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Trombinoscope "Chercheurs d’humanité"
Chercheurs de sens
(art, religion, philosophie, spiritualité)
16 - de 1935 à 1940
É. G 18.05.2024
Gilles Castelnau
Né en 1935, pasteur protestant français. Études à la faculté de
théologie protestante de Montpellier puis à Édimbourg. Ministère à
Dieppe, Amsterdam, Versailles, Paris, Montrouge et enfin à ‘La
Rencontre’ à Paris (1995-2000). Propose alors des ateliers de lecture
et d'analyse structurale de la Bible, avec l'appui des chercheurs du
groupe ‘Astruc’ (‘Analyse structurale’, en hommage à Jean Astruc,
bibliste du 16ème siècle). En parallèle aumônier bénévole auprès de
personnes défavorisées ou marginalisées (en prison, dans l'armée), et
préside un temps à cette fin l'association ‘La Croix-Bleue’.
Anime le site Internet ‘Protestants dans la ville’*.
Sa retraite prise, continue de dispenser des cours d'hébreu
biblique à ‘l'Oratoire du Louvre’. Écrit dans Évangile et Liberté, Réforme
et sur son site, où il publie ses chroniques et libres opinions d'orienta-
tion libérale (par ex. Le Dieu qui rend humain. Petit catéchisme libéral
en dix leçons).
* « Par souci de vérité et de fidélité au message évangélique, refusant tout système
autoritaire, nous affirmons :
- la primauté de la foi sur les doctrines,
- la vocation de l'homme à la liberté,
- la constante nécessité d'une critique réformatrice,
- la valeur relative des institutions ecclésiastiques,
- notre désir de réaliser une active fraternité entre les hommes qui sont tous, sans distinction,
enfants de Dieu. »
Pierre Perrier
Né en 1935, chercheur français. Spécialiste de la mécanique des
fluides. Responsable de recherche et d'études avancées dans l'industrie
aéronautique, membre correspondant de l'Académie des sciences.
Auteur de nombreux ouvrages sur l'oralité dans les évangiles. Ses
livres montrent l'importance de l'étude des traditions orales dans l'Église
judéo-chrétienne naissante pour mieux comprendre comment ont été
transmis les Évangiles dans les premières années de l'Église. Ses
recherches s'inscrivent dans la lignée des travaux effectués par le jésuite
Marcel Jousse, le cardinal Eugène Tisserant, orientaliste, le cardinal
Jean Daniélou. Son approche puise aux sources des traditions
méconnues des Églises orientales, en particulier de l'Église catholique
chaldéenne.
En 2008, associé à des chercheurs chinois, publie une théorie selon
laquelle, en 64, l’évangéliste Thomas serait parti par bateau pour la
Chine, appelé par l'empereur Mingdi*.
* Daniel H Bays (1942-2019), historien états-unien spécialiste de la Chine, auteur
de travaux sur le christianisme en Chine, indique qu'il faut rester extrêmement
prudent par rapport à cette thèse jusqu'à ce que des chercheurs traditionnels
s'impliquent dans cette question, car la preuve décisive avancée par Pierre Perrier
« ne semble pas claire du tout ».
Alphonse et Rachel Goettmann
A.G. (1935-2020), prêtre orthodoxe. Fonde en 1976 et anime
depuis cette date, avec son épouse Rachel (1930-2014), le ‘Centre
Béthanie’, lieu de rencontres spirituelles, aujourd'hui installé au prieuré
Saint-Thiébault à Gorze, près de Metz (Moselle). Disciples et amis de
Karlfried Dürckheim.
De leur recherche sont nés divers ouvrages sur la méditation et le
chemin spirituel. Consacrent leur vie au partage de leur foi, dans la
conviction que de l'expérience spirituelle dépendent la modification
radicale de l'homme et l'avenir du monde.
« La respiration peut devenir le lieu de cet échange ineffable.
Dans la méditation, il s'agit d'en devenir conscient, non en fixant ou en
analysant, ce qui créerait une distance d'extériorité, mais, en épousant
intérieurement ce mouvement de vie, se laisser saisir par lui. (…)
Dans la vision d'intériorité, Dieu n'est pas seulement ailleurs, ni
au-delà, dans un autre monde où il faudrait émigrer pour le trouver,
mais en plein cœur de l'humain comme sa raison d'être, son âme et le
dynamisme de son dépassement. »
Jacques Gaillot
(1935-2023), prêtre français de l’Église catholique romaine.
Confronté à la violence de la guerre pendant son service militaire en
Algérie, commence à s'intéresser à la non-violence.
Évêque du diocèse d'Évreux en 1982, en est déchargé en janvier
1995 par Jean-Paul II en raison de l'expression de ses positions politiques,
notamment contre l'arme nucléaire et pour la défense des minorités,
considérée par ses pairs comme allant au-delà de la réserve demandée
aux membres du clergé.*
Nommé évêque du diocèse virtuel de Partenia, reste engagé dans
maintes luttes sociales, morales ou politiques, notamment au moyen de
son site Internet.
« Jésus n'est pas venu ni pour les bien-pensants ni pour les bien-
portants. »
«La voie de l’espérance passe par la non-violence. La non-violence
n’est pas la non-résistance. La non-violence, c’est ne pas se résigner, c’est
se battre ».
* Les responsables catholiques français l’apprennent par voie de presse. 20 000 fidèles à sa
messe d’adieu, 40 000 lettres envoyées à la nonciature. Beaucoup d’évêques lui reprochaient son
manque de collégialité épiscopale, et notamment d’avoir fait connaître les dissensions de l’épiscopat
au sujet de l’arme nucléaire lors du vote du texte Gagner la paix en 1983
Pedro Meca
(1935-2015). Né à Pampelune (Espagne), enfance de misère et
de délinquance. Exilé en France, condamné par contumace à 70 ans de
prison pour son activité dans les réseaux anti-franquistes , amnistié en
1978.
Entre à 21 ans chez les dominicains. Vit l'essentiel de son
ministère auprès des personnes les plus pauvres et exclues, notamment
dans l'association ‘Les Compagnons de la nuit’. Barman-travailleur
social au ‘Cloître’, bar ouvert à l’initiative de l’abbé Pierre, à Paris.
Crée en 1992 le foyer ‘La Moquette’, lieu d’accueil et de
rencontres pour des personnes sans-domicile.
«J’essaie de voir ce qu’il y a de beau en celui qui est en face de
moi, démoli par l’alcool, la drogue, les échecs. Ça peut prendre
longtemps. »
« Au Ciel, personne ne nous demandera le nombre de prières
que nous avons récitées ni combien de cierges nous avons brûlés. On
sera jugé sur nos rapports avec les autres. La question sera : “Qu’as- tu
fait de ton frère ?” »
Alexander Men
(1935-1990), né de parents juifs, prêtre orthodoxe et théologien
russe, prédicateur, auteur de livres sur la théologie et l'histoire du
christianisme et des autres religions. Sous le régime communiste, établit
des relations d’amitié profonde avec des communautés à caractère
œcuménique et spirituel venues d'Europe occidentale.
Tente de réconcilier la foi chrétienne et les sciences naturelles. A
l’aube de la perestroïka, est le premier prêtre autorisé à enseigner la
religion dans un lycée d’État. Dénonce la compromission de l’Église
orthodoxe russe avec le pouvoir. Au cours des dernières années de sa vie,
intervient plusieurs fois par semaine dans des cinémas, des écoles, des
universités, et même à la télévision d'État.
Assassiné à coups de hache par des inconnus 9 septembre 1990
alors qu'il se rend à son église. Son meurtre reste à ce jour irrésolu.
« Le christianisme n’en est qu’à ses débuts. Son ‟programme”,
appelons-le ainsi, est prévu pour des millénaires. Chaque siècle, chaque
époque ne prend dans le christianisme, dans la Bible, que ce qu’elle est
en état de percevoir. Nous aussi, à notre époque, nous ne prenons que
l’aspect, partiel, que nous sommes capables de percevoir et sur lequel
nous réagissons aujourd’hui. »
Jean-Didier Vincent
Né en 1935, neuropsychiatre et neurobiologiste français, ex-
directeur de l‘’Institut de neurobiologie Alfred-Fessard’ du CNRS.
Membre de l‘’Académie des sciences’ et de l‘’Académie de
médecine’.
« Tout ce qui est naturel n’est pas forcément explicable, en l’état
actuel de nos connaissances. (…) La croyance favorise encore les
effets de l’esprit sur le corps. L’explication ne vient pas de Dieu, mais
du fait que le cerveau s’active par rapport à un but qu’il pense possible
à atteindre. Ce phénomène est à l’origine, pour l’essentiel, des
guérisons dites "miraculeuses" ».
« Je recommande la prière. Comme la méditation, elle peut
modifier positivement la volonté d’agir. Elle favorise donc la prise sur le
réel et donc la réussite des vœux pour lesquels on prie. »
../..
Jean-Didier Vincent
« Je crois profondément au besoin de transcendance, mais pas
comme une solution des mystères. Pour moi, c’est une disposition
intérieure de l’être humain qui lui donne cette dimension cosmique vers
laquelle il est porté naturellement. Il a une propension à chercher les
causes de cette vie, à se demander s’il y a une autre vie, s’il y a un
paradis et si ses fautes seront pardonnées. Tout cela est de l’ordre du
mystère, non ? »
« La croyance est une fatalité du cerveau qui fait qu’on est attaché
à des objets ou à des situations qui n’existent pas. La foi est, au
contraire, un acte totalement rationnel qui résulte d’une quête d’amour,
la seule vérité qui compte.
Oui, je crois que la foi est une nécessité. Pour certains cerveaux,
les croyances aussi sont nécessaires. Mais le jour où la science sera
partout, la croyance n’existera plus, au contraire de la foi. »
Guy Gilbert
Né en 1935, issu d'une famille ouvrière de 15 enfants. Prêtre du
diocèse d'Alger de 1965 à 1970.
De retour à Paris, exerce son activité de prêtre dans la rue et
devient éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants dans le 19è
arrondissement.
En 1974, grâce à un legs, achète une ferme en ruine à La Palud-
sur-Verdon, pour y installer un lieu d'accueil, la ‘Bergerie de Faucon’ où,
avec une équipe d'éducateurs, il tente de réinsérer des jeunes en
difficulté, par le travail et le lien avec les animaux.
« L’animal ne triche pas et ne ment pas. Je rêve que nos
politiciens acquièrent cette innocence-là »
« Personne n’est perdu, personne n’est irrécupérable »
« À travers la souffrance d'un seul être, on atteint la souffrance de
tous les êtres. »
« Vieux dinosaure, dors en paix dans le cœur de Dieu. Tu as fait
d’innombrables petits. Alors, bonnes vacances ! » (hommage à l’abbé
Pierre)
François Becker
Français né en 1935, ingénieur de l’École Centrale, du Massa-
chussets Institute of Technology (MIT), ex-professeur de physique à
l’université de Strasbourg.
Vice-président de l’association ‘Droits et Libertés dans les Églises’,
secrétaire général du ‘Réseau européen Églises et Libertés’ (30 organisa-
tions dans 15 pays).
Président du ‘Groupe International, Interculturel et Interconviction-
nel’ (G3i), groupe de réflexion et de pression qui a depuis 2008 un statut
participatif au ‘Conseil de l’Europe’.
Les associations qui le composent sont issues des marges de
l’Église catholique et des autres religions instituées, ainsi que de la
nébuleuse des mouvements non confessionnels. Ce qui les rassemble,
c’est la volonté de se rencontrer et d’échanger dans le respect et la
reconnaissance mutuelle, loin des discours officiels, trop limités et
exclusifs, sur le dialogue interreligieux. C’est aussi la volonté de faire
entendre d’autres voix que celles des autorités ecclésiastiques au sein
des institutions européennes. ../..
François Becker et le G3i
Le G3i aimerait raviver le projet visionnaire de Jacques Delors appelé
Une âme pour l’Europe, lancé en 1994 et arrêté en 2004 à la demande de
la ‘Conférence des Églises européennes’. Ce projet promeut le principe de
l’interconvictionnalité comme un principe essentiel pour le bon fonctionne-
ment de l’Europe de demain.
« Une telle approche (…) consiste à organiser un dialogue constructif
entre les porteurs de visions du monde fondées sur des convictions
diverses (croyances, religions, athéisme, agnosticisme, etc.). (…)
Dans cette perspective, le G3i souhaite œuvrer à la création de
nouveaux espaces publics laïcs, distincts de ceux des institutions
religieuses représentées, qui permettent le dialogue et la partage entre
des personnes pouvant se réclamer d’une identité humaniste - athée,
agnostique ou religieuse. »
../..
Photo : Le Conseil de l’Europe à Strasbourg
François Becker et le G3i
Le G3i propose l’établissement d’une "charte européenne de
l’interconvictionnalité".
Ce terme désigne "les attitudes, les dialogues et les pratiques
ayant pour objet spécifique d’organiser le vivre ensemble, le
dialogue et la confrontation non-violente entre des personnes ou
des communautés de convictions différentes aux fins d’une
meilleure compréhension mutuelle.
Il en appelle à explorer toutes les possibilités d’agir en commun,
même lorsque subsistent de fortes divergences dans les
motivations et les finalités des objectifs poursuivis. Il permet enfin de définir
les institutions et les espaces adaptés à ces fins. »
« Les échanges interconvictionnels sont aujour-
d’hui une nécessité au sein des sociétés pluralistes europé-
ennes et il est de la responsabilité des institutions publiques
européennes de les ériger en méthodes rénovées d’informa-
tion, de délibération, de préparation et de suivi des décisions
politiques, contribuant ainsi à l’émergence d’une culture
européenne interconvictionnelle. »
Jean-Marc Ela
né Jean Etoa (1936-2008) prêtre catholique camerounais, universi-
taire, sociologue, anthropologue et théologien. Études au Cameroun puis à
Strasbourg, doctorat d'État en théologie, thèse sur Martin Luther.
De 1971 à 1984, vit aux côtés des communautés paysannes du Nord-
Cameroun, les Kirdi. Inspiré par Baba Simon (1906-1975), lutte contre les
injustices vécues par ce peuple. En 1978, soutient une thèse de doctorat de
troisième cycle en anthropologie sociale et culturelle à l'université Paris V.
De 1985 à 1995, enseigne à la Faculté de théologie protestante de
l'Université de Yaoundé, vit dans le quartier pauvre de Melèn où il est
confronté aux difficultés et aux problèmes quotidiens des gens : pauvreté,
chômage, exclusion urbaine, etc., mais aussi à la débrouillardise et à
l'ingéniosité des populations qui tentent de survivre.
Menacé de mort à cause de sa persévérance à vouloir faire la lumière
sur l'assassinat en 1995 de son ami le jésuite Engelbert Mveng (historien et
théologien camerounais, 1930-1995), s'exile au Canada.
Installé à Montréal, enseigne et prend part à différentes activités de
recherche dans trois universités. Enseigne aussi comme professeur invité
dans plusieurs universités en Europe, notamment à l'université catholique
de Louvain en Belgique.
Auteur de 22 livres. ../..
Jean-Marc Ela
Affirme que la théologie doit être adaptée aux besoins
et croyances locales. Figure marquante de la théologie de la
libération en Afrique, laisse une contribution importante pour
la sociologie et les sciences sociales africaines.
Dans Le cri de l’homme africain, pose les jalons d’une théologie de la solida-
rité à travers les luttes de libération que peuvent entreprendre les peuples opprimés
par des gouvernants sans foi ni loi.
Dans Ma foi d’Africain, montre comment il est possible d’enraciner l’Évangile
dans la vie d’un peuple et se demande comment « procéder à une reconstruction du
continent africain sur d’autres fondations ».
Jean-Marc Ela : l’éthique de la transgression est un recueil de contributions
éclairant son parcours, ses engagements et sa pensée.
« En Afrique, l’enjeu de Dieu, c’est ce qui se passe au quartier,
dans les villages, là où le cri du pauvre monte vers Dieu. » J.M. E
« En formulant une demande radicale d'humanité pour l'Afrique
des villages, des bidonvilles et des exclus, Éla a esquissé et mis en
pratique une éthique de la transgression et une esthétique de la compas-
sion. Il en a payé le prix, dignement.(…) Son travail prophétique interroge
la vaste accumulation du passé, décloisonne les savoirs et trace les
horizons avec une espérance poignante. » Célestin Monga
Joan Chittister
Née en 1936, religieuse bénédictine étatsunienne, théologienne,
auteure de plus de 50 livres. Pendant 12 ans prieure des Sœurs béné-
dictines d'Érié (Pennsylvanie), présidente de la fédération bénédictine,
présidente de la Leadership Conference of Women Religious. Conféren-
cière sur les thèmes de la justice, de la paix, des droits humains, de la
condition des femmes et de la spiritualité contemporaine dans l'Église et la
société.
Coprésidente de Global Peace Initiative of Women (‘Initiative
mondiale des femmes pour la paix’) qui apporte une perspective spirituelle
à la résolution des conflits alimentés par des crises économiques et
écologiques à travers le monde. Directrice de Benetvision, centre de
ressources et de recherche sur la spiritualité contemporaine.
Appelle chacun à accepter ses contradictions, à faire bon usage des
zones d'ombre, des frustrations et des tsunamis dans l'océan de la vie.
« Face à la possibilité d’un holocauste nucléaire, au viol de la
planète et à la misère de peuples entiers (…), il est grand temps de
déterrer la foi ensevelie sous nos rituels et de réévaluer notre place dans le
monde. (…) Le temps est venu de repenser la foi, de la réinterpréter, de la
reformuler. »
Meinrad Craighead
Charlene Marie Craighead, née en 1936, artiste et écrivain
états-unienne. Élevée dans le catholicisme, vit sa première "véritable
expérience religieuse" à l'âge de 7 ans avec le regard de sa chienne et
la sensation d’écoulement des eaux de son corps : « Il me fut donné de
voir l’infini dans les yeux de ma chienne. (…) J’entendis un mot,
"Viens !", qui marqua le début de mon voyage. ». Trouve dans un
manuel scolaire la photo de la Vénus de Villendorf, statuette sculptée il y
a 25 000 ans, et décide de consacrer sa vie à la prière, à la contempla-
tion et à l’art. Master of Fine Arts en 1960 (université du Wisconsin).
Passe 21 ans en Europe : professeure d’art à Florence, 10 mois
au monastère de Montserrat près de Barcelone, religieuse bénédictine à
l’abbaye de Stanbrook en Angleterre pendant 14 ans. En 1983, retourne
aux États-Unis pour continuer son travail artistique, s’installe près de la
rivière Rio Grande à Albuquerque.
Son travail explore la relation humaine au Divin, particulière-
ment les images féminines de Dieu. Anime des ateliers sur le divin
féminin en Amérique du Nord et en Europe.
« Ainsi ma vie créative, trouvant sa source en moi, est-elle une
image de Dieu la Mère et de l’histoire ininterrompue de son émergence
dans nos vies. »
France Quéré
Née Jaulmes (1936-1995), théologienne protestante, écrivain,
conférencière.
D'abord spécialiste des Pères de l'Église, qu'elle traduit et com-
mente, étudie également la condition féminine et participe à la réflexion
éthique de son époque, notamment la bioéthique.
Éditorialiste de La Croix, Panorama, et Réforme. Membre du ‘Haut
Conseil de la Famille’ et du ‘Comité consultatif national d’éthique’.
Tout au long de sa vie, veut sortir la société et les Églises de leur
regard condescendant à l'égard des femmes. Habitée de convictions
solides : amour de la vie, respect de l’humain, compassion pour toute
souffrance, prise en compte de la détresse des personnes, joie des
rencontres et des échanges.
« J'aime que le mot Église soit féminin, car la mission de l'Église
est féminine. Les femmes ont vraiment des choses à dire et elles ne
sont qu'au tout commencement de leur parole à elles. Parole qui sera
parfois, qui est déjà, rude à entendre. »
Kenneth White
Né en 1936, poète, écrivain et essayiste écossais, installé en France
depuis 1967, marié à une Française, Marie-Claude Charlut, « Français
d’adoption, Européen d’esprit, mondial d’inspiration ». Parcourt le monde
entier, lecteur insatiable, géographe et ornithologue. Professeur à la
Sorbonne (chaire de poétique du 20ème siècle) et à l’University of the
Highlands and Islands, anime notamment un séminaire ‘Orient et Occident’,
donne régulièrement des conférences. Auteur d’une centaine de livres.
De la partie citadine de ses origines sont nées une critique sociale et
culturelle radicale et la recherche d’éléments essentiels puisés à la fois
dans les cultures du monde et dans l’expérience directe des paysages.
C’est le « nomadisme intellectuel ». De son expérience précoce et prolon-
gée de la nature est née la conviction que, sans contact avec le non-
humain, la vie humaine s’étiole et se détériore. C’est deuxième grand
thème général de son œuvre, la « géopoétique ». Crée en 1989 l’’Institut
international de géopoétique’ qui mêle poésie, biologie, écologie, philoso-
phie et auto-analyse.
« J’ai cherché et puisé un peu partout : dans la poésie celtique,
dans le haïku japonais, dans les chants amérindiens, dans le lyrisme
provençal.
« Je n'oublie pas / que du hasard de la vie / du hasard / l'essentiel
toujours surgit." ».
Jacques Musset
Né en 1936, prêtre catholique, aumônier de lycée, animateur
de groupes bibliques. Marié en 1986, puis formateur à l'accompagne-
ment des malades en milieu hospitalier. Très marqué par la rencontre
et la lecture de Marcel Légaut. L’aventure intérieure est le thème
central de ses livres.
Déconstruit la doctrine catholique et propose des voies
alternatives, cohérentes avec le message et la pratique de Jésus et
enracinées dans la culture de la modernité actuelle.
Définit 6 conditions pour réinterpréter l'héritage évangélique :
- Abandonner la prétention à détenir la vérité.
- Concevoir la transmission comme dynamique
- Consentir à la relativité des discours religieux
- Identifier les questions essentielles sur lesquelles doit porter
l'exercice de réinterprétation
- Adopter comme méthode le débat ouvert
- Partir de l'homme et de son expérience. ../..
Jacques Musset
« Que signifient, pour un contemporain, les termes du
Credo défini au 4ème siècle par des évêques de culture grecque,
imprégnés de la philosophie du temps et s'exprimant dans des
termes dont la signification nous est étrangère ? (…)
Comment est-on est arrivé historiquement à un tel fossé
entre ce que Jésus a été, ce à quoi il appelait en paroles et en
actes, et l’imposante doctrine catholique, distorsion qui frise
l’infidélité ? Comment réinterpréter l’héritage venu du Nazaréen ?
Comment dire et vivre à nouveaux frais l’Évangile débarrassé
d’un carcan doctrinaire, dogmatique et moralisateur » ?
Pour redonner sens à l'héritage évangélique, il convient
donc de prendre un autre point de départ, non plus un discours
sur Dieu mais une réflexion sur l'expérience humaine dans toutes
ses dimensions, non plus les titres divins attribués à Jésus mais
son message et sa pratique que les travaux d'exégèse des
évangiles nous permettent de mettre en relief.
../..
Jacques Musset
« Ceux pour qui l’héritage chrétien garde sa valeur sentent la
nécessité de le réinterpréter. Ils ne peuvent plus adhérer à des
affirmations et à des représentations de Dieu qui datent d’époques
culturellement révolues. Sont en effet problématiques celles qui
présentent Dieu comme tout-puissant, omniscient, clé de voûte du
monde, maître de l’histoire, ayant un projet sur les sociétés et sur
chacune des vies humaines, révélant ses volontés aux hommes,
notamment en s’incarnant parmi eux et en déléguant à certains la
mission d’être des authentiques interprètes de ses desseins. (…)
Y a t-il une autre approche de Dieu qui soit crédible pour des
femmes et des hommes vivant dans un monde sécularisé ? Une
approche qui s’enracine dans la manière d’inventer leur existence
personnelle et sociale avec authenticité ? Est-il ainsi possible de
pressentir le mystère de Dieu à partir du mystère de l’homme ? En
quoi cette approche rejoint-elle celle de Jésus de Nazareth ? »
Guy Coq
Né en 1936, agrégé de philosophie, termine sa carrière
comme professeur à l’IUFM de Versailles. Membre du conseil de
rédaction de la revue Esprit, président de l’’Association des Amis
d’Emmanuel Mounier’.
Spécialiste et partisan de la laïcité, montre qu’elle n’est en rien
incompatible avec l’éducation religieuse à l’école, du moment qu’elle
laisse une place pleine et entière à la liberté de choix.
Cela suppose une entrée philosophique dans l’étude de la
religion. Chaque religion serait une réponse particulière à des
questions existentielles qu’il suppose universelles.
« Au-delà de la tolérance, il reste un progrès à accomplir : aimer
la différence, aimer rencontrer la position spirituelle de l’autre, là où
elle contredit la mienne, parce que l’altérité de l’autre enrichit ma
propre humanité. »
Michel Hanus
(1936-2010), psychiatre, psychologue et psychanalyste français.
Enseigne à Paris, Genève et Montréal. Dirige la ‘Société de thanato-
logie’, fondateur de la ‘Fédération européenne Vivre son deuil’.
Auteur de nombreux ouvrages sur la mort et le deuil du point de
vue génétique, psychanalytique et psychothérapeutique. Auteur* du
Grand livre de la mort à l’usage des vivants.
«La mort a toujours été ressentie par l’homme comme un mystère
douloureux, un événement tragique, voire un scandale. Alors,
lorsqu’elle nous touche concrètement, elle nous laisse d’autant plus
désemparés face à de nombreuses questions : Qu’est-ce que la mort ?
Qu’en disent la médecine, les philosophies, les religions ? Faut-il la
taire ou la parler ? Comment accompagner la fin de vie ? Que faire du
corps ? Comment célébrer les funérailles ? Qu’est-ce que le temps du
deuil ? Les rites du souvenir ? Que disent les traditions religieuses sur
un au-delà de la mort ?»
* avec Jean-Paul Guetny, Joseph Berchoud, Pierre Satet, Jacqueline Lalouette, Odon Vallet,
Jean Leonetti, Xavier Pommereau
Gabriel Maire
(1936-1989). Français, ordonné prêtre en 1963, exerce son
ministère dans le Jura.
Part en mission au Brésil, en 1980, dans une paroisse de la
banlieue de Vitoria. Combat les inégalités sociales et la corruption,
la torture et l'impunité, réclame le droit à l'emploi et à l'éducation.
Pousse des sans-terre à occuper un terrain convoité par un requin
de l'immobilier.
Défie la mafia du crime à la télévision locale le 21 décembre
1989. Le surlendemain, est tué d’une balle en plein cœur dans sa
voiture.
« Ce qui est important, ce n’est pas le nombre de personnes,
c’est la conscience de ces personnes qui peuvent transformer leur
milieu de vie (…).
La Bible, c’est vraiment de la dynamite si on veut y être
fidèle. Une Église qui ne connaît pas la persécution n’est plus
prophétique. (…) Je préfère une mort qui conduit à la vie, à une
vie qui conduit à la mort. »
Yves Louyot
(1936-2017), psychologue clinicien français, morpho-psycho-
logue, éducateur de rue pendant 25 ans, créateur de lieux de vie
(‘Belgamaire’, ‘Ébrouelle’) pour exclus sociaux jeunes et adultes,
chanteur compositeur. Auteur de 9 livres dont La longue m’arche de
Noé, Dieuvinettes, Croix-Sens, Marie, la femme qui a dit non,
Échographie de l’Amour, Église et célibat : la Résur-érection interdite.
Prêtre pendant 30 ans, franchit les limites institutionnelles de
l’Eglise catholique pour se marier et adopter une spiritualité chrétienne
de plein air.
Chercheur entre approche biblique et sciences humaines et
formateur (France, Belgique, Suisse, Afrique, etc.)
« La révélation des premières pages de la Genèse ne m’a pas
été immédiatement transmise par la lecture du texte, mais par le biais
d’une expérience professionnelle longue de 20 ans environ parmi les
exclus de la société, dans un lieu social où le langage religieux, la
notabilité ecclésiastique, l’auréole sacrée d’un savoir quasi-divin se
trouvaient soudainement incongrus, inutilisables, voire nuisibles pour
la compréhension du milieu. »
Jose Antonio Pagola
Né en 1937, prêtre espagnol licencié en théologie de l’’Université
Grégorienne de Rome’, en écritures saintes de l’’Institut Bíblique de
Rome’, diplômé en sciences bibliques de l’’École biblique de Jérusalem’,
directeur de l’’Institut de théologie et de pastorale’ de San Sebastian.
Met à la portée de chacun ce que la recherche contemporaine
peut dire avec certitude sur Jésus, de sa naissance à sa mort, fait la part
entre ce que l’on peut savoir et ce qui est hors du champ de la
connaissance.
Ne se limite pas à l’étude critique des sources littéraires, mais
demeure à l’écoute des apports les plus significatifs de l’archéologie, de
l’anthropologie culturelle, de la sociologie des sociétés agraires du bassin
méditerranéen, de l’économie.
Son ouvrage, qui a obtenu le Nihil obstat et l’Imprimatur de l’évêque de San
Sebastian, est l’objet de réserves venues du Vatican. Il indique par exemple que les
récits sur la conception et l’enfance de Jésus (évangile de Luc) se rapprochent d’un
genre littéraire appelé midras hagadico, propre à l’époque de leur rédaction, et
n’ont pas de crédibilité historique.
Naïm Ateek
Né en 1937, Palestinien, pasteur de l’Église anglicane,
fondateur du Sabeel Ecumenical Liberation Theology Center à
Jérusalem. (Sabeel : "sentier, chemin", mais aussi "ruisseau").
Articule la théologie de la libération avec la situation de la
Palestine occupée, dénonce l’occupation, la violence, la
discrimination, les violations des droits humains : mur de séparation,
colonies illégales, checkpoints, confiscation et démolition de
maisons, camps de réfugiés, dégradation de l’environnement. Lutte
pour la justice dans une visée de réconciliation.
Sabeel organise des formations pour les jeunes, les femmes,
des voyages sur les lieux saints, une vague de prière chaque
semaine le jeudi, édite la revue Cornerstone ("Pierre d’angle"), a des
relais dans le monde entier (Europe, Scandinavie, États- Unis,
Canada, Australie)
Alain Durand
Né en 1937, dominicain français. Travaille à ‘Économie et
humanisme’, dirige la revue théologique Lumière et vie, pendant 10 ans
la revue Dial, Diffusion de l’information sur l’Amérique latine. Auteur de
plusieurs ouvrages sur les pauvretés et la mondialisation, la cause des
pauvres et les responsabilités des Chrétiens dans la société, anime des
formations dans ces domaines. Membre de la ‘commission Justice et
Paix’ de la Conférence épiscopale française. Sort de son couvent de la
Tourette à l’Arbresle pour travailler auprès de personnes en difficulté et
auprès de la direction des relations humaines d'une entreprise.
« La rencontre de ceux qui sont situés à la dernière place dans
notre société est un lieu privilégié pour découvrir ce qui constitue
l'humanité de l'homme. (…) Si nous n'éprouvons pas ce sentiment de
précarité qu'il nous révèle, notre rencontre avec lui deviendra vite
condescendance. Cette expérience nous renvoie également aux
nombreux passages bibliques où nous constatons que Dieu lui-même
choisit le dernier. (…) Le choix du dernier apparaît en Jésus comme un
lieu majeur de la révélation du visage de Dieu. »
« La foi possède une force capable d'analyser, comme un
veilleur d'humanité, et d'intervenir pour la libération des hommes. »
../..
Alain Durand
« Être humain, c'est être bon, accueillant, sensible, compréhensif,
compatissant. C'est faire émerger le meilleur de nous-mêmes dans notre
comportement et faire appel à ce qu’il y a de meilleur en l'autre. (…)
Jésus ne fut ni infrahumain, ni au-delà de l'humain, il fut humain
dans toute la plénitude de sens que ce mot revêt. (…) C'est parce qu’il
fut humain à l'extrême de ce qu’est être humain que Jésus est révélateur
de Dieu. Son Dieu se révèle en lui comme le plus humain de l'humain.
Dieu n'est pas au-delà de l'humain, il en est la plénitude indépassable,
absolue. (…)
Si l’homme reste un mystère à ses propres yeux, à plus forte
raison celui qui est plus humain que les humains est-il au-delà de nos
pensées. Parce qu’il est créé à l'image de Dieu, l'homme est inconnais-
sable en son fond, comme Dieu lui-même. (…)
Nommer Dieu à partir de ce qu’il y a de meilleur en nous et
affirmer simultanément que nous ne le connaissons pas en dehors de la
relation qu’il entretient avec nous. »
Lucien Converset
Prêtre catholique français né en 1937, appelé familièrement Lulu. En
1959, appelé à faire la guerre en Algérie. “Le seul chemin d’ouverture et de
libération, écrira-t-il, est l’engagement non-violent. C’est en Algérie que je
l’aurai découvert de manière fondamentale”. Plus tard, renvoie son livret
militaire.
Le 25 mars 2012, âgé de 75 ans, part à pied de sa ville natale de
Dampierre (Jura), accompagné de son âne Isidore, afin de demander la
paix pour le monde. Atteint Bethléem (Palestine) le 17 juin 2013.
Dans la nuit suivante, fait un rêve dont il fait part aux évêques de
France :
« J’ai fait un rêve. (…) Tous les évêques de France, vous vous étiez
donné le mot de vous réunir devant l’Élysée au moment du conseil des
ministres. Vous manifestiez pour demander l’arrêt de l’armement nucléaire
de la France de manière unilatérale.(…) Un autre disait : « Si nous
continuons à nous taire, ce sont les pierres qui se mettront à crier. »
Cofondateur du groupe ‘Agir pour le Désarmement nucléaire (ADN
Jura), s’investit pour l’adhésion de la France au ‘Traité sur l’interdiction des
armes nucléaires’ (TIAN) et le reconversion des sites du CEA-DAM
travaillant sur les armes nucléaires.
Stanislaus Lourduswamy
(1937- 2021), connu sous le nom de Stan Swamy, jésuite indien.
Études de théologie et maîtrise en sociologie aux Philippines. Au
cours de ses études, se lie d'amitié avec l'archevêque brésilien Helder
Camara, dont le travail avec les pauvres le marque. De 1975 à 1986,
directeur de l’Indian Social Institute de Bangalore, institut de recherche et
action sociale dirigé par la Compagnie de Jésus.
Préférant l’engagement sur le terrain et le contact avec les pauvres,
retourne à Chaibasa dans le Jharkhand où il œuvre au service du Jhar-
khandi Organisation for Human Rights (JOHAR). Y est très actif dans
l’organisation de ‘panchayats’ (comités locaux de gestion) villageois et de
groupes de prise de conscience parmi les indigènes (adivasi). Vers 2005, à
Ranchi, la capitale du Jharkhand, fonde le Bagaicha Social Center, un
centre pour la recherche et formation sociale, poursuit les mêmes activités
au service des populations tribales du Chotanagpur.
En oct. 2020, est arrêté par la National Investigation Agency [NIA]. On
l’accuse d’avoir eu un rôle dans les affrontements de Bhima Koregaon en
2018 à Puna entre basses castes et hautes castes, et d’avoir des liens
avec le Parti communiste-maoïste de l’Inde, ce qu’il dénie. Décède du
COVID-19 et de la maladie de Parkinson à l'hôpital de la Sainte Famille à
Bombay après y avoir été transféré de la prison de Taloja où il était détenu.
Image du haut : Statue de S.L dans le Bagaicha Social Centre de Ranchi
Christian de Chergé
(1937-1996). Religieux français. Pendant la guerre d’Algérie, est
protégé de la mort par un garde champêtre algérien père de 10 enfants,
Mohamed, retrouvé assassiné le lendemain.
Religieux cistercien trappiste, arrive en 1971 au monastère ‘Notre-
Dame de l’Atlas’ à Tibhirine, dont il devient prieur en 1984.
Parle arabe, a une connaissance approfondie et une grande
estime pour l’islam et la culture arabe.
En 1979, fonde avec Claude Rault, Père Blanc devenu évêque du
Sahara, le groupe Ribât-el-Salâm ("Le lien de la paix"), qui échange sur la
tradition et la spiritualité musulmanes. A un dialogue intense en 1982 avec
Jacques et Simone de Bollardière en visite à Tibhirine.
Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, une vingtaine d’hommes
armés enlèvent sept moines du monastère.
Photo du bas : Claude Rault, évêque de Laghouat ../..
Christian de Chergé
et les moines de Tibhirine
Un message du ‘Groupement Islamique Armé’ (GIA) annonce
qu’ils ont été égorgés le 21 mai 1996. Leurs têtes sont
retrouvées le 30 mai.
« Dans la Passion de Jésus, il nous faut bien reconnaître le
témoignage, le "martyre" de la non-violence. »
« S’il m’arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd’hui - d’être victime
du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les
étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon
Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à
ce pays. (...)
Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu
faisais, oui, pour toi aussi je le veux, ce Merci, et cet A-Dieu envisagé
pour toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,
en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. »
François Bovon
(1938-2013), Suisse, pasteur protestant et professeur universitaire
de théologie et d’exégèse. Doctorat en théologie à l'université de Bâle,
professeur de 1967 à 1993 à la ‘Faculté autonome de théologie protes-
tante’ de Genève.
Professeur à la Divinity School de l’Université de Harvard où il
développe l’étude de la littérature apocryphe chrétienne. Consacre
plusieurs ouvrages à l'évangéliste Luc.
Replace les livres du Nouveau Testament et notamment les
évangiles dans le contexte des 1er et 2ème siècles. À cette époque, ils
n’étaient pas encore considérés comme ‟écriture sainte” mais se
trouvaient mêlés à tous les autres textes religieux concernant Jésus,
que nous appelons aujourd'hui ‟apocryphes”.
« Fils de Dieu signifie participant à la divinité de Dieu. »
« L’expression ‟apocryphe” doit être entendue en son sens large
de littérature relative à Jésus et aux apôtres qui n'a pas été intégrée au
Canon, et non au sens restreint et ‟tendancieuse” de littérature
‟secrète” propre à diverses sectes. » ../..
François Bovon
« Les évangélistes ont pratiqué sans vergogne ce que les Pères
reprocheront plus tard aux hérétiques, à savoir d'avoir manipulé des
sources relatives à Jésus et puisé à l'occasion dans des documents
antérieurs, avant de les faire disparaître. »
« Changer notre regard, c'est s'habituer à ce qui est encore une
‟chose curieuse” pour des spécialistes de critique textuelle, à savoir
que seuls cinq manuscrits sur les trois cent et quelques onciaux* que
nous possédons transmettent le Nouveau Testament dans son
intégralité. »
« Je suis opposé à la lecture que les charismatiques font
volontiers de son évangile (de Luc). À ceux qui aspirent à l’immédia-
teté avec le divin et qui attendent la venue du Saint Esprit, Luc répond
par les médiations humaines. C’est-à-dire qu’il n’y pas d’accès direct à
Dieu, mais que celui-ci est toujours médiatisé par quelque chose
d’humain, de concret, de contingent. »
* Les manuscrits du Nouveau Testament rédigés en lettres capitales grecques dites onciales
sont les plus anciens.
Robert Ageneau
(1938-2022), éditeur français. Membre de la congrégation des
Spiritains, active en Afrique, à Madagascar et dans les Caraïbes. Avec
son collègue Denis Pryen (né en 1939), travaille de 1969 à 1974 à la
revue Spiritus. Revenus tous deux à l’état laïque, cofondent en 1975 les
éditions L’Harmattan*, maison tiers-mondiste avec une coloration
chrétienne.
Fondateur en 1980 des éditions Karthala avec deux collègues
issus de L’Harmattan, en lien avec des auteurs, politistes et universi-
taires comme Jean-François Bayart (politologue), Jean-Pierre Chrétien
(historien et africaniste), Françoise Raison (historienne), Jean Devisse
(historien et africaniste), Sophie Dulucq (historienne et africaniste), etc.
Éditeur et copropriétaire de la revue Politique africaine.
Parmi les collections de Karthala, ‘Chrétiens en liberté’,
‘Religions contemporaines’, ‘Sens et conscience’, ‘Signes des temps’,
‘Terres et gens d’islam’.
Coauteur, avec Serge Couderc, Robert Dumont, Jacques
Musset et Jean-Marie de Bourqueney, du Manifeste pour un christia-
nisme d’avenir (2020)
* L’harmattan est un vent d’Afrique de l’Ouest
Rosette Poletti
Née en 1938, ex-infirmière suisse en soins généraux et en psychiatrie.
Docteure en sciences de l'éducation à la Columbia University de New-
York, enseigne à la Pace University de New York.
Y effectue de nombreux travaux en recherche clinique infirmière,
notamment au sujet du deuil, de l'autonomie et de l'accompagnement de
fin de vie.
Rentrée en Suisse, exerce la psychothérapie.
Responsable d'un centre de formation à l'accompagnement des
personnes en difficulté, travaille comme experte auprès de l‘’Organisation
Mondiale de la Santé’ (OMS).
« Le deuil d'un être aimé est particulièrement difficile à vivre, mais la
brisure du divorce, la fin d'une relation intime, l'éloignement de ceux qu'on
aime, la perte de son emploi, d'aspects de soi-même lors de maladie ou
d'accidents, la perte de possessions, de buts, d'idéal, toutes ces pertes
nécessitent un cheminement nommé processus de deuil. Ce processus
est un parcours sinueux avec des montées et des descentes. Il représente
une expérience intense sur les plans physique, émotionnel, mental et
spirituel. »
../..
Rosette Poletti
« Accepter ce qui est, c’est parfois n’avoir pas d’autre choix
que de faire le deuil de ce qui était, de ce qui aurait pu être, de ce
qui aurait dû être, pour vivre aussi pleinement que possible la
réalité de l’instant présent et tenter de lui donner du sens.
Accepter ce qui est, c’est le prélude indispensable à toute
croissance personnelle, à toute recherche de solution, à toute
paix intérieure. »
« Se désencombrer c'est : Se désencombrer matériellement
(…). Se désencombrer sur les plans mental et cognitif (…). Se
désencombrer émotionnellement : laisser partir les résidus
émotionnels douloureux, haines, ressentiments, rancunes et
savoir " terminer " un deuil. Se désencombrer spirituellement : se
libérer des " vérités assénées " par notre éducation et nos
traditions et redonner un sens à cette quête spirituelle de
l'essentiel propre à tout être humain. Ce n'est qu'au prix de ce
désencombrement que l'on peut devenir "sujet agissant " de sa
propre histoire et accéder à la joie. »
Leonardo Boff
Né en 1938, franciscain brésilien, docteur en philosophie et
en théologie, penseur de la théologie de la libération qu'il lie au
combat écologique. Enseigne la théologie et exerce des responsa-
bilités au sein de la conférence épiscopale du Brésil. jusqu'à
l'interdiction de prédication venue de Rome.
Le Vatican lui intime "silence et obéissance" en 1985. Quitte
ensuite le sacerdoce et le célibat pour continuer son combat pour
les démunis. ‘Prix Nobel alternatif’ en 2001.
« L'écologie doit être comprise non pas comme un procédé
technique de gestion des ressources, mais un art, un nouveau
paradigme de la relation des êtres humains à la terre et la nature.
Sinon, la terre va continuer, mais sans nous, sans êtres humains. »
« La solidarité, la compassion, la communion et l'amour. Ces
valeurs et les pouvoirs intérieurs peuvent jeter les bases d'un
nouveau paradigme de la civilisation, la civilisation de l'humanité
réunie dans la maison commune, sur la planète Terre. »
Xavier Thévenot
(1938-2004), prêtre salésien français, professeur de morale à
l‘’Institut catholique de Paris’.
Définit la morale comme « ce à quoi le genre humain s'oblige
quand il veut donner un sens à sa vie », comme « un ensemble de
règles, de valeurs qui permettent de trouver peu à peu et librement
des chemins d'humanisation et de bonheur ».
Définit ainsi les 3 tentations de la nature humaine :
1) La tentation d’un monde sans faille (incapacité à accepter l’échec,
la mort, à vivre avec humilité, à accepter ses limites).
2) La tentation de l’indifférenciation (en opposition avec l’altérité et la
promotion de l’autre. L’altérité, c’est reconnaître l’autre distinct, diffé-
rent et unique).
3) La tentation de la toute-puissance (refus de vivre dans le réel,
d’ajuster son rapport aux troubles et aux plaisirs)
« La souffrance n'est pas rédemptrice, c'est-à-dire libératrice.
Déshumanisante au contraire car, loin de libérer, elle aliène. Elle ne
fait donc pas plaisir à Dieu. Ce qui plaît au Créateur, c'est que
l'homme s'humanise. Ce qui est rédempteur, ce n'est pas la
souffrance elle-même, mais la tentative que l'on fait pour sortir de soi
au cœur de l'épreuve. »
Richard E. Rubenstein
(né en 1938), écrivain états-unien, ex-avocat, professeur de
science politique et directeur du ‘Centre d’analyse et de résolution des
conflits’ à l’université George Mason. Dans les années 1970, il
membre actif des mouvements pour la paix, l'égalité des droits et la
justice sociale. À Chicago, aide à organiser des marches contre la
guerre du Vietnam, soutient le mouvement Black Power.
S’intéresse à "l’affaire Arius" et à la controverse sur la divinité de
Jésus dans le christianisme primitif, retrace ainsi les étapes de la
divinisation de Jésus : le Christ cosmique de Paul; le Messie de Marc;
le Logos de Jean, entité céleste; le concile de Nicée en 325.
S’intéresse à la redécouverte d’Aristote par les Chrétiens, les
Musulmans et les Juifs au Moyen Âge, à la vision morale et politique
d’Isaïe et Jérémie.
Montre avec humour et dans un style alerte que les premiers
conciles (Nicée, convoqué en 325 par l’empereur Constantin; Éphèse,
convoqué en 431 par l’empereur Théodose II ; Chalcédoine, convo-
qué en 451 par l’empereur Marcien ; Constantinople III, convoqué en
681 par l’empereur Constantin IV, etc.), répondaient à des visées
politiques.
Jon Sobrino
Né en 1938, prêtre jésuite et théologien salvadorien d'origine
basque espagnole. Un des principaux représentants de la théologie de la
libération.
Échappe en novembre 1989 à un assassinat commandité par le
gouvernement salvadorien qui coûte la vie à 6 de ses compagnons
jésuites, leur femme de ménage et sa fille de 15 ans.
Considère que la foi ne se cherche pas dans une confession de
dogmes, une orthodoxie, mais dans une orthopraxie militante.
La ‘Congrégation pour la doctrine de la foi’ condamne en 2007 deux
de ses ouvrages théologiques majeurs. Cette condamnation scandalise la
plupart des théologiens catholiques. Réhabilité par le pape François.
Regrette que l’Église catholique ait, ces dernières années, poussé
les fidèles « dans une religiosité plus de dévotions que d’engagement ».
« J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : on a assassiné
toute ma communauté, toute ma famille. Et j’ai une bonne nouvelle à vous
annoncer : j’ai vécu avec des gens de bien, défenseurs des pauvres, de
la vérité et de la justice ». ../..
Jon Sobrino
« Voilà ce que doit faire l’Église. Dire la vérité, dire que ce
qui se passe aujourd’hui est un désastre. Défendre les pauvres,
c’est-à-dire, non seulement les aider, mais être à leurs côtés
contre les oppresseurs, quels qu’ils soient. »
« Jésus s’est montré miséricordieux. Non seulement il
soulagea et aida, mais il prit la défense des victimes. La
miséricorde qui s’achève sur la croix ajoute deux caractéris-
tiques à celle du bon Samaritain : elle est conflictuelle et elle est
conséquente jusqu’à la croix.
(L’Eglise) est-elle prête aujourd’hui à courir ce risque de Jésus
qui a été tué ? ».
Frans van der Lugt
(1938-2014), prêtre jésuite néerlandais. Études de théologie à
Amsterdam, à Beyrouth, en Syrie (Homs) et de psychologie à Lyon.
À Alep (Syrie) de 1976 à 1987, utilise ses compétences de psycho-
thérapeute pour ouvrir le centre Al Ard à Qousseir (Kseer, Al-Qusayr) près
de Homs afin d'accueillir des handicapés mentaux et contribuer au
dialogue interreligieux. De 1987 à 1993, est en poste à Damas, avant
d'être transféré à Homs. En 2011, au début des conflits syriens, doit
quitter Al Ard, mais choisit de rester dans Bustan al-Diwan, le quartier
chrétien de Homs et ouvre le centre d’aide aux victimes de la guerre.
En janvier 2014, lance un appel dans une vidéo mise en ligne sur
YouTube, où il décrit la difficile situation à Homs pendant le siège. En
février, dans une rare entrevue donnée à la presse, déclare : « Le peuple
syrien m'a tant donné, tant de gentillesse, tant d'inspiration, et tout ce que
je possède. Maintenant qu'il souffre, je dois partager sa peine et ses
difficultés. [...] Je suis le seul prêtre et le seul étranger à être resté. Mais
je ne me sens pas comme un étranger, mais comme un arabe parmi les
arabes. »
Le 7 avril 2014, dans le jardin de sa résidence de Homs, est tué
par des hommes armés, probablement des membres du ‘Front al Nosra’*.
* groupe rebelle et terroriste, d'idéologie salafiste djihadiste, apparu en 2012 dans le contexte
de la guerre civile syrienne et affilié à Al-Qaïda.
Marie-Noëlle Thabut
Née en 1939, bibliste française. Laïque et mère de famille, bibliste
dans le diocèse de Versailles, musicienne (flûte traversière). Études de droit,
puis de théologie à ‘l’Institut Catholique de Paris’, en pleine période d’expéri-
mentations postconciliaires. Retravaille le grec, apprend l’hébreu. L'amour de
la Bible lui vient d'une femme, Germaine Colas, qui donne des formations
bibliques pour les laïcs dans le diocèse de Versailles. Avec un grand sens
pédagogique, fait partager sa passion pour la Bible à travers des formations,
des conférences et des voyages. Pionnière dans l’Église catholique, vulgari-
satrice de talent, a redonné le goût de la Bible à des générations de
croyants. S’inspire du laboureur de La Fontaine pour la devise de ses
émissions sur la Bible : « Un trésor est caché dedans », ce trésor étant le
« dessein bienveillant de Dieu ».
Dans Les grandes figures de la Bible, les personnages les plus
fondamentaux des traditions juive et chrétienne sont présentés avec un
souci constant de la narration, mais aussi une fine contextualisation histo-
rique et une recherche du sens spirituel de leur destinée.
Conteste avec vigueur l’idée d’« offrir ses souffrances ». « Prier
pour garder la force de sourire, oui, mais Dieu ne veut pas nos souffrances,
d’où sort-on cela ? ».
« La Bible a changé ma vision de Dieu. »
Lionel Tardif
Né en 1938, cinéaste français, écrivain et metteur en scène de
théâtre. Travaille en usine jusqu’à 32 ans.
Crée avec Henri Langlois en 1972 l’antenne de la ‘Cinémathè-
que Française’ à Tours, depuis lors fait connaître le patrimoine
cinématographique mondial.
Directeur de 1971 à 1988 du ‘Centre culturel du Beffroi’ à
Tours dont il fait un laboratoire transculturel : quinzaines culturelles sur
des pays de riches traditions, symposiums internationaux sur ‟la
nouvelle conscience”, enseignements sur les grands courants religieux
du monde.
« L'humanité est en train de s'abîmer à nouveau dans un
manque total de conscience. Les habitants de la Terre célèbrent le dieu
argent au détriment de la connaissance de soi et de l’amour. (…)
. L'ambition de mon livre est d’ouvrir à une autre compréhension
du monde à la lumière des Anciens et des penseurs d'aujourd'hui, pour
construire notre véritable vocation, qui est divine. »
Swami Agnivesh
Né en 1939, juriste et économiste indien, homme politique,
réformateur de la tradition hindouiste, ancien membre de l'Assemblée
législative de l'État indien de l'Haryana, intellectuel et journaliste.
Fonde en 1981 le Bandhu Mukti Morcha (‘Front de libération
contre le travail servile’) pour lutter contre les nouvelles formes
d’esclavage. Fonde et préside le World Council of Arya Samaj, combat
le système des castes, les avortements de fœtus féminins,
l’alcoolisme.
Fondateur du Sarva Dharma Sansad (‘Parlement des Reli-
gions’).
En 2005, menacé de mort par les hindouistes nationalistes car
il déclare que le Temple de Jagannath Puri doit être ouvert aux non-
hindous.
Végétarien, soutien actif du mouvement non-violent Ekta
Parishad. Dénonce les dérives des religions, la dette du Tiers-
Monde, ​​l'impérialisme culturel, la surconsommation des riches.
../..
Swami Agnivesh
« Pour nous battre contre l’impérialisme culturel matérialiste
et hédoniste, nous devons lancer un mouvement basé sur une
vision spirituelle de la dignité humaine. »
« Je n'ai jamais été capable de compartimenter la religion, la
politique et l'action sociale. La quête spirituelle depuis des siècles
est restée très individualiste, c’est là une perversion très grave. Au
contraire, la spiritualité devrait être une source de transformation
sociétale. »
« La tâche de ceux qui sont spirituellement éclairés n'est
pas de promouvoir une religion particulière, et encore moins
d'opposer une religion à une autre. Elle consiste à identifier les
facteurs d’humanité qui existent au sein de toutes les religions.
« Tant que les religions ne donneront pas aux femmes
une place égale à celle des hommes, il ne pourra y avoir ni paix
ni justice dans le monde .»
Bernie Glassman
Né en 1939, états-unien d’origine polonaise et juive, enseignant zen,
premier successeur du maître japonais Taizan Maezumi Rôshi (1931-
1995). Ne conçoit la compassion bouddhiste que dans le cadre d'un
engagement social.
À la fin des années 1980, entreprend des programmes sociaux pour
les SDF et les populations défavorisées de New York.
Dans un souci d'adaptation du bouddhisme et d'élargissement de
son travail, créé la Peacemaker Community, communauté interreligieuse
dont les membres s'engagent à œuvrer pour la paix, qu'elle soit intérieure
ou globale.
Invite ses disciples à se confronter aux enjeux de la société :
pauvreté, écologie, éducation, SIDA, etc.
Organise des retraites interreligieuses, notamment sur les lieux de
génocides (Auschwitz, Rwanda).
« Pour lutter contre les divisions, je peux avoir recours à tous les
moyens : l'art, la politique, l'économie, la médecine. Nous disons que tout
est poison lorsqu'on est centré sur l'ego. Et que tout est vertu, si l'on agit
sans ego. »
Stuart Kauffman
Né en1939, médecin et biologiste théorique étatsunien, professeur à
l’université de Chicago puis de Pennsylvanie, médaille Wiener et prix
McArthur. Chercheur de la théorie de la complexité, « humaniste laïque »
selon ses propres termes, penseur visionnaire aux frontières de la science.
Déclare catégoriquement être un athée du « Dieu » théiste, entité suprême
omnipotente, créatrice, personnelle, distincte du monde, et tout aussi
catégoriquement, alors que le XXIe siècle avance à grands pas, pour sauver
l’humanité et la communauté des vivants, que nous devons redécouvrir et
reconnaître le caractère sacré de l’univers, et que le vieux mot ‘Dieu’ peut
encore nous être utile et nécessaire pour nous référer précisément à ce
caractère sacré et pour vivre en accord avec lui. Bien sûr, cela nécessite de
réinventer Dieu ou le sacré . « Créativité » lui semble être l’une des concréti-
sations métaphoriques les plus évocatrices du Mystère des mystères, du
Réel de toutes les réalités, de ce qu’on appelle « Dieu ».
Il est nécessaire, dit-il, de « réinventer le sacré naturel » ou le « Dieu
naturel ». Le « sacré » ne s’oppose pas « au profane », ni « naturel » ne
signifie quelque chose de subordonné à « surnaturel ». « Naturel » désigne
l’ensemble de la nature, l’univers de tout ce qui existe, et « sacré » est toute
la nature dans la mesure où elle suscite l’émerveillement, la révérence, le
respect, la responsabilité.
Bruno Mori
(1929-2023), théologien italien naturalisé canadien. Études de
philosophie et de théologie à Rome’. Prêtre, religieux de ‘l’Ordre des
Chanoines Réguliers’. Vit à Montréal (Québec) depuis 1978, pendant 22
ans y dirige le ‘Service de Documentation Pastorale’ (SDP), grande
librairie de langue française spécialisée en littérature religieuse, puis au
service d’une communauté chrétienne italo-francophone dans le diocèse
de Montréal. A beaucoup écrit sur l’état de l’Église catholique et de la
religion dans la modernité.
Propose un récit du Cosmos, de sa naissance, de son expansion, de
l’évolution qui a mené la planète Terre à la vie et à l’homo sapiens. Les
humains ont désormais à prendre en main l’avenir écologique de leur
planète. Cette communion avec un Univers infini suscite l’émerveillement
et va de pair avec la conscience que nous faisons partie d’un tout en
devenir. Dans ce contexte, propose une redécouverte de Jésus de
Nazareth et de l’énorme valeur spirituelle de la "voie" qu’il a laissée. Une
voie qui nous invite à devenir plus humains et qui nous ouvre à une autre
réalité de Dieu, perçue par les croyants comme la dimension profonde du
Cosmos, le coeur qui fait battre, l’Énergie amoureuse... ../..
Bruno Mori
« La métaphore de la créativité nous amène au-delà d’un panthéisme
grossier dans lequel tous les êtres seraient des parties de "Dieu" et "Dieu"
serait la somme de toutes les parties. La créativité pourrait être conciliée
avec le panenthéisme (du grec pan en Theó : ’tout en Dieu’), en ce sens
que tous les êtres sommes en Dieu, mais sans imaginer que Dieu est
quelque chose ou quelqu’un en qui nous sommes. La créativité pourrait
peut-être être mieux exprimée par le terme de théoenpantisme (« Theós en
panti : ‘Dieu en tout’) – un néologisme que je me permets de proposer –
dans la mesure où Dieu n’est que dans les êtres, comme le mystère de la
créativité ou la puissance d’être-faire qui les anime. »
En tout cas, il ne s’agit pas d’utiliser un mot ou un autre, de subs-
tituer un nom à un autre. Il ne s’agit pas non plus de croire ou de cesser de
croire en quelque chose. Il s’agit de créer, de nous laisser créer et d’être
des agents de la créativité sacrée, à savoir que là où il y a la guerre, nous
mettions la paix, là où il y a la haine, nous mettions le pardon, là où il y a la
mort, nous mettions la vie et là où il y a la destruction, nous mettions la
création ».
Marie Balmary
Née "vers 1939", psychanalyste clinicienne agnostique, écrivain
et conférencière française.
Essaye de comprendre les bouleversements et les souffrances
accompagnant l'émergence d'une parole qui devrait pourtant être
libératrice.
S’intéresse à la Bible, « première fondation et première histoire
de la parole », persuadée qu'on y trouve les remèdes pour guérir la
civilisation judéo-chrétienne de ses maladies.
Consacre dix ans à apprendre l'hébreu, le grec ancien et l’exé-
gèse pour serrer le texte au plus près.
« Ruth reprit :
- Je crois qu'il y a une religion universelle avec laquelle on ne compte
pas assez : c'est justement celle que combattent tous les penseurs,
Freud y compris. ../..
Marie Balmary
Cette religion n'a pas de nom, ou plutôt elle a tous les noms,
christianisme, judaïsme ou islam, mais elle consiste aussi bien
dans toute conformité absolue à un ordre, une caste, une classe.
En fait, elle traverse toutes les religions et même les idéologies
athées : c'est celle du dieu obscur qui demande à l'homme le
sacrifice de sa pensée, le renoncement à sa conscience.
- À quoi la repérez-vous, cette religion ?
- À ses effets de mort psychique. Il me semble qu'elle se trouve là
où le Bien - dont elle détiendrait la définition - a fait disparaître
jusqu'au désir de vérité. Je crains que la raison démocratique,
scientifique, ne suffise pas pour la combattre. Pas même pour la
signaler. La seule religion qui pourrait m'intéresser serait celle qui
donnerait aux humains deux choses que les religions d'habitude
leur retirent : la conscience de ce faux dieu et surtout l'autorité pour
le mettre dehors ».
Jean-Marie Muller
(1939-2021), philosophe français, conférencier, formateur,
théoricien et praticien de la non-violence, auteur de plus de 30 livres sur
le sujet. « Dans un monde si gravement malade de la violence qu’il
risque d’en mourir", déplore "l’incapacité des grandes religions à
comprendre les enjeux spirituels et politiques de la non-violence ».
Reproche aux trois grandes religions monothéistes de prétendre
avoir reçu en dépôt "la parole de Dieu" alors qu’il s’agit de la parole
d’hommes inspirés, et, pour tout dire, plus ou moins bien inspirés selon
les personnes et selon les circonstances qui les inspirent…
« L’urgence absolue pour les croyants, c’est de se détourner de
leurs querelles portant sur les dogmes de leur foi en Dieu, pour
s’accorder sur les exigences de leur amour envers les hommes. »
« En tout homme, la lumière de l’attention, l’intelligence du cœur,
l’exigence de la conscience et la connaissance de la raison orientent le
choix de la liberté et la décision de sa volonté en le conduisant sur la
voie de la sagesse et de la vérité ».
« En fait, c’est par la bonté envers l’autre homme, et non par la
foi en Dieu, que l’homme s’ouvre à la transcendance. »
../..
Jean-Marie Muller
S’insurge notamment contre le fait que la liturgie de la nuit
pascale continue à mettre en avant par les textes et par les chants
(« Il a jeté à l’eau cheval et cavalier ») l’image d’un dieu guerrier qui
noie les armées du Pharaon, alors qu’il s’agit d’un récit symbolique
dénué de vérité historique.
Dénonce aussi le silence embarrassé des biblistes,
exégètes et théologiens face au récit d’Ananie et Saphire dans les
Actes des apôtres (Ac. 5, 1-11). Ayant vendu une propriété et gardé
pour eux une partie du prix de vente, tout en feignant de la remettre
toute entière à la communauté chrétienne, les époux meurent
subitement, soi-disant foudroyés par la justice divine après avoir
entendu les reproches de Pierre.
Calvin n’hésitera pas à se référer à l’exemple de Pierre pour justifier la
mise à mort sur le bûcher de Michel Servet.
Image du bas : La Mort d'Ananie et Saphire par Aubin Vouet, 1632
Voir aussi J.-M. Muller dans le trombinoscope de la non-violence
André Myre
Né en 1939, écrivain, conférencier et animateur canadien. Jésuite en
1960. Docteur en études hébraïques, bibliste, professeur de Nouveau
Testament à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal (1970-
1997). Participe à la traduction de la Bible parue aux Éditions Bayard et
Médiaspaul en 2001, et à l’élaboration du Nouveau Vocabulaire Biblique. Se
marie en 1997.
Auteur d’un ouvrage sur la source pré-évangélique désignée dans la
littérature savante sous le sigle Q ( Quelle : source), d’un commentaire
contemporain de l’évangile de Jean, d’une présentation décapante de Jésus
de Nazareth.
Dans son enquête approfondie sur la prière, Prier autrement (2018)
comme elle est décrite dans les évangiles, loin d’être dépeinte comme une
activité proprement religieuse et contemplative, la prière se trouve plutôt
dans les petites attentions du quotidien.
« De ma longue fréquentation de mes frères jésuites, j’ai appris la
valeur de la liberté. De leur engagement, j’ai appris que l’existence doit
s’interpréter à partir de l’expérience des petites gens. De ma propre expé-
rience de la Bible, j’ai appris que Dieu était en lutte contre tous les systèmes
qui oppriment les humains, y compris et surtout les systèmes religieux. (…).
De la vie, j’ai appris qu’il était impossible de devenir humain sans se mettre
à l’écoute de cette mystérieuse voix intérieure impossible à harnacher. »
Eugen Drewermann
Né en 1940, théologien allemand en rupture de ban avec
l’Église catholique, psychanalyste jungien.
Interdit d'enseignement à l'université catholique par l'archevê-
que de Paderborn en 1994, à la suite du succès de son livre
Fonctionnaires de Dieu en 1989 et de ses travaux comparatistes sur le
« récit chrétien de la naissance virginale du "Fils de Dieu" et de sa
résurrection ».
Psychothérapeute et conférencier sur les questions de religion,
de présentation de la Bible, d'analyse des contes populaires ou autour
des relations entre l'animal et l'homme. Auteur de 40 ouvrages.
« Jésus n'a pas cherché à imposer un nouveau dogme ex
cathedra. Il a simplement voulu rendre la vie plus humaine, apaiser les
angoisses et abolir les frontières entre les êtres humains. L'Église a
malheureusement transformé ce message de liberté et d'amour nourri
de confiance en un système dogmatique fondé sur la peur. Le dogme
n'est rien d'autre qu'une violence institutionnalisée. »
../..
Eugen Drewermann
« Sont issus d’une naissance virginale non seulement le
pharaon - le jour de son accession au trône ! - mais aussi le
Bouddha, conçu vers 500 avant J.-C. par la reine Mahamaya et
l’opération d’un éléphant blanc, ainsi que le dieu aztèque
Huitzilopochtli.
En fait, lequel des "grands" dans l’histoire des hommes n’a pas
été conçu et enfanté dans la virginité ? Platon, Alexandre,
Romulus et Remus…
En fin de compte, le symbole de la naissance virginale
s’était, dès l’Antiquité, dégradé en un simple détail accessoire, et
il n’a pas fallu moins que la profonde ferveur religieuse des
premiers chrétiens pour lui restituer son éclat initial - encore
qu’avec cette ombre qu’a jetée sur lui le funeste contresens qui
lui prêtait une réalité historique. »
../..
Eugen Drewermann
« La religion est trop souvent un moyen de domination,
d’oppression et d’aliénation. Mais si elle prend pour fondement
l’homme, elle est essentielle au sujet en marche vers sa liberté, car
seul l’amour qu’elle fait connaître peut donner la force de vaincre
l’angoisse et le désespoir face à la vie, à la souffrance et à la mort ».
« L’angoisse existentielle est à la racine de divers maux contempo-
rains. Dès lors la tâche de l’homme, et celle de la religion, est de
rendre le monde plus humain : redécouvrir la caractère sacré de la
nature, libérer l’homme de l’oppression et de l’aliénation, guérir la
personne des ses blessures psychiques, lui rendre son autonomie
dans son rapport avec Dieu ».
Voir aussi E. D. in trombinoscope Écologie et Altercroissance
Régis Debray
Né en 1940, Français, normalien, docteur en philosophie, compagnon
de Fidel Castro, suit Che Guevara en Bolivie. Chargé de mission pour les
relations internationales auprès du Président F. Mitterrand.
À l'initiative de la création en 2002 de l’’Institut européen en sciences
des religions’.
Chargé par le gouvernement d’une mission pour créer un enseigne-
ment du fait religieux dans l’école laïque, présente en février 2002 un
rapport sur ce thème.
Crée en 2005 la revue Médium,Transmettre pour innover.
« Il n’y a pas de société sans transcendance. Celle-ci est nécessaire à
la cohésion sociale. Le sacré est déterminé par la transmission
d'information, que j’appelle la médiologie, étude des supports de
transmission des messages qui transforment les mœurs, les rapports au
pouvoir, au savoir. Par exemple les textes sacrés comme la Bible,
l’imprimerie, Internet ».
« Les religions donnent sens à la vie, les rites donnent vie au sens. »
Régis Debray
« Philosopher veut dire aller à ciel ouvert ou vent debout, pour
regarder les gens et s’étonner de leurs façons de faire; ou encore
rapprocher les images du petit écran des trésors de nos bibliothèques
pour chercher, à ses risques et périls, quelle cohérence se dégage du
rapprochement »
« L’homme, animal doué de raison, est le seul qui tue son congé-
nère par conviction, et non sous l’empire du besoin. Pour avoir hon-
neur, raison, prestige, et non pas la vie sauve. Le seul qui transforme
son agressivité en institution, duel ou guerre sainte. »
« Entre le tout-au-sacré et le zéro-sacré, souhaitons que se trace
un jour la voie du milieu. Dieu est encore aujourd’hui le seul antidépres-
seur délivré sans ordonnance. »
« Mais pharmacos, c’est poison et remède, et tout ce qui guérit
peut rendre malade. Si le fanatisme est à la foi ce que l’addiction est à
l’habitude, on ne saurait trop recommander une consommation maî-
trisée pour prévenir toute théodépendance chez le sujet croyant. Pour
les maladies de l’âme, le marché perdu en Europe par l’industrie
religieuse a été récupéré par l’industrie pharmaceutique, les deux
fabriquant sans doute, en partie, les maux qu’elles excellent à soigner »
Michel Benoît
Dominique Sébire, né en 1940, Français, docteur en biologie,
moine bénédictin pendant 20 ans à St Benoît-sur-Loire (d’où son nom
d’écriture), théologien, spécialiste des origines de l'Église, écivain,
conférencier.
Quitte son Ordre en 1984, sa hiérarchie désapprouvant ses
recherches sur la vie et la personnalité de Jésus.
Apporte une explication nouvelle et argumentée de la mort de Judas
à partir de Ac. 1 -17. Émet l’hypothèse que le corps de Jésus a été
enlevé du tombeau par les Esséniens.
Affirme que le prophète Jésus a été divinisé, compare son
l’expérience d’éveil du Nazaréen à celle du Bouddha. Pour les deux, le
résultat a été la transformation de leur regard sur les êtres et sur le
monde. Les deux sont parvenus à la même liberté totale envers leurs
traditions respectives.
«Aucune apocalypse n’a jamais annoncé la fin du monde, mais
seulement sa transformation radicale, la fin d'un monde et la naissance
d'un autre ».
« Je crois, non pas en sacrifiant ma raison, mais en la mettant
honnêtement face à l’incompréhensible complexité d’un monde qui –
sans l’équivalent d’un ‘’Dieu’’-, n’aurait ni sens, ni queue ni tête. »
../..
Michel Benoît
Son livre Jésus et ses héritiers fait la synthèse des recherches
effectuées jusqu’ici. Le nazoréen* apparaît dans son univers familial, avec
ses frères et sœurs, ses disciples dans leur comportement fruste,
passionné, enthousiaste ou militant. Le "13ème apôtre" a été effacé de
l’histoire, Judas n’est qu’un fétu de paille dans la tourmente qui l’a
emporté.
« Redécouvert tel qu’il fut en lui-même, le rabbi subversif, doux et
humble de cœur, reste pour nous une promesse à accomplir. »
Montre que le Coran puise son inspiration dans le messianisme,
idéologie née chez les Hébreux au 5ème siècle avant J.-C, qui a contaminé
le judaïsme et le christianisme avant d’inspirer les totalitarismes du 20ème
siècle, communisme et nazisme. Des arabo-nazoréens sédentarisés en
Syrie ont utilisé la période troublée du 5ème au 7ème comme une fenêtre de
tir pour réaliser un rêve qu’ils avaient fait leur, reconquérir Jérusalem et y
reconstruire le temple détruit par Titus en l’an 70.
* Dans le Nouveau Testament, Jésus est appelé 6 fois "le nazarénien"
(nazarènos) et 13 fois "le nazoréen" (nazôraios)
Larry Dossey
Né en 1940, médecin états-unien. Diplômé de l' Université du Texas
à Austin et du Southwestern Medical Center à Dallas (1967). Sert comme
chirurgien militaire au Vietnam, puis comme médecin chef de la cité
médicale de Dallas (1982).
En 1988, découvre un dossier explosif sur les vertus curatives de la
prière. D'abord irrité, puis fasciné, décide de s'engager totalement dans
cette recherche. Après quelques années d'opposition, médecins et
chercheurs acceptent de parler des cas étonnants qu'ils ont rencontrés.
Les témoignages affluent et grossissent le dossier exposé dans le dossier.
Publie en 1993 Healing Words ("Ces mots qui guérissent")
Lui qui se définit lui-même comme un drogué de science et un athée
conclut, des années plus tard : « Le secret le mieux gardé de la science
médicale est l'énorme accumulation de preuves montrant que la prière
guérit ». Renonce à l'exercice de la médecine pour se consacrer à
l'analyse des effets de la prière sur la santé. Rencontre des chamans,
guérisseurs et médecins qui incluent la prière dans leur pratique comme
une composante essentielle et non pas comme un substitut à la science.
Auteur de 11 ouvrages sur les relations entre santé et spiritualité.
Conseille une prière totalement ouverte, dépourvue de tout dog-
matisme et de toute demande spécifique, du type « Que ta volonté soit
faite ! » ../..
Larry Dossey
« Une prémonition, c'est le sentiment que quelque chose est
sur le point de se produire. Elle concerne aussi bien des situations
graves (santé, accidents) que des cas légers (comme la perte
d'objets, par exemple). Les événements du futur entrevus ne sont
pas immuables, ils sont une possibilité de type quantique.
L'admettre permet parfois d'éviter des drames. Nos ancêtres
reconnaissaient un lien entre passé, présent, futur, ce qu'aujourd'hui
nous voulons ignorer. Par l’intérêt pour les épisodes précognitifs et
pour l'étude de la perception extrasensorielle, un monde nouveau
peut s'ouvrir à nous. »
« J'avais l'habitude de croire que nous devons choisir entre la
science et la raison d'une part, et la spiritualité de l'autre, dans la
façon dont nous conduisons nos vies. Maintenant, je considère que
c'est un faux choix. Nous pouvons récupérer le sens du caractère
sacré, pas seulement dans la science, mais dans peut-être tous les
domaines de la vie. »
Jean-Marc Lévy-Leblond
Né en 1940, physicien et essayiste français. ’École Normale
Supérieure’, doctorat de physique théorique. Chargé de recherches au
‘CNRS’, professeur à l’université Paris 7 et à Nice, enseigne dans les
départements de physique, de philosophie et de communication. Quitte le
Parti Communiste en 1968, devient l'un des animateurs du mouvement
de la critique politique radicale de la science (revue Impasciences).
Directeur de programme au ‘Collège international de philosophie’ (2001 à
2007).
Travaille à « (re)mettre la science en culture », affirme la
nécessité d’une intelligence publique des sciences, où se noueraient
savoirs, recherche, culture et politique, et d'une « critique de science »,
qu'il compare à la critique d'art. En appelle à « un niveau de conscience
collective beaucoup plus élevé de la part de l'ensemble de la société
quant à ce qu'est l'activité scientifique. »
« Si ces frères ennemis, le scientisme et l’irrationalisme, prospè-
rent aujourd’hui, c’est que la science inculte devient culte ou occulte avec
la même facilité. »
« Le plus surprenant est peut-être que l’esprit humain puisse
concevoir la transcendance, autrement dit imaginer quelque chose qui le
dépasse. Le mystère est alors que l’on puisse comprendre qu’il y a des
choses que l’on ne peut pas comprendre. »
Bettina Bäumer
Née en 1940, indologue autrichienne et spécialiste des religions.
Études supérieures en philosophie, religion, théologie et musique aux
universités de Salzbourg, Vienne, Zurich, Rome et Munich entre 1959 et
1967, docteure en théologie. S'installe à Varanasi (Bénarès) en 1967 après
son doctorat. Professeure d'études religieuses à l'Université de Vienne,
directrice de deux instituts de recherche à Varanasi, et Fellow de l'Institut
indien d'études avancées, Shimla. De 1988 à 2007, présidente de
l’association Abhishiktananda, qui promeut la spiritualité de Henri Le Saux..
Ses domaines particuliers de recherche et de publication sont la
philosophie indienne, en particulier le shivaïsme du Cachemire, l’esthétique
indienne, les traditions religieuses et de l'art de temple d'Orissa, et le
dialogue interreligieux, en particulier le dialogue entre Hindous et Chrétiens.
En relation étroite et amitié avec Swami Abhishiktananda (Henri le Saux),
Raimon Panikkar, Marc Chaduc.
« Il y a beaucoup de fausses déclarations et d'incompréhensions à
propos du tantra, qui forme le noyau du shivaisme du Cachemire : il a été
généralement mal compris comme de la magie noire ou de la sorcellerie. Le
tantra est fascinant et est très riche et beau et lié à la vie pratique. Il parle
des énergies cosmiques. »
John D. Caputo
Né en 1940, théologien étatsunien. Professeur d'humanités à l'Uni-
versité de Syracuse, fondateur du concept théologique de la faiblesse de
Dieu (ou théologie faible, Weak Theology). Héritier spirituel de Kierkegaard,
Heidegger, Levinas, Derrida. S’insurge contre la théologie du sacrifice qui
dit que Dieu offensé a envoyé son Fils pour réparer une offense qu’aucun
être humain ne pouvait réparer.
Pour lui, la conception d'un Dieu puissant physiquement ou même
métaphysiquement est erronée : le vieux Dieu du pouvoir est balayé pour
laisser paraître un Dieu mendiant, un Dieu en demande de l'homme. Il n’est
pas sûr qu’un tel dieu existe, mais il est sûr que ce dieu insiste. Le Créateur
omnipotent devient celui qui risque quelque chose, malgré la menace du
mal intrinsèque au créé, et qui regrette bientôt ce risque.
« Je suis les traces d’une théologie turbulente, anarchique, libre de
toute chaîne, distordue et contaminée qui forcera les théologiens royaux à
décamper pour se mettre à couvert. (…) Je suis les traces d’un fameux
rebelle, d’un célèbre hors-la-loi dont les théologiens de palais ont fait la Loi
même, alors même que, j’en suis sûr, il les aurait fait rougir de honte et les
aurait jetés dehors de rage s’ils l’avaient rencontré en chair et en os. »
« Je fais une confession de ne pas savoir, une profession de docte
ignorance. »
Laurent Fabre
Prêtre français, né en 1940, entré dans la ‘Compagnie de Jésus’
en 1961. Formation théologique à Lyon.
Reçoit en 1971 le "baptême dans l'Esprit Saint" en priant avec un
Étatsunien épiscopalien, Mike Cawdrey. En 1972, avec autre jésuite
français, Bertrand Lepesant, futur fondateur de la ‘Communauté du Puits
de Jacob’, part aux États-Unis rencontrer les charismatiques états-
uniens. Commence à Lyon un groupe de prière, d'où naît en 1973 la
‘Communauté du Chemin Neuf’.
La communauté, qui rassemble aujourd’hui près de 2 000
membres dans une trentaine de pays, oriente son action autour du
principe d'unité : unité des Chrétiens, des hommes (notamment entre
cultures et nations différentes), des couples et des familles.
Elle intervient aussi dans les hôpitaux, auprès des enfants
abandonnés, pour la réinsertion des détenus, etc.
« J'aime bien cette parole : "Celui qui fait quelque chose a contre
lui : celui qui veut faire la même chose, celui qui veut faire exactement le
contraire, et l'immense cohorte de tous ceux qui ne font rien ! "»
Matthew Fox
Né Timothy James Fox en 1940, théologien, conférencier, formateur
et militant écologiste étasunien. Maîtrise en philosophie et en théologie du
Aquinas Institute of Philosophy and Theology, doctorat en ‘Histoire et théo-
logie de la spiritualité’ de l’Institut catholique de Paris*. Enseigne dans
plusieurs universités catholiques, notamment l'Université Loyola de
Chicago et le Barat College of the Sacred Heart de Lake Forest (Illinois).
En 1976, prend ses fonctions au Mundelein College de Chicago pour créer
l’Institute of Culture and Creation Spirituality (ICCS), commu-nauté
scientifique, religieuse et artistique qu’il installe ensuite dans le Holy Name
College d’Oakland (baie de San-Francisco).
Consacre 50 ans au développement et à l’enseignement de la
spiritualité de la création. En raison de sa remise en question de la doctrine
du péché originel, est interdit en 1988 par le cardinal Ratzinger d'enseigner
ou de donner des conférences pendant un an. Après avoir demandé en
vain son rattachement à la province dominicaine des Pays-Bas, est exclu
en 1993 de l’ordre des dominicains après 33 ans suite à son refus de
rejoindre sa communauté dominicaine à Chicago. Est reçu en 1994 en tant
que prêtre dans l'Église épiscopale (communion anglicane).
Auteur de 38 livres traduits en 76 langues, portant sur la spiritualité
et la culture contemporaine. S’attache à redécouvrir le « secret » (la
mystique) de la création et du cosmos. ../..
* sur conseil de Thomas Merton, y fait une rencontre décisive avec le P. Marie-Dominique Chenu
Matthew Fox
En 2005, fonde le Youth and Elder Learning Laboratory for
Ancestral Wisdom Education (YELLAWE), organisation éducative destinée
à atteindre les jeunes des quartiers défavorisés.
Sa spiritualité de la création apparaît comme un nouveau
paradigme religieux qui relie transformation de soi et du monde, action et
contemplation, justice et mystique, écologie et compassion. Elle s'appuie à
la fois sur une lecture des sources bibliques et des mystiques du début du
Moyen Âge au sein des traditions chrétiennes (Johann Eckhart, Hildegard
von Bingen, Julienne de Nowich, etc.), ainsi que sur la science actuelle.
Ose une nouvelle spiritualité fondée sur la bénédiction originelle et non sur
le péché originel. Recherche un terrain d'entente avec de nombreuses
confessions religieuses du monde entier, dans une approche qu’il qualifie
d'« œcuménisme profond » en raison de ses liens entre de nombreuses
pratiques spirituelles.
1- Apprivoiser la création : la via positiva
2 - Apprivoiser les ténèbres : la via negativa
3 - Apprivoiser la créativité : la via creativa
4 - Apprivoiser la nouvelle création : la via transformativa
Jean-Luc Nancy
(1940-2021), philosophe français. Docteur en philosophie,
professeur à l’université de Strasbourg. Très soucieux pour son coeur et
donc pour sa vie et sa survie qui lui a été octroyée grâce à la médecine,
développe une pensée originale interrogeant la question du sens et de la
transcendance et son articulation avec le langage. Dans son article Pour
le Coran des gens, après la publication du Coran des historiens (2019),
appelle de ses vœux des universités ouvertes aux "anthropologies
religieuses" et aux "cultures confessionnelles".
C'est avant tout la pensée de la communauté qui sert de fil
conducteur à ses écrits. Cette communication sensible entre les êtres
« singuliers pluriels » est une pensée politique composée de toutes les
sphères de l'existence (l'amour, l'art, etc.), complétant la démocratie.
« ‘La démocratie est infiniment plus qu’un régime politique, elle fait
naître un ‘nous’ qui s’expérimente dans l’interpénétration des fins infinies
de ceux qui s’allient pour un ‘être’ toujours à venir » écrit-il avec Jean-
François Bouthors.
En pleine pandémie, ils rappellent : ‘Seule la démocratie peut
nous permettre de nous accommoder collectivement de la non-maîtrise
de notre histoire’. Elle doit advenir comme « une civilisation au sens d’un
être ensemble en alliance ». ■

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Chercheurs de sens. — 016. De 1935 à 1940

  • 1. Trombinoscope "Chercheurs d’humanité" Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité) 16 - de 1935 à 1940 É. G 18.05.2024
  • 2. Gilles Castelnau Né en 1935, pasteur protestant français. Études à la faculté de théologie protestante de Montpellier puis à Édimbourg. Ministère à Dieppe, Amsterdam, Versailles, Paris, Montrouge et enfin à ‘La Rencontre’ à Paris (1995-2000). Propose alors des ateliers de lecture et d'analyse structurale de la Bible, avec l'appui des chercheurs du groupe ‘Astruc’ (‘Analyse structurale’, en hommage à Jean Astruc, bibliste du 16ème siècle). En parallèle aumônier bénévole auprès de personnes défavorisées ou marginalisées (en prison, dans l'armée), et préside un temps à cette fin l'association ‘La Croix-Bleue’. Anime le site Internet ‘Protestants dans la ville’*. Sa retraite prise, continue de dispenser des cours d'hébreu biblique à ‘l'Oratoire du Louvre’. Écrit dans Évangile et Liberté, Réforme et sur son site, où il publie ses chroniques et libres opinions d'orienta- tion libérale (par ex. Le Dieu qui rend humain. Petit catéchisme libéral en dix leçons). * « Par souci de vérité et de fidélité au message évangélique, refusant tout système autoritaire, nous affirmons : - la primauté de la foi sur les doctrines, - la vocation de l'homme à la liberté, - la constante nécessité d'une critique réformatrice, - la valeur relative des institutions ecclésiastiques, - notre désir de réaliser une active fraternité entre les hommes qui sont tous, sans distinction, enfants de Dieu. »
  • 3. Pierre Perrier Né en 1935, chercheur français. Spécialiste de la mécanique des fluides. Responsable de recherche et d'études avancées dans l'industrie aéronautique, membre correspondant de l'Académie des sciences. Auteur de nombreux ouvrages sur l'oralité dans les évangiles. Ses livres montrent l'importance de l'étude des traditions orales dans l'Église judéo-chrétienne naissante pour mieux comprendre comment ont été transmis les Évangiles dans les premières années de l'Église. Ses recherches s'inscrivent dans la lignée des travaux effectués par le jésuite Marcel Jousse, le cardinal Eugène Tisserant, orientaliste, le cardinal Jean Daniélou. Son approche puise aux sources des traditions méconnues des Églises orientales, en particulier de l'Église catholique chaldéenne. En 2008, associé à des chercheurs chinois, publie une théorie selon laquelle, en 64, l’évangéliste Thomas serait parti par bateau pour la Chine, appelé par l'empereur Mingdi*. * Daniel H Bays (1942-2019), historien états-unien spécialiste de la Chine, auteur de travaux sur le christianisme en Chine, indique qu'il faut rester extrêmement prudent par rapport à cette thèse jusqu'à ce que des chercheurs traditionnels s'impliquent dans cette question, car la preuve décisive avancée par Pierre Perrier « ne semble pas claire du tout ».
  • 4. Alphonse et Rachel Goettmann A.G. (1935-2020), prêtre orthodoxe. Fonde en 1976 et anime depuis cette date, avec son épouse Rachel (1930-2014), le ‘Centre Béthanie’, lieu de rencontres spirituelles, aujourd'hui installé au prieuré Saint-Thiébault à Gorze, près de Metz (Moselle). Disciples et amis de Karlfried Dürckheim. De leur recherche sont nés divers ouvrages sur la méditation et le chemin spirituel. Consacrent leur vie au partage de leur foi, dans la conviction que de l'expérience spirituelle dépendent la modification radicale de l'homme et l'avenir du monde. « La respiration peut devenir le lieu de cet échange ineffable. Dans la méditation, il s'agit d'en devenir conscient, non en fixant ou en analysant, ce qui créerait une distance d'extériorité, mais, en épousant intérieurement ce mouvement de vie, se laisser saisir par lui. (…) Dans la vision d'intériorité, Dieu n'est pas seulement ailleurs, ni au-delà, dans un autre monde où il faudrait émigrer pour le trouver, mais en plein cœur de l'humain comme sa raison d'être, son âme et le dynamisme de son dépassement. »
  • 5. Jacques Gaillot (1935-2023), prêtre français de l’Église catholique romaine. Confronté à la violence de la guerre pendant son service militaire en Algérie, commence à s'intéresser à la non-violence. Évêque du diocèse d'Évreux en 1982, en est déchargé en janvier 1995 par Jean-Paul II en raison de l'expression de ses positions politiques, notamment contre l'arme nucléaire et pour la défense des minorités, considérée par ses pairs comme allant au-delà de la réserve demandée aux membres du clergé.* Nommé évêque du diocèse virtuel de Partenia, reste engagé dans maintes luttes sociales, morales ou politiques, notamment au moyen de son site Internet. « Jésus n'est pas venu ni pour les bien-pensants ni pour les bien- portants. » «La voie de l’espérance passe par la non-violence. La non-violence n’est pas la non-résistance. La non-violence, c’est ne pas se résigner, c’est se battre ». * Les responsables catholiques français l’apprennent par voie de presse. 20 000 fidèles à sa messe d’adieu, 40 000 lettres envoyées à la nonciature. Beaucoup d’évêques lui reprochaient son manque de collégialité épiscopale, et notamment d’avoir fait connaître les dissensions de l’épiscopat au sujet de l’arme nucléaire lors du vote du texte Gagner la paix en 1983
  • 6. Pedro Meca (1935-2015). Né à Pampelune (Espagne), enfance de misère et de délinquance. Exilé en France, condamné par contumace à 70 ans de prison pour son activité dans les réseaux anti-franquistes , amnistié en 1978. Entre à 21 ans chez les dominicains. Vit l'essentiel de son ministère auprès des personnes les plus pauvres et exclues, notamment dans l'association ‘Les Compagnons de la nuit’. Barman-travailleur social au ‘Cloître’, bar ouvert à l’initiative de l’abbé Pierre, à Paris. Crée en 1992 le foyer ‘La Moquette’, lieu d’accueil et de rencontres pour des personnes sans-domicile. «J’essaie de voir ce qu’il y a de beau en celui qui est en face de moi, démoli par l’alcool, la drogue, les échecs. Ça peut prendre longtemps. » « Au Ciel, personne ne nous demandera le nombre de prières que nous avons récitées ni combien de cierges nous avons brûlés. On sera jugé sur nos rapports avec les autres. La question sera : “Qu’as- tu fait de ton frère ?” »
  • 7. Alexander Men (1935-1990), né de parents juifs, prêtre orthodoxe et théologien russe, prédicateur, auteur de livres sur la théologie et l'histoire du christianisme et des autres religions. Sous le régime communiste, établit des relations d’amitié profonde avec des communautés à caractère œcuménique et spirituel venues d'Europe occidentale. Tente de réconcilier la foi chrétienne et les sciences naturelles. A l’aube de la perestroïka, est le premier prêtre autorisé à enseigner la religion dans un lycée d’État. Dénonce la compromission de l’Église orthodoxe russe avec le pouvoir. Au cours des dernières années de sa vie, intervient plusieurs fois par semaine dans des cinémas, des écoles, des universités, et même à la télévision d'État. Assassiné à coups de hache par des inconnus 9 septembre 1990 alors qu'il se rend à son église. Son meurtre reste à ce jour irrésolu. « Le christianisme n’en est qu’à ses débuts. Son ‟programme”, appelons-le ainsi, est prévu pour des millénaires. Chaque siècle, chaque époque ne prend dans le christianisme, dans la Bible, que ce qu’elle est en état de percevoir. Nous aussi, à notre époque, nous ne prenons que l’aspect, partiel, que nous sommes capables de percevoir et sur lequel nous réagissons aujourd’hui. »
  • 8. Jean-Didier Vincent Né en 1935, neuropsychiatre et neurobiologiste français, ex- directeur de l‘’Institut de neurobiologie Alfred-Fessard’ du CNRS. Membre de l‘’Académie des sciences’ et de l‘’Académie de médecine’. « Tout ce qui est naturel n’est pas forcément explicable, en l’état actuel de nos connaissances. (…) La croyance favorise encore les effets de l’esprit sur le corps. L’explication ne vient pas de Dieu, mais du fait que le cerveau s’active par rapport à un but qu’il pense possible à atteindre. Ce phénomène est à l’origine, pour l’essentiel, des guérisons dites "miraculeuses" ». « Je recommande la prière. Comme la méditation, elle peut modifier positivement la volonté d’agir. Elle favorise donc la prise sur le réel et donc la réussite des vœux pour lesquels on prie. » ../..
  • 9. Jean-Didier Vincent « Je crois profondément au besoin de transcendance, mais pas comme une solution des mystères. Pour moi, c’est une disposition intérieure de l’être humain qui lui donne cette dimension cosmique vers laquelle il est porté naturellement. Il a une propension à chercher les causes de cette vie, à se demander s’il y a une autre vie, s’il y a un paradis et si ses fautes seront pardonnées. Tout cela est de l’ordre du mystère, non ? » « La croyance est une fatalité du cerveau qui fait qu’on est attaché à des objets ou à des situations qui n’existent pas. La foi est, au contraire, un acte totalement rationnel qui résulte d’une quête d’amour, la seule vérité qui compte. Oui, je crois que la foi est une nécessité. Pour certains cerveaux, les croyances aussi sont nécessaires. Mais le jour où la science sera partout, la croyance n’existera plus, au contraire de la foi. »
  • 10. Guy Gilbert Né en 1935, issu d'une famille ouvrière de 15 enfants. Prêtre du diocèse d'Alger de 1965 à 1970. De retour à Paris, exerce son activité de prêtre dans la rue et devient éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants dans le 19è arrondissement. En 1974, grâce à un legs, achète une ferme en ruine à La Palud- sur-Verdon, pour y installer un lieu d'accueil, la ‘Bergerie de Faucon’ où, avec une équipe d'éducateurs, il tente de réinsérer des jeunes en difficulté, par le travail et le lien avec les animaux. « L’animal ne triche pas et ne ment pas. Je rêve que nos politiciens acquièrent cette innocence-là » « Personne n’est perdu, personne n’est irrécupérable » « À travers la souffrance d'un seul être, on atteint la souffrance de tous les êtres. » « Vieux dinosaure, dors en paix dans le cœur de Dieu. Tu as fait d’innombrables petits. Alors, bonnes vacances ! » (hommage à l’abbé Pierre)
  • 11. François Becker Français né en 1935, ingénieur de l’École Centrale, du Massa- chussets Institute of Technology (MIT), ex-professeur de physique à l’université de Strasbourg. Vice-président de l’association ‘Droits et Libertés dans les Églises’, secrétaire général du ‘Réseau européen Églises et Libertés’ (30 organisa- tions dans 15 pays). Président du ‘Groupe International, Interculturel et Interconviction- nel’ (G3i), groupe de réflexion et de pression qui a depuis 2008 un statut participatif au ‘Conseil de l’Europe’. Les associations qui le composent sont issues des marges de l’Église catholique et des autres religions instituées, ainsi que de la nébuleuse des mouvements non confessionnels. Ce qui les rassemble, c’est la volonté de se rencontrer et d’échanger dans le respect et la reconnaissance mutuelle, loin des discours officiels, trop limités et exclusifs, sur le dialogue interreligieux. C’est aussi la volonté de faire entendre d’autres voix que celles des autorités ecclésiastiques au sein des institutions européennes. ../..
  • 12. François Becker et le G3i Le G3i aimerait raviver le projet visionnaire de Jacques Delors appelé Une âme pour l’Europe, lancé en 1994 et arrêté en 2004 à la demande de la ‘Conférence des Églises européennes’. Ce projet promeut le principe de l’interconvictionnalité comme un principe essentiel pour le bon fonctionne- ment de l’Europe de demain. « Une telle approche (…) consiste à organiser un dialogue constructif entre les porteurs de visions du monde fondées sur des convictions diverses (croyances, religions, athéisme, agnosticisme, etc.). (…) Dans cette perspective, le G3i souhaite œuvrer à la création de nouveaux espaces publics laïcs, distincts de ceux des institutions religieuses représentées, qui permettent le dialogue et la partage entre des personnes pouvant se réclamer d’une identité humaniste - athée, agnostique ou religieuse. » ../.. Photo : Le Conseil de l’Europe à Strasbourg
  • 13. François Becker et le G3i Le G3i propose l’établissement d’une "charte européenne de l’interconvictionnalité". Ce terme désigne "les attitudes, les dialogues et les pratiques ayant pour objet spécifique d’organiser le vivre ensemble, le dialogue et la confrontation non-violente entre des personnes ou des communautés de convictions différentes aux fins d’une meilleure compréhension mutuelle. Il en appelle à explorer toutes les possibilités d’agir en commun, même lorsque subsistent de fortes divergences dans les motivations et les finalités des objectifs poursuivis. Il permet enfin de définir les institutions et les espaces adaptés à ces fins. » « Les échanges interconvictionnels sont aujour- d’hui une nécessité au sein des sociétés pluralistes europé- ennes et il est de la responsabilité des institutions publiques européennes de les ériger en méthodes rénovées d’informa- tion, de délibération, de préparation et de suivi des décisions politiques, contribuant ainsi à l’émergence d’une culture européenne interconvictionnelle. »
  • 14. Jean-Marc Ela né Jean Etoa (1936-2008) prêtre catholique camerounais, universi- taire, sociologue, anthropologue et théologien. Études au Cameroun puis à Strasbourg, doctorat d'État en théologie, thèse sur Martin Luther. De 1971 à 1984, vit aux côtés des communautés paysannes du Nord- Cameroun, les Kirdi. Inspiré par Baba Simon (1906-1975), lutte contre les injustices vécues par ce peuple. En 1978, soutient une thèse de doctorat de troisième cycle en anthropologie sociale et culturelle à l'université Paris V. De 1985 à 1995, enseigne à la Faculté de théologie protestante de l'Université de Yaoundé, vit dans le quartier pauvre de Melèn où il est confronté aux difficultés et aux problèmes quotidiens des gens : pauvreté, chômage, exclusion urbaine, etc., mais aussi à la débrouillardise et à l'ingéniosité des populations qui tentent de survivre. Menacé de mort à cause de sa persévérance à vouloir faire la lumière sur l'assassinat en 1995 de son ami le jésuite Engelbert Mveng (historien et théologien camerounais, 1930-1995), s'exile au Canada. Installé à Montréal, enseigne et prend part à différentes activités de recherche dans trois universités. Enseigne aussi comme professeur invité dans plusieurs universités en Europe, notamment à l'université catholique de Louvain en Belgique. Auteur de 22 livres. ../..
  • 15. Jean-Marc Ela Affirme que la théologie doit être adaptée aux besoins et croyances locales. Figure marquante de la théologie de la libération en Afrique, laisse une contribution importante pour la sociologie et les sciences sociales africaines. Dans Le cri de l’homme africain, pose les jalons d’une théologie de la solida- rité à travers les luttes de libération que peuvent entreprendre les peuples opprimés par des gouvernants sans foi ni loi. Dans Ma foi d’Africain, montre comment il est possible d’enraciner l’Évangile dans la vie d’un peuple et se demande comment « procéder à une reconstruction du continent africain sur d’autres fondations ». Jean-Marc Ela : l’éthique de la transgression est un recueil de contributions éclairant son parcours, ses engagements et sa pensée. « En Afrique, l’enjeu de Dieu, c’est ce qui se passe au quartier, dans les villages, là où le cri du pauvre monte vers Dieu. » J.M. E « En formulant une demande radicale d'humanité pour l'Afrique des villages, des bidonvilles et des exclus, Éla a esquissé et mis en pratique une éthique de la transgression et une esthétique de la compas- sion. Il en a payé le prix, dignement.(…) Son travail prophétique interroge la vaste accumulation du passé, décloisonne les savoirs et trace les horizons avec une espérance poignante. » Célestin Monga
  • 16. Joan Chittister Née en 1936, religieuse bénédictine étatsunienne, théologienne, auteure de plus de 50 livres. Pendant 12 ans prieure des Sœurs béné- dictines d'Érié (Pennsylvanie), présidente de la fédération bénédictine, présidente de la Leadership Conference of Women Religious. Conféren- cière sur les thèmes de la justice, de la paix, des droits humains, de la condition des femmes et de la spiritualité contemporaine dans l'Église et la société. Coprésidente de Global Peace Initiative of Women (‘Initiative mondiale des femmes pour la paix’) qui apporte une perspective spirituelle à la résolution des conflits alimentés par des crises économiques et écologiques à travers le monde. Directrice de Benetvision, centre de ressources et de recherche sur la spiritualité contemporaine. Appelle chacun à accepter ses contradictions, à faire bon usage des zones d'ombre, des frustrations et des tsunamis dans l'océan de la vie. « Face à la possibilité d’un holocauste nucléaire, au viol de la planète et à la misère de peuples entiers (…), il est grand temps de déterrer la foi ensevelie sous nos rituels et de réévaluer notre place dans le monde. (…) Le temps est venu de repenser la foi, de la réinterpréter, de la reformuler. »
  • 17. Meinrad Craighead Charlene Marie Craighead, née en 1936, artiste et écrivain états-unienne. Élevée dans le catholicisme, vit sa première "véritable expérience religieuse" à l'âge de 7 ans avec le regard de sa chienne et la sensation d’écoulement des eaux de son corps : « Il me fut donné de voir l’infini dans les yeux de ma chienne. (…) J’entendis un mot, "Viens !", qui marqua le début de mon voyage. ». Trouve dans un manuel scolaire la photo de la Vénus de Villendorf, statuette sculptée il y a 25 000 ans, et décide de consacrer sa vie à la prière, à la contempla- tion et à l’art. Master of Fine Arts en 1960 (université du Wisconsin). Passe 21 ans en Europe : professeure d’art à Florence, 10 mois au monastère de Montserrat près de Barcelone, religieuse bénédictine à l’abbaye de Stanbrook en Angleterre pendant 14 ans. En 1983, retourne aux États-Unis pour continuer son travail artistique, s’installe près de la rivière Rio Grande à Albuquerque. Son travail explore la relation humaine au Divin, particulière- ment les images féminines de Dieu. Anime des ateliers sur le divin féminin en Amérique du Nord et en Europe. « Ainsi ma vie créative, trouvant sa source en moi, est-elle une image de Dieu la Mère et de l’histoire ininterrompue de son émergence dans nos vies. »
  • 18. France Quéré Née Jaulmes (1936-1995), théologienne protestante, écrivain, conférencière. D'abord spécialiste des Pères de l'Église, qu'elle traduit et com- mente, étudie également la condition féminine et participe à la réflexion éthique de son époque, notamment la bioéthique. Éditorialiste de La Croix, Panorama, et Réforme. Membre du ‘Haut Conseil de la Famille’ et du ‘Comité consultatif national d’éthique’. Tout au long de sa vie, veut sortir la société et les Églises de leur regard condescendant à l'égard des femmes. Habitée de convictions solides : amour de la vie, respect de l’humain, compassion pour toute souffrance, prise en compte de la détresse des personnes, joie des rencontres et des échanges. « J'aime que le mot Église soit féminin, car la mission de l'Église est féminine. Les femmes ont vraiment des choses à dire et elles ne sont qu'au tout commencement de leur parole à elles. Parole qui sera parfois, qui est déjà, rude à entendre. »
  • 19. Kenneth White Né en 1936, poète, écrivain et essayiste écossais, installé en France depuis 1967, marié à une Française, Marie-Claude Charlut, « Français d’adoption, Européen d’esprit, mondial d’inspiration ». Parcourt le monde entier, lecteur insatiable, géographe et ornithologue. Professeur à la Sorbonne (chaire de poétique du 20ème siècle) et à l’University of the Highlands and Islands, anime notamment un séminaire ‘Orient et Occident’, donne régulièrement des conférences. Auteur d’une centaine de livres. De la partie citadine de ses origines sont nées une critique sociale et culturelle radicale et la recherche d’éléments essentiels puisés à la fois dans les cultures du monde et dans l’expérience directe des paysages. C’est le « nomadisme intellectuel ». De son expérience précoce et prolon- gée de la nature est née la conviction que, sans contact avec le non- humain, la vie humaine s’étiole et se détériore. C’est deuxième grand thème général de son œuvre, la « géopoétique ». Crée en 1989 l’’Institut international de géopoétique’ qui mêle poésie, biologie, écologie, philoso- phie et auto-analyse. « J’ai cherché et puisé un peu partout : dans la poésie celtique, dans le haïku japonais, dans les chants amérindiens, dans le lyrisme provençal. « Je n'oublie pas / que du hasard de la vie / du hasard / l'essentiel toujours surgit." ».
  • 20. Jacques Musset Né en 1936, prêtre catholique, aumônier de lycée, animateur de groupes bibliques. Marié en 1986, puis formateur à l'accompagne- ment des malades en milieu hospitalier. Très marqué par la rencontre et la lecture de Marcel Légaut. L’aventure intérieure est le thème central de ses livres. Déconstruit la doctrine catholique et propose des voies alternatives, cohérentes avec le message et la pratique de Jésus et enracinées dans la culture de la modernité actuelle. Définit 6 conditions pour réinterpréter l'héritage évangélique : - Abandonner la prétention à détenir la vérité. - Concevoir la transmission comme dynamique - Consentir à la relativité des discours religieux - Identifier les questions essentielles sur lesquelles doit porter l'exercice de réinterprétation - Adopter comme méthode le débat ouvert - Partir de l'homme et de son expérience. ../..
  • 21. Jacques Musset « Que signifient, pour un contemporain, les termes du Credo défini au 4ème siècle par des évêques de culture grecque, imprégnés de la philosophie du temps et s'exprimant dans des termes dont la signification nous est étrangère ? (…) Comment est-on est arrivé historiquement à un tel fossé entre ce que Jésus a été, ce à quoi il appelait en paroles et en actes, et l’imposante doctrine catholique, distorsion qui frise l’infidélité ? Comment réinterpréter l’héritage venu du Nazaréen ? Comment dire et vivre à nouveaux frais l’Évangile débarrassé d’un carcan doctrinaire, dogmatique et moralisateur » ? Pour redonner sens à l'héritage évangélique, il convient donc de prendre un autre point de départ, non plus un discours sur Dieu mais une réflexion sur l'expérience humaine dans toutes ses dimensions, non plus les titres divins attribués à Jésus mais son message et sa pratique que les travaux d'exégèse des évangiles nous permettent de mettre en relief. ../..
  • 22. Jacques Musset « Ceux pour qui l’héritage chrétien garde sa valeur sentent la nécessité de le réinterpréter. Ils ne peuvent plus adhérer à des affirmations et à des représentations de Dieu qui datent d’époques culturellement révolues. Sont en effet problématiques celles qui présentent Dieu comme tout-puissant, omniscient, clé de voûte du monde, maître de l’histoire, ayant un projet sur les sociétés et sur chacune des vies humaines, révélant ses volontés aux hommes, notamment en s’incarnant parmi eux et en déléguant à certains la mission d’être des authentiques interprètes de ses desseins. (…) Y a t-il une autre approche de Dieu qui soit crédible pour des femmes et des hommes vivant dans un monde sécularisé ? Une approche qui s’enracine dans la manière d’inventer leur existence personnelle et sociale avec authenticité ? Est-il ainsi possible de pressentir le mystère de Dieu à partir du mystère de l’homme ? En quoi cette approche rejoint-elle celle de Jésus de Nazareth ? »
  • 23. Guy Coq Né en 1936, agrégé de philosophie, termine sa carrière comme professeur à l’IUFM de Versailles. Membre du conseil de rédaction de la revue Esprit, président de l’’Association des Amis d’Emmanuel Mounier’. Spécialiste et partisan de la laïcité, montre qu’elle n’est en rien incompatible avec l’éducation religieuse à l’école, du moment qu’elle laisse une place pleine et entière à la liberté de choix. Cela suppose une entrée philosophique dans l’étude de la religion. Chaque religion serait une réponse particulière à des questions existentielles qu’il suppose universelles. « Au-delà de la tolérance, il reste un progrès à accomplir : aimer la différence, aimer rencontrer la position spirituelle de l’autre, là où elle contredit la mienne, parce que l’altérité de l’autre enrichit ma propre humanité. »
  • 24. Michel Hanus (1936-2010), psychiatre, psychologue et psychanalyste français. Enseigne à Paris, Genève et Montréal. Dirige la ‘Société de thanato- logie’, fondateur de la ‘Fédération européenne Vivre son deuil’. Auteur de nombreux ouvrages sur la mort et le deuil du point de vue génétique, psychanalytique et psychothérapeutique. Auteur* du Grand livre de la mort à l’usage des vivants. «La mort a toujours été ressentie par l’homme comme un mystère douloureux, un événement tragique, voire un scandale. Alors, lorsqu’elle nous touche concrètement, elle nous laisse d’autant plus désemparés face à de nombreuses questions : Qu’est-ce que la mort ? Qu’en disent la médecine, les philosophies, les religions ? Faut-il la taire ou la parler ? Comment accompagner la fin de vie ? Que faire du corps ? Comment célébrer les funérailles ? Qu’est-ce que le temps du deuil ? Les rites du souvenir ? Que disent les traditions religieuses sur un au-delà de la mort ?» * avec Jean-Paul Guetny, Joseph Berchoud, Pierre Satet, Jacqueline Lalouette, Odon Vallet, Jean Leonetti, Xavier Pommereau
  • 25. Gabriel Maire (1936-1989). Français, ordonné prêtre en 1963, exerce son ministère dans le Jura. Part en mission au Brésil, en 1980, dans une paroisse de la banlieue de Vitoria. Combat les inégalités sociales et la corruption, la torture et l'impunité, réclame le droit à l'emploi et à l'éducation. Pousse des sans-terre à occuper un terrain convoité par un requin de l'immobilier. Défie la mafia du crime à la télévision locale le 21 décembre 1989. Le surlendemain, est tué d’une balle en plein cœur dans sa voiture. « Ce qui est important, ce n’est pas le nombre de personnes, c’est la conscience de ces personnes qui peuvent transformer leur milieu de vie (…). La Bible, c’est vraiment de la dynamite si on veut y être fidèle. Une Église qui ne connaît pas la persécution n’est plus prophétique. (…) Je préfère une mort qui conduit à la vie, à une vie qui conduit à la mort. »
  • 26. Yves Louyot (1936-2017), psychologue clinicien français, morpho-psycho- logue, éducateur de rue pendant 25 ans, créateur de lieux de vie (‘Belgamaire’, ‘Ébrouelle’) pour exclus sociaux jeunes et adultes, chanteur compositeur. Auteur de 9 livres dont La longue m’arche de Noé, Dieuvinettes, Croix-Sens, Marie, la femme qui a dit non, Échographie de l’Amour, Église et célibat : la Résur-érection interdite. Prêtre pendant 30 ans, franchit les limites institutionnelles de l’Eglise catholique pour se marier et adopter une spiritualité chrétienne de plein air. Chercheur entre approche biblique et sciences humaines et formateur (France, Belgique, Suisse, Afrique, etc.) « La révélation des premières pages de la Genèse ne m’a pas été immédiatement transmise par la lecture du texte, mais par le biais d’une expérience professionnelle longue de 20 ans environ parmi les exclus de la société, dans un lieu social où le langage religieux, la notabilité ecclésiastique, l’auréole sacrée d’un savoir quasi-divin se trouvaient soudainement incongrus, inutilisables, voire nuisibles pour la compréhension du milieu. »
  • 27. Jose Antonio Pagola Né en 1937, prêtre espagnol licencié en théologie de l’’Université Grégorienne de Rome’, en écritures saintes de l’’Institut Bíblique de Rome’, diplômé en sciences bibliques de l’’École biblique de Jérusalem’, directeur de l’’Institut de théologie et de pastorale’ de San Sebastian. Met à la portée de chacun ce que la recherche contemporaine peut dire avec certitude sur Jésus, de sa naissance à sa mort, fait la part entre ce que l’on peut savoir et ce qui est hors du champ de la connaissance. Ne se limite pas à l’étude critique des sources littéraires, mais demeure à l’écoute des apports les plus significatifs de l’archéologie, de l’anthropologie culturelle, de la sociologie des sociétés agraires du bassin méditerranéen, de l’économie. Son ouvrage, qui a obtenu le Nihil obstat et l’Imprimatur de l’évêque de San Sebastian, est l’objet de réserves venues du Vatican. Il indique par exemple que les récits sur la conception et l’enfance de Jésus (évangile de Luc) se rapprochent d’un genre littéraire appelé midras hagadico, propre à l’époque de leur rédaction, et n’ont pas de crédibilité historique.
  • 28. Naïm Ateek Né en 1937, Palestinien, pasteur de l’Église anglicane, fondateur du Sabeel Ecumenical Liberation Theology Center à Jérusalem. (Sabeel : "sentier, chemin", mais aussi "ruisseau"). Articule la théologie de la libération avec la situation de la Palestine occupée, dénonce l’occupation, la violence, la discrimination, les violations des droits humains : mur de séparation, colonies illégales, checkpoints, confiscation et démolition de maisons, camps de réfugiés, dégradation de l’environnement. Lutte pour la justice dans une visée de réconciliation. Sabeel organise des formations pour les jeunes, les femmes, des voyages sur les lieux saints, une vague de prière chaque semaine le jeudi, édite la revue Cornerstone ("Pierre d’angle"), a des relais dans le monde entier (Europe, Scandinavie, États- Unis, Canada, Australie)
  • 29. Alain Durand Né en 1937, dominicain français. Travaille à ‘Économie et humanisme’, dirige la revue théologique Lumière et vie, pendant 10 ans la revue Dial, Diffusion de l’information sur l’Amérique latine. Auteur de plusieurs ouvrages sur les pauvretés et la mondialisation, la cause des pauvres et les responsabilités des Chrétiens dans la société, anime des formations dans ces domaines. Membre de la ‘commission Justice et Paix’ de la Conférence épiscopale française. Sort de son couvent de la Tourette à l’Arbresle pour travailler auprès de personnes en difficulté et auprès de la direction des relations humaines d'une entreprise. « La rencontre de ceux qui sont situés à la dernière place dans notre société est un lieu privilégié pour découvrir ce qui constitue l'humanité de l'homme. (…) Si nous n'éprouvons pas ce sentiment de précarité qu'il nous révèle, notre rencontre avec lui deviendra vite condescendance. Cette expérience nous renvoie également aux nombreux passages bibliques où nous constatons que Dieu lui-même choisit le dernier. (…) Le choix du dernier apparaît en Jésus comme un lieu majeur de la révélation du visage de Dieu. » « La foi possède une force capable d'analyser, comme un veilleur d'humanité, et d'intervenir pour la libération des hommes. » ../..
  • 30. Alain Durand « Être humain, c'est être bon, accueillant, sensible, compréhensif, compatissant. C'est faire émerger le meilleur de nous-mêmes dans notre comportement et faire appel à ce qu’il y a de meilleur en l'autre. (…) Jésus ne fut ni infrahumain, ni au-delà de l'humain, il fut humain dans toute la plénitude de sens que ce mot revêt. (…) C'est parce qu’il fut humain à l'extrême de ce qu’est être humain que Jésus est révélateur de Dieu. Son Dieu se révèle en lui comme le plus humain de l'humain. Dieu n'est pas au-delà de l'humain, il en est la plénitude indépassable, absolue. (…) Si l’homme reste un mystère à ses propres yeux, à plus forte raison celui qui est plus humain que les humains est-il au-delà de nos pensées. Parce qu’il est créé à l'image de Dieu, l'homme est inconnais- sable en son fond, comme Dieu lui-même. (…) Nommer Dieu à partir de ce qu’il y a de meilleur en nous et affirmer simultanément que nous ne le connaissons pas en dehors de la relation qu’il entretient avec nous. »
  • 31. Lucien Converset Prêtre catholique français né en 1937, appelé familièrement Lulu. En 1959, appelé à faire la guerre en Algérie. “Le seul chemin d’ouverture et de libération, écrira-t-il, est l’engagement non-violent. C’est en Algérie que je l’aurai découvert de manière fondamentale”. Plus tard, renvoie son livret militaire. Le 25 mars 2012, âgé de 75 ans, part à pied de sa ville natale de Dampierre (Jura), accompagné de son âne Isidore, afin de demander la paix pour le monde. Atteint Bethléem (Palestine) le 17 juin 2013. Dans la nuit suivante, fait un rêve dont il fait part aux évêques de France : « J’ai fait un rêve. (…) Tous les évêques de France, vous vous étiez donné le mot de vous réunir devant l’Élysée au moment du conseil des ministres. Vous manifestiez pour demander l’arrêt de l’armement nucléaire de la France de manière unilatérale.(…) Un autre disait : « Si nous continuons à nous taire, ce sont les pierres qui se mettront à crier. » Cofondateur du groupe ‘Agir pour le Désarmement nucléaire (ADN Jura), s’investit pour l’adhésion de la France au ‘Traité sur l’interdiction des armes nucléaires’ (TIAN) et le reconversion des sites du CEA-DAM travaillant sur les armes nucléaires.
  • 32. Stanislaus Lourduswamy (1937- 2021), connu sous le nom de Stan Swamy, jésuite indien. Études de théologie et maîtrise en sociologie aux Philippines. Au cours de ses études, se lie d'amitié avec l'archevêque brésilien Helder Camara, dont le travail avec les pauvres le marque. De 1975 à 1986, directeur de l’Indian Social Institute de Bangalore, institut de recherche et action sociale dirigé par la Compagnie de Jésus. Préférant l’engagement sur le terrain et le contact avec les pauvres, retourne à Chaibasa dans le Jharkhand où il œuvre au service du Jhar- khandi Organisation for Human Rights (JOHAR). Y est très actif dans l’organisation de ‘panchayats’ (comités locaux de gestion) villageois et de groupes de prise de conscience parmi les indigènes (adivasi). Vers 2005, à Ranchi, la capitale du Jharkhand, fonde le Bagaicha Social Center, un centre pour la recherche et formation sociale, poursuit les mêmes activités au service des populations tribales du Chotanagpur. En oct. 2020, est arrêté par la National Investigation Agency [NIA]. On l’accuse d’avoir eu un rôle dans les affrontements de Bhima Koregaon en 2018 à Puna entre basses castes et hautes castes, et d’avoir des liens avec le Parti communiste-maoïste de l’Inde, ce qu’il dénie. Décède du COVID-19 et de la maladie de Parkinson à l'hôpital de la Sainte Famille à Bombay après y avoir été transféré de la prison de Taloja où il était détenu. Image du haut : Statue de S.L dans le Bagaicha Social Centre de Ranchi
  • 33. Christian de Chergé (1937-1996). Religieux français. Pendant la guerre d’Algérie, est protégé de la mort par un garde champêtre algérien père de 10 enfants, Mohamed, retrouvé assassiné le lendemain. Religieux cistercien trappiste, arrive en 1971 au monastère ‘Notre- Dame de l’Atlas’ à Tibhirine, dont il devient prieur en 1984. Parle arabe, a une connaissance approfondie et une grande estime pour l’islam et la culture arabe. En 1979, fonde avec Claude Rault, Père Blanc devenu évêque du Sahara, le groupe Ribât-el-Salâm ("Le lien de la paix"), qui échange sur la tradition et la spiritualité musulmanes. A un dialogue intense en 1982 avec Jacques et Simone de Bollardière en visite à Tibhirine. Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, une vingtaine d’hommes armés enlèvent sept moines du monastère. Photo du bas : Claude Rault, évêque de Laghouat ../..
  • 34. Christian de Chergé et les moines de Tibhirine Un message du ‘Groupement Islamique Armé’ (GIA) annonce qu’ils ont été égorgés le 21 mai 1996. Leurs têtes sont retrouvées le 30 mai. « Dans la Passion de Jésus, il nous faut bien reconnaître le témoignage, le "martyre" de la non-violence. » « S’il m’arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd’hui - d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. (...) Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais, oui, pour toi aussi je le veux, ce Merci, et cet A-Dieu envisagé pour toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. »
  • 35. François Bovon (1938-2013), Suisse, pasteur protestant et professeur universitaire de théologie et d’exégèse. Doctorat en théologie à l'université de Bâle, professeur de 1967 à 1993 à la ‘Faculté autonome de théologie protes- tante’ de Genève. Professeur à la Divinity School de l’Université de Harvard où il développe l’étude de la littérature apocryphe chrétienne. Consacre plusieurs ouvrages à l'évangéliste Luc. Replace les livres du Nouveau Testament et notamment les évangiles dans le contexte des 1er et 2ème siècles. À cette époque, ils n’étaient pas encore considérés comme ‟écriture sainte” mais se trouvaient mêlés à tous les autres textes religieux concernant Jésus, que nous appelons aujourd'hui ‟apocryphes”. « Fils de Dieu signifie participant à la divinité de Dieu. » « L’expression ‟apocryphe” doit être entendue en son sens large de littérature relative à Jésus et aux apôtres qui n'a pas été intégrée au Canon, et non au sens restreint et ‟tendancieuse” de littérature ‟secrète” propre à diverses sectes. » ../..
  • 36. François Bovon « Les évangélistes ont pratiqué sans vergogne ce que les Pères reprocheront plus tard aux hérétiques, à savoir d'avoir manipulé des sources relatives à Jésus et puisé à l'occasion dans des documents antérieurs, avant de les faire disparaître. » « Changer notre regard, c'est s'habituer à ce qui est encore une ‟chose curieuse” pour des spécialistes de critique textuelle, à savoir que seuls cinq manuscrits sur les trois cent et quelques onciaux* que nous possédons transmettent le Nouveau Testament dans son intégralité. » « Je suis opposé à la lecture que les charismatiques font volontiers de son évangile (de Luc). À ceux qui aspirent à l’immédia- teté avec le divin et qui attendent la venue du Saint Esprit, Luc répond par les médiations humaines. C’est-à-dire qu’il n’y pas d’accès direct à Dieu, mais que celui-ci est toujours médiatisé par quelque chose d’humain, de concret, de contingent. » * Les manuscrits du Nouveau Testament rédigés en lettres capitales grecques dites onciales sont les plus anciens.
  • 37. Robert Ageneau (1938-2022), éditeur français. Membre de la congrégation des Spiritains, active en Afrique, à Madagascar et dans les Caraïbes. Avec son collègue Denis Pryen (né en 1939), travaille de 1969 à 1974 à la revue Spiritus. Revenus tous deux à l’état laïque, cofondent en 1975 les éditions L’Harmattan*, maison tiers-mondiste avec une coloration chrétienne. Fondateur en 1980 des éditions Karthala avec deux collègues issus de L’Harmattan, en lien avec des auteurs, politistes et universi- taires comme Jean-François Bayart (politologue), Jean-Pierre Chrétien (historien et africaniste), Françoise Raison (historienne), Jean Devisse (historien et africaniste), Sophie Dulucq (historienne et africaniste), etc. Éditeur et copropriétaire de la revue Politique africaine. Parmi les collections de Karthala, ‘Chrétiens en liberté’, ‘Religions contemporaines’, ‘Sens et conscience’, ‘Signes des temps’, ‘Terres et gens d’islam’. Coauteur, avec Serge Couderc, Robert Dumont, Jacques Musset et Jean-Marie de Bourqueney, du Manifeste pour un christia- nisme d’avenir (2020) * L’harmattan est un vent d’Afrique de l’Ouest
  • 38. Rosette Poletti Née en 1938, ex-infirmière suisse en soins généraux et en psychiatrie. Docteure en sciences de l'éducation à la Columbia University de New- York, enseigne à la Pace University de New York. Y effectue de nombreux travaux en recherche clinique infirmière, notamment au sujet du deuil, de l'autonomie et de l'accompagnement de fin de vie. Rentrée en Suisse, exerce la psychothérapie. Responsable d'un centre de formation à l'accompagnement des personnes en difficulté, travaille comme experte auprès de l‘’Organisation Mondiale de la Santé’ (OMS). « Le deuil d'un être aimé est particulièrement difficile à vivre, mais la brisure du divorce, la fin d'une relation intime, l'éloignement de ceux qu'on aime, la perte de son emploi, d'aspects de soi-même lors de maladie ou d'accidents, la perte de possessions, de buts, d'idéal, toutes ces pertes nécessitent un cheminement nommé processus de deuil. Ce processus est un parcours sinueux avec des montées et des descentes. Il représente une expérience intense sur les plans physique, émotionnel, mental et spirituel. » ../..
  • 39. Rosette Poletti « Accepter ce qui est, c’est parfois n’avoir pas d’autre choix que de faire le deuil de ce qui était, de ce qui aurait pu être, de ce qui aurait dû être, pour vivre aussi pleinement que possible la réalité de l’instant présent et tenter de lui donner du sens. Accepter ce qui est, c’est le prélude indispensable à toute croissance personnelle, à toute recherche de solution, à toute paix intérieure. » « Se désencombrer c'est : Se désencombrer matériellement (…). Se désencombrer sur les plans mental et cognitif (…). Se désencombrer émotionnellement : laisser partir les résidus émotionnels douloureux, haines, ressentiments, rancunes et savoir " terminer " un deuil. Se désencombrer spirituellement : se libérer des " vérités assénées " par notre éducation et nos traditions et redonner un sens à cette quête spirituelle de l'essentiel propre à tout être humain. Ce n'est qu'au prix de ce désencombrement que l'on peut devenir "sujet agissant " de sa propre histoire et accéder à la joie. »
  • 40. Leonardo Boff Né en 1938, franciscain brésilien, docteur en philosophie et en théologie, penseur de la théologie de la libération qu'il lie au combat écologique. Enseigne la théologie et exerce des responsa- bilités au sein de la conférence épiscopale du Brésil. jusqu'à l'interdiction de prédication venue de Rome. Le Vatican lui intime "silence et obéissance" en 1985. Quitte ensuite le sacerdoce et le célibat pour continuer son combat pour les démunis. ‘Prix Nobel alternatif’ en 2001. « L'écologie doit être comprise non pas comme un procédé technique de gestion des ressources, mais un art, un nouveau paradigme de la relation des êtres humains à la terre et la nature. Sinon, la terre va continuer, mais sans nous, sans êtres humains. » « La solidarité, la compassion, la communion et l'amour. Ces valeurs et les pouvoirs intérieurs peuvent jeter les bases d'un nouveau paradigme de la civilisation, la civilisation de l'humanité réunie dans la maison commune, sur la planète Terre. »
  • 41. Xavier Thévenot (1938-2004), prêtre salésien français, professeur de morale à l‘’Institut catholique de Paris’. Définit la morale comme « ce à quoi le genre humain s'oblige quand il veut donner un sens à sa vie », comme « un ensemble de règles, de valeurs qui permettent de trouver peu à peu et librement des chemins d'humanisation et de bonheur ». Définit ainsi les 3 tentations de la nature humaine : 1) La tentation d’un monde sans faille (incapacité à accepter l’échec, la mort, à vivre avec humilité, à accepter ses limites). 2) La tentation de l’indifférenciation (en opposition avec l’altérité et la promotion de l’autre. L’altérité, c’est reconnaître l’autre distinct, diffé- rent et unique). 3) La tentation de la toute-puissance (refus de vivre dans le réel, d’ajuster son rapport aux troubles et aux plaisirs) « La souffrance n'est pas rédemptrice, c'est-à-dire libératrice. Déshumanisante au contraire car, loin de libérer, elle aliène. Elle ne fait donc pas plaisir à Dieu. Ce qui plaît au Créateur, c'est que l'homme s'humanise. Ce qui est rédempteur, ce n'est pas la souffrance elle-même, mais la tentative que l'on fait pour sortir de soi au cœur de l'épreuve. »
  • 42. Richard E. Rubenstein (né en 1938), écrivain états-unien, ex-avocat, professeur de science politique et directeur du ‘Centre d’analyse et de résolution des conflits’ à l’université George Mason. Dans les années 1970, il membre actif des mouvements pour la paix, l'égalité des droits et la justice sociale. À Chicago, aide à organiser des marches contre la guerre du Vietnam, soutient le mouvement Black Power. S’intéresse à "l’affaire Arius" et à la controverse sur la divinité de Jésus dans le christianisme primitif, retrace ainsi les étapes de la divinisation de Jésus : le Christ cosmique de Paul; le Messie de Marc; le Logos de Jean, entité céleste; le concile de Nicée en 325. S’intéresse à la redécouverte d’Aristote par les Chrétiens, les Musulmans et les Juifs au Moyen Âge, à la vision morale et politique d’Isaïe et Jérémie. Montre avec humour et dans un style alerte que les premiers conciles (Nicée, convoqué en 325 par l’empereur Constantin; Éphèse, convoqué en 431 par l’empereur Théodose II ; Chalcédoine, convo- qué en 451 par l’empereur Marcien ; Constantinople III, convoqué en 681 par l’empereur Constantin IV, etc.), répondaient à des visées politiques.
  • 43. Jon Sobrino Né en 1938, prêtre jésuite et théologien salvadorien d'origine basque espagnole. Un des principaux représentants de la théologie de la libération. Échappe en novembre 1989 à un assassinat commandité par le gouvernement salvadorien qui coûte la vie à 6 de ses compagnons jésuites, leur femme de ménage et sa fille de 15 ans. Considère que la foi ne se cherche pas dans une confession de dogmes, une orthodoxie, mais dans une orthopraxie militante. La ‘Congrégation pour la doctrine de la foi’ condamne en 2007 deux de ses ouvrages théologiques majeurs. Cette condamnation scandalise la plupart des théologiens catholiques. Réhabilité par le pape François. Regrette que l’Église catholique ait, ces dernières années, poussé les fidèles « dans une religiosité plus de dévotions que d’engagement ». « J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : on a assassiné toute ma communauté, toute ma famille. Et j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : j’ai vécu avec des gens de bien, défenseurs des pauvres, de la vérité et de la justice ». ../..
  • 44. Jon Sobrino « Voilà ce que doit faire l’Église. Dire la vérité, dire que ce qui se passe aujourd’hui est un désastre. Défendre les pauvres, c’est-à-dire, non seulement les aider, mais être à leurs côtés contre les oppresseurs, quels qu’ils soient. » « Jésus s’est montré miséricordieux. Non seulement il soulagea et aida, mais il prit la défense des victimes. La miséricorde qui s’achève sur la croix ajoute deux caractéris- tiques à celle du bon Samaritain : elle est conflictuelle et elle est conséquente jusqu’à la croix. (L’Eglise) est-elle prête aujourd’hui à courir ce risque de Jésus qui a été tué ? ».
  • 45. Frans van der Lugt (1938-2014), prêtre jésuite néerlandais. Études de théologie à Amsterdam, à Beyrouth, en Syrie (Homs) et de psychologie à Lyon. À Alep (Syrie) de 1976 à 1987, utilise ses compétences de psycho- thérapeute pour ouvrir le centre Al Ard à Qousseir (Kseer, Al-Qusayr) près de Homs afin d'accueillir des handicapés mentaux et contribuer au dialogue interreligieux. De 1987 à 1993, est en poste à Damas, avant d'être transféré à Homs. En 2011, au début des conflits syriens, doit quitter Al Ard, mais choisit de rester dans Bustan al-Diwan, le quartier chrétien de Homs et ouvre le centre d’aide aux victimes de la guerre. En janvier 2014, lance un appel dans une vidéo mise en ligne sur YouTube, où il décrit la difficile situation à Homs pendant le siège. En février, dans une rare entrevue donnée à la presse, déclare : « Le peuple syrien m'a tant donné, tant de gentillesse, tant d'inspiration, et tout ce que je possède. Maintenant qu'il souffre, je dois partager sa peine et ses difficultés. [...] Je suis le seul prêtre et le seul étranger à être resté. Mais je ne me sens pas comme un étranger, mais comme un arabe parmi les arabes. » Le 7 avril 2014, dans le jardin de sa résidence de Homs, est tué par des hommes armés, probablement des membres du ‘Front al Nosra’*. * groupe rebelle et terroriste, d'idéologie salafiste djihadiste, apparu en 2012 dans le contexte de la guerre civile syrienne et affilié à Al-Qaïda.
  • 46. Marie-Noëlle Thabut Née en 1939, bibliste française. Laïque et mère de famille, bibliste dans le diocèse de Versailles, musicienne (flûte traversière). Études de droit, puis de théologie à ‘l’Institut Catholique de Paris’, en pleine période d’expéri- mentations postconciliaires. Retravaille le grec, apprend l’hébreu. L'amour de la Bible lui vient d'une femme, Germaine Colas, qui donne des formations bibliques pour les laïcs dans le diocèse de Versailles. Avec un grand sens pédagogique, fait partager sa passion pour la Bible à travers des formations, des conférences et des voyages. Pionnière dans l’Église catholique, vulgari- satrice de talent, a redonné le goût de la Bible à des générations de croyants. S’inspire du laboureur de La Fontaine pour la devise de ses émissions sur la Bible : « Un trésor est caché dedans », ce trésor étant le « dessein bienveillant de Dieu ». Dans Les grandes figures de la Bible, les personnages les plus fondamentaux des traditions juive et chrétienne sont présentés avec un souci constant de la narration, mais aussi une fine contextualisation histo- rique et une recherche du sens spirituel de leur destinée. Conteste avec vigueur l’idée d’« offrir ses souffrances ». « Prier pour garder la force de sourire, oui, mais Dieu ne veut pas nos souffrances, d’où sort-on cela ? ». « La Bible a changé ma vision de Dieu. »
  • 47. Lionel Tardif Né en 1938, cinéaste français, écrivain et metteur en scène de théâtre. Travaille en usine jusqu’à 32 ans. Crée avec Henri Langlois en 1972 l’antenne de la ‘Cinémathè- que Française’ à Tours, depuis lors fait connaître le patrimoine cinématographique mondial. Directeur de 1971 à 1988 du ‘Centre culturel du Beffroi’ à Tours dont il fait un laboratoire transculturel : quinzaines culturelles sur des pays de riches traditions, symposiums internationaux sur ‟la nouvelle conscience”, enseignements sur les grands courants religieux du monde. « L'humanité est en train de s'abîmer à nouveau dans un manque total de conscience. Les habitants de la Terre célèbrent le dieu argent au détriment de la connaissance de soi et de l’amour. (…) . L'ambition de mon livre est d’ouvrir à une autre compréhension du monde à la lumière des Anciens et des penseurs d'aujourd'hui, pour construire notre véritable vocation, qui est divine. »
  • 48. Swami Agnivesh Né en 1939, juriste et économiste indien, homme politique, réformateur de la tradition hindouiste, ancien membre de l'Assemblée législative de l'État indien de l'Haryana, intellectuel et journaliste. Fonde en 1981 le Bandhu Mukti Morcha (‘Front de libération contre le travail servile’) pour lutter contre les nouvelles formes d’esclavage. Fonde et préside le World Council of Arya Samaj, combat le système des castes, les avortements de fœtus féminins, l’alcoolisme. Fondateur du Sarva Dharma Sansad (‘Parlement des Reli- gions’). En 2005, menacé de mort par les hindouistes nationalistes car il déclare que le Temple de Jagannath Puri doit être ouvert aux non- hindous. Végétarien, soutien actif du mouvement non-violent Ekta Parishad. Dénonce les dérives des religions, la dette du Tiers- Monde, ​​l'impérialisme culturel, la surconsommation des riches. ../..
  • 49. Swami Agnivesh « Pour nous battre contre l’impérialisme culturel matérialiste et hédoniste, nous devons lancer un mouvement basé sur une vision spirituelle de la dignité humaine. » « Je n'ai jamais été capable de compartimenter la religion, la politique et l'action sociale. La quête spirituelle depuis des siècles est restée très individualiste, c’est là une perversion très grave. Au contraire, la spiritualité devrait être une source de transformation sociétale. » « La tâche de ceux qui sont spirituellement éclairés n'est pas de promouvoir une religion particulière, et encore moins d'opposer une religion à une autre. Elle consiste à identifier les facteurs d’humanité qui existent au sein de toutes les religions. « Tant que les religions ne donneront pas aux femmes une place égale à celle des hommes, il ne pourra y avoir ni paix ni justice dans le monde .»
  • 50. Bernie Glassman Né en 1939, états-unien d’origine polonaise et juive, enseignant zen, premier successeur du maître japonais Taizan Maezumi Rôshi (1931- 1995). Ne conçoit la compassion bouddhiste que dans le cadre d'un engagement social. À la fin des années 1980, entreprend des programmes sociaux pour les SDF et les populations défavorisées de New York. Dans un souci d'adaptation du bouddhisme et d'élargissement de son travail, créé la Peacemaker Community, communauté interreligieuse dont les membres s'engagent à œuvrer pour la paix, qu'elle soit intérieure ou globale. Invite ses disciples à se confronter aux enjeux de la société : pauvreté, écologie, éducation, SIDA, etc. Organise des retraites interreligieuses, notamment sur les lieux de génocides (Auschwitz, Rwanda). « Pour lutter contre les divisions, je peux avoir recours à tous les moyens : l'art, la politique, l'économie, la médecine. Nous disons que tout est poison lorsqu'on est centré sur l'ego. Et que tout est vertu, si l'on agit sans ego. »
  • 51. Stuart Kauffman Né en1939, médecin et biologiste théorique étatsunien, professeur à l’université de Chicago puis de Pennsylvanie, médaille Wiener et prix McArthur. Chercheur de la théorie de la complexité, « humaniste laïque » selon ses propres termes, penseur visionnaire aux frontières de la science. Déclare catégoriquement être un athée du « Dieu » théiste, entité suprême omnipotente, créatrice, personnelle, distincte du monde, et tout aussi catégoriquement, alors que le XXIe siècle avance à grands pas, pour sauver l’humanité et la communauté des vivants, que nous devons redécouvrir et reconnaître le caractère sacré de l’univers, et que le vieux mot ‘Dieu’ peut encore nous être utile et nécessaire pour nous référer précisément à ce caractère sacré et pour vivre en accord avec lui. Bien sûr, cela nécessite de réinventer Dieu ou le sacré . « Créativité » lui semble être l’une des concréti- sations métaphoriques les plus évocatrices du Mystère des mystères, du Réel de toutes les réalités, de ce qu’on appelle « Dieu ». Il est nécessaire, dit-il, de « réinventer le sacré naturel » ou le « Dieu naturel ». Le « sacré » ne s’oppose pas « au profane », ni « naturel » ne signifie quelque chose de subordonné à « surnaturel ». « Naturel » désigne l’ensemble de la nature, l’univers de tout ce qui existe, et « sacré » est toute la nature dans la mesure où elle suscite l’émerveillement, la révérence, le respect, la responsabilité.
  • 52. Bruno Mori (1929-2023), théologien italien naturalisé canadien. Études de philosophie et de théologie à Rome’. Prêtre, religieux de ‘l’Ordre des Chanoines Réguliers’. Vit à Montréal (Québec) depuis 1978, pendant 22 ans y dirige le ‘Service de Documentation Pastorale’ (SDP), grande librairie de langue française spécialisée en littérature religieuse, puis au service d’une communauté chrétienne italo-francophone dans le diocèse de Montréal. A beaucoup écrit sur l’état de l’Église catholique et de la religion dans la modernité. Propose un récit du Cosmos, de sa naissance, de son expansion, de l’évolution qui a mené la planète Terre à la vie et à l’homo sapiens. Les humains ont désormais à prendre en main l’avenir écologique de leur planète. Cette communion avec un Univers infini suscite l’émerveillement et va de pair avec la conscience que nous faisons partie d’un tout en devenir. Dans ce contexte, propose une redécouverte de Jésus de Nazareth et de l’énorme valeur spirituelle de la "voie" qu’il a laissée. Une voie qui nous invite à devenir plus humains et qui nous ouvre à une autre réalité de Dieu, perçue par les croyants comme la dimension profonde du Cosmos, le coeur qui fait battre, l’Énergie amoureuse... ../..
  • 53. Bruno Mori « La métaphore de la créativité nous amène au-delà d’un panthéisme grossier dans lequel tous les êtres seraient des parties de "Dieu" et "Dieu" serait la somme de toutes les parties. La créativité pourrait être conciliée avec le panenthéisme (du grec pan en Theó : ’tout en Dieu’), en ce sens que tous les êtres sommes en Dieu, mais sans imaginer que Dieu est quelque chose ou quelqu’un en qui nous sommes. La créativité pourrait peut-être être mieux exprimée par le terme de théoenpantisme (« Theós en panti : ‘Dieu en tout’) – un néologisme que je me permets de proposer – dans la mesure où Dieu n’est que dans les êtres, comme le mystère de la créativité ou la puissance d’être-faire qui les anime. » En tout cas, il ne s’agit pas d’utiliser un mot ou un autre, de subs- tituer un nom à un autre. Il ne s’agit pas non plus de croire ou de cesser de croire en quelque chose. Il s’agit de créer, de nous laisser créer et d’être des agents de la créativité sacrée, à savoir que là où il y a la guerre, nous mettions la paix, là où il y a la haine, nous mettions le pardon, là où il y a la mort, nous mettions la vie et là où il y a la destruction, nous mettions la création ».
  • 54. Marie Balmary Née "vers 1939", psychanalyste clinicienne agnostique, écrivain et conférencière française. Essaye de comprendre les bouleversements et les souffrances accompagnant l'émergence d'une parole qui devrait pourtant être libératrice. S’intéresse à la Bible, « première fondation et première histoire de la parole », persuadée qu'on y trouve les remèdes pour guérir la civilisation judéo-chrétienne de ses maladies. Consacre dix ans à apprendre l'hébreu, le grec ancien et l’exé- gèse pour serrer le texte au plus près. « Ruth reprit : - Je crois qu'il y a une religion universelle avec laquelle on ne compte pas assez : c'est justement celle que combattent tous les penseurs, Freud y compris. ../..
  • 55. Marie Balmary Cette religion n'a pas de nom, ou plutôt elle a tous les noms, christianisme, judaïsme ou islam, mais elle consiste aussi bien dans toute conformité absolue à un ordre, une caste, une classe. En fait, elle traverse toutes les religions et même les idéologies athées : c'est celle du dieu obscur qui demande à l'homme le sacrifice de sa pensée, le renoncement à sa conscience. - À quoi la repérez-vous, cette religion ? - À ses effets de mort psychique. Il me semble qu'elle se trouve là où le Bien - dont elle détiendrait la définition - a fait disparaître jusqu'au désir de vérité. Je crains que la raison démocratique, scientifique, ne suffise pas pour la combattre. Pas même pour la signaler. La seule religion qui pourrait m'intéresser serait celle qui donnerait aux humains deux choses que les religions d'habitude leur retirent : la conscience de ce faux dieu et surtout l'autorité pour le mettre dehors ».
  • 56. Jean-Marie Muller (1939-2021), philosophe français, conférencier, formateur, théoricien et praticien de la non-violence, auteur de plus de 30 livres sur le sujet. « Dans un monde si gravement malade de la violence qu’il risque d’en mourir", déplore "l’incapacité des grandes religions à comprendre les enjeux spirituels et politiques de la non-violence ». Reproche aux trois grandes religions monothéistes de prétendre avoir reçu en dépôt "la parole de Dieu" alors qu’il s’agit de la parole d’hommes inspirés, et, pour tout dire, plus ou moins bien inspirés selon les personnes et selon les circonstances qui les inspirent… « L’urgence absolue pour les croyants, c’est de se détourner de leurs querelles portant sur les dogmes de leur foi en Dieu, pour s’accorder sur les exigences de leur amour envers les hommes. » « En tout homme, la lumière de l’attention, l’intelligence du cœur, l’exigence de la conscience et la connaissance de la raison orientent le choix de la liberté et la décision de sa volonté en le conduisant sur la voie de la sagesse et de la vérité ». « En fait, c’est par la bonté envers l’autre homme, et non par la foi en Dieu, que l’homme s’ouvre à la transcendance. » ../..
  • 57. Jean-Marie Muller S’insurge notamment contre le fait que la liturgie de la nuit pascale continue à mettre en avant par les textes et par les chants (« Il a jeté à l’eau cheval et cavalier ») l’image d’un dieu guerrier qui noie les armées du Pharaon, alors qu’il s’agit d’un récit symbolique dénué de vérité historique. Dénonce aussi le silence embarrassé des biblistes, exégètes et théologiens face au récit d’Ananie et Saphire dans les Actes des apôtres (Ac. 5, 1-11). Ayant vendu une propriété et gardé pour eux une partie du prix de vente, tout en feignant de la remettre toute entière à la communauté chrétienne, les époux meurent subitement, soi-disant foudroyés par la justice divine après avoir entendu les reproches de Pierre. Calvin n’hésitera pas à se référer à l’exemple de Pierre pour justifier la mise à mort sur le bûcher de Michel Servet. Image du bas : La Mort d'Ananie et Saphire par Aubin Vouet, 1632 Voir aussi J.-M. Muller dans le trombinoscope de la non-violence
  • 58. André Myre Né en 1939, écrivain, conférencier et animateur canadien. Jésuite en 1960. Docteur en études hébraïques, bibliste, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de théologie de l’Université de Montréal (1970- 1997). Participe à la traduction de la Bible parue aux Éditions Bayard et Médiaspaul en 2001, et à l’élaboration du Nouveau Vocabulaire Biblique. Se marie en 1997. Auteur d’un ouvrage sur la source pré-évangélique désignée dans la littérature savante sous le sigle Q ( Quelle : source), d’un commentaire contemporain de l’évangile de Jean, d’une présentation décapante de Jésus de Nazareth. Dans son enquête approfondie sur la prière, Prier autrement (2018) comme elle est décrite dans les évangiles, loin d’être dépeinte comme une activité proprement religieuse et contemplative, la prière se trouve plutôt dans les petites attentions du quotidien. « De ma longue fréquentation de mes frères jésuites, j’ai appris la valeur de la liberté. De leur engagement, j’ai appris que l’existence doit s’interpréter à partir de l’expérience des petites gens. De ma propre expé- rience de la Bible, j’ai appris que Dieu était en lutte contre tous les systèmes qui oppriment les humains, y compris et surtout les systèmes religieux. (…). De la vie, j’ai appris qu’il était impossible de devenir humain sans se mettre à l’écoute de cette mystérieuse voix intérieure impossible à harnacher. »
  • 59. Eugen Drewermann Né en 1940, théologien allemand en rupture de ban avec l’Église catholique, psychanalyste jungien. Interdit d'enseignement à l'université catholique par l'archevê- que de Paderborn en 1994, à la suite du succès de son livre Fonctionnaires de Dieu en 1989 et de ses travaux comparatistes sur le « récit chrétien de la naissance virginale du "Fils de Dieu" et de sa résurrection ». Psychothérapeute et conférencier sur les questions de religion, de présentation de la Bible, d'analyse des contes populaires ou autour des relations entre l'animal et l'homme. Auteur de 40 ouvrages. « Jésus n'a pas cherché à imposer un nouveau dogme ex cathedra. Il a simplement voulu rendre la vie plus humaine, apaiser les angoisses et abolir les frontières entre les êtres humains. L'Église a malheureusement transformé ce message de liberté et d'amour nourri de confiance en un système dogmatique fondé sur la peur. Le dogme n'est rien d'autre qu'une violence institutionnalisée. » ../..
  • 60. Eugen Drewermann « Sont issus d’une naissance virginale non seulement le pharaon - le jour de son accession au trône ! - mais aussi le Bouddha, conçu vers 500 avant J.-C. par la reine Mahamaya et l’opération d’un éléphant blanc, ainsi que le dieu aztèque Huitzilopochtli. En fait, lequel des "grands" dans l’histoire des hommes n’a pas été conçu et enfanté dans la virginité ? Platon, Alexandre, Romulus et Remus… En fin de compte, le symbole de la naissance virginale s’était, dès l’Antiquité, dégradé en un simple détail accessoire, et il n’a pas fallu moins que la profonde ferveur religieuse des premiers chrétiens pour lui restituer son éclat initial - encore qu’avec cette ombre qu’a jetée sur lui le funeste contresens qui lui prêtait une réalité historique. » ../..
  • 61. Eugen Drewermann « La religion est trop souvent un moyen de domination, d’oppression et d’aliénation. Mais si elle prend pour fondement l’homme, elle est essentielle au sujet en marche vers sa liberté, car seul l’amour qu’elle fait connaître peut donner la force de vaincre l’angoisse et le désespoir face à la vie, à la souffrance et à la mort ». « L’angoisse existentielle est à la racine de divers maux contempo- rains. Dès lors la tâche de l’homme, et celle de la religion, est de rendre le monde plus humain : redécouvrir la caractère sacré de la nature, libérer l’homme de l’oppression et de l’aliénation, guérir la personne des ses blessures psychiques, lui rendre son autonomie dans son rapport avec Dieu ». Voir aussi E. D. in trombinoscope Écologie et Altercroissance
  • 62. Régis Debray Né en 1940, Français, normalien, docteur en philosophie, compagnon de Fidel Castro, suit Che Guevara en Bolivie. Chargé de mission pour les relations internationales auprès du Président F. Mitterrand. À l'initiative de la création en 2002 de l’’Institut européen en sciences des religions’. Chargé par le gouvernement d’une mission pour créer un enseigne- ment du fait religieux dans l’école laïque, présente en février 2002 un rapport sur ce thème. Crée en 2005 la revue Médium,Transmettre pour innover. « Il n’y a pas de société sans transcendance. Celle-ci est nécessaire à la cohésion sociale. Le sacré est déterminé par la transmission d'information, que j’appelle la médiologie, étude des supports de transmission des messages qui transforment les mœurs, les rapports au pouvoir, au savoir. Par exemple les textes sacrés comme la Bible, l’imprimerie, Internet ». « Les religions donnent sens à la vie, les rites donnent vie au sens. »
  • 63. Régis Debray « Philosopher veut dire aller à ciel ouvert ou vent debout, pour regarder les gens et s’étonner de leurs façons de faire; ou encore rapprocher les images du petit écran des trésors de nos bibliothèques pour chercher, à ses risques et périls, quelle cohérence se dégage du rapprochement » « L’homme, animal doué de raison, est le seul qui tue son congé- nère par conviction, et non sous l’empire du besoin. Pour avoir hon- neur, raison, prestige, et non pas la vie sauve. Le seul qui transforme son agressivité en institution, duel ou guerre sainte. » « Entre le tout-au-sacré et le zéro-sacré, souhaitons que se trace un jour la voie du milieu. Dieu est encore aujourd’hui le seul antidépres- seur délivré sans ordonnance. » « Mais pharmacos, c’est poison et remède, et tout ce qui guérit peut rendre malade. Si le fanatisme est à la foi ce que l’addiction est à l’habitude, on ne saurait trop recommander une consommation maî- trisée pour prévenir toute théodépendance chez le sujet croyant. Pour les maladies de l’âme, le marché perdu en Europe par l’industrie religieuse a été récupéré par l’industrie pharmaceutique, les deux fabriquant sans doute, en partie, les maux qu’elles excellent à soigner »
  • 64. Michel Benoît Dominique Sébire, né en 1940, Français, docteur en biologie, moine bénédictin pendant 20 ans à St Benoît-sur-Loire (d’où son nom d’écriture), théologien, spécialiste des origines de l'Église, écivain, conférencier. Quitte son Ordre en 1984, sa hiérarchie désapprouvant ses recherches sur la vie et la personnalité de Jésus. Apporte une explication nouvelle et argumentée de la mort de Judas à partir de Ac. 1 -17. Émet l’hypothèse que le corps de Jésus a été enlevé du tombeau par les Esséniens. Affirme que le prophète Jésus a été divinisé, compare son l’expérience d’éveil du Nazaréen à celle du Bouddha. Pour les deux, le résultat a été la transformation de leur regard sur les êtres et sur le monde. Les deux sont parvenus à la même liberté totale envers leurs traditions respectives. «Aucune apocalypse n’a jamais annoncé la fin du monde, mais seulement sa transformation radicale, la fin d'un monde et la naissance d'un autre ». « Je crois, non pas en sacrifiant ma raison, mais en la mettant honnêtement face à l’incompréhensible complexité d’un monde qui – sans l’équivalent d’un ‘’Dieu’’-, n’aurait ni sens, ni queue ni tête. » ../..
  • 65. Michel Benoît Son livre Jésus et ses héritiers fait la synthèse des recherches effectuées jusqu’ici. Le nazoréen* apparaît dans son univers familial, avec ses frères et sœurs, ses disciples dans leur comportement fruste, passionné, enthousiaste ou militant. Le "13ème apôtre" a été effacé de l’histoire, Judas n’est qu’un fétu de paille dans la tourmente qui l’a emporté. « Redécouvert tel qu’il fut en lui-même, le rabbi subversif, doux et humble de cœur, reste pour nous une promesse à accomplir. » Montre que le Coran puise son inspiration dans le messianisme, idéologie née chez les Hébreux au 5ème siècle avant J.-C, qui a contaminé le judaïsme et le christianisme avant d’inspirer les totalitarismes du 20ème siècle, communisme et nazisme. Des arabo-nazoréens sédentarisés en Syrie ont utilisé la période troublée du 5ème au 7ème comme une fenêtre de tir pour réaliser un rêve qu’ils avaient fait leur, reconquérir Jérusalem et y reconstruire le temple détruit par Titus en l’an 70. * Dans le Nouveau Testament, Jésus est appelé 6 fois "le nazarénien" (nazarènos) et 13 fois "le nazoréen" (nazôraios)
  • 66. Larry Dossey Né en 1940, médecin états-unien. Diplômé de l' Université du Texas à Austin et du Southwestern Medical Center à Dallas (1967). Sert comme chirurgien militaire au Vietnam, puis comme médecin chef de la cité médicale de Dallas (1982). En 1988, découvre un dossier explosif sur les vertus curatives de la prière. D'abord irrité, puis fasciné, décide de s'engager totalement dans cette recherche. Après quelques années d'opposition, médecins et chercheurs acceptent de parler des cas étonnants qu'ils ont rencontrés. Les témoignages affluent et grossissent le dossier exposé dans le dossier. Publie en 1993 Healing Words ("Ces mots qui guérissent") Lui qui se définit lui-même comme un drogué de science et un athée conclut, des années plus tard : « Le secret le mieux gardé de la science médicale est l'énorme accumulation de preuves montrant que la prière guérit ». Renonce à l'exercice de la médecine pour se consacrer à l'analyse des effets de la prière sur la santé. Rencontre des chamans, guérisseurs et médecins qui incluent la prière dans leur pratique comme une composante essentielle et non pas comme un substitut à la science. Auteur de 11 ouvrages sur les relations entre santé et spiritualité. Conseille une prière totalement ouverte, dépourvue de tout dog- matisme et de toute demande spécifique, du type « Que ta volonté soit faite ! » ../..
  • 67. Larry Dossey « Une prémonition, c'est le sentiment que quelque chose est sur le point de se produire. Elle concerne aussi bien des situations graves (santé, accidents) que des cas légers (comme la perte d'objets, par exemple). Les événements du futur entrevus ne sont pas immuables, ils sont une possibilité de type quantique. L'admettre permet parfois d'éviter des drames. Nos ancêtres reconnaissaient un lien entre passé, présent, futur, ce qu'aujourd'hui nous voulons ignorer. Par l’intérêt pour les épisodes précognitifs et pour l'étude de la perception extrasensorielle, un monde nouveau peut s'ouvrir à nous. » « J'avais l'habitude de croire que nous devons choisir entre la science et la raison d'une part, et la spiritualité de l'autre, dans la façon dont nous conduisons nos vies. Maintenant, je considère que c'est un faux choix. Nous pouvons récupérer le sens du caractère sacré, pas seulement dans la science, mais dans peut-être tous les domaines de la vie. »
  • 68. Jean-Marc Lévy-Leblond Né en 1940, physicien et essayiste français. ’École Normale Supérieure’, doctorat de physique théorique. Chargé de recherches au ‘CNRS’, professeur à l’université Paris 7 et à Nice, enseigne dans les départements de physique, de philosophie et de communication. Quitte le Parti Communiste en 1968, devient l'un des animateurs du mouvement de la critique politique radicale de la science (revue Impasciences). Directeur de programme au ‘Collège international de philosophie’ (2001 à 2007). Travaille à « (re)mettre la science en culture », affirme la nécessité d’une intelligence publique des sciences, où se noueraient savoirs, recherche, culture et politique, et d'une « critique de science », qu'il compare à la critique d'art. En appelle à « un niveau de conscience collective beaucoup plus élevé de la part de l'ensemble de la société quant à ce qu'est l'activité scientifique. » « Si ces frères ennemis, le scientisme et l’irrationalisme, prospè- rent aujourd’hui, c’est que la science inculte devient culte ou occulte avec la même facilité. » « Le plus surprenant est peut-être que l’esprit humain puisse concevoir la transcendance, autrement dit imaginer quelque chose qui le dépasse. Le mystère est alors que l’on puisse comprendre qu’il y a des choses que l’on ne peut pas comprendre. »
  • 69. Bettina Bäumer Née en 1940, indologue autrichienne et spécialiste des religions. Études supérieures en philosophie, religion, théologie et musique aux universités de Salzbourg, Vienne, Zurich, Rome et Munich entre 1959 et 1967, docteure en théologie. S'installe à Varanasi (Bénarès) en 1967 après son doctorat. Professeure d'études religieuses à l'Université de Vienne, directrice de deux instituts de recherche à Varanasi, et Fellow de l'Institut indien d'études avancées, Shimla. De 1988 à 2007, présidente de l’association Abhishiktananda, qui promeut la spiritualité de Henri Le Saux.. Ses domaines particuliers de recherche et de publication sont la philosophie indienne, en particulier le shivaïsme du Cachemire, l’esthétique indienne, les traditions religieuses et de l'art de temple d'Orissa, et le dialogue interreligieux, en particulier le dialogue entre Hindous et Chrétiens. En relation étroite et amitié avec Swami Abhishiktananda (Henri le Saux), Raimon Panikkar, Marc Chaduc. « Il y a beaucoup de fausses déclarations et d'incompréhensions à propos du tantra, qui forme le noyau du shivaisme du Cachemire : il a été généralement mal compris comme de la magie noire ou de la sorcellerie. Le tantra est fascinant et est très riche et beau et lié à la vie pratique. Il parle des énergies cosmiques. »
  • 70. John D. Caputo Né en 1940, théologien étatsunien. Professeur d'humanités à l'Uni- versité de Syracuse, fondateur du concept théologique de la faiblesse de Dieu (ou théologie faible, Weak Theology). Héritier spirituel de Kierkegaard, Heidegger, Levinas, Derrida. S’insurge contre la théologie du sacrifice qui dit que Dieu offensé a envoyé son Fils pour réparer une offense qu’aucun être humain ne pouvait réparer. Pour lui, la conception d'un Dieu puissant physiquement ou même métaphysiquement est erronée : le vieux Dieu du pouvoir est balayé pour laisser paraître un Dieu mendiant, un Dieu en demande de l'homme. Il n’est pas sûr qu’un tel dieu existe, mais il est sûr que ce dieu insiste. Le Créateur omnipotent devient celui qui risque quelque chose, malgré la menace du mal intrinsèque au créé, et qui regrette bientôt ce risque. « Je suis les traces d’une théologie turbulente, anarchique, libre de toute chaîne, distordue et contaminée qui forcera les théologiens royaux à décamper pour se mettre à couvert. (…) Je suis les traces d’un fameux rebelle, d’un célèbre hors-la-loi dont les théologiens de palais ont fait la Loi même, alors même que, j’en suis sûr, il les aurait fait rougir de honte et les aurait jetés dehors de rage s’ils l’avaient rencontré en chair et en os. » « Je fais une confession de ne pas savoir, une profession de docte ignorance. »
  • 71. Laurent Fabre Prêtre français, né en 1940, entré dans la ‘Compagnie de Jésus’ en 1961. Formation théologique à Lyon. Reçoit en 1971 le "baptême dans l'Esprit Saint" en priant avec un Étatsunien épiscopalien, Mike Cawdrey. En 1972, avec autre jésuite français, Bertrand Lepesant, futur fondateur de la ‘Communauté du Puits de Jacob’, part aux États-Unis rencontrer les charismatiques états- uniens. Commence à Lyon un groupe de prière, d'où naît en 1973 la ‘Communauté du Chemin Neuf’. La communauté, qui rassemble aujourd’hui près de 2 000 membres dans une trentaine de pays, oriente son action autour du principe d'unité : unité des Chrétiens, des hommes (notamment entre cultures et nations différentes), des couples et des familles. Elle intervient aussi dans les hôpitaux, auprès des enfants abandonnés, pour la réinsertion des détenus, etc. « J'aime bien cette parole : "Celui qui fait quelque chose a contre lui : celui qui veut faire la même chose, celui qui veut faire exactement le contraire, et l'immense cohorte de tous ceux qui ne font rien ! "»
  • 72. Matthew Fox Né Timothy James Fox en 1940, théologien, conférencier, formateur et militant écologiste étasunien. Maîtrise en philosophie et en théologie du Aquinas Institute of Philosophy and Theology, doctorat en ‘Histoire et théo- logie de la spiritualité’ de l’Institut catholique de Paris*. Enseigne dans plusieurs universités catholiques, notamment l'Université Loyola de Chicago et le Barat College of the Sacred Heart de Lake Forest (Illinois). En 1976, prend ses fonctions au Mundelein College de Chicago pour créer l’Institute of Culture and Creation Spirituality (ICCS), commu-nauté scientifique, religieuse et artistique qu’il installe ensuite dans le Holy Name College d’Oakland (baie de San-Francisco). Consacre 50 ans au développement et à l’enseignement de la spiritualité de la création. En raison de sa remise en question de la doctrine du péché originel, est interdit en 1988 par le cardinal Ratzinger d'enseigner ou de donner des conférences pendant un an. Après avoir demandé en vain son rattachement à la province dominicaine des Pays-Bas, est exclu en 1993 de l’ordre des dominicains après 33 ans suite à son refus de rejoindre sa communauté dominicaine à Chicago. Est reçu en 1994 en tant que prêtre dans l'Église épiscopale (communion anglicane). Auteur de 38 livres traduits en 76 langues, portant sur la spiritualité et la culture contemporaine. S’attache à redécouvrir le « secret » (la mystique) de la création et du cosmos. ../.. * sur conseil de Thomas Merton, y fait une rencontre décisive avec le P. Marie-Dominique Chenu
  • 73. Matthew Fox En 2005, fonde le Youth and Elder Learning Laboratory for Ancestral Wisdom Education (YELLAWE), organisation éducative destinée à atteindre les jeunes des quartiers défavorisés. Sa spiritualité de la création apparaît comme un nouveau paradigme religieux qui relie transformation de soi et du monde, action et contemplation, justice et mystique, écologie et compassion. Elle s'appuie à la fois sur une lecture des sources bibliques et des mystiques du début du Moyen Âge au sein des traditions chrétiennes (Johann Eckhart, Hildegard von Bingen, Julienne de Nowich, etc.), ainsi que sur la science actuelle. Ose une nouvelle spiritualité fondée sur la bénédiction originelle et non sur le péché originel. Recherche un terrain d'entente avec de nombreuses confessions religieuses du monde entier, dans une approche qu’il qualifie d'« œcuménisme profond » en raison de ses liens entre de nombreuses pratiques spirituelles. 1- Apprivoiser la création : la via positiva 2 - Apprivoiser les ténèbres : la via negativa 3 - Apprivoiser la créativité : la via creativa 4 - Apprivoiser la nouvelle création : la via transformativa
  • 74. Jean-Luc Nancy (1940-2021), philosophe français. Docteur en philosophie, professeur à l’université de Strasbourg. Très soucieux pour son coeur et donc pour sa vie et sa survie qui lui a été octroyée grâce à la médecine, développe une pensée originale interrogeant la question du sens et de la transcendance et son articulation avec le langage. Dans son article Pour le Coran des gens, après la publication du Coran des historiens (2019), appelle de ses vœux des universités ouvertes aux "anthropologies religieuses" et aux "cultures confessionnelles". C'est avant tout la pensée de la communauté qui sert de fil conducteur à ses écrits. Cette communication sensible entre les êtres « singuliers pluriels » est une pensée politique composée de toutes les sphères de l'existence (l'amour, l'art, etc.), complétant la démocratie. « ‘La démocratie est infiniment plus qu’un régime politique, elle fait naître un ‘nous’ qui s’expérimente dans l’interpénétration des fins infinies de ceux qui s’allient pour un ‘être’ toujours à venir » écrit-il avec Jean- François Bouthors. En pleine pandémie, ils rappellent : ‘Seule la démocratie peut nous permettre de nous accommoder collectivement de la non-maîtrise de notre histoire’. Elle doit advenir comme « une civilisation au sens d’un être ensemble en alliance ». ■