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SPORT
SOCIÉTÉ
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Matcon : une foire
pour stimuler la
concurrence
dans le secteur
Par Évens RÉGIS
« Sou pay » :
la cité des « pèpè »
par Ritzamarum Zétrenne
Les Grenadiers
contraints
de gagner !
par Gérald Bordes
L'OEA comme arbitrePar Lionel Édouard
HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES
LUNDI 13 JUILLET 2015 NUMÉRO 37
WWW.LENATIONAL.HT
QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI
ACTUALITÉ
Début de campagne
timide à Port-au-Prince
HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION
A
près l’offensive du min-
istre haïtien des Affaires
étrangères, Lener Renaud,
auprès de l’Organisation des
États américains (OEA), une mission
a été déployée sur l’Île d’Haïti, le jeudi
9 juillet. Objectif, s’informer de la situ-
ation des migrants haïtiens, en vue de
produire un rapport pour le secrétaire
général de l’institution continentale,
Luis Almagro.
Cette mission, sollicitée par les
gouvernements haïtien et dominicain,
est dirigée par le secrétaire aux
questions juridiques de l’OEA, le
Mexicain Francisco Guerrero.
Les missionnaires ont bouclé
leur investigation en République
dominicaine, le samedi 11 juillet. Ils
se sont, durant cet intervalle, rapporte
la presse dominicaine, entretenus
avec les secteurs concernés par la
situation qui se développe entre
les deux pays, notamment des
organisations de la société civile
ayant participé à l’enregistrement des
migrants, les migrants eux-mêmes, les
entrepreneurs dominicains ainsi que
l’ambassadeur d’Haïti en République
dominicaine, Daniel Supplice.
2 | N0
37 LUNDI 13 JUILLET 2015
TRIBUNE
La danse de la destruction
Ce lever de rideau des journalistes
Marino Zapete et Edith Febles a
autant de force que les révélations
de la journaliste dominicaine
Nuria Piera en date du 31 mars
2012 concernant les paiements de
2.5 millions de dollars effectués
par l’entrepreneur dominicain
Felix Bautista au président haïtien
Michel Joseph Martelly. Malgré les
preuves irréfutables des relevés de
compte bancaire de la BanReser-
vas et des transferts effectués en
Haïti à la Unibank, la corruption
tente de blanchir les protago-
nistes. Mais le procureur général
dominicain Francisco Domínguez
Brito reste sur ses gardes et con-
tinue le combat pour que la vérité
l’emporte, convaincu que le bon
droit finit toujours par triompher.
Dans le cas du sénateur Felix Bau-
tista, qui a bénéficié d’un non-
lieu du juge d’instruction spécial
Alejandro Moscoso Seguerra, le
procureur Francisco Domínguez
Brito a déclaré : « Nous allons
poursuivre notre lutte jusqu’à
l’épuisement de toutes les res-
sources prévues par la loi, afin
d’obtenir la sanction [4]. » Un
vrai parcours du combattant, à
la lumière des révélations faites
par l’organisation Participación
Ciudadana au sujet des 227 cas
de corruption avérée de 1983 à
2003 qui sont restés impunis [5].
Une ignominie suffocante avec 94
cas de corruption mis en exergue
pour les années 2000-2013 par
Participación Ciudadana [6].
En Haïti, il n’y a même pas eu
un simulacre d’enquête. La zom-
bification du système judiciaire
bloque encore les poursuites et
explique l’apathie observée devant
les inepties et vulgarités dont le
président Martelly accouchait
hier encore à la face du monde.
Ce concert du vendredi 26 Juin
au Champ-de-Mars restera gravé
dans les mémoires comme la
plus brutale des gifles infligées à
l’orgueil national. Il est à souhaiter
que le peuple haïtien retrouvera
sa capacité de s’indigner devant
son propre néant et pourra ainsi
mettre fin une fois pour toutes aux
mascarades qui utilisent la Consti-
tution pour perdurer.
Le reportage des deux journali-
stes dominicains Marino Zapete
et Edith Febles a l’avantage, au
moment de la conjoncture déstabi-
lisante de la politique de vendetta
contre les Haïtiens et Dominicains
d’origine haïtienne, de revenir sur
la plaie profonde qui ravage les
deux pays. En indiquant comment
dans l’ombre se trafique le champ
du déshonneur, puisse ce report-
age, au-delà de toute espérance,
aider à voir la nécessité de réaliser
une révolution éthique person-
nelle et collective. Pour mettre fin
au programme consistant à faire la
fête. À s’abandonner à la fantaisie
de la danse, de la destruction et de
la danse de la destruction.
La lutte pour le triomphe de la
justice ne fait que commencer.
Comme l’affirme le procureur
dominicain Francisco Domínguez
Brito [7], tous les mécanismes
doivent être mis en marche pour
trouver une solution allant dans le
sens d’une intégration réelle des
Dominicains d’origine haïtienne
en République Dominicaine à la
vie nationale. (à suivre)
« Nous payions moins les Haï-
tiens et nous les utilisions pour
couper la canne. Souvenez-vous
que pendant plusieurs années les
principaux produits d’exportation
étaient la canne-à-sucre, le cacao,
le café. La canne à sucre repose
sur la main d’œuvre haïtienne,
jusqu’à présent. Pendant des
années, les Haïtiens ont construit
l’économie dominicaine sans déte-
nir aucun papier. Le gouverne-
ment dominicain donnait un sac
d’argent au gouvernement haïtien
et lui disait : “mettez un nombre «
X » d’Haïtiens dans un camion” et
il les faisait traverser la frontière.
Et le gouvernement dominicain a
laissé ces Haïtiens en République
Dominicaine pendant plus d’un
demi-siècle.
Après un certain temps, l’économie
dominicaine a commencé à se
diversifier. Les Dominicains ont
commencé à faire d’autres petits
boulots : taxi, banques de loterie,
petits commerces et autres. Les
Dominicains ont délaissé l’activité
agricole complètement et laissé la
place aux Haïtiens. Ils ont égale-
ment abandonné la construction
à ces derniers, cherchant un tra-
vail plus léger parce qu’en plus,
les constructeurs et autres grands
dons de l’agriculture ont besoin
d’exploiter ces gens en leur payant
très peu, en leur refusant la sécu-
rité sociale, en leur enlevant le
droit à l’indemnité fin de carrière.
»
La profondeur d’un désarroi
« Durant les décennies 1970,
1960, 1950, 1940, les Haïtiens
ont vécu ici sans documents. Le
gouvernement dominicain les a
laissés rentrer sans documents, les
a laissés vivre ici sans documents,
se contentant de les exploiter. Et il
déclare aujourd’hui, : “Nous allons
régulariser “. Est-ce quelque
chose de légitime pour un pays ?
Un pays a ce droit.
Quoique ce ne soit pas légitime,
c’est légal. Ce n’est peut-être pas
juste, mais c’est légal. Donc, la
République Dominicaine a légale-
ment le droit d’engager cette
procédure.
Maintenant, est-ce qu’un pays
peut faire cela de n’importe
quelle façon, et comme le prési-
dent Danilo l’a proposé ? Est-ce
qu’il peut prendre un problème
que ce gouvernement a créé, non
pas celui-ci précisément, mais
ceux des décennies 1970, 1960,
1950, 1940 ans et dire d’un
moment à l’autre : “Non je ne
veux pas d’Haïtiens ici” ? Est-ce
qu’il peut diffuser une consigne de
patriotisme, de souveraineté de la
patrie, et dire qu’il faut retirer un
demi-million d’Haïtiens d’ici du
jour au lendemain ? Est-ce qu’il
peut dire : “J’émets un décret, il
n’y aura pas de prorogation” et
tous nous applaudissons et nous
oublions que les Haïtiens ont 40,
50, 60 ans et n’ont pas un papier,
que leurs enfants, leurs petits-
enfants, les uns avec des papiers
d’ici, les autres non ? En projet-
tant de chasser tous ces gens d’ici,
vous déclenchez un drame. »
L’énergie du désespoir
« Regardez cette femme qui était
à Jimani où était notre reporter
Manuel Méndez. Elle avait 22 ans
ici, elle a 5 enfants nés ici. Elle
a essayé de remplir les papiers,
ces papiers sont faits pour qu’elle
ne puisse remplir les conditions
demandées. Les papiers que le
gouvernement exige, ce sont des
papiers pour faire de la démagogie
afin de dire aux organisations
internationales, “Oui on va le faire,
regardez ce que nous faisons”,
mais ceci pour que personne ne
soit qualifiée. Il fallait voir ce qu’a
expliqué l’avocate dominicaine
Noémie Méndez.
La procédure mise en application
par le gouvernement ne marche
pas. On peut le voir dans le cas
de cette femme de 40 ans, dont
22 ans ici, et qui a 5 enfants. Elle
déclare : “Je vais en Haïti avec ce
que je possède ; je ne peux pas
emmener les 5 enfants parce que
je ne sais pas où je vais. Je vais
les laisser ici, j’emmène 1 seul
enfant et je laisse les 4 autres ici
avec une amie pour voir comment
je vais faire avancer les choses
et je vais revenir prendre mes 4
enfants.” Ainsi, il y a des milliers
et des milliers de familles dans
cette situation parce que ce n’est
pas seulement hier qu’ils sont
venus.
Pensez-y peuple dominicain.
C’est comme si le gouvernement
dominicain nous disait que d’ici
demain, vous devez laisser les
quartiers de la Zurza, Gualey,
Guachupita, la Cienaga, los
Guandules, tous les quartiers
situés le long de la rivière et
qui ont été contruits il y a des
dizaines d’années. Les gens se
sont installés dans ces quartiers et
le gouvernement a fermé les yeux
(se ha hecho de la vista gorda).
Cela est pareil à ce qui arriverait
si le gouvernement disait que
dorénavant personne n’a le droit
de vivre dans ces quartiers. Cela
ne peut pas être une bonne chose.
Et c’est précisément ce qui se
passe ici avec les Haïtiens. » (à
suivre)
Entre survie et usure jusqu'à la corde :
les rapports Haïtiano-dominicains (2 de 3)
Suite de l'édition du 10 au 12 juillet, # 36
Par Leslie Péan / AlterPresse
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 3
ACTUALITÉ
Le temps
des incertitudes
Lescampagness’annoncentternes.Nousparlionsdevidedesidéesdansnotre
précédentéditorial.Lescampagnesserontaussisanspassion.Peut-êtredonc
desélectionssansviolence,cequiesttoujoursunebonnechose.
Mais la passion est absente à cause de la grande désillusion de l’électorat
haïtien qui s’estime avoir été trahi à répétition par tous ces politiciens qui lui
avaientaumoinspromisunechose:lechangement.Ondisaitquelachance
passait.Celaaétéunemalchancebienorchestréequinousaemmenéaubord
del’effondrementsocialavecladégringoladedelagourdequinesemblepas
vouloirs’arrêter.
Alors que les autorités ne réagissent pas, le marché anticipe. On se rue sur la
monnaieétrangère.Lesbanquesdonnentlebilletvertavecparcimonie.Pour
avoirlesmoyensd’importer,certainsachètentlevertauprixfort,cequinefait
qu’affaiblirlagourdedavantage.Commeentempsdecriseonn’estpasdansla
récitationdemanueletqu’ilfautdel’intelligence,del’audace,ducourage,dela
créativité,lepeuplehaïtiendevraitencoreserendrecomptedelavaleurréelle
deceuxquiledirigent.Ceconstatpeut-ilserefléterdanslesurnes?Mêmesi
lavolontéétaitlàdemettreàmortcesystèmeavecunbulletindevote,ya-t-il
uncandidatcapabledeporterenfinlesouffledurenouveauetdelamodernité
surlaterred’Haïti?
Pendantcetemps,lesgrandstraditionnelsoccupentdéjàleterrain.Lesélections
rapportentunpeud’agentàdes«leaders»monnayantleursservicesàplusieurs
candidats,desrara,desmotocyclistes,desimprimeurs,lesmédiasquichargent
pour la publicité. Le citoyen ne sera pas trop informé ni sur le montant exact
dépensépourlacampagnedecertainsgroupespolitiquesquiaffichentdéjàde
grandsmoyensnisurlaprovenancedeleursfonds.Mêmesilalégislationen
vigueurfaitobligationdedéposerunrapportsursesdépenses,onfaittoujours
ensortedel’ignoreroudelabiaiserd’unemanièreoud’uneautre.
Entre les énormes défis qui se posent à nous et les hommes sur l’échiquier
politiqueactuel,ilsembleyavoirungrandfossé,pournepasdireunabîme.
Uneéquationdifficilemaisquelepeuplehaïtiendoitrésoudres’ilneveutpas
prendrelaportedesortiedel’Histoire.
Le National
Édito
Début de
campagne timide
à Port-au-PrincePar Stephen Ralph Henri
HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES
L
’ambiance de campagne
s’installe très timidement
dans la capitale haïtienne et
dans les communes avoisin-
antes, après l’ouverture officielle de
la campagne pour les législatives,
le jeudi 9 juillet, par les conseillers
électoraux. Quelques rares publicités
imprimées, des photos de candidats
en campagne sont remarquées dans
certaines zones, celles-ci sont pour
la plupart accrochées à des poteaux
électriques.
Elles sont également observées sur
des pare-brise d’automobiles et sur
les clôtures de quelques édifices. Des
graffitis sont aussi vus sur des murs,
invitant les citoyennes et les citoyens
à choisir tel ou tel candidat, pratique
pourtant condamnée par le décret
électoral, en son article 115.
Si les démonstrations d’entrée
en campagne des candidats aux
législatives sont rares dans la capitale
haïtienne, les partis et plateformes
se disent toutefois en campagne et
affirment avancer vers les élections.
La Fusion des sociaux-démocrates
reconnaît que les grandes
démonstrations tardent à venir, mais
annonce qu’elles sont pour bientôt et
promet d’adapter sa stratégie à ses
moyens. Le parti souligne aussi que
ses candidats avaient déjà commencé
à motiver l’électorat bien avant le
coup d’envoi de la campagne. « Notre
stratégie est adaptée à nos moyens,
nous avons opté pour le porte-à-porte
», explique le vice-président du parti,
Alix Richard, dans une interview
accordée au National.
moyens financiers manquent
Toutefois, il y voit une opportunité
pour ces aspirants législateurs à «
descendre rencontrer les électeurs »,
avec l’actuelle stratégie de proximité.
La stratégie de grande ampleur avec
« les affiches » et les autres outils de
propagande « apparaîtront bientôt,
en même temps, sur toute l’étendue
du territoire », toujours selon lui.
Par ailleurs, Alix Richard déplore
le retard mis par l’État pour
appuyer financièrement les partis
et groupements politiques. Le
gouvernement entend disposer
de 500 millions de gourdes pour
financer la campagne des structures
politiques.
Rien n’est encore clair quant à l’octroi
de cette subvention. Le conseiller
Ricardo Augustin, qui est en même
temps le trésorier du CEP, explique
qu’il a « déjà fait une proposition
au Conseil électoral provisoire sur
le mécanisme de répartition de la
subvention de l’État ».
Le Conseil ne pourra pas évaluer cette
proposition du conseiller Augustin
avant le mercredi 15 juillet 2015, au
cours d’une séance plénière.
« C’est mercredi que le Conseil doit
statuer là-dessus avant de l’entériner
et l’acheminer à l’État et les partis
politiques », déclare Ricardo Augustin
dans son échange avec Le National.
En attendant cette subvention
publique, des partis et groupements
politiques se disent déjà au travail
avec la préparation de leur matériel
de communication. C’est le cas de
la plateforme Pitit Dessalines, qui
affirme que de grandes affiches des
candidats et de la plateforme sont
en cours de préparation. Assad
Volcy, secrétaire général adjoint de
la plateforme, déclare que les grandes
activités de visibilité commenceront
au cours de la semaine du 12 au 18
juillet.
Sans vouloir donner trop de détails,
André Victor, coordonnateur du
Mouvement patriotique populaire
dessalinien (Mopod), affirme que les
prétendants aux législatives de la
plateforme « sont en campagne » et
avancent vers les élections.
Environ une semaine avant le
lancement officiel de la campagne, la
plateforme Vérité avait commencé à
accrocher des affiches qui présentent
son symbole, ses couleurs ainsi
que son numéro. Des maillots de
cette structure politique sont déjà
remarqués sur des sympathisants.
D’autres responsables de partis et
groupements politiques, telles Fanmi
lavalas et l’organisation du peuple
en lutte (OPL), contactés restent
injoignables.
Entre-temps, le Conseil électoral
a publié sur son site internet les
listes des centres de vote par
département géographique. Un total
de 1558 centres de vote est établi
pour les prochaines élections. Les
prétendants au pouvoir législatif
sont au nombre de 2039, soit 262
au Sénat et 1777 à la députation.
L’on compte 162 femmes décidées
à devenir législatrices contre 1877
hommes.
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4 | N0
37 LUNDI 13 JUILLET 2015
ACTUALITÉ
Un code de déontologie pour
régir le métier notarial en Haïti
Par Évens RÉGIS
HAÏTI/SYNDICATSDESNOTAIRES
L
es notaires du SNJH ont été
en session, et ils en sont sortis
avec la décision d’adopter un
code regroupant les valeurs
déontologiques du métier. Selon
Lesly Alphonse, vice-président de
l’Association, ce code représente le
premier pas vers le chemin le moins
fréquenté, celui de la droiture et du
respect des normes établies.
Ils ont voulu prendre à témoin le Dieu
Très-Haut, c’est pourquoi le prêtre
Francky Désir, de l’église Altagrace
de Delmas, a été invité pour chanter
une messe d’action de grâce en leur
faveur. À titre de conseils, le prêtre
leur a suggéré de ressembler à Jésus
dans leurs actions, de faire de ce
code de déontologie leur boussole et
d’être courageux face aux situations
difficiles rencontrées dans l’exercice
de leur fonction.
SelonMarieAliceBélisaire,présidente
de l’organisation, une loi notariale
a précédé ce code de déontologie,
mais n’a jamais été appliquée, car
elle ne tenait pas compte des réalités
immédiates du métier notarial. Cette
loi notariale, ajoute-t-elle, stipule que
c’est le commissaire du gouvernement
qui exerce cette fonction, alors que
c’est tout autre chose qui est observée
dans la pratique de tous les jours.
Elle a de plus précisé qu’Haïti
est membre fondateur de l’Union
mondiale des notaires depuis 1948
et que cette structure internationale
a publié depuis l’année dernière un
code de déontologie pour règlementer
le fonctionnement des notaires de
tous les pays membres. Compte tenu
de la situation précaire d’Haïti, ce
code a été révisé et adapté à la réalité.
Le code est imposable à tous les 184
notairesmembresduSNJH,àencroire
Mme Bélisaire. Il est principalement
pour la protection, la gestion de la
clientèle, et accessoirement pour la
protection du notaire.
Il traite, entre autres, des principes
et de l’organisation du notariat, des
relations du notaire avec l’État, le
SNJH, les collègues notaires, les
employés, et avec tous les usagers
du service.
Des sanctions allant du blâme jusqu’à
la radiation du Syndicat sont aussi
prévues au cas où les règles ne
seraient pas respectées à la lettre
par un notaire. Une fois la sanction
prononcée, l’autorité publique
compétente sera avisée que tel
notaire a été radié du syndicat pour
telle raison, a fait savoir le numéro 1
du SNJH.
Maxime D. Charles, représentant
du secteur bancaire, a de son côté
souligné l’importance du sérieux et
de l’engagement des notaires dans
l’exercice de ce métier. « Vous êtes là
pourassurerlavéracité,l’authenticité,
la qualité des transactions.
Par conséquent, le secteur bancaire
compte beaucoup sur vous, pour
l’aider à créer, à bien transmettre et à
conserver la richesse », a-t-il indiqué.
L’international s’était aussi mêlé de la
partie : le Syndicat des notaires de la
Colombie et le Syndicat des notaires
du Québec s’étaient fait représenter
respectivement par M. Alvaro Horace
Chari et M. Gérard Gay. Ils ont tous
deux salué cette initiative qui va aider
les notaires haïtiens à servir au mieux
ce public demandeur d’authenticité
et qui attend d’eux une culture de
l’excellence.
La 3e université notariale et le 4e congrès national des notaires ont pris fin. À
l’occasion, un code de déontologie est adopté, signé par les membres du Syndicat
des notaires des juridictions d’Haïti (SNJH). Samedi 11 juillet, à la salle Olivia de
l’hôtel Montana, ils étaient 187 à prêter le serment de suivre à la lettre les prescrits
dudit code.
Les notaires prêtent serment de suivre à la lettre les prescrits du code de déontologie. Photo : Ruben Chery
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 5
ACTUALITÉ
ÉCHO
CEP, promouvoir la
participation des
femmes dans le
processus électoral
Le Conseil électoral provisoire
(CEP) annonce pour ce lundi 13
juillet à l’hôtel Marriott (Port-au-
Prince), de 9 h à 16 h, l’organisation
d’un atelier de restitution sur la
Stratégie nationale genre et élec-
tions en Haïti. Dans un communi-
qué rendu public, le CEP indique
que cet atelier vise à promouvoir la
participation des femmes dans le
processus électoral. En partenariat
avec le ministère à la Condition
féminine et aux Droits des femmes
(MCFDF) et avec l’appui de la Fon-
dation internationale pour les sys-
tèmes électoraux (IFES), cette ren-
contre offre l’occasion de présenter
la stratégie aux partis politiques et
aux institutions concernées, ainsi
que les sept axes d’interventions
qui doivent contribuer à mettre fin
à la faible participation politique
des femmes en Haïti, lit-on dans
le communiqué.
Une farine en
provenance de
la République
dominicaine interdite
sur le marché haïtien
Les ministères respectifs du Com-
merce et de l’Industrie, de la Santé
publique et de la Population, de
l’Agriculture, des Ressources
naturelles et du Développement
rural, dans un communiqué con-
joint, avisent le public en général,
les producteurs et importateurs de
farine de blé en particulier, qu’un
lot de farine importée contient
des ingrédients nocifs à la santé
humaine et est interdit de vente
sur le territoire national. Dans le
cadre des mesures visant à proté-
ger la santé des consommateurs,
et en accord avec les mesures
sanitaires et phytosanitaires de
l’OMC, ces ministères décident
d’enlever du marché tout stock de
farine de blé jugé non conforme
à la consommation et que toute
nouvelle importation dudit produit
soit mise en quarantaine aux fins
de vérification de conformité, en
accord avec les normes générale-
ment admises.
IDEA aide les
journalistes à mieux
faire leur travail
L’Institut pour la démocratie et
l’assistance électoral (IDEA),
de concert avec l’Université
d’État d’Haïti (UEH), a organisé,
samedi, une séance de formation
à l’intention des journalistes, pour
leur permettre de mieux saisir le
concept « reddition des comptes
en démocratie dans la distribu-
tion de services ». Cette formation
s’inscrit dans le cadre d’un projet
pilote mis en œuvre depuis plus
d’un an, intitulé « Je nan je »,
dirigé par IDEA qui a pour mission
d’appuyer la démocratie à travers
le monde.
Wyclef Jean au festival
Juste pour rire de
Montréal
L’artiste Wyclef Jean, invité
d’honneur au grand festival Juste
pour rire de Montréal, se produira
le dimanche 19 juillet 2015. C’est
ce qu’a rappelé le consul général
d’Haïti à Montréal dans un com-
muniqué indiquant que pour la
troisième fois des artistes haïtiens,
à savoir Jacques Junior Bourjolly,
dit Kako, Christina Guérin, Ralph
Alfred Valéry, Garihanna Jean-Lou-
is et Johnny Moussignac, partici-
peront également au dit festival.
La Jilap préoccupée
par le taux des
victimes par balles
pour le 2e trimestre
de 2015
La Commission épiscopale natio-
nale Justice et Paix (Jilap) a rendu
public son 54e rapport dressant un
triste constat des violences dans
la zone métropolitaine. Selon ce
rapport, 233 morts par balles ont
été enregistrés durant le second
trimestre de l’année 2015. Le
nombre de personnes tombées
sous les balles des bandits s’élève
respectivement à 92 morts en
avril, 62 morts en mai et 59 morts
en juin.
Plan international
lance son 4e concours
de photographie
« Les filles et les adolescentes »,
c’estsurcethèmequel’organisation
non gouvernementale Plan inter-
national a lancé récemment son
4e concours de photographie qui a
pour objectif de promouvoir et de
protéger les droits et la dignité des
filles et des jeunes filles. Ce con-
cours de photographie est organisé
simultanément dans 13 pays de
la Caraïbe où Plan international
est représenté. Le ministère à la
Condition féminine et aux droits
des femmes supporte cette activité
qui s’inscrit dans le cadre de la
campagne mondiale : « Parce que
je suis une fille ». La date limite
pour la soumission des photos
est fixée au 28 août. Le gagnant
représentera Haïti à un concours
régional au Panama, en novembre
prochain.
Matcon : une foire pour
stimuler la concurrence
dans le secteur
Par Évens RÉGIS
HAÏTI/CONSTRUCTION
Un salon exclusivement réservé à l’industrie de la
construction vient d’entrer dans la tradition haïtienne.
Au parc industriel Sonapi, pendant trois jours, les 10,
11 et 12 juillet 2015, 87 entreprises évoluant dans le
domaine de la construction ont répondu à l’appel de la
Chambre haïtiano-américaine de commerce (Amcham),
à l’occasion de la première édition de la foire Matcon,
pour présenter au grand public des matériaux, outils et
autres intrants et services de la construction. Trois cent
mille dollars américains sont investis à la réalisation de
cet événement.
C
’estunefoireréaliséeenquatre
volets. Il y avait des salons
d’expositions à l’intérieur
comme à l’extérieur, une zone
de formation, une partie de jumelage
d’entreprises et de réseautage (B2B
et B2C), et enfin des ateliers de com-
pétitions de capacités entre étudiants
et ouvriers, dénommés olympiades
des métiers.
Certaines entreprises ont fait plus
qu’être présentes à cette première
édition de la foire Matcon, elles l’ont
également financée. Il s’agit entre
autres de Ceramex, maison Charles
Féquière, François Murat Excellent,
Boucard Pest Control, et sans oubli-
er la division Leve de l’USAID qui a
fourni une plus large contribution,
celle du démarrage du projet.
Philippe Armand, président de
l’Amcham, a souligné qu’à travers
ce projet baptisé « Foire Matcon »,
son institution tend à sensibiliser
les Haïtiens au besoin en qualité des
produits de construction, aux normes
antisismiques et, du même coup,
profiter de l’occasion pour créer une
compétition pouvant favoriser la
baisse des prix de la construction.
Comme il a été question, c’est une
foire qui vise à présenter les res-
sources disponibles en Haïti et à
promouvoir des projets de construc-
tion. L’Amcham, poursuit Phillipe
Armand, veut créer une plateforme
de discussion entre les entreprises
commerciales et les professionnels
de la construction pour le partage
des meilleures pratiques et inno-
vations du domaine. C’est aussi
l’occasion, ajoute-t-il, de développer
le marché de l’immobilier en Haïti,
afin de combler le déficit de plus de
400 000 logements laissé par le
désastre du 12 janvier 2010.Daniel
Jadotte, président du comité organis-
ateur de la Foire Matcon, dit souhaiter
réunir chaque année tous ceux qui
sont intéressés par la construction,
depuis les entrepreneurs jusqu’aux
consommateurs finals. Selon M.
Jadotte, l’important c’est d’attirer
les projecteurs sur le secteur de la
construction en Haïti et prouver la
capacité des entreprises à bénéficier
des contrats, qui généralement sont
confiés à des compagnies étrangères.
Le gouvernement n’a pas raté
l’occasion de se faire représenter.
Le ministre du Commerce et de
l’Industrie, Jude Hervé Day, a pour
sa part soulevé les trois niveaux de
sa participation à la Foire Matcon.
En plus d’être présent en tant
que ministre du Commerce et de
l’Industrie, et en tant qu’ingénieur
professionnel de formation, il a fait
mention de sa lourde tâche de parler
au nom du premier ministre Évans
Paul, qui n’a pas pu être présent à
la cérémonie.Le titulaire du MCI a
toutefois encouragé la vulgarisation
et la commercialisation de cette
activité. Il a par ailleurs plaidé pour la
multiplication des industries pouvant
favoriser la création d’emplois en
Haïti.
Selon ses souhaits, au prochain
gouvernement, il devrait être ques-
tion d’un ministère de l’Industrie
et du Commerce (MIC), en lieu et
place du ministère du Commerce
et de l’Industrie (MCI), dans l’idée
d’orienter la pensée vers la produc-
tion avant même de se focaliser sur
le commerce.
Daniel Jadotte dans son discours d’ouverture de la foire Matcon. Photo: Ruben
Chery
6 | N0
37 LUNDI 13 JUILLET 2015
ACTUALITÉ
C
e thème vise à mettre
en lumière les besoins
particuliers des femmes et
des adolescentes durant
les conflits et les catastrophes
humanitaires, a fait savoir la
représentante du FNUAP en Haïti,
Marielle Sander. Selon ce qu’elle a
expliqué, le Fonds appelle ainsi à
une attention particulière en ce qui
concerne les besoins des femmes, des
jeunes et des enfants dont les besoins
spécifiques sont souvent ignorés dans
les situations d’urgence.
Marielle Sander a affirmé que l’une
des priorités du FNUAP consiste à
autonomiser ces deux catégories,
préserver leur bien-être, répondre
à leurs besoins et préoccupations
spécifiques. C’est dans cette
optique que le Fonds travaille
en étroite collaboration avec les
gouvernements, le système des
Nations unies, les partenaires
locaux et d’autres institutions.
Cette démarche, dit-elle, s’inscrit
dans la perspective de mettre en
place des mécanismes permettant
de garantir la santé sexuelle et
productive de ces deux catégories
sociales en prévention aux
catastrophes.
De l’avis de Mme Sander, l’idée-
force de cette rencontre est
de capitaliser sur les bienfaits
d’une cohésion et d’une logique
d’ensemble entre les différents
acteurs dans le cadre de la
préparation aux urgences. Il
s’agira aussi pour les acteurs de
réexaminer le plan de gestion des
différents désastres passés, les
peurs et craintes suscitées par
ces catastrophes pour en tirer
des leçons positives et affiner
les stratégies de réponse aux
situations d’urgence.
Il convient de souligner que ce
thème, rappelle la représentante,
est d’actualité pour Haïti compte
tenu que le pays se trouve en
pleine saison cyclonique (du 1er
juin au 30 novembre). Elle indique
que le pays doit s’apprêter à gérer
prochainement des déportations
d’Haïtiens de la République
dominicaine.
La célébration de cette journée,
poursuit-elle, est l’occasion
d’alerter sur ces aléas et de
promouvoir des interventions
appropriées en faveur des
populations vulnérables et,
particulièrement, des femmes
et des filles ayant des besoins
spécifiques qui sont souvent
ignorés dans les situations
d’urgence.
Les femmes, les jeunes et les
enfants représentent plus des
trois quarts des 50 millions de
personnes qui ont été contraintes
d’abandonner leurs habitations,
à cause d’un conflit ou d’une
catastrophe, dans la plupart des
régions du monde.
Dans les situations de crise, les
filles et les femmes s’exposent
à un plus grand risque de
maltraitance, d’exploitation
sexuelle, de violence, de mariage
forcé, de maladies, de décès à
cause d’un manque de protection,
rappelant qu’en Haïti, le séisme
du 12 janvier 2010 avait affecté
d’une façon directe près de 15 %
de la population nationale.
Le FNUAP, précise Mme Sander,
achemine des trousses d’hygiène
féminines, des fournitures
d’obstétrique et de contraception,
un personnel qualifié et d’autres
formes de soutien à l’intention des
populations vulnérables.
Aussi œuvre-t-il à faire en sorte
que les besoins des femmes, des
adolescentes et des jeunes soient
couverts durant la phase d’urgence
aussi bien que de reconstruction.
« Notre but est de garantir
que le droit des femmes et des
adolescentes à la santé sexuelle
et procréative soit protégé et que
leur sécurité soit assurée. »
En cette journée mondiale de la
Population, indique Mme Sander,
le FNUAP invite la communauté
internationale à redoubler
d’efforts afin de protéger la santé
et les droits des femmes et des
filles.
Ainsi, on doit mettre les femmes,
les adolescentes et les jeunes
en mesure de jouer pleinement
leur rôle dans les négociations
de paix, la consolidation de la
paix et le relèvement du niveau
social. Cette initiative, explique-
t-elle, contribuera à veiller
à ce que les gouvernements
agissent conformément au droit
international et traduise en justice
les auteurs de violences sexuelles.
Elle rappelle aux gouvernements
du monde entier de donner
priorité à la santé et aux droits
des femmes, des adolescentes et
des jeunes en ce qui concerne leur
participation à la vie publique.
Cela, conclut Mme Sander,
permettra d’accroître les chances
de voir naître un monde plus juste,
plus stable et plus pacifique.
Une attention particulière aux
femmes, aux enfants et aux jeunespar Reynold Aris
HAÏTI/JOURNÉEMONDIALEDELAPOPULATION
Marielle Sander, représentante du Fnuap en Haïti. Photo : Ruben Chery
C’est autour du thème « les populations vulnérables dans les situations d’urgence » que le Fonds des Nations
unies pour la population (FNUAP) a célébré la journée mondiale de la Population, le vendredi 10 juillet 2015
à l’hôtel Montana. En cette occasion, le FNUAP a plaidé pour une attention particulière aux femmes, aux
adolescentes et aux jeunes.
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 7
ACTUALITÉ
L'OEA comme arbitrePar Lionel Édouard
HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION
Au cours de la journée du samedi,
la mission s’est rendue à la ville
frontalière de Jimani, où elle s’est
entretenue avec les responsables
du Centre pour la sécurité des
frontières (Cesfront) et la Direction
nationale de l’immigration.
Ensuite, elle s’est rendue en Haïti
où elle devra investiguer jusqu’au
mardi 14 juillet 2015.
Le rapport qui sera remis au
secrétaire général de l’OEA, Luis
Almagro, selon le chef de mission,
Francisco Guerrero, sera neutre,
technique et objectif.
Il prendra en compte également
tous les points de vue des acteurs
qui ont été contactés durant
le séjour de cette commission
en République dominicaine. Ce
rapport, insiste M. Guerrero, sera
à la fois utile à la République
dominicaine et à Haïti en vue
d’établir un dialogue constructif
entre les deux pays.
Les hommes d’affaires
dominicains, qui ne figuraient pas
dans l’agenda de la commission
de l’OEA, avaient été invités à
s’entretenir avec les agents par
les autorités dominicaines.
Rafael Paz, vice-président exécutif
du Conseil national des entreprises
privées (Conep), Antonio Taveras,
président de l’Association des
entreprises industrielles d’Herrera
et la province de Santo Domingo
(AEIH), Jaime González du Conep
et la Confédération des employeurs
dominicains (Copardom) figurent
parmi les entrepreneurs qui ont
discuté avec la mission.
Selon les responsables du Conep,
devant la mission de l’OEA, ils
ont réitéré le soutien du secteur
des affaires au gouvernement
dans la mise en œuvre de cette
politique migratoire. Des données
réelles sur le Plan national de
régularisation des étrangers ainsi
que les actions menées par les
autorités pour garantir les droits
des migrants auraient été fournies
aux missionnaires.
Les hommes d’affaires
dominicains, dans leur exposé
devant la commission de l’OEA,
ont également mis en exergue la
nécessité pour que les relations
entre les deux pays soient fondées
sur la coopération, le respect
mutuel et la compréhension que
chacun des États est souverain.
Le président de la AEIH, Antonio
Taveras, a, pour sa part, déclaré
que la communauté internationale
doit « clarifier » sa position sur
la situation, parce que la crise
humanitaire en Haïti a environ
cinquante ans et n’a pas commencé
en République dominicaine, selon
la presse de l’autre côté de la
frontière.
Entre-temps, les déportations
ont continué durant la semaine
écoulée. Deux cent quatre-vingt-
dix-neuf migrants haïtiens, dont
178 enfants, 65 hommes et 56
femmes, rapporte le GARR, ont été
rapatriés le 7 juillet 2015 à Fond-
Jeannette, une localité frontalière
de la 2e section communale
d’Anse-à-Pitre, voisine de Don
Juan, République dominicaine.
Ces migrants qui vivaient dans
les localités dominicaines de
Pedernales et de La Manigua,
ont vécu entre trois à dix ans en
territoire dominicain. Ils/elles
travaillaient pour la plupart dans
le secteur agricole.
Plusieurs d’entre eux, explique
le GARR, travaillaient sur une
même plantation agricole. Selon
leurs témoignages, ils gagnaient
mensuellement 3 000 pesos
dominicains.
Ils ont raconté que le patron
dominicain leur a demandé de
laisser la ferme parce qu’il l’a
vendue à un autre propriétaire.
» suite de la première page
8 | N0
37 LUNDI 13 JUILLET 2015
MONDE
L
e baron mexicain de la drogue
Joaquin « El Chapo » Guzman
est parvenu à s’échapper d’une
prison de haute sécurité pour
la deuxième fois en 14 ans, en pas-
sant par un tunnel, ont annoncé les
autorités dimanche, un coup dur pour
le président Pena Nieto.
Guzman a été vu pour la dernière
fois samedi soir dans sa cellule de
la prison d’Altiplano, à 90 kilo-
mètres à l’ouest de la capitale, a
indiqué la Commission nationale
de sécurité dans un communiqué.
« Après avoir constaté grâce à la
vidéo surveillance qu’il ne réap-
paraissait pas », les gardiens se
sont rendus dans sa cellule et ont
constaté sa disparition.
Ils ont alors découvert un tunnel
« d’une largeur d’environ 50 cm
» et « d’une longueur de plus de
1.500 mètres » débouchant sur
un immeuble en construction, a
indiqué lors d’une conférence de
presse le responsable national de
la sécurité, Alejandro Rubido. Le
tunnel était équipé d’un système
de ventilation et une moto instal-
lée sur des rails servait à extraire
la terre et acheminer du matériel.
« Dix-huit gardiens vont être inter-
rogés » a indiqué M. Rubido.
Une vaste chasse à l’homme a été
déclenchée dans tout le secteur et
sur les routes des Etats voisins.
Les vols depuis l’aéroport voisin de
Toluca ont été suspendus. Environ
250 policiers fédéraux et militaires
ont été déployés au cours de la
nuit autour du centre pénitencier,
a constaté un journaliste de l’AFP,
tandis qu’un hélicoptère survolait
la zone. Sur l’autoroute entre
Mexico City et Toluca, des soldats
fouillaient les voitures au péage et
vérifiaient l’identité des passagers.
« El Chapo », diminutif de « chap-
arro » (« courtaud »), allusion à sa
petite taille (1,64 mètre), s’était
déjà évadé d’une prison de haute
sécurité en 2001, caché dans un
panier de linge sale.
Après 13 ans de traque, des mili-
taires étaient parvenus à le capturer
en février 2014 lors d’un raid noc-
turne dans la station balnéaire de
Mazatlan, dans l’Etat de Sinaola.
Guzman, 58 ans, était considéré
comme le baron de la drogue le plus
recherché au monde, à la tête du
puissant cartel de Sinaola.
Sa tête avait été mise à prix pour
5 millions de dollars par les Etats-
Unis et pour plus de 2,2 millions
par le Mexique.
Coup dur pour le président
Cette deuxième évasion est un
coup dur pour le président Pena
Nieto, parti pour la France où il
doit effectuer une visite d’Etat de
quatre jours à partir de lundi.
Son gouvernement s’était engagé
à arrêter ce baron de la drogue
puissant et craint, qui était
devenu l’un des symboles du trafic
de drogue contre lequel l’ancien
président Felipe Calderon (2006-
2012) avait déployé l’armée.
Après son arrestation l’an dernier,
les autorités avaient exhibé devant
les caméras ce petit homme
moustachu, en chemise blanche,
entouré de deux soldats de la
Marine mexicaine.
Il apparaissait régulièrement
sur la liste des hommes les plus
riches de la planète publié par le
magazine Forbes, jusqu’à ce que
la publication ne reconnaisse qu’il
lui était impossible d’estimer les
biens du narcotrafiquant.
Après sa première évasion de
la prison de Puente Grande, à
Jalisco (ouest), il était parvenu
en quelques années à imposer de
nouveau son cartel et à contrôler
le trafic de cocaïne vers les Etats-
Unis.
Sa clandestinité avait donné lieu
à de nombreuses rumeurs, d’une
opération de chirurgie esthétique
faciale à des promenades incognito
dans les foires aux bestiaux du
Sinaloa.
On raconte également qu’il
lui arrivait de se rendre dans
des restaurants à la mode,
de confisquer les téléphones
portables des clients avant de
dîner, puis de prendre congé en
payant l’ensemble des additions.
Joaquin Guzman aurait eu trois
ou quatre épouses. La dernière
d’entre elles est une jeune reine
de beauté épousée lors de son 18e
anniversaire, en 2007, et qui se
trouvait avec lui au moment de
son arrestation. On lui prête la
paternité de 10 enfants.
Le cartel de Sinaloa a mené une
guerre sanglante contre les forces
armées et contre les cartels rivaux,
dont le cartel des Zetas.
Plus de 80 000 personnes ont été
tuées dans les violences liées au
trafic de drogue depuis 2006 au
Mexique.
Nouvelle évasion du baron de la drogue
Joaquin « El Chapo » GuzmanSources : AFP
Joaquin « El Chapo » Guzman, lors de son arrestation en 2014. / Photo : © Ronaldo Schemidt / AFP
MEXIQUE
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 9
MONDE
L
e pape François, en tournée
en Amérique du sud, a appelé
samedi à Asuncion à se méfier
des idéologies menant aux
dictatures,àenfiniraveclacorruption
et à remédier aux inégalités.
« Les idéologies se terminent mal.
Elles ne tiennent pas compte du
peuple, regardez ce qu’il est advenu
des idéologies au siècle dernier,
(elles ont fini) en dictatures,
toujours », a déclaré le souverain
pontife dans un discours devant des
représentants de la société civile
dans lequel il prônait le dialogue.
Il faut se méfier des idéologies « qui
pensent pour le peuple, sans laisser
penser le peuple », a-t-il ajouté.
Aux entrepreneurs, hommes
politiques, économistes, il a
demandé « de ne pas céder au
modèle économique idolâtre
qui a besoin de sacrifier des vies
humaines à l’autel de l’argent
et de la rentabilité », car « le
développement économique doit
avoir un visage humain ».
Déjà en Equateur et en Bolivie, le
pape avait prôné un changement
pour réduire la pauvreté et corriger
les inégalités.
« Certainement, pour un pays,
la croissance économique et la
création de richesse sont très
nécessaires, et il faut que celles-
ci arrivent à tous les citoyens sans
que personne ne soit exclu », « et
non au profit d’une minorité », a-t-il
martelé, sous les applaudissements
de 5 000 personnes, dont des
syndicalistes, des leaders paysans
et communautaires.
« L’adoration de l’antique veau d’or a
trouvé une nouvelle et impitoyable
version dans le fétichisme de
l’argent et dans la dictature de
l’économie sans visage », a regretté
l’ancien archevêque de Buenos
Aires.
Il a enfin dénoncé la corruption, «
la gangrène d’un peuple », un mal
dont souffre le Paraguay, pays de
sept millions d’habitants, parmi les
plus pauvres du continent.
Un million de pèlerins
Dans la matinée, un million de
fidèles se sont réunis pour prier avec
le pape à la basilique de Caacupé,
principal lieu de pèlerinage du
Paraguay.
« Avec vous ici, je me sens chez
moi, aux pieds de notre mère, la
Vierge miraculeuse de Caacupé
», a déclaré le pape à la foule,
dont seulement la moitié avait
pu prendre place sur l’esplanade
devant la basilique. Une clameur
s’est élevée lorsqu’il a prononcé le
« Notre Père » en guarani, la langue
des indiens du Paraguay, parlée par
80% de la population.
Dans le sanctuaire, le souverain
pontife de 78 ans a dit son
admiration pour le rôle historique
des femmes au Paraguay, nation
quasiment privée il y a 150 ans
de sa population active masculine,
après une guerre contre ses voisins
brésilien et argentin.
« Vous les femmes et les mères
paraguayennes, qui avec grand
courage et abnégation avez su
relever un pays détruit, effondré,
submergé par la guerre. Vous avez
la mémoire, le patrimoine génétique
de celles qui ont reconstruit la vie,
la foi, la dignité de votre peuple »,
a-t-il lancé lors de son homélie à
Caacupé.
Des milliers d’Argentins et de
Brésiliens étaient venu en voisins,
parfois après 50 heures de voyage
en autocar.
« Le pape a une force d’attraction
inexplicable, comme un aimant »,
confie Graciela Sosa, qui n’a
pratiquement pas dormi de la nuit
pour être aux premières loges. « Je
me considère comme privilégié.
Je peux dire à mes enfants que j’ai
vu deux papes », témoigne, hilare,
Ernesto Domínguez, un avocat de
50 ans, membre d’un choeur qui
avait chanté lors de la visite en
1988 de Jean Paul II.
Avant la messe à Caacupé, le pape
s’était rendu auprès d’enfants
atteints de cancer à l’hôpital
pédiatrique Niños de Acosta Ñu, à
Asuncion. « Nous devons apprendre
de vous », a-t-il dit, ajoutant « Vous
êtes de vrais lutteurs! Et quand on
a de pareils « guerriers » devant soi,
on se sent orgueilleux ».
Corruption, trafic de drogue,
émigration économique, inégalités,
racisme, difficultés de réinsertion
des ex-détenus, le pape a relevé
depuis dimanche les fléaux qui
affectent l’Amérique latine.
Il a également demandé pardon
pour les « crimes contre les peuples
autochtones » et n’a pas hésité à
sermonner le clergé qui peut
parfois se transformer en « caste »,
une élite déconnectée du peuple.
Il a rappelé la « dette » de l’Amérique
latine, région la plus inégalitaire de
la planète, envers « les plus fragiles
et les plus vulnérables ».
Le premier pape jésuite et latino-
américain de l’histoire doit
achever dimanche son voyage sud-
américain. Il effectuera cette année
un troisième voyage en Amérique
latine, à Cuba.
Le pape : les idéologies finissent
« toujours en dictature »sources : AFP
PARAGUAY
Le pape François lors de son discours devant des représentants de la société civile le 11 juillet 2015 à Asuncion. / Photo : AFP/AFP
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37 LUNDI 13 JUILLET 2015
ÉCONOMIE
Le SMCRS : à la limite de l'insolvabilité ?
Par Therno N. A. Sénélus
Le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS) n’a pas les moyens de la mission qui lui est
confiée dans la zone métropolitaine. Il accumule les arriérés de paiement. Son personnel est en rogne. Et il trouve
encore moyen de vouloir étendre son rayon d’action.
S
ous couvert de l’anonymat, un
membre de l’Unité technique
(UTC) de coordination du Ser-
vice métropolitain de collecte
des résidus solides (SMCS) révèle le
coût de fonctionnement annuel pour
le ramassage et le transport des détri-
tus dans la zone métropolitaine : 240
millions de gourdes.
À date, Haïti semble toujours ne
pas avoir un véritable décharge
publique, un centre de gestion
et de traitement des immondices
que l’on voudrait digne de ce nom,
s’il faut se fier aux confidences du
responsable de l’UTC au National
ce jeudi 9 juillet écoulé. Selon ce
dernier, le SMCRS fait un travail
de collecte et d’amoncellement.
Après la collecte, les déchets
sont transportés à la décharge de
Truitier (une zone située au nord
de la commune de Cité Soleil) pour
entreposage.
Le SMCRS pourrait difficilement,
dans les conditions actuelles,
argumenter dans le sens d’une
dotation efficiente en ressources
financières, bien adaptée à sa
mission.
Suffisamment, en tout cas, pour
lui permettre de desservir toute la
zone métropolitaine. Un territoire
assez vaste, il faut en convenir, et
qui regroupe les cinq communes
les plus peuplées du pays. Les 240
millions de gourdes allouées par
le Trésor public ne permettent en
aucune façon d’assainir les rues
de la zone métropolitaine, encore
moins de traiter les résidus solides
collectés.
En ce qui a trait aux équipements
et matériels, le SMCRS ne peut
compter que sur une flotte de 40
camions à benne compressive
et basculante. Plus de 376
poubelles sont déployées le long
des principaux axes de la région
métropolitaine. La mauvaise
utilisation des poubelles justice
la raison de leur déplacement
prochain. «Toutes les poubelles
seront bientôt enlevées, car
la population a tendance à
transformer l’espace où se trouve
la boite à ordures en décharge
urbaine», explique le membre de
l’UTC.
Environ 85% des déchets produits
dans l’aire métropolitaine auraient
dû être transportés vers la décharge
de Truitier. Le SMCRS en est
incapable, malgré la disponibilité
d’environ 800 manœuvres
disséminés à travers les rues de
la capitale.
Des arriérés de paiement
Le SMCRS a été incapable
d’honorer ses engagements
salariaux auprès de son personnel.
Il en résulta deux semaines de grève
et de manifestation. Les arriérés de
paiement, affectant les cadres, les
travailleurs et les contractuels, sont
à l’origine du récent débrayage.
Selon les informations recueillies,
cet arrêt de travail a été observé
pendant 4 mois. Un membre
de l’administration du SMCRS
s’explique : « On manquait de
fonds.. Ce qui explique pourquoi
on ne pouvait honorer nos
engagements envers nos employés
pendant ces quatre derniers mois.
Finalement, on a pu trouver les
ressources qui nous ont permis
de payer trois mois d’arriérés de
salaire. Maintenant, il s’agit pour
le SMCRS de se mettre à jour avec
le personnel ».
Les activités ayant repris
timidement au SMCRS,mais tous
ne sont pas satisfais. Julsaint
Emond, un contractuel, s’est
retrouvé dans une situation encore
plus corsée.
Le SMCRS lui doit 6 mois de
travail. Il besognait comme
opérateur au Champ de Mars.
« Je travaille depuis 6 mois comme
opérateur pour le SMCRS. 6 mois
sans salaires. Je veux mon argent».
Des responsables du SMCRS
affirment qu’il n’y a pas un horaire
spécifique pour la collecte des
déchets. Le ramassage, informent-
ils, se fait en « temps utile »,
prioritairement dans « les zones où
les détritus ne peuvent pas rester
trop longtemps ».
Une approche improductive
Et pourtant, sans désemparer,
comme pour conjurer le mauvais
sort, le SMCRS accumule les
initiatives, les unes aussi stériles
que les autres. La première sera
baptisée « Opération coup-de-
poing ». Elle visera le centre-ville
de Port-au-Prince. « Opération
ville propre » suivra, pour une
meilleure collecte des détritus dans
l’aire métropolitaine. L’objectif
préalablement défini ne sera pas
atteint.
Imperturbable, comme pour
exorciser le malin, une autre
initiative voit le jour qui se
contentera de l’« enlèvement porte-
à-porte ». La méthode consiste,
selon les responsables du SMCRS,
à passer dans chaque zone à des
points fixes « pour simplifier le
travail des travailleurs ».
Peine perdue. Des détritus sont
enlevés, tant bien que mal, mais
ils sont vite remplacés. Le pro-
blème reste entier. Alors cette
structure spécifiquement métro-
politaine se cherche une exten-
sion de territoire dans le départe-
ment du Nord sous le nom de
« Branche du nord du “SMCRS »,
une entité « strictement autonome
» placée sous la tutelle de la direc-
tion générale du SMCRS. Dans les
autres communes, ses services de
voirie assurent la collecte des rési-
dus solides. Hormis ces incursions
dans les rues de certaines mairies,
le SMCRS prend l’initiative de la
constitution du … « syndicat » des
municipalités de l’Ouest. Les ser-
vices de voirie de huit communes
du pays sont désormais sous son
contrôle.
C’était prévisible
« (…) Il nous faut anticiper sur la
dégradation accélérée des autres
zones du pays et de les doter
dès aujourd’hui d’un mécanisme
performant de gestion des déchets
afin que les nouveaux pôles de
développement en construction
dans le Nord du pays et le long de
la frontière ne se retrouvent pas
confrontés aux mêmes aléas que
la région métropolitaine de Port-
au-Prince » avait en effet déclaré
l’ingénieur Jean Donald Paraison,
directeur général du SMCRS, lors
de la cérémonie d’ouverture d’un
Colloque national sur les résidus
solides le 3 mai 2012 à Port-au-
Prince.
Chose dite, chose faite. Parait-
il. Quoiqu’il en soit, le directeur
général du SMCRS état à l’époque
convaincu de l’importance de la
création d’un organisme regroupant
notamment les mairies, le Service
métropolitain de collecte des
résidus solides, le Ministère de la
santé publique et de la population
pour la gestion des résidus en
Haïti. « Ces institutions, avait-il
plaidé, auraient pour mission
d’édicter des règles de dispositions
des déchets pour les ménages, le
collecteur et le traiteur dans le
pays ».
Et il suggère l’élaboration d’un
code national de gestion des
déchets garantissant « une bonne
manutention des résidus en accord
avec les règles d’hygiènes et le
respect de l’environnement ».
Evidemment, il faudrait l’adoption
d’une loi spécifiant le regroupe-
ment des communes en vue
d’atténuer la rivalité existant entre
certaines mairies et certains dirige-
ants du SMCRS relative à la défini-
tion des champs de compétences
de chaque entité (AlterPresse
2012).
Mais le plus important reste
la question de solvabilité de
l’institution. Diverses contraintes
majeures sont liées à la gestion des
déchets, notamment un budget
nettement insuffisant.
COLLECTEETTRAITEMENTDESDÉCHETS
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 11
ÉCONOMIE
les créanciers veulent (encore)
plus de réformesSources : latribune.fr avec Reuters
GRÈCE
L'ONU promet près de 3,4 milliards
de dollars pour combattre Ebola
Sources : lesechos.fr
L
es ministres des Finances de la
zone euro ont donné à la Grèce
jusqu’à mercredi pour faire
voter des lois et des réformes,
condition préalable à l’ouverture de
négociations sur un nouveau plan
d’aide, a annoncé dimanche le min-
istre finlandais Alexander Stubb. Le
plan d’aide a été estimé entre 82 et
86 milliards d’euros.
Les partenaires européens de la
Grèce ont demandé dimanche
12 juillet au gouvernement grec
d’améliorer ses propositions de
réformes et de prouver sa bonne
foi en adoptant vite de premières
mesures, lors de la reprise des
négociations sur un troisième
plan d’aide. La France ainsi que
les experts des « institutions »
-Commission européenne, Banque
centrale européenne et Fonds
monétaire international- ont
donné un premier avis favorable
vendredi.
« Il y a une très bonne proposition
sur la table (...) mais qui a une
conditionnalité élevée, sur trois
points », a déclaré le ministre fin-
landais Alexander Stubb. Et de
détailler :
« Un, l’adoption de lois d’ici le 15
juillet. Deux, des conditions dures
sur par exemple les réformes du
marché du travail ou des retraites,
la TVA ou les impôts. Trois, des
mesures sévères aussi sur par
exemple les privatisations ».
Les ministres des Finances de la
zone euro ont donné à la Grèce
jusqu’à mercredi pour faire voter
des lois et des réformes, condition
préalable à l’ouverture de négocia-
tions sur un nouveau plan d’aide.
Plus de 80 milliards d’euros
d’aide
Un éventuel nouveau programme
d’aide à la Grèce est évalué entre
82 et 86 milliards d’euros, selon le
document final de l’Eurogroupe,
dont l’AFP a obtenu copie, et qui
va maintenant être examiné par
les chefs d’État et de gouverne-
ment, également réunis à Brux-
elles. « L’Eurogroupe prend note
du fait qu’un eventuel programme
aurait besoin de financements
compris entre 82 et 86 milliards
d’euros (...). L’Eurogroupe invite
les institutions (Commission euro-
péenne, FMI, BCE, ndlr) à explor-
er les possibilités de réduire cette
enveloppe » par la fiscalité ou les
privatisations, selon ce document.
Plus tôt dans la journée, le sommet
des chefs d’État et de gouverne-
ment de l’Union européenne a été
annulé afin de dégager l’agenda
des 19 dirigeants de la monnaie
unique.
Incertitude totale et manque
de confiance
De nombreux pays estiment que le
gouvernement du Premier minis-
tre Alexis Tsipras ne dispose pas
de la crédibilité nécessaire pour
enclencher le processus formel
d’un nouveau plan de sauvetage,
même si le parlement grec a
approuvé samedi un programme
de réforme proche de celui pro-
posé par les créanciers et rejeté
par référendum en Grèce.
« Le principal obstacle pour aller
de l’avant est le manque de confi-
ance », a déclaré à son arrivée à
l’Eurogroupe le ministre italien
des Finances, Pier Carlo Padoan.
Même au sein de la Commission
européenne, des avis divergents
s’expriment, entre optimisme et
pessimisme.
Dans ces conditions, les dirigeants
de la zone euro pourraient report-
er encore d’une semaine leur prise
de décision sur un nouveau plan
d’aide, laissant la Grèce, au bord
de l’effondrement économique et
financier, dans l’expectative.
De nombreuses questions restent
par ailleurs en suspens, comme le
montant de l’aide dont la Grèce
aura besoin pour faire la jonc-
tion entre ses besoins financiers
immédiats et l’adoption du nou-
veau plan, qui prendra au moins
quelques semaines .
Les dernières propositions du gouvernement grec sont pour l’heure loin d’être
Photo: REUTERS/Stringer/Pool
E
nviron 3,4 milliards de dol-
lars (trois milliards d’euros)
de promesses de dons ont été
faites vendredi aux Nations
unies pour aider le Liberia, la Sierra
Leone et la Guinée à se débarrasser
du virus Ebola et à reconstruire leurs
systèmes de santé.
Les Nations unies avaient chiffré à
3,2 milliards de dollars les besoins
des trois pays pour leurs plans de
reconstruction sur les deux années
à venir. Helen Clark, responsable
du Programme de développe-
ment des Nations unies (PNUD),
a précisé que les promesses de
vendredi portaient à plus de cinq
milliards de dollars le total des
sommes allouées pour l’instant,
ce qu’elle a décrit comme « un
grand départ». Les premiers cas
d’Ebola sont apparus en Guinée
en décembre 2013. L’épidémie de
fièvre hémorragique a fait plus
de 11.200 morts en Afrique de
l’Ouest. Le virus est réapparu au
Liberia la semaine dernière.
Le pays avait été déclaré libéré
du virus il y a près de deux mois.
La Guinée et la Sierra Leone sont
toujours aux prises avec le virus.
Les principales promesses de
dons viennent du Royaume-Uni
(381 millions de dollars), des
Etats-Unis (266 millions) et de
l’Allemagne (220 millions).
La Banque mondiale a promis
650 millions, l’Union européenne
500 millions d’euros, la Banque
africaine de développement 745
millions et la Banque islamique
de développement 360 millions.
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37 LUNDI 13 JUILLET 2015
ÉCONOMIE
TRANSPORTINTERNATIONAL
Panama / Nicaragua : bientôt un conflit de canaux ?
Sources : opinion-internationale.com
En juin dernier, des manifestations ont eu lieu à Juigalpa, dans le centre du Nicaragua, pour exiger l’arrêt du
chantier du canal du Nicaragua, qui a débuté le 22 décembre dernier. Ce projet de canal interocéanique suscite
de vifs désaccords et mécontentements au sein de la société nicaraguayenne.
C
ette réalisation, portée par le
groupe chinois HKND (Hong-
Kong Nicaragua Develop-
ment), viendrait porter
directement concurrence à celui du
Panama, achevé en 1914 mais qui
fait l’objet aujourd’hui de travaux
d’agrandissement, qui devraient
s’achever en 2016. Le projet d’un
canal au Nicaragua, suscite à l’heure
actuelle de vives protestations dans
la société civile nicaraguayenne. Ce
débat ne date pas d’hier puisqu’au
début du 19ème siècle, la question
de la construction d’un canal en
Amérique centrale se posait entre les
Américains et les Français.
Petit éclairage historique
C’est Napoléon III qui, le premier,
a l’idée de construire un canal
en Amérique centrale. En 1879,
un Congrès a lieu pour savoir où
ce dernier allait être construit.
Deux options s’offraient alors
: le Nicaragua et le Panama.
Les Américains le souhaitent
au Nicaragua tandis que les
Français, par l’intermédiaire de
Ferdinand de Lesseps, diplomate
et entrepreneur, ayant participé à
la construction du canal de Suez,
le veulent au Panama, pour avoir
un canal au niveau de la mer.
En 1880, les travaux du canal
commencent à Panama. Dès lors,
quelques problèmes techniques et
sanitaires se posent : difficultés
pour creuser la montagne, rivière
présentant des crues dont le niveau
peut varier de dix mètres lors d’une
averse, maladies qui commencent
à apparaître : fièvre jaune, malaria,
etc. Le projet de Lesseps s’avère
être un échec et les Américains,
qui défendaient le canal au
Nicaragua, se réjouissent de cet
insuccès. De 1890 à 1900, ils n’ont
eu de cesse d’élaborer des plans
pour ériger le canal au Nicaragua.
En 1902, ces derniers présentent
leur projet : le canal traverserait
le lac Nicaragua. Mais Philippe
Bunau-Varilla, ingénieur français,
met la pression sur les Etats-Unis
pour les convaincre de ne pas
construire le canal au Nicaragua.
Ses arguments? Le Nicaragua est
un pays sismique avec la présence
de la plaque tectonique caraïbe
à proximité. Pour lui, les travaux
du canal de Panama doivent être
poursuivis mais pas selon les plans
de Lesseps d’un canal au niveau de
la mer. Il défend la construction
d’un canal à écluses. En 1903, il
négocie le traité de Hay-Bunau-
Varilla, qui donne aux États-Unis
la concession du canal de Panama.
En 1914, la construction des deux
écluses du canal est achevée.
Chaque écluse peut laisser passer
des bateaux de 30 mètres de large
sur 300 mètres de long (format
Panamax). En 1999, les Etats-
Unis concèdent la propriété du
canal au Panama. Mais les écluses
de 1914 sont vieilles et limitent
le passage des bateaux, au seul
format Panamax, qui devient au
fil des ans un peu trop réducteur,
compte tenu de l’augmentation du
flux commercial international.
Alors que le canal du Panama
s’agrandit, un autre se
construit au Nicaragua
En 2006, la décision d’agran-
dissement du canal de Panama
est approuvée par référendum.
L’objectif est de modifier le
système d’écluses côté Pacifique et
Atlantique en créant une troisième
voie d’écluse, de 50 mètres sur 450,
qui viendrait en renfort des deux
déjà existantes et qui permettrait
de laisser circuler des bateaux
chargés de 12.000 conteneurs
chacun, contre 4.400 conteneurs
par bateau actuellement. Ces
écluses plus grandes seront
aussi plus économiques en eau
puisqu’elles compteront des
réservoirs d’eau. Les travaux
d’agrandissement, qui devaient
être terminés cette année (2015),
s’éternisent, notamment à cause
de plusieurs grèves d’ouvriers
qui exigent des augmentations de
salaires, en avril et mai 2014, et
qui ont freiné la bonne avancée de
l’ouvrage.
Parallèlement, le gouvernement
nicaraguayen, dirigé par Daniel
Ortega, annonce le 14 juin 2013
la construction d’un canal au
Nicaragua, suite à l’approbation,
par le Parlement nicaraguayen,
de la proposition portée par le
consortium chinois HKND (Hong-
Kong Nicaragua Development).
La concession, d’une durée
renouvelable de cinquante ans, est
accordée au groupe chinois pour la
construction, le développement et
la gestion du canal, d’une longueur
prévue de 280 km pour un coût
total estimé à 50 milliards de
dollars. Son dirigeant, M. Wang
Jing, aurait fait fortune dans les
télécommunications et sa fortune
personnelle s’établirait, selon
Forbes, à 9 millions de dollars.
Le projet du canal au
Nicaragua fait-il un flop ?
A la signature du contrat en juin
2013, cependant, le trajet du canal
n’est même pas défini, parmi cinq
ou six possibles. Puis entre 2013
et 2014, les plans ne cessent de
changer : d’abord le gouvernement
nicaraguayen et HKND retiennent
un tracé qui part de Brito, au sud-
ouest du pays, pour prendre fin à
Venado Island (sud-est du pays,
route 3 sur la carte ci-dessus).
Mais cet itinéraire présente un
problème majeur : le lac du
Nicaragua se situe dans une vallée
encaissée et les écluses prévues
se trouveraient trop en amont par
rapport au lac, ce seraient donc
elles qui alimenteraient le lac en
eau au lieu d’être fournies en eau
par ce dernier !
Non viable, ce plan est abandonné,
et le 8 juillet 2014, c’est finalement
la route 4 (carte ci-dessus) qui est
sélectionnée : le point de départ
reste inchangé : ce sera Brito. De
là, il est prévu de traverser le lac,
de creuser la montagne et de sortir
par un système d’écluses à Punta
Gorda, en créant un lac artificiel.
Un peu plus d’un an plus tard, le
22 décembre 2014, les travaux
de ce nouveau canal d’Amérique
centrale débutent.
Mais les difficultés rencontrées
sont nombreuses et de différente
nature : le lac du Nicaragua ne
fait que dix mètres de profondeur,
ce qui est très juste pour y faire
naviguer, dans le futur, de gros
bateaux chargés de conteneurs.
Ensuite, les volumes d’excavation
sont énormes : il faudrait
creuser de 200 mètres sur 80
ou 100 kilomètres (l’ensemble
des excavations du canal de
Panama est de 550 millions de
mètres cube. Or, pour le canal du
Nicaragua, elles seraient égales à
cinq milliards cinq-cent millions,
soit dix fois plus qu’au Panama).
S’ajoutent aussi des considérations
écologiques : la qualité de l’eau
des réserves hydrauliques pourrait
se dégrader sérieusement et
les terrains agricoles pâtir d’un
manque d’eau (celle-ci étant
utilisée, dans sa plus grande partie,
pour le fonctionnement du canal).
La sismicité du pays et d’éventuels
dysfonctionnements d’exploitation
sont aussi pointés du doigt.
De sérieuses menaces
d’expropriation
Depuis le début des travaux, HKND
a mené plusieurs prospections de
terrain dans les lieux affectés par
la construction du canal, menaçant
d’expropriation plusieurs habitants
et notamment des paysans. Une loi
relative au canal, connue comme
la loi 840, a même été votée
et établit dans son article 12 :
« l’expropriation de toute propriété
que le concessionnaire Wang Jing
juge utile pour le développement
du projet ».
Genaro Bustos García habite à
Río Grande, un petit village près
de Brito, et se trouve directement
sous menace d’expropriation. « Les
Chinois sont venus il y a quelques
mois pour prendre des mesures de
ma maison. J’avais entendu parler
du canal depuis plusieurs années
mais il ne s’était jamais passé
cela, que ce soient des Chinois qui
veulent s’approprier le Nicaragua.
Chacun est habitué à vivre où il
est né, comment va-t-il aller dans
un autre endroit ? Personne n’est
d’accord sur le tracé de ce projet
et je serais une des nombreuses
personnes affectées directement
par ce canal, ici à Río Grande ».
Comme lui, la majorité de la
population nicaraguayenne est
opposée à cette réalisation, ainsi
que le montrent les récentes
manifestations à Juigalpa, dans
le centre du pays, où des milliers
de Nicaraguayens sont descendus
dans les rues pour dire stop
à la construction de ce canal
interocéanique.
D’autant plus que le projet s’avère
être de plus grande ampleur que la
construction d’un canal, puisque
HKND prévoit aussi d’autres sous-
projets associés : deux ports, une
zone de libre-échange commercial,
des stations de vacances, un
aéroport, plusieurs routes, une
centrale électrique, une usine de
ciment, une autre de sidérurgie
ainsi que d’autres infrastructures
connexes pour « assurer la finition
réussie du canal d’ici cinq ans ».
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
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37 LUNDI 13 JUILLET 2015
SOCIÉTÉ
«
Aujourd’hui, en Haïti, il y a
plus de putes dans les rues que
d’élèves dans les écoles », lâche
froidement un homme frisant
la quarantaine. On les rencontre
partout, ces jeunes femmes qui se
voient obligées de se prostituer pour
gagner leur vie. Elles offrent leur
corps, leur sexe à un homme. En
retour, elles reçoivent de l’argent. La
majeure partie d’entre elles peuvent
avoir entre 18 à 28 ans. On ne les
rencontre pas sur les trottoirs. Elles
sont dans les boîtes de nuit, les
restaurants dansant. Elles sont des
serveuses. Dans ces espaces qui,
parfois, se prolongent sur les trottoirs,
elles sont présentes. Leur mission
est d’attirer des clients, les inviter à
fréquenter le bar, boire de la bière,
danser et finir la nuit dans un motel.
Cependant, ces femmes ne pensent
pas qu’elles se prostituent.
Elle s’appelle Katia (nom
d’emprunt). Cette jeune femme
belle, élégante a un corps de rêve.
Elle habite à Delmas 65 à l’intérieur.
Les après- midi, elle doit se faire
belle et désirable avant de se rendre
au petit resto-dansant qui se trouve
à proximité de Delmas 43.
C’est dans cette boite que travaille
cette jeune femme de 23 ans depuis
le mois de novembre 2014. Elle
n’a pas d’enfant. Sa mère fait le
commerce du charbon de bois. Son
père est mort quant elle a eu quinze
ans. Un jour, une amie lui a proposé
de travailler dans un resto-dansant.
Elle a accepté. Depuis, Katia est
serveuse dans cette boite. Sa
principale mission est d’inviter les
clients à consommer davantage. Le
sourire et l’accueil qu’elle réserve à
ceux qui fréquentent le bar est une
invitation à consommer plus que
de raison.
« La bière se vend ici à 50 gourdes.
Sur chaque bouteille vendue, je
gagne cinq gourdes. À la fin du
mois, le patron les comptabilise.
En fin de compte, mon salaire peut
varier entre 1000 et 2500 gourdes.
C’est peu ! Mais, je me débrouille
avec », raconte la jeune femme avec
une facilité d’expression.
Certaines fois, Katia rencontre des
clientsmasculinsquil’invitentàleur
table, question de siroter quelques
bières ensemble, faciliter l’accès à
une danse en toute intimité dans
un coin du bar aménagé à cet effet.
Un coin où l’on ne peut même pas
voir les yeux de la cavalière, où le
corps à corps devient un hymne à la
jouissance. Une entrée en matière.
Les prémices ! Fort souvent, c’est au
cours de cette danse qu’ils arrivent
à bâtir de petits projets pour la nuit.
Mais, une fois que le client devient
un habitué de la boîte, ce n’est
plus la peine de suivre toutes ces
étapes. Un coup de téléphone suffit
et la jeune femme peut retrouver
son complice à un autre point de
rencontre.
Katia, quant à elle, semble avoir un
seul discours pour tous les jeunes
hommes qui mordent à l’hameçon
et qui n’ont pas peur de dire les
choses comme elles sont. « Je ne
suis pas une marchandise », se
contente-t-elle de dire gentiment
sans les envoyer promener pour
autant. C’est peut-être pour elle
une technique pour changer ou
modifier la perception que les gars
pouvaient avoir d’elle à première
vue. Pourtant, elle est prête à tout. Il
revient à ses clients, des gentlemen,
de savoir quoi faire d’elle pour la
nuit.
« Tous les hommes, qui fréquentent
cette boîte, ont tendance à me
considérer comme une pute. Je
ne le suis pas. Je n’aime pas les
hommes qui me considèrent
comme un objet de plaisir. Cela peut
arriver qu’un homme me plaise et
m’invite à me plier à ses caprices.
Dépendamment de sa générosité,
il peut me donner 250 ou 500
gourdes le lendemain. Il m’arrive
de recevoir un « Hyppolite » aussi.
Ainsi, je vois claire ma journée »,
confie Katia ouvertement.
Le temps d’un échange de 30
minutes, cette serveuse a déjà grillé
une dizaine de cigarettes et bu six
bières. Alors que, d’après Katia, les
autres filles du bar font du va-et-
vient, accueillent d’autres clients
qui arrivent, font le contrôle avec
leur patron.
À environ deux minutes de marche,
un autre espace, en plein air, est
ouvert. Une paire de speakers «
low vega » propulse des centaines
de décibels. Dans cet espace, se
trouvent, en grande partie, des
femmes qui portent des uniformes.
Des fois, elles portent du jaune et
blanc et/ou du rouge et blanc. Cela
dépendra du jour de la semaine.
C’est là que travaille Sandra depuis
trois mois. Elle n’a pas froid aux
yeux. « Je sais pourquoi je suis
venue ici. C’est mon travail. Plus il
y a d’hommes, plus c’est avantageux
pour moi. Je reçois des pourboires
et d’intéressantes propositions. Je
dois vivre et prendre soin de mes
deux filles », martèle cette jeune
femme frisant la vingtaine dans un
éclat de rire complice.
Ils sont majoritairement des
hommes, de tout âge, à fréquenter
ces types d’endroit. Bon nombre
d’entre eux sont mariés, divorcés,
pères de famille qui fuient la
monotonie de la vie de couple.
Certains viennent pour se défouler,
vider les frustrations de la journée.
D’ordinaire, fidèles à ce rendez-
vous, ils viennent vers dix heures
du soir. « Dans ces boîtes, on ne
vient pas avec sa nana. Se denye le
a mwen vin fè la, bwè yon ti gwog
epi pran yon ti plezi san pesonn pa
deranje m. Si je ne fréquentais pas
ces espaces, j’aurais déjà perdu les
pédales », raconte un homme à qui
on a demandé les nouvelles de sa
femme.
Le propriétaire du premier
restaurant, quant à lui, avoue qu’il
recrute des serveuses. Mais, précise-
t-il, il faut qu’elles soient jeunes et
belles. « Sinon nous n’aurons pas de
clients », explique-t-il sous couvert
de l’anonymat. Il a, par ailleurs, fait
savoir que les hommes fréquentent
l’espace parce que les filles sont
très courtoises et accueillantes.
« Nous leur faisons cette exigence
», explique-t-il. « Cependant, nous
n’avons pas le droit de leur dire
quoi faire de leur vie et leurs corps.
Il suffit qu’elles respectent notre
entente », arguant le propriétaire
du resto-dansant.
Ces types d’espace pullulent à
travers toutes les rues de la capitale.
On les trouve à Carrefour, à Pétion-
ville, à Canapé-vert à Clercine et à la
Grand-Rue. Sur la route de Delmas,
ils sont légion. Du haut au bas
Delmas, sur les bords des trottoirs,
on les retrouve. Les serveuses, dans
ces boîtes, outre leur beauté, leur
charme et leur élégance, ont la
misère en commun ; le quotidien à
assurer ; un parent qui ne peut pas
répondre à leurs besoins primaires
; un enfant qu’elles élèvent seules et
à qui elles doivent donner quelque
chose à manger à son réveil.
En outre, elles pratiquent le
mysticisme pour s’attirer plus de
clients. Une tendance qui, selon
Katia, les porte à la violence entre
elles. Quand cela arrive, explique
le propriétaire du premier resto-
dansant rencontré, je les renvoie.
« Ca ternie l’image de ma boîte »,
déclare-t-il.
Serveuses, boîtes de nuit et prostitution !par Joe Antoine Jn-Baptiste
HAÏTISOCIÉTÉ/PROSTITUTION/BOITESDENUIT
Les boîtes de nuit poussent comme des champignons dans le pays. Avec elles, une autre forme de prostitution
s’installe. Des jeunes femmes, belles et élégantes y travaillent comme serveuses. À la tombée de la nuit, elles
deviennent la proie des mâles en flamme. Elles peuvent passer la nuit ou vivre un « moment » avec eux. C’est pour
elle une façon d’assurer leur quotidien et de ne pas crever de faim. Une pratique qui, de jour en jour, prend de
l’ampleur dans le pays.
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 15
SOCIÉTÉ
«
Quel est le plus grand
supermarché de la capitale ?
». Certains ont dû, au moins
pour une fois, entendre cette
question. Selon les gens, la réponse
est bien « Croix des Bossales ».
« C’est le seul endroit à Port-au-Prince
où l’on peut trouver tout ce que l’on
veut ». Des produits cosmétiques.
Des produits alimentaires. Et aussi
des vêtements. Toutes sortes de
vêtements. Pour toutes les occasions.
Une visite à « sou pay » en convaincra
quiconque.
Cette partie de « Croix des
Bossales » est faite exclusivement
pour le commerce des fripes.
Sous des prélarts ou des toiles
étendues attachées à des pieux
pour contrecarrer le soleil, sous des
galeries de dépôts…les marchands
(hommes et femmes) étalent leurs
commerces, attendant que le bon
Dieu ou les « Ginen » fassent le
miracle du jour : leur offrir une
bonne vente. Leurs piles de «
pèpè » bien étalées devant eux,
ils attendent les acheteurs. Ces
derniers ne peuvent même pas
circuler avec aisance au marché.
La très grande quantité de gens
qui côtoient ces lieux, rend difficile
toute circulation.
Comme le nom du marché le
précise, beaucoup de commerçants
déposent leurs marchandises sur
d’immenses montagnes de déchets
existant de part et d’autre. Devant
chaque marchand(e), les « pèpè »
s’arrangent suivant leurs prix. Les
plus chers sont étendus de sorte
que tout le monde les aperçoive.
Les moins chers sont empilés par
terre sur un morceau de toile.
D’autres, encore moins chers, sont
liquidés par les marchands. « 25
goud ou mete, 25 goud ou mete »,
entend-t’on. Ou bien : « triye pou 10
goud ». Ou encore : « ak cinq goud
ou abiye, vin bese triye ». Ou mieux,
avec un peu d’humour : « se tisina
m ye m pa konn fè komès, m bay
yo a cinq goud ».
Une marchande explique pourquoi
les gens fréquentent tant ce marché
: « peyi a pa gen kòb, kòm isi a nou
pa nan kenbe pri, tout moun vin la
a ». Et pourtant, cette zone serait
très dangereuse. « Depi yon moun
frape avè m, mwen panse m pèdi
kòb mwen, epi se lèm kite mache a
m anpè », proteste un jeune garçon
qui vient s’acheter ses « swag » à «
sou pay ».
Des revendeurs viennent également
acheter à « sou pay ». Ils achètent
les vêtements pour ensuite les
refermer avant d’aller les distribuer
dans tous les « marchés-trottoirs
» de la capitale. Ils ne paient pas
beaucoup pour cela. « Kòm mwen
achte an gwo, mwen ka achte kèk
mayo oubyen chemiz deux pou
cinq goud aprè sam bay fèmen yo
a 10 oubyen 15 goud », raconte un
revendeur. Il vend ses vêtements
près du stade Silvio Cator.
Black est l’un des couturiers de la
cité des fripes de « Sou pay ». Il
est dans ce métier depuis plusieurs
années. « Moun yo renmen
travay nan menm paske m koul »,
explique-il. Il connait le gout de
tous les jeunes, surtout en matière
de skinny. « Depi tijèn lan parèt
m gentan konn kijan l’ap renmen
poum fèmen rad la pou li », ajoute-
il. Il pourrait travailler chez lui,
mais il préfère se rendre à « sou pay
». Bien qu’il y ait plusieurs dizaines
d’autres tailleurs en ce lieu. « Chak
moun gen kliyan pa yo », explique-
t-il.
À regarder le flot de personnes qui
viennent acheter des vêtements
à « sou pay » chaque jour, l’on
peut s’inquiéter : comment
considérer un peuple qui s’oublie
à se vêtir de restes à ce niveau ?
Pourquoi utilise-t-on à ce point les
vêtements importés en Haïti ?
Quelle est, in fine, la valeur d’un
peuple qui se vêtit dans la poubelle
des étrangers ?
« Sou pay » : la cité des « pèpè »par Ritzamarum Zétrenne
HAÏTI/COMMERCEINFORMEL
« Sou pay » représente le lieu de la région métropolitaine où le commerce des fripes est le plus actif. C’est un lieu
très fréquenté par les acheteurs qui y trouvent des vêtements à des prix dérisoires et mieux qu’ailleurs. Toutefois,
cette affluence de gens vers cet endroit, trahirait, entre autres, un état pathétique et misérable du peuple haïtien
qui vit de restes.
Des marchands qui exposent leurs produits à la Saline.
«
Jereçoisaumoinsunecentaine
de « j’aime » pour chaque « pic
» que je poste sur mon mur.
Je ne suis pas Rihana, mais je
sens que je suis belle grâce à cela »,
avoue Katia (nom d’emprunt). Elle
est âgée de 16 ans. Elle s’est inscrite
sur Facebook sous le conseil de ses
amies. Elle en est ravie, car grâce à
ce « réseau social », elle peut dissiper
ses moments de chagrin.
À questionner le psychologue
Abraham Maslow, sur les raisons
portant les jeunes à affluer vers les
réseaux sociaux, il nous répond-
rait assurément comme suit : les
besoins humains sont divisés en
cinq catégories hiérarchisées : les
besoins physiologiques comme
besoin de base ; le besoin de sécu-
rité ; et les besoins sociaux répartis
en besoin d’appartenance, besoin
d’estime de soi et enfin besoin
d’accomplissement de soi. Maslow
définit le besoin d’estime de soi
comme celui de sentir que l’on est
une personne compétente et utile
qui mérite le respect des autres.
Cela dit, tout en se basant sur la
pyramide des besoins de Maslow,
l’on comprend que l’insatisfaction
de ce besoin (le besoin d’estime
de soi), empêchera l’individu
d’atteindre son accomplissement
personnel.
Aussi y a-t-il ce vide ressenti par
l’individu, lorsqu’un besoin n’est
pas satisfait, qu’il cherche, à tout
prix, à combler. L’affluence sur les
réseaux sociaux serait donc une
quête de satisfaction à ce besoin.
Un autre jeune raconte : « quand
je poste une photo, je n’attends
qu’une chose : des « j’aime ».
Je reste connecté jusqu’à ce que je
commence à trouver ces « j’aime »».
C’est un jeune adolescent. S’il
reçoit les « j’aime » qu’il cherche,
il est en paix. Mais quand il n’y a
pas de « j’aime » : « je me sens
toujours mal quand on n’aime pas
l’un de mes pics. C’est comme dire
que je suis moche », ajoute-t-il d’un
sérieux indubitable.
Les « like » « facebookiens », ou
d’Instagram, n’ont pas toujours le
même poids pour la personne «
likée ». Katia nous en dit plus : «
s’il n’y a que mes proches à aimer
ma photo. Cela me parait insignifi-
ant ». Mais si ce sont des ami(e) s
qui ne sont que virtuels, le geste
compte beaucoup. Par ailleurs, le
poids de ces « likes » dépend égale-
ment, apparemment, du sexe. Notre
jeune adolescent nous a expliqué : «
ça ne me sert à rien que l’un de mes
potes aiment ma photo. J’aime les
« like » provenant des filles ». Katia
ne voit pas les choses autrement.
« Je préfère que des garçons aiment
mes pics », exprime la fillette. Donc,
un « like » a plus de force quand il
vient d’un ami du sexe opposé.
Ils visitent Facebook chaque jour.
Ils postent des photos, des statuts…
ils cherchent, ainsi, des « j’aime ».
Car, selon Aaron Bleiberg et Harry
Leubling, on est ce qu’on pense que
les autres pensent de nous : « je ne
suis pas ce que je pense être. Je ne
suis pas ce que vous pensez que je
suis. Je suis ce que je pense que
vous pensez de moi ».
« Likez-moi et je m'estimerai »par Ritzamarum ZETRENNE
HAÏTISOCIÉTÉ/RÉSEAUSOCIAUX
De nos jours, les jeunes sont très présents sur les réseaux sociaux. Ils partagent chaque moment de leur vie avec
des amis virtuels de qui ils attendent un « j’aime » ou un « commentaire ». La montée du web social ou web 2.0,
apparemment, crée un carrefour où tout le monde cherche de l’estime personnelle. Et on en trouve, on dirait.
16 | N0
37 LUNDI 13 JUILLET 2015
SOCIÉTÉ
D
epuis le mois de novem-
bre 2014, dans une cor-
respondance, les étudiants
finissants de la faculté
d’Ethnologie ont formulé une requête
au décanat en vue de placer leur
demande de stage. Ils ont également
exigé la publication des dispositions
normatives ayant créé cette faculté en
1942. Dispositions qui prévoyaient
un stage obligatoire à la fin du cycle
d’études. Une pétition a été écrite et
signée par environ 500 étudiants et
soumise au rectorat de l’université
d’État d’Haïti, à la Primature. Objectif
de cette pétition : forcer le décanat
à agréer leur demande. « Toutes les
démarches n’ont eu aucune suite
favorable », ont expliqué les protesta-
taires. Fort de cela, ils ont dû, dans un
premier temps, organiser un sit-in en
mars 2015. Après le sit-in et au cours
d’une rencontre entre les protesta-
taires et les responsables de la faculté,
en mars 2015, il a été convenu que les
étudiants pouvaient « immatriculer »
pour le cours de stage. Une autre ren-
contre devrait suivre pour finaliser
le processus. Les responsables ne se
sont pas présentés. Après deux mois
d’attente, les étudiants ont repris leur
mouvement de protestation, ce lundi
6 juillet 2015.
Leur mouvement suit un rythme
progressif. Certains étudiants ont
siégé dans les locaux de la faculté.
Du lundi à jeudi, ils ont procédé
successivement à la fermeture du
bâtiment logeant la bibliothèque,
du bureau du doyen, de la barrière
donnant accès à la cour de la
faculté et aussi, à le fermeture de
l’immeuble logeant l’administration
de le faculté. Selon l’un des
initiateurs, ce mouvement ne
prendra fin que si les revendications
seront satisfaites.
Suite à cette phase de radicalisation
qui semble provoquer l’inquiétude
du personnel administratif, un
responsable a été nommé en vue
de permettre à deux cents étudiants
finissants de réaliser leur stage. Et
la mise en place d’un processus de
dialogue a été annoncée afin de
faciliter la reprise des cours et le
fonctionnement de la faculté.
Selon les déclarations de certains
étudiants, leur revendication est
légitime. Ils ont par ailleurs fait
savoir que les ressources humaines
formées dans les différentes entités
de l’UEH ne sont jamais mises au
service de la population qui finance
leurs études. Ils croient que, face à
la violence scolaire, la prostitution
scolaire, l’alcoolisme et les autres
formes de déviance scolaire, les
étudiants finissants pourraient
mieux remplir la fonction de
l’édupol.
D’autres qui ne cachaient pas leurs
inquiétudes et leur colère croient
que les autorités auraient du
mettre sur pied un plan de stage
opérationnel et permanent pour les
étudiants finissants de toutes les
entités de l’UEH.
Ce qui aurait pu rendre effective la
fonction sociale de cette institution
d’enseignement universitaire.
« L’admission à l’UEH doit
nécessaire s’achever à la fin du
cycle d’étude par l’insertion des
étudiants sur le marché de l’emploi
», affirmait un étudiant qui pensent
que ses camarades universitaires
sont des potentielles victimes de
la marginalisation et de l’exclusion
de la société pour laquelle ils
sont formés. S’ils n’arrivent pas
à respecter leur de devoir de
redevance, ont-ils laissé entendre,
c’est parce qu’aucune politique
d’intégration n’a jamais été pensée
par les autorités étatiques.
Les protestataires prévoient
de médiatiser, sous peu, leur
mouvement pour inviter toutes
les couches de la population à
sympathiser à leur sort, si les
responsables tardent à satisfaire
leurs revendications. « Si l’on
ne peut pas prévoir l’issue de ce
mouvement revendicatif, nous
devons quand même espérer qu’une
suite favorable à tous, sera envisagé
dans le plus bref délai », ont-ils fait
savoir.
Nouveau vent de revendication
à la faculté d'Ethnologiepar CHERISCLER Evens
HAÏTISOCIÉTÉ/REVENDICATION/UEH
Après la grève du 20 mai du personnel administratif qui a paralysé les différentes entités de l’université d’État
d’Haïti et qui a pris fin sans que les revendications n’aient été satisfaites, des étudiants de la faculté d’Ethnologie
ont repris, le lundi 16 juillet 2015, un mouvement de protestation qu’ils ont entamé depuis novembre 2014 et
dont l’issue reste imprévisible.
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 17
18 | N0
37 LUNDI 13 JUILLET 2015
CULTURE
Festival Libérez la parolePar Carl-Henry PIERRE
6
h 45 p. m., 11 juillet 2015.
On est au centre PEN- Haïti
ou la maison des Écrivains.
La quatrième Edition du Fes-
tival « Libérez la parole », en hom-
mage au journaliste Jean Dominique,
s’apprête à débuter. À Thomassin,
rue souvenir, il fait froid. Au lieu du
festival, tout est éclats de rire, petits
câlins, poignées de main et embras-
sades. Tout est partage de parole. La
familiarité est patente et le tête-à-tête
ne dit pas encore son nom. Les gens
parlent entre eux comme si parler
leur était le dernier des actes face à
la mort.
L’atmosphère est d’une spéciale
commodité. Les musiques qu’on
passe : racine, rap français, jazz,
etc, ne dépassent pas le décibel.
J’ai vu des récupérations, des
fleurs de toutes les couleurs, des
peintures dont je constate une en
face de moi qui, apparemment, est
de type Basquiat.
Les trempées : rouges passions,
randonnées, nuit blanche, che-
mins acides et filles d’Anjouan,
vous disent : « Buvez-moi sans
modération aucune. » Les lumières
au creux des fleurs font penser à
un certain clair-obscur, et là où
on est, après avoir escaladé les
neuf marches de l’escalier, on n’a
l’impression que le ciel n’est pas
loin.
L’écrivain Jean-Euphèle Milcé,
responsable du centre PEN-Haïti,
est le premier à toucher le micro.
Il fait brièvement l’inventaire du
festival, parle d’une vingtaine
d’écrivains d’ici ou d’ailleurs qui
gagneront le kiosque de cette
activité de liberté de parole.
Le quota des livres de publication
en créole. Le côté assez spécial et
protocolaire de l’activité. Il cite
certaines villes de province, telles
que les Cayes, Jacmel, Gonaïves
et Petit-Goâve, qui auront à libérer
les mots.
On est le 11 juillet 2015 et, un
jour avant, c’était la décennie
du kidnapping du journaliste
Jacques Roche, le 10 juillet 2005,
qui allait occasionner sa mort le
15 juillet de la même année. Milcé
invite le slameur Tondreau dans
un slam qui s’intitule « Bienvenue
». Dans cette parole slameuse, il
dit être celui qui invoquera les
quatre saisons pour en avoir de
la raison. Le slam pour lui est l’art
des sentiments qui brillent dans
notre pensée.
Et l’écrivain René Philoctète, mort
depuis deux décennies, était aussi
au rendez-vous avec la voix du
poète Coutechève Lavoie Aupont,
déclamant son poème titré «
Térophagie ».
Quand Jean Dominique se fait
témoignage
Jean Dominique était une per-
sonne connue, a dit Jean-Euphèle.
Sur ces bouts de mots, il invite
monsieur Roody ÉDMÉ à témoign-
er. Ce dernier a été au bureau du
journaliste, pas longtemps avant
sa mort. Jean n’avait jamais peur
de la mort, a-t-il déclaré.
Mais il avait plutôt peur de la
mort des siens. Il refusait qu’on
lui dise comment se comporter,
car il n’était plus un petit garçon.
Monsieur Roody ÉDMÉE termine
pour dire que Jean Dominique
était générosité jusqu’à la mort.
« J’ai aimé Jean Léopold Domi-
nique. Je l’ai rencontré en 1991,
après le retour d’Aristide », a
témoigné l’écrivaine Emmelie
Prophète. Il était rentré en Haïti
pour mettre sur pied la Radio
Haïti-Inter. J’avais émission
deux fois par semaine, samedi et
dimanche. Il aimait ma voix et
m’appelait après chaque émission.
On échangeait des idées.
C’est ainsi que j’ai remarqué qu’on
aimait les mêmes choses : la litté-
rature, l’opéra… Notre amour pour
Marcel Proust, Daniel Pennac,
Maria Callas.
J’ai fait référence à tout ça dans
mon Roman intitulé « Le reste du
temps » J’ai aimé de bout en bout
son éditorial.
J’aime les gens qui dérangent,
et jean Dominique était une per-
sonne qui dérangeait. Une per-
sonne emblématique. C’était un
travailleur de la plume.
Le festival est d’un super
menu
De ce samedi 11 juillet au diman-
che 19, tout le festival « Libérez
la parole » est d’un super menu.
Il sera question de spectacles, de
projections comme « Le règne de
l’impunité, Jacques Roumain ou
la passion d’un pays », des con-
férences sur des thèmes variés,
par exemple, « la dictature et ses
mémoires, la banalité du mal, le
pouvoir de la censure ».
Le paradis, c’est avec les
autres
« Le bonheur, c’est ici où l’on est,
l’enfer c’est ailleurs, et le paradis
c’est avec les autres. » « Perdre
son chemin, c’est l’occasion
d’emprunter un autre. » Autant
de phrases qui sonnent comme
un grelot d’or et qui vous frap-
pent le tympan dans le spectacle
de slam animé par l’exemplaire
slameur de Béo Montaeu et Chebi,
qui gratte la guitare avec efferves-
cence.
Leurs voix s’accordent pour
donner un spectacle où la parole
habite tout un espace. Il était au
moins six slameurs, pour tuer le
temps de silence, à poser leur
grain de paroles. Et le public,
joyeux comme il n’est pas possible
de l’être, était en ébullition. Onze
heures sonnent déjà, ça dansait
encore dans le lieu.
Dans le salon du centre, j’aperçois
un petit spectacle de troubadour.
Tout un cocktail de plaisir. Pour
Béo Monteau, le slam permet un
meilleur rapport de l’homme à
l’homme et au monde, par où on
sort notre malaise d’être...
C’était une belle manière de dé-
buter ce festival qui fait vœu de
libérer la parole et la danse de la
censure.
La quatrième Edition du Festival « Libérez la parole », en hommage au
journaliste Jean Dominique
Il faut savoir le direPar Marie-Bénédicte Loze
C
haque jour, le même défilé
reprend. Chaque jour,
chaussées de sandales qui
leur tiennent à peine aux
pieds, elles y vont. Chaque jour, sous
le soleil déjà ou encore brûlant, elles
s’y rendent. Armées de « bokits », elles
parcourent parfois plusieurs kilo-
mètres. Puis il faut pomper. Pomper
jusqu’à obtenir la quantité limite.
La quantité limitée par le volume
des contenants qu’il va falloir
porter. Porter car il n’y aucune
autre possibilité. Et c’est dans la
douleur qu’il va falloir le faire.
Dans la douleur, car le précieux
liquide pèse lourd.
Très lourd. Mais il n’y a pour elles
aucune autre option. Il faut y aller.
Depuis qu’elles sont enfants, les
tâches sont ainsi instituées.
Et puis, après tout, c’est normal.
Tout les prédestinait à cela. Oui,
tout ! Leur morphologie surtout.
Dotées de muscles et de forces,
pleines de puissance, ce rôle ne
pouvait que leur incomber.
Une telle répartition ne pouvait
être que juste. Oui, il est juste que
ce soient les femmes qui, chaque
jour, se rendent au puits. Et qu’à
bout de bras ou sur leur tête, elles
portent des litres et des litres. Des
litres d’eau même pas potable.
Oui, tout cela est normal.
D’autant plus que les hommes les
aident dans cette tâche en… atten-
dant à la maison.
Parfois, toutefois, mais assez
rarement, avec grandeur d’âme,
certains leur viennent en aide et
portent des « bokits » qu’un enfant
de dix ans pourrait soulever. Mais
après tout, c’est normal. Les
hommes ne font que respecter
l’équilibre des forces que la nature
a institué.
LUNDI 13 JUILLET 2015 N0
37 | 19
CULTURE
J'ai comme un gland dans la têtePar Dangelo Neard (notre envoyé spécial en Europe)
Il faut six acteurs sur scène pour que 250 personnes aient la tête changée en gland, en fou rire et en lieu de
crimes. Nous sommes à Paris au théâtre des Mathurins et tout ce qu’il y a comme possibilité scénique passe par
des stratagèmes et des jeux d’acteurs qui invitent le public à tenir rôle dans un théâtre d’enquête policière.
2
1 h, au 9e
arrondissement de
Paris, sous un temps dégagé et
clair, le soleil cède tranquille-
ment le pas aux tentacules de
la nuit. À un jet de pierre des grands
magasins galeries Lafayette et Le
Printemps, dans le hall d’entrée du
théâtre des Mathurins ça grouille de
monde, ça bavarde, ça s’embrasse et
ça appelle des amis pour leur dire que
ça commence bientôt et qu’il faut se
hâter d’arriver. Et qu’est-ce qui com-
mence bientôt ? Dernier coup de cis-
eaux. Écrite en 1963 par l’auteur
allemand Paul Pörtner, la pièce
est au fait une comédie policière
interactive. Depuis trente ans
qu’on joue cette pièce, quelque
neuf millions de spectateurs se
sont prêtés à son jeu.
Et là, il faut bien le dire comme
ça, il y a du jeu. Sur scène, il y
a un crime qui est commis. La
concertiste Isabelle Zerzni est
assassinée. Il s’agit de trouver
parmi les comédiens sur scène
qui a usé de ses ciseaux pour
prendre la vie de la vieille femme.
Et comment l’inspecteur de police
procède pour reconstituer les faits
? Il interroge le public. Mais il faut
bien parler et faire montre d’un
esprit logique.
Pour la moindre bourde dans
son intervention, on peut être
rembarré par notre inspecteur
qui vit mal ses frustrations
personnelles. Et tout le monde y
passe. Les enfants, les vieux, tout
le monde devient comédien.
L’inspecteur, dans son élan, peut
carrément vous mettre des gouttes
de sa bouteille d’eau au visage. On
dira que c’est par inadvertance. Et
c’est charmant. Ça nous sort de
notre confort de spectateurs.
Et tout ceci fait de Dernier coup
de ciseaux une pièce originale. La
démarche dramaturgique change
carrément notre idée du théâtre
et qu’est-ce qu’on rit ! On rit de
tout son corps. La pièce tourne
en dérision les politiques français,
mobilise de beaux tours d’esprit,
des binettes et joue sur les clichés
de la culture française.
Le personnage homosexuel aura
appuyé fort sur la pédale. Il a
mis un bisou droit sur la bouche
de l’inspecteur. Oupsss ! Il
s’est quand même excusé. Il ne
pouvait pas se retenir. Policier ou
pas, l’inspecteur a ses zones de
charmes.
À un moment, quand il s’agit de
sortir du grand raisonnement les
personnages se regardent et ce
qu’on entend c’est : « J’ai comme
un gland dans la tête. » Dans la
foulée, une vieille dame assise
au premier rang s’est carrément
vue traiter de « cochonne » par
l’inspecteur qui mène l’enquête
criminelle. C’était chaud. Il ne
faut pas regarder la braguette d’un
comédien.
Et cette pièce, on ne peut pas
arrêter de la regarder, à chaque
spectacle, la perspective de
culpabilité change et c’est le
public, comme grand comédien,
qui vote pour désigner le coupable.
Si vous passez à Paris pendant
l’été, offrez vous « Dernier coup
de ciseaux ».
Ça mettra une belle atmosphère
sur vos maxillaires.
Murielle Créations :
courage et persévérance !Par Walcam
M
urielle Leconte est ingé-
nieure et styliste de pro-
fession. Bien que souf-
frant d’un cancer qui la
ronge depuis quelques années, elle
continue avec la même énergie de
faire ce qu’elle fait depuis vingt-cinq
ans. Murielle est une femme de cour-
age et de persévérance.
Avec sa détermination et sa
volonté, et avec l’aide de quelques
personnes dans le métier, Murielle
Créations fait son chemin et se
souvient de la première star
qu’elle avait habillée pour une
présentation à la télévision.
C’était Bélo !
Murielle Créations prépare une
exposition pour le samedi 18
juillet prochain à l’hôtel Royal
Oasis.
Seront présents les collègues
designer Harry Lafond, David
André, Mikaelle Baussan, Daphnée
Floréal, Marjorie Alexis, Ruth
Michelle Dupoux, Rose Adèle
Joachin, Kay Atizan, Francener
Badette, etc.
Une première étape consiste en
une exposition vente, précédée
d’un défilé, qui commencera à une
heure de l’après-midi et prendra
fin à six heures du soir.
« Les visiteurs auront la possibilité
d’acheter au cours de l’exposition,
car les prix seront abordables »,
confie Murielle.
Et la deuxième étape consiste en
une soirée avec des artistes de
chez nous.
Malgré sa maladie, Murielle
continue de travailler.
« Lorsque vous souffrez d’un
cancer, faites semblant qu’il
n’existe pas », a-t-elle expliqué
tout en confiant qu’elle ne se
sent jamais fatiguée et qu’elle
continuera de travailler dans
la mode et la peinture aussi
longtemps que son état de santé
le lui permettra.
Pendant deux ans, elle avait laissé
tomber. Mais elle a décidé de
revenir à sa passion parce qu’elle
se sentait trop seule.
Pas de famille, pas d’amis. Seule,
entourée de malades, elle a
retrouvé la vraie thérapie.
À présent, Murielle Leconte
prépare la célébration des vingt-
cinq ans d’existence de Murielle
Créations avec des mannequins
venus de la République
dominicaine qui offrent leur
support.
Un grand show sera offert par des
artistes de renom que Murielle
avait habillés dans le passé et
qui veulent rendre la réciprocité
à cette grande dame de la mode.
Les artistes Bélo, BIC, Rutchelle
Guillaume, Jean Jean Roosevelt,
Harry Juste, Fabrice Rouzier, Anie
Alerte, Miu, les écoles de danse
de Vivianne Gauthier, d’Harry
Polycard seront là pour donner un
gros cadeau à Murielle Créations.
Compliments, Murielle, tu le
mérites pour ton courage et ta
persévérance.
Dieu sera à tes côtés pour t’aider
à t’en sortir.
Une scène de la pièce « Dernier coup de ciseaux ».
Murielle Leconte
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  • 1. » P. 15 » P. 21 »   P. 5 SPORT SOCIÉTÉ » lire page 3 » suite page 7 Matcon : une foire pour stimuler la concurrence dans le secteur Par Évens RÉGIS « Sou pay » : la cité des « pèpè » par Ritzamarum Zétrenne Les Grenadiers contraints de gagner ! par Gérald Bordes L'OEA comme arbitrePar Lionel Édouard HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES LUNDI 13 JUILLET 2015 NUMÉRO 37 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Début de campagne timide à Port-au-Prince HAÏTI / RÉPUBLIQUE DOMINICAINE / MIGRATION A près l’offensive du min- istre haïtien des Affaires étrangères, Lener Renaud, auprès de l’Organisation des États américains (OEA), une mission a été déployée sur l’Île d’Haïti, le jeudi 9 juillet. Objectif, s’informer de la situ- ation des migrants haïtiens, en vue de produire un rapport pour le secrétaire général de l’institution continentale, Luis Almagro. Cette mission, sollicitée par les gouvernements haïtien et dominicain, est dirigée par le secrétaire aux questions juridiques de l’OEA, le Mexicain Francisco Guerrero. Les missionnaires ont bouclé leur investigation en République dominicaine, le samedi 11 juillet. Ils se sont, durant cet intervalle, rapporte la presse dominicaine, entretenus avec les secteurs concernés par la situation qui se développe entre les deux pays, notamment des organisations de la société civile ayant participé à l’enregistrement des migrants, les migrants eux-mêmes, les entrepreneurs dominicains ainsi que l’ambassadeur d’Haïti en République dominicaine, Daniel Supplice.
  • 2. 2 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 TRIBUNE La danse de la destruction Ce lever de rideau des journalistes Marino Zapete et Edith Febles a autant de force que les révélations de la journaliste dominicaine Nuria Piera en date du 31 mars 2012 concernant les paiements de 2.5 millions de dollars effectués par l’entrepreneur dominicain Felix Bautista au président haïtien Michel Joseph Martelly. Malgré les preuves irréfutables des relevés de compte bancaire de la BanReser- vas et des transferts effectués en Haïti à la Unibank, la corruption tente de blanchir les protago- nistes. Mais le procureur général dominicain Francisco Domínguez Brito reste sur ses gardes et con- tinue le combat pour que la vérité l’emporte, convaincu que le bon droit finit toujours par triompher. Dans le cas du sénateur Felix Bau- tista, qui a bénéficié d’un non- lieu du juge d’instruction spécial Alejandro Moscoso Seguerra, le procureur Francisco Domínguez Brito a déclaré : « Nous allons poursuivre notre lutte jusqu’à l’épuisement de toutes les res- sources prévues par la loi, afin d’obtenir la sanction [4]. » Un vrai parcours du combattant, à la lumière des révélations faites par l’organisation Participación Ciudadana au sujet des 227 cas de corruption avérée de 1983 à 2003 qui sont restés impunis [5]. Une ignominie suffocante avec 94 cas de corruption mis en exergue pour les années 2000-2013 par Participación Ciudadana [6]. En Haïti, il n’y a même pas eu un simulacre d’enquête. La zom- bification du système judiciaire bloque encore les poursuites et explique l’apathie observée devant les inepties et vulgarités dont le président Martelly accouchait hier encore à la face du monde. Ce concert du vendredi 26 Juin au Champ-de-Mars restera gravé dans les mémoires comme la plus brutale des gifles infligées à l’orgueil national. Il est à souhaiter que le peuple haïtien retrouvera sa capacité de s’indigner devant son propre néant et pourra ainsi mettre fin une fois pour toutes aux mascarades qui utilisent la Consti- tution pour perdurer. Le reportage des deux journali- stes dominicains Marino Zapete et Edith Febles a l’avantage, au moment de la conjoncture déstabi- lisante de la politique de vendetta contre les Haïtiens et Dominicains d’origine haïtienne, de revenir sur la plaie profonde qui ravage les deux pays. En indiquant comment dans l’ombre se trafique le champ du déshonneur, puisse ce report- age, au-delà de toute espérance, aider à voir la nécessité de réaliser une révolution éthique person- nelle et collective. Pour mettre fin au programme consistant à faire la fête. À s’abandonner à la fantaisie de la danse, de la destruction et de la danse de la destruction. La lutte pour le triomphe de la justice ne fait que commencer. Comme l’affirme le procureur dominicain Francisco Domínguez Brito [7], tous les mécanismes doivent être mis en marche pour trouver une solution allant dans le sens d’une intégration réelle des Dominicains d’origine haïtienne en République Dominicaine à la vie nationale. (à suivre) « Nous payions moins les Haï- tiens et nous les utilisions pour couper la canne. Souvenez-vous que pendant plusieurs années les principaux produits d’exportation étaient la canne-à-sucre, le cacao, le café. La canne à sucre repose sur la main d’œuvre haïtienne, jusqu’à présent. Pendant des années, les Haïtiens ont construit l’économie dominicaine sans déte- nir aucun papier. Le gouverne- ment dominicain donnait un sac d’argent au gouvernement haïtien et lui disait : “mettez un nombre « X » d’Haïtiens dans un camion” et il les faisait traverser la frontière. Et le gouvernement dominicain a laissé ces Haïtiens en République Dominicaine pendant plus d’un demi-siècle. Après un certain temps, l’économie dominicaine a commencé à se diversifier. Les Dominicains ont commencé à faire d’autres petits boulots : taxi, banques de loterie, petits commerces et autres. Les Dominicains ont délaissé l’activité agricole complètement et laissé la place aux Haïtiens. Ils ont égale- ment abandonné la construction à ces derniers, cherchant un tra- vail plus léger parce qu’en plus, les constructeurs et autres grands dons de l’agriculture ont besoin d’exploiter ces gens en leur payant très peu, en leur refusant la sécu- rité sociale, en leur enlevant le droit à l’indemnité fin de carrière. » La profondeur d’un désarroi « Durant les décennies 1970, 1960, 1950, 1940, les Haïtiens ont vécu ici sans documents. Le gouvernement dominicain les a laissés rentrer sans documents, les a laissés vivre ici sans documents, se contentant de les exploiter. Et il déclare aujourd’hui, : “Nous allons régulariser “. Est-ce quelque chose de légitime pour un pays ? Un pays a ce droit. Quoique ce ne soit pas légitime, c’est légal. Ce n’est peut-être pas juste, mais c’est légal. Donc, la République Dominicaine a légale- ment le droit d’engager cette procédure. Maintenant, est-ce qu’un pays peut faire cela de n’importe quelle façon, et comme le prési- dent Danilo l’a proposé ? Est-ce qu’il peut prendre un problème que ce gouvernement a créé, non pas celui-ci précisément, mais ceux des décennies 1970, 1960, 1950, 1940 ans et dire d’un moment à l’autre : “Non je ne veux pas d’Haïtiens ici” ? Est-ce qu’il peut diffuser une consigne de patriotisme, de souveraineté de la patrie, et dire qu’il faut retirer un demi-million d’Haïtiens d’ici du jour au lendemain ? Est-ce qu’il peut dire : “J’émets un décret, il n’y aura pas de prorogation” et tous nous applaudissons et nous oublions que les Haïtiens ont 40, 50, 60 ans et n’ont pas un papier, que leurs enfants, leurs petits- enfants, les uns avec des papiers d’ici, les autres non ? En projet- tant de chasser tous ces gens d’ici, vous déclenchez un drame. » L’énergie du désespoir « Regardez cette femme qui était à Jimani où était notre reporter Manuel Méndez. Elle avait 22 ans ici, elle a 5 enfants nés ici. Elle a essayé de remplir les papiers, ces papiers sont faits pour qu’elle ne puisse remplir les conditions demandées. Les papiers que le gouvernement exige, ce sont des papiers pour faire de la démagogie afin de dire aux organisations internationales, “Oui on va le faire, regardez ce que nous faisons”, mais ceci pour que personne ne soit qualifiée. Il fallait voir ce qu’a expliqué l’avocate dominicaine Noémie Méndez. La procédure mise en application par le gouvernement ne marche pas. On peut le voir dans le cas de cette femme de 40 ans, dont 22 ans ici, et qui a 5 enfants. Elle déclare : “Je vais en Haïti avec ce que je possède ; je ne peux pas emmener les 5 enfants parce que je ne sais pas où je vais. Je vais les laisser ici, j’emmène 1 seul enfant et je laisse les 4 autres ici avec une amie pour voir comment je vais faire avancer les choses et je vais revenir prendre mes 4 enfants.” Ainsi, il y a des milliers et des milliers de familles dans cette situation parce que ce n’est pas seulement hier qu’ils sont venus. Pensez-y peuple dominicain. C’est comme si le gouvernement dominicain nous disait que d’ici demain, vous devez laisser les quartiers de la Zurza, Gualey, Guachupita, la Cienaga, los Guandules, tous les quartiers situés le long de la rivière et qui ont été contruits il y a des dizaines d’années. Les gens se sont installés dans ces quartiers et le gouvernement a fermé les yeux (se ha hecho de la vista gorda). Cela est pareil à ce qui arriverait si le gouvernement disait que dorénavant personne n’a le droit de vivre dans ces quartiers. Cela ne peut pas être une bonne chose. Et c’est précisément ce qui se passe ici avec les Haïtiens. » (à suivre) Entre survie et usure jusqu'à la corde : les rapports Haïtiano-dominicains (2 de 3) Suite de l'édition du 10 au 12 juillet, # 36 Par Leslie Péan / AlterPresse
  • 3. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 3 ACTUALITÉ Le temps des incertitudes Lescampagness’annoncentternes.Nousparlionsdevidedesidéesdansnotre précédentéditorial.Lescampagnesserontaussisanspassion.Peut-êtredonc desélectionssansviolence,cequiesttoujoursunebonnechose. Mais la passion est absente à cause de la grande désillusion de l’électorat haïtien qui s’estime avoir été trahi à répétition par tous ces politiciens qui lui avaientaumoinspromisunechose:lechangement.Ondisaitquelachance passait.Celaaétéunemalchancebienorchestréequinousaemmenéaubord del’effondrementsocialavecladégringoladedelagourdequinesemblepas vouloirs’arrêter. Alors que les autorités ne réagissent pas, le marché anticipe. On se rue sur la monnaieétrangère.Lesbanquesdonnentlebilletvertavecparcimonie.Pour avoirlesmoyensd’importer,certainsachètentlevertauprixfort,cequinefait qu’affaiblirlagourdedavantage.Commeentempsdecriseonn’estpasdansla récitationdemanueletqu’ilfautdel’intelligence,del’audace,ducourage,dela créativité,lepeuplehaïtiendevraitencoreserendrecomptedelavaleurréelle deceuxquiledirigent.Ceconstatpeut-ilserefléterdanslesurnes?Mêmesi lavolontéétaitlàdemettreàmortcesystèmeavecunbulletindevote,ya-t-il uncandidatcapabledeporterenfinlesouffledurenouveauetdelamodernité surlaterred’Haïti? Pendantcetemps,lesgrandstraditionnelsoccupentdéjàleterrain.Lesélections rapportentunpeud’agentàdes«leaders»monnayantleursservicesàplusieurs candidats,desrara,desmotocyclistes,desimprimeurs,lesmédiasquichargent pour la publicité. Le citoyen ne sera pas trop informé ni sur le montant exact dépensépourlacampagnedecertainsgroupespolitiquesquiaffichentdéjàde grandsmoyensnisurlaprovenancedeleursfonds.Mêmesilalégislationen vigueurfaitobligationdedéposerunrapportsursesdépenses,onfaittoujours ensortedel’ignoreroudelabiaiserd’unemanièreoud’uneautre. Entre les énormes défis qui se posent à nous et les hommes sur l’échiquier politiqueactuel,ilsembleyavoirungrandfossé,pournepasdireunabîme. Uneéquationdifficilemaisquelepeuplehaïtiendoitrésoudres’ilneveutpas prendrelaportedesortiedel’Histoire. Le National Édito Début de campagne timide à Port-au-PrincePar Stephen Ralph Henri HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES L ’ambiance de campagne s’installe très timidement dans la capitale haïtienne et dans les communes avoisin- antes, après l’ouverture officielle de la campagne pour les législatives, le jeudi 9 juillet, par les conseillers électoraux. Quelques rares publicités imprimées, des photos de candidats en campagne sont remarquées dans certaines zones, celles-ci sont pour la plupart accrochées à des poteaux électriques. Elles sont également observées sur des pare-brise d’automobiles et sur les clôtures de quelques édifices. Des graffitis sont aussi vus sur des murs, invitant les citoyennes et les citoyens à choisir tel ou tel candidat, pratique pourtant condamnée par le décret électoral, en son article 115. Si les démonstrations d’entrée en campagne des candidats aux législatives sont rares dans la capitale haïtienne, les partis et plateformes se disent toutefois en campagne et affirment avancer vers les élections. La Fusion des sociaux-démocrates reconnaît que les grandes démonstrations tardent à venir, mais annonce qu’elles sont pour bientôt et promet d’adapter sa stratégie à ses moyens. Le parti souligne aussi que ses candidats avaient déjà commencé à motiver l’électorat bien avant le coup d’envoi de la campagne. « Notre stratégie est adaptée à nos moyens, nous avons opté pour le porte-à-porte », explique le vice-président du parti, Alix Richard, dans une interview accordée au National. moyens financiers manquent Toutefois, il y voit une opportunité pour ces aspirants législateurs à « descendre rencontrer les électeurs », avec l’actuelle stratégie de proximité. La stratégie de grande ampleur avec « les affiches » et les autres outils de propagande « apparaîtront bientôt, en même temps, sur toute l’étendue du territoire », toujours selon lui. Par ailleurs, Alix Richard déplore le retard mis par l’État pour appuyer financièrement les partis et groupements politiques. Le gouvernement entend disposer de 500 millions de gourdes pour financer la campagne des structures politiques. Rien n’est encore clair quant à l’octroi de cette subvention. Le conseiller Ricardo Augustin, qui est en même temps le trésorier du CEP, explique qu’il a « déjà fait une proposition au Conseil électoral provisoire sur le mécanisme de répartition de la subvention de l’État ». Le Conseil ne pourra pas évaluer cette proposition du conseiller Augustin avant le mercredi 15 juillet 2015, au cours d’une séance plénière. « C’est mercredi que le Conseil doit statuer là-dessus avant de l’entériner et l’acheminer à l’État et les partis politiques », déclare Ricardo Augustin dans son échange avec Le National. En attendant cette subvention publique, des partis et groupements politiques se disent déjà au travail avec la préparation de leur matériel de communication. C’est le cas de la plateforme Pitit Dessalines, qui affirme que de grandes affiches des candidats et de la plateforme sont en cours de préparation. Assad Volcy, secrétaire général adjoint de la plateforme, déclare que les grandes activités de visibilité commenceront au cours de la semaine du 12 au 18 juillet. Sans vouloir donner trop de détails, André Victor, coordonnateur du Mouvement patriotique populaire dessalinien (Mopod), affirme que les prétendants aux législatives de la plateforme « sont en campagne » et avancent vers les élections. Environ une semaine avant le lancement officiel de la campagne, la plateforme Vérité avait commencé à accrocher des affiches qui présentent son symbole, ses couleurs ainsi que son numéro. Des maillots de cette structure politique sont déjà remarqués sur des sympathisants. D’autres responsables de partis et groupements politiques, telles Fanmi lavalas et l’organisation du peuple en lutte (OPL), contactés restent injoignables. Entre-temps, le Conseil électoral a publié sur son site internet les listes des centres de vote par département géographique. Un total de 1558 centres de vote est établi pour les prochaines élections. Les prétendants au pouvoir législatif sont au nombre de 2039, soit 262 au Sénat et 1777 à la députation. L’on compte 162 femmes décidées à devenir législatrices contre 1877 hommes. » suite de la première page
  • 4. WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ: SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ACTUALITÉ Un code de déontologie pour régir le métier notarial en Haïti Par Évens RÉGIS HAÏTI/SYNDICATSDESNOTAIRES L es notaires du SNJH ont été en session, et ils en sont sortis avec la décision d’adopter un code regroupant les valeurs déontologiques du métier. Selon Lesly Alphonse, vice-président de l’Association, ce code représente le premier pas vers le chemin le moins fréquenté, celui de la droiture et du respect des normes établies. Ils ont voulu prendre à témoin le Dieu Très-Haut, c’est pourquoi le prêtre Francky Désir, de l’église Altagrace de Delmas, a été invité pour chanter une messe d’action de grâce en leur faveur. À titre de conseils, le prêtre leur a suggéré de ressembler à Jésus dans leurs actions, de faire de ce code de déontologie leur boussole et d’être courageux face aux situations difficiles rencontrées dans l’exercice de leur fonction. SelonMarieAliceBélisaire,présidente de l’organisation, une loi notariale a précédé ce code de déontologie, mais n’a jamais été appliquée, car elle ne tenait pas compte des réalités immédiates du métier notarial. Cette loi notariale, ajoute-t-elle, stipule que c’est le commissaire du gouvernement qui exerce cette fonction, alors que c’est tout autre chose qui est observée dans la pratique de tous les jours. Elle a de plus précisé qu’Haïti est membre fondateur de l’Union mondiale des notaires depuis 1948 et que cette structure internationale a publié depuis l’année dernière un code de déontologie pour règlementer le fonctionnement des notaires de tous les pays membres. Compte tenu de la situation précaire d’Haïti, ce code a été révisé et adapté à la réalité. Le code est imposable à tous les 184 notairesmembresduSNJH,àencroire Mme Bélisaire. Il est principalement pour la protection, la gestion de la clientèle, et accessoirement pour la protection du notaire. Il traite, entre autres, des principes et de l’organisation du notariat, des relations du notaire avec l’État, le SNJH, les collègues notaires, les employés, et avec tous les usagers du service. Des sanctions allant du blâme jusqu’à la radiation du Syndicat sont aussi prévues au cas où les règles ne seraient pas respectées à la lettre par un notaire. Une fois la sanction prononcée, l’autorité publique compétente sera avisée que tel notaire a été radié du syndicat pour telle raison, a fait savoir le numéro 1 du SNJH. Maxime D. Charles, représentant du secteur bancaire, a de son côté souligné l’importance du sérieux et de l’engagement des notaires dans l’exercice de ce métier. « Vous êtes là pourassurerlavéracité,l’authenticité, la qualité des transactions. Par conséquent, le secteur bancaire compte beaucoup sur vous, pour l’aider à créer, à bien transmettre et à conserver la richesse », a-t-il indiqué. L’international s’était aussi mêlé de la partie : le Syndicat des notaires de la Colombie et le Syndicat des notaires du Québec s’étaient fait représenter respectivement par M. Alvaro Horace Chari et M. Gérard Gay. Ils ont tous deux salué cette initiative qui va aider les notaires haïtiens à servir au mieux ce public demandeur d’authenticité et qui attend d’eux une culture de l’excellence. La 3e université notariale et le 4e congrès national des notaires ont pris fin. À l’occasion, un code de déontologie est adopté, signé par les membres du Syndicat des notaires des juridictions d’Haïti (SNJH). Samedi 11 juillet, à la salle Olivia de l’hôtel Montana, ils étaient 187 à prêter le serment de suivre à la lettre les prescrits dudit code. Les notaires prêtent serment de suivre à la lettre les prescrits du code de déontologie. Photo : Ruben Chery
  • 5. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 5 ACTUALITÉ ÉCHO CEP, promouvoir la participation des femmes dans le processus électoral Le Conseil électoral provisoire (CEP) annonce pour ce lundi 13 juillet à l’hôtel Marriott (Port-au- Prince), de 9 h à 16 h, l’organisation d’un atelier de restitution sur la Stratégie nationale genre et élec- tions en Haïti. Dans un communi- qué rendu public, le CEP indique que cet atelier vise à promouvoir la participation des femmes dans le processus électoral. En partenariat avec le ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF) et avec l’appui de la Fon- dation internationale pour les sys- tèmes électoraux (IFES), cette ren- contre offre l’occasion de présenter la stratégie aux partis politiques et aux institutions concernées, ainsi que les sept axes d’interventions qui doivent contribuer à mettre fin à la faible participation politique des femmes en Haïti, lit-on dans le communiqué. Une farine en provenance de la République dominicaine interdite sur le marché haïtien Les ministères respectifs du Com- merce et de l’Industrie, de la Santé publique et de la Population, de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, dans un communiqué con- joint, avisent le public en général, les producteurs et importateurs de farine de blé en particulier, qu’un lot de farine importée contient des ingrédients nocifs à la santé humaine et est interdit de vente sur le territoire national. Dans le cadre des mesures visant à proté- ger la santé des consommateurs, et en accord avec les mesures sanitaires et phytosanitaires de l’OMC, ces ministères décident d’enlever du marché tout stock de farine de blé jugé non conforme à la consommation et que toute nouvelle importation dudit produit soit mise en quarantaine aux fins de vérification de conformité, en accord avec les normes générale- ment admises. IDEA aide les journalistes à mieux faire leur travail L’Institut pour la démocratie et l’assistance électoral (IDEA), de concert avec l’Université d’État d’Haïti (UEH), a organisé, samedi, une séance de formation à l’intention des journalistes, pour leur permettre de mieux saisir le concept « reddition des comptes en démocratie dans la distribu- tion de services ». Cette formation s’inscrit dans le cadre d’un projet pilote mis en œuvre depuis plus d’un an, intitulé « Je nan je », dirigé par IDEA qui a pour mission d’appuyer la démocratie à travers le monde. Wyclef Jean au festival Juste pour rire de Montréal L’artiste Wyclef Jean, invité d’honneur au grand festival Juste pour rire de Montréal, se produira le dimanche 19 juillet 2015. C’est ce qu’a rappelé le consul général d’Haïti à Montréal dans un com- muniqué indiquant que pour la troisième fois des artistes haïtiens, à savoir Jacques Junior Bourjolly, dit Kako, Christina Guérin, Ralph Alfred Valéry, Garihanna Jean-Lou- is et Johnny Moussignac, partici- peront également au dit festival. La Jilap préoccupée par le taux des victimes par balles pour le 2e trimestre de 2015 La Commission épiscopale natio- nale Justice et Paix (Jilap) a rendu public son 54e rapport dressant un triste constat des violences dans la zone métropolitaine. Selon ce rapport, 233 morts par balles ont été enregistrés durant le second trimestre de l’année 2015. Le nombre de personnes tombées sous les balles des bandits s’élève respectivement à 92 morts en avril, 62 morts en mai et 59 morts en juin. Plan international lance son 4e concours de photographie « Les filles et les adolescentes », c’estsurcethèmequel’organisation non gouvernementale Plan inter- national a lancé récemment son 4e concours de photographie qui a pour objectif de promouvoir et de protéger les droits et la dignité des filles et des jeunes filles. Ce con- cours de photographie est organisé simultanément dans 13 pays de la Caraïbe où Plan international est représenté. Le ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes supporte cette activité qui s’inscrit dans le cadre de la campagne mondiale : « Parce que je suis une fille ». La date limite pour la soumission des photos est fixée au 28 août. Le gagnant représentera Haïti à un concours régional au Panama, en novembre prochain. Matcon : une foire pour stimuler la concurrence dans le secteur Par Évens RÉGIS HAÏTI/CONSTRUCTION Un salon exclusivement réservé à l’industrie de la construction vient d’entrer dans la tradition haïtienne. Au parc industriel Sonapi, pendant trois jours, les 10, 11 et 12 juillet 2015, 87 entreprises évoluant dans le domaine de la construction ont répondu à l’appel de la Chambre haïtiano-américaine de commerce (Amcham), à l’occasion de la première édition de la foire Matcon, pour présenter au grand public des matériaux, outils et autres intrants et services de la construction. Trois cent mille dollars américains sont investis à la réalisation de cet événement. C ’estunefoireréaliséeenquatre volets. Il y avait des salons d’expositions à l’intérieur comme à l’extérieur, une zone de formation, une partie de jumelage d’entreprises et de réseautage (B2B et B2C), et enfin des ateliers de com- pétitions de capacités entre étudiants et ouvriers, dénommés olympiades des métiers. Certaines entreprises ont fait plus qu’être présentes à cette première édition de la foire Matcon, elles l’ont également financée. Il s’agit entre autres de Ceramex, maison Charles Féquière, François Murat Excellent, Boucard Pest Control, et sans oubli- er la division Leve de l’USAID qui a fourni une plus large contribution, celle du démarrage du projet. Philippe Armand, président de l’Amcham, a souligné qu’à travers ce projet baptisé « Foire Matcon », son institution tend à sensibiliser les Haïtiens au besoin en qualité des produits de construction, aux normes antisismiques et, du même coup, profiter de l’occasion pour créer une compétition pouvant favoriser la baisse des prix de la construction. Comme il a été question, c’est une foire qui vise à présenter les res- sources disponibles en Haïti et à promouvoir des projets de construc- tion. L’Amcham, poursuit Phillipe Armand, veut créer une plateforme de discussion entre les entreprises commerciales et les professionnels de la construction pour le partage des meilleures pratiques et inno- vations du domaine. C’est aussi l’occasion, ajoute-t-il, de développer le marché de l’immobilier en Haïti, afin de combler le déficit de plus de 400 000 logements laissé par le désastre du 12 janvier 2010.Daniel Jadotte, président du comité organis- ateur de la Foire Matcon, dit souhaiter réunir chaque année tous ceux qui sont intéressés par la construction, depuis les entrepreneurs jusqu’aux consommateurs finals. Selon M. Jadotte, l’important c’est d’attirer les projecteurs sur le secteur de la construction en Haïti et prouver la capacité des entreprises à bénéficier des contrats, qui généralement sont confiés à des compagnies étrangères. Le gouvernement n’a pas raté l’occasion de se faire représenter. Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Jude Hervé Day, a pour sa part soulevé les trois niveaux de sa participation à la Foire Matcon. En plus d’être présent en tant que ministre du Commerce et de l’Industrie, et en tant qu’ingénieur professionnel de formation, il a fait mention de sa lourde tâche de parler au nom du premier ministre Évans Paul, qui n’a pas pu être présent à la cérémonie.Le titulaire du MCI a toutefois encouragé la vulgarisation et la commercialisation de cette activité. Il a par ailleurs plaidé pour la multiplication des industries pouvant favoriser la création d’emplois en Haïti. Selon ses souhaits, au prochain gouvernement, il devrait être ques- tion d’un ministère de l’Industrie et du Commerce (MIC), en lieu et place du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), dans l’idée d’orienter la pensée vers la produc- tion avant même de se focaliser sur le commerce. Daniel Jadotte dans son discours d’ouverture de la foire Matcon. Photo: Ruben Chery
  • 6. 6 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ACTUALITÉ C e thème vise à mettre en lumière les besoins particuliers des femmes et des adolescentes durant les conflits et les catastrophes humanitaires, a fait savoir la représentante du FNUAP en Haïti, Marielle Sander. Selon ce qu’elle a expliqué, le Fonds appelle ainsi à une attention particulière en ce qui concerne les besoins des femmes, des jeunes et des enfants dont les besoins spécifiques sont souvent ignorés dans les situations d’urgence. Marielle Sander a affirmé que l’une des priorités du FNUAP consiste à autonomiser ces deux catégories, préserver leur bien-être, répondre à leurs besoins et préoccupations spécifiques. C’est dans cette optique que le Fonds travaille en étroite collaboration avec les gouvernements, le système des Nations unies, les partenaires locaux et d’autres institutions. Cette démarche, dit-elle, s’inscrit dans la perspective de mettre en place des mécanismes permettant de garantir la santé sexuelle et productive de ces deux catégories sociales en prévention aux catastrophes. De l’avis de Mme Sander, l’idée- force de cette rencontre est de capitaliser sur les bienfaits d’une cohésion et d’une logique d’ensemble entre les différents acteurs dans le cadre de la préparation aux urgences. Il s’agira aussi pour les acteurs de réexaminer le plan de gestion des différents désastres passés, les peurs et craintes suscitées par ces catastrophes pour en tirer des leçons positives et affiner les stratégies de réponse aux situations d’urgence. Il convient de souligner que ce thème, rappelle la représentante, est d’actualité pour Haïti compte tenu que le pays se trouve en pleine saison cyclonique (du 1er juin au 30 novembre). Elle indique que le pays doit s’apprêter à gérer prochainement des déportations d’Haïtiens de la République dominicaine. La célébration de cette journée, poursuit-elle, est l’occasion d’alerter sur ces aléas et de promouvoir des interventions appropriées en faveur des populations vulnérables et, particulièrement, des femmes et des filles ayant des besoins spécifiques qui sont souvent ignorés dans les situations d’urgence. Les femmes, les jeunes et les enfants représentent plus des trois quarts des 50 millions de personnes qui ont été contraintes d’abandonner leurs habitations, à cause d’un conflit ou d’une catastrophe, dans la plupart des régions du monde. Dans les situations de crise, les filles et les femmes s’exposent à un plus grand risque de maltraitance, d’exploitation sexuelle, de violence, de mariage forcé, de maladies, de décès à cause d’un manque de protection, rappelant qu’en Haïti, le séisme du 12 janvier 2010 avait affecté d’une façon directe près de 15 % de la population nationale. Le FNUAP, précise Mme Sander, achemine des trousses d’hygiène féminines, des fournitures d’obstétrique et de contraception, un personnel qualifié et d’autres formes de soutien à l’intention des populations vulnérables. Aussi œuvre-t-il à faire en sorte que les besoins des femmes, des adolescentes et des jeunes soient couverts durant la phase d’urgence aussi bien que de reconstruction. « Notre but est de garantir que le droit des femmes et des adolescentes à la santé sexuelle et procréative soit protégé et que leur sécurité soit assurée. » En cette journée mondiale de la Population, indique Mme Sander, le FNUAP invite la communauté internationale à redoubler d’efforts afin de protéger la santé et les droits des femmes et des filles. Ainsi, on doit mettre les femmes, les adolescentes et les jeunes en mesure de jouer pleinement leur rôle dans les négociations de paix, la consolidation de la paix et le relèvement du niveau social. Cette initiative, explique- t-elle, contribuera à veiller à ce que les gouvernements agissent conformément au droit international et traduise en justice les auteurs de violences sexuelles. Elle rappelle aux gouvernements du monde entier de donner priorité à la santé et aux droits des femmes, des adolescentes et des jeunes en ce qui concerne leur participation à la vie publique. Cela, conclut Mme Sander, permettra d’accroître les chances de voir naître un monde plus juste, plus stable et plus pacifique. Une attention particulière aux femmes, aux enfants et aux jeunespar Reynold Aris HAÏTI/JOURNÉEMONDIALEDELAPOPULATION Marielle Sander, représentante du Fnuap en Haïti. Photo : Ruben Chery C’est autour du thème « les populations vulnérables dans les situations d’urgence » que le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) a célébré la journée mondiale de la Population, le vendredi 10 juillet 2015 à l’hôtel Montana. En cette occasion, le FNUAP a plaidé pour une attention particulière aux femmes, aux adolescentes et aux jeunes.
  • 7. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 7 ACTUALITÉ L'OEA comme arbitrePar Lionel Édouard HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION Au cours de la journée du samedi, la mission s’est rendue à la ville frontalière de Jimani, où elle s’est entretenue avec les responsables du Centre pour la sécurité des frontières (Cesfront) et la Direction nationale de l’immigration. Ensuite, elle s’est rendue en Haïti où elle devra investiguer jusqu’au mardi 14 juillet 2015. Le rapport qui sera remis au secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, selon le chef de mission, Francisco Guerrero, sera neutre, technique et objectif. Il prendra en compte également tous les points de vue des acteurs qui ont été contactés durant le séjour de cette commission en République dominicaine. Ce rapport, insiste M. Guerrero, sera à la fois utile à la République dominicaine et à Haïti en vue d’établir un dialogue constructif entre les deux pays. Les hommes d’affaires dominicains, qui ne figuraient pas dans l’agenda de la commission de l’OEA, avaient été invités à s’entretenir avec les agents par les autorités dominicaines. Rafael Paz, vice-président exécutif du Conseil national des entreprises privées (Conep), Antonio Taveras, président de l’Association des entreprises industrielles d’Herrera et la province de Santo Domingo (AEIH), Jaime González du Conep et la Confédération des employeurs dominicains (Copardom) figurent parmi les entrepreneurs qui ont discuté avec la mission. Selon les responsables du Conep, devant la mission de l’OEA, ils ont réitéré le soutien du secteur des affaires au gouvernement dans la mise en œuvre de cette politique migratoire. Des données réelles sur le Plan national de régularisation des étrangers ainsi que les actions menées par les autorités pour garantir les droits des migrants auraient été fournies aux missionnaires. Les hommes d’affaires dominicains, dans leur exposé devant la commission de l’OEA, ont également mis en exergue la nécessité pour que les relations entre les deux pays soient fondées sur la coopération, le respect mutuel et la compréhension que chacun des États est souverain. Le président de la AEIH, Antonio Taveras, a, pour sa part, déclaré que la communauté internationale doit « clarifier » sa position sur la situation, parce que la crise humanitaire en Haïti a environ cinquante ans et n’a pas commencé en République dominicaine, selon la presse de l’autre côté de la frontière. Entre-temps, les déportations ont continué durant la semaine écoulée. Deux cent quatre-vingt- dix-neuf migrants haïtiens, dont 178 enfants, 65 hommes et 56 femmes, rapporte le GARR, ont été rapatriés le 7 juillet 2015 à Fond- Jeannette, une localité frontalière de la 2e section communale d’Anse-à-Pitre, voisine de Don Juan, République dominicaine. Ces migrants qui vivaient dans les localités dominicaines de Pedernales et de La Manigua, ont vécu entre trois à dix ans en territoire dominicain. Ils/elles travaillaient pour la plupart dans le secteur agricole. Plusieurs d’entre eux, explique le GARR, travaillaient sur une même plantation agricole. Selon leurs témoignages, ils gagnaient mensuellement 3 000 pesos dominicains. Ils ont raconté que le patron dominicain leur a demandé de laisser la ferme parce qu’il l’a vendue à un autre propriétaire. » suite de la première page
  • 8. 8 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 MONDE L e baron mexicain de la drogue Joaquin « El Chapo » Guzman est parvenu à s’échapper d’une prison de haute sécurité pour la deuxième fois en 14 ans, en pas- sant par un tunnel, ont annoncé les autorités dimanche, un coup dur pour le président Pena Nieto. Guzman a été vu pour la dernière fois samedi soir dans sa cellule de la prison d’Altiplano, à 90 kilo- mètres à l’ouest de la capitale, a indiqué la Commission nationale de sécurité dans un communiqué. « Après avoir constaté grâce à la vidéo surveillance qu’il ne réap- paraissait pas », les gardiens se sont rendus dans sa cellule et ont constaté sa disparition. Ils ont alors découvert un tunnel « d’une largeur d’environ 50 cm » et « d’une longueur de plus de 1.500 mètres » débouchant sur un immeuble en construction, a indiqué lors d’une conférence de presse le responsable national de la sécurité, Alejandro Rubido. Le tunnel était équipé d’un système de ventilation et une moto instal- lée sur des rails servait à extraire la terre et acheminer du matériel. « Dix-huit gardiens vont être inter- rogés » a indiqué M. Rubido. Une vaste chasse à l’homme a été déclenchée dans tout le secteur et sur les routes des Etats voisins. Les vols depuis l’aéroport voisin de Toluca ont été suspendus. Environ 250 policiers fédéraux et militaires ont été déployés au cours de la nuit autour du centre pénitencier, a constaté un journaliste de l’AFP, tandis qu’un hélicoptère survolait la zone. Sur l’autoroute entre Mexico City et Toluca, des soldats fouillaient les voitures au péage et vérifiaient l’identité des passagers. « El Chapo », diminutif de « chap- arro » (« courtaud »), allusion à sa petite taille (1,64 mètre), s’était déjà évadé d’une prison de haute sécurité en 2001, caché dans un panier de linge sale. Après 13 ans de traque, des mili- taires étaient parvenus à le capturer en février 2014 lors d’un raid noc- turne dans la station balnéaire de Mazatlan, dans l’Etat de Sinaola. Guzman, 58 ans, était considéré comme le baron de la drogue le plus recherché au monde, à la tête du puissant cartel de Sinaola. Sa tête avait été mise à prix pour 5 millions de dollars par les Etats- Unis et pour plus de 2,2 millions par le Mexique. Coup dur pour le président Cette deuxième évasion est un coup dur pour le président Pena Nieto, parti pour la France où il doit effectuer une visite d’Etat de quatre jours à partir de lundi. Son gouvernement s’était engagé à arrêter ce baron de la drogue puissant et craint, qui était devenu l’un des symboles du trafic de drogue contre lequel l’ancien président Felipe Calderon (2006- 2012) avait déployé l’armée. Après son arrestation l’an dernier, les autorités avaient exhibé devant les caméras ce petit homme moustachu, en chemise blanche, entouré de deux soldats de la Marine mexicaine. Il apparaissait régulièrement sur la liste des hommes les plus riches de la planète publié par le magazine Forbes, jusqu’à ce que la publication ne reconnaisse qu’il lui était impossible d’estimer les biens du narcotrafiquant. Après sa première évasion de la prison de Puente Grande, à Jalisco (ouest), il était parvenu en quelques années à imposer de nouveau son cartel et à contrôler le trafic de cocaïne vers les Etats- Unis. Sa clandestinité avait donné lieu à de nombreuses rumeurs, d’une opération de chirurgie esthétique faciale à des promenades incognito dans les foires aux bestiaux du Sinaloa. On raconte également qu’il lui arrivait de se rendre dans des restaurants à la mode, de confisquer les téléphones portables des clients avant de dîner, puis de prendre congé en payant l’ensemble des additions. Joaquin Guzman aurait eu trois ou quatre épouses. La dernière d’entre elles est une jeune reine de beauté épousée lors de son 18e anniversaire, en 2007, et qui se trouvait avec lui au moment de son arrestation. On lui prête la paternité de 10 enfants. Le cartel de Sinaloa a mené une guerre sanglante contre les forces armées et contre les cartels rivaux, dont le cartel des Zetas. Plus de 80 000 personnes ont été tuées dans les violences liées au trafic de drogue depuis 2006 au Mexique. Nouvelle évasion du baron de la drogue Joaquin « El Chapo » GuzmanSources : AFP Joaquin « El Chapo » Guzman, lors de son arrestation en 2014. / Photo : © Ronaldo Schemidt / AFP MEXIQUE
  • 9. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 9 MONDE L e pape François, en tournée en Amérique du sud, a appelé samedi à Asuncion à se méfier des idéologies menant aux dictatures,àenfiniraveclacorruption et à remédier aux inégalités. « Les idéologies se terminent mal. Elles ne tiennent pas compte du peuple, regardez ce qu’il est advenu des idéologies au siècle dernier, (elles ont fini) en dictatures, toujours », a déclaré le souverain pontife dans un discours devant des représentants de la société civile dans lequel il prônait le dialogue. Il faut se méfier des idéologies « qui pensent pour le peuple, sans laisser penser le peuple », a-t-il ajouté. Aux entrepreneurs, hommes politiques, économistes, il a demandé « de ne pas céder au modèle économique idolâtre qui a besoin de sacrifier des vies humaines à l’autel de l’argent et de la rentabilité », car « le développement économique doit avoir un visage humain ». Déjà en Equateur et en Bolivie, le pape avait prôné un changement pour réduire la pauvreté et corriger les inégalités. « Certainement, pour un pays, la croissance économique et la création de richesse sont très nécessaires, et il faut que celles- ci arrivent à tous les citoyens sans que personne ne soit exclu », « et non au profit d’une minorité », a-t-il martelé, sous les applaudissements de 5 000 personnes, dont des syndicalistes, des leaders paysans et communautaires. « L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage », a regretté l’ancien archevêque de Buenos Aires. Il a enfin dénoncé la corruption, « la gangrène d’un peuple », un mal dont souffre le Paraguay, pays de sept millions d’habitants, parmi les plus pauvres du continent. Un million de pèlerins Dans la matinée, un million de fidèles se sont réunis pour prier avec le pape à la basilique de Caacupé, principal lieu de pèlerinage du Paraguay. « Avec vous ici, je me sens chez moi, aux pieds de notre mère, la Vierge miraculeuse de Caacupé », a déclaré le pape à la foule, dont seulement la moitié avait pu prendre place sur l’esplanade devant la basilique. Une clameur s’est élevée lorsqu’il a prononcé le « Notre Père » en guarani, la langue des indiens du Paraguay, parlée par 80% de la population. Dans le sanctuaire, le souverain pontife de 78 ans a dit son admiration pour le rôle historique des femmes au Paraguay, nation quasiment privée il y a 150 ans de sa population active masculine, après une guerre contre ses voisins brésilien et argentin. « Vous les femmes et les mères paraguayennes, qui avec grand courage et abnégation avez su relever un pays détruit, effondré, submergé par la guerre. Vous avez la mémoire, le patrimoine génétique de celles qui ont reconstruit la vie, la foi, la dignité de votre peuple », a-t-il lancé lors de son homélie à Caacupé. Des milliers d’Argentins et de Brésiliens étaient venu en voisins, parfois après 50 heures de voyage en autocar. « Le pape a une force d’attraction inexplicable, comme un aimant », confie Graciela Sosa, qui n’a pratiquement pas dormi de la nuit pour être aux premières loges. « Je me considère comme privilégié. Je peux dire à mes enfants que j’ai vu deux papes », témoigne, hilare, Ernesto Domínguez, un avocat de 50 ans, membre d’un choeur qui avait chanté lors de la visite en 1988 de Jean Paul II. Avant la messe à Caacupé, le pape s’était rendu auprès d’enfants atteints de cancer à l’hôpital pédiatrique Niños de Acosta Ñu, à Asuncion. « Nous devons apprendre de vous », a-t-il dit, ajoutant « Vous êtes de vrais lutteurs! Et quand on a de pareils « guerriers » devant soi, on se sent orgueilleux ». Corruption, trafic de drogue, émigration économique, inégalités, racisme, difficultés de réinsertion des ex-détenus, le pape a relevé depuis dimanche les fléaux qui affectent l’Amérique latine. Il a également demandé pardon pour les « crimes contre les peuples autochtones » et n’a pas hésité à sermonner le clergé qui peut parfois se transformer en « caste », une élite déconnectée du peuple. Il a rappelé la « dette » de l’Amérique latine, région la plus inégalitaire de la planète, envers « les plus fragiles et les plus vulnérables ». Le premier pape jésuite et latino- américain de l’histoire doit achever dimanche son voyage sud- américain. Il effectuera cette année un troisième voyage en Amérique latine, à Cuba. Le pape : les idéologies finissent « toujours en dictature »sources : AFP PARAGUAY Le pape François lors de son discours devant des représentants de la société civile le 11 juillet 2015 à Asuncion. / Photo : AFP/AFP
  • 10. 10 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ÉCONOMIE Le SMCRS : à la limite de l'insolvabilité ? Par Therno N. A. Sénélus Le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS) n’a pas les moyens de la mission qui lui est confiée dans la zone métropolitaine. Il accumule les arriérés de paiement. Son personnel est en rogne. Et il trouve encore moyen de vouloir étendre son rayon d’action. S ous couvert de l’anonymat, un membre de l’Unité technique (UTC) de coordination du Ser- vice métropolitain de collecte des résidus solides (SMCS) révèle le coût de fonctionnement annuel pour le ramassage et le transport des détri- tus dans la zone métropolitaine : 240 millions de gourdes. À date, Haïti semble toujours ne pas avoir un véritable décharge publique, un centre de gestion et de traitement des immondices que l’on voudrait digne de ce nom, s’il faut se fier aux confidences du responsable de l’UTC au National ce jeudi 9 juillet écoulé. Selon ce dernier, le SMCRS fait un travail de collecte et d’amoncellement. Après la collecte, les déchets sont transportés à la décharge de Truitier (une zone située au nord de la commune de Cité Soleil) pour entreposage. Le SMCRS pourrait difficilement, dans les conditions actuelles, argumenter dans le sens d’une dotation efficiente en ressources financières, bien adaptée à sa mission. Suffisamment, en tout cas, pour lui permettre de desservir toute la zone métropolitaine. Un territoire assez vaste, il faut en convenir, et qui regroupe les cinq communes les plus peuplées du pays. Les 240 millions de gourdes allouées par le Trésor public ne permettent en aucune façon d’assainir les rues de la zone métropolitaine, encore moins de traiter les résidus solides collectés. En ce qui a trait aux équipements et matériels, le SMCRS ne peut compter que sur une flotte de 40 camions à benne compressive et basculante. Plus de 376 poubelles sont déployées le long des principaux axes de la région métropolitaine. La mauvaise utilisation des poubelles justice la raison de leur déplacement prochain. «Toutes les poubelles seront bientôt enlevées, car la population a tendance à transformer l’espace où se trouve la boite à ordures en décharge urbaine», explique le membre de l’UTC. Environ 85% des déchets produits dans l’aire métropolitaine auraient dû être transportés vers la décharge de Truitier. Le SMCRS en est incapable, malgré la disponibilité d’environ 800 manœuvres disséminés à travers les rues de la capitale. Des arriérés de paiement Le SMCRS a été incapable d’honorer ses engagements salariaux auprès de son personnel. Il en résulta deux semaines de grève et de manifestation. Les arriérés de paiement, affectant les cadres, les travailleurs et les contractuels, sont à l’origine du récent débrayage. Selon les informations recueillies, cet arrêt de travail a été observé pendant 4 mois. Un membre de l’administration du SMCRS s’explique : « On manquait de fonds.. Ce qui explique pourquoi on ne pouvait honorer nos engagements envers nos employés pendant ces quatre derniers mois. Finalement, on a pu trouver les ressources qui nous ont permis de payer trois mois d’arriérés de salaire. Maintenant, il s’agit pour le SMCRS de se mettre à jour avec le personnel ». Les activités ayant repris timidement au SMCRS,mais tous ne sont pas satisfais. Julsaint Emond, un contractuel, s’est retrouvé dans une situation encore plus corsée. Le SMCRS lui doit 6 mois de travail. Il besognait comme opérateur au Champ de Mars. « Je travaille depuis 6 mois comme opérateur pour le SMCRS. 6 mois sans salaires. Je veux mon argent». Des responsables du SMCRS affirment qu’il n’y a pas un horaire spécifique pour la collecte des déchets. Le ramassage, informent- ils, se fait en « temps utile », prioritairement dans « les zones où les détritus ne peuvent pas rester trop longtemps ». Une approche improductive Et pourtant, sans désemparer, comme pour conjurer le mauvais sort, le SMCRS accumule les initiatives, les unes aussi stériles que les autres. La première sera baptisée « Opération coup-de- poing ». Elle visera le centre-ville de Port-au-Prince. « Opération ville propre » suivra, pour une meilleure collecte des détritus dans l’aire métropolitaine. L’objectif préalablement défini ne sera pas atteint. Imperturbable, comme pour exorciser le malin, une autre initiative voit le jour qui se contentera de l’« enlèvement porte- à-porte ». La méthode consiste, selon les responsables du SMCRS, à passer dans chaque zone à des points fixes « pour simplifier le travail des travailleurs ». Peine perdue. Des détritus sont enlevés, tant bien que mal, mais ils sont vite remplacés. Le pro- blème reste entier. Alors cette structure spécifiquement métro- politaine se cherche une exten- sion de territoire dans le départe- ment du Nord sous le nom de « Branche du nord du “SMCRS », une entité « strictement autonome » placée sous la tutelle de la direc- tion générale du SMCRS. Dans les autres communes, ses services de voirie assurent la collecte des rési- dus solides. Hormis ces incursions dans les rues de certaines mairies, le SMCRS prend l’initiative de la constitution du … « syndicat » des municipalités de l’Ouest. Les ser- vices de voirie de huit communes du pays sont désormais sous son contrôle. C’était prévisible « (…) Il nous faut anticiper sur la dégradation accélérée des autres zones du pays et de les doter dès aujourd’hui d’un mécanisme performant de gestion des déchets afin que les nouveaux pôles de développement en construction dans le Nord du pays et le long de la frontière ne se retrouvent pas confrontés aux mêmes aléas que la région métropolitaine de Port- au-Prince » avait en effet déclaré l’ingénieur Jean Donald Paraison, directeur général du SMCRS, lors de la cérémonie d’ouverture d’un Colloque national sur les résidus solides le 3 mai 2012 à Port-au- Prince. Chose dite, chose faite. Parait- il. Quoiqu’il en soit, le directeur général du SMCRS état à l’époque convaincu de l’importance de la création d’un organisme regroupant notamment les mairies, le Service métropolitain de collecte des résidus solides, le Ministère de la santé publique et de la population pour la gestion des résidus en Haïti. « Ces institutions, avait-il plaidé, auraient pour mission d’édicter des règles de dispositions des déchets pour les ménages, le collecteur et le traiteur dans le pays ». Et il suggère l’élaboration d’un code national de gestion des déchets garantissant « une bonne manutention des résidus en accord avec les règles d’hygiènes et le respect de l’environnement ». Evidemment, il faudrait l’adoption d’une loi spécifiant le regroupe- ment des communes en vue d’atténuer la rivalité existant entre certaines mairies et certains dirige- ants du SMCRS relative à la défini- tion des champs de compétences de chaque entité (AlterPresse 2012). Mais le plus important reste la question de solvabilité de l’institution. Diverses contraintes majeures sont liées à la gestion des déchets, notamment un budget nettement insuffisant. COLLECTEETTRAITEMENTDESDÉCHETS
  • 11. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 11 ÉCONOMIE les créanciers veulent (encore) plus de réformesSources : latribune.fr avec Reuters GRÈCE L'ONU promet près de 3,4 milliards de dollars pour combattre Ebola Sources : lesechos.fr L es ministres des Finances de la zone euro ont donné à la Grèce jusqu’à mercredi pour faire voter des lois et des réformes, condition préalable à l’ouverture de négociations sur un nouveau plan d’aide, a annoncé dimanche le min- istre finlandais Alexander Stubb. Le plan d’aide a été estimé entre 82 et 86 milliards d’euros. Les partenaires européens de la Grèce ont demandé dimanche 12 juillet au gouvernement grec d’améliorer ses propositions de réformes et de prouver sa bonne foi en adoptant vite de premières mesures, lors de la reprise des négociations sur un troisième plan d’aide. La France ainsi que les experts des « institutions » -Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international- ont donné un premier avis favorable vendredi. « Il y a une très bonne proposition sur la table (...) mais qui a une conditionnalité élevée, sur trois points », a déclaré le ministre fin- landais Alexander Stubb. Et de détailler : « Un, l’adoption de lois d’ici le 15 juillet. Deux, des conditions dures sur par exemple les réformes du marché du travail ou des retraites, la TVA ou les impôts. Trois, des mesures sévères aussi sur par exemple les privatisations ». Les ministres des Finances de la zone euro ont donné à la Grèce jusqu’à mercredi pour faire voter des lois et des réformes, condition préalable à l’ouverture de négocia- tions sur un nouveau plan d’aide. Plus de 80 milliards d’euros d’aide Un éventuel nouveau programme d’aide à la Grèce est évalué entre 82 et 86 milliards d’euros, selon le document final de l’Eurogroupe, dont l’AFP a obtenu copie, et qui va maintenant être examiné par les chefs d’État et de gouverne- ment, également réunis à Brux- elles. « L’Eurogroupe prend note du fait qu’un eventuel programme aurait besoin de financements compris entre 82 et 86 milliards d’euros (...). L’Eurogroupe invite les institutions (Commission euro- péenne, FMI, BCE, ndlr) à explor- er les possibilités de réduire cette enveloppe » par la fiscalité ou les privatisations, selon ce document. Plus tôt dans la journée, le sommet des chefs d’État et de gouverne- ment de l’Union européenne a été annulé afin de dégager l’agenda des 19 dirigeants de la monnaie unique. Incertitude totale et manque de confiance De nombreux pays estiment que le gouvernement du Premier minis- tre Alexis Tsipras ne dispose pas de la crédibilité nécessaire pour enclencher le processus formel d’un nouveau plan de sauvetage, même si le parlement grec a approuvé samedi un programme de réforme proche de celui pro- posé par les créanciers et rejeté par référendum en Grèce. « Le principal obstacle pour aller de l’avant est le manque de confi- ance », a déclaré à son arrivée à l’Eurogroupe le ministre italien des Finances, Pier Carlo Padoan. Même au sein de la Commission européenne, des avis divergents s’expriment, entre optimisme et pessimisme. Dans ces conditions, les dirigeants de la zone euro pourraient report- er encore d’une semaine leur prise de décision sur un nouveau plan d’aide, laissant la Grèce, au bord de l’effondrement économique et financier, dans l’expectative. De nombreuses questions restent par ailleurs en suspens, comme le montant de l’aide dont la Grèce aura besoin pour faire la jonc- tion entre ses besoins financiers immédiats et l’adoption du nou- veau plan, qui prendra au moins quelques semaines . Les dernières propositions du gouvernement grec sont pour l’heure loin d’être Photo: REUTERS/Stringer/Pool E nviron 3,4 milliards de dol- lars (trois milliards d’euros) de promesses de dons ont été faites vendredi aux Nations unies pour aider le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée à se débarrasser du virus Ebola et à reconstruire leurs systèmes de santé. Les Nations unies avaient chiffré à 3,2 milliards de dollars les besoins des trois pays pour leurs plans de reconstruction sur les deux années à venir. Helen Clark, responsable du Programme de développe- ment des Nations unies (PNUD), a précisé que les promesses de vendredi portaient à plus de cinq milliards de dollars le total des sommes allouées pour l’instant, ce qu’elle a décrit comme « un grand départ». Les premiers cas d’Ebola sont apparus en Guinée en décembre 2013. L’épidémie de fièvre hémorragique a fait plus de 11.200 morts en Afrique de l’Ouest. Le virus est réapparu au Liberia la semaine dernière. Le pays avait été déclaré libéré du virus il y a près de deux mois. La Guinée et la Sierra Leone sont toujours aux prises avec le virus. Les principales promesses de dons viennent du Royaume-Uni (381 millions de dollars), des Etats-Unis (266 millions) et de l’Allemagne (220 millions). La Banque mondiale a promis 650 millions, l’Union européenne 500 millions d’euros, la Banque africaine de développement 745 millions et la Banque islamique de développement 360 millions.
  • 12. 12 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 ÉCONOMIE TRANSPORTINTERNATIONAL Panama / Nicaragua : bientôt un conflit de canaux ? Sources : opinion-internationale.com En juin dernier, des manifestations ont eu lieu à Juigalpa, dans le centre du Nicaragua, pour exiger l’arrêt du chantier du canal du Nicaragua, qui a débuté le 22 décembre dernier. Ce projet de canal interocéanique suscite de vifs désaccords et mécontentements au sein de la société nicaraguayenne. C ette réalisation, portée par le groupe chinois HKND (Hong- Kong Nicaragua Develop- ment), viendrait porter directement concurrence à celui du Panama, achevé en 1914 mais qui fait l’objet aujourd’hui de travaux d’agrandissement, qui devraient s’achever en 2016. Le projet d’un canal au Nicaragua, suscite à l’heure actuelle de vives protestations dans la société civile nicaraguayenne. Ce débat ne date pas d’hier puisqu’au début du 19ème siècle, la question de la construction d’un canal en Amérique centrale se posait entre les Américains et les Français. Petit éclairage historique C’est Napoléon III qui, le premier, a l’idée de construire un canal en Amérique centrale. En 1879, un Congrès a lieu pour savoir où ce dernier allait être construit. Deux options s’offraient alors : le Nicaragua et le Panama. Les Américains le souhaitent au Nicaragua tandis que les Français, par l’intermédiaire de Ferdinand de Lesseps, diplomate et entrepreneur, ayant participé à la construction du canal de Suez, le veulent au Panama, pour avoir un canal au niveau de la mer. En 1880, les travaux du canal commencent à Panama. Dès lors, quelques problèmes techniques et sanitaires se posent : difficultés pour creuser la montagne, rivière présentant des crues dont le niveau peut varier de dix mètres lors d’une averse, maladies qui commencent à apparaître : fièvre jaune, malaria, etc. Le projet de Lesseps s’avère être un échec et les Américains, qui défendaient le canal au Nicaragua, se réjouissent de cet insuccès. De 1890 à 1900, ils n’ont eu de cesse d’élaborer des plans pour ériger le canal au Nicaragua. En 1902, ces derniers présentent leur projet : le canal traverserait le lac Nicaragua. Mais Philippe Bunau-Varilla, ingénieur français, met la pression sur les Etats-Unis pour les convaincre de ne pas construire le canal au Nicaragua. Ses arguments? Le Nicaragua est un pays sismique avec la présence de la plaque tectonique caraïbe à proximité. Pour lui, les travaux du canal de Panama doivent être poursuivis mais pas selon les plans de Lesseps d’un canal au niveau de la mer. Il défend la construction d’un canal à écluses. En 1903, il négocie le traité de Hay-Bunau- Varilla, qui donne aux États-Unis la concession du canal de Panama. En 1914, la construction des deux écluses du canal est achevée. Chaque écluse peut laisser passer des bateaux de 30 mètres de large sur 300 mètres de long (format Panamax). En 1999, les Etats- Unis concèdent la propriété du canal au Panama. Mais les écluses de 1914 sont vieilles et limitent le passage des bateaux, au seul format Panamax, qui devient au fil des ans un peu trop réducteur, compte tenu de l’augmentation du flux commercial international. Alors que le canal du Panama s’agrandit, un autre se construit au Nicaragua En 2006, la décision d’agran- dissement du canal de Panama est approuvée par référendum. L’objectif est de modifier le système d’écluses côté Pacifique et Atlantique en créant une troisième voie d’écluse, de 50 mètres sur 450, qui viendrait en renfort des deux déjà existantes et qui permettrait de laisser circuler des bateaux chargés de 12.000 conteneurs chacun, contre 4.400 conteneurs par bateau actuellement. Ces écluses plus grandes seront aussi plus économiques en eau puisqu’elles compteront des réservoirs d’eau. Les travaux d’agrandissement, qui devaient être terminés cette année (2015), s’éternisent, notamment à cause de plusieurs grèves d’ouvriers qui exigent des augmentations de salaires, en avril et mai 2014, et qui ont freiné la bonne avancée de l’ouvrage. Parallèlement, le gouvernement nicaraguayen, dirigé par Daniel Ortega, annonce le 14 juin 2013 la construction d’un canal au Nicaragua, suite à l’approbation, par le Parlement nicaraguayen, de la proposition portée par le consortium chinois HKND (Hong- Kong Nicaragua Development). La concession, d’une durée renouvelable de cinquante ans, est accordée au groupe chinois pour la construction, le développement et la gestion du canal, d’une longueur prévue de 280 km pour un coût total estimé à 50 milliards de dollars. Son dirigeant, M. Wang Jing, aurait fait fortune dans les télécommunications et sa fortune personnelle s’établirait, selon Forbes, à 9 millions de dollars. Le projet du canal au Nicaragua fait-il un flop ? A la signature du contrat en juin 2013, cependant, le trajet du canal n’est même pas défini, parmi cinq ou six possibles. Puis entre 2013 et 2014, les plans ne cessent de changer : d’abord le gouvernement nicaraguayen et HKND retiennent un tracé qui part de Brito, au sud- ouest du pays, pour prendre fin à Venado Island (sud-est du pays, route 3 sur la carte ci-dessus). Mais cet itinéraire présente un problème majeur : le lac du Nicaragua se situe dans une vallée encaissée et les écluses prévues se trouveraient trop en amont par rapport au lac, ce seraient donc elles qui alimenteraient le lac en eau au lieu d’être fournies en eau par ce dernier ! Non viable, ce plan est abandonné, et le 8 juillet 2014, c’est finalement la route 4 (carte ci-dessus) qui est sélectionnée : le point de départ reste inchangé : ce sera Brito. De là, il est prévu de traverser le lac, de creuser la montagne et de sortir par un système d’écluses à Punta Gorda, en créant un lac artificiel. Un peu plus d’un an plus tard, le 22 décembre 2014, les travaux de ce nouveau canal d’Amérique centrale débutent. Mais les difficultés rencontrées sont nombreuses et de différente nature : le lac du Nicaragua ne fait que dix mètres de profondeur, ce qui est très juste pour y faire naviguer, dans le futur, de gros bateaux chargés de conteneurs. Ensuite, les volumes d’excavation sont énormes : il faudrait creuser de 200 mètres sur 80 ou 100 kilomètres (l’ensemble des excavations du canal de Panama est de 550 millions de mètres cube. Or, pour le canal du Nicaragua, elles seraient égales à cinq milliards cinq-cent millions, soit dix fois plus qu’au Panama). S’ajoutent aussi des considérations écologiques : la qualité de l’eau des réserves hydrauliques pourrait se dégrader sérieusement et les terrains agricoles pâtir d’un manque d’eau (celle-ci étant utilisée, dans sa plus grande partie, pour le fonctionnement du canal). La sismicité du pays et d’éventuels dysfonctionnements d’exploitation sont aussi pointés du doigt. De sérieuses menaces d’expropriation Depuis le début des travaux, HKND a mené plusieurs prospections de terrain dans les lieux affectés par la construction du canal, menaçant d’expropriation plusieurs habitants et notamment des paysans. Une loi relative au canal, connue comme la loi 840, a même été votée et établit dans son article 12 : « l’expropriation de toute propriété que le concessionnaire Wang Jing juge utile pour le développement du projet ». Genaro Bustos García habite à Río Grande, un petit village près de Brito, et se trouve directement sous menace d’expropriation. « Les Chinois sont venus il y a quelques mois pour prendre des mesures de ma maison. J’avais entendu parler du canal depuis plusieurs années mais il ne s’était jamais passé cela, que ce soient des Chinois qui veulent s’approprier le Nicaragua. Chacun est habitué à vivre où il est né, comment va-t-il aller dans un autre endroit ? Personne n’est d’accord sur le tracé de ce projet et je serais une des nombreuses personnes affectées directement par ce canal, ici à Río Grande ». Comme lui, la majorité de la population nicaraguayenne est opposée à cette réalisation, ainsi que le montrent les récentes manifestations à Juigalpa, dans le centre du pays, où des milliers de Nicaraguayens sont descendus dans les rues pour dire stop à la construction de ce canal interocéanique. D’autant plus que le projet s’avère être de plus grande ampleur que la construction d’un canal, puisque HKND prévoit aussi d’autres sous- projets associés : deux ports, une zone de libre-échange commercial, des stations de vacances, un aéroport, plusieurs routes, une centrale électrique, une usine de ciment, une autre de sidérurgie ainsi que d’autres infrastructures connexes pour « assurer la finition réussie du canal d’ici cinq ans ».
  • 13. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 13
  • 14. 14 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ « Aujourd’hui, en Haïti, il y a plus de putes dans les rues que d’élèves dans les écoles », lâche froidement un homme frisant la quarantaine. On les rencontre partout, ces jeunes femmes qui se voient obligées de se prostituer pour gagner leur vie. Elles offrent leur corps, leur sexe à un homme. En retour, elles reçoivent de l’argent. La majeure partie d’entre elles peuvent avoir entre 18 à 28 ans. On ne les rencontre pas sur les trottoirs. Elles sont dans les boîtes de nuit, les restaurants dansant. Elles sont des serveuses. Dans ces espaces qui, parfois, se prolongent sur les trottoirs, elles sont présentes. Leur mission est d’attirer des clients, les inviter à fréquenter le bar, boire de la bière, danser et finir la nuit dans un motel. Cependant, ces femmes ne pensent pas qu’elles se prostituent. Elle s’appelle Katia (nom d’emprunt). Cette jeune femme belle, élégante a un corps de rêve. Elle habite à Delmas 65 à l’intérieur. Les après- midi, elle doit se faire belle et désirable avant de se rendre au petit resto-dansant qui se trouve à proximité de Delmas 43. C’est dans cette boite que travaille cette jeune femme de 23 ans depuis le mois de novembre 2014. Elle n’a pas d’enfant. Sa mère fait le commerce du charbon de bois. Son père est mort quant elle a eu quinze ans. Un jour, une amie lui a proposé de travailler dans un resto-dansant. Elle a accepté. Depuis, Katia est serveuse dans cette boite. Sa principale mission est d’inviter les clients à consommer davantage. Le sourire et l’accueil qu’elle réserve à ceux qui fréquentent le bar est une invitation à consommer plus que de raison. « La bière se vend ici à 50 gourdes. Sur chaque bouteille vendue, je gagne cinq gourdes. À la fin du mois, le patron les comptabilise. En fin de compte, mon salaire peut varier entre 1000 et 2500 gourdes. C’est peu ! Mais, je me débrouille avec », raconte la jeune femme avec une facilité d’expression. Certaines fois, Katia rencontre des clientsmasculinsquil’invitentàleur table, question de siroter quelques bières ensemble, faciliter l’accès à une danse en toute intimité dans un coin du bar aménagé à cet effet. Un coin où l’on ne peut même pas voir les yeux de la cavalière, où le corps à corps devient un hymne à la jouissance. Une entrée en matière. Les prémices ! Fort souvent, c’est au cours de cette danse qu’ils arrivent à bâtir de petits projets pour la nuit. Mais, une fois que le client devient un habitué de la boîte, ce n’est plus la peine de suivre toutes ces étapes. Un coup de téléphone suffit et la jeune femme peut retrouver son complice à un autre point de rencontre. Katia, quant à elle, semble avoir un seul discours pour tous les jeunes hommes qui mordent à l’hameçon et qui n’ont pas peur de dire les choses comme elles sont. « Je ne suis pas une marchandise », se contente-t-elle de dire gentiment sans les envoyer promener pour autant. C’est peut-être pour elle une technique pour changer ou modifier la perception que les gars pouvaient avoir d’elle à première vue. Pourtant, elle est prête à tout. Il revient à ses clients, des gentlemen, de savoir quoi faire d’elle pour la nuit. « Tous les hommes, qui fréquentent cette boîte, ont tendance à me considérer comme une pute. Je ne le suis pas. Je n’aime pas les hommes qui me considèrent comme un objet de plaisir. Cela peut arriver qu’un homme me plaise et m’invite à me plier à ses caprices. Dépendamment de sa générosité, il peut me donner 250 ou 500 gourdes le lendemain. Il m’arrive de recevoir un « Hyppolite » aussi. Ainsi, je vois claire ma journée », confie Katia ouvertement. Le temps d’un échange de 30 minutes, cette serveuse a déjà grillé une dizaine de cigarettes et bu six bières. Alors que, d’après Katia, les autres filles du bar font du va-et- vient, accueillent d’autres clients qui arrivent, font le contrôle avec leur patron. À environ deux minutes de marche, un autre espace, en plein air, est ouvert. Une paire de speakers « low vega » propulse des centaines de décibels. Dans cet espace, se trouvent, en grande partie, des femmes qui portent des uniformes. Des fois, elles portent du jaune et blanc et/ou du rouge et blanc. Cela dépendra du jour de la semaine. C’est là que travaille Sandra depuis trois mois. Elle n’a pas froid aux yeux. « Je sais pourquoi je suis venue ici. C’est mon travail. Plus il y a d’hommes, plus c’est avantageux pour moi. Je reçois des pourboires et d’intéressantes propositions. Je dois vivre et prendre soin de mes deux filles », martèle cette jeune femme frisant la vingtaine dans un éclat de rire complice. Ils sont majoritairement des hommes, de tout âge, à fréquenter ces types d’endroit. Bon nombre d’entre eux sont mariés, divorcés, pères de famille qui fuient la monotonie de la vie de couple. Certains viennent pour se défouler, vider les frustrations de la journée. D’ordinaire, fidèles à ce rendez- vous, ils viennent vers dix heures du soir. « Dans ces boîtes, on ne vient pas avec sa nana. Se denye le a mwen vin fè la, bwè yon ti gwog epi pran yon ti plezi san pesonn pa deranje m. Si je ne fréquentais pas ces espaces, j’aurais déjà perdu les pédales », raconte un homme à qui on a demandé les nouvelles de sa femme. Le propriétaire du premier restaurant, quant à lui, avoue qu’il recrute des serveuses. Mais, précise- t-il, il faut qu’elles soient jeunes et belles. « Sinon nous n’aurons pas de clients », explique-t-il sous couvert de l’anonymat. Il a, par ailleurs, fait savoir que les hommes fréquentent l’espace parce que les filles sont très courtoises et accueillantes. « Nous leur faisons cette exigence », explique-t-il. « Cependant, nous n’avons pas le droit de leur dire quoi faire de leur vie et leurs corps. Il suffit qu’elles respectent notre entente », arguant le propriétaire du resto-dansant. Ces types d’espace pullulent à travers toutes les rues de la capitale. On les trouve à Carrefour, à Pétion- ville, à Canapé-vert à Clercine et à la Grand-Rue. Sur la route de Delmas, ils sont légion. Du haut au bas Delmas, sur les bords des trottoirs, on les retrouve. Les serveuses, dans ces boîtes, outre leur beauté, leur charme et leur élégance, ont la misère en commun ; le quotidien à assurer ; un parent qui ne peut pas répondre à leurs besoins primaires ; un enfant qu’elles élèvent seules et à qui elles doivent donner quelque chose à manger à son réveil. En outre, elles pratiquent le mysticisme pour s’attirer plus de clients. Une tendance qui, selon Katia, les porte à la violence entre elles. Quand cela arrive, explique le propriétaire du premier resto- dansant rencontré, je les renvoie. « Ca ternie l’image de ma boîte », déclare-t-il. Serveuses, boîtes de nuit et prostitution !par Joe Antoine Jn-Baptiste HAÏTISOCIÉTÉ/PROSTITUTION/BOITESDENUIT Les boîtes de nuit poussent comme des champignons dans le pays. Avec elles, une autre forme de prostitution s’installe. Des jeunes femmes, belles et élégantes y travaillent comme serveuses. À la tombée de la nuit, elles deviennent la proie des mâles en flamme. Elles peuvent passer la nuit ou vivre un « moment » avec eux. C’est pour elle une façon d’assurer leur quotidien et de ne pas crever de faim. Une pratique qui, de jour en jour, prend de l’ampleur dans le pays.
  • 15. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 15 SOCIÉTÉ « Quel est le plus grand supermarché de la capitale ? ». Certains ont dû, au moins pour une fois, entendre cette question. Selon les gens, la réponse est bien « Croix des Bossales ». « C’est le seul endroit à Port-au-Prince où l’on peut trouver tout ce que l’on veut ». Des produits cosmétiques. Des produits alimentaires. Et aussi des vêtements. Toutes sortes de vêtements. Pour toutes les occasions. Une visite à « sou pay » en convaincra quiconque. Cette partie de « Croix des Bossales » est faite exclusivement pour le commerce des fripes. Sous des prélarts ou des toiles étendues attachées à des pieux pour contrecarrer le soleil, sous des galeries de dépôts…les marchands (hommes et femmes) étalent leurs commerces, attendant que le bon Dieu ou les « Ginen » fassent le miracle du jour : leur offrir une bonne vente. Leurs piles de « pèpè » bien étalées devant eux, ils attendent les acheteurs. Ces derniers ne peuvent même pas circuler avec aisance au marché. La très grande quantité de gens qui côtoient ces lieux, rend difficile toute circulation. Comme le nom du marché le précise, beaucoup de commerçants déposent leurs marchandises sur d’immenses montagnes de déchets existant de part et d’autre. Devant chaque marchand(e), les « pèpè » s’arrangent suivant leurs prix. Les plus chers sont étendus de sorte que tout le monde les aperçoive. Les moins chers sont empilés par terre sur un morceau de toile. D’autres, encore moins chers, sont liquidés par les marchands. « 25 goud ou mete, 25 goud ou mete », entend-t’on. Ou bien : « triye pou 10 goud ». Ou encore : « ak cinq goud ou abiye, vin bese triye ». Ou mieux, avec un peu d’humour : « se tisina m ye m pa konn fè komès, m bay yo a cinq goud ». Une marchande explique pourquoi les gens fréquentent tant ce marché : « peyi a pa gen kòb, kòm isi a nou pa nan kenbe pri, tout moun vin la a ». Et pourtant, cette zone serait très dangereuse. « Depi yon moun frape avè m, mwen panse m pèdi kòb mwen, epi se lèm kite mache a m anpè », proteste un jeune garçon qui vient s’acheter ses « swag » à « sou pay ». Des revendeurs viennent également acheter à « sou pay ». Ils achètent les vêtements pour ensuite les refermer avant d’aller les distribuer dans tous les « marchés-trottoirs » de la capitale. Ils ne paient pas beaucoup pour cela. « Kòm mwen achte an gwo, mwen ka achte kèk mayo oubyen chemiz deux pou cinq goud aprè sam bay fèmen yo a 10 oubyen 15 goud », raconte un revendeur. Il vend ses vêtements près du stade Silvio Cator. Black est l’un des couturiers de la cité des fripes de « Sou pay ». Il est dans ce métier depuis plusieurs années. « Moun yo renmen travay nan menm paske m koul », explique-il. Il connait le gout de tous les jeunes, surtout en matière de skinny. « Depi tijèn lan parèt m gentan konn kijan l’ap renmen poum fèmen rad la pou li », ajoute- il. Il pourrait travailler chez lui, mais il préfère se rendre à « sou pay ». Bien qu’il y ait plusieurs dizaines d’autres tailleurs en ce lieu. « Chak moun gen kliyan pa yo », explique- t-il. À regarder le flot de personnes qui viennent acheter des vêtements à « sou pay » chaque jour, l’on peut s’inquiéter : comment considérer un peuple qui s’oublie à se vêtir de restes à ce niveau ? Pourquoi utilise-t-on à ce point les vêtements importés en Haïti ? Quelle est, in fine, la valeur d’un peuple qui se vêtit dans la poubelle des étrangers ? « Sou pay » : la cité des « pèpè »par Ritzamarum Zétrenne HAÏTI/COMMERCEINFORMEL « Sou pay » représente le lieu de la région métropolitaine où le commerce des fripes est le plus actif. C’est un lieu très fréquenté par les acheteurs qui y trouvent des vêtements à des prix dérisoires et mieux qu’ailleurs. Toutefois, cette affluence de gens vers cet endroit, trahirait, entre autres, un état pathétique et misérable du peuple haïtien qui vit de restes. Des marchands qui exposent leurs produits à la Saline. « Jereçoisaumoinsunecentaine de « j’aime » pour chaque « pic » que je poste sur mon mur. Je ne suis pas Rihana, mais je sens que je suis belle grâce à cela », avoue Katia (nom d’emprunt). Elle est âgée de 16 ans. Elle s’est inscrite sur Facebook sous le conseil de ses amies. Elle en est ravie, car grâce à ce « réseau social », elle peut dissiper ses moments de chagrin. À questionner le psychologue Abraham Maslow, sur les raisons portant les jeunes à affluer vers les réseaux sociaux, il nous répond- rait assurément comme suit : les besoins humains sont divisés en cinq catégories hiérarchisées : les besoins physiologiques comme besoin de base ; le besoin de sécu- rité ; et les besoins sociaux répartis en besoin d’appartenance, besoin d’estime de soi et enfin besoin d’accomplissement de soi. Maslow définit le besoin d’estime de soi comme celui de sentir que l’on est une personne compétente et utile qui mérite le respect des autres. Cela dit, tout en se basant sur la pyramide des besoins de Maslow, l’on comprend que l’insatisfaction de ce besoin (le besoin d’estime de soi), empêchera l’individu d’atteindre son accomplissement personnel. Aussi y a-t-il ce vide ressenti par l’individu, lorsqu’un besoin n’est pas satisfait, qu’il cherche, à tout prix, à combler. L’affluence sur les réseaux sociaux serait donc une quête de satisfaction à ce besoin. Un autre jeune raconte : « quand je poste une photo, je n’attends qu’une chose : des « j’aime ». Je reste connecté jusqu’à ce que je commence à trouver ces « j’aime »». C’est un jeune adolescent. S’il reçoit les « j’aime » qu’il cherche, il est en paix. Mais quand il n’y a pas de « j’aime » : « je me sens toujours mal quand on n’aime pas l’un de mes pics. C’est comme dire que je suis moche », ajoute-t-il d’un sérieux indubitable. Les « like » « facebookiens », ou d’Instagram, n’ont pas toujours le même poids pour la personne « likée ». Katia nous en dit plus : « s’il n’y a que mes proches à aimer ma photo. Cela me parait insignifi- ant ». Mais si ce sont des ami(e) s qui ne sont que virtuels, le geste compte beaucoup. Par ailleurs, le poids de ces « likes » dépend égale- ment, apparemment, du sexe. Notre jeune adolescent nous a expliqué : « ça ne me sert à rien que l’un de mes potes aiment ma photo. J’aime les « like » provenant des filles ». Katia ne voit pas les choses autrement. « Je préfère que des garçons aiment mes pics », exprime la fillette. Donc, un « like » a plus de force quand il vient d’un ami du sexe opposé. Ils visitent Facebook chaque jour. Ils postent des photos, des statuts… ils cherchent, ainsi, des « j’aime ». Car, selon Aaron Bleiberg et Harry Leubling, on est ce qu’on pense que les autres pensent de nous : « je ne suis pas ce que je pense être. Je ne suis pas ce que vous pensez que je suis. Je suis ce que je pense que vous pensez de moi ». « Likez-moi et je m'estimerai »par Ritzamarum ZETRENNE HAÏTISOCIÉTÉ/RÉSEAUSOCIAUX De nos jours, les jeunes sont très présents sur les réseaux sociaux. Ils partagent chaque moment de leur vie avec des amis virtuels de qui ils attendent un « j’aime » ou un « commentaire ». La montée du web social ou web 2.0, apparemment, crée un carrefour où tout le monde cherche de l’estime personnelle. Et on en trouve, on dirait.
  • 16. 16 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ D epuis le mois de novem- bre 2014, dans une cor- respondance, les étudiants finissants de la faculté d’Ethnologie ont formulé une requête au décanat en vue de placer leur demande de stage. Ils ont également exigé la publication des dispositions normatives ayant créé cette faculté en 1942. Dispositions qui prévoyaient un stage obligatoire à la fin du cycle d’études. Une pétition a été écrite et signée par environ 500 étudiants et soumise au rectorat de l’université d’État d’Haïti, à la Primature. Objectif de cette pétition : forcer le décanat à agréer leur demande. « Toutes les démarches n’ont eu aucune suite favorable », ont expliqué les protesta- taires. Fort de cela, ils ont dû, dans un premier temps, organiser un sit-in en mars 2015. Après le sit-in et au cours d’une rencontre entre les protesta- taires et les responsables de la faculté, en mars 2015, il a été convenu que les étudiants pouvaient « immatriculer » pour le cours de stage. Une autre ren- contre devrait suivre pour finaliser le processus. Les responsables ne se sont pas présentés. Après deux mois d’attente, les étudiants ont repris leur mouvement de protestation, ce lundi 6 juillet 2015. Leur mouvement suit un rythme progressif. Certains étudiants ont siégé dans les locaux de la faculté. Du lundi à jeudi, ils ont procédé successivement à la fermeture du bâtiment logeant la bibliothèque, du bureau du doyen, de la barrière donnant accès à la cour de la faculté et aussi, à le fermeture de l’immeuble logeant l’administration de le faculté. Selon l’un des initiateurs, ce mouvement ne prendra fin que si les revendications seront satisfaites. Suite à cette phase de radicalisation qui semble provoquer l’inquiétude du personnel administratif, un responsable a été nommé en vue de permettre à deux cents étudiants finissants de réaliser leur stage. Et la mise en place d’un processus de dialogue a été annoncée afin de faciliter la reprise des cours et le fonctionnement de la faculté. Selon les déclarations de certains étudiants, leur revendication est légitime. Ils ont par ailleurs fait savoir que les ressources humaines formées dans les différentes entités de l’UEH ne sont jamais mises au service de la population qui finance leurs études. Ils croient que, face à la violence scolaire, la prostitution scolaire, l’alcoolisme et les autres formes de déviance scolaire, les étudiants finissants pourraient mieux remplir la fonction de l’édupol. D’autres qui ne cachaient pas leurs inquiétudes et leur colère croient que les autorités auraient du mettre sur pied un plan de stage opérationnel et permanent pour les étudiants finissants de toutes les entités de l’UEH. Ce qui aurait pu rendre effective la fonction sociale de cette institution d’enseignement universitaire. « L’admission à l’UEH doit nécessaire s’achever à la fin du cycle d’étude par l’insertion des étudiants sur le marché de l’emploi », affirmait un étudiant qui pensent que ses camarades universitaires sont des potentielles victimes de la marginalisation et de l’exclusion de la société pour laquelle ils sont formés. S’ils n’arrivent pas à respecter leur de devoir de redevance, ont-ils laissé entendre, c’est parce qu’aucune politique d’intégration n’a jamais été pensée par les autorités étatiques. Les protestataires prévoient de médiatiser, sous peu, leur mouvement pour inviter toutes les couches de la population à sympathiser à leur sort, si les responsables tardent à satisfaire leurs revendications. « Si l’on ne peut pas prévoir l’issue de ce mouvement revendicatif, nous devons quand même espérer qu’une suite favorable à tous, sera envisagé dans le plus bref délai », ont-ils fait savoir. Nouveau vent de revendication à la faculté d'Ethnologiepar CHERISCLER Evens HAÏTISOCIÉTÉ/REVENDICATION/UEH Après la grève du 20 mai du personnel administratif qui a paralysé les différentes entités de l’université d’État d’Haïti et qui a pris fin sans que les revendications n’aient été satisfaites, des étudiants de la faculté d’Ethnologie ont repris, le lundi 16 juillet 2015, un mouvement de protestation qu’ils ont entamé depuis novembre 2014 et dont l’issue reste imprévisible.
  • 17. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 17
  • 18. 18 | N0 37 LUNDI 13 JUILLET 2015 CULTURE Festival Libérez la parolePar Carl-Henry PIERRE 6 h 45 p. m., 11 juillet 2015. On est au centre PEN- Haïti ou la maison des Écrivains. La quatrième Edition du Fes- tival « Libérez la parole », en hom- mage au journaliste Jean Dominique, s’apprête à débuter. À Thomassin, rue souvenir, il fait froid. Au lieu du festival, tout est éclats de rire, petits câlins, poignées de main et embras- sades. Tout est partage de parole. La familiarité est patente et le tête-à-tête ne dit pas encore son nom. Les gens parlent entre eux comme si parler leur était le dernier des actes face à la mort. L’atmosphère est d’une spéciale commodité. Les musiques qu’on passe : racine, rap français, jazz, etc, ne dépassent pas le décibel. J’ai vu des récupérations, des fleurs de toutes les couleurs, des peintures dont je constate une en face de moi qui, apparemment, est de type Basquiat. Les trempées : rouges passions, randonnées, nuit blanche, che- mins acides et filles d’Anjouan, vous disent : « Buvez-moi sans modération aucune. » Les lumières au creux des fleurs font penser à un certain clair-obscur, et là où on est, après avoir escaladé les neuf marches de l’escalier, on n’a l’impression que le ciel n’est pas loin. L’écrivain Jean-Euphèle Milcé, responsable du centre PEN-Haïti, est le premier à toucher le micro. Il fait brièvement l’inventaire du festival, parle d’une vingtaine d’écrivains d’ici ou d’ailleurs qui gagneront le kiosque de cette activité de liberté de parole. Le quota des livres de publication en créole. Le côté assez spécial et protocolaire de l’activité. Il cite certaines villes de province, telles que les Cayes, Jacmel, Gonaïves et Petit-Goâve, qui auront à libérer les mots. On est le 11 juillet 2015 et, un jour avant, c’était la décennie du kidnapping du journaliste Jacques Roche, le 10 juillet 2005, qui allait occasionner sa mort le 15 juillet de la même année. Milcé invite le slameur Tondreau dans un slam qui s’intitule « Bienvenue ». Dans cette parole slameuse, il dit être celui qui invoquera les quatre saisons pour en avoir de la raison. Le slam pour lui est l’art des sentiments qui brillent dans notre pensée. Et l’écrivain René Philoctète, mort depuis deux décennies, était aussi au rendez-vous avec la voix du poète Coutechève Lavoie Aupont, déclamant son poème titré « Térophagie ». Quand Jean Dominique se fait témoignage Jean Dominique était une per- sonne connue, a dit Jean-Euphèle. Sur ces bouts de mots, il invite monsieur Roody ÉDMÉ à témoign- er. Ce dernier a été au bureau du journaliste, pas longtemps avant sa mort. Jean n’avait jamais peur de la mort, a-t-il déclaré. Mais il avait plutôt peur de la mort des siens. Il refusait qu’on lui dise comment se comporter, car il n’était plus un petit garçon. Monsieur Roody ÉDMÉE termine pour dire que Jean Dominique était générosité jusqu’à la mort. « J’ai aimé Jean Léopold Domi- nique. Je l’ai rencontré en 1991, après le retour d’Aristide », a témoigné l’écrivaine Emmelie Prophète. Il était rentré en Haïti pour mettre sur pied la Radio Haïti-Inter. J’avais émission deux fois par semaine, samedi et dimanche. Il aimait ma voix et m’appelait après chaque émission. On échangeait des idées. C’est ainsi que j’ai remarqué qu’on aimait les mêmes choses : la litté- rature, l’opéra… Notre amour pour Marcel Proust, Daniel Pennac, Maria Callas. J’ai fait référence à tout ça dans mon Roman intitulé « Le reste du temps » J’ai aimé de bout en bout son éditorial. J’aime les gens qui dérangent, et jean Dominique était une per- sonne qui dérangeait. Une per- sonne emblématique. C’était un travailleur de la plume. Le festival est d’un super menu De ce samedi 11 juillet au diman- che 19, tout le festival « Libérez la parole » est d’un super menu. Il sera question de spectacles, de projections comme « Le règne de l’impunité, Jacques Roumain ou la passion d’un pays », des con- férences sur des thèmes variés, par exemple, « la dictature et ses mémoires, la banalité du mal, le pouvoir de la censure ». Le paradis, c’est avec les autres « Le bonheur, c’est ici où l’on est, l’enfer c’est ailleurs, et le paradis c’est avec les autres. » « Perdre son chemin, c’est l’occasion d’emprunter un autre. » Autant de phrases qui sonnent comme un grelot d’or et qui vous frap- pent le tympan dans le spectacle de slam animé par l’exemplaire slameur de Béo Montaeu et Chebi, qui gratte la guitare avec efferves- cence. Leurs voix s’accordent pour donner un spectacle où la parole habite tout un espace. Il était au moins six slameurs, pour tuer le temps de silence, à poser leur grain de paroles. Et le public, joyeux comme il n’est pas possible de l’être, était en ébullition. Onze heures sonnent déjà, ça dansait encore dans le lieu. Dans le salon du centre, j’aperçois un petit spectacle de troubadour. Tout un cocktail de plaisir. Pour Béo Monteau, le slam permet un meilleur rapport de l’homme à l’homme et au monde, par où on sort notre malaise d’être... C’était une belle manière de dé- buter ce festival qui fait vœu de libérer la parole et la danse de la censure. La quatrième Edition du Festival « Libérez la parole », en hommage au journaliste Jean Dominique Il faut savoir le direPar Marie-Bénédicte Loze C haque jour, le même défilé reprend. Chaque jour, chaussées de sandales qui leur tiennent à peine aux pieds, elles y vont. Chaque jour, sous le soleil déjà ou encore brûlant, elles s’y rendent. Armées de « bokits », elles parcourent parfois plusieurs kilo- mètres. Puis il faut pomper. Pomper jusqu’à obtenir la quantité limite. La quantité limitée par le volume des contenants qu’il va falloir porter. Porter car il n’y aucune autre possibilité. Et c’est dans la douleur qu’il va falloir le faire. Dans la douleur, car le précieux liquide pèse lourd. Très lourd. Mais il n’y a pour elles aucune autre option. Il faut y aller. Depuis qu’elles sont enfants, les tâches sont ainsi instituées. Et puis, après tout, c’est normal. Tout les prédestinait à cela. Oui, tout ! Leur morphologie surtout. Dotées de muscles et de forces, pleines de puissance, ce rôle ne pouvait que leur incomber. Une telle répartition ne pouvait être que juste. Oui, il est juste que ce soient les femmes qui, chaque jour, se rendent au puits. Et qu’à bout de bras ou sur leur tête, elles portent des litres et des litres. Des litres d’eau même pas potable. Oui, tout cela est normal. D’autant plus que les hommes les aident dans cette tâche en… atten- dant à la maison. Parfois, toutefois, mais assez rarement, avec grandeur d’âme, certains leur viennent en aide et portent des « bokits » qu’un enfant de dix ans pourrait soulever. Mais après tout, c’est normal. Les hommes ne font que respecter l’équilibre des forces que la nature a institué.
  • 19. LUNDI 13 JUILLET 2015 N0 37 | 19 CULTURE J'ai comme un gland dans la têtePar Dangelo Neard (notre envoyé spécial en Europe) Il faut six acteurs sur scène pour que 250 personnes aient la tête changée en gland, en fou rire et en lieu de crimes. Nous sommes à Paris au théâtre des Mathurins et tout ce qu’il y a comme possibilité scénique passe par des stratagèmes et des jeux d’acteurs qui invitent le public à tenir rôle dans un théâtre d’enquête policière. 2 1 h, au 9e arrondissement de Paris, sous un temps dégagé et clair, le soleil cède tranquille- ment le pas aux tentacules de la nuit. À un jet de pierre des grands magasins galeries Lafayette et Le Printemps, dans le hall d’entrée du théâtre des Mathurins ça grouille de monde, ça bavarde, ça s’embrasse et ça appelle des amis pour leur dire que ça commence bientôt et qu’il faut se hâter d’arriver. Et qu’est-ce qui com- mence bientôt ? Dernier coup de cis- eaux. Écrite en 1963 par l’auteur allemand Paul Pörtner, la pièce est au fait une comédie policière interactive. Depuis trente ans qu’on joue cette pièce, quelque neuf millions de spectateurs se sont prêtés à son jeu. Et là, il faut bien le dire comme ça, il y a du jeu. Sur scène, il y a un crime qui est commis. La concertiste Isabelle Zerzni est assassinée. Il s’agit de trouver parmi les comédiens sur scène qui a usé de ses ciseaux pour prendre la vie de la vieille femme. Et comment l’inspecteur de police procède pour reconstituer les faits ? Il interroge le public. Mais il faut bien parler et faire montre d’un esprit logique. Pour la moindre bourde dans son intervention, on peut être rembarré par notre inspecteur qui vit mal ses frustrations personnelles. Et tout le monde y passe. Les enfants, les vieux, tout le monde devient comédien. L’inspecteur, dans son élan, peut carrément vous mettre des gouttes de sa bouteille d’eau au visage. On dira que c’est par inadvertance. Et c’est charmant. Ça nous sort de notre confort de spectateurs. Et tout ceci fait de Dernier coup de ciseaux une pièce originale. La démarche dramaturgique change carrément notre idée du théâtre et qu’est-ce qu’on rit ! On rit de tout son corps. La pièce tourne en dérision les politiques français, mobilise de beaux tours d’esprit, des binettes et joue sur les clichés de la culture française. Le personnage homosexuel aura appuyé fort sur la pédale. Il a mis un bisou droit sur la bouche de l’inspecteur. Oupsss ! Il s’est quand même excusé. Il ne pouvait pas se retenir. Policier ou pas, l’inspecteur a ses zones de charmes. À un moment, quand il s’agit de sortir du grand raisonnement les personnages se regardent et ce qu’on entend c’est : « J’ai comme un gland dans la tête. » Dans la foulée, une vieille dame assise au premier rang s’est carrément vue traiter de « cochonne » par l’inspecteur qui mène l’enquête criminelle. C’était chaud. Il ne faut pas regarder la braguette d’un comédien. Et cette pièce, on ne peut pas arrêter de la regarder, à chaque spectacle, la perspective de culpabilité change et c’est le public, comme grand comédien, qui vote pour désigner le coupable. Si vous passez à Paris pendant l’été, offrez vous « Dernier coup de ciseaux ». Ça mettra une belle atmosphère sur vos maxillaires. Murielle Créations : courage et persévérance !Par Walcam M urielle Leconte est ingé- nieure et styliste de pro- fession. Bien que souf- frant d’un cancer qui la ronge depuis quelques années, elle continue avec la même énergie de faire ce qu’elle fait depuis vingt-cinq ans. Murielle est une femme de cour- age et de persévérance. Avec sa détermination et sa volonté, et avec l’aide de quelques personnes dans le métier, Murielle Créations fait son chemin et se souvient de la première star qu’elle avait habillée pour une présentation à la télévision. C’était Bélo ! Murielle Créations prépare une exposition pour le samedi 18 juillet prochain à l’hôtel Royal Oasis. Seront présents les collègues designer Harry Lafond, David André, Mikaelle Baussan, Daphnée Floréal, Marjorie Alexis, Ruth Michelle Dupoux, Rose Adèle Joachin, Kay Atizan, Francener Badette, etc. Une première étape consiste en une exposition vente, précédée d’un défilé, qui commencera à une heure de l’après-midi et prendra fin à six heures du soir. « Les visiteurs auront la possibilité d’acheter au cours de l’exposition, car les prix seront abordables », confie Murielle. Et la deuxième étape consiste en une soirée avec des artistes de chez nous. Malgré sa maladie, Murielle continue de travailler. « Lorsque vous souffrez d’un cancer, faites semblant qu’il n’existe pas », a-t-elle expliqué tout en confiant qu’elle ne se sent jamais fatiguée et qu’elle continuera de travailler dans la mode et la peinture aussi longtemps que son état de santé le lui permettra. Pendant deux ans, elle avait laissé tomber. Mais elle a décidé de revenir à sa passion parce qu’elle se sentait trop seule. Pas de famille, pas d’amis. Seule, entourée de malades, elle a retrouvé la vraie thérapie. À présent, Murielle Leconte prépare la célébration des vingt- cinq ans d’existence de Murielle Créations avec des mannequins venus de la République dominicaine qui offrent leur support. Un grand show sera offert par des artistes de renom que Murielle avait habillés dans le passé et qui veulent rendre la réciprocité à cette grande dame de la mode. Les artistes Bélo, BIC, Rutchelle Guillaume, Jean Jean Roosevelt, Harry Juste, Fabrice Rouzier, Anie Alerte, Miu, les écoles de danse de Vivianne Gauthier, d’Harry Polycard seront là pour donner un gros cadeau à Murielle Créations. Compliments, Murielle, tu le mérites pour ton courage et ta persévérance. Dieu sera à tes côtés pour t’aider à t’en sortir. Une scène de la pièce « Dernier coup de ciseaux ». Murielle Leconte