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N54

Quotidien Le National

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CULTURE
SPORT
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Vers la
redynamisation du
secteur culturel au
niveau local
Par Schultz Laurent Jr
Marc Collat de retour
en Haïti le 9 août
prochain
par Gérald Bordes
L
a « Solidarite Fanm kore Fanm »
entend dénoncer l’inacceptable.
Elleincitelesfemmesàmarcher
dans les rues. Une marche
pour dire non. Non à Michel Jospeh
Martelly. Non à « la légitimation du
viol », dans un discours public tenu
par un chef d’État qui, pourtant avait
voulu, quelques mois plus tôt, lors du
lancement de la quatrième réunion
statutaire « Table thématique Genre »,
s’ériger en défenseur de la cause des
femmes. Les obscénités déballées sur
une place publique contre une femme
ne font en rien grandir. Sinon, pour les
organisations de défense des droits des
femmes, de tels propos ne font que
dévoiler la vraie face de l’homme. Un
homme habitué aux frasques les plus
irrévérencieux.
Pour le Président, se cacher derrière
un mur, juste pour tromper les regards
curieux, suffit. L’image est frappante.
Elle dénie à la femme de son intimité.
De son essence. La femme objet
de désir renaît. La femme, sujette
consciente, disparaît. Voilà tout le sens
de cette marche dont les participantes
étaient vêtues de noir.
Les femmes ont dit non !Par Lionel Edouard
HAÏTI / ÉLECTIONS
MERCREDI 5 AOÛT 2015 NUMÉRO 54
WWW.LENATIONAL.HT
QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI
ACTUALITÉ
Le Centre de tabulation prêt
pour les opérations de comptage
HAÏTI / DROITS HUMAINS
Les femmes bombent la poitrine. Blessées, elles entendent réhabiliter les valeurs qui
ont permis les grandes conquêtes de la gent féminine, au cours du XXe siècle. La lutte
pour l’égalité de genre est fruit de sacrifices. En vies humaines. Surtout. Ces acquis,
dans le contexte d’aujourd’hui, ne doivent et ne peuvent nullement être l’objet de
contestations. Un retour au Moyen-Âge n’est pas envisageable. C’est le message qu’ont
voulu faire passer les femmes, à travers cette marche tenue dans la capitale, hier
mardi.
Vue partielle du Centre de tabulation. / Photo : J. J. Augustin
« Le gouvernement a
fait son travail », dixit
Rotchild François
Junior
par Ritzamarum ZÉTRENNE
2 | N0
54 MERCREDI 5 AOÛT 2015
TRIBUNE
L
e président Dartiguenave est
tiraillé car les Américains font
pression pour la signature
immédiate de la Convention
leur conférant tous les pouvoirs.
D’où le replâtrage du premier cabinet
ministériel deux mois plus tard avec
le remplacement des ministres
démissionnaires : Pauléus Sannon
des Relations extérieures par Louis
Borno et Antoine Sansaricq aux
Transports par Paul Salomon. Les
« collabos » ratifient la Convention
le 18 novembre 1915. La machine
installée tourne à l’aveugle. C’est
le départ de Constantin Mayard du
ministèredel’Intérieurle15mai1916
et son remplacement par Barnave
Dartiguenave, frère du Président.
Le bateau haïtien a été mis en
bouteille et ne connaît plus d’escale,
malgré le sénateur Moravia Morpeau,
trésorier de L’Union Patriotique, qui
a dénoncé « l’inconstitutionnalité de
la convention américano-haïtienne »
dans son célèbre discours au Sénat le
11 Novembre 1915.
Déjà, la tyrannie américaine
s’attaque jusqu’à la capacité de
penser de la classe politique des
« collabos ». Au lendemain du 28
juillet 1915, les marines américains
embrigadent l’ex-président
Légitime et l’envoient avec une
délégation dans le Nord annoncer
à Rosalvo Bobo qu’il doit aller aux
urnes. La boucle est bouclée avec
l’obligation imposée à Rosalvo
Bobo de soutenir celui qui lui a
volé sa victoire militaire. Notre
abîme réside justement dans notre
incapacité à développer avec cette
réalité des rapports permettant de
la dépasser pour freiner le triomphe
de l’insignifiance. Certains des «
collabos » par la suite, comme ce
fut le cas pour le clergé breton,
changèrent d’opinion et appuieront
les nationalistes en 1929, à la veille
de leur extraordinaire victoire aux
élections de 1930.
L’émergence politique des
classes moyennes
Jacques Roumain critique ainsi
l’état d’esprit des nationalistes
à leur arrivée au pouvoir : « De
1913 à 1930, la bataille contre
l’Occupation et ses sous-¬ordres
haïtiens se livre, incessante malgré
les massacres, les matraquages,
les incarcérations. Elle atteint en
1930 son point culminant. […]
Les masses, puissants leviers,
hissent les nationalistes au
pouvoir. Avec l’arrivée au pouvoir
des Nationalistes commence le
procès de décompo¬sition du
nationalisme. L’explication de ce
phénomène est simple : par la
base, mouvement anti-impérialiste,
donc anticapitaliste; par le haut,
mouvement opportuniste d’un état-
major petit-bourgeois et bourgeois
; [...] Le mouvement nationaliste
fut incapable de remplir ses
promesses, parce que les promesses
du nationalisme bourgeois se
heurtaient dès la prise du pouvoir,
à ses intérêts de classe, et se
révélaient une duperie électorale .»
Les nationalistes des classes
moyennes aux âmes à double fond
activées par des ressorts secrets
se révèlent de véritables fascistes
dès qu’ils ont la moindre parcelle
de pouvoir. Ce sont les Sténio
Vincent, Élie Lescot, Dumarsais
Estimé, Paul Magloire, Antonio
Kébreau, François Duvalier, etc.,
des zombificateurs patentés,
aux âmes égarées, experts en
travestissements multiples, qui
ont investi l’imaginaire populaire
avec un discours populiste qui
garde un fol attrait. La capacité de
métamorphose de cette engeance
de malheurs ne cesse d’égarer Haïti
dans des voies trompeuses.
Décidés à faire du monde haïtien
un repère de bakoulou et de
tikoulout, ces fascistes exploitent le
divertissement, la sorcellerie et les
fumisteries pour priver les esprits
de la connaissance et empêcheront
Haïti de sortir même en l’an 3015
des ornières de la misère, de
l’injustice et de l’ignorance.
L’ouverture du paysage politique
commencée en 1946 s’inscrit
dans la stratégie de charme de
l’occupation américaine qui a
envouté les classes moyennes
et abouti aux tontons macoutes.
Des faits parlants d’eux-mêmes
sont l’offre d’une base navale aux
Américains faite par le président
François Duvalier , d’abord en
1959, puis comme l’indique le New
York Times en 1961 et le retour des
marines américains en Haïti avec
la mission militaire américaine
du colonel Heinl de 1959 à 1963.
Duvalier nage dans les mêmes eaux
puantes que le président noiriste
Lysius Félicité Salomon Jeune qui
avait offert le Môle Saint Nicolas
aux Américains en deux occasions,
d’abord le 29 mai 1883, puis le 8
novembre 1883.
Les noiristes manipulant les classes
moyennes ont présenté les tares
de la minorité mulâtriste comme
le mal absolu, face au reste de
la population. Ils ont épousé le
fascisme et accouché du régime de
François Duvalier qui a changé la
Constitution et imposé son cancre
de fils de 19 ans comme modèle
pour dévoyer la jeunesse. Dans le
tourbillon de la danse de folie du
jean-claudisme, des millionnaires
noirs ont été créé parallèlement à
l’appauvrissement général engendré
par l’installation d’entreprises
d’assemblage sur des terres
agricoles. Comme l’expliquait en
1985, l’agronome et ancien premier
ministre Jean-Jacques Honorat, «
en bref, l’assemblage a en 10 ans
produit 300 millionnaires à Port-
au-Prince, 500 000 parias dans les
faubourgs de cette ville et 750 000
boat-people s’échappant de tous
les points détruits de la périphérie
paysanne . »
Tout comme le bric-à-brac
politique des années 1911-1915
a abouti à la première occupation
américaine, après février 1986,
les forces paramilitaires associées
au narcotrafic ont tout jeté pêle-
mêle, semant l’insécurité et la
terreur, produisant les massacres
enregistrés aux élections du 29
novembre 1987. La gravité du
coup d’État de 1991 a zombifié le
mouvement populaire, ouvert la
porte à toutes les dérives, enlevé
la lucidité à plus d’un et encouragé
l’amalgame produisant l’occupation
américaine de 1994 suivie de celle
de 2004 qui dure encore.
Les classes moyennes ont émergé
avec le même regard errant et les
mêmes perspectives archaïques
renforçant l’État sauvage. Ce qui
fit dire au noiriste repenti Roger
Dorsinville en 1990, « Cette
République qui se déglingue de
partout, c’est le résultat de trente
ans de pouvoir noir . » Mais
les défaillances manifestes du
duvaliérisme n’ont pas empêché
la continuation des convulsions de
ce courant maléfique. Avant même
le retour du dictateur Jean-Claude
Duvalier sous le gouvernement
de René Préval, on a assisté à la
création en 2007 de la Fondation
François Duvalier à l’occasion du
100e anniversaire de la naissance
du tyran.
Les croyances stupides des
duvaliéristes ne leur permettent
pas d’atteindre les hauteurs
transcendantales exigées par la
moindre éthique. Ne pouvant
comprendre leur responsabilité
dans le mal qui terrasse Haïti, les
barons duvaliéristes, ces « fleurs du
mal » pour paraphraser Baudelaire,
expriment leur innocence devant
la déchéance qu’ils ont produite
. Or justement la dégénérescence
est toujours en devenir dans
le duvaliérisme. En effet, les
kidnappeurs, assassins et vendeurs
de drogue sont devenus la norme. La
vulgarité s’est démultipliée. Après
la prestation grotesque du « Petador
en chef Michel Martelly » du 26 juin
2015, vite mise en musique par le
groupe Vwadèzil, le Président de la
République Sweet Micky répond à
une femme qui posait une question
légitime à Miragoâne le 28 juillet
2015 : « Pute, va te faire prendre
derrière le mur ». C’était avant que
Le Nouvelliste parle du ras-le-bol de
ce chauffeur de taxi qui dit : « Bon,
pourquoi ne donnent-ils pas le pays
aux Américains ? Cela résoudrait
tous nos problèmes une fois pour
toutes, mes amis ! » . Nous nageons
dans la bêtise et la charogne, sous
des formes larvées ou ouvertes.
C’est ce qui a permis d’entrer le
bateau haïtien dans la bouteille
de l’occupant ! Pour l’en sortir, il
faudra briser la bouteille. Et pas
par un tour de magie !
Jacques Roumain, Analyse schéma-
tique 32-34, New York, 2005.
« US response to Duvalier offer to
build submarine bases and train-
ing camps in Haiti », Department of
State cable. 22 Sep. 1959, Declassi-
fied Documents Reference System
#CK3100170170168.
« Haiti Offers U.S. a Naval Base Site
», The New York Times, 8 Apr. 1961,
p. 2.
Charles T. Williamson, The U.S.
Naval Mission to Haiti, 1959-1963,
Annapolis, MD, Naval Institute Press,
1999.
Rayford Logan, The diplomatic rela-
tions of the United States with Haïti
1776-1891, Chapell Hill, University
of North Carolina Press, 1941, p.
373-374 et 376.
Jean-Jacques Honorat, Haïti : l’Échec
– Économie et politique d’un pays
mis en lambeaux, Port-au-Prince, Le
Natal, 1991, p. 234.
Roger Dorsinville, Marche arrière II,
Editions des Antilles, 1990, p. 233.
Radio Kiskeya, « Mobilisation des
duvaliéristes pour le centenaire de
l’ancien tyran », Port-au-Prince, 15
avril 2007.
Peguy F. C. Pierre, « Un centenaire
plus tard, il réclame une nouvelle
occupation », Le Nouvelliste, 29 juil-
let 2015.
Les responsabilités haïtiennes
dans les occupations américaines (2 de 2)Par Leslie Péan, 5 août 2015
MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0
54 | 3
ACTUALITÉ
Jour J -3
LeministredelaCommunicationenvisitedecourtoiseauNational,mardimatin,tout
enréaffirmantlavolontédugouvernementd’appuyerpleinementleConseilélectoral
provisoire, a rappelé, entre autres, la note du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire
concernantlanécessaireimpartialitédesjugestoutaulongduprocessusélectoral.
LesexpertstraditionnelsenfraudeélectoraleenHaïtisefontsouventleplaisir,sans
fausse honte, d’expliquer comment il est nécessaire d’avoir l’appui d’un juge pour
parfaire une magouille.Parfois,lesimplefait pourunmagistratd’êtreindisponible,
impossible à trouver au moment où il devrait faire un constat est un atout dans
l’habituellemanièredefabriquerdes«élus»dansnotresystèmepolitique.
Lafraudelapluscourantedanscertaineslocalitésdupays,difficileàcontrer,surtout
dansunespaceoùlaforcepublique,endépitdesassurancestoujoursdonnéesparles
responsables, est soit absente, soit démissionnaire, soit complice, est l’intimidation
programméedel’électoratjugénonfavorabledemanièreàcequeseulslesélecteurs
décidésàvoterpourXsoientprésentsaujourJauxbureauxdevote.Lescasdenoy-
autage de bureaux de vote sont aussi assez courants. On est souvent étonné de se
rendrecomptebrusquement,onnesaitcommentcelaaeulieu,quedansunbureau
devote,mandatairesetobservateurscomprissonttotalementacquisàlacaused’un
seulcandidat.Pénurieoblige,onmangeàtouslesrâteliers,maisauderniermoment
onsefixeunemissionbienprécise.Fairepasserlecandidatque,dansnotretradition
unanimiste,onachoisidansladernièrelignedroite.
L’autre fraude est aussi l’utilisation de la rue pour faire croire qu’on est majoritaire
etdoncgagnant.Lerecoursàlarueestaussiuneformeviolentedechantaged’une
minoritéagissantesurunemajoritétropsilencieuse,tropsouventpeureuseetquiva
toujourspayerleprixdesturpitudesdesbouffons.Etalors,lacommunautéinternatio-
nale,tropheureusedenousaffaibliretdenousrendreprisonniersdenosinsignifiants,
sautesurl’occasionpouraffublerlafraudederespectabilité.
L’actuelprésidentduConseilélectoralprovisoire,siontientcomptedesesdéclarations,
nesemblepasavoirgardéuntropbonsouvenirdel’épisodefinaldesdernièresélec-
tions.Onvaespérerqu’ilsera vigilant,ettoutel’équipedel’institutionaveclui,pour
quelamachineinfernaledelafraudeneprennepassavitessedecroisièrehabituelle.
Ilfaudraaussi,pourcelauneplusgrandeimplicationcitoyenne.Carlaseulevéritéest
quel’avenirdecepayspasseparuneparticipationmaximaledecitoyensdéterminés
àfairedeschoixraisonnables.Ilnousfautunautrepersonnelpolitique.Unpersonnel
politiqueàlahauteurdelasituation.Ladécisionrestedifficile.Tropdecandidatssans
idées. Trop de candidats au passé et au présent douteux. Très peu de candidats qui
suscitentunminimumdeconfiance.Maisdanscepeu,ilfautyallerfort.Trèsfort.La
Nationn’apaslechoix.
Gary VICTOR
Édito
Le Centre de
tabulation prêt
pour les opérations
de comptage
par Stephen Ralph Henri
HAÏTI/ÉLECTIONS
«
Nous sommes prêts pour la
tabulation (des votes) », assure
Widmack Matador, responsable
du Centre, au cours d’une
visite guidée effectuée en l’honneur
des journalistes du National, dans la
matinée du 4 août. Les travaux et les
opérations pour dresser la machine
de décompte et de vérification des
votes des électeurs ont duré moins
de trois mois, de la réparation du
bâtiment à l’acquisition de nouveaux
matériels, l’installation de ceux-ci et
le recrutement des opérateurs.
De nouveaux appareils ont été
achetés, notamment, des ordina-
teurs. Ces achats ont été prévus et
sont exécutés à partir du budget
arrêté par le Conseil électoral pro-
visoire (CEP), explique Widmack
Matador. Pour l’instant, au niveau
du Centre, c’est le marquage des
classeurs où seront archivés les
procès-verbaux par département.
Ils seront 800 opérateurs à y tra-
vailler en deux temps, le matin et
le soir. Le responsable du Centre
de tabulation promet que celui-ci
fonctionnera 24 heures sur 24,
pendant la période électorale.
Pour les recrutements des opéra-
teurs, la « priorité a été accor-
dée aux anciens opérateurs, qui
connaissent déjà le processus »,
déclare Matador. Des candida-
tures spontanées ont été accep-
tées pour compléter le nombre de
personnes nécessaire. Actuelle-
ment, les opérateurs réalisent des
exercices de simulation de tabula-
tion. Ils sont aussi en train d’être
formés sur les critères à suivre
pour apprécier un procès-verbal.
Widmack Matador promet de «
travailler pour changer l’image
d’une chambre noire » que les
citoyennes et les citoyens ont
souvent du Centre de tabulation
des votes (CTV).
Le processus au CTV
en cinq moments
Les opérations au niveau du Centre
de tabulation s’accomplissent en
cinq grands moments, dans des
sections différentes. D’abord, c’est
la réception des procès-verbaux,
dans des sacs scellés. À cette pre-
mière étape, s’opère un inventaire
informatique des procès-verbaux
et leur numérisation. Dans les sacs
qui contiennent les procès-ver-
baux, se trouvent aussi, la feuille
de comptage, les procès-verbaux
d’incidents et ceux d’irrégularités.
La liste électorale partielle y est
présente également.
Ce premier instant est suivi
de la seconde, qui consiste en
un contrôle visuel des procès-
verbaux. À ce stade, se vérifie
l’authentification des papiers des
procès-verbaux, pour certifier que
ce sont les papiers exactement
fournis par le CEP. La vérification
de l’exactitude de la relation entre
le centre de vote et le procès-
verbal, l’exactitude des chiffres
et leurs transcriptions en lettres,
puis les ratures, sont prises en
compte également à ce deuxième
palier.
Les opérateurs chargés du con-
trôle visuel, peuvent envoyer les
procès-verbaux vers deux direc-
tions, soit, les saisies ou le con-
trôle légal. Les saisies et le con-
trôle légal réunissent la troisième
phase. Les procès-verbaux ne
contenant aucune irrégularité,
au regard de l’article 171,1, du
décret électoral, sont dirigés vers
les opérations de saisie, pour être
ajoutés au système informatique
du Conseil. Les procès-verbaux,
qui soulèvent des doutes, sont
acheminés au contrôle légal, où
des avocats vérifient la validité
où la non-validité de ceux-ci. Les
documents retenus, non valides,
seront laissés à l’appréciation des
juges électoraux au cours des péri-
odes de contestation.
Le quatrième temps est un con-
trôle de qualité. L’opérateur prend
le procès-verbal physique pour
comparer ses données à celles qui
sont saisies sur le système pour
vérifier leur compatibilité. La
cinquième et dernière étape con-
siste en l’archivage de ces docu-
ments dans des classeurs empilés
au Centre et clairement identifiés
en fonction des départements.
Tous les dispositifs sont déjà mis en place au niveau du
Centre de tabulation des votes à Port-au-Prince, pour
recevoir et traiter les procès-verbaux des prochains
scrutins législatifs, planifiés pour le dimanche 9
août, dans moins de cinq jours. Plusieurs centaines
d’opérateurs commencent avec des opérations de
simulation et reçoivent en la circonstance les dernières
séances de formation.
» suite de la première page
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SECTION CULTURE :
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SECTION ECONOMIE :
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STÉPHANIE BALMIR,
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SCHULTZ LAURENT JUNIOR
WALTER CAMEAU
PHOTOGRAPHES :
JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY
CORRECTEURS :
JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ,
JACKSON JOSEPH
GRAPHISTE : JUNIOR ADME
CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA
DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL
ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE
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IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR
LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A
4 | N0
54 MERCREDI 5 AOÛT 2015
ACTUALITÉ
« Le gouvernement a fait son travail »,
dixit Rotchild François Junior
par Ritzamarum ZÉTRENNE
HAÏTI/ÉLECTIONS
«
Les élections auront lieu
effectivement ce dimanche
», a déclaré le Ministre. Le
gouvernement a, selon lui,
déjà entrepris toutes les démarches
nécessaires pour l’organisation
de ces élections. « Jusque-là, le
gouvernement a fait son travail. Le
président de la République et son
Premier ministre ont tout fait pour
que les élections du 9 août soient
possibles », ajoute M. François, en
présence des responsables de la
rédaction du journal et de certains
membres de sa délégation.
Le ministre a tenu également à
rassurer la population quant à la
sécurité de ces élections. « Nous
avons organisé des rencontres avec
les hauts commandements de la
police et de la Minustah. Toutes
les mesures sont déjà prises pour
assurer la sécurité des électeurs », a
fait savoir le Ministre. « Nous avons
renouvelé le stock des véhicules de
la PNH et leur avons donné d’autres
moyens pour bien jouer leur rôle »,
a-t-il ajouté.
Le premier responsable du
ministère de la Communication
a, par ailleurs, informé avoir
aussi rencontré les membres de
la communauté internationale
qui n’ont pas manqué de féliciter
le gouvernement haïtien, pour
sa détermination à organiser des
élections crédibles dans le pays.
« La communauté internationale
a salué le travail effectué par le
président Michel J. Martelly et le
Premier ministre Évans Paul, et a
promis de continuer à soutenir le
gouvernement », affirme le Ministre,
en présence de l’ensemble des
journalistes du journal, notamment
le rédacteur en chef et le secrétaire
de rédaction.
Le ministre estime que la
communauté internationale a
jusque-là tenu toutes ses promesses
à l’égard du gouvernement haïtien
dans ce processus électoral. « Les
bailleurs ont déjà décaissé tout
l’argent promis pour l’organisation
de ces élections. Il manque 10 ou
12 millions de dollars, mais cela ne
peut pas empêcher que les élections
se réalisent », a-t-il fait savoir, sur
un ton indiscutablement sérieux.
Rotchild François Junior appelle
tous les secteurs de la vie nationale
a apporté leur contribution pour le
bon déroulement du scrutin de ce
dimanche. Il invite particulièrement
la presse à travailler conjointement
avec le gouvernement pour rendre
possible cet exercice démocratique.
« Nous souhaitons que la presse
fasse encore leur travail en
diffusant des informations utiles à
la population en matière d’élections
», déclare le Ministre.
Il s’est également montré
reconnaissant envers la presse pour
les efforts déjà consentis, en vue
de la réussite de ces élections, en
créant des espaces aux candidats
pour présenter leur programme
politique à la population.
À ceux qui critiquent le président de
la République, pour l’utilisation des
ressources de l’État pour mener sa
campagne en faveur des candidats
du PHTK, le Ministre a répondu
: « ce n’est pas un problème que
le président circule à bord de
véhicules mis à sa disposition
par l’État. M. Martelly est encore
en fonction, donc il a le droit de
bénéficier des privilèges liés à son
poste ». Il a par ailleurs ajouté que
c’est un fait qu’on observe dans
tous les pays du monde.
Pour finir, le ministre de la
Communication a félicité
grandement le staff du journal le
National, lequel, estime-t-il, fait
un grand travail pour renforcer la
presse écrite en Haïti. « Pour un
journal si jeune, vous avez déjà
parcouru un long chemin.
Beaucoup de gens parlent de vous.
J’espère que très bientôt vous serez
une référence dans le pays et dans
toute la région », a déclaré Rotchild
François Junior, juste avant de
quitter la salle de rédaction.
Le ministre de la Communication, Rotchild François Junior, a visité, le mardi 4
août 2015, le quotidien Le National. Durant cette visite de courtoisie au journal, le
ministre a profité pour assurer la presse et la population en général, de la tenue des
élections législatives et sénatoriales partielles, prévues pour le dimanche 9 août
dans tout le pays. Il a également profité de l’occasion pour présenter ses félicitations
au staff du journal pour le grand travail accompli durant ses deux mois d’existence.
Le ministre de la Communication, Rotchild François Junior, feuilletant un numéro du journal Le National sous les regards de
Hervé Lerouge. Photo : Mackenzy Leblanc
MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0
54 | 5
ACTUALITÉ
Un deuil pour « protéger les acquis.
Réhabiliter la femme malgré le
machisme sournois de certains
êtres qui entendent la dévoyer. »
La sexualité n’est plus tabou. Elle
traverse la sphère privée, pour
s’exposer en public par la voix
d’un président. Celui-là même
qui a appelé à « péter », publique-
ment. Les gens de bien se sont
offusqués.
Mais que représentent leurs voix,
noyées au milieu des jacassements
de cette multitude inconsciente
qui applaudit. Les organisations
de défense des droits des femmes
y décèlent une certaine complici-
té.Une attitude qu’elles ont dénon-
cée, dans une note, la semaine
écoulée.« Le Président n’a pas
injurié une femme. » Les mots lui
auraient été prêtés. « Travestis
même. » Grégory Mayard-Paul a
ainsi lancé la défense du chef de
l’État, suite à cette embarrassante
intervention. Laquelle intervi-
ent dans un contexte sensible. À
quelques jours des élections.
En effet, Marie Frantz Joachin et
consorts appellent déjà au boy-
cott des candidats proches du
président Martelly. Elles tentent
de mobiliser l’électorat féminin
contre le parti présidentiel.
Pourtant, « Michel Martelly
s’amusait ». Le peuple avec lui.
C’est tout ! Les citoyens l’ont
voté pour ce qu’il est, un artiste,
défend Grégory Mayard Paul.
« Il n’a pas changé. » Une défense
sournoise, en guise d’excuses, qui
attise la flamme de la mobilisation
des militantes féminines. Elles ont
marché à Port-au-Prince, le mardi
4 août 2015. Silencieusement,
en signe de contestations. Contre
l’agression. Mais aussi, pour le
respect de la personne humaine et
des acquis de la lutte des femmes
en Haïti, nous explique Fabienne
Denis, coordonnatrice de Solidar-
ite fanm kore fanm.
Cette insurrection, un temps
silencieux, vise dans les plus brefs
délais à obtenir des excuses pub-
liques du chef de l’État. Ce serait
l’essentiel du contenu de la cor-
respondance qu’elles entendaient
déposer, pendant cette marche, au
Palais national. Fabienne Denis, et
une dizaine d’autres militantes,
ont donc marché, seules. Avec des
slogans comme : « Fanm yo di se
twòp atò! » Mais elles n’étaient pas
là.
« Fanm se manman, nou bay
lavi, nou egzije respè ! » sont,
entre autres slogans inscrits sur
les affiches brandies avec fierté,
durant cette marche à maigre
recette de femmes. Ces militantes
ont aussi pris le soin d’appeler la
première dame, Sophia Martelly,
à placer son mot, en vue de facili-
ter ce changement d’attitude, tant
souhaité envers les femmes.
Le ministère à la Condition fémi-
nine et aux Droits de la femme
(MCFDF), était aussi en ligne
de mire de ces militants qui ont
rappelé que « lapenn yon fanm,
se pou tout fanm ». Un cri qui
semble avoir été entendu.
La Fusion pourrait se retirer du
gouvernement. Les raisons sont
multiples. Cette énième sortie
du Président en fait partie. Les
sociaux-démocrates ne voudraient
pas renoncer à leurs valeurs, avan-
cent-ils. Yvrose Myrtil Morquette,
pourrait donc se retirer. Solidarité
féminine ?
Les femmes ont dit non !Par Lionel Edouard
HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES
» suite de la première page
Des femmes dans les rues de Port-au-Prince pour dire non. Non à Michel Joseph Martelly. Non à la légitimation du viol. / Photo : J. J. Augustin
6 | N0
54 MERCREDI 5 AOÛT 2015
ACTUALITÉ
Un sit-in pour exiger
le respect des Haïtienspar Évens REGIS
HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MALPASSE
U
ne délégation partie de la
Capitale, sous couverture
médiatique, et escortée par
la Police nationale d’Haïti
(PNH), s’est rendue à la frontière Haï-
tiano-dominicaine de Malpasse, dans
le cadre d’un sit-in. Toujours un seul
et unique objectif, exiger le respect
de la dignité nationale et le retrait par
les mêmes autorités de la République
dominicaine, de l’arrêt 168-13 de la
Cour constitutionnelle dominicaine.
Aux environs de 10 heures,
la délégation a été accueillie
fraternellement par les autres
organisations de base de la zone.
À l’unisson, elles ont entonné
les strophes de la dessalinienne,
et c’était déjà le début du sit-in.
On pouvait alors identifier des
membres du collectif 4 décembre,
des représentants du Groupe
d’appui aux rapatriés et aux réfugiés
(GARR), des adhérents de la
Coordination des organisations pour
la défense des migrants et rapatriés
(CODDEMIR), des organisations
de base de la zone de Ganthier, et
sans oublier des dirigeants de la
FMUNHA (fondacíon mano unidad
haitiano), une organisation basée
en République dominicaine, et qui
se donne pour objectif de lutter
pour une meilleure relation entre
les citoyens des deux pays.
Pancartes, banderoles, T-shirts,
bondés de slogans en créole,
français, comme en espagnol ont
été également au rendez-vous.
La foule, mélangée d’Haïtiens
et de dominicains, était massée
devant la barrière de la frontière
Haïtiano-dominicaine en vue
de revendiquer une meilleure
condition de vie pour les haïtiens
vivant en République voisine. «
168-13=rasis, Dominicanie État
xénophobe, Haïti madre de la
Americana Latina », sont certains
des slogans qu’on pouvait lire
sur les pancartes apportées par
ces protestataires indignés des
nombreuses décisions prises par
les autorités dominicaines ces
derniers mois.
Pour faire passer leur frustration,
ils ont eu recours aux nombreux
chants des hymnes et louanges
qu’on a l’habitude d’entendre
aux cérémonies d’invocation à
l’Eglise. Selon eux, les refrains de
ces chants expliquent et justifient
leur présence à la frontière. Ces
protestataires qui, disent-ils,
jusqu’à présent, sont convaincus
que les dominicains sont des
racistes féroces, ont rétorqué que
les dominicains doivent en effet
respecter le droit des migrants
haïtiens s’ils veulent vraiment
prouver le contraire.
L’annulation sans condition
de l’arrêt 168-13 de la Cour
constitutionnelle n’a pas été
l’unique revendication de ces
organisations. Selon Jean Robert
Argant, coordonnateur du Collectif
4 décembre, la paix et l’entente sur
l’île entière, la réparation pour les
nombreuses agressions physiques,
morales, verbales, diplomatiques
et psychologique faites aux
haïtiens, font aussi partie des
réclamations du Collectif. « Nous
n’avons rien contre le peuple
dominicain, au contraire nous
sommes deux peuples condamnés
à vivre en commun accord », a-t-il
précisé. Le problème, dit-il, ce
sont les autorités dominicaines,
leurs réactions vis-à-vis des
ressortissants haïtiens.
Sunilda Santana, secrétaire
générale de la FMUNHA, cette
organisation qui lutte pour le
respect des droits des haïtiens
et des dominicains, abonde
presque dans le même sens que
le coordonnateur du Collectif
4 décembre. Elle a profité de
l’occasion pour lancer un appel
à la solidarité entre les deux
peuples. Selon elle, en tant que
citoyens partageant une île, nous
ne faisons pas la promotion de
notre bonheur, ni de notre respect
aux yeux de l’international. « Que
la paix, et l’union soient rétablies
sur l’île, pour éviter le pire dans les
jours à venir », a-t-elle souhaité.
La question de farine en forte
teneur d’additif cancérigène
de bromate de potassium, et
d’azodicarbonamide, provenant
de la République dominicaine, a
été également soulevée lors de ce
sit-in. Duverglas Chérilus, l’un des
représentants des Moulins d’Haïti,
anciennement appelé Minoterie
d’Haïti, a informé qu’avec une
capacité de production de
24 000 sacs par jour, l’entreprise
a la capacité d’approvisionner
le marché national, et ensuite
exporter les excédents dans les
pays amis. Sans la complicité de
l’État haïtien, croit-il, la farine
de la République dominicaine
n’aurait jamais envahi le marché
national.
Une double manifestation à
la frontière
Alors que les organisations de la
société civile haïtienne étaient en
pleine revendication, des syndicats
de chauffeurs dominicains étaient
eux aussi en train d’augmenter
la pression à l’autre bord de la
frontière.
Selon des informations fournies
par Roland Chéry, candidat à la
députation pour la circonscription
de Ganthier, Des haïtiens en
représailles ont brûlé dans l’après-
midi du 23 juillet dernier, un
autobus d’un citoyen dominicain.
Cette situation s’est produite après
la mort de l’un de leurs proches,
tué par balle, dans la matinée,
par un chauffeur dominicain, a
expliqué l’aspirant parlementaire.
Les dominicains ont en effet profité
de cette occasion, pour également
exiger réparation à l’État haïtien.
Ils ont tenté de perturber le sit-in,
en essayant de lancer des pierres
sur les manifestants. Grâce à la
vigilance des agents dominicains
et haïtiens, qui sont intervenus
pour gérer la situation, le sit-in s’est
terminé sans aucun incident.
Les organisations de la société civile n’entendent pas abandonner la lutte contre l’anti-Haïtianisme dominicain.
Après avoir gagné les rues de Port-au-Prince le 21 juillet dernier, plusieurs d’entre-elles ont encore une fois, ce
mardi, à l’initiative du Collectif 4 décembre, fait une nouvelle sortie.
Haïtiens et Dominicains devant la barrière de la frontière Haïtiano-dominicaine pour dénoncer les autorités de la République dominicaine. / Photo : Évens Régis
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  • 1. » P. 17 » P. 21 »   P. 4 CULTURE SPORT » suite page 5 » lire page 3 Vers la redynamisation du secteur culturel au niveau local Par Schultz Laurent Jr Marc Collat de retour en Haïti le 9 août prochain par Gérald Bordes L a « Solidarite Fanm kore Fanm » entend dénoncer l’inacceptable. Elleincitelesfemmesàmarcher dans les rues. Une marche pour dire non. Non à Michel Jospeh Martelly. Non à « la légitimation du viol », dans un discours public tenu par un chef d’État qui, pourtant avait voulu, quelques mois plus tôt, lors du lancement de la quatrième réunion statutaire « Table thématique Genre », s’ériger en défenseur de la cause des femmes. Les obscénités déballées sur une place publique contre une femme ne font en rien grandir. Sinon, pour les organisations de défense des droits des femmes, de tels propos ne font que dévoiler la vraie face de l’homme. Un homme habitué aux frasques les plus irrévérencieux. Pour le Président, se cacher derrière un mur, juste pour tromper les regards curieux, suffit. L’image est frappante. Elle dénie à la femme de son intimité. De son essence. La femme objet de désir renaît. La femme, sujette consciente, disparaît. Voilà tout le sens de cette marche dont les participantes étaient vêtues de noir. Les femmes ont dit non !Par Lionel Edouard HAÏTI / ÉLECTIONS MERCREDI 5 AOÛT 2015 NUMÉRO 54 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Le Centre de tabulation prêt pour les opérations de comptage HAÏTI / DROITS HUMAINS Les femmes bombent la poitrine. Blessées, elles entendent réhabiliter les valeurs qui ont permis les grandes conquêtes de la gent féminine, au cours du XXe siècle. La lutte pour l’égalité de genre est fruit de sacrifices. En vies humaines. Surtout. Ces acquis, dans le contexte d’aujourd’hui, ne doivent et ne peuvent nullement être l’objet de contestations. Un retour au Moyen-Âge n’est pas envisageable. C’est le message qu’ont voulu faire passer les femmes, à travers cette marche tenue dans la capitale, hier mardi. Vue partielle du Centre de tabulation. / Photo : J. J. Augustin « Le gouvernement a fait son travail », dixit Rotchild François Junior par Ritzamarum ZÉTRENNE
  • 2. 2 | N0 54 MERCREDI 5 AOÛT 2015 TRIBUNE L e président Dartiguenave est tiraillé car les Américains font pression pour la signature immédiate de la Convention leur conférant tous les pouvoirs. D’où le replâtrage du premier cabinet ministériel deux mois plus tard avec le remplacement des ministres démissionnaires : Pauléus Sannon des Relations extérieures par Louis Borno et Antoine Sansaricq aux Transports par Paul Salomon. Les « collabos » ratifient la Convention le 18 novembre 1915. La machine installée tourne à l’aveugle. C’est le départ de Constantin Mayard du ministèredel’Intérieurle15mai1916 et son remplacement par Barnave Dartiguenave, frère du Président. Le bateau haïtien a été mis en bouteille et ne connaît plus d’escale, malgré le sénateur Moravia Morpeau, trésorier de L’Union Patriotique, qui a dénoncé « l’inconstitutionnalité de la convention américano-haïtienne » dans son célèbre discours au Sénat le 11 Novembre 1915. Déjà, la tyrannie américaine s’attaque jusqu’à la capacité de penser de la classe politique des « collabos ». Au lendemain du 28 juillet 1915, les marines américains embrigadent l’ex-président Légitime et l’envoient avec une délégation dans le Nord annoncer à Rosalvo Bobo qu’il doit aller aux urnes. La boucle est bouclée avec l’obligation imposée à Rosalvo Bobo de soutenir celui qui lui a volé sa victoire militaire. Notre abîme réside justement dans notre incapacité à développer avec cette réalité des rapports permettant de la dépasser pour freiner le triomphe de l’insignifiance. Certains des « collabos » par la suite, comme ce fut le cas pour le clergé breton, changèrent d’opinion et appuieront les nationalistes en 1929, à la veille de leur extraordinaire victoire aux élections de 1930. L’émergence politique des classes moyennes Jacques Roumain critique ainsi l’état d’esprit des nationalistes à leur arrivée au pouvoir : « De 1913 à 1930, la bataille contre l’Occupation et ses sous-¬ordres haïtiens se livre, incessante malgré les massacres, les matraquages, les incarcérations. Elle atteint en 1930 son point culminant. […] Les masses, puissants leviers, hissent les nationalistes au pouvoir. Avec l’arrivée au pouvoir des Nationalistes commence le procès de décompo¬sition du nationalisme. L’explication de ce phénomène est simple : par la base, mouvement anti-impérialiste, donc anticapitaliste; par le haut, mouvement opportuniste d’un état- major petit-bourgeois et bourgeois ; [...] Le mouvement nationaliste fut incapable de remplir ses promesses, parce que les promesses du nationalisme bourgeois se heurtaient dès la prise du pouvoir, à ses intérêts de classe, et se révélaient une duperie électorale .» Les nationalistes des classes moyennes aux âmes à double fond activées par des ressorts secrets se révèlent de véritables fascistes dès qu’ils ont la moindre parcelle de pouvoir. Ce sont les Sténio Vincent, Élie Lescot, Dumarsais Estimé, Paul Magloire, Antonio Kébreau, François Duvalier, etc., des zombificateurs patentés, aux âmes égarées, experts en travestissements multiples, qui ont investi l’imaginaire populaire avec un discours populiste qui garde un fol attrait. La capacité de métamorphose de cette engeance de malheurs ne cesse d’égarer Haïti dans des voies trompeuses. Décidés à faire du monde haïtien un repère de bakoulou et de tikoulout, ces fascistes exploitent le divertissement, la sorcellerie et les fumisteries pour priver les esprits de la connaissance et empêcheront Haïti de sortir même en l’an 3015 des ornières de la misère, de l’injustice et de l’ignorance. L’ouverture du paysage politique commencée en 1946 s’inscrit dans la stratégie de charme de l’occupation américaine qui a envouté les classes moyennes et abouti aux tontons macoutes. Des faits parlants d’eux-mêmes sont l’offre d’une base navale aux Américains faite par le président François Duvalier , d’abord en 1959, puis comme l’indique le New York Times en 1961 et le retour des marines américains en Haïti avec la mission militaire américaine du colonel Heinl de 1959 à 1963. Duvalier nage dans les mêmes eaux puantes que le président noiriste Lysius Félicité Salomon Jeune qui avait offert le Môle Saint Nicolas aux Américains en deux occasions, d’abord le 29 mai 1883, puis le 8 novembre 1883. Les noiristes manipulant les classes moyennes ont présenté les tares de la minorité mulâtriste comme le mal absolu, face au reste de la population. Ils ont épousé le fascisme et accouché du régime de François Duvalier qui a changé la Constitution et imposé son cancre de fils de 19 ans comme modèle pour dévoyer la jeunesse. Dans le tourbillon de la danse de folie du jean-claudisme, des millionnaires noirs ont été créé parallèlement à l’appauvrissement général engendré par l’installation d’entreprises d’assemblage sur des terres agricoles. Comme l’expliquait en 1985, l’agronome et ancien premier ministre Jean-Jacques Honorat, « en bref, l’assemblage a en 10 ans produit 300 millionnaires à Port- au-Prince, 500 000 parias dans les faubourgs de cette ville et 750 000 boat-people s’échappant de tous les points détruits de la périphérie paysanne . » Tout comme le bric-à-brac politique des années 1911-1915 a abouti à la première occupation américaine, après février 1986, les forces paramilitaires associées au narcotrafic ont tout jeté pêle- mêle, semant l’insécurité et la terreur, produisant les massacres enregistrés aux élections du 29 novembre 1987. La gravité du coup d’État de 1991 a zombifié le mouvement populaire, ouvert la porte à toutes les dérives, enlevé la lucidité à plus d’un et encouragé l’amalgame produisant l’occupation américaine de 1994 suivie de celle de 2004 qui dure encore. Les classes moyennes ont émergé avec le même regard errant et les mêmes perspectives archaïques renforçant l’État sauvage. Ce qui fit dire au noiriste repenti Roger Dorsinville en 1990, « Cette République qui se déglingue de partout, c’est le résultat de trente ans de pouvoir noir . » Mais les défaillances manifestes du duvaliérisme n’ont pas empêché la continuation des convulsions de ce courant maléfique. Avant même le retour du dictateur Jean-Claude Duvalier sous le gouvernement de René Préval, on a assisté à la création en 2007 de la Fondation François Duvalier à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance du tyran. Les croyances stupides des duvaliéristes ne leur permettent pas d’atteindre les hauteurs transcendantales exigées par la moindre éthique. Ne pouvant comprendre leur responsabilité dans le mal qui terrasse Haïti, les barons duvaliéristes, ces « fleurs du mal » pour paraphraser Baudelaire, expriment leur innocence devant la déchéance qu’ils ont produite . Or justement la dégénérescence est toujours en devenir dans le duvaliérisme. En effet, les kidnappeurs, assassins et vendeurs de drogue sont devenus la norme. La vulgarité s’est démultipliée. Après la prestation grotesque du « Petador en chef Michel Martelly » du 26 juin 2015, vite mise en musique par le groupe Vwadèzil, le Président de la République Sweet Micky répond à une femme qui posait une question légitime à Miragoâne le 28 juillet 2015 : « Pute, va te faire prendre derrière le mur ». C’était avant que Le Nouvelliste parle du ras-le-bol de ce chauffeur de taxi qui dit : « Bon, pourquoi ne donnent-ils pas le pays aux Américains ? Cela résoudrait tous nos problèmes une fois pour toutes, mes amis ! » . Nous nageons dans la bêtise et la charogne, sous des formes larvées ou ouvertes. C’est ce qui a permis d’entrer le bateau haïtien dans la bouteille de l’occupant ! Pour l’en sortir, il faudra briser la bouteille. Et pas par un tour de magie ! Jacques Roumain, Analyse schéma- tique 32-34, New York, 2005. « US response to Duvalier offer to build submarine bases and train- ing camps in Haiti », Department of State cable. 22 Sep. 1959, Declassi- fied Documents Reference System #CK3100170170168. « Haiti Offers U.S. a Naval Base Site », The New York Times, 8 Apr. 1961, p. 2. Charles T. Williamson, The U.S. Naval Mission to Haiti, 1959-1963, Annapolis, MD, Naval Institute Press, 1999. Rayford Logan, The diplomatic rela- tions of the United States with Haïti 1776-1891, Chapell Hill, University of North Carolina Press, 1941, p. 373-374 et 376. Jean-Jacques Honorat, Haïti : l’Échec – Économie et politique d’un pays mis en lambeaux, Port-au-Prince, Le Natal, 1991, p. 234. Roger Dorsinville, Marche arrière II, Editions des Antilles, 1990, p. 233. Radio Kiskeya, « Mobilisation des duvaliéristes pour le centenaire de l’ancien tyran », Port-au-Prince, 15 avril 2007. Peguy F. C. Pierre, « Un centenaire plus tard, il réclame une nouvelle occupation », Le Nouvelliste, 29 juil- let 2015. Les responsabilités haïtiennes dans les occupations américaines (2 de 2)Par Leslie Péan, 5 août 2015
  • 3. MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0 54 | 3 ACTUALITÉ Jour J -3 LeministredelaCommunicationenvisitedecourtoiseauNational,mardimatin,tout enréaffirmantlavolontédugouvernementd’appuyerpleinementleConseilélectoral provisoire, a rappelé, entre autres, la note du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire concernantlanécessaireimpartialitédesjugestoutaulongduprocessusélectoral. LesexpertstraditionnelsenfraudeélectoraleenHaïtisefontsouventleplaisir,sans fausse honte, d’expliquer comment il est nécessaire d’avoir l’appui d’un juge pour parfaire une magouille.Parfois,lesimplefait pourunmagistratd’êtreindisponible, impossible à trouver au moment où il devrait faire un constat est un atout dans l’habituellemanièredefabriquerdes«élus»dansnotresystèmepolitique. Lafraudelapluscourantedanscertaineslocalitésdupays,difficileàcontrer,surtout dansunespaceoùlaforcepublique,endépitdesassurancestoujoursdonnéesparles responsables, est soit absente, soit démissionnaire, soit complice, est l’intimidation programméedel’électoratjugénonfavorabledemanièreàcequeseulslesélecteurs décidésàvoterpourXsoientprésentsaujourJauxbureauxdevote.Lescasdenoy- autage de bureaux de vote sont aussi assez courants. On est souvent étonné de se rendrecomptebrusquement,onnesaitcommentcelaaeulieu,quedansunbureau devote,mandatairesetobservateurscomprissonttotalementacquisàlacaused’un seulcandidat.Pénurieoblige,onmangeàtouslesrâteliers,maisauderniermoment onsefixeunemissionbienprécise.Fairepasserlecandidatque,dansnotretradition unanimiste,onachoisidansladernièrelignedroite. L’autre fraude est aussi l’utilisation de la rue pour faire croire qu’on est majoritaire etdoncgagnant.Lerecoursàlarueestaussiuneformeviolentedechantaged’une minoritéagissantesurunemajoritétropsilencieuse,tropsouventpeureuseetquiva toujourspayerleprixdesturpitudesdesbouffons.Etalors,lacommunautéinternatio- nale,tropheureusedenousaffaibliretdenousrendreprisonniersdenosinsignifiants, sautesurl’occasionpouraffublerlafraudederespectabilité. L’actuelprésidentduConseilélectoralprovisoire,siontientcomptedesesdéclarations, nesemblepasavoirgardéuntropbonsouvenirdel’épisodefinaldesdernièresélec- tions.Onvaespérerqu’ilsera vigilant,ettoutel’équipedel’institutionaveclui,pour quelamachineinfernaledelafraudeneprennepassavitessedecroisièrehabituelle. Ilfaudraaussi,pourcelauneplusgrandeimplicationcitoyenne.Carlaseulevéritéest quel’avenirdecepayspasseparuneparticipationmaximaledecitoyensdéterminés àfairedeschoixraisonnables.Ilnousfautunautrepersonnelpolitique.Unpersonnel politiqueàlahauteurdelasituation.Ladécisionrestedifficile.Tropdecandidatssans idées. Trop de candidats au passé et au présent douteux. Très peu de candidats qui suscitentunminimumdeconfiance.Maisdanscepeu,ilfautyallerfort.Trèsfort.La Nationn’apaslechoix. Gary VICTOR Édito Le Centre de tabulation prêt pour les opérations de comptage par Stephen Ralph Henri HAÏTI/ÉLECTIONS « Nous sommes prêts pour la tabulation (des votes) », assure Widmack Matador, responsable du Centre, au cours d’une visite guidée effectuée en l’honneur des journalistes du National, dans la matinée du 4 août. Les travaux et les opérations pour dresser la machine de décompte et de vérification des votes des électeurs ont duré moins de trois mois, de la réparation du bâtiment à l’acquisition de nouveaux matériels, l’installation de ceux-ci et le recrutement des opérateurs. De nouveaux appareils ont été achetés, notamment, des ordina- teurs. Ces achats ont été prévus et sont exécutés à partir du budget arrêté par le Conseil électoral pro- visoire (CEP), explique Widmack Matador. Pour l’instant, au niveau du Centre, c’est le marquage des classeurs où seront archivés les procès-verbaux par département. Ils seront 800 opérateurs à y tra- vailler en deux temps, le matin et le soir. Le responsable du Centre de tabulation promet que celui-ci fonctionnera 24 heures sur 24, pendant la période électorale. Pour les recrutements des opéra- teurs, la « priorité a été accor- dée aux anciens opérateurs, qui connaissent déjà le processus », déclare Matador. Des candida- tures spontanées ont été accep- tées pour compléter le nombre de personnes nécessaire. Actuelle- ment, les opérateurs réalisent des exercices de simulation de tabula- tion. Ils sont aussi en train d’être formés sur les critères à suivre pour apprécier un procès-verbal. Widmack Matador promet de « travailler pour changer l’image d’une chambre noire » que les citoyennes et les citoyens ont souvent du Centre de tabulation des votes (CTV). Le processus au CTV en cinq moments Les opérations au niveau du Centre de tabulation s’accomplissent en cinq grands moments, dans des sections différentes. D’abord, c’est la réception des procès-verbaux, dans des sacs scellés. À cette pre- mière étape, s’opère un inventaire informatique des procès-verbaux et leur numérisation. Dans les sacs qui contiennent les procès-ver- baux, se trouvent aussi, la feuille de comptage, les procès-verbaux d’incidents et ceux d’irrégularités. La liste électorale partielle y est présente également. Ce premier instant est suivi de la seconde, qui consiste en un contrôle visuel des procès- verbaux. À ce stade, se vérifie l’authentification des papiers des procès-verbaux, pour certifier que ce sont les papiers exactement fournis par le CEP. La vérification de l’exactitude de la relation entre le centre de vote et le procès- verbal, l’exactitude des chiffres et leurs transcriptions en lettres, puis les ratures, sont prises en compte également à ce deuxième palier. Les opérateurs chargés du con- trôle visuel, peuvent envoyer les procès-verbaux vers deux direc- tions, soit, les saisies ou le con- trôle légal. Les saisies et le con- trôle légal réunissent la troisième phase. Les procès-verbaux ne contenant aucune irrégularité, au regard de l’article 171,1, du décret électoral, sont dirigés vers les opérations de saisie, pour être ajoutés au système informatique du Conseil. Les procès-verbaux, qui soulèvent des doutes, sont acheminés au contrôle légal, où des avocats vérifient la validité où la non-validité de ceux-ci. Les documents retenus, non valides, seront laissés à l’appréciation des juges électoraux au cours des péri- odes de contestation. Le quatrième temps est un con- trôle de qualité. L’opérateur prend le procès-verbal physique pour comparer ses données à celles qui sont saisies sur le système pour vérifier leur compatibilité. La cinquième et dernière étape con- siste en l’archivage de ces docu- ments dans des classeurs empilés au Centre et clairement identifiés en fonction des départements. Tous les dispositifs sont déjà mis en place au niveau du Centre de tabulation des votes à Port-au-Prince, pour recevoir et traiter les procès-verbaux des prochains scrutins législatifs, planifiés pour le dimanche 9 août, dans moins de cinq jours. Plusieurs centaines d’opérateurs commencent avec des opérations de simulation et reçoivent en la circonstance les dernières séances de formation. » suite de la première page
  • 4. WWW.LENATIONAL.HT 10, RUE GABART · PÉTION-VILLE EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. 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Le gouvernement a, selon lui, déjà entrepris toutes les démarches nécessaires pour l’organisation de ces élections. « Jusque-là, le gouvernement a fait son travail. Le président de la République et son Premier ministre ont tout fait pour que les élections du 9 août soient possibles », ajoute M. François, en présence des responsables de la rédaction du journal et de certains membres de sa délégation. Le ministre a tenu également à rassurer la population quant à la sécurité de ces élections. « Nous avons organisé des rencontres avec les hauts commandements de la police et de la Minustah. Toutes les mesures sont déjà prises pour assurer la sécurité des électeurs », a fait savoir le Ministre. « Nous avons renouvelé le stock des véhicules de la PNH et leur avons donné d’autres moyens pour bien jouer leur rôle », a-t-il ajouté. Le premier responsable du ministère de la Communication a, par ailleurs, informé avoir aussi rencontré les membres de la communauté internationale qui n’ont pas manqué de féliciter le gouvernement haïtien, pour sa détermination à organiser des élections crédibles dans le pays. « La communauté internationale a salué le travail effectué par le président Michel J. Martelly et le Premier ministre Évans Paul, et a promis de continuer à soutenir le gouvernement », affirme le Ministre, en présence de l’ensemble des journalistes du journal, notamment le rédacteur en chef et le secrétaire de rédaction. Le ministre estime que la communauté internationale a jusque-là tenu toutes ses promesses à l’égard du gouvernement haïtien dans ce processus électoral. « Les bailleurs ont déjà décaissé tout l’argent promis pour l’organisation de ces élections. Il manque 10 ou 12 millions de dollars, mais cela ne peut pas empêcher que les élections se réalisent », a-t-il fait savoir, sur un ton indiscutablement sérieux. Rotchild François Junior appelle tous les secteurs de la vie nationale a apporté leur contribution pour le bon déroulement du scrutin de ce dimanche. Il invite particulièrement la presse à travailler conjointement avec le gouvernement pour rendre possible cet exercice démocratique. « Nous souhaitons que la presse fasse encore leur travail en diffusant des informations utiles à la population en matière d’élections », déclare le Ministre. Il s’est également montré reconnaissant envers la presse pour les efforts déjà consentis, en vue de la réussite de ces élections, en créant des espaces aux candidats pour présenter leur programme politique à la population. À ceux qui critiquent le président de la République, pour l’utilisation des ressources de l’État pour mener sa campagne en faveur des candidats du PHTK, le Ministre a répondu : « ce n’est pas un problème que le président circule à bord de véhicules mis à sa disposition par l’État. M. Martelly est encore en fonction, donc il a le droit de bénéficier des privilèges liés à son poste ». Il a par ailleurs ajouté que c’est un fait qu’on observe dans tous les pays du monde. Pour finir, le ministre de la Communication a félicité grandement le staff du journal le National, lequel, estime-t-il, fait un grand travail pour renforcer la presse écrite en Haïti. « Pour un journal si jeune, vous avez déjà parcouru un long chemin. Beaucoup de gens parlent de vous. J’espère que très bientôt vous serez une référence dans le pays et dans toute la région », a déclaré Rotchild François Junior, juste avant de quitter la salle de rédaction. Le ministre de la Communication, Rotchild François Junior, a visité, le mardi 4 août 2015, le quotidien Le National. Durant cette visite de courtoisie au journal, le ministre a profité pour assurer la presse et la population en général, de la tenue des élections législatives et sénatoriales partielles, prévues pour le dimanche 9 août dans tout le pays. Il a également profité de l’occasion pour présenter ses félicitations au staff du journal pour le grand travail accompli durant ses deux mois d’existence. Le ministre de la Communication, Rotchild François Junior, feuilletant un numéro du journal Le National sous les regards de Hervé Lerouge. Photo : Mackenzy Leblanc
  • 5. MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0 54 | 5 ACTUALITÉ Un deuil pour « protéger les acquis. Réhabiliter la femme malgré le machisme sournois de certains êtres qui entendent la dévoyer. » La sexualité n’est plus tabou. Elle traverse la sphère privée, pour s’exposer en public par la voix d’un président. Celui-là même qui a appelé à « péter », publique- ment. Les gens de bien se sont offusqués. Mais que représentent leurs voix, noyées au milieu des jacassements de cette multitude inconsciente qui applaudit. Les organisations de défense des droits des femmes y décèlent une certaine complici- té.Une attitude qu’elles ont dénon- cée, dans une note, la semaine écoulée.« Le Président n’a pas injurié une femme. » Les mots lui auraient été prêtés. « Travestis même. » Grégory Mayard-Paul a ainsi lancé la défense du chef de l’État, suite à cette embarrassante intervention. Laquelle intervi- ent dans un contexte sensible. À quelques jours des élections. En effet, Marie Frantz Joachin et consorts appellent déjà au boy- cott des candidats proches du président Martelly. Elles tentent de mobiliser l’électorat féminin contre le parti présidentiel. Pourtant, « Michel Martelly s’amusait ». Le peuple avec lui. C’est tout ! Les citoyens l’ont voté pour ce qu’il est, un artiste, défend Grégory Mayard Paul. « Il n’a pas changé. » Une défense sournoise, en guise d’excuses, qui attise la flamme de la mobilisation des militantes féminines. Elles ont marché à Port-au-Prince, le mardi 4 août 2015. Silencieusement, en signe de contestations. Contre l’agression. Mais aussi, pour le respect de la personne humaine et des acquis de la lutte des femmes en Haïti, nous explique Fabienne Denis, coordonnatrice de Solidar- ite fanm kore fanm. Cette insurrection, un temps silencieux, vise dans les plus brefs délais à obtenir des excuses pub- liques du chef de l’État. Ce serait l’essentiel du contenu de la cor- respondance qu’elles entendaient déposer, pendant cette marche, au Palais national. Fabienne Denis, et une dizaine d’autres militantes, ont donc marché, seules. Avec des slogans comme : « Fanm yo di se twòp atò! » Mais elles n’étaient pas là. « Fanm se manman, nou bay lavi, nou egzije respè ! » sont, entre autres slogans inscrits sur les affiches brandies avec fierté, durant cette marche à maigre recette de femmes. Ces militantes ont aussi pris le soin d’appeler la première dame, Sophia Martelly, à placer son mot, en vue de facili- ter ce changement d’attitude, tant souhaité envers les femmes. Le ministère à la Condition fémi- nine et aux Droits de la femme (MCFDF), était aussi en ligne de mire de ces militants qui ont rappelé que « lapenn yon fanm, se pou tout fanm ». Un cri qui semble avoir été entendu. La Fusion pourrait se retirer du gouvernement. Les raisons sont multiples. Cette énième sortie du Président en fait partie. Les sociaux-démocrates ne voudraient pas renoncer à leurs valeurs, avan- cent-ils. Yvrose Myrtil Morquette, pourrait donc se retirer. Solidarité féminine ? Les femmes ont dit non !Par Lionel Edouard HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES » suite de la première page Des femmes dans les rues de Port-au-Prince pour dire non. Non à Michel Joseph Martelly. Non à la légitimation du viol. / Photo : J. J. Augustin
  • 6. 6 | N0 54 MERCREDI 5 AOÛT 2015 ACTUALITÉ Un sit-in pour exiger le respect des Haïtienspar Évens REGIS HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MALPASSE U ne délégation partie de la Capitale, sous couverture médiatique, et escortée par la Police nationale d’Haïti (PNH), s’est rendue à la frontière Haï- tiano-dominicaine de Malpasse, dans le cadre d’un sit-in. Toujours un seul et unique objectif, exiger le respect de la dignité nationale et le retrait par les mêmes autorités de la République dominicaine, de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine. Aux environs de 10 heures, la délégation a été accueillie fraternellement par les autres organisations de base de la zone. À l’unisson, elles ont entonné les strophes de la dessalinienne, et c’était déjà le début du sit-in. On pouvait alors identifier des membres du collectif 4 décembre, des représentants du Groupe d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (GARR), des adhérents de la Coordination des organisations pour la défense des migrants et rapatriés (CODDEMIR), des organisations de base de la zone de Ganthier, et sans oublier des dirigeants de la FMUNHA (fondacíon mano unidad haitiano), une organisation basée en République dominicaine, et qui se donne pour objectif de lutter pour une meilleure relation entre les citoyens des deux pays. Pancartes, banderoles, T-shirts, bondés de slogans en créole, français, comme en espagnol ont été également au rendez-vous. La foule, mélangée d’Haïtiens et de dominicains, était massée devant la barrière de la frontière Haïtiano-dominicaine en vue de revendiquer une meilleure condition de vie pour les haïtiens vivant en République voisine. « 168-13=rasis, Dominicanie État xénophobe, Haïti madre de la Americana Latina », sont certains des slogans qu’on pouvait lire sur les pancartes apportées par ces protestataires indignés des nombreuses décisions prises par les autorités dominicaines ces derniers mois. Pour faire passer leur frustration, ils ont eu recours aux nombreux chants des hymnes et louanges qu’on a l’habitude d’entendre aux cérémonies d’invocation à l’Eglise. Selon eux, les refrains de ces chants expliquent et justifient leur présence à la frontière. Ces protestataires qui, disent-ils, jusqu’à présent, sont convaincus que les dominicains sont des racistes féroces, ont rétorqué que les dominicains doivent en effet respecter le droit des migrants haïtiens s’ils veulent vraiment prouver le contraire. L’annulation sans condition de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle n’a pas été l’unique revendication de ces organisations. Selon Jean Robert Argant, coordonnateur du Collectif 4 décembre, la paix et l’entente sur l’île entière, la réparation pour les nombreuses agressions physiques, morales, verbales, diplomatiques et psychologique faites aux haïtiens, font aussi partie des réclamations du Collectif. « Nous n’avons rien contre le peuple dominicain, au contraire nous sommes deux peuples condamnés à vivre en commun accord », a-t-il précisé. Le problème, dit-il, ce sont les autorités dominicaines, leurs réactions vis-à-vis des ressortissants haïtiens. Sunilda Santana, secrétaire générale de la FMUNHA, cette organisation qui lutte pour le respect des droits des haïtiens et des dominicains, abonde presque dans le même sens que le coordonnateur du Collectif 4 décembre. Elle a profité de l’occasion pour lancer un appel à la solidarité entre les deux peuples. Selon elle, en tant que citoyens partageant une île, nous ne faisons pas la promotion de notre bonheur, ni de notre respect aux yeux de l’international. « Que la paix, et l’union soient rétablies sur l’île, pour éviter le pire dans les jours à venir », a-t-elle souhaité. La question de farine en forte teneur d’additif cancérigène de bromate de potassium, et d’azodicarbonamide, provenant de la République dominicaine, a été également soulevée lors de ce sit-in. Duverglas Chérilus, l’un des représentants des Moulins d’Haïti, anciennement appelé Minoterie d’Haïti, a informé qu’avec une capacité de production de 24 000 sacs par jour, l’entreprise a la capacité d’approvisionner le marché national, et ensuite exporter les excédents dans les pays amis. Sans la complicité de l’État haïtien, croit-il, la farine de la République dominicaine n’aurait jamais envahi le marché national. Une double manifestation à la frontière Alors que les organisations de la société civile haïtienne étaient en pleine revendication, des syndicats de chauffeurs dominicains étaient eux aussi en train d’augmenter la pression à l’autre bord de la frontière. Selon des informations fournies par Roland Chéry, candidat à la députation pour la circonscription de Ganthier, Des haïtiens en représailles ont brûlé dans l’après- midi du 23 juillet dernier, un autobus d’un citoyen dominicain. Cette situation s’est produite après la mort de l’un de leurs proches, tué par balle, dans la matinée, par un chauffeur dominicain, a expliqué l’aspirant parlementaire. Les dominicains ont en effet profité de cette occasion, pour également exiger réparation à l’État haïtien. Ils ont tenté de perturber le sit-in, en essayant de lancer des pierres sur les manifestants. Grâce à la vigilance des agents dominicains et haïtiens, qui sont intervenus pour gérer la situation, le sit-in s’est terminé sans aucun incident. Les organisations de la société civile n’entendent pas abandonner la lutte contre l’anti-Haïtianisme dominicain. Après avoir gagné les rues de Port-au-Prince le 21 juillet dernier, plusieurs d’entre-elles ont encore une fois, ce mardi, à l’initiative du Collectif 4 décembre, fait une nouvelle sortie. Haïtiens et Dominicains devant la barrière de la frontière Haïtiano-dominicaine pour dénoncer les autorités de la République dominicaine. / Photo : Évens Régis
  • 7. MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0 54 | 7 Un atelier autour de la protection de l'environnement par Reynold Aris Sandra Honoré encourage la participationSources : Alterpresse HAÏTI/ENVIRONNEMENT HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES S ensibiliser la popula- tion à la protection de l’Environnement, arriver à un engagement écologique, sont, certains des objectifs, poursuivis par les responsables de ce ministère. Les aires protégées sont des zones délimitées par l’État en vue de protéger et conserver les ressources naturelles et culturelles qui s’y trouvent, informe le coordonnateur adjoint de l’Anap, Prénor Coudo. Cette démarche, poursuit-il, permettra à l’État de définir les modes d’exploitation pouvant s’effectuer dans ces espaces dans la perspective d’une gestion durable. Le coordonnateur adjoint a indiqué que ces surfaces sont des zones qui sont sous le contrôle de l’État. Ce faisant, il revient aux autorités étatiques de déterminer le plan d’intervention dans ces espaces. Il a tenu à préciser que même lorsqu’une personne serait le propriétaire d’un terrain faisant partie de ces périmètres protégés, elle ne peut mener des actions qui ne correspondent pas à la logique de leur fonctionnement. Quant à cet atelier, M. Coudo a fait savoir qu’il revêt une grande importance dans le cadre de la bataille du ministère à promouvoir le développement durable et favoriser du même coup la protection de l’environnement. Il a en outre fait remarquer que pour pallier le manque de connaissance du public autour de ce concept, le MDE s’engage à les en informer. Cela, précise-t-il, permettra aux membres de la population de changer de comportement vis-à-vis de ce patrimoine commun qu’est l’Environnement. Cadre légal de l’Anap Après sa création en 1994, le MDE s’est évertué à renforcer son combat pour la protection de la Biodiversité suite à la publication du décret du 26 Janvier 2006. Celui-ci, indique le coordonnateur adjoint de l’Anap, porte sur la gestion de l’environnement et la régulation de la conduite des citoyens et citoyennes pour un développement durable. Ainsi, il revient à l’État de garantir le droit des générations futures‚ le développement durable et le patrimoine commun de la nation haïtienne. Selon ce décret, explique M. Coudo, les aires protégées officielles sont estimées à environ 14. Près de 35 autres espaces, souligne- t-il, sont appelés à devenir des surfaces protégées en attendant la publication d’un arrêté présidentiel les consacrant en tant que tels. À ce stade, il reviendra à l’Anap d’assurer leur prise en charge, selon les prescrits de ce décret. L’ensemble de ces espaces, informe le coordonnateur adjoint, s’élève à environ 75 mille hectares, soit 6,5 % de la surface terrestre du pays. Quid de la mission de l’Anap Comme toute institution, l’Anap constitue un nouvel outil dans le cadre de la gestion des aires protégées. Coordonner le système national des aires protégées, protéger la diversité biologique, telles sont, entre autres, tâches assignées à l’Agence. Prise en charge des aires protégées Quant aux décisions relatives aux aires protégées, M. Coudo informe que lorsque des espaces ont ce statut, le premier élément à envisager consiste à mettre en place un plan de gestion. Au regard de toutes ces surfaces, souligne-t- il, il n’y a que le parc Macaya qui soit sur le plan d’être finalisé. Les autres n’en disposent pas encore. Il annonce que ce plan sera lancé, sous peu, pour ces autres espaces. Entre-temps, des interventions, informe M. Coudo, sont en cours d’élaboration suivant une méthodologie nationale. Selon ce qu’a déclaré le coordonnateur adjoint de l’Anap, la Banque interaméricaine de développement est en train de piloter un projet baptisé « protection Macaya » avec le financement de la Norvège et le fonds mondial pour l’Environnement. En ce qui a trait à Forêt des Pins, il affirme que c’est la firme « Helvetha » qui exécute un projet avec le support de l’ambassade de Suisse. Il a cependant indiqué que le parc national marin dénommé « Parc des Trois Baies et des lagons aux bœufs », à Limonade (département du Nord-est), n’en dispose pas non plus. Par ailleurs, le coordonnateur a indiqué que ce plan de gestion nécessitera également la mise en place d’un corps de surveillance environnementale. Celui-ci, dit-il, aura comme mission principale de sensibiliser la population à la protection des aires protégées. Il dit espérer que les participants vont comprendre que les aires protégées représentent un véritable filon pour le pays. Au terme de cette activité, le coordonnateur de l’Anap informe que le MDE arrivera à la mise en place d’une stratégie nationale afin de s’engager dans la protection de ces espaces. Il aussi profité de l’occasion pour annoncer la tenue prochaine d’un atelier dans le département du Nord-est, notamment dans le Parc des Trois Baies, le 13 août prochain. L a représentante spéciale en Haïti du secrétaire général des Nations Unies, Sandra Honoré, encourage les Haïtiens et Haï- tiennes à participer aux Législatives du 9 août dans un message audio transmis aux médias. « Jwèt pou nou » (La balle est dans votre camp), dit-elle dans ce message en Français et en Créole haïtien. « Votre participation en grand nombre et votre décision de faire une croix sur la violence sous toutes ses formes seront l’occasion pour vous de démontrer que vous avez choisi définitivement la paix et la démocratie », poursuit la cheffe de la Mission de Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). 5 millions 848 mille personnes sont attendues aux urnes dimanche pour élire 119 députés et 20 sénateurs. Sandra Honoré rappelle le caractère « essentiel » de ces élections, ajoutant que voter est un « droit démocratique individuel ». « Ces élections seront l’occasion pour Haïti d’installer pour une troisième fois consécutive un président démocratiquement élu à l’issue de deux mandants présidentiels successifs de cinq ans », affirme Sandra Honoré. La présidentielle est fixée au 25 octobre et mettra aux prises 55 candidats et candidates. La représentante de Ban Ki-moon souligne que cette « stabilité » est essentielle pour la paix, la sécurité et le développement socio- économique. « Jusqu’à présent tous les acteurs ont fait leur part », dit-elle, rejoignant le Conseil électoral provisoire et la police nationale d’Haïti qui se sont déjà déclarés prêts pour ces compétitions. Sept mille policiers appuyés par la police des Nations Unies et éventuellement les militaires seront déployés dans tout le pays le 9 août, précise Sandra Honoré. Malgré le discours résolu des principaux acteurs, des doute subsistent quant à la tenue des Législatives dans certaines zones échappant encore au contrôle des forces de l’ordre, à l’image notamment de Cité Soleil (périphérie nord) et Petit-Goâve (Ouest). Le ministère de l’Environnement (MDE) a organisé un atelier de travail sur le système national des aires protégées (Snap) à l’intention du personnel dudit ministère et de ses directeurs départementaux. « Résolution d’un problème de conservation dans une des aires protégées en fonction du découpage régional », a été le thème central autour duquel les débats se sont déroulés, le 4 août 2015, dans les locaux du MDE à Pacot (Port- au-Prince). Sandra Honoré. / Photo (archives) : J. J. Augustin ACTUALITÉ
  • 8. 8 | N0 54 MERCREDI 5 AOÛT 2015 MONDE L'OIM demande à l'UE des mesures pérennes sur l'immigration Sources : Reuters L ’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a appelé mardi l’Union euro- péenne à mettre en œuvre des mesures de long terme face à la crise créée par l’afflux de migrants, notam- ment à Calais, en France, d’où des centaines d’entre eux tentent chaque jour de pénétrer en Grande-Bretagne. Près de 200 000 candidats à l’immigration sont arrivés par la mer dans l’Union européenne, prin- cipalement en Italie et en Grèce, depuis le début de l’année, et plus de 2 000 personnes ont trouvé la mort en tentant de faire de même, a précisé l’organisation internatio- nale. On estime entre 3 000 et 5 000 le nombre de migrants venus d’Afrique et du Moyen-Orient présents à Calais. Dix ont trouvé la mort depuis le 1er juin en tentant de passer en Grande-Bretagne. « L’OIM pense que la dimension humaine de la situation à Calais doit devenir une priorité, la France et la Grande-Bretagne étant con- frontés à d’importants problèmes de sécurité et à des perturbations du tourisme et du commerce », a déclaré son directeur général, Wil- liam Lacy Swing, dans un commu- niqué. Pour l’organisation, les migrants venus d’Afrique sub-saharienne se trouvent « bloqués dans une situation précaire avec peu de solu- tions alternatives ». « Le nombre des migrants qui arrivent est tout à fait gérable pour l’UE, au vu de l’ampleur de son territoire et de ses ressources. Il faut adopter une approche plus large et à long terme, qui englobe aussi la situation immédiate à laquelle sont confron- tés la France et le Royaume-Uni », a dit Eugenio Ambrosio, directeur régional de l’OIM pour l’Union euro- péenne, la Norvège et la Suisse. La situation à Calais a conduit le gouvernement britannique à durcir ces dernières semaines son discours sur l’immigration. Lon- dres a ainsi promis d’accélérer l’examen d’un projet de loi visant à durcir les règles en la matière. Les propriétaires qui louent des logements à des personnes en situation irrégulière pourraient ainsi être condamnés à des peines de prison et les candidats à l’asile dont la demande a été rejetée pour- raient être privés de prestations sociales. Pour Itayi Viriri, porte-parole de l’OIM, même si elles ne sont pas connues en détail, les propositions britanniques posent problème. « Elles font des propriétaires des fonctionnaires de l’immigration, or je ne suis pas sûr que les proprié- taires reçoivent la moindre forma- tion leur permettant de procéder à ce type de vérifications en matière d’immigration », a-t-il dit à la presse. « En attendant d’avoir des préci- sions sur la manière exacte dont cela fonctionnera, on ne peut que dire que cela ne semble pas très praticable. » L ’Union européenne et les Etats- Unis ont appelé mardi la Tur- quieàs’enteniràune«réponse appropriée » dans ses attaques aériennes contre la rébellion kurde du PKK, pointant leur inquiétude sur l’ampleur des raids aériens turcs qui entretiennent le cycle de représailles et pourraient tuer des civils. Au moins deux autres soldats turcs ont trouvé la mort mardi matin dans une nouvelle attaque contre un convoi militaire attribuée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), alors qu’Ankara poursuit ses bombardements massifs contre les bases de la guérilla du nord de l’Irak. La Turquie a lancé le 24 juillet une « guerre contre le terrorisme » visant simultanément le PKK et les combattants du groupe Etat islamique (EI) dans le nord de la Syrie. Mais jusqu’à présent les raids ont visé en très grande majorité la rébellion kurde, ces violences met- tant un terme à près de trois années d’accalmie et à un fragile processus de paix. L’armée d’Ankara affirme avoir tué plus de 260 combattants dans ses bombardements. Selon des sources kurdes, dix civils irakiens ont aussi été tués dans des raids ce weekend, mais l’armée affirme n’avoir visé aucune zone habitée. Selon un décompte de l’AFP, au moins 19 membres des forces de l’ordre ont été tués par des attaques du PKK depuis la fin de la trêve. Dans un communiqué publié à Bruxelles, le commissaire euro- péen à l’Elargissement, Johannes Hahn, s’est dit « très préoccupé » par l’escalade de la violence. « L’UE reconnaît que la Turquie a le droit de prévenir et de réagir à toute forme de terrorisme, qui doit être condamné sans ambiguïté », a affirmé M. Hahn dans un com- muniqué publié après un entretien avec le ministre turc aux Affaires européennes Volkan Bozkir. Avant d’ajouter : « la réponse doit toutefois être proportionnée, ciblée et elle ne doit en aucun cas mettre en danger le dialogue politique démocratique dans le pays ». De Washington, le porte-parole du département d’Etat, Mark Toner, a envoyé le même message. « Nous voulons que le PKK renonce à la violence et reprenne les discussions avant le gouvernement turc (...) et nous voulons voir le gouvernement turc répondre de manière propor- tionnée » aux attaques, a-t-il dit à des journalistes. Drones armés Un attentat survenu le 20 juillet à Suruç (sud), qui a fait 32 morts parmi de jeunes militants kurdes, a déclenché un cycle de représailles entre la guérilla et l’armée turque, celle-ci étant accusée de ne pas avoir protégé la population locale. La guérilla a rompu un cessez-le- feu unilatéral datant de 2013 et le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis un terme de facto au processus de paix. Les opérations de sabotage contre des objectifs économiques se multiplient en Turquie parallèlement aux attaques de la guérilla contre les forces de l’ordre. Mardi, une explosion a endommagé un gazoduc entre l’Azerbaïdjan et l’est de la Turquie et l’acheminement de gaz a dû être suspendu. De leur côté, les Américains comp-tent profiter du feu vert que vient de leur donner Ankara sur l’utilisation de leur base aérienne d’Incirlik (sud) afin de mener des frappes contre le groupe EI en Syrie. Le ministère américain de la Défense a affirmé lundi soir que des drones armés de l’US Air Force avaient décollé d’Incirlik pour conduire des missions en Syrie. « Ce n’est qu’un début... », a twitté Brett McGurk, bras droit du général américain John Allen, l’envoyé spé- cial des Etats-Unis dans la région en charge de la lutte contre l’EI. Selon les médias turcs, des dizaines de pilotes américains sont attendus dans les prochains jours à Incir- lik pour conduire des missions en Syrie. Sur le plan politique, la situ- ation semble toujours bloquée en Turquie, qui attend la formation d’un gouvernement de coalition depuis les élections du 7 juin ayant privé le parti islamo-conservateur AKP de la majorité absolue au Par- lement. Des discussions entre l’AKP et le parti social-démocrate CHP se poursuivent sans avancée majeure, et les médias parient sur la convo- cation de législatives anticipées par le président turc. Turquie : l'UE et les Etats-Unis pressent Ankara de faire preuve de retenue Sources : AFP AFP/AFP - Un avion turc chargé de missiles décolle de la base d’Incirlik, le 28 juillet 2015. Reuters/Reuters - Migrants secourus par la garde-côte italienne en mer Méditerranée entre la Libye et l’ile de Lampedusa. /Photo prise le 3 août 2015/ REUTERS/Darrin Zammit Lupi
  • 9. MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0 54 | 9 MONDE L e cap des 2 000 migrants et réfugiés morts cette année en mer Méditerranée en tentant de gagner l’Europe par la mer a été franchi ce week-end, un bilan humain tragique supérieur à celui de la même période de l’année 2014. « Malheureusement nous avons atteint ce week-end un nouveau niveau avec plus de 2 000 migrants et réfugiés morts » en 2015 en tentant de joindre l’Europe via la Méditerranée, a indiqué mardi à Genève Itayi Virri, porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Pour la même période de 2014, 1 607 migrants avaient péri dans leur traversée hasardeuse de la Méditerranée, 3 279 sur l’année entière. L’OIM indique également que quelque 188 000 migrants sont arrivés depuis janvier en Europe, principalement en Grèce et en Italie, via la Méditerranée et elle s’attend à ce que le chiffre symbolique des 200.000 personnes soit « très rapidement atteint ». Approximativement 90 500 migrants et réfugiés sont arrivés en Grèce et 97 000 en Italie, mais les décès sont essentiellement enreg- istrés dans les tentatives de traver- sée depuis l’Afrique du Nord vers l’Italie. Il y a eu 1 930 décès sur cette route contre une soixantaine sur la route de la Grèce, générale- ment depuis la Turquie. Ce bilan est plus modeste car la traversée est beaucoup plus courte entre les côtes turques et les îles grecques. Dix-neuf décès dans le canal de Sicile la semaine dernière sont venus s’ajouter à ce bilan, précise l’OIM. Dans un des cas, 14 corps ramenés dans le port sicilien de Messine, les migrants sont morts d’épuisement et de soif après que l’eau potable eut été utilisée pour refroidir le moteur du bateau, selon les témoignages recueillis par l’OIM. Pression maintenue à Calais Pour beaucoup de ces migrants, la Grande Bretagne reste l’objectif final de leur marche vers l’Europe du nord et Calais, dans le nord de la France, reste un point de passage malgré le dispositif policier mis en place par la France en coordination avec les Britanniques. Quelque 600 tentatives d’intrusion de migrants, selon la police, ont été déjouées dans la nuit de lundi à mardi aux abords du tunnel sous la Manche, près de Calais, qui faisait par ailleurs l’objet d’une « inspec- tion » provoquant des retards de trafic. Ce chiffre est cependant en forte baisse comparé aux 1 700 tenta- tives de candidats à l’immigration en Angleterre enregistrées la nuit précédente. Le groupe Eurotunnel qui gère l’installation sous-marine entre la France et l’Angleterre a annoncé qu’il effectuait une inspection au sein du couloir sud du tunnel, après la détection d’une « anomalie », qu’il n’a pas précisée, mais qui pro- voquait des retards dans le trafic mardi matin. Les passagers devaient tabler sur une attente de deux heures au départ de Folkestone en Angle- terre, et d’une heure côté français, le trafic étant détourné sur le seul tunnel nord. Dans la nuit, environ 500 migrants ont été dénombrés aux abords du site, pour 600 tentatives d’intrusion, dont 400 ont été repoussées. Envi- ron 180 personnes interceptées ont été reconduites hors du site et une vingtaine interpellées, a détaillé une source policière. Responsabilité morale’ de l’Europe Selon l’OIM, de 3 000 à 5 000 migrants campent à Calais dans l’attente d’un hypothétique moyen de traverser la Manche. Dix sont morts dans leurs tenta- tives depuis le 1er juin. « L’Europe a une responsabilité morale et poli- tique pour répondre (à cette crise) de façon humanitaire », a souligné Eugenio Ambrosi, directeur de l’OIM pour l’Union Européenne. Il appelle à des solutions à long terme, avec des protections interna- tionales pour ceux qui arrivent en Europe. L’OIM souligne également que les projets de renforcer les bar- rières autour du port et du tunnel « seront inefficaces pour contrôler les migrations irrégulières mais égale- ment dangereux pour les migrants, et augmenteront les demandes pour les passeurs ». A Bruxelles, la Commission Euro- péenne a indiqué que le Com- missaire pour les migrations et les Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos doit appeler mardi les ministres de l’Intérieur français et britannique pour voir ce que Bruxelles peut faire sur le plan de l’aide financière et pratique dans le traitement des demandes d’asile et de l’organisation des retours. Plus de 2 000 décès de migrants en Méditerranée cette année Sources : AFP AFP/AFP/Archives - Capture d’écran d’une vidéo fournie le 2 mai 2015 par les garde-côtes italiens de migrants secourus en Méditerranée Guatemala : l'ex-dictateur Rios Montt hospitalisé pour des examens psychiatriques Sources : AFP L ’ancien dictateur du Gua- temala, Efrain Rios Montt, poursuivi pour génocide, a été admis mardi dans une clinique psychiatrique afin d’y subir des exa- mens devant déterminer s’il est apte à suivre son procès, a constaté un photographe de l’AFP. Dissimulé sous une couverture, le général à la retraite, âgé de 89 ans, a été transporté en ambulance aux côtés de ses enfants Zury et Enrique de sa résidence située dans l’est huppé de la capitale à la cli- nique Los Pinos. Cette hospitalisation a été ordon- née par le tribunal chargé de son procès pour génocide. L’accusation avait dans un premier temps demandé qu’il soit examiné dans un établissement public, mais la défense a obtenu que les examens soient réalisés dans une clinique privée. Accusation et parties civiles soupçonnent les médecins de l’ancien dictateur, à la tête du pays durant 17 mois entre 1982 et 1983, de lui administrer des médicaments destinés à le faire passer pour sénile, afin de lui éviter d’être traduit en justice. L’accusé sera placé sous la sur- veillance « d’agents du parquet et de la police », a ordonné la juge Maria Eugenia Castellanos. L’hospitalisation devrait se prolon- ger jusqu’au 15 août. « Se trouvant dans un hôpital privé en présence de sa famille, de ses amis, etc., nous considérons qu’il sera très difficile pour le panel d’experts désignés de réaliser un travail objectif et impar- tial », a regretté auprès de l’AFP Me Hector Reyes, avocat du Centre pour l’action légale pour les droits de l’homme (Caldh), partie civile au procès. Une audience est prévue le 18 août pour prendre connaissance des résultats de l’expertise. M. Rios Montt est accusé, au côté de son ancien chef des renseignements, d’être responsable du massacre par l’armée de 1 771 indiens mayas de l’ethnie des ixiles, dans le nord du Guatemala, durant son court mandat. Déjà jugé en 2013 pour génocide, une première pour un ancien diri- geant latino-américain, il avait été condamné à 80 ans de prison mais la procédure avait été annulée par la Cour constitutionnelle, qui avait ordonné la tenue d’un nouveau procès. Après plusieurs reports, celui- ci a débuté le 23 juillet, mais la défense de l’ancien général, placé en résidence surveillée en raison de son âge, a présenté un certificat médical établissant qu’il n’était pas en état mental d’assister à son jugement. Cette expertise a été contestée par l’accusation, qui a demandé un examen indépendant.
  • 10. 10 | N0 54 MERCREDI 5 AOÛT 2015 ÉCONOMIE Des avis (encore*) partagés sur la construction du viaduc de DelmasPar Emmanuel Marino Bruno | AlterPresse**. HAÏTI/INFRASTRUCTURES A u Carrefour de la route de l’aéroport international (intersection route de Delmas et avenue Martin Luther King, plus connue sous le nom de Route de Nazon), à proximité du viaduc entouré en tôles, des march- andes et marchands, vendeuses et vendeurs (pour la plupart des jeunes) s’entassent, sous un soleil de plomb, sur des trottoirs, à l’abri de parasols de couleur rouge. Des étals d’articles divers, dont des téléphones, des cartes de recharge, des parfums, des préser- vatifs et des livres y sont, entre autres, installés, contraignant même les piétonnes et piétons à se frayer un chemin par la chaussée. Les espaces pour les piétons sont encombrés aussi par des plateaux, établis par des marchandes et marchands de nourriture prête à la consommation. « On ne nous a pas donné une vraie route. C’est uniquement un pont pour traverser. Ils pensent que le peuple ne sait pas ce qu’est une route. On est obligé de l’accepter », regrette un jeune habitant, assis sous un parasol, avec quelques camarades, dont l’un fume une cigarette. La passerelle ressemble à un dos de chameau, avec des eaux qui coulent de chaque côté en période de pluie, ironise-t-il pour mon- trer combien cette infrastructure laisse à désirer, pour l’instant. Il dit souhaiter l’aménagement d’un espace de détente ainsi que des nettoyages réguliers, compte tenu de la présence de nombreux marchands des deux côtés du trot- toir. « La place publique, qui a été démolie au Carrefour de la route de l’aéroport, me manque beaucoup. Elle me permettait de gagner ma vie », se désole un ancien agent de la mairie de Port-au-Prince. Les embouteillages ont consi- dérablement augmenté durant les travaux de construction du viaduc, rapporte un autre vendeur dans la zone, qui dit espérer une amé- lioration de la circulation après l’achèvement de cette passerelle. Les travaux de construction du viaduc entraînent, en ce moment, un problème de circulation au niveau de certaines artères situées au Carrefour de la route de l’aéroport, explique un bouquin- iste, debout près de ses livres étalés le long du trottoir. Les panneaux de signalisation mettent trop de temps à changer de couleur, évoque, pour sa part, un autre passant. Cette lenteur serait à l’origine du blocage dans la circulation automobile, selon plusieurs témoins. « Je ne suis pas tout-à-fait satisfait. S’il y avait plus de volonté politique, ces infrastructures routières auraient été mieux construites », avoue un marchand de parfum, perdu dans l’arrangement méticuleux de ses articles. Les travaux de construction du viaduc ont perturbé la vente à cause de l’étroitesse des routes, qu’elle a provoquée au niveau du Carrefour de la route de l’aéroport, se plaint un vendeur de téléphones et d’autres articles. Des individus se font même braquer la nuit par des voleurs en dépit d’un poste de police, situé à proximité du viaduc, rapporte-t-il, appelant les autorités à redoubler de vigilance. La construction de ce pont à étagement (viaduc), à Delmas, est exécutée par la compagnie domini- caine Estrella pour le compte du gouvernement haïtien, dans le cadre « d’un plan d’action pour le relèvement et le développement d’Haïti ». Évalué à hauteur de 16 à 17 millions de dollars américains, ce viaduc en cours d’achèvement aurait dû être inauguré en mars 2015. Cependant, des retards ont été accumulés pour des raisons non rendues publiques. Plusieurs bâtiments, qui se trou- vaient dans le périmètre de cette construction, ont été démolis. *’L’ajout est de la rédaction du National (ndlr). **Document retrouvé. Publié par AlterPresse le 13 mai 2015. Les travaux, en ce début d’août 2015, ont repris et sont encore en cours d’achèvement. La construction du viaduc de Delmas (au nord-est de la capitale Port-au-Prince) suscite des réactions diverses de la part des riverains, passants et marchands installés dans cette zone, qui se sont confiés à l’agence en ligne AlterPresse.
  • 11. MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0 54 | 11 ÉCONOMIE « Haïti, situation mac- roéconomique récente : com- ment assurer un redressement durable et une croissance économique inclusive ». La théma- tique de ce forum, organisé le ven- dredi 31 juillet à l’hôtel Montana, a réuni des personnalités du monde des affaires et de la classe politique. La sécheresse a bon dos Des données du Fonds monétaire international ont montré qu’Haïti a atteint une croissance de 3,8 % du PIB en 2014 ( ?). Pourtant, constatent certains économistes, la croissance ne sera pas du tout au rendez-vous en 2015. La dette publique a poursuivi sa tendance haussière au voisinage de 30 % du PIB de l’année en cours. L’agriculture haïtienne est passée de plus de 40 % – années 1980 –- à 24 % du PIB. Les sous-secteurs eau et énergie ne représentent que 0,5 % du PIB. L’industrie manufac- turière croupit en dessous de 10 % du PIB. Pour un pays à vocation agricole et industrielle, ces chif- fres reflètent-ils des avancées sur le plan économique ? Les chiffres et tableaux présentés à ce forum n’autorisent guère à croire, hors de tout doute raison- nable, que le pays – en raison des conditions socioéconomiques pré- caires de la population haïtienne – expérimente une croissance économique. Toutefois, Wilson Laleau, inter- venant principal à cet atelier, a dessiné un panorama presque idyllique de la situation mac- roéconomique, argumentant que les données statistiques du MEF contredisent ce que disent « des gens » qui font croire que le pays se trouve dans une situation économique fragile. « Les finances publiques, a-t-il claironné, vont bien. Nous avons une croissance de 2,9 % ». Il a fait remarquer que la sécheresse qui prévaut dans le pays depuis neuf mois pourrait empêcher le taux de croissance prévu. Pour lui, « la bonne gestion des finances publiques » n’a pas pu empêcher le décrochage du taux de change. Cette rencontre a été l’occasion pour lui de présenter des données statistiques liées au PIB durant les trente dernières années. « De la période allant de 1996 à 2003, a-t-il concédé, la croissance d’Haïti était négative – soit – 0,5 % - pendant que la République dominicaine accusait un taux de 4,1 % de son PIB. » L’appui à la croissance et à l’agriculture, l’appui au dével- oppement des petites et moyennes entreprises, la réorientation de l’économie nationale » sont, entre autres, les réformes proposées par le ministre Laleau. En restituant des chiffres déjà publiés par la Banque mondiale et le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), Wilson Laleau a montré que les principaux indi- cateurs d’activité sont en hausse, mis à part le sous-secteur de l’énergie. « L’expansion de l’activité économique enclenchée, il y a trois ans, suit une progression lente. » D’entrée de jeu, si le titulaire du MEF a, d’une manière aca- démique, présenté des données qui reflètent une courbe en dents de scie dans tous les secteurs d’activités, Gregory Brandt, coor- donnateur du Forum économique du secteur privé, a, pour sa part, tenté de reconstituer le véritable contour historique de l’économie haïtienne. Lors de son allocution, il a posé les bases de ses réflexions sur ce qu’il appelle les « anomalies structurel- les » de la politique économique des trente dernières années con- sidérée comme un échec. Une toute autre perception Durant ces trente dernières années, a constaté l’homme d’affaires et industriel Grégory Brandt, les fuites de devises pour l’acquisition des biens importés – jadis produits en Haïti – sont passées de 500 millions à 4,5 milliards de dollars américains « La politique de stabilisation de la monnaie imposée par le gouverne- ment pour lutter contre l’inflation n’a jamais créé d’emplois ». Pour M. Brandt, le dollar américain fait la promotion des importations en affaiblissant la compétitivité des industries locales. Aujourd’hui, a-t-il dit, on paie le « prix fort », à cause des conséquences de cette tentative ratée de stabilisation de la monnaie nationale. Le coordonnateur du Forum a fait remarquer que sans création d’emplois, sans croissance, l’État haïtien se trouve dans une situa- tion fiscale fragile. La forte dépen- dance économique qui s’ensuit, a-t-il poursuivi, s’est traduite par un affaiblissement de l’État. Pendant que l’État augmente sa dépendance externe pour le financement des obligations pub- liques – a-t-il – souligné- les res- sources fiscales s’amenuisent et stagnent. Pire, « l’État ne peut pas remplir souverainement ses obligations régaliennes, notam- ment l’organisation des élections », a-t-il martelé. Wilson Laleau a conclu que la transformation de la société ne peut être impulsée qu’avec un changement radical de cet état de faits. Ainsi, le problème de l’instabilité, a-t-il plaidé, ne pourra être résolu sans une « politique publique volontariste » permet- tant de traiter la question de la pauvreté, d’élargir la base de la classe moyenne, de développer et de mettre à profit des potentialités et capacités des territoires et des individus. Participant à ces assises, à l’invitation du Forum économique, l’avocat et candidat à la pré- sidence André Michel, de la plateforme Justice, croit que les questions économiques et socia- les du pays doivent prévaloir aujourd’hui et faire l’objet d’un débat sérieux. Pour André Michel, chaque moment de l’Histoire a son propre enjeu. « En 1804, faire l’indépendance a été le principal enjeu. De 1957 à 1986, l’enjeu était de créer des espaces de lib- ertés publiques et démocra- tiques. Aujourd’hui, l’enjeu,F c’est de créer un environnement économique accessible à toutes et à tous. » Il en a déduit qu’un vrai parte- nariat public-privé doit naître en vue de la création d’emplois. « Il s’agit d’investir dans la produc- tion nationale et de réduire les déficits publics », a-t-il conclu. COURSDELAGOURDE EN DATE DU 4 AOÛT 2015 TAUX DE RÉFÉRENCE (BRH) .Tauxmoyend’achat:54.8784GDES .Tauxmoyendevente:55.5469GDES Controverses autour de la situation socioéconomique du paysPar Therno N. A. Sénélus FORUMÉCONOMIQUEDUSECTEURPRIVÉ Le forum économique du secteur privé haïtien de 2015 a suscité certaines controverses autour de l’état de santé de notre économie. Le ministre de l’Économie et des Finances (MEF), Wilson Laleau, a tenté de faire la lumière sur les grandes questions économiques et les enjeux en présence. Une tâche qui n’a pas du tout été facile. Le ministère de l’Économie et des Finances, Wilson Laleau. / Photo : J. J. Augustin
  • 12. L abaisseimportantedelavaleur du dollar canadien face à la devise américaine s’explique par la faiblesse des prix du pétrole et une éventuelle nouvelle baisse des taux d’intérêt. Le prix du baril de pétrole brut a plongé lundi à son plus bas niveau en quatre mois, à près de 45 dollars américains le baril. Les marchés s’attendent par ailleurs à ce que la Banque du Canada abaisse à nouveau son taux directeur d’un quart de point de pourcentage, comme elle avait fait le 15 juillet dernier. Pour faire face au ralentissement de l’économie, la Banque du Canada avait en effet abaissé son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, l’établissant à 0,50 %. Et, bien qu’elle évite d’utiliser le terme « récession », elle avait affirmé que le produit intérieur brut (PIB) s’est « modestement contracté » au cours des six premiers mois de l’année. Une récession est une baisse de la valeur du PIB réel durant six mois consécu- tifs. La baisse d’un quart de point du taux directeur est accompagnée d’une révision à la baisse de la prévision de croissance économique. La Banque du Canada s’attend maintenant à une croissance du PIB de 1,1 % cette année, alors qu’elle misait sur une hausse de 1,9 % en avril dernier. La Banque du Canada explique le récent ralentissement de l’économie canadienne par, d’une part, le bas niveau des prix du pétrole, qui a fait reculer les investissements dans le secteur de l’énergie. D’autre part, la banque centrale cite les exportations canadiennes, plus faibles que prévu, et ce, malgré la baisse du dollar cana- dien. « C’est une décision suffisamment complexe pour avoir exigé bien des délibérations. On voudrait savoir quels seront les effets sur la stabilité finan- cière. Est-ce que le choc [pétrolier] est temporaire ou permanent? C’est ce qu’examinent les économistes », avait concédé Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada. Le gouverneur de la Banque du Canada s’était soigneusement gardé de parler de récession en conférence de presse. Questionné à cet effet, il a répondu que « c’était un débat peu utile ». Stephen Poloz rappelle que le pétrole et le gaz représentent 10 % de l’économie cana- dienne. C’est précisément ce secteur qui a subi un choc, a-t-il expliqué. Mais « si ce choc se faisait sentir partout, la conversation serait différente ». M. Poloz dit s’attendre à ce que « les ten- dances positives » contrebalancent la situation. La décision de réduire le taux directeur permettra de garder le dollar cana- dien à un bas niveau vis-à-vis de la devise américaine, ce qui, en règle générale, stimule la consommation et les exportations. C’est la deuxième fois cette année que la Banque du Canada abaisse son taux directeur pour stim- uler l’économie. En janvier, la Banque du Canada avait pris tout le monde par surprise en réduisant son taux directeur pour la première fois en cinq ans. Elle tentait ainsi d’aider l’économie à encaisser le choc de la baisse des prix du pétrole. « On fait de la gestion de risque », avait alors déclaré Stephen Poloz. Dans une déclaration publiée par le bureau du premier ministre canadien Stephen Harper, on explique que l’économie canadienne demeure fragile et qu’elle « est tirée vers le bas par les forces au-delà de nos frontières telles que les prix mondiaux du pétrole, la crise de la dette européenne et le ral- entissement économique de la Chine ». Actuellement, le taux d’inflation se situe à 0,9 %, ce qui confère à Ste- phen Poloz une marge de manœuvre suffisante pour baisser les taux. Le fait de réduire le taux directeur stimule les emprunts, ce qui, par ricochet, a un effet accélérateur sur les dépenses et les investissements. L’objectif de la banque centrale est de tenir en respect le taux d’inflation. Un taux d’inflation se situant entre 1 % et 3 % constitue en quelque sorte un gage de relative stabilité pour l’économie. À l’annonce de la réduction du taux directeur, le dollar canadien a perdu plus d’un cent, s’établissant à 77,53 ¢US, le niveau le plus bas depuis 2009, alors que le pays était en récession. Plusieurs banques ont réagi à la réduc- tion du taux directeur en diminuant leurs taux préférentiels. Les données rendues publiques par Statistique Canada le 31 juillet écoulé indiquent en outre que le produit intérieur brut réel s’est contracté pour un cinquième mois consécutif en mai, cédant 0,2 %, ce qui nourrit le sentiment négatif des investisseurs. 12 | N0 54 MERCREDI 5 AOÛT 2015 RÉCESSION Le dollar canadien s’est déprécié mardi matin de 0,29 cent pour descendre à 76,12 cents américain, un creux jamais vu en 11 ans. ÉCONOMIE Le dollar canadien à un creux depuis 2004 La Banque du Canada explique le récent ralentissement de l’économie canadienne par le bas niveau des prix du pétrole et la baisse des exportations | © PC/Paul Chiasson ÉCONOMIEURBAINE Denis Coderre, le maire globe-trotteur Par Daphné Cameron | La Presse* « Tous les problèmes de l’heure doivent passer par un gouver- nement de proximité», a-t-il expliqué il y a quelques jours lors d’une entrevue dans son bureau à l’hôtel de ville. «Une métropole qui se respecte se doit d’avoir une stratégie internationale parce qu’on est dans le village global en ce moment. Il n’y a plus de frontières.» Le point culminant de ses rencontres avec les maires du monde: le sommet Vivre ensemble, un forum qui a réuni les premiers magistrats de 23 villes en juin. «Les maires de Beyrouth, Hiroshima, Washington, Miami, Bruxelles, Paris, Casablanca, Dakar et Johannesburg sont venus, mais tout ça, c’est parce que je les ai rencontrés et je suis allé les chercher», a-t-il expliqué. Le forum s’est déroulé à huis clos, mais les maires y ont discuté d’immigration, de sécurité et d’ouverture. «Nous, on n’a pas attendu d’avoir un mandat: on s’est donné un mandat sur le rôle des villes dans l’échiquier mondial, pour confronter les problèmes de l’heure et faire partie de la solution.» Ambassadeur numéro 1 Recruter le pape François pour partici- per aux festivités du 375e de Montréal en 2017, attirer le Grand Prix de For- mule E, ramener une équipe de base- ball professionnel à Montréal, devenir l’hôte de congrès internationaux: les missions du maire ont aussi comme fil conducteur l’objectif d’attirer de grands événements. «C’est quoi, le rôle du maire? Le maire est l’ambassadeur numéro 1 de la métropole. Moi, je crois beaucoup à ça», explique M. Coderre. Lors de son voyage à Miami en mars 2015, le maire Coderre a rencontré les dirigeants de la Formule E dans l’espoir d’attirer la course à Montréal. «Il va y avoir la Formule E à Montréal, on est en train de finaliser le tout», dit-il. «La Formule E a une symbolique impor- tante. Montréal est une ville verte; 98% de notre énergie est renouvelable, donc je mise sur l’électrification. Quoi de mieux que l’événementiel pour attein- dre des millions de gens sur la planète en amenant la Formule E ici? Cet évé- nement-là envoie un message impor- tant en matière de développement durable. Montréal va être le chef de file et la capitale de l’électrification.» Baseball Ses missions à Miami, New York et Los Angeles ont aussi eu une thématique de baseball. «Évidemment, je tripe sport. Mes yeux s’allument quand on parle de sport! On a perdu une équipe de baseball, il faut la récupérer. C’est une industrie qui va amener son lot de rayonnement en terme touristique. Il n’y a rien de plus mouvant qu’un fan de baseball. T’amènes les Expos ici, tu vas avoir la côte est des États-Unis qui va venir à Montréal comme ça ne se peut pas.» Le pape a-t-il accepté l’invitation du maire de participer aux célébrations du 375e de Montréal? «Moi, j’ai con- fiance. Le fait qu’on s’y soit pris à l’avance, je crois qu’on peut avoir un succès sur toute la ligne. Le pape Fran- çois connaît Québec et le fait qu’entre- temps les premiers ministres Harper et Couillard lui ont rendu visite pour lui dire que c’est une bonne idée, ça montre qu’il y a eu une belle commu- nion d’esprit.» *La Presse est un quotidien franco- phone de Montréal, Québec. Le maire de Montréal affirme qu’il fait partie de ceux qui pensent que le monde se définit en terme de villes et non pas en terme de pays ou de continents. «Think global, act local», aime d’ailleurs répéter Denis Coderre à qui veut l’entendre. La majorité de ses missions à l’étranger lui ont d’ailleurs servi de tremplin pour nouer des liens avec d’autres maires.
  • 13. MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0 54 | 13 Pour réhabiliter l'environnement !Par Jackson Joseph P lusieurs observateurs avisés du pays lient les problèmes de l’environnement haïtien aux crises sociopolitiques qui détériorent chaque jour nos conditions de vie. La question s’agite pour une énième fois, et avec raison, tenant compte du premier tour des législatives qui doivent s’organiser le dimanche 9 août prochain. Mais encore, il faudrait considérer le fait que les quatre mois à venir sont consacrés aux élections s’il faut en croire les plus optimistes. Que ce soientlaprésidentielle,leslégislatives, les collectivités territoriales et locales, on est d’avis qu’il s’agit d’une période de renouvellement du personnel politique en Haïti. Voilà une grande opportunité pour nous de remettre en question la valeur des hommes et des femmes qui ont tenu les rênes du pays pendant longtemps déjà. Une opportunité de revoir les priorités dont nous dépendons : l’environnement, par exemple. L’ingénieur-géologue Claude Prepetit est d’accord qu’il s’agit de la plus grande urgence, la protection de l’environnement. Il prend en compte, pour le dire, la menace de catastrophes de toutes sortes:séisme,tsunami,glissement de terrain, inondations… Pour Yves André Wainright, la gestion de l’environnement requiert une stabilité économique sur une longue durée car, dit-il, la dégradation de l’écologie est une violation des droits humains ; elle a des conséquences beaucoup plus graves que même la criminalité sur la vie des citoyens. Yves André Wainright, agronome de profession, participait en juin 2014 à une conférence où il a fait remarquer que le ministère de l’Environnement était sous- utilisé ou très peu enclin aux fonctions pour lesquelles il a été créé depuis plus de vingt ans. Si ce même ministère reconnaît que la couverture forestière est réduite à une peau de chagrin (1,2 %), les responsables n’ont entrepris aucune campagne viable de reboisement qui ait pu pallier la gravité de la question. Pourtant ils avaient promis en 2014 justement de faire en sorte que la couverture forestière passe à au moins 4 % durant les trois prochaines années. Et on se demande ce qu’il en est réellement aujourd’hui et quels sont les efforts qui ont été consentis en ce sens. Voici venu le temps pour chacun de nous de prendre nos responsabilités vis-à-vis de la patrie, le temps pour nous de décider qui sont ceux-là qui vont mériter notre vote. Les discours mentent et sont orientés vers la prise du pouvoir, mais trop souvent sans projets convaincants. S’il est vrai que la vulnérabilité de l’environnement est patente, s’il est vrai qu’il s’agit de l’une des plus grandes urgences du pays, sinon la plus grande, pourquoi les projets de société ne tournent-ils pas autour de cela ? Pourquoi nos candidats à la députation et au Sénat, pour la grande majorité, n’ont aucun plan de sauvetage ? Notre pays est malade. Il faut de vrais médecins. D’aucuns sont d’avis que les vrais médecins se reconnaissent à l’œuvre. En cela, ne vous y trompez pas. L’ex- directeur du bureau des Mines et de l’Énergie, Dieuseul Anglade, disait toujours que les premiers protecteurs de l’environnement sont les citoyens eux-mêmes. Cela est bien vrai. Nous sommes les premiers agents protecteurs de l’environnement par notre engagement à le respecter et à le faire protéger. La déforestation et le déboisement se font toujours à outrance. Les données qui le traduisent depuis 2008 n’ont en rien changé et deviennent même parfois plus alarmantes. L’Organisation des Nations unies estimait à 30 millions les arbres abattus tous les ans, tandis que le directeur exécutif de la Fédération des amis de la nature, Pierre Chauvet, dans une intervention à Marriott Hôtel, le mois dernier, a parlé de près de 40 millions. L’abattement des arbres est un mal séculaire qui ronge l’espace physique haïtien. C’est une gangrène au développement socioéconomique du pays. Pourtant, ce n’est pas là le seul mal qui devrait nous préoccuper. Il y a aussi la menace des séismes qui persiste, mais aussi celle des inondations qui est notre partage dans la Caraïbe, compte tenu du fait que nous faisons partie de la trajectoire même des cyclones et tempêtes dont nous devons toujours redouter les effets catastrophiques. SOCIÉTÉ Une partie du quartier de Jalousie (Pétion-Ville)./ Photo : J. J. Augustin
  • 14. 14 | N0 54 MERCREDI 5 AOÛT 2015 SOCIÉTÉ « Récemment j’ai contracté une fièvre. J’étais inquiet. Je n’avais pas assez d’argent pour me rendre à l’hôpital. Un bon voisin est venu me voir et m’a conseillé de prendre un « ibuprofène ». La fièvre a disparu tout de suite après», raconte un homme, l’air très sérieux. Un autre jeune homme, ayant eu une blessure au niveau de la jambe gauche. Blessure provoquée par un furoncle. Il a fait savoir que plusieurs jours ont passé et la plaie a eu du mal à se cicatriser. « Dès que mon père a vu ma jambe, il savait déjà ce que je devais prendre. Il m’a tout de suite recommandé des « amoxicillines que j’ai pris trois fois par jours. Quelques jours plus tard, j’ai été soulagé », a affirmé le jeune homme. Ce n’est pas étonnant d’entendre une personne malade en Haïti demander à un proche : « quel médicament je peux prendre contre la fièvre, contre la toux, l’inflammation des gencives, une infection… ? Il n’est plus question d’observer un signe de malaise pour ne pas penser automatiquement à une pilule guérisseuse. Certains sont devenus pharmaciens par routine. Ils connaissent tous les médicaments et leurs effets. À défaut d’efficacité d’un médicament, il y a toujours un autre à proposer pour trouver le résultat escompté. Le dosage n’est nullement pas pris en compte. L’essentiel, c’est de trouver du soulagement, voire la guérison totale. S’il faut prendre cinq comprimés, on le prend. Ce comportement est également observé chez les jeunes filles lors des dysménorrhées. Pour affronter la douleur de la menstruation, ces dernières consomment, en grande quantité, des pilules. Elles en usent jusqu’à trouver le résultat souhaité. Si, après avoir essayé plusieurs médicaments différents, le problème persiste, finalement elles peuvent se conformer à l’idée de consulter un médecin. Un commerce très rentable Pour faire acquisition de ces médicaments, les gens n’ont pas besoin d’aller loin. Des marchands de médicaments ambulants sont très nombreux. Ils sillonnent les rues de la capitale à longueur de journée. Certains d’entre eux se massent à des points fixes. Selon les déclarations de certains esprits critiques, ils sont plus nombreux que les pharmacies. « Si on veut faire un commerce pour devenir riche très vite dans ce pays, on n’a qu’à vendre des comprimés. C’est très rentable », ironise un homme. Il a pris l’exemple de plusieurs personnes qu’il a connues pour étayer son opinion. Des « agents de marketing », rencontrés toujours dans les bus de transport en commun, ne laissent, le plus souvent, pas le choix aux individus face à leurs produits. Quand ils présentent leurs médicaments, ils donnent l’impression qu’ils sont de vrais et bons médecins. Ainsi arrivent- ils à créer le besoin chez les gens d’acheter ces médicaments qui sont, pour la majorité, efficaces contre un grand nombre de maladies. Ils vendent des antibiotiques, des vitamines, des médicaments homéopathiques etc. « Il faut avoir beaucoup d’argent pour aller à l’hôpital dans le pays, si je trouve les médicaments à bon marché, je m’empresse de les prendre », explique une femme âgée d’une trentaine d’années. Il s’ensuit que la dame a peur des lignes fatigantes de tous les hôpitaux publics du pays. « On va à l’hôpital, et on perd une journée entière. Donc, je préfère acheter mes médicaments toute seule », ajoute-t-elle d’un air convaincant. Une course vers le suicide L’automédication, selon l’avis des médecins, est très dangereuse pour la santé des gens du fait que les médicaments sont vendus sans aucun contrôle dans le pays. Du moins, les gens sont libres de vendre toutes sortes de médicaments partout sur le territoire national. Ce qui est d’une gravité énorme selon Natacha Antoine, un médecin ayant fait sa spécialisation en gynécologie. « On fait courir de grands dangers aux individus lorsqu’on les laisse acheter toutes sortes de médicaments à leur gré», a-t-elle expliqué. Selon la gynécologue, il revient au ministère de la Santé publique et de la Population de réguler la vente des médicaments dans le pays. En s’auto-prescrivant des médicaments, l’individu peut aggraver son état de santé, précise docteur Antoine. « Une personne qui consomme des antibiotiques, par exemple, sans savoir quel type d’infection dont elle est atteinte, risque de renforcer le germe provoquant sa maladie. Ainsi elle détruit toute possibilité de trouver une solution », a soutenu la gynécologue. Docteur Antoine a précisé toutefois qu’une personne peut toujours acheter des médicaments sans ordonnance. « Certains médicaments peuvent être en vente libre, comme ceux utilisés contre la grippe, les maux de tête… . Mais les médicaments de traitement, c’est-à-dire ceux qui sont liés à une maladie bien déterminée et qui nécessitent un dosage particulier, ne doivent pas être pris indépendamment de l’ordonnance d’un médecin », a raconté le médecin. L’automédication se renforce continuellement dans le pays. Les Haïtiens y recourent non seulement par manque de moyens pour se rendre aux hôpitaux, mais aussi par manque de formation. Peu importe la raison, il faut admettre que l’État a la responsabilité de freiner ce phénomène. Que pense faire le ministère de la Santé publique face à un tel problème ? L'automédication : une dangereuse course vers le suicidepar Ritzamarum ZÉTRENNE Voilà une pratique courante en Haïti : des gens, pour soigner leurs maux, ont recours à des médicaments sans avoir l’avis d’un spécialiste en médecine. L’automédication remplace progressivement et au fil des ans, les visites médicales. Pourtant, selon le docteur Natacha Antoine, l’utilisation d’un médicament sans ordonnance comporte beaucoup de risques. Un marchand ambulant de médicaments . / Photo : J. J. Augustin
  • 15. MERCREDI 5 AOÛT 2015 N0 54 | 15 SOCIÉTÉ Jus en poudre versus jus naturelsPar Stéphanie Balmir L es jus naturels ne sont pas le premier choix du grand public. Diverses raisons, dont la facilité de préparation, le prix et la disponibilité, expliquent le choix de se rabattre sur les sachets de jus en poudre que l’on retrouve souvent sur le marché. . « Ils sont plus abordables par rapport aux fruits qui sont aujourd’hui trop chers », explique un jeune homme. Il achète donc des sachets de poudre. Les jus naturels ne sont pas fréquents dans son alimentation quotidienne. « J’en bois très rarement », a-t-il laissé entendre. Son choix est purement économique. Cependant, il est conscient que seuls les jus naturels contiennent des rations alimentaires adéquates pour l’organisme. « Les jus naturels ont plus de vitamines, mais je les consomme rarement. Je ne peux pas m’acheter des fruits tous les jours », a-t-il souligné. D’autres personnes interrogées ont eu des réponses similaires. Bien que conscientes de la composition chimique de ces jus en poudre, elles continuent malgré tout de les consommer. Rien que parce que ces jus coûtent, pour la plupart cinq gourdes le sachet. Une femme témoigne : « Je ne suis pas médecin, mais je ne crois pas que ces jus correspondent aux besoins de notre organisme. Ils sont trop sucrés. Mais tu ne peux pas faire autrement. Quand tu veux boire du jus et que tu n’as pas de grands moyens, tu t’achètes un sachet de jus de cinq gourdes. » Même certaines mères de famille utilisent des jus en poudre après les repas de la journée. Surtout les matins, quand il faut du jus pour les boîtes à lunch de leurs enfants. Les jus en poudre sont les solutions rapides et efficaces à tous les niveaux. Elles justifient leur choix spécifiquement par le fait qu’elles sont plus à même de se procurer ces sachets de jus qui correspondent mieux à leur pouvoir d’achat. Selon l’avis de Gardénia Monroe, nutritionniste, les jus en poudre doivent être uniquement des alternatives, parce qu’ils n’ont aucune valeur nutritive. « Ils n’ont aucune valeur nutritive pour le corps humain. » De plus, leur utilisation à outrance peut avoir des effets nocifs sur la sante. «Ils doivent être des dépanneurs et non le jus de tous les jours. Il est mieux de boire du jus naturel», explique-t-elle. Il est à préciser que cette année, à la période estivale, les fruits ne sont pas assez visibles sur le marché local, selon l’observation de certains citoyens de la zone métropolitaine. Les marchandes de fruits qui, ordinairement, durant cette période de l’année, sont présentes, sont rares à trouver. Même dans les marchés, les étalages de fruits que l’on peut utiliser pour des jus naturels ne sont pas majoritaires. Une marchande de jus naturel interrogée à ce sujet soutient qu’il y a beaucoup de « grenadias» (fruits de la passion) durant ce mois d’août. Toutefois, ils sont chers. Les jus de fruits sont ceux que l’on doit consommer dans l’idéal. Naturels et rafraîchissants, ils contiennent des nutriments utiles. Ils aident à combattre certains virus, mais aussi à prévenir certaines maladies. De plus, ils peuvent être consom- més à n’importe quelle heure de la journée. Cependant, dans le contexte haïtien, avec un faible pouvoir d’achat, au moment où la gourde se déprécie et avec une agriculture de subsistance, les citoyens peuvent-ils s’offrir du jus naturel tous les jours ? Les sachets de jus en poudre deviennent de plus en plus présents sur le marché haïtien. À l’heure où la gourde est dépréciée, le pouvoir d’achat des citoyens laisse peu de marge de manœuvre quand il s’agit de se nourrir. Ils remplacent les jus naturels par ces sachets de poudre qui ne coûtent trop cher. Les jus de fruits sont ceux que l’on doit consommer dans l’idéal.
  • 16. 16 | N0 54 MERCREDI 5 AOÛT 2015 SOCIÉTÉ Être père avant 25 ans augmente la mortalité Par Damien Mascret / lefigaro.fr Pédophilie : une nouvelle enquête vise un ancien premier ministre britannique Sources : lefigaro.fr E n comparant près de 12.000 frères ayant eu des enfants, des chercheurs finlandais ont calculé que celui qui avait eu son premier enfant avant 25 ans avait 63 % de risque en plus de mourir avant 55 ans. Si l’on veut vivre vieux, il ne faut pas être père trop jeune. Plus exactement, si l’on est un Finlandais né dans les années 1940-1950 et que l’on a eu un enfant avant l’âge de 25-26 ans, on risque davantage de mourir jeune, c’est-à-dire autour de la cinquantaine (à cinq ans près). Or, 25-26 ans, c’est l’âge moyen de la paternité en Finlande pour cette génération. Dans l’étude que viennent de publier Elina Einiö et Jessica Nisén, sous la houlette du Pr Pekka Martikainen de l’université d’Helsinki, on comptait même 15 % des hommes déjà pères à l’âge de 22 ans. D’ailleurs, ce sont eux qui se révèlent les plus menacés de mourir précocement car ils ont un risque accru de 73 % par rapport à leurs frères moins pressés d’avoir des enfants. Cependant, le risque est aussi accru pour les jeunes devenus pères à 23-24 ans puisqu’ils présentent une augmentation de mortalité de 63 % autour de 50 ans. Tout l’intérêt de l’étude finlandaise publiée dans le dernier numéro du Journal of Epidemiology & Community Health est d’avoir utilisé des fratries pour effectuer les comparaisons. Sur les 30.565 pères, 11.743 avaient au moins un frère et quatre fois sur cinq ils n’avaient pas eu leur premier enfant au même âge. Par rapport à toutes les études réalisées jusqu’ici, celle-ci permet de minimiser l‘influence des caractéristiques génétiques ou environnementales. On sait depuis longtemps que des conditions socio-économiques défavorables ou un niveau d’éducation faible favorisent les paternités précoces, mais cet écueil est ici atténué puisque les frères ont grandi dans un même foyer. «Stress psychologique» «Nos résultats confirment la relation de cause à effet entre une paternité survenue jeune et la mortalité», concluent les chercheurs, qui restent toutefois prudents: «Il n’est pas évident de savoir si cela s’appliquera aux nouvelles générations de jeunes pères, qui vivent d’autres types de stress et de responsabilité par rapport à leurs enfants». Les chercheurs rappellent ainsi qu’en Finlande près de la moitié des femmes mariées à l’âge de 23 ans dans les années 1955- 1971 étaient enceintes lors de la cérémonie. «Il est donc probable, que beaucoup de jeunes hommes aient vécu une pression normative pour régulariser leur situation», suggèrent-ils, ce qui n’est sans doute plus le cas aujourd’hui. Par ailleurs, à cette époque, seuls 5 % des enfants naissaient hors mariage et 90 % des couples étaient encore ensemble après dix années de vie commune. Pour Elina Einiö et ses collègues, «il est probable que paterner lorsque l’on est jeune accentue le stress psychologique, social et économique, ce qui renvoie à l’idée d’être à la fois père, mari et soutien de famille». C’est pourquoi les scientifiques suggèrent «de soutenir les jeunes papas qui doivent répondre aux exigences de la vie familiale afin de promouvoir leurs comportements vertueux et leur santé future». D’autant que seule la mortalité a été envisagée ici mais que l’impact des paternités précoces sur la santé en général et le risque de maladie est aussi probable, comme l’indiquent d’autres études. L a classe politique britannique se trouve de nouveau empêtrée dans un scandale de pédophilie: l’ancien premier ministre (1970 à 1975) et ex-chef du parti conservateur, Edward Heath, décédé en 2005 à 89 ans, aurait été lié à une affaire d’abus sexuels sur mineur. L’Independent Police Compaints Commission, la police des polices britannique, a annoncé lundi soir l’ouverture d’une enquête interne au sujet de ce dossier, pour déterminer si une affaire présumée de pédophilie mêlant l’ancien chef du gouvernement aurait été étouffée pour éviter un scandale dans les années 1990. C’est un ex-officier de police qui aurait mis la puce à l’oreille des enquêteurs, en affirmant que des plaintes auraient été déposées contre Edward Heath dans les années-là, sans toutefois jamais pouvoir aboutir. La police du Wiltshire, comté dans lequel le politicien a passé les dernières années de sa vie, a récemment lancé un appel à témoins. Suite à cela, le tabloïd proche des travaillistes Daily Mirror a publié le témoignage d’un sexagénaire anonyme qui affirme avoir été victime d’abus sexuels de la part d’Edward Heath quand il n’avait que 12 ans, dans les années 1960. Abusé lorsqu’il était enfant par son père et d’autres adultes dans le Kent, le témoin affirme qu’au cours d’une fugue, le politicien, alors à ce moment-là député, l’aurait pris en stop pour finalement l’accueillir chez lui, puis le violer. Il n’aurait identifié son agresseur que quatre années plus tard, en reconnaissant son visage dans le journal. Le Daily Mirror affirme que la présumée victime est actuellement interrogée par les autorités britanniques. Partie émergée de l’iceberg Au Royaume-Uni, les journaux ne manquent pas de rappeler les rumeurs qui avaient suivi Edward Heath tout au long de sa vie. Célibataire depuis toujours, sans enfant, connu pour être très discret sur sa vie privée… le profil atypique de cet homme avait laissé court à de nombreuses rumeurs lorsqu’il était encore dans l’arène politique. Tom Watson, parlementaire du groupe travailliste, affirme quant à lui avoir été informé de deux allégations mettant en cause Edward Heath en 2012. La police lui aurait confirmé qu’une de ces deux déclarations serait prise très au sérieux par les enquêteurs. L’ancien premier ministre est le plus haut fonctionnaire d’Etat à être soupçonné d’être lié à une affaire de pédophilie. Ce dernier épisode semble n’être que la partie émergée de l’iceberg. En mars, une enquête avait déjà été ouverte par la police des polices après des plaintes selon lesquelles un réseau de pédophilie, impliquant des personnalités politiques entre les années 1970 et 2000, aurait été protégé. D’après les ministères concernés, 114 dossiers portant sur des accusations d’abus sexuels sur mineurs dans cette période se sont mystérieusement volatilisés. La police a déclaré qu’il y a actuellement 260 personnalités publiques mises en cause dans des affaires de pédophilie en Grande-Bretagne. La découverte de tous ces éléments coïncident avec la date du procès de Greville Janner qui débutera ce vendredi. Ce membre de la chambre des Lords est inculpé pour agression pédophile entre les années 1960 et 2000. Autant de révélations embarrassantes dans un pays où les scandales de ce genre s’enchaînent depuis quatre années déjà. Le père qui avait eu son premier enfant avant 25 ans avait 63 % de risque en plus de mourir avant 55 ans. Edward Heath et Margaret Thatcher, en octobre 1998. Crédits photo : DYLAN MARTINEZ/REUTERS