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LETTRE OUVERTE A CHRISTIANE TAUBIRA CONCERNANT LE MARIAGE POUR TOUS

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Serge Letchimy explique sa position dans le débat sur le projet de loi relatif au mariage pour tous. Il considère qu'il n'y a pas de classe de "seconde zone", ni de "sous individu" et estime l'homophobie comme une honte. L'égalité de l'ensemble des citoyens est, pour Serge Letchimy, tout à fait légitime et par conséquent il soutient ce projet de loi.

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LETTRE OUVERTE A CHRISTIANE TAUBIRA CONCERNANT LE MARIAGE POUR TOUS

  1. 1. REPUBLIQUE FRANCAISE Fort-de-France, le 10 février 2013 Serge LETCHIMY Député Président du Conseil Régional de Martinique Mme Christiane TAUBIRA Garde des sceaux, Ministre de la Justice 13, place Vendôme 75001 parisObjet : lettre ouverte – projet de loi relatif au mariage pour tousMadame la Ministre, chère Christiane,Parlementaire en mission, à propos de larticle 349 du Traité de Lisbonne, il ne ma pas été pas possible departiciper en personne aux débats concernant le mariage pour tous. Les champs de bataille ne sont jamaisconsécutifs et, par ces temps de crise, il nous faut très souvent faire des choix qui permettent de démultipliernos avancées sur de larges amplitudes et de manière simultanée. Néanmoins, il me paraissait indispensabled’expliciter mon vote et cela pour deux raisons.La première, cest de vous rendre hommage. Hommage à votre courage, à votre hauteur de vue.La seconde, cest de rappeler cette coïncidence qui me semble hautement symbolique : celle qui aura porté sibrillamment le projet de loi concernant la reconnaissance de lesclavage comme crime contre lhumanité, estaujourdhui la même qui se retrouve à batailler, avec tout autant de force et dintensité, pour unetransformation de nos états de conscience.Chère Christiane, jai le sentiment que cest le même combat.Nous avons en commun ce que Césaire appelait une pression historique. Nous qui avons vécu la négation denotre humanité durant les temps esclavagistes. Nous qui avons connu la négation de nos droits de citoyennetéles plus élémentaires durant les périodes coloniales et post-coloniales. Nous qui devons encore vivre (jusquàlabsurde) la négation des différences au nom de légalité, comment ne pas être, plus que tout autre, infinimentsensibles à la question de fond que pose cet important débat ?Pour ma part, je laborde avec exigence et gravité.Le fond pour moi est des plus simples : en plein 21ème siècle, dans le cadre dune République, dans une vieilledémocratie, il existe une catégorie de personnes qui ne disposent pas dun accès égal à la totalité desdispositifs de soutien et de reconnaissance mis en œuvre pour lensemble des citoyens. De facto, le non-accèsdes couples homosexuels aux dispositifs du mariage et de la filiation les transforment en une classe de citoyensde seconde zone, voire de sous-individus. 101, rue de lUniversité 75007 PARIS. Tel : 01 40 63 74 22/23 Fax : 01 40 63 79 44 sletchimy@assemblee-nationale.fr
  2. 2. Il existe une honte : lhomophobie. La connaissance que nous avons de lhumain nous permet de comprendreque lhomosexualité nest ni une maladie, ni une perversité, ni une simple pratique, mais véritablement un fait,une réalité que lon retrouve dans lensemble du vivant. Lon naît et lon se découvre comme cela.Nous sommes donc dans la normalité humaine. Dès lors, les individus en question peuvent être considéréscomme étant discriminés en raison de leur être. Ce qui est inacceptable dans le cadre et les valeurs de cetteRépublique. Et ce nest pas à vous, chère Christiane, que je vais rappeler que lidée de tare, de perversité, desous-humanité, ou de sous-citoyenneté, a toujours été exprimée ou sous-jacente quand il fallait refuser desdroits aux nègres, aux colonisés, aux femmes… et à tant dautres. Racisme, sexisme, homophobie sont desdiscriminations du même ordre : elles font d’une différence des êtres l’enjeu d’une entreprise d’infériorisationsociale et juridique là où la République proclame l’idéal de l’égalité des êtres.Il est tout à fait concevable que deux êtres de même sexe puisse éprouver lun pour lautre le sentiment majeurde la nature humaine : lamour. Que cet amour nest ni une perversité, ni une maladie, ni une pratique qui sevoudrait rebelle. Il est dailleurs tellement puissant quil soppose bien souvent à des systèmes sociaux trèshétéro-centrés : dans tous les pays du monde, des plus urbains et développés au plus traditionnels, il existe descouples homosexuels qui affrontent lopinion dominante. Ce sentiment profond, persiste, endure, se maintient,se développe, et renforce finalement notre espérance en la nature humaine. Le couple est dabord cela : untrès beau sentiment qui fonde envers et contre tout, sécurité, stabilité, le soutien réciproque, désir denfant etcadre familial.Car il y a cet autre fait : des couples homosexuels existent et ils ont parfois la charge délever des enfants. Jepense que léquilibre psychoaffectif dun enfant ne se construit pas tant en rapport avec des sexes, qu’enrapport avec des fonctions que lon peut définir sommairement comme fonction dautorité et de distanciation,et fonction maternante de grande proximité.Il est enfin indéniable que le droit positif est favorable aux couples mariés, et protège mieux les enfants de cescouples, que les dispositifs annexes. Les dispositifs hors-mariage nont déjà pas la même charge de sacré ni desymbole. Pouvons-nous donc laisser autant de nos concitoyens en basse marge de létat de droit, et horsdatteinte du rayonnement de nos symboles ?Et donc chère Christiane, avec mon affectueux salut, je tenais à vous dire ceci : vous nous faites vivre denouveau un moment historique ! Cest une extension des droits et une extension de conscience que vous nousapportez.Ce sont les raisons pour lesquelles je voterai pour le projet de loi relatif au mariage pour tous.Je vous assure, madame la Ministre, de mon total soutien et de ma parfaite considération. 101, rue de lUniversité 75007 PARIS. Tel : 01 40 63 74 22/23 Fax : 01 40 63 79 44 sletchimy@assemblee-nationale.fr

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