Rachelcarson french

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Rachelcarson french

  1. 1. lors un étrange fléau s’abattit peu à peu sur la région ettout se mit à changer. […] Il y eut un calme étrange. […]Les rares oiseaux encore visibles agonisaient, secoués deviolents tremblements et incapables de voler. Le printempsavait perdu sa voix. Le matin, naguère vibrant dès l’aube du chœurde dizaines de chants d’oiseaux, aucun son n’était perceptible ; seul lesilence régnait sur les champs, les bois et les marécages. Rachel Carson, Printemps silencieuxSommaireUne femme discrète, une œuvre retentissante 1par Phyllis McIntoshLe livre qui changea une nation 5par Michael Jay FriedmanUne controverse tenace, un avertissement toujours actuel 8par May BerenbaumLa postérité de Rachel Carson 11Un album de photosBibliographie et sites Internet 14Photo de couverture : Rachel Carson à son microscope en 1951.Ci-dessus : des oisillons troglodytes réclament la becquée.
  2. 2. 1imide,effacée,la scientifiqueet ancienne fonctionnairequ’était Rachel Carson nesemblait pas destinée à de-venir l’une des femmes lesplus influentes de l’Améri-que des temps modernes.Mais elle avait deux passionsauxquelles elle s’est consacréetoute sa vie : l’amour de lanature et l’amour de l’écriture,passions qui, conjuguées,l’incitèrent à publier en 1962Printemps silencieux (SilentSpring) un livre qui sensibi-lisa le public américain àl’importance de l’environne-ment et déclencha un effortnational sans précédent pourprotéger la nature de la des-truction par les produitschimiques.Fidèle à sa formation scien-tifique, Rachel Carson do-cumenta soigneusement sesconclusions sur les dangersà long terme des pesticides ;en écrivain de talent,elle sutprésenter ces dangers dansun langage à la portée du lecteur moyen.Une vocation de naturalisteRachel Carson est née il y a cent ans dans unepetite ville de l’ouest de la Pennsylvanie. BienRachel Carson à son domicile dans la banlieue deWashington en mars 1963.par Phyllis McIntoshUne femme discrète,une œuvre retentissantequ’ayant grandi loin de la côte, elle éprouve dèsl’enfance « une intense fascination pour tout ce quia trait à la mer ». Elle est également déterminée àdevenir un jour écrivain.Au Pennsylvania College for Women, elle se spé-cialise en anglais jusqu’à sa troisième année, puispasse en biologie, décisionhardie à une époque oùrares étaient les femmes quis’orientaient vers les scien-ces.Rachel Carson poursuitses études à l’universitéJohns Hopkins,où elle ob-tient une maîtrise avecmention en biologie marineen 1932. Alors qu’elle en-seigne la zoologie à l’uni-versité du Maryland, ellepasse ses étés à travailler auWoods Hole Marine Bio-logical Laboratory dans leMassachusetts. C’est làqu’elle voit la mer qu’elleaime tant pour la premièrefois de sa vie.Rachel Carson débute dansla fonction publique en tantque rédactrice d’émissionsde radio pour l’U.S.Bureau of Fisheries et,en 1936,accède à un poste de spécialiste en biologie aqua-tique,deuxième femme engagée par le bureau à unposte de ce niveau.Pendant ses quinze ans de car-rière, elle rédige des manuels sur la conservationet les ressources naturelles et révise des articles
  3. 3. 2Dans le sens des aiguilles d’une montre à partir de la gauche : RachelCarson enfant ; sur les genoux de sa mère, vers 1910, avec sa sœurMarian et son frère Robert ; au travail à Woods Hole (Massachusetts) ; l’unde ses nombreux dessins de plantes et d’animaux.
  4. 4. 3scientifiques.Lorsqu’elle prend sa retraite en 1952,elle occupe le poste de rédactrice en chef des pu-blications de l’U.S. Fish and Wildlife Service.Durant sa carrière dans la fonction publique,RachelCarson continue,parallèle-ment,à produire des écritsinspirés par son amour dela mer. Son premier livre,La Vie de l’océan date de1941 ; il relate la lutte pourla vie dans la mer et leszones côtières du point devue du naturaliste. Sondeuxième livre, Cette merqui nous entoure,qui décritles processus de formationde la terre et des océans,connaît un grand succèset vaut à son auteur unerenommée mondiale.Grâce au succès financierde ces deux ouvrages, Ra-chel Carson peut prendresa retraite de la fonctionpublique et se faire cons-truire une petite maisonsur la côte du Maine. Poursuivant ses recherchessur la mer, elle s’embarque même sur un chalutierqui l’amène dans les eaux agitées du banc Georges,lieu de pêche situé au large des côtes du Massa-chusetts. Son troisième livre, Là où finit la mer : lerivage et ses merveilles, unguide de la faune et floremarines, paraît en 1955.Une scientifiqueengagéeRachel Carson s’intéresseaussi depuis longtemps auxdégâts causés à l’environne-ment par le recours excessifaux pesticides chimiques et,dès 1945,elle tente sans suc-cès de vendre au Reader’sDigest un article sur les essaisde pesticides. En 1958, lespreuves des dangers du DDTet d’autres pesticides s’accu-mulant, Rachel Carson esttouchée par une lettre danslaquelle des amis qui habi-tent le cap Cod expliquentque les pulvérisations aérien-nes de DDT ont tué denombreux oiseaux sur leurpropriété.Elle décide alors d’alerter lepublic et,ne trouvant aucunerevue disposée à publier un article sur le sujet, elleentreprend la rédaction de Printemps silencieux.Elleconsacre les quatre années qui suivent à des recher-ches méticuleuses ; prévoyant les vives critiques desentreprises de produits chimiques,elle compile en55 pages une bibliographie de ses sources et uneliste des experts qui ont révisé son manuscrit.Lors de la publication de la première partie de sonouvrage dans la revue New Yorker durant l’été 1962,l’industrie chimique comme prévu la qualifie « d’hys-térique ».Mais le livre séduit rapidement le public,Ci-dessus : Rachel Carson, en 1950, jouissait déjàd’une certaine popularité en tant qu’auteur d’ouvragessur le milieu marin. Ci-dessous : pulvérisation de DDTsur des chèvres dans l’Oregon en 1948 pour prévenirles tiques.
  5. 5. 4surtout après une émission spéciale télévisée, pré-sentant une interview de Rachel Carson calme etrationnelle.Rachel Carson témoigne en outre devant plusieurscommissions parlementaires et réclame la créationd’une « commission sur les pesticides » pour pro-téger les êtres humains et l’environnement desdangers des produits chimiques.Une postérité durableSept ans après,en 1970,le Congrès institue l’Agencepour la protection de l’environnement,suite directedu mouvement déclenché par Printemps silencieux.En 1972, les pouvoirs publics interdisent l’usagedu DDT.Peu de gens savaient qu’à l’époque où elle rédigeaitPrintemps silencieux et faisait face aux controversessuscitées par sa publication, Rachel Carson luttaiten vain contre le cancer du sein. En avril 1964, àl’âge de 56 ans,elle mourut chez elle à Silver Spring(Maryland),près de Washington,sans savoir à quellelégislation de portée historique son travail avaitabouti.« Je veux bien croire maintenant que j’ai au moinsfait un peu bouger les choses, écrivait-elle modes-tement en 1962. Car il ne serait pas réaliste decroire qu’un livre peut, à lui seul, apporter unchangement complet. » Elle se trompait radica-lement sur ce point. Comme le souligne sa bio-graphe Linda Lear : « Face aux attaques person-nelles et malgré sa grave maladie,Rachel Carsona donné un exemple insigne des remarquableschangements qui peuvent résulter del’action individuelle. »Phyllis McIntosh, ancienne collabora-trice de la revue National Wildlife, écritfréquemment des articles sur lesquestions de santé.Lors d’une déposition faite en 1963 devant une commission duSénat, Rachel Carson recommande la création d’une agencefédérale de réglementation des pesticides.Photographiée dans le Maine un an avant sa mort en 1964d’un cancer du sein, Rachel Carson n’avait pas réalisél’ampleur du mouvement que son livre allait déclencher.
  6. 6. 5mun de 1776 qui mobilisa un soutien populaire enfaveur de l’indépendance de l’Amérique.Parmi lesouvrages américains ayant eu une influence com-parable, on pourrait citer aussi La Case de l’oncleTom (1852) de Harriet Beecher Stowe, qui galva-nisa la lutte contre l’esclavage, et La Jungle (1906)d’Upton Sinclair qui,en décrivant le manque d’hy-giène du secteur du conditionnement de la viande,favorisa l’adoption de lois fédérales sur l’inspectiondes produits alimentaires.Une chaîne toxiqueRachel Carson soupçonnait depuislongtemps que des pesticides chimi-ques de plus en plus puissants étaientutilisés sans précautions et elle crai-gnait leurs effets sur l’environnement.En 1958, ses amis Stuart et OlgaHuckins l’incitèrent à entreprendredes recherches. Ils possédaient unrefuge d’oiseaux d’un peu moins d’unhectare près de Duxbury (Massa-chusetts),où les pulvérisations mas-sives de pesticides ordonnées par lespouvoirs publics pour éliminer lesmoustiques avaient causé la mort denombreux oiseaux chanteurs indi-gènes, du fait de la contaminationde leurs aires de nidification, desmares et des bassins.Pendant les quatre années suivantes,Rachel Carsonconsulta des experts scientifiques.« Plus j’en savaissur l’utilisation des pesticides,plus j’étais horrifiée,déclara-t-elle plus tard. Je me suis rendu compten 1992, un jury de person-nalités américaines devaitchoisir le livre, publié aucours du demi-siècle écoulé,qui avait influencé le plusprofondément la pensée etles actions de l’humanité.L’ouvrage le plus souvent retenu fut Printempssilencieux de Rachel Carson.Ce long pouvoir d’inspirationtient moins au zèle de l’auteuren matière de recherche – cer-tains de ses constats furent cri-tiqués dès avant la publicationde l’ouvrage – qu’à son éléganteprose,sa présentation efficace etsa parution opportune.Printempssilencieux attira l’attention demillions de lecteurs, aux Etats-Unis puis dans le monde, surl’idée que l’emploi sans discer-nement de pesticides menaçaitgravement la santé de l’huma-nité et celle de la planète.Selon Daniel Keveles,historiende l’université Yale : « Le livrede Rachel Carson a sans doutefait plus que tout autre ouvrageou événement pour déclencherle mouvement écologiste qui estapparu dans les années 1960. »L’impact de Rachel Carson est comparable à celuideThomas Paine,auteur du pamphlet Le Sens com-Le livre qui changea une nationpar Michael Jay FriedmanUn exemplaire de la première éditionde Silent Spring, estimé aujourd’hui à500 dollars. On trouvera des extraits desa « Fable pour demain » sur le site duNational Park Service http://planning.nps.gov/wilderness/idea61.cfm.
  7. 7. 6qu’il yavait là dequoi écrire unlivre. Ce que j’aidécouvert,c’est que tout ce qui comptaitle plus pour moi en tant que naturalisteétait menacé et que je ne pouvais rienfaire de plus important. »Rachel Carson conclut que,dans un environnementoù les espèces dépendent les unes des autres, lesproduits chimiques ne visant que les insectes ouautres ravageurs étaient rapidement ingérés pard’autres organismes et transmis par la chaîne ali-mentaire. Ainsi, après des pulvérisations d’insec-ticide sur les ormes de la ville de Detroit,observa-t-elle, les services municipaux ramassèrent lescadavres de merles contaminés par le DDT. Lesoiseaux s’étaient nourris de vers de terre qui avaientingéré les feuilles tombées des arbres traités.« Il suffit de onze gros vers de terre pour transmet-tre une dose létale de DDT à un merle, écrivaitRachel Carson.Et onze vers de terre ne constituentqu’une petite portion de la ration quotidienne d’unoiseau qui en avale un par minute. »Environ la moitié du manuscrit de Rachel Carsonparut en juin 1962 dans trois numéros consécutifsdu New Yorker. Ces extraits déclenchèrent unecontroverse nationale. Le département américainde l’Agriculture reçut de nombreuses lettres expri-mant « l’horreur et la stupéfaction » de savoir quele DDT et autres « élixirs de mort » chimiquesétaient couramment utilisés.A la question de savoir si le gouvernement améri-cain enquêtait sur l’utilisation du DDT,le présidentKennedy répondit : « Oui [...] en particulier depuisla parution du livre de Mlle Carson. »L’industrie des produits chimiques perçut généra-lement Printemps silencieux comme une menace.« Nos membres soulèvent un véritable tollé »,révélaune association professionnelle de fabricants depesticides. Le New York Times fit savoir que « cer-taines sociétés de produits chimiques ont demandéà leurs chercheurs d’analyser l’œuvre de Mlle Carsonligne par ligne ».Mais les critiques constatèrent peu d’erreurs. L’at-tention se porta sur la manière dont Rachel Carsondramatisait les risques des pesticides et en mini-misait les avantages (assurer un approvisionnementen aliments abondant et à des prix abordables).« Elle essaie de nous affoler, écrivit à propos dePrintemps silencieux le chroniqueur du New YorkTimes, et elle y réussit en grande partie. »La publicité alimenta la demande.Silent Spring futpublié dans son intégralité en septembre 1962,sé-lectionné en octobre par le Club du Livre du moiset caracola en tête des meilleures ventes.La chaînede télévision CBS lui consacra un documentaired’une heure.Une vérité plus largePrintemps silencieux possédait une force émotivequi balayait les objections à certains aspects de sathèse. Le magazine Time eut beau faire valoir que« nombre de ses généralisations affolantes [...] sontvisiblement mal fondées », la plupart des lecteursconclurent que Rachel Carson décrivait une véritéde portée plus large : l’exposition croissante de l’hu-manité à des produits chimiques mortels compor-tait des coûts réels et mal appréhendés.Rares étaient les lecteurs qui résistaient au talentlittéraire de l’auteur :« Il était une fois une ville, au cœur de l’Amérique, oùtoutes les formes de vie semblaient en harmonie avecle milieu. [...] Alors un étrange fléau s’abattit peu àpeu sur la région et tout se mit à changer. […] Il y eutun calme étrange.[…] Les rares oiseaux encore visiblesagonisaient, secoués de violents tremblements et inca-pables de voler. Le printemps avait perdu sa voix. Lematin, naguère vibrant dès l’aube du chœur de dizai-nes de chants d’oiseaux, aucun son n’était perceptible ;seul le silence régnait sur les champs, les bois et lesmarécages. »
  8. 8. 7En mai 1963,le comité consultatif des sciences duprésident Kennedy publia un rapport de 43 pagespréconisant de limiter l’utilisation des pesticides.Kennedy ordonna immédiatement la mise en œuvrede ses recommandations, qui comprenaientnotamment l’arrêt de certains des programmes depulvérisation du département de l’Agriculture etun examen par la Food and Drug Administration(FDA),« dès que possible »,des niveaux de tolérancedes résidus de pesticides dans les produits alimen-taires. Le rapport reconnaissait également que« jusqu’à la publication de Printemps silencieux deRachel Carson,les gens n’étaient généralement pasconscients de la toxicité des pesticides ».En 1972, la FDA interdit pratiquement toutes lesutilisations du DDT aux Etats-Unis et de nouvel-les lois réservèrent l’usage des pesticides commer-ciaux aux « applicateurs certifiés » ayant reçu uneformation appropriée.Rachel Carson ne vécut qu’un an et demi après laparution de Printemps silencieux,pas assez longtempspour mesurer son impact sur la renaissance d’uneconscience environnementaliste,mais suffisammentpour savoir qu’elle avait joué un rôle.« Je me sentaisliée par l’obligation solennelle de faire ce qui étaiten mon pouvoir,écrivit-elle.Et je peux croire main-tenant que j’ai au moins pesé un peu. »Michael Jay Friedman est journaliste au Bureauinternational de l’information dudépartement d’Etat américain.Ce marais fait partie du Rachel Carson National Wildlife Refuge, qui comprend dix terrains éparpillés sur quelque80 kilomètres du littoral atlantique près de la maison d’été de Rachel Carson dans le Maine.
  9. 9. 8ares sont sans doute les gensqui se rappellent aujourd’huile livre à succès de 1962,mal-gré le scandale qu’il suscita.Il s’agissait d’un guide dié-tétique intitulé Calories Don’tCount qui se vendit à plus dedeux millions d’exemplaires.Après un procès spec-taculaire,son auteur,Herman Taller,fut condamnécinq ans plus tard en raison de ses affirmations nonfondées concernant l’ef-ficacité de gélules d’huilede carthame pour com-penser les effets d’uneconsommation illimitéed’aliments dépourvus deglucides.Bien qu’il n’ait pas eu lemême succès commer-cial, tant s’en faut, unautre ouvrage publié lamême année eut un im-pact beaucoup plus du-rable ; son titre, Prin-temps silencieux, estencore reconnu au-jourd’hui, et son auteur, écrivain scientifique devulgarisation déjà renommé en 1962, est toujourscélèbre de nos jours, quarante-trois ans après samort. Cet ouvrage eut pour effet de sensibiliser lepublic aux conséquences pour l’environnement d’unusage abusif des pesticides ; il renforça aussi l’op-position au DDT, un hydrocarbure chloré, et plusgénéralement relança et dynamisa le mouvementécologiste.Le message central du livre, à savoir qu’un recoursexcessif à une stratégie de lutte contre les ravageurspouvait avoir des effets néfastes sur l’environnement,n’était pas particulièrement nouveau.En fait,il étaitamplement documenté dans les périodiques d’en-tomologie de l’époque. Mais Rachel Carson, écri-vain inspiré et doué, exposait l’idée en des termesque le grand public pouvait non seulement com-prendre, mais surtout ressentir. Les pulvérisationsqui étaient censées éliminer les insectes ou diversesespèces cibles, expli-quait-elle,tuaient aussiles oiseaux et d’autresorganismes,alorsmêmeque l’espèce visée ac-quérait une résistanceaux produits chimiques.Conçu pour éliminerun parasite agricole,unpesticide pouvait, parinadvertance,contami-ner les vers de terre,quipouvaient à leur tourtuer des merles s’ilsétaient ingérés enquantité suffisante.Quand les oiseaux setaisent, le printemps est silencieux.Le public prit ce message à cœur. Moins d’un anaprès la parution de Printemps silencieux en feuille-ton dans le New Yorker, plus de 40 projets de loivisant à réglementer l’usage du DDT et d’autresinsecticides organiques de synthèse avaient étéprésentés dans les assemblées législatives des Etatsdans tout le pays. En 1972, huit ans après la mortpar May BerenbaumIl y a quelques décennies, on utilisait le DDT sans discernement,notamment dans les bombes aérosol pour tuer les mouches.Une controverse tenace,un avertissement toujours actuel
  10. 10. 9de Rachel Carson, l’Agence pour la protection del’environnement nouvellement créée interdisaitl’emploi du DDT sur le territoire américain.Un message mal comprisPrintemps silencieux suscita rapidement la contro-verse. Le secteur des pesticides et les autres parti-sans de la lutte chimique contre les ravageurs réa-girent promptement et négativement à sa parution.Ils accusèrent Rachel Carson d’être une hystériqueirresponsable qui, par ses opinions extrémistes etsa présentation sélective d’arguments scientifiques,menaçait la santé et le bien-être de la nation.De nos jours encore, le nom de Rachel Carsonattire les foudres des adeptes des pesticides chimi-ques. De récents efforts visant à réintroduire leDDT dans des régions infestées par les moustiquesvecteurs du paludisme ont remis Printemps silencieuxsous les feux des pro-jecteurs et le débat sou-vent houleux qui enrésulte reflète étrange-ment la controverse quifaisait rage il y a undemi-siècle.Rachel Carson pourtantne se pose pas en cham-pionne des moustiquesni des insectes en géné-ral et,en fait,n’a jamaispréconisé d’abandonnerles méthodes de luttechimiques.Elle écrit sansambiguïté à la page12 de Silent Spring : « Je ne prétends pas qu’il nefaille jamais se servir de pesticides chimiques.Maisj’affirme que nous avons, sans discer-nement,mis des produits chimiquestoxiques et puissants dans lesmains de personnes qui ignorenttout, ou presque, de leur noci-vité potentielle. »Son argument, dans lecontexte de la lutte contrele paludisme, est en fait queles utilisateurs de DDT de-vraient « pulvériser aussi peu que possible »et non « pulvériser autant que possible ».Printemps silencieux n’est donc pas une œuvrede propagande extrémiste en faveur d’un pa-radis naturel exempt de produits chimiques,mais un appel pressant à un usage modéré,sélectif et judicieux des produits chimi-ques,ainsi qu’elle l’écrit en 1963 dansun article moins connu de la revueAudubon.Cette approche fondée sur une « utilisation avisée »est celle qui a été adoptée aujourd’hui dans la « lutteintégrée contre les ravageurs ».Il s’agit d’une gammede stratégies et de moyens utiles – chimiques,cultu-raux et biologiques –réunis en un ensembleécologiquement ration-nel,socialement accep-table et économique-ment viable.Le message transmispar Rachel Carson estun appel à la modéra-tion. Ce principe, quide fait remonte à laGrèce antique, devraittrouver une résonanceaujourd’hui dans toutdébat sur la technologiede l’environnement.La recherche continueAu cours du demi-siècle qui s’est écoulé depuis laparution de Printemps silencieux,les connaissancessur les effets toxicologiques et environnementauxdes insecticides organiques de synthèse ont pro-gressé, acquises pour la plupart au moyen d’étudesinspirées par Rachel Carson et ses disciples. LeAujourd’hui, on utilise les insecticides avec plus de discerne-ment, comme le montre cette pulvérisation en Indonésie d’unproduit antimoustiques, après le tsunami de 2004.
  11. 11. 10DDT, le premier des hydrocarbures chlorés et leplus notoire, continue de défrayer la chronique etde susciter des controverses.Les relations de cause à effet entre le DDT et lecancer dont Rachel Carsonaffirmait l’existence se sontavérées en fait difficiles àconfirmer, contrairement àcertaines autres relations decausalité solidement docu-mentées,telles que le cancerdu poumon et l’usage dutabac,qui restent cependantl’exception.Quant aux effetssur les écosystèmes, les étu-des épidémiologiques et chezl’animal confirment les liensentre l’exposition au DDTet les troubles de la repro-duction, bien que le DDTne soit pas, tant s’en faut,unique à cet égard ; des ana-lyses nouvelles et plus pous-sées révèlent que de nom-breux composés synthétiqueset naturels perturbent lafonction endocrinienne chez l’homme.La résistance des insectes au DDT, signalée parRachel Carson et souvent oubliée dans le réexamende sa thèse principale, demeure un problème undemi-siècle plus tard, même dans les lieux où leDDT n’a pas été utilisé depuis des années. Cetterésistance rend le DDT inopérant, comme c’étaitdéjà le cas à l’époque de Rachel Carson, sur denombreuses espèces d’insectes. Toutefois, les in-sectes acquièrent ce type de résistance quelle quesoit la forme de lutte adoptée,y compris la rotationAujourd’hui, une utilisation avisée des insecticidespermet d’éradiquer ou d’éloigner les moustiques vec-teurs du paludisme, comme ici à Zanzibar.des cultures. Et de nouveaux constats sur le DDTtempèrent même un peu son image de polluantpar excellence : il se dégrade,par exemple,beaucoupplus rapidement que l’on ne s’y attendait dans lemilieu chaud et humide des tropiques où il estvraiment nécessaire pourcombattre le paludisme.Ce qui n’a pas changé pourle DDT en un demi-siècleest son prix ; il est toujoursl’un des insecticides les moinscoûteux qui soient.Son degrérelativement faible de toxi-cité aiguë pour les mammi-fères et son coût abordableen font une solution at-trayante pour la lutte contreles vecteurs de maladies hu-maines dans les régions lesplus pauvres et les plus insa-lubres du monde.Il est impossible de savoir ceque Rachel Carson diraitaujourd’hui d’une reprise del’utilisation du DDT là oùles autres mesures de lutte contre les nuisibles ontéchoué, en raison du coût, d’un mésusage ou de larésistance des insectes. Mais, il est probable queson opinion serait fondée sur un examen minutieuxde toutes les preuves accumulées depuis la parutionde Printemps silencieux conformément à son appelen faveur d’un « usage judicieux des produits chimi-ques ». En tout état de cause, elle présenterait saposition dans la même prose élégante et convain-cante qui changea le cours de l’histoire.May Berenbaum est chef du département d’entomo-logie à l’université de l’Illinoisà Urbana-Champaign.
  12. 12. 11La postérité de Rachel CarsonUn album de photosa postérité de Rachel Carson ne se limi-te pas à quelques livres et articles, nimême à l’interdiction du DDT par legouvernement américain. A l’occasiondu centenaire de sa naissance en mai 1907, les œuvresde Rachel Carson sont reconnues comme le point dedépart du mouvement écologiste dont l’objectif est deprotéger le milieu naturel grâce à une gestion durabledes ressources de la Terre, et qui ne cesse de s’imposer.Ces aiglons, élevés par des bénévoles, proviennent d’œufs recueillis de nids sauvagessur l’île de Santa Catalina, au large de la côte de Californie, où la contamination par leDDT persiste encore de nos jours.
  13. 13. A partir du haut : le pygargue, ou aigle à tête blan-che, n’est plus une espèce en voie d’extinction ;Rachel Carson feuillette son livre le plus célèbre,Silent Spring ; rassemblement à Philadelphie pourcélébrer la première Journée de la Terre en 1970 ;le président Richard Nixon assiste à la prestationde serment de William Ruckelshaus, premierdirecteur de l’Agence pour la protection del’environnement.
  14. 14. A partir du haut : un jaseur des cèdres se nour-rit de fruits ; (en incrustation) la rivière Cuyahoga,fortement polluée prend feu à Cleveland (Ohio)en juin 1969 ; aujourd’hui, elle s’est nettementassainie et ne fait plus partie des rivières dites« menacées » ; la Journée de la Terre célébrée àKatmandou au Népal, en 2002.
  15. 15. 14Sites InternetExtraits d’écrits de Rachel Carsonhttp://www.fws.gov/northeast/rachelcarson/excerpts.htmlFrontline: Fooling with NatureUne analyse du rôle joué par l’ouvrage de RachelCarson Printemps silencieux dans la décision desEtats-Unis d’interdire le DDT.http://www-c.pbs.org/wgbh/pages/frontline//////shows/nature/disrupt/sspring.htmlObservatoire de la Terre à la NASABrève biographie de Rachel Carson parBrian Payton.http://earthobservatory.nasa.gov/Library/Giants/Carson/printall.phpNational Humanities CenterLiens vers des sites Internet consacrés à RachelCarson et Printemps silencieux.http://www.nhc.rtp.nc.us/tserve/nattrans/ntwilderness/wildernesslinkscar.htmNatural Resources Defense Council : « The Story of‘Silent Spring’ »Article traitant du livre de Rachel Carson et desattaques formulées par les sociétés chimiques àl’encontre de son auteur.http://.nrdc.org/health/pesticides/hcarson.aspOnline Ethics Center for Engineering and ScienceArticle présentant Rachel Carson en modèlemoral de la prise de conscience populaire enmatière d’environnement. Contient unedescription de sa « campagne », une chronologieet une documentation s’y rapportant.http://onlineethics.org/moral/carson/index.htmlRachel Carson et la prise de conscience écologiqueAnalyse de la biographe Linda Learaccompagnée d’outils pédagogiques et de liensvers d’autres fonds documentaires.http://www.nhc.rtp.nc.us/tserve/nattrans/ntwilderness/essays/carson.htmBibliographiel’occasion du centenaire de la naissance de Rachel Carson, l’U.S. Fish and Wildlife Service (où elle tra-vailla pendant quinze ans) rend hommage en ligne à sa mémoire. La principale page Internet, Ra-chel Carson: A Conservation Legacy, http://www.fws.gov/rachelcarson, propose des liens surdifférents thèmes :Une brève vidéo : http://www.fws.gov/rachelcarson/Rachel Carson384K_Stream.wmvLa série de brochures de Rachel Carson intitulée Conservation in ActionUn club de lecture en ligne Rachel Carson : http://rcbookclub.blogspot.comLe site Internet du Rachel Carson National Wildlife Refuge :http://www.fws.gov/northeast/rachelcarsonUne discussion sur le DDT : http://www.fws.gov/contaminants/Info/DDT.cfmUne fiche d’information sur Rachel Carson : http://www.fws.gov/rachelcarson/RC_Conserva-tion_Legacy.pdf
  16. 16. 15RachelCarson.orgSite Internet consacré à la vie et la postérité deRachel Carson, conçu par la biographe LindaLear. Contient une biographie, des liens et denombreuses sources d’information.http://www.rachelcarson.orgNo 100 du magazine TIME« Avant la naissance du mouvement écologiste,il y eut une femme courageuse et un livre nonmoins courageux. »http://www.time.com/time/time100/scientist/profile/carson.htmlBibliothèque Beinecke de manuscrits et de livresrares de l’université Yale(entrer « Rachel Carson » dans la boîte dedialogue)Accès aux photos provenant des archivespersonnelles de Rachel Carson.http://beinecke.library.yale.edu/dl_crosscollex/default.htmLivres et articlesAnelli, Carol M., Christian H. Krupke etRenee Priya Prasad. « Professional Entomologyand the 44 Noisy Years Since ‘Silent Spring’.Part 1. » American Entomologist, vol. 52, no4(hiver 2006) : p. 224-235.Carson, Rachel L. Là où finit la mer : le rivage etses merveilles. Paris : Amiot-Dumont, 1957.Carson, Rachel L. Cette mer qui nous entoure.Paris : Stock, 1975.Carson, Rachel L. The Sense of Wonder. NewYork, NY : Harper Row, 1965.Carson, Rachel L. Printemps silencieux. Paris :Le Livre de poche, 1968.Carson, Rachel L. La Vie de l’océan. Paris :Amiot-Dumont, 1952.Graham, Frank, Jr. « Rachel Carson ». EPAJournal (novembre/décembre 1978).http://www.epa.gov/history/topics/perspect/carson.htmLear, Linda. Rachel Carson: Witness for Nature,chapitre 1. Washington Post, 1997.Le premier chapitre du livre de Linda Learconsacré à la vie de Rachel Carson retrace sonenfance.http://www.washingtonpost.com/wp-srv/style/longterm/books/chap1/rachelcarson.htmLear, Linda. « Rachel Carson’s ‘Silent Spring’ ».Environmental History Review, vol. 17, (été1993) p. 23-48.http://www.history.vt.edu/Barrow/Hist3706/readings/lear.htmlLewis, Jack. « The Birth of EPA ». EPA Journal(novembre 1985)http://www.epa.gov/history/topics/epa/15c.htmMilloy, Steven. « Rethinking DDT ». SiteInternet de Fox News, 20 juin 2002.http://www.foxnews.com/story/0,2933,55843,00.htmlRosenberg,Tina. « What the World NeedsNow Is DDT ». The New York Times Magazine(11 avril 2004): p. 38-43.http://www.nytimes.com/2004/04/11/magazine/11DDT.html?ex=1397016000en=4ebf5b1fab869680ei=5007partner=USERLANDWeir, Kirsten. « The Exterminator ». CurrentScience, vol. 90, no5 (5 novembre 2004) p. 4-7.http://www.kirstenweir.com/exterminator.html
  17. 17. 16PostéritéNature and Environmental Writers – Collegeand University EducatorsOrganisation à but non lucratif consacrée àl’environnement et dont l’objectif est depermettre à des auteurs et des éducateurs desensibiliser l’opinion aux questions écologiques.http://www.new-cue.orgNorth Carolina National Estuarine ResearchReserveL’un des quatre sites de la réserve naturelle,nommé en hommage à Rachel Carson.http://www.ncnerr.org/pubsiteinfo/siteinfo/rachelcarson/rachel_carson.htmlRachel Carson Conservation ParkParc du comté de Montgomery, dans leMaryland, ainsi nommé en souvenir de RachelCarson.http://www.mcparkandplanning.org/parks/park_of_the_day/may/parkday_may12.shtmRachel Carson Council, Inc.Bibliothèque et centre de documentation sur lesquestions liées aux pesticides.http://members.aol.com/rccouncil/ourpageDomaine Rachel CarsonMaison natale classée monument historique.http://www.rachelcarsonhomestead.org/Rachel Carson Institute, Chatham CollegeA l’initiative de l’université où Rachel Carson fitses études, un site Internet présentant une pageà la mémoire de Rachel Carson, notammentle leadership award qui lui fut décerné, unebibliographie et une page de liens documentaires.http://www.chatham.edu/RCI/Rachel Carson National Wildlife RefugeRéserve naturelle consacrée par l’U.S. Fishand Wildlife Service à la mémoire de RachelCarson, où sont protégées les principalesétapes de migration des oiseaux aquatiques etautres espèces migratoires, entre Kittery et CapeElizabeth, dans le Maine.http://www.fws.gov/northeast/rachelcarson/Rachel Carson Trails ConservancyOrganisation à but non lucratif qui vise à faireconnaître les sentiers de découverte de la naturedans l’ouest de la Pennsylvanie, pays natal deRachel Carson.http://www.rachelcarsontrails.org/aboutSilent Spring InstituteOrganisation de recherche scientifique à but nonlucratif dont les travaux consistent à identifierles liens entre l’environnement et la santé desfemmes, notamment le cancer du sein.http://www.silentspring.orgLe département d’Etat des Etats-Unis déclinetoute responsabilité quant au contenu et à ladisponibilité des sites Internet des organismesmentionnés ci-dessus. Tous les liens étaientactifs au printemps 2007.
  18. 18. 17PhotographiesLes crédits de gauche à droite sont séparés pardes points-virgules et de haut en bas par destirets.Couverture : Yale Collection of AmericanLiterature, Beinecke Rare Book and ManuscriptLibrary. 2 ede couverture : © AP Images/BobJordan. Page 1 : © AP Images/Bob Schultz.2 : Yale Collection of American Literature,Beinecke Rare Book and Manuscript Library (4).3 : Yale Collection of American Literature,Beinecke Rare Book and Manuscript Library – ©AP Images. 4 : © AP Images – Photo by AlfredEisenstaedt/Time Life Pictures/Getty Images.5 : avec l’autorisation de The Manhattan RareBook Company. 7 : U.S. Fish and Wildlife Service.8 : © AP Images. 9 : © AP Images/Wally Santana.10 : USAID/Tanzania. 11 : © AP Images/BenMargot. 12 : © AP Images/Daily Inter Lake, KarenNichols ; © AP Images (2) – NARA. 13 : © APImages ; © AP Images/Robert F. Bukaty – © APImages/The Plain Dealer, John Kuntz – © APImages/Binod Joshi. 4ede couverture : © APImages/ Keith Srakocic.Directeur de la publication: George ClackRédacteur en chef : Bruce OdesseyDirection artistique/maquette : Tim BrownCollaborateurs : Michael Jay Friedman,Chandley McDonald, Mildred Solá Neely,Anita GreenRecherche iconographique : Ann Monroe JacobsTraduction : Service linguistique IIP/AFRévision et maquette de la version française :Africa Regional Services, Paris
  19. 19. 18DEPARTEMENT D’ETAT, ETATS-UNIS D’AMERIQUEBureau international de l’informationhttp://america.govCe pont de Pittsburgh (Pennsylvanie) a été rebaptisé en l’honneur deRachel Carson lors de la Journée de la Terre, le 22 avril 2006. La scienti-fique avait grandi dans la ville voisine de Springdale.

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