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bout de chair toute façon, hurla Marc, occupé à tripoter une femelle blanche à tête de chat... jen choisis une àla crinièr...
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Racines

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Racines

  1. 1. Racines, ou les Confessions dun Zarathoustra refoulé Martin Tournadre (Revue lAmpoule – Appel à textes n°5 Thème : « Homme & Animal » Rubrique : « confessions ») Mon nom est Teddy. On mappelle « lorphelin ». Trente ans, célibataire, sans enfants, non titulaire dupermis B. Détranges évènements mont transformé ; réellement. Il est de fréquente coutume dentamer un récit par un autoportrait alors, afin de my appliquer, je dirais queles premiers termes auxquels penseraient les deux, trois personnes qui me connaissaient, si on était amené àleur proposer de me décrire brièvement, sont mon intégrité et mon inconditionnel amour de la charité que magénéreusement distribués le Christ, ce si bel homme à la divine stature, lorsquil est venu me tirer dune vieconsacrée à livrognerie et ce, afin que je ny remette jamais plus les pieds. Depuis, léglise a remplacé les barsoù je logeais à mi-temps, la messe les bastons que je perdais tout le temps. Optimus Nuntius Nobis AllatusEst : Pax Cum Hostibus Facta Est. Jétais enfant de choeur, apprécié du monde qui souhaiterait de toute évidence voir émerger en lui plusdéléments tels que moi. Jélève des chats. Je veux dire, cest mon métier, lactivité me permettant de subvenir à mes besoins lesplus élémentaires : posséder un toit sous lequel dormir, un frigo duquel puiser un repas que je bénis tous lesmatins midis et soirs, ainsi quun robinet – ce puits moderne – qui mabreuve chaque fois que je sollicite sesservices. Au fond, étant une personne simple et, me semble-t-il, dune certaine richesse spirituelle, tout celamest amplement suffisant. Cotidie Quoque Perdurantes Unianimiter In Templo Et Frangentes Circa DomosPanem Sumebant Cibum Cum Exultatione Et Simplicitate Cordi. Le chat est un animal éternellement surprenant, et la fascination quil exerce sur moi ma souvent donnéenvie dembrasser une carrière décrivain car, des livres, jai appris quil était le compagnon idéal de celui quiscelle son destin à la plume, ou au clavier, si vous préférez. Le félin occidental peut être le matin duneinnommable idiotie et, le soir venu, dune profondeur dâme que lon ne peut, bien évidemment, déceler par saparole – cette dernière nétant point articulée –, mais qui se trouve lue dans la sombre étincelle de son regardquand il vient, une fois sa panse remplie, se reposer à nos côtés. Au fond, il ressemble un peu à un êtrehumain, à la différence quil bénéficie dune imposante noblesse dattitude : en effet, chacun de sesmouvements est soucieux de respecter une grâce naturelle dont notre patrimoine génétique, à nous, nous aprivés (tant pis, les dons de Dieu, on doit faire avec, et se taire). Il y a dans son essence, en opposition à sonexistence liée à lodieuse fainéantise, une perfection que je ne saurais définir autrement que féminine. La 1
  2. 2. femme... le deuxième compagnon indispensable de qui vit de lécriture ; on le dit. Je cherchais un moyendaborder mon « problème » alors, ça y est, enfin, jy suis. Laissez-moi vous conter mon histoire. Javais trente ans... et un de ces jours, jatteindrais les trente et un voire plus et... comment dire?.. je... jenavais jamais touché... bon, voilà, jétais vierge. Oh, jentendais bien la sagesse de mon curé – un grandhomme – quand il me répétait inlassablement que la patience était des vertus lune des plus grandescependant, le trajet reliant mon petit chez moi au supermarché, avec ses vitrines – Aubade© ou Zara© –vénérant la présence sur Terre de corps à la magnificence aux abords de lutopie, était devenu pour moi unvéritable chemin de croix. Et Patientiam Habes Et Sustinuisti Propter Nomen Meum Et Non Defecist. Parfois,je vous le jure, on dirait ces propagandes injustes quon semait dans leffort de guerre « sois lâche ou engage-toi! ». Alors, je me suis renseigné et rendu, sans grande fierté, admettons-le, auprès dun coach diplômé èsséduction, un gars spécialisé dans lorganisation de séminaires durant lesquels il exposait son propre tableau dechasse, évidemment accessible à quiconque possède un minimum de volonté – moche ou beau, stupide oubrillant – et un compte bancaire en bonne santé. Malheureusement, il faut savoir quavec la crise financière, lesecteur de la vente de chats a subi une chute historique du coup, je lui ai fait mes adieux, et choisi de merendre au Décathlon© le plus proche afin de my procurer deux haltères de dix modestes kilos chacune. Unbon début. Dans la vie, il faut savoir commencer. Sufficit Cuique Diei Malitia Sua. Donc, je my suis mis. Sérieusement. Une demi-heure par jour. Une heure. Deux heures. Au long des trois mois suivants, sans vouloir me vanter – ce nest pas mon genre, vous laurez compris –mon corps qui, auparavant, navait été quun squelette difforme recouvert dune peau sèche, semblait devenirune statue de Rodin en chantier puis, au bout de neuf mois, lartiste ayant achevé son chef-doeuvre, jétais unmâle. Enfin. Sicut Enim Protegit Sapientia Sic Protegit Pecunia Hoc Autem Plus Habet Eruditio Et SapientiaQuod Vitam Tribuunt Possessori Su. Quest-ce quun mâle, me direz-vous? deux fortes boules mobilesaccrochées aux épaules droites comme lArche de la Défense, deux gros galets de chair surplombant depuissants abdominaux et des cuisses, des mollets aptes à grimper, sans verser la moindre perle de sueur, lessommets les plus élevés, ceux qui, en distance, ne se trouvent plus quà une infime éternité du Royaume desCieux. Gratias Tibi Deus. Il ne me restait plus quun détail, mais dune indéniable importance : je ne savais pas comment on faisait,euh, lamour... enfin si, un peu, ce doit être comme font les chats... inutile de vous moquer, je ne suis pas naïf,jai tout de même trente ans, maintenant, oui, ce nest pas quune histoire de bisous et de suçons et puis cestcomme les chats, je crois, enfin, je sais, je veux dire, je les ai souvent regardés à la tâche : le mâle possède unpénis qui durcit, la femelle à quatre pattes lève larrière-train en attendant dêtre pénétrée, il y a coït, un va-et-vient, quoi. Et puis laffaire est dans le sac, si jose dire. 2
  3. 3. Donc, je my suis mis. Sérieusement. Aux vidéos pornographiques, veux-je dire. Une demi-heure par jour.Une heure. Deux heures. De nos jours, les hommes nont plus tellement le choix en matière déducationsexuelle, la littérature en traitant ne sadressant plus quà la gente féminine – serait-ce inné, chez nous autres,individus façonnés par la testostérone? –. Vous avez sûrement entendu parler de ces ouvrages, les Osez le/la©,rédigés par des parisiennes de salon manifestement plus attirées par lépanouissement lucratif que celui desindigents du cul. Je ne demandais que ça, moi, oser! Dimitte Nobis Debita Nostra. Libera Nos A Malo. Au long des trois mois suivants, sans vouloir me vanter – ce nest mon genre, je vous lai déjà signalé –,mon apprentissage fut accompli, grâce à slutload.com© et daughterdestruction.com©, malgré quil fût dunenrichissement somme toute relatif car ne faisant, en vérité, quinfirmer mes conclusions tirées dobservationsquant à la pratique sexuelle des félins qui mentourent. Néanmoins... un détail me perturbait... un détail quimapparut avec une extrême netteté en scrutant les amants pratiquants quon filmait... nous tous savonspertinemment – depuis et grâce à lenseignement de Dieu – que lhomme est homme parce quil nest pasanimal, il pense et peut user de sa conscience à tout instant (dès lors quil fournit leffort de mobiliser soncourage), telle en est la preuve sur le plan de la psychologie... et en ce qui concerne le physique et bien, nousne sommes point pourvus de fourrure – Dieu nous ayant subtilement épargné ce fardeau afin que nouspuissions nous voiler de sublimes vêtements – et pourtant... enfin... cest difficile à ladmettre mais... une densepilosité sétait mise à pulluler sur mon corps, mon corps tout entier, des oreilles jusquaux orteils et, javaisbeau la raser, lépiler, elle revenait opiniâtrement et, de surcroît, en renfort. En quête de solutions à cette crise, jallai rendre visite à mon curé. Et lui avouai ce vice auquel je métaishonteusement livré, dont je ne vous ai même pas encore parlé ; les boîtes de nuit – Le Privé©, LOpéra©, LeMilk© et dautres, plus bestiales encore – oh, bien sûr, nulle explication ne me vint à lesprit quant à lobjet dema venue au sein de ces sombres temples pré-apocalyptiques, car on ny parle pas – les tambourinagesélectroniques nous interdisant la pratique ancestrale de cet art intrinsèquement humain – non, on y bouge etremue sans danser, vénérant abruti la trivialité dune espèce de... je ne sais pas... de foule primitivement tribaleextatique possédée sous le règne muet dun chaman et ce chaman, mon père, cétait... Seigneur... Gratia PlenaEt Benedictus Fructus Ventris Tui... une femme placée sur un podium, mon père, je vous le jure, et elle étaitnon seulement vêtue comme le Christ en croix mais aussi plus élevée que Lui, et elle se trémoussait, osantlaisser ses jambes se croiser et les yeux de la meute la scruter, mon père, jai vu la constellation détincelleslubriques réunies au ras du sol se concentrer sur elle, la créature jouissant dincarner ainsi le fruit deladmiration et sa poitrine, entraînée dans lénergie de cette nuit, se dédoublait en formant un couple de spiralesondulantes et tout ceci, mon père, cétait avant quelle ne se mît à se cambrer pour se baisser, révélant de fins etbrillants sphincters cernant un morceau de tissu et partout résonnaient les gloussements les cris tous, tous jevous le jure, tous ils voulaient copuler avec elle alors, vous comprenez, mon père, je suis parti, jai couru et 3
  4. 4. même bousculé un homme qui a pris la peine de minsulter et puis jai vomi, vomi, et encore vomi pourextirper le péché parce que... je crois que... enfin que moi aussi jaurais voulu... − Rappelle-toi, mon fils, du Christ dans le désert, qua-t-il fait? − Il na pas cédé à la tentation. Je dois rester vierge, cest cela, en fait. − Non, mon fils. Tu es un homme, un humble pécheur. Cherche et trouve une femme que tu épouseras etchériras. Ensemble, vous aurez des enfants que vous aimerez comme Dieu nous aime tous. − Mais jai déjà mes chats, moi. − Dieu a fait lhomme afin quil aime et protège la femme. Mais si tu choisis de vouer ta vie à lacontemplation, alors fais-le, si tel est ton choix. Ai-je répondu à tes attentes? − Je crois, oui... je voulais aussi vous parler de quelque chose qui marrive... − Oui, mon fils? − Rien... ce nest pas important... Notre père qui es aux cieux Que ton nom soit sanctifié Que ton règnevienne Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel Donne nous aujourdhui notre pain de ce jourPardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés Et ne nous soumetspas à la tentation Mais délivre-nous du mal − Amen! − Amen... Une fois lentretien achevé, quittant léglise, je rentrai chez moi pour moccuper à divertir mes adorableschats, en agitant au-dessus de leurs pattes surexcitées des souris en plastique enduits de fourrures synthétiques.Très bon entraînement leur permettant de conserver la forme ; notre foutue société confortable les engraisse.Rassasiés dexercices physiques, ils allèrent retrouver leur quartier, et dormir. Ils sont tellement beaux... Pour moi, il était lheure des ablutions du soir et, malheureusement, de mon effroyable examen corporelqui, horreur!, il métait devenu impossible de ne serait-ce quentrevoir la peau de mes pieds, pas plus que cellede mes mollets, ou de mes cuisses, ni même de mon abdomen et de mes pectoraux, de mes biceps et des avant-bras qui les prolongeaient!, mon prodigieux corps de mâle souillé de cette satanée tonsure enflant de jour enjour!, jépilai. En une heure, elle revenait. Jépilai ; en une minute elle revenait. Jépilai, en une seconde ellerevint! Omnis Enim Quicumque Invocaverit Nomen Domini Salvus Eri Doctissimo.fr© évoqua les conséquences de la testostérone que délivrait à outrance la musculation.Erreur! Doctissimo.fr© devait se tromper! Doctissimo.fr© ne sait rien de la théologie! Je dois avouer ce quilsest passé cette nuit-là. Il ne fallait surtout pas, à aucun prix, rejoindre mes draps, le sommeil aurait décupléplus encore la gangrène brune qui se reproduisait à mon insu alors je suis sorti, faisant une brève escale à uneépicerie, histoire de récupérer du Red Bull©, et puis de lAbsolut© en aromate, en grande quantité en fait, 4
  5. 5. autant quil métait possible den transporter, et la douceur – ce goût de bonbon liquéfié – me rappela soudain lagloire établie de notre civilisation, avec ses usines quon avait semées sur lensemble de ces terres jadissinistrement en friche, ses cathédrales érigées dans la sueur et lespoir de guérir un beau jour les peupladesillettrées se masquant le visage de ces ridicules peintures quand ils nétaient point capables, les ignorants, decacher ce que Dieu ordonna quon voilât!.. je déambulais... vers lInstitut Freudien de PsychanalyseMontpelliérain©... Route de Toulouse©... la ville rose... il y avait des filles patientes... je remarquai lune dellecar était belle, avec des ongles longs comme des griffes, des jambes arquées, fines et puissantes, un nezparfaitement épaté, des joues rondes et bombées et, ce qui attira le plus mon attention, fut sa paire doreillesquont les elfes dessinées par les entichés de la nature... elle avait envie de moi cétait clair je lavais vue surinternet alors jallai vers elle et lattrapai et la plaquai au sol cétait ce quelle souhaitait de toute façon et je nesais pas ce que... mais une ombre titanesque, un gorille monstrueux mattrapa me dérouilla me balança sur letrottoir rouge et luisant... Les murs clignotaient. On me souleva. On menferma dans un fourgon. Dans une cellule. Dans uneambulance. Dans une autre cellule. Un docteur en sorcellerie psychiatrique brandit son manuel et diagnostiqua une hypersexualité – ne vousen faites pas, monsieur, pour chaque problème, nous avons un médicament... vous savez, David Duchovny,grâce aux nouveaux traitements, résiste maintenant aux tentations, et a pu retrouver sa vie normale! – mais jveux juste... j veux juste être vierge... j crois... – non monsieur, il ne faut pas!, il faut avoir une sexualité! – jaimes chats, vous savez... – ça ne suffit pas! Un homme de votre âge, voyons! À moins que ne vouliez vousenfermer dans un trouble de la personnalité évitante et vous orienter vers lhyposexualité donc fatalement finiren état dépressif majeur, cest ça que vous voulez?! – euh... jimagine que non... – bon! très bien! ai-je réponduà vos besoins? – euh... jimagine, oui... fin... non, y a queque chose dautre – quoi?! – sont mes chaussures...elles sont devenues trop ptites et... regardez mes manches... elles sont bien trop courtes... – vous êtes ivre,monsieur, maintenant, je ne peux rien pour vous! Vous allez vous reposer! Attendez là, un infirmier va vousconduire à votre chambre et, en attendant, pas de scandale! Sinon, ce sont les sangles! – oui... docteur... » Et puis... y a... ces poils – je comprends, monsieur, vous avez parlé au docteur, allez vous reposer,maintenant, vous avez besoin de soins, vous avez un problème de santé – mais cest qu j veux pas baiser maisquon m dit que j dois enfin j sais pas pt-être – reposez-vous, maintenant, reposez-vous... » On me mit sur unlit pour malades – barrières et draps militaires, le tout rehaussé à la demande – contre le mur dune pièceempestant labsence dodeur, à léclatante blancheur, rayé de larges bandes grises consensuelles. Vous rendezcompte? changé nos cavernes pour du mobilier Ikea© qui soit médical ou j sais quoi?.. comme une peau dserpent, pour du même en pire, le mieux est lennemi du vrai... – prenez votre traitement, et allez vous coucher,monsieur, vous devez vous reposer » 5
  6. 6. Assis, je bus la pisse saveur pomme quon me tendit – versée dans un gobelet semblable à ceux quedégueulent les distributeurs de boissons – devant le flic en uniforme de soignant droit dressé, les bras croisés ;il enleva la lumière, ajoutant quil ne fallait jamais hésiter à user de la sonnette. En me rendant aux toilettes,lenclume quétait devenu mon corps assommé vacilla, et je faillis mécrouler, entre la porte et les chiottes. Le lendemain, dès laube – cet instant blafard où le ciel étale sa marée de lumière –, on me libéra enéchange dun prochain rendez-vous, ailleurs. Ladresse, cétait près des fameux Arceaux©, aux pieds desquelsles prostitué(e)s – une fois le crépuscule couché, endormi – exerçaient à merveille dans le domaine de laprofession libérale. Je ne my suis jamais rendu. Aux Arceaux© de nuit, veux-je dire. Je my suis rendu, bien sûr. Les hommes qui allaient me recevoir auraient les solutions à mes problèmes.Internet le proclamait. Jallais enfin redevenir un être humain. Valium© – 10mg – 1 cachet matin midi et soir (traitement per os de lillusion conséquente aux carences en alcool) Deroxat© – 20mg – 1 cachet matin et soir (traitement per os de la dépression, de la panique, de lobsession, de la phobie sociale : on ouït dire, ici etlà, quil possèderait les vertus nécessaires à la guérison du Mal) Prise de contact obligatoire avec les Alcooliques Anonymes© Jy allai. Malgré que ne comprenant, à dire vrai, strictement rien aux thématiques humaines a priori majeures quyévoquaient les participants – divorces et licenciements, ainsi quun deuil, aussi –, je me plaisais, en revanche,dans la compassion, un peu et puis, jy rencontrai une femme adorable : Maddy, que je raccompagnais tous lessoirs suivant les réunions. Munie de formes généreuses ouvertement assumées, sujettes à revendication (enréalité haïes), elle franchissait les rues désertes comme si du vide pouvait brusquement jaillir un bolide qui lafaucherait. Si jétais amené à la décrire brièvement, je me contenterais de cette précédente phrase. Il neresterait plus quà ajouter quelle détestait le sexe. Oh, cela, je ne lai ni deviné, ni constaté. Ce fut elle qui melannonça, un jour où, répondant à mon invitation de passer ensemble un après-midi au zoo du Lunaret©,autour dun café. Je me souviens de notre échange : − Maddy, je taime bien, je te regarde beaucoup, tu sais, et je sais que ça te gêne, lui dis-je − oui, me répondit-elle − je peux te demander quelque chose? − vas-y − tu voudrais pas faire lamour avec moi? − non 6
  7. 7. − pourquoi pas? dis-moi, jai besoin de savoir, je ninsisterai pas, ne tinquiète pas − je suis asexuelle − ça veut dire quoi? − le sexe, cest sale... enfin, je trouve... − daccord... − ça ta plu, quand même? cette visite au zoo? − oui − moi, ce que jai le plus aimé, ce sont les singes hurleurs, ils sont rigolos, sur leur petite île, je trouve...et puis, il y a, je sais pas, une étincelle dans leurs yeux, un truc qui... je sais pas... Maddy? − oui? − je peux te poser une question? − oui − pourquoi tu tes mise à boire? − parce que je suis un être humain, je crois − Maddy, je vais te demander quelque chose, mais je veux que tu ne le prennes pas mal, surtout − vas-y − je ne veux plus jamais quon se voie, daccord? − Daccord, prononça-t-elle à mi-voix (de toute façon, elle naurait jamais pu supporter la vue de la maudite fourrure masquant mon corps gagnési durement...) Voici donc venue lheure de mes confessions... ou du moins de la véracité que je peux en tirer de messouvenirs. Qui Spernit Me Et Non Accipit Verba Mea Habet Qui Iudicet Eum Sermo Quem Locutus Sum IlleIudicabit Eum In Novissimo Di Pour dévidentes raisons, je ne revins plus aux Alcooliques Anonymes© cependant, me rendant ausupermarché, jen croisai lun des habitués, Marc – le type dalcoolique avec des lambeaux de chair violacéependouillant aux cernes creusées à la cuillère –, il était bourré comme un moine – de lépoque médiévaleprécédant les drastiques réformes des autorités religieuses, effarées dapprendre, de bouche à oreilles, quunedécadence sévissait chez ceux qui se devaient de ne se vouer quà Dieu, et à Dieu seul –, se dandinant, ouplutôt titubant, transportant un halo de relents durine, il attrapa fermement mon épaule et son haleinedammoniac baragouina – alors Teddy? Çfait longtemps quta pas vu, tu dvins quoi? – oh... pas plus... jélève 7
  8. 8. mes chats, jen vends de moins en moins, cest sûr, mais toujours assez pour survivre, et toi? – boah, jpicolejvais ptêt en crever mais jmen fous et... enfin, ça tdit pas de... enfin, daller boire un coup – je sais pas trop –allez, viens, quest-ce tas à perdre? Tsais quoi? Après jte propos quon aille sfaire une virée à la frontière –où ça – boah, tes con ou quoi? aux bordels!, quoi!, à la Jonquière©... tvas pas oser mfaire croire qutas réussià la serrer la Maddy? – je... mais... pourquoi?.. – pourquoi quoi?!, Maddy ou les putes? – les deux – Maddy,cest coincée du cul qu jte dis, tous les gars des AA© lsavent, les putes cest linvers et ten as ben bsoin! –pourquoi dis-tu ça? – arrête! Ça s voit à trois bornes qutas jamais tiré ta crampe! Tes puceau, mec! Çasflaire, mec! Ahahaha, tes puceau! PUCEAU! PU-CEAU! » Un instant de réflexion métait nécessaire... en face de moi se trouvait une espèce de furoncle à formehumaine, regorgeant probablement, bien dissimulées, de formidables qualités, néanmoins magnant une languefrançaise dénuée de grande élégance et, en fait, je ne sais ce qui, depuis le berceau, a fait de ma personnequelquun daussi sympathique et intransigeant – ahaha lgars il est puceau!, scandait-il outrageusement sur lavoie publique, place Roger Salengro© –, une poubelle éventrée eut été une œuvre dart baroque en lacomparant à cet ivrogne dégueulasse sans le moindre muscle, dont la bidoche avariée, renfermant des organescertainement pleins de merde, dun infect fumet, parés pour la tombe, de la bouche du sale bougre il ne restaitplus quune poignée de dents boueuses – que pouvait-il avaler dautre que de la pâtée?, comment, dans cesconditions, manger de la viande? – cependant, ce que je me disais, ce qui me hantait eh bien voilà, je vous ledis : cette erreur de Dieu placée là pour encadrer les grands, ce primate puant, cette ignominie, il baisait! − Marc, lui sortis-je − Ouais? − On va choper de lAbsolut© et on y va! Cest comment là-bas? − Cest comm en boîte mais les femmes, elles veulent de toi!, si tas dla thune − On y va! On rejoignit le parking Odysseum©... direction lEspagne... il sortit une fiole et versa quelques gouttes deson contenu dans la bouteille... cest quoi?, lui demandai-je... LSD, me rétorqua-t-il... le genre de trucs queprenait Jim Morrison©?.. cest ça, ouais, ça va tfaire du bien tvas voir... on but... beaucoup!.. le bitumedevenait de la terre battue... les voitures des géants cailloux dégringolant... les arbres des mammouthsinterminablement vaquant à brouter... mec, ton truc, là, ça ma atteint, je crois... il se marra... On était arrivés... Ladys Dallas© ou Paradise©... je ne sais plus lequel... Deux gorilles ouvrirent les portes écrasantes... il y avait des barreaux... des lumières agitées... des jambesdont la peau translucide tournoyait... des gros ventres attablés couverts de bière de cendre et de sperme... çabougeait ça courait... ça beuglait ça bavait... ça sautait... fonce!, Teddy!, tes un billet de banque ambulant, un 8
  9. 9. bout de chair toute façon, hurla Marc, occupé à tripoter une femelle blanche à tête de chat... jen choisis une àla crinière dorée... on monta... elle ouvrit une porte étroite... érection du tarif pour moi... trop poilu que jétais,la mâchoire trop bizarre, les mains trop rugueuses... toilette – 5 mn fellation nature – 5 mn missionnaire – 5 mn levrette – 5 mn sodomie – 5 mn éjaculation faciale – 5 mn Marre des protocoles, je suis une bête, elle est une bête!.. Je la baisai baisai baisai jusquà ce que la violence la fît crier et quun des gorilles vînt mattraper et medégager à poil hors de ce guêpier, de cette jungle organisée. La mélodie martiale dun con pénétré, martelé...samples liquides entre deux lignes de bass... Marc me vit et me suivit. Mengueula. Je le frappai frappai frappai jusquà ce que la violence des coups le fît sétendre à terre et que nul ne vînt lerelever. Les craquements secs et répétés des os quon brise... boîte à rythme... Au Diable le latin, nul homme ne le comprend... Je partis en courant. Rentré chez moi. Mon nom est lorphelin. Trouver une forêt. Où bâtir un avenir. Des jours durant que je suis en quête. Je décèle un arbre où minstaller. Les arbres ne boivent que de leau... Chats... sais pas quoi devenus... cueillir fruits... rien... je... de mon arbre... survivre... mouahaha! Ahah!Hihihihi! Ouhouhouh! Ahaha! Ouhou! Ahaha! Hihi! Montpellier, le 09 septembre 2012 9

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