SlideShare une entreprise Scribd logo
l e j o u r n a l d e s a c t e u r s d e l 'e n g a g e m e n t
J O U R N A L
N°
12 PRINTEMPS 2019 CARENEWS.COM
16
GRAND ANGLE
LA FONDATION ABBÉ PIERRE
18
ENGAGEMENT
SYLVIE,BÉNÉVOLEPOUR
HABITATETHUMANISME
STARTUP ESS
LE CAS PHENIX
LE MAL-
LOGEMENT
EN FRANCE
4
www.fondationlafrancesengage.org
LA FONDATION DE L’INNOVATION SOCIALE PARTOUT EN FRANCE
Identifier
les solutions
les plus innovantes
aux problèmes
sociaux
Les soutenir
financièrement
pendant
trois ans
Leur
remettre
un label
gage de la
crédibilité
de leur projet
Leur permettre
de se déployer
partout en France
Accompagner
leur développement
stratégique
3
PHENIX
16
PRINTEMPS 2019
LA FONDATION
ABBÉ PIERRE
LE PORTE-VOIX DES MAL-LOGÉS
4
6
CARENEWS
JOURNAL
OÙ NOUS TROUVER ?
22
N
otre pierre au mal-logement
Être le média des acteurs de l’engagement, c'est mettre en lumière des
initiatives positives. Mais analyser les causes des problèmes induit la plupart
du temps de parler des fléaux qui affectent notre société. Parmi les sujets qui
défilent sur les pages de carenews.com, il y en a un qui revient régulièrement et qui est à
la source de nombreux autres, le mal-logement. Quatre millions de personnes mal-logées
en France, c'est inacceptable. Dramatique, cependant pas inéluctable. Contrairement aux
nombreuses pénuries qui nous assaillent, le mal-logement n’est pas lié à une ressource
naturelle épuisée, mais à une mauvaise organisation de notre société. Première "bonne
nouvelle". Deuxièmement, le mal-logement est une cause "concrète" qui facilite la
mobilisation de nombreux acteurs et stimule l'innovation. Habitat et Humanisme a créé une
foncière pour démultiplier l'impact de son action (p. 11). La Fondation Somfy, rejointe par
AG2R La Mondiale et Schneider Electric, anime une plateforme de crowdfunding, Les Petites
Pierres, dédiée exclusivement au mal-logement (p. 12). Et bien sûr la Fondation Abbé Pierre
joue un rôle primordial dans la visibilité de cette cause (p. 4). Alors comme eux et comme
Sylvie (p. 18), bénévole pour Habitat et Humanisme, que ce nouveau numéro de Carenews
Journal vous donne envie de vous engager ! Faire reculer le mal-logement, c'est possible.
GUILLAUME
BRAULT
FONDATEUR DE
CARENEWSGROUP
ÉDITO
LE MAL-LOGEMENT
EN FRANCE
DOSSIER
CENTRAL
SYLVIE
BÉNÉVOLE POUR
HABITAT ET HUMANISME
18
PORTRAIT
D’UN ENGAGEMENT
ILS ONT DIT
20
GRAND ANGLE STARTUP ESS
4 PRINTEMPS 2019
LA FONDATION
ABBÉ PIERRE
LE PORTE-VOIX DES MAL-LOGÉS
GRAND ANGLE
« La misère est muette, le pouvoir est aveugle », disait l’abbé Pierre. Militant
et porte-parole des plus pauvres pour ouvrir les yeux à ceux « d’en haut », il
fut précurseur d’une forme d’action particulière, basée sur une présence
médiatique forte pour mobiliser l’opinion et les pouvoirs publics. Une action
dont sa fondation se fait la digne héritière, dans un contexte pourtant bien
différent de celui de l’hiver 1954.
« Les pouvoirs publics se
focalisent sur le mal-
logement visible, quand il
y a un vrai danger pour les habitants,
mais aussi pour l’image des munici-
palités quand des évènements sont
relayés par les médias  », analyse
Pascale Dietrich-Ragon, sociologue
et chercheuse à l’INED sur les ques-
tions du logement. « Mais il demeure
un mal-logement invisible, qui à l’in-
verse, mobilise peu les responsables
politiques. Les acteurs comme la
Fondation Abbé Pierre jouent un
rôle énorme dans la visibilité du pro-
blème, en s’attachant à en montrer
toutes les dimensions. »
DONNERUNEVOIXAUXSANS-VOIX »
Pas facile, pourtant, de se faire
entendre dans une société saturée
de communication et face à des
citoyens hyper-sollicités : « En 1954,
lors de son appel à la fraternité des
Français, l’abbé Pierre était l’une des
seules personnalités à “  crier  ” son
indignation dans les médias. Au-
jourd’hui, tout le monde parle fort et
il est difficile de se faire entendre »,
explique Yves Colin, directeur de la
communication. Pour autant, la Fon-
dation Abbé Pierre continue de bé-
néficier de l’image de son fondateur
pour porter son message. « Même si
on ne peut plus parler aujourd’hui de
“ tapage médiatique ” comme Ber-
nard Kouchner a pu le dire au sujet
de l’abbé Pierre, nous poursuivons le
chemin qu’il a tracé en essayant de
donner une voix aux “  sans-voix  ”,
aussi souvent que nécessaire. »
Aussi souvent que nécessaire et
par tous les moyens  : campagnes
d’affichages, évènementiel, projets
itinérants, parrainages de célébri-
tés, interventions dans les médias…
Régulièrement, la fondation mène
des opérations «  coups de poing  »
pour sensibiliser le grand public à la
question du mal-logement. Et elle
n’hésite pas à employer des images
marquantes : la campagne de 2008,
qui comparait la taille des panneaux
publicitaires ou des arrêts de bus à
celle de l’espace de vie des mal-lo-
gés, est restée longtemps dans les
mémoires. En février dernier, la fon-
dation a frappé fort sur la théma-
CAMPAGNE CHOC DE 2008
CRÉÉE PAR ICI BARBÈS
5PRINTEMPS 2019
GRAND ANGLE
tique du sans-abrisme en organisant
les Pics d’Or, un prix satirique récom-
pensant les pires dispositifs urbains
anti-SDF.
En parallèle, le délégué général de la
fondation, Christophe Robert, multi-
plie les interventions médiatiques. Il
y dénonce, sans langue de bois, une
situation préoccupante et pointe du
doigt le manque d'ambition et les in-
cohérences de la politique logement
du Gouvernement  : APL rabotées
d’un côté, «  cadeaux fiscaux  » aux
plus riches de l’autre, loi Elan reto-
quée (voir p.14)… Une sur-médiatisa-
tion assumée et revendiquée comme
« fondamentalement identitaire » par
Christophe Robert, qui se considère
« dans la continuité du combat mené
par l’abbé Pierre ».
FAIRELELIENENTRELETERRAIN
ETLESPOUVOIRSPUBLICS
Pour s’armer dans son combat, la
fondation publie chaque année un
rapport sur l'état du mal-logement
en France. Construit par un centre
d'études interne, créé en 2004, com-
posé d'un panel de scientifiques (so-
ciologues, économistes, géographes,
urbanistes...), ce rapport se veut avant
tout un outil de dialogue avec les pou-
voirs publics et les responsables ins-
titutionnels. « Notre objectif, avec ce
rapport, est de disposer d’un support
d’experts pour agir en conséquence »,
explique Christophe Robert, lui-même
sociologue de formation.
Revendiquant son expertise de ter-
rain auprès des mal-logés, la fonda-
tion regrette une statistique publique
insuffisante sur le sujet. Les dernières
études nationales remontent à 2013
et 2006 : « Un intervalle de sept ans
entre deux actualisations, c’est bien
trop long pour apprécier l’évolution
de la situation des ménages dans un
domaine aussi essentiel que le loge-
ment », estime Christophe Robert. Le
rapport de la fondation mêle cepen-
dant données nationales et travail de
terrain pour ne pas se voir reprocher
de « tordre les chiffres » au profit de
sa cause ; une critique qui a pu lui être
faite, marginalement, par le socio-
logue Olivier Galland dans une tribune
intitulée «  Méfions-nous des chiffres
militants ».
« EN1954,LORSDESONAPPELÀLA
FRATERNITÉDESFRANÇAIS,L’ABBÉPIERRE
ÉTAITL’UNEDESSEULESPERSONNALITÉSÀ
“ CRIER ”SONINDIGNATIONDANSLESMÉDIAS.
AUJOURD’HUI,TOUTLEMONDEPARLEFORT
ETILESTDIFFICILEDESEFAIREENTENDRE. »
Pour Pascale Dietrich-Ragon, si la
Fondation Abbé Pierre se positionne
clairement comme militante, elle n’en
demeure pas moins un acteur cré-
dible. «  La Fondation Abbé Pierre
fonde son rapport sur des données
solides sur lesquelles nous, socio-
logues, appuyons nous-mêmes nos
recherches  », explique-t-elle. «  La
fondation a un vrai rôle de relai entre
les travaux “de l’ombre” effectués par
la recherche et les médias. C’est, je
pense, la vraie force de la Fondation
Abbé Pierre et c’est en grande partie
grâce à cela que la société a vraiment
pris conscience du problème ».
RAPHAËLLE LAVOREL
Carenews Journal n°12
7PRINTEMPS 2019
RUBRIQUE
LES MAUX DU LOGEMENT
Leschiffresquevousdécouvrirezdanscedossiersontparlants,laFranceetl’Eu-
rope souffrent du mal-logement depuis plusieurs décennies. Logements inoccu-
pés, insalubrité et marchands de sommeil défraient l’actualité de temps à autre.
Pourtant, l’indifférence est souvent de mise. Le mal-logement apparaît comme
un pis-aller alors que tant sont sans-abri. Ce que l’on se dit souvent, c’est que ce
n’est « pas si pire », puisqu’avoir un toit, c’est déjà quelque chose.
Beaucoup de silences se
cachent derrière cette
question, entre le désaveu
des pouvoirs publics et la
honte des personnes mal-
logées… Les chiffres sont
souvent militants et les té-
moignages difficiles à trou-
ver. Cette question traitée
en demi-teinte est pourtant
dramatique quand on sait
les problèmes physiques et
psychiques qu’elle entraîne :
difficultés professionnelles,
cassures sociales et fami-
liales, mauvaises rencontres
et vice immobilier... On bas-
cule vite dans le mal-loge-
ment. Mais la pudeur nous
fait souvent fermer les yeux.
Par peur d’identification cer-
tainement ; par honte d’une
situation d’ampleur natio-
nale aussi.
La Déclaration universelle
des droits de l’homme de
1948 statue  : «  Considérant
que la reconnaissance de
la dignité inhérente à tous
les membres de la famille
humaine et de leurs droits
égaux et inaliénables consti-
tue le fondement de la li-
berté, de la justice et de la
paix dans le monde.  » Les
recherches sur le droit au
logement nous ont amenés
ainsi à différencier les droits
«  liberté  » comme ceux
de presse ou de pensée,
très identifiés. Et les droits
« créance » plus difficilement
décelables dont le droit au
logement fait partie. Il est
intrinsèque à la notion de
dignité ou encore, comme
l’explique l’association DALO
[Droit Au Logement Oppo-
sable], inclus « dans la réfé-
rence à des “moyens conve-
nables d'existence” – une
décision du 19 janvier 1995
du Conseil constitutionnel a
qualifié le droit au logement
d' “objectif à valeur constitu-
tionnelle”. » La société a ain-
si l’obligation de s'organiser
pour qu'une « offre de loge-
ments d'un coût compatible
avec les ressources des plus
pauvres soit disponible  ».
Car c’est bien de dignité qu’il
s’agit. Être logé·e dignement
est un droit fondamental
et les consciences, acteurs
publics et citoyens, doivent
s’emparer du sujet. Faire so-
ciété, c’est aussi bien loger.
Devant une situation cri-
tique, des notes très posi-
tives contrastent. Quelques
associations en ont fait leur
fer de lance. Des fondations
d’entreprises l’ont inclus
dans leur champ d’interven-
tion. Le potentiel de pro-
grès sur cette question est
immense et l’action de celles
et ceux qui s’engagent au
quotidien pour le développer
est à saluer et à mettre en lu-
mière. C’est tout le propos de
ce numéro 12 du Carenews
Journal.
FLAVIE DEPREZ
8 PRINTEMPS 2019
Chaque année le rapport de la Fondation Abbé Pierre alerte sur le mal-logement en France. Et chaque
année la situation s'aggrave. Sans-abrisme, squats, hôtels, camping, logements insalubres, surpeu-
plement… les formes de mal-logement sont nombreuses et concernent 12 millions de personnes en
France. L'effondrement de plusieurs immeubles à Marseille en novembre 2018 a rappelé l'urgence de
luttercontrel'habitatinsalubre.Depuis2018,leprojet« Logementd’abord »,planquinquennaldelutte
contrelesans-abrismeaétémisenplace.Lamiseenœuvreestlente,maissurleterrainvilles,dépar-
tements,associationsetpouvoirspublicssemettentenmouvementpouragircontrelemal-logement.
En ouverture de son 24e
rapport sur
l’état du mal-logement en France,
les observations de Laurent Des-
mard, le président de la Fondation
Abbé Pierre, sont sévères. Près de
4 millions de personnes sont mal-
logées. Le mal-logement ne se
réduit pourtant pas à la privation
de logement. Il y a bien sûr les per-
sonnes sans-domicile, à la rue, en
hôtel ou en centre d’hébergement,
en habitation de fortune ou encore
les personnes que l'on dit très mal
logées, c'est-à-dire sans eau cou-
rante, toilettes ou chauffage. Le
mal-logement englobe aussi toutes
les personnes touchées par la crise
du logement.
LE MAL-LOGEMENT,
DE MULTIPLES FACETTES
En novembre 2018, l’effondrement
de trois immeubles à Marseille a re-
mis la question de l’habitat insalubre
au cœur de l'actualité. En 2015, le
rapport Nicol remis au ministère du
Logement estimait à plus de 40 000
le nombre d’habitations indignes
dans la cité phocéenne, présentant
donc des risques pour la santé et la
sécurité de ses occupants. Depuis
plusieurs années donc, associations
et habitants alertent sur l’insalubrité
des logements, notamment dans le
centre-ville. Il a fallu la mort de huit
personnes pour que les pouvoirs
publics évacuent, par sécurité, près
de 1 500 personnes de leur apparte-
ment. Depuis 2016, ce sont près de
1 400 signalements de logements
insalubres qui se sont perdus entre
les services de l'État et ceux de la
Ville. Si l'État estime que le service
de la mairie est défaillant, la Ville lui
retourne le reproche. Et pendant ce
temps, la situation continue de se
dégrader.
Marseille est loin d’être la seule ville
concernée par ce phénomène. La
Fondation Abbé Pierre estime à
600 000 le nombre d'habitations
indignes en Métropole. Un chiffre
qui prend en compte, entre autres,
les micro-logements (moins de
LE MAL-LOGEMENT
EN FRANCE
DOSSIER
IL SERAIT INJUSTE DE PRÉTENDRE QUE LE CONSTAT
EST LE MÊME QUE LE 1ER
FÉVRIER 1954(…).
MAIS IL NOUS FAUT ADMETTRE QUE LA SITUATION
S’EST AGGRAVÉE À BIEN DES ÉGARDS.
9m2
) et les habitations surpeuplées
(moins de 18m2
par occupant). Et
face à la demande de logements,
toujours plus forte, les marchands
de sommeil et propriétaires peu
scrupuleux en profitent… 2,64 mil-
lions de ménages sont en situation
de surpeuplement, soit 8,5  % des
ménages en enlevant les étudiants.
Le mal-logement, c’est aussi la
crise du logement. Dans un rapport
de mai 2018, l'Observatoire natio-
nal de la pauvreté et de l'exclusion
sociale montre des chiffres révéla-
teurs. Les ménages à bas revenus
consacrent en moyenne 42,4 % de
leur revenu au loyer. 2,5 millions de
ménages seraient donc mal logés,
au titre de cet effort excessif pour
se maintenir dans leur logement.
Conséquence de cette situation,
l'augmentation chaque année des
expulsions locatives et des im-
payés de loyers. Le poids financier
qui pèse sur ces ménages, quand
il n’est plus supportable, alimente
ainsi le sans-abrisme.
Plus de 12 millions de personnes
sont ainsi touchées par une mani-
festation du mal-logement, ce qui
n’est pas sans conséquence.
SANTÉ ET ISOLEMENT,
LES CONSÉQUENCES
DU MAL-LOGEMENT
Inlassablement, les associations
alertent sur les différentes réper-
cussions du mal-logement sur la
santé des habitants. Il y a bien sûr
les accidents, liés à l’insalubrité des
logements  : effondrement d’im-
meubles entiers ou du plancher,
système électrique défaillant res-
ponsable d’incendies… il y a aussi
toutes les pathologies et maladies
qui s’installent, provoquées par le
mal-logement. Dès 2007, la Fon-
dation Abbé Pierre avait lancé une
campagne de sensibilisation sur
le sujet et interpellé : « Quand on
est malade, on reste à la maison,
mais quand c’est le logement qui
rend malade ? » Les problèmes de
santé liés à l’habitat sont de mieux
en mieux connus, mais peu repérés
et traités.
Parmi les principaux relevés par le
9PRINTEMPS 2019
LES CHIFFRES
DU MAL-LOGEMENT
EN FRANCE
143 000
PERSONNES SONT
SANS DOMICILE
4 MILLIONS
DE PERSONNES
SOUFFRENT
DU MAL-LOGEMENT
12,1 MILLIONS
DE PERSONNES SONT
FRAGILISÉES PAR
LA CRISE DU LOGEMENT
3,5 MILLIONS
DE PERSONNES SONT
EN SITUATION DE PRÉCARITÉ
ÉNERGÉTIQUE
QUAND ON EST MALADE, ON RESTE
À LA MAISON, MAIS QUAND C’EST
LE LOGEMENT QUI REND MALADE ?
10 PRINTEMPS 2019
DOSSIER
ministère des Solidarités et de la
Santé, il y a le saturnisme lié aux
peintures au plomb dégradées,
les maladies respiratoires liées à
l’humidité et au manque d’aération,
les maladies infectieuses favori-
sées par des équipements sani-
taires insuffisants. Ces pathologies
concernent aussi bien les habitats
insalubres que ceux surpeuplés où
la promiscuité favorise les maladies
contagieuses et augmente le taux
d'humidité de l’habitation. D’après
une étude de l’OCDE, un habi-
tant en sur-occupation a 40  % de
risques supplémentaires de se dé-
clarer en mauvaise santé. Les foyers
en situation de précarité énergé-
tique sont également plus exposés
aux problèmes de santé. Et là, plus
de 3,56 millions de personnes sont
concernées.
Le mal-logement a également
des conséquences sociales. «  Au-
jourd’hui, c’est la première fois
que nous avons un logement pour
nous  », témoigne Bernadette, qui
a pu être relogée grâce à la Fon-
dation Insertion par le Logement.
« Avant, c’était petit et les enfants
ne voulaient pas rentrer à la mai-
son. Aujourd’hui ils peuvent jouer et
dorment bien. » Impossible d’inviter
des amis ou de la famille quand on
vit déjà à plusieurs dans un appar-
tement de 20m2
ou dans un loge-
ment insalubre, en proie à l’humi-
dité et au froid. Pour les enfants et
adolescents, difficile de faire ses
devoirs également. Une étude de
l’OFCE1
a d’ailleurs confirmé qu’un
élève occupant un logement sur-
peuplé a 40  % de risques supplé-
mentaires d’accuser une année de
retard scolaire entre 11 et 15 ans.
DES POLITIQUES
PUBLIQUES MAL
COORDONNÉES
L’état du mal-logement en France,
dans toutes ses dimensions, n’est
aujourd’hui plus contesté. À cette si-
tuation, les pouvoirs publics tentent
d’apporter, depuis de nombreuses
années, des réponses. En septembre
2018, l’annonce du Plan Pauvreté et
de ses mesures a surpris les asso-
ciations de lutte contre le mal-loge-
ment. Dans ce plan, il est question
de résorber les bidonvilles, où vivent
16 000 personnes, en 5 ans et d’ac-
corder des moyens supplémentaires
pour accueillir les familles. Mais sur
le terrain, les expulsions sans relo-
gement se multiplient et les camps
de Calais, Grande-Synthe, ou Paris,
où survivent réfugiés et migrants,
ne sont pas inclus. Sur ce volet,
les pouvoirs publics renvoient à un
autre plan, la stratégie « Logement
d’abord », qui s’engage, en 5 ans, à
construire 200 000 logements très
sociaux. Le ministère du Logement
a ainsi annoncé début février, qu’en
2018, « 70 000 personnes à la rue ou
hébergées étaient sorties vers le lo-
gement social ou le logement adap-
té ». Le monde associatif et les orga-
nismes comme la Fondation Abbé
Pierre alertent sur ces chiffres qui ne
prennent pas en compte d’autres in-
dicateurs comme la diminution des
APL (Aides Personnalisées au Loge-
ment) ou l’augmentation des expul-
sions et qui concernent un cercle
plus large de personnes mal logées.
L’ÉTAT DU MAL-LOGEMENT
EN FRANCE, DANS TOUTES
SES DIMENSIONS, N’EST
AUJOURD’HUI PLUS CONTESTÉ.
Observatoire Français des Conjonctures Économiques. Marché à procédure adaptée sur la mesure du coût économique
et social du mal-logement [Rapport]. octobre 2015.
11PRINTEMPS 2019
L’INVESTISSEMENT
SOLIDAIRE
Depuis plus de 30 ans, la fédé-
ration Habitat et Humanisme
œuvre sur le terrain du mal-loge-
ment, à travers différentes asso-
ciations ou lieux d’accueil, mais
également grâce à une société
foncière solidaire.
« L’objet de notre foncière est de
construire des logements dans les
quartiers socialement équilibrés
pour ne pas ajouter de la fragilité
là où il n’y en a que trop », confie
le père Bernard Devert, fondateur
d’Habitat et Humanisme. « Il s’agit
de construire pour permettre
à des personnes de se recons-
truire. » Dans cette foncière, plus
de 60 % des actionnaires sont des
personnes physiques, les 40  %
restants sont portés par des ins-
titutions. Les investissements sont
entièrement destinés à financer
des logements pour les personnes
en difficulté : un euro investi per-
met à Habitat et Humanisme de
mobiliser 3 à 4 euros. À partir de
40 000 euros, la fédération loge
une famille.
Les projets dans lesquels la fon-
cière investit sont choisis selon
deux critères : « le caractère social
du projet valorisant la diversité
sociale et les questions liées à la
mobilité et au devenir du quar-
tier afin de sécuriser l’investisse-
ment  », précise Bernard Devert.
Habitat et Humanisme développe
ainsi l’habitat intergénération-
nel, les pensions de famille, mais
également l’habitat adapté aux
personnes handicapées ou en
perte d’autonomie. C’est ainsi que
la foncière d’Habitat et Huma-
nisme a été retenue par la ville de
Paris pour une opération dans un
hôtel particulier, place des Vosges.
Le lieu accueillera des familles
modestes au cœur de la capitale
et proposera un restaurant social
ainsi qu’une conciergerie. «  L’ur-
gence est de redonner du bon
sens à l’économie », confie le fon-
dateur. Par l’épargne solidaire, les
actionnaires peuvent ainsi investir
sur du long-terme, sans spécu-
lation et dans des projets à fort
impact social.
IL S’AGIT
DE CONSTRUIRE
POUR PERMETTRE
À DES PERSONNES DE
SE RECONSTRUIRE.
12 PRINTEMPS 2019
ET SI VOUS DEVENIEZ
PROPRIÉTAIRE
SOLIDAIRE ?
C’est l’une des solutions pour lut-
ter contre le mal-logement. Diffé-
rents dispositifs, peu connus, per-
mettent à des familles modestes
de se loger grâce à un loyer bien
inférieur au prix du marché.
Le plus répandu, Solibail, existe
dans 9 régions de France. Le fonc-
tionnement est simple : l’apparte-
ment est loué pendant 3 ou 6 ans
par une association à une famille
modeste. Les propriétaires, via les
associations et pouvoirs publics,
sont assurés contre les risques
d’impayés et de dégradations. Pour
le propriétaire, confier son appar-
tement est la garantie d’une triple
sécurité : « une garantie sur le paie-
ment des loyers, un avantage fiscal
important sur les revenus locatifs,
une gestion et un entretien du bien
par des professionnels. » Et les
ménages installés bénéficient en
plus d’un accompagnement social
jusqu’à un relogement durable.
D’autres formules existent, comme
le bail à réhabilitation : le pro-
priétaire confie pendant 15 ans
son logement à l’association, il ne
touche pas de loyers, mais tous les
travaux de réhabilitation et réamé-
nagement sont pris en charge par
Solibail. À l’issue du bail, le proprié-
taire récupère un appartement mis
à neuf. Ainsi, à Paris, uniquement
via le dispositif « Louez solidaire »,
1 040 logements sont actuellement
en gestion. Le Gouvernement vou-
drait créer 40 000 de ces locations
d’ici 2022.
DOSSIER
DES ACTEURS DE TERRAIN
ENGAGÉS LOCALEMENT
Face à cette crise du logement
qui dure et s'accroît, les asso-
ciations sont en première ligne
et s’activent localement.
Pour identifier les situations
de mal-logement, les Compa-
gnons Bâtisseurs sillonnent
les routes d’Indre-et-Loire
avec leur «  bricobus  ». Leur
constat : les habitants des ter-
ritoires ruraux ont souvent ten-
dance à être mis de côté par
les politiques publiques et les
délais pour obtenir des aides
financières à la rénovation s’al-
longent. L’association recueille
les signalements des situations
de mal-logement, insalubri-
té, non-décence et précarité
énergétique, repérées par les
collectivités territoriales. Des
visites ont lieu à domicile pour
définir des projets de rénova-
tion  ; les travaux sont ensuite
réalisés avec les habitants.
Toutes ces actions sont me-
nées grâce à des artisans béné-
voles, du don de matériaux et
des formations techniques. Le
« bricobus » de la communau-
té de communes du Beaunois
a d’ailleurs été acquis grâce à
une campagne de financement
participative sur la plateforme
Les Petites Pierres.
Ce «  crowdfunding solidaire
pour l’accès à l’habitat décent »
a comme logique de sélection-
ner des projets très locaux.
« Ce sont souvent des projets
qui pâtissent de la diminution
des subventions publiques
et qui ont du mal à lever des
fonds  », explique Bérangère
Martinel, responsable déve-
loppement et partenariat de la
Fondation Somfy – fondation
d’entreprise à l'origine du pro-
jet. « Cela nous oriente sur des
projets dans toute la France,
comme des projets très ciblés
de construction, réhabilitation,
rénovation et équipements mo-
biliers, mais également parfois
des frais d’ingénieries comme
des loyers ou des salaires.  »
Dans la limite de 20 000 euros,
les associations sélectionnées
par Les Petites Pierres font
alors appel à leurs commu-
nautés pour lever des fonds et
sollicitent donc des donateurs
très locaux, parfois en lien di-
rect avec le projet. Ainsi depuis
2013, la plateforme a permis à
210 projets d’être financés, ce
qui représente près de 2,4 mil-
lions d’euros récoltés.
CE SONT SOUVENT DES PROJETS
QUI PÂTISSENT DE LA DIMINUTION
DES SUBVENTIONS PUBLIQUES
ET QUI ONT DU MAL
À LEVER DES FONDS.
13PRINTEMPS 2019
LA PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE
Selon la loi, «  est en situation
de précarité énergétique une
personne qui éprouve dans son
logement des difficultés particu-
lières à disposer de la fourniture
d’énergie nécessaire à la satisfac-
tion de ses besoins élémentaires
en raison de l’inadaptation de ses
ressources ou de ses conditions
d’habitat ». Dans la réalité, on es-
time qu’un foyer est en précarité
énergétique quand il consacre
plus de 10  % de son budget à
l’énergie de son logement. Les
raisons sont diverses  : une habi-
tation très dégradée, mal-isolée,
des équipements énergétiques
défaillants, un abonnement de
fourniture d’énergie inadapté…
Dans le cadre de la lutte contre la
précarité énergétique, plusieurs
aides financières nationales ont
été créées, comme le chèque
énergie ou les primes «  Habi-
ter mieux  » pour entreprendre
des travaux de rénovation. Peu
connues, elles sont donc rarement
sollicitées. Souvent, par souci
d’économie, nombreux sont ceux
qui restaurent par petits bouts –
les fenêtres, puis le chauffage et
enfin le toit – ce qui paradoxale-
ment coûte très cher et n’apporte
que peu de bénéfices sur la per-
formance énergétique. De plus en
plus d’entreprises s’investissent
donc, dans le cadre de leur poli-
tique RSE (Responsabilité Sociale
des Entreprises), dans la restau-
ration énergétique de logements
et bâtiments. C’est le cas de Velux
France qui a participé à un chan-
tier dans l’Essonne. « Notre vision
est d’offrir un habitat qui com-
bine bien-être et performances
énergétiques », explique un res-
ponsable de l’entreprise. «  Au-
jourd’hui il est tout à fait possible
de faire entrer la lumière natu-
relle, tout en étant performant
sur le plan énergétique. Dans ce
projet, il était nécessaire de faire
des logements sous combles de
cet immeuble ; des habitats lumi-
neux, confortables et durables
pour réduire les consommations
d’énergie des habitants. Avec
cette opération, c’est la deuxième
fois que nous nous engageons en
faveur de la lutte contre la préca-
rité énergétique dans l’habitat. »
NOTRE VISION EST
D’OFFRIR UN HABITAT
QUI COMBINE BIEN-ÊTRE
ET PERFORMANCES
ÉNERGÉTIQUES.
JULIETTE LOISEAU
LES MARCHANDS
DE SOMMEIL
S’il n’existe pas de définition légale
des marchands de sommeil, ceux-ci
se caractérisent comme étant pro-
priétaires de logements indignes,
loués à des personnes en situation
de détresse et pour un loyer totale-
ment déconnecté du prix du mar-
ché et de la valeur réelle du bien, au
regard de son état de salubrité.
L’article 84 de la loi du 25 mars
2009 de Mobilisation pour le loge-
ment et la lutte contre l’exclusion,
définit le «  logement indigne  » en
ces termes  : «  Locaux ou installa-
tions utilisés aux fins d’habitation et
impropres par nature à cet usage,
ainsi que les logements dont l’état,
ou celui du bâtiment dans lequel ils
sont situés, expose les occupants
à des risques manifestes pouvant
porter atteinte à leur sécurité phy-
sique ou à leur santé. »
Chaque année, 3 000 arrêtés d'in-
salubrité sont prononcés, mais
seulement 80 à 90 marchands de
sommeil sont finalement condam-
nés. Depuis la loi Elan sur le loge-
ment, louer un habitat indigne est
considéré comme un délit. Les
bailleurs concernés sont désormais
passibles, selon le Code pénal, de
cinq ans d’emprisonnement et de
150 000 euros d’amende pour « hé-
bergement incompatible avec la
dignité humaine », ou de 3 ans de
prison et 100 000 euros d’amende
pour « perception indue de loyers ».
La loi Elan prévoit par ailleurs un
panel de peines complémentaires
(comme l’interdiction d’acheter un
bien immobilier pendant 10 ans,
contre 5 ans auparavant), qui de-
viennent par principe obligatoires
en cas de condamnation pour un
délit lié à la location d’un logement
indigne.
Malgré toutes ces mesures, il y
aurait entre 400 000 et 600 000
logements considérés indignes en
France. Selon le rapport 2018 de la
Fondation Abbé Pierre, 4 millions
de personnes sont mal-logées ou en
absence de logement personnel en
France. Plus de la moitié (2 819 000
personnes) vit dans des conditions
de logement très difficiles du point
de vue du confort et en surpeuple-
ment dit « accentué » par rapport
aux normes de peuplement.
RAPHAËLLE LAVOREL
14 PRINTEMPS 2019
DOSSIER
L’AUTORECUPERO
EN ITALIE
Rome, comme toutes les capitales
européennes, n’est pas épargnée
par la crise du mal-logement. Les
expulsions se multiplient, les prix
des loyers explosent et la spécula-
tion immobilière vide les centres-
villes.
Depuis une vingtaine d’années, des
coopératives d’habitants pratiquent
« l’autorecupero », autrement dit de
l’auto-récupération résidentielle. Le
principe : récupérer l’usage de bâti-
ments publics vacants, les rénover
et y reloger les familles en difficulté.
Pour ce faire, les bâtiments restent
des propriétés publiques, bien sou-
vent donc celles des municipalités,
mais l’usufruit est confié à une coo-
pérative d’habitants, ceux qui vont
y vivre. Le propriétaire doit donc
entretenir les parties communes
et la façade, mais à l’intérieur, la
rénovation et l’attribution des lo-
gements sont gérées par la coo-
pérative elle-même. Même si des
entreprises et artisans peuvent être
sollicités pour les gros travaux, les
habitants participent eux-mêmes à
la rénovation. Les loyers diminuent
ainsi jusqu’à être trois fois inférieurs
au prix du marché. C’est également
un avantage pour les municipalités
où le patrimoine public est vacant,
dégradé et soumis à la spéculation.
Si le phénomène existe, il peine
malgré tout à se développer, car
l’état d’esprit de la municipalité est
primordial, notamment pour pas-
ser d’une solution alternative à une
véritable politique publique.
PAROLE DE MAL-LOGÉE
SAMIA, LE PARCOURS
DU COMBATTANT POUR UN LOGEMENT
« Je suis fatiguée, je suis épuisée… » Samia est à bout. Depuis
plus de 5 ans, cette mère célibataire de 54 ans tente tant bien
que mal d’obtenir un logement, pour elle et son fils, aujourd’hui
âgé de 18 ans.
En mai 2012, Samia quitte un
logement social trop petit
pour deux personnes. Et c’est
«  là que la galère a commen-
cé  », se souvient-elle. Depuis,
elle et son fils sont trimbalés
d’hôtels en chambres meu-
blées, attribués par sa perma-
nence sociale d’accueil. Des
logements parfois inadaptés,
comme cette chambre dans
le 19e
arrondissement avec un
seul lit. « J’ai un gamin, il faut
au moins qu’il ait sa chambre !
Ils se foutent de la gueule des
gens  !  » On lui propose alors
une chambre dans un hôtel du
18e
arrondissement. Problème,
c’est au 4e
étage sans ascen-
seur et Samia est atteinte d’une
maladie chronique qui l’handi-
cape et l’empêche de monter
les étages. « En plus il y avait
des prostituées dans l’hôtel  »,
ajoute-t-elle. «  Elles font ce
qu’elles veulent, je ne juge pas,
mais vivre là-dedans avec un
enfant de 15 ans, c’est pas nor-
mal ! »
Quand elle n’a plus de solution,
Samia s’installe avec son fils
dans un box de voitures qu’elle
loue dans un parking. Parfois,
la situation semble s’améliorer.
L’assistante sociale de Samia
parvient à lui trouver un loge-
ment décent et adapté à sa si-
tuation. Mais à chaque fois, elle
est remise à la rue, car la per-
manence sociale ne paie pas le
loyer à temps.
Aujourd’hui, Samia s’est vue
attribuer une chambre dans un
foyer du 12e
. Mais, encore une
fois, pas de pièce séparée pour
son fils. Alors elle le laisse seul
dans le foyer et elle passe ses
nuits chez des amis, ou dans le
box de voitures…
« Je ne sais plus quoi faire, se
lamente Samia, j’appelle tout le
monde, j’écris partout et ça ne
bouge pas. Mon fils n’est pas
bien… Il a redoublé sa termi-
nale. Ça me rend malade ! »
Devant son garçon, Samia tente
de faire bonne figure, mais il
lui arrive de craquer. «  Parfois
dans le métro je pleure. Je n’en
peux plus… Je ne demande pas
l’impossible, juste un logement
normal pour mon fils et moi ! »
CLÉMENT FRAIOLI
15PRINTEMPS 2019
LES CHIFFRES
DU MAL-LOGEMENT
EN EUROPE
23 017 924MÉNAGES, SOIT 10.4%
DE LA POPULATION TOTALE
DE L'UNION EUROPÉENNE DÉPENSENT
TROP POUR LEUR LOGEMENT
(AU MOINS 40% DU BUDGET DU MÉNAGE).
8 853 048MÉNAGES SOIT 4%
DE LA POPULATION TOTALE
VIVENT DANS DES LOGEMENTS
INDÉCENTS
17 263 444MÉNAGES SOIT 7.8%
NE PARVIENNENT PAS À MAINTENIR
UNE TEMPÉRATURE ADÉQUATE
DANS LEUR LOGEMENT
Source : Fondation Abbé Pierre x FEANTSA
(Fédération européenne des acteurs nationaux
travaillant avec les sans-abri) 4e
Regard sur le
mal-logement en Europe (mars 2019)
16 PRINTEMPS 2019
STARTUP ESS
PHENIX, LA STARTUP
DE GRANDE RE-DISTRIBUTION QUI MONTE
FondéeilyacinqansparJeanMoreauetBaptisteCorval,l'entreprisePhenixrépondàunréelbesoin :
« Ledéchetestuncoûtpourl’entreprise »,expliqueJeanMoreau.Aussi,Phenixrécupèrelesdéchets
des supermarchés et les redistribue aux associations comme les Banques Alimentaires ou en
nourriture pour animaux, permettant à la grande distribution de bénéficier d’une incitation fiscale
non négligeable. « Le modèle de Phenix, c’est un double effet ‘kiss cool’ : on réduit à la fois le coût de
traitement du déchet et la base imposable pour les supermarchés. »
Très vite, quelques gros marchés (comme un parte-
nariat de taille avec Franprix) donnent à la société de
l’ampleur, mais aussi de la visibilité. Le chiffre d’affaires,
qui est passé de un à dix millions d'euros en quatre
ans, s’assortit d’une pluie de récompenses et de prix
reconnus de l’économie sociale et solidaire (French Im-
pact, label gouvernemental qui valorise les entreprises
à impact positif), de l’entrepreneuriat (David avec
Goliath de Raise et Bain & company, qui récompense
un partenariat commercial entre un grand groupe – ici
Carrefour – et une startup) ou écologiques (Clean Tech
Open France).
Concentrée à ses débuts sur le gaspillage alimentaire,
la startup se diversifie aujourd’hui vers une réduction
globale des déchets. Phenix et sa plateforme numé-
rique gèrent aujourd’hui les déchets non alimentaires
et tous types d’excédents ou d’invendus des industriels
et commerçants, mais aussi ceux des évènements.
VERS UNE CONQUÊTE
DU GRAND PUBLIC
BtoB à ses débuts, l’entreprise se lance depuis peu à
la conquête du grand public avec une application mo-
bile. À l’unité – prochainement sur abonnement – les
consommateurs peuvent acheter à un commerçant de
leur quartier et à petit prix un panier qui change quo-
tidiennement selon les invendus. S’y agrège désormais
l’application Graapz spécialisée en fruits et légumes
invendus. Créée en 2017, incubée au sein du Phenix
Lab – incubateur interne –, elle est le premier rachat
de Phenix.
NOMBRE DE SALARIÉS
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2
20
48
70
100
120
CHIFFRE D'AFFAIRES
2014
2015
2016
2017
2018
0 M€
0,6 M€
1,3 M€
4,6 M€
9,6 M€
PHENIX EST LABELLISÉE ESUS
Pour obtenir l'agrément entreprise solidaire d'utilité
sociale (ESUS) :
• poursuivre au-delà de son activité économique une
mission d’utilité sociale et d’intérêt général (soutien
à des publics vulnérables, cohésion territoriale ou
développement durable), cet objectif devant figurer
dans les statuts de l'entreprise ;
• adopter une gouvernance démocratique prévoyant
la participation des salariés voire des parties
prenantes ;
• opter pour une lucrativité limitée (encadrée)
permettant de renforcer la structure et donc son
utilité ;
• limiter statutairement l’écart entre les salaires dans
l’entreprise dans un ratio de 1 à 7.
La réponse en écoutant CHANGER LA NORME, le podcast
de Carenews qui donne la parole aux acteurs de l'engagement.
Les entrepreneurs sociaux se défendent d'être des bisounours, les héritiers de Gandhi ou de
doux rêveurs. Chez Carenews, nous en sommes convaincus. Et nous savons aussi que pour chan-
ger la norme, il faut se parler normalement et aborder sans langue de bois les vrais sujets : busi-
ness model, rapports avec les pouvoirs publics, relations humaines, commercialisation, cadre
juridique, financements...
Écoutez sur soundcloud, itunes, spotify, deezer etc. et partagez !
FRÉDÉRIC BARDEAU simplon.co (insertion professionnelle par l'apprentissage du code informatique)
JEAN MOREAU Phenix (réduction et redistribution des invendus et des déchets)
THIBAULT DE SAINT BLANCARD Alenvi (service d'auxiliaires de vie)
SOPHIE VANNIER La Ruche (incubateur et accompagnement de programmes d'innovation sociale)
VULFRAN DE RICHOUFFTZ Panafrica (baskets éthiques)
DONIA SOUAD AMAMRA Meet my mama (insertion des femmes par l'activité traiteur)
LES ENTREPRENEURS SOCIAUX
SONT-ILS COMME LES AUTRES ?
PODCAST CHANGER LA NORME
PHENIX EN CHIFFRES
UN TIERS DE LA PRODUCTION MONDIALE
ALIMENTAIRE EST JETÉ SANS ÊTRE CONSOMMÉ,
ESTIMAIT EN 2012 UNE ÉTUDE
DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES.
PHENIX EST LABELLISÉE B CORP
La communauté B Corp – née il y a une douzaine d’année aux États-Unis –
réunit des entreprises qui (ré)affirment leur mission sociétale au cœur de leur
raison d’être. Ce sont des entreprises à but lucratif qui démontrent un impact
positif dans le cadre d’une évaluation stricte.
	
TONNESDEPRODUITS
SAUVÉS QUOTIDIENNEMENT
DU GASPILLAGE
MILLIONSDEREPASREDISTRIBUÉS
DEPUIS 2014 AUPRÈS DE 1 000
PARTENAIRES ASSOCIATIFS
MILLIONSD'EUROS
DE LEVÉE DE
FONDS EN 2018
ENTREPRISES
CLIENTES
50 50 15
+ DE
1000
18 PRINTEMPS 2019
Ce n'est pas tout d'obtenir un nouveau logement. Il faut s'habituer à un nouvel
environnement, recréer du lien social... C'est l'une des missions de la Fondation
Habitat et Humanisme. Sophie y est bénévole depuis 2011. Cette mère de famille fait
découvrir le quartier, échange avec les bénéficiaires, donne des conseils pratiques...
Unaccompagnementetuneaidedéterminantspourlesfamillesendifficulté.Rencontre.
	
Comment vous êtes-vous
engagée avec Habitat et
Humanisme ?
J'étais responsable ressources
humaines pour des PME. Mais à la
naissance de mon deuxième fils,
j’ai arrêté de travailler pour élever
mes enfants. J’ai commencé par
être bénévole au sein de l’associa-
tion des parents d’élèves. En 2011,
une amie bénévole chez Habitat et
Humanisme me propose de la re-
joindre. J’avais du temps à donner
et autant le donner à ceux qui en
ont besoin !
En quoi consiste
votre engagement ?
Le principe est l’engagement de
proximité pour accompagner au
plus près les personnes logées afin
de favoriser le lien social et l’auto-
nomie. Quand une famille accom-
pagnée par la fondation emmé-
nage pour la première fois dans un
quartier, cela commence par une
présentation de ce nouvel envi-
ronnement. Il s’agit de lui donner
quelques repères. Puis, en binôme
avec un travailleur social de la fon-
dation, nous visitons régulièrement
les familles, trois fois par semaine,
si elles le souhaitent. Les besoins
varient selon les familles qui restent
généralement deux ans dans le
logement fourni. Certaines vont
avoir besoin d’aide pour l’inscrip-
tion des enfants à l’école ; d'autres
préfèrent avoir de l’aide pour leurs
démarches administratives. J’ai
parfois moi-même des difficultés à
m’y retrouver.
Quelles sont les qualités
requises pour devenir bénévole ?
Au-delà d’avoir un peu de temps
à consacrer, car cela ne sert à rien
de courir, je pense que l'écoute et
la bienveillance sont des qualités
primordiales. Comme une partie
de ma mission consiste à rendre
visite aux familles, la politesse est
bien sûr très importante. J’ai pu
remarquer que ce sont les familles
monoparentales qui nous solli-
citent davantage. Généralement,
les liens se créent plus facilement
avec elles. Chez certaines familles,
nous étions même invités à déjeu-
ner. Je me souviens de l’une des
premières familles que j’accompa-
gnais. Ils avaient des difficultés à
parler français. Quand la maman a
su qu’ils allaient être relogés, elle
m’a dit : « On sera toujours copines
toutes les deux, n’est-ce pas  ?  »
Même si avec le temps les liens se
délient, cela reste des rencontres
marquantes.
Qu’est-ce qui vous paraît
difficile dans cette mission ?
Je n’ai pas rencontré de difficul-
tés particulières, mais c’est dom-
mage quand des familles refusent
l’accompagnement, car aucun lien
ne se crée. Cependant, cela reste
rare, ce souhait d’accompagne-
ment fait partie des critères pour
qu’une famille soit suivie par la fon-
dation. À l'inverse, je me rappelle
d’une famille qui nous sollicitait par
téléphone plusieurs fois par jour... Il
faut mettre une barrière à un mo-
ment. VICTORINEALISSE
PORTRAIT D’UN ENGAGEMENT
SYLVIE BERTHEZ,
BÉNÉVOLE AU SEIN DE
LA FONDATION HABITAT ET HUMANISME
«  LEPRINCIPEEST
L’ENGAGEMENT
DEPROXIMITÉPOUR
ACCOMPAGNERAUPLUSPRÈS
LESPERSONNESLOGÉES. »
19PRINTEMPS 2019
Créditphoto:GraphicObsession
Mobilise des citoyen·nes
pour te donner un coup de main !
Diffuz, c’est la plateforme
des défis solidaires :
Inscris ton association gratuitement
sur la plateforme.
Transforme tes actions en défis
solidaires sur le terrain ou en ligne.
Partage-les pour sensibiliser à ta
cause.
Inscrivez-vous sur Diffuz.comDiffuz, proposée  par Suivez-nous sur
Diffuz est une plateforme citoyenne et solidaire, créée et mise à la disposition de tous par la MACIF – MUTUELLE ASSURANCE DES COMMERÇANTS ET INDUSTRIELS DE FRANCE ET DES CADRES ET DES SALARIES
DE L’INDUSTRIE ET DU COMMERCE. Société d’assurance mutuelle à cotisations variables. Entreprise régie par le Code des Assurances. Siège social : 2 et 4 rue de Pied de Fond - 79000 Niort.
20 PRINTEMPS 2019
ILS ONT DIT
 
Les grands groupes alimentaires, au lieu de motiver
leurs collaborateurs à prendre un maximum de
parts de marché, devraient avoir l’objectif de
donner l’accès à une nourriture saine et de qualité
à un maximum de personnes. Il faut pouvoir trouver un
modèle économique qui le permette. »
LUCIE BASCH, TOO GOOD TO GO
CARENEWS.COM, 20 SEPTEMBRE 2018
Même dans l’économie sociale et solidaire, l’accès à
des postes à responsabilité demeure difficile pour les
femmes et il gagnerait à progresser. Finalement, l’ESS a
les mêmes travers que les secteurs classiques, ce qu’on
pourrait lui reprocher plus fortement, puisqu’elle est
censée, justement, être sociale et solidaire. » 
ANNE-CÉCILE MAILFERT, FONDATION DES FEMMES
CARENEWS.COM, 8 MARS 2019
L’ESS, si elle reste une économie intéressante mais
marginale, ne changera pas le système ni l’économie.
Or, il faut changer l’économie, que l’ESS s’infiltre comme
un virus. L’ESS ne doit pas être un pansement qui répare
un capitalisme débridé, mais le laboratoire de ce que
doit être le capitalisme de demain. Il faut utiliser les
outils qui font la force économique traditionnelle avec
plus d’éthique. »
MATTHIEU DARDAILLON, TICKET FOR CHANGE
CARENEWS.COM, 23 AOÛT 2018
LE SAVIEZ-VOUS ?
L’évolution des associations en France
AGENDA
DES ÉVÈNEMENTS À NE PAS MANQUER !
AVRIL
MAI
JUIN
2 JOURNÉE MONDIALE DE L’AUTISME
7 JOURNÉE MONDIALE DE LA SANTÉ
9-10 SALON PRODURABLE, RENDEZ-VOUS EUROPÉEN DES
ACTEURS ET DES SOLUTIONS DE L’ÉCONOMIE DURABLE
(PALAIS DES CONGRÈS, PARIS)
12 JOURNÉE INTERNATIONALE DES ENFANTS DES RUES
22 JOURNÉE MONDIALE DE LA TERRE
3 JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
11 JOURNÉE MONDIALE DES ESPÈCES MENACÉES
16 COURSE VERTIGO À LA DÉFENSE AU PROFIT
DE PLAY INTERNATIONAL
17 JOURNÉE DE LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE
29 LANCEMENT DE LA SEMAINE EUROPÉENNE
DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
2 JOURNÉE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT
14 JOURNÉE MONDIALE DU DON DU SANG
16 COURSE DES HÉROS (BORDEAUX, LYON)
20 JOURNÉE MONDIALE DES RÉFUGIÉS
21-23 FESTIVAL SOLIDAYS (PARIS LONGCHAMP)
23 COURSE DES HÉROS (PARIS)
25-27 SÉMINAIRE FRANCOPHONE DE LA COLLECTE DE FONDS
ORGANISÉ PAR L’AFF (ÎLE-DE-FRANCE)
PLUS D’INFOS SUR
CARENEWS.COM
Source : Vivian Tchernonog et Lionel Prouteau. Le paysage associatif français : mesures et évolutions. 3e
éd. Dalloz Juris Associations, 2019.
LES PETITES ASSOCIATIONS
SPORTIVES, CULTURELLES
ET DE LOISIRS DOMINENT
LE PAYSAGE ASSOCIATIF
C’ESTLACROISSANCEMOYENNE
DU NOMBRE
D’ASSOCIATIONS EN FRANCE
CHAQUE ANNÉE
DESASSOCIATIONSDISPOSENT
DE RESSOURCES ANNUELLES
ALLANT DE 1 000 À 10 000 €
EN 10 ANS
À L’INVERSE 1,3 % DES ASSOCIATIONS
CONCENTRENT 71,2 % DES BUDGETS
SUPÉRIEURS À 500 000 €.
49 % 68,6 % -9,8 %2,4 % +3,9 %
C’EST LA MOYENNE ANNUELLE
D’ÉVOLUTION DES DONS,
DU MÉCÉNAT ET DU SOUTIEN DES
FONDATIONS ENTRE 2011 ET 2017
LES SUBVENTIONS PUBLIQUES
ONT ACCUSÉ
UNE FORTE BAISSE
ENTRE 2011 ET 2017
AVIS D'EXPERT
21PRINTEMPS 2019
AVIS D’EXPERT
Urgence climatique et urgence sociale : ces
deux impératifs qui ont pu paraître parfois
contradictoires n’ont jamais été aussi pré-
sents dans le débat public. Pour répondre
à ce double défi, l’engagement des acteurs
politiques, des citoyens et des acteurs éco-
nomiques est nécessaire, attendu même.
Les entreprises en sont conscientes  : se-
lon le sondage Mouves / Aesio réalisé en
décembre 2018 par Harris Interactive, plus
de 9 dirigeants sur 10 estiment que leur
entreprise a un rôle important à jouer dans
la transition écologique et sociale. Les Fran-
çais souhaitent d’ailleurs des entreprises
engagées, en priorité sur les conditions et
le bien-être au travail (48 %), la rémunéra-
tion et le partage de la valeur créée (36 %)
et l’environnement (35 %)1
. La performance
de demain, la capacité à attirer les jeunes
talents, à renouer avec la confiance des
consommateurs, à investir de nouveaux
marchés dépendra de cela.
Les entreprises qui ont déjà intégré ces
évolutions explosent : les ventes du com-
merce équitable ont augmenté de 42  %
en 2017, Veja (chaussures éthiques) est la
marque la plus plébiscitée sur Instagram en
2018, C’est qui le patron ? a dépassé en mars
2018 les 100 millions de litres de lait vendus,
Phenix (spécialiste du gaspillage alimen-
taire) vient de lever 15 millions d’euros...
Transparence des modes d’organisation, de
fabrication, de redistribution des bénéfices,
mais aussi sur la qualité environnementale
des produits, sur le traitement des fournis-
seurs ou sur la part donnée à l’emploi inclu-
sif : elles ont pris des engagements concrets
qui font leur succès.
Dans ce domaine, la France a un temps
d’avance, avec des entreprises pionnières
depuis des années. Notre pays dispose d’un
secteur de l’économie sociale et solidaire
fort d’écosystèmes d’accompagnement et
d’investissement à impact social et environ-
nemental inédits en Europe.
Tout est en place pour aller plus loin et
accompagner l'ensemble des entreprises
à se transformer. Et pour garder ce temps
d’avance, chacun a sa part de responsa-
bilité  : les entreprises françaises doivent
s’engager réellement, les pouvoirs publics
doivent les encourager et les entreprises
sociales doivent partager les principes
d'action éprouvés. Mais la France, pionnière
dans la révolution numérique, se retrouvait
en 2017 en 24e
position des pays du monde
ayant tiré profit des possibilités du digital.
Parler d’impact social et environnemental
ne suffira pas : il faut agir, ensemble, avan-
çons !
GREENSOCIAL IS THE NEW DIGITAL
LES ENTREPRISES FRANÇAISES PEUVENT-ELLES SE PERMETTRE DE RATER CE NOUVEAU VIRAGE ?
PAR CAROLINE NEYRON
DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DU MOUVES
(MOUVEMENT DES
ENTREPRENEURS SOCIAUX)
1
Sondage Harris Interactive-Epoka Février 2019
LE LIVRE BLANC
DE L’ÉCONOMIE
SOCIALE ET SOLIDAIRE,
rédigé par 19 personnalités
du secteur élues par des
internautes. Des propositions
concrètes, faciles à mettre
en œuvre, et qui contribuent
à un demain responsable,
respectueux et durable.
SO
RTIE
EN
JU
IN
Pour recevoir ce livre, envoyer
un email à info@carenews.com
en mettant en objet : #ESSRULES
22 PRINTEMPS 2019
CARENEWSJOURNALN°12,ÉDITÉPARUNIVERCAST,SARLAUCAPITALDE88000EUROS,RCSVERSAILLESB788999977 7BIS,RUEDELORRAINE,78100SAINT-GERMAIN-EN-LAYE-TÉL :0972420043
Directeur de la publication : Guillaume BRAULT
guillaume.brault@carenews.com
Directrice de la rédaction : Flavie DEPREZ
flavie.deprez@carenews.com	
Assistante éditoriale : Delphine HOUEL
Direction artistique : Julie MARIE
Impression : Imprimerie Léonce Deprez
© Carenews Journal, 2019
Dépôt légal : MARS 2019 ISSN 2490-7715
Parution : PRINTEMPS 2019
CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES
Pierre Faure, Sébastien Godefroy, Ici Barbès, Christophe Pouget, Ktyellow, iStock, et images libres de droit, (DR.) droits réservés.
CARENEWS
CARENEWSCOM
REJOIGNEZ LA COMMUNAUTÉ
À LA DÉCOUVERTE D’INITIATIVES ORIGINALES
OÙ TROUVER
CARENEWS JOURNAL ?
FRANCIADE
En Seine-Saint-Denis, département d’Île-de-France
recensant le plus grand nombre de logements
insalubres, l’association Franciade réhabilite 500
logements dans le cadre du programme «  Habiter,
être habité » de la ville de Stains. Franciade mobilise
artisans et habitants lors de chantiers solidaires,
réalisés en collaboration avec des associations locales,
pour améliorer l’espace domestique. La Fondation
de France fait partie des partenaires financiers de
l’opération, avec Seine-Saint-Denis Habitat, premier
bailleur social du département et Immobilière 3F.
ENERTERRE
Créée en 2013 dans le Parc Naturel Régional des Marais du Cotentin et
du Bessin (Manche), l’association Enerterre s’adresse aux habitants en
situation de précarité et occupant des logements dégradés. Leurs mai-
sons sont rénovées lors de chantiers participatifs d’isolation qui réhabi-
litent des techniques traditionnelles. Encadrés par des professionnels, les
bénéficiaires apprennent à utiliser des matériaux naturels et locaux au
coût minime (terre crue, chaux, fibres végétales). Le patrimoine bâti de
la région est ainsi préservé, les habitants retrouvent des logements sains
et maîtrisent leurs dépenses énergétiques. Enerterre est lauréate natio-
nale 2014 de la Fondation de France. L’association bénéficie du soutien
de l’ADEME et de la Fondation I Loge You.
À LA DÉCOUVERTE
DES INITIATIVES POUR LUTTER CONTRE LE MAL-LOGEMENT EN FRANCE
Pour apporter aux habitants des conditions de vie décentes, les associations mettent en œuvre des solutions concrètes
innovantes. Elles impliquent dans ce travail de réhabilitation et d’insertion les collectivités, les partenaires privés et les
bénéficiaires eux-mêmes.
PLUS D’INFOS SUR
CARENEWS.COM
Dans toutes les jardineries Truffaut
Dans les évènements du secteur du mécénat
et de la philanthropie
Dans votre boîte aux lettres, pour les abonnés
22
LILLE
RENNES
SAINT-NAZAIRE
NANTES
BORDEAUX
LYON
GRENOBLE
AIX EN PROVENCE
MARSEILLE
PAU TOULOUSE
TOURS
POITIERS
LIMOGES
ORLÉANS
SCEAUX
PARIS
23PRINTEMPS 2019
RUBRIQUE
Suivez le média des acteurs
de l’engagement pour tout savoir
sur l’ESS, la responsabilité
sociétale et le mécénat.
CARENEWSCARENEWS.COM CARENEWSCOM
Nepasjetersurlavoiepublique.ImprimeriecertifiéeISO14001,PEFC,FSCetlabéliséeImprim'Vert.
SUIVEZ
+ DE 1 000
ACTEURS
DE L’ENGAGEMENT
ACCÉDEZ
À 12 000
CONTENUS

Contenu connexe

Similaire à Carenews Journal n°12

Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"
Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"
Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"
claude930
 
FACE INFOS n°27
FACE INFOS n°27FACE INFOS n°27
« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...
« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...
« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...
Julia Lemarchand
 
Revue de presse
Revue de presseRevue de presse
Revue de presse
reportersdespoirs
 
Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012
Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012
Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012
Nathalie SALLES
 
Newsletter Impact n°7
Newsletter Impact n°7Newsletter Impact n°7
Newsletter Impact n°7
366
 
Lettre de nouvel an d'Itinera
Lettre de nouvel an d'ItineraLettre de nouvel an d'Itinera
Lettre de nouvel an d'Itinera
Itinera Institute
 
Changer Numero 1
Changer Numero 1Changer Numero 1
Changer Numero 1
mnlienemann
 
Géopolitique & entreprises n°2
Géopolitique & entreprises n°2Géopolitique & entreprises n°2
Géopolitique & entreprises n°2
Revue Conflits
 
BLUMA décembre 2012
BLUMA décembre 2012BLUMA décembre 2012
BLUMA décembre 2012
Mila Jeudy
 
CARITAS.pdf
CARITAS.pdfCARITAS.pdf
CARITAS.pdf
Paperjam_redaction
 
Storytelling 1
Storytelling 1Storytelling 1
Storytelling 1
François Gomez
 
Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...
Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...
Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...
nous sommes vivants
 
Amnesty International
Amnesty InternationalAmnesty International
Amnesty International
IONIS Education Group
 
Apprendre à se mettre en mouvement
Apprendre à se mettre en mouvementApprendre à se mettre en mouvement
Apprendre à se mettre en mouvement
Rémi Poupinet
 
Propos sur des sujets qui m'ont titillé.pdf
Propos sur des sujets qui m'ont titillé.pdfPropos sur des sujets qui m'ont titillé.pdf
Propos sur des sujets qui m'ont titillé.pdf
Michel Bruley
 
Rapport faire societe commune
Rapport faire societe communeRapport faire societe commune
Rapport faire societe commune
UNI
 

Similaire à Carenews Journal n°12 (20)

Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"
Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"
Livret pédagogique DRED N°4 "Carton rouge à la pauvreté"
 
FACE INFOS n°27
FACE INFOS n°27FACE INFOS n°27
FACE INFOS n°27
 
« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...
« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...
« Et pendant ce temps-là, la Gen Z trace sa voie » (Supplément Echos START, 2...
 
Revue de presse
Revue de presseRevue de presse
Revue de presse
 
#25 - février 2014
#25 - février 2014#25 - février 2014
#25 - février 2014
 
pd Lobby quartier
pd Lobby quartierpd Lobby quartier
pd Lobby quartier
 
Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012
Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012
Rapport du MNCP : Un autre regard sur les chômeurs - Avril 2012
 
Alerte media orpi 05022010
Alerte media orpi 05022010 Alerte media orpi 05022010
Alerte media orpi 05022010
 
Newsletter Impact n°7
Newsletter Impact n°7Newsletter Impact n°7
Newsletter Impact n°7
 
Lettre de nouvel an d'Itinera
Lettre de nouvel an d'ItineraLettre de nouvel an d'Itinera
Lettre de nouvel an d'Itinera
 
Changer Numero 1
Changer Numero 1Changer Numero 1
Changer Numero 1
 
Géopolitique & entreprises n°2
Géopolitique & entreprises n°2Géopolitique & entreprises n°2
Géopolitique & entreprises n°2
 
BLUMA décembre 2012
BLUMA décembre 2012BLUMA décembre 2012
BLUMA décembre 2012
 
CARITAS.pdf
CARITAS.pdfCARITAS.pdf
CARITAS.pdf
 
Storytelling 1
Storytelling 1Storytelling 1
Storytelling 1
 
Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...
Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...
Présentation storytelling Introduction du rapport d'innovation de courts circ...
 
Amnesty International
Amnesty InternationalAmnesty International
Amnesty International
 
Apprendre à se mettre en mouvement
Apprendre à se mettre en mouvementApprendre à se mettre en mouvement
Apprendre à se mettre en mouvement
 
Propos sur des sujets qui m'ont titillé.pdf
Propos sur des sujets qui m'ont titillé.pdfPropos sur des sujets qui m'ont titillé.pdf
Propos sur des sujets qui m'ont titillé.pdf
 
Rapport faire societe commune
Rapport faire societe communeRapport faire societe commune
Rapport faire societe commune
 

Plus de Univercast (carenews.com)

Carenews Journal n°13
Carenews Journal n°13Carenews Journal n°13
Carenews Journal n°13
Univercast (carenews.com)
 
Livre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenews
Livre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenewsLivre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenews
Livre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenews
Univercast (carenews.com)
 
Carenews Journal n°10
Carenews Journal n°10Carenews Journal n°10
Carenews Journal n°10
Univercast (carenews.com)
 
Benchmark communication des fondations - Limite 2018
Benchmark communication des fondations - Limite 2018Benchmark communication des fondations - Limite 2018
Benchmark communication des fondations - Limite 2018
Univercast (carenews.com)
 
Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8
Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8 Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8
Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8
Univercast (carenews.com)
 
Carenews Journal n°7
Carenews Journal n°7Carenews Journal n°7
Carenews Journal n°7
Univercast (carenews.com)
 
Carenews Journal n°6
Carenews Journal n°6Carenews Journal n°6
Carenews Journal n°6
Univercast (carenews.com)
 
Carenews Journal n°5
Carenews Journal n°5Carenews Journal n°5
Carenews Journal n°5
Univercast (carenews.com)
 
Carenews Journal n°4
Carenews Journal n°4Carenews Journal n°4
Carenews Journal n°4
Univercast (carenews.com)
 
Carenews Journal, #lafranceaducoeur
Carenews Journal, #lafranceaducoeurCarenews Journal, #lafranceaducoeur
Carenews Journal, #lafranceaducoeur
Univercast (carenews.com)
 
2013 présentation équipe mercure HEC
2013 présentation équipe mercure HEC2013 présentation équipe mercure HEC
2013 présentation équipe mercure HEC
Univercast (carenews.com)
 
Mécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.com
Mécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.comMécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.com
Mécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.com
Univercast (carenews.com)
 

Plus de Univercast (carenews.com) (12)

Carenews Journal n°13
Carenews Journal n°13Carenews Journal n°13
Carenews Journal n°13
 
Livre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenews
Livre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenewsLivre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenews
Livre Blanc - 53 propositions pour un monde meilleur / carenews
 
Carenews Journal n°10
Carenews Journal n°10Carenews Journal n°10
Carenews Journal n°10
 
Benchmark communication des fondations - Limite 2018
Benchmark communication des fondations - Limite 2018Benchmark communication des fondations - Limite 2018
Benchmark communication des fondations - Limite 2018
 
Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8
Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8 Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8
Carenews Journal 8 La bonne alimentation et la jeunesse CNJ8
 
Carenews Journal n°7
Carenews Journal n°7Carenews Journal n°7
Carenews Journal n°7
 
Carenews Journal n°6
Carenews Journal n°6Carenews Journal n°6
Carenews Journal n°6
 
Carenews Journal n°5
Carenews Journal n°5Carenews Journal n°5
Carenews Journal n°5
 
Carenews Journal n°4
Carenews Journal n°4Carenews Journal n°4
Carenews Journal n°4
 
Carenews Journal, #lafranceaducoeur
Carenews Journal, #lafranceaducoeurCarenews Journal, #lafranceaducoeur
Carenews Journal, #lafranceaducoeur
 
2013 présentation équipe mercure HEC
2013 présentation équipe mercure HEC2013 présentation équipe mercure HEC
2013 présentation équipe mercure HEC
 
Mécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.com
Mécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.comMécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.com
Mécènes n°2 (Admical) : contribution carenews.com
 

Carenews Journal n°12

  • 1. l e j o u r n a l d e s a c t e u r s d e l 'e n g a g e m e n t J O U R N A L N° 12 PRINTEMPS 2019 CARENEWS.COM 16 GRAND ANGLE LA FONDATION ABBÉ PIERRE 18 ENGAGEMENT SYLVIE,BÉNÉVOLEPOUR HABITATETHUMANISME STARTUP ESS LE CAS PHENIX LE MAL- LOGEMENT EN FRANCE 4
  • 2. www.fondationlafrancesengage.org LA FONDATION DE L’INNOVATION SOCIALE PARTOUT EN FRANCE Identifier les solutions les plus innovantes aux problèmes sociaux Les soutenir financièrement pendant trois ans Leur remettre un label gage de la crédibilité de leur projet Leur permettre de se déployer partout en France Accompagner leur développement stratégique
  • 3. 3 PHENIX 16 PRINTEMPS 2019 LA FONDATION ABBÉ PIERRE LE PORTE-VOIX DES MAL-LOGÉS 4 6 CARENEWS JOURNAL OÙ NOUS TROUVER ? 22 N otre pierre au mal-logement Être le média des acteurs de l’engagement, c'est mettre en lumière des initiatives positives. Mais analyser les causes des problèmes induit la plupart du temps de parler des fléaux qui affectent notre société. Parmi les sujets qui défilent sur les pages de carenews.com, il y en a un qui revient régulièrement et qui est à la source de nombreux autres, le mal-logement. Quatre millions de personnes mal-logées en France, c'est inacceptable. Dramatique, cependant pas inéluctable. Contrairement aux nombreuses pénuries qui nous assaillent, le mal-logement n’est pas lié à une ressource naturelle épuisée, mais à une mauvaise organisation de notre société. Première "bonne nouvelle". Deuxièmement, le mal-logement est une cause "concrète" qui facilite la mobilisation de nombreux acteurs et stimule l'innovation. Habitat et Humanisme a créé une foncière pour démultiplier l'impact de son action (p. 11). La Fondation Somfy, rejointe par AG2R La Mondiale et Schneider Electric, anime une plateforme de crowdfunding, Les Petites Pierres, dédiée exclusivement au mal-logement (p. 12). Et bien sûr la Fondation Abbé Pierre joue un rôle primordial dans la visibilité de cette cause (p. 4). Alors comme eux et comme Sylvie (p. 18), bénévole pour Habitat et Humanisme, que ce nouveau numéro de Carenews Journal vous donne envie de vous engager ! Faire reculer le mal-logement, c'est possible. GUILLAUME BRAULT FONDATEUR DE CARENEWSGROUP ÉDITO LE MAL-LOGEMENT EN FRANCE DOSSIER CENTRAL SYLVIE BÉNÉVOLE POUR HABITAT ET HUMANISME 18 PORTRAIT D’UN ENGAGEMENT ILS ONT DIT 20 GRAND ANGLE STARTUP ESS
  • 4. 4 PRINTEMPS 2019 LA FONDATION ABBÉ PIERRE LE PORTE-VOIX DES MAL-LOGÉS GRAND ANGLE « La misère est muette, le pouvoir est aveugle », disait l’abbé Pierre. Militant et porte-parole des plus pauvres pour ouvrir les yeux à ceux « d’en haut », il fut précurseur d’une forme d’action particulière, basée sur une présence médiatique forte pour mobiliser l’opinion et les pouvoirs publics. Une action dont sa fondation se fait la digne héritière, dans un contexte pourtant bien différent de celui de l’hiver 1954. « Les pouvoirs publics se focalisent sur le mal- logement visible, quand il y a un vrai danger pour les habitants, mais aussi pour l’image des munici- palités quand des évènements sont relayés par les médias  », analyse Pascale Dietrich-Ragon, sociologue et chercheuse à l’INED sur les ques- tions du logement. « Mais il demeure un mal-logement invisible, qui à l’in- verse, mobilise peu les responsables politiques. Les acteurs comme la Fondation Abbé Pierre jouent un rôle énorme dans la visibilité du pro- blème, en s’attachant à en montrer toutes les dimensions. » DONNERUNEVOIXAUXSANS-VOIX » Pas facile, pourtant, de se faire entendre dans une société saturée de communication et face à des citoyens hyper-sollicités : « En 1954, lors de son appel à la fraternité des Français, l’abbé Pierre était l’une des seules personnalités à “  crier  ” son indignation dans les médias. Au- jourd’hui, tout le monde parle fort et il est difficile de se faire entendre », explique Yves Colin, directeur de la communication. Pour autant, la Fon- dation Abbé Pierre continue de bé- néficier de l’image de son fondateur pour porter son message. « Même si on ne peut plus parler aujourd’hui de “ tapage médiatique ” comme Ber- nard Kouchner a pu le dire au sujet de l’abbé Pierre, nous poursuivons le chemin qu’il a tracé en essayant de donner une voix aux “  sans-voix  ”, aussi souvent que nécessaire. » Aussi souvent que nécessaire et par tous les moyens  : campagnes d’affichages, évènementiel, projets itinérants, parrainages de célébri- tés, interventions dans les médias… Régulièrement, la fondation mène des opérations «  coups de poing  » pour sensibiliser le grand public à la question du mal-logement. Et elle n’hésite pas à employer des images marquantes : la campagne de 2008, qui comparait la taille des panneaux publicitaires ou des arrêts de bus à celle de l’espace de vie des mal-lo- gés, est restée longtemps dans les mémoires. En février dernier, la fon- dation a frappé fort sur la théma- CAMPAGNE CHOC DE 2008 CRÉÉE PAR ICI BARBÈS
  • 5. 5PRINTEMPS 2019 GRAND ANGLE tique du sans-abrisme en organisant les Pics d’Or, un prix satirique récom- pensant les pires dispositifs urbains anti-SDF. En parallèle, le délégué général de la fondation, Christophe Robert, multi- plie les interventions médiatiques. Il y dénonce, sans langue de bois, une situation préoccupante et pointe du doigt le manque d'ambition et les in- cohérences de la politique logement du Gouvernement  : APL rabotées d’un côté, «  cadeaux fiscaux  » aux plus riches de l’autre, loi Elan reto- quée (voir p.14)… Une sur-médiatisa- tion assumée et revendiquée comme « fondamentalement identitaire » par Christophe Robert, qui se considère « dans la continuité du combat mené par l’abbé Pierre ». FAIRELELIENENTRELETERRAIN ETLESPOUVOIRSPUBLICS Pour s’armer dans son combat, la fondation publie chaque année un rapport sur l'état du mal-logement en France. Construit par un centre d'études interne, créé en 2004, com- posé d'un panel de scientifiques (so- ciologues, économistes, géographes, urbanistes...), ce rapport se veut avant tout un outil de dialogue avec les pou- voirs publics et les responsables ins- titutionnels. « Notre objectif, avec ce rapport, est de disposer d’un support d’experts pour agir en conséquence », explique Christophe Robert, lui-même sociologue de formation. Revendiquant son expertise de ter- rain auprès des mal-logés, la fonda- tion regrette une statistique publique insuffisante sur le sujet. Les dernières études nationales remontent à 2013 et 2006 : « Un intervalle de sept ans entre deux actualisations, c’est bien trop long pour apprécier l’évolution de la situation des ménages dans un domaine aussi essentiel que le loge- ment », estime Christophe Robert. Le rapport de la fondation mêle cepen- dant données nationales et travail de terrain pour ne pas se voir reprocher de « tordre les chiffres » au profit de sa cause ; une critique qui a pu lui être faite, marginalement, par le socio- logue Olivier Galland dans une tribune intitulée «  Méfions-nous des chiffres militants ». « EN1954,LORSDESONAPPELÀLA FRATERNITÉDESFRANÇAIS,L’ABBÉPIERRE ÉTAITL’UNEDESSEULESPERSONNALITÉSÀ “ CRIER ”SONINDIGNATIONDANSLESMÉDIAS. AUJOURD’HUI,TOUTLEMONDEPARLEFORT ETILESTDIFFICILEDESEFAIREENTENDRE. » Pour Pascale Dietrich-Ragon, si la Fondation Abbé Pierre se positionne clairement comme militante, elle n’en demeure pas moins un acteur cré- dible. «  La Fondation Abbé Pierre fonde son rapport sur des données solides sur lesquelles nous, socio- logues, appuyons nous-mêmes nos recherches  », explique-t-elle. «  La fondation a un vrai rôle de relai entre les travaux “de l’ombre” effectués par la recherche et les médias. C’est, je pense, la vraie force de la Fondation Abbé Pierre et c’est en grande partie grâce à cela que la société a vraiment pris conscience du problème ». RAPHAËLLE LAVOREL
  • 7. 7PRINTEMPS 2019 RUBRIQUE LES MAUX DU LOGEMENT Leschiffresquevousdécouvrirezdanscedossiersontparlants,laFranceetl’Eu- rope souffrent du mal-logement depuis plusieurs décennies. Logements inoccu- pés, insalubrité et marchands de sommeil défraient l’actualité de temps à autre. Pourtant, l’indifférence est souvent de mise. Le mal-logement apparaît comme un pis-aller alors que tant sont sans-abri. Ce que l’on se dit souvent, c’est que ce n’est « pas si pire », puisqu’avoir un toit, c’est déjà quelque chose. Beaucoup de silences se cachent derrière cette question, entre le désaveu des pouvoirs publics et la honte des personnes mal- logées… Les chiffres sont souvent militants et les té- moignages difficiles à trou- ver. Cette question traitée en demi-teinte est pourtant dramatique quand on sait les problèmes physiques et psychiques qu’elle entraîne : difficultés professionnelles, cassures sociales et fami- liales, mauvaises rencontres et vice immobilier... On bas- cule vite dans le mal-loge- ment. Mais la pudeur nous fait souvent fermer les yeux. Par peur d’identification cer- tainement ; par honte d’une situation d’ampleur natio- nale aussi. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 statue  : «  Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables consti- tue le fondement de la li- berté, de la justice et de la paix dans le monde.  » Les recherches sur le droit au logement nous ont amenés ainsi à différencier les droits «  liberté  » comme ceux de presse ou de pensée, très identifiés. Et les droits « créance » plus difficilement décelables dont le droit au logement fait partie. Il est intrinsèque à la notion de dignité ou encore, comme l’explique l’association DALO [Droit Au Logement Oppo- sable], inclus « dans la réfé- rence à des “moyens conve- nables d'existence” – une décision du 19 janvier 1995 du Conseil constitutionnel a qualifié le droit au logement d' “objectif à valeur constitu- tionnelle”. » La société a ain- si l’obligation de s'organiser pour qu'une « offre de loge- ments d'un coût compatible avec les ressources des plus pauvres soit disponible  ». Car c’est bien de dignité qu’il s’agit. Être logé·e dignement est un droit fondamental et les consciences, acteurs publics et citoyens, doivent s’emparer du sujet. Faire so- ciété, c’est aussi bien loger. Devant une situation cri- tique, des notes très posi- tives contrastent. Quelques associations en ont fait leur fer de lance. Des fondations d’entreprises l’ont inclus dans leur champ d’interven- tion. Le potentiel de pro- grès sur cette question est immense et l’action de celles et ceux qui s’engagent au quotidien pour le développer est à saluer et à mettre en lu- mière. C’est tout le propos de ce numéro 12 du Carenews Journal. FLAVIE DEPREZ
  • 8. 8 PRINTEMPS 2019 Chaque année le rapport de la Fondation Abbé Pierre alerte sur le mal-logement en France. Et chaque année la situation s'aggrave. Sans-abrisme, squats, hôtels, camping, logements insalubres, surpeu- plement… les formes de mal-logement sont nombreuses et concernent 12 millions de personnes en France. L'effondrement de plusieurs immeubles à Marseille en novembre 2018 a rappelé l'urgence de luttercontrel'habitatinsalubre.Depuis2018,leprojet« Logementd’abord »,planquinquennaldelutte contrelesans-abrismeaétémisenplace.Lamiseenœuvreestlente,maissurleterrainvilles,dépar- tements,associationsetpouvoirspublicssemettentenmouvementpouragircontrelemal-logement. En ouverture de son 24e rapport sur l’état du mal-logement en France, les observations de Laurent Des- mard, le président de la Fondation Abbé Pierre, sont sévères. Près de 4 millions de personnes sont mal- logées. Le mal-logement ne se réduit pourtant pas à la privation de logement. Il y a bien sûr les per- sonnes sans-domicile, à la rue, en hôtel ou en centre d’hébergement, en habitation de fortune ou encore les personnes que l'on dit très mal logées, c'est-à-dire sans eau cou- rante, toilettes ou chauffage. Le mal-logement englobe aussi toutes les personnes touchées par la crise du logement. LE MAL-LOGEMENT, DE MULTIPLES FACETTES En novembre 2018, l’effondrement de trois immeubles à Marseille a re- mis la question de l’habitat insalubre au cœur de l'actualité. En 2015, le rapport Nicol remis au ministère du Logement estimait à plus de 40 000 le nombre d’habitations indignes dans la cité phocéenne, présentant donc des risques pour la santé et la sécurité de ses occupants. Depuis plusieurs années donc, associations et habitants alertent sur l’insalubrité des logements, notamment dans le centre-ville. Il a fallu la mort de huit personnes pour que les pouvoirs publics évacuent, par sécurité, près de 1 500 personnes de leur apparte- ment. Depuis 2016, ce sont près de 1 400 signalements de logements insalubres qui se sont perdus entre les services de l'État et ceux de la Ville. Si l'État estime que le service de la mairie est défaillant, la Ville lui retourne le reproche. Et pendant ce temps, la situation continue de se dégrader. Marseille est loin d’être la seule ville concernée par ce phénomène. La Fondation Abbé Pierre estime à 600 000 le nombre d'habitations indignes en Métropole. Un chiffre qui prend en compte, entre autres, les micro-logements (moins de LE MAL-LOGEMENT EN FRANCE DOSSIER IL SERAIT INJUSTE DE PRÉTENDRE QUE LE CONSTAT EST LE MÊME QUE LE 1ER FÉVRIER 1954(…). MAIS IL NOUS FAUT ADMETTRE QUE LA SITUATION S’EST AGGRAVÉE À BIEN DES ÉGARDS.
  • 9. 9m2 ) et les habitations surpeuplées (moins de 18m2 par occupant). Et face à la demande de logements, toujours plus forte, les marchands de sommeil et propriétaires peu scrupuleux en profitent… 2,64 mil- lions de ménages sont en situation de surpeuplement, soit 8,5  % des ménages en enlevant les étudiants. Le mal-logement, c’est aussi la crise du logement. Dans un rapport de mai 2018, l'Observatoire natio- nal de la pauvreté et de l'exclusion sociale montre des chiffres révéla- teurs. Les ménages à bas revenus consacrent en moyenne 42,4 % de leur revenu au loyer. 2,5 millions de ménages seraient donc mal logés, au titre de cet effort excessif pour se maintenir dans leur logement. Conséquence de cette situation, l'augmentation chaque année des expulsions locatives et des im- payés de loyers. Le poids financier qui pèse sur ces ménages, quand il n’est plus supportable, alimente ainsi le sans-abrisme. Plus de 12 millions de personnes sont ainsi touchées par une mani- festation du mal-logement, ce qui n’est pas sans conséquence. SANTÉ ET ISOLEMENT, LES CONSÉQUENCES DU MAL-LOGEMENT Inlassablement, les associations alertent sur les différentes réper- cussions du mal-logement sur la santé des habitants. Il y a bien sûr les accidents, liés à l’insalubrité des logements  : effondrement d’im- meubles entiers ou du plancher, système électrique défaillant res- ponsable d’incendies… il y a aussi toutes les pathologies et maladies qui s’installent, provoquées par le mal-logement. Dès 2007, la Fon- dation Abbé Pierre avait lancé une campagne de sensibilisation sur le sujet et interpellé : « Quand on est malade, on reste à la maison, mais quand c’est le logement qui rend malade ? » Les problèmes de santé liés à l’habitat sont de mieux en mieux connus, mais peu repérés et traités. Parmi les principaux relevés par le 9PRINTEMPS 2019 LES CHIFFRES DU MAL-LOGEMENT EN FRANCE 143 000 PERSONNES SONT SANS DOMICILE 4 MILLIONS DE PERSONNES SOUFFRENT DU MAL-LOGEMENT 12,1 MILLIONS DE PERSONNES SONT FRAGILISÉES PAR LA CRISE DU LOGEMENT 3,5 MILLIONS DE PERSONNES SONT EN SITUATION DE PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE QUAND ON EST MALADE, ON RESTE À LA MAISON, MAIS QUAND C’EST LE LOGEMENT QUI REND MALADE ?
  • 10. 10 PRINTEMPS 2019 DOSSIER ministère des Solidarités et de la Santé, il y a le saturnisme lié aux peintures au plomb dégradées, les maladies respiratoires liées à l’humidité et au manque d’aération, les maladies infectieuses favori- sées par des équipements sani- taires insuffisants. Ces pathologies concernent aussi bien les habitats insalubres que ceux surpeuplés où la promiscuité favorise les maladies contagieuses et augmente le taux d'humidité de l’habitation. D’après une étude de l’OCDE, un habi- tant en sur-occupation a 40  % de risques supplémentaires de se dé- clarer en mauvaise santé. Les foyers en situation de précarité énergé- tique sont également plus exposés aux problèmes de santé. Et là, plus de 3,56 millions de personnes sont concernées. Le mal-logement a également des conséquences sociales. «  Au- jourd’hui, c’est la première fois que nous avons un logement pour nous  », témoigne Bernadette, qui a pu être relogée grâce à la Fon- dation Insertion par le Logement. « Avant, c’était petit et les enfants ne voulaient pas rentrer à la mai- son. Aujourd’hui ils peuvent jouer et dorment bien. » Impossible d’inviter des amis ou de la famille quand on vit déjà à plusieurs dans un appar- tement de 20m2 ou dans un loge- ment insalubre, en proie à l’humi- dité et au froid. Pour les enfants et adolescents, difficile de faire ses devoirs également. Une étude de l’OFCE1 a d’ailleurs confirmé qu’un élève occupant un logement sur- peuplé a 40  % de risques supplé- mentaires d’accuser une année de retard scolaire entre 11 et 15 ans. DES POLITIQUES PUBLIQUES MAL COORDONNÉES L’état du mal-logement en France, dans toutes ses dimensions, n’est aujourd’hui plus contesté. À cette si- tuation, les pouvoirs publics tentent d’apporter, depuis de nombreuses années, des réponses. En septembre 2018, l’annonce du Plan Pauvreté et de ses mesures a surpris les asso- ciations de lutte contre le mal-loge- ment. Dans ce plan, il est question de résorber les bidonvilles, où vivent 16 000 personnes, en 5 ans et d’ac- corder des moyens supplémentaires pour accueillir les familles. Mais sur le terrain, les expulsions sans relo- gement se multiplient et les camps de Calais, Grande-Synthe, ou Paris, où survivent réfugiés et migrants, ne sont pas inclus. Sur ce volet, les pouvoirs publics renvoient à un autre plan, la stratégie « Logement d’abord », qui s’engage, en 5 ans, à construire 200 000 logements très sociaux. Le ministère du Logement a ainsi annoncé début février, qu’en 2018, « 70 000 personnes à la rue ou hébergées étaient sorties vers le lo- gement social ou le logement adap- té ». Le monde associatif et les orga- nismes comme la Fondation Abbé Pierre alertent sur ces chiffres qui ne prennent pas en compte d’autres in- dicateurs comme la diminution des APL (Aides Personnalisées au Loge- ment) ou l’augmentation des expul- sions et qui concernent un cercle plus large de personnes mal logées. L’ÉTAT DU MAL-LOGEMENT EN FRANCE, DANS TOUTES SES DIMENSIONS, N’EST AUJOURD’HUI PLUS CONTESTÉ. Observatoire Français des Conjonctures Économiques. Marché à procédure adaptée sur la mesure du coût économique et social du mal-logement [Rapport]. octobre 2015.
  • 11. 11PRINTEMPS 2019 L’INVESTISSEMENT SOLIDAIRE Depuis plus de 30 ans, la fédé- ration Habitat et Humanisme œuvre sur le terrain du mal-loge- ment, à travers différentes asso- ciations ou lieux d’accueil, mais également grâce à une société foncière solidaire. « L’objet de notre foncière est de construire des logements dans les quartiers socialement équilibrés pour ne pas ajouter de la fragilité là où il n’y en a que trop », confie le père Bernard Devert, fondateur d’Habitat et Humanisme. « Il s’agit de construire pour permettre à des personnes de se recons- truire. » Dans cette foncière, plus de 60 % des actionnaires sont des personnes physiques, les 40  % restants sont portés par des ins- titutions. Les investissements sont entièrement destinés à financer des logements pour les personnes en difficulté : un euro investi per- met à Habitat et Humanisme de mobiliser 3 à 4 euros. À partir de 40 000 euros, la fédération loge une famille. Les projets dans lesquels la fon- cière investit sont choisis selon deux critères : « le caractère social du projet valorisant la diversité sociale et les questions liées à la mobilité et au devenir du quar- tier afin de sécuriser l’investisse- ment  », précise Bernard Devert. Habitat et Humanisme développe ainsi l’habitat intergénération- nel, les pensions de famille, mais également l’habitat adapté aux personnes handicapées ou en perte d’autonomie. C’est ainsi que la foncière d’Habitat et Huma- nisme a été retenue par la ville de Paris pour une opération dans un hôtel particulier, place des Vosges. Le lieu accueillera des familles modestes au cœur de la capitale et proposera un restaurant social ainsi qu’une conciergerie. «  L’ur- gence est de redonner du bon sens à l’économie », confie le fon- dateur. Par l’épargne solidaire, les actionnaires peuvent ainsi investir sur du long-terme, sans spécu- lation et dans des projets à fort impact social. IL S’AGIT DE CONSTRUIRE POUR PERMETTRE À DES PERSONNES DE SE RECONSTRUIRE.
  • 12. 12 PRINTEMPS 2019 ET SI VOUS DEVENIEZ PROPRIÉTAIRE SOLIDAIRE ? C’est l’une des solutions pour lut- ter contre le mal-logement. Diffé- rents dispositifs, peu connus, per- mettent à des familles modestes de se loger grâce à un loyer bien inférieur au prix du marché. Le plus répandu, Solibail, existe dans 9 régions de France. Le fonc- tionnement est simple : l’apparte- ment est loué pendant 3 ou 6 ans par une association à une famille modeste. Les propriétaires, via les associations et pouvoirs publics, sont assurés contre les risques d’impayés et de dégradations. Pour le propriétaire, confier son appar- tement est la garantie d’une triple sécurité : « une garantie sur le paie- ment des loyers, un avantage fiscal important sur les revenus locatifs, une gestion et un entretien du bien par des professionnels. » Et les ménages installés bénéficient en plus d’un accompagnement social jusqu’à un relogement durable. D’autres formules existent, comme le bail à réhabilitation : le pro- priétaire confie pendant 15 ans son logement à l’association, il ne touche pas de loyers, mais tous les travaux de réhabilitation et réamé- nagement sont pris en charge par Solibail. À l’issue du bail, le proprié- taire récupère un appartement mis à neuf. Ainsi, à Paris, uniquement via le dispositif « Louez solidaire », 1 040 logements sont actuellement en gestion. Le Gouvernement vou- drait créer 40 000 de ces locations d’ici 2022. DOSSIER DES ACTEURS DE TERRAIN ENGAGÉS LOCALEMENT Face à cette crise du logement qui dure et s'accroît, les asso- ciations sont en première ligne et s’activent localement. Pour identifier les situations de mal-logement, les Compa- gnons Bâtisseurs sillonnent les routes d’Indre-et-Loire avec leur «  bricobus  ». Leur constat : les habitants des ter- ritoires ruraux ont souvent ten- dance à être mis de côté par les politiques publiques et les délais pour obtenir des aides financières à la rénovation s’al- longent. L’association recueille les signalements des situations de mal-logement, insalubri- té, non-décence et précarité énergétique, repérées par les collectivités territoriales. Des visites ont lieu à domicile pour définir des projets de rénova- tion  ; les travaux sont ensuite réalisés avec les habitants. Toutes ces actions sont me- nées grâce à des artisans béné- voles, du don de matériaux et des formations techniques. Le « bricobus » de la communau- té de communes du Beaunois a d’ailleurs été acquis grâce à une campagne de financement participative sur la plateforme Les Petites Pierres. Ce «  crowdfunding solidaire pour l’accès à l’habitat décent » a comme logique de sélection- ner des projets très locaux. « Ce sont souvent des projets qui pâtissent de la diminution des subventions publiques et qui ont du mal à lever des fonds  », explique Bérangère Martinel, responsable déve- loppement et partenariat de la Fondation Somfy – fondation d’entreprise à l'origine du pro- jet. « Cela nous oriente sur des projets dans toute la France, comme des projets très ciblés de construction, réhabilitation, rénovation et équipements mo- biliers, mais également parfois des frais d’ingénieries comme des loyers ou des salaires.  » Dans la limite de 20 000 euros, les associations sélectionnées par Les Petites Pierres font alors appel à leurs commu- nautés pour lever des fonds et sollicitent donc des donateurs très locaux, parfois en lien di- rect avec le projet. Ainsi depuis 2013, la plateforme a permis à 210 projets d’être financés, ce qui représente près de 2,4 mil- lions d’euros récoltés. CE SONT SOUVENT DES PROJETS QUI PÂTISSENT DE LA DIMINUTION DES SUBVENTIONS PUBLIQUES ET QUI ONT DU MAL À LEVER DES FONDS.
  • 13. 13PRINTEMPS 2019 LA PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE Selon la loi, «  est en situation de précarité énergétique une personne qui éprouve dans son logement des difficultés particu- lières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfac- tion de ses besoins élémentaires en raison de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’habitat ». Dans la réalité, on es- time qu’un foyer est en précarité énergétique quand il consacre plus de 10  % de son budget à l’énergie de son logement. Les raisons sont diverses  : une habi- tation très dégradée, mal-isolée, des équipements énergétiques défaillants, un abonnement de fourniture d’énergie inadapté… Dans le cadre de la lutte contre la précarité énergétique, plusieurs aides financières nationales ont été créées, comme le chèque énergie ou les primes «  Habi- ter mieux  » pour entreprendre des travaux de rénovation. Peu connues, elles sont donc rarement sollicitées. Souvent, par souci d’économie, nombreux sont ceux qui restaurent par petits bouts – les fenêtres, puis le chauffage et enfin le toit – ce qui paradoxale- ment coûte très cher et n’apporte que peu de bénéfices sur la per- formance énergétique. De plus en plus d’entreprises s’investissent donc, dans le cadre de leur poli- tique RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises), dans la restau- ration énergétique de logements et bâtiments. C’est le cas de Velux France qui a participé à un chan- tier dans l’Essonne. « Notre vision est d’offrir un habitat qui com- bine bien-être et performances énergétiques », explique un res- ponsable de l’entreprise. «  Au- jourd’hui il est tout à fait possible de faire entrer la lumière natu- relle, tout en étant performant sur le plan énergétique. Dans ce projet, il était nécessaire de faire des logements sous combles de cet immeuble ; des habitats lumi- neux, confortables et durables pour réduire les consommations d’énergie des habitants. Avec cette opération, c’est la deuxième fois que nous nous engageons en faveur de la lutte contre la préca- rité énergétique dans l’habitat. » NOTRE VISION EST D’OFFRIR UN HABITAT QUI COMBINE BIEN-ÊTRE ET PERFORMANCES ÉNERGÉTIQUES. JULIETTE LOISEAU
  • 14. LES MARCHANDS DE SOMMEIL S’il n’existe pas de définition légale des marchands de sommeil, ceux-ci se caractérisent comme étant pro- priétaires de logements indignes, loués à des personnes en situation de détresse et pour un loyer totale- ment déconnecté du prix du mar- ché et de la valeur réelle du bien, au regard de son état de salubrité. L’article 84 de la loi du 25 mars 2009 de Mobilisation pour le loge- ment et la lutte contre l’exclusion, définit le «  logement indigne  » en ces termes  : «  Locaux ou installa- tions utilisés aux fins d’habitation et impropres par nature à cet usage, ainsi que les logements dont l’état, ou celui du bâtiment dans lequel ils sont situés, expose les occupants à des risques manifestes pouvant porter atteinte à leur sécurité phy- sique ou à leur santé. » Chaque année, 3 000 arrêtés d'in- salubrité sont prononcés, mais seulement 80 à 90 marchands de sommeil sont finalement condam- nés. Depuis la loi Elan sur le loge- ment, louer un habitat indigne est considéré comme un délit. Les bailleurs concernés sont désormais passibles, selon le Code pénal, de cinq ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende pour « hé- bergement incompatible avec la dignité humaine », ou de 3 ans de prison et 100 000 euros d’amende pour « perception indue de loyers ». La loi Elan prévoit par ailleurs un panel de peines complémentaires (comme l’interdiction d’acheter un bien immobilier pendant 10 ans, contre 5 ans auparavant), qui de- viennent par principe obligatoires en cas de condamnation pour un délit lié à la location d’un logement indigne. Malgré toutes ces mesures, il y aurait entre 400 000 et 600 000 logements considérés indignes en France. Selon le rapport 2018 de la Fondation Abbé Pierre, 4 millions de personnes sont mal-logées ou en absence de logement personnel en France. Plus de la moitié (2 819 000 personnes) vit dans des conditions de logement très difficiles du point de vue du confort et en surpeuple- ment dit « accentué » par rapport aux normes de peuplement. RAPHAËLLE LAVOREL 14 PRINTEMPS 2019 DOSSIER L’AUTORECUPERO EN ITALIE Rome, comme toutes les capitales européennes, n’est pas épargnée par la crise du mal-logement. Les expulsions se multiplient, les prix des loyers explosent et la spécula- tion immobilière vide les centres- villes. Depuis une vingtaine d’années, des coopératives d’habitants pratiquent « l’autorecupero », autrement dit de l’auto-récupération résidentielle. Le principe : récupérer l’usage de bâti- ments publics vacants, les rénover et y reloger les familles en difficulté. Pour ce faire, les bâtiments restent des propriétés publiques, bien sou- vent donc celles des municipalités, mais l’usufruit est confié à une coo- pérative d’habitants, ceux qui vont y vivre. Le propriétaire doit donc entretenir les parties communes et la façade, mais à l’intérieur, la rénovation et l’attribution des lo- gements sont gérées par la coo- pérative elle-même. Même si des entreprises et artisans peuvent être sollicités pour les gros travaux, les habitants participent eux-mêmes à la rénovation. Les loyers diminuent ainsi jusqu’à être trois fois inférieurs au prix du marché. C’est également un avantage pour les municipalités où le patrimoine public est vacant, dégradé et soumis à la spéculation. Si le phénomène existe, il peine malgré tout à se développer, car l’état d’esprit de la municipalité est primordial, notamment pour pas- ser d’une solution alternative à une véritable politique publique.
  • 15. PAROLE DE MAL-LOGÉE SAMIA, LE PARCOURS DU COMBATTANT POUR UN LOGEMENT « Je suis fatiguée, je suis épuisée… » Samia est à bout. Depuis plus de 5 ans, cette mère célibataire de 54 ans tente tant bien que mal d’obtenir un logement, pour elle et son fils, aujourd’hui âgé de 18 ans. En mai 2012, Samia quitte un logement social trop petit pour deux personnes. Et c’est «  là que la galère a commen- cé  », se souvient-elle. Depuis, elle et son fils sont trimbalés d’hôtels en chambres meu- blées, attribués par sa perma- nence sociale d’accueil. Des logements parfois inadaptés, comme cette chambre dans le 19e arrondissement avec un seul lit. « J’ai un gamin, il faut au moins qu’il ait sa chambre ! Ils se foutent de la gueule des gens  !  » On lui propose alors une chambre dans un hôtel du 18e arrondissement. Problème, c’est au 4e étage sans ascen- seur et Samia est atteinte d’une maladie chronique qui l’handi- cape et l’empêche de monter les étages. « En plus il y avait des prostituées dans l’hôtel  », ajoute-t-elle. «  Elles font ce qu’elles veulent, je ne juge pas, mais vivre là-dedans avec un enfant de 15 ans, c’est pas nor- mal ! » Quand elle n’a plus de solution, Samia s’installe avec son fils dans un box de voitures qu’elle loue dans un parking. Parfois, la situation semble s’améliorer. L’assistante sociale de Samia parvient à lui trouver un loge- ment décent et adapté à sa si- tuation. Mais à chaque fois, elle est remise à la rue, car la per- manence sociale ne paie pas le loyer à temps. Aujourd’hui, Samia s’est vue attribuer une chambre dans un foyer du 12e . Mais, encore une fois, pas de pièce séparée pour son fils. Alors elle le laisse seul dans le foyer et elle passe ses nuits chez des amis, ou dans le box de voitures… « Je ne sais plus quoi faire, se lamente Samia, j’appelle tout le monde, j’écris partout et ça ne bouge pas. Mon fils n’est pas bien… Il a redoublé sa termi- nale. Ça me rend malade ! » Devant son garçon, Samia tente de faire bonne figure, mais il lui arrive de craquer. «  Parfois dans le métro je pleure. Je n’en peux plus… Je ne demande pas l’impossible, juste un logement normal pour mon fils et moi ! » CLÉMENT FRAIOLI 15PRINTEMPS 2019 LES CHIFFRES DU MAL-LOGEMENT EN EUROPE 23 017 924MÉNAGES, SOIT 10.4% DE LA POPULATION TOTALE DE L'UNION EUROPÉENNE DÉPENSENT TROP POUR LEUR LOGEMENT (AU MOINS 40% DU BUDGET DU MÉNAGE). 8 853 048MÉNAGES SOIT 4% DE LA POPULATION TOTALE VIVENT DANS DES LOGEMENTS INDÉCENTS 17 263 444MÉNAGES SOIT 7.8% NE PARVIENNENT PAS À MAINTENIR UNE TEMPÉRATURE ADÉQUATE DANS LEUR LOGEMENT Source : Fondation Abbé Pierre x FEANTSA (Fédération européenne des acteurs nationaux travaillant avec les sans-abri) 4e Regard sur le mal-logement en Europe (mars 2019)
  • 16. 16 PRINTEMPS 2019 STARTUP ESS PHENIX, LA STARTUP DE GRANDE RE-DISTRIBUTION QUI MONTE FondéeilyacinqansparJeanMoreauetBaptisteCorval,l'entreprisePhenixrépondàunréelbesoin : « Ledéchetestuncoûtpourl’entreprise »,expliqueJeanMoreau.Aussi,Phenixrécupèrelesdéchets des supermarchés et les redistribue aux associations comme les Banques Alimentaires ou en nourriture pour animaux, permettant à la grande distribution de bénéficier d’une incitation fiscale non négligeable. « Le modèle de Phenix, c’est un double effet ‘kiss cool’ : on réduit à la fois le coût de traitement du déchet et la base imposable pour les supermarchés. » Très vite, quelques gros marchés (comme un parte- nariat de taille avec Franprix) donnent à la société de l’ampleur, mais aussi de la visibilité. Le chiffre d’affaires, qui est passé de un à dix millions d'euros en quatre ans, s’assortit d’une pluie de récompenses et de prix reconnus de l’économie sociale et solidaire (French Im- pact, label gouvernemental qui valorise les entreprises à impact positif), de l’entrepreneuriat (David avec Goliath de Raise et Bain & company, qui récompense un partenariat commercial entre un grand groupe – ici Carrefour – et une startup) ou écologiques (Clean Tech Open France). Concentrée à ses débuts sur le gaspillage alimentaire, la startup se diversifie aujourd’hui vers une réduction globale des déchets. Phenix et sa plateforme numé- rique gèrent aujourd’hui les déchets non alimentaires et tous types d’excédents ou d’invendus des industriels et commerçants, mais aussi ceux des évènements. VERS UNE CONQUÊTE DU GRAND PUBLIC BtoB à ses débuts, l’entreprise se lance depuis peu à la conquête du grand public avec une application mo- bile. À l’unité – prochainement sur abonnement – les consommateurs peuvent acheter à un commerçant de leur quartier et à petit prix un panier qui change quo- tidiennement selon les invendus. S’y agrège désormais l’application Graapz spécialisée en fruits et légumes invendus. Créée en 2017, incubée au sein du Phenix Lab – incubateur interne –, elle est le premier rachat de Phenix. NOMBRE DE SALARIÉS 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2 20 48 70 100 120 CHIFFRE D'AFFAIRES 2014 2015 2016 2017 2018 0 M€ 0,6 M€ 1,3 M€ 4,6 M€ 9,6 M€ PHENIX EST LABELLISÉE ESUS Pour obtenir l'agrément entreprise solidaire d'utilité sociale (ESUS) : • poursuivre au-delà de son activité économique une mission d’utilité sociale et d’intérêt général (soutien à des publics vulnérables, cohésion territoriale ou développement durable), cet objectif devant figurer dans les statuts de l'entreprise ; • adopter une gouvernance démocratique prévoyant la participation des salariés voire des parties prenantes ; • opter pour une lucrativité limitée (encadrée) permettant de renforcer la structure et donc son utilité ; • limiter statutairement l’écart entre les salaires dans l’entreprise dans un ratio de 1 à 7.
  • 17. La réponse en écoutant CHANGER LA NORME, le podcast de Carenews qui donne la parole aux acteurs de l'engagement. Les entrepreneurs sociaux se défendent d'être des bisounours, les héritiers de Gandhi ou de doux rêveurs. Chez Carenews, nous en sommes convaincus. Et nous savons aussi que pour chan- ger la norme, il faut se parler normalement et aborder sans langue de bois les vrais sujets : busi- ness model, rapports avec les pouvoirs publics, relations humaines, commercialisation, cadre juridique, financements... Écoutez sur soundcloud, itunes, spotify, deezer etc. et partagez ! FRÉDÉRIC BARDEAU simplon.co (insertion professionnelle par l'apprentissage du code informatique) JEAN MOREAU Phenix (réduction et redistribution des invendus et des déchets) THIBAULT DE SAINT BLANCARD Alenvi (service d'auxiliaires de vie) SOPHIE VANNIER La Ruche (incubateur et accompagnement de programmes d'innovation sociale) VULFRAN DE RICHOUFFTZ Panafrica (baskets éthiques) DONIA SOUAD AMAMRA Meet my mama (insertion des femmes par l'activité traiteur) LES ENTREPRENEURS SOCIAUX SONT-ILS COMME LES AUTRES ? PODCAST CHANGER LA NORME PHENIX EN CHIFFRES UN TIERS DE LA PRODUCTION MONDIALE ALIMENTAIRE EST JETÉ SANS ÊTRE CONSOMMÉ, ESTIMAIT EN 2012 UNE ÉTUDE DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES. PHENIX EST LABELLISÉE B CORP La communauté B Corp – née il y a une douzaine d’année aux États-Unis – réunit des entreprises qui (ré)affirment leur mission sociétale au cœur de leur raison d’être. Ce sont des entreprises à but lucratif qui démontrent un impact positif dans le cadre d’une évaluation stricte. TONNESDEPRODUITS SAUVÉS QUOTIDIENNEMENT DU GASPILLAGE MILLIONSDEREPASREDISTRIBUÉS DEPUIS 2014 AUPRÈS DE 1 000 PARTENAIRES ASSOCIATIFS MILLIONSD'EUROS DE LEVÉE DE FONDS EN 2018 ENTREPRISES CLIENTES 50 50 15 + DE 1000
  • 18. 18 PRINTEMPS 2019 Ce n'est pas tout d'obtenir un nouveau logement. Il faut s'habituer à un nouvel environnement, recréer du lien social... C'est l'une des missions de la Fondation Habitat et Humanisme. Sophie y est bénévole depuis 2011. Cette mère de famille fait découvrir le quartier, échange avec les bénéficiaires, donne des conseils pratiques... Unaccompagnementetuneaidedéterminantspourlesfamillesendifficulté.Rencontre. Comment vous êtes-vous engagée avec Habitat et Humanisme ? J'étais responsable ressources humaines pour des PME. Mais à la naissance de mon deuxième fils, j’ai arrêté de travailler pour élever mes enfants. J’ai commencé par être bénévole au sein de l’associa- tion des parents d’élèves. En 2011, une amie bénévole chez Habitat et Humanisme me propose de la re- joindre. J’avais du temps à donner et autant le donner à ceux qui en ont besoin ! En quoi consiste votre engagement ? Le principe est l’engagement de proximité pour accompagner au plus près les personnes logées afin de favoriser le lien social et l’auto- nomie. Quand une famille accom- pagnée par la fondation emmé- nage pour la première fois dans un quartier, cela commence par une présentation de ce nouvel envi- ronnement. Il s’agit de lui donner quelques repères. Puis, en binôme avec un travailleur social de la fon- dation, nous visitons régulièrement les familles, trois fois par semaine, si elles le souhaitent. Les besoins varient selon les familles qui restent généralement deux ans dans le logement fourni. Certaines vont avoir besoin d’aide pour l’inscrip- tion des enfants à l’école ; d'autres préfèrent avoir de l’aide pour leurs démarches administratives. J’ai parfois moi-même des difficultés à m’y retrouver. Quelles sont les qualités requises pour devenir bénévole ? Au-delà d’avoir un peu de temps à consacrer, car cela ne sert à rien de courir, je pense que l'écoute et la bienveillance sont des qualités primordiales. Comme une partie de ma mission consiste à rendre visite aux familles, la politesse est bien sûr très importante. J’ai pu remarquer que ce sont les familles monoparentales qui nous solli- citent davantage. Généralement, les liens se créent plus facilement avec elles. Chez certaines familles, nous étions même invités à déjeu- ner. Je me souviens de l’une des premières familles que j’accompa- gnais. Ils avaient des difficultés à parler français. Quand la maman a su qu’ils allaient être relogés, elle m’a dit : « On sera toujours copines toutes les deux, n’est-ce pas  ?  » Même si avec le temps les liens se délient, cela reste des rencontres marquantes. Qu’est-ce qui vous paraît difficile dans cette mission ? Je n’ai pas rencontré de difficul- tés particulières, mais c’est dom- mage quand des familles refusent l’accompagnement, car aucun lien ne se crée. Cependant, cela reste rare, ce souhait d’accompagne- ment fait partie des critères pour qu’une famille soit suivie par la fon- dation. À l'inverse, je me rappelle d’une famille qui nous sollicitait par téléphone plusieurs fois par jour... Il faut mettre une barrière à un mo- ment. VICTORINEALISSE PORTRAIT D’UN ENGAGEMENT SYLVIE BERTHEZ, BÉNÉVOLE AU SEIN DE LA FONDATION HABITAT ET HUMANISME «  LEPRINCIPEEST L’ENGAGEMENT DEPROXIMITÉPOUR ACCOMPAGNERAUPLUSPRÈS LESPERSONNESLOGÉES. »
  • 19. 19PRINTEMPS 2019 Créditphoto:GraphicObsession Mobilise des citoyen·nes pour te donner un coup de main ! Diffuz, c’est la plateforme des défis solidaires : Inscris ton association gratuitement sur la plateforme. Transforme tes actions en défis solidaires sur le terrain ou en ligne. Partage-les pour sensibiliser à ta cause. Inscrivez-vous sur Diffuz.comDiffuz, proposée  par Suivez-nous sur Diffuz est une plateforme citoyenne et solidaire, créée et mise à la disposition de tous par la MACIF – MUTUELLE ASSURANCE DES COMMERÇANTS ET INDUSTRIELS DE FRANCE ET DES CADRES ET DES SALARIES DE L’INDUSTRIE ET DU COMMERCE. Société d’assurance mutuelle à cotisations variables. Entreprise régie par le Code des Assurances. Siège social : 2 et 4 rue de Pied de Fond - 79000 Niort.
  • 20. 20 PRINTEMPS 2019 ILS ONT DIT   Les grands groupes alimentaires, au lieu de motiver leurs collaborateurs à prendre un maximum de parts de marché, devraient avoir l’objectif de donner l’accès à une nourriture saine et de qualité à un maximum de personnes. Il faut pouvoir trouver un modèle économique qui le permette. » LUCIE BASCH, TOO GOOD TO GO CARENEWS.COM, 20 SEPTEMBRE 2018 Même dans l’économie sociale et solidaire, l’accès à des postes à responsabilité demeure difficile pour les femmes et il gagnerait à progresser. Finalement, l’ESS a les mêmes travers que les secteurs classiques, ce qu’on pourrait lui reprocher plus fortement, puisqu’elle est censée, justement, être sociale et solidaire. »  ANNE-CÉCILE MAILFERT, FONDATION DES FEMMES CARENEWS.COM, 8 MARS 2019 L’ESS, si elle reste une économie intéressante mais marginale, ne changera pas le système ni l’économie. Or, il faut changer l’économie, que l’ESS s’infiltre comme un virus. L’ESS ne doit pas être un pansement qui répare un capitalisme débridé, mais le laboratoire de ce que doit être le capitalisme de demain. Il faut utiliser les outils qui font la force économique traditionnelle avec plus d’éthique. » MATTHIEU DARDAILLON, TICKET FOR CHANGE CARENEWS.COM, 23 AOÛT 2018 LE SAVIEZ-VOUS ? L’évolution des associations en France AGENDA DES ÉVÈNEMENTS À NE PAS MANQUER ! AVRIL MAI JUIN 2 JOURNÉE MONDIALE DE L’AUTISME 7 JOURNÉE MONDIALE DE LA SANTÉ 9-10 SALON PRODURABLE, RENDEZ-VOUS EUROPÉEN DES ACTEURS ET DES SOLUTIONS DE L’ÉCONOMIE DURABLE (PALAIS DES CONGRÈS, PARIS) 12 JOURNÉE INTERNATIONALE DES ENFANTS DES RUES 22 JOURNÉE MONDIALE DE LA TERRE 3 JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE 11 JOURNÉE MONDIALE DES ESPÈCES MENACÉES 16 COURSE VERTIGO À LA DÉFENSE AU PROFIT DE PLAY INTERNATIONAL 17 JOURNÉE DE LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE 29 LANCEMENT DE LA SEMAINE EUROPÉENNE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE 2 JOURNÉE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT 14 JOURNÉE MONDIALE DU DON DU SANG 16 COURSE DES HÉROS (BORDEAUX, LYON) 20 JOURNÉE MONDIALE DES RÉFUGIÉS 21-23 FESTIVAL SOLIDAYS (PARIS LONGCHAMP) 23 COURSE DES HÉROS (PARIS) 25-27 SÉMINAIRE FRANCOPHONE DE LA COLLECTE DE FONDS ORGANISÉ PAR L’AFF (ÎLE-DE-FRANCE) PLUS D’INFOS SUR CARENEWS.COM Source : Vivian Tchernonog et Lionel Prouteau. Le paysage associatif français : mesures et évolutions. 3e éd. Dalloz Juris Associations, 2019. LES PETITES ASSOCIATIONS SPORTIVES, CULTURELLES ET DE LOISIRS DOMINENT LE PAYSAGE ASSOCIATIF C’ESTLACROISSANCEMOYENNE DU NOMBRE D’ASSOCIATIONS EN FRANCE CHAQUE ANNÉE DESASSOCIATIONSDISPOSENT DE RESSOURCES ANNUELLES ALLANT DE 1 000 À 10 000 € EN 10 ANS À L’INVERSE 1,3 % DES ASSOCIATIONS CONCENTRENT 71,2 % DES BUDGETS SUPÉRIEURS À 500 000 €. 49 % 68,6 % -9,8 %2,4 % +3,9 % C’EST LA MOYENNE ANNUELLE D’ÉVOLUTION DES DONS, DU MÉCÉNAT ET DU SOUTIEN DES FONDATIONS ENTRE 2011 ET 2017 LES SUBVENTIONS PUBLIQUES ONT ACCUSÉ UNE FORTE BAISSE ENTRE 2011 ET 2017
  • 21. AVIS D'EXPERT 21PRINTEMPS 2019 AVIS D’EXPERT Urgence climatique et urgence sociale : ces deux impératifs qui ont pu paraître parfois contradictoires n’ont jamais été aussi pré- sents dans le débat public. Pour répondre à ce double défi, l’engagement des acteurs politiques, des citoyens et des acteurs éco- nomiques est nécessaire, attendu même. Les entreprises en sont conscientes  : se- lon le sondage Mouves / Aesio réalisé en décembre 2018 par Harris Interactive, plus de 9 dirigeants sur 10 estiment que leur entreprise a un rôle important à jouer dans la transition écologique et sociale. Les Fran- çais souhaitent d’ailleurs des entreprises engagées, en priorité sur les conditions et le bien-être au travail (48 %), la rémunéra- tion et le partage de la valeur créée (36 %) et l’environnement (35 %)1 . La performance de demain, la capacité à attirer les jeunes talents, à renouer avec la confiance des consommateurs, à investir de nouveaux marchés dépendra de cela. Les entreprises qui ont déjà intégré ces évolutions explosent : les ventes du com- merce équitable ont augmenté de 42  % en 2017, Veja (chaussures éthiques) est la marque la plus plébiscitée sur Instagram en 2018, C’est qui le patron ? a dépassé en mars 2018 les 100 millions de litres de lait vendus, Phenix (spécialiste du gaspillage alimen- taire) vient de lever 15 millions d’euros... Transparence des modes d’organisation, de fabrication, de redistribution des bénéfices, mais aussi sur la qualité environnementale des produits, sur le traitement des fournis- seurs ou sur la part donnée à l’emploi inclu- sif : elles ont pris des engagements concrets qui font leur succès. Dans ce domaine, la France a un temps d’avance, avec des entreprises pionnières depuis des années. Notre pays dispose d’un secteur de l’économie sociale et solidaire fort d’écosystèmes d’accompagnement et d’investissement à impact social et environ- nemental inédits en Europe. Tout est en place pour aller plus loin et accompagner l'ensemble des entreprises à se transformer. Et pour garder ce temps d’avance, chacun a sa part de responsa- bilité  : les entreprises françaises doivent s’engager réellement, les pouvoirs publics doivent les encourager et les entreprises sociales doivent partager les principes d'action éprouvés. Mais la France, pionnière dans la révolution numérique, se retrouvait en 2017 en 24e position des pays du monde ayant tiré profit des possibilités du digital. Parler d’impact social et environnemental ne suffira pas : il faut agir, ensemble, avan- çons ! GREENSOCIAL IS THE NEW DIGITAL LES ENTREPRISES FRANÇAISES PEUVENT-ELLES SE PERMETTRE DE RATER CE NOUVEAU VIRAGE ? PAR CAROLINE NEYRON DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DU MOUVES (MOUVEMENT DES ENTREPRENEURS SOCIAUX) 1 Sondage Harris Interactive-Epoka Février 2019 LE LIVRE BLANC DE L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE, rédigé par 19 personnalités du secteur élues par des internautes. Des propositions concrètes, faciles à mettre en œuvre, et qui contribuent à un demain responsable, respectueux et durable. SO RTIE EN JU IN Pour recevoir ce livre, envoyer un email à info@carenews.com en mettant en objet : #ESSRULES
  • 22. 22 PRINTEMPS 2019 CARENEWSJOURNALN°12,ÉDITÉPARUNIVERCAST,SARLAUCAPITALDE88000EUROS,RCSVERSAILLESB788999977 7BIS,RUEDELORRAINE,78100SAINT-GERMAIN-EN-LAYE-TÉL :0972420043 Directeur de la publication : Guillaume BRAULT guillaume.brault@carenews.com Directrice de la rédaction : Flavie DEPREZ flavie.deprez@carenews.com Assistante éditoriale : Delphine HOUEL Direction artistique : Julie MARIE Impression : Imprimerie Léonce Deprez © Carenews Journal, 2019 Dépôt légal : MARS 2019 ISSN 2490-7715 Parution : PRINTEMPS 2019 CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES Pierre Faure, Sébastien Godefroy, Ici Barbès, Christophe Pouget, Ktyellow, iStock, et images libres de droit, (DR.) droits réservés. CARENEWS CARENEWSCOM REJOIGNEZ LA COMMUNAUTÉ À LA DÉCOUVERTE D’INITIATIVES ORIGINALES OÙ TROUVER CARENEWS JOURNAL ? FRANCIADE En Seine-Saint-Denis, département d’Île-de-France recensant le plus grand nombre de logements insalubres, l’association Franciade réhabilite 500 logements dans le cadre du programme «  Habiter, être habité » de la ville de Stains. Franciade mobilise artisans et habitants lors de chantiers solidaires, réalisés en collaboration avec des associations locales, pour améliorer l’espace domestique. La Fondation de France fait partie des partenaires financiers de l’opération, avec Seine-Saint-Denis Habitat, premier bailleur social du département et Immobilière 3F. ENERTERRE Créée en 2013 dans le Parc Naturel Régional des Marais du Cotentin et du Bessin (Manche), l’association Enerterre s’adresse aux habitants en situation de précarité et occupant des logements dégradés. Leurs mai- sons sont rénovées lors de chantiers participatifs d’isolation qui réhabi- litent des techniques traditionnelles. Encadrés par des professionnels, les bénéficiaires apprennent à utiliser des matériaux naturels et locaux au coût minime (terre crue, chaux, fibres végétales). Le patrimoine bâti de la région est ainsi préservé, les habitants retrouvent des logements sains et maîtrisent leurs dépenses énergétiques. Enerterre est lauréate natio- nale 2014 de la Fondation de France. L’association bénéficie du soutien de l’ADEME et de la Fondation I Loge You. À LA DÉCOUVERTE DES INITIATIVES POUR LUTTER CONTRE LE MAL-LOGEMENT EN FRANCE Pour apporter aux habitants des conditions de vie décentes, les associations mettent en œuvre des solutions concrètes innovantes. Elles impliquent dans ce travail de réhabilitation et d’insertion les collectivités, les partenaires privés et les bénéficiaires eux-mêmes. PLUS D’INFOS SUR CARENEWS.COM Dans toutes les jardineries Truffaut Dans les évènements du secteur du mécénat et de la philanthropie Dans votre boîte aux lettres, pour les abonnés 22 LILLE RENNES SAINT-NAZAIRE NANTES BORDEAUX LYON GRENOBLE AIX EN PROVENCE MARSEILLE PAU TOULOUSE TOURS POITIERS LIMOGES ORLÉANS SCEAUX PARIS
  • 24. Suivez le média des acteurs de l’engagement pour tout savoir sur l’ESS, la responsabilité sociétale et le mécénat. CARENEWSCARENEWS.COM CARENEWSCOM Nepasjetersurlavoiepublique.ImprimeriecertifiéeISO14001,PEFC,FSCetlabéliséeImprim'Vert. SUIVEZ + DE 1 000 ACTEURS DE L’ENGAGEMENT ACCÉDEZ À 12 000 CONTENUS