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4- Le monde médiéval et la ferveur
monothéiste
CHAPITRE I
Vers une évolution culturelle
- L’art byzantin
- L’évolution de la culture en terre d’Islam
- Les premiers stylos européens
45
les théâtres en hémicycle et les amphithéâtres elliptiques où se déroulent
les combats des gladiateurs. L’art et le sport exprimaient pour les Grecs les
grandes valeurs du citoyen ; à Rome et dans ses colonies, ils entraient dans
l’idéologie impériale, se bornant au culte de l’empereur et au divertissement
de son public assoiffé de sang.
4- Le monde médiéval et la ferveur monothéiste
Après la chute de l’empire romain déchiqueté par les Barbares, Byzance
prend la relève de cet impérialisme, tout en devenant la protectrice du
christianisme en Orient, comme en Occident. Il est vrai que le monothéisme,
cette grande épuration de la religion qui va se préciser progressivement, est
né dans le monde antique, avec le judaïsme, mais il sera toujours marginalisé
et étouffé par les grandes civilisations. Pour cette raison, on doit dire que
toute l’Antiquité était marquée par le polythéisme et par le culte des dieux
mythiques, un culte qui a influencé toutes les cultures antiques, en Orient,
comme en Occident.
Le monothéisme trouve sa gloire et sa renommée avec l’Empire byzantin,
l’Empire islamique et les royautés de l’Europe occidentale après sa
formation. Tout le Moyen-âge est caractérisé par l’impact du culte du Dieu
omniprésent et unique, par la ferveur religieuse, que ce soit le christianisme
ou l’Islam, que ce soit le culte orthodoxe ou catholique, chiite, ou sunnite.
Seulement ce culte du Dieu unique n’a pu trouver son extension qu’en
devenant une religion d’Etat. Le christianisme est resté souterrain, souffrant
avec ses martyrs, durant quatre siècles, jusqu’à l’arrivée de l’empereur
Constantin qui l’a brandi en tant que religion officielle. Mais en glorifiant
aussi le souverain, considéré comme protecteur de la religion, envoyé de
dieu et son lieutenant, prince des croyantes. Les cultures nées dans le monde
médiéval sont ansi centrées sur la religion et le souverain, une vision issue
de l’antiquité orientale, mais plus épurées et évoluées selon les régions.
46
Après les invasions barbares, des guerres se sont prononcées, au nom
de Dieu, mobilisant des hommes appartenant à des communautés et à
des régions différentes, des guerres défensives et conquérantes, ce qui a
provoqué dans l’architecture, à côté des églises et des mosquées, à côté
des châteaux et des palais le développement de l’architecture militaire, des
citadelles, des forts et des remparts. Ainsi, l’art de la pierre, mis en évidence
dans l’époque médiévale, issu de l’architecture romaine et renforcé comme
base fondamentale de toute civilisation, sera diversifié selon sa fonction :
architecture religieuse, palatiale, militaire et civile.
A côté de l’architecture, autour de laquelle s’ordonnent plusieurs arts, tels la
sculpture,lapeinture,lamosaïque,levitrail,l’épigraphie,etc.vasedévelopper,
surtout dans l’époque de l’empire islamique, un art propre au livre, engendré
par le livre saint, le Coran ou l’Evangile, un art qui contient ou englobe l’art de
l’écritureoulacalligraphie,aveclesdifférentsstyles,l’enluminureetlaminiature,
un art sacré repris par les moines de l’Europe occidentale, auquel ils ajoutent
l’icône,etorientéselonlesreligionsetlescultes.
L’art byzantin
Cependant, à la charnière de l’Europe et de l’Asie, l’Empire byzantin s’est
voulu être une continuité de l’empire romain, ayant à sa tête, comme
souverain, un empereur « tout-puissant », dont la légitimité a été confortée
par sa position de « lieutenant de dieu ». Toute la culture et toute la
civilisation sont ainsi centrées sur l’empereur, sur l’église et sur la cour,
durant un millénaire. Mais, au fond, l’art byzantin est plus asiatique
qu’occidental, influencé par la culture de l’Asie-Mineure et du Moyen-Orient.
De la Perse, il a appris à entourer l’empereur et la cour d’un faste prestigieux,
où les arts mineurs prennent le dessus. Le naturalisme romain n’a pas
reçu d’écho, ainsi que l’épuration formelle recherchée par les Grecs ; les
figures byzantines, en mosaïque ou en fresque, ou même en bas-relief, sont
47
devenues hiératiques, figées et statiques, presque toujours représentées
à la frontale, témoignant d’une rigidité sévère, mais couvertes de toute
une préciosité éblouissante et dorée, embrasant les âmes ferventes, une
préciosité que vont apprécier les califes musulmans.
Après la chute de l’Empire romain, miné de l’intérieur, dévoré de l’extérieur,
toute la culture, avec sa philosophie et son art, hérités des Grecs et des
Romains, est entrée sous les décombres. Voulant bâtir un empire puissant
à l’image de Rome, tout en protégeant des flammes païennes une religion
universelle née en Moyen-Orient et à laquelle elle croit fermement, Byzance
s’est orientée vers une orthodoxie rigide, afin d’imposer  sa puissance et sa
ferveur, ne désirant recevoir de Rome et de l’Asie que le culte de la religion
et de l’empereur.
Pour les Byzantins, la culture est synonyme de bien précieux, un bien qui
les distinguait des « barbares », sauvages, et frustes.
Le faste et le prestige, repris de la Perse, rivale de Byzance, étaient les mots
d’ordre d’une civilisation qui défendait sans cesse ses frontières contre les
assaillants, mais constamment rétrécie jusqu’à son siège, puis sa chute.
Byzance a su garder, toutefois, cette couverture de rayonnement doré,
face à ses ennemis, comme avec ses alliés, jusqu’à l’agonie, avec la prise de
Constantinople par les royaumes d’Occident, lors de la quatrième croisade
en 1204. La reprise de la ville prestigieuse mais dévastée, par les Byzantins,
soixante ans plus tard, n’assura pas à l’Empire le retour à sa puissance
ancienne. Elle aura une longue agonie, toujours agrippée à son prestige
; Constantinople tomba deux siècles plus tard, en 1453, sous les assauts
ottomans.
Byzance a voulu ébahir le monde civilisé, non à travers une culture ouverte et
dynamique, comme celle de la Grèce, ni à travers une religion monothéiste
48
tolérante qu’elle a officialisée pourtant et répandue à travers l’Europe, mais
à travers un prestige superficiel qui cache un esprit antique révolu. Tout
en déviant, malicieusement, les invasions barbares vers l’Occident, elle a
voulu prolonger un impérialisme qui a exploité durement le monde, qui a
déchiqueté ses identités multiples et a rendu les hommes de ses colonies
des esclaves ne travaillant que pour l’alimentation de la cité la impériale.
La religion chrétienne, vivant dans les catacombes crucifiée et brulée par
les derniers empereurs malades de Rome, est devenue sa religion officielle,
mais au lieu de la présenter dans sa tolérance, sa rédemption et son grand
amour pour la paix et la non-violence, elle l’a détournée vers l’orthodoxie,
l’austérité et le statisme, la vidant de son spirituel, tout en la rendant une
religion impériale, dévouée au sacre de l’empereur.
La culture Byzantine, comme celle de Rome, dominée par le culte, l’admi-
nistration et le militarisme impériaux, n’a pu se prononcer que dans les arts
qui glorifient l’empereur divin, son culte orthodoxe, sa cour et son armée,
des arts qui éblouissent l’Occident dévasté et ses Barbares devenus rois, des
arts qui éblouissent aussi les nomades barbares venus harceler l’Empire.
Ainsi, s’est tissée une couverture riche de toute la préciosité imaginée ou
empruntée de l’Asie, sur le corps d’un géant dévoré de l’intérieur. Ces arts se
résument, comme on l’a signalé, dans les arts mineurs et la décoration, des
arts vides, comme la culture qui les a engendrés, de toute expression vitale
et de toute autonomie, des arts courbant l’échine, s’appliquant, dans des
techniques précieuses et minutieuses mais superficielles, à sacrer jusqu’à
sa chute, une orthodoxie impériale.
L’évolution de la culture en terre d’Islam
Entretemps, au VII° siècle, un nouvel Empire est fondé, au nom de l’Islam,
s’étendant de l’Atlantique à l’Indus. Jailli en Arabie, un plateau en partie
49
désertique, et précisément à la Mecque, la ville des caravanes, au carrefour
des grandes civilisations, notamment celle de la Perse et celle de Byzance,
l’Islam s’est répandu, avec la ferveur religieuse de ses fidèles, en un message
spirituel révolutionnant la vie des hommes.
Avant l’Islam, les Bédouins, Arabes nomades du désert, menaient une
vie rude, à la recherche de maigres pâturages, pratiquant la razzia ou le
commerce des caravanes. L’Arabie était peuplée de tribus nomades, sans
cesse en rivalité et désunies, mais traversée par les caravanes marchandes,
et chaque année, pendant trois mois de trêve et de foires, les pèlerins
affluaient à la Mecque, le centre religieux, politique et commercial de
toutes ces tribus désunies.
Aucune culture ne peut rayonner dans ces contrées désertes sauf celle de
l’oralité : la poésie et l’éloquence. Le poète était le porte-parole de sa tribu,
exprimant, avec une spontanéité inouïe et une grande éloquence, la vie
rude de sa tribu, avec ses batailles, ses joies et ses malheurs. La désunion
des tribus, la subsistance, la bravoure et la générosité, le culte de l’identité
tribale et du clanisme, la mise en évidence de l’oralité, exprimée dans la
poésie épique, ainsi que les superstitions et le culte des idoles, sont les
caractères de ce peuple de la jahiliya.
Jamais une religion n’a révolutionné le monde, comme l’Islam, localement
puis universellement ; synthèse de toutes les religions connues et
dominantes dans le monde, surtout le judaïsme et le christianisme, l’Islam
est révélé à son prophète élu Mohamed, puis aux fidèles, dans son épuration
et sa simplicité extrêmes, pénétrant profondément l’âme durcie des Arabes
et l’esprit des gens du Livre, ainsi que les sentiments tourmentés des
polythéistes.
Cette nouvelle religion, transmise par le Coran, parole de Dieu (Allah) et
les dits du prophète (hadiths), constituant ainsi la loi islamique à suivre
(charia), ne connait ni sacrement ni clergé régulier ; le croyant, quel que
50
soit son identité ou son niveau social, est seul face à Dieu, sans aucun
intermédiaire ; toute action religieuse ou politique, toute activité artistique
ou quotidienne, sont devancées nécessairement par l’intention. Ainsi la
mauvaise foi, l’hypocrisie et les sentiments pervers, le culte des idoles ou
l’athéisme, sont condamnés par l’Islam. Et c’est cette intention, appliquée
à l’art, qui va pousser les artisans et les maitres-d ‘art à s’orienter vers la
perfection dans toutes les techniques diversifiées de la forme.
L’Islam sera dominant dans la vision de ses fidèles, qu’ils soient Arabes,
perses, Berbères, Indous, Turcs ou Africains Noirs. Il entame l’union de tous
les peuples islamisés en une communauté (Oumma) soudée par plusieurs
facteurs. Outre la religion, noyau sacré de cette communauté, on trouve
la langue arabe qui véhicule le culte et unifie les fidèles, l’histoire qui a
rassemblé plus ou moins ces peuples islamisés, le climat prédésertique et
le même relief, passant de l’Atlantique à l’Indus. C’est ce qui a créé dans l’art
islamique une homogénéité et une originalité spirituelle, élaborées dans
une esthétique conceptuelle, malgré la grande diversification de ses styles,
durant plus de douze siècles.
Comme la religion islamique est une épuration des religions monothéistes,
l’art qui l’exprime et la reflète dans toutes ses formes visuelles, est considéré
comme une symbiose de tous les arts antérieurs. L’art de la forme, inexistant
en Arabie, terre des nomades, n’a pu naître que dans les sociétés urbaines,
que dans les régions connues par leurs grandes civilisations avant d’être
islamisées, comme Damas, Baghdad et Le Caire, cet art ne va pas suivre la
voie ni de l’Empire Byzantin, ni de l’Empire perse, et c’est là où il va trouver
sa force et son épanouissement. Dans chaque province du monde islamique,
les bâtisseurs vont respecter et utiliser les mêmes matériaux locaux, les
mêmes techniques traditionnelles, et même parfois les mêmes formes
issues d’une culture influente, l’important est d’exprimer la conception
51
spirituelle issue de l’Islam, et de faire adapter les formes trouvées dans ces
régions islamisées à la conception nouvelle.
Craignant que les musulmans ne retournent au culte des idoles, les
orthodoxes de l’Islam ont interdit aux artistes de représenter la figuration
naturaliste ; effectivement, la figuration va être écartée des monuments
consacrés à la nouvelle religion, mais les peintres vont l’orienter vers une
stylisation épurée, avec des personnages aux formes sinueuses traitées
avec des couleurs en aplats, le tout mis en une perspective spirituelle. Cette
figuration concerne particulièrement la miniature, un art développé par les
artistes persans, turcs et mongols.
Avec l’art islamique, se fonde la classification des formes artistiques. Tout
cet art trouve son origine dans le Coran et dans la mosquée. Du Coran, vont
être issus les arts du livre, qu’on va nommer plus tard les arts graphiques,
et de la mosquée vont être issus les arts de l’architecture. La calligraphie
arabe, née dans une géométrie sévère, va s’épanouir dans le style Koufi,
tout en trouvant des raffinements dans le style naskhi, un style issu de la
courbe et des sinuosités des formes végétales. Et ainsi, tout l’art islamique
va se former et se diversifier autour de ces deux notions antagoniques :
formes géométriques épanouies au Maghreb et en Andalousie, et formes
végétales épanouies en Orient, à partir de l’Egypte.
Autour de la mosquée, qui trouve son origine dans la maison du Prophète,
avec son plan, sa structure et ses éléments, va s’articuler l’architecture
religieuse, à savoir la médersa, le mausolée, la zaouia ou la Khanaka. A côté
d’elle, se distinguent l’architecture palatiale, propre aux châteaux et aux
palais des souverains, l’architecture militaire qui concerne l’enceinte de la
ville et ses portes, les murailles et les remparts, les citadelles, les forts, les
bordjs et les ribats.
52
Au quatrième rang, se situe l’archicture civile, avec ses différents types
d’édifices conformes à leur fonction. Toute l’architecture islamique est
dominée par le concept du voilé et du clos, hérité de l’Antiquité orientale.
La plupart des édifices, issus du plan de la mosquée, sont clos de l’extérieur,
comme des forteresses, avec une petite porte d’entrée qui s’ouvre sur une
vaste cour aérée, entourée de chambres, de pièces ou des pavillons.
La cour, au milieu de laquelle s’érige une fontaine ou se creuse un puits,
inondée de soleil, permet à cette lumière d’entrer dans les chambres
creusées de fenêtres. De cette façon, on évite les rayons brulants du soleil,
ainsi que les tempêtes de sable et les vents chauds et secs, tout en goûtant
de la fraîcheur ombragée des chambres, sous les portiques de la cour ou
sous les feuillages du jardin planté le long des pavillons. La même raison
pousse les architectes à creuser des ruelles étroites et sinueuses qui s’in-
terpénètrent dans des labyrinthes complexes.
Seulement, il faut préciser que l’art islamique est dominé, aussi, par les
dogmes royaux, durant toute son histoire. Tout le Moyen-Age, d’ailleurs,
est caractérisé par la ferveur religieuse et la soumission totale à la classe
souveraine. L’autonomie de l’art et de la culture, relative à l’époque
grecque, s’est envolée avec le culte de l’empereur ou du calife, toute la
force aristocratique, durant quinze siècles, s’est orientée vers les habiletés
techniques, la perfection dans les divers métiers d’art et l’expression du
pouvoir religieux et politique dans les œuvres.
Ce qui n’empêche pas de voir l’art islamique se diversifier en cinq styles :
1.	 L’art hispano-mauresque au Maghreb, en Andalousie et en Sicile.
2.	 L’art oriental en Egypt. et dans le Scham (Syrie, Palestine)
3.	 L’art abbasside en Irak et en Iran
53
4.	 L’art mongol en Afghanistan et en Inde
5.	 L’art ottoman
L’art hispano-mauresque, basé sur le raffinement et la sensibilité, est issu
de la symbiose des cultures  juive, chrétienne et est assurée par le génie des
philosophes, des savants, des artistes et des artisans établis à Cordoue, à
Séville, à Grenade, à Fès et à Marrakech. Après la chute des Almohades, en
1269, qui ont unifié pour la première fois tout le Maghreb et l’Andalousie,
cette culture déclinera lentement, sauf dans quelques sursauts accomplis par
d’autresdynasties,sansjamaisretrouverlesraffinementsd’unartquiagonise.
Le même déclin a frappé toutes les composantes de l’Empire islamique
éclaté, qui ont subi des assauts violents, avec les croisades, la Reconquête
catholique en Espagne, et surtout l’invasion mongole surgie, avec sa tempête
et son épouvante, du fond de l’Asie.
Pendant que le style abbasside se décompose, trois grands styles se sont
affirmés dans les contrées islamiques, après la dislocation de l’Empire. Avec
les Ayyoubides et les Mamelouks, fleurit le style oriental, déjà formé à Damas
et au Caire ; le style mongol, avec l’islamisation de Tamerlan, s’articule de
Boukhara à l’Inde et à la chine, influencé par les cultures extrême-orientales
; le style ottoman domine la dernière phase de la civilisation islamique, plus
que quatre siècles, de la prise de Constantinople en 1453 jusqu’au 1918.
La civilisation islamique s’est accrochée à la vie et à l’expansion de l’Islam,
jusqu’à ce que ses composantes ont atteint leur vieillissement, une
civilisation cachée dans son isolement, en Occident comme en Orient,
défendue par ses armées, par certains de ses souverains et de ses savants.
Sa culture, avec le temps, est devenue stérile, statique et figée, comme
ses élites.
Elle n’est restée reliée avec le monde civilisé qu’à travers le commerce qui
dépérit, lui aussi, étouffé par la corruption et les incursions étrangères.
54
Avec la prise de Constantinople par les Ottomans, s’achève le Moyen-Age,
surtout pour les Européens, un monde enfiévré par la religion, dominé par
le despotisme des souverains et des seigneurs. L’esprit médiéval islamique
continue sa voie titubante, sans connaitre la révolution culturelle qui
s’embrase en Occident, et à laquelle il a légué son savoir et sa culture. Seule
le mauvais côté de cette culture renaissante, illustrée par l’impérialisme
moderne, va toucher le monde islamique, pour le terrasser, à travers les
pénétrations continuelles, lui et les autres civilisations de la terre.
Maiscommentsesontforméescettepuissanceetcettecultureeuropéennes?
Les premiers styles européens :
La rencontre de la civilisation gréco-romaine et de l’Orient a abouti, dès le
IV° siècle, à la réalisation d’une communauté de valeurs et d’une esthétique
symbolique ouvertes sur le sacré.
L’art Byzantin, se situant au carrefour des influences multiples, est suivi
par l’art roman à partir du X° siècle, puis par l’art gothique au XII° siècle.
Cette longue période médiévale, allant du IV° au XIV° siècle, va préparer
l’éclosion de la Renaissance, et avec elle, la formation de l’esprit moderne
en Europe occidentale.
Cette longue période, du moins du IV° au X° siècle, est tourmentée mais
rudement façonnée par les Barbares qui ont envahi l’Occident romain,
formant ainsi la carte et l’esprit de l’Europe.
L’Europe du haut Moyen-Age apparait, alors, comme un creuset où se
sont amalgamés les dernières manifestations de l’art gréco-romain, l’art
byzantin, l’art perse, l’art des Syriaques, des Coptes et des Musulmans, sans
oublier cet art nomade venu avec les Barbares. Au X° siècle, se dégagent
les caractères d’un art neuf.
La ferveur religieuse aidant, ainsi que les dotations des chrétiens fidèles,
on agrandit ou on rebâtit les églises. Fondée en 909, l’Abbaye bénédictine
55
de Cluny va jouer un rôle important dans toute l’Europe occidentale. Grâce
à la rapide extension de l’ordre de Cluny, l’art roman, qui est apparu tout
d’abord dans le centre de la France, s’impose dans toute l’Europe, et même
dans le Moyen-Orient.  
L’art roman est lié étroitement au christianisme médiéval dont il exprime,
avec naïveté et sincérité, les terreurs, les espoirs et la foi profonde. La
peinture, la sculpture et les arts mineurs trouvent dans ce premier art
européen la plénitude des formes, la souplesse des lignes et l’abondance de
la décoration dont sont chargées les églises aux colonnes massives, bâties
comme des forteresses.
Comme dans l’Antiquité, avec son polythéisme et ses temples sacrés, comme
aussi, avec l’art byzantin et l’art islamique, où la Maison de Dieu prédomine
sur toutes les autres formes artistiques, l’église romane est placée comme
centre autour duquel convergent tous les arts. L’art roman s’est formé en
même temps que la féodalité, dans une époque où l’Occident était très
morcelé et tourmenté par les guerres.
Outre sa diversification à travers les régions, l’église est le symbole de la
communauté des fidèles chrétiens, leur refuge contre les troubles. Tous
les éléments qui composent cette église doivent attirer, même de loin, les
fidèles, et en même temps, les défendre contre les païens et les brigands.
Après la destruction de nombreux monuments, souvent en bois, au cours
des invasions du haut Moyen-Age, on en a profité pour les reconstruire
plus spacieux et plus solides. « C’était, écrit le moine Glaber, dans toute la
chrétienté un concours à qui posséderait les plus riches et les plus belles
églises. La terre faisait peau neuve. On eut dit que le monde dépouillait ses
haillons pour vêtir une robe blanche d’églises ».
56
Pour les premières églises, on adopte le plan rectangulaire de basiliques
romaines, puis de manière à faciliter le culte, on a coupé le rectangle par un
autre plus petit de manière à obtenir un édifice ayant le plan cruciforme.
La nef et les bas-côtés, le transept avec ses deux bras, l’abside ou chevet
qui renferme le chœur, en sont les parties principales. Comme les reliques
des saints étaient placées généralement dans les absides ou sous le chœur,
on ménage autour du chœur une galerie de circulation, le déambulatoire,
pour permettre à la foule des pèlerins de s’écouler.
Au lieu de la charpente en bois des anciennes églises, on essaya, pour réduire
les risques d’incendie, de trouver une couverture de pierre solide mais pas
trop lourde. Deux solutions étaient envisageables : la coupole, employée par
les Byzantins et les Musulmans, et la voûte en berceau ou en plein cintre,
employée par les Romains et les Orientaux. La voûte convenait à des édifices
ronds et octogonaux et pas trop vastes. On tenta la première expérience,
en juxtaposant plusieurs coupoles dans quelques églises (Saint-Front de
périgueux, Saint-Pierre d’Angoulême), sans beaucoup de succès.
On s’orienta, alors, vers la deuxième solution, la voûte semi-circulaire, qui
resta la forme typique de l’art roman.
Dans la plupart des cas, les voûtes sont renforcées à intervalles réguliers par
des arcs de pierre taillée, les arcs doubleaux. En faisant se croiser à angle
droit deux voutes en berceau, on obtient une voûte d’arêtes, procédé qui
permet de répartir la poussée sur les piliers des angles. On s’en est servi
surtout pour couvrir les bas-côtés.
Les plus anciens édifices romans sont austères avec leurs façades massives
ornées de motifs géométriques très simples : cela donne une idée sur la
naissance d’un art neuf. A partir du milieu du XI° siècle, le décor sculpté se
développe, tout en restant subordonné à l’architecture. Aux tympans des
portails, on représente souvent le Jugement dernier. Sur les chapiteaux
sont figurées des scènes de l’Ancien et du Nouveau testament. La sculpture
57
romane fait une large place aux motifs décoratifs inspirés par des influences
orientales ou par des traditions locales.
L’intérieur des églises romanes est peint de couleurs vives, y compris les
statues et les chapiteaux. Les voûtes et les murs sont couverts de fresques,
décrivant la vie et les miracles des saints, ou des épisodes de l’Evangile. Dans
cette décoration, d’autres formes d’art y trouvent leur place : les portes de
bronze, les reliquaires d’or et d’émail, ainsi que les vitraux contribuent à
la splendeur des édifices. Ainsi, pour le peuple des fidèles analphabètes,
l’église romane comble cette lacune, en devenant une « Bible de pierre »,
dont le décor luxueux, mais naïf, les impressionne et les instruit.
En peinture, l’artiste étire les figures ou les rend trapues. Il travaille en
général, pour la fresque, à la détrempe sur un mur ou sur un panneau de
bois enduit d’une préparation de plâtre et de colle. L’influence byzantine
l’a fait écarter de la perspective et du trompe- l’œil oubliés avec les
troubles barbares ; il suggère le paysage par des bandes horizontales.Les
personnages, aux traits figés, aux yeux globuleux, aux vêtements à plis
raides, sont animés d’une gesticulation presque parodique. Ce qui dénote de
la formation d’un art encore dominé par les influences des arts antérieurs,
ainsi que par les arts barbares, rudes et naïfs.
Du XII° à la fin du XV° siècle, s’étend l’art gothique, prenant la succession de
l’art roman. Issu du bouleversement spirituel qui marque le monde chrétien
à partir du X° siècle, le gothique se réfère à la philosophie scolastique, tout
en restant attaché au mysticisme médiéval.
Tandis que l’époque romane assiste au pouvoir des seigneurs, celle
du gothique voit la naissance des bourgeois qui vont s’affirmer avec le
commerce. La construction romane est caractérisée par la solidité de sa
structure, par la voûte en plein cintre et la massivité de ses colonnes trapues,
ayant le même souci de la défense que les châteaux-forts qui parsèment
58
l’Europe. La conception gothique révolutionne l’architecture, en allégeant
les murs, et en rendant la voûte moins pesante. Au XII° siècle, on inventa la
voûte sur croisée d’ogives qui substitue l’arc brisé à l’arc en plein cintre. La
décoration évolue aussi ; la statuaire, encore hiératique, envahit toutes les
portes extérieures de l’église, dont les voûtes s’élèvent très haut, dans un
verticalisme impressionnant, comme en France et en Allemagne. Le vitrail
remplace l’ancienne peinture murale romane.
Le gothique en France se caractérise par la souplesse des mouvements,
surtout dans le déhanchement des Vierges, l’élégance des attitudes dans
l’allongement des silhouettes et l’affinement des traits, et le charme de
la grâce, ainsi que par un langage qui s’affadit progressivement jusqu’à
tomber dans la mièvreté. Dans le reste de l’Europe, sauf en Italie que l’esprit
gothique n’a pas touchée, la peinture se caractérise par une profusion
décorative et la somptuosité de ses coloris. La fresque recule, toutefois,
pour laisser la place à l’enluminure, qui, luxueuse et raffinée, s’attache à
des thèmes divers, religieux, guerriers ou amoureux. La miniature, avec sa
ligne pure et son coloris franc, influencera l’évolution de la peinture de la
Renaissance.
Tandis que le style roman est statique, que se soit dans sa forme ou sa
structure, le style gothique est défini par sa mouvance, dans l’élancement
de ses formes, sa fiévreuse spiritualité, et même dans la finesse de ses
colonnes étirées et les dentelles fouillées de sa décoration. On donne le nom
de «gothique international » à cet art qui réunit toute la production picturale
de l’Occident du XIV° au XV° siècle. Ses caractères sont l’allongement
des figures et des formes, le verticalisme de la composition et l’élégance
mondaine du traitement.
59
Le gothique flamboyant, qui règne en France durant tout le XV° siècle,
correspondant à un certain baroquisme du gothique, traduit, néanmoins,
l’inquiétude du Moyen-Age finissant.
L’Allemagne et l’Espagne seront plus sensibles à un gothique fort expressif.
L’esprit germanique, imprégné par une nature sauvage et hostile, et par une
atmosphère brumeuse et mystérieuse, engendrera, dans sa Renaissance,
des œuvres très expressives, comme celles de Dürer et de Grünewald, puis
sera fort mouvant, avec le romantisme du XIX° siècle.
L’âme espagnole, par contre, héritant le raffinement et la décoration
minutieuse de l’Andalousie musulmane, et imprégnée profondément par
la Contre-Réforme catholique, engendrera un baroque très sensible, mais
plein de surcharge décorative, suivi plus tard par un romantisme dramatique
et violent, surtout dans les œuvres de Goya.
Cependant, comme on l’a dit plus haut, tout le Moyen-Age est imprégné
de la ferveur religieuse, laissant derrière lui une Antiquité fort diversifiée
dans ses religionx, ses mythes, ses conceptions et ses visions. Comme cette
Antiquité est arrivée à son apogée avec la vision grecque, après des débuts
tâtonnants et une élaboration des techniques et des conceptions de plus en
plus maîtrisées, le Moyen-Age atteint son apogée, avec la vision islamique,
après une naissance à Byzance, tourmentée par les invasions et les guerres,
mais attachée encore à la conception gréco-romaine.
Mais, dès le XIII° siècle, alors que cet apogée universel décline, une autre
civilisation commence à voir le jour, née dans une Europe formée au X°
siècle. Cette civilisation, après tout un millénaire ténébreux, commence à
percevoir dans la religion chrétienne une force inébranlable, qui a pu réunir
tous les fidèles chrétiens, constituant ainsi un lien symbolique entre les
peuples d’Occident, une force qui peut les guider aussi vers les croisades.
60
Au Moyen-Age, la religion est la source principale de la culture et de la
civilisation, une source qui lie ces deux composantes de l’esprit. En Europe
occidentale, tous les arts tournent autour du christianisme, autour de
l’église, dont l’art roman et l’art gothique sont les grandes transformations,
seulement, tandis que l’art roman se prononce sous les influences multiples
des arts antérieurs et de l’art barbare, l’art gothique s’articule comme opposé
au premier, en révolutionnant la conception, par son élévation spirituelle
et ses dentelles de pierre qui expriment la joie et l’extase religieuse. Mais
son apogée n’est pas atteint ; l’analyse que les bâtisseurs et les artistes
commencent à percevoir, se trouble déjà par la surcharge décorative.
Dans cette flamboyance du gothique, certains historiens voient l’inquiétude,
ce qui est vrai, non seulement d’un gothique finissant, mais de toute la
vision médiévale qui s’éteint, submergée par les feux qui vont embraser
toute l’Europe. La culture de l’Europe, formée au Moyen-Age, verra son
apogée dans la Renaissance.

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  • 1. Modifiez le style du titre 1 “ 4- Le monde médiéval et la ferveur monothéiste CHAPITRE I Vers une évolution culturelle - L’art byzantin - L’évolution de la culture en terre d’Islam - Les premiers stylos européens
  • 2. 45 les théâtres en hémicycle et les amphithéâtres elliptiques où se déroulent les combats des gladiateurs. L’art et le sport exprimaient pour les Grecs les grandes valeurs du citoyen ; à Rome et dans ses colonies, ils entraient dans l’idéologie impériale, se bornant au culte de l’empereur et au divertissement de son public assoiffé de sang. 4- Le monde médiéval et la ferveur monothéiste Après la chute de l’empire romain déchiqueté par les Barbares, Byzance prend la relève de cet impérialisme, tout en devenant la protectrice du christianisme en Orient, comme en Occident. Il est vrai que le monothéisme, cette grande épuration de la religion qui va se préciser progressivement, est né dans le monde antique, avec le judaïsme, mais il sera toujours marginalisé et étouffé par les grandes civilisations. Pour cette raison, on doit dire que toute l’Antiquité était marquée par le polythéisme et par le culte des dieux mythiques, un culte qui a influencé toutes les cultures antiques, en Orient, comme en Occident. Le monothéisme trouve sa gloire et sa renommée avec l’Empire byzantin, l’Empire islamique et les royautés de l’Europe occidentale après sa formation. Tout le Moyen-âge est caractérisé par l’impact du culte du Dieu omniprésent et unique, par la ferveur religieuse, que ce soit le christianisme ou l’Islam, que ce soit le culte orthodoxe ou catholique, chiite, ou sunnite. Seulement ce culte du Dieu unique n’a pu trouver son extension qu’en devenant une religion d’Etat. Le christianisme est resté souterrain, souffrant avec ses martyrs, durant quatre siècles, jusqu’à l’arrivée de l’empereur Constantin qui l’a brandi en tant que religion officielle. Mais en glorifiant aussi le souverain, considéré comme protecteur de la religion, envoyé de dieu et son lieutenant, prince des croyantes. Les cultures nées dans le monde médiéval sont ansi centrées sur la religion et le souverain, une vision issue de l’antiquité orientale, mais plus épurées et évoluées selon les régions.
  • 3. 46 Après les invasions barbares, des guerres se sont prononcées, au nom de Dieu, mobilisant des hommes appartenant à des communautés et à des régions différentes, des guerres défensives et conquérantes, ce qui a provoqué dans l’architecture, à côté des églises et des mosquées, à côté des châteaux et des palais le développement de l’architecture militaire, des citadelles, des forts et des remparts. Ainsi, l’art de la pierre, mis en évidence dans l’époque médiévale, issu de l’architecture romaine et renforcé comme base fondamentale de toute civilisation, sera diversifié selon sa fonction : architecture religieuse, palatiale, militaire et civile. A côté de l’architecture, autour de laquelle s’ordonnent plusieurs arts, tels la sculpture,lapeinture,lamosaïque,levitrail,l’épigraphie,etc.vasedévelopper, surtout dans l’époque de l’empire islamique, un art propre au livre, engendré par le livre saint, le Coran ou l’Evangile, un art qui contient ou englobe l’art de l’écritureoulacalligraphie,aveclesdifférentsstyles,l’enluminureetlaminiature, un art sacré repris par les moines de l’Europe occidentale, auquel ils ajoutent l’icône,etorientéselonlesreligionsetlescultes. L’art byzantin Cependant, à la charnière de l’Europe et de l’Asie, l’Empire byzantin s’est voulu être une continuité de l’empire romain, ayant à sa tête, comme souverain, un empereur « tout-puissant », dont la légitimité a été confortée par sa position de « lieutenant de dieu ». Toute la culture et toute la civilisation sont ainsi centrées sur l’empereur, sur l’église et sur la cour, durant un millénaire. Mais, au fond, l’art byzantin est plus asiatique qu’occidental, influencé par la culture de l’Asie-Mineure et du Moyen-Orient. De la Perse, il a appris à entourer l’empereur et la cour d’un faste prestigieux, où les arts mineurs prennent le dessus. Le naturalisme romain n’a pas reçu d’écho, ainsi que l’épuration formelle recherchée par les Grecs ; les figures byzantines, en mosaïque ou en fresque, ou même en bas-relief, sont
  • 4. 47 devenues hiératiques, figées et statiques, presque toujours représentées à la frontale, témoignant d’une rigidité sévère, mais couvertes de toute une préciosité éblouissante et dorée, embrasant les âmes ferventes, une préciosité que vont apprécier les califes musulmans. Après la chute de l’Empire romain, miné de l’intérieur, dévoré de l’extérieur, toute la culture, avec sa philosophie et son art, hérités des Grecs et des Romains, est entrée sous les décombres. Voulant bâtir un empire puissant à l’image de Rome, tout en protégeant des flammes païennes une religion universelle née en Moyen-Orient et à laquelle elle croit fermement, Byzance s’est orientée vers une orthodoxie rigide, afin d’imposer sa puissance et sa ferveur, ne désirant recevoir de Rome et de l’Asie que le culte de la religion et de l’empereur. Pour les Byzantins, la culture est synonyme de bien précieux, un bien qui les distinguait des « barbares », sauvages, et frustes. Le faste et le prestige, repris de la Perse, rivale de Byzance, étaient les mots d’ordre d’une civilisation qui défendait sans cesse ses frontières contre les assaillants, mais constamment rétrécie jusqu’à son siège, puis sa chute. Byzance a su garder, toutefois, cette couverture de rayonnement doré, face à ses ennemis, comme avec ses alliés, jusqu’à l’agonie, avec la prise de Constantinople par les royaumes d’Occident, lors de la quatrième croisade en 1204. La reprise de la ville prestigieuse mais dévastée, par les Byzantins, soixante ans plus tard, n’assura pas à l’Empire le retour à sa puissance ancienne. Elle aura une longue agonie, toujours agrippée à son prestige ; Constantinople tomba deux siècles plus tard, en 1453, sous les assauts ottomans. Byzance a voulu ébahir le monde civilisé, non à travers une culture ouverte et dynamique, comme celle de la Grèce, ni à travers une religion monothéiste
  • 5. 48 tolérante qu’elle a officialisée pourtant et répandue à travers l’Europe, mais à travers un prestige superficiel qui cache un esprit antique révolu. Tout en déviant, malicieusement, les invasions barbares vers l’Occident, elle a voulu prolonger un impérialisme qui a exploité durement le monde, qui a déchiqueté ses identités multiples et a rendu les hommes de ses colonies des esclaves ne travaillant que pour l’alimentation de la cité la impériale. La religion chrétienne, vivant dans les catacombes crucifiée et brulée par les derniers empereurs malades de Rome, est devenue sa religion officielle, mais au lieu de la présenter dans sa tolérance, sa rédemption et son grand amour pour la paix et la non-violence, elle l’a détournée vers l’orthodoxie, l’austérité et le statisme, la vidant de son spirituel, tout en la rendant une religion impériale, dévouée au sacre de l’empereur. La culture Byzantine, comme celle de Rome, dominée par le culte, l’admi- nistration et le militarisme impériaux, n’a pu se prononcer que dans les arts qui glorifient l’empereur divin, son culte orthodoxe, sa cour et son armée, des arts qui éblouissent l’Occident dévasté et ses Barbares devenus rois, des arts qui éblouissent aussi les nomades barbares venus harceler l’Empire. Ainsi, s’est tissée une couverture riche de toute la préciosité imaginée ou empruntée de l’Asie, sur le corps d’un géant dévoré de l’intérieur. Ces arts se résument, comme on l’a signalé, dans les arts mineurs et la décoration, des arts vides, comme la culture qui les a engendrés, de toute expression vitale et de toute autonomie, des arts courbant l’échine, s’appliquant, dans des techniques précieuses et minutieuses mais superficielles, à sacrer jusqu’à sa chute, une orthodoxie impériale. L’évolution de la culture en terre d’Islam Entretemps, au VII° siècle, un nouvel Empire est fondé, au nom de l’Islam, s’étendant de l’Atlantique à l’Indus. Jailli en Arabie, un plateau en partie
  • 6. 49 désertique, et précisément à la Mecque, la ville des caravanes, au carrefour des grandes civilisations, notamment celle de la Perse et celle de Byzance, l’Islam s’est répandu, avec la ferveur religieuse de ses fidèles, en un message spirituel révolutionnant la vie des hommes. Avant l’Islam, les Bédouins, Arabes nomades du désert, menaient une vie rude, à la recherche de maigres pâturages, pratiquant la razzia ou le commerce des caravanes. L’Arabie était peuplée de tribus nomades, sans cesse en rivalité et désunies, mais traversée par les caravanes marchandes, et chaque année, pendant trois mois de trêve et de foires, les pèlerins affluaient à la Mecque, le centre religieux, politique et commercial de toutes ces tribus désunies. Aucune culture ne peut rayonner dans ces contrées désertes sauf celle de l’oralité : la poésie et l’éloquence. Le poète était le porte-parole de sa tribu, exprimant, avec une spontanéité inouïe et une grande éloquence, la vie rude de sa tribu, avec ses batailles, ses joies et ses malheurs. La désunion des tribus, la subsistance, la bravoure et la générosité, le culte de l’identité tribale et du clanisme, la mise en évidence de l’oralité, exprimée dans la poésie épique, ainsi que les superstitions et le culte des idoles, sont les caractères de ce peuple de la jahiliya. Jamais une religion n’a révolutionné le monde, comme l’Islam, localement puis universellement ; synthèse de toutes les religions connues et dominantes dans le monde, surtout le judaïsme et le christianisme, l’Islam est révélé à son prophète élu Mohamed, puis aux fidèles, dans son épuration et sa simplicité extrêmes, pénétrant profondément l’âme durcie des Arabes et l’esprit des gens du Livre, ainsi que les sentiments tourmentés des polythéistes. Cette nouvelle religion, transmise par le Coran, parole de Dieu (Allah) et les dits du prophète (hadiths), constituant ainsi la loi islamique à suivre (charia), ne connait ni sacrement ni clergé régulier ; le croyant, quel que
  • 7. 50 soit son identité ou son niveau social, est seul face à Dieu, sans aucun intermédiaire ; toute action religieuse ou politique, toute activité artistique ou quotidienne, sont devancées nécessairement par l’intention. Ainsi la mauvaise foi, l’hypocrisie et les sentiments pervers, le culte des idoles ou l’athéisme, sont condamnés par l’Islam. Et c’est cette intention, appliquée à l’art, qui va pousser les artisans et les maitres-d ‘art à s’orienter vers la perfection dans toutes les techniques diversifiées de la forme. L’Islam sera dominant dans la vision de ses fidèles, qu’ils soient Arabes, perses, Berbères, Indous, Turcs ou Africains Noirs. Il entame l’union de tous les peuples islamisés en une communauté (Oumma) soudée par plusieurs facteurs. Outre la religion, noyau sacré de cette communauté, on trouve la langue arabe qui véhicule le culte et unifie les fidèles, l’histoire qui a rassemblé plus ou moins ces peuples islamisés, le climat prédésertique et le même relief, passant de l’Atlantique à l’Indus. C’est ce qui a créé dans l’art islamique une homogénéité et une originalité spirituelle, élaborées dans une esthétique conceptuelle, malgré la grande diversification de ses styles, durant plus de douze siècles. Comme la religion islamique est une épuration des religions monothéistes, l’art qui l’exprime et la reflète dans toutes ses formes visuelles, est considéré comme une symbiose de tous les arts antérieurs. L’art de la forme, inexistant en Arabie, terre des nomades, n’a pu naître que dans les sociétés urbaines, que dans les régions connues par leurs grandes civilisations avant d’être islamisées, comme Damas, Baghdad et Le Caire, cet art ne va pas suivre la voie ni de l’Empire Byzantin, ni de l’Empire perse, et c’est là où il va trouver sa force et son épanouissement. Dans chaque province du monde islamique, les bâtisseurs vont respecter et utiliser les mêmes matériaux locaux, les mêmes techniques traditionnelles, et même parfois les mêmes formes issues d’une culture influente, l’important est d’exprimer la conception
  • 8. 51 spirituelle issue de l’Islam, et de faire adapter les formes trouvées dans ces régions islamisées à la conception nouvelle. Craignant que les musulmans ne retournent au culte des idoles, les orthodoxes de l’Islam ont interdit aux artistes de représenter la figuration naturaliste ; effectivement, la figuration va être écartée des monuments consacrés à la nouvelle religion, mais les peintres vont l’orienter vers une stylisation épurée, avec des personnages aux formes sinueuses traitées avec des couleurs en aplats, le tout mis en une perspective spirituelle. Cette figuration concerne particulièrement la miniature, un art développé par les artistes persans, turcs et mongols. Avec l’art islamique, se fonde la classification des formes artistiques. Tout cet art trouve son origine dans le Coran et dans la mosquée. Du Coran, vont être issus les arts du livre, qu’on va nommer plus tard les arts graphiques, et de la mosquée vont être issus les arts de l’architecture. La calligraphie arabe, née dans une géométrie sévère, va s’épanouir dans le style Koufi, tout en trouvant des raffinements dans le style naskhi, un style issu de la courbe et des sinuosités des formes végétales. Et ainsi, tout l’art islamique va se former et se diversifier autour de ces deux notions antagoniques : formes géométriques épanouies au Maghreb et en Andalousie, et formes végétales épanouies en Orient, à partir de l’Egypte. Autour de la mosquée, qui trouve son origine dans la maison du Prophète, avec son plan, sa structure et ses éléments, va s’articuler l’architecture religieuse, à savoir la médersa, le mausolée, la zaouia ou la Khanaka. A côté d’elle, se distinguent l’architecture palatiale, propre aux châteaux et aux palais des souverains, l’architecture militaire qui concerne l’enceinte de la ville et ses portes, les murailles et les remparts, les citadelles, les forts, les bordjs et les ribats.
  • 9. 52 Au quatrième rang, se situe l’archicture civile, avec ses différents types d’édifices conformes à leur fonction. Toute l’architecture islamique est dominée par le concept du voilé et du clos, hérité de l’Antiquité orientale. La plupart des édifices, issus du plan de la mosquée, sont clos de l’extérieur, comme des forteresses, avec une petite porte d’entrée qui s’ouvre sur une vaste cour aérée, entourée de chambres, de pièces ou des pavillons. La cour, au milieu de laquelle s’érige une fontaine ou se creuse un puits, inondée de soleil, permet à cette lumière d’entrer dans les chambres creusées de fenêtres. De cette façon, on évite les rayons brulants du soleil, ainsi que les tempêtes de sable et les vents chauds et secs, tout en goûtant de la fraîcheur ombragée des chambres, sous les portiques de la cour ou sous les feuillages du jardin planté le long des pavillons. La même raison pousse les architectes à creuser des ruelles étroites et sinueuses qui s’in- terpénètrent dans des labyrinthes complexes. Seulement, il faut préciser que l’art islamique est dominé, aussi, par les dogmes royaux, durant toute son histoire. Tout le Moyen-Age, d’ailleurs, est caractérisé par la ferveur religieuse et la soumission totale à la classe souveraine. L’autonomie de l’art et de la culture, relative à l’époque grecque, s’est envolée avec le culte de l’empereur ou du calife, toute la force aristocratique, durant quinze siècles, s’est orientée vers les habiletés techniques, la perfection dans les divers métiers d’art et l’expression du pouvoir religieux et politique dans les œuvres. Ce qui n’empêche pas de voir l’art islamique se diversifier en cinq styles : 1. L’art hispano-mauresque au Maghreb, en Andalousie et en Sicile. 2. L’art oriental en Egypt. et dans le Scham (Syrie, Palestine) 3. L’art abbasside en Irak et en Iran
  • 10. 53 4. L’art mongol en Afghanistan et en Inde 5. L’art ottoman L’art hispano-mauresque, basé sur le raffinement et la sensibilité, est issu de la symbiose des cultures juive, chrétienne et est assurée par le génie des philosophes, des savants, des artistes et des artisans établis à Cordoue, à Séville, à Grenade, à Fès et à Marrakech. Après la chute des Almohades, en 1269, qui ont unifié pour la première fois tout le Maghreb et l’Andalousie, cette culture déclinera lentement, sauf dans quelques sursauts accomplis par d’autresdynasties,sansjamaisretrouverlesraffinementsd’unartquiagonise. Le même déclin a frappé toutes les composantes de l’Empire islamique éclaté, qui ont subi des assauts violents, avec les croisades, la Reconquête catholique en Espagne, et surtout l’invasion mongole surgie, avec sa tempête et son épouvante, du fond de l’Asie. Pendant que le style abbasside se décompose, trois grands styles se sont affirmés dans les contrées islamiques, après la dislocation de l’Empire. Avec les Ayyoubides et les Mamelouks, fleurit le style oriental, déjà formé à Damas et au Caire ; le style mongol, avec l’islamisation de Tamerlan, s’articule de Boukhara à l’Inde et à la chine, influencé par les cultures extrême-orientales ; le style ottoman domine la dernière phase de la civilisation islamique, plus que quatre siècles, de la prise de Constantinople en 1453 jusqu’au 1918. La civilisation islamique s’est accrochée à la vie et à l’expansion de l’Islam, jusqu’à ce que ses composantes ont atteint leur vieillissement, une civilisation cachée dans son isolement, en Occident comme en Orient, défendue par ses armées, par certains de ses souverains et de ses savants. Sa culture, avec le temps, est devenue stérile, statique et figée, comme ses élites. Elle n’est restée reliée avec le monde civilisé qu’à travers le commerce qui dépérit, lui aussi, étouffé par la corruption et les incursions étrangères.
  • 11. 54 Avec la prise de Constantinople par les Ottomans, s’achève le Moyen-Age, surtout pour les Européens, un monde enfiévré par la religion, dominé par le despotisme des souverains et des seigneurs. L’esprit médiéval islamique continue sa voie titubante, sans connaitre la révolution culturelle qui s’embrase en Occident, et à laquelle il a légué son savoir et sa culture. Seule le mauvais côté de cette culture renaissante, illustrée par l’impérialisme moderne, va toucher le monde islamique, pour le terrasser, à travers les pénétrations continuelles, lui et les autres civilisations de la terre. Maiscommentsesontforméescettepuissanceetcettecultureeuropéennes? Les premiers styles européens : La rencontre de la civilisation gréco-romaine et de l’Orient a abouti, dès le IV° siècle, à la réalisation d’une communauté de valeurs et d’une esthétique symbolique ouvertes sur le sacré. L’art Byzantin, se situant au carrefour des influences multiples, est suivi par l’art roman à partir du X° siècle, puis par l’art gothique au XII° siècle. Cette longue période médiévale, allant du IV° au XIV° siècle, va préparer l’éclosion de la Renaissance, et avec elle, la formation de l’esprit moderne en Europe occidentale. Cette longue période, du moins du IV° au X° siècle, est tourmentée mais rudement façonnée par les Barbares qui ont envahi l’Occident romain, formant ainsi la carte et l’esprit de l’Europe. L’Europe du haut Moyen-Age apparait, alors, comme un creuset où se sont amalgamés les dernières manifestations de l’art gréco-romain, l’art byzantin, l’art perse, l’art des Syriaques, des Coptes et des Musulmans, sans oublier cet art nomade venu avec les Barbares. Au X° siècle, se dégagent les caractères d’un art neuf. La ferveur religieuse aidant, ainsi que les dotations des chrétiens fidèles, on agrandit ou on rebâtit les églises. Fondée en 909, l’Abbaye bénédictine
  • 12. 55 de Cluny va jouer un rôle important dans toute l’Europe occidentale. Grâce à la rapide extension de l’ordre de Cluny, l’art roman, qui est apparu tout d’abord dans le centre de la France, s’impose dans toute l’Europe, et même dans le Moyen-Orient. L’art roman est lié étroitement au christianisme médiéval dont il exprime, avec naïveté et sincérité, les terreurs, les espoirs et la foi profonde. La peinture, la sculpture et les arts mineurs trouvent dans ce premier art européen la plénitude des formes, la souplesse des lignes et l’abondance de la décoration dont sont chargées les églises aux colonnes massives, bâties comme des forteresses. Comme dans l’Antiquité, avec son polythéisme et ses temples sacrés, comme aussi, avec l’art byzantin et l’art islamique, où la Maison de Dieu prédomine sur toutes les autres formes artistiques, l’église romane est placée comme centre autour duquel convergent tous les arts. L’art roman s’est formé en même temps que la féodalité, dans une époque où l’Occident était très morcelé et tourmenté par les guerres. Outre sa diversification à travers les régions, l’église est le symbole de la communauté des fidèles chrétiens, leur refuge contre les troubles. Tous les éléments qui composent cette église doivent attirer, même de loin, les fidèles, et en même temps, les défendre contre les païens et les brigands. Après la destruction de nombreux monuments, souvent en bois, au cours des invasions du haut Moyen-Age, on en a profité pour les reconstruire plus spacieux et plus solides. « C’était, écrit le moine Glaber, dans toute la chrétienté un concours à qui posséderait les plus riches et les plus belles églises. La terre faisait peau neuve. On eut dit que le monde dépouillait ses haillons pour vêtir une robe blanche d’églises ».
  • 13. 56 Pour les premières églises, on adopte le plan rectangulaire de basiliques romaines, puis de manière à faciliter le culte, on a coupé le rectangle par un autre plus petit de manière à obtenir un édifice ayant le plan cruciforme. La nef et les bas-côtés, le transept avec ses deux bras, l’abside ou chevet qui renferme le chœur, en sont les parties principales. Comme les reliques des saints étaient placées généralement dans les absides ou sous le chœur, on ménage autour du chœur une galerie de circulation, le déambulatoire, pour permettre à la foule des pèlerins de s’écouler. Au lieu de la charpente en bois des anciennes églises, on essaya, pour réduire les risques d’incendie, de trouver une couverture de pierre solide mais pas trop lourde. Deux solutions étaient envisageables : la coupole, employée par les Byzantins et les Musulmans, et la voûte en berceau ou en plein cintre, employée par les Romains et les Orientaux. La voûte convenait à des édifices ronds et octogonaux et pas trop vastes. On tenta la première expérience, en juxtaposant plusieurs coupoles dans quelques églises (Saint-Front de périgueux, Saint-Pierre d’Angoulême), sans beaucoup de succès. On s’orienta, alors, vers la deuxième solution, la voûte semi-circulaire, qui resta la forme typique de l’art roman. Dans la plupart des cas, les voûtes sont renforcées à intervalles réguliers par des arcs de pierre taillée, les arcs doubleaux. En faisant se croiser à angle droit deux voutes en berceau, on obtient une voûte d’arêtes, procédé qui permet de répartir la poussée sur les piliers des angles. On s’en est servi surtout pour couvrir les bas-côtés. Les plus anciens édifices romans sont austères avec leurs façades massives ornées de motifs géométriques très simples : cela donne une idée sur la naissance d’un art neuf. A partir du milieu du XI° siècle, le décor sculpté se développe, tout en restant subordonné à l’architecture. Aux tympans des portails, on représente souvent le Jugement dernier. Sur les chapiteaux sont figurées des scènes de l’Ancien et du Nouveau testament. La sculpture
  • 14. 57 romane fait une large place aux motifs décoratifs inspirés par des influences orientales ou par des traditions locales. L’intérieur des églises romanes est peint de couleurs vives, y compris les statues et les chapiteaux. Les voûtes et les murs sont couverts de fresques, décrivant la vie et les miracles des saints, ou des épisodes de l’Evangile. Dans cette décoration, d’autres formes d’art y trouvent leur place : les portes de bronze, les reliquaires d’or et d’émail, ainsi que les vitraux contribuent à la splendeur des édifices. Ainsi, pour le peuple des fidèles analphabètes, l’église romane comble cette lacune, en devenant une « Bible de pierre », dont le décor luxueux, mais naïf, les impressionne et les instruit. En peinture, l’artiste étire les figures ou les rend trapues. Il travaille en général, pour la fresque, à la détrempe sur un mur ou sur un panneau de bois enduit d’une préparation de plâtre et de colle. L’influence byzantine l’a fait écarter de la perspective et du trompe- l’œil oubliés avec les troubles barbares ; il suggère le paysage par des bandes horizontales.Les personnages, aux traits figés, aux yeux globuleux, aux vêtements à plis raides, sont animés d’une gesticulation presque parodique. Ce qui dénote de la formation d’un art encore dominé par les influences des arts antérieurs, ainsi que par les arts barbares, rudes et naïfs. Du XII° à la fin du XV° siècle, s’étend l’art gothique, prenant la succession de l’art roman. Issu du bouleversement spirituel qui marque le monde chrétien à partir du X° siècle, le gothique se réfère à la philosophie scolastique, tout en restant attaché au mysticisme médiéval. Tandis que l’époque romane assiste au pouvoir des seigneurs, celle du gothique voit la naissance des bourgeois qui vont s’affirmer avec le commerce. La construction romane est caractérisée par la solidité de sa structure, par la voûte en plein cintre et la massivité de ses colonnes trapues, ayant le même souci de la défense que les châteaux-forts qui parsèment
  • 15. 58 l’Europe. La conception gothique révolutionne l’architecture, en allégeant les murs, et en rendant la voûte moins pesante. Au XII° siècle, on inventa la voûte sur croisée d’ogives qui substitue l’arc brisé à l’arc en plein cintre. La décoration évolue aussi ; la statuaire, encore hiératique, envahit toutes les portes extérieures de l’église, dont les voûtes s’élèvent très haut, dans un verticalisme impressionnant, comme en France et en Allemagne. Le vitrail remplace l’ancienne peinture murale romane. Le gothique en France se caractérise par la souplesse des mouvements, surtout dans le déhanchement des Vierges, l’élégance des attitudes dans l’allongement des silhouettes et l’affinement des traits, et le charme de la grâce, ainsi que par un langage qui s’affadit progressivement jusqu’à tomber dans la mièvreté. Dans le reste de l’Europe, sauf en Italie que l’esprit gothique n’a pas touchée, la peinture se caractérise par une profusion décorative et la somptuosité de ses coloris. La fresque recule, toutefois, pour laisser la place à l’enluminure, qui, luxueuse et raffinée, s’attache à des thèmes divers, religieux, guerriers ou amoureux. La miniature, avec sa ligne pure et son coloris franc, influencera l’évolution de la peinture de la Renaissance. Tandis que le style roman est statique, que se soit dans sa forme ou sa structure, le style gothique est défini par sa mouvance, dans l’élancement de ses formes, sa fiévreuse spiritualité, et même dans la finesse de ses colonnes étirées et les dentelles fouillées de sa décoration. On donne le nom de «gothique international » à cet art qui réunit toute la production picturale de l’Occident du XIV° au XV° siècle. Ses caractères sont l’allongement des figures et des formes, le verticalisme de la composition et l’élégance mondaine du traitement.
  • 16. 59 Le gothique flamboyant, qui règne en France durant tout le XV° siècle, correspondant à un certain baroquisme du gothique, traduit, néanmoins, l’inquiétude du Moyen-Age finissant. L’Allemagne et l’Espagne seront plus sensibles à un gothique fort expressif. L’esprit germanique, imprégné par une nature sauvage et hostile, et par une atmosphère brumeuse et mystérieuse, engendrera, dans sa Renaissance, des œuvres très expressives, comme celles de Dürer et de Grünewald, puis sera fort mouvant, avec le romantisme du XIX° siècle. L’âme espagnole, par contre, héritant le raffinement et la décoration minutieuse de l’Andalousie musulmane, et imprégnée profondément par la Contre-Réforme catholique, engendrera un baroque très sensible, mais plein de surcharge décorative, suivi plus tard par un romantisme dramatique et violent, surtout dans les œuvres de Goya. Cependant, comme on l’a dit plus haut, tout le Moyen-Age est imprégné de la ferveur religieuse, laissant derrière lui une Antiquité fort diversifiée dans ses religionx, ses mythes, ses conceptions et ses visions. Comme cette Antiquité est arrivée à son apogée avec la vision grecque, après des débuts tâtonnants et une élaboration des techniques et des conceptions de plus en plus maîtrisées, le Moyen-Age atteint son apogée, avec la vision islamique, après une naissance à Byzance, tourmentée par les invasions et les guerres, mais attachée encore à la conception gréco-romaine. Mais, dès le XIII° siècle, alors que cet apogée universel décline, une autre civilisation commence à voir le jour, née dans une Europe formée au X° siècle. Cette civilisation, après tout un millénaire ténébreux, commence à percevoir dans la religion chrétienne une force inébranlable, qui a pu réunir tous les fidèles chrétiens, constituant ainsi un lien symbolique entre les peuples d’Occident, une force qui peut les guider aussi vers les croisades.
  • 17. 60 Au Moyen-Age, la religion est la source principale de la culture et de la civilisation, une source qui lie ces deux composantes de l’esprit. En Europe occidentale, tous les arts tournent autour du christianisme, autour de l’église, dont l’art roman et l’art gothique sont les grandes transformations, seulement, tandis que l’art roman se prononce sous les influences multiples des arts antérieurs et de l’art barbare, l’art gothique s’articule comme opposé au premier, en révolutionnant la conception, par son élévation spirituelle et ses dentelles de pierre qui expriment la joie et l’extase religieuse. Mais son apogée n’est pas atteint ; l’analyse que les bâtisseurs et les artistes commencent à percevoir, se trouble déjà par la surcharge décorative. Dans cette flamboyance du gothique, certains historiens voient l’inquiétude, ce qui est vrai, non seulement d’un gothique finissant, mais de toute la vision médiévale qui s’éteint, submergée par les feux qui vont embraser toute l’Europe. La culture de l’Europe, formée au Moyen-Age, verra son apogée dans la Renaissance.