1HOMMAGE À CHRISTIAN DE DUVEPROLONGEMENT AMICALMes amis,Ce n’est pas rien, l’amitié.Vous le savez bien.Et même si, dans un...
2« Je vous appelle amis ».Vous devinez que ce texte de Jean, si je l’ai choisi, c’est parce que nousen avions parlé. D’ail...
3Ce que je viens d’évoquer s’inscrit dans ce que je pourrais appeler ladernière étape de notre amitié.Je voudrais encore d...
4Un an plus tard, vous le savez, c’est Ninon qui nous quittait et ce que nouscélébrons aujourd’hui au Blocry, je ne peux m...
5Mais leurs cendres ne sont pas que là. Elles sont aussi chez vous. Beautéde leur éparpillement. Feux follets virevoltant ...
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Hommage à Christian de Duve par Gabriel Ringlet : prolongement amical

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Hommage à Christian de Duve par Gabriel Ringlet : prolongement amical

  1. 1. 1HOMMAGE À CHRISTIAN DE DUVEPROLONGEMENT AMICALMes amis,Ce n’est pas rien, l’amitié.Vous le savez bien.Et même si, dans une célébration comme celle-ci, pour se saluer avec unpeu de chaleur, on est appelé à dire et à redire : « mes amis », vous savez bienque nous n’avons pas beaucoup d’amis dans une existence. Quelques-uns, peut-être. C’est déjà très beau.Je viens de perdre un ami.Un ami qui, tout récemment encore m’écrivait « que notre amitié lui étaitd’un immense réconfort ».Un ami qui, en me donnant son dernier livre Sept vies en une, pourévoquer notre relation un peu inédite, disait qu’elle était pour lui une « précieuserésonance ». J’aime beaucoup cette expression qui touche à l’amplification duson. Résonance : « phénomène, disent les scientifiques, par lequel un systèmephysique en vibration peut atteindre une grande amplitude ».C’est vrai qu’au-delà de nos convictions et de nos visions du monde quipouvaient être différentes, nous étions entrés en résonance.Notre amitié, je crois, avait atteint une grande amplitude.Y compris quand il nous arrivait de parler d’Évangile.
  2. 2. 2« Je vous appelle amis ».Vous devinez que ce texte de Jean, si je l’ai choisi, c’est parce que nousen avions parlé. D’ailleurs, nous l’avions déjà évoqué au moment de la mort deNinon. Et puis nous y sommes revenus à plusieurs reprises par la suite.Un texte que Christian de Duve, suite à nos conversations, trouvait d’uneaudace étonnante et qui correspondait bien, je crois, à la perception qu’il sefaisait du rôle de Jésus.Au temps de Jésus, dans la tradition juive, deux personnes étaientautorisées à rafraîchir les pieds fatigués : le serviteur étranger (donc le plus petitdes domestiques) et la fille aînée à l’égard de son père.Cela veut dire que le lavement des pieds était tantôt un geste de service,tantôt un geste d’affection.Jésus, vous l’avez compris, en s’agenouillant devant chaque disciple,réunit les deux aspects en un seul.Il n’y pas plusieurs manières de comprendre : il s’abaisse pour que eux seredressent : « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis ». A cetinstant-là, la conception-même de Dieu vole en éclats.D’autant plus que ce geste, il le pose au milieu d’un repas d’adieu où ilrompt le pain. On comprend qu’il demande aux disciples interloqués :« Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? »St Jean – c’est bien cela dont nous parlions avec Christian – refuse deséparer le partage du pain et le lavement des pieds.Autrement dit, rompre le pain et laver les pieds, c’est sortir de l’esclavage,c’est élargir la fraternité.Ce Jésus-là, ce Jésus d’avant et d’après Darwin, ce Jésus de l’amitié àtable, je sais qu’il touchait beaucoup Christian de Duve qui avait tant plaisir, luiaussi, à tenir table ouverte.
  3. 3. 3Ce que je viens d’évoquer s’inscrit dans ce que je pourrais appeler ladernière étape de notre amitié.Je voudrais encore dire un mot de la première étape.Un jour, il y a de cela un peu plus de 6 ans, Christian, j’y ai déjà faitallusion, m’invite à venir passer la soirée chez lui en présence de son épouse,Ninon.A peine assis et ne sachant pas trop comment il devait m’appeler –manifestement « Monsieur l’abbé » ne lui convenait pas du tout et à moi encoremoins !, mais l’heure de « Gabriel » n’avait pas sonné… – il me dit un verre à lamain : « Monsieur le prorecteur, nous voudrions, ma femme et moi, que vousorganisiez une célébration lors de notre décès ». Comme ça, sans la moindreprécaution oratoire. Manifestement, il avait hâte de me formuler sa demande.Comme si ça le brûlait… Je vois encore le visage de Ninon qui guettait maréaction ! Et je garde, imprimé en moi, le moment de silence qui a suivi. Je nem’attendais pas du tout à cette demande. Mais j’ai senti très vite que quelquechose d’essentiel venait de s’esquisser et qui trouve d’ailleurs son prolongementjusqu’aujourd’hui. C’est pour cela que je sais gré à l’Église, même si ça lui posequestion, de nous avoir ouvert sa porte. Car ce soir-là déjà, Christian de Duvem’a parlé d’une cérémonie profane, ouverte à tous, si possible dans une église,par respect, en particulier, pour celles et ceux de sa famille qui sont croyants.Au moment de quitter Christian et Ninon, le contrat est devenu plusprécis, avec cette question sur le pas de la porte : « pourrions-nous nous revoirde temps en temps pour reparler de tout ceci. »
  4. 4. 4Un an plus tard, vous le savez, c’est Ninon qui nous quittait et ce que nouscélébrons aujourd’hui au Blocry, je ne peux m’empêcher de le relier à ce quenous avons vécu à Tourinnes-la-Grosse en mars 2008. Comme je crois qu’il fautrelier, même en plein vent, les cendres de Christian et les cendres de Ninon.J’accorde, personnellement, beaucoup d’importance à la dispersion descendres.Comment dire ?Ce geste est bien plus qu’un geste matériel.C’est à l’intérieur de nous-mêmes que nous dispersons les cendres decelles et ceux qui s’en vont.Une de mes étudiantes me racontait un jour que là où elle habite, enSuisse alémanique, après la crémation, on disperse les cendres sur le lac duvillage. Mais qu’à la date anniversaire du décès, un an, deux ans après, onaffrète une barque et on va jeter des pétales de fleurs à l’endroit où les cendresont été dispersées…Comment mieux dire que les cendres sont en nous ?Après avoir célébré le dernier adieu à Ninon, Christian et ses enfantsm’ont proposé, en souvenir, de choisir parmi les œuvres de leur épouse etmaman, un tableau qui me ferait plaisir. Nous montons à l’atelier et, très vite, jejette mon dévolu sur « Le jardin » qu’elle a peint e 1996. « C’est un magnifiquechoix » me dit Christian et je vois deux larmes glisser sur ses joues. « Oui,regarde bien ce tableau, ces soleils, ces iris… c’est là que nous avons disperséles cendres de Ninon. Et tu vas les emporter chez toi… »Est-ce que, par la magie de la poésie, les cendres de Christian viendrontaussi chez moi ? Je ne sais qu’une chose : elles se sont enlacées depuis peu àcelles de Ninon. Alors, comment voulez-vous qu’elles ne rejoignent pas sapeinture ?
  5. 5. 5Mais leurs cendres ne sont pas que là. Elles sont aussi chez vous. Beautéde leur éparpillement. Feux follets virevoltant dans notre mémoire. Poussière devie, elles s’égarent quelquefois et reviennent peut-être vers nous si la brise endécide ainsi.« Je vous appelle amis. »« Et je vous dis cela pour que ma joie soit en vous. Qu’elle demeure envous ».Christian de Duve aimait particulièrement ce choral de Bach : « Jésus, quema joie demeure », inspiré du chapitre 15 de St Jean.Cette joie, Christian, lui aussi, nous l’a apportée.Joie de la raison scientifique.Joie de l’exigence éthique.Joie de l’émotion artistique.Trois joie en une !Cette joie si intérieure qui habite le magnifique portrait que nous avonssous les yeux.Quand je regarde cette photo de Christian, quand je la laisse entrer en moi,je sais qu’un ami continue à me donner rendez-vous au jardin de lacontemplation.Gabriel Ringlet

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