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Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation
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CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET METIERS
Promotion 3 - 2018/2019
MEMOIRE pour obtenir le
Certificat de Spécialisation "Innovations Territoriales, politiques numériques
et Open Data"
Equipe Pédagogique Nationale Innovation (EPN16)
Cnam Paris et Cnam Bretagne
Présenté et soutenu par Madame Amel Miaoulis
Septembre 2019
Tuteur : Jean-Max Noyer, professeur des Universités, Laboratoire I3M Université de
Toulon, Laboratoire Paragraphe Université de Paris 8, GRICO
Innovation et Open data :
Ecosystème des territoires toulousains
Quels enjeux pour les politiques publiques territoriales ?
Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation
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Résumé
L’Occitanie, la nouvelle région qui rassemble entre autres Toulouse et Montpellier, est
certainement l'un des centres de gravité français engagées dans une transformation profonde de
leurs administrations dans une démarche opendata. Actuellement, une cinquantaine de
collectivités et institutions se sont engagées dans une transformation profonde de leurs
administrations dans une démarche open data. L’enjeu aujourd’hui pour la région est de changer
d’échelle avec une ambition de devenir la « nouvelle ambassadrice » de l’ouverture de données.
Pour cela plusieurs actions d’innovations publiques se sont lancées couvrant différents domaines
tels que l’économie, l’environnement, la mobilité… Cependant, plusieurs visages composent
cette grande région caractérisée par de nombreuses zones rurales et urbaines avec des densités
démographiques différentes. Deux collectivités bien engagées dans leur transformation
numérique sortent du paysage occitan. Ce sont Toulouse Métropole et la communauté
d’agglomération du SICOVAL. C’est par le biais de ces 2 collectivités que se porte le sujet de ce
mémoire sur les enjeux politiques en matière d’innovation et d’open data.
MOTS CLES : INNOVATION - OPEN DATA - TRANSFORMATION NUMERIQUE –
POLITIQUES PUBLIQUES – SMART CITY – ECOSYSTEME
Summary
The Occitanie, the new region that brings together Toulouse and Montpellier among others, is
certainly one of the French centers of gravity that want to use open data to boost their actions
closer to their territories. Currently, some 50 communities and institutions have engaged in a
profound transformation of their administrations in an open data approach. The challenge for the
region today is to scale up with the ambition of becoming the "new ambassador" of data
openness. For this, several public innovation actions have been launched covering different areas
such as the economy, the environment and mobility.
However, many faces make up this large region characterized by many rural and urban areas
with different demographic densities. Two communities well engaged in their digital
transformation leave the Occitan landscape. These are Toulouse Métropole and the
agglomeration community of SICOVAL. It is through these two communities that the subject of
this thesis is focused on the political issues of innovation and open data.
KEYWORDS: INNOVATION - OPEN DATA - DIGITAL TRANSFORMATION -
PUBLIC POLICIES - SMART CITY – ECOSYSTEM
Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation
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TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ................................................................................................................................2
PARTIE 1 - DESCRIPTION DE L'ECOSYSTEME ...........................................................................4
1.1 UNE APPROCHE TRES SMART...............................................................................................4
1.2 UNE STRATEGIE D’ACTION PUBLIQUE COMMUNE..........................................................6
1.3 LES ACTEURS...........................................................................................................................9
1.4 UN SECTEUR D'ECONOMIE BIEN ANCRE .........................................................................13
1.5 LES INFRASTRUCTURES ......................................................................................................15
PARTIE 2 - DESCRIPTION DE LA CHAINE DE VALEUR DE L'OPEN DATA .........................20
2.1 UNE ORGANISATION MUTUALISEE ...................................................................................20
2.2 DES NIVEAUX D’AVANCEMENT A DES STADES DIFFERENTS .....................................24
2.3 LA REUTILISATION DES DONNEES....................................................................................25
2.4 LES INTERFACES ..................................................................................................................28
2.5 L’EVALUATION ....................................................................................................................30
2.6 L’EXEMPLE DE L’EXPLOITATION DES DONNEES TENSIOMETRIQUES ......................31
PARTIE 3 - TRANSFORMATIONS ORGANISATIONNELLES DES TERRITOIRES................33
3.1 UN ENJEU ORGANISATIONNEL ..........................................................................................33
3.2 OPEN INNOVATION ...............................................................................................................35
3.3 VERS UNE NOUVELLE STRUCTURE ORGANISATIONNELLE ? ......................................36
PARTIE 4 - EXEMPLES DE TRANSFORMATIONS .....................................................................37
4.1 L’EXEMPLE DE LA METROPOLE TOULOUSAINE ..........................................................37
4.2 L’EXEMPLE DU SICOVAL ..................................................................................................38
4.3 L’EXEMPLE DE LA REGION ...............................................................................................39
PARTIE 5 - RECOMMANDATION .................................................................................................41
5.1 REFLEXION SUITE A L’ENQUÊTE .....................................................................................41
5.2 PRESENTATION DES VARIABLES .....................................................................................42
5.3 SCENARIOS ..........................................................................................................................44
CONCLUSION ...................................................................................................................................52
BIBLIOGRAPHIE ..............................................................................................................................54
ANNEXES .............................................................................................................................. 56
Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation
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REMERCIEMENTS
Je remercie chaleureusement :
- Jean-Max Noyer pour ses précieux conseils, sa hauteur de vue, ses échanges pertinents et sa
bienveillance,
- Maryse Carmes pour la qualité des contenus et le regard apporté sur les enjeux d’avenir,
- L’ensemble de l’équipe pédagogique pour le plaisir qu’ils ont eu à transmettre leurs
connaissances et ainsi que l’équipe administrative du CNAM,
- Anne-Claire Dubreuil du SICOVAL et Sandrine Mathon de Toulouse Métropole pour le temps
et les éléments accordés
- Patrice, Farah et Sofia pour leur soutien
1
« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu'il ne nous prenne par la gorge. »
Winston Churchill
2
INTRODUCTION
Que ce soit dans le domaine public ou privé, si il y’a bien un mot qui suscite un mélange de
crainte et d’excitation, c’est bien le mot « Data ». Un autre item fait naître ces mêmes
sentiments, c’est le terme : « Innovation ». Ces mots n’apparaissent plus uniquement dans des
discours spécifiques et pointus mais elles apparaissent aussi bien dans des discours politiques,
médiatiques, marketing… Si bien que dans cette prolifération, l’utilisation de ces termes peut
prêter à confusion ou à de mauvaises interprétations conduisant à une cacophonie poly-
sémantique qui peut dérouter plus d’un. Les raisons sont d’ordres multiples : l’arrivée de
nouvelles technologies sur plusieurs disciplines (les nanotechnologies, IA..), de nouvelles
infrastructures et de stockage (IOT, 5G, Blockchain…), de nouvelles technologies dans
l’information et la communication (réalité augmentée…) combinées à une accélération des
transformations sociétales et culturelles brouillent les schémas de pensées et les actions mis en
place par les acteurs publics et privés.
Lors de la conférence de Paris co-organisé par Etalab et le Conseil national du numérique le 24
et le 25 avril 2014 où des acteurs majeurs de l’open data en France et à l’étranger se sont
réunis, Gavin Starks, directeur de l’Open Data Institute au Royaume-Uni déclarait ceci : «
L’open data aujourd’hui est très similaire au web des années 1990. Il y a énormément
d’excitation, d’activité autour de l’open data. Mais c’est un peu comme en 1995, lorsque vous
disiez : "Vous devriez avoir un site web et une adresse e-mail", et la plupart des gens vous
regardaient en vous répondant : "Mais pourquoi ?". C’est très proche de là où nous en sommes
avec l’open data. ». Cette citation analogique illustre très bien l’état d’esprit dans lequel se
trouvent les responsables politiques face à l’open data aujourd’hui. Bien que nous assistions à
des transformations numériques et digitales des administrations (e-administrations, portails
gouvernementales, stockages des données…) bouleversant ainsi la vie des citoyens et des
entreprises, tous les territoires n’ont pas opéré à ce changement. Des inégalités subsistent à
l’intérieur d’une même région creusant un écart de modernité entre les villes. L’exemple de la
région de Toulouse illustre très bien ces propos. Les directives nationales et européennes
annoncées depuis ces dernières années obligent les collectivités à ouvrir leurs données et de
promouvoir leur exploitation. Certains élus politiques ont très bien assimilés les opportunités
que peuvent apporter l’ouverture des datas sur les différents domaines économiques,
environnementales, mobilités, sociétales… D’autres pour des raisons financières, de
ressources-humaines ou par crainte de refus du changement de la population freinent les
démarches à ses transformations.
3
Les différentes recherches dans le domaine des connaissances démontrent que pour le domaine
de l’innovation publique celle-ci doit être maintenue par un écosystème d’innovation dit
« publique1
». Dans ce contexte de mutation sociétale, de quelle manière l’exploitation des
données bouleverse-t-elle l'organisation des collectivités territoriales ? Quel est son impact dans
les politiques publiques ? Il semble intéressant de se pencher sur ces questions centrales pour
un territoire présentant de nombreux atouts. Toulouse fût une des premières villes à se lancer
dans l’ouverture de sa donnée en plaçant l’innovation au cœur de ce processus.
Trois études de cas, Toulouse Open Data, Open Data Sicoval et Open Data Occitanie,
illustreront l’objet de ce mémoire. Elles seront mises en lumière dans la dernière partie par la
présentation des variables et des scénarii qui l’accompagnent.
1
Bason Christian, Innovation du secteur public: co-créer pour une société meilleure, Bristol, Royaume-Uni: The
Policy Press, 2ème
édition.
4
PARTIE 1 - DESCRIPTION DE
L'ECOSYSTEME
1.1 UNE APPROCHE TRES SMART
Le programme Smart City 2015- 2020 de Toulouse a pour objectif de construire avec les
citoyens la ville intelligente de demain : plus fluide, conviviale, innovante, dynamique,
attractive, responsable et durable. Le chantier est ambitieux : 500 millions d’euros
d’investissements publics et 200 millions d’investissements privés. Dans un souci de co-
construction avec les habitants et les entreprises, plusieurs projets ont vu le jour ou verront le
jour d’ici 2020. Pour en citer quelques-uns : wifi dans la ville, 4G dans le métro, véhicule
autonome connecté, éclairage public intelligent (lampadaire connecté), îlot autonome pour les
seniors ...
Dès 2017, des expérimentations ont eu lieu avec 2 enjeux importants :
 Permettre l'élaboration de nouveaux services grâce à la mise à disposition de certaines
données de la collectivité.
 De servir de tremplin aux startups locales pour leur développement et le renforcement
de leur visibilité à l'échelle nationale ou internationale.
5
Dans un contexte de réduction des dotations de l’Etat, les collectivités doivent définir des
objectifs socio-économiques en tirant le parti de ses relations avec le secteur privé et de ses
points forts. La création d’un écosystème d’innovation avec l’ensemble des partenaires
publics/privés est un des éléments moteurs de la nouvelle ville de demain. Le but est de créer
de nouvelles ou de meilleures solutions pour tous les grands domaines de la société comme le
transport, l’énergie, l’environnement… pour les citoyens d’aujourd’hui et de demain. Pour cela,
une organisation se créée fortement entre l’open data et la smart city. « L’Open Data est
indissociable de la smart city. Cette dernière ne se résume pas à cela, mais elle ne peut exister
sans cette nouvelle approche des data »,2
analyse Sandrine Mathon, responsable du domaine
ressources au sein de la direction numérique de la mairie de Toulouse et Toulouse Métropole.
Selon elle, l’open data est un miroir révélateur de la qualité de la donnée disponible. En effet,
elle permet de mettre en évidence la probabilité des réalisations futures de nouveaux services.
Sur ce point, elle est rejointe par Anne-Claire Dubreuil, Directrice de projet de transformation
numérique au sein du SICOVAL qui insiste sur le décloisonnement des services pour favoriser
les travaux en communs dans une démarche smart city. Ainsi, un nouveau critère apparaît sur
la notion de valeur et de retour sur investissement attendus de la part des élus et des
populations. Critères difficile à évaluer selon Sandrine Mathon car elle répond à une nouvelle
façon de répondre pour le service public. Néanmoins, elle est indispensable selon Anne-Claire
Dubrueil et elle doit être pensée en amont de tout projet : « Tous nos projets sont dans une
démarche de démonstration (projet appelé « Démonstrateurs ») et de retour sur investissement.
Sans cela, il est difficile de défendre nos actions. ». 3
Un des exemples de « démonstrateurs »
expérimenté par Toulouse Métropole est la gestion intelligente des réseaux d’eaux potable. La
mise en œuvre se déroule sur 3 ans (2017-2020) à travers 3 villes pilotes. Cette innovation
technologique a pour objectif de maîtriser les pertes en eau potable sur le réseau et d’améliorer
ainsi la qualité du service public rendu aux abonnés.
2
Extrait de l’interview du 11 juillet 2019
3
Extrait de l’interview du 01 août 2019
6
- L'exemple d'Open Bikes
Un autre exemple d’innovation des usages pour les citoyens est l’application Open Bikes Now
crée par un habitant de la ville. Cette application offre aux cyclistes la possibilité de visualiser
la disponibilité des vélos et des bornes de retour. Elle permet aussi de programmer dans le
temps l’utilisation de ce service grâce à un système de prédiction basé sur des données en open
source et des méthodes statistiques. Pour cela, elle réutilise pour la ville de Toulouse, les jeux
de données JC Decaux, gestionnaire du réseau Vélo Toulouse. Ces données sont ensuite
retravaillées puis intégrées dans un algorithme de calcul statistique développé par cette
application afin de délivrer aux usagers les informations recherchées sur les disponibilités des
vélos stations. La start- up souhaite ainsi résoudre le problème typique du cycliste qui ne sait
pas où poser et prendre son vélo en libre-service. Cette application a reçu le soutien de la ville
par l’ouverture de ses données mais aussi par la contribution des agents de la ville. Cette startup
toulousaine a été lauréat du prix spécial « Open Data Toulouse Métropole » lors de la 6ème
édition du concours Dataconnexions en 2016. Elle est déployée aujourd’hui dans plus de 70
villes dans le monde.
Déjà labellisé Smart City et French Tech, Toulouse Métropole souhaite se développer vers une
intégration de nouvelles technologies et de préservation de l’environnement. Elle a reçu de ce
fait le label de « Ville à énergie positive pour la croissance verte » et a été retenue pour le
programme "Ville de demain" (ou Ecocité) organisé par l’Etat. Ce programme favorise les
investissements d’avenir sur l’écologie et le développement durable afin de concevoir, de
construire une meilleure qualité de vie pour les habitants.
1.2 UNE STRATEGIE D’ACTION PUBLIQUE COMMUNE
Les besoins et les problèmes territoriaux sont très souvent différents bien qu’ils peuvent être
voisins. La nature géographique et démographique et parfois culturelle peuvent créer certaines
tensions entre les zones rurales et urbaines. L’arrivée de l’open data sur les territoires semblent
être le moyen pour apporter « des solutions » adaptées pour chacun des élus. L’ensemble des
acteurs et décideurs des territoires s’accordent à dire qu’il n’y a pas d’open data sans stratégie
forte et affirmée pour l’ensemble des territoires qui compose la région. D’emblée, il a été défini
qu’elle s’appliquerait à tous les domaines des territoires et pas uniquement sur un plan
économique à destination des grands groupes. Historiquement, certains territoires comme la
communauté d’agglomération du SICOVAL se sont intéressés à la question par le biais de ce
7
volet. En effet, le siège de l’entreprise internationale Sigfox spécialisé dans l’Internet des
Objets a élu domicile sur ce territoire ainsi qu’une cinquantaine de startups. Il était évident pour
les décideurs locaux de s’approprier la question de la donnée et de mieux comprendre les
enjeux pour la vie quotidienne des citoyens. Il en est différent pour la métropole toulousaine
qui s’est tout de suite engagée dans l’open data par le biais des réseaux associatifs (exemple
Open Street Map, Toulibre…) au début des années 2010. Il en résulte que différentes voies ont
contraint les collectivités à s’engager dans l’ouverture des données publiques. Ce qui était juste
un sujet parmi les autres sujets d’innovation est devenu aujourd’hui un véritable sujet politique
dans la région soulevant de nombreuses questions : comment amener les petites collectivités
dans l’ouverture de la donnée ? Elaborer une stratégie de la data est-elle une stratégie de
transformation ? Quels jeux de données ? Dans quel but ? Quels sont les infrastructures ? Les
données publiques seraient-elles alors qu’une brique d’un nouvel écosystème issu d’une
stratégie globale de transformation ?
Avant l’arrivée de la région dans le mouvement open data, il existait plusieurs stratégies de la
donnée sans forcément de lien avec les autres institutions. Il en résulte plusieurs jeux de
données sous des formats d’exploitations différentes sur une même thématique, créant parfois
des doublons ou de qualités plus ou moins bonnes selon les ressources expertes. L’open data
serait donc une occasion de positionner l’enjeu là où il doit être. Or, les différentes politiques
divergent selon les organismes et selon leur rôle. L’ambition de la région qui se veut le chef de
file de ce mouvement s’applique à construire une stratégie data commune aux institutions. Or,
plusieurs collectivités se sont déjà lancées dans leur ouverture et ne souhaite pas vraiment
modifier leur plan selon les volontés de la région. « Je suis convaincu que nous avons tout à
gagner dans la coopération, et tout à perdre dans la compétition entre les institutions. Soit on
progressera tous ensemble parce qu’on mutualisera les énergies, les compétences, voire les
technologies, soit chacun cherchera à tirer la couverture à lui, auquel cas on n’avancera pas
beaucoup » argumente le conseiller régional Bertrand Monthubert 4
.
Pour cela, une série d’initiatives ont été prises pour ne laisser écarter personne. Une des
premières actions a été le rapprochement du conseil régional auprès des autres institutions (le
département, la métropole) pour créer un groupe de travail de concertation se composant
d’élus, de DSI et d’experts. A l’issu de ce travail, deux points importants ont été révélés. Le 1er
volet est la question du volet économique pour l’ensemble des entreprises. Le contexte du tissu
économique est essentiellement basé sur des marchés technologiques comme par exemple,
l’IOT, les systèmes embarqués, l’aérospatial, les biotechnologies de l’agriculture et de la santé
4
Conseiller régional délégué à l’enseignement supérieur et la recherche. Ancien président de l’université Paul
Sabatier
8
qui sont les point forts de la région. L’objectif de la stratégie numérique est de déployer la
digitalisation sur l’ensemble de ces secteurs sans laisser de côté les petites structures. Un autre
objectif est de développer des filières fortes sur le numérique sur la région avec le concours de
partenariats académiques (universités, écoles d’ingénieurs…) et économiques (Chambre de
commerce et de l’industrie), aider l’émergence de projets de startups autour de l’open data et
d’accompagner les PME qui souhaitent utiliser les données ouvertes dans leur transformation.
L’autre volet de la stratégie d’open data territoriale est le débit dans les zones rurales : « C’est
bien beau d’avoir une stratégie de digitalisation mais si le signal ne passe pas, il n’y a pas de
débit et cela ne marchera pas(…). Il n’y a pas de stratégie numérique si on n’a pas les réseaux
qui vont avec derrière. Les collectivités ont une part importante la dessus, les inter-communes,
le département avec l’aide de la région et de l’état. 5
» affirme Marc Chappuis secrétaire
général aux affaires régionales Occitanie. La question des zones blanches dans les terres rurales
est une problématique importante contrairement aux agglomérations où se sont les opérateurs
qui en ont la charge du débit. La stratégie d’action publique est donc de déployer la fibre ou le
très haut débit partout sur le territoire avec une contribution de l’état de 450 millions d’euros
jusqu’en 2022 sur 13 départements occitans.
C’est dans ce cadre que l’évènement d’Open data lab6
a vu le jour en 2017 réunissant sur un
colloque composé de conférence et d’ateliers des personnalités de l’open data investis dans la
démarche. Le public étant essentiellement des élus politiques, des chargés de missions a permis
de contribuer au lancement de quelques initiatives prises à ce jour. Bien que l’ensemble des
intervenants sur la question open data se sont rencontrés, cela ne signifie pas qu’ils se sont
rejoint sur l’ensemble des questions. Des rivalités subsistent entre les organismes mais une
ébauche d’une stratégie commune a pris forme sans un véritable plan d’action. Chaque
organisme continue sa démarche de son côté en essayant d’avancer tous dans la même
direction.
5
Discours au Forum OpenData Lab 22 mars 2017
6
http://www.opendatalab.fr/
9
1.3 LES ACTEURS
Dans la plupart des analyses sur la Net économie, le développement des activités s’établit sur le
soutien des institutions privées et par l’administration publique locale. Si l’industrie de
l’informatique et par la suite du numérique occupe un rôle important dans l’essor de la
technopole toulousaine, elle a été longtemps oublié des actions institutionnelles de soutien.
Pourtant les retombées importantes sur les activités spécialisées dans l’industrie aérospatiales et
électroniques ont contribué au rayonnement et à l’image de Toulouse. Au cours de ces cinq
dernières années, on ne compte plus le nombre d’ouverture de lieux d’accueil pour
l’innovation. Les uns plus beaux que les autres, il semblerait que la ville se soit dotée d’une
nouvelle frénésie novatrice. Que ce soit dans le privé ou dans le public, ce sera à celui qui
ouvrira le plus grand et le plus bel accueil dédié à l’innovation.
 Les institutions privées
Divers clubs d’entreprises de hautes technologies ont vu le jour depuis une vingtaine d’années.
Ces structures rassemblent surtout des petites et moyennes entreprises exerçant dans
l’innovation. Leur objectif est de gérer et diffuser de l’information pour les membres afin que
les entreprises soient mises en relation avec des clients, des donneurs d’ordres ou des centres de
recherche.
- La Mêlée Numérique
L’affirmation institutionnelle des PME innovantes de l’informatique passe par la création
d’associations spécifiques d’entreprises. Cette démarche collective privée a été illustrée
notamment par la création en 2001 de l’association « la Mêlée Numérique » qui répond à la
volonté de plusieurs entreprises locales de constituer en Midi-Pyrénées une structure de
valorisation et d’appui au développement des métiers et activités de l’économie numérique au
sens large du terme.
10
- Digital Place
La volonté de ce cluster est de faciliter le développement à l'international des entreprises déjà
bien lancées. Elle propose également de les accompagner par différents moyens : business plan,
soutien juridique, mutualisation de moyens de communication, accompagnement sur des
appels à projets, réseautage...A partir de février 2019, elle fusionnera avec le cluster
montpelliérain French South. Digital pour devenir Digital 113.
- IOT Valley
Créée en 2009 par 4 entrepreneurs toulousains, IOT Valley est une communauté d'entreprises
située à Labège (Sicoval) présidé par Ludovic Le Moan (Président Directeur Général de
Sigfox). Cet écosystème spécialisé dans l'internet des objets rassemble plus de 40 start up et 20
partenaires avec un bassin d’emploi de plus de 700 personnes. La vision affichée par l’IOT
Valley est de devenir le plus grand site au monde dédié à l’Internet des Objets. Avec une
dynamique de croissance affichée à plus de 25% par an, ce lieu se veut le représentant des
dernières innovations dans l’IOT et technologiques à l’échelle nationale mais aussi
international. Au-delà de l’aspect économique, plusieurs écoles ou laboratoires de recherches se
sont installés sur le site. Le désir des membres de l’association est d’anticiper les besoins en
ressources-humaines spécifiques par des accords d’entreprises avec ces écoles. Mandaté par la
préfecture et la région Occitanie, le président de Sigfox est chargé à la réalisation des plans
pour l’horizon 2020/2025 par l’ouverture de nouveaux locaux pour les startups, showroom,
bureaux d’études pour des grands groupes et potentiellement des terrains d’expérimentations
pour tester les futurs prototypes.
 Les institutions publiques territoriales.
- Incubateur Nubbo
Créée en 2000 (anciennement Incubateur Midi-Pyrénées) l'organisme public régional propose
un appui et un dispositif financier pour aider les nouvelles entreprises. (« Le Fonds
d’Amorçage de Midi-Pyrénées »). Initialement créée pour favoriser la valorisation des travaux
issus de la recherche publique par la création d’entreprise, elle s'ouvre vers le tout public. Sa
nouvelle offre se présente en trois volets. Une première phase, gratuite et ouverte à tous, pour
une pré-incubation de 1 mois destinée à éprouver le projet. Ensuite, une phase d'incubation de
12 à 18 mois avec un financement de 50 000 € pour développer son business model. Et enfin,
11
une dernière phase d'accélération de 6 mois, avec à nouveau 50 000 €, pour développer son
entreprise.
- Première Brique
Créé en janvier 2014 dans le but de soutenir la création et le développement d’entreprises
sociales et solidaires innovantes. Elle propose un accompagnement à des porteurs de projets,
d'idées, (individus ou entreprises) jusqu'à la création de l'activité. La durée d'accompagnement
est de 6 à 18 mois selon le besoin et la maturité du projet. Cette structure lance chaque année un
« appel à projet » pour repérer, soutenir et développer des innovations sociales.
- Occitanie Data
Créée en janvier 2019, Occitanie Data est une association fondée par la région d’Occitanie
rassemblant des acteurs économiques, des institutions publiques et des collectivités territoriales
ainsi que des acteurs académiques. L’objectif est de construire un cadre de confiance, éthique et
souverain destiné aux acteurs de partager et de croiser leurs données tout en respectant les
intérêts et les propriétaires de la donnée. Le souhait de ces 19 partenaires (Airbus, Qwant,
Enedis, CNRS…) est de construire une économie de la donnée numérique sécurisée au service
des citoyens et de répondre aux besoins identifiés auprès des acteurs.
Source : https://occitaniedata.fr/
- B612
B612 est le nouveau quartier dédié à l’innovation technologique des filières de l'aéronautique,
de l'espace et des systèmes embarqués (AESE). Inauguré le 25 juin 2018, ce projet collectif
composé de laboratoires publics et privés, de PME et de startups propose de renforcer la chaîne
de l’innovation en matière de développement et d’accélération sur de nouveaux produits et
services répondant aux besoins des différents donneurs d’ordre. Ce n’est pas moins de 65
12
millions d’euros qui ont été investis par le Département (11%), la Région (11%) et Toulouse
Métropole (78%). 145 millions d’euros seront financés par l’Etat sur 10 ans dans les
programmes d’innovation de l’Institut de Recherche Technologique (IRT) de Saint-Exupéry et
de L’Aerospace Valley. Ce lieu propose des espaces de travail, de formation, de culture
scientifique et de loisirs pour tout public
intéressé par ce domaine. Bien que cet
écosystème se veuille d’intelligence
collective et ouverte, il reste néanmoins
un cercle très fermé dans lequel il est
difficile d’y accéder.
- « Station F » la cité des startups
Avec la future Cité des startups,
Toulouse et la région affirment leurs
esprits d’innovation. C’est l’un des plus grands espaces d’accueil pour les nouvelles startups
déjà lancées ou en devenir. Un grand site architectural de 12 000 m2 situé sur une ancienne
friche industrielle d’aéronautique (Latécoère) entre Toulouse et le SICOVAL à proximité des
autres hubs d’innovations : IOT Valley, B612, Aérospace Valley, Université Paul Sabatier,
Ecole de mine. Un espace de coworking de 280 places compose le lieu avec des salles de
réunion et une salle de conférence. La région a mis les moyens financiers à savoir 33 millions
avec l’ambition de devenir un des pôles économiques et de recherches le plus important de
France. Mais pas uniquement : « L’idée était de créer un campus pour les startups qui facilite
l’innovation et l’emploi, tout en créant une émulation et un esprit entrepreneurial ». déclarait
Carole Delga7
, la présidente de la région Occitanie. Il est à noter que toutes les émulations sont
les bienvenues puisque le nouveau Fab Lab situé auparavant dans un quartier populaire du
centre-ville toulousain sera déplacé dans ce nouveau lieu. La question est de savoir s’il gardera
ou pas l’esprit qui anime les Fab Lab ?
Pour faire vivre ce nouveau berceau, une sélection des jeunes pousses se fera par le biais de
l’incubateur et l’agence de développement économique pour n’importe quels types de projets
que ce soit dans la santé, les biotechnologies, le numérique, les mobilités ou les foodtech et non
uniquement pour l’aérospatial. Les actions entreprises dans les politiques publiques dans la
transformation du territoire répondent en ce sens à la stratégie de l’innovation mis en place au
cours de ces deux dernières années. L’implication forte de la région dans l’innovation marque
7
Extrait du discours de présentation du projet « Cité des startups » – Février 2019
La Cité des Startups (Photo Conseil Régional d'Occitanie)
13
une volonté politique d’accélérer ce changement et la « Station F » est le point de départ visible
de ses actions en matière d’innovation.
1.4 UN SECTEUR D'ECONOMIE BIEN ANCRE
La région métropolitaine de Toulouse apparaît aujourd’hui comme l’une des technopoles les
plus dynamiques d’Europe. Son cœur fonctionnel est constitué de l’industrie aéronautique et
spatiale, encadrée par une série d’autres activités de pointe comme l’électronique et l’industrie
de l’informatique associés à l’enseignement et à la recherche. Le tout forme un complexe
industriel qui a non seulement une présence imposante mais possède aussi un potentiel
important d’expansion économique et d’innovations technologiques. Le secteur tertiaire
représente 78 % de ces emplois dont 27 000 salariés dans le numérique répartis sur 3 000
établissements 8
. Au-delà des gros éditeurs comme Oracle, les fournisseurs de services
(Capgemini, Sopra Steria..), ou data center (FullSave) sa structure se compose essentiellement
de petites et moyenne entreprises centrée autour du territoire toulousain. Les clients, les
opérateurs de réseau s’installent là où se trouvent les infrastructures informatiques ce qui donne
une image « city centric » conforme aux autres métropoles françaises ou internationales
développant ainsi des hubs économiques avec un phénomène de concentration
d’approvisionnement électrique et de bassin d’emploi.
Source : Toulouse OpenData – Jeux : Base SIRENE Toulouse Metropole – 27/6/2017 17h23
Il est clair que certains décideurs privés ou publics rêvent de voir s’installer sur le territoire
occitan une « Sillicon Valley » à la française et le signal a été donné par l’entreprise
8
Institut de mathématiques de Toulouse est une unité mixte de recherche du CNRS, regroupant l'essentiel des
chercheurs et enseignants-chercheurs en mathématiques à Toulous
14
californienne Hyperloop Transportation Technologies (spécialisée dans la conception de la
navette futuriste subsonique) qui a décidé d’installer son centre de recherche et de
développement sur le territoire toulousain. L’accord a été signé le 24 janvier 2017 par Dirk
Ahlborn et Bibop Gresta, les deux dirigeants de l’entreprise, Jean-Luc Moudenc, maire et
président de Toulouse Métropole, Carole Delga, présidente de la région Occitanie et Pascal
Mailhos, préfet de la région  devant un parterre d’invités et de journalistes soulignant ainsi la
volonté des politiques d’accueillir et d’accompagner les entreprises de pointe sur leur territoire.
« Toulouse est le centre névralgique de l’industrie aérospatiale européenne et il nous semble
tout à fait naturel d’avoir une présence ici, aux côtés de nombreux de nos partenaires et
confrères », a indiqué Dirk Ahlborn. Il est clair que les doléances de l’entreprise américaine ont
été allouées puisque le centre disposera d’une piste d’essai d’une longueur d’1 km et logera
dans l’ancienne base aérienne de Francazal délaissé depuis la disparition de la présence
militaire. Depuis 2008 les collectivités et entreprises tentent de créer un écosystème des
transports du futur dans les anciens hangars historiques. Cette reconversion réussie permettra
de créer une cinquantaine d’emplois dans un premier temps essentiellement dans le secteur
d’ingénierie. Cet évènement est révélateur de la dimension prise par la ville et de son désir de
pouvoir d’attractivité à échelle nationale et international. L’objectif de la ville est d’accueillir
l’ensemble des grands acteurs de l’économie. C’est pratiquement réussi car plusieurs grands
groupes industriels comme l’automobile, technologies embarquées, pharmaceutique ont décidé
d’ouvrir leur bureau de R&D sur la région. Pour citer quelques exemples : le groupe Renault et
Alstom pour la voiture autonome, Continental pour la voiture connectée, Sanofi et Pierre Fabre
pour la biotechnologie…
Avec cette nouvelle politique économique, Toulouse devient un des hubs les plus importants et
influents du territoire français. Elle souhaite ainsi profiter en premier lieu les premières
innovations en matière technologiques et bénéficier des avancées sur des questions sociétales
comme la mobilité, la santé ou l’écologie. Par exemple, les discussions entamées entre les élus
et les dirigeants de l’entreprise futuriste Hyperloop pour la création d’une liaison Toulouse-
Montpellier à 1200km/h serait un évènement majeur pour les habitants des générations futures.
Cependant, l’arrivée massive de nouvelles entreprises risque de poser un problème sur les
infrastructures de la ville. Plusieurs débats se sont élevés parmi les habitants concernant
l’aménagement de leur territoire. En effet, Toulouse est une ville marquée par son histoire et
par ses lieux. Beaucoup de bâtiments ont été délaissés ou mis à l’abandon suite aux mutations
économiques. Le rachat de ces bâtiments par la municipalité ou par la région ont placé les
15
collectivités dans le rôle de bailleur foncier. Chaque année 20 000 nouveaux habitants viennent
s’installer sur le département créant des problèmes d’infrastructures routières et immobilières.
Pour y pallier, un vaste chantier a été mis en place intitulé « Projet d’Intérêt Majeur (PIM)
autour du sud-ouest toulousain. Il prévoit une révision de l’offre de transport par l’ouverture de
nouvelles voies routières et autoroutières ainsi qu’une troisième ligne de métro entre le sud-est
toulousain et l’aéroport Toulouse Blagnac. L’objectif est de fluidifier les échanges entre les
différents pôles économiques de la région. Un autre engagement de la ville est la volonté d’une
politique forte en matière de logement afin de répondre aux besoins démographiques. Le
Programme Local de l’Habitat (PLH) prévoit la construction de 6 000 nouveaux logements par
an (dont 20% de logements en locatif social). Les deux collectivités (Toulouse Métropole et le
SICOVAL) favorisent également les programmes de logements étudiants. Un autre risque
majeur sur l’aménagement de ces territoires est la création de villes dortoirs à l’image de la
région parisienne. Beaucoup de citoyens se sont soulevés contre leurs municipalités soulignant
le manque de structures publiques comme l’accueil dans les écoles et la rupture du lien social
entre les habitants.
1.5 INFRASTRUCTURES
 Constat
Face à la révolution numérique, de nouveaux usages mais aussi de visions s’imposent aux
décisionnaires sur de nouveaux modes de fonctionnements et de nouvelles infrastructures. Le
développement des usages des données par les acteurs privés imposent les infrastructures
nécessaires notamment dans le stockage des données. Au début des années 2000, deux
tendances informatiques voient le jour : la mise à disposition d’applications d’infrastructures et
de virtualisation. La convergence de ces deux tendances a donné le concept du Cloud
Computing. Le problème du stockage des données apparaît comme un critère important dans
les premiers chantiers d’études d’ingénieries demandant ainsi des accords et relations
privées/publiques pour la bonne mise en place de ces infrastructures. Qu’il s’agisse d’une
simple externalisation à des fins de sauvegarde ou de l’utilisation de services logiciels,
l’infrastructure informatique devient donc cruciale tant pour les entreprises que pour les
collectivités midi-pyrénéennes. En effet, de plus en plus de citoyens ou d’entreprises ont
recours aux ressources en ligne devenant ainsi un acte évident et plus précisément dans la
relation avec leurs administrations. Que ce soit pour réserver un livre, inscrire son enfant en
16
crèche ou changer d’adresse, les data centers et le Cloud Computing sont devenus les éléments
indispensables de l’organisation des administrations publiques. Le choix du prestataire, du lieu
d’aménagement, des enjeux écologiques et sécuritaires sont devenus des points stratégiques
dans la transformation du territoire. Ces structures sont devenues des argumentaires de
communication politique car progressivement les élus territoriaux prennent conscience du rôle
stratégique pour l’attractivité des territoires. Sans elle, il est difficile d’imaginer un territoire
numérisé sans de structures stables et solides. Le fonctionnement de l’économie mais aussi de
la gestion de la ville en serait fortement perturbé. C’est pourquoi l’état français a annoncé pour
le 01 janvier 2019 un tarif réduit sur la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité
(TICFE) au profit des data centers 9
passant de 22,50€ par mégawatt/heure à 12€. Cette
réduction non des moindres permet d’être un levier de compétitivité et d’attractivité pour la
France, ce qui renforce la filière des data centers, et place le pays parmi les plus attractifs sur
l’échelle européenne.
Le besoin d’établir de surfaces de plus en plus élargies en data center se fait sentir en fonction
des recours au cloud privé, public ou hybride. C’est dans ce contexte, qu’une feuille de route
intitulée « Nouvelle France Industrielle » a été établi par MM. Thierry Breton (Atos) et Octave
Klaba (OVH) soulignant l’importance pour les collectivités locales de s’orienter vers les
services du Cloud.
En juillet 2015, le « Guide sur le Cloud Computing et les Data centers à l’attention des
collectivités locales10
» est diffusé à l’ensemble des collectivités. Cette étude commanditée par
la Direction Générale des Entreprises, en liaison avec la Caisse des Dépôts et le Commissariat
Général à l’Egalité des Territoires se veut un guide complet et pédagogue pour les décideurs
territoriaux, les élus et les directeurs généraux des services, afin de les éclairer et de les
accompagner dans leurs décisions concernant la mise en œuvre de leur projet. Néanmoins, le
premier enjeu pour les collectivités locales réside dans la connaissance de ces deux structures
informatiques tout en définissant en amont les modèles d’organisations et de coûts que cela
peuvent représenter. Sans oublier l’accompagnement des utilisateurs vers de nouveaux modes
d’adaptation suite aux ruptures d’organisation et de métiers ainsi que la gestion relationnelle
avec les usagers finaux.
Il ne fait aucun doute que l’utilisation de ces infrastructures permet des gains importants de
compétitivité et de performance se traduisant par des allégements des coûts informatiques, des
9
Article 19 ter, Projet de loi de finances 2019
10
https://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/guide_dge_cloudv2-bd.pdf
17
gains de flexibilité dans le déploiement de nouvelles applications en alignement avec les
besoins métier. La métropole toulousaine a compris un peu tard, le rôle des centres de stockage
de données et de son importance tant sur le plan géographique (aménagement des territoires)
qu’économique (déploiement d’un nouveau marché des data centers) soulevant par la même
occasion des interrogations et des débats entre les riverains, les élus et les agents territoriaux
touchés de près ou de loin par la mise en place.
 Data center
Dans sa cartographie des data centers en France daté de 2016, le magazine spécialisé Global
Security Mag comptabilisait ainsi plus d'une cinquantaine d'usines à données en Île-de-France
contre uniquement cinq à Toulouse. Le Sud-Ouest semble particulièrement à la traîne comparé
à la métropole lilloise qui comptabilise déjà plus d'une quinzaine de centres. "Le maillage
territorial des data centers est fondamental, non seulement pour conserver les données à
proximité, mais surtout pour renforcer l'écosystème numérique au niveau local, souligne
Laurent Bacca Président Directeur Général de Full Save (principal opérateur d’infrastructure IT
& Cloud toulousain). Pour pallier à ce retard qui s’explique pour certains par une lourdeur
administrative des autorisations foncières, la métropole compte bien rattraper ce décalage.
Plusieurs initiatives ont été prises concrétisées par l’ouverture de trois autres centres de
stockages au cours des cinq dernières années. L’installation de ces centres se trouvent
essentiellement dans le territoire urbain et périurbain toulousain (4 data centers) et un
cinquième dans le territoire du SICOVAL.
Source : Etude "Les hébergeurs et les gestionnaires de data centers" Global Security Mag – 08 mars 2016
18
La volonté politique des pouvoirs publics est de combler ce retard avec de nouveaux data
centers dernières générations impliquant:
 La qualité de l’infrastructure
 La sécurité
 L’impact environnemental
Ces trois critères font partie intégrante des appels d’offres publics lancées par la municipalité
toulousaine et le SICOVAL. En 2015, un projet de travail de recherche intitulé « ANR
Datazéro » est mis en place par des partenaires publics et privés autour de la question
écologique. L’objectif est de trouver une solution innovante pour réduire l’impact écologique
des centres de données. En effet, la consommation énergétique annuelle de l’ensemble des data
centers sur le territoire français se rapprocherait de la consommation d’une ville de la taille de
Lyon et selon certains experts elle doublerait tous les quatre ans. Ce projet financé à hauteur de
830 000 € par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) est coordonné par l’Université Paul
Sabatier de Toulouse mettant en lien les équipes de l'Irit (Institut de recherche en informatique
de Toulouse), le centre de recherche et développement de l'entreprise américaine Eaton
(spécialisée dans les systèmes électriques et hydrauliques)
basé à Grenoble et le FEMTO-ST (institut de recherche
des sciences et des technologies) spécialisé dans
l’électricité basé à Besançon et à Belfort. La phase de
développement est bien avancée puisque l’institut pense
industrialiser son innovation dès 2020.
La relocalisation des data centers devient également un
des enjeux de la politique économique de la ville.
Consciente des possibilités illimitées qu'offre l’ouverture
des données, Toulouse s’adapte en ouvrant des marchés
publics vers ce secteur en créant des opportunités de business pour ces nouvelles entreprises
mais aussi pour des instituts scientifiques comme par exemple la localisation du premier data
center éco-responsable de l’INRA « L’Arche de données Francis Sevila » à vocation collective
et dédié aux sciences du vivant. Cette initiative place la ville rose dans une position
confortable et notoire en tant que centre de ressources stratégiques puisque le lieu héberge 15%
des données nationales du génotypage des animaux et des végétaux. Il est à noter que les
données stockées sont soumis à la « chartre pour le libre accès aux publications et aux
L’arche de données Francis Sevila - Toulouse
19
données » selon le souhait de l’institut qui a lancé une grande campagne de communication sur
la toile en 2017 (#Inra2025 #OpenScience) pour refonder le modèle de publication actuelle et
sortir du système d’abonnement. Ces infrastructures technologiques constituent des
accélérateurs pour le développement et la performance des territoires. Mais qu’en est-il pour les
petites ou moyennes communes qui bien qu’elles comprennent les enjeux et l’intérêt de suivre
la vague de la numérisation, ne peuvent y accéder faute de moyens financiers et humains ?
La complexité de la mise en place de ce type de lieux demande un accompagnement pour ces
localités qui se traduirait par une démarche mutualisée auprès d’une grande ville. Ce mode
opératoire a été repris par la plupart des communes avoisinantes des métropoles françaises
notamment pour la ville de Toulouse où le 01 1er janvier 2015, la communauté urbaine
toulousaine et ses 37 communes membres gagnent le statut de Métropole. Ce qui en fait la plus
importante communauté d’agglomération du département.
20
PARTIE 2. DESCRIPTION DE LA
CHAINE DE VALEUR DE L'OPEN
DATA
2.1 UNE ORGANISATION MUTUALISEE
Deux grands acteurs jouent un rôle important de pionniers dans la région d’Occitanie. Ce sont
Toulouse Métropole et la communauté d’agglomération du sud est toulousain (SICOVAL)
comprenant 36 communes. La métropole toulousaine a eu un rôle historique dans la démarche
de l’Open data et a impulsé les communes voisines à se lancer dans cette démarche. Comme
beaucoup de provinces, la situation géographique présente une grande ville entourée de petites
communes à différentes échelles démographiques. Pour des raisons culturelles ou politiques,
beaucoup de communes se sont joints à ville chef et d’autres ont décidé de se constituer en
communauté d’agglomération. L’idée directrice était de mutualiser les besoins et d’apporter des
solutions communes à leur territoire. Ces besoins peuvent s’exprimer sur différents plans :
économique, environnemental, transport, informatique, etc. Par exemple, en mutualisant leurs
besoins en ressources informatiques, les acteurs publics peuvent élaborer et élargir de nouveaux
projets à des villes de petites tailles. Comme le note le député Luc Belot dans son rapport sur la
smart city 11
remis au premier ministre en 2017 : « La gouvernance des données demande des
compétences techniques et des infrastructures trop importantes pour être financées par les
communes (…)».
Il est indéniable qu’il existe un véritable enjeu pour ne pas créer de nouvelles fractures
territoriales au sein d’un même département. Cette volonté politique publique d’accompagner
les autres territoires ont attiré l’attention d’Axelle Lemaire la Secrétaire d’État chargée du
Numérique et de l'Innovation et Estelle Grelier, secrétaire d'État chargée des Collectivités
territoriales. En effet, le territoire occitan a été retenu pour réaliser une expérience sur l’open
data local avec la création d’un socle commun de données avec les communes de plus de 3 500
habitants. Pour ce faire, les organismes sélectionnés pour cet accompagnement sont la région,
la préfecture, le département avec le soutien de l’association Open Data France qui apporte un
appui technique et de conseils. De plus, une volonté commune sur la transparence des données
s’est très vite instaurée lors de ce projet parmi ces acteurs. Lors de la mise en place du chantier,
11
Rapport De la smart city au territoire d’intelligence(s) , Luc Bélot député Maine et Loire, avril 2017.
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2017/04/rapport_smart_city_luc_belot_avril_
2017_definitif.pdf
21
un volet commun a été réfléchi sur : comment travailler efficacement à l’édition des données et
favoriser leur exploitation.
D’autres part, une volonté politique de la part
d’organismes peu habitués à communiquer
autour de l’open data comme le département et
la région se révélés au cours de trois dernières
années. Dans le « Protocole de mise en œuvre de
l’accord de coopération » entre le département
de la Haute Garonne et Toulouse métropole
signé en avril 2019, il est stipulé : « L’Open data
fera l’objet d’une attention particulière avec des
synergies possibles, notamment, en matière de
mutualisation et de standardisation de la
donnée.12 ». Cet accord local a pour objectif de confirmer la volonté de coopération et de
partenariat entre les deux structures en opposition à une transposition du modèle lyonnais
désiré par le corps de l’Etat. Georges Méric, Président du Conseil départemental de la Haute-
Garonne l’affirme fortement : « Notre démarche : favoriser l’ouverture des données pour
tous ». Le département haut-garonnais souhaite devenir un acteur dynamique dans l’ouverture
de ses données et rattraper ainsi le retard par rapport aux autres départements. Un nouveau
portail a vu le jour s’appelant maintenant « Le portail départemental de la donnée ouverte ».
Son rôle est clairement définit : accueillir et valoriser les données publiques issues des services
du département et des entités affiliées comme les Archives départementales, le musée de la
Résistance, le laboratoire départemental ainsi que les collectivités volontaires. Elle met à
disposition cet outil pour les mairies isolées tout en leur garantissant la propriété et la gestion
de leurs données. L’ouverture de ce portail a été l’objet d’une expérimentation menée par le
département avec deux autres collectivités pilotes qui sont le SICOVAL et la communauté
d’agglomération Roques-sur–Garonne. Elle a été élargie à d’autres collectivités à la fin de
l’année 2018 et offrira ses services à l’ensemble des collectivités de la Haute-Garonne dans le
cadre d’un programme pluriannuel 2019-2021. "La libération des données publiques représente
à la fois un enjeu démocratique, en favorisant la transparence de l'action publique, et un enjeu
technologique, en encourageant l'émergence de nouveaux usages numériques. C'est pourquoi
le Conseil départemental a souhaité impulser une véritable dynamique territoriale en faveur de
12
Protocole de mise en œuvre de l’accord de coopération
https://www.toulouse.fr/documents/4171884/11115605/protocole.pdf/ecad5ecb-1499-4633-8a87-a1cdafaab3f1
Illustration portail départemental de la donnée ouverte.
22
l'ouverture des données publiques en Haute-Garonne sur un portail unique" déclare Georges
Méric. Ce volontarisme affiché s’est vu récompensé le 15 novembre 2018, lors de la 3ème
édition des Trophées Opendata pour les territoires par la remise du prix du palmarès 2018 dans
la catégorie "Approche stratégique de l’Open Data". En effet, le Conseil départemental avait
candidaté pour présenter l’élaboration de sa stratégie d’accompagnement des données
publiques des collectivités de la Haute-Garonne. Une autre volonté du Conseil est la
nomination d'Annie Vieu, en qualité de vice-présidente du Conseil départemental en charge du
Numérique et de l'Innovation et présidente de Haute-Garonne Numérique, membre aussi du
conseil d'administration de l'association Open Data France. La création de ce poste affiche un
désir déterminant sur la prise en compte des enjeux sur l’ensemble du département. Un travail
d’élaboration intitulé « Schéma Départemental des Usages et des Services Numériques » est en
cours de réalisation dont l’objectif est d’accompagner la transition numérique sur l’ensemble de
la Haute-Garonne.
Il est à noter que l’ouverture des données publiques pour le Conseil régional d’Occitanie accuse
un sérieux retard bien qu’une volonté politique depuis l’élection de Carole Delga Présidente de
la région a rejoint le « mouvement en marche » dès 2016 en participant à l’expérimentation
open data locale. Le redécoupage régional, les arbitrages politiques historiques ont ralenti
l’ouverture des données publiques régionales. C’est le 30 juin 2017 où a été voté à l’assemblée
plénière l’expérimentation open data, suivi vers la fin de cette même année une diffusion
d’appel d’offre pour le déploiement de l’open data sur trois ans avec un budget de 180 000 €.
Le portail est lancé le 15 octobre 2018 avec 130 jeux de données. La stratégie de départ est de
collecter, mutualiser et diffuser progressivement les données de l’ensemble des collectivités de
son territoire.
Au-delà, de cette action concrète par l’ouverture de la plateforme, de nombreuses initiatives
sont prises avec des ambitions clairement affichées et le désir d’être aussi un acteur
incontournable dans l’accompagnement des autres collectivités territoriales comme l’affirme
Bertrand Monthubert, conseiller régional délégué à l’enseignement supérieur et la recherche :
«Nous voulions positionner la région sur l’opendata, mais de manière sérieuse, surtout pas
pour en faire un élément marketing ». En effet, un des objectifs de la région est de mettre le site
à la disposition des autres collectivités en « marque blanche » afin de laisser une totale
indépendance sur le graphisme, le format, ect… D’animer un réseau d’acteurs afin d’échanger,
de co-construire et de promouvoir les bénéfices sur les retombées sur l’ensemble du territoire.
L’effort a porté ses fruits par l’adhésion de deux départements qui ont décidé d’entrer dans le
projet régional. Ce sont le Conseil départemental du Gers et le Conseil départemental des
23
Hautes-Pyrénées qui ont officialisé le 25 juin 20.19 leur engagement partenarial pour la mise à
disposition des données publiques. Cela s'est traduit concrètement par la mise en ligne d'une
nouvelle plateforme de diffusion des données sur la base de l'outil mis à disposition par la
région : https://data.gers.fr/
Localisation des Défibrillateurs Automatiques Externes (DAE) recensées sur les lieux publics par le Département
en collaboration avec le Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS 32).
Sur la question de la standardisation des données qui s’est naturellement posée aux chefs de
projets en charge, Anne-Claire Dubreuil13
apporte cette réponse : « Nous avons un petit groupe
de travail : Toulouse Métropole, la région, le département et nous nous retrouvons tous les un
mois et demi dans lequel nous structurons ensemble nos chantiers pour rendre réutilisable nos
données. Nous travaillons ensemble sur la nature des priorités que nous nous donnons, sur les
points que nous voulons avancer. L’objectif est d’harmoniser les formats des données
collectées et de faciliter leur utilisation au bénéfice des habitants, des acteurs économiques,
universitaires ou associatifs. ».
13
Extrait de l’interview du 01 août 2019.
24
2.2 DES NIVEAUX D’AVANCEMENT A DES STADES
DIFFERENTS
L'Occitanie est sûrement la région la plus active dans le désir d’utiliser l'open data pour
dynamiser ses actions au plus près de ses territoires. On ne compte plus les ouvertures de
plateformes depuis ces 5 dernières années: data.laregegion.fr, toulouse data science, Opendata
Sicoval...
« Les données sont le carburant qui alimente la croissance de nombreux produits et services
numériques 14
» en association avec les nouvelles directives sur la protection des données et des
informations du service public (ISP) celle-ci possèderait un dispositif politique et législatif
garantissant l’anonymat des informations liées aux citoyens. Ce cadre légal définissant entre
autre l’obligation de la mise à disposition des données du secteur public en vue de leur
réutilisation met l’accent sur le volume important et croissant de donnée à forte valeur qui sont
désormais disponibles à tous les domaines de la société. La région occitane est intéressante
comme cadre d’étude car les différents niveaux d’avancements selon les institutions permettent
de voir un panel d’avancement sur l’utilisation de l’open data. La vision politique et
l’organisation managériale jouent un rôle important dans les évolutions des projets. Par
exemple, pour le cas de la ville de Toulouse, celle-ci est indissociable de la vision politique de
la smart city tandis que dans le cadre du SICOVAL celle-ci s’inscrit dans une démarche
créative et solidaire. La prise de conscience dans l’esprit des acteurs politiques est corrélée au
gré des rencontres économiques, sociétales qui ne sont pas identiques selon les réseaux
fréquentés par chacun. Les craintes que peuvent susciter cette mise en chantier ont été levées
par le retour d’expérience de certaines collectivités qui ont pu améliorer la gestion
administrative et mieux répondre aux besoins des usagers.
De plus, une autre variable liée à l’avancement de la mise en place de l’open data est la
question financière. En effet, celle-ci peut constituer un frein pour le développement des
projets. Ce fût le cas pour le SICOVAL comme l’illustre Pierre Lattard Président du
SICOVAL et maire d’une toute petite commune : « Le SICOVAL c’est 70 000 habitants et
libérer des données demande des efforts et plus particulièrement des efforts financiers ». Il est
vrai que dans les 3800 collectivités concernées par l'open data en France, la très grande
majorité regroupent une population entre 15.000 et 20.000 habitants et pour beaucoup de
maires, cela représente un véritable coût financier qu’ils ne peuvent pas assurer. L’Occitanie
14
Commission européenne – Communiqué de presse – Février 2019
25
n’est pas en reste sur cette question et c’est dans ce sens que la région a entrepris des actions
pour soulager les mairies.
2.3 LA REUTILISATION DES DONNEES
Si les collectivités connaissent leur propre transformation digitale, elles sont conscientes qu’il
est indispensable de proposer les services de demain à leurs usagers par l’utilisation des
données ouvertes en capitalisant sur l’exploitation et la réutilisation des données. L’exploitation
des données publiques permet d’aider dans la prise de décisions et répondre à un intérêt
collectif dans le dispositif juridique de la loi CADA (autorité administrative en charge de
veiller à la liberté d’accès aux documents administratifs). A l’origine, l’ouverture des données
sur la métropole toulousaine était orientée vers trois objectifs qui peuvent apparaître
complémentaires :
 L’attractivité du territoire
 Le développement économique
 Davantage de transparence administrative
Au début de la décennie, les moyens mis en place n’étaient pas structurés sur le sujet.
L’influence de l’expérience de Paris a conforté la prise de décisions sur les orientations
stratégiques dans le changement organisationnel dans lequel la ville devait faire face. Toulouse
avait cependant bien avancé dans sa réflexion comparé à d’autres collectivités qui
commençaient tout juste l’étude. L’arrivée de la loi pour une République Numérique (loi
Lemaire du 07 octobre 2016) a donné un véritable coup de projecteur sur l’Open Data dans la
sphère publique. L’objectif du gouvernement de l’époque était de renforcer et d’accélérer les
progrès de la France dans le domaine du numérique dans une politique d’ouverture des données
dans le respect des individus et de leurs droits d’agir dans cet espace15
. D’après le dernier
rapport publié par Open Data France en mars 2018, seul 5% des collectivités ont franchi le pas
sur les 4 500 collectivités concernées. Or, il est à noter une progression importante de 13.8% en
comparaison à peu près sur la même période (450 collectivité en octobre 2018) selon
l’organisme. 16
La région toulousaine se situe à distance égale de la métropole lyonnaise qui est
souvent comparé comme un « concurrent » en vue des similitudes économiques et des
ambitions. La réutilisation des données toulousaines s’est fait progressivement en fonction des
demandes des services internes et des associations open source. La 1er
étape a été de libérer les
15
LOI n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique
16
http://www.opendatafrance.net/2019/03/07/observatoire-open-data-des-territoires-mise-a-jour-mars-2019/
26
données et ensuite mettre à disposition. Pour le SICOVAL la demande est venue du pôle
économique plus précisément des startups basé sur son territoire en concordance avec
l’ouverture de l’open data sur l’échelle nationale. Ce qui était juste une autorisation d’accès est
devenue par la suite un véritable plan de transformation. Bien que tous les médias l’assurent, la
réutilisation des données est une source d’enrichissement : nouveaux services aux usagers,
levier interne de modernisation, développement économique, ect. Dans l’Observatoire Open
Data des territoires17
, il est à noter les indicateurs suivants sur l’utilisation des données pris en
compte dans l’étude de l’ouverture des données publiques dans les territoires18
:
 Réutilisations : applications, exploitation des données, autres…
 Trafic : nombre de visiteurs, nombre de téléchargement
Or peu d’informations sont signalées sur la connaissance de ces réexploitations. Il est possible
de connaitre les jeux les plus populaires grâce à un calcul basé sur trois métriques :
- nombre d’API,
- nombre de téléchargement,
- nombre de réalisation déclarés.
Il est donc difficile de savoir vers quel but un jeu de donnée est téléchargé. A cette question,
Sandrine Mathon souligne qu’il n’est pas nécessaire de chercher la raison de cette utilisation
contrairement à son homologue Anne-Claire Dubrueil qui selon elle, la connaissance de
l’exploitation des données peut être un élément important. En effet, la mission de l’Open Data
Toulouse est de mettre à disposition les jeux de données et d’apporter le confort technique,
qualitatif, quantitatif à son ou ses exploitations. Néanmoins, une rubrique « Réutilisations » est
indiquée sur la plateforme dans lequel se révèle les informations du dernier utilisateur avec un
lien cliquable vers l’objet de cette exploitation. Peu d’informations sur les entreprises ou les
organismes sont mentionnés au cours des entretiens menés pour cette étude. En revanche, deux
points de vue se heurtent entre les 2 collectivités. Selon Toulouse, aucune action ou process
n’est envisagé sur l’obtention d’une trace contrairement au SICOVAL où la trace de
l’utilisation est un vrai sujet de discussion mais rien n’est envisagé aussi pour l’instant :
« Aujourd’hui, je sais quels jeux sont les plus utilisés mais je ne sais pas par qui ? » souligne
Anne-Claire Dubreuil.19
Même si la question de la « réutilisation » est importante, il est à
souligner qu’aucune rubrique n’apparaît sur la plateforme du SICOVAL.
17
http://www.observatoire-opendata.fr/les-indicateurs/
18
http://www.observatoire-opendata.fr/resultats/
19
Extrait de l’interview du 01 août 2019
27
Exemple : Extraction d’un jeu de données par un
citoyen pour alimenter son application.
Le 1er
projet de la réutilisation des données par le
SICOVAL a été la mise en place de l’Open Agenda qui a été un véritable succès pour
l’ensemble des usagers. La 1er
phase a été de rechercher les thématiques porteuses comme le
tourisme, la culture, le sport, ect… Puis, le choix d’un système informatique collaboratif a été
mis en place afin que les 127 contributeurs locaux (communes, associations…) puissent
l’alimenter en contenu. Ce projet a exigé beaucoup de pédagogie car l’agenda concerne de
nombreux services (culture, sport, tourisme…) et entités (communes, associations) à qui il est
demandé de changer leurs habitudes. « Une personne de mon service a consacré un quart de
son temps pendant un an à rencontrer ces acteurs pour leur expliquer la démarche et former
les utilisateurs. Nous avons du reste produit une vidéo explicative – qui ne parle pas d’open
data mais de promotion des événements locaux – un kit de communication et un didacticiel
technique a été réalisé Nous récoltons aujourd’hui les bénéfices de ce travail : les communes
sont en capacité de former elles-mêmes leurs associations à l’outil » illustre Anne-Claire
Dubreuil. 700 événements environ sont publiés au fur et à mesure sur le site sortir.sicoval.fr et
relayé par la page Facebook vers laquelle les événements sont automatisés. Cela a permis de
générer de sérieuses économies pour le service communication. « Rien qu’au niveau du
Sicoval, il y a cinq ans, on avait une personne à mi-temps pour collecter les événements et
réaliser un agenda…papier non réutilisable. Désormais la saisie est collaborative, la
modération demandant moins de 15mn par jour. La publication des données sur notre
plateforme génère des réutilisations multiples : chaque commune peut choisir de publier les
événements de son choix (y compris ceux de la commune d’à côté). Les synergies que nous
28
construisons avec Toulouse Métropole, le CD Haute Garonne et bientôt la Région Occitanie va
en outre offrir et élargir considérablement la palette d’événements proposés à nos habitants.
L’agenda fait partie des données les plus téléchargées sur notre portail data.sicoval.fr. Parmi
les réutilisateurs on citera la PQR et (bientôt) un chatbot créé par une startup locale,
Gogowego. Mais ce n’est que la partie émergée car nous connaissons mal les réutilisateurs !
souligne Anne-Claire Dubreuil 20
2.4 LES INTERFACES
Aujourd’hui, il n’y a plus de débat sur le rôle indéniable de l’ergonomie des plateformes que ce
soit privées ou publiques. Les normes d’usages diffusés par les acteurs du net ont largement
modifié les codes afin de mieux satisfaire les utilisateurs. L’attractivité d’un site se joue sur
l’importance de son expérience et de son intérêt à ce que cela lui soit le plus agréable. Or, peu
de citoyens viennent consulter les données les trouvant incompréhensibles et assez
compliquées. Dans une société où tout va très vite, le visiteur désire trouver son information
sans forcément cliquer sur des liens. La plupart des portails basés sur une architecture similaire
offre les mêmes interfaces communes. Cette barrière constitue un frein à une meilleure
visibilité des potentialités que peuvent offrir l’open data sur le grand public. Pour Sandrine
Mathon, c’est par l’éducation numérique que pourra s’opérer le changement à une meilleure
connaissance de l’open data. En revanche pour la directrice en charge de la transformation
numérique du SICOVAL, c’est à la communauté d’agglomération d’accompagner les citoyens
vers une utilisation des données publiques par le biais de plusieurs synergies de
communication. Et pour cela, Anne-Claire Dubrueil affirme son positionnement : « Je pense
UX et je travaille dans ce sens lorsque je gère les projets à ma charge »21
. Une approche
ergonomiste a été apportée à la plateforme du SICOVAL par le biais d’un design flat, épuré et
moderne. L’architecture du site s’ouvre sur une page d’actualité et des chiffres clés susceptibles
d’intéressés les habitants.
20
Extrait de l’interview du 01 août 201
21
Extrait de l’interview du 01 août 2019
29
Portail open data sicoval
Une rubrique ludique est mentionnée sur le site pour se familiariser à la création d’une carte ou
d’un graphe à partir d’un jeu de donnée publique. Il est nécessaire d’avoir quelques
connaissances avant de se lancer car aucun tuto n’explique la démarche.
Un désir très fort se démarque à Toulouse Métropole de vouloir sensibiliser à la démarche de
l’open data. Selon l’ancienne Directrice de communication du SICOVAL, la sensibilisation
commence par une plateforme simple et accessible.
30
2.5 L’EVALUATION
Voici bientôt 10 ans que l’aventure Open data a commencé. Peut-on parler d’une première
période dans l’ouverture de la donnée ? Néanmoins, la fin de la décennie marque une période
propice aux retours des expériences bien que nous constatons un nouveau départ marqué par
l’année 2017 dans la région mais aussi en France (Loi de la République Numérique). La
question de l’évaluation est un point sensible dans le sujet de l’Open Data. Bien qu’elle a
permis des avancées significatives pour améliorer les services aux usagers et de rendre plus
efficace l’action des services publics, il est extrêmement difficile de savoir « qui en fait quoi de
ces jeux ». En effet, les valeurs fondatrices de l’open data sont l’utilisation de données
publiques mis à disposition de manière structurée, libre d’accès avec une réutilisation sous une
licence ouverte sans restriction technique, juridique ou financière. Elle a permis de créer une
communauté de réutilisateurs invisibles sans une véritable connaissance de l’utilisateur en
question. Des exemples de réutilisations sont communiqués sur le site de l’association Open
Data France22
, qui reconnait qu’il y’aurait un « Iceberg des réutilisations ».
Certains experts aujourd’hui, soulèvent la question en remettant en cause les principes
fondateurs en posant la réflexion : « Faut-il élargir l’open data pour libérer tout son
potentiel ? »23
. L’évolution de l’Internet au cours de la décennie a changé les usages et soulevé
de nouveaux thèmes comme la sécurisation des accès. De nouveaux acteurs de l’économie
numérique comme par exemple l’entreprise Waze, utilise ce type de données mais restreint
l’ouverture de ses propres données par la création d’un compte. L’idée de créer un compte pour
télécharger les jeux de données publiques commence à s’élever timidement. Selon les
défenseurs, elle ne remettrait pas en cause l’open data originel et permettrait de pérenniser la
production des données, d’assurer un meilleur suivi sur l’évaluation des jeux mis en service et
d’obtenir une traçabilité de l’utilisateur. Cependant, elle est vue par la majorité des défenseurs
de l’open source comme une restriction technique. Il est à noter que cette question intervient
essentiellement dans les échanges publics/privés où les entreprises utilisent ces données pour
des fins économiques sans partager leurs nouveaux jeux à l’ensemble de la communauté. Cela
amène à une confrontation idéologique dans lequel les débats entre les 2 protagonistes amènent
22
http://www.opendatafrance.net/reutilisations/
23
Article de Frédéric Charles, L'open data s'essouffle, mais les "closed data" arrivent
https://www.zdnet.fr/blogs/green-si/l-open-data-s-essouffle-mais-les-closed-data-arrivent-39886431.htm
31
à peu de changements de points de vue. Sur cette question Toulouse et SICOVAL adopte une
position de producteur de données fiables et exploitables sans rentrer dans le débat. Le
SICOVAL s’appuie sur les « démonstrateurs » qu’elle réalise avec ses partenaires comme
WAZE pour la divulgation des travaux de voiries dans le but final d’aider le citoyen dans sa
mobilité.
2.6 L’EXEMPLE DE L’EXPLOITATION DES DONNEES
TENSIOMETRIQUES.
Le conseil départemental de la
Haute-Garonne a très vite voulu
mettre à l’exercice l’exploitation
de ces données. Cette approche
démonstrative a été appuyée par
Anne-Claire Dubreuil lors de
l’interview sur la réutilisation des
données. L’exemple sur les
collectes et l’exploitation des
données tensiométriques est une belle illustration de la volonté de démontrer les bénéfices de la
réutilisation des données publiques. Le département est particulièrement attentif à la situation
hydrologique de son territoire. En collaboration avec la Direction de l’Agro-Ecologie, il édite
un bulletin d’irrigation hebdomadaire afin d’aider les agriculteurs. Auparavant, le conseiller
agro-environnement centralisait les données. Les mesures étaient recueillies par les chargés de
terrain qui à l’aide d’outils de bureautiques et de saisies multiples proposait une analyse. Lors
de la mise en place du chantier, le cycle de vie de la donnée a été entièrement repensé, simplifié
et automatisé jusqu’à sa valorisation. Plusieurs capteurs ont été installés sur 12 parcelles
réparties sur tout le territoire
départemental pour mesurer la tension
de l’eau du sol. L’organisation et les
outils de collectes des données utilisés
lors des relevés terrain ont été
entièrement revus afin de prendre en
compte les enjeux de qualité et
d’automatisation des publications sur le
portail Open Data. Une application
32
mobile a été créée pour le déplacement sur les terrains témoins avec une interface design.
Celle-ci intègre les saisies et en fonction des seuils de références, conseille l’agriculteur sur la
conduite à tenir en termes d’irrigation lors de la venue du conseiller agro-environnement. Les
informations récoltées (données brutes, analyse des valeurs tensiométrie, préconisations) sont
diffusées le lendemain sur le portail OpenData du département. C’est à partir de ces mêmes
données qu’un bulletin d’information sur l’irrigation est diffusé aux destinataires.
Cet exemple de modernisation des usages et des outils permet de pérenniser la production
d’une donnée de qualité tout en permettant à l’utilisateur d’être autonome et de maitriser tout le
cycle de vie de la donnée, de sa saisie jusqu’à sa publication sur le portail Open Data. Cette
expérimentation menée par la cellule OpenData du département et la direction de l’Agro-
Ecologie ont permis une libération de jeu de données pour un meilleur usage. Elles sont
aujourd’hui accessibles à tous pour le développement de nouveaux services innovants à
destination des agriculteurs.
33
PARTIE 3 - TRANSFORMATIONS
ORGANISATIONNELLES DES
TERRITOIRES
L’open data est le point de départ d’une stratégie de transformation numérique du service
public. Nombreux décisionnaires considèrent qu’elle est la 1ère brique qui va amener
l’ensemble des services publics à se moderniser par le biais de la digitalisation. C’est en
prenant le sujet dans son ensemble à commencer par la matière première qui est la donnée que
débute la transformation pour les territoires. Deux sujets se posent :
 comment transformer la collectivité, le service public à partir du numérique ?
 comment transformer l’action publique à partir de la valorisation de la donnée ?
Ces 2 sujets posent la question centrale de la stratégie d’innovation des actions publiques dans
le territoire.
3.1 UN ENJEU ORGANISATIONNEL
Les méthodes d'innovation se répandent dans le secteur public depuis maintenant plusieurs
années, que ce soit au niveau de l'Etat ou au sein des collectivités avec pour objectif
d’améliorer les services des administrations publiques. Pour cela les collectivités ont de plus en
plus recours aux outils de digitalisation (plateformes, portails, applications…) avec comme
vision de développer une relation direct avec ses administrés et de favoriser les inter-relations
entre les services. Pour imaginer de nouvelles politiques publiques, adapter les services
proposés aux attentes des usagers ou moderniser le fonctionnement de l’administration, les
collectivités territoriales se montrent très friandes d’innovation publique. Mais peut-on parler
d’innovation publique sans parler de transformation digitale des organisations ?
La notion de transformation digitale ne consiste pas à déployer tous sortes d’outils numériques
utiles pour les utilisateurs internes et externes. En effet, le principal enjeu ne se situe pas sur le
plan technologique mais sur le plan organisationnel des structures publiques. Face à des
structures hiérarchiques linéaires et traditionnelles que représentent les collectivités, il est
difficile d’imaginer une transformation sans perturber la gestion de l’organisation. Cependant,
il ne peut pas avoir de transformation digitale dans une organisation constante sans un espace
34
d’innovation. Tout l’enjeu réside dans la créativité et la capacité d’imaginer une approche
nouvelle en intégrant les équipes responsables de chaque service, de développer un « système
humain » plus qu’un système technique, de développer de nouvelles formes d’organisations
internes pour permettre aux agents d’entreprendre des initiatives. La réalisation de nouvelles
infrastructures techniques n’est pas uniquement le reflet de la modernisation comme certains
peuvent le penser. Si tous les ingrédients sont présents pour passer à l’échelle, qu’en est-il de
l’évaluation ? Peut-on utiliser le terme de « CGU » (conditions générales d’utilisation du
service) pour juger la bonne implémentation d’un outil numérique en interne ? Bien
qu’aujourd’hui, nous évaluions grâce à des enquêtes et le retour des commentaires des
utilisateurs, il paraît difficile de porter un regard précis sur les réussites ou les échecs de cette
évolution. Ce qui a pu être un succès pour un service peut sembler être une déception pour
l’autre. Différentes variables selon le contexte peuvent en expliquer les raisons. C’est pourquoi,
le volet sur la transparence des résultats est évoqué au sein des collectivités du SICOVAL et de
Toulouse Métropole. « Nous éditons des bulletins d’informations à l’ensembles des agents sur
nos actions et sur ce qui a marché et ce qui a moins bien marché » déclare Anne-Claire
Dubreuil. 24
Le plus difficile réside à accompagner le changement en interne et en externe selon
les moyens arbitraires des collectivités. C’est pourquoi, beaucoup d’administrations publiques
se concentrent sur des démarches de « co » : (co-construction, co-élaboration…) qui prennent
la forme d’ateliers et de processus d’idéation. Néanmoins, ces moments qui peuvent paraître
« fun et ludique » ont un réel pouvoir contre-productif s’ils ne s’inscrivent pas dans un
processus plus large qui donne du sens. Le risque est d’engendrer de la frustration que peuvent
avoir certains agents dans des démarches mal conçues. Par exemple, des ateliers animés suivi
d’un retour routinier sans réel changement dans le quotidien peuvent sembler démobilisateur.
L’importance de l’effet « stop and go » ne peut pas être un modèle soutenable d’innovation.
C’est justement la suite de ce processus qui semble la plus intéressante et la plus difficile à
mettre en place. Transformer les idées en possibilités réelles en association avec l’ensemble des
services est le véritable enjeu de toutes organisations publiques. Les démarches innovantes ont
une réelle capacité de transformer les organisations si celles-ci sont formalisées avec une réelle
évaluation des actions mis en place. Bien préparées, elles permettent de stimuler une réelle
capacité d’entraînement vers une action publique plus pertinente et mieux adaptées aux besoins
des usagers. Il est indispensable de prendre du recul sur les outils et les méthodes utilisées sans
cela, le grand risque est que le terme innovation soit vide de sens.
24
Extrait de l’interview du 01 août 2019
35
3.2 OPEN INNOVATION
Plusieurs démarches ont émergé ces dernières années dans la région, le département, les
intercommunalités ou dans la métropole toulousaine. Certaines se dotent de laboratoires
d’innovation, où les agents prototypent des solutions avec les usagers ou apprennent à réfléchir
hors du cadre. C’est le cas mis en place par la ville de Toulouse du dispositif « Le laboratoire
des usages »25
dans le cadre de sa démarche « smart city ». L’objectif est de favoriser et
d'accompagner la création de nouveaux services et produits ou d’améliorer des services
existants utilisant le numérique, dans un cadre d'innovation ouverte. Grâce à des méthodes
participatives, des entreprises, des citoyens et des chercheurs sont associés aux agents
territoriaux pour co-construire les futurs services de la ville. Un autre axe de travail propose de
réfléchir sur de nouvelles méthodes de conception des politiques publiques à partir d’une
meilleure prise en compte des besoins des usagers et des retours d’usages. Plusieurs
thématiques sont traitées comme l’e-citoyenneté, l’environnement, les seniors, gaspillage
alimentaire… Cet outil se veut la cheville ouvrière de Toulouse Métropole en matière de
politique d’innovation ouverte. La mobilisation des compétences pluridisciplinaires autour du
design de service public auprès d’acteurs-citoyens contribue à la diffusion d’une culture de
l’innovation au sein des administrations. Cette nouvelle forme d’innovation, très inspirée des
pratiques agiles des startups se veut très pragmatique. Un des enjeux des politiques publiques
des institutions de la région est de développer les lieux d’incubateurs de services publics (cf.
Partie 1.3 Les institutions publiques territoriales.) partout dans son territoire. Le principe des
incubateurs publics est d’essaimer les nouveaux services vers d’autres administrations qui
pourront trouver l’utilité et pourquoi pas à échelle nationale ou internationale. C’est la volonté
des politiques publiques de l’innovation promulgué par les décisionnaires de la région. L’idée
n’est pas de créer des entreprises publiques qui ne sont pas la vocation des collectivités mais
d’impulser la créativité par des espaces d’échanges et de partages. Néanmoins, la coordination
entre les différentes organisations publiques ne semble pas être aussi simple. Ce schéma est
essentiellement interne à la collectivité et peu d’initiative semble émergée hormis les services
principalement concerné comme les services d’innovation, smart city, DSI. Reste à interroger
ce que produisent ces innovations. Peu de communication existe sur la réalisation des projets
qui ont eu lieu. Quels sont les projets transverses ? Comment s’est déroulé les prises
d’initiatives en interne ? Comment s’est construit le passage à l’échelle ? La scalabilité ? Dans
le cadre de l’enquête, Sandrine Mathon m’informe qu’une plateforme Big Data interne a été
25
https://www.toulouse-metropole.fr/smart-city/laboratoire-des-usages
36
créée par des agents territoriaux dans la collectivité toulousaine. Celle-ci a été réalisée par la
DSI avec la collaboration de la direction Smart City. Seul un simple communiqué de presse a
été réalisé dans ce sens.
3.3 VERS UNE NOUVELLE STRUCTURE
ORGANISATIONNELLE ?
Pour Clément Bertholet26
, la concurrence des GAFA est une opportunité de transformation des
services publics qu’il faut saisir. L’Etat doit bâtir les infrastructures nécessaires et
incontournables et garantir l’intérêt général entre les différents acteurs, à l’image des conditions
générales d’utilisations des startups d’Etat. Reste que dans ce modèle de disruption généralisé,
il est difficile de savoir où se concentre les priorités. Il en est de même pour les collectivités. Si
l’enjeu est davantage de renouveler les manières de servir l’intérêt général, il faut néanmoins
que les critères soient plus explicites dans la description de la transformation. Cela est plus
visible pour les éléments de gouvernance public comme l’ouverture, la transparence, la
réciprocité mais sur les modalités cela reste moins explicite. Les collectivités tiennent
davantage compte du vécu des agents dans leur pratique interne. Mais lorsque le regard se porte
sur les actions réalisées en interne, il est difficile pour l’instant de connaître les critères. Par
exemple, quels sont les points qui indiquent la bonne formation adaptée aux besoins des
agents ? Comment sont classés le niveau de culture numérique en interne ? La transformation
des collectivités doivent elles s’appliquer à tous les services ou uniquement aux services du
numérique et de la DSI ? Comme pour les entreprises qui ont entamé leur transformation
digitale, il en est de même pour les organismes publics. Plusieurs d’entre-elles ont créé leur
propre service au moment de l’ouverture de leurs données avec l’embauche d’une personne (en
interne ou externe) puis au fil des actions menées, l’équipe s’est élargie. Il est important de
souligner qu’il n’est pas simple pour une structure d’entamer ce genre de démarche. Changer le
mode managérial, travailler en mode transversal, utiliser de nouveaux outils peuvent être un
blocage dans l’opération du changement. Néanmoins, cela est un risque pour les acteurs publics
qui s’assurent du meilleur déroulement avec le concours d’entreprises privées du numérique. Il
n y’a pas de modèle structurelle prédéfini et cela ne risque pas car chaque organisme se créé
selon un schéma directeur selon la politique de gouvernance qu’ils auront choisi. Nous pouvons
comparer cela à une bâtisse dans lequel les hommes et les femmes qui font vivre le lieu,
changent les espaces, cassent des murs, inventent de nouvelles pièces mais les murs fondateurs
restent les mêmes.
26
Rapporteur auprès du Délégué Interministériel aux Restructurations d'Entreprises
37
PARTIE 4 – 3 EXEMPLES DE
TRANSFORMATIONS
4.1 L’EXEMPLE DE LA METROPOLE TOULOUSAINE
L’organisation de la structure Toulouse Métropole est l’une des plus importantes de la région
midi-pyrénéenne avec ses 12500 personnels municipaux toulousains (8000 à la mairie de
Toulouse, 4500 à la Communauté urbaine Toulouse Métropole). Sa transformation est
intéressante puisqu’au début, l’ouverture des données publiques qui étaient assimilées à des
décisions locales n’étaient pas inscrites dans un schéma directeur. L’arrivée du maire Jean-Luc
Moudenc a modifié les choses en l’inscrivant dans le programme smart city. Au cours de
l’interview, Sandrine Mathon souligne : « La transformation digitale n’est pas une question à
proprement parlé ». Il n’existe pas au sein de l’organisation de Toulouse métropole une
direction ou un service dédié au numérique. En effet, le travail se fait essentiellement en silo
bien que le désir de travailler en transverse émane de quelques personnes et non d’une directive
générale. Pourtant, la transformation digitale est au cœur de la vision stratégique du cabinet du
maire porté par Bertrand Serp adjoint au maire et ancien Président de l’Open Data France. Elle
est une des composantes parmi d’autres du programme smart city. Les différents acteurs se
trouvant dans différents services (smart city, juridique, DSI) font de la transformation digitale
parmi d’autres tâches. Il en résulte une impression d’absence de vision globale et collective,
tout le monde en fait un peu sans vraiment savoir vraiment qui fait quoi et pourquoi. Dans le
fait, peu de changement dans l’organisation à part la création d’une direction smart city
composé de quelques agents. D’ailleurs au cours de l’interview avec Sandrine Mathon,
beaucoup de réponses me furent orientées vers ce service pourtant en lien avec notre sujet.
Nous pouvons constater qu’ici l’ouverture des données n’est pas une condition à la
transformation de l’organisation. La structure est très hiérarchisée avec de nombreuses
directions bien cloisonnées. L’innovation n’est pas synonyme de transformation pour la
collectivité, c’est juste une vision moderniste en prise avec son temps. Il sera fort probable, lors
de la prochaine campagne municipale que les questions de l’innovation et de la transformation
seront évoquées puisque la socialiste Nadia Pellefigue vice-présidente de la région occitane en
charge des questions numériques a annoncé sa candidature.
38
4.2 L’EXEMPLE DU SICOVAL
Pour le SICOVAL, la transformation numérique s’est opérée par le biais de la libéralisation des
données pour satisfaire les demandes de startups. Pour cela, lapremière mesure apportée a été
de s’organiser en interne en construisant une stratégie numérique globale sur quatre ans.
Le désir était de convaincre et de créer une dynamique en interne (communes, services) sur
plusieurs thématiques (social, environnement, économie…). Pour cela, la communauté
d’agglomération a convaincu ses agents de la nécessité de l’open data, devenant finalement
territoire pilote sur le sujet. « L’ouverture des données est un acte de transparence publique qui
consiste à mettre des données brutes à la disposition des citoyens, et leur permettre de les
analyser sans filtre. De leur côté, les agents comprennent que ce qu’ils manipulent en interne
peut avoir du sens à l’extérieur » résume Anne-Claire Dubreuil. Il y’a donc une volonté très
forte de donner une dimension transversale. Cela s’est concrétisé par la création d’un poste
directement rattaché au Président du SICOVAL qui est très impliqué sur la question du
numérique au sein de son territoire.
La particularité dans le schéma organisationnel de la collectivité, c’est qu’il n y’a pas de
direction numérique à proprement parlé. En effet, le poste de directeur de projet n’existe pas au
sein de la communauté d’agglomération, même au sein de la DSI. Auparavant, la question du
numérique était rattachée à la direction de la communication. Face aux nouveaux enjeux et aux
nouvelles directives politiques, un nouvel organigramme a été mis en place avec la création
d’un nouveau poste dédié à la question de la transformation numérique. De même que plusieurs
postes de chefs de projet ou de chargés de mission ont été créés au sein de chaque service. Par
exemple, dans l’équipe du service social, un référent aux questions numériques recense et
remonte les besoins métiers des agents et les besoins des usagers externes dans son secteur. Le
rôle de la directrice Anne-Claire Dubreuil est d’arbitrer les priorités de projets en fonction des
volontés politiques, des finances et des ressources-humaines allouées. « Nous avons un
catalogue de projets impressionnant au sein du SICOVAL »27
illustre la directrice Anne-Claire
Dubreuil. L’autre axe principal de ses missions est d’animer cette équipe et de relayer les
directives politiques qui lui sont confiées.
Très vite, l’équipe du numérique du SICOVAL ont voulu être pragmatique sur des projets
visibles pour les habitants mais aussi pour les agents. Depuis la mise en place de l’Open
Agenda, d’autres projets ont été mis en place sur le même type de management de projet et
l’initiation à la culture de la donnée reste encore importante. Rien n’est figé dans la structure de
la communauté, c’est dans un esprit d’agilité et de souplesse qui a été choisi comme mode de
gestion. « Nous sommes avant tout, un territoire d’expérimentation » conclut Pierre Latard,
Vice-Président du SICOVAL.
27
Extrait de l’interview du 01 août 2019
39
4.3 L’EXEMPLE DE LA REGION
La région a été la dernière structure à entreprendre une démarche de transformation numérique.
Comme pour les autres organismes, c’est par le volet de l’open data qu’elle entreprend de se
transformer. Compte tenu des expériences des autres entités publiques, la région a très bien
compris qu’il était nécessaire de bien s’entourer. Pour cela, elle a réuni à l’issu d’une
consultation, le « Collectif Article 15 » pour l’accompagner dans son projet. Ce collectif
faisant référence à l’article 15 des Droits de l’Homme et du citoyen28
est composé d’un
groupement d’acteurs connus de l’écosystème de l’open data. Après avoir élaboré la stratégie,
un plan d’action a été mis en place composé de 2 volets :
- Le levier d’innovation interne
- La création d’un dispositif fédérateur et d’animation autour des structures publiques et
privées engagés ou non dans l’ouverture de l’open data.
Le levier d’innovation interne
Pour ce 1er
volet, il s’agit du déploiement de l’open data au sein du conseil régional. En effet,
les décideurs politiques assimilent l’ouverture des données à une action de transformation
organisationnelle : « L’ouverture des données est un élément intéressant. C’est dont je suis
totalement convaincu. affirme Bertrand Monthubert29
. (…) C’est un levier d’innovation au
sein de notre organisation. » ajoute-t-il. Une autre des actions importantes a été la création
d’une direction de l’innovation publique avec laquelle la démarche open data est corrélée. En
parallèle, plusieurs audits sont menés de front avec la direction des systèmes d’information
générale en charge de la donnée. Le but est d’identifier avec les autres services SI dans quelles
mesures celle-ci est compatible avec l’ouverture des données (juridique, exploitation,
pertinence…) : « Ce n’est pas la même chose qu’ouvrir des données patrimoniales ou des
données de transport, précise Pierre Trilles, responsable du service Information géographique
et ouverte au Conseil régional. Les enjeux sont organisationnels. La donnée, il y en a partout,
mais de quelle qualité, avec quel pilotage de cette qualité ? ». Pour répondre à ces questions, il
faut donc se plonger dans le système d’information du conseil régional, pour identifier « dans
quelles mesures il est compatible avec l’ouverture des données »30
(anonymisation, traitement
qualitatif, format…).
Les ambitions portées par les politiques souhaiteraient que le développement technique de
l’automatisation des process de l’open data aille très rapidement. Or, il existe des temps
impartis indispensable à toute évolution : c’est le changement par l’humain. L’association Open
28
« La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration ». – Art 15 Déclaration
des droits de l’Homme et du citoyen
29
Elu et membre du Conseil Régional – Président de l’Occitanie Data
30
Pierre Trilles - responsable du service Information géographique et ouverte au Conseil régional
40
Data France apporte son expérimentation Open data Locale sur l’accompagnement des agents
et à la culture de la donnée au sein de l’organisation.
 Fédérer et animer
Comment fédérer et animer un milieu dans lequel vous êtes le dernier arrivé et sans véritable
expérience à priori ? C’est tout l’enjeu de la région où la grande métropole toulousaine, le
département de la Haute Garonne et la communauté du SICOVAL ont déjà un rôle
d’accompagnateur des nouvelles collectivités. L’argument avancé par l’organisme est les
économies d’échelle qui peuvent être réalisées dans le cadre d’opérations de mutualisation. « Il
y a de vrais gains financiers à travailler ensemble. Pour croiser les données, cela suppose
également de s’être mis d’accord sur des formats partagés, donc, à nouveau, de jouer sur
l’intelligence collective.» souligne Bertrand Monthubert. Pour aider la région dans la réalisation
de leur projet, la cabinet de conseil nantais Civitéo sera chargé de les accompagner sur cette
initiative auprès des autres acteurs régionaux.
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Innovation et Open data : Écosystème des territoires toulousains

  • 1. Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation Ce document est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International. (CC BY-NC-SA 4.0) CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET METIERS Promotion 3 - 2018/2019 MEMOIRE pour obtenir le Certificat de Spécialisation "Innovations Territoriales, politiques numériques et Open Data" Equipe Pédagogique Nationale Innovation (EPN16) Cnam Paris et Cnam Bretagne Présenté et soutenu par Madame Amel Miaoulis Septembre 2019 Tuteur : Jean-Max Noyer, professeur des Universités, Laboratoire I3M Université de Toulon, Laboratoire Paragraphe Université de Paris 8, GRICO Innovation et Open data : Ecosystème des territoires toulousains Quels enjeux pour les politiques publiques territoriales ?
  • 2. Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation Ce document est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International. (CC BY-NC-SA 4.0) Résumé L’Occitanie, la nouvelle région qui rassemble entre autres Toulouse et Montpellier, est certainement l'un des centres de gravité français engagées dans une transformation profonde de leurs administrations dans une démarche opendata. Actuellement, une cinquantaine de collectivités et institutions se sont engagées dans une transformation profonde de leurs administrations dans une démarche open data. L’enjeu aujourd’hui pour la région est de changer d’échelle avec une ambition de devenir la « nouvelle ambassadrice » de l’ouverture de données. Pour cela plusieurs actions d’innovations publiques se sont lancées couvrant différents domaines tels que l’économie, l’environnement, la mobilité… Cependant, plusieurs visages composent cette grande région caractérisée par de nombreuses zones rurales et urbaines avec des densités démographiques différentes. Deux collectivités bien engagées dans leur transformation numérique sortent du paysage occitan. Ce sont Toulouse Métropole et la communauté d’agglomération du SICOVAL. C’est par le biais de ces 2 collectivités que se porte le sujet de ce mémoire sur les enjeux politiques en matière d’innovation et d’open data. MOTS CLES : INNOVATION - OPEN DATA - TRANSFORMATION NUMERIQUE – POLITIQUES PUBLIQUES – SMART CITY – ECOSYSTEME Summary The Occitanie, the new region that brings together Toulouse and Montpellier among others, is certainly one of the French centers of gravity that want to use open data to boost their actions closer to their territories. Currently, some 50 communities and institutions have engaged in a profound transformation of their administrations in an open data approach. The challenge for the region today is to scale up with the ambition of becoming the "new ambassador" of data openness. For this, several public innovation actions have been launched covering different areas such as the economy, the environment and mobility. However, many faces make up this large region characterized by many rural and urban areas with different demographic densities. Two communities well engaged in their digital transformation leave the Occitan landscape. These are Toulouse Métropole and the agglomeration community of SICOVAL. It is through these two communities that the subject of this thesis is focused on the political issues of innovation and open data. KEYWORDS: INNOVATION - OPEN DATA - DIGITAL TRANSFORMATION - PUBLIC POLICIES - SMART CITY – ECOSYSTEM
  • 3. Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation Ce document est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International. (CC BY-NC-SA 4.0) TABLE DES MATIERES INTRODUCTION ................................................................................................................................2 PARTIE 1 - DESCRIPTION DE L'ECOSYSTEME ...........................................................................4 1.1 UNE APPROCHE TRES SMART...............................................................................................4 1.2 UNE STRATEGIE D’ACTION PUBLIQUE COMMUNE..........................................................6 1.3 LES ACTEURS...........................................................................................................................9 1.4 UN SECTEUR D'ECONOMIE BIEN ANCRE .........................................................................13 1.5 LES INFRASTRUCTURES ......................................................................................................15 PARTIE 2 - DESCRIPTION DE LA CHAINE DE VALEUR DE L'OPEN DATA .........................20 2.1 UNE ORGANISATION MUTUALISEE ...................................................................................20 2.2 DES NIVEAUX D’AVANCEMENT A DES STADES DIFFERENTS .....................................24 2.3 LA REUTILISATION DES DONNEES....................................................................................25 2.4 LES INTERFACES ..................................................................................................................28 2.5 L’EVALUATION ....................................................................................................................30 2.6 L’EXEMPLE DE L’EXPLOITATION DES DONNEES TENSIOMETRIQUES ......................31 PARTIE 3 - TRANSFORMATIONS ORGANISATIONNELLES DES TERRITOIRES................33 3.1 UN ENJEU ORGANISATIONNEL ..........................................................................................33 3.2 OPEN INNOVATION ...............................................................................................................35 3.3 VERS UNE NOUVELLE STRUCTURE ORGANISATIONNELLE ? ......................................36 PARTIE 4 - EXEMPLES DE TRANSFORMATIONS .....................................................................37 4.1 L’EXEMPLE DE LA METROPOLE TOULOUSAINE ..........................................................37 4.2 L’EXEMPLE DU SICOVAL ..................................................................................................38 4.3 L’EXEMPLE DE LA REGION ...............................................................................................39 PARTIE 5 - RECOMMANDATION .................................................................................................41 5.1 REFLEXION SUITE A L’ENQUÊTE .....................................................................................41 5.2 PRESENTATION DES VARIABLES .....................................................................................42 5.3 SCENARIOS ..........................................................................................................................44 CONCLUSION ...................................................................................................................................52 BIBLIOGRAPHIE ..............................................................................................................................54 ANNEXES .............................................................................................................................. 56
  • 4. Amel Miaoulis – Mémoire de fin d’étude – Certificat de spécialisation Ce document est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 4.0 International. (CC BY-NC-SA 4.0) REMERCIEMENTS Je remercie chaleureusement : - Jean-Max Noyer pour ses précieux conseils, sa hauteur de vue, ses échanges pertinents et sa bienveillance, - Maryse Carmes pour la qualité des contenus et le regard apporté sur les enjeux d’avenir, - L’ensemble de l’équipe pédagogique pour le plaisir qu’ils ont eu à transmettre leurs connaissances et ainsi que l’équipe administrative du CNAM, - Anne-Claire Dubreuil du SICOVAL et Sandrine Mathon de Toulouse Métropole pour le temps et les éléments accordés - Patrice, Farah et Sofia pour leur soutien
  • 5. 1 « Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu'il ne nous prenne par la gorge. » Winston Churchill
  • 6. 2 INTRODUCTION Que ce soit dans le domaine public ou privé, si il y’a bien un mot qui suscite un mélange de crainte et d’excitation, c’est bien le mot « Data ». Un autre item fait naître ces mêmes sentiments, c’est le terme : « Innovation ». Ces mots n’apparaissent plus uniquement dans des discours spécifiques et pointus mais elles apparaissent aussi bien dans des discours politiques, médiatiques, marketing… Si bien que dans cette prolifération, l’utilisation de ces termes peut prêter à confusion ou à de mauvaises interprétations conduisant à une cacophonie poly- sémantique qui peut dérouter plus d’un. Les raisons sont d’ordres multiples : l’arrivée de nouvelles technologies sur plusieurs disciplines (les nanotechnologies, IA..), de nouvelles infrastructures et de stockage (IOT, 5G, Blockchain…), de nouvelles technologies dans l’information et la communication (réalité augmentée…) combinées à une accélération des transformations sociétales et culturelles brouillent les schémas de pensées et les actions mis en place par les acteurs publics et privés. Lors de la conférence de Paris co-organisé par Etalab et le Conseil national du numérique le 24 et le 25 avril 2014 où des acteurs majeurs de l’open data en France et à l’étranger se sont réunis, Gavin Starks, directeur de l’Open Data Institute au Royaume-Uni déclarait ceci : « L’open data aujourd’hui est très similaire au web des années 1990. Il y a énormément d’excitation, d’activité autour de l’open data. Mais c’est un peu comme en 1995, lorsque vous disiez : "Vous devriez avoir un site web et une adresse e-mail", et la plupart des gens vous regardaient en vous répondant : "Mais pourquoi ?". C’est très proche de là où nous en sommes avec l’open data. ». Cette citation analogique illustre très bien l’état d’esprit dans lequel se trouvent les responsables politiques face à l’open data aujourd’hui. Bien que nous assistions à des transformations numériques et digitales des administrations (e-administrations, portails gouvernementales, stockages des données…) bouleversant ainsi la vie des citoyens et des entreprises, tous les territoires n’ont pas opéré à ce changement. Des inégalités subsistent à l’intérieur d’une même région creusant un écart de modernité entre les villes. L’exemple de la région de Toulouse illustre très bien ces propos. Les directives nationales et européennes annoncées depuis ces dernières années obligent les collectivités à ouvrir leurs données et de promouvoir leur exploitation. Certains élus politiques ont très bien assimilés les opportunités que peuvent apporter l’ouverture des datas sur les différents domaines économiques, environnementales, mobilités, sociétales… D’autres pour des raisons financières, de ressources-humaines ou par crainte de refus du changement de la population freinent les démarches à ses transformations.
  • 7. 3 Les différentes recherches dans le domaine des connaissances démontrent que pour le domaine de l’innovation publique celle-ci doit être maintenue par un écosystème d’innovation dit « publique1 ». Dans ce contexte de mutation sociétale, de quelle manière l’exploitation des données bouleverse-t-elle l'organisation des collectivités territoriales ? Quel est son impact dans les politiques publiques ? Il semble intéressant de se pencher sur ces questions centrales pour un territoire présentant de nombreux atouts. Toulouse fût une des premières villes à se lancer dans l’ouverture de sa donnée en plaçant l’innovation au cœur de ce processus. Trois études de cas, Toulouse Open Data, Open Data Sicoval et Open Data Occitanie, illustreront l’objet de ce mémoire. Elles seront mises en lumière dans la dernière partie par la présentation des variables et des scénarii qui l’accompagnent. 1 Bason Christian, Innovation du secteur public: co-créer pour une société meilleure, Bristol, Royaume-Uni: The Policy Press, 2ème édition.
  • 8. 4 PARTIE 1 - DESCRIPTION DE L'ECOSYSTEME 1.1 UNE APPROCHE TRES SMART Le programme Smart City 2015- 2020 de Toulouse a pour objectif de construire avec les citoyens la ville intelligente de demain : plus fluide, conviviale, innovante, dynamique, attractive, responsable et durable. Le chantier est ambitieux : 500 millions d’euros d’investissements publics et 200 millions d’investissements privés. Dans un souci de co- construction avec les habitants et les entreprises, plusieurs projets ont vu le jour ou verront le jour d’ici 2020. Pour en citer quelques-uns : wifi dans la ville, 4G dans le métro, véhicule autonome connecté, éclairage public intelligent (lampadaire connecté), îlot autonome pour les seniors ... Dès 2017, des expérimentations ont eu lieu avec 2 enjeux importants :  Permettre l'élaboration de nouveaux services grâce à la mise à disposition de certaines données de la collectivité.  De servir de tremplin aux startups locales pour leur développement et le renforcement de leur visibilité à l'échelle nationale ou internationale.
  • 9. 5 Dans un contexte de réduction des dotations de l’Etat, les collectivités doivent définir des objectifs socio-économiques en tirant le parti de ses relations avec le secteur privé et de ses points forts. La création d’un écosystème d’innovation avec l’ensemble des partenaires publics/privés est un des éléments moteurs de la nouvelle ville de demain. Le but est de créer de nouvelles ou de meilleures solutions pour tous les grands domaines de la société comme le transport, l’énergie, l’environnement… pour les citoyens d’aujourd’hui et de demain. Pour cela, une organisation se créée fortement entre l’open data et la smart city. « L’Open Data est indissociable de la smart city. Cette dernière ne se résume pas à cela, mais elle ne peut exister sans cette nouvelle approche des data »,2 analyse Sandrine Mathon, responsable du domaine ressources au sein de la direction numérique de la mairie de Toulouse et Toulouse Métropole. Selon elle, l’open data est un miroir révélateur de la qualité de la donnée disponible. En effet, elle permet de mettre en évidence la probabilité des réalisations futures de nouveaux services. Sur ce point, elle est rejointe par Anne-Claire Dubreuil, Directrice de projet de transformation numérique au sein du SICOVAL qui insiste sur le décloisonnement des services pour favoriser les travaux en communs dans une démarche smart city. Ainsi, un nouveau critère apparaît sur la notion de valeur et de retour sur investissement attendus de la part des élus et des populations. Critères difficile à évaluer selon Sandrine Mathon car elle répond à une nouvelle façon de répondre pour le service public. Néanmoins, elle est indispensable selon Anne-Claire Dubrueil et elle doit être pensée en amont de tout projet : « Tous nos projets sont dans une démarche de démonstration (projet appelé « Démonstrateurs ») et de retour sur investissement. Sans cela, il est difficile de défendre nos actions. ». 3 Un des exemples de « démonstrateurs » expérimenté par Toulouse Métropole est la gestion intelligente des réseaux d’eaux potable. La mise en œuvre se déroule sur 3 ans (2017-2020) à travers 3 villes pilotes. Cette innovation technologique a pour objectif de maîtriser les pertes en eau potable sur le réseau et d’améliorer ainsi la qualité du service public rendu aux abonnés. 2 Extrait de l’interview du 11 juillet 2019 3 Extrait de l’interview du 01 août 2019
  • 10. 6 - L'exemple d'Open Bikes Un autre exemple d’innovation des usages pour les citoyens est l’application Open Bikes Now crée par un habitant de la ville. Cette application offre aux cyclistes la possibilité de visualiser la disponibilité des vélos et des bornes de retour. Elle permet aussi de programmer dans le temps l’utilisation de ce service grâce à un système de prédiction basé sur des données en open source et des méthodes statistiques. Pour cela, elle réutilise pour la ville de Toulouse, les jeux de données JC Decaux, gestionnaire du réseau Vélo Toulouse. Ces données sont ensuite retravaillées puis intégrées dans un algorithme de calcul statistique développé par cette application afin de délivrer aux usagers les informations recherchées sur les disponibilités des vélos stations. La start- up souhaite ainsi résoudre le problème typique du cycliste qui ne sait pas où poser et prendre son vélo en libre-service. Cette application a reçu le soutien de la ville par l’ouverture de ses données mais aussi par la contribution des agents de la ville. Cette startup toulousaine a été lauréat du prix spécial « Open Data Toulouse Métropole » lors de la 6ème édition du concours Dataconnexions en 2016. Elle est déployée aujourd’hui dans plus de 70 villes dans le monde. Déjà labellisé Smart City et French Tech, Toulouse Métropole souhaite se développer vers une intégration de nouvelles technologies et de préservation de l’environnement. Elle a reçu de ce fait le label de « Ville à énergie positive pour la croissance verte » et a été retenue pour le programme "Ville de demain" (ou Ecocité) organisé par l’Etat. Ce programme favorise les investissements d’avenir sur l’écologie et le développement durable afin de concevoir, de construire une meilleure qualité de vie pour les habitants. 1.2 UNE STRATEGIE D’ACTION PUBLIQUE COMMUNE Les besoins et les problèmes territoriaux sont très souvent différents bien qu’ils peuvent être voisins. La nature géographique et démographique et parfois culturelle peuvent créer certaines tensions entre les zones rurales et urbaines. L’arrivée de l’open data sur les territoires semblent être le moyen pour apporter « des solutions » adaptées pour chacun des élus. L’ensemble des acteurs et décideurs des territoires s’accordent à dire qu’il n’y a pas d’open data sans stratégie forte et affirmée pour l’ensemble des territoires qui compose la région. D’emblée, il a été défini qu’elle s’appliquerait à tous les domaines des territoires et pas uniquement sur un plan économique à destination des grands groupes. Historiquement, certains territoires comme la communauté d’agglomération du SICOVAL se sont intéressés à la question par le biais de ce
  • 11. 7 volet. En effet, le siège de l’entreprise internationale Sigfox spécialisé dans l’Internet des Objets a élu domicile sur ce territoire ainsi qu’une cinquantaine de startups. Il était évident pour les décideurs locaux de s’approprier la question de la donnée et de mieux comprendre les enjeux pour la vie quotidienne des citoyens. Il en est différent pour la métropole toulousaine qui s’est tout de suite engagée dans l’open data par le biais des réseaux associatifs (exemple Open Street Map, Toulibre…) au début des années 2010. Il en résulte que différentes voies ont contraint les collectivités à s’engager dans l’ouverture des données publiques. Ce qui était juste un sujet parmi les autres sujets d’innovation est devenu aujourd’hui un véritable sujet politique dans la région soulevant de nombreuses questions : comment amener les petites collectivités dans l’ouverture de la donnée ? Elaborer une stratégie de la data est-elle une stratégie de transformation ? Quels jeux de données ? Dans quel but ? Quels sont les infrastructures ? Les données publiques seraient-elles alors qu’une brique d’un nouvel écosystème issu d’une stratégie globale de transformation ? Avant l’arrivée de la région dans le mouvement open data, il existait plusieurs stratégies de la donnée sans forcément de lien avec les autres institutions. Il en résulte plusieurs jeux de données sous des formats d’exploitations différentes sur une même thématique, créant parfois des doublons ou de qualités plus ou moins bonnes selon les ressources expertes. L’open data serait donc une occasion de positionner l’enjeu là où il doit être. Or, les différentes politiques divergent selon les organismes et selon leur rôle. L’ambition de la région qui se veut le chef de file de ce mouvement s’applique à construire une stratégie data commune aux institutions. Or, plusieurs collectivités se sont déjà lancées dans leur ouverture et ne souhaite pas vraiment modifier leur plan selon les volontés de la région. « Je suis convaincu que nous avons tout à gagner dans la coopération, et tout à perdre dans la compétition entre les institutions. Soit on progressera tous ensemble parce qu’on mutualisera les énergies, les compétences, voire les technologies, soit chacun cherchera à tirer la couverture à lui, auquel cas on n’avancera pas beaucoup » argumente le conseiller régional Bertrand Monthubert 4 . Pour cela, une série d’initiatives ont été prises pour ne laisser écarter personne. Une des premières actions a été le rapprochement du conseil régional auprès des autres institutions (le département, la métropole) pour créer un groupe de travail de concertation se composant d’élus, de DSI et d’experts. A l’issu de ce travail, deux points importants ont été révélés. Le 1er volet est la question du volet économique pour l’ensemble des entreprises. Le contexte du tissu économique est essentiellement basé sur des marchés technologiques comme par exemple, l’IOT, les systèmes embarqués, l’aérospatial, les biotechnologies de l’agriculture et de la santé 4 Conseiller régional délégué à l’enseignement supérieur et la recherche. Ancien président de l’université Paul Sabatier
  • 12. 8 qui sont les point forts de la région. L’objectif de la stratégie numérique est de déployer la digitalisation sur l’ensemble de ces secteurs sans laisser de côté les petites structures. Un autre objectif est de développer des filières fortes sur le numérique sur la région avec le concours de partenariats académiques (universités, écoles d’ingénieurs…) et économiques (Chambre de commerce et de l’industrie), aider l’émergence de projets de startups autour de l’open data et d’accompagner les PME qui souhaitent utiliser les données ouvertes dans leur transformation. L’autre volet de la stratégie d’open data territoriale est le débit dans les zones rurales : « C’est bien beau d’avoir une stratégie de digitalisation mais si le signal ne passe pas, il n’y a pas de débit et cela ne marchera pas(…). Il n’y a pas de stratégie numérique si on n’a pas les réseaux qui vont avec derrière. Les collectivités ont une part importante la dessus, les inter-communes, le département avec l’aide de la région et de l’état. 5 » affirme Marc Chappuis secrétaire général aux affaires régionales Occitanie. La question des zones blanches dans les terres rurales est une problématique importante contrairement aux agglomérations où se sont les opérateurs qui en ont la charge du débit. La stratégie d’action publique est donc de déployer la fibre ou le très haut débit partout sur le territoire avec une contribution de l’état de 450 millions d’euros jusqu’en 2022 sur 13 départements occitans. C’est dans ce cadre que l’évènement d’Open data lab6 a vu le jour en 2017 réunissant sur un colloque composé de conférence et d’ateliers des personnalités de l’open data investis dans la démarche. Le public étant essentiellement des élus politiques, des chargés de missions a permis de contribuer au lancement de quelques initiatives prises à ce jour. Bien que l’ensemble des intervenants sur la question open data se sont rencontrés, cela ne signifie pas qu’ils se sont rejoint sur l’ensemble des questions. Des rivalités subsistent entre les organismes mais une ébauche d’une stratégie commune a pris forme sans un véritable plan d’action. Chaque organisme continue sa démarche de son côté en essayant d’avancer tous dans la même direction. 5 Discours au Forum OpenData Lab 22 mars 2017 6 http://www.opendatalab.fr/
  • 13. 9 1.3 LES ACTEURS Dans la plupart des analyses sur la Net économie, le développement des activités s’établit sur le soutien des institutions privées et par l’administration publique locale. Si l’industrie de l’informatique et par la suite du numérique occupe un rôle important dans l’essor de la technopole toulousaine, elle a été longtemps oublié des actions institutionnelles de soutien. Pourtant les retombées importantes sur les activités spécialisées dans l’industrie aérospatiales et électroniques ont contribué au rayonnement et à l’image de Toulouse. Au cours de ces cinq dernières années, on ne compte plus le nombre d’ouverture de lieux d’accueil pour l’innovation. Les uns plus beaux que les autres, il semblerait que la ville se soit dotée d’une nouvelle frénésie novatrice. Que ce soit dans le privé ou dans le public, ce sera à celui qui ouvrira le plus grand et le plus bel accueil dédié à l’innovation.  Les institutions privées Divers clubs d’entreprises de hautes technologies ont vu le jour depuis une vingtaine d’années. Ces structures rassemblent surtout des petites et moyennes entreprises exerçant dans l’innovation. Leur objectif est de gérer et diffuser de l’information pour les membres afin que les entreprises soient mises en relation avec des clients, des donneurs d’ordres ou des centres de recherche. - La Mêlée Numérique L’affirmation institutionnelle des PME innovantes de l’informatique passe par la création d’associations spécifiques d’entreprises. Cette démarche collective privée a été illustrée notamment par la création en 2001 de l’association « la Mêlée Numérique » qui répond à la volonté de plusieurs entreprises locales de constituer en Midi-Pyrénées une structure de valorisation et d’appui au développement des métiers et activités de l’économie numérique au sens large du terme.
  • 14. 10 - Digital Place La volonté de ce cluster est de faciliter le développement à l'international des entreprises déjà bien lancées. Elle propose également de les accompagner par différents moyens : business plan, soutien juridique, mutualisation de moyens de communication, accompagnement sur des appels à projets, réseautage...A partir de février 2019, elle fusionnera avec le cluster montpelliérain French South. Digital pour devenir Digital 113. - IOT Valley Créée en 2009 par 4 entrepreneurs toulousains, IOT Valley est une communauté d'entreprises située à Labège (Sicoval) présidé par Ludovic Le Moan (Président Directeur Général de Sigfox). Cet écosystème spécialisé dans l'internet des objets rassemble plus de 40 start up et 20 partenaires avec un bassin d’emploi de plus de 700 personnes. La vision affichée par l’IOT Valley est de devenir le plus grand site au monde dédié à l’Internet des Objets. Avec une dynamique de croissance affichée à plus de 25% par an, ce lieu se veut le représentant des dernières innovations dans l’IOT et technologiques à l’échelle nationale mais aussi international. Au-delà de l’aspect économique, plusieurs écoles ou laboratoires de recherches se sont installés sur le site. Le désir des membres de l’association est d’anticiper les besoins en ressources-humaines spécifiques par des accords d’entreprises avec ces écoles. Mandaté par la préfecture et la région Occitanie, le président de Sigfox est chargé à la réalisation des plans pour l’horizon 2020/2025 par l’ouverture de nouveaux locaux pour les startups, showroom, bureaux d’études pour des grands groupes et potentiellement des terrains d’expérimentations pour tester les futurs prototypes.  Les institutions publiques territoriales. - Incubateur Nubbo Créée en 2000 (anciennement Incubateur Midi-Pyrénées) l'organisme public régional propose un appui et un dispositif financier pour aider les nouvelles entreprises. (« Le Fonds d’Amorçage de Midi-Pyrénées »). Initialement créée pour favoriser la valorisation des travaux issus de la recherche publique par la création d’entreprise, elle s'ouvre vers le tout public. Sa nouvelle offre se présente en trois volets. Une première phase, gratuite et ouverte à tous, pour une pré-incubation de 1 mois destinée à éprouver le projet. Ensuite, une phase d'incubation de 12 à 18 mois avec un financement de 50 000 € pour développer son business model. Et enfin,
  • 15. 11 une dernière phase d'accélération de 6 mois, avec à nouveau 50 000 €, pour développer son entreprise. - Première Brique Créé en janvier 2014 dans le but de soutenir la création et le développement d’entreprises sociales et solidaires innovantes. Elle propose un accompagnement à des porteurs de projets, d'idées, (individus ou entreprises) jusqu'à la création de l'activité. La durée d'accompagnement est de 6 à 18 mois selon le besoin et la maturité du projet. Cette structure lance chaque année un « appel à projet » pour repérer, soutenir et développer des innovations sociales. - Occitanie Data Créée en janvier 2019, Occitanie Data est une association fondée par la région d’Occitanie rassemblant des acteurs économiques, des institutions publiques et des collectivités territoriales ainsi que des acteurs académiques. L’objectif est de construire un cadre de confiance, éthique et souverain destiné aux acteurs de partager et de croiser leurs données tout en respectant les intérêts et les propriétaires de la donnée. Le souhait de ces 19 partenaires (Airbus, Qwant, Enedis, CNRS…) est de construire une économie de la donnée numérique sécurisée au service des citoyens et de répondre aux besoins identifiés auprès des acteurs. Source : https://occitaniedata.fr/ - B612 B612 est le nouveau quartier dédié à l’innovation technologique des filières de l'aéronautique, de l'espace et des systèmes embarqués (AESE). Inauguré le 25 juin 2018, ce projet collectif composé de laboratoires publics et privés, de PME et de startups propose de renforcer la chaîne de l’innovation en matière de développement et d’accélération sur de nouveaux produits et services répondant aux besoins des différents donneurs d’ordre. Ce n’est pas moins de 65
  • 16. 12 millions d’euros qui ont été investis par le Département (11%), la Région (11%) et Toulouse Métropole (78%). 145 millions d’euros seront financés par l’Etat sur 10 ans dans les programmes d’innovation de l’Institut de Recherche Technologique (IRT) de Saint-Exupéry et de L’Aerospace Valley. Ce lieu propose des espaces de travail, de formation, de culture scientifique et de loisirs pour tout public intéressé par ce domaine. Bien que cet écosystème se veuille d’intelligence collective et ouverte, il reste néanmoins un cercle très fermé dans lequel il est difficile d’y accéder. - « Station F » la cité des startups Avec la future Cité des startups, Toulouse et la région affirment leurs esprits d’innovation. C’est l’un des plus grands espaces d’accueil pour les nouvelles startups déjà lancées ou en devenir. Un grand site architectural de 12 000 m2 situé sur une ancienne friche industrielle d’aéronautique (Latécoère) entre Toulouse et le SICOVAL à proximité des autres hubs d’innovations : IOT Valley, B612, Aérospace Valley, Université Paul Sabatier, Ecole de mine. Un espace de coworking de 280 places compose le lieu avec des salles de réunion et une salle de conférence. La région a mis les moyens financiers à savoir 33 millions avec l’ambition de devenir un des pôles économiques et de recherches le plus important de France. Mais pas uniquement : « L’idée était de créer un campus pour les startups qui facilite l’innovation et l’emploi, tout en créant une émulation et un esprit entrepreneurial ». déclarait Carole Delga7 , la présidente de la région Occitanie. Il est à noter que toutes les émulations sont les bienvenues puisque le nouveau Fab Lab situé auparavant dans un quartier populaire du centre-ville toulousain sera déplacé dans ce nouveau lieu. La question est de savoir s’il gardera ou pas l’esprit qui anime les Fab Lab ? Pour faire vivre ce nouveau berceau, une sélection des jeunes pousses se fera par le biais de l’incubateur et l’agence de développement économique pour n’importe quels types de projets que ce soit dans la santé, les biotechnologies, le numérique, les mobilités ou les foodtech et non uniquement pour l’aérospatial. Les actions entreprises dans les politiques publiques dans la transformation du territoire répondent en ce sens à la stratégie de l’innovation mis en place au cours de ces deux dernières années. L’implication forte de la région dans l’innovation marque 7 Extrait du discours de présentation du projet « Cité des startups » – Février 2019 La Cité des Startups (Photo Conseil Régional d'Occitanie)
  • 17. 13 une volonté politique d’accélérer ce changement et la « Station F » est le point de départ visible de ses actions en matière d’innovation. 1.4 UN SECTEUR D'ECONOMIE BIEN ANCRE La région métropolitaine de Toulouse apparaît aujourd’hui comme l’une des technopoles les plus dynamiques d’Europe. Son cœur fonctionnel est constitué de l’industrie aéronautique et spatiale, encadrée par une série d’autres activités de pointe comme l’électronique et l’industrie de l’informatique associés à l’enseignement et à la recherche. Le tout forme un complexe industriel qui a non seulement une présence imposante mais possède aussi un potentiel important d’expansion économique et d’innovations technologiques. Le secteur tertiaire représente 78 % de ces emplois dont 27 000 salariés dans le numérique répartis sur 3 000 établissements 8 . Au-delà des gros éditeurs comme Oracle, les fournisseurs de services (Capgemini, Sopra Steria..), ou data center (FullSave) sa structure se compose essentiellement de petites et moyenne entreprises centrée autour du territoire toulousain. Les clients, les opérateurs de réseau s’installent là où se trouvent les infrastructures informatiques ce qui donne une image « city centric » conforme aux autres métropoles françaises ou internationales développant ainsi des hubs économiques avec un phénomène de concentration d’approvisionnement électrique et de bassin d’emploi. Source : Toulouse OpenData – Jeux : Base SIRENE Toulouse Metropole – 27/6/2017 17h23 Il est clair que certains décideurs privés ou publics rêvent de voir s’installer sur le territoire occitan une « Sillicon Valley » à la française et le signal a été donné par l’entreprise 8 Institut de mathématiques de Toulouse est une unité mixte de recherche du CNRS, regroupant l'essentiel des chercheurs et enseignants-chercheurs en mathématiques à Toulous
  • 18. 14 californienne Hyperloop Transportation Technologies (spécialisée dans la conception de la navette futuriste subsonique) qui a décidé d’installer son centre de recherche et de développement sur le territoire toulousain. L’accord a été signé le 24 janvier 2017 par Dirk Ahlborn et Bibop Gresta, les deux dirigeants de l’entreprise, Jean-Luc Moudenc, maire et président de Toulouse Métropole, Carole Delga, présidente de la région Occitanie et Pascal Mailhos, préfet de la région  devant un parterre d’invités et de journalistes soulignant ainsi la volonté des politiques d’accueillir et d’accompagner les entreprises de pointe sur leur territoire. « Toulouse est le centre névralgique de l’industrie aérospatiale européenne et il nous semble tout à fait naturel d’avoir une présence ici, aux côtés de nombreux de nos partenaires et confrères », a indiqué Dirk Ahlborn. Il est clair que les doléances de l’entreprise américaine ont été allouées puisque le centre disposera d’une piste d’essai d’une longueur d’1 km et logera dans l’ancienne base aérienne de Francazal délaissé depuis la disparition de la présence militaire. Depuis 2008 les collectivités et entreprises tentent de créer un écosystème des transports du futur dans les anciens hangars historiques. Cette reconversion réussie permettra de créer une cinquantaine d’emplois dans un premier temps essentiellement dans le secteur d’ingénierie. Cet évènement est révélateur de la dimension prise par la ville et de son désir de pouvoir d’attractivité à échelle nationale et international. L’objectif de la ville est d’accueillir l’ensemble des grands acteurs de l’économie. C’est pratiquement réussi car plusieurs grands groupes industriels comme l’automobile, technologies embarquées, pharmaceutique ont décidé d’ouvrir leur bureau de R&D sur la région. Pour citer quelques exemples : le groupe Renault et Alstom pour la voiture autonome, Continental pour la voiture connectée, Sanofi et Pierre Fabre pour la biotechnologie… Avec cette nouvelle politique économique, Toulouse devient un des hubs les plus importants et influents du territoire français. Elle souhaite ainsi profiter en premier lieu les premières innovations en matière technologiques et bénéficier des avancées sur des questions sociétales comme la mobilité, la santé ou l’écologie. Par exemple, les discussions entamées entre les élus et les dirigeants de l’entreprise futuriste Hyperloop pour la création d’une liaison Toulouse- Montpellier à 1200km/h serait un évènement majeur pour les habitants des générations futures. Cependant, l’arrivée massive de nouvelles entreprises risque de poser un problème sur les infrastructures de la ville. Plusieurs débats se sont élevés parmi les habitants concernant l’aménagement de leur territoire. En effet, Toulouse est une ville marquée par son histoire et par ses lieux. Beaucoup de bâtiments ont été délaissés ou mis à l’abandon suite aux mutations économiques. Le rachat de ces bâtiments par la municipalité ou par la région ont placé les
  • 19. 15 collectivités dans le rôle de bailleur foncier. Chaque année 20 000 nouveaux habitants viennent s’installer sur le département créant des problèmes d’infrastructures routières et immobilières. Pour y pallier, un vaste chantier a été mis en place intitulé « Projet d’Intérêt Majeur (PIM) autour du sud-ouest toulousain. Il prévoit une révision de l’offre de transport par l’ouverture de nouvelles voies routières et autoroutières ainsi qu’une troisième ligne de métro entre le sud-est toulousain et l’aéroport Toulouse Blagnac. L’objectif est de fluidifier les échanges entre les différents pôles économiques de la région. Un autre engagement de la ville est la volonté d’une politique forte en matière de logement afin de répondre aux besoins démographiques. Le Programme Local de l’Habitat (PLH) prévoit la construction de 6 000 nouveaux logements par an (dont 20% de logements en locatif social). Les deux collectivités (Toulouse Métropole et le SICOVAL) favorisent également les programmes de logements étudiants. Un autre risque majeur sur l’aménagement de ces territoires est la création de villes dortoirs à l’image de la région parisienne. Beaucoup de citoyens se sont soulevés contre leurs municipalités soulignant le manque de structures publiques comme l’accueil dans les écoles et la rupture du lien social entre les habitants. 1.5 INFRASTRUCTURES  Constat Face à la révolution numérique, de nouveaux usages mais aussi de visions s’imposent aux décisionnaires sur de nouveaux modes de fonctionnements et de nouvelles infrastructures. Le développement des usages des données par les acteurs privés imposent les infrastructures nécessaires notamment dans le stockage des données. Au début des années 2000, deux tendances informatiques voient le jour : la mise à disposition d’applications d’infrastructures et de virtualisation. La convergence de ces deux tendances a donné le concept du Cloud Computing. Le problème du stockage des données apparaît comme un critère important dans les premiers chantiers d’études d’ingénieries demandant ainsi des accords et relations privées/publiques pour la bonne mise en place de ces infrastructures. Qu’il s’agisse d’une simple externalisation à des fins de sauvegarde ou de l’utilisation de services logiciels, l’infrastructure informatique devient donc cruciale tant pour les entreprises que pour les collectivités midi-pyrénéennes. En effet, de plus en plus de citoyens ou d’entreprises ont recours aux ressources en ligne devenant ainsi un acte évident et plus précisément dans la relation avec leurs administrations. Que ce soit pour réserver un livre, inscrire son enfant en
  • 20. 16 crèche ou changer d’adresse, les data centers et le Cloud Computing sont devenus les éléments indispensables de l’organisation des administrations publiques. Le choix du prestataire, du lieu d’aménagement, des enjeux écologiques et sécuritaires sont devenus des points stratégiques dans la transformation du territoire. Ces structures sont devenues des argumentaires de communication politique car progressivement les élus territoriaux prennent conscience du rôle stratégique pour l’attractivité des territoires. Sans elle, il est difficile d’imaginer un territoire numérisé sans de structures stables et solides. Le fonctionnement de l’économie mais aussi de la gestion de la ville en serait fortement perturbé. C’est pourquoi l’état français a annoncé pour le 01 janvier 2019 un tarif réduit sur la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE) au profit des data centers 9 passant de 22,50€ par mégawatt/heure à 12€. Cette réduction non des moindres permet d’être un levier de compétitivité et d’attractivité pour la France, ce qui renforce la filière des data centers, et place le pays parmi les plus attractifs sur l’échelle européenne. Le besoin d’établir de surfaces de plus en plus élargies en data center se fait sentir en fonction des recours au cloud privé, public ou hybride. C’est dans ce contexte, qu’une feuille de route intitulée « Nouvelle France Industrielle » a été établi par MM. Thierry Breton (Atos) et Octave Klaba (OVH) soulignant l’importance pour les collectivités locales de s’orienter vers les services du Cloud. En juillet 2015, le « Guide sur le Cloud Computing et les Data centers à l’attention des collectivités locales10 » est diffusé à l’ensemble des collectivités. Cette étude commanditée par la Direction Générale des Entreprises, en liaison avec la Caisse des Dépôts et le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires se veut un guide complet et pédagogue pour les décideurs territoriaux, les élus et les directeurs généraux des services, afin de les éclairer et de les accompagner dans leurs décisions concernant la mise en œuvre de leur projet. Néanmoins, le premier enjeu pour les collectivités locales réside dans la connaissance de ces deux structures informatiques tout en définissant en amont les modèles d’organisations et de coûts que cela peuvent représenter. Sans oublier l’accompagnement des utilisateurs vers de nouveaux modes d’adaptation suite aux ruptures d’organisation et de métiers ainsi que la gestion relationnelle avec les usagers finaux. Il ne fait aucun doute que l’utilisation de ces infrastructures permet des gains importants de compétitivité et de performance se traduisant par des allégements des coûts informatiques, des 9 Article 19 ter, Projet de loi de finances 2019 10 https://www.cget.gouv.fr/sites/cget.gouv.fr/files/atoms/files/guide_dge_cloudv2-bd.pdf
  • 21. 17 gains de flexibilité dans le déploiement de nouvelles applications en alignement avec les besoins métier. La métropole toulousaine a compris un peu tard, le rôle des centres de stockage de données et de son importance tant sur le plan géographique (aménagement des territoires) qu’économique (déploiement d’un nouveau marché des data centers) soulevant par la même occasion des interrogations et des débats entre les riverains, les élus et les agents territoriaux touchés de près ou de loin par la mise en place.  Data center Dans sa cartographie des data centers en France daté de 2016, le magazine spécialisé Global Security Mag comptabilisait ainsi plus d'une cinquantaine d'usines à données en Île-de-France contre uniquement cinq à Toulouse. Le Sud-Ouest semble particulièrement à la traîne comparé à la métropole lilloise qui comptabilise déjà plus d'une quinzaine de centres. "Le maillage territorial des data centers est fondamental, non seulement pour conserver les données à proximité, mais surtout pour renforcer l'écosystème numérique au niveau local, souligne Laurent Bacca Président Directeur Général de Full Save (principal opérateur d’infrastructure IT & Cloud toulousain). Pour pallier à ce retard qui s’explique pour certains par une lourdeur administrative des autorisations foncières, la métropole compte bien rattraper ce décalage. Plusieurs initiatives ont été prises concrétisées par l’ouverture de trois autres centres de stockages au cours des cinq dernières années. L’installation de ces centres se trouvent essentiellement dans le territoire urbain et périurbain toulousain (4 data centers) et un cinquième dans le territoire du SICOVAL. Source : Etude "Les hébergeurs et les gestionnaires de data centers" Global Security Mag – 08 mars 2016
  • 22. 18 La volonté politique des pouvoirs publics est de combler ce retard avec de nouveaux data centers dernières générations impliquant:  La qualité de l’infrastructure  La sécurité  L’impact environnemental Ces trois critères font partie intégrante des appels d’offres publics lancées par la municipalité toulousaine et le SICOVAL. En 2015, un projet de travail de recherche intitulé « ANR Datazéro » est mis en place par des partenaires publics et privés autour de la question écologique. L’objectif est de trouver une solution innovante pour réduire l’impact écologique des centres de données. En effet, la consommation énergétique annuelle de l’ensemble des data centers sur le territoire français se rapprocherait de la consommation d’une ville de la taille de Lyon et selon certains experts elle doublerait tous les quatre ans. Ce projet financé à hauteur de 830 000 € par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) est coordonné par l’Université Paul Sabatier de Toulouse mettant en lien les équipes de l'Irit (Institut de recherche en informatique de Toulouse), le centre de recherche et développement de l'entreprise américaine Eaton (spécialisée dans les systèmes électriques et hydrauliques) basé à Grenoble et le FEMTO-ST (institut de recherche des sciences et des technologies) spécialisé dans l’électricité basé à Besançon et à Belfort. La phase de développement est bien avancée puisque l’institut pense industrialiser son innovation dès 2020. La relocalisation des data centers devient également un des enjeux de la politique économique de la ville. Consciente des possibilités illimitées qu'offre l’ouverture des données, Toulouse s’adapte en ouvrant des marchés publics vers ce secteur en créant des opportunités de business pour ces nouvelles entreprises mais aussi pour des instituts scientifiques comme par exemple la localisation du premier data center éco-responsable de l’INRA « L’Arche de données Francis Sevila » à vocation collective et dédié aux sciences du vivant. Cette initiative place la ville rose dans une position confortable et notoire en tant que centre de ressources stratégiques puisque le lieu héberge 15% des données nationales du génotypage des animaux et des végétaux. Il est à noter que les données stockées sont soumis à la « chartre pour le libre accès aux publications et aux L’arche de données Francis Sevila - Toulouse
  • 23. 19 données » selon le souhait de l’institut qui a lancé une grande campagne de communication sur la toile en 2017 (#Inra2025 #OpenScience) pour refonder le modèle de publication actuelle et sortir du système d’abonnement. Ces infrastructures technologiques constituent des accélérateurs pour le développement et la performance des territoires. Mais qu’en est-il pour les petites ou moyennes communes qui bien qu’elles comprennent les enjeux et l’intérêt de suivre la vague de la numérisation, ne peuvent y accéder faute de moyens financiers et humains ? La complexité de la mise en place de ce type de lieux demande un accompagnement pour ces localités qui se traduirait par une démarche mutualisée auprès d’une grande ville. Ce mode opératoire a été repris par la plupart des communes avoisinantes des métropoles françaises notamment pour la ville de Toulouse où le 01 1er janvier 2015, la communauté urbaine toulousaine et ses 37 communes membres gagnent le statut de Métropole. Ce qui en fait la plus importante communauté d’agglomération du département.
  • 24. 20 PARTIE 2. DESCRIPTION DE LA CHAINE DE VALEUR DE L'OPEN DATA 2.1 UNE ORGANISATION MUTUALISEE Deux grands acteurs jouent un rôle important de pionniers dans la région d’Occitanie. Ce sont Toulouse Métropole et la communauté d’agglomération du sud est toulousain (SICOVAL) comprenant 36 communes. La métropole toulousaine a eu un rôle historique dans la démarche de l’Open data et a impulsé les communes voisines à se lancer dans cette démarche. Comme beaucoup de provinces, la situation géographique présente une grande ville entourée de petites communes à différentes échelles démographiques. Pour des raisons culturelles ou politiques, beaucoup de communes se sont joints à ville chef et d’autres ont décidé de se constituer en communauté d’agglomération. L’idée directrice était de mutualiser les besoins et d’apporter des solutions communes à leur territoire. Ces besoins peuvent s’exprimer sur différents plans : économique, environnemental, transport, informatique, etc. Par exemple, en mutualisant leurs besoins en ressources informatiques, les acteurs publics peuvent élaborer et élargir de nouveaux projets à des villes de petites tailles. Comme le note le député Luc Belot dans son rapport sur la smart city 11 remis au premier ministre en 2017 : « La gouvernance des données demande des compétences techniques et des infrastructures trop importantes pour être financées par les communes (…)». Il est indéniable qu’il existe un véritable enjeu pour ne pas créer de nouvelles fractures territoriales au sein d’un même département. Cette volonté politique publique d’accompagner les autres territoires ont attiré l’attention d’Axelle Lemaire la Secrétaire d’État chargée du Numérique et de l'Innovation et Estelle Grelier, secrétaire d'État chargée des Collectivités territoriales. En effet, le territoire occitan a été retenu pour réaliser une expérience sur l’open data local avec la création d’un socle commun de données avec les communes de plus de 3 500 habitants. Pour ce faire, les organismes sélectionnés pour cet accompagnement sont la région, la préfecture, le département avec le soutien de l’association Open Data France qui apporte un appui technique et de conseils. De plus, une volonté commune sur la transparence des données s’est très vite instaurée lors de ce projet parmi ces acteurs. Lors de la mise en place du chantier, 11 Rapport De la smart city au territoire d’intelligence(s) , Luc Bélot député Maine et Loire, avril 2017. https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2017/04/rapport_smart_city_luc_belot_avril_ 2017_definitif.pdf
  • 25. 21 un volet commun a été réfléchi sur : comment travailler efficacement à l’édition des données et favoriser leur exploitation. D’autres part, une volonté politique de la part d’organismes peu habitués à communiquer autour de l’open data comme le département et la région se révélés au cours de trois dernières années. Dans le « Protocole de mise en œuvre de l’accord de coopération » entre le département de la Haute Garonne et Toulouse métropole signé en avril 2019, il est stipulé : « L’Open data fera l’objet d’une attention particulière avec des synergies possibles, notamment, en matière de mutualisation et de standardisation de la donnée.12 ». Cet accord local a pour objectif de confirmer la volonté de coopération et de partenariat entre les deux structures en opposition à une transposition du modèle lyonnais désiré par le corps de l’Etat. Georges Méric, Président du Conseil départemental de la Haute- Garonne l’affirme fortement : « Notre démarche : favoriser l’ouverture des données pour tous ». Le département haut-garonnais souhaite devenir un acteur dynamique dans l’ouverture de ses données et rattraper ainsi le retard par rapport aux autres départements. Un nouveau portail a vu le jour s’appelant maintenant « Le portail départemental de la donnée ouverte ». Son rôle est clairement définit : accueillir et valoriser les données publiques issues des services du département et des entités affiliées comme les Archives départementales, le musée de la Résistance, le laboratoire départemental ainsi que les collectivités volontaires. Elle met à disposition cet outil pour les mairies isolées tout en leur garantissant la propriété et la gestion de leurs données. L’ouverture de ce portail a été l’objet d’une expérimentation menée par le département avec deux autres collectivités pilotes qui sont le SICOVAL et la communauté d’agglomération Roques-sur–Garonne. Elle a été élargie à d’autres collectivités à la fin de l’année 2018 et offrira ses services à l’ensemble des collectivités de la Haute-Garonne dans le cadre d’un programme pluriannuel 2019-2021. "La libération des données publiques représente à la fois un enjeu démocratique, en favorisant la transparence de l'action publique, et un enjeu technologique, en encourageant l'émergence de nouveaux usages numériques. C'est pourquoi le Conseil départemental a souhaité impulser une véritable dynamique territoriale en faveur de 12 Protocole de mise en œuvre de l’accord de coopération https://www.toulouse.fr/documents/4171884/11115605/protocole.pdf/ecad5ecb-1499-4633-8a87-a1cdafaab3f1 Illustration portail départemental de la donnée ouverte.
  • 26. 22 l'ouverture des données publiques en Haute-Garonne sur un portail unique" déclare Georges Méric. Ce volontarisme affiché s’est vu récompensé le 15 novembre 2018, lors de la 3ème édition des Trophées Opendata pour les territoires par la remise du prix du palmarès 2018 dans la catégorie "Approche stratégique de l’Open Data". En effet, le Conseil départemental avait candidaté pour présenter l’élaboration de sa stratégie d’accompagnement des données publiques des collectivités de la Haute-Garonne. Une autre volonté du Conseil est la nomination d'Annie Vieu, en qualité de vice-présidente du Conseil départemental en charge du Numérique et de l'Innovation et présidente de Haute-Garonne Numérique, membre aussi du conseil d'administration de l'association Open Data France. La création de ce poste affiche un désir déterminant sur la prise en compte des enjeux sur l’ensemble du département. Un travail d’élaboration intitulé « Schéma Départemental des Usages et des Services Numériques » est en cours de réalisation dont l’objectif est d’accompagner la transition numérique sur l’ensemble de la Haute-Garonne. Il est à noter que l’ouverture des données publiques pour le Conseil régional d’Occitanie accuse un sérieux retard bien qu’une volonté politique depuis l’élection de Carole Delga Présidente de la région a rejoint le « mouvement en marche » dès 2016 en participant à l’expérimentation open data locale. Le redécoupage régional, les arbitrages politiques historiques ont ralenti l’ouverture des données publiques régionales. C’est le 30 juin 2017 où a été voté à l’assemblée plénière l’expérimentation open data, suivi vers la fin de cette même année une diffusion d’appel d’offre pour le déploiement de l’open data sur trois ans avec un budget de 180 000 €. Le portail est lancé le 15 octobre 2018 avec 130 jeux de données. La stratégie de départ est de collecter, mutualiser et diffuser progressivement les données de l’ensemble des collectivités de son territoire. Au-delà, de cette action concrète par l’ouverture de la plateforme, de nombreuses initiatives sont prises avec des ambitions clairement affichées et le désir d’être aussi un acteur incontournable dans l’accompagnement des autres collectivités territoriales comme l’affirme Bertrand Monthubert, conseiller régional délégué à l’enseignement supérieur et la recherche : «Nous voulions positionner la région sur l’opendata, mais de manière sérieuse, surtout pas pour en faire un élément marketing ». En effet, un des objectifs de la région est de mettre le site à la disposition des autres collectivités en « marque blanche » afin de laisser une totale indépendance sur le graphisme, le format, ect… D’animer un réseau d’acteurs afin d’échanger, de co-construire et de promouvoir les bénéfices sur les retombées sur l’ensemble du territoire. L’effort a porté ses fruits par l’adhésion de deux départements qui ont décidé d’entrer dans le projet régional. Ce sont le Conseil départemental du Gers et le Conseil départemental des
  • 27. 23 Hautes-Pyrénées qui ont officialisé le 25 juin 20.19 leur engagement partenarial pour la mise à disposition des données publiques. Cela s'est traduit concrètement par la mise en ligne d'une nouvelle plateforme de diffusion des données sur la base de l'outil mis à disposition par la région : https://data.gers.fr/ Localisation des Défibrillateurs Automatiques Externes (DAE) recensées sur les lieux publics par le Département en collaboration avec le Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS 32). Sur la question de la standardisation des données qui s’est naturellement posée aux chefs de projets en charge, Anne-Claire Dubreuil13 apporte cette réponse : « Nous avons un petit groupe de travail : Toulouse Métropole, la région, le département et nous nous retrouvons tous les un mois et demi dans lequel nous structurons ensemble nos chantiers pour rendre réutilisable nos données. Nous travaillons ensemble sur la nature des priorités que nous nous donnons, sur les points que nous voulons avancer. L’objectif est d’harmoniser les formats des données collectées et de faciliter leur utilisation au bénéfice des habitants, des acteurs économiques, universitaires ou associatifs. ». 13 Extrait de l’interview du 01 août 2019.
  • 28. 24 2.2 DES NIVEAUX D’AVANCEMENT A DES STADES DIFFERENTS L'Occitanie est sûrement la région la plus active dans le désir d’utiliser l'open data pour dynamiser ses actions au plus près de ses territoires. On ne compte plus les ouvertures de plateformes depuis ces 5 dernières années: data.laregegion.fr, toulouse data science, Opendata Sicoval... « Les données sont le carburant qui alimente la croissance de nombreux produits et services numériques 14 » en association avec les nouvelles directives sur la protection des données et des informations du service public (ISP) celle-ci possèderait un dispositif politique et législatif garantissant l’anonymat des informations liées aux citoyens. Ce cadre légal définissant entre autre l’obligation de la mise à disposition des données du secteur public en vue de leur réutilisation met l’accent sur le volume important et croissant de donnée à forte valeur qui sont désormais disponibles à tous les domaines de la société. La région occitane est intéressante comme cadre d’étude car les différents niveaux d’avancements selon les institutions permettent de voir un panel d’avancement sur l’utilisation de l’open data. La vision politique et l’organisation managériale jouent un rôle important dans les évolutions des projets. Par exemple, pour le cas de la ville de Toulouse, celle-ci est indissociable de la vision politique de la smart city tandis que dans le cadre du SICOVAL celle-ci s’inscrit dans une démarche créative et solidaire. La prise de conscience dans l’esprit des acteurs politiques est corrélée au gré des rencontres économiques, sociétales qui ne sont pas identiques selon les réseaux fréquentés par chacun. Les craintes que peuvent susciter cette mise en chantier ont été levées par le retour d’expérience de certaines collectivités qui ont pu améliorer la gestion administrative et mieux répondre aux besoins des usagers. De plus, une autre variable liée à l’avancement de la mise en place de l’open data est la question financière. En effet, celle-ci peut constituer un frein pour le développement des projets. Ce fût le cas pour le SICOVAL comme l’illustre Pierre Lattard Président du SICOVAL et maire d’une toute petite commune : « Le SICOVAL c’est 70 000 habitants et libérer des données demande des efforts et plus particulièrement des efforts financiers ». Il est vrai que dans les 3800 collectivités concernées par l'open data en France, la très grande majorité regroupent une population entre 15.000 et 20.000 habitants et pour beaucoup de maires, cela représente un véritable coût financier qu’ils ne peuvent pas assurer. L’Occitanie 14 Commission européenne – Communiqué de presse – Février 2019
  • 29. 25 n’est pas en reste sur cette question et c’est dans ce sens que la région a entrepris des actions pour soulager les mairies. 2.3 LA REUTILISATION DES DONNEES Si les collectivités connaissent leur propre transformation digitale, elles sont conscientes qu’il est indispensable de proposer les services de demain à leurs usagers par l’utilisation des données ouvertes en capitalisant sur l’exploitation et la réutilisation des données. L’exploitation des données publiques permet d’aider dans la prise de décisions et répondre à un intérêt collectif dans le dispositif juridique de la loi CADA (autorité administrative en charge de veiller à la liberté d’accès aux documents administratifs). A l’origine, l’ouverture des données sur la métropole toulousaine était orientée vers trois objectifs qui peuvent apparaître complémentaires :  L’attractivité du territoire  Le développement économique  Davantage de transparence administrative Au début de la décennie, les moyens mis en place n’étaient pas structurés sur le sujet. L’influence de l’expérience de Paris a conforté la prise de décisions sur les orientations stratégiques dans le changement organisationnel dans lequel la ville devait faire face. Toulouse avait cependant bien avancé dans sa réflexion comparé à d’autres collectivités qui commençaient tout juste l’étude. L’arrivée de la loi pour une République Numérique (loi Lemaire du 07 octobre 2016) a donné un véritable coup de projecteur sur l’Open Data dans la sphère publique. L’objectif du gouvernement de l’époque était de renforcer et d’accélérer les progrès de la France dans le domaine du numérique dans une politique d’ouverture des données dans le respect des individus et de leurs droits d’agir dans cet espace15 . D’après le dernier rapport publié par Open Data France en mars 2018, seul 5% des collectivités ont franchi le pas sur les 4 500 collectivités concernées. Or, il est à noter une progression importante de 13.8% en comparaison à peu près sur la même période (450 collectivité en octobre 2018) selon l’organisme. 16 La région toulousaine se situe à distance égale de la métropole lyonnaise qui est souvent comparé comme un « concurrent » en vue des similitudes économiques et des ambitions. La réutilisation des données toulousaines s’est fait progressivement en fonction des demandes des services internes et des associations open source. La 1er étape a été de libérer les 15 LOI n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une République numérique 16 http://www.opendatafrance.net/2019/03/07/observatoire-open-data-des-territoires-mise-a-jour-mars-2019/
  • 30. 26 données et ensuite mettre à disposition. Pour le SICOVAL la demande est venue du pôle économique plus précisément des startups basé sur son territoire en concordance avec l’ouverture de l’open data sur l’échelle nationale. Ce qui était juste une autorisation d’accès est devenue par la suite un véritable plan de transformation. Bien que tous les médias l’assurent, la réutilisation des données est une source d’enrichissement : nouveaux services aux usagers, levier interne de modernisation, développement économique, ect. Dans l’Observatoire Open Data des territoires17 , il est à noter les indicateurs suivants sur l’utilisation des données pris en compte dans l’étude de l’ouverture des données publiques dans les territoires18 :  Réutilisations : applications, exploitation des données, autres…  Trafic : nombre de visiteurs, nombre de téléchargement Or peu d’informations sont signalées sur la connaissance de ces réexploitations. Il est possible de connaitre les jeux les plus populaires grâce à un calcul basé sur trois métriques : - nombre d’API, - nombre de téléchargement, - nombre de réalisation déclarés. Il est donc difficile de savoir vers quel but un jeu de donnée est téléchargé. A cette question, Sandrine Mathon souligne qu’il n’est pas nécessaire de chercher la raison de cette utilisation contrairement à son homologue Anne-Claire Dubrueil qui selon elle, la connaissance de l’exploitation des données peut être un élément important. En effet, la mission de l’Open Data Toulouse est de mettre à disposition les jeux de données et d’apporter le confort technique, qualitatif, quantitatif à son ou ses exploitations. Néanmoins, une rubrique « Réutilisations » est indiquée sur la plateforme dans lequel se révèle les informations du dernier utilisateur avec un lien cliquable vers l’objet de cette exploitation. Peu d’informations sur les entreprises ou les organismes sont mentionnés au cours des entretiens menés pour cette étude. En revanche, deux points de vue se heurtent entre les 2 collectivités. Selon Toulouse, aucune action ou process n’est envisagé sur l’obtention d’une trace contrairement au SICOVAL où la trace de l’utilisation est un vrai sujet de discussion mais rien n’est envisagé aussi pour l’instant : « Aujourd’hui, je sais quels jeux sont les plus utilisés mais je ne sais pas par qui ? » souligne Anne-Claire Dubreuil.19 Même si la question de la « réutilisation » est importante, il est à souligner qu’aucune rubrique n’apparaît sur la plateforme du SICOVAL. 17 http://www.observatoire-opendata.fr/les-indicateurs/ 18 http://www.observatoire-opendata.fr/resultats/ 19 Extrait de l’interview du 01 août 2019
  • 31. 27 Exemple : Extraction d’un jeu de données par un citoyen pour alimenter son application. Le 1er projet de la réutilisation des données par le SICOVAL a été la mise en place de l’Open Agenda qui a été un véritable succès pour l’ensemble des usagers. La 1er phase a été de rechercher les thématiques porteuses comme le tourisme, la culture, le sport, ect… Puis, le choix d’un système informatique collaboratif a été mis en place afin que les 127 contributeurs locaux (communes, associations…) puissent l’alimenter en contenu. Ce projet a exigé beaucoup de pédagogie car l’agenda concerne de nombreux services (culture, sport, tourisme…) et entités (communes, associations) à qui il est demandé de changer leurs habitudes. « Une personne de mon service a consacré un quart de son temps pendant un an à rencontrer ces acteurs pour leur expliquer la démarche et former les utilisateurs. Nous avons du reste produit une vidéo explicative – qui ne parle pas d’open data mais de promotion des événements locaux – un kit de communication et un didacticiel technique a été réalisé Nous récoltons aujourd’hui les bénéfices de ce travail : les communes sont en capacité de former elles-mêmes leurs associations à l’outil » illustre Anne-Claire Dubreuil. 700 événements environ sont publiés au fur et à mesure sur le site sortir.sicoval.fr et relayé par la page Facebook vers laquelle les événements sont automatisés. Cela a permis de générer de sérieuses économies pour le service communication. « Rien qu’au niveau du Sicoval, il y a cinq ans, on avait une personne à mi-temps pour collecter les événements et réaliser un agenda…papier non réutilisable. Désormais la saisie est collaborative, la modération demandant moins de 15mn par jour. La publication des données sur notre plateforme génère des réutilisations multiples : chaque commune peut choisir de publier les événements de son choix (y compris ceux de la commune d’à côté). Les synergies que nous
  • 32. 28 construisons avec Toulouse Métropole, le CD Haute Garonne et bientôt la Région Occitanie va en outre offrir et élargir considérablement la palette d’événements proposés à nos habitants. L’agenda fait partie des données les plus téléchargées sur notre portail data.sicoval.fr. Parmi les réutilisateurs on citera la PQR et (bientôt) un chatbot créé par une startup locale, Gogowego. Mais ce n’est que la partie émergée car nous connaissons mal les réutilisateurs ! souligne Anne-Claire Dubreuil 20 2.4 LES INTERFACES Aujourd’hui, il n’y a plus de débat sur le rôle indéniable de l’ergonomie des plateformes que ce soit privées ou publiques. Les normes d’usages diffusés par les acteurs du net ont largement modifié les codes afin de mieux satisfaire les utilisateurs. L’attractivité d’un site se joue sur l’importance de son expérience et de son intérêt à ce que cela lui soit le plus agréable. Or, peu de citoyens viennent consulter les données les trouvant incompréhensibles et assez compliquées. Dans une société où tout va très vite, le visiteur désire trouver son information sans forcément cliquer sur des liens. La plupart des portails basés sur une architecture similaire offre les mêmes interfaces communes. Cette barrière constitue un frein à une meilleure visibilité des potentialités que peuvent offrir l’open data sur le grand public. Pour Sandrine Mathon, c’est par l’éducation numérique que pourra s’opérer le changement à une meilleure connaissance de l’open data. En revanche pour la directrice en charge de la transformation numérique du SICOVAL, c’est à la communauté d’agglomération d’accompagner les citoyens vers une utilisation des données publiques par le biais de plusieurs synergies de communication. Et pour cela, Anne-Claire Dubrueil affirme son positionnement : « Je pense UX et je travaille dans ce sens lorsque je gère les projets à ma charge »21 . Une approche ergonomiste a été apportée à la plateforme du SICOVAL par le biais d’un design flat, épuré et moderne. L’architecture du site s’ouvre sur une page d’actualité et des chiffres clés susceptibles d’intéressés les habitants. 20 Extrait de l’interview du 01 août 201 21 Extrait de l’interview du 01 août 2019
  • 33. 29 Portail open data sicoval Une rubrique ludique est mentionnée sur le site pour se familiariser à la création d’une carte ou d’un graphe à partir d’un jeu de donnée publique. Il est nécessaire d’avoir quelques connaissances avant de se lancer car aucun tuto n’explique la démarche. Un désir très fort se démarque à Toulouse Métropole de vouloir sensibiliser à la démarche de l’open data. Selon l’ancienne Directrice de communication du SICOVAL, la sensibilisation commence par une plateforme simple et accessible.
  • 34. 30 2.5 L’EVALUATION Voici bientôt 10 ans que l’aventure Open data a commencé. Peut-on parler d’une première période dans l’ouverture de la donnée ? Néanmoins, la fin de la décennie marque une période propice aux retours des expériences bien que nous constatons un nouveau départ marqué par l’année 2017 dans la région mais aussi en France (Loi de la République Numérique). La question de l’évaluation est un point sensible dans le sujet de l’Open Data. Bien qu’elle a permis des avancées significatives pour améliorer les services aux usagers et de rendre plus efficace l’action des services publics, il est extrêmement difficile de savoir « qui en fait quoi de ces jeux ». En effet, les valeurs fondatrices de l’open data sont l’utilisation de données publiques mis à disposition de manière structurée, libre d’accès avec une réutilisation sous une licence ouverte sans restriction technique, juridique ou financière. Elle a permis de créer une communauté de réutilisateurs invisibles sans une véritable connaissance de l’utilisateur en question. Des exemples de réutilisations sont communiqués sur le site de l’association Open Data France22 , qui reconnait qu’il y’aurait un « Iceberg des réutilisations ». Certains experts aujourd’hui, soulèvent la question en remettant en cause les principes fondateurs en posant la réflexion : « Faut-il élargir l’open data pour libérer tout son potentiel ? »23 . L’évolution de l’Internet au cours de la décennie a changé les usages et soulevé de nouveaux thèmes comme la sécurisation des accès. De nouveaux acteurs de l’économie numérique comme par exemple l’entreprise Waze, utilise ce type de données mais restreint l’ouverture de ses propres données par la création d’un compte. L’idée de créer un compte pour télécharger les jeux de données publiques commence à s’élever timidement. Selon les défenseurs, elle ne remettrait pas en cause l’open data originel et permettrait de pérenniser la production des données, d’assurer un meilleur suivi sur l’évaluation des jeux mis en service et d’obtenir une traçabilité de l’utilisateur. Cependant, elle est vue par la majorité des défenseurs de l’open source comme une restriction technique. Il est à noter que cette question intervient essentiellement dans les échanges publics/privés où les entreprises utilisent ces données pour des fins économiques sans partager leurs nouveaux jeux à l’ensemble de la communauté. Cela amène à une confrontation idéologique dans lequel les débats entre les 2 protagonistes amènent 22 http://www.opendatafrance.net/reutilisations/ 23 Article de Frédéric Charles, L'open data s'essouffle, mais les "closed data" arrivent https://www.zdnet.fr/blogs/green-si/l-open-data-s-essouffle-mais-les-closed-data-arrivent-39886431.htm
  • 35. 31 à peu de changements de points de vue. Sur cette question Toulouse et SICOVAL adopte une position de producteur de données fiables et exploitables sans rentrer dans le débat. Le SICOVAL s’appuie sur les « démonstrateurs » qu’elle réalise avec ses partenaires comme WAZE pour la divulgation des travaux de voiries dans le but final d’aider le citoyen dans sa mobilité. 2.6 L’EXEMPLE DE L’EXPLOITATION DES DONNEES TENSIOMETRIQUES. Le conseil départemental de la Haute-Garonne a très vite voulu mettre à l’exercice l’exploitation de ces données. Cette approche démonstrative a été appuyée par Anne-Claire Dubreuil lors de l’interview sur la réutilisation des données. L’exemple sur les collectes et l’exploitation des données tensiométriques est une belle illustration de la volonté de démontrer les bénéfices de la réutilisation des données publiques. Le département est particulièrement attentif à la situation hydrologique de son territoire. En collaboration avec la Direction de l’Agro-Ecologie, il édite un bulletin d’irrigation hebdomadaire afin d’aider les agriculteurs. Auparavant, le conseiller agro-environnement centralisait les données. Les mesures étaient recueillies par les chargés de terrain qui à l’aide d’outils de bureautiques et de saisies multiples proposait une analyse. Lors de la mise en place du chantier, le cycle de vie de la donnée a été entièrement repensé, simplifié et automatisé jusqu’à sa valorisation. Plusieurs capteurs ont été installés sur 12 parcelles réparties sur tout le territoire départemental pour mesurer la tension de l’eau du sol. L’organisation et les outils de collectes des données utilisés lors des relevés terrain ont été entièrement revus afin de prendre en compte les enjeux de qualité et d’automatisation des publications sur le portail Open Data. Une application
  • 36. 32 mobile a été créée pour le déplacement sur les terrains témoins avec une interface design. Celle-ci intègre les saisies et en fonction des seuils de références, conseille l’agriculteur sur la conduite à tenir en termes d’irrigation lors de la venue du conseiller agro-environnement. Les informations récoltées (données brutes, analyse des valeurs tensiométrie, préconisations) sont diffusées le lendemain sur le portail OpenData du département. C’est à partir de ces mêmes données qu’un bulletin d’information sur l’irrigation est diffusé aux destinataires. Cet exemple de modernisation des usages et des outils permet de pérenniser la production d’une donnée de qualité tout en permettant à l’utilisateur d’être autonome et de maitriser tout le cycle de vie de la donnée, de sa saisie jusqu’à sa publication sur le portail Open Data. Cette expérimentation menée par la cellule OpenData du département et la direction de l’Agro- Ecologie ont permis une libération de jeu de données pour un meilleur usage. Elles sont aujourd’hui accessibles à tous pour le développement de nouveaux services innovants à destination des agriculteurs.
  • 37. 33 PARTIE 3 - TRANSFORMATIONS ORGANISATIONNELLES DES TERRITOIRES L’open data est le point de départ d’une stratégie de transformation numérique du service public. Nombreux décisionnaires considèrent qu’elle est la 1ère brique qui va amener l’ensemble des services publics à se moderniser par le biais de la digitalisation. C’est en prenant le sujet dans son ensemble à commencer par la matière première qui est la donnée que débute la transformation pour les territoires. Deux sujets se posent :  comment transformer la collectivité, le service public à partir du numérique ?  comment transformer l’action publique à partir de la valorisation de la donnée ? Ces 2 sujets posent la question centrale de la stratégie d’innovation des actions publiques dans le territoire. 3.1 UN ENJEU ORGANISATIONNEL Les méthodes d'innovation se répandent dans le secteur public depuis maintenant plusieurs années, que ce soit au niveau de l'Etat ou au sein des collectivités avec pour objectif d’améliorer les services des administrations publiques. Pour cela les collectivités ont de plus en plus recours aux outils de digitalisation (plateformes, portails, applications…) avec comme vision de développer une relation direct avec ses administrés et de favoriser les inter-relations entre les services. Pour imaginer de nouvelles politiques publiques, adapter les services proposés aux attentes des usagers ou moderniser le fonctionnement de l’administration, les collectivités territoriales se montrent très friandes d’innovation publique. Mais peut-on parler d’innovation publique sans parler de transformation digitale des organisations ? La notion de transformation digitale ne consiste pas à déployer tous sortes d’outils numériques utiles pour les utilisateurs internes et externes. En effet, le principal enjeu ne se situe pas sur le plan technologique mais sur le plan organisationnel des structures publiques. Face à des structures hiérarchiques linéaires et traditionnelles que représentent les collectivités, il est difficile d’imaginer une transformation sans perturber la gestion de l’organisation. Cependant, il ne peut pas avoir de transformation digitale dans une organisation constante sans un espace
  • 38. 34 d’innovation. Tout l’enjeu réside dans la créativité et la capacité d’imaginer une approche nouvelle en intégrant les équipes responsables de chaque service, de développer un « système humain » plus qu’un système technique, de développer de nouvelles formes d’organisations internes pour permettre aux agents d’entreprendre des initiatives. La réalisation de nouvelles infrastructures techniques n’est pas uniquement le reflet de la modernisation comme certains peuvent le penser. Si tous les ingrédients sont présents pour passer à l’échelle, qu’en est-il de l’évaluation ? Peut-on utiliser le terme de « CGU » (conditions générales d’utilisation du service) pour juger la bonne implémentation d’un outil numérique en interne ? Bien qu’aujourd’hui, nous évaluions grâce à des enquêtes et le retour des commentaires des utilisateurs, il paraît difficile de porter un regard précis sur les réussites ou les échecs de cette évolution. Ce qui a pu être un succès pour un service peut sembler être une déception pour l’autre. Différentes variables selon le contexte peuvent en expliquer les raisons. C’est pourquoi, le volet sur la transparence des résultats est évoqué au sein des collectivités du SICOVAL et de Toulouse Métropole. « Nous éditons des bulletins d’informations à l’ensembles des agents sur nos actions et sur ce qui a marché et ce qui a moins bien marché » déclare Anne-Claire Dubreuil. 24 Le plus difficile réside à accompagner le changement en interne et en externe selon les moyens arbitraires des collectivités. C’est pourquoi, beaucoup d’administrations publiques se concentrent sur des démarches de « co » : (co-construction, co-élaboration…) qui prennent la forme d’ateliers et de processus d’idéation. Néanmoins, ces moments qui peuvent paraître « fun et ludique » ont un réel pouvoir contre-productif s’ils ne s’inscrivent pas dans un processus plus large qui donne du sens. Le risque est d’engendrer de la frustration que peuvent avoir certains agents dans des démarches mal conçues. Par exemple, des ateliers animés suivi d’un retour routinier sans réel changement dans le quotidien peuvent sembler démobilisateur. L’importance de l’effet « stop and go » ne peut pas être un modèle soutenable d’innovation. C’est justement la suite de ce processus qui semble la plus intéressante et la plus difficile à mettre en place. Transformer les idées en possibilités réelles en association avec l’ensemble des services est le véritable enjeu de toutes organisations publiques. Les démarches innovantes ont une réelle capacité de transformer les organisations si celles-ci sont formalisées avec une réelle évaluation des actions mis en place. Bien préparées, elles permettent de stimuler une réelle capacité d’entraînement vers une action publique plus pertinente et mieux adaptées aux besoins des usagers. Il est indispensable de prendre du recul sur les outils et les méthodes utilisées sans cela, le grand risque est que le terme innovation soit vide de sens. 24 Extrait de l’interview du 01 août 2019
  • 39. 35 3.2 OPEN INNOVATION Plusieurs démarches ont émergé ces dernières années dans la région, le département, les intercommunalités ou dans la métropole toulousaine. Certaines se dotent de laboratoires d’innovation, où les agents prototypent des solutions avec les usagers ou apprennent à réfléchir hors du cadre. C’est le cas mis en place par la ville de Toulouse du dispositif « Le laboratoire des usages »25 dans le cadre de sa démarche « smart city ». L’objectif est de favoriser et d'accompagner la création de nouveaux services et produits ou d’améliorer des services existants utilisant le numérique, dans un cadre d'innovation ouverte. Grâce à des méthodes participatives, des entreprises, des citoyens et des chercheurs sont associés aux agents territoriaux pour co-construire les futurs services de la ville. Un autre axe de travail propose de réfléchir sur de nouvelles méthodes de conception des politiques publiques à partir d’une meilleure prise en compte des besoins des usagers et des retours d’usages. Plusieurs thématiques sont traitées comme l’e-citoyenneté, l’environnement, les seniors, gaspillage alimentaire… Cet outil se veut la cheville ouvrière de Toulouse Métropole en matière de politique d’innovation ouverte. La mobilisation des compétences pluridisciplinaires autour du design de service public auprès d’acteurs-citoyens contribue à la diffusion d’une culture de l’innovation au sein des administrations. Cette nouvelle forme d’innovation, très inspirée des pratiques agiles des startups se veut très pragmatique. Un des enjeux des politiques publiques des institutions de la région est de développer les lieux d’incubateurs de services publics (cf. Partie 1.3 Les institutions publiques territoriales.) partout dans son territoire. Le principe des incubateurs publics est d’essaimer les nouveaux services vers d’autres administrations qui pourront trouver l’utilité et pourquoi pas à échelle nationale ou internationale. C’est la volonté des politiques publiques de l’innovation promulgué par les décisionnaires de la région. L’idée n’est pas de créer des entreprises publiques qui ne sont pas la vocation des collectivités mais d’impulser la créativité par des espaces d’échanges et de partages. Néanmoins, la coordination entre les différentes organisations publiques ne semble pas être aussi simple. Ce schéma est essentiellement interne à la collectivité et peu d’initiative semble émergée hormis les services principalement concerné comme les services d’innovation, smart city, DSI. Reste à interroger ce que produisent ces innovations. Peu de communication existe sur la réalisation des projets qui ont eu lieu. Quels sont les projets transverses ? Comment s’est déroulé les prises d’initiatives en interne ? Comment s’est construit le passage à l’échelle ? La scalabilité ? Dans le cadre de l’enquête, Sandrine Mathon m’informe qu’une plateforme Big Data interne a été 25 https://www.toulouse-metropole.fr/smart-city/laboratoire-des-usages
  • 40. 36 créée par des agents territoriaux dans la collectivité toulousaine. Celle-ci a été réalisée par la DSI avec la collaboration de la direction Smart City. Seul un simple communiqué de presse a été réalisé dans ce sens. 3.3 VERS UNE NOUVELLE STRUCTURE ORGANISATIONNELLE ? Pour Clément Bertholet26 , la concurrence des GAFA est une opportunité de transformation des services publics qu’il faut saisir. L’Etat doit bâtir les infrastructures nécessaires et incontournables et garantir l’intérêt général entre les différents acteurs, à l’image des conditions générales d’utilisations des startups d’Etat. Reste que dans ce modèle de disruption généralisé, il est difficile de savoir où se concentre les priorités. Il en est de même pour les collectivités. Si l’enjeu est davantage de renouveler les manières de servir l’intérêt général, il faut néanmoins que les critères soient plus explicites dans la description de la transformation. Cela est plus visible pour les éléments de gouvernance public comme l’ouverture, la transparence, la réciprocité mais sur les modalités cela reste moins explicite. Les collectivités tiennent davantage compte du vécu des agents dans leur pratique interne. Mais lorsque le regard se porte sur les actions réalisées en interne, il est difficile pour l’instant de connaître les critères. Par exemple, quels sont les points qui indiquent la bonne formation adaptée aux besoins des agents ? Comment sont classés le niveau de culture numérique en interne ? La transformation des collectivités doivent elles s’appliquer à tous les services ou uniquement aux services du numérique et de la DSI ? Comme pour les entreprises qui ont entamé leur transformation digitale, il en est de même pour les organismes publics. Plusieurs d’entre-elles ont créé leur propre service au moment de l’ouverture de leurs données avec l’embauche d’une personne (en interne ou externe) puis au fil des actions menées, l’équipe s’est élargie. Il est important de souligner qu’il n’est pas simple pour une structure d’entamer ce genre de démarche. Changer le mode managérial, travailler en mode transversal, utiliser de nouveaux outils peuvent être un blocage dans l’opération du changement. Néanmoins, cela est un risque pour les acteurs publics qui s’assurent du meilleur déroulement avec le concours d’entreprises privées du numérique. Il n y’a pas de modèle structurelle prédéfini et cela ne risque pas car chaque organisme se créé selon un schéma directeur selon la politique de gouvernance qu’ils auront choisi. Nous pouvons comparer cela à une bâtisse dans lequel les hommes et les femmes qui font vivre le lieu, changent les espaces, cassent des murs, inventent de nouvelles pièces mais les murs fondateurs restent les mêmes. 26 Rapporteur auprès du Délégué Interministériel aux Restructurations d'Entreprises
  • 41. 37 PARTIE 4 – 3 EXEMPLES DE TRANSFORMATIONS 4.1 L’EXEMPLE DE LA METROPOLE TOULOUSAINE L’organisation de la structure Toulouse Métropole est l’une des plus importantes de la région midi-pyrénéenne avec ses 12500 personnels municipaux toulousains (8000 à la mairie de Toulouse, 4500 à la Communauté urbaine Toulouse Métropole). Sa transformation est intéressante puisqu’au début, l’ouverture des données publiques qui étaient assimilées à des décisions locales n’étaient pas inscrites dans un schéma directeur. L’arrivée du maire Jean-Luc Moudenc a modifié les choses en l’inscrivant dans le programme smart city. Au cours de l’interview, Sandrine Mathon souligne : « La transformation digitale n’est pas une question à proprement parlé ». Il n’existe pas au sein de l’organisation de Toulouse métropole une direction ou un service dédié au numérique. En effet, le travail se fait essentiellement en silo bien que le désir de travailler en transverse émane de quelques personnes et non d’une directive générale. Pourtant, la transformation digitale est au cœur de la vision stratégique du cabinet du maire porté par Bertrand Serp adjoint au maire et ancien Président de l’Open Data France. Elle est une des composantes parmi d’autres du programme smart city. Les différents acteurs se trouvant dans différents services (smart city, juridique, DSI) font de la transformation digitale parmi d’autres tâches. Il en résulte une impression d’absence de vision globale et collective, tout le monde en fait un peu sans vraiment savoir vraiment qui fait quoi et pourquoi. Dans le fait, peu de changement dans l’organisation à part la création d’une direction smart city composé de quelques agents. D’ailleurs au cours de l’interview avec Sandrine Mathon, beaucoup de réponses me furent orientées vers ce service pourtant en lien avec notre sujet. Nous pouvons constater qu’ici l’ouverture des données n’est pas une condition à la transformation de l’organisation. La structure est très hiérarchisée avec de nombreuses directions bien cloisonnées. L’innovation n’est pas synonyme de transformation pour la collectivité, c’est juste une vision moderniste en prise avec son temps. Il sera fort probable, lors de la prochaine campagne municipale que les questions de l’innovation et de la transformation seront évoquées puisque la socialiste Nadia Pellefigue vice-présidente de la région occitane en charge des questions numériques a annoncé sa candidature.
  • 42. 38 4.2 L’EXEMPLE DU SICOVAL Pour le SICOVAL, la transformation numérique s’est opérée par le biais de la libéralisation des données pour satisfaire les demandes de startups. Pour cela, lapremière mesure apportée a été de s’organiser en interne en construisant une stratégie numérique globale sur quatre ans. Le désir était de convaincre et de créer une dynamique en interne (communes, services) sur plusieurs thématiques (social, environnement, économie…). Pour cela, la communauté d’agglomération a convaincu ses agents de la nécessité de l’open data, devenant finalement territoire pilote sur le sujet. « L’ouverture des données est un acte de transparence publique qui consiste à mettre des données brutes à la disposition des citoyens, et leur permettre de les analyser sans filtre. De leur côté, les agents comprennent que ce qu’ils manipulent en interne peut avoir du sens à l’extérieur » résume Anne-Claire Dubreuil. Il y’a donc une volonté très forte de donner une dimension transversale. Cela s’est concrétisé par la création d’un poste directement rattaché au Président du SICOVAL qui est très impliqué sur la question du numérique au sein de son territoire. La particularité dans le schéma organisationnel de la collectivité, c’est qu’il n y’a pas de direction numérique à proprement parlé. En effet, le poste de directeur de projet n’existe pas au sein de la communauté d’agglomération, même au sein de la DSI. Auparavant, la question du numérique était rattachée à la direction de la communication. Face aux nouveaux enjeux et aux nouvelles directives politiques, un nouvel organigramme a été mis en place avec la création d’un nouveau poste dédié à la question de la transformation numérique. De même que plusieurs postes de chefs de projet ou de chargés de mission ont été créés au sein de chaque service. Par exemple, dans l’équipe du service social, un référent aux questions numériques recense et remonte les besoins métiers des agents et les besoins des usagers externes dans son secteur. Le rôle de la directrice Anne-Claire Dubreuil est d’arbitrer les priorités de projets en fonction des volontés politiques, des finances et des ressources-humaines allouées. « Nous avons un catalogue de projets impressionnant au sein du SICOVAL »27 illustre la directrice Anne-Claire Dubreuil. L’autre axe principal de ses missions est d’animer cette équipe et de relayer les directives politiques qui lui sont confiées. Très vite, l’équipe du numérique du SICOVAL ont voulu être pragmatique sur des projets visibles pour les habitants mais aussi pour les agents. Depuis la mise en place de l’Open Agenda, d’autres projets ont été mis en place sur le même type de management de projet et l’initiation à la culture de la donnée reste encore importante. Rien n’est figé dans la structure de la communauté, c’est dans un esprit d’agilité et de souplesse qui a été choisi comme mode de gestion. « Nous sommes avant tout, un territoire d’expérimentation » conclut Pierre Latard, Vice-Président du SICOVAL. 27 Extrait de l’interview du 01 août 2019
  • 43. 39 4.3 L’EXEMPLE DE LA REGION La région a été la dernière structure à entreprendre une démarche de transformation numérique. Comme pour les autres organismes, c’est par le volet de l’open data qu’elle entreprend de se transformer. Compte tenu des expériences des autres entités publiques, la région a très bien compris qu’il était nécessaire de bien s’entourer. Pour cela, elle a réuni à l’issu d’une consultation, le « Collectif Article 15 » pour l’accompagner dans son projet. Ce collectif faisant référence à l’article 15 des Droits de l’Homme et du citoyen28 est composé d’un groupement d’acteurs connus de l’écosystème de l’open data. Après avoir élaboré la stratégie, un plan d’action a été mis en place composé de 2 volets : - Le levier d’innovation interne - La création d’un dispositif fédérateur et d’animation autour des structures publiques et privées engagés ou non dans l’ouverture de l’open data. Le levier d’innovation interne Pour ce 1er volet, il s’agit du déploiement de l’open data au sein du conseil régional. En effet, les décideurs politiques assimilent l’ouverture des données à une action de transformation organisationnelle : « L’ouverture des données est un élément intéressant. C’est dont je suis totalement convaincu. affirme Bertrand Monthubert29 . (…) C’est un levier d’innovation au sein de notre organisation. » ajoute-t-il. Une autre des actions importantes a été la création d’une direction de l’innovation publique avec laquelle la démarche open data est corrélée. En parallèle, plusieurs audits sont menés de front avec la direction des systèmes d’information générale en charge de la donnée. Le but est d’identifier avec les autres services SI dans quelles mesures celle-ci est compatible avec l’ouverture des données (juridique, exploitation, pertinence…) : « Ce n’est pas la même chose qu’ouvrir des données patrimoniales ou des données de transport, précise Pierre Trilles, responsable du service Information géographique et ouverte au Conseil régional. Les enjeux sont organisationnels. La donnée, il y en a partout, mais de quelle qualité, avec quel pilotage de cette qualité ? ». Pour répondre à ces questions, il faut donc se plonger dans le système d’information du conseil régional, pour identifier « dans quelles mesures il est compatible avec l’ouverture des données »30 (anonymisation, traitement qualitatif, format…). Les ambitions portées par les politiques souhaiteraient que le développement technique de l’automatisation des process de l’open data aille très rapidement. Or, il existe des temps impartis indispensable à toute évolution : c’est le changement par l’humain. L’association Open 28 « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration ». – Art 15 Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen 29 Elu et membre du Conseil Régional – Président de l’Occitanie Data 30 Pierre Trilles - responsable du service Information géographique et ouverte au Conseil régional
  • 44. 40 Data France apporte son expérimentation Open data Locale sur l’accompagnement des agents et à la culture de la donnée au sein de l’organisation.  Fédérer et animer Comment fédérer et animer un milieu dans lequel vous êtes le dernier arrivé et sans véritable expérience à priori ? C’est tout l’enjeu de la région où la grande métropole toulousaine, le département de la Haute Garonne et la communauté du SICOVAL ont déjà un rôle d’accompagnateur des nouvelles collectivités. L’argument avancé par l’organisme est les économies d’échelle qui peuvent être réalisées dans le cadre d’opérations de mutualisation. « Il y a de vrais gains financiers à travailler ensemble. Pour croiser les données, cela suppose également de s’être mis d’accord sur des formats partagés, donc, à nouveau, de jouer sur l’intelligence collective.» souligne Bertrand Monthubert. Pour aider la région dans la réalisation de leur projet, la cabinet de conseil nantais Civitéo sera chargé de les accompagner sur cette initiative auprès des autres acteurs régionaux.