SlideShare une entreprise Scribd logo
1  sur  5
Yves Charles ZARKA / Le risque de la vérité
28/12/2012
L’Europe : une union qui doit s’appuyer sur les nations
Les difficultés que connaît l’Europe aujourd’hui, en particulier l’incapacité de relancer
le projet d’une union qui mobiliserait les peuples, et même la résistance que ces peuples
y opposent, tient bien sûr aux difficultés financières, économiques et sociales et aux
politiques d’austérité qui l’affaiblissent au lieu de lui donner un nouvel élan. Mais ce
n’est pas tout, il y a une autre raison : le fait que la question du sens même d’Union
politique européenne a été sans cesse retardée. Comme si la dimension politique de
l’Europe risquerait de compromettre le projet construction péniblement mis en œuvre.
Ce retard de la question politique est une composante majeure des impasses dans
lesquelles nous nous trouvons. Il tient au fait que les gouvernements successifs des Etats
européens, et en particulier les dirigeants politiques français (de gauche ou de droite), ne
comprennent tout simplement pas la radicale nouveauté historico-politique de l’Union
qu’ils sont pourtant chargés de construire. Tout se passe comme si l’architecte n’avait
pas de plan, même général, de l’édifice qu’il entendait construire. Cette carence des
politiques dans l’intelligence du sens de l’Union se reflète également dans les débats dit
« publics » qui ont recouvert, voire effacé, les apports théoriques des penseurs de
différentes disciplines (philosophes, politistes, juristes, et autres) qui ont interrogé la
signification de l’Union et ont tenté d’y apporter des réponses.
Ainsi le débat sur l’Europe politique tourne-t-il aujourd’hui autour de l’alternative entre
souveraineté des Etats-nations et fédéralisme, c’est-à-dire à terme disparition des
nations. Ce qui veut dire que l’on continue de penser l’Union européenne, réalité
politique nouvelle, dans des catégories anciennes. Tant que l’on posera la question
politique dans ces termes on approfondira le désenchantement des peuples à l’égard du
projet européen. Il convient donc de penser l’Europe autrement, en premier lieu sur trois
points.
1/ Comme réalité politique nouvelle, l’Europe ne peut être pensée dans les termes d’une
fédération d’Etats qui aurait pour conséquence de dissoudre progressivement les
nations. Les peuples européens n’entendent pas perdre leurs spécificités forgées par une
longue histoire et qui touche les coutumes, les mœurs, les institutions, les langues, etc.
Tant que le projet d’Union apparaîtra comme impliquant une perte de spécificité des
nations, les peuples n’en voudront pas. C’est un fait. Si l’on faisait un référendum sur
l’Europe fédérale aujourd’hui, il n’y a pas de doute que la réponse serait négative, et
largement. Mais au lieu d’essayer de contourner la volonté populaire par des ententes
intergouvernementales qui ne font que masquer la crainte des peuples, il faudrait
repenser l’Europe en d’autres termes que ceux du fédéralisme. L’Europe ne doit pas être
pensée comme post-nationale (fédérale), bien qu’il soit indispensable qu’elle soit
supranationale sans quoi elle n’aurait aucune consistance. Elle ne doit pas être une
négation des nations, mais au contraire s’appuyer sur elles. Autrement dit, il ne faut pas
penser l’Union comme un Etat, mais comme une structure juridique susceptible de
1
mobiliser les Etats-nations. Comment cela se peut-il faire ? Pour cela il faut revenir à la
question démocratique.
2/ On peut espérer qu’un peuple européen existe un jour. Mais ce n’est pas encore le
cas, loin s’en faut. En revanche, ce qui existe aujourd’hui ce sont des citoyens
européens qui sont aussi des citoyens des Etats-nations. C’est donc en revenant au
fondement de la démocratie, aux citoyens, qu’il faut repenser l’Europe. Celle-ci ne se
fera pas contre les peuples ou sans eux, mais avec eux et par le retour aux citoyens
doublement constituants, comme membre d’un Etat-nation particulier et comme
membre de l’Union. C’est cette notion du citoyen doublement constituant qui doit
permettre de redéfinir le cadre juridique de l’Union, en même temps qu’il permettra
d’élargir les démocraties nationales.
3/ Cette Union politique démocratique de l’Europe, ne peut pas s’élaborer sans être
accompagnée d’une harmonisation non seulement économique, mais également sociale
et même cognitive qui est la condition de la naissance d’un sentiment européen et d’une
adhésion à l’Union, sans être aucunement une homogénéisation culturelle. Les
inégalités considérables des salaires et des conditions de vie des peuples européens
(sans oublier les inégalités encore plus considérables à l’intérieur de chaque Etat), ainsi
que les niveaux très différents de protection sociale empêchent qu’il y ait une synergie
intra-européenne indispensable pour que l’Europe puisse économiquement rivaliser
avec les autres grands pôles économiques dans un monde désormais multi-centré. Mais
il faut aller au-delà de l’harmonisation économique, il convient de mettre en place des
dispositifs institutionnels, pédagogiques, communicationnels déterminants dans la
formation d’une représentation et d’une adhésion vécue donnant chair et sang à la
citoyenneté européenne.
Une Europe démocratique est-elle possible ?
Filed under: Articles — Yves-Charles ZARKA @ 01:27
Article paru dans Le Monde, le vendredi 18 novembre 2011
Nous vivons, chacun le sait, un moment décisif dans l’histoire de l’Europe, celui dans
lequel le projet d’une Union est mis en péril et risque de sombrer dans une dislocation
très périlleuse pour les Etats, c’est-à-dire les peuples qui la composent. Ce qui frappe
face à ce péril, c’est l’incapacité réelle ou feinte des dirigeants politiques à comprendre
ce qui se passe. Depuis le début de la crise de l’euro, les décisions qui ont été prises,
sans aucune consultation des peuples européens, pis par crainte de ce type de
consultation, donc, il faut bien le dire, par crainte de la démocratie, ne sont pas
simplement à courte vue, de mois en mois, de semaines en semaines, de jours en jours,
mais aveugles à la réalité de leurs effets. La manière dont la Grèce a été, sinon
abandonnée à la voracité des marchés financiers, du moins humiliée et piétinée, est
accablante. Après la Grèce, il est certain qu’il en sera de même pour d’autres : l’Irlande,
le Portugal, l’Espagne ou l’Italie. La France, déjà sous la surveillance des agences de
notation, n’est pas loin de ce peloton des Etats dépensiers qu’il faut dans cette logique «
2
sanctionner ». La solution prétendument unique à la crise qui consiste à soumettre les
populations à une austérité de plus en plus sévère produit, on le voit tous les jours,
l’effet inverse de celui qui est en principe attendu : la récession, l’accroissement du
chômage, la diminution des recettes fiscales, mais aussi la perte de confiance des
populations envers leurs dirigeants, l’apparition de mouvements de résistance, parfois
violents, contre la destruction de l’emploi, la dureté de la vie, l’incapacité à faire face
aux dépenses les plus indispensables, sans parler de la dégradation du niveau de vie, la
régression sociale, le développement de la précarité. Ce n’est pas seulement l’Union
européenne qui est en péril, mais aussi à travers elle la civilisation dont elle est porteuse.
Nous voyons tous les jours l’Europe donner le spectacle affligent de son incapacité à se
déterminer et à se vouloir comme telle, qui n’est que la traduction de l’incertitude et de
l’incompréhension de ses dirigeants soucieux de ne pas déplaire à leur population, qu’ils
ne consultent pourtant pas. Il y a là une crainte de la démocratie, qui est la matrice de
tous les populismes.
Si les gouvernants ne comprennent pas ce qui se passe, c’est parce que la plupart d’entre
eux croient encore que le marché est un principe d’autorégulation et de vérité. La
culpabilisation des peuples et des Etats en est le résultat direct. Or, il ne s’agit pas là
d’un phénomène objectif ou d’une loi, mais d’une simple croyance. On le sait, la
croyance joue un rôle décisif en économie et en finance. Cette disposition subjective est
l’une des sources des maux qui accablent l’Europe aujourd’hui. Les mesures
contraignantes infligées aux populations des Etats, loin de la remettre en cause, la
confirme au contraire. Pourquoi les Etats qui ont sauvé les banques, et devaient le faire,
ne se sont-ils pas donnés les moyens de contrôler efficacement le fonctionnement et les
choix de celles-ci ? L’exemple de la banque Dexia est particulièrement significatif à cet
égard. Pourquoi des mesures drastiques, institutionnelles et financières ne sont-elles pas
prises pour arracher les Etats à l’évaluation de trois agences de notation dont on sait le
peu de crédibilité, puisqu’elle ont noté AAA les produits subprime presque jusqu’au
moment de la catastrophe de 2008 ? Pourquoi laisser les marchés financiers accroître
leur emprise sur les Etats par l’augmentation des dettes dites « souveraines » mais dont
la vraie caractéristique est d’être plutôt des dettes de servitude ? Parce que les dirigeants
des Etats continuent à croire aux vertus d’autorégulation et d’information du marché. Il
était possible d’éviter le péril où nous sommes. Est-il possible d’en sortir ?A cette
question la réponse peut être positive mais à la condition que le politique sorte de l’état
de servilité et de délitement profond dans lequel il s’est mis lui-même et qui comporte
trois aspects.
1/ Au niveau de l’Etat proprement dit, nous assistons à la destruction progressive de tout
le domaine public et à la généralisation du modèle privé de l’entreprise, considéré
comme le paradigme de l’efficacité. L’Etat entrepreneurial ou managérial est un Etat
qui n’est pour ainsi dire plus politique. C’est un Etat gestionnaire puisqu’il conçoit tout
en terme de gestion y compris lui-même. Il ne sait plus distinguer la spécificité des
ordres, des institutions et des finalités. Comment l’Etat, qui se pense comme une
entreprise, pourrait-il échapper à la logique des marchés ? Le résultat direct tient à ce
3
que le pouvoir a changé de main : il n’est plus dans les choix démocratiquement
délibérés et fondés, mais dans les mains du marché. Là où la démocratie régresse, la
dictature antipolitique des marchés s’accroît.
2/ Au niveau de la société civile, on assiste à l’érosion progressive de tout ce qui est
commun : remise en cause des mobilisations collectives, isolement par mise en
concurrence des individus dans le travail, que celui-ci relève du privé ou du public, qu’il
concerne le secteur de la production, de la santé, de l’éducation ou autres. La société des
individus devient progressivement une juxtaposition de solitudes. La violence et
l’insécurité relèvent de cette extension de l’isolement et de l’indifférence ou de la
crainte des autres qui lui est corrélative.
3/ Au niveau anthropologique, l’individu replié sur lui-même est plus facilement
manipulable parce que plus fragile plus dépendant des pouvoirs qui l’encadrent à
différents niveaux. Les individus ainsi isolés, se craignant les uns les autres, donnent
prise aux extrémismes politiques.
Ce triple caractère du délitement politique explique la dégradation de la démocratie qui
affecte le régime, la société et l’homme démocratique lui-même. Comment des Etats
dont la démocratie se dégrade pourraient-ils former une Union européenne
démocratique ? C’est pourtant bien de cela qu’il s’agit de penser et que tente de montrer
Jürgen Habermas. Il se pourrait bien que la vision constitutionnelle de la formation
d’une volonté politique non étatique de l’Europe soit peut-être en mesure de redonner
vigueur à l’idée démocratique elle-même en obligeant les dirigeants européens à penser
autrement leurs rôles et leurs positions. J. Habermas pense la constitution politique
autour de cinq thèmes : 1/ L’idée qu’une union politique de l’Europe ne peut se faire
non seulement sans une harmonisation des économies, mais aussi sans une homogénéité
des conditions de vie au sein des peuples européens; 2/ l’idée que l’Europe doit être une
entité politique, mais non étatique. Autrement dit elle ne saurait avoir les prérogatives
des Etats touchant l’usage de la violence, l’application de la justice, la protection des
libertés. Mais il y aurait pourtant subordination des droits nationaux au droit
supranational ; 3/ le partage de souveraineté ne doit pas être pensé comme un partage
entre Etats membres mais entre les peuples européens et les citoyens de l’Union. Les
individus jouant un rôle constituant à deux niveaux dans le cadre des Etats et dans celui
de l’Union. Ce qui serait déterminé dans l’Union, en vertu d’une volonté démocratique
commune, ne leur reviendrait donc pas comme s’il s’agissait d’un diktat d’une instance
intergouvernementale extérieure ; 4/ L’égalité des droits des peuples européens et des
citoyens européens doit se traduire au niveau institutionnel par une stricte égalité du
Parlement et du Conseil européens, devant lesquels la commission serait responsable ;
5/ l’exercice de la citoyenneté européenne rendrait progressivement possible une
solidarité des citoyens de l’Union.
Nous étions partis de la crise de l’Europe, nous avons vu qu’elle était essentiellement
due au délitement du politique asservi aux marchés. Or, il se pourrait bien que la relance
de l’idée d’une Europe politique et du projet constitutionnel qui lui serait lié serait la
4
voie par laquelle l’idée démocratique pourrait retrouver son sens y compris au niveau
des Etats-nations.

5

Contenu connexe

Tendances

Le changement, le projet socialiste
Le changement, le projet socialisteLe changement, le projet socialiste
Le changement, le projet socialistemelclalex
 
Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...
Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...
Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...Persoonlijke studie teksten
 
Discurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional Francesa
Discurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional FrancesaDiscurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional Francesa
Discurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional Francesapablozalba
 
Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forte
Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forteCahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forte
Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forteFlorian Brunner
 
Pauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriées
Pauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriéesPauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriées
Pauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriéesPaperjam_redaction
 

Tendances (7)

Le changement, le projet socialiste
Le changement, le projet socialisteLe changement, le projet socialiste
Le changement, le projet socialiste
 
Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...
Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...
Les partis communistes face à l’approfondissement de la crise du système capi...
 
Io 263 page 3
Io 263 page 3Io 263 page 3
Io 263 page 3
 
Discurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional Francesa
Discurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional FrancesaDiscurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional Francesa
Discurso del eurodiputado Pablo Zalba en la Asamblea Nacional Francesa
 
Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forte
Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forteCahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forte
Cahier de l'espoir - Les Jeunes et l'Europe: Pour une Europe forte
 
L'Humain d'Abord
L'Humain d'AbordL'Humain d'Abord
L'Humain d'Abord
 
Pauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriées
Pauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriéesPauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriées
Pauvreté: de la juste mesure aux mesures appropriées
 

En vedette

Visionary Solutions AVN Encoder Comparison Chart
Visionary Solutions AVN Encoder Comparison ChartVisionary Solutions AVN Encoder Comparison Chart
Visionary Solutions AVN Encoder Comparison ChartVisionary Solutions, Inc.
 
Genesis2practica11
Genesis2practica11Genesis2practica11
Genesis2practica11zatizabal
 
Leccion 1. desarrollo de habilidades
Leccion 1. desarrollo de habilidadesLeccion 1. desarrollo de habilidades
Leccion 1. desarrollo de habilidadeszatizabal
 
MyResumeUPDATED[New]
MyResumeUPDATED[New]MyResumeUPDATED[New]
MyResumeUPDATED[New]Nathan Neven
 
Leccion 6. desarrollo de habilidades del pensamiento
Leccion 6. desarrollo de habilidades del pensamientoLeccion 6. desarrollo de habilidades del pensamiento
Leccion 6. desarrollo de habilidades del pensamientozatizabal
 
Software ultima parte del trabajo de lego
Software ultima parte del trabajo de legoSoftware ultima parte del trabajo de lego
Software ultima parte del trabajo de legobrayanmi
 
Pdhpe –why teach it
Pdhpe –why teach itPdhpe –why teach it
Pdhpe –why teach itquanitak
 
Leccion 3. desarrollo de habilidades
Leccion 3. desarrollo de habilidadesLeccion 3. desarrollo de habilidades
Leccion 3. desarrollo de habilidadeszatizabal
 
Leccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamiento
Leccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamientoLeccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamiento
Leccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamientozatizabal
 
Leccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamiento
Leccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamientoLeccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamiento
Leccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamientozatizabal
 
Development of kid's emotional sphere. photo
Development of kid's emotional sphere. photoDevelopment of kid's emotional sphere. photo
Development of kid's emotional sphere. photoLudmila Kalinichenko
 
Leccion 8. desarrollo del pensamiento
Leccion 8. desarrollo del pensamientoLeccion 8. desarrollo del pensamiento
Leccion 8. desarrollo del pensamientozatizabal
 
MyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONES
MyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONESMyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONES
MyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONESAngela Chavez Barrera
 
PR Moot Court Competition Email Update
PR Moot Court Competition Email UpdatePR Moot Court Competition Email Update
PR Moot Court Competition Email UpdateHeather Bowen
 
Desarrollo de habilidades del p. leccion 4
Desarrollo de habilidades del p. leccion 4Desarrollo de habilidades del p. leccion 4
Desarrollo de habilidades del p. leccion 4zatizabal
 
39339 UofD postcard
39339 UofD postcard39339 UofD postcard
39339 UofD postcardanitajoyce
 

En vedette (20)

Visionary Solutions AVN Encoder Comparison Chart
Visionary Solutions AVN Encoder Comparison ChartVisionary Solutions AVN Encoder Comparison Chart
Visionary Solutions AVN Encoder Comparison Chart
 
Genesis2practica11
Genesis2practica11Genesis2practica11
Genesis2practica11
 
Leccion 1. desarrollo de habilidades
Leccion 1. desarrollo de habilidadesLeccion 1. desarrollo de habilidades
Leccion 1. desarrollo de habilidades
 
MyResumeUPDATED[New]
MyResumeUPDATED[New]MyResumeUPDATED[New]
MyResumeUPDATED[New]
 
Leccion 6. desarrollo de habilidades del pensamiento
Leccion 6. desarrollo de habilidades del pensamientoLeccion 6. desarrollo de habilidades del pensamiento
Leccion 6. desarrollo de habilidades del pensamiento
 
Software ultima parte del trabajo de lego
Software ultima parte del trabajo de legoSoftware ultima parte del trabajo de lego
Software ultima parte del trabajo de lego
 
Pdhpe –why teach it
Pdhpe –why teach itPdhpe –why teach it
Pdhpe –why teach it
 
De la decouverte de l'oubli éthique
De la decouverte de l'oubli éthiqueDe la decouverte de l'oubli éthique
De la decouverte de l'oubli éthique
 
Leccion 3. desarrollo de habilidades
Leccion 3. desarrollo de habilidadesLeccion 3. desarrollo de habilidades
Leccion 3. desarrollo de habilidades
 
Local Channel Insertion in Digital Signage
Local Channel Insertion in Digital SignageLocal Channel Insertion in Digital Signage
Local Channel Insertion in Digital Signage
 
Leccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamiento
Leccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamientoLeccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamiento
Leccion 5. desarrollo de las habilidades del pensamiento
 
Leccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamiento
Leccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamientoLeccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamiento
Leccion 9. desarrolo de las habilidades del pensamiento
 
Development of kid's emotional sphere. photo
Development of kid's emotional sphere. photoDevelopment of kid's emotional sphere. photo
Development of kid's emotional sphere. photo
 
Leccion 8. desarrollo del pensamiento
Leccion 8. desarrollo del pensamientoLeccion 8. desarrollo del pensamiento
Leccion 8. desarrollo del pensamiento
 
MyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONES
MyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONESMyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONES
MyPlick- Angela Maria Chavez Barrera- I.E SAGRADOS CORAZONES
 
PR Moot Court Competition Email Update
PR Moot Court Competition Email UpdatePR Moot Court Competition Email Update
PR Moot Court Competition Email Update
 
Second term
Second termSecond term
Second term
 
Desarrollo de habilidades del p. leccion 4
Desarrollo de habilidades del p. leccion 4Desarrollo de habilidades del p. leccion 4
Desarrollo de habilidades del p. leccion 4
 
39339 UofD postcard
39339 UofD postcard39339 UofD postcard
39339 UofD postcard
 
Analysis report
Analysis reportAnalysis report
Analysis report
 

Similaire à Yves charles zarka

Contribution OV L'optimisme de la volonté
Contribution OV L'optimisme de la volontéContribution OV L'optimisme de la volonté
Contribution OV L'optimisme de la volontéUnMondedAvance
 
100529 mj débat_zone_euro_lt
100529 mj débat_zone_euro_lt100529 mj débat_zone_euro_lt
100529 mj débat_zone_euro_ltBordier & Cie
 
Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012
Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012
Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012Quoimaligne Idf
 
Introduction un « affectio societatis » européen
Introduction un « affectio societatis » européenIntroduction un « affectio societatis » européen
Introduction un « affectio societatis » européenViviane de Beaufort
 
60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europe60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europeLeSoir.be
 
60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europe60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europeCédric Petit
 
Colloque ouaga-a5-boutalebd
Colloque ouaga-a5-boutalebdColloque ouaga-a5-boutalebd
Colloque ouaga-a5-boutalebdbibahassiba
 
Document
DocumentDocument
DocumentViewOn
 
Manifeste d'economistes atterres
Manifeste d'economistes atterresManifeste d'economistes atterres
Manifeste d'economistes atterresMMDP
 
Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?
Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?
Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?Pierre Moscovici
 
Rapport gorce
Rapport gorceRapport gorce
Rapport gorcepascaljan
 
Le désamour des Européens vis-à-vis de l'Europe
Le désamour des Européens vis-à-vis de l'EuropeLe désamour des Européens vis-à-vis de l'Europe
Le désamour des Européens vis-à-vis de l'EuropeKantar
 
Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...
Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...
Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...Jean-François Fiorina
 
Discours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européen
Discours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européenDiscours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européen
Discours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européenCécile Jandau
 
Lettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fn
Lettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fnLettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fn
Lettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fnBertrand Tacchella
 
Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte Europe
 Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte Europe Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte Europe
Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte EuropeJean-Michel Boudon
 
Citoyennete européenne revue parlementaire
 Citoyennete  européenne revue parlementaire  Citoyennete  européenne revue parlementaire
Citoyennete européenne revue parlementaire Viviane de Beaufort
 

Similaire à Yves charles zarka (20)

Contribution OV L'optimisme de la volonté
Contribution OV L'optimisme de la volontéContribution OV L'optimisme de la volonté
Contribution OV L'optimisme de la volonté
 
Populisme : la faute à l'Europe ?
Populisme : la faute à l'Europe ?Populisme : la faute à l'Europe ?
Populisme : la faute à l'Europe ?
 
100529 mj débat_zone_euro_lt
100529 mj débat_zone_euro_lt100529 mj débat_zone_euro_lt
100529 mj débat_zone_euro_lt
 
Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012
Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012
Cp cgt cheminots grève 14-novembre-2012
 
Introduction un « affectio societatis » européen
Introduction un « affectio societatis » européenIntroduction un « affectio societatis » européen
Introduction un « affectio societatis » européen
 
Appel du coq mai juin
Appel du coq mai juinAppel du coq mai juin
Appel du coq mai juin
 
60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europe60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europe
 
60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europe60 idées pour l'europe
60 idées pour l'europe
 
Colloque ouaga-a5-boutalebd
Colloque ouaga-a5-boutalebdColloque ouaga-a5-boutalebd
Colloque ouaga-a5-boutalebd
 
Document
DocumentDocument
Document
 
Manifeste d'economistes atterres
Manifeste d'economistes atterresManifeste d'economistes atterres
Manifeste d'economistes atterres
 
Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?
Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?
Pierre Moscovici : L'élargissement de l'Union, quel avenir pour l'Europe ?
 
Rapport gorce
Rapport gorceRapport gorce
Rapport gorce
 
Le désamour des Européens vis-à-vis de l'Europe
Le désamour des Européens vis-à-vis de l'EuropeLe désamour des Européens vis-à-vis de l'Europe
Le désamour des Européens vis-à-vis de l'Europe
 
Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...
Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...
Comprendre Les Enjeux Stratégiques HS n°31 - Les entretiens du directeur. Ent...
 
Discours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européen
Discours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européenDiscours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européen
Discours de François Hollande devant le groupe socialiste du Parlement européen
 
Lettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fn
Lettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fnLettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fn
Lettre reponse poi84_a_ud_cgt_84_debat_fn
 
Accord PS-EELV
Accord PS-EELVAccord PS-EELV
Accord PS-EELV
 
Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte Europe
 Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte Europe Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte Europe
Recueil des argumentaires - GARE - Groupe Arguentation Riposte Europe
 
Citoyennete européenne revue parlementaire
 Citoyennete  européenne revue parlementaire  Citoyennete  européenne revue parlementaire
Citoyennete européenne revue parlementaire
 

Plus de Asociación Internacional de Artes Marciales

De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”: ¿Es posible...
De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”:  ¿Es posible...De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”:  ¿Es posible...
De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”: ¿Es posible...Asociación Internacional de Artes Marciales
 
Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...
Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...
Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...Asociación Internacional de Artes Marciales
 
La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...
La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...
La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...Asociación Internacional de Artes Marciales
 

Plus de Asociación Internacional de Artes Marciales (14)

Ecología: ética medioambiental
Ecología: ética medioambientalEcología: ética medioambiental
Ecología: ética medioambiental
 
De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”: ¿Es posible...
De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”:  ¿Es posible...De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”:  ¿Es posible...
De la “Deliberación del sexo” a la “mistificación de la muerte”: ¿Es posible...
 
Le musee du louvre
Le  musee du louvreLe  musee du louvre
Le musee du louvre
 
Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...
Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...
Les problèmes d’intégration des marocains du monde dans leur pays d’accueil e...
 
Les principales avancées de la condition de la femme marocaine pendant ces de...
Les principales avancées de la condition de la femme marocaine pendant ces de...Les principales avancées de la condition de la femme marocaine pendant ces de...
Les principales avancées de la condition de la femme marocaine pendant ces de...
 
Sombrés dans l'oubli
Sombrés dans l'oubliSombrés dans l'oubli
Sombrés dans l'oubli
 
La culpabilité collective: Comment devons-nous donc comprendre cette culpabil...
La culpabilité collective: Comment devons-nous donc comprendre cette culpabil...La culpabilité collective: Comment devons-nous donc comprendre cette culpabil...
La culpabilité collective: Comment devons-nous donc comprendre cette culpabil...
 
La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...
La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...
La Dialectique de la Volonté: la tension entre la “volonté voulante” et la “v...
 
Sobre una ética política
Sobre una ética políticaSobre una ética política
Sobre una ética política
 
Et après le 08 mars
Et après le 08 marsEt après le 08 mars
Et après le 08 mars
 
Fête de la jeunesse au cameroun: Utopie ou Célébration
Fête de la jeunesse au cameroun: Utopie ou CélébrationFête de la jeunesse au cameroun: Utopie ou Célébration
Fête de la jeunesse au cameroun: Utopie ou Célébration
 
La espiritualidad del cuerpo
La espiritualidad del cuerpoLa espiritualidad del cuerpo
La espiritualidad del cuerpo
 
El mundo de los valores
El mundo de los valoresEl mundo de los valores
El mundo de los valores
 
Strauss khan
Strauss khanStrauss khan
Strauss khan
 

Yves charles zarka

  • 1. Yves Charles ZARKA / Le risque de la vérité 28/12/2012 L’Europe : une union qui doit s’appuyer sur les nations Les difficultés que connaît l’Europe aujourd’hui, en particulier l’incapacité de relancer le projet d’une union qui mobiliserait les peuples, et même la résistance que ces peuples y opposent, tient bien sûr aux difficultés financières, économiques et sociales et aux politiques d’austérité qui l’affaiblissent au lieu de lui donner un nouvel élan. Mais ce n’est pas tout, il y a une autre raison : le fait que la question du sens même d’Union politique européenne a été sans cesse retardée. Comme si la dimension politique de l’Europe risquerait de compromettre le projet construction péniblement mis en œuvre. Ce retard de la question politique est une composante majeure des impasses dans lesquelles nous nous trouvons. Il tient au fait que les gouvernements successifs des Etats européens, et en particulier les dirigeants politiques français (de gauche ou de droite), ne comprennent tout simplement pas la radicale nouveauté historico-politique de l’Union qu’ils sont pourtant chargés de construire. Tout se passe comme si l’architecte n’avait pas de plan, même général, de l’édifice qu’il entendait construire. Cette carence des politiques dans l’intelligence du sens de l’Union se reflète également dans les débats dit « publics » qui ont recouvert, voire effacé, les apports théoriques des penseurs de différentes disciplines (philosophes, politistes, juristes, et autres) qui ont interrogé la signification de l’Union et ont tenté d’y apporter des réponses. Ainsi le débat sur l’Europe politique tourne-t-il aujourd’hui autour de l’alternative entre souveraineté des Etats-nations et fédéralisme, c’est-à-dire à terme disparition des nations. Ce qui veut dire que l’on continue de penser l’Union européenne, réalité politique nouvelle, dans des catégories anciennes. Tant que l’on posera la question politique dans ces termes on approfondira le désenchantement des peuples à l’égard du projet européen. Il convient donc de penser l’Europe autrement, en premier lieu sur trois points. 1/ Comme réalité politique nouvelle, l’Europe ne peut être pensée dans les termes d’une fédération d’Etats qui aurait pour conséquence de dissoudre progressivement les nations. Les peuples européens n’entendent pas perdre leurs spécificités forgées par une longue histoire et qui touche les coutumes, les mœurs, les institutions, les langues, etc. Tant que le projet d’Union apparaîtra comme impliquant une perte de spécificité des nations, les peuples n’en voudront pas. C’est un fait. Si l’on faisait un référendum sur l’Europe fédérale aujourd’hui, il n’y a pas de doute que la réponse serait négative, et largement. Mais au lieu d’essayer de contourner la volonté populaire par des ententes intergouvernementales qui ne font que masquer la crainte des peuples, il faudrait repenser l’Europe en d’autres termes que ceux du fédéralisme. L’Europe ne doit pas être pensée comme post-nationale (fédérale), bien qu’il soit indispensable qu’elle soit supranationale sans quoi elle n’aurait aucune consistance. Elle ne doit pas être une négation des nations, mais au contraire s’appuyer sur elles. Autrement dit, il ne faut pas penser l’Union comme un Etat, mais comme une structure juridique susceptible de 1
  • 2. mobiliser les Etats-nations. Comment cela se peut-il faire ? Pour cela il faut revenir à la question démocratique. 2/ On peut espérer qu’un peuple européen existe un jour. Mais ce n’est pas encore le cas, loin s’en faut. En revanche, ce qui existe aujourd’hui ce sont des citoyens européens qui sont aussi des citoyens des Etats-nations. C’est donc en revenant au fondement de la démocratie, aux citoyens, qu’il faut repenser l’Europe. Celle-ci ne se fera pas contre les peuples ou sans eux, mais avec eux et par le retour aux citoyens doublement constituants, comme membre d’un Etat-nation particulier et comme membre de l’Union. C’est cette notion du citoyen doublement constituant qui doit permettre de redéfinir le cadre juridique de l’Union, en même temps qu’il permettra d’élargir les démocraties nationales. 3/ Cette Union politique démocratique de l’Europe, ne peut pas s’élaborer sans être accompagnée d’une harmonisation non seulement économique, mais également sociale et même cognitive qui est la condition de la naissance d’un sentiment européen et d’une adhésion à l’Union, sans être aucunement une homogénéisation culturelle. Les inégalités considérables des salaires et des conditions de vie des peuples européens (sans oublier les inégalités encore plus considérables à l’intérieur de chaque Etat), ainsi que les niveaux très différents de protection sociale empêchent qu’il y ait une synergie intra-européenne indispensable pour que l’Europe puisse économiquement rivaliser avec les autres grands pôles économiques dans un monde désormais multi-centré. Mais il faut aller au-delà de l’harmonisation économique, il convient de mettre en place des dispositifs institutionnels, pédagogiques, communicationnels déterminants dans la formation d’une représentation et d’une adhésion vécue donnant chair et sang à la citoyenneté européenne. Une Europe démocratique est-elle possible ? Filed under: Articles — Yves-Charles ZARKA @ 01:27 Article paru dans Le Monde, le vendredi 18 novembre 2011 Nous vivons, chacun le sait, un moment décisif dans l’histoire de l’Europe, celui dans lequel le projet d’une Union est mis en péril et risque de sombrer dans une dislocation très périlleuse pour les Etats, c’est-à-dire les peuples qui la composent. Ce qui frappe face à ce péril, c’est l’incapacité réelle ou feinte des dirigeants politiques à comprendre ce qui se passe. Depuis le début de la crise de l’euro, les décisions qui ont été prises, sans aucune consultation des peuples européens, pis par crainte de ce type de consultation, donc, il faut bien le dire, par crainte de la démocratie, ne sont pas simplement à courte vue, de mois en mois, de semaines en semaines, de jours en jours, mais aveugles à la réalité de leurs effets. La manière dont la Grèce a été, sinon abandonnée à la voracité des marchés financiers, du moins humiliée et piétinée, est accablante. Après la Grèce, il est certain qu’il en sera de même pour d’autres : l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ou l’Italie. La France, déjà sous la surveillance des agences de notation, n’est pas loin de ce peloton des Etats dépensiers qu’il faut dans cette logique « 2
  • 3. sanctionner ». La solution prétendument unique à la crise qui consiste à soumettre les populations à une austérité de plus en plus sévère produit, on le voit tous les jours, l’effet inverse de celui qui est en principe attendu : la récession, l’accroissement du chômage, la diminution des recettes fiscales, mais aussi la perte de confiance des populations envers leurs dirigeants, l’apparition de mouvements de résistance, parfois violents, contre la destruction de l’emploi, la dureté de la vie, l’incapacité à faire face aux dépenses les plus indispensables, sans parler de la dégradation du niveau de vie, la régression sociale, le développement de la précarité. Ce n’est pas seulement l’Union européenne qui est en péril, mais aussi à travers elle la civilisation dont elle est porteuse. Nous voyons tous les jours l’Europe donner le spectacle affligent de son incapacité à se déterminer et à se vouloir comme telle, qui n’est que la traduction de l’incertitude et de l’incompréhension de ses dirigeants soucieux de ne pas déplaire à leur population, qu’ils ne consultent pourtant pas. Il y a là une crainte de la démocratie, qui est la matrice de tous les populismes. Si les gouvernants ne comprennent pas ce qui se passe, c’est parce que la plupart d’entre eux croient encore que le marché est un principe d’autorégulation et de vérité. La culpabilisation des peuples et des Etats en est le résultat direct. Or, il ne s’agit pas là d’un phénomène objectif ou d’une loi, mais d’une simple croyance. On le sait, la croyance joue un rôle décisif en économie et en finance. Cette disposition subjective est l’une des sources des maux qui accablent l’Europe aujourd’hui. Les mesures contraignantes infligées aux populations des Etats, loin de la remettre en cause, la confirme au contraire. Pourquoi les Etats qui ont sauvé les banques, et devaient le faire, ne se sont-ils pas donnés les moyens de contrôler efficacement le fonctionnement et les choix de celles-ci ? L’exemple de la banque Dexia est particulièrement significatif à cet égard. Pourquoi des mesures drastiques, institutionnelles et financières ne sont-elles pas prises pour arracher les Etats à l’évaluation de trois agences de notation dont on sait le peu de crédibilité, puisqu’elle ont noté AAA les produits subprime presque jusqu’au moment de la catastrophe de 2008 ? Pourquoi laisser les marchés financiers accroître leur emprise sur les Etats par l’augmentation des dettes dites « souveraines » mais dont la vraie caractéristique est d’être plutôt des dettes de servitude ? Parce que les dirigeants des Etats continuent à croire aux vertus d’autorégulation et d’information du marché. Il était possible d’éviter le péril où nous sommes. Est-il possible d’en sortir ?A cette question la réponse peut être positive mais à la condition que le politique sorte de l’état de servilité et de délitement profond dans lequel il s’est mis lui-même et qui comporte trois aspects. 1/ Au niveau de l’Etat proprement dit, nous assistons à la destruction progressive de tout le domaine public et à la généralisation du modèle privé de l’entreprise, considéré comme le paradigme de l’efficacité. L’Etat entrepreneurial ou managérial est un Etat qui n’est pour ainsi dire plus politique. C’est un Etat gestionnaire puisqu’il conçoit tout en terme de gestion y compris lui-même. Il ne sait plus distinguer la spécificité des ordres, des institutions et des finalités. Comment l’Etat, qui se pense comme une entreprise, pourrait-il échapper à la logique des marchés ? Le résultat direct tient à ce 3
  • 4. que le pouvoir a changé de main : il n’est plus dans les choix démocratiquement délibérés et fondés, mais dans les mains du marché. Là où la démocratie régresse, la dictature antipolitique des marchés s’accroît. 2/ Au niveau de la société civile, on assiste à l’érosion progressive de tout ce qui est commun : remise en cause des mobilisations collectives, isolement par mise en concurrence des individus dans le travail, que celui-ci relève du privé ou du public, qu’il concerne le secteur de la production, de la santé, de l’éducation ou autres. La société des individus devient progressivement une juxtaposition de solitudes. La violence et l’insécurité relèvent de cette extension de l’isolement et de l’indifférence ou de la crainte des autres qui lui est corrélative. 3/ Au niveau anthropologique, l’individu replié sur lui-même est plus facilement manipulable parce que plus fragile plus dépendant des pouvoirs qui l’encadrent à différents niveaux. Les individus ainsi isolés, se craignant les uns les autres, donnent prise aux extrémismes politiques. Ce triple caractère du délitement politique explique la dégradation de la démocratie qui affecte le régime, la société et l’homme démocratique lui-même. Comment des Etats dont la démocratie se dégrade pourraient-ils former une Union européenne démocratique ? C’est pourtant bien de cela qu’il s’agit de penser et que tente de montrer Jürgen Habermas. Il se pourrait bien que la vision constitutionnelle de la formation d’une volonté politique non étatique de l’Europe soit peut-être en mesure de redonner vigueur à l’idée démocratique elle-même en obligeant les dirigeants européens à penser autrement leurs rôles et leurs positions. J. Habermas pense la constitution politique autour de cinq thèmes : 1/ L’idée qu’une union politique de l’Europe ne peut se faire non seulement sans une harmonisation des économies, mais aussi sans une homogénéité des conditions de vie au sein des peuples européens; 2/ l’idée que l’Europe doit être une entité politique, mais non étatique. Autrement dit elle ne saurait avoir les prérogatives des Etats touchant l’usage de la violence, l’application de la justice, la protection des libertés. Mais il y aurait pourtant subordination des droits nationaux au droit supranational ; 3/ le partage de souveraineté ne doit pas être pensé comme un partage entre Etats membres mais entre les peuples européens et les citoyens de l’Union. Les individus jouant un rôle constituant à deux niveaux dans le cadre des Etats et dans celui de l’Union. Ce qui serait déterminé dans l’Union, en vertu d’une volonté démocratique commune, ne leur reviendrait donc pas comme s’il s’agissait d’un diktat d’une instance intergouvernementale extérieure ; 4/ L’égalité des droits des peuples européens et des citoyens européens doit se traduire au niveau institutionnel par une stricte égalité du Parlement et du Conseil européens, devant lesquels la commission serait responsable ; 5/ l’exercice de la citoyenneté européenne rendrait progressivement possible une solidarité des citoyens de l’Union. Nous étions partis de la crise de l’Europe, nous avons vu qu’elle était essentiellement due au délitement du politique asservi aux marchés. Or, il se pourrait bien que la relance de l’idée d’une Europe politique et du projet constitutionnel qui lui serait lié serait la 4
  • 5. voie par laquelle l’idée démocratique pourrait retrouver son sens y compris au niveau des Etats-nations. 5