consultations publiques qu’elle a
menées en 2014 sur la réduction
de la paperasse. Le plan d’action
de l’Agence est axé sur la réduction
de la paperasse là où l’effet serait
le plus marquant pour les petites
et moyennes entreprises.
L’année dernière, l’ARC a consul-
té des propriétaires de petites et
moyennes entreprises, des commis
comptables et des comptables dans
plus de 20 villes partout au pays
: de Surrey, Québec et St. John’s
à Whitehorse, Yellowknife et Iqa-
luit. Les participants ont donné
leur rétroaction en personne, en
ligne et par écrit quant aux moyens
que l’Agence pourrait prendre pour
réduire le fardeau administratif
auquel les petites et moyennes
entreprises font face pour respect-
er leurs obligations fiscales.
Le commerce
entre la Chine et
la Russie réglée
en yuan
La Russie et la Chine ont
l’intention d’augmenter le montant
des échanges établis en yuans, a
déclaré le président Vladimir Pou-
tine dans un discours qui a été
accueilli favorablement par les
autorités chinoises, qui veulent
utiliser leur monnaie plus large-
ment dans le monde entier.
Sous l’impulsion de leurs relations
souvent tendues avec les États-
Unis, la Russie et la Chine ont
longtemps préconisé la réduction
du rôle du dollar dans le commerce
international.
« Dans le cadre de notre coopéra-
tion avec ce pays (la Chine), nous
avons l’intention d’utiliser les mon-
naies nationales dans les transac-
tions mutuelles.
Les contrats à base de roubles et de
yuans se mettent en place. Je tiens
à souligner que nous sommes prêts
à étendre ces possibilités dans nos
transactions commerciales concer-
nant les ressources énergétiques
», a déclaré M. Poutine à l’époque,
ce qui suggère qu’à l’avenir, la
Russie pourrait chercher à régler
les ventes de pétrole en yuan.
Les pays africains producteurs de pétrole ont appelé à Abidjan à une stabilisation des cours sur le marché mondial, dont
la chute impacte négativement leurs économies / abidjan.net/
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 13
JUSTICE
Apatridie: quand et comment ?
Par Eddy Laguerre
L’apatridie est la situation d’une personne qui se retrouve sans nationalité ou citoyenneté.
Ce concept juridique qui entre dans le champ du droit international privé, est aujourd’hui très à la mode en
Haïti, pour au moins deux raisons. D’abord à cause du rapatriement de ressortissants haïtiens et dominicains
engagé par la République de Danilo Medina, suite à l’arrêt 168/13 de la Cour constitutionnelle de ce pays, qui
viendra créer non seulement des réfugiés, des dépossédés et des appauvris, mais aussi des apatrides. Ensuite,
au cours du processus électoral actuel, on a vu des personnes renoncer à une nationalité étrangère pour se
porter candidates aux prochaines élections tandis que la nationalité haïtienne leur est refusée. Leur situation ne
s’apparente t’elle pas à l’apatridie ?
D
’un point de vue strictement
étymologique, on peut dire
que le mot « apatride », est
formé d’un préfixe privatif
(a), suivi du mot grec « Patris » qui sig-
nifie « terre des ancêtres ». L’apatride
est donc une personne sans patrie,
une personne qui ne jouit de la pro-
tection d’aucun État. Le lexique des
termes juridiques dit que c’est un «
individu qui n’a aucune nationalité »
; cette situation résulte généralement
de la perte de nationalité d’origine,
sans acquisition d’une nationalité
nouvelle. On distingue l’apatridie de
facto et l’apatridie de jure, mais cet
article ne s’arrêtera pas trop à établir
les lignes de démarcation, souvent
complexes, entre ces deux types
d’apatridie.
Causes et conséquences
de l’apatridie
L’apatridie correspond exactement
à la non-jouissance d’un droit
pourtant fondamental : le droit à
la nationalité, un droit reconnu
par tous les grands textes de droit
international, à commencer par la
déclaration universelle des droits
de l’Homme. L’article 15 de cette
déclaration dispose que : « Tout
individu a droit à une nationalité.
Nul ne peut être arbitrairement
privé de sa nationalité, ni du
droit de changer de nationalité.
» L’esprit de cet article est repris
dans des formulations à peine
différentes dans plusieurs autres
instruments internationaux tels
la convention de 1954 prise par
les Nations Unies sur le statut des
apatrides, et des textes régionaux
tels, la convention interaméricaine
des droits de l’Homme ou encore
la convention européenne sur
la nationalité. L’apatridie affecte
automatiquement la jouissance
d’autres droits fondamentaux de
la personne victime, tels le droit
à l’identité, le droit de vote, le
droit de résider et de circuler
dans son pays, et même parfois le
droit à l’éducation et au logement.
En dépit des efforts longtemps
entrepris par des organismes
internationaux, dont les Nations
Unies, les législations des pays ou
parfois des mesures clairement
discriminatoires prises contre des
minorités, continuent d’augmenter
le nombre des 12 millions
d’apatrides existant actuellement
dans le monde, selon l’agence des
Nations Unies pour les réfugiés
(UNHCR).
Plusieurs causes peuvent être à
la base de l’apatridie. Pour n’en
citer que trois, on peut dire que
l’apatridie peut résulter d’un conflit
entre les législations de plusieurs
pays notamment le pays d’origine
des parents et le pays de nais-
sance de l’enfant. C’est le cas par
exemple, d’un enfant né dans un
pays ne reconnaissant que le droit
du sang alors que ses parents vien-
nent d’un pays qui n’accepte que le
droit du sol. Une deuxième cause
de l’apatridie est la déchéance de
la nationalité, mesure prononcée,
souvent sous la base de motivations
discriminatoires, par des instances
nationales. Au moment de la nais-
sance de certains États, les législa-
tions font aussi perdre leur nation-
alité à des groupes ou à des ethnies
en particulier. L’apatridie peut aussi
être causée par une défaillance
administrative, dans le cas d’une
personne qui n’a pas pu obtenir
son acte de naissance de la part
des autorités établies à cet effet.
Même si on en parle peu, on com-
prend que cette forme d’apatridie
a toujours été présente en Haïti,
particulièrement dans le milieu
paysan, où l’on trouve des citoy-
ens dépourvus de tout document
d’identité. L’UNHCR fait remarquer
en ce sens que : « l’incapacité à
établir la nationalité comporte les
mêmes conséquences que l’absence
totale de nationalité ».
Des apatrides en Haïti ?
Si l’apatridie est décrite comme
l’absence de tout document établis-
sant un lien entre un individu et
un État spécifique, dans le cas
d’Haïti on se demande si la situa-
tion d’un apatride ne peut pas trop
facilement se régulariser, même en
dehors de la loi. En plus de la non-
numérisation des données liées à
l’identité des personnes jouissant
légalement de la nationalité haïti-
enne, il y a aussi en Haïti la possi-
bilité pour des individus de se pro-
curer certains documents comme
des actes de naissance, en violation
des dispositions prévues par la loi.
De plus, depuis l’arrêté présiden-
tiel du 16 janvier 2014 pris par
le président Michel Martelly, il
est accordé un délai de cinq ans
à « toute personne » dépourvue
d’acte de naissance de le réclamer
auprès d’un officier d’état civil, par
le biais de ses parents ou à défaut
par un « tiers habilité par la loi ».
Il est donc évident que des étrang-
ers, notamment des Dominicains,
peuvent aujourd’hui profiter des
avantages ponctuels de cet arrêté
pour réclamer un acte de nais-
sance haïtien, ce qui leur permet-
tra ensuite de réclamer une carte
d’identification nationale (CIN).
Avec ces deux actes, la personne
jouira bel et bien de la nationalité
haïtienne, tant qu’on ne pourra
prouver que cette déclaration tar-
dive de naissance a été entachée
de mensonges, notamment sur la
nationalité de ses parents.
Ainsi dans l’état actuel des moyens
tant légaux que logistiques dont dis-
pose les autorités haïtiennes pour
l’enregistrement de ses ressortis-
sants, s’il est vrai qu’une personne
peut arriver le sol d’Haïti en situa-
tion d’apatridie, il faut se demander
si elle ne deviendra pas rapidement
haïtien, avec ou sans la loi.
Comment obtenir un acte
de naissance en Haïti
Par Eddy Laguerre
L
’Acte de naissance est le pre-
mier acte de l’état civil dans la
vie d’une personne. Il permet,
entre autres, d’établir la nation-
alité. Mais la législation haïtienne fixe
des conditions précises ainsi qu’une
procédurededéclarationdenaissance.
Le code civil haïtien fait obligation
aux parents de déclarer la naissance
de leurs enfants le plus rapidement
possible après leur naissance, soit un
délainedépassantpasdeuxans.Passé
ce délai, il s’agit bien d’une déclara-
tion tardive de naissance. En général,
cette déclaration ne peut se faire sans
un jugement du tribunal de première
instance autorisant un officier d’état
civilàrecevoirladitedéclaration.Mais
aujourd’hui, en vertu d’un arrêté pré-
sidentiel pris le 16 janvier 2014, la
procédure pour faire une déclaration
tardivedenaissanceaétésimplifiéece,
jusqu’à2019.Ilexistedonc,d’emblée,
deuxcasdistincts,enmatièrededécla-
ration de naissance en Haïti.
1) Acte de naissance pour l’enfant
qui vient de naître (moins de deux
ans)
Il peut s’agir d’une déclaration
mère ou d’une déclaration père.
Dans l’un ou l’autre de ces cas, le
parent se présente au bureau de
l’officier d’état civil de leur lieu de
résidence ou du lieu de naissance
muni des pièces suivantes :
- Carte d’identification nationale du
père et/ou de la mère
- Acte de mariage des parents (le
cas échéant)
LEDROITAUBOUTDES DOIGTS - Certificat de naissance délivré par
l’hôpital ou la sage-femme ayant
procédé à l’accouchement (N.B.
Dans la majorité des cas, les actes
de naissance sont dressés sans ce
certificat qui n’est d’ailleurs que
rarement délivré par les hôpitaux).
2) Acte de naissance pour un adulte
ou tout enfant de plus de deux ans
En vertu de l’arrêté du 16 janvier
2014, les personnes de plus deux
ans qui n’ont jamais eu d’acte de
naissance ont jusqu’à janvier 2019
pour régulariser leur situation.
Leurs parents biologiques ou un
tiers habilité par la loi peut se
présenter devant l’officier d’état
civil pour déclarer leur naissance.
Dans la pratique, les étapes pour
faire une déclaration tardive se
présente comme suit :
- La personne dépose sa carte de
baptême au bureau des Archives
Nationales ou dans l’un de ses
relais ;
- Le Bureau des Archives Nationales
délivre un certificat négatif, attes-
tant qu’après recherche dans ses
archives, elle n’a pu trouver dans
ses registres aucune déclaration de
naissance préalablement faite pour
cette personne ;
- Avec le certificat négatif, la per-
sonne accompagnée de ses par-
ents biologiques ou d’un « tiers
habilité par la loi » se présente au
bureau d’un officier d’état civil pour
réclamer son acte de naissance en
vertu de l’arrêté du 16 janvier 2014.
Il faut souligner que les démarch-
es décrites ici, sont certes celles
prévues par la loi, mais peuvent
subir des dérogations diverses dans
la mise en application des disposi-
tions légales par les officiers d’état
civil. Un acte de naissance peut, par
exemple, être obtenu même sans la
soumission de ces actes ci-dessus
indiqués.
Aussi, s’il est vrai que la présence du
bébé est recommandée au moment
de la déclaration de naissance, il
demeure que la majorité des décla-
rations se font en l’absence de ce
principal concerné.
14 | N0
24 MERCREDI 24 JUIN 2015
SOCIÉTÉ
L.N. : Le contexte politique était
aussi survolté. Cela n’était pas
facile. Quel a été le soutien finan-
cier le plus solide qui vous a permis
de réaliser la Fondation?
M.D.P.L. : Notre principal soutien
financier a été, reste et demeure la
Open Society Foundations (OSF)
créée dans les années 80 par le
philanthrope George Soros. Mais
FOKAL est une fondation nationale
et pas une branche de OSF. Cela
signifie que nous avons pu obtenir
des financements de plusieurs bail-
leurs tels que l’Union européenne,
l’Agence française de développe-
ment, les ambassades accréditées
en Haïti, l’UNESCO, Pain pour le
monde, et j’en passe.
L.N. : Peut-on savoir combien cela a
coûté pour l’achat du terrain, puis
la construction de l’immeuble?
M.D.P.L. : En 2000, le terrain de
l’Avenue Christophe nous a coûté
US$135 000. La construction de
l’immeuble a coûté US$800 000
lorsque nous y avons pris logement
en 2003. Il faut dire que notre choix
était de ne pas dépenser dans des
finitions qui généralement sont
chères. Pas de revêtement des pil-
iers et colonnes, pas de mosaïque,
pas de faux plafond etc.
L.N. : Quelle firme, quel architecte
ont travaillé à la mise en place de
cette structure qui, si ce n’était la
façade, ressemblerait à la postmo-
dernité du Beaubourg à Paris?
M.D.P.L. : L’architecte Gaylord Esper
a conçu et supervisé l’exécution.
Son épouse, Geneviève Esper, dont
le nom d’artiste est Iris, a conçu et
réalisé tous les ouvrages en métal
(les portes et le magnifique escalier
en colimaçon sur le parvis). La con-
struction a été faite par la firme GJ
Construction. Nous avons approuvé
le projet proposé par l’architecte
d’une structure métallique ren-
forcée de béton armé. Elle a bien
résisté au tremblement de terre du
12 janvier 2010.
L.N. : Quelles sont, selon-vous, les
meilleures manifestations culturel-
les à avoir eu lieu à la FOKAL?
M.D.P.L. : L’exposition en 2004
des tableaux et textes d’artistes
et écrivains haïtiens, offerts par
l’UNESCO sur les droits Humains;
le colloque régional en partenar-
iat avec ATD Quart Monde sur le
thème « La démocratie à l’épreuve
de la grande pauvreté », tenu en
2008 ; les rencontres Congo-Haïti
sous la direction de Carlo Célius en
2005 ; les rencontres québécoises
en 2013 en partenariat avec les Edi-
tions Mémoire d’Encrier ; l’annonce
de l’élection de Dany Laferrière à
l’Académie française en 2013 ; le
Festival de Théâtre Quatre Chemins
tous les ans en novembre depuis
2003, les lectures mémorables de
Jean-René Lemoine, les concerts de
« Desandann », Awozam, Beethova
Obas, Emelyne Michel, RAM pour
ne citer que ceux-là.
L.N : On sait aussi que vous tra-
vaillez à la réalisation d’un vaste
projet: le Parc Martissant. Parlez-
nous en ?
M.D.P.L. : Le Parc de Martissant se
pose comme l’élément moteur d’un
modèle de développement d’un
quartier urbain, autour du dernier
boisé de la ville de Port-au-Prince,
constitué de propriétés privées
déclarées d’utilité publique par
décret présidentiel en date du 29
juin 2007. La création et la gestion
du Parc de Martissant ont été con-
fiées sur base contractuelle en août
2007 à la Fondation Connaissance
et Liberté – FOKAL, institution qui
a initié le projet auprès du Gou-
vernement haïtien et de la munici-
palité de Port-au-Prince. Outre
le mandat de créer le Parc et d’y
mettre en œuvre des projets à car-
actère éducatif, scientifique, envi-
ronnemental et culturel, FOKAL a
pu définir, planifier et coordonner
des activités dans le quartier avec
des partenaires sur le terrain, et des
bailleurs de fonds en plus de OSF,
qui ont bien voulu y croire.
J’encourage tout le monde à visiter
le parc, ce « jardin de la beauté »,
comme a si bien dit Dany Laferri-
ère lorsque nous l’y avons conduit
l’année dernière en compagnie de
Lilian Thuram.
Le parc comprend un « Mémo-
rial » en hommage aux victimes
du séisme, c’est un jardin ouvert
au public et très fréquenté ; le
Centre culturel Katherine Dunham
à l’arrière duquel nous avons con-
struit un jardin de plantes médici-
nales (les deux conçus par la firme
Espace et Structure des archi-
tectes Galvan); un jardin potager
communautaire pour développer
l’agriculture urbaine dans le quarti-
er ; et, cette année, nous travaillons
à l’aménagement de la propriété sur
laquelle se trouvait l’ancien hôtel
Habitation Leclerc. Nous constru-
isons également un centre de res-
sources communautaires pour les
habitants et organisations du quart-
ier. Dès le début, nous avons établi
des relations avec les communautés
des sous-quartiers autour du parc
à Martissant, sachant que le parc
ne sera viable que si la population
se l’approprie. Espaces de parole,
projets d’amélioration des condi-
tions de vie, création d’emplois,
et autres prestations représentent
nos engagements dans le quartier.
A cela, nous avons également joué
le rôle « d’interface » entre les
organismes d’Etat et les habitants
du quartier pour que ces derniers
bénéficient de certains services
publics.
Excellent modèle d’espace public
pour les centaines de quartiers
précaires de la capitale et de nos
principales villes de province !
L.N. :Votre passage comme Premier
ministre du gouvernement de René
Préval ne vous a-t-il pas laissé un
malaise de femme moderne, n’a
t il pas ralenti votre élan dans le
domaine de l’encadrement culturel
et laissé chez vous un peu de désil-
lusion de ce qui peut être fait posi-
tivement sur le plan politique?
M.D.P.L. : Cette expérience m’a
beaucoup appris et l’important
pour moi a été d’en sortir la tête
haute. Ce qui fut le cas. Je m’en
trouve raffermie dans mes convic-
tions citoyennes, avec une idée plus
claire de qui sont mes vrais amis.
L.N. : Haïtienne, intellectuelle,
nationaliste, comment, aujourd’hui,
voyez-vous la capitale haïtienne
saccagée par le séisme du 12 jan-
vier 2010?
M.D.P.L. : Comme tous ceux qui ont
vécu la catastrophe, j’en garde un
souvenir terrible. J’ai perdu des
collègues, amis/amies, et cela a pris
du temps d’en faire le deuil.
Haïti a perdu des intellectuels, des
militants, des citoyens/citoyennes
que nous ne finissons pas de regret-
ter. Cependant, cinq ans plus tard,
on se rend compte que nous avons
perdu une occasion, encore une, de
provoquer une transcendance qui
permettrait de se hausser au-dessus
des luttes stériles et des intérêts
personnels qui semblent encore
une fois dominer et envahir tout
le champ politique. La population
attendait un moment symbolique-
ment fort qui n’est pas venu. Elle
a pansé ses blessures toute seule
et est retombée dans la débrouil-
lardise qui est son lot depuis trop
longtemps.
De notre côté, dans cette capitale
quasi-détruite, nous avons voulu
faire acte de mémoire, établir un
pont entre passé, présent et futur
en nous engageant avec des parte-
naires tels que l’ISPAN, l’Institut
du Patrimoine Wallon, le World
Monuments Fund dans la création
d’un chantier-école pour la forma-
tion d’artisans de la restauration
des maisons « gingerbread », une
architecture tout à fait originale,
adaptée aux conditions climatiques
et environnementales du pays. A
noter que même lorsque des mai-
sons gingerbread ont été endom-
magées, elles n’ont tué personne.
L.N. : On sait que vous croyez en
nos potentialités culturelles. En
est-il de même pour notre vécu
politique actuel?
M.D.P.L. : Oui, je crois que la cul-
ture porte en elle des éléments
émancipateurs, et dans notre
pays, elle contribue à donner une
image autre du pays que celle de la
misère, de la violence ressassée ad
nauseam par les médias. En cette
année 2015 seulement, nous avons
eu à date, l’exposition d’œuvres
plastiques au Grand Palais à Paris,
l’exposition des œuvres de Hervé
Thélémaque à Beaubourg, le prix
Fémina à Yanick Lahens, l’entrée
de Dany Laferrière à l’Académie
française, pour ne citer que cela
sur le plan international. Mais pour
ce qui est de « notre vécu politique
actuel », je ne peux que souhaiter
qu’un jour nos jeunes cessent de
fuir ce pays, qu’ils étudient son his-
toire, sa géographie, ses relations
internationales, en sachant qu’Haïti
est dans le monde et qu’il faut aussi
s’ouvrir sur le monde. Alors, peut-
être que la politique prendra son
vrai sens, celui de l’intérêt collectif
de la cité, bien commun. Mais on
en est encore loin, très loin.
L.N. : LE NATIONAL vous dit
bonne fête et à Lorraine Mangonès
l’inséparable amie et collaboratrice
et à tout le personnel. Souhaitez-
vous boucler une autre vingtaine
d’années dans un espace urbain
mieux harmonisé?
L.N. : Je remercie Le National à qui
je souhaite plein succès, et vous
remercie également de votre inté-
rêt toujours soutenu pour FOKAL
et pour nos activités. Au cours des
vingt dernières années je me suis
passionnément investie dans mes
divers champs d’action, surtout
dans les programmes de FOKAL,
j’ai parcouru ce pays essayant
de comprendre, d’apprendre, de
donner aussi. Aujourd’hui je suis
fière que la relève s’engage. Dans
vingt ans je ne serai plus, ce sera
son tour de faire le bilan.
Michele D. Pierre Louis : « J'ai appris à
connaitre mes vrais amis... »
Propos recueillis par Pierre Clitandre
FOCUS
Suite de la publication du mardi 23, numéro 23
Dans cette seconde partie, Madame Michèle D. Pierre Louis donne des précisions sur George Soros, le coût de la
construction de la Fokal, le projet du Parc de Martissant, ses « vrais amis » qu’elle a appris à connaitre et sur son
espoir dans la future génération.
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 15
SOCIÉTÉ
L
isa et moi sommes copines depuis l’enfance. Nous avons habité la même
cour durant un certain temps. Depuis deux ou trois années, je suis la
confidente de ses exploits et de ses « kout ba » aux garçons haïtiens.
Son père a abandonné sa mère et ses trois enfants. La pauvre femme
grouille assez bien avec la vie afin d’assurer l’éducation de sa progéniture.
Malgré mes conseils, elle a passé sans succès les examens de rhéto. Lisa
a décidé de dire Bye ! Bye à l’école et à l’université. Les seules études
qui comptent maintenant pour elle, c’est d’être une « limena » en rasant
la tête des garçons. Elle gère plusieurs mecs à la fois et répète assez
souvent : plus de copains, plus d’argent. A bas au syndrome « razeur » !
Chaque semaine, elle arrive toute pimpante à la maison avec un « zen »
bien chaud, un long monologue qui peut bien durer deux à trois heures :
Je ne sors plus avec untel ; il n’est pas assez présent ; le nouveau est très
dépensier ; je pars en République dominicaine avec mon capois et bla
bla bla !!! Dès que j’essaye de lui tirer les oreilles, elle m’envoie balader
avec son mot de passe : « Fok ou brase lari a pitit ».
Sa mère, quoique écœurée, garde le silence, car grâce à Lisa, la maison
peut mâcher la bouche des fois, le loyer peut être payé à temps, sans
oublier la scolarité de ses cadets.
Un matin, Lisa a atterri à la maison, la mine sombre. Sans détour, elle
m’a annoncé qu’elle attendait un bébé et que le père lui était incertain.
Elle avait un diaspora qui l’aimait et qui était prêt à l’épouser, donc,
elle ne garderait pas le bébé. Devant ma stupéfaction, elle a ajouté en
(tyupant) : « J’aurai le temps de faire autant d’enfants que je veux.
Mwen pa ka rate rezidans sa a pitit. »
Lisa et sa résidencepar Nancy Constant
Les banques en Haïti, véritable casse-têtepar Stéphanie Balmir
HAÏTISOCIÉTÉ
Pour faire une simple transaction à la banque, il faut deux à trois heures de patience. En plus du stress engendré
par l’insécurité grandissante, le service dans les banques haïtiennes laissent à désirer. Qui n’est pas au courant du
taux d’insécurité ? Qui n’a pas peur des banques dans le contexte actuel ? Mais surtout, qui est satisfait du service
offert ?
A
en croire les publicités et les
slogans divers, l’on pourrait
penser que l’on devient un
citoyen complet, moderne,
en devenant le client d’une banque
de la place. Par ailleurs, que ce soit
sur demande d’une institution, ou
par suite d’une décision personnelle
mûrement réfléchie, il semble que
l’on se complique la vie dès que l’on
commence à fréquenter ces institu-
tions « oh combien prestigieuses »
selon l’avis de certains ! Prestige ?
Idéal ! Construction !
Dans cette succursale, tout est
calme. L’accueil est vide, hormis
l’agent de sécurité, placé devant la
porte, qui répète à chaque client
une litanie qui ne le fatigue sûre-
ment pas : fèmen telefòn pou nou
silvouplè. Une télé muette diffuse
des images d’un film sanglant.
Deux agents de sécurité font le va
et vient qui justifie leur présence.
Quelques clients sont assis sur
des chaises placées le long d’un
mur. Un homme, superviseur sans
doute, lunettes de soleil et veston
élégant, se promène et regarde de
temps à autre les clients qui font
la queue. Les activités vont au
ralenti. Malgré l’existence de six
guichets, deux caissières unique-
ment doivent servir les 35 clients
collés les uns aux autres. Heu-
reusement, la climatisation est
au point fixe. Sinon cette concen-
tration humaine et cette chaleur
n’auraient pas fait bon ménage.
Le service laisse à désirer. Peu
importe l’échantillon choisi,
les banques ne fonctionnement
selon aucune norme. Le service
rapide et garanti, l’accueil chaleu-
reux ne dépassent pas les jingles
promotionnels. Une jeune fille
témoigne : Dès que je sais que
je vais à la banque, j’ai tous les
problèmes du monde. Je suis
contrariée et stressée. En plus de
l’insécurité, le service est médio-
cre. Lig nan pa ta pwoblèm non, se
solèy la ak jan moun sa yo pa gen
pasyans ak kliyan ki pi deranje m.
En effet, certaines banques de
la Capitale laissent les clients
sous le soleil. Question de ne pas
encombrer l’espace. Mais cela ne
change rien selon l’avis de cette
jeune femme qui doit à chaque
fin de mois payer son écolage à
la banque.
Le plus dérangeant n’est pas de
faire la queue. Car l’on pourrait
suivre la ligne en gardant l’espoir
de finalement passer à la caisse.
Fruit d’une attente des plus ennuy-
euses. Ce qui abhorre les clients
est le « pati pri ». Ces clients
qui débarquent et qui repartent
sans faire la queue. L’étudiante
continue : Le plus dur dans
tout cela, c’est qu’après tant de
patience sous un soleil de plomb,
quelqu’un vient, rentre et ressort
comme si de rien n’était. Comme
si c’était normal qu’il soit servi
avant ceux qui ont patiemment
attendu. Il suffit qu’il ait un cos-
tume ou descende d’une voiture
officielle. Il y a une complicité
entre ces gens et les agents de
sécurité sur laquelle les adminis-
trateurs doivent se pencher.
Selon elle, il faut également que
les clients pensent à remplir leur
fiche chez eux. Parce qu’il n’y a
pas possibilité de remplir sa fiche
de transaction en toute intimité.
Lè w ap ranpli fich la, kou w
prèske kase tèlman w ap veye si
moun dèyè w la pap gade. Selon
l’avis de certaines gens, n’étaient
la technologie et les nouvelles
méthodes de paiement, quelqu’un
ferait mieux de garder son argent
chez lui. Parce que la banque n’est
pas le meilleur endroit. Personne
n’est jamais à l’abri d’un vol.
Les banques, de nos jours, sont
des endroits dont tout le monde
a peur. En plus de l’insécurité
flagrante, il faut s’armer de
sang-froid et de patience devant
l’impolitesse et la rogne de cer-
tains caissiers.
Il faut vraiment penser à des stra-
tégies efficaces pour améliorer le
service au sein des banques. Parce
que toutes ces institutions, éta-
tiques ou privées, sont encore très
loin de la réalité, mais surtout
du service étoilé dont elles font
mention à longueur de journée.
16 | N0
24 MERCREDI 24 JUIN 2015
SOCIÉTÉ
S
ur près de 11 millions
d’habitants, 30% est âgé entre
15 à 25 ans. Tandis que les
moins de 20 ans représen-
tent plus de la moitié de la popula-
tion totale d’Haïti selon les dernières
estimations de l’Institut haïtien de
statistique d’informatique (IHSI). Le
constat s’impose : les adolescents et
les jeunes représentent un potentiel
important pour le développement du
pays.Cependant,fauted’encadrement
et d’assistance sociale, la grossesse
précoce fait rage surtout dans les
coins les plus reculés du pays. Elle
se présente comme un défi majeur
qui entrave le développement per-
sonnel de milliers d’adolescentes et
leurs familles et par ricochet, l’avenir
d’Haïti.
A Plaisance, une commune du
département du Nord, les jeunes
filles-mères sont très nombreuses.
Fedlyne est aujourd’hui une jeune
maman. Elle a eu sa fille à 17
ans. Elle était alors en 9e année
fondamentale. Depuis, elle a dû
abandonner l’école pour s’occuper
de sa fille avec le support irrégulier
du père qui fait de petits boulots en
République dominicaine.
Aujourd’hui elle a 22 ans. Elle
ressemble encore à une enfant.
Physiquement et intellectuellement,
elle n’a pas beaucoup évolué.
Selon une étude réalisée sur la
mortalité,lamorbiditéetl’utilisation
des services du ministère de la
Santé publique et de la Population
(EMMUS V, 2012), une adolescente,
âgée entre 15 et 19 ans, sur sept a
déjà commencé sa vie reproductive.
Onze pour cent d’entre elles ont
déjà eu au moins un enfant. En
résumé, sur 1 000 filles âgées entre
15 à 19, soixante-six (66) ont eu
au moins une grossesse précoce
en Haïti. Et, ces faits concernent
davantage les femmes en milieu
rural. Selon les données de EMMUS
V, les femmes des milieux ruraux
donnent naissance, en moyenne, à
1.9 enfants de plus que celles qui
vivent en milieu urbain.
Education-Grossesse
précoce-Prostitution
juvénile
Dans le livre blanc sur la condition
féminine du ministère à la Condition
féminine, la grossesse précoce
est indexée comme un important
facteur d’abandon scolaire chez les
filles. Et les données montrent aussi
que la fécondité est plus élevée
chez les femmes peu éduquées.
Les femmes qui n’ont aucun niveau
d’instruction ont, en moyenne, 1,8
enfants de plus que celles qui ont
atteint le niveau secondaire ou plus.
Pour le maire de Plaisance, Anthony
Josaphat : pauvreté, grossesse
précoce et prostitution juvénile,
sont étroitement liées : « c’est
l’incapacité des familles pauvres à
nourrir leurs enfants qui poussent
les jeunes filles vers une forme
de prostitution maquillée », a-t-il
déclaré.
Il a en outre estimé que les
enfants issus de grossesse précoce
constituent des proies faciles pour
la traite des personnes vers la
République dominicaine en raison
des conditions vulnérables de leurs
familles.
Télévision de mon pays,
J’aurais préféré commencer ma
lettre en te félicitant pour le travail
que tu effectues dans le pays,
mais sincèrement je ne peux pas
atteindre un tel niveau d’hypocrisie.
Tu ne fais pas grand-chose qui
exigerait qu’on te félicite. Tu donnes
seulement quelques informations à
la population certaines fois. Même
si c’est uniquement les infos à
ton goût que tu diffuses. Faute de
grives, on mange des merles et on
est bien obligé.
J’ignore ton niveau de conscience,
télé de chez moi, mais j’aimerais
bien te poser une question : qu’est-
ce que tu fais dans le pays ? Quelle
est ta fonction finalement ? Oh ne te
fâche pas ! C’est juste une question
! Tu informes ? Mais je viens de te
dire que tu ne le fais pas en toute
objectivité comme tu le clames tous
les jours. Tu réserves ton espace
aux seuls politiciens. Ton espace
est devenu leur agora. Mais que
dis-je ? Ton espace est devenu leur
ring. Et pourtant, il y a un social
concret sous tes yeux. Celui qui
concerne la bidonvilisation de nos
centres urbains, les étudiants qui se
nourrissent de pâtés « kòde ».
Nos marchés publics. Nos trottoirs
transformés en marché. L’absence
de véritables stations de service au
21eme siècle en Haïti. Et j’en passe.
Tu n’en parles pas télévision. Tu ne
parles que de gouvernement.
Parlement. Elections… Tu m’obliges
à regarder chaque jour les mêmes
figures qui répètent les mêmes
choses. Tu occultes les informations
utiles. Pourquoi ? Tu ne vas pas me
dire, télévision, que l’argent est ta
seule motivation ! Non de Dieu !
Ta fonction est donc de former ?
S’il te plaît ! Cesse de mentir. Tu
n’as même pas une programmation.
Parle-moi des programmes que
tu diffuses. Ah ok ! Tu diffuses
: questions pour un champion,
money drop, ce n’est pas sorcier…
pas mal. Ce sont de très bons
programmes. Mais ils ne sont pas à
toi ! Alors tu produis quoi ?
En ce sens, ta fonction serait de
divertir ? C’est peut-être pour
cela que tu diffuses tout le temps
des vidéos clips, des films, des
feuilletons, des séries… Et tu
diffuses n’importe quoi. Tu n’as
aucun problème de diffuser des
clips- petite scène de porno
modérée. Sur quelle base les
diffuses-tu ? Ce n’est peut-être pas
tout à fait ta faute. L’Etat devrait
tout de même avoir une politique
culturelle. Il y a un monsieur l’État
? Ben, qu’on l’applique car ça urge.
Tu as conscience que tu contribues
grandement à corrompre nos
enfants, télévision ?
Je veux te signaler également que
tu nous bombardes de trop de
publicités. Mais, pauvre diable !
Tu ne peux rien sans la publicité.
Néanmoins, tu dois savoir que ta
publicité est mensongère, elle porte
préjudice aux moins âgés, elle est
immorale… ta publicité normalise
le vol, elle vend le sexe, elle prône la
violence… et pourtant, la population
ne connait pas la signification des
panneaux indicateurs, des feux de
signalisation ; les dangers liés au
tabac, à la drogue, à l’alcool… ; la
population ignore les conséquences
des constructions anarchiques…
Tu me donnes des feuilletons
en abondance. Qu’est-ce que tu
veux faire par-là ? Tu veux me
présenter une alternative au mode
de vie haïtienne ? Pourquoi tu me
donnes à regarder Nikita, Prison
break, Kyle XY, Heroes, Hawaii
5. 0… ? Tu veux encore me faire
croire que l’étranger est plus fort
que moi et que je ne vaux pas
grand-chose ? Pourquoi tous ces
films hollywoodiens à longueur de
journée ? Ah je vois ! Le cinéma
haïtien est pauvre. Nous n’avons
pas suffisamment de talents. Tu ne
pourrais pas au moins me laisser
vivre mon haitienneté ?
Bon, je préfère m’arrêter là. Je ne
sais pas si mes écrits retiendront
ton attention, mais je le souhaite
malgré tout. On te regarde tout le
temps télévision, je veux juste que
tu prennes un instant toi aussi pour
nous regarder.
Un défi à l'épanouissement des femmespar Vantz Brutus
Lettre à la télévisionpar Ritzamarum Zétrenne
HAÏTISOCIÉTÉ/GROSSESSEPRÉCOCE
MERCREDI 24 JUIN 2015 N0
24 | 17
CULTURE
L'évident paradoxe d'un réel imaginaire
Par Joe Antoine Jn Baptiste
« La Case vide », le dernier né du journaliste et poète Antoine Hubert Louis vient de paraître sous les presses des
Éditions Rupture. C’est un roman-récit qui peut donner aux lecteurs l’impression de prendre contact avec un
texte voulant épouser une vision spirale.
HAÏTICULTURE/LACASEVIDE/ROMAN
«
La Case vide » se présente
sous la forme d’un roman
dont la dynamique se faufile
dans une perception spirali-
ste. Antoine Hubert Louis semble
vouloir créer une autre dynamique.
Celle qui perd le lecteur dans des
détails pour le rattraper un peu plus
loin par via des analyses et réflex-
ions. L’auteur s’appuie sur toute une
série d’évènements, de faits sociaux,
d’histoires et d’anecdotes tirés du réel
haïtien.
Ainsi arrive-t-il à aider le lecteur à
saisir la dimension absurde de ses
concitoyens toujours en quête de
pouvoir, à défier les mythes liés à
la question de la divinité. La case
vide est un retour sur l’homme
haïtien avec ses stupidités, ses
intentions barbares et son désir
acharné de pouvoir.
Le texte s’ouvre comme on ouvre
un monologue. Au fur et à mesure
que la phrasée prend sa forme,
le lecteur peut avoir l’impression
que c’est un roman ou un récit.
L’impression d’un dialogue inter-
générationnel entre l’auteur et
son alter ego s’installe. Le débat
est ouvert sur ce qui peut être
un roman ou pas, un écrivain,
un auteur, etc., un débat qui sort
de nulle part, mais qui conduit
quelque part. Ils parlent, discu-
tent, s’interrogent sur un éven-
tuel support mutuel pour pouvoir
s’approprier les arts de la plume,
du discours.
Ils émettent leur opinion sur la
littérature, sur l’existence de
l’homme, les modes de gouver-
nance haïtienne, la politique judi-
ciaire et sur l’implication d’un
dieu dans la culture collective.
Il est surnommé Ami-lutin. Tantôt
il est narrateur, sujet, personnage
central du roman et/ou intermédi-
aire entre le lecteur et Lemaître,
un héros multidimensionnel, un
homme mystérieux, un human-
iste, un conteur et un mythe.
Entre Lemaître et Ami-lutin, c’est
plus qu’une relation père-fils, une
intimité, une admiration et une
complicité exagérée qui leur sert
de prétexte pour conter des his-
toires et les interpréter.
Une complicité qui a traversé
le temps, l’espace, et continue
d’exister même après la mort
de l’admiré du village. Lemaître
Baron Lacroix Quatre branches.
Il est ce personnage-auteur autour
duquel se déroule toute l’histoire.
Une histoire complice de mort et
de vivant. Laquelle a donné nais-
sance à la « Case vide » dans une
case vide.Cette complicité qui
donne une forme au roman ne se
conforme pas à l’écriture classique
du roman. D’ailleurs, le narrateur
refuse de croire que son énoncia-
tion peut s’approprier un quel-
conque genre littéraire. Encore
moins un roman. Son souci est
d’écrire et de dire.
Mais aussi réfléchir sur l’humain
dans tous ses aspects. Et les deux
complices du texte en sont d’avis.
Les histoires s’enchaînent. Elles
scrutent les évènements non
encore cicatrisés dans la mémoire
collective. Le rapprochement
entre la mort d’un professeur
d’université pour ses convictions
politiques et un tremblement de
terre devient une évidence. C’est
là, le point de départ d’un évi-
dent paradoxe pour appréhender
autrement les faits socio-politi-
co-économiques, historiques et
mythiques du pays.
C’est autour d’une série de faits
divers que gravite et tournoie
l’idée que Antoine Hubert Louis
veut proposer. Une idée qui fait
corps à ce texte. Un texte émail-
lé d’un souffle poétique qui n’a
rien à envier à la poésie dite
moderne. Dans « La Case vide »,
tout s’entremêle pour conduire le
lecteur dans un flou consensuel
mais incontournable à la valeur
de l’œuvre.
Avec la publication de « La Case
vide », Antoine Hubert Louis se
confirme dans un autre registre.
Une tournée et un award pour BéloPar Walcam
A
près un passage remarqué
sur la scène Hydro-Québec
des Francofolies de Mon-
tréal, le 17 juin dernier, le
chanteur haïtien du ragganga, Bélo,
a mis le cap sur Paris.
À Paris, la ville lumière, il avait
rendez-vous pour d’autres con-
certs le 19 et le 20 juin. Devant un
public multiracial, au Pam Piper
(only french), à Paris, au 11e
arrondissement, Bélo a drainé du
monde autour des impertinences
de sa guitare. Il a mis dans sa voix
la toute chaleur d’Haïti. Plusieurs
autres artistes ont participé aux
côtés du chanteur à cette fête.
Bélo a reçu aussi, durant son pas-
sage à Paris, un award. Il s’agit
d’un prix de World Citizen Artist
gagné grâce à sa dernière com-
position « Citizen of the world »
gravée sur son dernier opus Natif
Natal. La remise de ce prix a eu
lieu le 21 juin au club Bataclan à
Paris, pour la fête de la musique.
De plus, il est devenu ambas-
sadeur de « Citizen of world »
pour l’année 2016.Et d’après le
représentant de Bélo en Europe,
le chanteur reviendra en France,
l’année prochaine pour jouer cette
fois à Chaville. Bélo, qui rentre
le 25 juin, a un rendez-vous à la
Guyane française au début du
mois de juillet.
Profitant de ce voyage en terre
étrangère, Bélo doit faire une
petite tournée cette fois en Améri-
que du Nord, avons-nous appris.
Le 12 juillet, il sera au Madison
Square Garden afin de partici-
per au festival pour la fête de la
Moquette. Et il restera à New York
pour un autre spectacle le 17 juil-
let.
Sans repos, Bélo animera une
exposition de la styliste Murielle
Leconte à l’hôtel Royal Oasis le 18
juillet, quelques jours plus tard, le
24 juillet, il donne un spectacle à
Sainte-Lucie.
Décidément, Bélo ne chôme pas
et c’est bon pour la musique haï-
tienne.
Bélo et Valerie Won.
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  • 1. » P. 17 » P. 23 »   P. 15 CULTURE SPORT » lire page 3 C ’est le chef du gouvernement, Évans Paul, qui soutient cette thèse, porteuse d’espoir pour certains, jugée farfelue pour d’autres. Elle a été reprise et argu- mentée par d’autres cadres de son gouvernement. C’est le cas du ministre de l’Agriculture, M. Fresner Dorcin, qui capitalise sur la main-d’œuvre haïtienne en provenance de la Répub- lique dominicaine pour dynamiser l’agriculture. Ce, en référence aux résultats statistiques révélant que 50 % des terres ne sont pas cultivées faute de main-d’œuvre. » suite page 6 D’aucuns redoutent, à plus d’un titre, la déportation des dizaines de milliers d’Haïtiens par la République dominicaine. L’inexistence des structures d’accueil risque d’aggraver le phénomène de la bidonvilisation et ses corolaires : problèmes sanitaires aigus, pauvreté, banditisme, etc. Pourtant le gouvernement haïtien, bien que débordé par l’ampleur de la crise humanitaire annoncée, se veut optimiste. Comme pour parodier le vieil adage : « À quelque chose, malheur est bon », les autorités espèrent transformer la crise en opportunité. Une tournée et un award pour Bélo Par Walcam Nancy : Retour de Jeff Louis ? Le PNUD prend le dessus sur le CEP MERCREDI 24 JUIN 2015 NUMÉRO 24 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION HAITI / ÉLECTIONS / IMPRESSIONS DES BULLETINS SOCIÉTÉ Transformer la crise en opportunité : sortir de l'illusion ! par Jean Michel Cadet De gauche à droite : Ricardo Augustin, Pierre Manigat Jr., Pierre-Louis Opont et Vijonet Demero, respectivement trésorier, vice-président, préseident et secrétaire général du CEP. Les banques en Haïti, véritable casse-tête par Stéphanie Balmir
  • 2. 2 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 TRIBUNE Corruption et crise financière aux temps du choléra haïtienPar Leslie Péan (Économiste, écrivain) , publié par Alterpresse La diaspora soutient énormément la gourde La loi de l’offre et de la demande joue pleinement son rôle. Le phé- nomène bien connu de la détériora- tion du taux de change dans la situ- ation d’incertitude des fins de règne est classique. La dépréciation ver- tigineuse de la gourde ces six derni- ers mois reflète non seulement le double déficit (budgétaire et com- mercial), mais surtout la situation politique catastrophique. Dans sa politique de gabegie consistant à ne pas faire les élections prévues par la Constitution pendant quatre ans, le gouvernement Martelly a encour- agé les rapines de ses hommes de main sur le trésor public au point de ne pas pouvoir honorer les 5.7 milliards de gourdes (125 millions de dollars) d’engagements envers les firmes privées. Martelly devait lui-même déclarer en avril 2014 « les caisses de l’Etat sont vides, puisqu’il n’y a pas une gourde. » Le dos au mur, en septembre 2014, le gouvernement Martelly a recouru à une émission d’obligations gou- vernementales de cinq ans (des bons) dont 2.8 milliards de gourdes ont été achetés par les banques commerciales avec le subterfuge que ces dernières peuvent les utilis- er comme composante des réserves obligatoires à déposer à la Banque de la République d’Haïti (BRH). Ces fameuses obligations d’État risquent de devenir des bons-da comme Haïti en a déjà eu sous le gouvernement de Davilmar Théo- dore en 1914. C’est la politique du serpent qui se mord la queue. Le gouvernement Martelly se retrouve dans un catch-22, car toute poli- tique monétaire restrictive se réper- cute négativement sur la croissance. C’est le cas avec la diminution du crédit au secteur privé. En effet, le crédit des banques au secteur privé a diminué de 16.4% en 2013 à 9.4 % en 2014. La dépréciation brutale de la gourde n’a rien à voir avec la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine, comme certains voud- raient le faire croire afin de ne pas voir la gabegie Martelly qui crève les yeux. L’économie de rente est condamnée à la décadence tout comme la monnaie internationale est condamnée à l’autodestruction (paradoxe de Triffin). Les rapaces affamés veulent avoir des dollars à tout prix et ceci explique la chute de la gourde face au dollar. La taux de change qui était de 39 gourdes pour un dollar en 2011 à la prise du pouvoir de Martelly a atteint 46 gourdes en 2012 puis a chuté pour arriver à 53 gourdes aujourd’hui. Pour avoir des montants qui dépas- sent vingt mille (20 000) dollars américains, le taux de change est de 55 gourdes pour un dollar. Durant toute la période où le taux de change était fixé à cinq gourdes pour un dollar en vertu de la Con- vention de 1919 avec les États- Unis, les réserves nettes de liquidité internationale devaient être de 30% de l’émission monétaire pour garan- tir la stabilité de la gourde. Bien que le système international soit passé au taux de change variable avec la fin des accords de Bretton-Woods depuis 1971, ce niveau de réserves de 30% demeure un indicateur de référence qui garde toute sa perti- nence pour mesurer la valeur de la monnaie. Or, ce qu’on constate à partir de l’analyse du bilan con- solidé du système bancaire haïtien, c’est la tendance à la baisse du ratio des réserves de change par rapport à l’émission monétaire. Tendance lourde en dépit des manipulations et gesticulations récentes de la BRH dont la poli- tique monétaire se limite malheu- reusement « à manipuler les taux de réserve obligatoire et les taux de change pour contrôler la créa- tion monétaire à travers l’offre et la demande de crédit ». La dollarisation des dépôts et des crédits dans l’économie haïtienne ne fait que s’accentuer. La dévalua- tion systématique de la gourde que nous constatons actuellement est en rapport avec cette tendance de la diminution des réserves nettes de liquidité internationale pendant que la monnaie en circulation aug- mente. Et cette hémorragie de la gourde serait encore pire sans les transferts massifs de dollars de la diaspora. Aussi est-il important d’affirmer que c’est la diaspora qui soutient la gourde, contrairement à ceux qui disent que les transferts ne bénéficient qu’à un nombre limité de familles et d’individus, et non à Haïti en général. Sans la diaspora, la gourde serait déjà tombée à son plus bas niveau, un repli similaire à celui du zòrey-bourik, comme sous le gouvernement de Sylvain Salnave et des autres gouverne- ments bannmachwè du 19e siècle. Sans les transferts de la diaspora, le taux de change serait probable- ment à plus de cent gourdes pour un dollar. La gourde serait ainsi devenue zòrey-mateli. En finir avec la pudeur face à nos propres malheurs En nous inspirant du roman de Gabriel Garcia Marquez, L’amour aux temps du choléra, nous avons voulu mettre les projecteurs sur les formes prises par la corruption en Haïti depuis cette épidémie de choléra commencée en octobre 2010 qui tue tantôt au compte- goutte, tantôt à la pelle. Des indi- vidus se dénommant « bandi legal », associés à tous les marchands de cocaïne, ont confisqué l’État pour se livrer à tous les trafics. En com- mençant par celui des consciences. Le blanchiment de l’argent de la cocaïne a mis en œuvre un nouveau processus de pouvoir à vie dont l’un des effets est cette bataille rangée entre deux puissants groupes ban- caires. Comme dit le proverbe, quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui meurt. Les millions de dollars de coca- ïne saisis en avril 2015 à bord du bateau panaméen Maranzana en rade de la capitale constituent la pointe d’un iceberg qui avance vers Haïti. La solution rêvée de dévelop- per Haïti avec les narco-dollars est vouée à un retentissant échec. C’est de la démence que de croire que « la cocaïne est le dernier bien qui permet l’accumulation primi- tive du capital. » Il n’est pas trop tard pour le peuple haïtien de se réveiller de sa zombification pour demander des comptes. Il est venu le temps d’en finir avec « la pudeur face à nos propres malheurs » et de rompre avec les comportements qui en font « une de nos vertus les plus habituelles ». Suite de l’édition du mardi 23 juin 2015, numéro 23
  • 3. MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 3 ACTUALITÉ Les vacances Nos jeunes sont en vacances. À part ceux qui subissent les examens de la neuvième année fondamentale. Certains vont regagnerleurlieud’origine.D’autresvontresterdanslemême environnement familier, salle de classe en moins. Ils n’auront pasàseréveillerauxpremièreslueursdel’aubepouraffronter la cohue d’un trajet toujours éprouvant pour aller à l’école. Quelques parents, ils sont rares, auront la possibilité avec un soutien parfois de l’extérieur d’envoyer leurs rejetons à l’étranger. Mais la plupart des enfants resteront ici, en Haïti, dansunpaysoùrienn’ajamaisétépensépouroffrirauxjeunes des activités de qualité. Que de drames vivent les parents durant ces deux mois ! Il n’y a pas de salles de cinéma. Il y a très peu de bibliothèques etcellesquenouspossédonssontsouventmalpourvues.Lavie théâtrale est presque inexistante. Le peu de places publiques que nous possédons est dans un état qui laisse à désirer, et on est gentil quand on l’écrit de cette manière. Il n’y a pas de parc oùlesjeunespourraientallers’asseoir,jouer,entoutesécurité. Il existe un jardin botanique aux Cayes. Que l’État ignore. Le secteurprivéégalement.Uneinitiativepersonnellequ’onaurait dû pourtant encourager. Dans la métropole du Sud les jeunes iront-ils le visiter durant les grandes vacances ? Il y a plein de sites intéressants dont nos jeunes pourraient profiter, et qu’ils pourraient découvrir durant cette période. Encorequ’ilfaudraitunenvironnementadéquatetunecertaine planification.Laplupartdecessites,gérésdemanièreplusque minimale, pour ne pas dire pas du tout, ne sont nullement en mesure d’offrir un service d’accueil et de visites à des jeunes désireux vraiment de découvrir leur pays. Il y aura bien sûr les jeux vidéo. Les films à regarder entre copains en DVD. Le chat sur le net va exploser. Les plus priv- ilégiés iront dans quelques partys chez amis ou parents. Mais beaucoupdejeunes,surtoutlesplusdéfavorisés,seronthappés par des activités malsaines, proches des ti sourit, qui trouvent curieusement des sponsors pour être organisés alors que des initiatives louables dans le secteur culturel ou sportif peinent à trouver le plus petit financement. Lesgrandesvacancesauraientdûêtrelemomentdelagrande vie culturelle, touristique et sportive. Il n’en sera rien à part la poudre jetée aux yeux par certaines instances étatiques, toujoursprêtesàmettredel’argentdanslarueetdanslafoule sans se soucier de qualité. Il y aura aussi un autre facteur et pas des moindres qui peut pourrirlesgrandesvacances.Lesélections.Aveclescampagnes quivontsombrercertainementdanslesmédiocritéstradition- nelles, l’horizon de nos jeunes risque d’être très pâle. Édito A uConseilélectoralprovisoire, le mardi 23 juin, personne n’était en mesure d’avancer mot. Ni sur la compagnie qui a remporté l’appel d’offres pour l’impression des bulletins, ni, encore moins, sur le coût de cette opération de passation de marché. C’est Lithotech, une compagnie basée en Afrique du Sud, qui avait remporté l’appel d’offres lancé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) pour la production des matériels non sensibles dans le cadre de la mise en place des législatives du 9 août prochain... Quant aux matériels sensibles, les bulletins notamment, c’est une entreprise basée à Dubai, aux Émirats arabes unis, dont le nom n’est pas encore révélé à la presse qui a remporté la palme. Dans cette perspective, maître Mosler George, directeur exécutif du CEP, a informé qu’une délégation composée du président du CEP, Pierre Louis Opont, du trésorier du Conseil, Ricardo Augustin, du directeur du registre électoral, Phillipe Augustin, des responsables de la Minustah et du Pnud effectuaient depuis le 21 juin une visite à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Visite de supervision des spécimens des bulletins de vote et de la capacité de cette compagnie, dont le directeur exécutif a oublié le nom, à imprimer ces bulletins pour les prochaines législatives. Si le déroulement du processus électoral se fait généralement dans la transparence, à ce niveau une zone d’ombre plane sur l’attribution de ces marchés. Pourquoi attribuer à deux compagnies étrangères la responsabilité de fournir et préparer les matériels sensibles et non sensibles ? Combien de compagnies avaient postulé ? Quand et comment a été fait l’appel d’offres ? Quel est le coût de cette passation de marché ? Pourquoi des compagnies aussi loin placées géographiquement ? Quid des entreprises haïtiennes ? Autant de questions qui restent pendantes et pour lesquelles le directeur exécutif n’avait pas de réponse. Car dans le cadre du processus électoral, dit- il, l’État haïtien a confié au Pnud la charge de gérer le fonds des opérations. Intervenant aussi à ce sujet, le vice-président du Conseil électoral provisoire, Pierre Manigat Junior, a précisé que le CEP n’est pas le maîtred’œuvre.«LeCEPn’apaspris l’initiative de préparer les matériels sensibles en dehors du pays », a informé le numéro 2 de l’institution électorale, expliquant que l’appel d’offres pour l’attribution des marchés est fait par le Pnud selon ses propres procédures. Pierre Manigat Junior, qui se positionne en défenseur des entreprises haïtiennes, déplore le fait que la préparation des matériels sensibles ait été attribuée à une compagnie étrangère sur la base d’un appel d’offres international. Ce qui, selon lui, diminue la chance des entreprises nationales, alors que ces dernières pouvaient bien imprimer les bulletins. Ainsi, dit-il, une clause a été convenue avec le Pnud pour rectifier le tir. « Après avoir pris connaissance de la façon dont se fait la passation de marché (appel d’offres international), nous avons demandé au Pnud de nous donner la garantie que les matériels sensibles pour les élections présidentielles ainsi que pour les collectivités territoriales seront confiés à une compagnie haïtienne, au cas où celle-ci disposerait de la capacité nécessaire », a informé le représentant de la presse au CEP. Entre-temps, le processus électoral fait son chemin. Ce mardi 23 juin, le CEP a reçu une première cargaison de 1 800 kits de formation en provenance de l’Afrique du Sud. Une seconde livraison de 4 865 kits, contenant du matériel pour les opérations tels urnes, isoloirs, lampes, encre indélébile, sachets transparents et autres, est attendue avant la fin de la semaine, nous dit maître Mosler Georges, directeur exécutif de l’institution électorale. HAITI/ÉLECTIONS/IMPRESSIONSDESBULLETINS Le PNUD prend le dessus sur le CEPNoclès Débréus Depuis le 21 juin 2015, une délégation du Conseil électoral provisoire (CEP) est à Dubaï pour une visite de supervision des bulletins des législatives du 9 août 2015. L’imprimerie qui en est chargée est à … Dubaï. Hier mardi, une première cargaison de matériels non sensibles était déjà livrée. Des avancées qui, semble-t-il, s’effectuent loin des regards du CEP. Tout est géré par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). » suite de la première page
  • 4. R emise de plaques d’honneur aux employés exemplaires de la fonction publique, con- férences débats sur des sujets tels : « les métiers de la fonction publique, éthique dans la fonction publique ». Des prestations de danse, de sketchs, de la troupe du Théâtre national d’Haïti (TNH), ont été aussi au menu des festivités de la journée. « L’action du gouvernement vise à mettre en place une administration publique moderne, respectueuse de la loi, efficace, honnête, et impartiale, de façon à redonner confiance à la population », a fait savoir Josué Pierre Louis, chargé de délivrer le discours du Premier ministre Évans Paul, en déplacement à Ouanaminthe pour statuer sur la conjoncture actuelle des relations haitiano- dominicaines. Dans son intervention, il a expliqué que la modernisation de la fonction publique est incontournable dans le cadre de la rationalisation de la continuité de l’État. Tout en demeurant le chantier prioritaire du gouvernement, l’administration, l’outil principal sur lequel repose les activités découlant des politiques publiques, a une vocation de service, et doit exhiber une image d’une totale disponibilité pour la prise en charge des besoins du citoyen. Par conséquent, un meilleur encadrement des fonctionnaires est synonyme de la capacité à répondre aux besoins quotidien des citoyens, a-t-il ajouté. PourUderAntoine,lecoordonnateur général de l’OMRH, cet évènement constitue la manifestation vivante de la détermination de l’équipe au pouvoir à rompre avec les anciennes pratiques qui considèrent l’individu comme une machine à travailler, sans répit, en dehors des notions de reconnaissance, et de récompense. C’est non seulement l’occasion de mettre à l’honneur ceux qui accept- ent de se mettre au service de la population, avec toutes les respon- sabilités que cela implique, mais aussi celle de souligner les contri- butions de l’ensemble des fonction- naires du pays, et d’encourager la continuité, l’expertise, l’excellence, et l’innovation dans les services publics, a-t-il poursuivi. Si la majorité des intervenants ont souligné dans leur discours les devoirs des fonctionnaires, Hérold Etienne, le directeur général du ministère de l’Économie et des Finances (MEF), a de préférence mis l’accent sur leurs droits. « Le droit à un salaire acceptable, droit à l’avancement, la promotion, et surtout le droit à la formation », sont entres autres les principaux droits que les fonctionnaires devront jouir, selon M. Etienne. Pierre Emmanuel Obabijo, repré- sentant des Nations unies, a pour sa part salué l’initiative, le choix du thème. Pour lui, cela fait appel à la responsabilité citoyenne de tous les fonctionnaires en général, et en par- ticulier du gouvernement pour tout mettre en œuvre, afin de créer un meilleur cadre de fonctionnement de l’administration publique cen- trale et régionale. L’absence d’un cadre légal moderne, la concentra- tion des services publics dans la zone métropolitaine, le manque d’information, sont pour M. Oba- bijo, autant de causes à avoir occa- sionné l’inefficacité de la fonction publique Haïtienne. À souligner qu’Anne Marie Berne Augustin, a été félicitée, et honoré pour ses 52 ans de carrière au ministère des affaires étrangères et des cultes. WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 46 11 10 10 (509) 32 14 55 54 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ: SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : SARADJINE ST-JEAN ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE IMPRIMÉ EN HAÏTI SUR LES PRESSES DE L’IMPRIMERIE LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A. « Pour une fonction publique au service de la population », c’est autour de ce thème que l’Office de management et des ressources humaines (OMRH) a célébré, le mardi 23 juin à l’hôtel Montana, la journée mondiale de la Fonction publique. Plusieurs institutions et personnalités y ont pris part. Les intervenants ont mis à nu les problèmes de la fonction publique et ont évoqué les perspectives. 4 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 ACTUALITÉ Moderniser l'Étatpar Jean Michel Cadet HAÏTI/JOURNÉEMONDIALEDELAFONCTIONPUBLIQUE Uder Antoine, coordonnateur général de l’OMRH. / Photo : J. J. Augustin
  • 5. L es autorités haïtiennes tentent de prendre des mesures pour organiser l’accueil des rapatriés à Belladère (est), où plusieurs dizaines de migrants haï- tiens sont déportés quotidiennement par la République Dominicaine. Une délégation du ministère des affaires sociales a visité cette zone frontière, ce 22 juin, et a du même coup rencontré les autorités locales. La délégation a réitéré l’annonce gouvernementale concernant la mise en place de moyens nécessaires pour accueillir les migrants ramenés à la frontière. Elle souhaite la collaboration des habitants de Belladère. 100 matelas et100 kits alimentaires ont été délivrés la veille aux autorités municipales pour être distribués aux personnes déportées. De leur côté, les responsables municipaux ont fait aménager l’espace d’un hôtel local pour accueillir temporairement quelques rapatriés. Des habitants de Belladère interrogés par AlterPresse estiment que les autorités gouvernementales devraient penser à établir de vraies structures d’accueil, car le problème est, selon eux, sérieux. Une cinquantaine de personnes est arrivée ou a été reconduite à la frontière d’Ondo-valle à Savanette, proche de Belladère, du vendredi 19 au lundi 22 Juin 2015. Ces personnes venues des régions de Las Mates et Hyguey, en République Dominicaine, sont arrivées avec quelques valises, certaines accompagnées de leurs enfants. « Je viens avec mes 3 enfants. Ils ne parlent même pas le créole », se plaint Micheline Justin, originaire de Savanette. Elle se dit perdue et ne voit pas encore comment un d’entre eux qui était scolarisé en RD va poursuivre ses études en Haïti. D’autres, interceptés par la migra- tion dominicaine, ont été contraints de quitter le pays, dépourvus de tout et laissant leur famille là-bas. « Je sortais de mon travail, lorsque des soldats dominicains m’ont demandé de partir. Je n’ai pas d’argent, ma femme est restée en RD et elle ne sait pas où je suis maintenant », se lamente Rigaud Durocher. Quelle assistance les autorités gouvernementales pourront-elles leur fournir ?, se demande plus d’un. MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 5 ACTUALITÉ Les autorités haïtiennes tentent de timides mesures pour organiser l'accueil des rapatriés à Belladère Sources : Alterpresse HAÏTI-RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Les autorités haïtiennes tentent d’organiser l’accueil des rapatriés. / MC
  • 6. Estimant que la plupart des expulsés sont d’habiles agriculteurs, il dit espérer que leur expérience profitera aux cultivateurs haïtiens. Même discours tenu par le ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, M. Robert Labrousse. Lors de son visite à Malpasse, ce dernier a demandé à la diaspora haïtienne de saisir cette occasion pour investir leurs capitaux notamment dans le secteur agricole en vue d’absorber cette main-d’œuvre opportune. Si ce discours paraît attrayant, il n’empêche que certains spécialistes sont très pessimistes concernant sa concrétisation. Les expulsés, un fardeau pour l’économie haïtienne « Il n’existe pas de déficit de main- d’œuvre dans le secteur agricole haïtien », soutient l’économiste Etzer Émile prenant le contre- pied du discours officiel. La main- d’œuvre haïtienne en provenance de la République dominicaine n’a pas l’expertise nécessaire que lui prêtent les autorités haïtiennes. Elle est habituée à effectuer un travail mécanique. Hormis la question de qualification, se pose aussi pour l’économiste, l’incapacité de l’État à insérer ces travailleurs potentiels dans une dynamique de production. Aucune politique publique n’est mise en branle. Pas de projet agricole. D’ailleurs, argumente-t-il, l’investissement public en termes de crédit agricole s’estime à 1 %. Loin d’être une opportunité, M. Émile estime, au contraire, que la déportation de plusieurs dizaines de milliers d’Haïtiens est un lourd fardeau pour l’économie haïtienne déjà stagnante. Les perspectives de croissance de l’année fiscale en cours tablent sur 2 % conjuguées à un énorme déficit budgétaire et commercial, se désole l’économiste. L’arrivée de ces expulsés ne fera qu’augmenter, poursuit-il, les besoins en services sociaux de base d’une population sans cesse croissante, estimée officiellement à 11 millions d’habitants. Des personnes supplémentaires à loger, éduquer, réintégrer dans la société et nourrir aussi. Ce dernier aspect est très préoccupant, compte tenu du sombre tableau décrit par la CNSA (Commission nationale de sécurité alimentaire) sur la question de l’insécurité alimentaire en Haïti. Certaines régions du pays accusent un taux de 40 % de personnes sévèrement affectées par cette crise. Entre autres arguments, Etzer Émile se fonde sur la traumatisante catastrophe naturelle survenue le 12 janvier 2010, considérée comme une opportunité à saisir pour développer le pays. Force est de constater, selon lui, que la situation d’Haïti a empiré : une économie fragile accentuée par une crise humanitaire. Ce sont les organisations non gouvernementales et les agences internationales qui ont réellement profité de cette catastrophe. Le gouvernement haïtien, faut-il le rappeler, a lancé un appel solennel à la solidarité nationale pour accueillir les rapatriés. Un aveu d’impuissance, dit-on, alors qu’un plan de contingence devait être disponible, comme le clamaient les autorités, pour pallier la crise. 6 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 ACTUALITÉ ÉCHO Ouanaminthe- Examens : une candidate arrêtée pour fraude Les examens de 9e AF ont débuté lundi. Une Jeune fille a été placée en garde à vue au commissariat de Ouanaminthe pour avoir tenté de composer en lieu et place d’une tante enceinte, a rapporté la presse locale, indiquant que 572 candidats n’ont pu prendre part à ces examens. À rappeler que, selon les consignes du Bureau national des examens d’État (Bunexe), tout candidat surpris en flagrant délit de fraude ou ayant un comportement répréhensible verra sa copie annulée et s’expose à une interdiction de participer aux examens pour une durée pouvant aller jusqu’à quatre ans. Évans Paul visite des localités frontalières Accompagné de plusieurs membres du gouvernement, le Premier ministre Évans Paul a visité, lundi, des localités frontalières, notamment Thomassique et Pandiassou. « Mon gouvernement prend à cœur le dossier des rapatriés et entend adopter diverses mesures visant à faciliter l’insertion des déportés », a promis Évans Paul, réitérant son appel à la solidarité à l’endroit de tous les acteurs de la vie sociale pour apporter de l’aide aux compatriotes en difficulté. Belladère accueille déjà plus de 1 800 déportés Une délégation du ministère des Affaire sociales a visité, lundi, la ville de Belladère (département du Centre) qui a déjà accueilli plus de 1 800 migrants haïtiens en provenance de la République dominicaine. Ces déportés qui, pour la plupart, ont laissé le pays depuis quarante ans se plaignent de n’avoir aucun contact avec leurs parents. Par conséquent, ils ne peuvent aller nulle part. Le ministre des Affaires sociales aurait remis un chèque de deux cent mille gourdes aux autorités de la ville afin de supporter les déportés. Haïti, une insécurité alimentaire inquiétante Haïti fait face actuellement à un grave problème d’insécurité alimentaire. C’est ce qu’a fait remarquer Garry Mathieu, directeur de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), indiquant que plus de trois millions de personnes ne peuvent jouir de leur droit à l’alimentation. Augmenter la production agricole serait la meilleure décision, selon Monsieur Mathieu, qui se déclare préoccupé par l’aggravation de la situation d’insécurité alimentaire en Haïti. Contribuer à la mise en place des MBV Selon les prescrits de l’article 139.1 du décret électoral, les membres des bureaux de vote (MBV) sont choisis par les partis politiques sur une liste de citoyens électeurs, soumise par les universités, les écoles, les cultes, les associations socioprofessionnelles et culturelles reconnues et les organisations de femmes, au moins soixante jours avant le scrutin. Ce délai a commencé à courir depuis le 9 juin 2015. C’est ce qu’a rappelé le Conseil électoral provisoire (CEP), qui invite les responsables à établir au plus vite les listes à soumettre aux partis et groupements politiques. CEP : le tirage au sort des MBV pour bientôt Le Conseil électoral provisoire informe que la liste des membres des bureaux de vote (MBV) sera établie à partir d’un tirage au sort. La date prévue pour ce tirage sera annoncée ultérieurement en conformité avec l’article 139.2 du décret électoral. » suite de la première page HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Transformer la crise en opportunité : sortir de l'illusion ! par Lionel Edouard Des migrants, majoritairement haïtiens, montrent à des officiers leurs documents pour régulariser leur situation en République dominicaine, le 16 juin 2015. / Photo: AP
  • 7. L e Comité d’actions contre la déci- sion 168-13 de la République dominicaine annonce un rassem- blement à Montréal, ce mardi 23 juin, pour dire non à « l’apartheid » contre les Haïtiens et Dominicains d’origine haïti- enne sur le territoire dominicain, apprend AlterPresse. « Tout comme il fallait dire non à l’apartheid en Afrique du Sud en 1990, nous avons l’obligation morale de dire non à l’apartheid en République dominicaine en 2015 ! », avancent les organisateurs du rassemblement, dans une note transmise à AlterPresse. Le Comité dénonce le régime d’« apartheid » instauré par la République dominicaine, qui a fait des Dominicains d’origine haïtienne, des migrants haïtiens et de toute personne pauvre à la peau noire résidant sur son territoire, « les cibles de crimes haineux et d’exploitation ». « Un drame humanitaire est à craindre », augure-t-il. Récemment, le maire de New York, Bill de Blasio, s’est dit extrêmement préoccupé par l’éventuelle expulsion forcée de centaines de milliers de personnes de la République dominicaine, dont de nombreux enfants. Entre temps, des rapatriements intensifs se poursuivent, de manière volontaire ou forcée, sur plusieurs points frontaliers notamment à Belladère (Centre), Ouanaminthe(Nord-Est) et le haut Plateau central (Centre). Le rassemblement du mardi 23 juin s’inscrit aussi en hommage à l’engagement du maire décédé Jean Doré (1986-1994) pour la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud et pour affirmer notre engagement à lutter contre l’apartheid en République dominicaine, précise le Comité. Ce régime a été instauré en 1948 en Afrique du sud par le parti national, et aboli le 30 juin 1991. Jean Doré avait réussi à faire appliquer un règlement de boycott économique visant à ce que la ville n’octroie aucun contrat aux compagnies ayant des liens avec le régime d’apartheid sud- africain. Rassemblement à Montréal pour dire non à « l'apartheid » contre les Haïtiens Sources : Alterpresse.org HAÏTI/RD/MIGRATION MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 7 ACTUALITÉ
  • 8. 8 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 MONDE M algré leurs multiples con- tentieux, les Etats-Unis et la Chine ont affirmé mardi qu’ils voulaient nouer une relation « sincère » qui permette d’éviter toute « confrontation » entre les deux premières puissances mon- diales présentées comme des rivales en Asie-Pacifique. Des centaines de délégués des deux gouvernements sont réunis à Wash- ington pour la 7e édition de leur « dialogue stratégique et économique », présidé par le vice-président Joe Biden, le secrétaire d’Etat John Kerry, le secrétaire au Trésor Jacob Lew, le vice Premier ministre chi- nois Wang Yang et le conseiller d’Etat Yang Jiechi qui pilote la politique étrangère de Pékin. Ce rendez-vous institutionnel, que Pékin et Washington organisent chaque année alternativement, permet de mettre sur la table autant les dossiers épineux que les coopérations entre les deux premières économies de la pla- nète. Les deux géants discutent donc de sujets qui fâchent: conflits de souveraineté en mer de Chine, piratage informatique, droits de l’homme et niveau du yuan. Mais ils parlent aussi de leurs points d’accord: changement climatique, nucléaire iranien et nord-coréen, Afghanistan, guerres au Moyen-Orient ou lutte contre les pandémies. D’entrée, le vice Premier minis- tre Wang s’est montré conciliant en exhortant les Etats-Unis et la Chine à « ne pas suivre les anci- ennes voies de la confrontation ». Le « dialogue est toujours pré- férable à la confrontation », a lancé le dirigeant chinois. Il s’est dit « convaincu » que les deux pays, souvent qualifiés de rivaux voire d’adversaires, étaient « sur la bonne voie » de la coopération. Le fameux « pivot » ou « rééquili- brage » des Etats-Unis vers l’Asie- Pacifique est l’un des grands des- seins de la politique étrangère du président Barack Obama. Pékin y voit plutôt une tentative américaine de juguler son influ- ence dans la région. Un grand sondage mondial de l’institut américain Pew confirme en effet mardi que 54 % des Chi- nois pensent que les Etats-Unis cherchent à empêcher leur pays de devenir aussi puissant. Grands concurrents M. Wang a d’ailleurs reconnu que sur « certaines questions », Pékin et Washington n’avaient pas trouvé de « consensus ». A cette fin, le vice-président amé- cain, qui a évité aussi toute forme d’acrimonie dans son discours, a encouragé ses hôtes à poursuivre un dialogue « sincère et direct » car la « relation est tout simple- ment trop importante ». Certes, a-t-il argumenté, Wash- ington et Pékin sont de « grands concurrents », aux « différends importants » mais c’est « la nature des relations internationales ». Reste que les points de friction sont légion. Concernant la mer de Chine méri- dionale, région stratégique et potentiellement riche en hydro- carbures, M. Biden a prévenu que les routes maritimes devaient rester « ouvertes et protégées » pour faciliter le commerce mon- dial. La Chine s’accroche en matière de souveraineté maritime avec des pays d’Asie du Sud-Est, soutenus par les Etats-Unis. « Les pays qui laissent tomber la diplomatie et usent de la con- trainte et de l’intimidation pour régler les différends, ou qui fer- ment les yeux devant l’agression d’autres (pays) ne font que générer de l’instabilité », a mis en garde le vice-président. Le piratage informatique figure aussi en bonne place au menu des tensions. Pour la récente cyber-attaque contre les données de millions de fonctionnaires américains, des pirates chinois ont été montrés du doigt. En mai 2014, cinq militaires chinois avaient été inculpés aux Etats-Unis pour « piratage informatique » et « espionnage économique ». Même si Washington n’a pas accusé directement les autori- tés de Pékin, M. Lew s’est dit « profondément préoccupé par le vol informatique, soutenu par un gouvernement, dans des secteurs de l’entreprise et du commerce ». A ses yeux, « les Etats-Unis et la Chine ont un intérêt commun à faire en sorte qu’internet continue de tirer la croissance et la pros- périté du monde ». M. Biden a d’ailleurs pris soin de qualifier Pékin de « partenaire » sur de nombreux dossiers, notam- ment le climat. Les deux premiers émetteurs de la planète ont en effet conclu en novembre un accord de réduction de leurs émissions, un an avant la conférence de Paris en décembre. M. Lew a mis en garde contre « le coût important » que représen- terait un nouveau « retard » pour sceller un accord mondial à la fin de l’année. John Kerry, de son côté, a rappelé que Washington et Pékin étaient aussi main dans la main avec les autres grandes puissances pour trouver fin juin un règlement sur le nucléaire iranien. Washington et Pékin veulent éviter toute « confrontation » malgré les contentieux Sources : AFP Barack Obama, le président des États-Unis, et Xi Jinping, son homologue chinois, en novembre dernier, à Pékin. / Photo : GREG BAKER / AFP / IMAGEFORUM
  • 9. MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 9 MONDE USA L e ministre de la défense améri- cain, Ashton Carter, a confirmé mardi 23 juin à Tallinn, capi- tale de l’Estonie, que les Etats- Unis allaient « faire stationner tempo- rairement des armements (…) dans des pays d’Europe centrale et orien- tale », principalement des chars et des équipements d’artillerie mobile. « Sept Etats sont concernés : l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Bulgarie, la Roumanie et la Pologne. « Le matériel tournera dans la région pour entraînements et exercices », a ajouté Ashton Carter, et une partie serait égale- ment envoyée en Allemagne afin de renforcer l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). C’est la première fois que des armes lourdes américaines seront ainsi déployées sur le flanc est de l’OTAN, dans des pays membres de l’Alliance mais ayant longtemps appartenu à la sphère d’influence de l’Union soviétique. Le ministre de la défense américain rencontrait mardi ses trois homo- logues baltes sur fond de crise per- sistante avec la Russie. Des réponses aux provocations russes Le projet des Etats-Unis d’entreposer des armes lourdes en Europe de l’Est avait été révélé le 14 juin par le New York Times et confirmé le lendemain par les autorités américaines, qui n’avaient pas précisé où le matériel serait entreposé. L’action de Washington entre dans le cadre des mesures destinées à rassurer les Etats membres de l’OTAN inquiets des intentions de la Russie depuis l’éclatement du conflit ukrainien et l’annexion de la Crimée. Mais un tel déploiement risque d’être en contradiction avec l’acte fondateur signé par l’OTAN et par la Russie postcommuniste pour « construire ensemble une paix durable ». La semaine dernière, Moscou a dénoncé l’initiative américaine, regrettant dans un communiqué que « les Etats-Unis encouragent soigneusement la peur de la Russie chez leurs alliés européens ». Vladimir Poutine a par ailleurs annoncé mardi 16 juin que quar- ante missiles intercontinentaux viendraient s’ajouter d’ici à la fin de l’année à l’arsenal nucléaire russe. Une mesure qualifiée de « déstabilisant[e] » et « dangereu[se] » par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. « Il y a des réponses aux provoca- tions russes », a renchéri mardi Ashton Carter sur la chaîne de télévision CBS. Les Etats-Unis confirment l'installation « temporaire » d'armes lourdes dans sept pays européens SOURCES : Le Monde.fr avec AFP et Reuters Le ministre de la défense américain, Ashton Carter. Nucléaire : Khamenei réaffirme les « lignes rouges » de l'IranSources : AFP L e guide suprême Ali Khame- nei a réaffirmé mardi les « lignes rouges » de l’Iran dans les négociations nucléaires, exigeant la levée « immédiate » des sanctions de l’ONU et des Etats-Unis en cas d’accord et réitérant son refus de toute inspection des « sites mili- taires ». « Cette déclaration publiée sur le site officiel du numéro un iranien survient alors que le marathon diplomatique devant garantir que l’Iran ne s’équipera pas de l’arme nucléaire entre dans sa dernière ligne droite, à une semaine de la date-limite du 30 juin pour con- clure un accord sur ce dossier avec les grandes puissances. L’ayatollah Khamenei, qui a le dernier mot dans le dossier nuclé- aire, a fait cette déclaration devant l’ensemble des dirigeants du pays y compris le président Hassan Rohani. « Toutes les sanctions économiques, financières et bancaires, qu’elles soient celles du Conseil de sécu- rité ou du Congrès et gouvernement américains doivent être annulées immédiatement au moment de la signature de l’accord et les autres sanctions doivent être levées dans des laps de temps raisonnables », a-t-il dit. Il a aussi exprimé sa méfi- ance à l’égard de l’Agence inter- nationale de l’énergie atomique (AIEA). « L’annulation des sanctions ne doit pas être liée à l’application par l’Iran de ses engagements. Ne dites pas: appliquez vos engage- ments puis (attendez) que l’AIEA le certifie pour que les sanctions soient levées. Nous n’acceptons en aucune manière une telle chose ». Le numéro un iranien a égale- ment réitéré son opposition aux « inspections non conventionnelles, à l’interrogatoire des personnali- tés iraniennes et à l’inspection des sites militaires ». Le guide suprême Ali Khamenei.
  • 10. L es analyses sexospecifiques relatives à la situation des femmes en Haïti ont dressé un tableau sombre des condi- tions de vie de la femme haïtienne en fonction de plusieurs aspects. Force est de constater que les femmes sont les principales victimes des impacts en raison de leur rôle dans la repro- duction sociale et la production des biens et des services. Si l’accès à l’école primaire ne fait pas véritable- ment montre de distinction entre fille et garçon, qu’il est le même partout, néanmoins il faut souligner que les filles font le plus souvent une rent- rée tardive à l’école. Et, plus tard le taux de perdition scolaire sera net- tement plus élevé chez les filles en raison des travaux domestiques qui leur sont confiés à la maison et aussi, les grossesses prématurées et ou non- désirées. Cela ne s’arrête pas là. Au fur et à mesure, l’écart se creuse entre les filles et les garçons. A la fin du cycle secondaire, il n’y aura que 43% de filles dans l’effectif sco- laire. Orientées vers des filières sexo-genres qui ne répondent pas toujours aux besoins du marché de l’emploi, les hommes trouvent beaucoup plus d’opportunité que les femmes. Reléguées dans des filières informelles et précaires, elles occupent pour la plupart du temps, des postes à très faibles rev- enues et inégal à celui d’un homme pour un travail équivalent. Pour une égalité des droits et des chances Les femmes ne bénéficient pas de façon égale des opportunités d’acquérir des moyens de produc- tions. Toutefois, si elles y ont accès, elles n’en ont pas le contrôle. Et malgré qu’elles occupent une place importante dans l’économie haïti- enne, il n’est pas facile d’évaluer en termes de chiffre l’apport de leur contribution à l’économie, en raison de la nature « invisible » de leur travail. Sous-estimation, sous-valorisation, discrimination, tels ne sont pas les seuls problèmes auxquels sont confrontées les haïtiennes. Elles sont aussi victimes de violences domestiques qui continuent à passer sous silence et, elles ne sont pas toujours en mesure de négo- cier leur sexualité. Ce qui impli- que un faible taux d’utilisation de contraceptifs et de fait, devien- nent plus exposées aux infections sexuellement transmissibles (IST) et aux grossesses non-désirées. Condition qui pousse certaines à se faire avorter clandestinement, vu que l’avortement en Haïti est pénalisée, alors que par ailleurs, il y a une forte carence des services de maternités. Selon le PNUD, Le taux de mortalité materno-infan- tile, est chiffré à 475/100000, un taux parmi les plus élevés de l’Amérique. Malgré la dynamique des organisa- tions féminines pour promouvoir la présence des femmes dans la vie politique, le taux de participation des femmes aux joutes électorales est très faible. Au niveau du mem- bership des partis politiques, les femmes sont sous-représentées. Leurs présences aux postes nomi- natifs est minoritaire. Il existe une discrimination persistante à l’égard des femmes au sein de la fonction publique qui est l’apanage des hommes, car la plupart des mem- bres, des dirigeants dans l’espace politique, étant des hommes. Or, la société ne se compose pas seulement d’hommes, mais des genres des deux sexes. Pour garantir une égalité de droit et une égalité des chances, un travail sub- stantiel est nécessaire. C’est ainsi que suite aux nombreuses revendi- cations et aux luttes des femmes, le 8 novembre 1994, le ministère à la condition féminine et aux droits de la femme (MCFDF), a été crée par décret, afin d’assurer, via la prise en compte des rapports sociaux de sexes dans l’action gou- vernementale, la cohésion sociale, la mise en œuvre d’un processus visant l’égalité homme-femme et la lutte contre la féminisation de la pauvreté. Politique sectorielle Entité à caractère transversal, le ministère a pour charge de for- muler, d’appliquer, d’orienter et de faire respecter la politique de l’Etat dans le domaine de la condi- tion et des droits des femmes, afin de travailler à l’émergence d’une société égalitaire. Ainsi, le cibles du MCFDF sont principalement, l’Etat, dans le souci de garantir une prise en compte de la dimen- sion genre dans les politiques et programmes, les femmes comme sujets de droits et actrices, et en dernier ressort la population de manière générale qui doit être consciente des rapports sociaux de sexes. Le rôle principal du ministère est un rôle normatif et régulateur. Ayant à la fois un mandat transec- toriel qui le permet de travailler en association avec les autres ministères, et un mandat spéci- fique avec des actions qui éma- nent directement de son champ d’activité. Le ministère a trois directions réparties en : une Direc- tion de promotion et de défense des droits des femmes (DPDDF), qui est une unité chargée de concrétiser et de vulgariser les actions du ministère, d’élaborer des règlements administratifs et de faire des propositions de modi- fications législatives qui garantit le respect des droits des femmes, une Direction de prise en compte de l’analyse selon le genre (DPAG) qui a pour fonction d’élaborer des programmes qui concernent l’application entière de l’analyse comparative entre les sexes (ACS) dans les politiques, programmes de l’appareil gouvernemental, et une Direction des affaires admin- istratives. Faisant de l’égalité entre les sexes son principal cheval de bataille, le MCFDF a prévu une Politique Nationale d’Egalite, dont les grandes lignes sont : la conception, le développement, la mise en appli- cation d’une politique d’égalité des sexes et la sensibilisation, en vue d’assurer un développement durable, de renforcer la capacité institutionnelle, d’améliorer la condition des femmes, de garantir par des actions spécifiques la pro- motion et la défense des droits des femmes. Cette politique priorise six domaines critiques : l’éducation, l’économie, la santé, la violence faite aux femmes, la politique et les droits fondamentaux des femmes, qui sont des axes privilégiés. Et pour y arriver, le ministère a élaboré une politique de ren- forcement institutionnel avec la mise en place de structures garantes de l’égalité hommes- femmes. L’amélioration du système juridique dans l’harmonisation et l’actualisation des textes de lois, la promulgation de nouveaux textes aptes a favorisé la mise en application des conventions internationales. La promotion de la participation des femmes dans la fonction publique, ainsi que de promouvoir l’autonomie des femmes dans la vie économique. Etablir une véritable politique de santé pour les femmes, et mobil- iser la société civile particulière- ment, sur des actions éducatives sur la promotion de comportement et d’attitudes non-sexistes. L’intégration de l’égalité homme- femme doit se faire dans toutes les refondations, quelle soit ter- ritoriale, économique, sociale ou politique. A travers ces champs découleront des lois, des poli- tiques, des plans d’actions, des programmes qui prendront en compte les besoins et les intérêts des femmes. Et c’est ainsi que pour évaluer les effets de ces décisions sur les hommes et les femmes, le ministère depuis aout 2005, avec l’appui technique de la banque interaméricaine de développe- ment (BID), et du Canada, se sert de l’Analyse Comparative entre les Sexes (ACS), qui est à la fois une approche de gestion et un outil qui facilite l’intégration systématique des conditions liées à l’égalité entre les sexes dans tous les pro- jets, qu’il s’agisse d’une politique, d’un programme ou autre. L’ACS corrige les discriminations passées et systémiques, prévient et redresse les inégalités entre les hommes et les femmes. Elle place les femmes et les hommes au milieu du processus d’élaboration des politiques pour une gouver- nance politique participative effi- cace et efficiente. Il est vrai que le ministère fait face à de nombreuses difficultés conjoncturelles et aussi des contraintes d’ordres financiers qui ne lui permettent pas toujours de réaliser certains projets, mais ses réalisations s’inscrivent tou- jours dans un cadre à renforcer sa structure et à agir sur la condition féminine, promouvoir et défen- dre les droits des femmes, afin d’avoir une société juste, égalitaire qui favorise un développement équilibré entre les hommes et les femmes dans toutes les sphères de la société. 10 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 ÉCONOMIE ÉCONOMIE–GENRE Le MCFDF : quelle politique d'intégration des femmes dans toutes les sphères de la société ? Par Marie Paul Isabelle Théosmy Le rôle principal du Ministère à la condition féminine et aux droits de la femme est un rôle normatif et régulateur / www.communication.gouv.ht En dépit du fait que les femmes représentent 51,8 % de la population haïtienne, leur condition d’existence que ce soit au niveau économique, sociale ou politique, accuse de sérieux déficits. L’inégalité entre homme et femme reste l’un des obstacles majeurs dans le développement équitable en Haïti.
  • 11. MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 11 ÉCONOMIE L es économies africaines con- naissent une croissance soutenue depuis les 15 dernières années. Indicateur indiscutable de cette évolution, l’accroissement du PIB de l’Afrique subsaharienne de 5% par an depuis 2000. Fait nouveau, cette croissance est désormais endogène et fortement portée par le secteur privé. Les efforts croisés des pays afric- ains pour le développement des infrastructures, l’amélioration de l’approvisionnement en énergie et la stimulation des échanges intra-africains participent directe- ment à la pérennisation de cette croissance soutenue, qui a vu l’émergence de nouveaux acteurs dont les besoins vont désormais au-delà de la microfinance tradi- tionnelle, mais qui restent margin- alisés par la majorité des banques. Animé par la ferme volonté de lutter contre cette forme crois- sante d’exclusion financière, l’Ivoirien Jean-Luc Konan a créé un groupe financier spécialisé dans le financement de ce gap existant entre la micro et la macro- finance. C’est ainsi que le groupe Cofina est né avec pour princi- pal coeur de cible la mésofinance que les Anglo-Saxons appellent le missing middle, ce chaînon man- quant qui représente près de 90% des emplois productifs dans nos économies. Interrogé par Les Afriques, Jean- Luc Konan nous explique que « l’objet principal de la méso- finance est d’offrir aux PME, entrepreneurs et particuliers des classes émergentes, des produits et des offres de services en phase avec leurs attentes. La mésofi- nance est donc une réponse efficiente apportée à ce nouveau paradigme des marchés émer- gents africains». Offensive sous-régionale Aujourd’hui, l’offre financière va s’étoffer de nouveaux acteurs dont le coeur de métier princi- pal est clairement positionné sur cette clientèle. Déjà présent au Sénégal, en Gui- née-Conakry et très prochaine- ment dans plusieurs autres pays de la sous-région, dont la Côte d’Ivoire, le groupe Cofina con- firme ses ambitions d’aller à la conquête de nouveaux horizons. Il ne se fait pas d’illusion que grâce à une connaissance appro- fondie des économies locales et à des produits adaptés aux besoins de cette clientèle, il est possible de participer effi- cacement au développement de nos économies émergentes en soutenant un secteur jusque- là jugé trop risqué pour être financé. S elon le magazine américain « Forbes 2015 », parmi les hommes les plus riches de la planète figurent des milliar- daires d’Afrique anglophone ou du Maghreb comme le Nigéria, l’Afrique du Sud, l’Egypte. Sans surprise, l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote (photo) conserve son titre de l’homme le plus riche sur le conti- nent, donc occupe la première place, qui sera suivi par un Egyptien. Au niveau mondial, l’Américain Bill Gates reste à la tête du classe- ment, une position qu’il a tenue 16 fois au cours des 21 dernières années. Sa fortune s’est encore accrue de 3,2 milliards de dol- lars sur un an pour se chiffrer à 79 milliards de dollars. Il est talonné par le Mexicain Carlos Slim qui conserve la deuxième place, et Warren Buffett revient à la troisième place, ravissant son titre au créateur de Zara, Amancio Ortega, désormais quatrième. Warren Buffett est d’ailleurs celui qui s’est le plus enrichi au monde l’an dernier. Le magazine américain a recensé 1 826 milliardaires, ce qui con- stitue un record absolu depuis 30 ans. Ces milliardaires accaparent 7 000 milliards de dollars, soit 10% de plus que l’an dernier. Ce sont 290 personnes qui ont rejoint ce club, certains plus jeunes que jamais. L’agence Ecofin souligne pour sa part que ce classement 2015 a beaucoup été influencé par la bonne tenue du secteur des tech- nologies et la hausse du dollar par rapport à l’euro, qui ont renforcé la position des Américains. Ces derniers sont 536 à y figurer, suivis des Chinois (213), des Alle- mands (103), des Indiens (90) et des Russes (88). La montée en puissance d'un nouveau service financier alternatif en AfriquePar Ismael Aidara / Les Afriques Forbes 2015 : 29 Africains figurent dans les rangs des milliardaires Source : Africatopsuccess MÉSOFINANCE Porté sur les fonts baptismaux il y a moins d’un an, par une équipe de jeunes dirigée par le banquier entrepreneur Jean-Luc Konan, le nouveau groupe financier de mésofinance, dénommé Cofina, spécialisé dans le financement du gap existant entre la micro et la macro-finance, fait sa mue. La mésofinance veut offrir aux PME, entrepreneurs et particuliers des classes émergentes, des produits et des offres de services en phase avec leurs attentes / © LesAfriques L’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote (photo) conserve son titre de l’homme le plus riche sur le continent / africatopsuccess.com
  • 12. 12 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 ÉCONOMIE RÉSONANCES Afrique - Pétrole brut : face à la chute des coûts, les pays africains prônent une baisse de la production Les pays africains producteurs de pétrole, ont appelé Abidjan à une baisse globale de la production de l’or noir afin de stabiliser les coûts sur le marché mondial, dont la chute impacte négativement leurs économies. Exprimant sa « profonde préoccupation face à la chute des coûts du pétrole brut », l’Association des producteurs africains de pétrole (APPA), a « exhorté » les pays membres à adhérer à cette initiative lancée par l’Angola et l’Algérie, respec- tivement deuxième et troisième producteur de pétrole en Afrique derrière le Nigeria. La chute des coûts « met à mal les économies des pays, avec des risques de crise sociale, si elle devait se poursuivre encore longtemps », a déclaré Ousmane Doukouré, un cadre du ministère ivoirien du Pétrole. L’expert inter- national nigérien en énergie et pétrole, Mahaman Laouan Gaya, a été nommé Secrétaire exécutif de l’association. Cet ancien secrétaire général du ministère nigérien de l’Énergie et du pétrole, est diplômé de l’Institut de pétrole et de chimie d’Azerbaïdjan. Cote d'Ivoire : Le plus grand gisement aurifère bientôt en exploitation L’opérateur britannique Amara mining a découvert en Côte d’Ivoire un gisement d’or de 6,8 millions d’onces considéré comme le plus grand gisement aurifère du pays et n’attend plus que l’autorisation de l’Etat pour son exploitation. Amara mining, bénéficiaire de deux permis de recherche minière a découvert le gisement près du village d’Angovia, entre les locali- tés de Yamoussoukro et de Bouaflé (centre-ouest, 300 km d’Abidjan) pour des investissements estimés à 38 millions de dollars entre juin 2011 et décembre 2014. A terme, la mine va produire environ 300 000 onces par an pendant une dizaine d’années et créer environ 600 emplois directs. Canada : aide aux diplômes en sciences Le gouvernement Harper accorde un nouveau soutien pour aider les diplômés en sciences à obtenir de bons emplois. Le programme de stages pour les jeunes Horizons Sciences vise à offrir aux diplô- més postsecondaires l’occasion d’acquérir une expérience qui les préparera à décrocher des emplois intéressants et bien rémunérés dans le domaine de la science de l’environnement. Au moyen de partenariats de col- laboration avec des organismes ayant reçu un financement dans le cadre du programme Horizons Sciences, des diplômés acquièrent une expérience pratique en prenant part à des stages dans le domaine de l’environnement d’une durée d’au moins six mois (24 semaines de travail). Réduire la paperasse pour les petites entreprises. L’Agence du revenu du Canada (ARC) prendra au cours des deux prochaines années un ensemble de mesures justifiées et concrètes afin de réduire davantage la paper- asse pour les entreprises. Ce plan d’action est la réponse de l’ARC aux commentaires qu’elle a reçus de petites et moyennes entrepri- ses de partout au Canada lors de consultations publiques qu’elle a menées en 2014 sur la réduction de la paperasse. Le plan d’action de l’Agence est axé sur la réduction de la paperasse là où l’effet serait le plus marquant pour les petites et moyennes entreprises. L’année dernière, l’ARC a consul- té des propriétaires de petites et moyennes entreprises, des commis comptables et des comptables dans plus de 20 villes partout au pays : de Surrey, Québec et St. John’s à Whitehorse, Yellowknife et Iqa- luit. Les participants ont donné leur rétroaction en personne, en ligne et par écrit quant aux moyens que l’Agence pourrait prendre pour réduire le fardeau administratif auquel les petites et moyennes entreprises font face pour respect- er leurs obligations fiscales. Le commerce entre la Chine et la Russie réglée en yuan La Russie et la Chine ont l’intention d’augmenter le montant des échanges établis en yuans, a déclaré le président Vladimir Pou- tine dans un discours qui a été accueilli favorablement par les autorités chinoises, qui veulent utiliser leur monnaie plus large- ment dans le monde entier. Sous l’impulsion de leurs relations souvent tendues avec les États- Unis, la Russie et la Chine ont longtemps préconisé la réduction du rôle du dollar dans le commerce international. « Dans le cadre de notre coopéra- tion avec ce pays (la Chine), nous avons l’intention d’utiliser les mon- naies nationales dans les transac- tions mutuelles. Les contrats à base de roubles et de yuans se mettent en place. Je tiens à souligner que nous sommes prêts à étendre ces possibilités dans nos transactions commerciales concer- nant les ressources énergétiques », a déclaré M. Poutine à l’époque, ce qui suggère qu’à l’avenir, la Russie pourrait chercher à régler les ventes de pétrole en yuan. Les pays africains producteurs de pétrole ont appelé à Abidjan à une stabilisation des cours sur le marché mondial, dont la chute impacte négativement leurs économies / abidjan.net/
  • 13. MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 13 JUSTICE Apatridie: quand et comment ? Par Eddy Laguerre L’apatridie est la situation d’une personne qui se retrouve sans nationalité ou citoyenneté. Ce concept juridique qui entre dans le champ du droit international privé, est aujourd’hui très à la mode en Haïti, pour au moins deux raisons. D’abord à cause du rapatriement de ressortissants haïtiens et dominicains engagé par la République de Danilo Medina, suite à l’arrêt 168/13 de la Cour constitutionnelle de ce pays, qui viendra créer non seulement des réfugiés, des dépossédés et des appauvris, mais aussi des apatrides. Ensuite, au cours du processus électoral actuel, on a vu des personnes renoncer à une nationalité étrangère pour se porter candidates aux prochaines élections tandis que la nationalité haïtienne leur est refusée. Leur situation ne s’apparente t’elle pas à l’apatridie ? D ’un point de vue strictement étymologique, on peut dire que le mot « apatride », est formé d’un préfixe privatif (a), suivi du mot grec « Patris » qui sig- nifie « terre des ancêtres ». L’apatride est donc une personne sans patrie, une personne qui ne jouit de la pro- tection d’aucun État. Le lexique des termes juridiques dit que c’est un « individu qui n’a aucune nationalité » ; cette situation résulte généralement de la perte de nationalité d’origine, sans acquisition d’une nationalité nouvelle. On distingue l’apatridie de facto et l’apatridie de jure, mais cet article ne s’arrêtera pas trop à établir les lignes de démarcation, souvent complexes, entre ces deux types d’apatridie. Causes et conséquences de l’apatridie L’apatridie correspond exactement à la non-jouissance d’un droit pourtant fondamental : le droit à la nationalité, un droit reconnu par tous les grands textes de droit international, à commencer par la déclaration universelle des droits de l’Homme. L’article 15 de cette déclaration dispose que : « Tout individu a droit à une nationalité. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité. » L’esprit de cet article est repris dans des formulations à peine différentes dans plusieurs autres instruments internationaux tels la convention de 1954 prise par les Nations Unies sur le statut des apatrides, et des textes régionaux tels, la convention interaméricaine des droits de l’Homme ou encore la convention européenne sur la nationalité. L’apatridie affecte automatiquement la jouissance d’autres droits fondamentaux de la personne victime, tels le droit à l’identité, le droit de vote, le droit de résider et de circuler dans son pays, et même parfois le droit à l’éducation et au logement. En dépit des efforts longtemps entrepris par des organismes internationaux, dont les Nations Unies, les législations des pays ou parfois des mesures clairement discriminatoires prises contre des minorités, continuent d’augmenter le nombre des 12 millions d’apatrides existant actuellement dans le monde, selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Plusieurs causes peuvent être à la base de l’apatridie. Pour n’en citer que trois, on peut dire que l’apatridie peut résulter d’un conflit entre les législations de plusieurs pays notamment le pays d’origine des parents et le pays de nais- sance de l’enfant. C’est le cas par exemple, d’un enfant né dans un pays ne reconnaissant que le droit du sang alors que ses parents vien- nent d’un pays qui n’accepte que le droit du sol. Une deuxième cause de l’apatridie est la déchéance de la nationalité, mesure prononcée, souvent sous la base de motivations discriminatoires, par des instances nationales. Au moment de la nais- sance de certains États, les législa- tions font aussi perdre leur nation- alité à des groupes ou à des ethnies en particulier. L’apatridie peut aussi être causée par une défaillance administrative, dans le cas d’une personne qui n’a pas pu obtenir son acte de naissance de la part des autorités établies à cet effet. Même si on en parle peu, on com- prend que cette forme d’apatridie a toujours été présente en Haïti, particulièrement dans le milieu paysan, où l’on trouve des citoy- ens dépourvus de tout document d’identité. L’UNHCR fait remarquer en ce sens que : « l’incapacité à établir la nationalité comporte les mêmes conséquences que l’absence totale de nationalité ». Des apatrides en Haïti ? Si l’apatridie est décrite comme l’absence de tout document établis- sant un lien entre un individu et un État spécifique, dans le cas d’Haïti on se demande si la situa- tion d’un apatride ne peut pas trop facilement se régulariser, même en dehors de la loi. En plus de la non- numérisation des données liées à l’identité des personnes jouissant légalement de la nationalité haïti- enne, il y a aussi en Haïti la possi- bilité pour des individus de se pro- curer certains documents comme des actes de naissance, en violation des dispositions prévues par la loi. De plus, depuis l’arrêté présiden- tiel du 16 janvier 2014 pris par le président Michel Martelly, il est accordé un délai de cinq ans à « toute personne » dépourvue d’acte de naissance de le réclamer auprès d’un officier d’état civil, par le biais de ses parents ou à défaut par un « tiers habilité par la loi ». Il est donc évident que des étrang- ers, notamment des Dominicains, peuvent aujourd’hui profiter des avantages ponctuels de cet arrêté pour réclamer un acte de nais- sance haïtien, ce qui leur permet- tra ensuite de réclamer une carte d’identification nationale (CIN). Avec ces deux actes, la personne jouira bel et bien de la nationalité haïtienne, tant qu’on ne pourra prouver que cette déclaration tar- dive de naissance a été entachée de mensonges, notamment sur la nationalité de ses parents. Ainsi dans l’état actuel des moyens tant légaux que logistiques dont dis- pose les autorités haïtiennes pour l’enregistrement de ses ressortis- sants, s’il est vrai qu’une personne peut arriver le sol d’Haïti en situa- tion d’apatridie, il faut se demander si elle ne deviendra pas rapidement haïtien, avec ou sans la loi. Comment obtenir un acte de naissance en Haïti Par Eddy Laguerre L ’Acte de naissance est le pre- mier acte de l’état civil dans la vie d’une personne. Il permet, entre autres, d’établir la nation- alité. Mais la législation haïtienne fixe des conditions précises ainsi qu’une procédurededéclarationdenaissance. Le code civil haïtien fait obligation aux parents de déclarer la naissance de leurs enfants le plus rapidement possible après leur naissance, soit un délainedépassantpasdeuxans.Passé ce délai, il s’agit bien d’une déclara- tion tardive de naissance. En général, cette déclaration ne peut se faire sans un jugement du tribunal de première instance autorisant un officier d’état civilàrecevoirladitedéclaration.Mais aujourd’hui, en vertu d’un arrêté pré- sidentiel pris le 16 janvier 2014, la procédure pour faire une déclaration tardivedenaissanceaétésimplifiéece, jusqu’à2019.Ilexistedonc,d’emblée, deuxcasdistincts,enmatièrededécla- ration de naissance en Haïti. 1) Acte de naissance pour l’enfant qui vient de naître (moins de deux ans) Il peut s’agir d’une déclaration mère ou d’une déclaration père. Dans l’un ou l’autre de ces cas, le parent se présente au bureau de l’officier d’état civil de leur lieu de résidence ou du lieu de naissance muni des pièces suivantes : - Carte d’identification nationale du père et/ou de la mère - Acte de mariage des parents (le cas échéant) LEDROITAUBOUTDES DOIGTS - Certificat de naissance délivré par l’hôpital ou la sage-femme ayant procédé à l’accouchement (N.B. Dans la majorité des cas, les actes de naissance sont dressés sans ce certificat qui n’est d’ailleurs que rarement délivré par les hôpitaux). 2) Acte de naissance pour un adulte ou tout enfant de plus de deux ans En vertu de l’arrêté du 16 janvier 2014, les personnes de plus deux ans qui n’ont jamais eu d’acte de naissance ont jusqu’à janvier 2019 pour régulariser leur situation. Leurs parents biologiques ou un tiers habilité par la loi peut se présenter devant l’officier d’état civil pour déclarer leur naissance. Dans la pratique, les étapes pour faire une déclaration tardive se présente comme suit : - La personne dépose sa carte de baptême au bureau des Archives Nationales ou dans l’un de ses relais ; - Le Bureau des Archives Nationales délivre un certificat négatif, attes- tant qu’après recherche dans ses archives, elle n’a pu trouver dans ses registres aucune déclaration de naissance préalablement faite pour cette personne ; - Avec le certificat négatif, la per- sonne accompagnée de ses par- ents biologiques ou d’un « tiers habilité par la loi » se présente au bureau d’un officier d’état civil pour réclamer son acte de naissance en vertu de l’arrêté du 16 janvier 2014. Il faut souligner que les démarch- es décrites ici, sont certes celles prévues par la loi, mais peuvent subir des dérogations diverses dans la mise en application des disposi- tions légales par les officiers d’état civil. Un acte de naissance peut, par exemple, être obtenu même sans la soumission de ces actes ci-dessus indiqués. Aussi, s’il est vrai que la présence du bébé est recommandée au moment de la déclaration de naissance, il demeure que la majorité des décla- rations se font en l’absence de ce principal concerné.
  • 14. 14 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 SOCIÉTÉ L.N. : Le contexte politique était aussi survolté. Cela n’était pas facile. Quel a été le soutien finan- cier le plus solide qui vous a permis de réaliser la Fondation? M.D.P.L. : Notre principal soutien financier a été, reste et demeure la Open Society Foundations (OSF) créée dans les années 80 par le philanthrope George Soros. Mais FOKAL est une fondation nationale et pas une branche de OSF. Cela signifie que nous avons pu obtenir des financements de plusieurs bail- leurs tels que l’Union européenne, l’Agence française de développe- ment, les ambassades accréditées en Haïti, l’UNESCO, Pain pour le monde, et j’en passe. L.N. : Peut-on savoir combien cela a coûté pour l’achat du terrain, puis la construction de l’immeuble? M.D.P.L. : En 2000, le terrain de l’Avenue Christophe nous a coûté US$135 000. La construction de l’immeuble a coûté US$800 000 lorsque nous y avons pris logement en 2003. Il faut dire que notre choix était de ne pas dépenser dans des finitions qui généralement sont chères. Pas de revêtement des pil- iers et colonnes, pas de mosaïque, pas de faux plafond etc. L.N. : Quelle firme, quel architecte ont travaillé à la mise en place de cette structure qui, si ce n’était la façade, ressemblerait à la postmo- dernité du Beaubourg à Paris? M.D.P.L. : L’architecte Gaylord Esper a conçu et supervisé l’exécution. Son épouse, Geneviève Esper, dont le nom d’artiste est Iris, a conçu et réalisé tous les ouvrages en métal (les portes et le magnifique escalier en colimaçon sur le parvis). La con- struction a été faite par la firme GJ Construction. Nous avons approuvé le projet proposé par l’architecte d’une structure métallique ren- forcée de béton armé. Elle a bien résisté au tremblement de terre du 12 janvier 2010. L.N. : Quelles sont, selon-vous, les meilleures manifestations culturel- les à avoir eu lieu à la FOKAL? M.D.P.L. : L’exposition en 2004 des tableaux et textes d’artistes et écrivains haïtiens, offerts par l’UNESCO sur les droits Humains; le colloque régional en partenar- iat avec ATD Quart Monde sur le thème « La démocratie à l’épreuve de la grande pauvreté », tenu en 2008 ; les rencontres Congo-Haïti sous la direction de Carlo Célius en 2005 ; les rencontres québécoises en 2013 en partenariat avec les Edi- tions Mémoire d’Encrier ; l’annonce de l’élection de Dany Laferrière à l’Académie française en 2013 ; le Festival de Théâtre Quatre Chemins tous les ans en novembre depuis 2003, les lectures mémorables de Jean-René Lemoine, les concerts de « Desandann », Awozam, Beethova Obas, Emelyne Michel, RAM pour ne citer que ceux-là. L.N : On sait aussi que vous tra- vaillez à la réalisation d’un vaste projet: le Parc Martissant. Parlez- nous en ? M.D.P.L. : Le Parc de Martissant se pose comme l’élément moteur d’un modèle de développement d’un quartier urbain, autour du dernier boisé de la ville de Port-au-Prince, constitué de propriétés privées déclarées d’utilité publique par décret présidentiel en date du 29 juin 2007. La création et la gestion du Parc de Martissant ont été con- fiées sur base contractuelle en août 2007 à la Fondation Connaissance et Liberté – FOKAL, institution qui a initié le projet auprès du Gou- vernement haïtien et de la munici- palité de Port-au-Prince. Outre le mandat de créer le Parc et d’y mettre en œuvre des projets à car- actère éducatif, scientifique, envi- ronnemental et culturel, FOKAL a pu définir, planifier et coordonner des activités dans le quartier avec des partenaires sur le terrain, et des bailleurs de fonds en plus de OSF, qui ont bien voulu y croire. J’encourage tout le monde à visiter le parc, ce « jardin de la beauté », comme a si bien dit Dany Laferri- ère lorsque nous l’y avons conduit l’année dernière en compagnie de Lilian Thuram. Le parc comprend un « Mémo- rial » en hommage aux victimes du séisme, c’est un jardin ouvert au public et très fréquenté ; le Centre culturel Katherine Dunham à l’arrière duquel nous avons con- struit un jardin de plantes médici- nales (les deux conçus par la firme Espace et Structure des archi- tectes Galvan); un jardin potager communautaire pour développer l’agriculture urbaine dans le quarti- er ; et, cette année, nous travaillons à l’aménagement de la propriété sur laquelle se trouvait l’ancien hôtel Habitation Leclerc. Nous constru- isons également un centre de res- sources communautaires pour les habitants et organisations du quart- ier. Dès le début, nous avons établi des relations avec les communautés des sous-quartiers autour du parc à Martissant, sachant que le parc ne sera viable que si la population se l’approprie. Espaces de parole, projets d’amélioration des condi- tions de vie, création d’emplois, et autres prestations représentent nos engagements dans le quartier. A cela, nous avons également joué le rôle « d’interface » entre les organismes d’Etat et les habitants du quartier pour que ces derniers bénéficient de certains services publics. Excellent modèle d’espace public pour les centaines de quartiers précaires de la capitale et de nos principales villes de province ! L.N. :Votre passage comme Premier ministre du gouvernement de René Préval ne vous a-t-il pas laissé un malaise de femme moderne, n’a t il pas ralenti votre élan dans le domaine de l’encadrement culturel et laissé chez vous un peu de désil- lusion de ce qui peut être fait posi- tivement sur le plan politique? M.D.P.L. : Cette expérience m’a beaucoup appris et l’important pour moi a été d’en sortir la tête haute. Ce qui fut le cas. Je m’en trouve raffermie dans mes convic- tions citoyennes, avec une idée plus claire de qui sont mes vrais amis. L.N. : Haïtienne, intellectuelle, nationaliste, comment, aujourd’hui, voyez-vous la capitale haïtienne saccagée par le séisme du 12 jan- vier 2010? M.D.P.L. : Comme tous ceux qui ont vécu la catastrophe, j’en garde un souvenir terrible. J’ai perdu des collègues, amis/amies, et cela a pris du temps d’en faire le deuil. Haïti a perdu des intellectuels, des militants, des citoyens/citoyennes que nous ne finissons pas de regret- ter. Cependant, cinq ans plus tard, on se rend compte que nous avons perdu une occasion, encore une, de provoquer une transcendance qui permettrait de se hausser au-dessus des luttes stériles et des intérêts personnels qui semblent encore une fois dominer et envahir tout le champ politique. La population attendait un moment symbolique- ment fort qui n’est pas venu. Elle a pansé ses blessures toute seule et est retombée dans la débrouil- lardise qui est son lot depuis trop longtemps. De notre côté, dans cette capitale quasi-détruite, nous avons voulu faire acte de mémoire, établir un pont entre passé, présent et futur en nous engageant avec des parte- naires tels que l’ISPAN, l’Institut du Patrimoine Wallon, le World Monuments Fund dans la création d’un chantier-école pour la forma- tion d’artisans de la restauration des maisons « gingerbread », une architecture tout à fait originale, adaptée aux conditions climatiques et environnementales du pays. A noter que même lorsque des mai- sons gingerbread ont été endom- magées, elles n’ont tué personne. L.N. : On sait que vous croyez en nos potentialités culturelles. En est-il de même pour notre vécu politique actuel? M.D.P.L. : Oui, je crois que la cul- ture porte en elle des éléments émancipateurs, et dans notre pays, elle contribue à donner une image autre du pays que celle de la misère, de la violence ressassée ad nauseam par les médias. En cette année 2015 seulement, nous avons eu à date, l’exposition d’œuvres plastiques au Grand Palais à Paris, l’exposition des œuvres de Hervé Thélémaque à Beaubourg, le prix Fémina à Yanick Lahens, l’entrée de Dany Laferrière à l’Académie française, pour ne citer que cela sur le plan international. Mais pour ce qui est de « notre vécu politique actuel », je ne peux que souhaiter qu’un jour nos jeunes cessent de fuir ce pays, qu’ils étudient son his- toire, sa géographie, ses relations internationales, en sachant qu’Haïti est dans le monde et qu’il faut aussi s’ouvrir sur le monde. Alors, peut- être que la politique prendra son vrai sens, celui de l’intérêt collectif de la cité, bien commun. Mais on en est encore loin, très loin. L.N. : LE NATIONAL vous dit bonne fête et à Lorraine Mangonès l’inséparable amie et collaboratrice et à tout le personnel. Souhaitez- vous boucler une autre vingtaine d’années dans un espace urbain mieux harmonisé? L.N. : Je remercie Le National à qui je souhaite plein succès, et vous remercie également de votre inté- rêt toujours soutenu pour FOKAL et pour nos activités. Au cours des vingt dernières années je me suis passionnément investie dans mes divers champs d’action, surtout dans les programmes de FOKAL, j’ai parcouru ce pays essayant de comprendre, d’apprendre, de donner aussi. Aujourd’hui je suis fière que la relève s’engage. Dans vingt ans je ne serai plus, ce sera son tour de faire le bilan. Michele D. Pierre Louis : « J'ai appris à connaitre mes vrais amis... » Propos recueillis par Pierre Clitandre FOCUS Suite de la publication du mardi 23, numéro 23 Dans cette seconde partie, Madame Michèle D. Pierre Louis donne des précisions sur George Soros, le coût de la construction de la Fokal, le projet du Parc de Martissant, ses « vrais amis » qu’elle a appris à connaitre et sur son espoir dans la future génération.
  • 15. MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 15 SOCIÉTÉ L isa et moi sommes copines depuis l’enfance. Nous avons habité la même cour durant un certain temps. Depuis deux ou trois années, je suis la confidente de ses exploits et de ses « kout ba » aux garçons haïtiens. Son père a abandonné sa mère et ses trois enfants. La pauvre femme grouille assez bien avec la vie afin d’assurer l’éducation de sa progéniture. Malgré mes conseils, elle a passé sans succès les examens de rhéto. Lisa a décidé de dire Bye ! Bye à l’école et à l’université. Les seules études qui comptent maintenant pour elle, c’est d’être une « limena » en rasant la tête des garçons. Elle gère plusieurs mecs à la fois et répète assez souvent : plus de copains, plus d’argent. A bas au syndrome « razeur » ! Chaque semaine, elle arrive toute pimpante à la maison avec un « zen » bien chaud, un long monologue qui peut bien durer deux à trois heures : Je ne sors plus avec untel ; il n’est pas assez présent ; le nouveau est très dépensier ; je pars en République dominicaine avec mon capois et bla bla bla !!! Dès que j’essaye de lui tirer les oreilles, elle m’envoie balader avec son mot de passe : « Fok ou brase lari a pitit ». Sa mère, quoique écœurée, garde le silence, car grâce à Lisa, la maison peut mâcher la bouche des fois, le loyer peut être payé à temps, sans oublier la scolarité de ses cadets. Un matin, Lisa a atterri à la maison, la mine sombre. Sans détour, elle m’a annoncé qu’elle attendait un bébé et que le père lui était incertain. Elle avait un diaspora qui l’aimait et qui était prêt à l’épouser, donc, elle ne garderait pas le bébé. Devant ma stupéfaction, elle a ajouté en (tyupant) : « J’aurai le temps de faire autant d’enfants que je veux. Mwen pa ka rate rezidans sa a pitit. » Lisa et sa résidencepar Nancy Constant Les banques en Haïti, véritable casse-têtepar Stéphanie Balmir HAÏTISOCIÉTÉ Pour faire une simple transaction à la banque, il faut deux à trois heures de patience. En plus du stress engendré par l’insécurité grandissante, le service dans les banques haïtiennes laissent à désirer. Qui n’est pas au courant du taux d’insécurité ? Qui n’a pas peur des banques dans le contexte actuel ? Mais surtout, qui est satisfait du service offert ? A en croire les publicités et les slogans divers, l’on pourrait penser que l’on devient un citoyen complet, moderne, en devenant le client d’une banque de la place. Par ailleurs, que ce soit sur demande d’une institution, ou par suite d’une décision personnelle mûrement réfléchie, il semble que l’on se complique la vie dès que l’on commence à fréquenter ces institu- tions « oh combien prestigieuses » selon l’avis de certains ! Prestige ? Idéal ! Construction ! Dans cette succursale, tout est calme. L’accueil est vide, hormis l’agent de sécurité, placé devant la porte, qui répète à chaque client une litanie qui ne le fatigue sûre- ment pas : fèmen telefòn pou nou silvouplè. Une télé muette diffuse des images d’un film sanglant. Deux agents de sécurité font le va et vient qui justifie leur présence. Quelques clients sont assis sur des chaises placées le long d’un mur. Un homme, superviseur sans doute, lunettes de soleil et veston élégant, se promène et regarde de temps à autre les clients qui font la queue. Les activités vont au ralenti. Malgré l’existence de six guichets, deux caissières unique- ment doivent servir les 35 clients collés les uns aux autres. Heu- reusement, la climatisation est au point fixe. Sinon cette concen- tration humaine et cette chaleur n’auraient pas fait bon ménage. Le service laisse à désirer. Peu importe l’échantillon choisi, les banques ne fonctionnement selon aucune norme. Le service rapide et garanti, l’accueil chaleu- reux ne dépassent pas les jingles promotionnels. Une jeune fille témoigne : Dès que je sais que je vais à la banque, j’ai tous les problèmes du monde. Je suis contrariée et stressée. En plus de l’insécurité, le service est médio- cre. Lig nan pa ta pwoblèm non, se solèy la ak jan moun sa yo pa gen pasyans ak kliyan ki pi deranje m. En effet, certaines banques de la Capitale laissent les clients sous le soleil. Question de ne pas encombrer l’espace. Mais cela ne change rien selon l’avis de cette jeune femme qui doit à chaque fin de mois payer son écolage à la banque. Le plus dérangeant n’est pas de faire la queue. Car l’on pourrait suivre la ligne en gardant l’espoir de finalement passer à la caisse. Fruit d’une attente des plus ennuy- euses. Ce qui abhorre les clients est le « pati pri ». Ces clients qui débarquent et qui repartent sans faire la queue. L’étudiante continue : Le plus dur dans tout cela, c’est qu’après tant de patience sous un soleil de plomb, quelqu’un vient, rentre et ressort comme si de rien n’était. Comme si c’était normal qu’il soit servi avant ceux qui ont patiemment attendu. Il suffit qu’il ait un cos- tume ou descende d’une voiture officielle. Il y a une complicité entre ces gens et les agents de sécurité sur laquelle les adminis- trateurs doivent se pencher. Selon elle, il faut également que les clients pensent à remplir leur fiche chez eux. Parce qu’il n’y a pas possibilité de remplir sa fiche de transaction en toute intimité. Lè w ap ranpli fich la, kou w prèske kase tèlman w ap veye si moun dèyè w la pap gade. Selon l’avis de certaines gens, n’étaient la technologie et les nouvelles méthodes de paiement, quelqu’un ferait mieux de garder son argent chez lui. Parce que la banque n’est pas le meilleur endroit. Personne n’est jamais à l’abri d’un vol. Les banques, de nos jours, sont des endroits dont tout le monde a peur. En plus de l’insécurité flagrante, il faut s’armer de sang-froid et de patience devant l’impolitesse et la rogne de cer- tains caissiers. Il faut vraiment penser à des stra- tégies efficaces pour améliorer le service au sein des banques. Parce que toutes ces institutions, éta- tiques ou privées, sont encore très loin de la réalité, mais surtout du service étoilé dont elles font mention à longueur de journée.
  • 16. 16 | N0 24 MERCREDI 24 JUIN 2015 SOCIÉTÉ S ur près de 11 millions d’habitants, 30% est âgé entre 15 à 25 ans. Tandis que les moins de 20 ans représen- tent plus de la moitié de la popula- tion totale d’Haïti selon les dernières estimations de l’Institut haïtien de statistique d’informatique (IHSI). Le constat s’impose : les adolescents et les jeunes représentent un potentiel important pour le développement du pays.Cependant,fauted’encadrement et d’assistance sociale, la grossesse précoce fait rage surtout dans les coins les plus reculés du pays. Elle se présente comme un défi majeur qui entrave le développement per- sonnel de milliers d’adolescentes et leurs familles et par ricochet, l’avenir d’Haïti. A Plaisance, une commune du département du Nord, les jeunes filles-mères sont très nombreuses. Fedlyne est aujourd’hui une jeune maman. Elle a eu sa fille à 17 ans. Elle était alors en 9e année fondamentale. Depuis, elle a dû abandonner l’école pour s’occuper de sa fille avec le support irrégulier du père qui fait de petits boulots en République dominicaine. Aujourd’hui elle a 22 ans. Elle ressemble encore à une enfant. Physiquement et intellectuellement, elle n’a pas beaucoup évolué. Selon une étude réalisée sur la mortalité,lamorbiditéetl’utilisation des services du ministère de la Santé publique et de la Population (EMMUS V, 2012), une adolescente, âgée entre 15 et 19 ans, sur sept a déjà commencé sa vie reproductive. Onze pour cent d’entre elles ont déjà eu au moins un enfant. En résumé, sur 1 000 filles âgées entre 15 à 19, soixante-six (66) ont eu au moins une grossesse précoce en Haïti. Et, ces faits concernent davantage les femmes en milieu rural. Selon les données de EMMUS V, les femmes des milieux ruraux donnent naissance, en moyenne, à 1.9 enfants de plus que celles qui vivent en milieu urbain. Education-Grossesse précoce-Prostitution juvénile Dans le livre blanc sur la condition féminine du ministère à la Condition féminine, la grossesse précoce est indexée comme un important facteur d’abandon scolaire chez les filles. Et les données montrent aussi que la fécondité est plus élevée chez les femmes peu éduquées. Les femmes qui n’ont aucun niveau d’instruction ont, en moyenne, 1,8 enfants de plus que celles qui ont atteint le niveau secondaire ou plus. Pour le maire de Plaisance, Anthony Josaphat : pauvreté, grossesse précoce et prostitution juvénile, sont étroitement liées : « c’est l’incapacité des familles pauvres à nourrir leurs enfants qui poussent les jeunes filles vers une forme de prostitution maquillée », a-t-il déclaré. Il a en outre estimé que les enfants issus de grossesse précoce constituent des proies faciles pour la traite des personnes vers la République dominicaine en raison des conditions vulnérables de leurs familles. Télévision de mon pays, J’aurais préféré commencer ma lettre en te félicitant pour le travail que tu effectues dans le pays, mais sincèrement je ne peux pas atteindre un tel niveau d’hypocrisie. Tu ne fais pas grand-chose qui exigerait qu’on te félicite. Tu donnes seulement quelques informations à la population certaines fois. Même si c’est uniquement les infos à ton goût que tu diffuses. Faute de grives, on mange des merles et on est bien obligé. J’ignore ton niveau de conscience, télé de chez moi, mais j’aimerais bien te poser une question : qu’est- ce que tu fais dans le pays ? Quelle est ta fonction finalement ? Oh ne te fâche pas ! C’est juste une question ! Tu informes ? Mais je viens de te dire que tu ne le fais pas en toute objectivité comme tu le clames tous les jours. Tu réserves ton espace aux seuls politiciens. Ton espace est devenu leur agora. Mais que dis-je ? Ton espace est devenu leur ring. Et pourtant, il y a un social concret sous tes yeux. Celui qui concerne la bidonvilisation de nos centres urbains, les étudiants qui se nourrissent de pâtés « kòde ». Nos marchés publics. Nos trottoirs transformés en marché. L’absence de véritables stations de service au 21eme siècle en Haïti. Et j’en passe. Tu n’en parles pas télévision. Tu ne parles que de gouvernement. Parlement. Elections… Tu m’obliges à regarder chaque jour les mêmes figures qui répètent les mêmes choses. Tu occultes les informations utiles. Pourquoi ? Tu ne vas pas me dire, télévision, que l’argent est ta seule motivation ! Non de Dieu ! Ta fonction est donc de former ? S’il te plaît ! Cesse de mentir. Tu n’as même pas une programmation. Parle-moi des programmes que tu diffuses. Ah ok ! Tu diffuses : questions pour un champion, money drop, ce n’est pas sorcier… pas mal. Ce sont de très bons programmes. Mais ils ne sont pas à toi ! Alors tu produis quoi ? En ce sens, ta fonction serait de divertir ? C’est peut-être pour cela que tu diffuses tout le temps des vidéos clips, des films, des feuilletons, des séries… Et tu diffuses n’importe quoi. Tu n’as aucun problème de diffuser des clips- petite scène de porno modérée. Sur quelle base les diffuses-tu ? Ce n’est peut-être pas tout à fait ta faute. L’Etat devrait tout de même avoir une politique culturelle. Il y a un monsieur l’État ? Ben, qu’on l’applique car ça urge. Tu as conscience que tu contribues grandement à corrompre nos enfants, télévision ? Je veux te signaler également que tu nous bombardes de trop de publicités. Mais, pauvre diable ! Tu ne peux rien sans la publicité. Néanmoins, tu dois savoir que ta publicité est mensongère, elle porte préjudice aux moins âgés, elle est immorale… ta publicité normalise le vol, elle vend le sexe, elle prône la violence… et pourtant, la population ne connait pas la signification des panneaux indicateurs, des feux de signalisation ; les dangers liés au tabac, à la drogue, à l’alcool… ; la population ignore les conséquences des constructions anarchiques… Tu me donnes des feuilletons en abondance. Qu’est-ce que tu veux faire par-là ? Tu veux me présenter une alternative au mode de vie haïtienne ? Pourquoi tu me donnes à regarder Nikita, Prison break, Kyle XY, Heroes, Hawaii 5. 0… ? Tu veux encore me faire croire que l’étranger est plus fort que moi et que je ne vaux pas grand-chose ? Pourquoi tous ces films hollywoodiens à longueur de journée ? Ah je vois ! Le cinéma haïtien est pauvre. Nous n’avons pas suffisamment de talents. Tu ne pourrais pas au moins me laisser vivre mon haitienneté ? Bon, je préfère m’arrêter là. Je ne sais pas si mes écrits retiendront ton attention, mais je le souhaite malgré tout. On te regarde tout le temps télévision, je veux juste que tu prennes un instant toi aussi pour nous regarder. Un défi à l'épanouissement des femmespar Vantz Brutus Lettre à la télévisionpar Ritzamarum Zétrenne HAÏTISOCIÉTÉ/GROSSESSEPRÉCOCE
  • 17. MERCREDI 24 JUIN 2015 N0 24 | 17 CULTURE L'évident paradoxe d'un réel imaginaire Par Joe Antoine Jn Baptiste « La Case vide », le dernier né du journaliste et poète Antoine Hubert Louis vient de paraître sous les presses des Éditions Rupture. C’est un roman-récit qui peut donner aux lecteurs l’impression de prendre contact avec un texte voulant épouser une vision spirale. HAÏTICULTURE/LACASEVIDE/ROMAN « La Case vide » se présente sous la forme d’un roman dont la dynamique se faufile dans une perception spirali- ste. Antoine Hubert Louis semble vouloir créer une autre dynamique. Celle qui perd le lecteur dans des détails pour le rattraper un peu plus loin par via des analyses et réflex- ions. L’auteur s’appuie sur toute une série d’évènements, de faits sociaux, d’histoires et d’anecdotes tirés du réel haïtien. Ainsi arrive-t-il à aider le lecteur à saisir la dimension absurde de ses concitoyens toujours en quête de pouvoir, à défier les mythes liés à la question de la divinité. La case vide est un retour sur l’homme haïtien avec ses stupidités, ses intentions barbares et son désir acharné de pouvoir. Le texte s’ouvre comme on ouvre un monologue. Au fur et à mesure que la phrasée prend sa forme, le lecteur peut avoir l’impression que c’est un roman ou un récit. L’impression d’un dialogue inter- générationnel entre l’auteur et son alter ego s’installe. Le débat est ouvert sur ce qui peut être un roman ou pas, un écrivain, un auteur, etc., un débat qui sort de nulle part, mais qui conduit quelque part. Ils parlent, discu- tent, s’interrogent sur un éven- tuel support mutuel pour pouvoir s’approprier les arts de la plume, du discours. Ils émettent leur opinion sur la littérature, sur l’existence de l’homme, les modes de gouver- nance haïtienne, la politique judi- ciaire et sur l’implication d’un dieu dans la culture collective. Il est surnommé Ami-lutin. Tantôt il est narrateur, sujet, personnage central du roman et/ou intermédi- aire entre le lecteur et Lemaître, un héros multidimensionnel, un homme mystérieux, un human- iste, un conteur et un mythe. Entre Lemaître et Ami-lutin, c’est plus qu’une relation père-fils, une intimité, une admiration et une complicité exagérée qui leur sert de prétexte pour conter des his- toires et les interpréter. Une complicité qui a traversé le temps, l’espace, et continue d’exister même après la mort de l’admiré du village. Lemaître Baron Lacroix Quatre branches. Il est ce personnage-auteur autour duquel se déroule toute l’histoire. Une histoire complice de mort et de vivant. Laquelle a donné nais- sance à la « Case vide » dans une case vide.Cette complicité qui donne une forme au roman ne se conforme pas à l’écriture classique du roman. D’ailleurs, le narrateur refuse de croire que son énoncia- tion peut s’approprier un quel- conque genre littéraire. Encore moins un roman. Son souci est d’écrire et de dire. Mais aussi réfléchir sur l’humain dans tous ses aspects. Et les deux complices du texte en sont d’avis. Les histoires s’enchaînent. Elles scrutent les évènements non encore cicatrisés dans la mémoire collective. Le rapprochement entre la mort d’un professeur d’université pour ses convictions politiques et un tremblement de terre devient une évidence. C’est là, le point de départ d’un évi- dent paradoxe pour appréhender autrement les faits socio-politi- co-économiques, historiques et mythiques du pays. C’est autour d’une série de faits divers que gravite et tournoie l’idée que Antoine Hubert Louis veut proposer. Une idée qui fait corps à ce texte. Un texte émail- lé d’un souffle poétique qui n’a rien à envier à la poésie dite moderne. Dans « La Case vide », tout s’entremêle pour conduire le lecteur dans un flou consensuel mais incontournable à la valeur de l’œuvre. Avec la publication de « La Case vide », Antoine Hubert Louis se confirme dans un autre registre. Une tournée et un award pour BéloPar Walcam A près un passage remarqué sur la scène Hydro-Québec des Francofolies de Mon- tréal, le 17 juin dernier, le chanteur haïtien du ragganga, Bélo, a mis le cap sur Paris. À Paris, la ville lumière, il avait rendez-vous pour d’autres con- certs le 19 et le 20 juin. Devant un public multiracial, au Pam Piper (only french), à Paris, au 11e arrondissement, Bélo a drainé du monde autour des impertinences de sa guitare. Il a mis dans sa voix la toute chaleur d’Haïti. Plusieurs autres artistes ont participé aux côtés du chanteur à cette fête. Bélo a reçu aussi, durant son pas- sage à Paris, un award. Il s’agit d’un prix de World Citizen Artist gagné grâce à sa dernière com- position « Citizen of the world » gravée sur son dernier opus Natif Natal. La remise de ce prix a eu lieu le 21 juin au club Bataclan à Paris, pour la fête de la musique. De plus, il est devenu ambas- sadeur de « Citizen of world » pour l’année 2016.Et d’après le représentant de Bélo en Europe, le chanteur reviendra en France, l’année prochaine pour jouer cette fois à Chaville. Bélo, qui rentre le 25 juin, a un rendez-vous à la Guyane française au début du mois de juillet. Profitant de ce voyage en terre étrangère, Bélo doit faire une petite tournée cette fois en Améri- que du Nord, avons-nous appris. Le 12 juillet, il sera au Madison Square Garden afin de partici- per au festival pour la fête de la Moquette. Et il restera à New York pour un autre spectacle le 17 juil- let. Sans repos, Bélo animera une exposition de la styliste Murielle Leconte à l’hôtel Royal Oasis le 18 juillet, quelques jours plus tard, le 24 juillet, il donne un spectacle à Sainte-Lucie. Décidément, Bélo ne chôme pas et c’est bon pour la musique haï- tienne. Bélo et Valerie Won.