EXPOSITION CESAIRE, LAM, PICASSO
Discours prononcé par Serge LETCHIMY à la Fondation Clément
Monsieur le Président HAYOT, ...
1941, vous l’avez dit : BRETON et LAM découvrent CESAIRE à la Martinique
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Dans une telle conjonction l'acte d'écrire et de créer, l'acte poétique partagé deviennent
plus que jamais, un acte politi...
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EXPOSITION CESAIRE, LAM, PICASSO : discours de Serge Letchimy

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EXPOSITION CESAIRE, LAM, PICASSO : discours de Serge Letchimy

  1. 1. EXPOSITION CESAIRE, LAM, PICASSO Discours prononcé par Serge LETCHIMY à la Fondation Clément Monsieur le Président HAYOT, chers amis, Je tiens d’abord à m’excuser pour mon retard pour une cause connue, nous venons de perdre un grand homme, le docteur Pierre ALIKER. Il y a les compagnons du docteur ici, j’ai pu voir Edouard DELEPINE, je veux véritablement remercier les mots prononcés… Le seigneur MERANVILLE disait tout à l’heure nous venons de perdre un grand homme martiniquais et c’est très juste, ce même jour de décès du Dr Pierre ALIKER, nous apprenons le décès de Nelson MANDELA qui sur le plan planétaire, nous a donné toutes les leçons d’humanité possible, de sagesse, de combativité, de persévérance pour lutter contre toutes les formes d’exclusion, de racisme, d’apartheid… Je veux vous dire que si j’ai accepté cette invitation, ce n’est pas pour faire plaisir comme ça, je l’ai profondément pensé, muri et réfléchi. J’inscris cette visite, première ici à l’habitation Clément, exactement dans la foulée de ce que Aimé CESAIRE avait fait il y a quelques temps en plantant son courbaril, c’est dans le même cheminement, la même voie Vous avez choisi de mettre cette exposition que nous avons eu l’occasion de voir à Paris, dans le cadre de l’année Césaire, nous avons une obligation commune et collective, c’est de propulser la Martinique vers le haut, dans une certaine spiritualité, mais certainement dans une élévation collective de conscience où l’on doit savoir travailler ensemble et se battre. Si vous avez choisi de célébrer CESAIRE, LAM, PICASSO, c'est la volonté pour vous d’évoquer une rencontre… d’évoquer une complicité… d’évoquer une communion... de "trouvailles" et même de retrouvailles. Aux côtés de ces Trois fulgurants apôtres du surréalisme, comment ne pas avoir une pensée pour André BRETON, artisan spontané de la connexion entre CESAIRE et LAM. Trois artistes fondamentaux, certes ! Mais également trois hommes issus de peuples qui ont connu la colonisation, la guerre civile, les massacres et la dictature. 1938 : Rencontre de LAM et PICASSO à Paris 1940 : LAM rencontre BRETON Vendredi 7 décembre 2013 – 19h – Serge LETCHIMY 1
  2. 2. 1941, vous l’avez dit : BRETON et LAM découvrent CESAIRE à la Martinique 1948 : CESAIRE rencontre PICASSO au Congrès des intellectuels pour la Paix, en Pologne Cette rencontre plus tardive se produit dans un contexte plus politique car Césaire est alors maire de Fort-de-France et député de la Martinique élu sur la liste du parti Communiste dont Picasso est également membre. Une admiration mutuelle et une amitié vont s'établir entre ces hommes qui intègrent naturellement leurs idéaux et leur engagement au cœur de leur création artistique. Cette amitié s'exprimera notamment par les gravures exécutées en 1949 par Picasso pour illustrer le recueil Corps perdu. Héritier de 4 continents, Wifredo LAM est à lui seul un véritable creuset de confluences identitaires et culturelles qui alimenteront sa quête humaine et sa quête artistique, Sa sensibilité, voir sa fulgurance de son esthétisme troubleront BRETON puis PICASSO qui décèlera en lui, non un frère d'armes mais un frère d'Art. Entre LAM et CESAIRE, c'est une découverte mutuelle de deux entités identitaires inédites qui tentent d’exprimer leur très complexe réalité, cela donnera 40 ans de cheminement pour une amitié généreuse et une complicité aboutie. Cette intercompréhension atteint son apogée avec les poèmes composés par Aimé CESAIRE à la demande de Wifredo LAM à la fin de sa vie, pour la série Annonciation. Le tellurisme de la peinture de LAM est comparable à l'énergie tellurique de la poésie d’Aimé CESAIRE. Ces deux artistes, ces deux hommes nourrissent leurs créations des paysages de leur pays natal développant, par exemple, "cette idée de la forêt régénératrice et créatrice ». Qu'ils s'agissent des poèmes de CESAIRE composés pour LAM, des dessins de Picasso pour illustrer le recueil Corps perdu, la sensibilité d’Aimé CESAIRE est le fil conducteur, les ramifications d'un fleuve fertilisant qui dévoilent le sens profond de ces rencontres. N’oublions pas l’arrière plan de tout ça, le régime de Vichy, semant la terreur, consacrant la division, cultivant l'oppression, propageant d’une attente insidieuse à l’idée même de l'homme. Dès lors, en regard d’une telle synergie surréaliste, artistique, culturelle et politique, Comment ne pas distinguer une sorte d’étendard symbolique prônant la liberté de penser, prônant la liberté d'exister et prônant la liberté de créer ? Comment ne pas y percevoir l'écho d'une conque de lambi déployant la magistrale affirmation des valeurs démocratiques et de tous les principes humanistes ? Vendredi 7 décembre 2013 – 19h – Serge LETCHIMY 2
  3. 3. Dans une telle conjonction l'acte d'écrire et de créer, l'acte poétique partagé deviennent plus que jamais, un acte politique. Ils clament d’une belle manière au monde la nécessité des fondations humanistes qui doivent nourrir l’évolution de la société, C’est pour cela, qu’au delà des points de rencontres entres les itinéraires et les combats, votre exposition, cette exposition constitue en elle-même une architecture intellectuelle, une sorte de cathédrale humaine dédiée à la beauté. L’art prend ici, soin, amplitude en se trouvant en plein cœur d’un très juste combat et par la même, à la source de notre devenir, un devenir plus juste, une société se développant sur des bases plus humaines. Qu’y a-t-il de plus solitaire qu’un grand poète, qu’un grand artiste ? Qu’existe-t-il de plus irréductible que l’œuvre d’une grande conscience ? Pourtant ces solitudes ont su se rencontrer, ses solitaires irréductibles ont su se montrer solidaires et se rassembler autour de ses voix d’incandescence où leurs œuvres respectives se mettaient à parler d’une seule et même voix. Césaire avait ce souci de la rencontre, du rassemblement, de l’union… Rappelons-nous qu’il est venu, ici, dans cette habitation, je pourrais aussi dire, dans la douleur de cette terre et de cette histoire, planter un courbaril. Ce n’était pas l’arbre de l’oubli, ce n’était pas l’arbre du renoncement, c’était le monument des racines et des feuilles singulières qui signifiaient que la rencontre était possible, que l’union était souhaitable mais qu’elle réclamait des valeurs partagées, des exigences toujours élevées, qui visent à plus de dignité humaine dans le partage et dans la fraternité. C’est exactement se que nous proclame aussi cette exposition. Je trouve très heureux qu’elle se tienne à l’ombre de ce Courbaril qui redonne au futur. Je félicite la Fondation Clément pour la venue de cette exposition d'envergure artistique, historique et symbolique et je tiens tout particulièrement à remercier Daniel MAXIMIN, commissaire et véritable ambassadeur de l'exposition, pour sa contribution à la propagation de l'œuvre, de la pensée et de l'humanisme d'Aimé CESAIRE. C’est cette fraternité nouvelle, en toute conscience du passé et c’est cette ascension de la créativité, en toute liberté, qui seules peuvent conduire la Martinique à l’unité salvatrice et enfin pouvoir faire peuple et ainsi, ensemble, relevé les défis du futur. Merci beaucoup. Serge LETCHIMY Vendredi 7 décembre 2013 – 19h – Serge LETCHIMY 3

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