MARBELLA

À l’époque, je le connaissais par cœur. Sans effort, sans chercher à le retenir. Je
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le dos de sa main.
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comment ? », « Tu as souffert ? » J’essayais de le faire parler mais il évitait de
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Je ne sais plus si ce fut la même année ou un peu plus tard – je n’arrive pas à
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noter du vivant de ses parents de sorte qu’à la mort de sa mère le numéro disparut avec
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Rossel5

  1. 1. MARBELLA À l’époque, je le connaissais par cœur. Sans effort, sans chercher à le retenir. Je n’arrêtais pas de fixer le numéro tatoué sur son avant-bras, seule trace visible de ses deux années et demie passées à Auschwitz. Bien en vue entre le coude et la main, le numéro attirait mon regard. Je le comparais à celui de son frère, Albert, dont les chiffres étaient presque collés les uns aux autres, une écriture de pattes de mouches où l’encre avait bavé alors que les siens apparaissaient bien tracés. Son numéro faisait partie de ma vie. Il était là, tout le temps, avec moi. Aujourd’hui, je revois seulement des sept, des huit et des zéro. Peut-être un six. Mais j’ai oublié la combinaison. Les images se sont brouillées. Je ne revois qu’une vague tache de couleur au milieu du bras, bras droit plutôt que bras gauche dans mon souvenir, même si les témoignages de plusieurs rescapés montrent que je me trompe. De mes sept à mes seize ans, presque tous les étés, au début des congés scolaires, je suis allée rejoindre Max, mon grand-père, et Gitta, sa femme allemande, dans leur maison de vacances sur les hauteurs de Marbella. C’était une maison perdue dans les montagnes, avec plusieurs chambres pour accueillir les invités. Mon frère m’y accompagnait parfois mais, la plupart du temps, j’étais la seule enfant au milieu d’adultes parmi lesquels je retrouvais Inga et Werner, les amis de Berlin, Mony, l’avocat bulgare de Max (une teigne que mon frère et moi appelions Monique en nous tordant de rire), et puis Fanny, la sœur de mon grand-père. Chacun vivait là à son rythme, il y avait les matinaux puis les lève-tard, je partageais mon temps entre mes lectures et des longueurs dans la piscine. Vers quatorze heures, Gitta nous appelait pour le déjeuner. Nous le prenions sur la terrasse. Il y faisait chaud, le repas traînait, les conversations s’enchaînaient, en allemand ou en français, mais j’y participais peu et quittais souvent la table avant la fin. À dire vrai, la seule chose qui retenait mon attention était le tatouage de mon grand-père. Il me captivait. Et ici plus qu’ailleurs. Alors qu’à Berlin Max ne quittait pas ses costumes, ici, à Marbella, sous cette chaleur sèche, il portait des chemises à manches courtes, brodées à ses initiales, ce qui me laissait tout loisir d’observer le déroulé de l’encre verte de son avant-bras. Mais, aussitôt écrit, je me demande si je ne confonds pas le vert du tatouage de mon grand-père, un vert pétrole sous lequel on devinait un peu de turquoise, avec la couleur de celui de Fernand, une autre figure de mon enfance, lequel avait librement choisi de faire inscrire les lettres L O V E sur le dos de sa main, à la naissance de chaque doigt. Comme Robert Mitchum dans La Nuit du chasseur. Durant plus de quinze ans, j’ai vu travailler Fernand dans la société de mes parents. Il livrait la marchandise (des vêtements pour femme) dans leurs magasins et, accessoirement, venait me chercher à la sortie de l’école, dans un camion blanc infesté par l’odeur de cigarette. Nous étions très complices, ce qui ne l’empêcha pas de nous quitter du jour au lendemain, sans un mot d’explication, pour s’installer à Gand, la ville de Rodenbach, de Verhaeren et de Maeterlinck. J’aime à penser qu’il ne supportait pas la dépression de ma mère, ni cette façon que nous avions de faire comme si de rien n’était. Mais il est parti avec son secret et aujourd’hui il ne me reste
  2. 2. de lui, mis à part quelques souvenirs, que l’image de ces quatre lettres imprimées sur le dos de sa main. En même temps que je cherchais à retrouver le numéro de mon grand-père, je me mis à voir des tatouages partout. Et plus encore dans les rues de Tel-Aviv où je séjournais régulièrement depuis que j’avais commencé à écrire. Tous les habitants de la ville me semblaient tatoués. Des dauphins, des signes bouddhiques apparaissaient au détour d’une omoplate, d’une cheville ou d’un bras. Les mêmes motifs se répétaient à l’infini mais sur des corps différents, ils s’affichaient sans complexe, triomphants, si bien que je fus tentée moi aussi de les imiter. Une rencontre avec une vieille femme sur un banc de Tel-Aviv me donna à réfléchir. Je la croisai alors que je me rendais à la plage, mes yeux passèrent instinctivement de son visage à son bras, le numéro était là, dans les soixante mille, encre bleu-noir. Elle me vit le regarder, je sentis sa gêne mais je continuai ma route, détournant la tête au lieu de lui confier combien elle me rappelait mon grand-père. Ce que j’aurais dû dire aussi à cette serveuse d’un café parisien qui était venue, les bras dénudés, prendre notre commande, j’avais quatorze ou quinze ans, l’âge qu’ont mes filles aujourd’hui. Je me rattrapai avec le père d’un ami, un vieux monsieur anversois à qui je demandai, de peur qu’un jour il ne soit trop tard, s’il voulait bien retrousser la manche de sa chemise et me laisser voir son bras. À quel moment ai-je compris la signification du tatouage de Max ? Qui me l’a apprise et comment ? Je suis incapable de le dire. Alors que je n’ai pas oublié ma lecture d’Un sac de billes, l’année précédant mon entrée au collège, ni, peu après, la nuit de terreur qui suivit l’une de mes premières sorties au cinéma où nous avions choisi, mes cousines et moi, sans en avertir nos parents, la séance de l’après-midi d’Au nom de tous les miens, l’aventure romancée de Martin Gray, l’échappé de Treblinka qui, après avoir perdu sa première famille durant la guerre, voit mourir, vingt-cinq ans plus tard, sa seconde femme et leurs quatre enfants dans un incendie de forêt. Le film, comme le livre dont il avait été tiré, avait suscité une polémique mais pour nous – dix, onze et douze ans –, c’était d’abord l’occasion de retrouver à l’écran Brigitte Fossey, la mère de Vic, Sophie Marceau, que nous avions découverte et adorée dans La Boum. Je découvris peu après les livres d’Elie Wiesel, lesquels étaient directement liés à son expérience concentrationnaire. Ils entrèrent dans ma vie grâce à mon père qui, un dimanche matin, me ramena le volume engendrant des lectures en série. Je le revois encore, entrant dans ma chambre et posant le paquet sur mon bureau. « Je crois que ça pourrait t’intéresser », avait-il dit. Le livre en question était un essai sur Wiesel écrit par un universitaire américain. Je le retrouve et c’est comme si c’était hier. Mon père n’était pas sorti de ma chambre que j’en commençais la lecture. Huit jours plus tard je dévorais La Nuit, le témoignage de Wiesel sur Auschwitz, et l’année suivante ses autres livres. Puis je lus Primo Levi, dont j’apprendrai bientôt le suicide, et Robert Antelme que je connaissais par Marguerite Duras, sa femme, et son livre La Douleur. Chacun me disait ce que taisait mon grand-père, je ne comprenais pas tout, mais je me renseignais. À présent que je connaissais l’origine du tatouage de mon grand-père, et imprégnée de mes lectures sur les camps, je m’autorisai à le questionner. « C’était
  3. 3. comment ? », « Tu as souffert ? » J’essayais de le faire parler mais il évitait de répondre, concluant toujours nos échanges d’un « Ce n’était pas facile, Épinglette. » Cela ne me suffisait pas, bien sûr, même si je me suis habituée depuis aux réponses évasives des déportés. Je ne m’étonne plus de la mise en garde de ce rescapé d’Auschwitz, spécialiste en thérapies familiales, lors d’une conférence qui retraçait son parcours : « Ne comptez pas sur moi pour vous parler des camps » ; ni de cette réponse que me fit le père de mon ami anversois alors que je lui demandais si cela avait été douloureux de se faire tatouer. Il m’assura, le sourire usé, que lorsqu’il était arrivé à Auschwitz en 1944, les Allemands avaient déjà eu largement l’occasion de se faire la main sur de moins fortunés que lui. Le silence et les évitements des rescapés étaient des données avec lesquelles, en définitive, nous devions tous composer. Presque tous les grands-parents autour de mon frère et moi, de mes cousines, de mes amies se taisaient. Nous ne savions des camps que ce que nous en disaient les films et les livres, lesquels restaient pour nous des témoignages d’inconnus. La loi du silence régnait. Nous devions nous contenter des trois ou quatre histoires que l’on nous resservait d’année en année. Pour ma part, et en ce qui concerne Max : son appendicite opérée à Buchenwald après la marche de la mort, des sabots trop petits pour ses très grands pieds, du pain volé dans les cuisines. C’était peu mais les enfants de déportés, nos parents, étaient bien incapables d’en demander plus. Et nous sommes restés longtemps à les imiter. Il n’empêche que lorsqu’à ladite conférence le thérapeute familial releva sa manche pour nous montrer son numéro, la plupart des personnes présentes dans l’assemblée le notèrent fébrilement, exactement comme moi. Nous voulions nous souvenir et garder une trace, nous voulions recevoir les témoignages des survivants. Il faut croire que Max finit par sentir mon attente car il commença un été à me raconter sa déportation, un peu, puis davantage, d’une voix calme, celle que je reconnus sans peine lorsqu’en dernière année de lycée notre professeur d’histoire nous montra les neuf heures du film Shoah. C’était la même voix, éteinte, la voix des rescapés. Celle qui raconte d’un ton monocorde, s’en tient aux faits, soudain se brise. Je nous revois, mon grand-père et moi, en voiture sur les chemins sinueux des hauteurs de Marbella. Il me parlait, je sentais son embarras mais il ne reculait plus. Son visage était fermé, tendu, il me racontait la guerre, les yeux rivés sur la route. Je l’observais de profil, ses mains posées sur le volant. J’essayais de retenir chacun des mots qu’il prononçait et de lui poser les bonnes questions. C’était un matin où nous avions des courses à faire, probablement pour le repas que préparait Gitta, nous étions souvent interrompus, sortant de voiture, repartant, mais chaque fois Max reprenait son récit au point précis où il l’avait laissé. La conversation se poursuivit l’après-midi, peut-être même les deux ou trois jours suivants. Je l’écoutais, très attentive, jusqu’au moment où je ne parvins plus à rester concentrée. Max était lancé et je n’en pouvais plus. Je bâillais, j’étais fatiguée, j’avais envie de retourner me baigner. Mon grandpère dut s’en rendre compte car il s’arrêta au milieu d’une phrase, jugeant qu’il avait suffisamment parlé. Aujourd’hui, évidemment, je le regrette, même si je suis certaine d’avoir inscrit quelque part, dans les semaines qui suivirent, le numéro du tatouage de Max.
  4. 4. Je ne sais plus si ce fut la même année ou un peu plus tard – je n’arrive pas à dater lesévénements avec précision – mais il se trouve qu’au détour d’une de nos promenades Max me montra une direction, vers la montagne. « C’est là que Léon Degrelle vit depuis la fin de la guerre », me dit-il. Léon Degrelle, je le connaissais. C’était le chef de file des rexistes belges, mouvement nationaliste et ultracatholique francophone qui se rallia au fascisme. À l’époque, le confondant avec celui qu’on appelait le Gros Jacques, un mouchard très actif, j’associais Degrelle à la dénonciation et à l’arrestation des familles juives de Belgique. Je lui avais écrit une lettre où je lui annonçais mon existence, ce que je tenais comme la preuve de sa défaite : « Un de vos rexistes a envoyé mon grand-père à Auschwitz mais il en est revenu et moi, sa petite-fille, treize ans, je suis en vie. » J’avais l’impression en lui écrivant de faire quelque chose d’important, qui nécessairement le troublerait et rendrait justice aux morts. J’étais pleine de colère, j’étais peut-être aussi fatiguée de ces bouches closes, j’avais besoin de crier et de me faire entendre, au point que, m’appliquant plusieurs jours d’affilée et débutant par un « Cher Monsieur Degrelle », j’avais multiplié les brouillons jusqu’à trouver les mots les plus justes et les plus percutants. J’ai appris depuis que Degrelle s’occupa peu d’arrestations (ce qui ne le dispensa pas d’un antisémitisme virulent), et que, cherchant à devenir l’homme incontournable qui dirigerait la nouvelle Belgique annexée, il s’engagea dès 1941 dans la Légion Wallonie de la Wehrmacht, puis de la Waffen-SS, laquelle combattit sur le front de l’Est. Plus tard, ma lecture du Sec et l’Humide de Jonathan Littell me permit d’en apprendre plus sur sa fuite en Espagne et sur la Carlina, cette demeure gigantesque qu’il se fit construire à Constantina (petit village à deux cent soixante-six kilomètres au nord de Marbella, m’informe Google Maps). Était-ce la direction de cette maison que m’avait montrée ce jour-là mon grand-père ? Si oui, celui qui se faisait désormais appeler José de Ramirez Reina n’y habitait plus depuis les années 1960. Pourtant, lorsque je racontai à Max l’anecdote de mon mot envoyé à Degrelle, il me proposa d’en écrire un second, plus précis, qu’il irait lui-même déposer dans sa boîte aux lettres. Se trompait-il ? Faisait-il allusion à une autre maison ou étaient-ce des paroles en l’air ? Je n’en sais rien mais je garde, bien ancrée en moi, cette idée que Max le déporté vivait ici, en Espagne, à quelques pas de Léon Degrelle, l’ancien Volksführer der Wallonen. Après la mort de Max, et durant une quinzaine d’années, je ne me suis pratiquement plus intéressée à la Shoah. Je n’y pensais pas, j’avais envie d’autre chose, je lisais Balzac, Maupassant, Yourcenar. J’avais besoin d’espace et j’aimais les livres qui m’emmenaient loin de moi. J’ai terminé mes études de lettres, je me suis mariée, j’ai eu mes enfants. Je fis un détour de sept ans comme responsable des achats dans les magasins de vêtements de mes parents, et je transformai Épinglette (le surnom qu’on m’avait donné enfant parce que j’avais une silhouette fine et des attitudes qui piquaient) en une jeune femme irréprochable. Mes étés en Espagne étaient loin. D’une certaine façon, j’avais pris la direction que suggéraient les rescapés : on en dit le minimum, on ne complique pas les choses, on fait profil bas. Parfois au risque de se réveiller trop tard, ce qui était arrivé à cette femme rencontrée à Tel-Aviv qui, elle aussi, avait oublié le numéro de sa mère, déportée à Auschwitz. Elle s’était refusé à le
  5. 5. noter du vivant de ses parents de sorte qu’à la mort de sa mère le numéro disparut avec elle. Je suis certaine que ma découverte des jeunes Israéliens de Tel-Aviv, ostensiblement tatoués, a été pour beaucoup dans mon besoin de me retourner sur l’histoire de Max. Leurs tatouages me disaient combien ce qu’on tente d’enterrer finit par réapparaître, jouant un mauvais tour à ceux qui, dans l’urgence de construire leur nouveau pays, avaient demandé aux rescapés de laisser derrière eux, dans cette Europe qui les avait si mal traités, leur nom, leur langue, leur passé. Il en était ainsi de l’écrivain Aharon Appelfeld, jadis Erwin en Roumanie, de Ben Gourion né David Grün en Pologne, ou de la cousine de ma grand-mère, Monique Zylberberg, devenue en 1946 Batya Zeev. Ladite Batya m’accueillit un après-midi dans son salon du nord de Haïfa, s’excusant aussitôt de la quantité de bibelots qui encombraient la pièce. Il y en avait toujours eu dans la maison de son enfance, à Seraing, une petite ville de la banlieue de Liège, m’expliquait-elle avec cet accent liégeois qui ne l’avait pas quittée, si bien que chaque fois qu’elle voyait des objets qui lui rappelaient son passé elle les achetait. Batya avait pourtant strictement respecté la loi du silence. Je l’entends encore me confier n’avoir jamais parlé de la guerre à quiconque, pire ne rien connaître de l’histoire de sa mère, morte depuis plusieurs années, ni de celle de son frère, deux survivants comme elle. « Est-ce que cela t’a manqué ? », lui demandai-je. « Beaucoup », répondit Batya, mais c’est moi qui eus envie de pleurer. Le soir même, je commençais Le Livre noir d’Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman, lesquels témoignent des atrocités commises par les Allemands sur la population juive de Russie, d’Ukraine et de Lituanie. Puis je relus La Madone Sixtine du seul Grossman relatant l’arrivée d’une famille à Treblinka. J’étais prête à affronter le passé, j’avais rompu le pacte. Je me rendis chez Fanny, la sœur de Max et ma très proche confidente. Elle avait été cachée en France durant la guerre puis avait immigré en 1949 en Israël. Elle habite aujourd’hui un appartement dans le quartier de Basel, à Tel- Aviv. Fanny me confia une boîte remplie de vieilles photographies et les cassettes audio d’un voyage en Pologne qu’elle avait entrepris avec Albert, son autre frère, en 1987. Je rouvris un manuscrit, le sien, dans lequel elle avait consigné ses mémoires. Je partis pour Berlin, qui ne ressemblait plus à rien de ce que j’avais connu et dont le centre était désormais de l’autre côté de la porte de Brandebourg. Je parlai plusieurs fois d’un aller et retour en Espagne que je n’organisai pas. En même temps que je découvrais ma nouvelle vie d’écrivain que j’avais tant espérée et attendue, je m’efforçais de rassembler mes souvenirs sur la vie de Max. Je me revoyais, sombre adolescente, installée à côté de lui sur les routes de Marbella. Je l’entendais me raconter l’arrivée à Auschwitz, son travail à la mine, sa rencontre avec Pavel, la RDA. Des scènes de mon enfance me revenaient, des attitudes, des confidences. Pourtant, malgré mes efforts, le tableau restait incomplet. J’avais beaucoup oublié, les manques étaient flagrants, je n’étais jamais sûre de la vérité. Je comprenais qu’il me faudrait faire avec. Lire, chercher, inventer. Remonter le fil de l’histoire, coûte que coûte, quand bien même je ne me souviendrais pas du numéro de Max.

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