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Trombinoscope "Chercheurs d’humanité
Chercheurs de sens
(art, religion, philosophie, spiritualité)
16.ter - 1935 - Bernard Besret
Étienne Godinot 28.05.2024
Bernard Besret
Sommaire
Sa vie
Un adolescent en quête de sens
Moine à l’abbaye de Boquen
Études et enseignement à Rome
Prieur de l’abbaye de Boquen,
La Communion de Boquen
La destitution
L’Association culturelle de Boquen
Les responsabilités dans la vie civile
La rencontre avec le taoïsme
Ses intuitions et sa pensée
1970 - Libération de l’homme. Essai sur le renouveau des valeurs monastiques
1971 - Clefs pour une nouvelle Église
1974 - Sept propositions pour une métaphysique spirituelle
1976 - De commencement en commencement. Itinéraires d'une déviance
1991 - Confiteor. De la contestation à la sérénité
1993 - Lettre ouverte au Pape qui veut nous asséner la vérité absolue dans toute sa splendeur
1996 - Du bon usage de la vie
2003 - Esquisse d'un évangile éternel
2011 - À hauteur des nuages. Chroniques de ma montagne taoïste
2023 - Sonder l’insondable
Image :
- Bernard Besret en Chine
Bernard Besret
Sources
Livres de B. Besret
Textes, dont Sept propositions pour une métaphysique spirituelle, carte et courriels de B.
Besret
Radio-Télévision Suisse, rts.ch, émission L’éternel présent, 14 juin 1992
France Culture, Les racines du ciel, 9 oct. 2011
Texte de Jose Arregi, Bernard Besret, l’utopie de Boquen
Internet, notamment documents INA
Images
- Mégalithes de néolithique en Bretagne
- B. Besret, Instants éternels, film Capuseen, 55 mn, 1999
- Le message des moines à notre temps. Mélanges offerts (notamment par Bernard Besret) à Dom
Alexis, abbé de Boquen (1958)
1- La vie de Bernard Besret
« Il a depuis longtemps disparu de l’actualité, mais il reste une
figure rafraîchissante et inspirante. Un homme prophétique, visionnaire
et courageux. Un homme à l’âme mystique, aux yeux ouverts, à la
parole ravie. Libre et fidèle au feu qui l’habitait et continue de l’habiter.
Pendant une décennie décisive de l’histoire qu’il nous a été donné de
vivre, il a dirigé un vigoureux mouvement de réforme spirituelle, cultu-
relle et politique. » Jose Arregi*
Jean-Claude Besret, connu sous le nom de Dom Bernard puis de
Bernard Besret, chercheur de sens français, ex-moine et théologien
catholique, nait en 1935 à Saint-Hervé (Côtes d'Armor) d’un père ingé-
nieur athée et d’une mère institutrice dans l’école laïque.
Il est profondément bouleversé par la mort de sa mère, alors qu’il
n’a que 13 ans. Toute sa vie sera une quête sur le sens de la mort.
Toute sa vie, il sera fasciné par le destin de l'homme et habité par
la quête du « fondement ultime du réel » qu’au début de sa vie il appelle
« Dieu ».
* Jose Arregi, théologien basque espagnol né en 1952, professeur d’université. Auteur
de nombreux livres de théologie et de spiritualité, dont Dieu au-delà du théisme. Esquisses pour
une transition théologique (2023)
Image : Bernard Besret âgé d’environ 65 ans
Un adolescent en quête de sens
Il est marqué à l’âge de 15-16 ans par les livres d'Aldous Huxley,
particulièrement La philosophie éternelle, et notamment par la parole d’un
père à son fils dans les Upanishads : « Dans cette graine, il y a l’arbre
nyagrodha. C’est là le Vrai, et toi, tu es Cela ! », c’est-à-dire l’essence de
tout ce qui existe. « La vie, dira-t-il plus tard, ne mérite d’être vécue que si
je parviens à être branché sur "Cela". »
« Philosophie éternelle : l'expression a été trouvée par Leibniz. Mais
la chose, cette métaphysique qui reconnaît qu'il y a une réalité qui est la
substance même des choses matérielles, de la vie et de l'esprit ; cette
psychologie qui voit dans l'âme quelque chose de semblable ou même
d'identique à la réalité divine ; cette éthique qui place les buts de l'homme
dans la connaissance d'un fondement transcendant et immanent à tous
les êtres, cette chose est universelle et immémoriale. Les rudiments de la
philosophie éternelle peuvent être trouvés dans les savoirs des peuples
primitifs de toutes les régions du monde, et, sous sa forme la plus déve-
loppée, elle a une place dans les plus grandes religions. »
Aldous Huxley
Images :
- Aldous Huxley (1894-1963), écrivain, romancier, philosophe, pacifiste et satiriste britan-
nique.
- En 1945, Huxley publie The Perennial Philosophy. Cette anthologie commentée de textes
mystiques très divers rapproche les religions, les traditions d'Orient et d'Occident, à la recherche
d'une pensée mondiale, à mi-chemin de la science et de la mystique.
Être un homme
« Être un homme complet, équilibré, c’est une entreprise difficile,
mais c’est la seule qui nous soit proposée. Personne ne nous demande
d’être autre chose qu’un être humain. Un être humain, vous entendez,
pas un ange ni un démon. Un homme est une créature qui marche
délicatement sur une corde raide, avec, à un bout de son balancier,
l’intelligence, la conscience et tout ce qui est spirituel, et à l’autre bout le
corps et l’instinct et tout ce qui est inconscient, terrestre et mystérieux.
En équilibre, ce qui est diablement difficile. » Aldous Huxley
« Le Fondement divin de toute existence est un Absolu spirituel,
ineffable dans le langage de la pensée raisonnée, mais en certaines
circonstances susceptible d’être directement ressenti par l’être humain
qui en prend conscience. Cet Absolu est le Dieu-sans-forme de la
phraséologie hindoue et chrétienne-mystique.
La fin dernière de l’homme, l’ultime raison de l’existence humaine,
est la connaissance intuitive du fondement divin. » A. H.
Images à droite : Point Counter Point (1926) d’Aldous Huxley. B. Besret adolescent est marqué
aussi les Lettres à l’ashram de Gandhi (1930) et par La nuit privée d’étoiles de Thomas Merton
(1951).
Moine à l’abbaye de Boquen
Jean-Claude Besret entre en 1953, à l’âge de 18 ans, au monastère
cistercien de Boquen (Côtes-d'Armor) que lui indique un ami. Après une
année d’études aux États-Unis, financée par une bourse, et pendant la-
quelle il joue du violon, il fait profession comme moine à Boquen sous le
nom de Bernard en 1954.
Pendant 2 ans, il vit l’idéal cistersien (et hindouiste, commentera-t-il
plus tard) de silence et de solitude.
Images :
- L'abbaye Notre-Dame de Boquen, située à l'orée de la forêt de Plénée-Jugon (Côtes-
d'Armor). Boquen : Bod gwenn en breton, "buisson blanc", ou "buisson ardent", ou aubépine.
L’abbaye cistercienne, fondée en 1132, détruite à la Révolution française, restaurée à partir de 1936,
est occupée, après l’expérience de la ‘Communion de Boquen’, par les ‘Sœurs de Bethléem’ puis
aujourd’hui par la ‘Communauté du Chemin Neuf’.
- Dom Alexis Presse (1883-1965), docteur en droit canonique, abbé de Tamié (Savoie) de
1925 à 1936, démis par son Ordre en 1936, s'installe à Boquen en octobre 1936, seul puis avec
quelques frères, dans le sens d'un retour aux observances primitives de l'Ordre de Cîteaux, sans
bénédiction du saint-sacrement, sans rosaire ni chapelet. Ce religieux qui marchait en sabots et avait
des dons de guérisseur a laissé son empreinte dans la mémoire collective.
Études et enseignement à Rome
L'année suivante, en 1955, il est envoyé par son supérieur à Rome
pour y faire des études de philosophie et théologie à la faculté pontificale
bénédictine Sant’Anselmo. Il restera à Rome durant 9 années.
Il y est profondément marqué par les cours de Cipriano Vagaggini,
formé en Belgique, pour qui, écrira-t-il plus tard, « il ne fallait chercher
dans l’Évangile ni un enseignement dogmatique, ni un code de morale, ni,
à proprement parler, un programme politique, mais bien une "bonne
nouvelle" ».
Docteur en théologie, professeur de philosophie, il enseigne la
logique mathématique… en latin. Il découvre les religions du livre, qui
mettent des éléments d’histoire au cœur de leur enseignement et affir-
ment que l’essentiel de la vie est dans ce que l’on fait aux autres. Dans
sa thèse de doctorat en théologie Incarnation ou escathologie ?*, il
montre que l’intériorité est indispensable pour s’ouvrir aux autres sans
mettre en danger sa propre identité.
À la demande de l’abbé général des cisterciens, il étudie la possi-
bilité pour l’ordre de récupérer l’abbaye de Clairvaux transformée en
prison.
* Escathologie : (du grec eskhatos : dernier, et logos : parole) : Ensemble de doctrines et
de croyances portant sur le sort ultime de l‘être humain après sa mort et sur celui de l'univers
après sa disparition.
Images :
- Dom Cipriano Vagaggini (1909-1999), théologien et moine bénédictin italien
- Un numéro de la collection ‘Rencontres’ aux éditions du Cerf à partir de la thèse de B. Besret
Des remises en cause par honnêteté intellectuelle
L'ouverture, en 1962, des travaux du concile Vatican II marque
l'entrée de Bernard Besret dans la vie publique. Sa personnalité sédui-
sante, sa profondeur spirituelle, son impressionnante capacité intellec-
tuelle, son verbe captivant ont donné envie à beaucoup de l’avoir à
leurs côtés. Conseiller théologique de plusieurs évêques belges et
français, il exerce une influence sur les conclusions des débats relatifs à
la « rénovation et l’adaptation de la vie religieuse » (décret Perfectae
Caritatis, dont il est l'un des rédacteurs).
Revenu à Boquen, il poursuit sa réflexion philosophique et
théologique.
« Peu à peu, beaucoup d’affirmations que j’avais acceptées me
sont apparues comme profondément étrangères. Par honnêteté intellec-
tuelle, je ne pouvais plus prononcer certaines formules dogmatiques.
Par la suite, je ne pouvais plus célébrer la liturgie de Noël (l’incarnation),
alors que celle de la Pentecôte me convient : l’Esprit dont on ne sait ni
d’où il vient ni où il va. »
Images :
- L’ouvrage collectif Les religieux aujourd’hui et demain (1964) dont B. Besret dirige la rédaction.
- Le décret conciliaire sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse.
- « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il
en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit. » (Jn 3, 8)
Des questions de fond
« Je reste profondément en accord avec la réflexion des
philosophes, Aristote, Thomas d’Aquin, etc. sur le fondement ultime du
réel, qui fait partie du fonds commun de la philosophie éternelle (Inde,
Tao, Bible, Évangile, Coran), mais je n’ai jamais cru au Péché originel,
ni à la Rédemption, et donc l’Incarnation ne devenait plus nécessaire. »
« L’Évangile est un texte de sagesse. Peu importe qui l’a écrit. Il
y a dans ce texte un puissance métaphysique, par ex. dans le verset
"Même vos cheveux sont comptés" : la conscience que Dieu en a est
un condition sine qua non de leur existence. »
« Le baptême des enfants est une des voies par lesquelles on a
construit une Église d’irresponsables, puisque ceux qui étaient baptisés
ne faisaient pas personnellement le choix d’entrer dans l’Église. »
« Les ministres de l’Église devraient être avant tout des
serviteurs, cela ne justifie pas qu’ils soient des permanents de l’ins-
titution. »
« À partir de 1967, nous avons pris conscience que notre but
n’était plus seulement le renouveau d’un monastère, mais une avancée
ecclésiale dont Boquen s’efforcerait d’être une tête chercheuse. »
Images
- L’abbatiale de Boquen
- La charpente de l’abbatiale de Boquen et l’escalier aérien
Prieur de l’abbaye de Boquen (1964-1969)
Il devient prieur de Boquen en 1964, âgé 29 ans. Il transforme le
monastère en une sorte de laboratoire pour la réforme de la vie monastique.
Il abandonne notamment le latin et le chant grégorien.
Il supprime la traditionnelle clôture monastique et modifie l’assemblée
dans l’église abbatiale en supprimant les trois groupes qui se juxtaposaient :
les ministres du culte auprès de l’autel, les moines au chœur et les fidèles
dans le fond de l’église. Désormais, il n’y a plus qu’une assemblée, une
seule action liturgique à laquelle tous prennent part. L’atmosphère s’en
trouve modifiée et crée un véritable enthousiasme.
Boquen devient le lieu d’une liturgie renouvelée qui, très vite, acquiert
une renommée. L’abbaye accueille ainsi des moines et des moniales en
quête d’idées pour leurs propres offices. Catholiques critiques, Protestants,
athées, homosexuels, divorcés remariés, prêtres en rupture de célibat, tous
sont également les bienvenus. Des théologiens, penseurs, militants alterna-
tifs s’y rendent nombreux.
Images :
- La nef de l’abbatiale de Boquen
- Le livre Boquen, entre utopie et révolution - 1965-1976, de Béatrice Lebel (2015. Préface d'Étienne
Fouilloux et postface de Bernard Besret), analyse, sur un mode chronologique, les éléments qui ont
concouru à transformer cette petite abbaye en caisse de résonance des attentes de milliers de
Chrétiens et met en lumière l'importance du contexte socioreligieux des années 1960 et 70 dans
l'évolution de Boquen.
La Communion de Boquen
L’utopie évangélique de Boquen appelle à un christianisme
critique, lyrique et politique.
- critique : la première preuve de respect que le Chrétien doit avoir par
rapport à sa foi est de la dégager de toute crédulité, par une saine atti-
tude critique ;
- lyrique : pour illuminer nos vies et éclairer l’humanité, l’affirmation de la
foi en un monde nouveau dans lequel il n’y a plus « ni homme ni femme,
ni Grec ni Juif, ni maître ni esclave » doit déboucher sur la fête de son
anticipation. Il faut le donner, au moins symboliquement, à voir, à toucher,
à sentir ;
- politique : l’utopie évangélique risque de se vider de son sens si elle ne
prend pas une dimension planétaire, si elle ne provoque pas une subver-
sion du désordre établi actuel par lequel le monde risque d’exploser ou de
s’asphyxier.
« Le projet des théologiens de la libération doit être nourri de l’inté-
rieur par une vision d’essence spirituelle, et s’accompagner du détache-
ment que taoïstes et hindouistes réclament à l’égard du fruit de toute
action » précise B. Besret
Images :
- Dans le livre Les communautés de base (1973), Bernard Besret et Bernard Schreiner illustrent le
passage qu’ils souhaitent voir s’accomplir dans l’Église, du savoir (dogmatique) à la recherche, du
paternel (hiérarchique) au fraternel, et du charitable (individuel) au politique.
- Théologie de la libération (1971), par Gustavo Guttierez, philosophe et théologien péruvien.
La vision de Boquen
À quoi sont conviés les visiteurs de Boquen ?
« À une nouvelle vie monastique, à une communion ouverte au-delà de
toute clôture, au-delà de la distinction canonique entre moines et laïcs, au-
delà de la séparation rigide entre hommes et femmes, au- delà du genre
liturgique.
À une nouvelle Église charismatique et fraternelle-sororale, sans
classes ni hiérarchies, sans clercs, religieux et laïcs, sans frontières entre
orthodoxie et hérésie, une Église de communion sans anathèmes.
À un monde libre et uni, sans inégalité ni soumission, sans faim, ni
exclusion ni frontières fermées, à une révolution sans violence.
À un nouveau christianisme spirituel et non confessionnel, sans sépa-
ration entre sacré et profane, sans attachement nécessaire à un quelconque
credo, sans lecture littérale de la Bible et des dogmes, sans prétention à
l’exclusivité ou à la supériorité sur les autres religions ou sur l’absence de
toute religion, un christianisme aux sacrements désacralisés, un christianisme
mystique et politique, écoféministe, un « christianisme critique, lyrique et
politique », selon les mots de Bernard Besret. »
Jose Arregi
Images :
Quelques amis et intervenants de Boquen : Yves Congar, Marie-Dominique Chenu, Marcel Légaut,
Joseph Moingt, Jean-Marie Muller
La vie
à Boquen
Les rencontres communautaires se font désormais autour d’une grande table
réunissant indifféremment les frères et les retraitants, qui tous se tutoient et font la
vaisselle. L’accueil à Boquen est simple, chaleureux, sans barrière. Pendant l’eucha-
ristie, le ciboire, ce vase en métal précieux qui renferme les hosties, est remplacé par
une corbeille contenant des morceaux de pain. Les offices se distinguent par la qualité
de la musique que Bernard Besret compose lui-même, conseillé par des musiciens de
jazz tels que Michel Puig ou Jef Gilson.
En juillet 1967, Boquen reçoit le premier camp de travail organisé par le ‘Conseil
œcuménique des Églises’. Le monastère est ouvert à des groupes pour leurs univer-
sités d’été, par exemple en 1968 à ‘l’Union nationale des étudiants de France’ (UNEF, à
gauche), au grand scandale des intégristes bretons qui qualifient Besret de « moine
rouge ». Il devient la cible des attaques les plus passionnées, il est menacé d’attentat.
Images :
- Débats à Boquen en présence de Bernard Besret, assis au centre de la cheminée
- Panneau d’accueil à Boquen : « Les frères sont heureux de vous accueillir à Boquen. Ils souhaitent vous faire
partager leur recherche d’unité et de liberté spirituelles dans la communion fraternelle. » On parle de Boquen dans
toute la France. Il paraît des articles sur Boquen dans le New York Times, en Allemagne dans Der Spiegel, des
émissions sur des télévisions européennes, et même à la télévision japonaise.
Les orientations de la Communion de Boquen
En 1967, la communauté monastique fait place à une "com-
munion" formée d’un noyau de permanents laïques et religieux, autour
duquel gravitent les autres membres qui se retrouvent à l’abbaye selon
leur degré d’engagement. La Communion de Boquen se présente
également comme l’une des nombreuses cellules appelées à constituer
une nouvelle Église.
Le primat est donné à la recherche individuelle par rapport à la
discipline communautaire. On substitue aux règles traditionnelles (à la
règle de saint Benoît, en particulier) les expériences d'une communion
ouverte sur le monde et à l'écoute de l'imprévu et de la nouveauté.
Le prieur est pionnier du dialogue interreligieux et interconvic-
tionnel.
Il accueille les divorcés remariés.
Il est favorable au mariage pour les prêtres qui le désirent.
Images : Textes de B. Besret édités par l’abbaye de Boquen
- Propos sur la liturgie
- Boquen en crise. -
- Conférence publique d’août 1969, Boquen, hier, aujourd'hui, demain
La conférence du 20 août 1969
Le 20 août 1969, devant près de mille de personnes, Bernard
Besret prononce à l’abbaye une conférence, Boquen hier,
aujourd’hui et demain, qui propulse la communion de Boquen sur
le devant de la scène et en première ligne du mouvement pour une
nouvelle Église.
L’Église est pour lui une communion dont le fondement n’est pas une
délimitation territoriale comme dans les paroisses actuelles, ni le partage
d’une vie commune comme dans les communautés monastiques tradition-
nelles, ni la sélection d’un milieu de vie comme dans les cercles d’Action
catholique. Il propose un nouveau type de ministère, de relations.
Il trouve malhonnête de continuer à ordonner des prêtres aussi long-
temps que l’on aura pas clarifié leur statut. Il jette un pavé dans la mare en
suggérant une année sabbatique qui permettrait aux clercs et aux religieux
engagés dans le célibat de confirmer ou d’infirmer leur premier choix. Dans
cette logique, il n’a plus l’intention de prendre de nouveaux novices à Boquen.
Images :
- Bernard Besret lors de la conférence du 20 août 1969
- Un Catholique divorcé remarié interviewé à Boquen en janvier 1971 (Document INA, Réalisateur :
Jean Pierre Gallo, Journaliste : Robert Serrou, vidéo de 13 mn sur Internet)
La destitution
Le 15 octobre 1969*, Bernard Besret est destitué et sommé de quitter
l’abbaye pour la fin du mois. Mais au lieu de clore un chapitre mouvementé
de l’histoire de Boquen - et comme ce sera le cas plus tard en 1995 après la
révocation de Jacques Gaillot, évêque d’Évreux - cette destitution déclenche
un vaste mouvement de solidarité et transforme la communion de Boquen en
fer de lance de l’aspiration au changement dans l’Église catholique.
Dans un article publié dans Le Monde le 22 oct. 1969, B. Besret écrit : « Une
jeunesse au-delà des âges, au-delà des épreuves, au-delà des ténèbres, tel est pour
nous l'authentique visage de l'Église. (…) Il y a cinq ans, le simple changement de prieur
dans un monastère serait sans doute passé complètement inaperçu aux yeux de l'opi-
nion publique. Aujourd'hui, la révocation dont je suis l'objet engendre des remous dont
l'ampleur ne peut manquer de surprendre. (…) Ici, elle concerne tous ceux, laïcs ou
prêtres, célibataires ou gens mariés, qui avaient trouvé dans la communion de Boquen la
médiation la plus efficace de leur appartenance à l'Église universelle. »
Désormais, des milliers de Chrétiens convergent de France et d’Europe
vers l’abbaye de Boquen.
* Et alors que B. Besret est à Rome pour présenter à l’abbé général de son ordre des propo-
sitions de réformes de la vie monastique. Il déclarera plus tard : « La décision de l'abbé général ne peut
être considérée comme un point final à notre recherche; en d'autres, lieux, peut-être avec d'autres
moyens, nous continuerons fermement à vivre de l'esprit de Boquen. »
Images :
- Emblème de l’ordre cistercien
- Sighard Kleiner (1904-1995), moine cistercien autrichien, 9ème abbé général de l'ordre de Cîteaux de
1953 à 1985.
La succession de Bernard Besret
et la fin de la communion de Boquen
Fin octobre 1969, l’abbé général nomme un nouveau prieur à
Boquen, Guy Luzsenszky, pour reprendre les choses en main. Mais celui-
ci comprend la portée prophétique de l'expérience, la reprend à son
compte, fait revenir Bernard Besret, reprend la vie conventuelle avec trois
moines de Saint-Gildas, et tente pendant quelques années de maintenir
la communion de Boquen.
Il est, à son tour, obligé avec ses compagnons de quitter l’abbaye
définitivement normalisée et occupée par des religieuses totalement
dévouées à la hiérarchie. Désormais sur les routes pour visiter les mem-
bres d'une « communion hors les murs », il sème au fil des saisons, des
rencontres, des découvertes et des événements, des " propos de plein
vent ".
Bernard Besret quitte définitivement le monastère en 1974 pour se
reconvertir à la vie civile.
Image du haut :
- Guy Luzsenszky (1909-1994), d'origine hongroise, moine de l'abbaye de Lérins (Alpes-
Maritimes), successeur de Bernard Besret à Boquen. Après son départ, il écrira Boquen, chronique
d’un espoir (1977). « Ma foi profonde me fait espérer, qu'envers et contre tous les hiérarques, la
vieille église catholique redeviendra évangélique ») et Quand on a fait tant de chemin. Propos d’un
moine de plein vent (posthume, 2001). Le livre en haut (1978) est de Jean-Pierre Delarge
L’Association culturelle de Boquen
En 1970, pour donner un statut juridique à la Communion et permettre aux
laïcs de s’investir en toute responsabilité dans le fonctionnement et les orientations
de la Communion, est créée l’Association culturelle de Boquen.
L’association acquiert en 1978 dans la région de Mûr-de-Bretagne une vieille
ferme (‘La Maison de Poulancre’ à Saint-Mayeux) et poursuit ses activités cultu-
relles dans l’interconvictionnalité.
Elle compte aujourd’hui une cinquantaine de membres, et adhère aux ‘réseaux du
Parvis’, espace de rencontres, de débats, d’innovations qui réunit une trentaine d’associations,
Catholiques progressistes, Protestants libéraux, Unitariens et croyants ou incroyants divers,
autour de valeurs communes :
1) fidélité au message de l’Évangile ;
2) primauté de l’humain et des chemins d’humanisation ;
3) nécessité du dialogue et du débat ;
4) fraternité humaine et solidarité face à toutes les exclusions ;
5) liberté de recherche spirituelle et théologique.
Image : Un échange devant la Maison de Poulancre à Saint-Mayeux (Côtes d’Armor)
Les responsabilités de B. Besret dans la vie civile
Après avoir créé une coopérative ouvrière à Plougrescant, Bernard
Besret voyage quelque temps aux États-Unis et au Mexique (où il travaille
avec un sorcier aztèque), avant d’être recruté par la municipalité de Rennes
pour concevoir et mettre en place ‘L’espace des sciences’, un centre de
culture scientifique et technique.
Sa mission terminée, il devient de 1984 à 1998 chargé de mission
chargé du secteur international auprès du président de la ‘Cité des sciences et
de l’industrie’ de la Villette à Paris, puis directeur des relations nationales et
internationales de cette institution.
Dans la revue L'Actualité religieuse, il écrit en 1998 un
article intitulé « Pourquoi je suis devenu franc-maçon ».
Images : - ‘L’Espace des sciences’ à Rennes
- La ‘Cité des sciences et de l’industrie’ de la Villette à Paris
- Affiche : Projection du film-documentaire d’Éric Castanet Les portes de
la conscience (2016, 48 mn) consacré à l’itinéraire de Bernard Besret, suivie d’un
débat avec le réalisateur et le théologien, organisée en avril 2017 par la Grande Loge
Territoriale d’Île-de-France.
La rencontre avec le taoïsme
Dès son adolescence, à la lecture d’Aldous Huxley, Bernard Besret
avait pris connaissance de la pensée chinoise. À Boquen, un professeur de
yoga tibétain invité propose une expérimentation de l’intériorité, une forme
de chi-gong chinois.
Envoyé à Shanghaï en 1997 pour la mise en œuvre d’un ‘Musée des
sciences et de la technologie’, Bernard Besret rencontre des maîtres
taoïstes. Après sa mission à Shanghaï, il fait un voyage de trois semaines
avec un maître de chi-gong. Son ami Zhu Ping, un professeur d’histoire
rencontré « par le fruit de nombreux hasards » en août 1997 l’introduit dans
sa famille, laquelle choisit de l’adopter, privilège assez rare pour un Occi-
dental.
Il crée en 2011 avec Zhu Ping un centre de culture traditionnelle
chinoise, installé dans l’ancien monastère de Qiyunshan, qui accueille des
personnes et des groupes pour des voyages culturels et des stages de
méditation, de réflexion, de qi gong et de taï-chi-chuan.
Images :
- Le village de Qiyunshan dans une montagne proche du Huangshan, à 500 km de Shanghaï
- Zhu Ping, cofondateur avec Bernard Besret du ‘Centre de culture traditionnelle chinoise’
2 - Les intuitions et la pensée
de Bernard Besret
Bien que dès son adolescence il soit familier d’une réflexion
très large et universelle, Bernard Besret développe d’abord ses
intuitions et réflexions dans le champ du monachisme et du catholi-
cisme romain, puis du christianisme, puis de la spiritualité et de
l’interconvictionnalité.
Il relie toujours, mais de plus en plus fortement au fur et à
mesure qu’il chemine, la question de la spiritualité et les grands enjeux
sociétaux et mondiaux.
À la fin de sa vie, il aborde particulièrement la grande question
de la mort, et de la trace que peut laisser chaque être humain dans
l’histoire de l’humanité et de l’univers.
Les citations données ci-après ne résument pas les livres, elles
n’ont pour but que d’ouvrir la tête et toucher le cœur et de donner envie
au lecteur d’y voir de plus près.
Images : Le chemin
Représentation de la mort
1970 - Libération de l’homme.
Essai sur le renouveau des valeurs monastiques
Dans cette réflexion sur la transformation des institutions et de la vie
monastiques, Bernard Besret décortique celle-ci en tous ses éléments, les
plus sclérosants et les plus vitalisants pour la vie de l’être humain, puis
envisage les nombreuses modalités possibles de vécu collectif en ne
conservant que certains de ces éléments, et laissant tomber les autres.
Les 6 chapitres sont ainsi libellés : 1) Libéré des formes* ; 2) Libéré
du mythe ; 3) Libéré du sacré ; 4) Pour une vie d’homme ; 5) Une vie de
laïc ; 6) Dans un monde urbanisé.
* Les principes de tout renouveau des formes sont ainsi formulés : 1) L’être
humain a besoin de formes d’expression. 2) Les formes d’expression lui sont en partie
extérieures. 3) Des formes trop rigides sont néfastes. 4) Casser les moules qui
engendrent le déterminisme et l’automatisme. 5) Conquérir une nouvelle liberté
d’expression : dégager les paramètres, étudier chaque paramètre, reconnecter les
paramètres. 6) Enseigner au-delà des systèmes.
Images
- Le livre de Bernard Besret
- Le temps des moines. Clôture et hospitalité de Danièle Hervieu-Léger (2017) . Le propos de
cet ouvrage, qui relève à la fois de la sociologie historique et de l’enquête sociologique de terrain,
est d’identifier les configurations typiques du rapport entre clôture et hospitalité entre le 19ème et le
21ème siècle, sur le terrain des monastères d’hommes, bénédictins et cisterciens en France, dont
Boquen.
Un monachisme contemporain
La recherche de l’unité de l’être, de l’éveil de la conscience et de l’union
avec l’Un, loin d’appeler nécessairement le célibat, la solitude du désert ou au
contraire la vie communautaire des cénobites, peut se vivre au cœur de la
société des hommes, en plein monde urbanisé.
L’auteur appelle de ses vœux l’émergence d’un monachisme contem-
porain, profondément ancré dans la tradition, mais complètement libéré des
institutions et des idéologies héritées des siècles passés : « Les valeurs
exprimées dans la tradition monastique ne doivent pas rester l’apanage d’un
petit nombre d’élus, elles font partie du patrimoine commun de l’humanité.
Une tradition vivante doit savoir maintenir vive la plénitude de son sens à
travers l’évolutions constante des formes dans les quelles elle s’exprime. J’en
appelle à l’émergence d’un monachisme invisible », écrira-t-il plus tard.
À la parution du livre, un personnage important de la société française
demande à B. Besret de proposer la même adaptation en ce qui concerne
l’institution du mariage. Ce dernier se juge incompétent pour entreprendre un
ouvrage d’une telle ampleur. « Ce travail sur le mariage reste à faire. Cela
clarifierait peut-être bien des situations » commente-t-il en 2024
1971 - Clefs pour une nouvelle Église
Dans Clefs pour une nouvelle Église (1971), Bernard Besret désigne les
clefs qui fondent la compréhension de ce que pourrait être l’Église.
- La foi : « conviction qu’en Jésus il s’est passé quelque chose qui nous
concerne encore, hommes d’aujourd’hui… Confesser ma foi, c’est avouer
mon espérance. »
- Le souvenir : Les disciples immédiats de Jésus (… ) furent les pre-
miers à percevoir, non sans peine ni hésitations, l’importance de ces évène-
ments, pour eux et pour tous les hommes. »
- L’action : « Nous appelons prophétie tout acte qui, ici et maintenant,
anticipe sur la réalisation de l’utopie en en manifestant le sens et en provo-
quant les hommes à sa réalisation dans l’opacité et la pesanteur du monde
quotidien… C’est une exigence de vie, une provocation à une croissance, à
un dépassement. »
- La communion : « Le rassemblement de tous ceux qui se souviennent
de Jésus et lui accordent leur foi, est une communion dont la vie doit être au
cœur du monde la prophétie lumineuse de ce que ce monde est appelé à
devenir. »
1974 - Sept propositions
pour une métaphysique spirituelle
Bernard Besret rédige le court texte Sept propositions pour une métaphysique
spirituelle en 1974, dans les années qui ont suivi son départ de Boquen. Relisant en
2018 ce texte que retrouve et lui monte une amie, il avouera être surpris, après plus
de 40 ans, par la continuité de sa pensée depuis ces lointaines années.
Introduction : Le spirituel est universel.
Au-delà des formes culturelles dans lesquelles ils s’expriment, le
sage, le mystique nous parlent de l’universel. Les religions instituées, au
contraire, accaparent souvent au profit de leur système particulier (con-
ceptuel, rituel, institutionnel) la puissance de ces intuitions qui sont le
patrimoine de l’humanité.
« Il n’y a ni Terre Sainte, ni Histoire Sainte, ni Livre Sacré, ni caste
sacerdotale qui détiennent le monopole des relations de l’homme au Réel
Ultime. Il y a, multiple dans ses expressions, l’humanité en quête de son
identité. (…) Je puis m’approprier certains passages de la Bible sans pour
autant croire qu’Israël est le peuple élu de Dieu. Je puis recevoir le mes-
sage évangélique sans nécessairement croire que la personne historique
de Jésus est le Verbe-même de Dieu fait chair parmi nous. Je peux
reconnaître mes aspirations spirituelles dans des textes de l’Islam, sans
obligatoirement croire que le Coran a été dicté par Dieu-même au Pro-
phète. »
1. Ouverture au réel
« Il s’agit bien plutôt de me mettre à l’écoute de la résonance
intérieure qui permet d’entendre dans tel verset de la Bible, telle parole
de Jésus, telle sourate du Coran, mais aussi telle page des Védas, telle
strophe de Lao Tseu, tel apophtegme zen, tel poème contemporain,
une parole qui sonne juste et éclaire nos chemins. »
« L’homme de foi vit en état d’alerte. Il sait que toutes les repré-
sentations qu’il se forge du réel (qu’elles soient scientifiques, philoso-
phiques ou religieuses) n’ont de valeur que relative et transitoire. Les
prendre pour des absolus les transformerait en croyances. La croyance
se crispe sur ses positions. La foi accepte d’avoir constamment à
remettre en question l’organisation antérieure de sa pensée. Elle est
une brèche sur l’inconnu. »
2. Le réel ultime
« Le réel ultime échappe radicalement à notre mainmise sur
lui. Par définition, j’appelle "Dieu" ce fondement sans fonde-
ment, cette origine sans origine.
Toutes nos catégories sont infirmes pour le saisir. Vide ou Plénitude ?
Néant ou Infini ? Absence du non-être ou présence d’une conscience ?
Nous pouvons dire l’un, dire l’autre, tenir les deux à la fois s’il est vrai que
nous débouchons ici sur la coïncidence des oppositions. Sur le chemin de
sa connaissance, nos pas seront toujours des premiers pas. Il nous faudra
apprendre à aller de commencement en commencement par des com-
mencements qui n’ont jamais de fin… »
* « Dans la ligne de la théologie négative, Marcel Légaut répète à longueur de livres que
"Dieu" est inconnaissable en lui-même et que ce que nous disons le Lui n’est que représentations
relatives, mais utiles, voire indispensables. Il emploie le mot "Dieu" sans nullement se donner de
Dieu – et même en s’y refusant – une représentation bien définie comme celles dont les hommes
ont usé par le passé si spontanément et si puérilement … La reconnaissance du caractère radical
de cette ignorance est l’unique et l’ultime connaissance que nous puissions atteindre de Dieu. »
Note de Jacques Musset en commentaire du texte de Bernard Besret
Images :
- L’espace vide entre les deux chérubins de l’Arche d’alliance des Juifs était considéré comme
le lieu de YHVH, cette présence divine portant le nom de ‫שכינה‬, schekinah. Une présence-absence
dans un espace vide, mais aussi vide que peuvent être les deux mains d’une personne ouvertes
pour accueillir un proche.
- « Dieu devient Dieu quand les créatures disent "Dieu". » disait Johann Eckhart
3. Le réel ne peut être qu’Un
« La vision orientale du réel qui refuse tout dualisme et affirme
que seul le fondement ultime - quelle que soit la manière dont on se le
représente - existe en vérité, est pleinement fondée.
L’analyse de l’infiniment petit débouche sur le vide. L’analyse de
l’instant présent, ce point sans durée à l’intersection d’un passé qui
n’est plus et d’un futur qui n’est pas encore, débouche, elle aussi, sur
le vide. Nous sommes comme un mirage sur fond de néant.
Le regard analytique de Dieu transperce l’univers dans lequel
nous vivons jusqu’au rien qui nous fonde. Le sens de notre histoire se
trouve donc en dehors de l’Histoire. Il n’adviendra pas plus tard. Il est
présent à chaque instant, dans l’unité perçue avec l’Un qui est à la fois
la source et la fin. »
4. Et pourtant le multiple existe
« La vision biblique du réel qui confère une consistance à l’uni-
vers créé, aux hommes et à leur histoire, est, elle aussi, pleinement
fondée. Le regard analytique n’est pas le seul. Le regard global de Dieu
saisit aussi les ensembles au niveau desquels nous existons. Pour lui,
un atome est un atome, une galaxie une galaxie et entre les deux,
notre univers terrestre est ce qu’il est en lui-même, avec ses dimen-
sions espace-temps.
En tant qu’être créés, nous ne sommes pas Dieu, mais pour
autant nous ne sommes pas rien. Chaque être est un reflet partiel de la
Plénitude incréée.
L’erreur serait de penser qu’il nous créée à l’extérieur de lui-
même, à la manière d’un artisan qui façonne des objets. Il nous pense.
Il nous rêve. L’acte par lequel il nous pose autres que lui-même est
encore intérieur à lui-même. L’altérité ici ne signifie pas extériorité. Il n’y
a pas d’abîme entre Dieu et sa création. C’est pourquoi il n’est pas
besoin de pont. »*
* NDLR - Mais il y a besoin d’êtres humains faiseurs de ponts (pontifex) pour tenter de
faire connaître leur représentation de "Dieu" et d’appeler à l’humanisation du monde, de sages,
mystiques, maîtres spirituels et prophètes comme Lao Tseu, Moïse, Bouddha, Jésus, Al Hallaj,
Rumi, Kabîr ou Gandhi.
Et il y a besoins de ponts entre les hommes, davantage que de murs… Ici, le pont de
Shaharah au Yémen
5. Le jeu trialectique de l’Un et du multiple
« Notre réel est conjugaison de l’Un et du multiple. Loin de
s’opposer, l’affirmation du premier renforce celle du second et vice
versa. La plénitude de l’Un fonde l’existence du multiple et le déploie-
ment du multiple, dans l’espace et le temps, enrichit indéfiniment les
reflets de l’Un.
Chaque instant, chaque être, apportent leur contribution irrem-
plaçable à cette symphonie cosmique dont le sens ultime transcende
cependant chacun de ses éléments.
Le sens de l’humanité n’est pas de s’évader de l’histoire, mais bien
d’en faire le lieu de la manifestation constamment renouvelée de la
divinité. Un plérôme.* »
* NDLR - Plérôme (du grec pleroma : plénitude) : plénitude divine dont les êtres spirituels
sont l’émanation. Par extension, ensemble de tous les êtres, multitude. Ce terme se retrouve
une quinzaine de fois dans le Nouveau Testament. Il est également présent dans la pensée
platonicienne et des textes de Carl Gustav Jung.
6. La sagesse de l’éveil
« Pour vivre en plénitude chaque instant de sa vie et contribuer
au maximum à l’histoire de l’humanité, l’homme doit pratiquer l’éveil au
réel (à soi-même, aux autres, au monde, à Dieu) comme art de vivre. »
7. L’univers comme symbole
« Et, s’il éprouve le besoin légitime d’exprimer dans des signes
et par des gestes sa relation à l’Un, l’être humain trouvera dans le
cosmos tous les symboles susceptibles d’être universellement
partagés. »
1976 - De commencement en commencement.
Itinéraires d'une déviance
Un bel espoir ? Une belle carrière ? Bernard Besret
refuse Clairvaux, qui restera une prison. Il promeut l’ouverture à
l'abbaye de Boquen, et y organise une grande fête populaire en
1969, pour le jour de la Saint-Bernard. Son allocution, un an après
mai 1968, fait l'effet d'une bombe. La presse amplifie l'écho, prend
parti, amène à Boquen les foules. Le prieur est démis de ses
fonctions. Malgré lui, vedette et proscrit à la fois, il vivra cinq
années de recherches et de rencontres, de fêtes et de heurts.
En 1976, il fait partie des quelques hommes qui incarnent
l'espoir des uns et sont les boucs émissaires des autres, parce
qu'ils n'excluent pas le soupçon de la fidélité, parce qu'ils vivent
"un christianisme critique, lyrique et politique".
Les entretiens qu'il a poursuivis pendant quelques mois avec
Marie-Thérèse Maltèse et Ernest Milcent sont le reflet de ses
questions, de ses réponses, de sa parole claire.
« Je refuse les expressions "Avoir la foi", "avoir la voca-
tion", quelque chose d’extérieur à soi qu’on a ou qu’on n’a pas. »
La qualité de la vie
« Mon tempérament celtique est, je crois, une composante de ma
personnalité. »
« Je ne suis pas venu à Boquen fuir une angoisse, mais plutôt la
poursuivre. (…) Huxley a catalysé ma recherche pour me libérer de mes
angoisses. »
« Vagaggini m’a fait comprendre que je pouvais poser des signes
comme la prière parce qu’ils avaient une efficacité pour moi et non pas
avant tout une signification pour Dieu. »
« Je suis favorable à l’existence de groupes communautaires où l’on
puisse vivre une période de vie sans prendre d’engagement à perpétuité.
Je reproche au système d’avoir utilisé mon enthousiasme pour me faire
prononcer assez rapidement des vœux qui me liaient pour l’avenir. »
« L’homme est avant tout un être relationnel. La qualité de ce qu’il vit
dépend pour beaucoup du nombre et de la qualité de ses relations. »
« Les échanges avec les autres demeurent superficiels aussi long-
temps que ne sont pas remplies les conditions d’une authentique pré-
sence à soi-même. »
« C’est la qualité de la vie qui fait qu’effectivement toute vie est
prière. »
Images : - Le triskell représente probablement dans l'iconographie celtique les trois points du
mouvement d'horizon du soleil : le lever, le zénith et le coucher
- Moines au travail de l’atelier
Liberté et responsabilité
« Toute religion est relative. L’Évangile est l’esprit qui doit faire vivre nos
religions. Si l’on désacralise Rome, pourquoi faudrait-il resacraliser Jéru-
salem ? Les lieux n’ont pas tellement d’importance ! »
« Jésus est davantage qu’un prophète ou un sage parmi d’autres. Rela-
tiviser sa médiation n’est pas nier sa singularité. »
« La société actuelle asservit les hommes, mais justement, face à cette
menace, l’Église, rassemblement de tous ceux qui désirent être disciples de
Jésus de Nazareth dans une démarche lucidement assumée, devrait être le
lieu du réveil. »
« Dieu est-il le super-déterministe qui aurait fixé d’avance le trajet
que doit suivre chacun de nous ? Je crois au contraire qu’il est le fonde-
ment du peu de liberté que nous avons par rapport à nos déterminis-
mes. »
« La communion tend vers l’universel, et l’on ne peut jamais savoir
où passent ses frontières, car ses frontières passent en chacun de ses
membres. Elle se définit par un certain esprit et non, à la différence de la
communauté, par des engagements concrets, précis, quotidiens. »
Faire fructifier la vie
« Le moine (monos), c’est avant tout l’homme à la recherche de son
unité. Et je suis convaincu qu’on ne peut réaliser son unité intérieure
qu’à la condition d’être aussi un facteur d’unité pour l’humanité. »
« Il y a dans l’expérience monastique une manière de concevoir et
de vivre la vie dont beaucoup d’éléments peuvent être proposés à tout
homme. »
« Un être humain n’a d’autre vocation fondamentale que de faire
fructifier la vie qui l’habite, la démultiplier au profit de l’humanité toute
entière. La vie d’un homme est ordonnée à quelque chose qui le dépasse
et qui est la vie de l’humanité.»
« Dans son livre, Harvey Cox met en lumière le péché de démission :
ne laissez pas au serpent (c-à-d à la société, aux évènements, aux autres)
le soin de décider pour vous ce que vous allez faire de votre vie. »
« Il n’y a pas de liberté qui ne s’acquière par un travail, un labeur, une
discipline, une ascèse (mot qui signifie exercice). Non pour supprimer les
déterminismes dans lesquels nous sommes, mais pour pouvoir les vivre
avec une certaine qualité. L’ascèse donne à l’homme les moyens d’écarter
ce qui l’empêche de s’épanouir, mais elle ne donne pas la vie, qui est de
l’ordre de l’esprit. Elle peut ouvrir à des abîmes de perversion.»
1991 - Confiteor.
De la contestation à la sérénité
Plus de 20 ans après les évènements de 1969 à Boquen, B.
Besret écrit en 7 chapitres l’essentiel de ses convictions.
« L’éveillé est un être qui, loin de se laisser embourber dans la
matérialité des choses, vit la conscience consciemment en alerte,
attentif à la présence de l’Un dans la diversité des êtres, des situations
et des choses. »
« Pour le meilleur et pour le pire, notre destin spirituel ne se joue
pas ailleurs qu’en nous même. Il ne se joue pas dans l’appartenance à
une caste, un peuple, une secte, une chapelle ou une Église. Tout au
plus pouvons-nous trouver des amis et des précurseurs qui, en éclai-
reurs, nous font part de leur expérience. À nous d’en tirer parti avec
discernement. »
« Il est d'ailleurs probable que le XXIème siècle sera comme tous
les autres : porté par quelques hommes et quelques femmes éveillés,
dans un océan de somnolence et de médiocrité. »
« La liberté du danseur l’expose à des milliers de déséquilibres,
mais ma vie ressemble plus à une lutte qu’à une danse. J’ai fait tomber
des masques. »
« Ce dont nous avons le plus grand besoin, c’est d’apprendre à
conjuguer ouverture d’esprit et esprit critique, c’est de discernement. »
Au service de la vie
« En nous, il y a du minéral, du végétal et de l’animal. Il faut les assu-
mer dans une synthèse. Ce que nous vivons au plan corporel, nourriture et
jeûne, veille et sommeil, travail, doit être au service de la vie spirituelle, de
l’éveil de la conscience et de la liberté intérieure. Il ne faut pas absolutiser
les règles, les usages, il faut en chercher le sens pour les actualiser et se
les approprier. »
« La foi est de l’ordre de la confiance et non des croyances. »
« Pourquoi prier un Dieu qui nous englobe totalement ? Il n’a pas
besoin de nos signes, c’est notre vie toute entière qui doit être prière. Mais
c’est nous qui avons besoin de gestes, de symboles, de paroles. Il n’y a
aucune forme codifiée qui s’impose, pourvu que l’on soit sincère. »
« Personne n’a le droit de s’approprier Dieu. Dieu n’appartient à per-
sonne en particulier et n’a passé de contrat d’exclusivité avec aucune
agence de communication. Il est présent en tous et potentiellement acces-
sible à tous. Il est le dedans de nous, et nous n’avons aucune raison de
laisser une religion, quelle qu’elle soit, nous en spolier au profit de son
institution et de son système. Dieu est le fondement de notre liberté, non de
notre aliénation. »
Images :
- Le sommeil : La méridienne, de Vincent Van Gogh
- Mains en prière, d’Albrecht Dürer
Foi, action et contemplation
« La croyance est sourde et aveugle. Elle dégénère très facilement
en crédulité. L’homme de foi, au contraire, est celui qui s’ouvre sans
cesse au réel, quels que soient les bouleversements que cette
approche entraîne dans l’organisation antérieure de sa pensée. »
« Comme le dit Alan Watts, la vraie attitude de foi est celle même
du scientifique, toujours prêt à renoncer à ses modèles et équations
antérieurs pour accéder à un principe supérieur d’intelligibilité. »
Images de chercheurs :
- Marie Skłodowska-Curie (1867-1934) dans son laboratoire.
- Emmanuel Mounier (1905-1950)
« L’action et la contemplation s’appellent l’une l’autre pour se féconder
mutuellement. »
« Toute religion qui se fonde sur la conviction d’être révélée porte en
elle le germe de son intégrisme et d’un totalitarisme de nature intellectuelle
qui se transforme vite en totalitarisme de nature politique et institution-
nelle. La relation à Dieu ne peut être confisquée ni par un homme, ni par un
livre, ni par une institution, ni par un peuple.»
« Nous sommes, si nous acceptons d’en jouer le jeu, les instruments
de l’émergence de la conscience au cœur du monde. En nous branchant
sur le Réel ultime, notre rôle est d’illuminer l’histoire à laquelle nous parti-
cipons. »
Un 21ème siècle philosophique
« J’espère que le XXIème siècle saura se dégager radicalement de toute
tutelle religieuse, de tout embrigadement institutionnel, pour atteindre un
haut niveau de liberté spirituelle. J’espère, en un mot, qu’il sera philosophi-
que, au sens fort du terme, c’est-à-dire marqué par l’amour de la sagesse. »
« La voie qu’il nous faut aujourd’hui frayer se situe hors les murs des
institutions. Elle est de l’ordre de la dissolution du sel dans l’océan, de la
fermentation du levain dans la pâte, de la germination de la graine dans
l’humus de l’humanité. Elle passe pas la qualité de l’être. Elle dépend de
notre ouverture à l’Être. »
Images : L’Évangile de Thomas traduit et commenté par Jean-Yves Leloup
Dans une âme et un corps de Raymond Abellio (1907-1986), philosophe gnostique.
« La gnose - du grec gnosis : connaissance -, c’est une connaissance
d’ordre supérieur. Rien ne prouve que l’Évangile gnostique de Thomas soit
postérieur aux autres Évangiles, bien des indices donnent même à penser
qu’il leur est antérieur. Pour Thomas, le salut est donné ici et maintenant à
celui qui veut bien s’ouvrir au Royaume qui l’habite déjà. La résurrection n’est
pas à attendre dans un futur hypothétique, elle est déjà donnée à celui qui est
éveillé. Il n’y a donc pas à se préoccuper de la mort. L’important est d’accé-
der, dès maintenant, à la véritable vie. La gnose en appelle à l’intériorité de
chacun, au sacerdoce invisible des « hommes numineux, sans charge ni
honneurs », comme dit Raymond Abellio. »
1993 - Lettre ouverte au Pape qui veut nous asséner
la vérité absolue dans toute sa splendeur
En août 1993 est publiée l’encyclique Veritatis Splendor du pape
Jean-Paul II, dans la même logique que le Catéchisme de l’Église catho-
lique de 1992. Bernard Besret répond sans détour, tant sur le fond que
sur la forme, à ce texte.
« Nous sommes las de vos leçons de morale. Apprenez-nous à
être plus spirituels, et la morale nous sera donnée par surcroît. »
« Si au moins vous nous parliez en votre nom personnel ! Mais
non, c’est au nom de Dieu que vous nous assenez vos propres vérités.
C’est en son nom que vous condamnez, et qu’au malheur des hommes et
des femmes de ce siècle vous ajoutez le poids de la culpabilité. »
« Monsieur le Pape, (…) Je vous envie le confort de ce que vous
appelez votre foi. Je crois pourtant être aussi un homme de foi. Mais mes
certitudes ne sont que les formulations relatives de ce que j’essaye de
capter de l’absolu. »
- Image du bas : B. Besret est interviewé en oct. 2012 par le quotidien Le Télégramme à
l’occasion du 50è anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II. À la question du journaliste
« Un Vatican III vous semblerait-il nécessaire ? », il répond : « Ce serait ultra nécessaire afin
d'entamer la mutation de l'Église-institution vers une Église-communion, basée sur l'esprit et non
plus sur les dogmes. Mais il est peu probable qu'une institution décide de se saborder. En tout cas,
ce n'est pas dans l'air du temps. Si le prochain pape est sud-américain ou africain, peut-être en
aura-t-il l'audace ? »
1996 - Du bon usage de la vie
Fort de son expérience de théologien et de prieur, mais loin des
Églises et des logiques dogmatiques dont il s'est définitivement détaché,
Bernard Besret écrit en 1996 un manuel de sagesse laïque, et une
réflexion approfondie sur les éléments fondamentaux de notre condition :
relation humaine, nature et culture, santé et maladie, sommeil et éveil,
relation aux quatre éléments, mouvement et immobilité, alimentation et
jeûne, continence et sexualité, parole et silence, vêtements, rites, souf-
france et mort.
« Plus de vingt ans de vie monastique m'ont donné la conviction que
celle-ci recèle, derrière ses murs de clôture et ses anachronismes, der-
rière ses vêtements et ses horaires d'un autre âge et d'un autre monde,
des trésors qui ne lui appartiennent pas en propre, mais qui appartiennent
au patrimoine de l'humanité. »
Sur tous ces domaines concrets de l'existence humaine, il nous
invite à exercer une quotidienne vigilance, en vue d'un élargissement de
la conscience. Chacun de nous, en effet, a vocation à devenir "moine",
afin que "le pluriel qui l'habite cède peu à peu la place à l'un qui le fonde".
Image : Ora et Labora (Prière et travail). Les moines sont présents dans les traditions religieu-
ses catholique, orthodoxe, jaïne, bouddhiste, shintoïste, taoïste et hindoue, et, depuis les années
1950, protestante.
Du bon usage de la vie
« Nous sommes responsables de l’art de vivre que nous forgeons par
petites touches au fil des ans, de notre art de vivre, de vieillir, de mourir. »
« Apprenons à vivre notre corps de l’intérieur, à nous tenir debout, à
marcher, à danser, et déjà nous serons sur le chemin de l’éveil. »
« L’orateur face à son auditoire s’exprime autant par son mode d’être,
sa présence, ses gestes, le timbre de sa voix que par le contenu de ses
paroles. »
« Chaque jour, nous devrions bénir la terre que nous foulons de nos
pieds et dont notre corps est formé, l’eau qui nous purifie, l’air que le vent
renouvelle qui nous permet de respirer et le feu qui brûle toutes nos scories. »
« S’endormir, dormir et se réveiller, c’est rejouer chaque jour le mystère
de sa propre mort et de sa renaissance. »
« Il reste à apprendre à vivre la sexualité sous le mode ni de la sou-
mission, ni de la transgression, mais sous celui de la transparence, de la
pureté et de la luminosité. »
« Tout acte libre que nous posons nous rend encore plus libre. Inver-
sement tout acte pose sous la pression des déterminisme ajoute encore à
notre aliénation. »
« À le regarder de plus près, le problème de la drogue apparaît très lié
à celui de l’absence de spiritualité. »
« Favorise dans ta vie l’être sur le paraître. (…) Si ce livre te propose
une règle de vie, son but ultime est de t’appeler à te passer de toute règle. »
1997 - Manifeste pour une renaissance
Il y a bientôt cinq siècles, la Renaissance a été d'abord res-
sentie par le plus grand nombre comme un chaos culturel et social,
avant que ne soit perçue l'émergence d'une vision neuve du monde. La
fin de cycle, dont nous sommes aujourd'hui les acteurs autant que les
observateurs, nous oblige, nous aussi, à remettre en cause notre
univers mental, trop souvent pris pour la seule représentation possible
du réel. La "crise" n'est pas uniquement économique, elle relève
d'abord et avant tout du culturel, voire du spirituel.
Partant de cette interprétation de notre fin de millénaire comme
temps de mutation, Bernard Besret nous invite à discerner, au milieu
des turbulences douloureuses qui minent notre monde, les signes d'un
renouveau. De l'écologie aux rapports Nord-Sud, de la parité hommes-
femmes aux relations entre science et spiritualité, de l'exploration des
différentes dimensions du corps à la réévaluation du travail, c'est une
nouvelle cohérence qui s'esquisse sous nos yeux, dont l'émergence
réelle dépend en grande partie de notre aptitude à penser, à sentir, à
aimer autrement.
L'auteur nous appelle à devenir « les philosophes de notre
propre vie ».
De la personne à la société internationale
Sept domaines sont explorés :
1) Passer du « corps que l’on a » au le « corps que l’on est » ,
comme dit Karlfried Dürckheim, lui être attentif, le respecter, désirer son
bien, vivre en connivence avec lui ;
2) Aimer la Terre, célébrer la vie, les éléments, les paysages, nous
laisser enseigner par la nature, préserver la biosphère, la restaurer,
inventer une écologie humaniste, une citoyenneté de Terriens ;
3) Poursuivre l’aventure de la conscience réflexive, attentive,
éveillée : mettre la science au service de la conscience, métamorphoser
le temps libéré par la machine, inventer une ascèse individuelle et collec-
tive de la communication, faire nôtres les sagesses du monde (chama-
nisme, bouddhisme, etc.)
4) Inventer une solidarité planétaire : être attentifs à ceux dont
nous partageons la vie, cultiver la bienveillance, le don et le pardon, lutter
contre l’exclusion et l’exploitation, approfondir l’identité et l’apport de
chaque nation, renforcer les instances mondiales et les moyens de la
solidarité internationale, inventer une citoyenneté à l’échelle de notre
planète ;
Économie, politique, philosophie
5) Oser et imposer la parité hommes-femmes : sortir du registre de la
rivalité et de la compétition, redéfinir la place et le rôle de chacun des sexes,
renforcer le paritarisme dans l’entreprise, en politique ;
6) Rêver d’une nouvelle utopie : repenser la place du travail rémunéré,
mettre la finance au service de l’économie et non l’inverse, inventer une
société où le bonheur de vivre serait l’objectif premier. À l’école, donner place
à la créativité et à la coopération. Mettre en place des structures de vie fon-
dées sur l’inclusion, le partage, l’utilisation de biens communs. Réinventer la
démocratie : limiter le cumul des mandats, développer la culture du compro-
mis et de l’alternance, viser des objectifs à long terme*.
7) Devenir les philosophes de nos propres vies : se poser la question
du "pourquoi ?" avant celle du "comment ?" dans l’histoire de l’univers comme
dans les choix quotidiens de la vie ; se souvenir que nous sommes mortels** ;
redonner à la philosophie sa place dans la cité***; se reconnaitre comme
limité, en relation d’interdépendance.
* mais aussi expérimenter de nouvelles formes de démocratie comme les conventions citoyennes,
le vote sans candidatures, mettre en place des stratégies non-violentes de défense contre l’agression ou
la dictature, des modes d’intervention civile de paix entre belligérants, etc. (NDLR) .
. ** « Regarder notre propre mort en face, cela métamorphose notre manière de vivre ». B. B.
*** pour éviter la fuite en arrière (les nostalgiques), la fuite en avant (la consommation, la "réussite"
sociale), la fuite dans l’ailleurs (le travail, les sectes, la drogue). « La philosophie est née dans la rue, il
est temps qu’elle y revienne » affirme Marc Sautet, initiateur en France des cafés de philosophie.
Réapprendre le jeu bipolaire de la vie
« Conjuguer
l’un et le multiple,
la fusion et la fission,
l’émetteur et le récepteur,
la masculin et le féminin,
les hommes et les femmes,
la matière et l’énergie,
l’information et le support qui la véhicule,
le corps et l’esprit,
le cerveau et la conscience,
l’intériorité et l’extériorité,
l’Orient et l’Occident,
le temps et l’éternité,
l’analyse et la synthèse
l’objectivité et la subjectivité,
la science et la conscience
l’économique et le social
l’individuation et l’universel
le local et le global
l’identité régionale et la citoyenneté planétaire. »
« N’acceptons jamais
que la science et la technique se
développent sans tenir compte du
privilège des hommes d’être des
sujets,
que l’abstraction supplante la
réalité concrète,
que l’économie l’emporte sur
toutes les autres relations qui nous
lient au sein d’une humanité.
Mettons la Terre en partage.
Inventons l’art d’y vivre tous
ensemble. »
2003 - Esquisse d'un évangile éternel
L'esquisse que trace Bernard Besret est le fruit de « cinquante années
de quête, de lectures, d’engagements, de pérégrinations sur la planète. »
Elle est destinée à un monde en quête d'expansion, d'efficacité, de rapidité.
Elle rappelle la valeur du silence, de la solitude, de l'intériorité : « Ne pas
nous préoccuper de ce que nous devons faire, mais bien de ce que nous
sommes. »
« Dans l’Inde, les Écritures étaient considérées non point comme des
révélations faites à quelque moment donné de l’histoire, mais comme des
évangiles éternel, existant depuis toujours jusqu’à tout jamais, en tant que
contemporains de l’homme (…). » Aldous Huxley
« Il existe une philosophie spirituelle, qui ne se contente pas de
construire des systèmes, de jouer avec les concepts, mais qui débouche
sur une vision du monde susceptible de donner un sens à la vie et d’en
éclairer chacun des instants. » B. B.
Image du bas : Joachim de Flore et l’évangile éternel, d’Ernest Renan. Bernard Besret, invité en
1992 à participer aux célébrations du centenaire de la mort d’Ernest Renan, est captivé par la vision
de Joachim de Flore (v.1130-1202) « qui aurait pu servir de manifeste à la Communion de Boquen ».
Le réel voilé
« Certains physiciens, se heurtant à l’extrême limite de leur
investigation scientifique et débordant peut-être sur le terrain du poète,
du mystique ou du philosophe, ont évoqué à ce sujet le "réel voilé", la
"mélodie secrète" ou encore "l’ordre impliqué" par opposition à l’ordre
déployé du monde. Chacune de ces expressions signifie à sa façon
que nous n’avons aucune prise sur ce niveau du réel qui échappe à
notre investigation. »
« Aucun des phénomènes dont nous constatons l’existence
n’existerait s’il n’était soutenu par ce vide plein de conscience qui est
son fondement. »
« Il est sans doute plus sage de renoncer pour le moment au mot
lui-même de "création" pour en éviter toute interprétation évènemen-
tielle ou historique. »
Images : Quelques lectures qui alimentent la réflexion-méditation de B. Besret
Ne pas faire parler Dieu
« Rien n’est plus facile et plus dangereux que de faire parler Dieu.
Rien de plus facile parce que l’on ne court guère le risque d’être démenti
sur l’heure qui suit par l’intéressé. Rien de plus dangereux non plus parce
qu’on confère ainsi une valeur absolue à des prises de position en elles-
mêmes très conjoncturelles. Combien de crimes, y compris de crimes
contre l’humanité, ont été commis au nom de Dieu ! »
« Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus, le Dieu
de Mahomet ne m’intéressent que s’ils ne sont pas en contradiction patente
avec cette strate ultime du réel. Cette attitude que m’impose la raison
constitue une grille de lecture décapante pour les livres sacrés qui se
présentent comme "révélés". Ils sont évidemment tributaires du contexte
historique dans lequel ils ont été rédigés, mais de surcroît ils inscrivent
cette histoire dans le contenu même de leur révélation. »
« Pour moi, l’histoire de l’humanité est avant tout celle de
la conscience. »
« Intériorité et ouverture, telles sont les deux polarités
de la vie humaine. La logique des polarités est une logique
d’interdépendance, de stimulation réciproque, de fécondation. »
Intériorité et ouverture
« L'homme est un être historique. C'est le recto de sa vie, et cela
constitue une de ses polarités. Mais il est en même temps un être
métahistorique : c'est le verso éternel de son existence, et cela
constitue son autre polarité.
« Ne vivre que dans l'engagement, le relationnel, l'horizontalité,
risque d'entraîner dispersion, émiettement et mort par explosion.
Ne vivre que dans l'intériorité, le recentrage, la verticalité, risque au
contraire d'entraîner enfermement, dessèchement sur pied et mort
par asphyxie. L'homme et la femme pleinement accomplis vivent dans
la tension douce et constante entre l'attention au réel ultime qui les
fonde et l'attention aux êtres humains avec lesquels ils ont engagé
des relations vivifiantes ainsi qu'à l'univers dans lequel ils sont
insérés. »
« L’esprit de liberté intérieure et de paix entre les hommes (pour
faire court) peut être partagé par tous les hommes et les femmes de
bonne volonté, quels que soient leur religion, leur philosophie, leur
milieu social ou leur appartenance nationale. »
Une spiritualité sapientielle
« Je me sens toujours héritier de la tradition chrétienne, du moins
dans ce qu'elle a de profondément humain et de potentiellement universel.
Mais tout en moi rejette la forme historico-dogmatique qu'elle a donnée à
son enseignement et je suis définitivement sorti du système institutionnel, à
tendance totalitaire, qu'elle a sécrété au cours des siècles. C'est sans
aucun regret que je laisse à d'autres le privilège de se soumettre intellec-
tuellement à une infaillibilité, quelle qu'elle soit !
Je ne suis pas en quête de certitudes auxquelles je pourrais m'ac-
crocher. Je suis en quête d'un horizon vers lequel avancer. Mes lectures et
mes rencontres se sont progressivement élargies à de nombreuses tradi-
tions sans que j'éprouve pour autant l'impérieuse nécessité de me convertir
à l'une d'entre elles.
J'aspire pour ma part à une spiritualité laïque, philosophique, non
dogmatique, qui ne se réfère à aucune histoire particulière et n'en appelle
aucune révélation qui prétendrait s'imposer comme l'unique voie de pas-
sage vers la plénitude. Une spiritualité sapientielle, attentive à toutes les
expressions qu'a pu prendre, au cours des millénaires, la sagesse des
hommes. »
Images : Simone Weil, Dietrich Bonhoeffer, Etty Hillesum
2011 - À hauteur des nuages.
Chroniques de ma montagne taoïste
Comment un ancien moine cistercien peut-il se retrouver à fonder
en Chine une auberge taoïste au flanc d'une montagne sacrée ? Les
circonstances de la vie y sont certes pour quelque chose, mais tout se
passe comme si Bernard Besret, éternel pèlerin de l'absolu, avait retrouvé
à travers la sagesse chinoise la patrie spirituelle qu'il avait toujours cher-
chée. Ses chroniques taoïstes nous parlent de la vie quotidienne en Chine,
de son propre parcours, de celui d'un ancêtre lointain qui fut jadis évêque
en Chine ; elles nous invitent aussi à méditer sur le sens du temps, du
corps, du rapport au cosmos...
« Aujourd’hui retiré dans sa Bretagne natale, Bernard Besret incarne
une sagesse au-delà des religions, mais qui intègre et réconcilie tout ce
qu’il a pu apprendre des traditions chrétiennes et extrême-orientales.
Réunifié, il témoigne d’une paix vivante, attentive aux énergies du corps et
du cosmos, et où l’homme serait sa voie propre en harmonie avec l’immen-
sité du Réel ultime ». Éric Castanet *
* Réalisateur du film documentaire Les Portes de la conscience - Au-delà des religions
- Image du haut : Un temple taoïste sur le Qiyunshan ou mont Qiyun, « montagne à hauteur
des nuages », mont sacré du taoïsme, culminant à 585 m d'altitude. Elle est située au sud de la
province chinoise de l'Anhui, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la ville de Huangshan.
Un monastère
sans religion
« Je suis de plus en plus sensible au caractère profondément humain du
culte chinois des ancêtres ».
« Ici, il n’est question que du qi, cette énergie primordiale présente dans
tout l’univers, présente dans notre corps et qu’il s’agit à la fois de capter et de
faire circuler dans tout notre organisme. L’image qui me semble le mieux illus-
trer la démarche taoïste est celle du surfeur qui utilise la puissance de la vague
pour assurer sa constante progression. »
Images :
- Proche de la pensée confucéenne, qui insiste sur la piété des fils envers leurs pères, le culte des
ancêtres est toujours une pratique immémoriale en Chine. Ce culte entretient les liens de communication
entre les vivants et les morts. « C‘est une métaphysique laïque, exercée sans clergé, sans église et sans
livre saint. Une niche dans un mur lui suffit comme chapelle, un fils aîné comme officiant » (Cyrille
Javary).
- Comme le taoïste, le surfeur « ne pense ni au passé révolu, ni à un avenir inatteignable. Il se
contente de saisir les forces du présent pour assurer son avenir immédiat. N’est-ce pas aussi
l’enseignement des Évangiles ? »
- Auguste Haouisée (1877- 1948) ancêtre de Bernard Besret par sa mère, jésuite français, fut
missionnaire en Chine et premier évêque de Shanghaï. Cet homme généreux, totalement dévoué aux
Chinois, était toutefois très éloigné de l’ouverture dont avaient fait preuve les premiers jésuites venus en
Chine, Michel Ruggieri (1543-1607) ou Matteo Ricci (1552-1610)
Un "moteur immobile"
« Le tao est un principe sous-jacent à ce qui existe et qui soutient le
mouvement de transformation de ce qui existe, un "moteur immobile",
comme disait Aristote. De l’interaction du yin et du yang nait la multitude des
êtres. »
« Je n’emploie plus le mot "Dieu" - on ne peut rien en dire, comme
l’affirme la théologie apophatique - je parle du fondement ultime du réel.
L’homme est le trait d’union entre le Ciel et la Terre, il fait circuler les
énergies. »
Images :
- Représentation de Lao Zi dans le temple de Xianmiao
- Tao-té-King ou Daodejing ("Livre de la voie et de la vertu"), ouvrage classique chinois qui, selon
la tradition, fut écrit autour de 600 av. J.-C. par Lao Tseu (ou Lao Zi), le sage fondateur du taoïsme,
dont l'existence historique est toutefois incertaine. De nombreux chercheurs modernes penchent pour
une pluralité d’auteurs et de sources, une transmission tout d’abord orale, et une édition progressive.
Comme Bouddha et comme Jésus, Lao Zi a été souvent divinisé.
- Le symbole du tao : Taijitu montrant les relations entre le Yin et le Yang. Le Yin, représenté en
noir, évoque, entre autres, le principe féminin, la lune, l'obscurité, la fraîcheur, la réceptivité, etc. Le
Yang quant à lui représente, entre autres, le principe masculin, le soleil, la luminosité, la chaleur, l'élan,
l'action, etc. Yin et yang sont des « puissances d'animation qui président au dynamisme de la nature et
à la transformation des êtres et des choses » (Marc Kalinowski, sinologue traducteur, éditeur,
enseignant-chercheur au sein du ‘Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale’.).
Une pointe de Yin figure au cœur du Yang et réciproquement : « La relation de l’un à l’autre est
plus subtile que celle d’une complémentarité, elle doit aussi se comprendre en terme de germination
de l’un dans l’autre » précise B. Besret
La conscience se dilate
aux dimensions de l’univers
« Par l’énergie palpable du chi (Chine) ou du ki (Japon), la cons-
cience se dilate aux dimensions de l’univers entier en une expérience
plus forte que ce qu’on propose dans les Églises chrétiennes, à l’excep-
tion du christianisme orthodoxe oriental*. Celui-ci a développé une théo-
logie des "énergies incréées" qui ne sont pas Dieu, mais qui introduisent
à Dieu. »
« Raimon Panikkar, indien par son père et catalan par sa mère, qui
disait de lui-même "Je suis parti chrétien, je me suis découvert hindou et
retourne bouddhiste sans avoir cessé d’être chrétien", voit dans le
monachisme un archétype de la vie humaine sans nécessaire référence
à une religion donnée. »
* L'hésychasme (du grec hēsukhía : immobilité, repos, calme, silence ) est une pratique
spirituelle mystique enracinée dans la tradition de l'Église orthodoxe (Antoine du désert, Jean
Cassien, et surtout Grégoire Palamas). La "prière du cœur", qui recourt souvent à la répétition
d’une même formule, est associée à toute une attitude du corps et à la maîtrise de la respiration,
vise la paix de l'âme dans la confiance en Dieu.
Images :
- Bernard Besret au centre culturel de Qiyunshan
- Raimon Panikkar (1918-2000)
- Le film de Pierrick Guinard À hauteur des nuages (sur Viméo)
Savourer la vie avec sagesse
« Étymologiquement, la sagesse est l’art de savourer la vie
(en latin, sapere). Un vieux maître de chi-gong à Shanghaï dit qu’il
n’enseigne rien, sinon à marcher, à manger, à respirer.
« Pour les taoïstes, il faut tenter de vivre le plus longtemps et le
mieux possible. La longévité va de pair avec l’immortalité : la mort
devient un non-évènement. »
« Par l’articulation entre la pensée abstraite et l’expérience
vécue, le taoïsme a su, mieux que nous, baliser les chemins d’une
longue vie heureuse. »
Images :
- Stèle nestorienne* de Xi’an, érigée en 781. Elle décrit en chinois et en syriaque les 150
premières années de l'histoire du christianisme en Chine. Ce christianisme est végétarien, non-
violent, refuse l’esclavage que pratiquaient alors les monastères bouddhistes, donne une place
honorable aux femmes.
* Nestorius (381-451), patriarche de Constantinople, contestait la nature divine de Jésus défendue
par Cyrille, patriarche d’Alexandrie. Il fut condamné à l’exil par le concile d’Éphèse en 431.
- Les manuscrits dits Évangiles de la route de la soie ont été trouvés dans les années 1900 à
Dunhuang, une ville oasis située sur la route de la soie en Asie centrale. Ils sont les témoins d’une
Église chrétienne nestorienne qui fut vivante en Chine du 7ème au 10ème siècle, longtemps avant la
venue des premiers jésuites. Ils empruntent des termes et des concepts au bouddhisme et au
taoïsme, et présentent un message de Jésus fascinant et vivifiant en mettant en rapport les
croyances du monde oriental et celles du monde judéo-chrétien.
Une "tri-religion"
« Un Chinois peut se sentir taoïste quand il se promène dans la
montagne, préférer le temple bouddhiste pour le mariage de sa fille et
avoir des convictions confucéennes pour régenter sa famille. La Chine
n’a jamais connu de guerre de religion. »
« Pratique taoïste, pensée confucianiste et spiritualité boud-
dhiste forment comme les trois côtés d’un triangle équilatéral. Plu-
sieurs empereurs chinois ont convoqué des sortes de conciles pour
les rapprocher et les unir dans un même enseignement. »
Images :
- Le temple de Zhongyue Miao, centre historique de la "tri-religion" taoïsme, confu-
cianisme et bouddhisme.
- Statuette de Zhang Guo Lao à califourchon, tournant le dos à l’encolure de son âne,
selon la légende taoïste qui le rend immortel.
- Le livre Les trois sagesses chinoises. Taoïsme, confucianisme, bouddhisme de Cyril
Javary nous introduit à la perception qu'ont les Chinois eux-mêmes de leur univers spirituel et
nous donne les clefs pour l'appréhender. Du chamanisme archaïque et toujours vivace aux
cultes contemporains, tel celui de Mao, en passant par les enseignements de Lao Zi et de
Confucius, il retrace avec clarté une histoire plurimillénaire de rivalités autant que de
dialogues et d'influences. Surtout, il nous montre ce que ces sagesses ont d'universel.
La logique ternaire perspicace et féconde
« L’amour attribué au fondement ultime du réel fit fi de la morale. Son
amour, à la différence du nôtre, est proprement métaphysique : il aime tout
ce qui est, du seul fait que cela est. Il enveloppe le bourreau aussi bien
que la victime*. »
« Une logique ternaire offre une grille de compréhension de nos vies
et du monde de loin supérieure à la pure logique du tiers exclu dont
l’usage est prédominant en Occident. Analyser une situation non pas en
fonction de la grille binaire du mal et du bien, du vrai et du faux, mais en
essayant de discerner comment jouent, l’une sur l’autre, les polarités qui la
sous-tendent est infiniment plus perspicace. C’est le "Vide médian" qui
rend possible l’interaction du yin et du yang. Un vide plein de conscience-
souffle-énergie.»
* « Le Jésus des Évangiles, qui se fait parfois philosophe, nous éclaire sur ce point en
précisant : "Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes
et les injustes". » (B. B.)
Images :
- « Le Vide est le fondement même de l’ontologie taoïste. Il est à la fois cet état suprême de
l’Origine et l’élément central dans le rouage du monde des choses. » (François Cheng)
- « Au cœur du réel, le vide, plein. Plénitude de conscience, sans épaisseur, sans durée, sans
matérialité. Nada, nada (rien, rien) est l’expression utilisée par Jean de la Croix. » (1542-1591)
- Le théosophe allemand Jacob Böhme (1575-1624) parle de "Rien éternel" (Ewig Nichts)
Des rites qui n’emprisonnent pas
« La perception aigüe du principe ultime de l’omniprésence et de
l’omniscience qui sous-tend l’univers rend vains tous les rites et tous
les discours. Ce principe est « plus intime à nous que nous-mêmes »,
selon l’expression de saint Augustin. (…) Toutes ces convictions, méta-
physiques, rendent caduc le fond même des religions. C’est parce que
Jésus en était convaincu qu’il n’a pas désiré en créer une nouvelle,
mais qu’il a souhaité insuffler à la religion de son temps un esprit qui la
libère de ses certitudes et du carcan de ses rites et de ses interdits. »
« Mais mon observation des religions ne m’a jamais conduit à
mépriser, comme par purisme, leurs formes populaires. Quand il s’agit
d’éveiller sa conscience au fondement ultime du réel qui dépasse
l’entendement, tous les mots, tous les gestes, tous les rites sont bons
si, pour ceux qui les utilisent, ils sont efficaces et qu’ils réactivent leur
confiance fondamentale dans la vie, la tao, la nature, Dieu, quelle que
soit la manière dont ils l’expriment.* »
* « Un de mes amis chinois, parfaitement ignorant du dogme chrétien, a fait il y a
quelques années le pèlerinage de Fatima pour ressentir l’intensité de l’énergie qui se dégage
des foules rassemblées. Il n’a pas été déçu ! » B .B.
Cheminer vers une liberté intérieure
« On croit parfois que je suis devenu taoïste, mais j’ambitionne surtout
de ne plus être enfermé sous aucune étiquette et de cheminer vers cette
liberté intérieure que tous les grands sages de l’humanité nous ont
recommandé de chercher, "de commencement en commencement, par
des commencements qui n’ont jamais de fin" comme disait Grégoire de
Nysse. »
« Je ne crois pas à l’aspect magique des textes qui se disent "révé-
lés". Mais je crois à la possibilité pour des femmes et des hommes d’être
"inspirés" et de dire, dans les limites que leur impose leur propre langue,
leur propre culture et le moment de l’histoire qu’il leur est donné de vivre,
ce qu’ils perçoivent dans leur intériorité des profondeurs insoupçonnées
du monde qui les entoure. » B. B.
« Bernard reste un moine en quête d’autres utopies inaccessibles,
animé par l’Esprit, Ruah, le Souffle qui souffle où il veut, qui crée et recrée
sans cesse et transcende les frontières. »
Jose Arregi
La “grâce de la dé-conversion”.
« J’ai ainsi vécu, au cours de ces années, ce que je me
permets d’appeler, avec un peu d’humour, la “grâce de la dé-
conversion”.
Tout cela est déjà bien loin pour moi. Au cours des quarante
années écoulées, j’ai vécu plusieurs autres vies, mais sans jamais
perdre de vue le fil rouge qui les relie toutes, à savoir une con-
fiance inébranlable dans le fondement ultime du réel dont je ne
doute pas qu’il est, mais dont j’ignore bien évidemment ce qu’il
est.
Boquen n’aura été qu’un cri. Le cri d’hommes et de femmes
assoiffés d’eau vive. Il a cessé de se faire entendre depuis bien
longtemps, mais il m’arrive d’en percevoir l’écho. Parfois même
jusqu’en Chine. »
Bernard Besret en 2014*
* à la fin de l’épilogue qui clôt la thèse de B. Lebel-Goascoz Boquen, entre utopie et
révolution
2023 - Sonder l’insondable
En 2017, Bernard Besret autoédite son testament spirituel Et la mort
comme le jour illumine : 9 propositions sur la mort et son au-delà, juste
avant de connaître une grave maladie qui entraîne une amputation d’une
jambe.
Sonder l’insondable (2023) est un commentaire aux propositions
développées dans le testament de 2017. Bernard Besret développe le
concept de « vide plein de potentialité » ou encore de « vide plein d’infor-
mations*», son objectif étant de mettre des mots sur la vision de la mort
pour la rendre moins mystérieuse, moins difficile à appréhender pour tous
ceux qui y réfléchissent sérieusement. « La conscience dans l’au-delà
bénéficiera d’un champ de vision universelle. La mort, vie au-delà de
l’espace-temps, ouvre un vaste portail sur une vision qui englobe ce qui a
été, ce qui est et ce qui sera dans une relativité totale du temps, dans
l’instantanéité d’un coup d’œil qui ne connaît aucune durée. »
Dans cette réflexion spirituelle, il cite ceux qui l’ont inspiré et l’ont aidé à
tracer son chemin de vie et de spiritualité : Lao Zi, les auteurs des Upa-
nishads, Aristote, Johann Eckhart, Leibnitz et surtout Aldous Huxley.
- Image du bas : « La théorie quantique est, au fond, une théorie de l’information. Chaque
particule subatomique, chaque atome, chaque molécule, chaque cellule, chaque être vivant, chaque
planète, chaque étoile et chaque galaxie fourmillent d’informations » écrit B. Besret, citant José
Rodrigues dos Santos, journaliste, essayiste et romancier portugais
Une trace éternelle
« Parler de la mort, c’est évoquer un réel ultime dont nous
savons par avance que tous nos mots sont impuissants à le cerner.
Je n’affirme pas, je propose simplement des hypothèses que je juge
plausibles, vraisemblables.
L’intuition qui m’habite depuis des décennies est que l'information
contenue par l'univers ne peut pas mourir. Il n'y a pas un pas, un souvenir,
pas un chagrin qui puisse être oublié. En tant qu'individu vous disparaîtrez
dans le tourbillon du temps, vos molécules seront dispersées. Mais ce que
vous étiez, ce que vous avez fait, la manière dont vous avez vécu reste-
ront à jamais intégrés au calcul universel. (...) La mort est une transition
informationnelle. Ne la redoutons pas. Quand le corps meurt, l’information
créée par la vie qui l’habitait change de forme et de structure, mais elle
n’est pas perdue. Nous laissons comme une trace informatique sur le
disque dur de l’univers.
Et nous ne subirons que notre propre jugement. Il faut essayer de
faire de notre vie une œuvre d’art. »
1ère image : Fossile de dapalis macrurus, poisson de l’oligocène (environ 35 millions d’années)
La modalité éternelle de notre conscience
« Il nous est difficile d’imaginer la modalité éternelle de notre cons-
cience. On peut cependant pressentir qu’elle fait avant tout ressortir les
liens qui nous rattachent, de proche en proche, dans une interdépendance
absolue, non seulement à toute l’humanité, mais encore à l’univers entier.
Cette modalité de la conscience se perçoit comme simple participation à la
conscience du tout. Par sa simple attention, elle se déplace autant dans
l’espace que dans le temps, n’étant plus soumise aux lois ni de l’un ni de
l’autre. Elle perçoit tout comme en un seul clin d’œil.
Elle est au-delà du temps. Elle existe donc déjà en ce moment. Je ne
possède tout simplement pas l’instrument susceptible de la capter. Nous ne
pouvons accéder qu’à un "réel voilé".
Quand nous mourons, ce voile se déchire. Comme l’écrivait William
Blake, « Quand les portes de la perception seront purifiées, alors nous
verrons le monde tel qu’il est, c’est-à-dire "infini". »
■

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Chercheurs de sens. — 016t. 1935, Bernard Besret

  • 1. Trombinoscope "Chercheurs d’humanité Chercheurs de sens (art, religion, philosophie, spiritualité) 16.ter - 1935 - Bernard Besret Étienne Godinot 28.05.2024
  • 2. Bernard Besret Sommaire Sa vie Un adolescent en quête de sens Moine à l’abbaye de Boquen Études et enseignement à Rome Prieur de l’abbaye de Boquen, La Communion de Boquen La destitution L’Association culturelle de Boquen Les responsabilités dans la vie civile La rencontre avec le taoïsme Ses intuitions et sa pensée 1970 - Libération de l’homme. Essai sur le renouveau des valeurs monastiques 1971 - Clefs pour une nouvelle Église 1974 - Sept propositions pour une métaphysique spirituelle 1976 - De commencement en commencement. Itinéraires d'une déviance 1991 - Confiteor. De la contestation à la sérénité 1993 - Lettre ouverte au Pape qui veut nous asséner la vérité absolue dans toute sa splendeur 1996 - Du bon usage de la vie 2003 - Esquisse d'un évangile éternel 2011 - À hauteur des nuages. Chroniques de ma montagne taoïste 2023 - Sonder l’insondable Image : - Bernard Besret en Chine
  • 3. Bernard Besret Sources Livres de B. Besret Textes, dont Sept propositions pour une métaphysique spirituelle, carte et courriels de B. Besret Radio-Télévision Suisse, rts.ch, émission L’éternel présent, 14 juin 1992 France Culture, Les racines du ciel, 9 oct. 2011 Texte de Jose Arregi, Bernard Besret, l’utopie de Boquen Internet, notamment documents INA Images - Mégalithes de néolithique en Bretagne - B. Besret, Instants éternels, film Capuseen, 55 mn, 1999 - Le message des moines à notre temps. Mélanges offerts (notamment par Bernard Besret) à Dom Alexis, abbé de Boquen (1958)
  • 4. 1- La vie de Bernard Besret « Il a depuis longtemps disparu de l’actualité, mais il reste une figure rafraîchissante et inspirante. Un homme prophétique, visionnaire et courageux. Un homme à l’âme mystique, aux yeux ouverts, à la parole ravie. Libre et fidèle au feu qui l’habitait et continue de l’habiter. Pendant une décennie décisive de l’histoire qu’il nous a été donné de vivre, il a dirigé un vigoureux mouvement de réforme spirituelle, cultu- relle et politique. » Jose Arregi* Jean-Claude Besret, connu sous le nom de Dom Bernard puis de Bernard Besret, chercheur de sens français, ex-moine et théologien catholique, nait en 1935 à Saint-Hervé (Côtes d'Armor) d’un père ingé- nieur athée et d’une mère institutrice dans l’école laïque. Il est profondément bouleversé par la mort de sa mère, alors qu’il n’a que 13 ans. Toute sa vie sera une quête sur le sens de la mort. Toute sa vie, il sera fasciné par le destin de l'homme et habité par la quête du « fondement ultime du réel » qu’au début de sa vie il appelle « Dieu ». * Jose Arregi, théologien basque espagnol né en 1952, professeur d’université. Auteur de nombreux livres de théologie et de spiritualité, dont Dieu au-delà du théisme. Esquisses pour une transition théologique (2023) Image : Bernard Besret âgé d’environ 65 ans
  • 5. Un adolescent en quête de sens Il est marqué à l’âge de 15-16 ans par les livres d'Aldous Huxley, particulièrement La philosophie éternelle, et notamment par la parole d’un père à son fils dans les Upanishads : « Dans cette graine, il y a l’arbre nyagrodha. C’est là le Vrai, et toi, tu es Cela ! », c’est-à-dire l’essence de tout ce qui existe. « La vie, dira-t-il plus tard, ne mérite d’être vécue que si je parviens à être branché sur "Cela". » « Philosophie éternelle : l'expression a été trouvée par Leibniz. Mais la chose, cette métaphysique qui reconnaît qu'il y a une réalité qui est la substance même des choses matérielles, de la vie et de l'esprit ; cette psychologie qui voit dans l'âme quelque chose de semblable ou même d'identique à la réalité divine ; cette éthique qui place les buts de l'homme dans la connaissance d'un fondement transcendant et immanent à tous les êtres, cette chose est universelle et immémoriale. Les rudiments de la philosophie éternelle peuvent être trouvés dans les savoirs des peuples primitifs de toutes les régions du monde, et, sous sa forme la plus déve- loppée, elle a une place dans les plus grandes religions. » Aldous Huxley Images : - Aldous Huxley (1894-1963), écrivain, romancier, philosophe, pacifiste et satiriste britan- nique. - En 1945, Huxley publie The Perennial Philosophy. Cette anthologie commentée de textes mystiques très divers rapproche les religions, les traditions d'Orient et d'Occident, à la recherche d'une pensée mondiale, à mi-chemin de la science et de la mystique.
  • 6. Être un homme « Être un homme complet, équilibré, c’est une entreprise difficile, mais c’est la seule qui nous soit proposée. Personne ne nous demande d’être autre chose qu’un être humain. Un être humain, vous entendez, pas un ange ni un démon. Un homme est une créature qui marche délicatement sur une corde raide, avec, à un bout de son balancier, l’intelligence, la conscience et tout ce qui est spirituel, et à l’autre bout le corps et l’instinct et tout ce qui est inconscient, terrestre et mystérieux. En équilibre, ce qui est diablement difficile. » Aldous Huxley « Le Fondement divin de toute existence est un Absolu spirituel, ineffable dans le langage de la pensée raisonnée, mais en certaines circonstances susceptible d’être directement ressenti par l’être humain qui en prend conscience. Cet Absolu est le Dieu-sans-forme de la phraséologie hindoue et chrétienne-mystique. La fin dernière de l’homme, l’ultime raison de l’existence humaine, est la connaissance intuitive du fondement divin. » A. H. Images à droite : Point Counter Point (1926) d’Aldous Huxley. B. Besret adolescent est marqué aussi les Lettres à l’ashram de Gandhi (1930) et par La nuit privée d’étoiles de Thomas Merton (1951).
  • 7. Moine à l’abbaye de Boquen Jean-Claude Besret entre en 1953, à l’âge de 18 ans, au monastère cistercien de Boquen (Côtes-d'Armor) que lui indique un ami. Après une année d’études aux États-Unis, financée par une bourse, et pendant la- quelle il joue du violon, il fait profession comme moine à Boquen sous le nom de Bernard en 1954. Pendant 2 ans, il vit l’idéal cistersien (et hindouiste, commentera-t-il plus tard) de silence et de solitude. Images : - L'abbaye Notre-Dame de Boquen, située à l'orée de la forêt de Plénée-Jugon (Côtes- d'Armor). Boquen : Bod gwenn en breton, "buisson blanc", ou "buisson ardent", ou aubépine. L’abbaye cistercienne, fondée en 1132, détruite à la Révolution française, restaurée à partir de 1936, est occupée, après l’expérience de la ‘Communion de Boquen’, par les ‘Sœurs de Bethléem’ puis aujourd’hui par la ‘Communauté du Chemin Neuf’. - Dom Alexis Presse (1883-1965), docteur en droit canonique, abbé de Tamié (Savoie) de 1925 à 1936, démis par son Ordre en 1936, s'installe à Boquen en octobre 1936, seul puis avec quelques frères, dans le sens d'un retour aux observances primitives de l'Ordre de Cîteaux, sans bénédiction du saint-sacrement, sans rosaire ni chapelet. Ce religieux qui marchait en sabots et avait des dons de guérisseur a laissé son empreinte dans la mémoire collective.
  • 8. Études et enseignement à Rome L'année suivante, en 1955, il est envoyé par son supérieur à Rome pour y faire des études de philosophie et théologie à la faculté pontificale bénédictine Sant’Anselmo. Il restera à Rome durant 9 années. Il y est profondément marqué par les cours de Cipriano Vagaggini, formé en Belgique, pour qui, écrira-t-il plus tard, « il ne fallait chercher dans l’Évangile ni un enseignement dogmatique, ni un code de morale, ni, à proprement parler, un programme politique, mais bien une "bonne nouvelle" ». Docteur en théologie, professeur de philosophie, il enseigne la logique mathématique… en latin. Il découvre les religions du livre, qui mettent des éléments d’histoire au cœur de leur enseignement et affir- ment que l’essentiel de la vie est dans ce que l’on fait aux autres. Dans sa thèse de doctorat en théologie Incarnation ou escathologie ?*, il montre que l’intériorité est indispensable pour s’ouvrir aux autres sans mettre en danger sa propre identité. À la demande de l’abbé général des cisterciens, il étudie la possi- bilité pour l’ordre de récupérer l’abbaye de Clairvaux transformée en prison. * Escathologie : (du grec eskhatos : dernier, et logos : parole) : Ensemble de doctrines et de croyances portant sur le sort ultime de l‘être humain après sa mort et sur celui de l'univers après sa disparition. Images : - Dom Cipriano Vagaggini (1909-1999), théologien et moine bénédictin italien - Un numéro de la collection ‘Rencontres’ aux éditions du Cerf à partir de la thèse de B. Besret
  • 9. Des remises en cause par honnêteté intellectuelle L'ouverture, en 1962, des travaux du concile Vatican II marque l'entrée de Bernard Besret dans la vie publique. Sa personnalité sédui- sante, sa profondeur spirituelle, son impressionnante capacité intellec- tuelle, son verbe captivant ont donné envie à beaucoup de l’avoir à leurs côtés. Conseiller théologique de plusieurs évêques belges et français, il exerce une influence sur les conclusions des débats relatifs à la « rénovation et l’adaptation de la vie religieuse » (décret Perfectae Caritatis, dont il est l'un des rédacteurs). Revenu à Boquen, il poursuit sa réflexion philosophique et théologique. « Peu à peu, beaucoup d’affirmations que j’avais acceptées me sont apparues comme profondément étrangères. Par honnêteté intellec- tuelle, je ne pouvais plus prononcer certaines formules dogmatiques. Par la suite, je ne pouvais plus célébrer la liturgie de Noël (l’incarnation), alors que celle de la Pentecôte me convient : l’Esprit dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va. » Images : - L’ouvrage collectif Les religieux aujourd’hui et demain (1964) dont B. Besret dirige la rédaction. - Le décret conciliaire sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse. - « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit. » (Jn 3, 8)
  • 10. Des questions de fond « Je reste profondément en accord avec la réflexion des philosophes, Aristote, Thomas d’Aquin, etc. sur le fondement ultime du réel, qui fait partie du fonds commun de la philosophie éternelle (Inde, Tao, Bible, Évangile, Coran), mais je n’ai jamais cru au Péché originel, ni à la Rédemption, et donc l’Incarnation ne devenait plus nécessaire. » « L’Évangile est un texte de sagesse. Peu importe qui l’a écrit. Il y a dans ce texte un puissance métaphysique, par ex. dans le verset "Même vos cheveux sont comptés" : la conscience que Dieu en a est un condition sine qua non de leur existence. » « Le baptême des enfants est une des voies par lesquelles on a construit une Église d’irresponsables, puisque ceux qui étaient baptisés ne faisaient pas personnellement le choix d’entrer dans l’Église. » « Les ministres de l’Église devraient être avant tout des serviteurs, cela ne justifie pas qu’ils soient des permanents de l’ins- titution. » « À partir de 1967, nous avons pris conscience que notre but n’était plus seulement le renouveau d’un monastère, mais une avancée ecclésiale dont Boquen s’efforcerait d’être une tête chercheuse. » Images - L’abbatiale de Boquen - La charpente de l’abbatiale de Boquen et l’escalier aérien
  • 11. Prieur de l’abbaye de Boquen (1964-1969) Il devient prieur de Boquen en 1964, âgé 29 ans. Il transforme le monastère en une sorte de laboratoire pour la réforme de la vie monastique. Il abandonne notamment le latin et le chant grégorien. Il supprime la traditionnelle clôture monastique et modifie l’assemblée dans l’église abbatiale en supprimant les trois groupes qui se juxtaposaient : les ministres du culte auprès de l’autel, les moines au chœur et les fidèles dans le fond de l’église. Désormais, il n’y a plus qu’une assemblée, une seule action liturgique à laquelle tous prennent part. L’atmosphère s’en trouve modifiée et crée un véritable enthousiasme. Boquen devient le lieu d’une liturgie renouvelée qui, très vite, acquiert une renommée. L’abbaye accueille ainsi des moines et des moniales en quête d’idées pour leurs propres offices. Catholiques critiques, Protestants, athées, homosexuels, divorcés remariés, prêtres en rupture de célibat, tous sont également les bienvenus. Des théologiens, penseurs, militants alterna- tifs s’y rendent nombreux. Images : - La nef de l’abbatiale de Boquen - Le livre Boquen, entre utopie et révolution - 1965-1976, de Béatrice Lebel (2015. Préface d'Étienne Fouilloux et postface de Bernard Besret), analyse, sur un mode chronologique, les éléments qui ont concouru à transformer cette petite abbaye en caisse de résonance des attentes de milliers de Chrétiens et met en lumière l'importance du contexte socioreligieux des années 1960 et 70 dans l'évolution de Boquen.
  • 12. La Communion de Boquen L’utopie évangélique de Boquen appelle à un christianisme critique, lyrique et politique. - critique : la première preuve de respect que le Chrétien doit avoir par rapport à sa foi est de la dégager de toute crédulité, par une saine atti- tude critique ; - lyrique : pour illuminer nos vies et éclairer l’humanité, l’affirmation de la foi en un monde nouveau dans lequel il n’y a plus « ni homme ni femme, ni Grec ni Juif, ni maître ni esclave » doit déboucher sur la fête de son anticipation. Il faut le donner, au moins symboliquement, à voir, à toucher, à sentir ; - politique : l’utopie évangélique risque de se vider de son sens si elle ne prend pas une dimension planétaire, si elle ne provoque pas une subver- sion du désordre établi actuel par lequel le monde risque d’exploser ou de s’asphyxier. « Le projet des théologiens de la libération doit être nourri de l’inté- rieur par une vision d’essence spirituelle, et s’accompagner du détache- ment que taoïstes et hindouistes réclament à l’égard du fruit de toute action » précise B. Besret Images : - Dans le livre Les communautés de base (1973), Bernard Besret et Bernard Schreiner illustrent le passage qu’ils souhaitent voir s’accomplir dans l’Église, du savoir (dogmatique) à la recherche, du paternel (hiérarchique) au fraternel, et du charitable (individuel) au politique. - Théologie de la libération (1971), par Gustavo Guttierez, philosophe et théologien péruvien.
  • 13. La vision de Boquen À quoi sont conviés les visiteurs de Boquen ? « À une nouvelle vie monastique, à une communion ouverte au-delà de toute clôture, au-delà de la distinction canonique entre moines et laïcs, au- delà de la séparation rigide entre hommes et femmes, au- delà du genre liturgique. À une nouvelle Église charismatique et fraternelle-sororale, sans classes ni hiérarchies, sans clercs, religieux et laïcs, sans frontières entre orthodoxie et hérésie, une Église de communion sans anathèmes. À un monde libre et uni, sans inégalité ni soumission, sans faim, ni exclusion ni frontières fermées, à une révolution sans violence. À un nouveau christianisme spirituel et non confessionnel, sans sépa- ration entre sacré et profane, sans attachement nécessaire à un quelconque credo, sans lecture littérale de la Bible et des dogmes, sans prétention à l’exclusivité ou à la supériorité sur les autres religions ou sur l’absence de toute religion, un christianisme aux sacrements désacralisés, un christianisme mystique et politique, écoféministe, un « christianisme critique, lyrique et politique », selon les mots de Bernard Besret. » Jose Arregi Images : Quelques amis et intervenants de Boquen : Yves Congar, Marie-Dominique Chenu, Marcel Légaut, Joseph Moingt, Jean-Marie Muller
  • 14. La vie à Boquen Les rencontres communautaires se font désormais autour d’une grande table réunissant indifféremment les frères et les retraitants, qui tous se tutoient et font la vaisselle. L’accueil à Boquen est simple, chaleureux, sans barrière. Pendant l’eucha- ristie, le ciboire, ce vase en métal précieux qui renferme les hosties, est remplacé par une corbeille contenant des morceaux de pain. Les offices se distinguent par la qualité de la musique que Bernard Besret compose lui-même, conseillé par des musiciens de jazz tels que Michel Puig ou Jef Gilson. En juillet 1967, Boquen reçoit le premier camp de travail organisé par le ‘Conseil œcuménique des Églises’. Le monastère est ouvert à des groupes pour leurs univer- sités d’été, par exemple en 1968 à ‘l’Union nationale des étudiants de France’ (UNEF, à gauche), au grand scandale des intégristes bretons qui qualifient Besret de « moine rouge ». Il devient la cible des attaques les plus passionnées, il est menacé d’attentat. Images : - Débats à Boquen en présence de Bernard Besret, assis au centre de la cheminée - Panneau d’accueil à Boquen : « Les frères sont heureux de vous accueillir à Boquen. Ils souhaitent vous faire partager leur recherche d’unité et de liberté spirituelles dans la communion fraternelle. » On parle de Boquen dans toute la France. Il paraît des articles sur Boquen dans le New York Times, en Allemagne dans Der Spiegel, des émissions sur des télévisions européennes, et même à la télévision japonaise.
  • 15. Les orientations de la Communion de Boquen En 1967, la communauté monastique fait place à une "com- munion" formée d’un noyau de permanents laïques et religieux, autour duquel gravitent les autres membres qui se retrouvent à l’abbaye selon leur degré d’engagement. La Communion de Boquen se présente également comme l’une des nombreuses cellules appelées à constituer une nouvelle Église. Le primat est donné à la recherche individuelle par rapport à la discipline communautaire. On substitue aux règles traditionnelles (à la règle de saint Benoît, en particulier) les expériences d'une communion ouverte sur le monde et à l'écoute de l'imprévu et de la nouveauté. Le prieur est pionnier du dialogue interreligieux et interconvic- tionnel. Il accueille les divorcés remariés. Il est favorable au mariage pour les prêtres qui le désirent. Images : Textes de B. Besret édités par l’abbaye de Boquen - Propos sur la liturgie - Boquen en crise. - - Conférence publique d’août 1969, Boquen, hier, aujourd'hui, demain
  • 16. La conférence du 20 août 1969 Le 20 août 1969, devant près de mille de personnes, Bernard Besret prononce à l’abbaye une conférence, Boquen hier, aujourd’hui et demain, qui propulse la communion de Boquen sur le devant de la scène et en première ligne du mouvement pour une nouvelle Église. L’Église est pour lui une communion dont le fondement n’est pas une délimitation territoriale comme dans les paroisses actuelles, ni le partage d’une vie commune comme dans les communautés monastiques tradition- nelles, ni la sélection d’un milieu de vie comme dans les cercles d’Action catholique. Il propose un nouveau type de ministère, de relations. Il trouve malhonnête de continuer à ordonner des prêtres aussi long- temps que l’on aura pas clarifié leur statut. Il jette un pavé dans la mare en suggérant une année sabbatique qui permettrait aux clercs et aux religieux engagés dans le célibat de confirmer ou d’infirmer leur premier choix. Dans cette logique, il n’a plus l’intention de prendre de nouveaux novices à Boquen. Images : - Bernard Besret lors de la conférence du 20 août 1969 - Un Catholique divorcé remarié interviewé à Boquen en janvier 1971 (Document INA, Réalisateur : Jean Pierre Gallo, Journaliste : Robert Serrou, vidéo de 13 mn sur Internet)
  • 17. La destitution Le 15 octobre 1969*, Bernard Besret est destitué et sommé de quitter l’abbaye pour la fin du mois. Mais au lieu de clore un chapitre mouvementé de l’histoire de Boquen - et comme ce sera le cas plus tard en 1995 après la révocation de Jacques Gaillot, évêque d’Évreux - cette destitution déclenche un vaste mouvement de solidarité et transforme la communion de Boquen en fer de lance de l’aspiration au changement dans l’Église catholique. Dans un article publié dans Le Monde le 22 oct. 1969, B. Besret écrit : « Une jeunesse au-delà des âges, au-delà des épreuves, au-delà des ténèbres, tel est pour nous l'authentique visage de l'Église. (…) Il y a cinq ans, le simple changement de prieur dans un monastère serait sans doute passé complètement inaperçu aux yeux de l'opi- nion publique. Aujourd'hui, la révocation dont je suis l'objet engendre des remous dont l'ampleur ne peut manquer de surprendre. (…) Ici, elle concerne tous ceux, laïcs ou prêtres, célibataires ou gens mariés, qui avaient trouvé dans la communion de Boquen la médiation la plus efficace de leur appartenance à l'Église universelle. » Désormais, des milliers de Chrétiens convergent de France et d’Europe vers l’abbaye de Boquen. * Et alors que B. Besret est à Rome pour présenter à l’abbé général de son ordre des propo- sitions de réformes de la vie monastique. Il déclarera plus tard : « La décision de l'abbé général ne peut être considérée comme un point final à notre recherche; en d'autres, lieux, peut-être avec d'autres moyens, nous continuerons fermement à vivre de l'esprit de Boquen. » Images : - Emblème de l’ordre cistercien - Sighard Kleiner (1904-1995), moine cistercien autrichien, 9ème abbé général de l'ordre de Cîteaux de 1953 à 1985.
  • 18. La succession de Bernard Besret et la fin de la communion de Boquen Fin octobre 1969, l’abbé général nomme un nouveau prieur à Boquen, Guy Luzsenszky, pour reprendre les choses en main. Mais celui- ci comprend la portée prophétique de l'expérience, la reprend à son compte, fait revenir Bernard Besret, reprend la vie conventuelle avec trois moines de Saint-Gildas, et tente pendant quelques années de maintenir la communion de Boquen. Il est, à son tour, obligé avec ses compagnons de quitter l’abbaye définitivement normalisée et occupée par des religieuses totalement dévouées à la hiérarchie. Désormais sur les routes pour visiter les mem- bres d'une « communion hors les murs », il sème au fil des saisons, des rencontres, des découvertes et des événements, des " propos de plein vent ". Bernard Besret quitte définitivement le monastère en 1974 pour se reconvertir à la vie civile. Image du haut : - Guy Luzsenszky (1909-1994), d'origine hongroise, moine de l'abbaye de Lérins (Alpes- Maritimes), successeur de Bernard Besret à Boquen. Après son départ, il écrira Boquen, chronique d’un espoir (1977). « Ma foi profonde me fait espérer, qu'envers et contre tous les hiérarques, la vieille église catholique redeviendra évangélique ») et Quand on a fait tant de chemin. Propos d’un moine de plein vent (posthume, 2001). Le livre en haut (1978) est de Jean-Pierre Delarge
  • 19. L’Association culturelle de Boquen En 1970, pour donner un statut juridique à la Communion et permettre aux laïcs de s’investir en toute responsabilité dans le fonctionnement et les orientations de la Communion, est créée l’Association culturelle de Boquen. L’association acquiert en 1978 dans la région de Mûr-de-Bretagne une vieille ferme (‘La Maison de Poulancre’ à Saint-Mayeux) et poursuit ses activités cultu- relles dans l’interconvictionnalité. Elle compte aujourd’hui une cinquantaine de membres, et adhère aux ‘réseaux du Parvis’, espace de rencontres, de débats, d’innovations qui réunit une trentaine d’associations, Catholiques progressistes, Protestants libéraux, Unitariens et croyants ou incroyants divers, autour de valeurs communes : 1) fidélité au message de l’Évangile ; 2) primauté de l’humain et des chemins d’humanisation ; 3) nécessité du dialogue et du débat ; 4) fraternité humaine et solidarité face à toutes les exclusions ; 5) liberté de recherche spirituelle et théologique. Image : Un échange devant la Maison de Poulancre à Saint-Mayeux (Côtes d’Armor)
  • 20. Les responsabilités de B. Besret dans la vie civile Après avoir créé une coopérative ouvrière à Plougrescant, Bernard Besret voyage quelque temps aux États-Unis et au Mexique (où il travaille avec un sorcier aztèque), avant d’être recruté par la municipalité de Rennes pour concevoir et mettre en place ‘L’espace des sciences’, un centre de culture scientifique et technique. Sa mission terminée, il devient de 1984 à 1998 chargé de mission chargé du secteur international auprès du président de la ‘Cité des sciences et de l’industrie’ de la Villette à Paris, puis directeur des relations nationales et internationales de cette institution. Dans la revue L'Actualité religieuse, il écrit en 1998 un article intitulé « Pourquoi je suis devenu franc-maçon ». Images : - ‘L’Espace des sciences’ à Rennes - La ‘Cité des sciences et de l’industrie’ de la Villette à Paris - Affiche : Projection du film-documentaire d’Éric Castanet Les portes de la conscience (2016, 48 mn) consacré à l’itinéraire de Bernard Besret, suivie d’un débat avec le réalisateur et le théologien, organisée en avril 2017 par la Grande Loge Territoriale d’Île-de-France.
  • 21. La rencontre avec le taoïsme Dès son adolescence, à la lecture d’Aldous Huxley, Bernard Besret avait pris connaissance de la pensée chinoise. À Boquen, un professeur de yoga tibétain invité propose une expérimentation de l’intériorité, une forme de chi-gong chinois. Envoyé à Shanghaï en 1997 pour la mise en œuvre d’un ‘Musée des sciences et de la technologie’, Bernard Besret rencontre des maîtres taoïstes. Après sa mission à Shanghaï, il fait un voyage de trois semaines avec un maître de chi-gong. Son ami Zhu Ping, un professeur d’histoire rencontré « par le fruit de nombreux hasards » en août 1997 l’introduit dans sa famille, laquelle choisit de l’adopter, privilège assez rare pour un Occi- dental. Il crée en 2011 avec Zhu Ping un centre de culture traditionnelle chinoise, installé dans l’ancien monastère de Qiyunshan, qui accueille des personnes et des groupes pour des voyages culturels et des stages de méditation, de réflexion, de qi gong et de taï-chi-chuan. Images : - Le village de Qiyunshan dans une montagne proche du Huangshan, à 500 km de Shanghaï - Zhu Ping, cofondateur avec Bernard Besret du ‘Centre de culture traditionnelle chinoise’
  • 22. 2 - Les intuitions et la pensée de Bernard Besret Bien que dès son adolescence il soit familier d’une réflexion très large et universelle, Bernard Besret développe d’abord ses intuitions et réflexions dans le champ du monachisme et du catholi- cisme romain, puis du christianisme, puis de la spiritualité et de l’interconvictionnalité. Il relie toujours, mais de plus en plus fortement au fur et à mesure qu’il chemine, la question de la spiritualité et les grands enjeux sociétaux et mondiaux. À la fin de sa vie, il aborde particulièrement la grande question de la mort, et de la trace que peut laisser chaque être humain dans l’histoire de l’humanité et de l’univers. Les citations données ci-après ne résument pas les livres, elles n’ont pour but que d’ouvrir la tête et toucher le cœur et de donner envie au lecteur d’y voir de plus près. Images : Le chemin Représentation de la mort
  • 23. 1970 - Libération de l’homme. Essai sur le renouveau des valeurs monastiques Dans cette réflexion sur la transformation des institutions et de la vie monastiques, Bernard Besret décortique celle-ci en tous ses éléments, les plus sclérosants et les plus vitalisants pour la vie de l’être humain, puis envisage les nombreuses modalités possibles de vécu collectif en ne conservant que certains de ces éléments, et laissant tomber les autres. Les 6 chapitres sont ainsi libellés : 1) Libéré des formes* ; 2) Libéré du mythe ; 3) Libéré du sacré ; 4) Pour une vie d’homme ; 5) Une vie de laïc ; 6) Dans un monde urbanisé. * Les principes de tout renouveau des formes sont ainsi formulés : 1) L’être humain a besoin de formes d’expression. 2) Les formes d’expression lui sont en partie extérieures. 3) Des formes trop rigides sont néfastes. 4) Casser les moules qui engendrent le déterminisme et l’automatisme. 5) Conquérir une nouvelle liberté d’expression : dégager les paramètres, étudier chaque paramètre, reconnecter les paramètres. 6) Enseigner au-delà des systèmes. Images - Le livre de Bernard Besret - Le temps des moines. Clôture et hospitalité de Danièle Hervieu-Léger (2017) . Le propos de cet ouvrage, qui relève à la fois de la sociologie historique et de l’enquête sociologique de terrain, est d’identifier les configurations typiques du rapport entre clôture et hospitalité entre le 19ème et le 21ème siècle, sur le terrain des monastères d’hommes, bénédictins et cisterciens en France, dont Boquen.
  • 24. Un monachisme contemporain La recherche de l’unité de l’être, de l’éveil de la conscience et de l’union avec l’Un, loin d’appeler nécessairement le célibat, la solitude du désert ou au contraire la vie communautaire des cénobites, peut se vivre au cœur de la société des hommes, en plein monde urbanisé. L’auteur appelle de ses vœux l’émergence d’un monachisme contem- porain, profondément ancré dans la tradition, mais complètement libéré des institutions et des idéologies héritées des siècles passés : « Les valeurs exprimées dans la tradition monastique ne doivent pas rester l’apanage d’un petit nombre d’élus, elles font partie du patrimoine commun de l’humanité. Une tradition vivante doit savoir maintenir vive la plénitude de son sens à travers l’évolutions constante des formes dans les quelles elle s’exprime. J’en appelle à l’émergence d’un monachisme invisible », écrira-t-il plus tard. À la parution du livre, un personnage important de la société française demande à B. Besret de proposer la même adaptation en ce qui concerne l’institution du mariage. Ce dernier se juge incompétent pour entreprendre un ouvrage d’une telle ampleur. « Ce travail sur le mariage reste à faire. Cela clarifierait peut-être bien des situations » commente-t-il en 2024
  • 25. 1971 - Clefs pour une nouvelle Église Dans Clefs pour une nouvelle Église (1971), Bernard Besret désigne les clefs qui fondent la compréhension de ce que pourrait être l’Église. - La foi : « conviction qu’en Jésus il s’est passé quelque chose qui nous concerne encore, hommes d’aujourd’hui… Confesser ma foi, c’est avouer mon espérance. » - Le souvenir : Les disciples immédiats de Jésus (… ) furent les pre- miers à percevoir, non sans peine ni hésitations, l’importance de ces évène- ments, pour eux et pour tous les hommes. » - L’action : « Nous appelons prophétie tout acte qui, ici et maintenant, anticipe sur la réalisation de l’utopie en en manifestant le sens et en provo- quant les hommes à sa réalisation dans l’opacité et la pesanteur du monde quotidien… C’est une exigence de vie, une provocation à une croissance, à un dépassement. » - La communion : « Le rassemblement de tous ceux qui se souviennent de Jésus et lui accordent leur foi, est une communion dont la vie doit être au cœur du monde la prophétie lumineuse de ce que ce monde est appelé à devenir. »
  • 26. 1974 - Sept propositions pour une métaphysique spirituelle Bernard Besret rédige le court texte Sept propositions pour une métaphysique spirituelle en 1974, dans les années qui ont suivi son départ de Boquen. Relisant en 2018 ce texte que retrouve et lui monte une amie, il avouera être surpris, après plus de 40 ans, par la continuité de sa pensée depuis ces lointaines années. Introduction : Le spirituel est universel. Au-delà des formes culturelles dans lesquelles ils s’expriment, le sage, le mystique nous parlent de l’universel. Les religions instituées, au contraire, accaparent souvent au profit de leur système particulier (con- ceptuel, rituel, institutionnel) la puissance de ces intuitions qui sont le patrimoine de l’humanité. « Il n’y a ni Terre Sainte, ni Histoire Sainte, ni Livre Sacré, ni caste sacerdotale qui détiennent le monopole des relations de l’homme au Réel Ultime. Il y a, multiple dans ses expressions, l’humanité en quête de son identité. (…) Je puis m’approprier certains passages de la Bible sans pour autant croire qu’Israël est le peuple élu de Dieu. Je puis recevoir le mes- sage évangélique sans nécessairement croire que la personne historique de Jésus est le Verbe-même de Dieu fait chair parmi nous. Je peux reconnaître mes aspirations spirituelles dans des textes de l’Islam, sans obligatoirement croire que le Coran a été dicté par Dieu-même au Pro- phète. »
  • 27. 1. Ouverture au réel « Il s’agit bien plutôt de me mettre à l’écoute de la résonance intérieure qui permet d’entendre dans tel verset de la Bible, telle parole de Jésus, telle sourate du Coran, mais aussi telle page des Védas, telle strophe de Lao Tseu, tel apophtegme zen, tel poème contemporain, une parole qui sonne juste et éclaire nos chemins. » « L’homme de foi vit en état d’alerte. Il sait que toutes les repré- sentations qu’il se forge du réel (qu’elles soient scientifiques, philoso- phiques ou religieuses) n’ont de valeur que relative et transitoire. Les prendre pour des absolus les transformerait en croyances. La croyance se crispe sur ses positions. La foi accepte d’avoir constamment à remettre en question l’organisation antérieure de sa pensée. Elle est une brèche sur l’inconnu. »
  • 28. 2. Le réel ultime « Le réel ultime échappe radicalement à notre mainmise sur lui. Par définition, j’appelle "Dieu" ce fondement sans fonde- ment, cette origine sans origine. Toutes nos catégories sont infirmes pour le saisir. Vide ou Plénitude ? Néant ou Infini ? Absence du non-être ou présence d’une conscience ? Nous pouvons dire l’un, dire l’autre, tenir les deux à la fois s’il est vrai que nous débouchons ici sur la coïncidence des oppositions. Sur le chemin de sa connaissance, nos pas seront toujours des premiers pas. Il nous faudra apprendre à aller de commencement en commencement par des com- mencements qui n’ont jamais de fin… » * « Dans la ligne de la théologie négative, Marcel Légaut répète à longueur de livres que "Dieu" est inconnaissable en lui-même et que ce que nous disons le Lui n’est que représentations relatives, mais utiles, voire indispensables. Il emploie le mot "Dieu" sans nullement se donner de Dieu – et même en s’y refusant – une représentation bien définie comme celles dont les hommes ont usé par le passé si spontanément et si puérilement … La reconnaissance du caractère radical de cette ignorance est l’unique et l’ultime connaissance que nous puissions atteindre de Dieu. » Note de Jacques Musset en commentaire du texte de Bernard Besret Images : - L’espace vide entre les deux chérubins de l’Arche d’alliance des Juifs était considéré comme le lieu de YHVH, cette présence divine portant le nom de ‫שכינה‬, schekinah. Une présence-absence dans un espace vide, mais aussi vide que peuvent être les deux mains d’une personne ouvertes pour accueillir un proche. - « Dieu devient Dieu quand les créatures disent "Dieu". » disait Johann Eckhart
  • 29. 3. Le réel ne peut être qu’Un « La vision orientale du réel qui refuse tout dualisme et affirme que seul le fondement ultime - quelle que soit la manière dont on se le représente - existe en vérité, est pleinement fondée. L’analyse de l’infiniment petit débouche sur le vide. L’analyse de l’instant présent, ce point sans durée à l’intersection d’un passé qui n’est plus et d’un futur qui n’est pas encore, débouche, elle aussi, sur le vide. Nous sommes comme un mirage sur fond de néant. Le regard analytique de Dieu transperce l’univers dans lequel nous vivons jusqu’au rien qui nous fonde. Le sens de notre histoire se trouve donc en dehors de l’Histoire. Il n’adviendra pas plus tard. Il est présent à chaque instant, dans l’unité perçue avec l’Un qui est à la fois la source et la fin. »
  • 30. 4. Et pourtant le multiple existe « La vision biblique du réel qui confère une consistance à l’uni- vers créé, aux hommes et à leur histoire, est, elle aussi, pleinement fondée. Le regard analytique n’est pas le seul. Le regard global de Dieu saisit aussi les ensembles au niveau desquels nous existons. Pour lui, un atome est un atome, une galaxie une galaxie et entre les deux, notre univers terrestre est ce qu’il est en lui-même, avec ses dimen- sions espace-temps. En tant qu’être créés, nous ne sommes pas Dieu, mais pour autant nous ne sommes pas rien. Chaque être est un reflet partiel de la Plénitude incréée. L’erreur serait de penser qu’il nous créée à l’extérieur de lui- même, à la manière d’un artisan qui façonne des objets. Il nous pense. Il nous rêve. L’acte par lequel il nous pose autres que lui-même est encore intérieur à lui-même. L’altérité ici ne signifie pas extériorité. Il n’y a pas d’abîme entre Dieu et sa création. C’est pourquoi il n’est pas besoin de pont. »* * NDLR - Mais il y a besoin d’êtres humains faiseurs de ponts (pontifex) pour tenter de faire connaître leur représentation de "Dieu" et d’appeler à l’humanisation du monde, de sages, mystiques, maîtres spirituels et prophètes comme Lao Tseu, Moïse, Bouddha, Jésus, Al Hallaj, Rumi, Kabîr ou Gandhi. Et il y a besoins de ponts entre les hommes, davantage que de murs… Ici, le pont de Shaharah au Yémen
  • 31. 5. Le jeu trialectique de l’Un et du multiple « Notre réel est conjugaison de l’Un et du multiple. Loin de s’opposer, l’affirmation du premier renforce celle du second et vice versa. La plénitude de l’Un fonde l’existence du multiple et le déploie- ment du multiple, dans l’espace et le temps, enrichit indéfiniment les reflets de l’Un. Chaque instant, chaque être, apportent leur contribution irrem- plaçable à cette symphonie cosmique dont le sens ultime transcende cependant chacun de ses éléments. Le sens de l’humanité n’est pas de s’évader de l’histoire, mais bien d’en faire le lieu de la manifestation constamment renouvelée de la divinité. Un plérôme.* » * NDLR - Plérôme (du grec pleroma : plénitude) : plénitude divine dont les êtres spirituels sont l’émanation. Par extension, ensemble de tous les êtres, multitude. Ce terme se retrouve une quinzaine de fois dans le Nouveau Testament. Il est également présent dans la pensée platonicienne et des textes de Carl Gustav Jung.
  • 32. 6. La sagesse de l’éveil « Pour vivre en plénitude chaque instant de sa vie et contribuer au maximum à l’histoire de l’humanité, l’homme doit pratiquer l’éveil au réel (à soi-même, aux autres, au monde, à Dieu) comme art de vivre. »
  • 33. 7. L’univers comme symbole « Et, s’il éprouve le besoin légitime d’exprimer dans des signes et par des gestes sa relation à l’Un, l’être humain trouvera dans le cosmos tous les symboles susceptibles d’être universellement partagés. »
  • 34. 1976 - De commencement en commencement. Itinéraires d'une déviance Un bel espoir ? Une belle carrière ? Bernard Besret refuse Clairvaux, qui restera une prison. Il promeut l’ouverture à l'abbaye de Boquen, et y organise une grande fête populaire en 1969, pour le jour de la Saint-Bernard. Son allocution, un an après mai 1968, fait l'effet d'une bombe. La presse amplifie l'écho, prend parti, amène à Boquen les foules. Le prieur est démis de ses fonctions. Malgré lui, vedette et proscrit à la fois, il vivra cinq années de recherches et de rencontres, de fêtes et de heurts. En 1976, il fait partie des quelques hommes qui incarnent l'espoir des uns et sont les boucs émissaires des autres, parce qu'ils n'excluent pas le soupçon de la fidélité, parce qu'ils vivent "un christianisme critique, lyrique et politique". Les entretiens qu'il a poursuivis pendant quelques mois avec Marie-Thérèse Maltèse et Ernest Milcent sont le reflet de ses questions, de ses réponses, de sa parole claire. « Je refuse les expressions "Avoir la foi", "avoir la voca- tion", quelque chose d’extérieur à soi qu’on a ou qu’on n’a pas. »
  • 35. La qualité de la vie « Mon tempérament celtique est, je crois, une composante de ma personnalité. » « Je ne suis pas venu à Boquen fuir une angoisse, mais plutôt la poursuivre. (…) Huxley a catalysé ma recherche pour me libérer de mes angoisses. » « Vagaggini m’a fait comprendre que je pouvais poser des signes comme la prière parce qu’ils avaient une efficacité pour moi et non pas avant tout une signification pour Dieu. » « Je suis favorable à l’existence de groupes communautaires où l’on puisse vivre une période de vie sans prendre d’engagement à perpétuité. Je reproche au système d’avoir utilisé mon enthousiasme pour me faire prononcer assez rapidement des vœux qui me liaient pour l’avenir. » « L’homme est avant tout un être relationnel. La qualité de ce qu’il vit dépend pour beaucoup du nombre et de la qualité de ses relations. » « Les échanges avec les autres demeurent superficiels aussi long- temps que ne sont pas remplies les conditions d’une authentique pré- sence à soi-même. » « C’est la qualité de la vie qui fait qu’effectivement toute vie est prière. » Images : - Le triskell représente probablement dans l'iconographie celtique les trois points du mouvement d'horizon du soleil : le lever, le zénith et le coucher - Moines au travail de l’atelier
  • 36. Liberté et responsabilité « Toute religion est relative. L’Évangile est l’esprit qui doit faire vivre nos religions. Si l’on désacralise Rome, pourquoi faudrait-il resacraliser Jéru- salem ? Les lieux n’ont pas tellement d’importance ! » « Jésus est davantage qu’un prophète ou un sage parmi d’autres. Rela- tiviser sa médiation n’est pas nier sa singularité. » « La société actuelle asservit les hommes, mais justement, face à cette menace, l’Église, rassemblement de tous ceux qui désirent être disciples de Jésus de Nazareth dans une démarche lucidement assumée, devrait être le lieu du réveil. » « Dieu est-il le super-déterministe qui aurait fixé d’avance le trajet que doit suivre chacun de nous ? Je crois au contraire qu’il est le fonde- ment du peu de liberté que nous avons par rapport à nos déterminis- mes. » « La communion tend vers l’universel, et l’on ne peut jamais savoir où passent ses frontières, car ses frontières passent en chacun de ses membres. Elle se définit par un certain esprit et non, à la différence de la communauté, par des engagements concrets, précis, quotidiens. »
  • 37. Faire fructifier la vie « Le moine (monos), c’est avant tout l’homme à la recherche de son unité. Et je suis convaincu qu’on ne peut réaliser son unité intérieure qu’à la condition d’être aussi un facteur d’unité pour l’humanité. » « Il y a dans l’expérience monastique une manière de concevoir et de vivre la vie dont beaucoup d’éléments peuvent être proposés à tout homme. » « Un être humain n’a d’autre vocation fondamentale que de faire fructifier la vie qui l’habite, la démultiplier au profit de l’humanité toute entière. La vie d’un homme est ordonnée à quelque chose qui le dépasse et qui est la vie de l’humanité.» « Dans son livre, Harvey Cox met en lumière le péché de démission : ne laissez pas au serpent (c-à-d à la société, aux évènements, aux autres) le soin de décider pour vous ce que vous allez faire de votre vie. » « Il n’y a pas de liberté qui ne s’acquière par un travail, un labeur, une discipline, une ascèse (mot qui signifie exercice). Non pour supprimer les déterminismes dans lesquels nous sommes, mais pour pouvoir les vivre avec une certaine qualité. L’ascèse donne à l’homme les moyens d’écarter ce qui l’empêche de s’épanouir, mais elle ne donne pas la vie, qui est de l’ordre de l’esprit. Elle peut ouvrir à des abîmes de perversion.»
  • 38. 1991 - Confiteor. De la contestation à la sérénité Plus de 20 ans après les évènements de 1969 à Boquen, B. Besret écrit en 7 chapitres l’essentiel de ses convictions. « L’éveillé est un être qui, loin de se laisser embourber dans la matérialité des choses, vit la conscience consciemment en alerte, attentif à la présence de l’Un dans la diversité des êtres, des situations et des choses. » « Pour le meilleur et pour le pire, notre destin spirituel ne se joue pas ailleurs qu’en nous même. Il ne se joue pas dans l’appartenance à une caste, un peuple, une secte, une chapelle ou une Église. Tout au plus pouvons-nous trouver des amis et des précurseurs qui, en éclai- reurs, nous font part de leur expérience. À nous d’en tirer parti avec discernement. » « Il est d'ailleurs probable que le XXIème siècle sera comme tous les autres : porté par quelques hommes et quelques femmes éveillés, dans un océan de somnolence et de médiocrité. » « La liberté du danseur l’expose à des milliers de déséquilibres, mais ma vie ressemble plus à une lutte qu’à une danse. J’ai fait tomber des masques. » « Ce dont nous avons le plus grand besoin, c’est d’apprendre à conjuguer ouverture d’esprit et esprit critique, c’est de discernement. »
  • 39. Au service de la vie « En nous, il y a du minéral, du végétal et de l’animal. Il faut les assu- mer dans une synthèse. Ce que nous vivons au plan corporel, nourriture et jeûne, veille et sommeil, travail, doit être au service de la vie spirituelle, de l’éveil de la conscience et de la liberté intérieure. Il ne faut pas absolutiser les règles, les usages, il faut en chercher le sens pour les actualiser et se les approprier. » « La foi est de l’ordre de la confiance et non des croyances. » « Pourquoi prier un Dieu qui nous englobe totalement ? Il n’a pas besoin de nos signes, c’est notre vie toute entière qui doit être prière. Mais c’est nous qui avons besoin de gestes, de symboles, de paroles. Il n’y a aucune forme codifiée qui s’impose, pourvu que l’on soit sincère. » « Personne n’a le droit de s’approprier Dieu. Dieu n’appartient à per- sonne en particulier et n’a passé de contrat d’exclusivité avec aucune agence de communication. Il est présent en tous et potentiellement acces- sible à tous. Il est le dedans de nous, et nous n’avons aucune raison de laisser une religion, quelle qu’elle soit, nous en spolier au profit de son institution et de son système. Dieu est le fondement de notre liberté, non de notre aliénation. » Images : - Le sommeil : La méridienne, de Vincent Van Gogh - Mains en prière, d’Albrecht Dürer
  • 40. Foi, action et contemplation « La croyance est sourde et aveugle. Elle dégénère très facilement en crédulité. L’homme de foi, au contraire, est celui qui s’ouvre sans cesse au réel, quels que soient les bouleversements que cette approche entraîne dans l’organisation antérieure de sa pensée. » « Comme le dit Alan Watts, la vraie attitude de foi est celle même du scientifique, toujours prêt à renoncer à ses modèles et équations antérieurs pour accéder à un principe supérieur d’intelligibilité. » Images de chercheurs : - Marie Skłodowska-Curie (1867-1934) dans son laboratoire. - Emmanuel Mounier (1905-1950) « L’action et la contemplation s’appellent l’une l’autre pour se féconder mutuellement. » « Toute religion qui se fonde sur la conviction d’être révélée porte en elle le germe de son intégrisme et d’un totalitarisme de nature intellectuelle qui se transforme vite en totalitarisme de nature politique et institution- nelle. La relation à Dieu ne peut être confisquée ni par un homme, ni par un livre, ni par une institution, ni par un peuple.» « Nous sommes, si nous acceptons d’en jouer le jeu, les instruments de l’émergence de la conscience au cœur du monde. En nous branchant sur le Réel ultime, notre rôle est d’illuminer l’histoire à laquelle nous parti- cipons. »
  • 41. Un 21ème siècle philosophique « J’espère que le XXIème siècle saura se dégager radicalement de toute tutelle religieuse, de tout embrigadement institutionnel, pour atteindre un haut niveau de liberté spirituelle. J’espère, en un mot, qu’il sera philosophi- que, au sens fort du terme, c’est-à-dire marqué par l’amour de la sagesse. » « La voie qu’il nous faut aujourd’hui frayer se situe hors les murs des institutions. Elle est de l’ordre de la dissolution du sel dans l’océan, de la fermentation du levain dans la pâte, de la germination de la graine dans l’humus de l’humanité. Elle passe pas la qualité de l’être. Elle dépend de notre ouverture à l’Être. » Images : L’Évangile de Thomas traduit et commenté par Jean-Yves Leloup Dans une âme et un corps de Raymond Abellio (1907-1986), philosophe gnostique. « La gnose - du grec gnosis : connaissance -, c’est une connaissance d’ordre supérieur. Rien ne prouve que l’Évangile gnostique de Thomas soit postérieur aux autres Évangiles, bien des indices donnent même à penser qu’il leur est antérieur. Pour Thomas, le salut est donné ici et maintenant à celui qui veut bien s’ouvrir au Royaume qui l’habite déjà. La résurrection n’est pas à attendre dans un futur hypothétique, elle est déjà donnée à celui qui est éveillé. Il n’y a donc pas à se préoccuper de la mort. L’important est d’accé- der, dès maintenant, à la véritable vie. La gnose en appelle à l’intériorité de chacun, au sacerdoce invisible des « hommes numineux, sans charge ni honneurs », comme dit Raymond Abellio. »
  • 42. 1993 - Lettre ouverte au Pape qui veut nous asséner la vérité absolue dans toute sa splendeur En août 1993 est publiée l’encyclique Veritatis Splendor du pape Jean-Paul II, dans la même logique que le Catéchisme de l’Église catho- lique de 1992. Bernard Besret répond sans détour, tant sur le fond que sur la forme, à ce texte. « Nous sommes las de vos leçons de morale. Apprenez-nous à être plus spirituels, et la morale nous sera donnée par surcroît. » « Si au moins vous nous parliez en votre nom personnel ! Mais non, c’est au nom de Dieu que vous nous assenez vos propres vérités. C’est en son nom que vous condamnez, et qu’au malheur des hommes et des femmes de ce siècle vous ajoutez le poids de la culpabilité. » « Monsieur le Pape, (…) Je vous envie le confort de ce que vous appelez votre foi. Je crois pourtant être aussi un homme de foi. Mais mes certitudes ne sont que les formulations relatives de ce que j’essaye de capter de l’absolu. » - Image du bas : B. Besret est interviewé en oct. 2012 par le quotidien Le Télégramme à l’occasion du 50è anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II. À la question du journaliste « Un Vatican III vous semblerait-il nécessaire ? », il répond : « Ce serait ultra nécessaire afin d'entamer la mutation de l'Église-institution vers une Église-communion, basée sur l'esprit et non plus sur les dogmes. Mais il est peu probable qu'une institution décide de se saborder. En tout cas, ce n'est pas dans l'air du temps. Si le prochain pape est sud-américain ou africain, peut-être en aura-t-il l'audace ? »
  • 43. 1996 - Du bon usage de la vie Fort de son expérience de théologien et de prieur, mais loin des Églises et des logiques dogmatiques dont il s'est définitivement détaché, Bernard Besret écrit en 1996 un manuel de sagesse laïque, et une réflexion approfondie sur les éléments fondamentaux de notre condition : relation humaine, nature et culture, santé et maladie, sommeil et éveil, relation aux quatre éléments, mouvement et immobilité, alimentation et jeûne, continence et sexualité, parole et silence, vêtements, rites, souf- france et mort. « Plus de vingt ans de vie monastique m'ont donné la conviction que celle-ci recèle, derrière ses murs de clôture et ses anachronismes, der- rière ses vêtements et ses horaires d'un autre âge et d'un autre monde, des trésors qui ne lui appartiennent pas en propre, mais qui appartiennent au patrimoine de l'humanité. » Sur tous ces domaines concrets de l'existence humaine, il nous invite à exercer une quotidienne vigilance, en vue d'un élargissement de la conscience. Chacun de nous, en effet, a vocation à devenir "moine", afin que "le pluriel qui l'habite cède peu à peu la place à l'un qui le fonde". Image : Ora et Labora (Prière et travail). Les moines sont présents dans les traditions religieu- ses catholique, orthodoxe, jaïne, bouddhiste, shintoïste, taoïste et hindoue, et, depuis les années 1950, protestante.
  • 44. Du bon usage de la vie « Nous sommes responsables de l’art de vivre que nous forgeons par petites touches au fil des ans, de notre art de vivre, de vieillir, de mourir. » « Apprenons à vivre notre corps de l’intérieur, à nous tenir debout, à marcher, à danser, et déjà nous serons sur le chemin de l’éveil. » « L’orateur face à son auditoire s’exprime autant par son mode d’être, sa présence, ses gestes, le timbre de sa voix que par le contenu de ses paroles. » « Chaque jour, nous devrions bénir la terre que nous foulons de nos pieds et dont notre corps est formé, l’eau qui nous purifie, l’air que le vent renouvelle qui nous permet de respirer et le feu qui brûle toutes nos scories. » « S’endormir, dormir et se réveiller, c’est rejouer chaque jour le mystère de sa propre mort et de sa renaissance. » « Il reste à apprendre à vivre la sexualité sous le mode ni de la sou- mission, ni de la transgression, mais sous celui de la transparence, de la pureté et de la luminosité. » « Tout acte libre que nous posons nous rend encore plus libre. Inver- sement tout acte pose sous la pression des déterminisme ajoute encore à notre aliénation. » « À le regarder de plus près, le problème de la drogue apparaît très lié à celui de l’absence de spiritualité. » « Favorise dans ta vie l’être sur le paraître. (…) Si ce livre te propose une règle de vie, son but ultime est de t’appeler à te passer de toute règle. »
  • 45. 1997 - Manifeste pour une renaissance Il y a bientôt cinq siècles, la Renaissance a été d'abord res- sentie par le plus grand nombre comme un chaos culturel et social, avant que ne soit perçue l'émergence d'une vision neuve du monde. La fin de cycle, dont nous sommes aujourd'hui les acteurs autant que les observateurs, nous oblige, nous aussi, à remettre en cause notre univers mental, trop souvent pris pour la seule représentation possible du réel. La "crise" n'est pas uniquement économique, elle relève d'abord et avant tout du culturel, voire du spirituel. Partant de cette interprétation de notre fin de millénaire comme temps de mutation, Bernard Besret nous invite à discerner, au milieu des turbulences douloureuses qui minent notre monde, les signes d'un renouveau. De l'écologie aux rapports Nord-Sud, de la parité hommes- femmes aux relations entre science et spiritualité, de l'exploration des différentes dimensions du corps à la réévaluation du travail, c'est une nouvelle cohérence qui s'esquisse sous nos yeux, dont l'émergence réelle dépend en grande partie de notre aptitude à penser, à sentir, à aimer autrement. L'auteur nous appelle à devenir « les philosophes de notre propre vie ».
  • 46. De la personne à la société internationale Sept domaines sont explorés : 1) Passer du « corps que l’on a » au le « corps que l’on est » , comme dit Karlfried Dürckheim, lui être attentif, le respecter, désirer son bien, vivre en connivence avec lui ; 2) Aimer la Terre, célébrer la vie, les éléments, les paysages, nous laisser enseigner par la nature, préserver la biosphère, la restaurer, inventer une écologie humaniste, une citoyenneté de Terriens ; 3) Poursuivre l’aventure de la conscience réflexive, attentive, éveillée : mettre la science au service de la conscience, métamorphoser le temps libéré par la machine, inventer une ascèse individuelle et collec- tive de la communication, faire nôtres les sagesses du monde (chama- nisme, bouddhisme, etc.) 4) Inventer une solidarité planétaire : être attentifs à ceux dont nous partageons la vie, cultiver la bienveillance, le don et le pardon, lutter contre l’exclusion et l’exploitation, approfondir l’identité et l’apport de chaque nation, renforcer les instances mondiales et les moyens de la solidarité internationale, inventer une citoyenneté à l’échelle de notre planète ;
  • 47. Économie, politique, philosophie 5) Oser et imposer la parité hommes-femmes : sortir du registre de la rivalité et de la compétition, redéfinir la place et le rôle de chacun des sexes, renforcer le paritarisme dans l’entreprise, en politique ; 6) Rêver d’une nouvelle utopie : repenser la place du travail rémunéré, mettre la finance au service de l’économie et non l’inverse, inventer une société où le bonheur de vivre serait l’objectif premier. À l’école, donner place à la créativité et à la coopération. Mettre en place des structures de vie fon- dées sur l’inclusion, le partage, l’utilisation de biens communs. Réinventer la démocratie : limiter le cumul des mandats, développer la culture du compro- mis et de l’alternance, viser des objectifs à long terme*. 7) Devenir les philosophes de nos propres vies : se poser la question du "pourquoi ?" avant celle du "comment ?" dans l’histoire de l’univers comme dans les choix quotidiens de la vie ; se souvenir que nous sommes mortels** ; redonner à la philosophie sa place dans la cité***; se reconnaitre comme limité, en relation d’interdépendance. * mais aussi expérimenter de nouvelles formes de démocratie comme les conventions citoyennes, le vote sans candidatures, mettre en place des stratégies non-violentes de défense contre l’agression ou la dictature, des modes d’intervention civile de paix entre belligérants, etc. (NDLR) . . ** « Regarder notre propre mort en face, cela métamorphose notre manière de vivre ». B. B. *** pour éviter la fuite en arrière (les nostalgiques), la fuite en avant (la consommation, la "réussite" sociale), la fuite dans l’ailleurs (le travail, les sectes, la drogue). « La philosophie est née dans la rue, il est temps qu’elle y revienne » affirme Marc Sautet, initiateur en France des cafés de philosophie.
  • 48. Réapprendre le jeu bipolaire de la vie « Conjuguer l’un et le multiple, la fusion et la fission, l’émetteur et le récepteur, la masculin et le féminin, les hommes et les femmes, la matière et l’énergie, l’information et le support qui la véhicule, le corps et l’esprit, le cerveau et la conscience, l’intériorité et l’extériorité, l’Orient et l’Occident, le temps et l’éternité, l’analyse et la synthèse l’objectivité et la subjectivité, la science et la conscience l’économique et le social l’individuation et l’universel le local et le global l’identité régionale et la citoyenneté planétaire. » « N’acceptons jamais que la science et la technique se développent sans tenir compte du privilège des hommes d’être des sujets, que l’abstraction supplante la réalité concrète, que l’économie l’emporte sur toutes les autres relations qui nous lient au sein d’une humanité. Mettons la Terre en partage. Inventons l’art d’y vivre tous ensemble. »
  • 49. 2003 - Esquisse d'un évangile éternel L'esquisse que trace Bernard Besret est le fruit de « cinquante années de quête, de lectures, d’engagements, de pérégrinations sur la planète. » Elle est destinée à un monde en quête d'expansion, d'efficacité, de rapidité. Elle rappelle la valeur du silence, de la solitude, de l'intériorité : « Ne pas nous préoccuper de ce que nous devons faire, mais bien de ce que nous sommes. » « Dans l’Inde, les Écritures étaient considérées non point comme des révélations faites à quelque moment donné de l’histoire, mais comme des évangiles éternel, existant depuis toujours jusqu’à tout jamais, en tant que contemporains de l’homme (…). » Aldous Huxley « Il existe une philosophie spirituelle, qui ne se contente pas de construire des systèmes, de jouer avec les concepts, mais qui débouche sur une vision du monde susceptible de donner un sens à la vie et d’en éclairer chacun des instants. » B. B. Image du bas : Joachim de Flore et l’évangile éternel, d’Ernest Renan. Bernard Besret, invité en 1992 à participer aux célébrations du centenaire de la mort d’Ernest Renan, est captivé par la vision de Joachim de Flore (v.1130-1202) « qui aurait pu servir de manifeste à la Communion de Boquen ».
  • 50. Le réel voilé « Certains physiciens, se heurtant à l’extrême limite de leur investigation scientifique et débordant peut-être sur le terrain du poète, du mystique ou du philosophe, ont évoqué à ce sujet le "réel voilé", la "mélodie secrète" ou encore "l’ordre impliqué" par opposition à l’ordre déployé du monde. Chacune de ces expressions signifie à sa façon que nous n’avons aucune prise sur ce niveau du réel qui échappe à notre investigation. » « Aucun des phénomènes dont nous constatons l’existence n’existerait s’il n’était soutenu par ce vide plein de conscience qui est son fondement. » « Il est sans doute plus sage de renoncer pour le moment au mot lui-même de "création" pour en éviter toute interprétation évènemen- tielle ou historique. » Images : Quelques lectures qui alimentent la réflexion-méditation de B. Besret
  • 51. Ne pas faire parler Dieu « Rien n’est plus facile et plus dangereux que de faire parler Dieu. Rien de plus facile parce que l’on ne court guère le risque d’être démenti sur l’heure qui suit par l’intéressé. Rien de plus dangereux non plus parce qu’on confère ainsi une valeur absolue à des prises de position en elles- mêmes très conjoncturelles. Combien de crimes, y compris de crimes contre l’humanité, ont été commis au nom de Dieu ! » « Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus, le Dieu de Mahomet ne m’intéressent que s’ils ne sont pas en contradiction patente avec cette strate ultime du réel. Cette attitude que m’impose la raison constitue une grille de lecture décapante pour les livres sacrés qui se présentent comme "révélés". Ils sont évidemment tributaires du contexte historique dans lequel ils ont été rédigés, mais de surcroît ils inscrivent cette histoire dans le contenu même de leur révélation. » « Pour moi, l’histoire de l’humanité est avant tout celle de la conscience. » « Intériorité et ouverture, telles sont les deux polarités de la vie humaine. La logique des polarités est une logique d’interdépendance, de stimulation réciproque, de fécondation. »
  • 52. Intériorité et ouverture « L'homme est un être historique. C'est le recto de sa vie, et cela constitue une de ses polarités. Mais il est en même temps un être métahistorique : c'est le verso éternel de son existence, et cela constitue son autre polarité. « Ne vivre que dans l'engagement, le relationnel, l'horizontalité, risque d'entraîner dispersion, émiettement et mort par explosion. Ne vivre que dans l'intériorité, le recentrage, la verticalité, risque au contraire d'entraîner enfermement, dessèchement sur pied et mort par asphyxie. L'homme et la femme pleinement accomplis vivent dans la tension douce et constante entre l'attention au réel ultime qui les fonde et l'attention aux êtres humains avec lesquels ils ont engagé des relations vivifiantes ainsi qu'à l'univers dans lequel ils sont insérés. » « L’esprit de liberté intérieure et de paix entre les hommes (pour faire court) peut être partagé par tous les hommes et les femmes de bonne volonté, quels que soient leur religion, leur philosophie, leur milieu social ou leur appartenance nationale. »
  • 53. Une spiritualité sapientielle « Je me sens toujours héritier de la tradition chrétienne, du moins dans ce qu'elle a de profondément humain et de potentiellement universel. Mais tout en moi rejette la forme historico-dogmatique qu'elle a donnée à son enseignement et je suis définitivement sorti du système institutionnel, à tendance totalitaire, qu'elle a sécrété au cours des siècles. C'est sans aucun regret que je laisse à d'autres le privilège de se soumettre intellec- tuellement à une infaillibilité, quelle qu'elle soit ! Je ne suis pas en quête de certitudes auxquelles je pourrais m'ac- crocher. Je suis en quête d'un horizon vers lequel avancer. Mes lectures et mes rencontres se sont progressivement élargies à de nombreuses tradi- tions sans que j'éprouve pour autant l'impérieuse nécessité de me convertir à l'une d'entre elles. J'aspire pour ma part à une spiritualité laïque, philosophique, non dogmatique, qui ne se réfère à aucune histoire particulière et n'en appelle aucune révélation qui prétendrait s'imposer comme l'unique voie de pas- sage vers la plénitude. Une spiritualité sapientielle, attentive à toutes les expressions qu'a pu prendre, au cours des millénaires, la sagesse des hommes. » Images : Simone Weil, Dietrich Bonhoeffer, Etty Hillesum
  • 54. 2011 - À hauteur des nuages. Chroniques de ma montagne taoïste Comment un ancien moine cistercien peut-il se retrouver à fonder en Chine une auberge taoïste au flanc d'une montagne sacrée ? Les circonstances de la vie y sont certes pour quelque chose, mais tout se passe comme si Bernard Besret, éternel pèlerin de l'absolu, avait retrouvé à travers la sagesse chinoise la patrie spirituelle qu'il avait toujours cher- chée. Ses chroniques taoïstes nous parlent de la vie quotidienne en Chine, de son propre parcours, de celui d'un ancêtre lointain qui fut jadis évêque en Chine ; elles nous invitent aussi à méditer sur le sens du temps, du corps, du rapport au cosmos... « Aujourd’hui retiré dans sa Bretagne natale, Bernard Besret incarne une sagesse au-delà des religions, mais qui intègre et réconcilie tout ce qu’il a pu apprendre des traditions chrétiennes et extrême-orientales. Réunifié, il témoigne d’une paix vivante, attentive aux énergies du corps et du cosmos, et où l’homme serait sa voie propre en harmonie avec l’immen- sité du Réel ultime ». Éric Castanet * * Réalisateur du film documentaire Les Portes de la conscience - Au-delà des religions - Image du haut : Un temple taoïste sur le Qiyunshan ou mont Qiyun, « montagne à hauteur des nuages », mont sacré du taoïsme, culminant à 585 m d'altitude. Elle est située au sud de la province chinoise de l'Anhui, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de la ville de Huangshan.
  • 55. Un monastère sans religion « Je suis de plus en plus sensible au caractère profondément humain du culte chinois des ancêtres ». « Ici, il n’est question que du qi, cette énergie primordiale présente dans tout l’univers, présente dans notre corps et qu’il s’agit à la fois de capter et de faire circuler dans tout notre organisme. L’image qui me semble le mieux illus- trer la démarche taoïste est celle du surfeur qui utilise la puissance de la vague pour assurer sa constante progression. » Images : - Proche de la pensée confucéenne, qui insiste sur la piété des fils envers leurs pères, le culte des ancêtres est toujours une pratique immémoriale en Chine. Ce culte entretient les liens de communication entre les vivants et les morts. « C‘est une métaphysique laïque, exercée sans clergé, sans église et sans livre saint. Une niche dans un mur lui suffit comme chapelle, un fils aîné comme officiant » (Cyrille Javary). - Comme le taoïste, le surfeur « ne pense ni au passé révolu, ni à un avenir inatteignable. Il se contente de saisir les forces du présent pour assurer son avenir immédiat. N’est-ce pas aussi l’enseignement des Évangiles ? » - Auguste Haouisée (1877- 1948) ancêtre de Bernard Besret par sa mère, jésuite français, fut missionnaire en Chine et premier évêque de Shanghaï. Cet homme généreux, totalement dévoué aux Chinois, était toutefois très éloigné de l’ouverture dont avaient fait preuve les premiers jésuites venus en Chine, Michel Ruggieri (1543-1607) ou Matteo Ricci (1552-1610)
  • 56. Un "moteur immobile" « Le tao est un principe sous-jacent à ce qui existe et qui soutient le mouvement de transformation de ce qui existe, un "moteur immobile", comme disait Aristote. De l’interaction du yin et du yang nait la multitude des êtres. » « Je n’emploie plus le mot "Dieu" - on ne peut rien en dire, comme l’affirme la théologie apophatique - je parle du fondement ultime du réel. L’homme est le trait d’union entre le Ciel et la Terre, il fait circuler les énergies. » Images : - Représentation de Lao Zi dans le temple de Xianmiao - Tao-té-King ou Daodejing ("Livre de la voie et de la vertu"), ouvrage classique chinois qui, selon la tradition, fut écrit autour de 600 av. J.-C. par Lao Tseu (ou Lao Zi), le sage fondateur du taoïsme, dont l'existence historique est toutefois incertaine. De nombreux chercheurs modernes penchent pour une pluralité d’auteurs et de sources, une transmission tout d’abord orale, et une édition progressive. Comme Bouddha et comme Jésus, Lao Zi a été souvent divinisé. - Le symbole du tao : Taijitu montrant les relations entre le Yin et le Yang. Le Yin, représenté en noir, évoque, entre autres, le principe féminin, la lune, l'obscurité, la fraîcheur, la réceptivité, etc. Le Yang quant à lui représente, entre autres, le principe masculin, le soleil, la luminosité, la chaleur, l'élan, l'action, etc. Yin et yang sont des « puissances d'animation qui président au dynamisme de la nature et à la transformation des êtres et des choses » (Marc Kalinowski, sinologue traducteur, éditeur, enseignant-chercheur au sein du ‘Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie orientale’.). Une pointe de Yin figure au cœur du Yang et réciproquement : « La relation de l’un à l’autre est plus subtile que celle d’une complémentarité, elle doit aussi se comprendre en terme de germination de l’un dans l’autre » précise B. Besret
  • 57. La conscience se dilate aux dimensions de l’univers « Par l’énergie palpable du chi (Chine) ou du ki (Japon), la cons- cience se dilate aux dimensions de l’univers entier en une expérience plus forte que ce qu’on propose dans les Églises chrétiennes, à l’excep- tion du christianisme orthodoxe oriental*. Celui-ci a développé une théo- logie des "énergies incréées" qui ne sont pas Dieu, mais qui introduisent à Dieu. » « Raimon Panikkar, indien par son père et catalan par sa mère, qui disait de lui-même "Je suis parti chrétien, je me suis découvert hindou et retourne bouddhiste sans avoir cessé d’être chrétien", voit dans le monachisme un archétype de la vie humaine sans nécessaire référence à une religion donnée. » * L'hésychasme (du grec hēsukhía : immobilité, repos, calme, silence ) est une pratique spirituelle mystique enracinée dans la tradition de l'Église orthodoxe (Antoine du désert, Jean Cassien, et surtout Grégoire Palamas). La "prière du cœur", qui recourt souvent à la répétition d’une même formule, est associée à toute une attitude du corps et à la maîtrise de la respiration, vise la paix de l'âme dans la confiance en Dieu. Images : - Bernard Besret au centre culturel de Qiyunshan - Raimon Panikkar (1918-2000) - Le film de Pierrick Guinard À hauteur des nuages (sur Viméo)
  • 58. Savourer la vie avec sagesse « Étymologiquement, la sagesse est l’art de savourer la vie (en latin, sapere). Un vieux maître de chi-gong à Shanghaï dit qu’il n’enseigne rien, sinon à marcher, à manger, à respirer. « Pour les taoïstes, il faut tenter de vivre le plus longtemps et le mieux possible. La longévité va de pair avec l’immortalité : la mort devient un non-évènement. » « Par l’articulation entre la pensée abstraite et l’expérience vécue, le taoïsme a su, mieux que nous, baliser les chemins d’une longue vie heureuse. » Images : - Stèle nestorienne* de Xi’an, érigée en 781. Elle décrit en chinois et en syriaque les 150 premières années de l'histoire du christianisme en Chine. Ce christianisme est végétarien, non- violent, refuse l’esclavage que pratiquaient alors les monastères bouddhistes, donne une place honorable aux femmes. * Nestorius (381-451), patriarche de Constantinople, contestait la nature divine de Jésus défendue par Cyrille, patriarche d’Alexandrie. Il fut condamné à l’exil par le concile d’Éphèse en 431. - Les manuscrits dits Évangiles de la route de la soie ont été trouvés dans les années 1900 à Dunhuang, une ville oasis située sur la route de la soie en Asie centrale. Ils sont les témoins d’une Église chrétienne nestorienne qui fut vivante en Chine du 7ème au 10ème siècle, longtemps avant la venue des premiers jésuites. Ils empruntent des termes et des concepts au bouddhisme et au taoïsme, et présentent un message de Jésus fascinant et vivifiant en mettant en rapport les croyances du monde oriental et celles du monde judéo-chrétien.
  • 59. Une "tri-religion" « Un Chinois peut se sentir taoïste quand il se promène dans la montagne, préférer le temple bouddhiste pour le mariage de sa fille et avoir des convictions confucéennes pour régenter sa famille. La Chine n’a jamais connu de guerre de religion. » « Pratique taoïste, pensée confucianiste et spiritualité boud- dhiste forment comme les trois côtés d’un triangle équilatéral. Plu- sieurs empereurs chinois ont convoqué des sortes de conciles pour les rapprocher et les unir dans un même enseignement. » Images : - Le temple de Zhongyue Miao, centre historique de la "tri-religion" taoïsme, confu- cianisme et bouddhisme. - Statuette de Zhang Guo Lao à califourchon, tournant le dos à l’encolure de son âne, selon la légende taoïste qui le rend immortel. - Le livre Les trois sagesses chinoises. Taoïsme, confucianisme, bouddhisme de Cyril Javary nous introduit à la perception qu'ont les Chinois eux-mêmes de leur univers spirituel et nous donne les clefs pour l'appréhender. Du chamanisme archaïque et toujours vivace aux cultes contemporains, tel celui de Mao, en passant par les enseignements de Lao Zi et de Confucius, il retrace avec clarté une histoire plurimillénaire de rivalités autant que de dialogues et d'influences. Surtout, il nous montre ce que ces sagesses ont d'universel.
  • 60. La logique ternaire perspicace et féconde « L’amour attribué au fondement ultime du réel fit fi de la morale. Son amour, à la différence du nôtre, est proprement métaphysique : il aime tout ce qui est, du seul fait que cela est. Il enveloppe le bourreau aussi bien que la victime*. » « Une logique ternaire offre une grille de compréhension de nos vies et du monde de loin supérieure à la pure logique du tiers exclu dont l’usage est prédominant en Occident. Analyser une situation non pas en fonction de la grille binaire du mal et du bien, du vrai et du faux, mais en essayant de discerner comment jouent, l’une sur l’autre, les polarités qui la sous-tendent est infiniment plus perspicace. C’est le "Vide médian" qui rend possible l’interaction du yin et du yang. Un vide plein de conscience- souffle-énergie.» * « Le Jésus des Évangiles, qui se fait parfois philosophe, nous éclaire sur ce point en précisant : "Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes". » (B. B.) Images : - « Le Vide est le fondement même de l’ontologie taoïste. Il est à la fois cet état suprême de l’Origine et l’élément central dans le rouage du monde des choses. » (François Cheng) - « Au cœur du réel, le vide, plein. Plénitude de conscience, sans épaisseur, sans durée, sans matérialité. Nada, nada (rien, rien) est l’expression utilisée par Jean de la Croix. » (1542-1591) - Le théosophe allemand Jacob Böhme (1575-1624) parle de "Rien éternel" (Ewig Nichts)
  • 61. Des rites qui n’emprisonnent pas « La perception aigüe du principe ultime de l’omniprésence et de l’omniscience qui sous-tend l’univers rend vains tous les rites et tous les discours. Ce principe est « plus intime à nous que nous-mêmes », selon l’expression de saint Augustin. (…) Toutes ces convictions, méta- physiques, rendent caduc le fond même des religions. C’est parce que Jésus en était convaincu qu’il n’a pas désiré en créer une nouvelle, mais qu’il a souhaité insuffler à la religion de son temps un esprit qui la libère de ses certitudes et du carcan de ses rites et de ses interdits. » « Mais mon observation des religions ne m’a jamais conduit à mépriser, comme par purisme, leurs formes populaires. Quand il s’agit d’éveiller sa conscience au fondement ultime du réel qui dépasse l’entendement, tous les mots, tous les gestes, tous les rites sont bons si, pour ceux qui les utilisent, ils sont efficaces et qu’ils réactivent leur confiance fondamentale dans la vie, la tao, la nature, Dieu, quelle que soit la manière dont ils l’expriment.* » * « Un de mes amis chinois, parfaitement ignorant du dogme chrétien, a fait il y a quelques années le pèlerinage de Fatima pour ressentir l’intensité de l’énergie qui se dégage des foules rassemblées. Il n’a pas été déçu ! » B .B.
  • 62. Cheminer vers une liberté intérieure « On croit parfois que je suis devenu taoïste, mais j’ambitionne surtout de ne plus être enfermé sous aucune étiquette et de cheminer vers cette liberté intérieure que tous les grands sages de l’humanité nous ont recommandé de chercher, "de commencement en commencement, par des commencements qui n’ont jamais de fin" comme disait Grégoire de Nysse. » « Je ne crois pas à l’aspect magique des textes qui se disent "révé- lés". Mais je crois à la possibilité pour des femmes et des hommes d’être "inspirés" et de dire, dans les limites que leur impose leur propre langue, leur propre culture et le moment de l’histoire qu’il leur est donné de vivre, ce qu’ils perçoivent dans leur intériorité des profondeurs insoupçonnées du monde qui les entoure. » B. B. « Bernard reste un moine en quête d’autres utopies inaccessibles, animé par l’Esprit, Ruah, le Souffle qui souffle où il veut, qui crée et recrée sans cesse et transcende les frontières. » Jose Arregi
  • 63. La “grâce de la dé-conversion”. « J’ai ainsi vécu, au cours de ces années, ce que je me permets d’appeler, avec un peu d’humour, la “grâce de la dé- conversion”. Tout cela est déjà bien loin pour moi. Au cours des quarante années écoulées, j’ai vécu plusieurs autres vies, mais sans jamais perdre de vue le fil rouge qui les relie toutes, à savoir une con- fiance inébranlable dans le fondement ultime du réel dont je ne doute pas qu’il est, mais dont j’ignore bien évidemment ce qu’il est. Boquen n’aura été qu’un cri. Le cri d’hommes et de femmes assoiffés d’eau vive. Il a cessé de se faire entendre depuis bien longtemps, mais il m’arrive d’en percevoir l’écho. Parfois même jusqu’en Chine. » Bernard Besret en 2014* * à la fin de l’épilogue qui clôt la thèse de B. Lebel-Goascoz Boquen, entre utopie et révolution
  • 64. 2023 - Sonder l’insondable En 2017, Bernard Besret autoédite son testament spirituel Et la mort comme le jour illumine : 9 propositions sur la mort et son au-delà, juste avant de connaître une grave maladie qui entraîne une amputation d’une jambe. Sonder l’insondable (2023) est un commentaire aux propositions développées dans le testament de 2017. Bernard Besret développe le concept de « vide plein de potentialité » ou encore de « vide plein d’infor- mations*», son objectif étant de mettre des mots sur la vision de la mort pour la rendre moins mystérieuse, moins difficile à appréhender pour tous ceux qui y réfléchissent sérieusement. « La conscience dans l’au-delà bénéficiera d’un champ de vision universelle. La mort, vie au-delà de l’espace-temps, ouvre un vaste portail sur une vision qui englobe ce qui a été, ce qui est et ce qui sera dans une relativité totale du temps, dans l’instantanéité d’un coup d’œil qui ne connaît aucune durée. » Dans cette réflexion spirituelle, il cite ceux qui l’ont inspiré et l’ont aidé à tracer son chemin de vie et de spiritualité : Lao Zi, les auteurs des Upa- nishads, Aristote, Johann Eckhart, Leibnitz et surtout Aldous Huxley. - Image du bas : « La théorie quantique est, au fond, une théorie de l’information. Chaque particule subatomique, chaque atome, chaque molécule, chaque cellule, chaque être vivant, chaque planète, chaque étoile et chaque galaxie fourmillent d’informations » écrit B. Besret, citant José Rodrigues dos Santos, journaliste, essayiste et romancier portugais
  • 65. Une trace éternelle « Parler de la mort, c’est évoquer un réel ultime dont nous savons par avance que tous nos mots sont impuissants à le cerner. Je n’affirme pas, je propose simplement des hypothèses que je juge plausibles, vraisemblables. L’intuition qui m’habite depuis des décennies est que l'information contenue par l'univers ne peut pas mourir. Il n'y a pas un pas, un souvenir, pas un chagrin qui puisse être oublié. En tant qu'individu vous disparaîtrez dans le tourbillon du temps, vos molécules seront dispersées. Mais ce que vous étiez, ce que vous avez fait, la manière dont vous avez vécu reste- ront à jamais intégrés au calcul universel. (...) La mort est une transition informationnelle. Ne la redoutons pas. Quand le corps meurt, l’information créée par la vie qui l’habitait change de forme et de structure, mais elle n’est pas perdue. Nous laissons comme une trace informatique sur le disque dur de l’univers. Et nous ne subirons que notre propre jugement. Il faut essayer de faire de notre vie une œuvre d’art. » 1ère image : Fossile de dapalis macrurus, poisson de l’oligocène (environ 35 millions d’années)
  • 66. La modalité éternelle de notre conscience « Il nous est difficile d’imaginer la modalité éternelle de notre cons- cience. On peut cependant pressentir qu’elle fait avant tout ressortir les liens qui nous rattachent, de proche en proche, dans une interdépendance absolue, non seulement à toute l’humanité, mais encore à l’univers entier. Cette modalité de la conscience se perçoit comme simple participation à la conscience du tout. Par sa simple attention, elle se déplace autant dans l’espace que dans le temps, n’étant plus soumise aux lois ni de l’un ni de l’autre. Elle perçoit tout comme en un seul clin d’œil. Elle est au-delà du temps. Elle existe donc déjà en ce moment. Je ne possède tout simplement pas l’instrument susceptible de la capter. Nous ne pouvons accéder qu’à un "réel voilé". Quand nous mourons, ce voile se déchire. Comme l’écrivait William Blake, « Quand les portes de la perception seront purifiées, alors nous verrons le monde tel qu’il est, c’est-à-dire "infini". » ■