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cinemaissue
Cher.e.s lecteurs.trices,
Voici la première édition de Blazé, qui s’affiche sur
Instagram comme “magazine mode, cinéma et plus”...
Et c’est précisément dans ce “et plus”que réside
toute l’inventivité et l’originalité de ce nouvel opus
médiatique. Adrien, Claire, Elena, Emma, Eniola, Manon,
Mathilde, Rikiel … tous.tes ont participé à Blazé, de la
production à la mise en écrit, puis à la scénarisation des
images. Nous tenons à saluer le travail conséquent et
passionné des étudiant.es de l’Université de la Mode,
impliqués dans un projet qui a dépassé le simple stade
de l’exercice universitaire, pour devenir une œuvre
médiatique à part entière. L’université de la Mode,
filière de l’Institut de la Communication au sein de
l’Université Lyon 2, revendique haut et fort sa qualité
de formation publique à travers ses deux diplômes,
la Licence professionnelle Métiers de la Mode et
le Master Mode et communication. Depuis 30 ans
maintenant, nous affirmons notre particularisme dans
un environnement très concurrentiel, en proposant une
formation tournée vers les métiers de la mode et de
la communication. Le magazine Blazé illustre fort bien
la rencontre foisonnante et fusionnelle de ces deux
univers, de ces deux ambiances qui ont en commun des
opposés : la rigueur et la créativité.
Isabelle Hare
Co-Responsable de l’Université de la Mode
Blazé c’est nous, c’est toi, c’est eux : un collectif de
jeunes blasés par les diktats de la mode, curieux
du monde qui les entoure et rêvant de faire bouger
les choses. Le blase définit l’identité, dans toute sa
différence et sa complexité. En anglais, “the blaze” c’est
aussi l’incendie : celui qui brûle en nous et que l’on veut
extérioriser à travers une ligne éditoriale décomplexée,
prônant la good vibe et l’ouverture d’esprit. Plus qu’un
magazine, Blazé représente la mode sous toutes ses
formes par le biais d’identités singulières, témoins de
la réelle diversité de notre société. Parce que la mode
est aujourd’hui plus qu’un business, nous l’abordons
également à travers différents domaines, tout en
dénonçant les enjeux majeurs de la mode actuelle.
Celle-ci traverse les identités, les générations, les
genres et réside dans plusieurs formes d’art : la mode,
c’est la musique des défilés, la Marilyn de Warhol ou
encore le cinéma satirique du Diable s’habille en Prada.
Parfait vecteur de ce que nous voulons dénoncer, le
cinéma est justement le domaine que nous avons choisi
comme thème de ce premier numéro. Alors, si toi aussi
tu es blasé des diktats de la mode, ce magazine est
définitivement fait pour toi.
édito
Et toi, c’est quoi ton Blaze ?
La rédac’
DA:EniolaTELLY
AssistantDA:AdrienMARIE
Stylisme:SophieVALERO
Photographe:ElisabethPALCY
« Quand je fais une robe c’est un scénario (...) presque
une histoire » disait Yves Saint-Laurent. Si le couturier
était connu pour son amour du cinéma, il est loin d’être
le seul à avoir contribué à cette liaison fructueuse
entre mode et 7ème art. Ces deux mondes liés par la
production du rêve s’associent depuis plus d’un siècle,
et ce au plus grand bonheur de nos pupilles.
mode et cinéma :
l’histoire sans fin
Manon Le Roy Le Marrec
©Captured’écran,Deuxtêtesfolles,1962
Si cette histoire d’amour entre mode
et cinéma semble sans fin, elle a bien
commencé quelque part. D’après
Laurent Cotta, conservateur au Palais
Galliera,« toutcommenceàParis(...)avec
des grandes maisons de couture comme
Worth et Doucet qui se chamaillent
pour avoir les grandes comédiennes
de l’époque et entre autres Réjane. On
situe ça à la toute fin du 19e siècle au
début du 20e siècle. ». Le phénomène
de red carpet commence alors avec de
grandes actrices de théâtre qui vont être
la signature de ces deux maisons de
couture et seront représentées dans tous
les magazines de mode de l’époque. Un
commencement par le théâtre donc.Une
fois les comédiennes passées devant
une caméra avec les débuts du cinéma,
ces dernières portaient à l’écran des
vêtements tout droit sortis des salons de
couture. Le début d’une idylle sans fin.
Lorsque l’on évoque mode et cinéma,
de nombreuses icônes nous viennent
évidemment en tête : Audrey Hepburn
et sa robe noire iconique dans Breakfast
at Tiffany’s, Marilyn Monroe, Marlene
Dietrich, etc. La liste est longue. Ces
icônes féminines représentaient le
glamour, le chic ou encore l’audace,
grâce à leur attitude mais surtout leurs
tenues couture et sur-mesure. Le cinéma
a ainsi donné naissance à de nombreux
duo couturiers/actrices.De Saint-Laurent
et Deneuve à Givenchy et Hepburn : ces
associationsontcontribuéàdevéritables
chef-d’oeuvres cinématographiques où
le vêtement jouait littéralement un rôle.
Les créateurs profitaient alors d’une
forme de publicité unique grâce à ces
stars qui incarnent la femme de leur
époque : Lauren Bacall a imposé le
New Look de Dior dans les années 50
et Brigitte Bardot, véritable incarnation
de son époque, a lancé la vichymania
dans les années 60. Aujourd’hui Monica
Bellucci (ayant commencé sa carrière
à Dolce & Gabbana), Nicole Kidman
ou encore Charlize Theron restent les
incarnations des valeurs des créateurs et
marques de mode qu’elles représentent.
À la fin du XXe siècle, le défilé de mode
prend un tout autre tournant. Finis les
salons silencieux ou chaque modèle
portait une pancarte numérotée suivant
son look. Le défilé devient un spectacle
à part entière : musique, chorégraphie,
lumières. Ces shows filmés et diffusés
dans le monde entier prennent une
véritable dimension cinématographique
avec des couturiers comme Alexander
McQueen, Thierry Mugler ou encore
Jean-Paul Gaultier. En concordance
avec le phénomène de mondialisation,
la relation entre le monde de la mode
et le cinéma devient de plus en plus
fructueux. Les actrices deviennent
égéries publicitaires ou sur les red carpet
(le festival de Cannes est un événement
aussi mode que cinéma),des réalisateurs
reconnus tournent des courts-métrages
pour des marques (récemment Wes
Anderson pour H&M) et des affiches de
films cultes sont imprimés sur des milliers
de t-shirt (et même chez Calvin Klein qui
a dernièrement rendu hommage aux
Dents de la mer). Ces deux arts sont
donc à jamais liés par l’amour du rêve…
et de l’argent.
Histoire…
d’amour
De la couture à
la pop culture
Icônes et
couture
©RéjaneenDoucet,1902
©Captured’écran,Belledejour,1967
les oscars de la rédac :
quand les femmes sont
à l’honneur
Claire Baudy & Agnès Quenardel
Cet article est dédié à toutes les femmes qui
combattent, celles qui témoignent, les oubliées de
l’Histoire et celles qui la forgent. Le cinéma est un
moyen de raconter toutes ces histoires, d’en apporter
une relecture comme porte-voix symbolique qui
s’inscrit dans la grande Histoire. À l’aube de la 91e
Cérémonie des Oscars qui a eu lieu le 24 Février
dernier, nous souhaitons nous aussi récompenser et
mettre en lumière certains films plus ou moins récents.
« Édition spéciale
Mesdames et messieurs, nous vous souhaitons la
bienvenue aux Oscars de la Rédac
Quand les femmes sont à l’honneur »
Catégorie Combat Politique
Bahar dans Les filles du soleil
Une seule nuit a changé à jamais le
destin de Bahar, notre héroïne vivant à
Sinjar, ville du Kurdistan Irakien. Une nuit
affreuse où les djihadistes sont entrés
dans la ville, massacrant ses hommes,
enlevant ses femmes, capturant ses
enfants, Bahar est enlevée et vendue
au marché aux esclaves à différentes
familles de djihadistes. Un jour, elle
réussit à s’enfuir et décide de rejoindre
une armée d’anciennes captives de
Daesh : Le bataillon des Filles du soleil.
Ce sont des guerrières qui se battent
pour leur pays, pour la liberté, en
Catégorie Combat Culturel
Leila dans La source des femmes
Leila vit dans un village reculé du Maroc,
un endroit où la tradition est de laisser
aux femmes la tâche de puiser l’eau
pour le village. Seulement, la source
se trouve en haut d’une montagne par
un accès très dangereux qui demande
aux femmes un effort quotidien
considérable. La plupart d’entre elles
ont fait une fausse couche sur cette
montagne à cause d’une chute, du poids
de l’eau ou de la chaleur assommante.
Lorsque Leila assiste à la fausse couche
d’une de ses amies, sa lutte commence.
Il est temps de bouleverser les traditions
pour que les hommes apportent enfin
l’eau au village, afin qu’aucun autre
drame ne se produise.
« Un homme tué par une femme n’ira pas
au paradis »
« La femme, la vie, la liberté »
mémoire de leurs proches qui ont été
tués et dans l’espoir de retrouver des
proches enlevés.
Ce film parle aussi d’une rencontre entre
Bahar et Mathilde, reporter française
venue couvrir les faits. Ce sont deux
femmes, deux cultures, deux façons de
combattre, mais le même espoir, celui
de voir le Kurdistan libéré de Daesh.
Aidée d’une amie, Leila lance la grève de
l’amour, espérant obtenir cette arrivée
d’eau au village. L’arme de ces femmes
devient leur propre corps, luttant
contre les traditions et le système de
hiérarchisation de la parole. Cette lutte
ne sera pas sans embûche, mais Leila
a la chance d’avoir le soutien de son
mari, même si celui-ci devient la risée
des autres hommes. Venant d’un autre
village, Leila est toujours considérée
comme étrangère : ce film questionne
également cette position d’étranger,
de l’acceptation de « l’autre » par une
communauté.
©Capture d’écran, La source des femmes, Radu
Mihaileanu, 2011
©Capture d’écran, Les filles du soleil, film d’Eva
Husson, 2018
Catégorie Combat Social
Audrey dans les Invisibles
Ce sont des sur-femmes qui tentent
simplement de survivre. Audrey et
Manu, suite à la décision municipale de
fermer le centre Envol, décident de se
battre pour ces femmes, même s’il faut
contourner le système. Audrey, c’est
celle qui comprendra qu’en chacune de
ces femmes il y a des qualités endormies.
Elle fera tout pour qu’elles s’en sortent
et pour les rendre visibles aux yeux de
la société quitte à s’oublier elle-même.
Audrey, dépassant souvent son rôle de
travailleuse sociale, va pousser dans
son combat les femmes de l’Envol à
s’envoler.
Catégorie Combat Identitaire
Lili Elbe dans Danish Girl
Danish Girl raconte l’histoire de Lili Elbe,
née Einar Wegener et de son combat
pour devenir ce qu’elle a toujours été
: une femme. Nous sommes dans les
années 1920 à Copenhague, Einar
Wegener et sa femme Gerda sont tous
les deux peintres. Un jour, le modèle de
Gerda n’est pas disponible pour poser,
Einar prend alors la place de la danseuse
et se découvre une très forte attirance
pour les vêtements de sa femme.
Plus l’expérience se réitère, plus Einar
se prend au jeu du travestissement.
Lorsqu’il porte ces vêtements, Einar
adopte le prénom de Lili, surnom donné
par la danseuse lorsqu’elle l’a aperçu
habillé en femme. Gerda et Lili sortent
dans des bals, présentant Lili comme la
cousine de Gerda.
©Capture d’écran, Danish Girl,Tom Hooper, 2015
Ce qui ne semble être qu’un jeu au
départ devient une véritable quête
identitaire pour Lili qui se révèle ne pas
être qu’un simple personnage pour
Einar, mais sa réelle identité. Ce film met
en avant le combat introspectif de Lili,
mais aussi celui de Gerda qui, une fois
résolue à sauver leur relation amoureuse,
la soutient dans ses démarches
jusqu’aux opérations auxquelles elle
finira par succomber. Malgré quelques
détournements de la véritable histoire
de Lili Elbe, ce film reste très réaliste et
fera désormais parti de notre classement
de films cultes. Pour l’histoire, Lili Elbe
est reconnue comme étant la première
transgenre à avoir eu recours à une
opération de réassignation.
Les invisibles, ce sont toutes ces
personnes que nous croisons tous les
joursdanslaruemaisquenousnevoyons
plus. Ce film réaliste (mais jamais dans le
pathos) retrace un instant de l’histoire de
ces femmes qui, à un moment donné de
leur vie, ont dû faire face aux injustices
de la société. Au sein de l’Envol, centre
d’accueil de jour, elles retrouvent un
soutien, un cadre de vie et de l’écoute.
Celles qui prennent le pseudonyme de
Lady Di, Beyoncé ou encore Brigitte
Bardot, leurs idoles féminines, sont
autant touchantes qu’attachantes par
leur simplicité et leur humanité.
©Capture d’écran, Les invisibles, Louis-Julien Petit,
2018
connaît un grand succès que ce dernier
va s’approprier, laissant Colette dans
l’ombre. S’ensuit Claudine à Paris où
le personnage devient une véritable
marque, une image qui parle à de
nombreuses femmes. C’est lorsque
Colette écrit Claudine en ménage que
l’écrivainevaimplicitementsevengerdes
tromperies de son mari. Durant ce film,
Colette va progressivement questionner
son rôle d’épouse mais surtout son
rôle de femme et celui de la femme
en société. A travers des rencontres et
des liaisons majoritairement avec des
femmes, elle va vouloir vivre de son art
en toute liberté et devenir une femme
indépendante, non plus sous la tutelle
d’un homme.
Catégorie Combat Intellectuel
Gabrielle Sidonie Colette dans
Colette
Mademoiselle est un film coréen d’une
rare beauté cinématographique où la
mort, le sexe et la trahison n’ont jamais
été aussi bien conjugués. L’intelligence
de ce thriller, qu’elle soit visuelle ou
narrative, réside dans le fameux diction
« les apparences sont trompeuses ». Le
pitch : durant les années 30, en Corée,
Sookee, jeune femme innocente mais
rebelle est engagée comme servante au
service de Mademoiselle, Hideko, qui est
elle-même au service de son maître (son
oncle) sadique et mégalomane pour lui
faire des lectures. Sookee, nourrie par
un désir de fuir son pays, accepte ce
Catégorie Combat Amoureux
Mademoiselle
Gabrielle Sidonie Colette, jeune fille
rebelle et indépendante va connaître
l’amour avec le critique littéraire, écrivain
et entrepreneur Willy, grand séducteur
de la Belle Époque. Grâce à lui, elle va
découvrir toute l’effervescence artistique
parisienne et mondaine, terre inconnue
pour elle. Suite aux difficultés financières
que traverse la maison d’édition de son
époux, Gabrielle va commencer à écrire
des histoires basées sur son enfance
à travers le personnage de Claudine.
Mais parce que Willy va les juger «
trop féminines », Gabrielle va rayer son
prénom du livre pour ne laisser que
« Colette » qui va devenir son unique
appellation. Claudine à l’école, son
premier livre signé sous le nom de Willy,
©Capture d’écran, Colette, Wash Westmoreland, 2018
©Capture d’écran, Mademoiselle, Park Chan-wook,
2016
service qui n’est autre qu’un stratagème
planifié par un escroc se faisant passer
pour un comte japonais dans un seul
et unique but : récupérer l’important
héritage de Mademoiselle. Si vous
regardez ce film, ne soyez pas surpris, ce
résumé ne représente qu’un seul aspect
de l’intrigue. La magnifique Hideko va
être bien moins naïve que ce que les
apparences nous laissent à penser et
va finalement être la maîtresse de ce
jeu passionnel. Elle va profiter et jouer
de sa beauté pour parvenir à ses fins :
gagner sa liberté et son indépendance
amoureuse.
tendance Disney
dans la mode :
nostalgie, quand tu
nous tiens..
Que celui qui n’a jamais été émerveillé devant un
film Disney me jette la première pierre ! Walt Disney
était un précurseur dans le cinéma d’animation et
pressent dès les années 1920 l’avenir commercial du
genre. Si le cinéaste américain est aujourd’hui connu
internationalement pour ses inévitables happy ends
et ses cartoons mémorables, plusieurs industries se
sont servies du filon instauré par Disney pour en faire
des objets commerciaux. On compte parmi elles le
merchandising,la décoration,les jouets pour enfants…
et la mode. Disney et l’industrie textile semblent
effectivement liés par une histoire d’amour sans fin !
Emma Roesslinger
L’industrie de la mode a rapidement été
fascinée par Disney. Si les créateurs lui
trouve d’abord une fonction émotive,
les personnages de Walt Disney se sont
vite avérés être des atouts graphiques
et commerciaux pour les marques.
Commençons par ce constat : Mickey
est la première licence dans le monde,
tous domaines confondus. On peut dire
que Walt Disney avait le nez fin ! Mais
comment expliquer un engouement
aussi prononcé pour le merchandising à
la petite souris ? Il semblerait avant tout
que l’usage de produits Disney soit une
tendance non seulement récurrente,
mais surtout transgénérationnelle.
Adieu les sweats et les t-shirts à effigie
exclusivement pour les petites filles,
Disney se retrouve également dans
les garde-robes adultes, aussi bien
féminines que masculines. Que ce soit
sur les accessoires ou les vêtements,
Disney apparaît comme témoin d’une
réelle tendance régressive. Porter des
tenuesfloquéesdelamarqueaméricaine
est rassurant pour les adultes : on garde
son âme d’enfant tout en cultivant le
souvenir, la nostalgie et le rêve procurés
par les films que l’on regardait petit.
Porter des vêtements Disney c’est
aussi la volonté de ne pas se prendre
au sérieux : à l’heure du chic et des
paillettes dans une société un peu
(trop ?) prise de tête, ces pièces
audacieuses permettent de s’extraire
des carcans de la mode en une pirouette.
Entre fonction émotive, graphique
et commerciale
Disney se porte au second degré pour
casser les diktats hyper-contrôlés de la
mode. Mais attention au dosage ! Bien
qu’un t-shirt à l’effigie de Mickey soit fun
etdécalé,ilfautleporteravecparcimonie
pour éviter l’effet too much. Et beaucoup
de créateurs l’ont compris puisque
l’accessoire Disney est la pièce parfaite
pour twister une tenue simple, sans trop
la charger ! C’est d’ailleurs justement
pour cette raison que les marques dans
l’industrie de la mode affectionnent
particulièrement l’univers Disney : du
côté graphique, les personnages sont
visuellement intéressants par leurs
dessins tout en rondeurs. Plusieurs
créateurs ont d’ailleurs travaillé dans
cette veine en ajoutant un effet vintage
aux produits grâce à des effets texturés
ou d’usure, pour faire le parallèle entre
le Mickey rétro des années 30 et le style
d’aujourd’hui. Aussi, un aspect important
(et pas des moindres) pour les marques
et la mode : la fonction commerciale
qu’engendre l’utilisation de motifs
Disney dans les productions. Parce que
oui, Disney fait vendre ! La mode est
avant tout une industrie dont les chiffres
sont primordiaux. Et depuis 2011, la
licence Disney s’est étendue dans tous
les domaines (puériculture, déco, et bien
sûr mode) et l’on peut dire que le marché
bat son plein : la fonction émotionnelle
fait état d’un marché qui touche aussi
bien les enfants que les adultes. Et plus
la cible est large, plus les ventes sont en
hausse.
©CollaborationTheJungleBookxKenzo
2018 était une année de fête pour tous
les amoureux de Disney car celui-ci fêtait
ses 90 ans ! Bien entendu, c’est avec de
nombreuses collaborations mode que
cetanniversaireaétécélébrédignement.
Lacoste était sur le coup puisque la
marque elle-même fêtait ses 85 ans. Et
quoi de mieux qu’une collection capsule
Lacoste x Disney autour d’une joyeuse
partie de tennis pour mettre les deux
marques à l’honneur ? Pour ce faire,
le géant au crocodile a créé 30 pièces
pour sa collection Automne-Hiver 2018
dans laquelle les graphismes exclusifs
et sur-mesure faisaient référence à la
célèbre souris. Vêtements, sneakers ou
encore maroquinerie, aucune pièce n’a
été en reste. Autre collaboration qui a
fait du bruit l’année passée : Moschino
x H&M dont les imprimés Disney vintage
n’ont laissé personne indifférent. Les
personnages ont tordu le cou à leur
image lisse habituelle : sur les pièces de
la collection capsule, on les voit habillés
et coiffés comme sur les défilés avec
tenues streetwear, chaîne et casquette à
l’envers.
Ces créateurs qui ont adopté le
look Disney
C’est depuis 2012 que l’on assiste à une
montée en puissance de Disney dans
le secteur de la mode. Les marques ont
bien compris que c’est une tendance
perpétuelle qui ne cesse de toucher de
plus en plus de monde.À l’époque,Jean-
Charles de Castelbajac initie Disney à
l’industrie de la mode en faisant appel à
Louboutin pour créer le rêve de milliers
de jeunes filles après avoir découvert
Cendrillon : un véritable soulier de verre.
Si celui-ci n’était ni en verre comme chez
Disney, ni en vair (fourrure d’écureuil)
comme dans l’histoire initiale, le soulier
n’a en aucun cas perdu de sa superbe
puisqu’il a été fabriqué en dentelle et
cristaux Swarovski. N’en déplaise aux
aficionados de trésors uniques de ce
genre, les souliers de verre de Louboutin
n’ont pu être portés, mais à l’époque ils
ont été exposés au Palais Brogniart à
Paris. L’année suivante, en 2013, c’est le
parc éponyme Disneyland qui fait entrer
la mode en son sein. Un défilé célébrait
les 20 ans du parc et pour l’occasion,
tous les personnages étaient habillés en
costumes de créateurs. On pouvait ainsi
trouver une Minnie en robe de soirée
Lanvin,une Cendrillon vêtue d’une tenue
signée Sister by Sibling ou encore une
Blanche-Neige en Alexander Terekhov !
De quoi faire perdurer la magie Disney
pour bien longtemps encore dans les
yeux des spectateurs cette année-là.
En 2017, de nombreuses collaborations
Disney ont vu le jour dans l’industrie de
la mode. À l’occasion de la réadaptation
cinématographique du Livre de la
Jungle par exemple, Kenzo signe
cette année-là une collaboration avec
Disney. Sur les sweats, le fameux tigre
Kenzo est remplacé par Sheer Khan
et l’on peut retrouver plusieurs pièces
avec les personnages et les décors du
film. De façon plus subtile, le designer
Michael Anthony dessine la même
année des robes de princesses version
2017 : il transforme la robe iconique en
pantalon et de façon générale, remplace
les longues traînes par des vêtements
haute-couture et modernes. Le message
du designer ? Montrer des femmes
fortes et indépendantes, bien dans leur
temps (et leurs vêtements). L’année 2017
est également marquée par l’accord
pluriannuel entre Pandora et Disneyland
Paris : la marque a créé une collection
d’alliances exclusives avec des charms à
l’effigie des célèbres personnages. Les
bijoux pouvaient être achetés dans le
parc - et on ne doute pas que les envies
de mariage ont été nombreuses cette
année-là !
Les designs, rétros et originaux, sont tout
de même restés fidèles à l’esprit coloré et
décalé de Moschino. 2018 a également
sonné les 40 ans de Shiatzy Chen : pour
célébrer cet anniversaire, la marque
taïwanaise s’est associée à Disney lors
de la Fashion Week parisienne et a
présenté une collection de vêtements
et maroquinerie faisant la part belle au
plus célèbre couple de souris, Mickey et
Minnie.
Vous l’aurez compris, l’univers Disney
n’a cessé d’inspirer les marques pour
créer des pièces aussi décalées que
vintage. En 2018, d’autres marques
ont également tenu à fêter le 90ème
anniversaire de Mickey et parmi eux
on compte notamment Bershka,
Calzedonia, Claire’s, Vans ou encore
Levi’s. Mais si l’année passée était
synonyme de célébration et de fête, une
chose est sûre, dans les années à venir,
la mode n’a pas fini de nous faire rêver
grâce à Disney !
©CollaborationMoschinoxH&M
et si Edna Mode avait
prédit l’avènement du
streetwear de luxe ?
« I never look back dahling, it distracts from the now »
Adrien Marie
Illustration:LouiseLIVET
Le luxe se rend compte très rapidement
quesilajeunessepeutdépenserde200à
400€, voire plus, pour des sneakers chez
Nike, elle peut très certainement le faire
chez Dior ou autres. L’un des premiers
à se rendre compte de ces nouvelles
opportunités sera Riccardo Tisci, qui
entre chez Givenchy en 2005. L’italien
réussira là où les plus grands (pensons
à McQueen par exemple) auront échoué
lorsqu’il impose une esthétique à la fois
gothique, catholique et urbaine à la tête
de cette maison de couture historique
qui brille avant tout par son artisanat.
Multipliant les relations avec la scène
hip-hop qui pose désormais pour lui,
Tisci introduit pour la première fois
cette idée de l’urban-luxe, avant d’être
suivi progressivement par pléthore de
designers comme Karl Lagerfeld à la
fois chez Chanel et Fendi pour ne citer
que lui. Difficile d’imaginer également la
montée d’une marque comme Proenza
Schouler,qui se spécialise exclusivement
dans l’urban-luxe.
Les limites entre prêt-à-porter de luxe
et grande distribution ne finissent de
se brouiller, puisque le luxe intègre
de plus en plus la logique qui a fait le
succès de Nike. Tisci est promu à la tête
de la création de Burberry en 2018 afin
de ramener la marque britannique sur
les rails de la rentabilité en y insufflant
une nouvelle stratégie, dirigée vers
les nouveaux consommateurs du luxe.
C’est ce que note le journaliste Pierre A.
M’Pelé dans sa critique de la collection
Hiver 2019 pour le magazine Love, tout
simplement titrée « Welcome to the
New Burberry, Where Everyone Will Find
Everything ». La boucle semble bouclée.
Qui aurait osé imaginer un designer
comme Virgil Abloh à la tête des
créations masculines chez Louis Vuitton
en 2004 ?
Edna Mode, probablement.
Si cette phrase paraissait totalement
bénigne en 2004, la relecture en 2019
de ce grand classique Pixar que sont Les
Indestructibles témoigne des influences
qu’entretient le film d’animation sur la
mode, notamment lorsqu’il s’agit de
streetwear.
Edna Mode, au premier abord, rassure
mais fait également grincer des dents,
se révélant ainsi être un excellent
stéréotype pour le cinéma grand public,
dont le but est de réunir les différentes
audiences autour de représentations
dans lesquelles le plus grand nombre
peut se retrouver.
Nesoyonsdoncpassurpris.esd’observer
que Brad Bird a puisé son inspiration
d’une grande lignée de carrés : Anna
Wintour pour la fashion credibility, Linda
Hunt pour l’insolence ou Edith Head
pour l’amour du costume bien fait. Le
personnage semble être suffisamment
bien rodé pour survivre là où d’autres
ont peut-être sombré (Meryl Streep we
still love you), en ne quittant pas le stade
du cliché. Sous les catch-phrases se
cachent de véritables inspirations et sous
l’attitude se cache une réelle vision. Une
vision du vêtement pour celleux qui le
portent. Le succès d’Edna dans la mode
réside dans sa capacité à répondre aux
différents besoins et contraintes de sa
clientèle : que ce soit un costume super
extensible pour Elastigirl, survivant
aux températures les plus négatives
pour Frozone ou accompagnant les
mouvements les plus rapides de Flèche.
Le vêtement tel qu’il est créé par ‘E’, ne
trouve sa gloire que s’il accompagne
un mode de vie. En 2004, Edna Mode
cristallise donc un nouveau phénomène
qui dictera profondément la dynamique
de tout un secteur économique dix ans
plus tard.
La mode du début des années 2000 est
dominée par des créateurs dont la seule
optique était d’entretenir à tout prix
l’exclusivité des produits de luxe. Des
produits qui, par définition, ne circulent
pas et donc ne prennent pas en compte
différents modes de vie puisqu’ils n’ont
pas à le faire. On pense par exemple à
un Tom Ford à l’esthétique ultra-supra
luxueuse chez Gucci ou Hedi Slimane
qui habille l’underground parisien de ses
skinny jeans et autres vestes étriquées en
cuir four-figures chez Dior ou encore à un
John Galliano et son amour de l’excès en
Couture. La jeunesse, que les grandes
marques de luxe ne convoitent pas
encore, se concentre sur le streetwear
omniprésent dans la rue, au grand
plaisir des différents équipementiers.
Le leader mondial Nike, voyant une
opportunité, développe une nouvelle
stratégie se rendant bien compte qu’il
devait accompagner des personnes
dans différents modes de vie. Aussi,
la stratégie de Just Do It dit Nike, vise
désormais à vendre la performance, en
veillantàenglobertouteslesconceptions
de cette dernière que peut avoir une
clientèle en quête de différenciation
loin de cette fausse universalité que
vend le luxe. L’équipementier américain
multiplie les collaborations fructueuses
avec les figures qui motivent la
jeunesse de l’époque (Serena Williams,
Cristiano Ronaldo…) et rencontre son
public en lui proposant des produits
adaptés, comme une ligne destinée
aux personnes invalides. Nike assumera
également un hijab de sport pour sa
clientèle musulmane dans un climat
islamophobe. Bisous à toi Décathlon !
mais qui a peur des
méchant.e.s ?
Ce n’est un secret pour personne : le
sens commun accorde une mauvaise,
voire très mauvaise image à la mode.
Faites l’effort vestimentaire de trop,
et tout à coup l’apparence prend le
dessus sur vos qualités morales et/ou
intellectuelles. Mais qui a peur de la
mode ?
Dans son ouvrage Sociologie de la
mode, Frédéric Godart remonte le
temps et l’histoire pour nous expliquer
les fondements de cette « peur » de
l’apparence et du vêtement. Il ne faut
pas chercher la réponse trop loin, nous
apprend-il. Comme elle a dicté à travers
les époques l’organisation des sociétés
occidentales judéo-chrétiennes, la
religion est aux fondements de cette
représentation de la mode et de
l’apparence. En effet, la Bible assimile
le vêtement au péché originel, et donc
à l’origine du mal, quand Adam et Ève
se couvrent les parties génitales d’une
feuille de vigne après leur chute.
C’est dans un second temps la tradition
gréco-romaine qui condamne la mode,
révélatrice de la vanité de l’humain.e.
C’est l’idée que développe Pline l’Ancien
à travers une critique acerbe de métaux
précieux, condamnant l’âme humaine.
Platon surenchérit lorsqu’il dénonce
la mode et les excès de luxe qu’elle
entraîne, comme source de perversion
de l’activité philosophique.
Il faudra attendre le XXe pour que Kant
vienne mettre un peu d’eau dans son
vin en nous disant que la mode n’est
pas mauvaise si elle est pratiquée avec
modération. Donc range vite le bout de
chemise que tu as volontairement laissé
dépasser de ton pantalon !
Cette défiance face à la mode et à
l’apparence en général n’échappera
pas au cinéma à travers les époques.
Pour se garantir une certaine rentabilité,
les grands studios doivent rassembler
le plus grand nombre de spectateurs
devant leurs films. Rien de mieux qu’un
arc narratif « bien vs mal » pour réunir les
gens au cinéma derrière des héros et/
ou héroïnes. qui rassemblent toutes les
qualités morales possibles, contre des
méchant.e.s qui représentent tout ce
qu’il ne faut pas être ou faire. Et c’est ici
que la défiance populaire face à la mode
intervient. Avez-vous remarqué que les
méchant.e.s étaient toujours les mieux
vêtu.e.s ?
La mode n’est jamais le souci de l’héros/
ïne puisqu’il est souvent occupé à vaincre
le mal pour le bien commun. Par contre,
l’apparence est au cœur de la vie du/de
la méchant.e, dont la vie n’est dictée que
par une envie de plus de pouvoir ou de
gains.
Soyons honnêtes, si Harry Potter,
Hermione Granger ou Ron Weasley sont
méga sympas, il n’empêche que les trois
sont super mal fringués ! Veste de survet’,
t-shirt tout simple et jean ou pantalon
chinon sont l’apparat du groupe. À côté,
on trouve Voldemort qui porte une robe
ample au col croisé avec un pardessus
aux manches chauve-souris ou encore
Bellatrix Lestrange, qui porte une robe
bustier avec des jeux de dentelles et
autres ornements. Les intentions sont
certes discutables, mais au moins les
méchant.e.s prennent des jours off pour
faire du shopping fabuleux !
Adrien Marie
OSERIOUS?WHYSOSERIOUS?WHYSOSERIOUS?WHYSOSERIOUS?WHYSOSERIOUS?WHYSOSERIOUS
DA:ElenaAknan
Photographes:AbigailHumphreyetMaximeBoudehane
MUA:ClaraMachenaud
mode satirique au
cinéma :
entre fascination et
mépris
Emma Roesslinger
La mode, la mode, la mode… Un monde de paillettes
et de rêve qui en fascine plus d’un, dont les cinéastes.
Tiraillés entre admiration et mépris pour l’univers de la
mode, les réalisateurs apprécient mettre en lumière ce
microcosme complexe à travers le cinéma satirique.
Parfois issus de la mode avant de s’être tournés vers
le cinéma, les réalisateurs se jouent des codes du
monde de la mode en les caricaturant à outrance. Mais
bien que ces films s’apparentent souvent plus à des
comédies légères qu’à de réelles satires, que cachent-
ils dans leur interprétation cynique de la mode ?
©Capture d’écran, Le diable s’habille en Prada, 2006
Si les réalisateurs choisissent de
caricaturer la mode à travers leurs
films, c’est bien d’abord dans le but de
dénoncer la superficialité du milieu.
Parce que oui, ce n’est un secret pour
(presque) personne, la mode, c’est
avant tout un monde d’apparences, et
d’apparences souvent trompeuses…
Bien entendu, ce qui fascine dans la
mode, c’est la beauté. Les mannequins
sont sublimes, les fêtes fabuleuses et les
défilés somptueux. Mais que reste-t-il
lorsque les masques tombent et que les
stroboscopes s’éteignent ? Beaucoup
de réalisateurs ont voulu donner une
réponse à cette question,certes de façon
caricaturale, mais non moins réaliste.
D’un côté, la superficialité intellectuelle
des mannequins est jugée par l’oeil
mordant de Ben Stiller dans Zoolander
en 2001 : son personnage éponyme n’est
autre qu’un mannequin hyper looké dont
le QI ferait se retourner Einstein dans sa
tombe. Certes, le cliché est très (trop ?)
poussé à l’extrême, mais si Stiller ne fait
pas d’une généralité le cas Zoolander, il
veut montrer l’importance excessive de
la beauté dans le mannequinat, parfois
au détriment de l’intellect. De l’autre
côté, Ben Stiller souhaite dénoncer un
univers gouverné par la sexualisation
des mannequins.
Une échappatoire à la
superficialité...
Frédéric Beigbeder dans son Idéal sorti
en 2016, semble partager ce sentiment
d’un monde sexiste et glauque à travers
son film retraçant le parcours d’un
«modelscout »,véritabletêtechercheuse
d’une nouvelle égérie pour la prochaine
campagne L’Idéal (comprenez, L’Oréal).
Le postulat est simple : il lui faut trouver
une (très) jeune fille de 15 ans, au visage
frais et au corps ingénu en écumant des
fêtes où alcool et autres drogues coulent
à flots. Si à bien des égards, le tableau
dépeint semble trop cliché pour être
vrai, Beigbeder fait en fait état de ce qu’il
a pu observer au cours de ses années
passées dans le milieu de la mode, à
travers son poste de directeur de la
rédaction du magazine Lui. En bref, nous
avons bien compris que les apparences
sont trompeuses et c’est justement
pour aller au-delà que les réalisateurs
choisissent aussi de s’intéresser au
monde de la mode. Cela passe parfois
par la façon même de filmer les images.
En 1966, William Klein signe ainsi une
satire de la mode à travers Qui êtes-vous
Polly Maggoo ? En filmant des images
parfaitement cadrées et soignées
tout en montrant l’envers du décor du
mannequinat. La première scène du film
est d’ailleurs justement captée à l’arrière-
scène d’un défilé.
La superficialité de la mode passe
aussi par la place colossale occupée
par les diktats de la beauté. Là encore,
il faudrait habiter au fin fond de
l’Himalaya pour ne pas être au courant
des pratiques imposées par l’industrie
de la mode. Dans leurs films satiriques,
les réalisateurs souhaitent justement
dénoncer ces usages au profit de
l’acceptation de soi et du caractère
moins restrictif de la beauté. Encore
une fois, le Zoolander de Ben Stiller
fait témoin de diktats à abattre (critères
physiques irréprochables, être parfait
dans n’importe quelle circonstance)
tout en véhiculant le message que l’on
peut admirer des icônes de mode sans
pour autant accepter les critères de
beauté subjectifs imposés. Bien que le
film soit sorti en 2001 et qu’aujourd’hui,
la tendance soit de plus en plus à
l’acceptation de soi (bodypositivism,
mannequin transexuel(le), physiques
atypiques, etc.), il est vrai que le diktat
de la mode reste un sujet sensible dans
cette industrie.
...et aux diktats (éphémères) de la
beauté
Pourtant, la définition de la beauté
va toujours de pair avec une époque
et ses tendances, d’où son caractère
éphémère. La sortie de Zoolander par
exemple a marqué la fin de l’époque des
Supermodels (Linda Evangelista, Christy
Turlington et Naomi Campbell, rejointes
par Cindy Crawford, Claudia Schiffer et
Tatjana Patitz), époque durant laquelle
les mannequins étaient de vraies stars.
Stiller montrait donc à travers son film
qu’une fois de plus, la célébrité de ces
beautés étaient éphémères et surtout
arbitraires puisque bien qu’elles restent
ancrées à cette image de « superstars »
des années 90, même les Supermodels
ont été remplacées par des visages
plus mainstream à chaque décennie
traversée. De façon plus générale, les
cinéastes satiriques sur la mode désirent
montrer le caractère éphémère du
monde de la mode tout entier car ce
ne sont pas seulement les mannequins
qui sont rapidement remplacés mais
aussi les tendances, les vêtements et les
créateurs eux-mêmes.
À travers leurs oeuvres satiriques,
les cinéastes vendent du rêve aux
spectateurs. Ils dépeignent une réalité
magique relayée par les médias. Ceux-
ci sont pourtant vecteurs d’une certaine
manipulation : ils choisissent les images
qui feront du monde de la mode un
univers où le succès et la richesse
semblent régner. Cette manipulation
médiatique, William Klein désirait
la dénoncer dans sa satire Qui êtes-
vous Polly Maggoo ?, sorti en 1966. La
référence date d’il y a 50 ans, pourtant
le sujet est encore bien d’actualité.
Dans le film, une émission de télé suit
les pérégrinations de Polly Maggoo,
jeune mannequin en plein essor. Le
documentaire, et donc la télévision,
sont en fait ici les vrais protagonistes
de l’oeuvre : Klein nous montre bien
que c’est grâce au montage des
images filmées pour l’émission que
le spectateur peut découvrir le rêve
éveillé vécu par Polly. Le documentaire
dit représenter la réalité, qui n’est en
fait qu’une once de la vraie vie vécue
du mannequin. Les médias manipulent
ainsi les spectateurs pour faire croire
à des vies extraordinaires vécues par
des gens finalement ordinaires. Si les
mannequins sont d’autant plus adulés
à travers ce type d’images médiatiques
véhiculées, le problème d’une réalité
biaisée semble toucher tous les métiers
de la mode : styliste, directeur artistique,
journaliste, etc. La mode est un monde
professionnel qui semble faire rêver.
Vendre du rêve au détriment
d’une réalité professionnelle
Si dans Zoolander l’ensemble des
personnages sont des caricatures d’eux-
mêmes (couturier,assistant,mannequin),
le film le plus satirique sur le sujet reste
le cultissime Le diable s’habille en Prada
de David Frankel (2006). Le réalisateur
n’y va pas de main morte pour dénoncer
le harcèlement moral dans le monde
de la mode : l’imbuvable Miranda
Priestly n’a de cesse de demander à
Andrea, l’assistante rédactrice, des
tâches toujours plus insensées à réaliser
pour engendrer un climat de stress
et soi-disant de productivité. Allez-y
pour trouver le dernier manuscrit Harry
Potter pas encore publié ! Bien que
Frankel utilise la mode comme terrain
de jeu, le réalisateur brosse en fait le
portrait d’une cruauté facile dans le
monde du travail en général. La satire
est facétieuse, mordante, pour en fait
dénoncer une brutalité mercantile du
milieu professionnel - notamment dans
le monde de la mode. Toutefois, Le
diable s’habille en Prada est aussi une
ode à la femme active : celle pour qui
son job est très important et qui a des
responsabilités.
	
Vous l’aurez compris, la satire mode
au cinéma, ça dénonce beaucoup, ça
fait rire beaucoup… mais ça reste aussi
avant tout une fiction ! Alors même si
une part de vérité vécue a sa place dans
les oeuvres des cinéastes, ne jamais
oublier que le rire est un bon moyen de
relativiser beaucoup de sujets et surtout,
de prendre un certain recul par rapport
à une industrie aussi complexe que
fascinante.
©Captured’écran,Quiêtes-vousPollyMaggoo?1966
©Captured’écran,Zoolander,2001
une série,
une identité mode
La série,issue du livre féministe du même
nom, dépeint une société théocratique,
totalitaire et patriarcale. Les costumes,
inspirés des cultes ou microsociétés
régi(e)s par des codes vestimentaires,
symbolisent les castes sociales de
part leur formes, matières et surtout
couleurs. Le look des handmaids est
particulièrement représentatif de l'état
d'oppression des femmes par le rouge,
synonyme de fertilité et la coiffe blanche,
cachant leur visage, symbole de perte
identitaire. The Handmaid's Tale ou le
pouvoir (symbolique) de l'uniforme par
excellence.
The Handmaid’s
Tale
La garde-robe de Monica, Rachel et
Phoebe incarne fidèlement la mode
dans les années 1990. La tendance
générale est alors au denim brut, mini-
jupe à carreaux, chandail, tailleur fleuri et
tant d’autres pièces iconiques à l’orée du
XXI° siècle.
Friends
Outre le fait que cette série soit la
meilleure de tous les temps (oui oui)
Twin Peaks de David Lynch est un des
premiers TV-shows où le style des
personnagesprendautantd’importance.
Grâce à la costumière Patricia Norris
(collaboratrice de Lynch), cette oeuvre
cinématographique sortie en 1990 a
pris une véritable dimension mode.
De l’agent Cooper avec son costume
impeccable à Audrey la jeune femme
fatale aux inspirations années 1940 :
chaque personnage a un style iconique
et inimitable.
Twin Peaks
Une identité mode dans une série ?
Stranger Things et ses influences 80’s,
sans aucun doute ! Bombers, Levis 501
et sweat-shirt loose sont aussi tendances
à l’époque de la série que de nos jours.
Et pour cause ! Qui connaît meilleurs
alliés pour être à la fois stylés et à l’aise
toute la journée ? En bref, pour moi,
Stranger Things rassemble toutes les
caractéristiques pour s’inspirer, inspirer
et représenter la mode d’aujourd’hui !
Stranger Things
Rien ni personne ne m’enlèvera un jour
cette douce image d’Angel flottant
dans une robe de Reine européenne
post-renaissance qu’elle vient juste
de dérober dans un musée. Category
is Royalty, après tout. La série Pose se
déroule au milieu des années 80 et suit
l’avènement de la Ballroom Scene à New-
York. Si la série brille par ses décors,
ses narratives et ses personnages,
n’oublions pas de mentionner tous ces
courts moments modes que l’on ne
parvient pas à abandonner. Ceci pour
notre plus grand plaisir.
Pose
©Sarah Shatz / FX
©Capture d’écran, Friends, Marta Kauffman & David
Crane
©Capture d’écran, The Handmaid’s Tale par Bruce
Miller, 2017
©Capture d’écran, Twin Peaks, Saison 1, par David
Lynch et Mark Frost, 1990
©Capture d’écran, Stranger Things, par Matt et Ross
Duffer
La rédac’
les meilleurs moments
mode au cinéma
Entre film d'horreur et thriller, The Neon
Demon est l'histoire de Jesse évoluant
dans le milieu du mannequinat dépeint
comme terriblement malsain et sombre.
La scène de son premier shooting photo
professionnel est d'une esthétique
scénographique à la fois sublime et
angoissante.Le jeu de lumière,l'absence
presque totale de parole, la musique
planante, le maquillage et le regard des
personnages créent une séquence d'un
troublant onirisme.
Little Miss Sunshine, c’est l’histoire
d’Olive, petite fille de 7 ans dont le rêve
est de gagner un concours de Miss.
Défiant tous les stigmates imposés
aux petites poupées Barbie défilant
sur le catwalk, Olive marche et pose
fièrement dans son maillot de bain
rouge. Elle détonne dans les froufrous
et le maquillage outrancier de ses
concurrentes, mais la simplicité de ses
vêtements désacralise le côté superficiel
et hypersexualisant de ce concours de
Miss. On sent ici que sa tenue est en fait
le porte-parole du message fort du film :
s’accepter telle que l’on est, en évoluant
avec son âge, sa façon d’être et son
corps.
Un des moments mode les plus
iconiques du cinéma se trouve à mon
avis dans l’incroyable Paris, Texas de
Wim Wenders, Palme d’or à Cannes
en 1984. Le personnage d’Harry Dean
Stanton retrouve son éternel amour joué
par Nastassja Kinski dans un peep-show.
Cachée derrière une vitre elle porte
une magnifique robe-pull en angora
rose fushia. Une tenue courte et dos-nu
tout aussi sexy que représentative de sa
vulnérabilité.
Une pluie de vêtements tombe sur les
deux protagonistes qui arpentent un
paysage hivernal. La scène est rendue
encore plus grandiose avec le morceau
A New Error de Moderat qui rythme la
marche.
Little Miss
Sunshine
The Neon
Demon
Paris, Texas
Laurence
Anyways
The Fifth
Element
Certains films sont des évidences. Rien
à propos de The Fifth Element n’est
évident, et encore moins la mode.
Les costumes, pensés pour l’occasion
par nul autre que Jean-Paul Gaultier,
brillent par l’attention ultime du détail
qui leur sont accordée. Que ce soient
les personnages les plus fashionables
(comment ne pas penser par exemple à
Diva Plavalaguna ou Ruby Rhod) ou ceux
dont on attend le moins (Korben Dallas,
les prêtres, les sous-fifres d’un méchant
manquant cruellement de charisme à un
point où il en devient charismatique ou
les généraux intergalactiques),personne
n’a échappé à la main de maître qui
a créé pas moins de 1000 costumes.
Et si la mode n’était pas ce cinquième
élément qui nous sauvait tou.te.s ?
La rédac’
©Capture d’écran, Neon demon, 2016
©Capture d’écran, Le cinquième élément, 1997
©Capture d’écran, Laurence Anyways, 2012 ©Capture d’écran, Paris, Texas, 1984
©Capture d’écran, Little miss sunshine, 2006
looks icôniques au
cinéma
Entre le jean patte d'eph taille basse
délavé, la veste en denim strassée, les
talons à plateformes ou compensés, les
robes mini et moulantes, les mèches
blondes ou le crayon contour de lèvres,
le réalisme esthétique du look de
Diane Després joue subtilement entre
l'exubérance, le cheap voire mauvais
goût et la mode des 90’s/début 2000.
Le look de « Mommy » est symbole de
la femme de caractère, issue d'un milieu
populaire et assumé.
Pulp Fiction est l’un voire LE film culte
des années 1990, par son intrigue aussi
sanglante que haletante mais aussi
grâce à une femme, Mia Wallace, femme
du patron de la pègre. Mia n’est pas
une fashion victim, encore moins une
bimbo… mais Mia a terriblement de
classe et de sex-appeal. Son ensemble
chemise blanche/pantalon noir fait d’elle
l’élégance incarnée. Mia Wallace n’a pas
besoin de fioritures pour représenter
LA femme forte et séduisante qu’elle
est : la sensualité réside dans la
simplicité, merci Mia Wallace de nous le
rappeler.
Véritable icône de mode, Monica Colby
se distingue par son style éclectique et
excentrique.
De l’agent Dale Cooper dans Twin
Peaks ou Orson Hodge dans Desperate
Housewives : vous avez sûrement déjà
croisé la tête de ce récent soixantenaire
sur un de vos écrans. Et bien il s’avère
que l’acteur Kyle MacLachlan est aussi
une véritable fashionista. Outre ses
costumes toujours taillés à la perfection,
il s’adonne à de nombreux shootings
en Calvin Klein pour Purple magazine
ou avec la veste à immenses épaulettes
Balenciaga pour Le Monde. Nous aussi
on le veut dans Blaze !
Diane Després,
Mommy
Mia Wallace,
Pulp Fiction
Kyle MacLachlan
Monica Colby,
Dynastie
Interprétée par Whitney Houston,
Rachel Marron tombe amoureuse de
son bodyguard alors qu’il essaie de la
protéger du danger qu’il a apporté à
sa porte. Si la bande originale a rendu
le film iconique, n’oublions pas de
récompenser la mode absolument
galvanisante que porte Whitney, en
particulier sur scène. Let it be known : si
jamais un jour il m’arrive quelque chose,
veillez à ce que je sois enterré dans une
réplique de ce costume de scène all-
metalic absolument iconique.
Rachel Marron,
Bodyguard
La rédac’
©Capture d’écran, Bodyguard, 1992
©Capture d’écran, Pulp fiction, 1994
©Capture d’écran, Dynastie, 2017
©Capture d’écran, Mommy, 2014
©Droits réservés
« Le cinéma ne dit pas autrement les choses,
il dit autre chose »
	 Eric Rohmer
Au détour d’une rue, l’allure imposante d’un parrain
de la mafia au sex-appeal envoûtant vient souligner
la frêle silhouette d’Olive, adorable anti-héroïne aux
santiags inoubliables. Plus loin, au fin fond d’une
contrée merveilleuse, le visage angélique d’Alice se
contorsionne de surprise à la vue d’un mystérieux lapin
blanc. Connus comme le loup blanc ou chef-d’oeuvres
oubliés, Le Parrain, Alice aux Pays des Merveilles et
Little Miss Sunshine n’ont laissé personne indifférent.
Empreints de fortes identités stylistiques, ils ont été
sources d’inspiration pour faire de ce shooting des
réinterprétations cinématographiques hautes en
couleurs, à travers les looks inimitables des héros.
DA:ElenaAknan
Photographes:AbigailHumphreyetMaximeBoudehane
MUA:ClaraMachenaud
pourquoi le relooking
au cinéma est-il sexiste ?
Si vous lisez Blazé vous en êtes sûrement friand :
les scènes de relookings au cinéma sont des clichés
hollywoodiens complètement cultes. Transformer
une première de classe en fille sexy et populaire, rien
de plus satisfaisant à regarder. Pourtant ces scènes
de transformations posent un véritable problème
concernant l’image objectifiée de la femme qui y est
véhiculée.
Manon Le Roy Le Marrec
©Capture d’écran, Pretty Woman, 1990
La plupart des scènes de transformations
physiques au cinéma sont d’ailleurs
toujours liées à la séduction que ce soit
dans des comédies romantiques ou des
teen movies. Vous connaissez d’ailleurs
tous l’histoire de l’adolescente intello
maissecrètementsexyquisefaitrelooker
par de nouveaux amis populaires afin de
séduire le plus beau garçon du lycée.
Lolita malgré moi, Clueless, Elle est
trop bien - et on en passe - dans tous
ces films que vous avez pu regarder
adolescents, les héroïnes se doivent de
passer par cette étape essentielle afin
d’être révélées - physiquement - aux
garçons dont elles sont éperdument
amoureuses.
« Pretty woman, walking down the
street. Pretty woman the kind I like to
meet. ». Si vous n’avez pas lu ces paroles
en chantant dans votre tête c’est que
vous êtes sûrement passés à côté de LA
comédie romantique par excellence :
Pretty Woman. Une prostituée, incarnée
par la divine Julia Roberts, rencontre
« l’irrésistible » homme d’affaires
que joue Richard Gere. Elle devient
l’escort girl de ce magnat de la finance.
Malheureusement son franc-parler et
sa tenue dévergondée ne l’aident pas
à se faire respecter notamment dans
les boutiques de luxe. Son sugar daddy
l’accompagne alors se faire relooker
en « fancy lady ». Bien que cette scène
de relooking soit culte elle pose de
véritables problèmes sur la vision de
la femme, comment elle doit s’habiller,
se comporter pour plaire aux autres et
surtout à un homme.
Des moments de transformations
souvent ridicules puisque les actrices,
forcément très belles avant le relooking,
sont négligemment déguisées en
« moches » avec une paire de lunettes
ou au pire un vieux pull. À l’origine de
ce cliché hollywoodien se cache Billy
Wilder, réalisateur de Sabrina (1954).
Déjà sublime dès le début du film, il
est bien difficile de croire qu’Audrey
Hepburn n’attire l’attention d’Humphrey
Bogart et de William Holden qu’une fois
habillée en Givenchy à son retour de
Paris.
Une réduction clichée de la femme à son
apparencequiseraitcorréléeàlaréussite
de sa vie personnelle et amoureuse.Mais
qu’en est-il du relooking des hommes ?
Souvent liées à l’envie de séduction - pas
d’une femme mais plutôt de plusieurs -
les transformations de personnages
masculins s’ancrent de la même manière
dans une perspective sexiste.
Bien sûr ces scènes font partie de notre
imaginaire collectif et il est difficile de se
détacher de notre amour du relooking.
Non on ne vous en veut pas si vous tapez
« best movie makeovers » sur Google :
on l’a déjà fait. Repensez juste à cet
article à chaque fois que vous verrez une
de ces scènes cultes. Qui sait si un jour
les réalisateurs feront des progrès ?
Par exemple, dans Crazy Stupid Love
ou 40 ans toujours puceau, Steve
Carell, jouant dans les deux films le rôle
principal, est relooké dans la perspective
de devenir un véritable séducteur. Au
delà de l’achat de vêtements - moins
diversifiés que ceux des femmes - un
nouveau comportement est inculqué à
ce personnage « gentil » et « inoffensif »
: l’homme doit cesser de « vénérer » les
femmes et apprend des soit-disantes
techniques infaillibles pour les avoir à
tous les coups dans son lit. À travers
un simple relooking on fait en réalité
face à une véritable objectification des
femmes.
Technicolor et
symbolique au cinéma :
et la couleur fût !
La couleur habille nos émotions et notre quotidien
sans même que nous ne nous en rendions compte.
Explications scientifiques, techniques ou encore
symboliques. Plus d’un d’entre nous a déjà essayé de
comprendre le sens des couleurs. Et puisque notre
numéro fait la part belle au septième art, pourquoi
ne pas interroger la signification des couleurs au
cinéma ? Celles-ci semblent effectivement avoir bien
évolué au cours de l’Histoire dans leurs fonctions mais
aussi dans leurs symboliques.
Emma Roesslinger
©Captured’écran,Lemépris,Jean-LucGodard,1963
La numérisation transforme de l’énergie
lumineuse en énergie électrique (le
signal analogique devient un signal
numérique), tandis que la modélisation
crée directement un modèle à partir
du langage numérique. De façon
plus simple, la modélisation, c’est par
exemple le procédé utilisé pour tous
les films en images de synthèse que l’on
connaît (Wall-E, Le monde de Nemo,
Ratatouille, Shrek…) Bref vous avez
compris !
Au-delà de la technicité des moyens
en eux-mêmes, le cinéma a de plus en
plus choisi ses procédés techniques en
fonction du rendu souhaité. Le rapport
au réalisme a par exemple toujours eu
une place très importante dans le choix
du système employé : celui-ci est motivé
dans le but de créer des effets de réel
grâce à la couleur.Un procédé technique
peut également être sélectionné en
particulier au profit de la ressemblance
chromatique (créer un rendu naturel des
couleurs). Aussi, le choix des couleurs
en lui-même est déterminé par un code
: celui-ci peut être arbitraire ou motivé.
Toutefois, si les films utilisent en général
conjointement ces deux codes, il arrive
parfois que des problèmes se posent
par rapport à leur utilisation, notamment
lorsque les intentions artistiques du
réalisateur ne sont pas respectées lors
de la restauration d’un film.
Une histoire de moyens
techniques
Si la couleur dans les films nous apparaît
aujourd’hui comme une évidence, il
n’en était évidemment rien il y a encore
quelques années. De nos jours, la
couleur est manipulée facilement grâce
aux avancées techniques : aussi bien
avant que pendant la prise de vue,
ou carrément en post-production, la
couleur peut être créée et modifiée en
permanence. Mais il est important de se
rappeler que les premiers techniciens du
cinéma ont essuyé beaucoup d’échecs
avant d’arriver à produire des moyens
efficaces pour coloriser les images
filmées. Petit retour dans le temps
pour mieux comprendre l’arrivée de la
couleur au cinéma.
La couleur apparaît sur grand écran
pour la première fois dans les années
1910. Et ce qu’on peut dire, c’est que les
techniciens de l’époque ne chômaient
pas pour attirer les spectateurs et faire
du septième art le cinéma d’aujourd’hui
! À cette époque, les moyens sont
restreints : la couleur est appliquée
directement sur la pellicule, l’image est
véritablement coloriée. Le procédé étant
long et rigoureux - les images étaient
coloriées à la main ou au pochoir -, les
séquences colorisées étaient choisies en
fonction de leur potentiel dramatique
ou spectaculaire. Les scènes d’explosion
par exemple étaient fréquemment
choisies pour être colorées et mises en
avant.
Suite à ces prémices techniques de
création de la couleur dans les films,
l’industrie du cinéma a commencé à
élaborer des systèmes de couleurs
naturelles pour reproduire directement
les couleurs de l’objet filmé.
Pour ce faire, plusieurs méthodes ont
vu le jour : il y a d’abord eu les bains
de couleur (teinture et virage de la
pellicule), puis le Kinemacolor et enfin le
Chronochrome, invention de Gaumont
et concurrent du Kinemacolor. Ces deux
derniers procédés étaient en fait les
prédécesseurs du fameux Technicolor.
Réel tournant dans l’histoire du cinéma.
Le Technicolor apparaît une première
fois en 1915 avant d’être remanié de
quatre façons différentes et de présenter
sa dernière version en 1932. Mais même
s’il n’a rencontré le succès qu’à partir
de 1950, à quoi doit-on la réussite du
Technicolor ? Sans vous infliger un retour
assommant vers vos cours de physique
au lycée, le Technicolor doit sa célébrité
à la découverte de la fameuse synthèse
additive des couleurs primaires (rouge,
vert et bleu) qui permet de combiner
deux images colorées simultanément.
Et la couleur fût... ou presque ! Même
avec la révolution du Technicolor, les
professionnels de la couleur n’avaient
pas fini de nous impressionner.
La seconde innovation majeure dans
l’histoire du cinéma reste bien entendu
l’arrivée des techniques numériques.
Grâce à elles, la couleur a enfin pu être
créée directement par ordinateur. Si le
« coloriseur » colore de toutes pièces
une image en noir et blanc, les procédés
de numérisation et de modélisation sont
aussi appréciés. La différence entre ces
deux moyens techniques ?
©Capture d’écran, Avatar, 2009
Dans les films d’horreur la volonté est
souvent d’intensifier des effets de réel : la
couleurauraainsiunevocationpurement
naturaliste pour renforcer l’angoisse
procurée par le film (le rouge du sang ne
sera par exemple pas saturé pour que le
spectateur y croit vraiment). Pour autant,
les films d’horreur n’excluent pas des
effets plus plastiquement sensationnels
(qui évoluent bien évidemment avec
le temps aussi ! ). En science-fiction
c’est souvent l’intangibilité de la
lumière colorée qui prime : elle est
impalpable, difficile à comprendre
mais simple à apprécier par ses effets
esthétiques. La dichotomie rouge/vert
est particulièrement présente dans les
films de science-fiction : l’opposition
de ces deux couleurs complémentaires
véhicule très souvent aussi bien la
dualité que la complémentarité des
sentiments (l’amour et son côté instable
par exemple). Enfin, dans les films
adaptés de comics apparus dès les
années 1930 mais très en vogue depuis
1990, les tons de couleurs sont souvent
francs et uniformes dans les costumes,
les décors et les lumières pour renforcer
le côté irréel et fantastique des super-
héros. Les plans d’ensemble de nuit,
généralement assez présents dans les
comics, signalent aussi par exemple,
les lieux de l’action qui se déroule et
mettent en valeur la couleur de l’image
obscurcie.
à la technicité et l’avancée des moyens
techniques employés pour créer d’aussi
belles images.
Nous avons vu que la couleur, à ses
débuts, avait un rôle d’attraction
auprès des spectateurs. Les réalisateurs
se servaient aussi de cette fonction
pour dissimuler les « trucs » des films
fantastiques. Dans les films de magie
par exemple, la couleur contribuait aux
effets visuels grâce à de la fumée colorée
qui faisait apparaître ou disparaître des
objets. Dans ces cas précis, les cinéastes
utilisaient le caractère hypnotique de la
couleur : l’oeil du spectateur était attiré
par la couleur des objets ou des corps et
prêtait ainsi moins attention à l’exécution
technique du tour de magie. Sacré tour
de passe-passe des magiciens de la
couleur !
La couleur au cinéma, entre
attraction et dissimulation
Comme nous l’avons expliqué
précédemment, une couleur n’est
jamais vraiment le fruit du hasard dans
une image. Bien que le choix d’une
couleur fut au départ plutôt restreint
dû au manque de moyens techniques
pour bien représenter toutes les teintes,
les couleurs ont progressivement
gagné en importance au niveau de leur
symbolique.
En 1906, aux prémices du cinéma
en couleur, celles-ci permettaient
surtout le cinéma « d’attraction » selon
Tom Gunning et André Gaudreault,
professionnels du cinéma. Le but de
ce type de cinéma ? La capacité à
captiver le spectateur par « une action
sensorielle ou psychologique », dixit les
deux pros du cinéma. En clair, au départ
la couleur servait simplement à exercer
une certaine fascination sur le public en
produisant des effets spectaculaires, et
bien souvent non réalistes.
La fonction de la couleur au cinéma
à cette époque pouvait toutefois être
encore bien affinée : on parle alors
de couleur attractive et sensuelle,
mais aussi de couleur ornementale et
spectaculaire. La première forme fait le
parallèle entre la sensualité de la couleur
que celle-ci peut servir et celle du corps
en mouvement. Au cinéma, la sensualité
est exacerbée par les couleurs conférées
aux personnages, en particulier féminins
: la teinte des costumes fait par exemple
ressortir la blancheur de la peau de
la femme et la couleur rouge des
joues d’une héroïne un peu timide va
renforcer le charme du personnage. La
couleur ornementale et spectaculaire,
quant à elle, joue sur les effets purement
sensoriels de l’image : en images de
synthèse par exemple, la couleur exerce
une réelle fascination sur les spectateurs
lors de ses premières apparitions, dûe
La symbolique au service de la
narration
Dans les annés 1906-1908, le cinéma
d’attraction devient progressivement
un cinéma de narration dont les codes
esthétiques et symboliques des couleurs
se muent en même temps. D’un style
criard voire vulgaire, les couleurs sont
passées petit à petit à une esthétique
plus modérée et raffinée. Le but du
teintage et du virage des couleurs n’était
plus d’obtenir un effet spectaculaire,
mais bien de servir une narration : en
ce sens, la couleur accompagnait et
renforçait réellement la mise en scène.
De façon générale, la couleur pouvait
être soit narrative et symbolique et
prenaient donc en compte les enjeux
diégétiques du film, soit sensible et
critique par rapport au discours sur
le réel et sa représentation à travers
les couleurs choisies. Cette dernière
caractéristique soulève d’ailleurs le lien
indéfectible et la dualité du cinéma
entre la fantaisie et le fantastique, et la
représentation du réel. Comme le disait
si bien Michel Pastoureau, « plus qu’un
pigment, toute couleur est d’abord une
idée ». Alors, pour mieux comprendre
la relation entre une couleur et sa
symbolique, voici quelques exemples de
genres de films dans lesquels la couleur
sert merveilleusement la narration.
La couleur comme art au cinéma
La couleur au cinéma, bien qu’elle soit
d’origine très technique et qu’elle puisse
être traitée de façon symbolique, reste
quand même du domaine de l’art. Les
associations, les mélanges ou encore les
touches de couleurs font du cinéma un
art à part entière.
Dès les années 1960, la couleur au
cinéma est largement inspirée des
pratiques plastiques que les cinéastes de
l’époque exploitaient afin de renouveler
le langage cinématographique. Le but
principal de cette démarche ? Modifier le
statut du récit. La peinture d’avant-garde
est l’une des influences principales :
la couleur est un royaume dans lequel
les cinéastes se délestent de l’emprise
symbolique de la couleur. Celle-ci est
libre des objets qui la véhicule, des
connotations et du cadre sémantique
rigide et limité qui la définissent. La
couleur exprime dès lors au cinéma la
nature d’oeuvre d’art de l’image où elle
s’étend : la présence de tableaux en
couleurs dans un film en noir et blanc
fait ainsi la part belle à l’artisticité de la
couleur.
Depuis la fin des années 1960, la couleur
est définitivement naturalisée et intégrée
à la production cinématographique. Elle
estplusréalisteetconsidéréeparlepublic
comme intrinsèque à celui-ci - à partir
de ce moment, le noir et blanc devient
marginal. Certains réalisateurs sont
même célèbres par leur style artistique
faisant appel de façon outrancière aux
couleurs : on pense par exemple à Wes
Anderson, Tim Burton ou encore Jean-
Pierre Jeunet. De façon plus générale,
certains genres de cinéma, comme à
Hollywood en 1940, se démarquent des
autres par l’usage manifeste qu’ils font
de la couleur : elle n’est plus naturaliste
mais a bien des vertus spectaculaires et
sensationnalistes.
En bref, nous avons bien compris
que la couleur, depuis son apparition
sur grand écran, a bien évolué pour
devenir un élément essentiel au
cinéma d’aujourd’hui. Sa caractéristique
principale ? Elle oscille en permanence
entre réalisme et attraction. Parfois
naturaliste pour mettre en avant la
délicatesse de sa symbolique, parfois
réaliste pour plonger le spectateur dans
une réalité fantasmée, la couleur est
variable en fonction des époques, des
cultures et des pays... pour notre plus
grand bonheur de cinéphiles !
©Capture d’écran, Betty Blue, Jean-Jacques Beineix,
1986
©Capture d’écran, Vicky Cristina Barcelona, Woody
Allen, 2008
©Captures d’écran, The neon demon, 2016©Capture d’écran, Elizabeth: L’âge d’or, Shekhar Kapur,
2007
« Bleu est devenu un mot magique, un mot qui séduit, qui apaise, qui fait rêver ».
Cette citation de Michel Pastoureau devrait parler à plus d’un. Quand on parle du
bleu, on pense au rêve bleu, au ciel azur et à l’infini. Ce n’est pas pour rien si le bleu
est la couleur la plus aimée dans le monde ! Pourtant cette couleur, aussi basique
qu’elle puisse paraître, renferme une ambivalence bien prononcée.
Autrefois symbole de la royauté et de l’aristocratie (le « sang bleu » des nobles
conjugué au lapis-lazuli, pierre précieuse favorite des grands souverains), le bleu
s’est également rapidement imposé sur les drapeaux des grands organismes
internationaux (ONU, Unesco, Europe) comme signe de paix. Le bleu est donc une
couleur de prestance, de confiance, de vérité mais aussi de loyauté.
Du côté émotionnel, le bleu est un grand vecteur de sentiments et de romantisme.
N’est pas « fleur bleue » qui veut ! La couleur bleue fait appel à la sensualité de l’amour
féminin, au désir des femmes fatales, mais aussi à la timidité lorsqu’elle est associée
au rouge pour exprimer des sentiments amoureux. Toutefois, la dualité du bleu se fait
ressentir au niveau des émotions qu’il peut véhiculer : si pour certains il est synonyme
de douceur et de tendresse, pour d’autres, le bleu est signe de mélancolie, d’angoisse
et de sentiments douloureux et exaltés. La « peur bleue » est d’ailleurs ainsi nommée
car elle renvoie au personnage, souvent féminin, qui a peur, mais aussi à la couleur
mortifère de la peau glacée du mort et au fantôme.
Le bleu, bien qu’il soit souvent rattaché au calme, au repos et à la sécurité dans la
pensée collective, est pourtant aussi signe de mouvance comme la mer bleue. Tantôt
calme, tantôt agitée, parfois symbole d’espoir face à l’infini ou de danger, le bleu se
meut telles les vagues de la mer tout au long du film au cinéma.
L’ambivalence du bleu existe jusque dans l’appellation générique de la couleur :
le bleu est une couleur froide, mais détient, comme toutes couleurs froides, deux
aspects distincts selon sa valeur de teinte. Ainsi, le bleu deviendra chaud en tendant
vers un bleu-violet plus doucereux et adoptera une symbolique bien différente d’un
bleu clair froid et énigmatique.
le bleu, éternelle
dualité chromatique
Emma Roesslinger
©Capture d’écran, La vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche,
2013
©Capture d’écran, Melancholia, Lars von Trier, 2011
©Capture d’écran, Mulholland drive, David Lynch,
2001
©Capture d’écran, Drive, Nicolas Winding Refn, 2011
©Capture d’écran, L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot,
Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, 2009
©Capture d’écran, L’été de Kikujiro, Takeshi Kitano,
1999
©Capture d’écran, Le grand bleu, Luc Besson, 1988
Au Moyen-Âge, le vert s’impose comme emblème du Mal et de Satan. Par extension,
le vert est souvent associé à l’univers merveilleux des créatures étranges telles que
les fées et les sorcières, mais aussi au fantastique. Nombreux sont les « petits hommes
verts » dans les films de science-fiction, tout comme les super-héros aux costumes
verts. Et pour cause : le vert est une couleur « rebelle » et instable !
Couleur végétale et apaisante, le vert fait appel à la nature et à l’écologie (l’agriculture
biologique notamment) et habille ainsi très souvent les symboles du monde médical
et sanitaire pour rappeler l’hygiène et la santé.
Enfin, de façon plus ludique, le vert est la couleur du destin et de la (mal)chance.
L’indécision et le hasard sont souvent teintés de vert comme dans une partie en train
de se jouer sur le green d’un terrain de golf, sur une table de ping-pong ou encore
sur un tapis de jeu de poker.
le vert, du fantastique
à la liberté
Emma Roesslinger
©Captures d’écran, Playtime, Jacques Tati, 1967
©Capture d’écran, Matrix, Lana Wachowski et Lilly
Wachowski, 1999
©Capture d’écran, Panic Room, David Fincher, 2002
©Capture d’écran, Green Lantern, Martin Campbell,
2011
©Capture d’écran, Le fabuleux destin d’Amélie
Poulain, Jean-Pierre Jeunet, 2001
©Capture d’écran, Melancholia, Lars von Trier, 2011
Le rouge est une couleur primaire dans tous les sens du terme : première couleur
à laquelle l'Homme a donné un nom et également première couleur perçue
par les bébés. Le rouge est la couleur de la dualité, elle évoque l'amour autant
que la haine, les émotions positives autant que les négatives. Symbolisant la
justice, la mort donc la vie, la prédilection, la violence, ou encore la chance, le
rouge possède une grande résistance à la lumière. Dans le plan d'une scène
c'est elle qui domine, elle qui capte l’œil du spectateur et le mène aux éléments
visuels importants. Pour continuer sur le lien entre le rouge et le cinéma, ne vous
êtes-vous jamais demandés pourquoi les fauteuils des salles de cinéma étaient
rouges ? Les premières salles de cinéma ont remplacé celles du théâtre et dans
ce domaine le rouge symbolise luxe et spiritualité. Il devait inconsciemment
créer une catharsis et donc permettre aux spectateurs de se libérer de leurs
émotions. De plus, le rouge est la couleur complémentaire du vert qui était à
l’époque une couleur maudite.
le rouge passion,
le rouge émotion
Claire Baudy
©Capture d’écran, Hero, Zhang Yimou, 2002
©Capture d’écran, American Beauty, Sam Mendes,
2000
©Capture d’écran, The Fall, Tarsem Singh, 2006
©Capture d’écran, Laurence Anyways, Xavier Dolan,
2012
©Capture d’écran, Volver, Pedro Almodovar, 2006
©Capture d’écran, Climax, Gaspard Noé, 2018
©Capture d’écran, The Grand Budapest Hotel, Wes
Anderson, 2014
Le jaune est l'une des couleurs la moins appréciée sûrement de par sa grande
ambivalence créée par les différences de (res)sentiments produites selon la nuance
de jaune. Au cinéma selon le type de jaune que le réalisateur choisira, la couleur
n'aura pas la même signification. De plus, c'est une couleur fortement dépendante
des autres qui y sont associées, c'est une couleur instable. Le jaune évoque la
contradiction ; à la fois symbole d'optimisme, de raison et de maturité à la fois
évocateur de trahison, de jalousie et de colère.
Malgré tout, le jaune évoque généralement la lumière, le soleil. Hélios, dieu grec du
soleil, cherchant à se débarrasser de son amante Clythia qui lui vouait une adoration
sans nom la métamorphosa en tournesol, fleur de la passion aveugle se tournant vers
le soleil.
Dans une volonté de s'éloigner de la réalité, certains cinéastes créent une lumière
jaune pour un effet de temporalité délimitée jouant de l'expression « jaunie par le
temps ».
le jaune, couleur de
l’ambiguïté
Claire Baudy
©Capture d’écran, Blade Runner, 2017, Denis
Villeneuve
©Capture d’écran, Mommy, 2014, Xavier Dolan
©Capture d’écran, Beyond the black rainbow,
Panos Cosmatos, 2010
©Capture d’écran, Hotel Chevalier, Wes Anderson,
2007
©Capture d’écran, My Little Princess, Eva Ionesco, 2011
©Capture d’écran, La grande bellezza, Paolo
Sorrentino, 2013
©Capture d’écran, Le Mépris, Jean-Luc Godard, 1963
L'or, à la fois couleur, matière et lumière, peut à la fois fasciner, être admiré et
considéré comme vulgaire et superficiel. Façonné par l'homme, il est une continuité
du jaune (il signifie « jaune » en latin) car lorsque ce dernier se transforme en or il
devient évocateur du beau et du précieux.
Dans un film,l'or utilisé dans les décors ou les costumes possède un important pouvoir
d'attraction et évoque généralement la beauté, la grandeur et le pouvoir. « La parole
est d'argent mais le silence est d'or » : l'or et l'argent sont toujours en constante
rivalité. Pendant que l'or représente l'idéal, l'argent a une fonction matérielle. Face
au caractère ostentatoire et de supériorité de l'or, la couleur argent crée une subtilité
visuelle qui permet de mettre en valeur les autres couleurs. Parce qu’elle évoque
l'intellectualité, la science et l'exactitude elle est associée à des formes graphiques et
droites. Les films de science-fiction l'utilisent beaucoup pour son modernisme et son
élégance car, en réfléchissant, la chaleur inspire une certaine distance et froideur, une
temporalité intangible.
l’ostentation de l'or,
la subtilité de l'argent
Claire Baudy
©Capture d’écran, Ex Machina, 2014, de Alex Garland
©Capture d’écran, Dune, 1984, de David Lynch
©Capture d’écran, The Danish Girl, 2015, de Tom
Hooper
©Capture d’écran, Cléopâtre, 1963, de Joseph L.
Mankiewicz
©Capture d’écran, Star Wars, 1977, de George Lucas
©Capture d’écran, Peau d’âne, 1970, de Jacques
Demy
©Capture d’écran, Edward aux mains d’argent, 2001,
de Tim Burton
glowing in the
moonlight
Adrien Marie
Hollywood, et plus généralement
l’industrie audiovisuelle, a un réel
problème lorsqu’il s’agit de la
représentation des personnes racisé.e.s
à l’écran. On peut par exemple parler
des rôles accordés qui restent encore
trop peu nombreux, une question
qu’Hollywood semble vouloir traiter
superficiellement.
C’est ainsi que l’on a vu les rôles de
personnes racisé.e.s dans les films
à grands budgets se développer
progressivement, phénomène motivé
par une dynamique très particulière.
La seule femme noire qui ait remporté
l’Oscar de la Meilleure Actrice est Halle
Berry en 2002. Depuis cette même date,
6 femmes noires (Viola Davis, Regina
King, Mo’Nique, Jennifer Hudson,
Octavia Spencer et Lupita Nyong’o)
ont remporté l’Oscar de la Meilleure
Actrice dans un second rôle. Quel est le
problème certain.e.s me diront ?
Lorsque les personnes racisées
accèdent à des rôles pour des grosses
productions, ces rôles ne restent qu’en
majorité secondaires (l’appellation
originale de Oscar de la meilleure
actrice dans un second rôle s’appelle
originellement « Best Actress in a
Supporting Role »). Et que soutiennent-
ils ? L’ascension d’une personne blanche
ou une narration white-saviorist dans
la plupart des cas. Le white savior
complex désigne une narrative où
une personne blanche intervient pour
« sauver » une personne racisée privant
ainsi la personne racisée de sa propre
émancipation au profit de sa propre
image.
Ava Berkofsky, plutôt que de se
concentrer sur la lumière du visage,
favorise un travail du reflet. Chaque
visage prend la lumière différemment,
et au lieu de défavoriser certains visages
au profit d’autres, Berkofsky projette la
même lumière et les visages prennent
le reflet. L’équipe de photographie pour
la série d’Insecure utilise des panneaux
lumineux constitués de LED (S2 LiteMat
4s), qu’elle garde à une intensité très
basse lorsqu’ils sont proches des
visages. La lumière n’est d’ailleurs
jamais projetée à même la peau, qui est
au préalable préparée avec une base
réflective (crème hydratante, base de
teinte lumineuse ou effet glowy). Ainsi, la
peau est prête à refléter la lumière sans
la prendre directement. Berkofsky utilise
enfin un polarizer qui va venir concentrer
les reflets de lumière sur les visages au
lieu de les laisser se diffuser dans toute
l’image. La photographe fait également
en sorte que la lumière soit éloignée au
maximum des murs afin d’exposer les
visages et créer un look cinématique. Le
but est ici de transformer chaque scène
en une peinture. Son inspiration ? Les
films d’Ava DuVernay, qui met en valeur
les peaux noires comme aucun autre.
Si les lecteurs de Blazé savent maintenant
mettre en valeur les peaux noires, dites
vous qu’Hollywood n’a plus aucune
excuse !
Hollywood perpétue dans ce sens
l’idée que la place des personnes
racisées demeure subalterne à la vie
d’une personne blanche. Et non, une
nomination n’est pas le plus grand des
honneurs. Au delà d’une représentation
problématique en terme de rôle et donc
de symbolique, Hollywood pêche aussi
lorsqu’il s’agit de représentation visuelle.
C’est ce qu’explique Ava Berkofsky,
directrice de la photographie de la série
Insecure, au media Mic.
Dans les années 40, Kodak réalisait
ses tests pour améliorer le travail
des couleurs de ses équipements sur
des cartes représentant des femmes,
appelées Shirley cards. Ces cartes
deviennent la référence absolue pour
le travail reconnu comme précurseur
de la couleur en photographie. Le
problème ici, c’est que les Shirley Cards
étaient aussi inclusives que les conseils
d’administration des grands groupes,
puisqu’elles n’incluaient que des
femmes blanches.
Dans les années 70, Kodak aborde le
problème de la représentation de la
couleur marron dans les films. Non
pas à cause des plaintes de personnes
racisées, mais parce que les meubles
en bois ne rendaient pas correctement
à l’écran selon les entreprises qui les
fabriquaient. Aucune surprise donc
de voir les peaux noires éclaircies ou
grisonnantes. L’arrivée de la caméra Arri
Alexa en 2010 marque une véritable
avancée, puisqu’elle change la façon
d’utiliser le digital pour un résultat
optimal.
DA:EniolaTELLY
AssistantDA:AdrienMARIE
Stylisme:EniolaTELLY
Photographe:ElisabethPALCY
MUA:EmiliaTIRAULT
Bijoux:NadiaMadaniGondpourNadkaMadeWithLove
un film, une époque,
une mode
Arden Stuart, une féministe auto-
proclamée est persuadée que la
différence des sexes est une construction
sociale. Parce que c'est une rebelle
dans l'âme, elle joue avec les hommes
comme on pourrait jouer aux échecs.
Au lieu d'avoir un mari et une bonne
petite vie de ménagère, elle préfère
accumuler les conquêtes. Entre Tommy
l'éternel romantique et Packy l'artiste
playboy, elle hésite. Après avoir goûté
aux délices du coureur de jupons durant
un été torride, elle se fait quitter par
ce dernier et décide par dépit de se
caser avec l'autre. Le dilemme se profile
quand trois ans plus tard son amour
estival revient ; va t-elle choisir la facilité
familiale ou va t-elle succomber à sa
passion destructrice pour sexy Packy ?
Si vous rêviez de porter un chapeau
à haut de forme et une queue-de-pie
« réservée » aux hommes en chantant
que la femme est un homme
comme un autre, tout en embrassant
scandaleusement une autre femme le
tout dans un comptoir marocain, Amy
Jolly, une danseuse de cabaret l’a fait.
Outre le fait que cette performance lui
ait donné beaucoup de succès auprès
des femmes en mal de romantisme, elle
attire l’attention du beau légionnaire Tom
Brown et du businessman la Bessière.
Comme quoi le gender bender peut
attirer le plus viril des hommes, ainsi
que le plus riche. Ce qui pour autant
ne l’empêchera pas d’être tiraillée entre
Tom le casanova et la Bessière, le riche
possessif.
Rusty, une danseuse style claudette de
nightclub se retrouve sous les feux des
projecteurs en passant de potiche à
cover girl d’un magazine de mode. Rien
que ça. Et comme toujours dans les films
d’époque où la femme est supposée être
le personnage principal, il y a toujours
une magouille amoureuse derrière. Car
oui, c’est bien connu, une femme ne peut
s’épanouir sans l’amour d’un homme,
ici c’est même plusieurs hommes. Il y
a donc Danny, le patron du nightclub
avec qui Rusty vit une histoire d’amour
mais qui ne veut pas l’entraver dans sa
réussite, et le riche producteur Weathon
qui va lui proposer d’être la vedette d’un
spectacle à Broadway. Réussite, richesse
ou amour, quel dilemme ! The show
must go on, avec Danny ou sans (sauf à
la fin mais ça, c’était prévisible).
1920’s 1930’s 1940’s
Claire Baudy & Amira Sakr
©Capture d’écran, The Single Standard, John S.
Robertson, 1929
©Capture d’écran, Morocco, Josef von Sternberg,
1930
©Capture d’écran, Cover girl, Charles Vidor, 1944
Un film iconique sur un magazine de
mode des années 1950 nous présente
l’histoire d’amour entre un célèbre
photographe de mode Dick Avery, et la
timide et intellectuelle libraire Jo (jouée
par Audrey Hepburn, jolie comme
un coeur). Comment la vision qu’on
peut avoir d’une personne peut-elle
être embellie à travers la lentille d’une
caméra ? Le photographe en mal
d'inspiration le découvrira en prenant
par erreur en photo Jo. Ça tombe bien,la
rédactriceenchef cherchaitunemadame
tout-le-monde pour représenter le
magazine. S'ensuit une escapade mi-
amoureuse/mi-professionnelle à Paris,
bien évidemment, car que serait un film
d’amour sans un détour au pied de la
Tour Eiffel ? La découverte du monde
de la mode à travers les yeux de la
naïve Jo (qui aura la chance, que dis-je,
l’honneur de porter du Givenchy créé
rien que pour elle) ne vous laissera pas
indifférent.
Ce film mi-thriller, mi-arty dépeint
tout l'extrême de la période Swinging
London,un temps où la désinvolture était
de mise. L’intrigue tourne autour d’un
photographe de mode (personnage
inspiré du célèbre David Bailey) prenant
en photo une femme mystérieuse dans
un parc « par hasard ». En développant
sa pellicule, il découvre un détail
sordide qui va se transformer en une
obsession : il s’aperçoit qu’il a été témoin
d’un meurtre sans le savoir. L’esthétisme
et la représentation d’une époque font
de ce film un must-see, mais n’oubliez
pas de garder votre sens critique en
le voyant pour la première fois. Car
oui, c’est indéniablement une pépite
visuelle et culturelle, mais à la limite
de la misogynie où les mannequins
sont femmes-objets et utilisées sous le
prisme de leur beauté.
Quand la mode et la mort se rencontrent.
Laura Mars, une célèbre et controversée
photographe de mode évoquant à
travers son art la violence et le sexisme,
va soudainement avoir des visions de
crimes à travers les yeux du meurtrier.
Elle va vivre les meurtres à l’instant
même où ils sont commis, bonjour
l’angoisse ! Elle débute fascinée par la
violence visuelle et orchestrée et va finir
par être confrontée à la violence réelle,
la plus animale qu’il soit. Ce thriller
psychologique mènera le personnage
principal dans une folie sans fin : est-
elle la victime ou la complice de ces
meurtres ? En tout cas, elle va devenir le
témoin n°1 de chaque assassinat malgré
elle. La citation d’Oscar Wilde qui disait
que la nature imite l’art va prendre ici tout
son sens, Laura Mars en fera cruellement
les frais.
1950’s 1960’s 1970’s
©Capture d’écran, Funny Face, Stanley Donen, 1957 ©Capture d’écran, Blow-up, Michelangelo Antonioni,
1967
©Capture d’écran, The Eyes of Laura Mars, Irvin
Kershner, 1978
Madonna. Rien que d’évoquer ce nom
ça donne envie de voir le film n’est-ce
pas ? La comédie policière Recherche
désespérement Susan est LE film
incarnant la quintessence du New-York
des 80s’. L’histoire tourne autour d’une
Madame Bovary des temps modernes,
Rosanna et d’une rebelle/punk/
anticonformiste/féministe prénommée
Susan, interprétée par Madonna. Toute
l’intrigue se déclenche lorsque la
bourgeoise ennuyante et ennuyée lit
dans le journal une mystérieuse annonce
recherchant Susan. Pour mettre un
peu de piment dans sa vie, elle décide
d’enquêter sur la désinvolte Susan. Elle
va découvrir en Susan la femme libre
qu’elle a toujours fantasmé d’être. Cette
quête schizophrénique lui fera perdre la
tête. Littéralement.
Vous connaissez le jeu Cluedo ? Voici
l’éditionspécialemodedesannées1990.
Tout le gratin de la mode - journalistes,
designers, mannequins, photographes
et j’en passe - se rassemble comme
une belle famille unie durant la Fashion
Week, mais se retrouve à enquêter sur
la mort d’un tsar de la mode, Olivier de
la Fontaine (plus kitsch, tu meurs). Non
pas que sa mort soit regrettée, mais un
meurtre durant la Fashion Week de Paris,
quoi de plus stimulant ? Cette histoire
est vraiment parfaite pour jouer au
Cluedo. Satire du monde de la mode ou
portrait réaliste d’un milieu comme un
autre ? En tout cas c’est un joyeux bordel
ornementé de strass et de paillettes.
1980’s 1990’s
©Capture d’écran, Desperately seeking Susan, Susan
Seidelman, 1985
©Capture d’écran, Ready to wear, Robert Altman, 1994
la mode du futur vue
par le cinéma
Comment les humains s’habilleront-ils dans des
dizaines voire des centaines d’années ? Cette question
est un véritable dilemme pour les réalisateurs quand
il s’agit de représenter le monde de demain sur
grand écran. Certains films du 20e siècle ont même
tenté de deviner les tendances que nous connaissons
aujourd’hui au 21e siècle. Pourtant, les longs-métrages
futuristes sont en réalité très représentatifs de leur
époque de réalisation. Échec ou succès ?
Manon Le Roy Le Marrec
Dans les années 50, à l’heure des
films de série B, un nouveau style
cinématographique émerge sur petit
et grand écran. Des longs-métrages
de science-fiction mettent en scène un
monde futuriste chargé d’aliens et de
robots ultra-kitsch, de jeunes femmes
en détresse et d’hommes aux cheveux
laqués habillés de ces costumes
militaires de l’espace qu’on moque
encore aujourd’hui dans des séries
comme Black Mirror. Planète interdite de
Fred McLeod Wilcox incarne à merveille
cet univers spécifique aux années 50 et
60 à base de pistolets laser au son « piou
piou » inimitable. En 2013, ce film a
d’ailleurs été sélectionné par la National
Film Registry de la Bibliothèque
du Congrès américain pour y être
conservé comme étant « culturellement,
historiquement et esthétiquement
important ».
Ce nouveau genre de film prend une
nouvelle dimension dans les années
60 avec l’avènement de la mini-jupe.
Ce vêtement iconique - popularisé au
départ par André Courrèges - s’immisce
dans les looks des femmes des films
futuristes. Paco Rabanne himself a
notamment travaillé sur les looks
ultra-minis de Jane Fonda dans le film
Barbarella de Roger Vadim (1968). Des
tenues sexy souvent présentes à cette
époque et impérativement nécessaires
dans des mondes futuristes hostiles.
Bien que les films de science fiction, et
de manière générale futuristes, aient
été créés dès 1902 avec Le Voyage dans
la Lune de George Méliès ou encore
Métropolis de Fritz Lang en 1927, ceux-
ci deviennent vraiment populaires au
milieu du siècle avec l’avènement de la
télévision.
Mini-jupes et
pistolets laser
Illustrationsci-contreetci-après:RikielBALOJI
De l’excès grunge à la sobriété
normcore
Dans les années 70 la modération est
de mise. Finies les tenues brillantes et
sexy ou les costumes kitsch : les films
de science-fiction calment le jeu des
costumes et rentrent dans une nouvelle
ère du cinéma futuriste. Avec la saga Star
Wars de George Lucas qui débute en
1977 ou encore L’Âge de Cristal (1976)
de Michael Anderson, le look du futur
est plus sobre. Les femmes portent des
robes plutôt drapées et immaculées
(mais les réalisateurs ne peuvent
néanmoins pas résister à certaines
scènes où elles portent peu de tissu
pour révéler leurs corps) et les hommes
arborent des tenues unies, sans motif ou
matière sortant de l’ordinaire. Certains
looks évoquent sans aucun doute la
période hippie des années 70 qui ont dû
inconsciemment s’immiscer dans l’esprit
des réalisateurs et costumiers.
Faux look du futur ?
Même constat dans les années 80. Blade
Runner (sensé se passer en 2019) et
Retour vers le futur II (se déroulant en
2015) sont bien loin de représenter la
mode d’aujourd’hui. Larges épaulettes
ou encore jupes serrées : dans les deux
longs-métrages vous pourrez trouver
des tenues qui vous rappelleront le style
eighties de Madonna ou encore Grace
Jones. Et même si Nike a voulu ressortir
les baskets auto-laçantes de McFly, ces
dernières sont davantage un objet de
collection qu’une réelle tendance dans
les années 2010.
Les looks futuristes des films des années
90 font certainement partie des plus
iconiques. Alors certes Star Wars a
marqué les mémoires pour sa mise en
scène abracadabrantesque, mais les
vêtements de la saga la plus populaire du
monde n’ont pas vraiment fait mouche.
En revanche on retiendra sans hésiter
les tenues badass de Matrix (1999) et
du Cinquième élément (1997). De la
combinaison ajourée de Milla Jovovich
au total look noir de Keanu Reeves,
les deux longs-métrages incarnent à
merveille la tendance grunge des années
90 et sont d’incontournables inspirations
en mode, encore aujourd’hui. Dans la
même veine 100% nineties, Tank girl
(1995), avec Ice-T et Naomi Watts, ainsi
que Kika (1993) de Pedro Almodóvar
- qui n’est pas un film futuriste mais
comporte des costumes voulus comme
tels et conçus par Gaultier et Versace -
mettent en scène des looks cultes de la
décennie.
Le début des années 2000 voit
surtout apparaître des films futuristes
catastrophes ou des reboots de films
et sagas cultes (Star Wars, Star Trek, La
planète des singes etc.).
Petit à petit les réalisateurs simplifient
le look du futur qu’ils associent à un
look de survie. Il devient quasiment
identique pour les hommes et les
femmes avec des films de science-
fiction pour ados comme Hunger Games
(2012), Divergente (2014) ou encore
Le Labyrinthe (2014). Des tenues qu’on
peut mettre en lien avec la tendance
normcore et unisexe des années 2010 et
encore bien présente aujourd’hui.
Cette chronologie du costume de film
futuriste nous aura bien démontré
une chose : deviner ce qu’on portera
dans des dizaines d’années équivaut
à prédire l’avenir, et les réalisateurs ne
sont évidemment pas des « Madame
Irma ». Malgré leurs tentatives ils
n’arrivent pas à s’affranchir totalement
des codes stylistiques de leur époque
: un constat flagrant quand on pose un
regard sur les longs-métrages du passé.
Alors certes si aujourd’hui on s’amuse
des mauvaises prédictions de Retour
vers le futur II, soyez en sûrs, vos petits-
enfants poufferont sûrement de rire
quand ils regarderont les films de notre
génération… sur leur iPhone 3000 !
legacies
Les trois femmes responsables de
cette glorieuse décennie musicale
s’appellent Lil’ Kim, Missy Elliott et
Janet Jackson. Si les noms parlent au
plus grand nombre, l’héritage de ces
artistes, pour une génération plutôt
habituée à Nicki Minaj, Lady Gaga,
Beyoncé ou Taylor Swift, consiste très
souvent en une zone de flou complet.
Ici réside toute l’ambiguïté de la pop
culture : elle révèle, porte en célébrité
et accompagne certaines de ses plus
grandes figures jusqu’à la descente aux
enfers ou vers l’oubli. Ce cycle, vertueux
pour certains, mais surtout malsain pour
les artistes, produit actuellement une
industrie où tout tourne très vite. Quid
de l’héritage culturel immense que nous
laissent certaines artistes. Comment
penser qu’un nouveau consommateur
de la pop music en 2019 puisse décrire
Janet, Missy et Kim autrement que
dépassées, sans savoir que les trois ont
pavé les différentes voies qu’empruntent
les chanteuses de nos jours ?
Control. Rhythm Nation 1814. janet.
The Velvet Rope. All For You. Damita Jo.
Supa Dupa Fly. Da Real World. Miss E…
So Addictive. Under Construction. This
Is Not a Test ! The Cookbook. Hardcore.
The Notorious K.I.M. La Bella Mafia.
The Naked Truth. Voici 18 albums qui
ont marqué la musique du milieu des
années 1980 jusqu’au début des années
2000. Une quinzaine d’années où il
n’était pas question de domination sur
la scène mais plutôt de célébration. De
célébrations de vies, des cultures, des
féminités, de la blackness. Du sisterhood.
L’album a été soutenu par une série
de visuels, tout aussi efficaces que les
productions-mêmes de l’opus, dont
« Crush On You (Remix) » qui cristallise
tout une esthétique et permettra à Lil Kim
de laisser son empreinte dans l’histoire
de la musique. Misa Hylton-Brim sera la
styliste qui accompagnera la rappeuse
dans sa révolution Hardcore.
Inspiré par Le Magicien d’Oz, ce clip
apparaît comme une piste de disco où
défilent différentes tenues color block.
Les fourrures sont bleues, rouges puis
les tenues virent au jaune, puis au vert.
Les perruques matchent. Les chaussures
matchent. Les lunettes de soleil
matchent.
Hylton-Brim sera également responsable
du légendaire look violet free-the-boob
que la rappeuse arbora sur le red-carpet
des MTV VMAs en 1999.
Lorsque vous réciterez vos couplets
préférés de Cardi B ou Nicki Minaj,
prenez toujours deux secondes pour
penser à Lil Kim, pionnière de cette
révolution sexuelle du hip-hop qui leur
donnera naissance 20 ans plus tard.
A look at : le style libérateur de
Lil Kim
Le 12 novembre 1996, Lil’ Kim lance la
révolution Hardcore en révélant son
premier album au public. Ce premier
essai solo voit Kimberley s’approprier
entièrement sa sexualité et reprendre
le pouvoir sur ce qui n’en est pas
traditionnellement. Le flow est sanglant
et Kim n’y va pas par quatre chemins to
let you know. L’album s’ouvre avec « Big
Momma Thang » (ft. Jay-Z and Lil Cease),
et la rappeuse définira très vite sa place
dans le hip-hop féminin : « I used to be
scared of the dick, now I throw lips on the
shit. Handle it like a real bitch. »
Kimberley s’émancipe de cette culture
patriarcale et prend entière possession
de son corps, de son plaisir et du sexe. Le
sexe devient ici un terrain d’exploration
et non plus un condensé de peurs. Dans
le même esprit, « Not Tonight » est une
ode à la puissance du plaisir féminin
qui reprend sa place dans des rapports
construits traditionnellement comme
unilatéraux, au service de l’homme. «The
moral of the story is this / You ain’t lickin’
this, you ain’t stickin this »
Laissez-moi contextualiser. À l’heure où
je rédige cet article, le quatrième album
de Solange, When I Get Home, vient
d’être dévoilé.LaTexane n’a jamais caché
son admiration pour la cadette Jackson,
son EP « True » étant fortement influencé
par « The Pleasure Principle » ou plus
largement par Control. Ce qui est le plus
frappant dans les deux derniers projets
de Solange, c’est l’inspiration prise dans
le format de l’album.
Janet Jackson ne conçoit pas ses albums
comme tout le monde, c’est-à-dire une
suite de chansons mises bout à bout que
l’on peut consommer indépendamment.
Elle développe à la place un format
constitué d’interludes qui lient les
différentes chansons entre elles, de
telle mesure que vous vous retrouvez à
écouter l’album entier, ce dernier n’ayant
aucune coupure sonore.
Dans la famille Knowles, donnez-moi
Beyoncé. L’aînée de la famille est le
parfait exemple de l’héritage culturel
laissé par la cadette Jackson. Regardez
Beyoncé sur scène, l’esprit de Janet ne
traine pas loin. Lorsque Beyoncé sort le
film Lemonade pour accompagner son
album éponyme, la première pensée
va à Janet Jackson et Rythm Nation.
Au-delà même de la musique, Janet
Jackson a révolutionné le format même
de la pop star, qui doit danser et chanter
en live.
A look at : la révolution Janet
Jackson
L’impact de Janet Jackson se construit
véritablement à la sortie de son
album Rhythm Nation 1814, en 1989.
La chanteuse apporte une certaine
nouveauté sur la scène musicale avec
cet album, que la journaliste Amanda
Petrusich décrit assez justement comme
une « utopie post-raciale basée sur le
pouvoir de la danse et du groove ». 1814
est l’année où est composée l’hymne
américain. Jackson propose le sien,
un album d’une heure et cinq minutes,
conçu pour unifier toute une nation, la
Rhythm Nation. Cette nation, telle que
Jackson l’imagine, lutte contre le racisme
et les discriminations. Tout ceci, grâce
au pouvoir de l’expression créative,
de la danse et de la performance, qui
exulteraient une énergie libératrice et
fédératrice. Janet Jackson réintroduit
une conception de l’album, qui redevient
une vraie déclaration politique.
Comment ne pas penser au mythique
hommage « Together Again » qui
intervient pendant l’épidémie du SIDA
dans les années 90. Une nouvelle forme
de militantisme prend forme avec elle et
comment ne pas la prendre au sérieux
lorsqu’on la voit sur scène, à absolument
tout donner, exultant la liberté dans sa
forme la plus pure.
Malgré son apport colossal à la culture
populaire, Janet Jackson reste depuis
l’incident de 2004 la seule artiste
blacklistée du Super Bowl, alors que
Justin Timberlake a été invité en 2018.
Et si la Rhythm Nation se reformait en
2019 pour introduire aux nouvelles
générations le capital culturel laissée par
ces trois femmes ?
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  • 3. Cher.e.s lecteurs.trices, Voici la première édition de Blazé, qui s’affiche sur Instagram comme “magazine mode, cinéma et plus”... Et c’est précisément dans ce “et plus”que réside toute l’inventivité et l’originalité de ce nouvel opus médiatique. Adrien, Claire, Elena, Emma, Eniola, Manon, Mathilde, Rikiel … tous.tes ont participé à Blazé, de la production à la mise en écrit, puis à la scénarisation des images. Nous tenons à saluer le travail conséquent et passionné des étudiant.es de l’Université de la Mode, impliqués dans un projet qui a dépassé le simple stade de l’exercice universitaire, pour devenir une œuvre médiatique à part entière. L’université de la Mode, filière de l’Institut de la Communication au sein de l’Université Lyon 2, revendique haut et fort sa qualité de formation publique à travers ses deux diplômes, la Licence professionnelle Métiers de la Mode et le Master Mode et communication. Depuis 30 ans maintenant, nous affirmons notre particularisme dans un environnement très concurrentiel, en proposant une formation tournée vers les métiers de la mode et de la communication. Le magazine Blazé illustre fort bien la rencontre foisonnante et fusionnelle de ces deux univers, de ces deux ambiances qui ont en commun des opposés : la rigueur et la créativité. Isabelle Hare Co-Responsable de l’Université de la Mode
  • 4.
  • 5. Blazé c’est nous, c’est toi, c’est eux : un collectif de jeunes blasés par les diktats de la mode, curieux du monde qui les entoure et rêvant de faire bouger les choses. Le blase définit l’identité, dans toute sa différence et sa complexité. En anglais, “the blaze” c’est aussi l’incendie : celui qui brûle en nous et que l’on veut extérioriser à travers une ligne éditoriale décomplexée, prônant la good vibe et l’ouverture d’esprit. Plus qu’un magazine, Blazé représente la mode sous toutes ses formes par le biais d’identités singulières, témoins de la réelle diversité de notre société. Parce que la mode est aujourd’hui plus qu’un business, nous l’abordons également à travers différents domaines, tout en dénonçant les enjeux majeurs de la mode actuelle. Celle-ci traverse les identités, les générations, les genres et réside dans plusieurs formes d’art : la mode, c’est la musique des défilés, la Marilyn de Warhol ou encore le cinéma satirique du Diable s’habille en Prada. Parfait vecteur de ce que nous voulons dénoncer, le cinéma est justement le domaine que nous avons choisi comme thème de ce premier numéro. Alors, si toi aussi tu es blasé des diktats de la mode, ce magazine est définitivement fait pour toi. édito Et toi, c’est quoi ton Blaze ? La rédac’
  • 6.
  • 7.
  • 8.
  • 9.
  • 10.
  • 12. « Quand je fais une robe c’est un scénario (...) presque une histoire » disait Yves Saint-Laurent. Si le couturier était connu pour son amour du cinéma, il est loin d’être le seul à avoir contribué à cette liaison fructueuse entre mode et 7ème art. Ces deux mondes liés par la production du rêve s’associent depuis plus d’un siècle, et ce au plus grand bonheur de nos pupilles. mode et cinéma : l’histoire sans fin Manon Le Roy Le Marrec ©Captured’écran,Deuxtêtesfolles,1962
  • 13. Si cette histoire d’amour entre mode et cinéma semble sans fin, elle a bien commencé quelque part. D’après Laurent Cotta, conservateur au Palais Galliera,« toutcommenceàParis(...)avec des grandes maisons de couture comme Worth et Doucet qui se chamaillent pour avoir les grandes comédiennes de l’époque et entre autres Réjane. On situe ça à la toute fin du 19e siècle au début du 20e siècle. ». Le phénomène de red carpet commence alors avec de grandes actrices de théâtre qui vont être la signature de ces deux maisons de couture et seront représentées dans tous les magazines de mode de l’époque. Un commencement par le théâtre donc.Une fois les comédiennes passées devant une caméra avec les débuts du cinéma, ces dernières portaient à l’écran des vêtements tout droit sortis des salons de couture. Le début d’une idylle sans fin. Lorsque l’on évoque mode et cinéma, de nombreuses icônes nous viennent évidemment en tête : Audrey Hepburn et sa robe noire iconique dans Breakfast at Tiffany’s, Marilyn Monroe, Marlene Dietrich, etc. La liste est longue. Ces icônes féminines représentaient le glamour, le chic ou encore l’audace, grâce à leur attitude mais surtout leurs tenues couture et sur-mesure. Le cinéma a ainsi donné naissance à de nombreux duo couturiers/actrices.De Saint-Laurent et Deneuve à Givenchy et Hepburn : ces associationsontcontribuéàdevéritables chef-d’oeuvres cinématographiques où le vêtement jouait littéralement un rôle. Les créateurs profitaient alors d’une forme de publicité unique grâce à ces stars qui incarnent la femme de leur époque : Lauren Bacall a imposé le New Look de Dior dans les années 50 et Brigitte Bardot, véritable incarnation de son époque, a lancé la vichymania dans les années 60. Aujourd’hui Monica Bellucci (ayant commencé sa carrière à Dolce & Gabbana), Nicole Kidman ou encore Charlize Theron restent les incarnations des valeurs des créateurs et marques de mode qu’elles représentent. À la fin du XXe siècle, le défilé de mode prend un tout autre tournant. Finis les salons silencieux ou chaque modèle portait une pancarte numérotée suivant son look. Le défilé devient un spectacle à part entière : musique, chorégraphie, lumières. Ces shows filmés et diffusés dans le monde entier prennent une véritable dimension cinématographique avec des couturiers comme Alexander McQueen, Thierry Mugler ou encore Jean-Paul Gaultier. En concordance avec le phénomène de mondialisation, la relation entre le monde de la mode et le cinéma devient de plus en plus fructueux. Les actrices deviennent égéries publicitaires ou sur les red carpet (le festival de Cannes est un événement aussi mode que cinéma),des réalisateurs reconnus tournent des courts-métrages pour des marques (récemment Wes Anderson pour H&M) et des affiches de films cultes sont imprimés sur des milliers de t-shirt (et même chez Calvin Klein qui a dernièrement rendu hommage aux Dents de la mer). Ces deux arts sont donc à jamais liés par l’amour du rêve… et de l’argent. Histoire… d’amour De la couture à la pop culture Icônes et couture ©RéjaneenDoucet,1902 ©Captured’écran,Belledejour,1967
  • 14. les oscars de la rédac : quand les femmes sont à l’honneur Claire Baudy & Agnès Quenardel Cet article est dédié à toutes les femmes qui combattent, celles qui témoignent, les oubliées de l’Histoire et celles qui la forgent. Le cinéma est un moyen de raconter toutes ces histoires, d’en apporter une relecture comme porte-voix symbolique qui s’inscrit dans la grande Histoire. À l’aube de la 91e Cérémonie des Oscars qui a eu lieu le 24 Février dernier, nous souhaitons nous aussi récompenser et mettre en lumière certains films plus ou moins récents.
  • 15. « Édition spéciale Mesdames et messieurs, nous vous souhaitons la bienvenue aux Oscars de la Rédac Quand les femmes sont à l’honneur » Catégorie Combat Politique Bahar dans Les filles du soleil Une seule nuit a changé à jamais le destin de Bahar, notre héroïne vivant à Sinjar, ville du Kurdistan Irakien. Une nuit affreuse où les djihadistes sont entrés dans la ville, massacrant ses hommes, enlevant ses femmes, capturant ses enfants, Bahar est enlevée et vendue au marché aux esclaves à différentes familles de djihadistes. Un jour, elle réussit à s’enfuir et décide de rejoindre une armée d’anciennes captives de Daesh : Le bataillon des Filles du soleil. Ce sont des guerrières qui se battent pour leur pays, pour la liberté, en Catégorie Combat Culturel Leila dans La source des femmes Leila vit dans un village reculé du Maroc, un endroit où la tradition est de laisser aux femmes la tâche de puiser l’eau pour le village. Seulement, la source se trouve en haut d’une montagne par un accès très dangereux qui demande aux femmes un effort quotidien considérable. La plupart d’entre elles ont fait une fausse couche sur cette montagne à cause d’une chute, du poids de l’eau ou de la chaleur assommante. Lorsque Leila assiste à la fausse couche d’une de ses amies, sa lutte commence. Il est temps de bouleverser les traditions pour que les hommes apportent enfin l’eau au village, afin qu’aucun autre drame ne se produise. « Un homme tué par une femme n’ira pas au paradis » « La femme, la vie, la liberté » mémoire de leurs proches qui ont été tués et dans l’espoir de retrouver des proches enlevés. Ce film parle aussi d’une rencontre entre Bahar et Mathilde, reporter française venue couvrir les faits. Ce sont deux femmes, deux cultures, deux façons de combattre, mais le même espoir, celui de voir le Kurdistan libéré de Daesh. Aidée d’une amie, Leila lance la grève de l’amour, espérant obtenir cette arrivée d’eau au village. L’arme de ces femmes devient leur propre corps, luttant contre les traditions et le système de hiérarchisation de la parole. Cette lutte ne sera pas sans embûche, mais Leila a la chance d’avoir le soutien de son mari, même si celui-ci devient la risée des autres hommes. Venant d’un autre village, Leila est toujours considérée comme étrangère : ce film questionne également cette position d’étranger, de l’acceptation de « l’autre » par une communauté. ©Capture d’écran, La source des femmes, Radu Mihaileanu, 2011 ©Capture d’écran, Les filles du soleil, film d’Eva Husson, 2018
  • 16. Catégorie Combat Social Audrey dans les Invisibles Ce sont des sur-femmes qui tentent simplement de survivre. Audrey et Manu, suite à la décision municipale de fermer le centre Envol, décident de se battre pour ces femmes, même s’il faut contourner le système. Audrey, c’est celle qui comprendra qu’en chacune de ces femmes il y a des qualités endormies. Elle fera tout pour qu’elles s’en sortent et pour les rendre visibles aux yeux de la société quitte à s’oublier elle-même. Audrey, dépassant souvent son rôle de travailleuse sociale, va pousser dans son combat les femmes de l’Envol à s’envoler. Catégorie Combat Identitaire Lili Elbe dans Danish Girl Danish Girl raconte l’histoire de Lili Elbe, née Einar Wegener et de son combat pour devenir ce qu’elle a toujours été : une femme. Nous sommes dans les années 1920 à Copenhague, Einar Wegener et sa femme Gerda sont tous les deux peintres. Un jour, le modèle de Gerda n’est pas disponible pour poser, Einar prend alors la place de la danseuse et se découvre une très forte attirance pour les vêtements de sa femme. Plus l’expérience se réitère, plus Einar se prend au jeu du travestissement. Lorsqu’il porte ces vêtements, Einar adopte le prénom de Lili, surnom donné par la danseuse lorsqu’elle l’a aperçu habillé en femme. Gerda et Lili sortent dans des bals, présentant Lili comme la cousine de Gerda. ©Capture d’écran, Danish Girl,Tom Hooper, 2015 Ce qui ne semble être qu’un jeu au départ devient une véritable quête identitaire pour Lili qui se révèle ne pas être qu’un simple personnage pour Einar, mais sa réelle identité. Ce film met en avant le combat introspectif de Lili, mais aussi celui de Gerda qui, une fois résolue à sauver leur relation amoureuse, la soutient dans ses démarches jusqu’aux opérations auxquelles elle finira par succomber. Malgré quelques détournements de la véritable histoire de Lili Elbe, ce film reste très réaliste et fera désormais parti de notre classement de films cultes. Pour l’histoire, Lili Elbe est reconnue comme étant la première transgenre à avoir eu recours à une opération de réassignation. Les invisibles, ce sont toutes ces personnes que nous croisons tous les joursdanslaruemaisquenousnevoyons plus. Ce film réaliste (mais jamais dans le pathos) retrace un instant de l’histoire de ces femmes qui, à un moment donné de leur vie, ont dû faire face aux injustices de la société. Au sein de l’Envol, centre d’accueil de jour, elles retrouvent un soutien, un cadre de vie et de l’écoute. Celles qui prennent le pseudonyme de Lady Di, Beyoncé ou encore Brigitte Bardot, leurs idoles féminines, sont autant touchantes qu’attachantes par leur simplicité et leur humanité. ©Capture d’écran, Les invisibles, Louis-Julien Petit, 2018
  • 17. connaît un grand succès que ce dernier va s’approprier, laissant Colette dans l’ombre. S’ensuit Claudine à Paris où le personnage devient une véritable marque, une image qui parle à de nombreuses femmes. C’est lorsque Colette écrit Claudine en ménage que l’écrivainevaimplicitementsevengerdes tromperies de son mari. Durant ce film, Colette va progressivement questionner son rôle d’épouse mais surtout son rôle de femme et celui de la femme en société. A travers des rencontres et des liaisons majoritairement avec des femmes, elle va vouloir vivre de son art en toute liberté et devenir une femme indépendante, non plus sous la tutelle d’un homme. Catégorie Combat Intellectuel Gabrielle Sidonie Colette dans Colette Mademoiselle est un film coréen d’une rare beauté cinématographique où la mort, le sexe et la trahison n’ont jamais été aussi bien conjugués. L’intelligence de ce thriller, qu’elle soit visuelle ou narrative, réside dans le fameux diction « les apparences sont trompeuses ». Le pitch : durant les années 30, en Corée, Sookee, jeune femme innocente mais rebelle est engagée comme servante au service de Mademoiselle, Hideko, qui est elle-même au service de son maître (son oncle) sadique et mégalomane pour lui faire des lectures. Sookee, nourrie par un désir de fuir son pays, accepte ce Catégorie Combat Amoureux Mademoiselle Gabrielle Sidonie Colette, jeune fille rebelle et indépendante va connaître l’amour avec le critique littéraire, écrivain et entrepreneur Willy, grand séducteur de la Belle Époque. Grâce à lui, elle va découvrir toute l’effervescence artistique parisienne et mondaine, terre inconnue pour elle. Suite aux difficultés financières que traverse la maison d’édition de son époux, Gabrielle va commencer à écrire des histoires basées sur son enfance à travers le personnage de Claudine. Mais parce que Willy va les juger « trop féminines », Gabrielle va rayer son prénom du livre pour ne laisser que « Colette » qui va devenir son unique appellation. Claudine à l’école, son premier livre signé sous le nom de Willy, ©Capture d’écran, Colette, Wash Westmoreland, 2018 ©Capture d’écran, Mademoiselle, Park Chan-wook, 2016 service qui n’est autre qu’un stratagème planifié par un escroc se faisant passer pour un comte japonais dans un seul et unique but : récupérer l’important héritage de Mademoiselle. Si vous regardez ce film, ne soyez pas surpris, ce résumé ne représente qu’un seul aspect de l’intrigue. La magnifique Hideko va être bien moins naïve que ce que les apparences nous laissent à penser et va finalement être la maîtresse de ce jeu passionnel. Elle va profiter et jouer de sa beauté pour parvenir à ses fins : gagner sa liberté et son indépendance amoureuse.
  • 18. tendance Disney dans la mode : nostalgie, quand tu nous tiens.. Que celui qui n’a jamais été émerveillé devant un film Disney me jette la première pierre ! Walt Disney était un précurseur dans le cinéma d’animation et pressent dès les années 1920 l’avenir commercial du genre. Si le cinéaste américain est aujourd’hui connu internationalement pour ses inévitables happy ends et ses cartoons mémorables, plusieurs industries se sont servies du filon instauré par Disney pour en faire des objets commerciaux. On compte parmi elles le merchandising,la décoration,les jouets pour enfants… et la mode. Disney et l’industrie textile semblent effectivement liés par une histoire d’amour sans fin ! Emma Roesslinger
  • 19. L’industrie de la mode a rapidement été fascinée par Disney. Si les créateurs lui trouve d’abord une fonction émotive, les personnages de Walt Disney se sont vite avérés être des atouts graphiques et commerciaux pour les marques. Commençons par ce constat : Mickey est la première licence dans le monde, tous domaines confondus. On peut dire que Walt Disney avait le nez fin ! Mais comment expliquer un engouement aussi prononcé pour le merchandising à la petite souris ? Il semblerait avant tout que l’usage de produits Disney soit une tendance non seulement récurrente, mais surtout transgénérationnelle. Adieu les sweats et les t-shirts à effigie exclusivement pour les petites filles, Disney se retrouve également dans les garde-robes adultes, aussi bien féminines que masculines. Que ce soit sur les accessoires ou les vêtements, Disney apparaît comme témoin d’une réelle tendance régressive. Porter des tenuesfloquéesdelamarqueaméricaine est rassurant pour les adultes : on garde son âme d’enfant tout en cultivant le souvenir, la nostalgie et le rêve procurés par les films que l’on regardait petit. Porter des vêtements Disney c’est aussi la volonté de ne pas se prendre au sérieux : à l’heure du chic et des paillettes dans une société un peu (trop ?) prise de tête, ces pièces audacieuses permettent de s’extraire des carcans de la mode en une pirouette. Entre fonction émotive, graphique et commerciale Disney se porte au second degré pour casser les diktats hyper-contrôlés de la mode. Mais attention au dosage ! Bien qu’un t-shirt à l’effigie de Mickey soit fun etdécalé,ilfautleporteravecparcimonie pour éviter l’effet too much. Et beaucoup de créateurs l’ont compris puisque l’accessoire Disney est la pièce parfaite pour twister une tenue simple, sans trop la charger ! C’est d’ailleurs justement pour cette raison que les marques dans l’industrie de la mode affectionnent particulièrement l’univers Disney : du côté graphique, les personnages sont visuellement intéressants par leurs dessins tout en rondeurs. Plusieurs créateurs ont d’ailleurs travaillé dans cette veine en ajoutant un effet vintage aux produits grâce à des effets texturés ou d’usure, pour faire le parallèle entre le Mickey rétro des années 30 et le style d’aujourd’hui. Aussi, un aspect important (et pas des moindres) pour les marques et la mode : la fonction commerciale qu’engendre l’utilisation de motifs Disney dans les productions. Parce que oui, Disney fait vendre ! La mode est avant tout une industrie dont les chiffres sont primordiaux. Et depuis 2011, la licence Disney s’est étendue dans tous les domaines (puériculture, déco, et bien sûr mode) et l’on peut dire que le marché bat son plein : la fonction émotionnelle fait état d’un marché qui touche aussi bien les enfants que les adultes. Et plus la cible est large, plus les ventes sont en hausse. ©CollaborationTheJungleBookxKenzo
  • 20. 2018 était une année de fête pour tous les amoureux de Disney car celui-ci fêtait ses 90 ans ! Bien entendu, c’est avec de nombreuses collaborations mode que cetanniversaireaétécélébrédignement. Lacoste était sur le coup puisque la marque elle-même fêtait ses 85 ans. Et quoi de mieux qu’une collection capsule Lacoste x Disney autour d’une joyeuse partie de tennis pour mettre les deux marques à l’honneur ? Pour ce faire, le géant au crocodile a créé 30 pièces pour sa collection Automne-Hiver 2018 dans laquelle les graphismes exclusifs et sur-mesure faisaient référence à la célèbre souris. Vêtements, sneakers ou encore maroquinerie, aucune pièce n’a été en reste. Autre collaboration qui a fait du bruit l’année passée : Moschino x H&M dont les imprimés Disney vintage n’ont laissé personne indifférent. Les personnages ont tordu le cou à leur image lisse habituelle : sur les pièces de la collection capsule, on les voit habillés et coiffés comme sur les défilés avec tenues streetwear, chaîne et casquette à l’envers. Ces créateurs qui ont adopté le look Disney C’est depuis 2012 que l’on assiste à une montée en puissance de Disney dans le secteur de la mode. Les marques ont bien compris que c’est une tendance perpétuelle qui ne cesse de toucher de plus en plus de monde.À l’époque,Jean- Charles de Castelbajac initie Disney à l’industrie de la mode en faisant appel à Louboutin pour créer le rêve de milliers de jeunes filles après avoir découvert Cendrillon : un véritable soulier de verre. Si celui-ci n’était ni en verre comme chez Disney, ni en vair (fourrure d’écureuil) comme dans l’histoire initiale, le soulier n’a en aucun cas perdu de sa superbe puisqu’il a été fabriqué en dentelle et cristaux Swarovski. N’en déplaise aux aficionados de trésors uniques de ce genre, les souliers de verre de Louboutin n’ont pu être portés, mais à l’époque ils ont été exposés au Palais Brogniart à Paris. L’année suivante, en 2013, c’est le parc éponyme Disneyland qui fait entrer la mode en son sein. Un défilé célébrait les 20 ans du parc et pour l’occasion, tous les personnages étaient habillés en costumes de créateurs. On pouvait ainsi trouver une Minnie en robe de soirée Lanvin,une Cendrillon vêtue d’une tenue signée Sister by Sibling ou encore une Blanche-Neige en Alexander Terekhov ! De quoi faire perdurer la magie Disney pour bien longtemps encore dans les yeux des spectateurs cette année-là. En 2017, de nombreuses collaborations Disney ont vu le jour dans l’industrie de la mode. À l’occasion de la réadaptation cinématographique du Livre de la Jungle par exemple, Kenzo signe cette année-là une collaboration avec Disney. Sur les sweats, le fameux tigre Kenzo est remplacé par Sheer Khan et l’on peut retrouver plusieurs pièces avec les personnages et les décors du film. De façon plus subtile, le designer Michael Anthony dessine la même année des robes de princesses version 2017 : il transforme la robe iconique en pantalon et de façon générale, remplace les longues traînes par des vêtements haute-couture et modernes. Le message du designer ? Montrer des femmes fortes et indépendantes, bien dans leur temps (et leurs vêtements). L’année 2017 est également marquée par l’accord pluriannuel entre Pandora et Disneyland Paris : la marque a créé une collection d’alliances exclusives avec des charms à l’effigie des célèbres personnages. Les bijoux pouvaient être achetés dans le parc - et on ne doute pas que les envies de mariage ont été nombreuses cette année-là ! Les designs, rétros et originaux, sont tout de même restés fidèles à l’esprit coloré et décalé de Moschino. 2018 a également sonné les 40 ans de Shiatzy Chen : pour célébrer cet anniversaire, la marque taïwanaise s’est associée à Disney lors de la Fashion Week parisienne et a présenté une collection de vêtements et maroquinerie faisant la part belle au plus célèbre couple de souris, Mickey et Minnie. Vous l’aurez compris, l’univers Disney n’a cessé d’inspirer les marques pour créer des pièces aussi décalées que vintage. En 2018, d’autres marques ont également tenu à fêter le 90ème anniversaire de Mickey et parmi eux on compte notamment Bershka, Calzedonia, Claire’s, Vans ou encore Levi’s. Mais si l’année passée était synonyme de célébration et de fête, une chose est sûre, dans les années à venir, la mode n’a pas fini de nous faire rêver grâce à Disney ! ©CollaborationMoschinoxH&M
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  • 22. et si Edna Mode avait prédit l’avènement du streetwear de luxe ? « I never look back dahling, it distracts from the now » Adrien Marie Illustration:LouiseLIVET
  • 23. Le luxe se rend compte très rapidement quesilajeunessepeutdépenserde200à 400€, voire plus, pour des sneakers chez Nike, elle peut très certainement le faire chez Dior ou autres. L’un des premiers à se rendre compte de ces nouvelles opportunités sera Riccardo Tisci, qui entre chez Givenchy en 2005. L’italien réussira là où les plus grands (pensons à McQueen par exemple) auront échoué lorsqu’il impose une esthétique à la fois gothique, catholique et urbaine à la tête de cette maison de couture historique qui brille avant tout par son artisanat. Multipliant les relations avec la scène hip-hop qui pose désormais pour lui, Tisci introduit pour la première fois cette idée de l’urban-luxe, avant d’être suivi progressivement par pléthore de designers comme Karl Lagerfeld à la fois chez Chanel et Fendi pour ne citer que lui. Difficile d’imaginer également la montée d’une marque comme Proenza Schouler,qui se spécialise exclusivement dans l’urban-luxe. Les limites entre prêt-à-porter de luxe et grande distribution ne finissent de se brouiller, puisque le luxe intègre de plus en plus la logique qui a fait le succès de Nike. Tisci est promu à la tête de la création de Burberry en 2018 afin de ramener la marque britannique sur les rails de la rentabilité en y insufflant une nouvelle stratégie, dirigée vers les nouveaux consommateurs du luxe. C’est ce que note le journaliste Pierre A. M’Pelé dans sa critique de la collection Hiver 2019 pour le magazine Love, tout simplement titrée « Welcome to the New Burberry, Where Everyone Will Find Everything ». La boucle semble bouclée. Qui aurait osé imaginer un designer comme Virgil Abloh à la tête des créations masculines chez Louis Vuitton en 2004 ? Edna Mode, probablement. Si cette phrase paraissait totalement bénigne en 2004, la relecture en 2019 de ce grand classique Pixar que sont Les Indestructibles témoigne des influences qu’entretient le film d’animation sur la mode, notamment lorsqu’il s’agit de streetwear. Edna Mode, au premier abord, rassure mais fait également grincer des dents, se révélant ainsi être un excellent stéréotype pour le cinéma grand public, dont le but est de réunir les différentes audiences autour de représentations dans lesquelles le plus grand nombre peut se retrouver. Nesoyonsdoncpassurpris.esd’observer que Brad Bird a puisé son inspiration d’une grande lignée de carrés : Anna Wintour pour la fashion credibility, Linda Hunt pour l’insolence ou Edith Head pour l’amour du costume bien fait. Le personnage semble être suffisamment bien rodé pour survivre là où d’autres ont peut-être sombré (Meryl Streep we still love you), en ne quittant pas le stade du cliché. Sous les catch-phrases se cachent de véritables inspirations et sous l’attitude se cache une réelle vision. Une vision du vêtement pour celleux qui le portent. Le succès d’Edna dans la mode réside dans sa capacité à répondre aux différents besoins et contraintes de sa clientèle : que ce soit un costume super extensible pour Elastigirl, survivant aux températures les plus négatives pour Frozone ou accompagnant les mouvements les plus rapides de Flèche. Le vêtement tel qu’il est créé par ‘E’, ne trouve sa gloire que s’il accompagne un mode de vie. En 2004, Edna Mode cristallise donc un nouveau phénomène qui dictera profondément la dynamique de tout un secteur économique dix ans plus tard. La mode du début des années 2000 est dominée par des créateurs dont la seule optique était d’entretenir à tout prix l’exclusivité des produits de luxe. Des produits qui, par définition, ne circulent pas et donc ne prennent pas en compte différents modes de vie puisqu’ils n’ont pas à le faire. On pense par exemple à un Tom Ford à l’esthétique ultra-supra luxueuse chez Gucci ou Hedi Slimane qui habille l’underground parisien de ses skinny jeans et autres vestes étriquées en cuir four-figures chez Dior ou encore à un John Galliano et son amour de l’excès en Couture. La jeunesse, que les grandes marques de luxe ne convoitent pas encore, se concentre sur le streetwear omniprésent dans la rue, au grand plaisir des différents équipementiers. Le leader mondial Nike, voyant une opportunité, développe une nouvelle stratégie se rendant bien compte qu’il devait accompagner des personnes dans différents modes de vie. Aussi, la stratégie de Just Do It dit Nike, vise désormais à vendre la performance, en veillantàenglobertouteslesconceptions de cette dernière que peut avoir une clientèle en quête de différenciation loin de cette fausse universalité que vend le luxe. L’équipementier américain multiplie les collaborations fructueuses avec les figures qui motivent la jeunesse de l’époque (Serena Williams, Cristiano Ronaldo…) et rencontre son public en lui proposant des produits adaptés, comme une ligne destinée aux personnes invalides. Nike assumera également un hijab de sport pour sa clientèle musulmane dans un climat islamophobe. Bisous à toi Décathlon !
  • 24. mais qui a peur des méchant.e.s ? Ce n’est un secret pour personne : le sens commun accorde une mauvaise, voire très mauvaise image à la mode. Faites l’effort vestimentaire de trop, et tout à coup l’apparence prend le dessus sur vos qualités morales et/ou intellectuelles. Mais qui a peur de la mode ? Dans son ouvrage Sociologie de la mode, Frédéric Godart remonte le temps et l’histoire pour nous expliquer les fondements de cette « peur » de l’apparence et du vêtement. Il ne faut pas chercher la réponse trop loin, nous apprend-il. Comme elle a dicté à travers les époques l’organisation des sociétés occidentales judéo-chrétiennes, la religion est aux fondements de cette représentation de la mode et de l’apparence. En effet, la Bible assimile le vêtement au péché originel, et donc à l’origine du mal, quand Adam et Ève se couvrent les parties génitales d’une feuille de vigne après leur chute. C’est dans un second temps la tradition gréco-romaine qui condamne la mode, révélatrice de la vanité de l’humain.e. C’est l’idée que développe Pline l’Ancien à travers une critique acerbe de métaux précieux, condamnant l’âme humaine. Platon surenchérit lorsqu’il dénonce la mode et les excès de luxe qu’elle entraîne, comme source de perversion de l’activité philosophique. Il faudra attendre le XXe pour que Kant vienne mettre un peu d’eau dans son vin en nous disant que la mode n’est pas mauvaise si elle est pratiquée avec modération. Donc range vite le bout de chemise que tu as volontairement laissé dépasser de ton pantalon ! Cette défiance face à la mode et à l’apparence en général n’échappera pas au cinéma à travers les époques. Pour se garantir une certaine rentabilité, les grands studios doivent rassembler le plus grand nombre de spectateurs devant leurs films. Rien de mieux qu’un arc narratif « bien vs mal » pour réunir les gens au cinéma derrière des héros et/ ou héroïnes. qui rassemblent toutes les qualités morales possibles, contre des méchant.e.s qui représentent tout ce qu’il ne faut pas être ou faire. Et c’est ici que la défiance populaire face à la mode intervient. Avez-vous remarqué que les méchant.e.s étaient toujours les mieux vêtu.e.s ? La mode n’est jamais le souci de l’héros/ ïne puisqu’il est souvent occupé à vaincre le mal pour le bien commun. Par contre, l’apparence est au cœur de la vie du/de la méchant.e, dont la vie n’est dictée que par une envie de plus de pouvoir ou de gains. Soyons honnêtes, si Harry Potter, Hermione Granger ou Ron Weasley sont méga sympas, il n’empêche que les trois sont super mal fringués ! Veste de survet’, t-shirt tout simple et jean ou pantalon chinon sont l’apparat du groupe. À côté, on trouve Voldemort qui porte une robe ample au col croisé avec un pardessus aux manches chauve-souris ou encore Bellatrix Lestrange, qui porte une robe bustier avec des jeux de dentelles et autres ornements. Les intentions sont certes discutables, mais au moins les méchant.e.s prennent des jours off pour faire du shopping fabuleux ! Adrien Marie
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  • 32. mode satirique au cinéma : entre fascination et mépris Emma Roesslinger La mode, la mode, la mode… Un monde de paillettes et de rêve qui en fascine plus d’un, dont les cinéastes. Tiraillés entre admiration et mépris pour l’univers de la mode, les réalisateurs apprécient mettre en lumière ce microcosme complexe à travers le cinéma satirique. Parfois issus de la mode avant de s’être tournés vers le cinéma, les réalisateurs se jouent des codes du monde de la mode en les caricaturant à outrance. Mais bien que ces films s’apparentent souvent plus à des comédies légères qu’à de réelles satires, que cachent- ils dans leur interprétation cynique de la mode ? ©Capture d’écran, Le diable s’habille en Prada, 2006
  • 33. Si les réalisateurs choisissent de caricaturer la mode à travers leurs films, c’est bien d’abord dans le but de dénoncer la superficialité du milieu. Parce que oui, ce n’est un secret pour (presque) personne, la mode, c’est avant tout un monde d’apparences, et d’apparences souvent trompeuses… Bien entendu, ce qui fascine dans la mode, c’est la beauté. Les mannequins sont sublimes, les fêtes fabuleuses et les défilés somptueux. Mais que reste-t-il lorsque les masques tombent et que les stroboscopes s’éteignent ? Beaucoup de réalisateurs ont voulu donner une réponse à cette question,certes de façon caricaturale, mais non moins réaliste. D’un côté, la superficialité intellectuelle des mannequins est jugée par l’oeil mordant de Ben Stiller dans Zoolander en 2001 : son personnage éponyme n’est autre qu’un mannequin hyper looké dont le QI ferait se retourner Einstein dans sa tombe. Certes, le cliché est très (trop ?) poussé à l’extrême, mais si Stiller ne fait pas d’une généralité le cas Zoolander, il veut montrer l’importance excessive de la beauté dans le mannequinat, parfois au détriment de l’intellect. De l’autre côté, Ben Stiller souhaite dénoncer un univers gouverné par la sexualisation des mannequins. Une échappatoire à la superficialité... Frédéric Beigbeder dans son Idéal sorti en 2016, semble partager ce sentiment d’un monde sexiste et glauque à travers son film retraçant le parcours d’un «modelscout »,véritabletêtechercheuse d’une nouvelle égérie pour la prochaine campagne L’Idéal (comprenez, L’Oréal). Le postulat est simple : il lui faut trouver une (très) jeune fille de 15 ans, au visage frais et au corps ingénu en écumant des fêtes où alcool et autres drogues coulent à flots. Si à bien des égards, le tableau dépeint semble trop cliché pour être vrai, Beigbeder fait en fait état de ce qu’il a pu observer au cours de ses années passées dans le milieu de la mode, à travers son poste de directeur de la rédaction du magazine Lui. En bref, nous avons bien compris que les apparences sont trompeuses et c’est justement pour aller au-delà que les réalisateurs choisissent aussi de s’intéresser au monde de la mode. Cela passe parfois par la façon même de filmer les images. En 1966, William Klein signe ainsi une satire de la mode à travers Qui êtes-vous Polly Maggoo ? En filmant des images parfaitement cadrées et soignées tout en montrant l’envers du décor du mannequinat. La première scène du film est d’ailleurs justement captée à l’arrière- scène d’un défilé. La superficialité de la mode passe aussi par la place colossale occupée par les diktats de la beauté. Là encore, il faudrait habiter au fin fond de l’Himalaya pour ne pas être au courant des pratiques imposées par l’industrie de la mode. Dans leurs films satiriques, les réalisateurs souhaitent justement dénoncer ces usages au profit de l’acceptation de soi et du caractère moins restrictif de la beauté. Encore une fois, le Zoolander de Ben Stiller fait témoin de diktats à abattre (critères physiques irréprochables, être parfait dans n’importe quelle circonstance) tout en véhiculant le message que l’on peut admirer des icônes de mode sans pour autant accepter les critères de beauté subjectifs imposés. Bien que le film soit sorti en 2001 et qu’aujourd’hui, la tendance soit de plus en plus à l’acceptation de soi (bodypositivism, mannequin transexuel(le), physiques atypiques, etc.), il est vrai que le diktat de la mode reste un sujet sensible dans cette industrie. ...et aux diktats (éphémères) de la beauté Pourtant, la définition de la beauté va toujours de pair avec une époque et ses tendances, d’où son caractère éphémère. La sortie de Zoolander par exemple a marqué la fin de l’époque des Supermodels (Linda Evangelista, Christy Turlington et Naomi Campbell, rejointes par Cindy Crawford, Claudia Schiffer et Tatjana Patitz), époque durant laquelle les mannequins étaient de vraies stars. Stiller montrait donc à travers son film qu’une fois de plus, la célébrité de ces beautés étaient éphémères et surtout arbitraires puisque bien qu’elles restent ancrées à cette image de « superstars » des années 90, même les Supermodels ont été remplacées par des visages plus mainstream à chaque décennie traversée. De façon plus générale, les cinéastes satiriques sur la mode désirent montrer le caractère éphémère du monde de la mode tout entier car ce ne sont pas seulement les mannequins qui sont rapidement remplacés mais aussi les tendances, les vêtements et les créateurs eux-mêmes.
  • 34. À travers leurs oeuvres satiriques, les cinéastes vendent du rêve aux spectateurs. Ils dépeignent une réalité magique relayée par les médias. Ceux- ci sont pourtant vecteurs d’une certaine manipulation : ils choisissent les images qui feront du monde de la mode un univers où le succès et la richesse semblent régner. Cette manipulation médiatique, William Klein désirait la dénoncer dans sa satire Qui êtes- vous Polly Maggoo ?, sorti en 1966. La référence date d’il y a 50 ans, pourtant le sujet est encore bien d’actualité. Dans le film, une émission de télé suit les pérégrinations de Polly Maggoo, jeune mannequin en plein essor. Le documentaire, et donc la télévision, sont en fait ici les vrais protagonistes de l’oeuvre : Klein nous montre bien que c’est grâce au montage des images filmées pour l’émission que le spectateur peut découvrir le rêve éveillé vécu par Polly. Le documentaire dit représenter la réalité, qui n’est en fait qu’une once de la vraie vie vécue du mannequin. Les médias manipulent ainsi les spectateurs pour faire croire à des vies extraordinaires vécues par des gens finalement ordinaires. Si les mannequins sont d’autant plus adulés à travers ce type d’images médiatiques véhiculées, le problème d’une réalité biaisée semble toucher tous les métiers de la mode : styliste, directeur artistique, journaliste, etc. La mode est un monde professionnel qui semble faire rêver. Vendre du rêve au détriment d’une réalité professionnelle Si dans Zoolander l’ensemble des personnages sont des caricatures d’eux- mêmes (couturier,assistant,mannequin), le film le plus satirique sur le sujet reste le cultissime Le diable s’habille en Prada de David Frankel (2006). Le réalisateur n’y va pas de main morte pour dénoncer le harcèlement moral dans le monde de la mode : l’imbuvable Miranda Priestly n’a de cesse de demander à Andrea, l’assistante rédactrice, des tâches toujours plus insensées à réaliser pour engendrer un climat de stress et soi-disant de productivité. Allez-y pour trouver le dernier manuscrit Harry Potter pas encore publié ! Bien que Frankel utilise la mode comme terrain de jeu, le réalisateur brosse en fait le portrait d’une cruauté facile dans le monde du travail en général. La satire est facétieuse, mordante, pour en fait dénoncer une brutalité mercantile du milieu professionnel - notamment dans le monde de la mode. Toutefois, Le diable s’habille en Prada est aussi une ode à la femme active : celle pour qui son job est très important et qui a des responsabilités. Vous l’aurez compris, la satire mode au cinéma, ça dénonce beaucoup, ça fait rire beaucoup… mais ça reste aussi avant tout une fiction ! Alors même si une part de vérité vécue a sa place dans les oeuvres des cinéastes, ne jamais oublier que le rire est un bon moyen de relativiser beaucoup de sujets et surtout, de prendre un certain recul par rapport à une industrie aussi complexe que fascinante. ©Captured’écran,Quiêtes-vousPollyMaggoo?1966 ©Captured’écran,Zoolander,2001
  • 35. une série, une identité mode La série,issue du livre féministe du même nom, dépeint une société théocratique, totalitaire et patriarcale. Les costumes, inspirés des cultes ou microsociétés régi(e)s par des codes vestimentaires, symbolisent les castes sociales de part leur formes, matières et surtout couleurs. Le look des handmaids est particulièrement représentatif de l'état d'oppression des femmes par le rouge, synonyme de fertilité et la coiffe blanche, cachant leur visage, symbole de perte identitaire. The Handmaid's Tale ou le pouvoir (symbolique) de l'uniforme par excellence. The Handmaid’s Tale La garde-robe de Monica, Rachel et Phoebe incarne fidèlement la mode dans les années 1990. La tendance générale est alors au denim brut, mini- jupe à carreaux, chandail, tailleur fleuri et tant d’autres pièces iconiques à l’orée du XXI° siècle. Friends Outre le fait que cette série soit la meilleure de tous les temps (oui oui) Twin Peaks de David Lynch est un des premiers TV-shows où le style des personnagesprendautantd’importance. Grâce à la costumière Patricia Norris (collaboratrice de Lynch), cette oeuvre cinématographique sortie en 1990 a pris une véritable dimension mode. De l’agent Cooper avec son costume impeccable à Audrey la jeune femme fatale aux inspirations années 1940 : chaque personnage a un style iconique et inimitable. Twin Peaks Une identité mode dans une série ? Stranger Things et ses influences 80’s, sans aucun doute ! Bombers, Levis 501 et sweat-shirt loose sont aussi tendances à l’époque de la série que de nos jours. Et pour cause ! Qui connaît meilleurs alliés pour être à la fois stylés et à l’aise toute la journée ? En bref, pour moi, Stranger Things rassemble toutes les caractéristiques pour s’inspirer, inspirer et représenter la mode d’aujourd’hui ! Stranger Things Rien ni personne ne m’enlèvera un jour cette douce image d’Angel flottant dans une robe de Reine européenne post-renaissance qu’elle vient juste de dérober dans un musée. Category is Royalty, après tout. La série Pose se déroule au milieu des années 80 et suit l’avènement de la Ballroom Scene à New- York. Si la série brille par ses décors, ses narratives et ses personnages, n’oublions pas de mentionner tous ces courts moments modes que l’on ne parvient pas à abandonner. Ceci pour notre plus grand plaisir. Pose ©Sarah Shatz / FX ©Capture d’écran, Friends, Marta Kauffman & David Crane ©Capture d’écran, The Handmaid’s Tale par Bruce Miller, 2017 ©Capture d’écran, Twin Peaks, Saison 1, par David Lynch et Mark Frost, 1990 ©Capture d’écran, Stranger Things, par Matt et Ross Duffer La rédac’
  • 36. les meilleurs moments mode au cinéma Entre film d'horreur et thriller, The Neon Demon est l'histoire de Jesse évoluant dans le milieu du mannequinat dépeint comme terriblement malsain et sombre. La scène de son premier shooting photo professionnel est d'une esthétique scénographique à la fois sublime et angoissante.Le jeu de lumière,l'absence presque totale de parole, la musique planante, le maquillage et le regard des personnages créent une séquence d'un troublant onirisme. Little Miss Sunshine, c’est l’histoire d’Olive, petite fille de 7 ans dont le rêve est de gagner un concours de Miss. Défiant tous les stigmates imposés aux petites poupées Barbie défilant sur le catwalk, Olive marche et pose fièrement dans son maillot de bain rouge. Elle détonne dans les froufrous et le maquillage outrancier de ses concurrentes, mais la simplicité de ses vêtements désacralise le côté superficiel et hypersexualisant de ce concours de Miss. On sent ici que sa tenue est en fait le porte-parole du message fort du film : s’accepter telle que l’on est, en évoluant avec son âge, sa façon d’être et son corps. Un des moments mode les plus iconiques du cinéma se trouve à mon avis dans l’incroyable Paris, Texas de Wim Wenders, Palme d’or à Cannes en 1984. Le personnage d’Harry Dean Stanton retrouve son éternel amour joué par Nastassja Kinski dans un peep-show. Cachée derrière une vitre elle porte une magnifique robe-pull en angora rose fushia. Une tenue courte et dos-nu tout aussi sexy que représentative de sa vulnérabilité. Une pluie de vêtements tombe sur les deux protagonistes qui arpentent un paysage hivernal. La scène est rendue encore plus grandiose avec le morceau A New Error de Moderat qui rythme la marche. Little Miss Sunshine The Neon Demon Paris, Texas Laurence Anyways The Fifth Element Certains films sont des évidences. Rien à propos de The Fifth Element n’est évident, et encore moins la mode. Les costumes, pensés pour l’occasion par nul autre que Jean-Paul Gaultier, brillent par l’attention ultime du détail qui leur sont accordée. Que ce soient les personnages les plus fashionables (comment ne pas penser par exemple à Diva Plavalaguna ou Ruby Rhod) ou ceux dont on attend le moins (Korben Dallas, les prêtres, les sous-fifres d’un méchant manquant cruellement de charisme à un point où il en devient charismatique ou les généraux intergalactiques),personne n’a échappé à la main de maître qui a créé pas moins de 1000 costumes. Et si la mode n’était pas ce cinquième élément qui nous sauvait tou.te.s ? La rédac’ ©Capture d’écran, Neon demon, 2016 ©Capture d’écran, Le cinquième élément, 1997 ©Capture d’écran, Laurence Anyways, 2012 ©Capture d’écran, Paris, Texas, 1984 ©Capture d’écran, Little miss sunshine, 2006
  • 37. looks icôniques au cinéma Entre le jean patte d'eph taille basse délavé, la veste en denim strassée, les talons à plateformes ou compensés, les robes mini et moulantes, les mèches blondes ou le crayon contour de lèvres, le réalisme esthétique du look de Diane Després joue subtilement entre l'exubérance, le cheap voire mauvais goût et la mode des 90’s/début 2000. Le look de « Mommy » est symbole de la femme de caractère, issue d'un milieu populaire et assumé. Pulp Fiction est l’un voire LE film culte des années 1990, par son intrigue aussi sanglante que haletante mais aussi grâce à une femme, Mia Wallace, femme du patron de la pègre. Mia n’est pas une fashion victim, encore moins une bimbo… mais Mia a terriblement de classe et de sex-appeal. Son ensemble chemise blanche/pantalon noir fait d’elle l’élégance incarnée. Mia Wallace n’a pas besoin de fioritures pour représenter LA femme forte et séduisante qu’elle est : la sensualité réside dans la simplicité, merci Mia Wallace de nous le rappeler. Véritable icône de mode, Monica Colby se distingue par son style éclectique et excentrique. De l’agent Dale Cooper dans Twin Peaks ou Orson Hodge dans Desperate Housewives : vous avez sûrement déjà croisé la tête de ce récent soixantenaire sur un de vos écrans. Et bien il s’avère que l’acteur Kyle MacLachlan est aussi une véritable fashionista. Outre ses costumes toujours taillés à la perfection, il s’adonne à de nombreux shootings en Calvin Klein pour Purple magazine ou avec la veste à immenses épaulettes Balenciaga pour Le Monde. Nous aussi on le veut dans Blaze ! Diane Després, Mommy Mia Wallace, Pulp Fiction Kyle MacLachlan Monica Colby, Dynastie Interprétée par Whitney Houston, Rachel Marron tombe amoureuse de son bodyguard alors qu’il essaie de la protéger du danger qu’il a apporté à sa porte. Si la bande originale a rendu le film iconique, n’oublions pas de récompenser la mode absolument galvanisante que porte Whitney, en particulier sur scène. Let it be known : si jamais un jour il m’arrive quelque chose, veillez à ce que je sois enterré dans une réplique de ce costume de scène all- metalic absolument iconique. Rachel Marron, Bodyguard La rédac’ ©Capture d’écran, Bodyguard, 1992 ©Capture d’écran, Pulp fiction, 1994 ©Capture d’écran, Dynastie, 2017 ©Capture d’écran, Mommy, 2014 ©Droits réservés
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  • 39. « Le cinéma ne dit pas autrement les choses, il dit autre chose » Eric Rohmer
  • 40. Au détour d’une rue, l’allure imposante d’un parrain de la mafia au sex-appeal envoûtant vient souligner la frêle silhouette d’Olive, adorable anti-héroïne aux santiags inoubliables. Plus loin, au fin fond d’une contrée merveilleuse, le visage angélique d’Alice se contorsionne de surprise à la vue d’un mystérieux lapin blanc. Connus comme le loup blanc ou chef-d’oeuvres oubliés, Le Parrain, Alice aux Pays des Merveilles et Little Miss Sunshine n’ont laissé personne indifférent. Empreints de fortes identités stylistiques, ils ont été sources d’inspiration pour faire de ce shooting des réinterprétations cinématographiques hautes en couleurs, à travers les looks inimitables des héros.
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  • 48. pourquoi le relooking au cinéma est-il sexiste ? Si vous lisez Blazé vous en êtes sûrement friand : les scènes de relookings au cinéma sont des clichés hollywoodiens complètement cultes. Transformer une première de classe en fille sexy et populaire, rien de plus satisfaisant à regarder. Pourtant ces scènes de transformations posent un véritable problème concernant l’image objectifiée de la femme qui y est véhiculée. Manon Le Roy Le Marrec ©Capture d’écran, Pretty Woman, 1990
  • 49. La plupart des scènes de transformations physiques au cinéma sont d’ailleurs toujours liées à la séduction que ce soit dans des comédies romantiques ou des teen movies. Vous connaissez d’ailleurs tous l’histoire de l’adolescente intello maissecrètementsexyquisefaitrelooker par de nouveaux amis populaires afin de séduire le plus beau garçon du lycée. Lolita malgré moi, Clueless, Elle est trop bien - et on en passe - dans tous ces films que vous avez pu regarder adolescents, les héroïnes se doivent de passer par cette étape essentielle afin d’être révélées - physiquement - aux garçons dont elles sont éperdument amoureuses. « Pretty woman, walking down the street. Pretty woman the kind I like to meet. ». Si vous n’avez pas lu ces paroles en chantant dans votre tête c’est que vous êtes sûrement passés à côté de LA comédie romantique par excellence : Pretty Woman. Une prostituée, incarnée par la divine Julia Roberts, rencontre « l’irrésistible » homme d’affaires que joue Richard Gere. Elle devient l’escort girl de ce magnat de la finance. Malheureusement son franc-parler et sa tenue dévergondée ne l’aident pas à se faire respecter notamment dans les boutiques de luxe. Son sugar daddy l’accompagne alors se faire relooker en « fancy lady ». Bien que cette scène de relooking soit culte elle pose de véritables problèmes sur la vision de la femme, comment elle doit s’habiller, se comporter pour plaire aux autres et surtout à un homme. Des moments de transformations souvent ridicules puisque les actrices, forcément très belles avant le relooking, sont négligemment déguisées en « moches » avec une paire de lunettes ou au pire un vieux pull. À l’origine de ce cliché hollywoodien se cache Billy Wilder, réalisateur de Sabrina (1954). Déjà sublime dès le début du film, il est bien difficile de croire qu’Audrey Hepburn n’attire l’attention d’Humphrey Bogart et de William Holden qu’une fois habillée en Givenchy à son retour de Paris. Une réduction clichée de la femme à son apparencequiseraitcorréléeàlaréussite de sa vie personnelle et amoureuse.Mais qu’en est-il du relooking des hommes ? Souvent liées à l’envie de séduction - pas d’une femme mais plutôt de plusieurs - les transformations de personnages masculins s’ancrent de la même manière dans une perspective sexiste. Bien sûr ces scènes font partie de notre imaginaire collectif et il est difficile de se détacher de notre amour du relooking. Non on ne vous en veut pas si vous tapez « best movie makeovers » sur Google : on l’a déjà fait. Repensez juste à cet article à chaque fois que vous verrez une de ces scènes cultes. Qui sait si un jour les réalisateurs feront des progrès ? Par exemple, dans Crazy Stupid Love ou 40 ans toujours puceau, Steve Carell, jouant dans les deux films le rôle principal, est relooké dans la perspective de devenir un véritable séducteur. Au delà de l’achat de vêtements - moins diversifiés que ceux des femmes - un nouveau comportement est inculqué à ce personnage « gentil » et « inoffensif » : l’homme doit cesser de « vénérer » les femmes et apprend des soit-disantes techniques infaillibles pour les avoir à tous les coups dans son lit. À travers un simple relooking on fait en réalité face à une véritable objectification des femmes.
  • 50. Technicolor et symbolique au cinéma : et la couleur fût ! La couleur habille nos émotions et notre quotidien sans même que nous ne nous en rendions compte. Explications scientifiques, techniques ou encore symboliques. Plus d’un d’entre nous a déjà essayé de comprendre le sens des couleurs. Et puisque notre numéro fait la part belle au septième art, pourquoi ne pas interroger la signification des couleurs au cinéma ? Celles-ci semblent effectivement avoir bien évolué au cours de l’Histoire dans leurs fonctions mais aussi dans leurs symboliques. Emma Roesslinger ©Captured’écran,Lemépris,Jean-LucGodard,1963
  • 51. La numérisation transforme de l’énergie lumineuse en énergie électrique (le signal analogique devient un signal numérique), tandis que la modélisation crée directement un modèle à partir du langage numérique. De façon plus simple, la modélisation, c’est par exemple le procédé utilisé pour tous les films en images de synthèse que l’on connaît (Wall-E, Le monde de Nemo, Ratatouille, Shrek…) Bref vous avez compris ! Au-delà de la technicité des moyens en eux-mêmes, le cinéma a de plus en plus choisi ses procédés techniques en fonction du rendu souhaité. Le rapport au réalisme a par exemple toujours eu une place très importante dans le choix du système employé : celui-ci est motivé dans le but de créer des effets de réel grâce à la couleur.Un procédé technique peut également être sélectionné en particulier au profit de la ressemblance chromatique (créer un rendu naturel des couleurs). Aussi, le choix des couleurs en lui-même est déterminé par un code : celui-ci peut être arbitraire ou motivé. Toutefois, si les films utilisent en général conjointement ces deux codes, il arrive parfois que des problèmes se posent par rapport à leur utilisation, notamment lorsque les intentions artistiques du réalisateur ne sont pas respectées lors de la restauration d’un film. Une histoire de moyens techniques Si la couleur dans les films nous apparaît aujourd’hui comme une évidence, il n’en était évidemment rien il y a encore quelques années. De nos jours, la couleur est manipulée facilement grâce aux avancées techniques : aussi bien avant que pendant la prise de vue, ou carrément en post-production, la couleur peut être créée et modifiée en permanence. Mais il est important de se rappeler que les premiers techniciens du cinéma ont essuyé beaucoup d’échecs avant d’arriver à produire des moyens efficaces pour coloriser les images filmées. Petit retour dans le temps pour mieux comprendre l’arrivée de la couleur au cinéma. La couleur apparaît sur grand écran pour la première fois dans les années 1910. Et ce qu’on peut dire, c’est que les techniciens de l’époque ne chômaient pas pour attirer les spectateurs et faire du septième art le cinéma d’aujourd’hui ! À cette époque, les moyens sont restreints : la couleur est appliquée directement sur la pellicule, l’image est véritablement coloriée. Le procédé étant long et rigoureux - les images étaient coloriées à la main ou au pochoir -, les séquences colorisées étaient choisies en fonction de leur potentiel dramatique ou spectaculaire. Les scènes d’explosion par exemple étaient fréquemment choisies pour être colorées et mises en avant. Suite à ces prémices techniques de création de la couleur dans les films, l’industrie du cinéma a commencé à élaborer des systèmes de couleurs naturelles pour reproduire directement les couleurs de l’objet filmé. Pour ce faire, plusieurs méthodes ont vu le jour : il y a d’abord eu les bains de couleur (teinture et virage de la pellicule), puis le Kinemacolor et enfin le Chronochrome, invention de Gaumont et concurrent du Kinemacolor. Ces deux derniers procédés étaient en fait les prédécesseurs du fameux Technicolor. Réel tournant dans l’histoire du cinéma. Le Technicolor apparaît une première fois en 1915 avant d’être remanié de quatre façons différentes et de présenter sa dernière version en 1932. Mais même s’il n’a rencontré le succès qu’à partir de 1950, à quoi doit-on la réussite du Technicolor ? Sans vous infliger un retour assommant vers vos cours de physique au lycée, le Technicolor doit sa célébrité à la découverte de la fameuse synthèse additive des couleurs primaires (rouge, vert et bleu) qui permet de combiner deux images colorées simultanément. Et la couleur fût... ou presque ! Même avec la révolution du Technicolor, les professionnels de la couleur n’avaient pas fini de nous impressionner. La seconde innovation majeure dans l’histoire du cinéma reste bien entendu l’arrivée des techniques numériques. Grâce à elles, la couleur a enfin pu être créée directement par ordinateur. Si le « coloriseur » colore de toutes pièces une image en noir et blanc, les procédés de numérisation et de modélisation sont aussi appréciés. La différence entre ces deux moyens techniques ? ©Capture d’écran, Avatar, 2009
  • 52. Dans les films d’horreur la volonté est souvent d’intensifier des effets de réel : la couleurauraainsiunevocationpurement naturaliste pour renforcer l’angoisse procurée par le film (le rouge du sang ne sera par exemple pas saturé pour que le spectateur y croit vraiment). Pour autant, les films d’horreur n’excluent pas des effets plus plastiquement sensationnels (qui évoluent bien évidemment avec le temps aussi ! ). En science-fiction c’est souvent l’intangibilité de la lumière colorée qui prime : elle est impalpable, difficile à comprendre mais simple à apprécier par ses effets esthétiques. La dichotomie rouge/vert est particulièrement présente dans les films de science-fiction : l’opposition de ces deux couleurs complémentaires véhicule très souvent aussi bien la dualité que la complémentarité des sentiments (l’amour et son côté instable par exemple). Enfin, dans les films adaptés de comics apparus dès les années 1930 mais très en vogue depuis 1990, les tons de couleurs sont souvent francs et uniformes dans les costumes, les décors et les lumières pour renforcer le côté irréel et fantastique des super- héros. Les plans d’ensemble de nuit, généralement assez présents dans les comics, signalent aussi par exemple, les lieux de l’action qui se déroule et mettent en valeur la couleur de l’image obscurcie. à la technicité et l’avancée des moyens techniques employés pour créer d’aussi belles images. Nous avons vu que la couleur, à ses débuts, avait un rôle d’attraction auprès des spectateurs. Les réalisateurs se servaient aussi de cette fonction pour dissimuler les « trucs » des films fantastiques. Dans les films de magie par exemple, la couleur contribuait aux effets visuels grâce à de la fumée colorée qui faisait apparaître ou disparaître des objets. Dans ces cas précis, les cinéastes utilisaient le caractère hypnotique de la couleur : l’oeil du spectateur était attiré par la couleur des objets ou des corps et prêtait ainsi moins attention à l’exécution technique du tour de magie. Sacré tour de passe-passe des magiciens de la couleur ! La couleur au cinéma, entre attraction et dissimulation Comme nous l’avons expliqué précédemment, une couleur n’est jamais vraiment le fruit du hasard dans une image. Bien que le choix d’une couleur fut au départ plutôt restreint dû au manque de moyens techniques pour bien représenter toutes les teintes, les couleurs ont progressivement gagné en importance au niveau de leur symbolique. En 1906, aux prémices du cinéma en couleur, celles-ci permettaient surtout le cinéma « d’attraction » selon Tom Gunning et André Gaudreault, professionnels du cinéma. Le but de ce type de cinéma ? La capacité à captiver le spectateur par « une action sensorielle ou psychologique », dixit les deux pros du cinéma. En clair, au départ la couleur servait simplement à exercer une certaine fascination sur le public en produisant des effets spectaculaires, et bien souvent non réalistes. La fonction de la couleur au cinéma à cette époque pouvait toutefois être encore bien affinée : on parle alors de couleur attractive et sensuelle, mais aussi de couleur ornementale et spectaculaire. La première forme fait le parallèle entre la sensualité de la couleur que celle-ci peut servir et celle du corps en mouvement. Au cinéma, la sensualité est exacerbée par les couleurs conférées aux personnages, en particulier féminins : la teinte des costumes fait par exemple ressortir la blancheur de la peau de la femme et la couleur rouge des joues d’une héroïne un peu timide va renforcer le charme du personnage. La couleur ornementale et spectaculaire, quant à elle, joue sur les effets purement sensoriels de l’image : en images de synthèse par exemple, la couleur exerce une réelle fascination sur les spectateurs lors de ses premières apparitions, dûe La symbolique au service de la narration Dans les annés 1906-1908, le cinéma d’attraction devient progressivement un cinéma de narration dont les codes esthétiques et symboliques des couleurs se muent en même temps. D’un style criard voire vulgaire, les couleurs sont passées petit à petit à une esthétique plus modérée et raffinée. Le but du teintage et du virage des couleurs n’était plus d’obtenir un effet spectaculaire, mais bien de servir une narration : en ce sens, la couleur accompagnait et renforçait réellement la mise en scène. De façon générale, la couleur pouvait être soit narrative et symbolique et prenaient donc en compte les enjeux diégétiques du film, soit sensible et critique par rapport au discours sur le réel et sa représentation à travers les couleurs choisies. Cette dernière caractéristique soulève d’ailleurs le lien indéfectible et la dualité du cinéma entre la fantaisie et le fantastique, et la représentation du réel. Comme le disait si bien Michel Pastoureau, « plus qu’un pigment, toute couleur est d’abord une idée ». Alors, pour mieux comprendre la relation entre une couleur et sa symbolique, voici quelques exemples de genres de films dans lesquels la couleur sert merveilleusement la narration.
  • 53. La couleur comme art au cinéma La couleur au cinéma, bien qu’elle soit d’origine très technique et qu’elle puisse être traitée de façon symbolique, reste quand même du domaine de l’art. Les associations, les mélanges ou encore les touches de couleurs font du cinéma un art à part entière. Dès les années 1960, la couleur au cinéma est largement inspirée des pratiques plastiques que les cinéastes de l’époque exploitaient afin de renouveler le langage cinématographique. Le but principal de cette démarche ? Modifier le statut du récit. La peinture d’avant-garde est l’une des influences principales : la couleur est un royaume dans lequel les cinéastes se délestent de l’emprise symbolique de la couleur. Celle-ci est libre des objets qui la véhicule, des connotations et du cadre sémantique rigide et limité qui la définissent. La couleur exprime dès lors au cinéma la nature d’oeuvre d’art de l’image où elle s’étend : la présence de tableaux en couleurs dans un film en noir et blanc fait ainsi la part belle à l’artisticité de la couleur. Depuis la fin des années 1960, la couleur est définitivement naturalisée et intégrée à la production cinématographique. Elle estplusréalisteetconsidéréeparlepublic comme intrinsèque à celui-ci - à partir de ce moment, le noir et blanc devient marginal. Certains réalisateurs sont même célèbres par leur style artistique faisant appel de façon outrancière aux couleurs : on pense par exemple à Wes Anderson, Tim Burton ou encore Jean- Pierre Jeunet. De façon plus générale, certains genres de cinéma, comme à Hollywood en 1940, se démarquent des autres par l’usage manifeste qu’ils font de la couleur : elle n’est plus naturaliste mais a bien des vertus spectaculaires et sensationnalistes. En bref, nous avons bien compris que la couleur, depuis son apparition sur grand écran, a bien évolué pour devenir un élément essentiel au cinéma d’aujourd’hui. Sa caractéristique principale ? Elle oscille en permanence entre réalisme et attraction. Parfois naturaliste pour mettre en avant la délicatesse de sa symbolique, parfois réaliste pour plonger le spectateur dans une réalité fantasmée, la couleur est variable en fonction des époques, des cultures et des pays... pour notre plus grand bonheur de cinéphiles ! ©Capture d’écran, Betty Blue, Jean-Jacques Beineix, 1986 ©Capture d’écran, Vicky Cristina Barcelona, Woody Allen, 2008 ©Captures d’écran, The neon demon, 2016©Capture d’écran, Elizabeth: L’âge d’or, Shekhar Kapur, 2007
  • 54. « Bleu est devenu un mot magique, un mot qui séduit, qui apaise, qui fait rêver ». Cette citation de Michel Pastoureau devrait parler à plus d’un. Quand on parle du bleu, on pense au rêve bleu, au ciel azur et à l’infini. Ce n’est pas pour rien si le bleu est la couleur la plus aimée dans le monde ! Pourtant cette couleur, aussi basique qu’elle puisse paraître, renferme une ambivalence bien prononcée. Autrefois symbole de la royauté et de l’aristocratie (le « sang bleu » des nobles conjugué au lapis-lazuli, pierre précieuse favorite des grands souverains), le bleu s’est également rapidement imposé sur les drapeaux des grands organismes internationaux (ONU, Unesco, Europe) comme signe de paix. Le bleu est donc une couleur de prestance, de confiance, de vérité mais aussi de loyauté. Du côté émotionnel, le bleu est un grand vecteur de sentiments et de romantisme. N’est pas « fleur bleue » qui veut ! La couleur bleue fait appel à la sensualité de l’amour féminin, au désir des femmes fatales, mais aussi à la timidité lorsqu’elle est associée au rouge pour exprimer des sentiments amoureux. Toutefois, la dualité du bleu se fait ressentir au niveau des émotions qu’il peut véhiculer : si pour certains il est synonyme de douceur et de tendresse, pour d’autres, le bleu est signe de mélancolie, d’angoisse et de sentiments douloureux et exaltés. La « peur bleue » est d’ailleurs ainsi nommée car elle renvoie au personnage, souvent féminin, qui a peur, mais aussi à la couleur mortifère de la peau glacée du mort et au fantôme. Le bleu, bien qu’il soit souvent rattaché au calme, au repos et à la sécurité dans la pensée collective, est pourtant aussi signe de mouvance comme la mer bleue. Tantôt calme, tantôt agitée, parfois symbole d’espoir face à l’infini ou de danger, le bleu se meut telles les vagues de la mer tout au long du film au cinéma. L’ambivalence du bleu existe jusque dans l’appellation générique de la couleur : le bleu est une couleur froide, mais détient, comme toutes couleurs froides, deux aspects distincts selon sa valeur de teinte. Ainsi, le bleu deviendra chaud en tendant vers un bleu-violet plus doucereux et adoptera une symbolique bien différente d’un bleu clair froid et énigmatique. le bleu, éternelle dualité chromatique Emma Roesslinger
  • 55. ©Capture d’écran, La vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche, 2013 ©Capture d’écran, Melancholia, Lars von Trier, 2011 ©Capture d’écran, Mulholland drive, David Lynch, 2001 ©Capture d’écran, Drive, Nicolas Winding Refn, 2011 ©Capture d’écran, L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, Serge Bromberg et Ruxandra Medrea, 2009 ©Capture d’écran, L’été de Kikujiro, Takeshi Kitano, 1999 ©Capture d’écran, Le grand bleu, Luc Besson, 1988
  • 56. Au Moyen-Âge, le vert s’impose comme emblème du Mal et de Satan. Par extension, le vert est souvent associé à l’univers merveilleux des créatures étranges telles que les fées et les sorcières, mais aussi au fantastique. Nombreux sont les « petits hommes verts » dans les films de science-fiction, tout comme les super-héros aux costumes verts. Et pour cause : le vert est une couleur « rebelle » et instable ! Couleur végétale et apaisante, le vert fait appel à la nature et à l’écologie (l’agriculture biologique notamment) et habille ainsi très souvent les symboles du monde médical et sanitaire pour rappeler l’hygiène et la santé. Enfin, de façon plus ludique, le vert est la couleur du destin et de la (mal)chance. L’indécision et le hasard sont souvent teintés de vert comme dans une partie en train de se jouer sur le green d’un terrain de golf, sur une table de ping-pong ou encore sur un tapis de jeu de poker. le vert, du fantastique à la liberté Emma Roesslinger
  • 57. ©Captures d’écran, Playtime, Jacques Tati, 1967 ©Capture d’écran, Matrix, Lana Wachowski et Lilly Wachowski, 1999 ©Capture d’écran, Panic Room, David Fincher, 2002 ©Capture d’écran, Green Lantern, Martin Campbell, 2011 ©Capture d’écran, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Jean-Pierre Jeunet, 2001 ©Capture d’écran, Melancholia, Lars von Trier, 2011
  • 58. Le rouge est une couleur primaire dans tous les sens du terme : première couleur à laquelle l'Homme a donné un nom et également première couleur perçue par les bébés. Le rouge est la couleur de la dualité, elle évoque l'amour autant que la haine, les émotions positives autant que les négatives. Symbolisant la justice, la mort donc la vie, la prédilection, la violence, ou encore la chance, le rouge possède une grande résistance à la lumière. Dans le plan d'une scène c'est elle qui domine, elle qui capte l’œil du spectateur et le mène aux éléments visuels importants. Pour continuer sur le lien entre le rouge et le cinéma, ne vous êtes-vous jamais demandés pourquoi les fauteuils des salles de cinéma étaient rouges ? Les premières salles de cinéma ont remplacé celles du théâtre et dans ce domaine le rouge symbolise luxe et spiritualité. Il devait inconsciemment créer une catharsis et donc permettre aux spectateurs de se libérer de leurs émotions. De plus, le rouge est la couleur complémentaire du vert qui était à l’époque une couleur maudite. le rouge passion, le rouge émotion Claire Baudy
  • 59. ©Capture d’écran, Hero, Zhang Yimou, 2002 ©Capture d’écran, American Beauty, Sam Mendes, 2000 ©Capture d’écran, The Fall, Tarsem Singh, 2006 ©Capture d’écran, Laurence Anyways, Xavier Dolan, 2012 ©Capture d’écran, Volver, Pedro Almodovar, 2006 ©Capture d’écran, Climax, Gaspard Noé, 2018 ©Capture d’écran, The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2014
  • 60. Le jaune est l'une des couleurs la moins appréciée sûrement de par sa grande ambivalence créée par les différences de (res)sentiments produites selon la nuance de jaune. Au cinéma selon le type de jaune que le réalisateur choisira, la couleur n'aura pas la même signification. De plus, c'est une couleur fortement dépendante des autres qui y sont associées, c'est une couleur instable. Le jaune évoque la contradiction ; à la fois symbole d'optimisme, de raison et de maturité à la fois évocateur de trahison, de jalousie et de colère. Malgré tout, le jaune évoque généralement la lumière, le soleil. Hélios, dieu grec du soleil, cherchant à se débarrasser de son amante Clythia qui lui vouait une adoration sans nom la métamorphosa en tournesol, fleur de la passion aveugle se tournant vers le soleil. Dans une volonté de s'éloigner de la réalité, certains cinéastes créent une lumière jaune pour un effet de temporalité délimitée jouant de l'expression « jaunie par le temps ». le jaune, couleur de l’ambiguïté Claire Baudy
  • 61. ©Capture d’écran, Blade Runner, 2017, Denis Villeneuve ©Capture d’écran, Mommy, 2014, Xavier Dolan ©Capture d’écran, Beyond the black rainbow, Panos Cosmatos, 2010 ©Capture d’écran, Hotel Chevalier, Wes Anderson, 2007 ©Capture d’écran, My Little Princess, Eva Ionesco, 2011 ©Capture d’écran, La grande bellezza, Paolo Sorrentino, 2013 ©Capture d’écran, Le Mépris, Jean-Luc Godard, 1963
  • 62. L'or, à la fois couleur, matière et lumière, peut à la fois fasciner, être admiré et considéré comme vulgaire et superficiel. Façonné par l'homme, il est une continuité du jaune (il signifie « jaune » en latin) car lorsque ce dernier se transforme en or il devient évocateur du beau et du précieux. Dans un film,l'or utilisé dans les décors ou les costumes possède un important pouvoir d'attraction et évoque généralement la beauté, la grandeur et le pouvoir. « La parole est d'argent mais le silence est d'or » : l'or et l'argent sont toujours en constante rivalité. Pendant que l'or représente l'idéal, l'argent a une fonction matérielle. Face au caractère ostentatoire et de supériorité de l'or, la couleur argent crée une subtilité visuelle qui permet de mettre en valeur les autres couleurs. Parce qu’elle évoque l'intellectualité, la science et l'exactitude elle est associée à des formes graphiques et droites. Les films de science-fiction l'utilisent beaucoup pour son modernisme et son élégance car, en réfléchissant, la chaleur inspire une certaine distance et froideur, une temporalité intangible. l’ostentation de l'or, la subtilité de l'argent Claire Baudy
  • 63. ©Capture d’écran, Ex Machina, 2014, de Alex Garland ©Capture d’écran, Dune, 1984, de David Lynch ©Capture d’écran, The Danish Girl, 2015, de Tom Hooper ©Capture d’écran, Cléopâtre, 1963, de Joseph L. Mankiewicz ©Capture d’écran, Star Wars, 1977, de George Lucas ©Capture d’écran, Peau d’âne, 1970, de Jacques Demy ©Capture d’écran, Edward aux mains d’argent, 2001, de Tim Burton
  • 64. glowing in the moonlight Adrien Marie Hollywood, et plus généralement l’industrie audiovisuelle, a un réel problème lorsqu’il s’agit de la représentation des personnes racisé.e.s à l’écran. On peut par exemple parler des rôles accordés qui restent encore trop peu nombreux, une question qu’Hollywood semble vouloir traiter superficiellement. C’est ainsi que l’on a vu les rôles de personnes racisé.e.s dans les films à grands budgets se développer progressivement, phénomène motivé par une dynamique très particulière. La seule femme noire qui ait remporté l’Oscar de la Meilleure Actrice est Halle Berry en 2002. Depuis cette même date, 6 femmes noires (Viola Davis, Regina King, Mo’Nique, Jennifer Hudson, Octavia Spencer et Lupita Nyong’o) ont remporté l’Oscar de la Meilleure Actrice dans un second rôle. Quel est le problème certain.e.s me diront ? Lorsque les personnes racisées accèdent à des rôles pour des grosses productions, ces rôles ne restent qu’en majorité secondaires (l’appellation originale de Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle s’appelle originellement « Best Actress in a Supporting Role »). Et que soutiennent- ils ? L’ascension d’une personne blanche ou une narration white-saviorist dans la plupart des cas. Le white savior complex désigne une narrative où une personne blanche intervient pour « sauver » une personne racisée privant ainsi la personne racisée de sa propre émancipation au profit de sa propre image. Ava Berkofsky, plutôt que de se concentrer sur la lumière du visage, favorise un travail du reflet. Chaque visage prend la lumière différemment, et au lieu de défavoriser certains visages au profit d’autres, Berkofsky projette la même lumière et les visages prennent le reflet. L’équipe de photographie pour la série d’Insecure utilise des panneaux lumineux constitués de LED (S2 LiteMat 4s), qu’elle garde à une intensité très basse lorsqu’ils sont proches des visages. La lumière n’est d’ailleurs jamais projetée à même la peau, qui est au préalable préparée avec une base réflective (crème hydratante, base de teinte lumineuse ou effet glowy). Ainsi, la peau est prête à refléter la lumière sans la prendre directement. Berkofsky utilise enfin un polarizer qui va venir concentrer les reflets de lumière sur les visages au lieu de les laisser se diffuser dans toute l’image. La photographe fait également en sorte que la lumière soit éloignée au maximum des murs afin d’exposer les visages et créer un look cinématique. Le but est ici de transformer chaque scène en une peinture. Son inspiration ? Les films d’Ava DuVernay, qui met en valeur les peaux noires comme aucun autre. Si les lecteurs de Blazé savent maintenant mettre en valeur les peaux noires, dites vous qu’Hollywood n’a plus aucune excuse ! Hollywood perpétue dans ce sens l’idée que la place des personnes racisées demeure subalterne à la vie d’une personne blanche. Et non, une nomination n’est pas le plus grand des honneurs. Au delà d’une représentation problématique en terme de rôle et donc de symbolique, Hollywood pêche aussi lorsqu’il s’agit de représentation visuelle. C’est ce qu’explique Ava Berkofsky, directrice de la photographie de la série Insecure, au media Mic. Dans les années 40, Kodak réalisait ses tests pour améliorer le travail des couleurs de ses équipements sur des cartes représentant des femmes, appelées Shirley cards. Ces cartes deviennent la référence absolue pour le travail reconnu comme précurseur de la couleur en photographie. Le problème ici, c’est que les Shirley Cards étaient aussi inclusives que les conseils d’administration des grands groupes, puisqu’elles n’incluaient que des femmes blanches. Dans les années 70, Kodak aborde le problème de la représentation de la couleur marron dans les films. Non pas à cause des plaintes de personnes racisées, mais parce que les meubles en bois ne rendaient pas correctement à l’écran selon les entreprises qui les fabriquaient. Aucune surprise donc de voir les peaux noires éclaircies ou grisonnantes. L’arrivée de la caméra Arri Alexa en 2010 marque une véritable avancée, puisqu’elle change la façon d’utiliser le digital pour un résultat optimal.
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  • 80. un film, une époque, une mode Arden Stuart, une féministe auto- proclamée est persuadée que la différence des sexes est une construction sociale. Parce que c'est une rebelle dans l'âme, elle joue avec les hommes comme on pourrait jouer aux échecs. Au lieu d'avoir un mari et une bonne petite vie de ménagère, elle préfère accumuler les conquêtes. Entre Tommy l'éternel romantique et Packy l'artiste playboy, elle hésite. Après avoir goûté aux délices du coureur de jupons durant un été torride, elle se fait quitter par ce dernier et décide par dépit de se caser avec l'autre. Le dilemme se profile quand trois ans plus tard son amour estival revient ; va t-elle choisir la facilité familiale ou va t-elle succomber à sa passion destructrice pour sexy Packy ? Si vous rêviez de porter un chapeau à haut de forme et une queue-de-pie « réservée » aux hommes en chantant que la femme est un homme comme un autre, tout en embrassant scandaleusement une autre femme le tout dans un comptoir marocain, Amy Jolly, une danseuse de cabaret l’a fait. Outre le fait que cette performance lui ait donné beaucoup de succès auprès des femmes en mal de romantisme, elle attire l’attention du beau légionnaire Tom Brown et du businessman la Bessière. Comme quoi le gender bender peut attirer le plus viril des hommes, ainsi que le plus riche. Ce qui pour autant ne l’empêchera pas d’être tiraillée entre Tom le casanova et la Bessière, le riche possessif. Rusty, une danseuse style claudette de nightclub se retrouve sous les feux des projecteurs en passant de potiche à cover girl d’un magazine de mode. Rien que ça. Et comme toujours dans les films d’époque où la femme est supposée être le personnage principal, il y a toujours une magouille amoureuse derrière. Car oui, c’est bien connu, une femme ne peut s’épanouir sans l’amour d’un homme, ici c’est même plusieurs hommes. Il y a donc Danny, le patron du nightclub avec qui Rusty vit une histoire d’amour mais qui ne veut pas l’entraver dans sa réussite, et le riche producteur Weathon qui va lui proposer d’être la vedette d’un spectacle à Broadway. Réussite, richesse ou amour, quel dilemme ! The show must go on, avec Danny ou sans (sauf à la fin mais ça, c’était prévisible). 1920’s 1930’s 1940’s Claire Baudy & Amira Sakr ©Capture d’écran, The Single Standard, John S. Robertson, 1929 ©Capture d’écran, Morocco, Josef von Sternberg, 1930 ©Capture d’écran, Cover girl, Charles Vidor, 1944
  • 81. Un film iconique sur un magazine de mode des années 1950 nous présente l’histoire d’amour entre un célèbre photographe de mode Dick Avery, et la timide et intellectuelle libraire Jo (jouée par Audrey Hepburn, jolie comme un coeur). Comment la vision qu’on peut avoir d’une personne peut-elle être embellie à travers la lentille d’une caméra ? Le photographe en mal d'inspiration le découvrira en prenant par erreur en photo Jo. Ça tombe bien,la rédactriceenchef cherchaitunemadame tout-le-monde pour représenter le magazine. S'ensuit une escapade mi- amoureuse/mi-professionnelle à Paris, bien évidemment, car que serait un film d’amour sans un détour au pied de la Tour Eiffel ? La découverte du monde de la mode à travers les yeux de la naïve Jo (qui aura la chance, que dis-je, l’honneur de porter du Givenchy créé rien que pour elle) ne vous laissera pas indifférent. Ce film mi-thriller, mi-arty dépeint tout l'extrême de la période Swinging London,un temps où la désinvolture était de mise. L’intrigue tourne autour d’un photographe de mode (personnage inspiré du célèbre David Bailey) prenant en photo une femme mystérieuse dans un parc « par hasard ». En développant sa pellicule, il découvre un détail sordide qui va se transformer en une obsession : il s’aperçoit qu’il a été témoin d’un meurtre sans le savoir. L’esthétisme et la représentation d’une époque font de ce film un must-see, mais n’oubliez pas de garder votre sens critique en le voyant pour la première fois. Car oui, c’est indéniablement une pépite visuelle et culturelle, mais à la limite de la misogynie où les mannequins sont femmes-objets et utilisées sous le prisme de leur beauté. Quand la mode et la mort se rencontrent. Laura Mars, une célèbre et controversée photographe de mode évoquant à travers son art la violence et le sexisme, va soudainement avoir des visions de crimes à travers les yeux du meurtrier. Elle va vivre les meurtres à l’instant même où ils sont commis, bonjour l’angoisse ! Elle débute fascinée par la violence visuelle et orchestrée et va finir par être confrontée à la violence réelle, la plus animale qu’il soit. Ce thriller psychologique mènera le personnage principal dans une folie sans fin : est- elle la victime ou la complice de ces meurtres ? En tout cas, elle va devenir le témoin n°1 de chaque assassinat malgré elle. La citation d’Oscar Wilde qui disait que la nature imite l’art va prendre ici tout son sens, Laura Mars en fera cruellement les frais. 1950’s 1960’s 1970’s ©Capture d’écran, Funny Face, Stanley Donen, 1957 ©Capture d’écran, Blow-up, Michelangelo Antonioni, 1967 ©Capture d’écran, The Eyes of Laura Mars, Irvin Kershner, 1978
  • 82. Madonna. Rien que d’évoquer ce nom ça donne envie de voir le film n’est-ce pas ? La comédie policière Recherche désespérement Susan est LE film incarnant la quintessence du New-York des 80s’. L’histoire tourne autour d’une Madame Bovary des temps modernes, Rosanna et d’une rebelle/punk/ anticonformiste/féministe prénommée Susan, interprétée par Madonna. Toute l’intrigue se déclenche lorsque la bourgeoise ennuyante et ennuyée lit dans le journal une mystérieuse annonce recherchant Susan. Pour mettre un peu de piment dans sa vie, elle décide d’enquêter sur la désinvolte Susan. Elle va découvrir en Susan la femme libre qu’elle a toujours fantasmé d’être. Cette quête schizophrénique lui fera perdre la tête. Littéralement. Vous connaissez le jeu Cluedo ? Voici l’éditionspécialemodedesannées1990. Tout le gratin de la mode - journalistes, designers, mannequins, photographes et j’en passe - se rassemble comme une belle famille unie durant la Fashion Week, mais se retrouve à enquêter sur la mort d’un tsar de la mode, Olivier de la Fontaine (plus kitsch, tu meurs). Non pas que sa mort soit regrettée, mais un meurtre durant la Fashion Week de Paris, quoi de plus stimulant ? Cette histoire est vraiment parfaite pour jouer au Cluedo. Satire du monde de la mode ou portrait réaliste d’un milieu comme un autre ? En tout cas c’est un joyeux bordel ornementé de strass et de paillettes. 1980’s 1990’s ©Capture d’écran, Desperately seeking Susan, Susan Seidelman, 1985 ©Capture d’écran, Ready to wear, Robert Altman, 1994
  • 83.
  • 84. la mode du futur vue par le cinéma Comment les humains s’habilleront-ils dans des dizaines voire des centaines d’années ? Cette question est un véritable dilemme pour les réalisateurs quand il s’agit de représenter le monde de demain sur grand écran. Certains films du 20e siècle ont même tenté de deviner les tendances que nous connaissons aujourd’hui au 21e siècle. Pourtant, les longs-métrages futuristes sont en réalité très représentatifs de leur époque de réalisation. Échec ou succès ? Manon Le Roy Le Marrec
  • 85. Dans les années 50, à l’heure des films de série B, un nouveau style cinématographique émerge sur petit et grand écran. Des longs-métrages de science-fiction mettent en scène un monde futuriste chargé d’aliens et de robots ultra-kitsch, de jeunes femmes en détresse et d’hommes aux cheveux laqués habillés de ces costumes militaires de l’espace qu’on moque encore aujourd’hui dans des séries comme Black Mirror. Planète interdite de Fred McLeod Wilcox incarne à merveille cet univers spécifique aux années 50 et 60 à base de pistolets laser au son « piou piou » inimitable. En 2013, ce film a d’ailleurs été sélectionné par la National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès américain pour y être conservé comme étant « culturellement, historiquement et esthétiquement important ». Ce nouveau genre de film prend une nouvelle dimension dans les années 60 avec l’avènement de la mini-jupe. Ce vêtement iconique - popularisé au départ par André Courrèges - s’immisce dans les looks des femmes des films futuristes. Paco Rabanne himself a notamment travaillé sur les looks ultra-minis de Jane Fonda dans le film Barbarella de Roger Vadim (1968). Des tenues sexy souvent présentes à cette époque et impérativement nécessaires dans des mondes futuristes hostiles. Bien que les films de science fiction, et de manière générale futuristes, aient été créés dès 1902 avec Le Voyage dans la Lune de George Méliès ou encore Métropolis de Fritz Lang en 1927, ceux- ci deviennent vraiment populaires au milieu du siècle avec l’avènement de la télévision. Mini-jupes et pistolets laser Illustrationsci-contreetci-après:RikielBALOJI
  • 86. De l’excès grunge à la sobriété normcore Dans les années 70 la modération est de mise. Finies les tenues brillantes et sexy ou les costumes kitsch : les films de science-fiction calment le jeu des costumes et rentrent dans une nouvelle ère du cinéma futuriste. Avec la saga Star Wars de George Lucas qui débute en 1977 ou encore L’Âge de Cristal (1976) de Michael Anderson, le look du futur est plus sobre. Les femmes portent des robes plutôt drapées et immaculées (mais les réalisateurs ne peuvent néanmoins pas résister à certaines scènes où elles portent peu de tissu pour révéler leurs corps) et les hommes arborent des tenues unies, sans motif ou matière sortant de l’ordinaire. Certains looks évoquent sans aucun doute la période hippie des années 70 qui ont dû inconsciemment s’immiscer dans l’esprit des réalisateurs et costumiers. Faux look du futur ? Même constat dans les années 80. Blade Runner (sensé se passer en 2019) et Retour vers le futur II (se déroulant en 2015) sont bien loin de représenter la mode d’aujourd’hui. Larges épaulettes ou encore jupes serrées : dans les deux longs-métrages vous pourrez trouver des tenues qui vous rappelleront le style eighties de Madonna ou encore Grace Jones. Et même si Nike a voulu ressortir les baskets auto-laçantes de McFly, ces dernières sont davantage un objet de collection qu’une réelle tendance dans les années 2010. Les looks futuristes des films des années 90 font certainement partie des plus iconiques. Alors certes Star Wars a marqué les mémoires pour sa mise en scène abracadabrantesque, mais les vêtements de la saga la plus populaire du monde n’ont pas vraiment fait mouche. En revanche on retiendra sans hésiter les tenues badass de Matrix (1999) et du Cinquième élément (1997). De la combinaison ajourée de Milla Jovovich au total look noir de Keanu Reeves, les deux longs-métrages incarnent à merveille la tendance grunge des années 90 et sont d’incontournables inspirations en mode, encore aujourd’hui. Dans la même veine 100% nineties, Tank girl (1995), avec Ice-T et Naomi Watts, ainsi que Kika (1993) de Pedro Almodóvar - qui n’est pas un film futuriste mais comporte des costumes voulus comme tels et conçus par Gaultier et Versace - mettent en scène des looks cultes de la décennie. Le début des années 2000 voit surtout apparaître des films futuristes catastrophes ou des reboots de films et sagas cultes (Star Wars, Star Trek, La planète des singes etc.). Petit à petit les réalisateurs simplifient le look du futur qu’ils associent à un look de survie. Il devient quasiment identique pour les hommes et les femmes avec des films de science- fiction pour ados comme Hunger Games (2012), Divergente (2014) ou encore Le Labyrinthe (2014). Des tenues qu’on peut mettre en lien avec la tendance normcore et unisexe des années 2010 et encore bien présente aujourd’hui. Cette chronologie du costume de film futuriste nous aura bien démontré une chose : deviner ce qu’on portera dans des dizaines d’années équivaut à prédire l’avenir, et les réalisateurs ne sont évidemment pas des « Madame Irma ». Malgré leurs tentatives ils n’arrivent pas à s’affranchir totalement des codes stylistiques de leur époque : un constat flagrant quand on pose un regard sur les longs-métrages du passé. Alors certes si aujourd’hui on s’amuse des mauvaises prédictions de Retour vers le futur II, soyez en sûrs, vos petits- enfants poufferont sûrement de rire quand ils regarderont les films de notre génération… sur leur iPhone 3000 !
  • 87.
  • 89. Les trois femmes responsables de cette glorieuse décennie musicale s’appellent Lil’ Kim, Missy Elliott et Janet Jackson. Si les noms parlent au plus grand nombre, l’héritage de ces artistes, pour une génération plutôt habituée à Nicki Minaj, Lady Gaga, Beyoncé ou Taylor Swift, consiste très souvent en une zone de flou complet. Ici réside toute l’ambiguïté de la pop culture : elle révèle, porte en célébrité et accompagne certaines de ses plus grandes figures jusqu’à la descente aux enfers ou vers l’oubli. Ce cycle, vertueux pour certains, mais surtout malsain pour les artistes, produit actuellement une industrie où tout tourne très vite. Quid de l’héritage culturel immense que nous laissent certaines artistes. Comment penser qu’un nouveau consommateur de la pop music en 2019 puisse décrire Janet, Missy et Kim autrement que dépassées, sans savoir que les trois ont pavé les différentes voies qu’empruntent les chanteuses de nos jours ? Control. Rhythm Nation 1814. janet. The Velvet Rope. All For You. Damita Jo. Supa Dupa Fly. Da Real World. Miss E… So Addictive. Under Construction. This Is Not a Test ! The Cookbook. Hardcore. The Notorious K.I.M. La Bella Mafia. The Naked Truth. Voici 18 albums qui ont marqué la musique du milieu des années 1980 jusqu’au début des années 2000. Une quinzaine d’années où il n’était pas question de domination sur la scène mais plutôt de célébration. De célébrations de vies, des cultures, des féminités, de la blackness. Du sisterhood.
  • 90. L’album a été soutenu par une série de visuels, tout aussi efficaces que les productions-mêmes de l’opus, dont « Crush On You (Remix) » qui cristallise tout une esthétique et permettra à Lil Kim de laisser son empreinte dans l’histoire de la musique. Misa Hylton-Brim sera la styliste qui accompagnera la rappeuse dans sa révolution Hardcore. Inspiré par Le Magicien d’Oz, ce clip apparaît comme une piste de disco où défilent différentes tenues color block. Les fourrures sont bleues, rouges puis les tenues virent au jaune, puis au vert. Les perruques matchent. Les chaussures matchent. Les lunettes de soleil matchent. Hylton-Brim sera également responsable du légendaire look violet free-the-boob que la rappeuse arbora sur le red-carpet des MTV VMAs en 1999. Lorsque vous réciterez vos couplets préférés de Cardi B ou Nicki Minaj, prenez toujours deux secondes pour penser à Lil Kim, pionnière de cette révolution sexuelle du hip-hop qui leur donnera naissance 20 ans plus tard. A look at : le style libérateur de Lil Kim Le 12 novembre 1996, Lil’ Kim lance la révolution Hardcore en révélant son premier album au public. Ce premier essai solo voit Kimberley s’approprier entièrement sa sexualité et reprendre le pouvoir sur ce qui n’en est pas traditionnellement. Le flow est sanglant et Kim n’y va pas par quatre chemins to let you know. L’album s’ouvre avec « Big Momma Thang » (ft. Jay-Z and Lil Cease), et la rappeuse définira très vite sa place dans le hip-hop féminin : « I used to be scared of the dick, now I throw lips on the shit. Handle it like a real bitch. » Kimberley s’émancipe de cette culture patriarcale et prend entière possession de son corps, de son plaisir et du sexe. Le sexe devient ici un terrain d’exploration et non plus un condensé de peurs. Dans le même esprit, « Not Tonight » est une ode à la puissance du plaisir féminin qui reprend sa place dans des rapports construits traditionnellement comme unilatéraux, au service de l’homme. «The moral of the story is this / You ain’t lickin’ this, you ain’t stickin this »
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  • 93. Laissez-moi contextualiser. À l’heure où je rédige cet article, le quatrième album de Solange, When I Get Home, vient d’être dévoilé.LaTexane n’a jamais caché son admiration pour la cadette Jackson, son EP « True » étant fortement influencé par « The Pleasure Principle » ou plus largement par Control. Ce qui est le plus frappant dans les deux derniers projets de Solange, c’est l’inspiration prise dans le format de l’album. Janet Jackson ne conçoit pas ses albums comme tout le monde, c’est-à-dire une suite de chansons mises bout à bout que l’on peut consommer indépendamment. Elle développe à la place un format constitué d’interludes qui lient les différentes chansons entre elles, de telle mesure que vous vous retrouvez à écouter l’album entier, ce dernier n’ayant aucune coupure sonore. Dans la famille Knowles, donnez-moi Beyoncé. L’aînée de la famille est le parfait exemple de l’héritage culturel laissé par la cadette Jackson. Regardez Beyoncé sur scène, l’esprit de Janet ne traine pas loin. Lorsque Beyoncé sort le film Lemonade pour accompagner son album éponyme, la première pensée va à Janet Jackson et Rythm Nation. Au-delà même de la musique, Janet Jackson a révolutionné le format même de la pop star, qui doit danser et chanter en live. A look at : la révolution Janet Jackson L’impact de Janet Jackson se construit véritablement à la sortie de son album Rhythm Nation 1814, en 1989. La chanteuse apporte une certaine nouveauté sur la scène musicale avec cet album, que la journaliste Amanda Petrusich décrit assez justement comme une « utopie post-raciale basée sur le pouvoir de la danse et du groove ». 1814 est l’année où est composée l’hymne américain. Jackson propose le sien, un album d’une heure et cinq minutes, conçu pour unifier toute une nation, la Rhythm Nation. Cette nation, telle que Jackson l’imagine, lutte contre le racisme et les discriminations. Tout ceci, grâce au pouvoir de l’expression créative, de la danse et de la performance, qui exulteraient une énergie libératrice et fédératrice. Janet Jackson réintroduit une conception de l’album, qui redevient une vraie déclaration politique. Comment ne pas penser au mythique hommage « Together Again » qui intervient pendant l’épidémie du SIDA dans les années 90. Une nouvelle forme de militantisme prend forme avec elle et comment ne pas la prendre au sérieux lorsqu’on la voit sur scène, à absolument tout donner, exultant la liberté dans sa forme la plus pure. Malgré son apport colossal à la culture populaire, Janet Jackson reste depuis l’incident de 2004 la seule artiste blacklistée du Super Bowl, alors que Justin Timberlake a été invité en 2018. Et si la Rhythm Nation se reformait en 2019 pour introduire aux nouvelles générations le capital culturel laissée par ces trois femmes ?