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Des footballeurs cons comme leurs pieds

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"Les footballeurs sont-ils cons comme leurs pieds?". Article publié dans Moustique en mars 2013.

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Des footballeurs cons comme leurs pieds

  1. 1. ACTUALITÉS LA POLÉMIQUE24 27/03/2013a semaine dernière, le footballeur grec GiorgosKatidis s’était cru malin en célébrant son butvictorieux par un salut nazi. Banni à vie del’équipe nationale par sa fédération, il avait,pensait-on, touché le fond de la bêtise. Maislorsque pour se défendre, le joueur de 20 ansavouait qu’il ignorait la signification de ce geste,il réussissait l’exploit de creuser encore.Et ternissait davantage le blason de sacorporation dans l’opinion. Parce queoui, les joueurs de foot ont une réputation qui leur colleaux crampons: celle d’être indubitablement cons...DES FOOTBALLEURSCONS COMME LEURS PIEDSLe salut nazi d’un footballeur grec est venu enrichir l’infinie collection desboulettes de la corporation. Au point qu’on ne peut s’empêcher de se poserla question: les footballeurs sont-ils (vraiment) intrinsèquement cons?GRAMMAIRE: 1 - FOOTEUX: 0Pour s’en convaincre, tout le monde a en tête les inter-views d’avant- ou d’après-match de ces footeux, où lesfautes de grammaire succèdent aux propos clé sur ported’une vacuité sans nom (notre préférée: “on prend lesmatchs les uns après les autres”). “Ils n’ont rien à dire,assène Stéphane Pauwels, consultant foot sur RTL. Ilssont formatés par les clubs, avec une phrase-clé: “L’impor-tant, c’est l’équipe”. Alors que tout le monde sait que lesjoueurs ne pensent qu’à une chose: leur gueule.” Sansjamais remettre en cause la tactique de l’équipe, ils seMOU_1313_024_REG_FOOTEUX_IDE.indd 24 25/03/13 13:07
  2. 2. 25Le 7 octobre,Jonathan Legearentrait dansun magasinavec sa Porsche.Un sommet de sabêtise présumée?SScontentent donc de relater laconiquement les faits de jeu.À leur décharge, confessons que si leurs réponses sontsans intérêt, c’est parfois parce que les questions desjournalistes - “Alors, Bidule, content de la victoire?” - lesont tout autant. “Les joueurs interviewés dans le men-suel français So Foot ont l’air plus intelligents que dansFoot Magazine, remarque ainsi Marc Delire, monsieur footchez Belgacom TV. Il faut donc se poser la question: n’est-ce pas le journaliste qui est plus ou moins con?” Ou quiréécrit plus ou moins les réponses? Un ravalement defaçade aussi courant qu’indispensable, et qui a parfoislieu aussi en télé. “On sait que la maîtrise du conditionneln’est pas leur point fort. Du coup, il m’est arrivé à de nom-breuses reprises de leur faire recommencer l’interview,avoue Marc Delire. Je leur conseille: “Bon, à la place dedire “si j’aurais”, dis plutôt “si j’avais”, sinon tu vas passerpour un con!” Si le gars est vexé, tant pis pour lui. Maisla plupart du temps, il me remercie.”CULTURE: 2 - FOOTEUX: 0Malgré cette élégance, beaucoup d’approximations delangage passent la rampe et nourrissent largement lacaricature du footeux bêta. Il s’agit cependant de relati-viser. D’abord en rappelant que la parfaite maîtrise dusubjonctif imparfait n’a jamais été un gage d’intelligence.Ensuite en défiant quiconque de tenir un discours perti-nent, après avoir été soumis à un effort extrême pendant90 minutes. Enfin plus prosaïquement, parce que “leurmétier, c’est de taper dans une balle et de battre l’adver-saire, rappelle Marc Delire. On ne leur demande pasd’avoir une culture générale étoffée. Prenons MarouaneFellaini, il a le cœur sur la main. Son investissement dansCap 48, ce n’est pas du pipeau. Mais c’est sûr que si tului demandes son avis sur la montée de la N-VA, je nesuis même pas sûr qu’il sache ce que c’est, la N-VA…Par contre, il connaît certainement le back gauche deWest Bromwich. C’est tout ce qu’on lui demande”.Malgré tout, on peut se demander pourquoi, tant sur leplan de la culture générale que de la qualité d’expression,le rugbyman, le basketteur ou le tennisman tirent mieuxleur épingle du jeu que le footeux. Selon Marc Delire, c’estdans le caractère “populaire” (dans les deux sens duterme) du football que réside l’explication: “C’est le sportle plus pratiqué au monde. Forcément, dans le tas, il y aplus de chances de tomber sur des gars moins subtils”.ÉCOLE: 3 - FOOTEUX: 0Le football exige par ailleurs de ses jeunes poussesqu’elles se consacrent très tôt et uniquement à la pratiquede leur discipline, contrairement aux autres sports, dontl’amateurisme permet de conjuguer vie sportive et profes-sionnelle. Or, des études sociologiques montrent que plusl’âge du recrutement dans les centres de formation estbas, plus nombreux sont les joueurs issus de milieuxmodestes, fils d’ouvriers ou d’employés. Dans un terreausocioculturel moins favorable, la tentation - déjà grande - destopper précocement ses études est encore plus pré-gnante. “Ma chance, c’est que mon père ait insisté pourque je continue mes études… sans jamais être venu mevoir au football”, confie l’ancien international sénégalaisKhalilou Fadiga, reconverti aujourd’hui en brillant consul-tant pour la RTBF. “Soutenir son enfant, ça ne veut pas direvenir crier n’importe quoi au bord du terrain, avance Chris-tophe Dessy, directeur de l’école de jeunes du Standardde Liège. L’environnement familial est primordial… Parcequ’au risque de choquer, on constate que de plus en plusde familles prostituent leur enfant.”FRIC: 4 - FOOTEUX: 0L’argent. Il fait en effet beaucoup tourner la tête desjoueurs comme de leur entourage. “Ils gagnent beaucouptrop d’argent, trop vite. Ils n’ont plus la notion du coût ê“QU’UNJOUEUR NERÉFLÉCHISSEPAS, CELAARRANGEBEAUCOUPDE MONDE.”“DANS LE SPORT LEPLUS PRATIQUÉ AUMONDE, IL Y A PLUSDE CHANCES DE TOM-BER SUR DES GARSMOINS SUBTILS…”ImageGlobeMOU_1313_024_REG_FOOTEUX_IDE.indd 25 25/03/13 13:07
  3. 3. ACTUALITÉS CONS COMME LEURS PIEDS26 27/03/2013de la vie ou du prix d’un pain coupé”, estime StéphanePauwels. Cette perte de repères, l’académie du Standardtente de lutter contre, en interdisant par exemple leschaussures de couleur à l’entraînement à ses apprentisfootballeurs. “Elles peuvent coûter jusqu’à 250 euros…Ce n’est plus une paire de chaussures, c’est un objet devaleur. Or, c’est précisément tout ce qui est accessoire quitrompe le public”, explique lucidement Christophe Dessy.Un étalement de richesse bling-bling bien présent chez lesaînés, entre voitures de sport, fringues hors de prix etbimbos soupçonnées de chasser leurs contrats à septchiffres. Et qui achève de leur construire une image super-ficielle. Khalilou Fadiga ironise avec humour sur le clichéqu’il juge teinté d’un peu de frustration: “Je crois quebeaucoup signeraient pour être cons, s’ils pouvaient ga-gner autant d’argent…”Un son de cloche partagé, à quelques mots près, parMarc Delire, qui développe: “Les footballeurs sont les ar-chétypes de la société de consommation à la con. Ilsdevraient être irréprochables en tout point, au prétextequ’ils gagnent des fortunes. On place la barre trop haut.Ils n’ont pas une valeur d’exemple plus grande que vouset moi”. Dans ce monde irréel, il est d’autant plus difficilepour eux de se montrer exemplaires en toutes circons-tances qu’ils sont projetés très jeunes dans la sphèremédiatique. Avec le développement du web et des ré-seaux sociaux, leurs actes (donc leurs bêtises) sont deplus en plus épiés. Et montés en épingle. Lorsque Jona-than Legear crashe sa Porsche dans une station-service(avant de prendre la fuite et de… revenir 10 minutes plustard récupérer son sac dans le coffre), la vidéo fait l’ouver-ture du JT, et le tour du web. “Le footballeur est tellementmédiatisé qu’à la moindre incartade, tout le monde estmis dans le même sac”, déplore Khalilou Fadiga.PRESSION SOCIALE: 5 - FOOTEUX: 0Un sac donc il est d’ailleurs difficile de s’extirper pour lesjoueurs qui s’illustrent, au contraire, par leur verve, leurfranc-parler ou leur discernement. L’ex-joueur françaisBenjamin Nicaise, passé par Mons et le Standard, et quiréunit ces trois qualités, déclarait il y a quelques se-maines: “Il y a des dirigeants qui souhaitent que lesjoueurs ne réfléchissent pas. Cela arrange beaucoup demonde”. Sans aller jusque-là, le joueur montois ThomasChatelle, passé par Anderlecht et Genk, et consultantpour RTL admet aussi avoir “senti certains entraîneurs unpeu sur la défensive, par rapport à mon comportement,plus raisonné. Peut-être parce qu’on préfère quelqu’un quiexécute sans trop remettre en question”… Un décalagequ’il a, dans une certaine mesure, également ressentiavec ses coéquipiers: ”Ça n’a pas été facile tous lesjours. Je ne me suis pas toujours senti à l’aise dans cemilieu. Lors des mises au vert, par exemple, la plupartjouaient à la PlayStation. Moi, je n’étais pas dans ce trip-là et je me sentais parfois un peu seul…”L’ÉGALISATIONDE L’INTELLIGENCE PRATIQUEFinalement, on peut se demander si le microcosme duballon rond cherche vraiment à adouber des joueurs quicogitent… “Réfléchir n’est pas toujours un atout quandon pratique le sport de haut niveau…, assène ThomasChatelle. Moi, j’ai dû faire un travail sur moi-même pourarrêter de tout analyser sur un terrain et jouer plus ins-tinctivement.” Un avis que nuance le formateur ChistopheDessy: “Un garçon avec une tête bien faite va certaine-ment se montrer plus performant sur le plan tactique, surle plan conflictuel ou dans la gestion de ses émotions”.Mieux, des chercheurs suédois se sont penchés sur labien nommée “intelligence de jeu”, cette capacité à “lirele jeu”, prendre les bonnes décisions et être au bon en-droit au bon moment. Et, surprise, il s’avère que lesfootballeurs d’élite ont des capacités cognitives bien supé-rieures au reste de la population! Leur créativité, leur ca-pacité à mener plusieurs tâches de fond et leur flexibilitéleur permettraient de s’adapter à des situations inédites,comme une nouvelle tactique de l’adversaire en cours dematch. Les chercheurs ont même pu établir une corréla-tion entre les performances intellectuelles et le nombrede buts marqués ou de passes décisives. D’ailleurs, cen’est pas un hasard si nos Diables Rouges semblentn’avoir jamais été aussi forts qu’aujourd’hui. StéphanePauwels en tête, nos interlocuteurs sont unanimes: “AvecKompany, Courtois, Hazard, Mertens, Vermaelen… on a lachance d’avoir des leaders qui en ont dans le citron”. Lapreuve ultime?hPierre Scheurette (st.)JONATHAN LEGEAR,notre champion nationalAu panthéon des bourdes, “Zonathan” fait l’unanimité: il y a biensûr eu son retentissant accident de Porsche, mais notre préféréereste son tatouage mal orthographié: “Vini (au lieu de Veni), vidi,vici”. Du grand art.FRANCK RIBÉRY, l’incomprisAu-delà de l’affaire Zahia, c’est en conférence de presse qu’on lepréfère: “On est des joueurs qu’on va vite avec le ballon” (sic), “C’estbeau ce stade Vélodrome qui est toujours plein à domicile comme àl’extérieur” (re-sic), “On dirait c’était comme si que y avait rienchangé hier” (re-re-sic). Et on en oublie.MARIO BALOTELLI, la tête brûléeEn bref, l’Italien a déjà: explosé des feux d’artifice dans sa sallede bains, lancé des fléchettes en direction de jeunes joueursparce qu’il s’ennuyait, été surpris avec son iPad sur le banc detouche pendant un match… Ah oui, il a aussi déclaré: “Je penseêtre plus intelligent que la moyenne, mais ça ne m’intéresse pas dele démontrer”. Ah, c’est donc ça.ILS ONT LA TÊTE PRÈS DU POTEAUê“KOMPANY,COURTOIS,HAZARD,VERMAELEN…ON A LACHANCED’AVOIR DESLEADERS QUIEN ONT DANSLE CITRON.”ReportersPhotoNewsReportersMOU_1313_024_REG_FOOTEUX_IDE.indd 26 25/03/13 13:07

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