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SALON DES MANDATAIRES
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IPMADVERTISING
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Comment gouverner à l’heure
des « GILETS JAUNES » ?
Avec un smartphone et Facebook, les
citoyens font trembler leurs représentants.
La faute aux réseaux sociaux ? Sans doute,
mais pas seulement. Entre les mandataires
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ont changé. Et il est urgent d’acquérir de
nouveaux réflexes.
Démocratie directe, participative,
citoyenne : un même constat
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Les journalistes, les partis politiques et les
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de main. Eux qui ont toujours été à la fois
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long de la vision et de l’explication politique,
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Peut-on encore gouverner
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Poser la question, c’est
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Greta Thunberg, 15 ans, égérie
de la démocratie citoyenne
Qui connaissait, il y a quelques semaines,
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En 2016, la victoire du Brexit et de Donald Trump a bousculé les prévisions et les certitudes
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sont à nouveau ébranlées par les mouvements citoyens. Ils naissent de manière
spontanée et échappent à tout contrôle jusqu’à remettre en question la légitimité des
corps intermédiaires et les règles de démocratie représentative.
VINCENT PITTARD
Juriste de formation,Vincent Pittard a vite
bifurqué dans l’entreprenariat et l’Internet.
Il est également chargé de cours à Bruxelles
et à Genève sur le thème de l’identité
numérique et des réseaux sociaux. Il est
l’auteur d’un livre sur l’e-réputation (Edipro,
2018) : www.livre-reputation-internet.com.
Les réseaux
sociaux n’ont
pas transformé
les citoyens
en polémistes
haineux, mais
ceux qui l’étaient
déjà, sont
devenus tout à
coup visibles
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POUVOIRS LOCAUX
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© S.A. IPM 2019. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit.
bouger les foules en s’affranchissant
de leurs représentants pourtant élus
démocratiquement.Avec les réseaux sociaux,
leur voix devient puissante et l’effet boule de
neige balaye tout sur son passage.
« La loi de la rue avant la rue de la Loi »
Ces mouvements spontanés de contestations
citoyennes sont les symptômes de
changements plus profonds.
Celui déjà bien identifié de la montée du
populisme. Donner une réponse simple, voire
simpliste à un problème complexe. En tout cas,
en pointant du doigt l’inutilité des élites, des
technocrates, au prétexte que le peuple a du
bon sens et sait ce qui est bon pour lui.
Le populisme n’est pas récent. On le
retrouve déjà dans des courants politiques
contestataires dès la fin du XIXe siècle. Le
mot « populisme » est aujourd’hui utilisé
à toutes les sauces,
presque autant que «
fake news » auquel il est
d’ailleurs souvent associé.
La communication sur
Internet a favorisé cette
simplification du discours.
Résumer une promesse ou
une solution à un slogan,
une punchline, un titre
accrocheur ou un bon
mot ne permet pas de
développer un récit et une
réflexion plus complexe.
Les réseaux sociaux favorisent
la contestation, le clivage et
l’exacerbation des émotions
Mais la montée du populisme dans les discours
politiques ne peut pas expliquer à elle seule
l’émergence, en quelques années, de ces
besoins de démocratie directe. Ce sont les
réseaux sociaux qui lui ont donné un immense
coup d’accélérateur. Ces outils de transmission
de l’information et de la parole sont à la fois
planétaires, décentralisés et immédiats. Ils
permettent surtout à chacun de faire entendre
sa voix, de libérer la parole et les idées. Pour le
meilleur et pour le pire.
Les réseaux sociaux n’ont pas transformé les
citoyens en polémistes haineux ou en lanceurs
d’alertes légitimes, mais ceux qui l’étaient
déjà, sont devenus tout à coup visibles. Et
parfois très visibles car relayés par ceux qui
leur ressemblent.Voilà un nouveau paradigme
: il est devenu normal et
habituel d’affirmer ses idées,
ses positions, ses envies,
souvent par opposition à
celles des autres. Chacun
se sent agressé, chacun
agresse alors l’autre pour se
défendre.
Une invasion
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L’écrivain et philosophe
Umberto Eco livre son
analyse à l'emporte-pièce
de ce phénomène. « Que pensez-vous des
réseaux sociaux ? »
lui demandait-on en 2015. «Ils ont donné le
droit de parole à des légions d’imbéciles
qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un
verre de vin et ne causaient aucun tort à la
collectivité. On les faisait taire tout de suite
alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de
parole qu’un prix Nobel.»
Et au journaliste qui lui demandait « Est-ce
à dire qu’internet déforme les esprits ? », il
répondait : « Il faut juste être armé pour s’en
servir. C’est comme un super bolide qu’il faut
savoir conduire. Sinon, on va dans le mur. »
Une école de conduite sur les réseaux
sociaux. En d’autres mots, une éducation aux
médias. C’est certainement l’un des chantiers
indispensables qui doit continuer à mobiliser
les journalistes, les enseignants mais également
les parents. Car nous sommes tous à la fois le
problème et la solution. Les médias multiplient
les initiatives : fact-checking ou programmes à
destination des plus jeunes : OUFtivi et Niouzz+
sur la RTBF, Escape news sur France 4. Mais
soyons réalistes, il faudra des années avant
d’apporter prudence et sagacité à chaque
réaction d’internaute. Il faut donc trouver un
autre moyen pour reconnecter les citoyens
avec le temps long de la parole politique.
Les réseaux sociaux ont libéré
la parole et les frustrations
Chacun s’offusque de prises de positions
marquées idéologiquement, mais
Les discours les
plus clivants sont
ceux qui sont les
plus relayés et
qui agrègent des
communautés
importantes
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POUVOIRS LOCAUX
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© S.A. IPM 2019. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit.
paradoxalement, les discours les plus clivants
sont ceux qui sont les plus relayés et qui
agrègent des communautés importantes.
Cette tendance se retrouve d’ailleurs
de plus en plus dans la communication
d’entreprise et le marketing digital : prendre
position, choquer pour mobiliser avec soi les
convaincus et créer en face une vague de
contestation chez d’autres militants. Car ces
opposants contribueront malgré eux à la
visibilité du message.
La solution ? Adopter les réflexes
de la communication de crise
Analyser les risques potentiels, définir en temps
de paix « qui fait quoi » si une crise survient,
identifier et agir dès les signaux faibles,
occuper voire saturer l’espace médiatique.
Tout cela parle aux communicants de crise.
Ce sont sans doute des réflexes qu’il va falloir
acquérir pour ne pas perdre pied dans sa
communication traditionnelle.
1. Garder la maîtrise du tempo et prendre
de l’avance si c’est possible. Il s’agit
d’anticiper les contestations éventuelles et
de préparer un contre-feu à mettre en place
avant que l’incendie ne se déclare. Le pied sur
le frein et sur l’accélérateur en même temps
avec une prise de pouls permanente de
l’opinion publique.
2. Face à une contestation émotionnelle,
une réponse factuelle est inaudible.
L’émotion doit appeler l’empathie.Il ne s’agit
pas de « noyer le poisson » mais bien de faire
redescendre la pression pour entamer un
dialogue et l’emmener sur un terrain plus
propice aux échanges d’idées avec une
vision de construction d’un compromis voire
d’un projet commun.A toute contestation
émotionnelle « On ne nous écoute pas ! »,
il faut répondre avec empathie « vous avez
raison de nous interpeller,vos remarques sont
légitimes.Il faut certainement mettre plus
de parole citoyenne aux commandes de
l’action politique ».Puis seulement apporter
des propositions concrètes « Lundi à 18h,nous
invitons tous ceux qui le souhaitent à venir
expliquer leurs propositions.Nous devons en
ressortir avec 3 propositions concrètes que nous
irons défendre au gouvernement la semaine
prochaine.»
3. La réponse à une contestation doit
toujours être proportionnelle aux enjeux et
à la virulence des critiques. Si la réponse
est sous-calibrée, la contestation ne prendra
que plus d’ampleur car elle ne sera pas à
la hauteur de la charge émotionnelle. Effet
catalyseur garanti. Si la réponse va bien
au-delà des critiques, vous ouvrez la porte à
d’autres contestataires qui vont y trouver un
effet d’aubaine. Effet boîte de pandore garanti.
4. Créer un socle réputationnel. Si vis pacem,
para bellum. « Si tu veux la paix prépare
la guerre ». C’est en dehors des périodes
d’élection qu’il faut communiquer. Ouvrir le
dialogue, montrer l’exemple, montrer des
projets réalisés et leurs effets, humaniser et
incarner la parole politique avec des actes et
des visages. Pour cela, l’Internet et les réseaux
sociaux sont des outils parfaits.
Pour rester connecté à ses citoyens
lorsque la tempête survient, la recette
n’a finalement pas changé.
A l’approche d’élections, un ou une
mandataire politique va aller au contact
de ses électeurs. Elle ou il va choisir le lieu le
plus adapté : un marché, un rassemblement,
une fête de village, un évènement local,
dans lequel il y aura plus de citoyens
neutres ou partisans que d’opposants. Son
équipe aura réfléchi au préalable à des
arguments adaptés aux circonstances et
aux contestations détectées. Si les sondages
montrent des signes de faiblesse, il faut
chercher à comprendre à quoi est due sa
perte de popularité pour corriger le tir.
Sur Internet, les réflexes doivent être les mêmes.
La communication sur le Web et les réseaux
sociaux, c’est d’abord de la communication.
 Analyser mes risques : quels sont les griefs
que j’entends le plus souvent concernant
mon action ou celle de mon parti ? Cela
doit nourrir mes arguments et me permettre
de choisir les bons relais.
 Comprendre mon écosystème digital :
sur Internet, quels sont mes ambassadeurs,
mes opposants, les observateurs qui
commentent de manière neutre notre
action ? Ce sont eux qui vont relayer mon
message. Positivement et négativement. Je
dois en discuter au préalable avec eux, ils
me permettront d’anticiper les réactions de
l’opinion publique.
 Choisir mes arguments : communiquer ce
n’est pas parler, c’est se faire comprendre.
On reproche de plus en plus aux
mandataires politiques de privilégier les
luttes politiciennes au détriment des « vrais
questions des gens ». Sur Internet, mon
image et celle de mon équipe doivent
refléter davantage les aspirations de mes
concitoyens dans des projets concrets que
les lignes directrices mon parti.
Sur Internet, mon image
et celle de mon équipe
doivent refléter davantage
les aspirations de mes
concitoyens dans des
projets concrets que les
lignes directrices mon parti
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  • 1. © S.A. IPM 2019. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit. POUVOIRS LOCAUXNOUVEAUX ENJEUX / NOUVELLES PRATIQUES / SALON DES MANDATAIRES MAGAZINE SUPPLÉMENTDE IPMADVERTISING Pouvoirs locaux 235x335 (11-02-2019).indd 1 7/02/2019 13:59:04
  • 2. © S.A. IPM 2019. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit. Comment gouverner à l’heure des « GILETS JAUNES » ? Avec un smartphone et Facebook, les citoyens font trembler leurs représentants. La faute aux réseaux sociaux ? Sans doute, mais pas seulement. Entre les mandataires et leurs administrés, les modes d’expression ont changé. Et il est urgent d’acquérir de nouveaux réflexes. Démocratie directe, participative, citoyenne : un même constat Le mouvement des gilets jaunes a secoué le gouvernement français et fait bouger les lignes politiques. En Belgique, la marche des jeunes pour le climat prend de l’ampleur et suscite les mêmes réflexions. Le citoyen prend la parole, veut influer sur les décisions en se passant de ses représentants qu’il juge en décalage avec ses aspirations. Les élites autrefois respectées sont aujourd’hui les cibles à abattre Les journalistes, les partis politiques et les syndicats sont les premiers à en prendre pour leur grade car, aux yeux de certains citoyens, ils font partie du « système ». Celui qui empêche que le pouvoir change réellement de main. Eux qui ont toujours été à la fois tampons et accélérateurs des contestations, voilà que ces mouvements leur échappent. Comment les représentants des citoyens peuvent-ils reprendre la main sur le temps long de la vision et de l’explication politique, sans être suspectés de récupération de ces mouvements spontanés ? Car ils ne les ont - par définition - ni initiés, ni vus grandir. Est-ce que l’usage des réseaux sociaux dans toutes les couches de la société est la raison du problème, comme on l’entend souvent ? Peut-on encore gouverner avec les réseaux sociaux ? Poser la question, c’est constater qu’il existe désormais un puissant décalage entre les règles de gouvernance politique, affinées durant des décennies, et une réalité de terrain qui peut faire émerger en quelques jours d’illustres inconnus au rang de chefs de file, capables de galvaniser et d’inspirer des milliers de personnes. Les projecteurs médiatiques ne font que leur donner une visibilité et une légitimité supplémentaire. Les réseaux sociaux les transforment en témoins et porte-étendards d’une cristallisation citoyenne dont les représentants élus ne sont alors plus les seuls garants. Greta Thunberg, 15 ans, égérie de la démocratie citoyenne Qui connaissait, il y a quelques semaines, Greta Thunberg, l'adolescente suédoise qui a initiée les marches de jeunes pour le climat ? A 15 ans, elle vient de livrer un discours magnétique à la COP24, puis récemment à Davos devant un parterre de décideurs médusés par son aplomb : « Vous parlez de croissance économique verte et durable parce que vous avez peur d'être impopulaires ». C’est elle qui a inspiré ces marches de jeunes en faveur du climat dans les rues de nos villes. Elle appelle désormais à une grève scolaire internationale le 15 mars. Elle préfigure sans doute ce nouveau militantisme d’anonymes qui font  suite de l'article en page 18 En 2016, la victoire du Brexit et de Donald Trump a bousculé les prévisions et les certitudes des observateurs.Aujourd’hui, les règles de gouvernance et de communication politique sont à nouveau ébranlées par les mouvements citoyens. Ils naissent de manière spontanée et échappent à tout contrôle jusqu’à remettre en question la légitimité des corps intermédiaires et les règles de démocratie représentative. VINCENT PITTARD Juriste de formation,Vincent Pittard a vite bifurqué dans l’entreprenariat et l’Internet. Il est également chargé de cours à Bruxelles et à Genève sur le thème de l’identité numérique et des réseaux sociaux. Il est l’auteur d’un livre sur l’e-réputation (Edipro, 2018) : www.livre-reputation-internet.com. Les réseaux sociaux n’ont pas transformé les citoyens en polémistes haineux, mais ceux qui l’étaient déjà, sont devenus tout à coup visibles 16 MAGAZINE POUVOIRS LOCAUX Pouvoirs locaux 235x335 (11-02-2019).indd 16 7/02/2019 13:59:49
  • 3. © S.A. IPM 2019. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit. bouger les foules en s’affranchissant de leurs représentants pourtant élus démocratiquement.Avec les réseaux sociaux, leur voix devient puissante et l’effet boule de neige balaye tout sur son passage. « La loi de la rue avant la rue de la Loi » Ces mouvements spontanés de contestations citoyennes sont les symptômes de changements plus profonds. Celui déjà bien identifié de la montée du populisme. Donner une réponse simple, voire simpliste à un problème complexe. En tout cas, en pointant du doigt l’inutilité des élites, des technocrates, au prétexte que le peuple a du bon sens et sait ce qui est bon pour lui. Le populisme n’est pas récent. On le retrouve déjà dans des courants politiques contestataires dès la fin du XIXe siècle. Le mot « populisme » est aujourd’hui utilisé à toutes les sauces, presque autant que « fake news » auquel il est d’ailleurs souvent associé. La communication sur Internet a favorisé cette simplification du discours. Résumer une promesse ou une solution à un slogan, une punchline, un titre accrocheur ou un bon mot ne permet pas de développer un récit et une réflexion plus complexe. Les réseaux sociaux favorisent la contestation, le clivage et l’exacerbation des émotions Mais la montée du populisme dans les discours politiques ne peut pas expliquer à elle seule l’émergence, en quelques années, de ces besoins de démocratie directe. Ce sont les réseaux sociaux qui lui ont donné un immense coup d’accélérateur. Ces outils de transmission de l’information et de la parole sont à la fois planétaires, décentralisés et immédiats. Ils permettent surtout à chacun de faire entendre sa voix, de libérer la parole et les idées. Pour le meilleur et pour le pire. Les réseaux sociaux n’ont pas transformé les citoyens en polémistes haineux ou en lanceurs d’alertes légitimes, mais ceux qui l’étaient déjà, sont devenus tout à coup visibles. Et parfois très visibles car relayés par ceux qui leur ressemblent.Voilà un nouveau paradigme : il est devenu normal et habituel d’affirmer ses idées, ses positions, ses envies, souvent par opposition à celles des autres. Chacun se sent agressé, chacun agresse alors l’autre pour se défendre. Une invasion d’imbéciles ? L’écrivain et philosophe Umberto Eco livre son analyse à l'emporte-pièce de ce phénomène. « Que pensez-vous des réseaux sociaux ? » lui demandait-on en 2015. «Ils ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel.» Et au journaliste qui lui demandait « Est-ce à dire qu’internet déforme les esprits ? », il répondait : « Il faut juste être armé pour s’en servir. C’est comme un super bolide qu’il faut savoir conduire. Sinon, on va dans le mur. » Une école de conduite sur les réseaux sociaux. En d’autres mots, une éducation aux médias. C’est certainement l’un des chantiers indispensables qui doit continuer à mobiliser les journalistes, les enseignants mais également les parents. Car nous sommes tous à la fois le problème et la solution. Les médias multiplient les initiatives : fact-checking ou programmes à destination des plus jeunes : OUFtivi et Niouzz+ sur la RTBF, Escape news sur France 4. Mais soyons réalistes, il faudra des années avant d’apporter prudence et sagacité à chaque réaction d’internaute. Il faut donc trouver un autre moyen pour reconnecter les citoyens avec le temps long de la parole politique. Les réseaux sociaux ont libéré la parole et les frustrations Chacun s’offusque de prises de positions marquées idéologiquement, mais Les discours les plus clivants sont ceux qui sont les plus relayés et qui agrègent des communautés importantes 18 MAGAZINE POUVOIRS LOCAUX Pouvoirs locaux 235x335 (11-02-2019).indd 18 7/02/2019 13:59:55
  • 4. © S.A. IPM 2019. Toute représentation ou reproduction, même partielle, de la présente publication, sous quelque forme que ce soit, est interdite sans autorisation préalable et écrite de l'éditeur ou de ses ayants droit. paradoxalement, les discours les plus clivants sont ceux qui sont les plus relayés et qui agrègent des communautés importantes. Cette tendance se retrouve d’ailleurs de plus en plus dans la communication d’entreprise et le marketing digital : prendre position, choquer pour mobiliser avec soi les convaincus et créer en face une vague de contestation chez d’autres militants. Car ces opposants contribueront malgré eux à la visibilité du message. La solution ? Adopter les réflexes de la communication de crise Analyser les risques potentiels, définir en temps de paix « qui fait quoi » si une crise survient, identifier et agir dès les signaux faibles, occuper voire saturer l’espace médiatique. Tout cela parle aux communicants de crise. Ce sont sans doute des réflexes qu’il va falloir acquérir pour ne pas perdre pied dans sa communication traditionnelle. 1. Garder la maîtrise du tempo et prendre de l’avance si c’est possible. Il s’agit d’anticiper les contestations éventuelles et de préparer un contre-feu à mettre en place avant que l’incendie ne se déclare. Le pied sur le frein et sur l’accélérateur en même temps avec une prise de pouls permanente de l’opinion publique. 2. Face à une contestation émotionnelle, une réponse factuelle est inaudible. L’émotion doit appeler l’empathie.Il ne s’agit pas de « noyer le poisson » mais bien de faire redescendre la pression pour entamer un dialogue et l’emmener sur un terrain plus propice aux échanges d’idées avec une vision de construction d’un compromis voire d’un projet commun.A toute contestation émotionnelle « On ne nous écoute pas ! », il faut répondre avec empathie « vous avez raison de nous interpeller,vos remarques sont légitimes.Il faut certainement mettre plus de parole citoyenne aux commandes de l’action politique ».Puis seulement apporter des propositions concrètes « Lundi à 18h,nous invitons tous ceux qui le souhaitent à venir expliquer leurs propositions.Nous devons en ressortir avec 3 propositions concrètes que nous irons défendre au gouvernement la semaine prochaine.» 3. La réponse à une contestation doit toujours être proportionnelle aux enjeux et à la virulence des critiques. Si la réponse est sous-calibrée, la contestation ne prendra que plus d’ampleur car elle ne sera pas à la hauteur de la charge émotionnelle. Effet catalyseur garanti. Si la réponse va bien au-delà des critiques, vous ouvrez la porte à d’autres contestataires qui vont y trouver un effet d’aubaine. Effet boîte de pandore garanti. 4. Créer un socle réputationnel. Si vis pacem, para bellum. « Si tu veux la paix prépare la guerre ». C’est en dehors des périodes d’élection qu’il faut communiquer. Ouvrir le dialogue, montrer l’exemple, montrer des projets réalisés et leurs effets, humaniser et incarner la parole politique avec des actes et des visages. Pour cela, l’Internet et les réseaux sociaux sont des outils parfaits. Pour rester connecté à ses citoyens lorsque la tempête survient, la recette n’a finalement pas changé. A l’approche d’élections, un ou une mandataire politique va aller au contact de ses électeurs. Elle ou il va choisir le lieu le plus adapté : un marché, un rassemblement, une fête de village, un évènement local, dans lequel il y aura plus de citoyens neutres ou partisans que d’opposants. Son équipe aura réfléchi au préalable à des arguments adaptés aux circonstances et aux contestations détectées. Si les sondages montrent des signes de faiblesse, il faut chercher à comprendre à quoi est due sa perte de popularité pour corriger le tir. Sur Internet, les réflexes doivent être les mêmes. La communication sur le Web et les réseaux sociaux, c’est d’abord de la communication.  Analyser mes risques : quels sont les griefs que j’entends le plus souvent concernant mon action ou celle de mon parti ? Cela doit nourrir mes arguments et me permettre de choisir les bons relais.  Comprendre mon écosystème digital : sur Internet, quels sont mes ambassadeurs, mes opposants, les observateurs qui commentent de manière neutre notre action ? Ce sont eux qui vont relayer mon message. Positivement et négativement. Je dois en discuter au préalable avec eux, ils me permettront d’anticiper les réactions de l’opinion publique.  Choisir mes arguments : communiquer ce n’est pas parler, c’est se faire comprendre. On reproche de plus en plus aux mandataires politiques de privilégier les luttes politiciennes au détriment des « vrais questions des gens ». Sur Internet, mon image et celle de mon équipe doivent refléter davantage les aspirations de mes concitoyens dans des projets concrets que les lignes directrices mon parti. Sur Internet, mon image et celle de mon équipe doivent refléter davantage les aspirations de mes concitoyens dans des projets concrets que les lignes directrices mon parti 19 MAGAZINE POUVOIRS LOCAUX Pouvoirs locaux 235x335 (11-02-2019).indd 19 7/02/2019 13:59:58