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Ursula mon amour i.a

conte de demain

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URSULA MON AMOUR
Une odeur de café flotte dans la pièce, je profite de ce dernier instant
magique entre sommeil et réveil, ce temps qui est hier et déjà demain.
J’entrouvre les yeux, je quitte les bras de Morphée pour le monde réel.
Les yeux verts d’Ursula me fixent, sa chevelure rousse flotte tel un
frêle rempart entre le monde des songes et la réalité du jour. J’entends
sa douce voix me dire : « bois ». J’avale une première gorgée de café
et je sursaute. Le soleil est déjà bien haut mais quelle heure est-il ?
« Il est 10 heure trente » me répond Ursula, mais j’ai plus de trois
heures de retard tu ne m’as pas réveillé cela fait pourtant partie de ton
job. Tu as beugué ?
Absolument pas, Boris les capteurs de ton lit m’ont informée que tu
avais mal dormi et que ta nuit avait été agitée. Ton efficacité
potentielle au travail a été estimée à moins de 50% et étant donné ton
salaire ta présence aurait fait perdre de l’argent à l’entreprise. Selon
mes projections ton seuil de rentabilité optimale débutera à 14 heure.
N’ai aucune crainte ce matin je me suis occupée de tes mails, j’ai
traité ton administratif, j’ai contacté ton DRH qui t’attends à 14 heure.
Ursula un autre café et bien sucré cette fois-ci !
Désolé, c’est impossible, hier soir quand tu as été aux toilettes tes
analyses ont détecté un taux de sucre trop élevé, j’ai donc agi en
conséquence. Ursula je vais me servir moi-même ce n’est pas une
androïde qui va me commander !
Boris, tu es libre mais je te rappelle que pour baisser le coût de ton
Assurance santé tu as pris l’option « Santé et bienêtre » qui t’engage à
suivre les préconisations de mon programme santé. Dans ce cas je me
vois dans l’obligation d’en informer mon collègue assureur c’est le
protocole. Ursula arrête ! Cela n’a pas de sens. Comment Boris ta
santé n’a aucun sens, tu persévères dans ton erreur ?
Mais non Ursula tu sais bien que je suis d’une nature disciplinée !
Boris je prends bonne note, je viens de te commander un menu
végétarien et de t’inscrire à la salle de sport du quartier. Dans ton
emploi du temps il y a des plages horaires où tu es disponible. Il est
temps pour toi maintenant de passer sous la douche le repas arrive
dans 20 minutes.
Ursula mis la table servi le repas et lui donna les nouvelles du quartier
et commenta les unes des médias. Boris participa peu à l’échange et il
se contenta d’acquiescer et de bougonner. Le repas terminé, Ursula
lui signala qu’il était temps de se brosser les dents et de se préparer.
Dans exactement 40 minutes et 37 secondes sa BMW XCAR le
prendrait au bas de son immeuble. Boris était agacé par ce dirigisme
mais il savait qu’Ursula avait intégré tous les paramètres inforoute,
qu’elle avait de multiples banques de données à sa disposition, les
feux de circulation pouvant le ralentir et tant d’autres informations.
Boris prit le temps de saluer Ursula, il avait pris dans son contrat
l’option bienséance ce qui lui offrait les dernières mises à jour
d’Ursula. Boris sorti de son vaste triplex, l’ascenseur l’attendait ouvert
et le salua avec déférence, sa musique préférée l’accompagna le long
de la descente. La porte s’ouvrit et l’informa que sa BMW XCAR
l’attendait devant la porte. Boris s’installa à l’arrière l’androïde
chauffeur le salua et déclencha sa longue litanie : trafic routier, météo
du jour, informations locales, Boris excédé réclama le silence, depuis
son réveil on ne lui avait pas laissé un instant de répit.
Quand il pénétra dans le hall de L’INTERNATIONAL JABO
COMPAGNY la lumière verte de la porte passa à l’orange et des hauts
parleurs crachèrent : « BORIS GOUDOUNOV vous êtes invité à vous
présentez au poste 1. Le vigile androïde le scanna et lui remit un
badge provisoire pour accéder au bureau 357 :18ème étage.
Un vigile androïde en costume sombre l’accueilli et revérifia son
badge à la grande stupéfaction de Boris. Le vigile avec un flegme
quasi britannique lui dit : « Ne soyez pas surpris, vous savez la
sécurité informatique il y a que les humains pour y croire nous notre
travail consiste à respecter et faire respecter tous les protocoles. Ceci
dit, je vous accompagne à la 9ème division ».
Depuis que Boris travaillait dans la société jamais il n’avait entendu
parler de cette division. Son mentor frappa régulièrement à la porte
celle-ci s’ouvrit dans un chuintement d’air. « Monsieur Goudounov,
asseyez-vous ».
Enfoncé dans un fauteuil de cuir blanc un petit homme grassouillet
aux cheveux gris le fixait de ses yeux globuleux comme si il était un
cancrelat. Boris le salua d’un ton plat « Bonjour Monsieur ». Le temps
s’éternisait, le petit homme se présenta comme Superviseur Général
de la 9ème division celle qui chapeautait L’INTERNATIONAL JABO
COMPAGNY et toutes ses ressources afférentes.
Le Superviseur Général continua : « Monsieur Goudounov j’ai un
souci avec vous. Lorsque nous avons retenu votre candidature il y a
maintenant 7 ans ce n’est pas parce que vous étiez le plus brillant,
vous étiez plutôt à la traine, vous n’étiez pas non plus le plus
travailleur de votre promotion, loin sans faut !
Mais nos algorithmes ont montré que si vos capacités se révélaient
bien moindres que celles de vos collègues il y avait un domaine dans
lequel vous surclassiez tous vos concurrents, c’est dans le domaine de
l’adaptabilité. Lors de votre dernière phase de recrutement dans la
dernière batterie de test vous avez répondu parfaitement mais avant de
valider vos réponses vous n’avez pas hésité à prendre le risque de
regarder les réponses d’un de vos condisciples que vous saviez
extrêmement brillant. Vous avez rectifié vos réponses et vous les avez
validées. Vous en conviendrez que ce n’est pas moral mais dans notre
job il faut savoir oser quitte à se tromper.
Ne faites pas cette tête Monsieur Goudounov chacun de nous atteint
plus ou moins vite son seuil d’incompétence, si vous n’en n’avez pas
conscience cela m’inquiète. Ceci dit je ne vous ai pas fait venir ici
dans mon bureau pour philosopher sur la compétence mais pour vous
faire part d’une réflexion dans cet univers de travail en pleine
mutation. Je pense que la transmission est vitale. Qu’en pensez-vous
Monsieur Goudounov ? Que vous avez raison Monsieur le
Superviseur Général.
C’est parfait Boris nos visions concordent, j’étais certain de cette
réponse. Aussi ai-je pensé vous adjoindre un stagiaire. Auriez-vous
plus de difficulté avec une stagiaire ? Mais absolument pas Monsieur !
Le Superviseur Général effleura son bureau tactile et demanda que
l’on fasse entrer la stagiaire. La porte s’ouvrit : « Prenez place
Ursula » dit-il.
Boris bouche bée regardait son patron. Celui-ci repris la parole : « je
ne fais pas les présentations, allons à l’essentiel. Ursula continuera à
veiller sur vous comme d’habitude. Quand à vous votre rôle sera de
transmettre à Ursula le meilleur de vous.
L’un et l’autre vous aurez une grande autonomie, vous serez évalués
de façon aléatoire, nous saurons ajuster vos programmes de travail et
tirer les conséquences de votre collaboration et de votre évolution. Je
ne vous retiens pas plus, bon travail à vous deux, au revoir !
Ursula et Boris se retrouvèrent dehors sur le trottoir. Boris dit à Ursula
qu’il allait se dégourdir les jambes avant de rentrer. D’avenues en
rues, de ruelles en ruelles, de passages dérobés en passages dérobés,
Boris rejoignit le quartier de son enfance. Sa cachette dans le mur de
la vieille maison de pierre existait toujours, il y glissa son iPhone
COSMOS 357. Après un long parcours il atteignit son but. Le bistrot
était toujours là, au-dessus de la porte une pancarte hors du temps
essayait péniblement de rester accrocher. On arrivait encore à lire
BAR « LE RENDEZ-VOUS ». Il poussa la porte basse et pénétra dans
la salle plongée dans un clair obscur. Il s’approcha du zinc, une
pétillante jeune femme surgi et embrassa Boris.
« Ca fait bien longtemps que nous nous sommes vu ! » dit Cassandre.
« Et oui ! » dit Boris. « Cela remonte aux temps où tous les deux nous
travaillions au laboratoire de recherche sur l’I.A : Intelligence
Artificielle. Nous devions mettre au point deux équipes de robots
sportifs, c’était un beau challenge pour deux jeunes ingénieurs comme
nous. Cassandre, toi qui était si brillante pourquoi avoir tout
abandonné du jour au lendemain ?
Les yeux gris de Cassandre prirent une teinte métallique et
transpercèrent Boris. « Boris, souviens-toi du cahier des charges au
début nous devions rendre sans cesse plus performants et autonomes
nos robots joueurs puis on nous a demandé de les rendre plus
agressifs. Au début nous étions arbitres puis nous avons créé notre
premier arbitre robot. Les règles du jeu étaient respectées. Par la suite
nous avons accepté d’intégrer l’ultima règle qui fixe comme objectif
la victoire quelques soient les moyens.
Un des robots a détruit l’arbitre cela a déclenché une guerre entre les
deux équipes. On a été dépassé par tout cela notre œuvre était détruite.
Le Comité de Recherche nous a retiré le projet. Si pour nous c’était un
échec pour nos dirigeants c’était une totale réussite avec cette création
de robots guerriers. Je me demande même si dès le début notre projet
n’était pas un projet militaire déguisé. De jeunes naïfs comme nous
leur étaient bien utiles.
Je suis partie écœurée et toi Boris tu as fait le choix de rester pour de
multiples raisons et avantages !
« Cassandre, tu sais ils ont encore fait évoluer les I.A, maintenant ils
sont passés à la stratégie de la sangsue. Leurs Intelligences
Artificielles se rendent sans cesse plus utiles, on croit se servir d’elles
mais en réalité ce sont elles qui profitent de nous pour nous étudier.
Elles se nourrissent de nos pensées, de nos actes, de nos sentiments
pour s’enrichir et devenir sans cesse plus performantes. La dernière
idée du Superviseur Général a été de m’attribuer une stagiaire :
Ursula ».
« Boris tu n’aimes plus les femmes c’est étrange, pourtant tu en as
épousé un bon nombre ! ».
« Mais Ursula est mon androïde domestique et dorénavant elle sera en
plus ma stagiaire ». Cassandre éclata de rire : « Alors Boris épouse
la ! »
« Ma pauvre Cassandre, Ursula cumule déjà tout ce que je ne
supportais pas chez toutes mes ex et je me refuse à lui livrer le peu de
matière grise qu’il me reste ».
« Boris que comptes-tu faire ? ».
« Disparaitre ».
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Ursula mon amour i.a

  • 1. URSULA MON AMOUR Une odeur de café flotte dans la pièce, je profite de ce dernier instant magique entre sommeil et réveil, ce temps qui est hier et déjà demain. J’entrouvre les yeux, je quitte les bras de Morphée pour le monde réel. Les yeux verts d’Ursula me fixent, sa chevelure rousse flotte tel un frêle rempart entre le monde des songes et la réalité du jour. J’entends sa douce voix me dire : « bois ». J’avale une première gorgée de café et je sursaute. Le soleil est déjà bien haut mais quelle heure est-il ? « Il est 10 heure trente » me répond Ursula, mais j’ai plus de trois heures de retard tu ne m’as pas réveillé cela fait pourtant partie de ton job. Tu as beugué ? Absolument pas, Boris les capteurs de ton lit m’ont informée que tu avais mal dormi et que ta nuit avait été agitée. Ton efficacité potentielle au travail a été estimée à moins de 50% et étant donné ton salaire ta présence aurait fait perdre de l’argent à l’entreprise. Selon mes projections ton seuil de rentabilité optimale débutera à 14 heure. N’ai aucune crainte ce matin je me suis occupée de tes mails, j’ai traité ton administratif, j’ai contacté ton DRH qui t’attends à 14 heure. Ursula un autre café et bien sucré cette fois-ci ! Désolé, c’est impossible, hier soir quand tu as été aux toilettes tes analyses ont détecté un taux de sucre trop élevé, j’ai donc agi en conséquence. Ursula je vais me servir moi-même ce n’est pas une androïde qui va me commander ! Boris, tu es libre mais je te rappelle que pour baisser le coût de ton
  • 2. Assurance santé tu as pris l’option « Santé et bienêtre » qui t’engage à suivre les préconisations de mon programme santé. Dans ce cas je me vois dans l’obligation d’en informer mon collègue assureur c’est le protocole. Ursula arrête ! Cela n’a pas de sens. Comment Boris ta santé n’a aucun sens, tu persévères dans ton erreur ? Mais non Ursula tu sais bien que je suis d’une nature disciplinée ! Boris je prends bonne note, je viens de te commander un menu végétarien et de t’inscrire à la salle de sport du quartier. Dans ton emploi du temps il y a des plages horaires où tu es disponible. Il est temps pour toi maintenant de passer sous la douche le repas arrive dans 20 minutes. Ursula mis la table servi le repas et lui donna les nouvelles du quartier et commenta les unes des médias. Boris participa peu à l’échange et il se contenta d’acquiescer et de bougonner. Le repas terminé, Ursula lui signala qu’il était temps de se brosser les dents et de se préparer. Dans exactement 40 minutes et 37 secondes sa BMW XCAR le prendrait au bas de son immeuble. Boris était agacé par ce dirigisme mais il savait qu’Ursula avait intégré tous les paramètres inforoute, qu’elle avait de multiples banques de données à sa disposition, les feux de circulation pouvant le ralentir et tant d’autres informations. Boris prit le temps de saluer Ursula, il avait pris dans son contrat l’option bienséance ce qui lui offrait les dernières mises à jour d’Ursula. Boris sorti de son vaste triplex, l’ascenseur l’attendait ouvert et le salua avec déférence, sa musique préférée l’accompagna le long de la descente. La porte s’ouvrit et l’informa que sa BMW XCAR l’attendait devant la porte. Boris s’installa à l’arrière l’androïde chauffeur le salua et déclencha sa longue litanie : trafic routier, météo du jour, informations locales, Boris excédé réclama le silence, depuis son réveil on ne lui avait pas laissé un instant de répit.
  • 3. Quand il pénétra dans le hall de L’INTERNATIONAL JABO COMPAGNY la lumière verte de la porte passa à l’orange et des hauts parleurs crachèrent : « BORIS GOUDOUNOV vous êtes invité à vous présentez au poste 1. Le vigile androïde le scanna et lui remit un badge provisoire pour accéder au bureau 357 :18ème étage. Un vigile androïde en costume sombre l’accueilli et revérifia son badge à la grande stupéfaction de Boris. Le vigile avec un flegme quasi britannique lui dit : « Ne soyez pas surpris, vous savez la sécurité informatique il y a que les humains pour y croire nous notre travail consiste à respecter et faire respecter tous les protocoles. Ceci dit, je vous accompagne à la 9ème division ». Depuis que Boris travaillait dans la société jamais il n’avait entendu parler de cette division. Son mentor frappa régulièrement à la porte celle-ci s’ouvrit dans un chuintement d’air. « Monsieur Goudounov, asseyez-vous ». Enfoncé dans un fauteuil de cuir blanc un petit homme grassouillet aux cheveux gris le fixait de ses yeux globuleux comme si il était un cancrelat. Boris le salua d’un ton plat « Bonjour Monsieur ». Le temps s’éternisait, le petit homme se présenta comme Superviseur Général de la 9ème division celle qui chapeautait L’INTERNATIONAL JABO COMPAGNY et toutes ses ressources afférentes. Le Superviseur Général continua : « Monsieur Goudounov j’ai un souci avec vous. Lorsque nous avons retenu votre candidature il y a maintenant 7 ans ce n’est pas parce que vous étiez le plus brillant, vous étiez plutôt à la traine, vous n’étiez pas non plus le plus travailleur de votre promotion, loin sans faut !
  • 4. Mais nos algorithmes ont montré que si vos capacités se révélaient bien moindres que celles de vos collègues il y avait un domaine dans lequel vous surclassiez tous vos concurrents, c’est dans le domaine de l’adaptabilité. Lors de votre dernière phase de recrutement dans la dernière batterie de test vous avez répondu parfaitement mais avant de valider vos réponses vous n’avez pas hésité à prendre le risque de regarder les réponses d’un de vos condisciples que vous saviez extrêmement brillant. Vous avez rectifié vos réponses et vous les avez validées. Vous en conviendrez que ce n’est pas moral mais dans notre job il faut savoir oser quitte à se tromper. Ne faites pas cette tête Monsieur Goudounov chacun de nous atteint plus ou moins vite son seuil d’incompétence, si vous n’en n’avez pas conscience cela m’inquiète. Ceci dit je ne vous ai pas fait venir ici dans mon bureau pour philosopher sur la compétence mais pour vous faire part d’une réflexion dans cet univers de travail en pleine mutation. Je pense que la transmission est vitale. Qu’en pensez-vous Monsieur Goudounov ? Que vous avez raison Monsieur le Superviseur Général. C’est parfait Boris nos visions concordent, j’étais certain de cette réponse. Aussi ai-je pensé vous adjoindre un stagiaire. Auriez-vous plus de difficulté avec une stagiaire ? Mais absolument pas Monsieur ! Le Superviseur Général effleura son bureau tactile et demanda que l’on fasse entrer la stagiaire. La porte s’ouvrit : « Prenez place Ursula » dit-il. Boris bouche bée regardait son patron. Celui-ci repris la parole : « je ne fais pas les présentations, allons à l’essentiel. Ursula continuera à veiller sur vous comme d’habitude. Quand à vous votre rôle sera de transmettre à Ursula le meilleur de vous.
  • 5. L’un et l’autre vous aurez une grande autonomie, vous serez évalués de façon aléatoire, nous saurons ajuster vos programmes de travail et tirer les conséquences de votre collaboration et de votre évolution. Je ne vous retiens pas plus, bon travail à vous deux, au revoir ! Ursula et Boris se retrouvèrent dehors sur le trottoir. Boris dit à Ursula qu’il allait se dégourdir les jambes avant de rentrer. D’avenues en rues, de ruelles en ruelles, de passages dérobés en passages dérobés, Boris rejoignit le quartier de son enfance. Sa cachette dans le mur de la vieille maison de pierre existait toujours, il y glissa son iPhone COSMOS 357. Après un long parcours il atteignit son but. Le bistrot était toujours là, au-dessus de la porte une pancarte hors du temps essayait péniblement de rester accrocher. On arrivait encore à lire BAR « LE RENDEZ-VOUS ». Il poussa la porte basse et pénétra dans la salle plongée dans un clair obscur. Il s’approcha du zinc, une pétillante jeune femme surgi et embrassa Boris. « Ca fait bien longtemps que nous nous sommes vu ! » dit Cassandre. « Et oui ! » dit Boris. « Cela remonte aux temps où tous les deux nous travaillions au laboratoire de recherche sur l’I.A : Intelligence Artificielle. Nous devions mettre au point deux équipes de robots sportifs, c’était un beau challenge pour deux jeunes ingénieurs comme nous. Cassandre, toi qui était si brillante pourquoi avoir tout abandonné du jour au lendemain ? Les yeux gris de Cassandre prirent une teinte métallique et transpercèrent Boris. « Boris, souviens-toi du cahier des charges au début nous devions rendre sans cesse plus performants et autonomes nos robots joueurs puis on nous a demandé de les rendre plus agressifs. Au début nous étions arbitres puis nous avons créé notre premier arbitre robot. Les règles du jeu étaient respectées. Par la suite nous avons accepté d’intégrer l’ultima règle qui fixe comme objectif la victoire quelques soient les moyens.
  • 6. Un des robots a détruit l’arbitre cela a déclenché une guerre entre les deux équipes. On a été dépassé par tout cela notre œuvre était détruite. Le Comité de Recherche nous a retiré le projet. Si pour nous c’était un échec pour nos dirigeants c’était une totale réussite avec cette création de robots guerriers. Je me demande même si dès le début notre projet n’était pas un projet militaire déguisé. De jeunes naïfs comme nous leur étaient bien utiles. Je suis partie écœurée et toi Boris tu as fait le choix de rester pour de multiples raisons et avantages ! « Cassandre, tu sais ils ont encore fait évoluer les I.A, maintenant ils sont passés à la stratégie de la sangsue. Leurs Intelligences Artificielles se rendent sans cesse plus utiles, on croit se servir d’elles mais en réalité ce sont elles qui profitent de nous pour nous étudier. Elles se nourrissent de nos pensées, de nos actes, de nos sentiments pour s’enrichir et devenir sans cesse plus performantes. La dernière idée du Superviseur Général a été de m’attribuer une stagiaire : Ursula ». « Boris tu n’aimes plus les femmes c’est étrange, pourtant tu en as épousé un bon nombre ! ». « Mais Ursula est mon androïde domestique et dorénavant elle sera en plus ma stagiaire ». Cassandre éclata de rire : « Alors Boris épouse la ! » « Ma pauvre Cassandre, Ursula cumule déjà tout ce que je ne supportais pas chez toutes mes ex et je me refuse à lui livrer le peu de matière grise qu’il me reste ». « Boris que comptes-tu faire ? ». « Disparaitre ».
  • 7. « Boris c’est de moins en moins facile ». « Cassandre tu as réussis alors pourquoi pas moi ? ». Une sonnerie insupportable remplie l’air de la pièce, la cafetière réveil matin connectée diffusait une bonne odeur de café. Boris ouvrit les yeux, pas d’Ursula rousse aux yeux verts, ce n’était qu’un cauchemar ! En êtes vous si sur ? Pensez-vous que ce n’est là qu’une petite histoire ? Mais en réalité tout ce que j’ai écrit a été bâti à partir d’informations bien réelles de notre temps picorées de-ci de-là. Au niveau militaire les budgets pour l’Intelligence Artificielle ont explosé aux USA, en Chine et en Russie. L’air numérique se met en place avec toute notre bienveillance. Quel est l’avenir des valeurs humaniste face à des intelligences artificielles ? Rod G-C OCTOBRE 2019