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Séropositif accusé de relations non protégées: le milieu gai en émoi | Pi...   http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/2...


          Publié le 03 décembre 2010 à 05h00 | Mis à jour le 03 décembre 2010 à 08h20




                                                                                                             Pierre-Olivier Fortin
                                                                                                             Le Soleil

                                                                                                 (Québec) La médiatisation de la cause
                                                                                                 de Steve Biron a créé une onde de choc
                                                                                                 dans le milieu de gai de Québec. Les
                                                                                                 réactions sont vives parce que les faits
                                                                                                 sont troublants, certes, mais aussi parce
                                                                                                 que la communauté est petite. Biron était
                                                                                                 très actif sur les sites de rencontres
                                                                                                 gaies - nombreux sont ceux qui lui ont
                                                                                                 parlé, ou qui l'ont rencontré -, si bien que
                                                                                                 la nouvelle touche un peu tout le monde.


                                                                                                 À la porte du bar Le Drague, rue Saint-
                                                                                                 Augustin dans le quartier Saint-
                                                                                                 Jean-Baptiste, Le Soleil demandait au
            Une des présumées victimes de Steve Biron a raconté son drame au
                                                                                                 hasard si les gens connaissaient Steve
            «Soleil», cette semaine.                                                             Biron.
            Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve
                                                                                                 «Moi, j'avais entendu parler de ce
                                                                                                 gars-là, de réputation», dit l'un. Juste à
                                                                                                 côté, un autre homme, appelons-le
          Michel, répond aussi par l'affirmative. «Je l'ai vu hier à la télé, dit-il. Je l'ai reconnu parce que je lui parlais sur Internet.
          J'étais supposé le rencontrer cette semaine.»

          La rencontre s'est avérée beaucoup moins intime que prévu... Lorsqu'il l'a vu aux nouvelles, «je suis resté bête»,
          confie-t-il. Il l'a aussitôt «barré» de ses contacts du site GAY411.com.

          Michel le trouvait bel homme, raconte-t-il. C'est lui qui a fait les premiers pas. Ils avaient convenu de se rencontrer,
          mais «le soir qu'il m'avait proposé, je ne pouvais pas. J'ai dit : "On se reprendra." On s'est parlé trois, quatre jours» sur
          Internet, poursuit-il.

          «Quand je lui avais parlé, il m'avait demandé si je faisais la pénétration pas de condom et j'avais dit non. J'ai dit qu'il
          n'en est pas question. À partir de ce moment-là, il ne m'a pas plus jamais réécrit.»

          Lorsqu'il a appris que Steve Biron avait eu des relations sexuelles non protégées tout en se sachant séropositif, Michel
          a tout de suite effacé toute trace de cet individu, qu'il connaissait sous deux pseudonymes.

          Peu de sympathie

          La façon dont Biron s'annonçait sur easyGAYchat.com, GAY411.com, mais aussi sur PRIAPE.com, ne laisse planer
          aucun doute sur les visées de l'individu. Selon plusieurs internautes avec qui Le Soleil s'est entretenu sur ce dernier
          site, ou encore au Drague, Biron faisait souvent référence, que ce soit dans ses conversations ou dans ses
          pseudonymes - comme bbackbottom31 -, au sexe non protégé.

          C'est pour cette raison que plusieurs personnes rencontrées refusent de montrer quelque signe de sympathie envers
          les personnes avec qui il aurait eu des relations sexuelles.

          «Un gars qui couche avec un gars, qui s'annonce "bareback je sais pas quoi 31", et qui s'attend que le gars soit
          séronégatif, c'est fou. Fallait s'en douter!» dit un homme rencontré au Drague. «Quand tu couches avec n'importe qui,
          quand t'enlèves la capote, y'a un danger. Quelqu'un qui crie au viol parce qu'il apprend que l'autre est séropositif, je
          comprends rien là-dedans», tranche-t-il.

          Derrière le bar, Sylvain confirme que «les clients en parlent». Comme Biron avait fait de nombreuses rencontres, «y'en
          a qui paranoyaient, ç'a fait freaker du monde. Y'en a plein qui sont allés passer des tests» lorsqu'ils ont appris que
          Biron était séropositif, poursuit Sylvain. Le barman a aussi remarqué une certaine recrudescence du safe sex dans les



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          conversations.

          «On va parler du VIH»

          S'il devait avoir un élément positif dans cette histoire, c'est là qu'il se trouve, avance Thérèse Richer, directrice générale
          de MIELS-Québec (Mouvement d'information et d'entraide pour la lutte contre le VIH-sida). L'organisme inaugurait jeudi
          sa nouvelle maison au 625, rue Chouinard. La cause de Biron, confirme-t-elle, s'est invitée dans les discussions.

          «On disait: peut-être que ça va avoir du bon parce qu'on va parler du VIH, explique-t-elle. On n'en parle plus! On pense
          que c'est une chose réglée parce qu'il n'y a pas de drames, mais quand il y a un cas, c'est la panique.»

          MIELS-Québec ne peut commenter en particulier le cas de Steve Biron, mais Mme Richer tenait à réaffirmer que dans
          une relation sexuelle, les partenaires ont la responsabilité «partagée» de se protéger.

          Mme Richer s'inquiète par ailleurs du message envoyé par le système judiciaire lorsque des accusations aussi lourdes
          sont portées contre des personnes atteintes du VIH. Elle cite par exemple des cas de poursuites, même lorsqu'il y a eu
          utilisation du condom.

          Elle explique que, dans certains cas, des individus qui ont eu des comportements à risques vont hésiter à passer un
          test de dépistage pour rester volontairement dans l'ignorance. «Quand on ne le sait pas, on n'est pas obligé de le dire.
          Donc, on ne sera pas poursuivi», résume-t-elle.

          «Cela vient de défaire tous nos efforts [lorsqu'on incite les gens] à aller se faire dépister», regrette Mme Richer.
          D'autres cas pourraient encore se manifester, puisque l'enquête de la police est toujours en cours.

          «On reçoit l'information du public, on la traite. L'information rentre», indique la porte-parole Mélody Minville.



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  • 2. Séropositif accusé de relations non protégées: le milieu gai en émoi | Pi... http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/2... conversations. «On va parler du VIH» S'il devait avoir un élément positif dans cette histoire, c'est là qu'il se trouve, avance Thérèse Richer, directrice générale de MIELS-Québec (Mouvement d'information et d'entraide pour la lutte contre le VIH-sida). L'organisme inaugurait jeudi sa nouvelle maison au 625, rue Chouinard. La cause de Biron, confirme-t-elle, s'est invitée dans les discussions. «On disait: peut-être que ça va avoir du bon parce qu'on va parler du VIH, explique-t-elle. On n'en parle plus! On pense que c'est une chose réglée parce qu'il n'y a pas de drames, mais quand il y a un cas, c'est la panique.» MIELS-Québec ne peut commenter en particulier le cas de Steve Biron, mais Mme Richer tenait à réaffirmer que dans une relation sexuelle, les partenaires ont la responsabilité «partagée» de se protéger. Mme Richer s'inquiète par ailleurs du message envoyé par le système judiciaire lorsque des accusations aussi lourdes sont portées contre des personnes atteintes du VIH. Elle cite par exemple des cas de poursuites, même lorsqu'il y a eu utilisation du condom. Elle explique que, dans certains cas, des individus qui ont eu des comportements à risques vont hésiter à passer un test de dépistage pour rester volontairement dans l'ignorance. «Quand on ne le sait pas, on n'est pas obligé de le dire. Donc, on ne sera pas poursuivi», résume-t-elle. «Cela vient de défaire tous nos efforts [lorsqu'on incite les gens] à aller se faire dépister», regrette Mme Richer. D'autres cas pourraient encore se manifester, puisque l'enquête de la police est toujours en cours. «On reçoit l'information du public, on la traite. L'information rentre», indique la porte-parole Mélody Minville. Partager publicité © 2000-2010 Cyberpresse inc., une filiale de Gesca. Tous droits réservés. 2 sur 2 04/12/2010 01:46