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37 % de la population africaine est sous-
alimentée en Afrique de l’Est, 12 % en Afrique
de l’Ouest. La demande alimentaire du
continent va continuer à augmenter fortement
ces prochaines décennies, du fait de la
croissance démographique et de l’amélioration
espérée du niveau de vie. Le commerce entre
pays africains peut contribuer à répondre à
cette demande, tout en renforçant la place de
l’agriculture familiale et des produits locaux
dans l’économie nationale. Mais aujourd’hui,
le commerce intra-africain reste très faible, par
rapport aux importations en provenance du
reste du monde, et ne représente que 10 à 20 %
des échanges commerciaux du continent.
Son développement implique des politiques
agricoles et commerciales adaptées et
favorables au développement des filières de
production et de commercialisation locales.
Miser sur le commerce intra-africain
Le continent africain a tout intérêt à compter
d’abord sur ses exploitations familiales et entre-
prises du secteur agro-alimentaire pour produire
son alimentation :
il dispose du potentiel agronomique et des
ressources naturelles nécessaires;
le développement des filières agro-alimen-
taires locales permettrait de consolider les
débouchés des exploitations familiales et de
créer de nouveaux emplois dans les secteurs
urbain et rural;
la crise alimentaire et la flambée des prix
de 2008 ont montré tous les risques que
prennent les pays du Sud quand ils renon-
cent à leur indépendance alimentaire pour
se spécialiser dans la production de quelques
produits d’exportation;
la croissance attendue de la demande alimen-
taire et l’émergence d’une classe moyenne
avec une demande pour des produits de
qualité offrent aujourd’hui de nombreuses
opportunités pour développer l’agriculture et
le commerce intra-régional.
Les freins au commerce
intra-régional
Plusieurs défis restent à relever.
 Une production agricole insuffisante. La
principale raison pour laquelle l’Afrique importe
une partie de son alimentation est que sa pro-
duction agricole demeure insuffisante. L’Afrique
de l’Ouest importe entre un tiers et la moitié de
sa consommation de riz, malgré les nombreux
programmes de soutien au développement de
la production rizicole depuis 2008. Les causes
de cette insuffisance sont multiples et variables
selon les filières (manque de maîtrise de l’eau,
difficultés d’accès aux facteurs de production
et aux services, faiblesse et volatilité des prix
payés aux producteurs, etc.).
 Des filières souvent peu efficientes, un
manque de services et d’infrastructures. Les
conditions dans lesquelles s’effectuent le stoc-
kage, la transformation des produits et la com-
mercialisation, entraînent des prix faibles et ins-
tables pour les producteurs, peu compétitifs par
rapport aux produits importés. En cause : la faible
efficience de certains processus de transforma-
tion, la multiplicité des intermédiaires, le mauvais
état des infrastructures de communication qui
Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion
sur les politiques de développement en se fondant
sur l'expérience du Gret et de ses partenaires.
Fondé en 1976,
le Gret est une
ONG française de
développement
qui agit du terrain
au politique pour
lutter contre la
pauvreté et les
inégalités.
Dans plus de
30 pays, ses
professionnels
interviennent sur
une palette de
thématiques afin
d’apporter des
réponses durables
et innovantes
pour le
développement
solidaire.
Politiques & Pratiquesde développement
NUMÉRO 13  MARS 2014
 Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion
Agriculture familiale :
Le commerce intra-régional pour
nourrir le continent africain
stocks nationaux ou régionaux, des mécanismes
de suivi et d’information sur les marchés, des
mesures pour permettre l’approvisionnement
des zones déficitaires et des populations les
plus vulnérables à partir des zones excédentaires
(filets de sécurité).
 Changer de paradigme sur les questions de
souveraineté et la place de la société civile. La
question de l’articulation entre souverainetés na-
tionale et régionale se pose. Le renforcement du
leadership régional est souvent nécessaire pour
aideràrésoudrelescontradictionsentrepays.Des
mécanismes de solidarité et des politiques com-
mercialesdoiventpermettreàl’ensembledespays
debénéficierdel’intégrationrégionaleetd’entirer
des avantages pour leur croissance et l’améliora-
tion des conditions de vie de leur population. La
simple libéralisation des marchés ne constitue
en rien une garantie de développement équilibré
et peut accroître les déséquilibres, les inégali-
tés et conduire à la constitution de trappes à
pauvreté pour tous les pays. Les initiatives et
politiquesrégionalesméritentd’êtreencouragées,
avec des moyens et instruments politiques plus
ambitieux.Desstratégiesnationalesetrégionales
ont été définies dans le cadre du Programme dé-
taillé pour le développement de l’agriculture en
Afrique(PDDAA).Ils’agitmaintenantdemettreen
œuvre ces politiques, en renforçant l’articulation
etlacomplémentaritéentrelesniveauxnationaux
et régionaux et en se dotant d’institutions et mé-
canismes de suivi adéquats (agences régionales,
fonds régionaux, dispositifs de suivi-évaluation
associant les différentes parties prenantes).
Dans le même temps, il convient de réduire les
inégalités entre pays via des mécanismes de so-
lidarité pour compenser les pertes potentielles
des PMA (pays les moins avancés) résultant de
leurintégrationdansunmarchérégionalpluslibé-
ralisé. Afin de garantir la définition et la mise en
œuvredepolitiquesrépondantàl’intérêtgénéral,
laparticipationdesorganisationsprofessionnelles
et de la société civile doit être renforcée. Alors
qu’elles peuvent constituer un véritable moteur
de changement social, elles sont encore trop peu
associées aux décisions et considérées comme
des partenaires pour la mise en œuvre des po-
litiques, alors qu’elles sont en lien direct avec
les acteurs économiques locaux et au cœur des
enjeux liés au développement du continent. 
Laurent Levard (levard@gret.org)
et Amel Benkahla (benkahla@gret.org)
Références
Alpha A., Rolland J.-P., 2011, Analyse de la
cohérence des politiques commerciales en
Afrique de l’Ouest,AFD, Document de travail
no
 114, 165 p.
Enda Cacid, 2012, État du commerce de
l’Afrique de l’Ouest, 122 p.
GTZ, 2010, Regional Agricultural trade in
EastAfrica.A focus on Kenya,Tanzania and
Uganda.
Levard L., Benkahla A., 2012, Comment
promouvoir le commerce agricole intra-
africain? Analyse des pistes et des freins
pour le développement de ce commerce,
Synthèse et résultats des deux études, Gret,
collection « Études etTravaux en ligne » no
 35,
40 p.
Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France
tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org
Maquette:HélèneGay.
Coordination :
Marie Bessières
bessieres@gret.org
Politiques & Pratiquesde développement
4
Politiques & Pratiquesde développement
Cette note s’appuie sur la synthèse de deux
études menées en partenariat avec Bio Goura
Soulé et FaridathAboudou (Lares,Bénin) pour
l’Afrique de l’Ouest et Damian Gabagambi
(Sokoine University of Agriculture, Tanzanie)
pour l’Afrique de l’Est, avec le soutien finan-
cier de l’Agence française de développement
(AFD) (voir référence Levard L, Benkahla A.,
2013).Les opinions exprimées dans cette note
n’engagent que le Gret.
Politiques & Pratiquesde développement
3
enclave certaines régions coupées des marchés
de commercialisation, le prix élevé des services
(énergie, crédit). Il est moins onéreux de faire
venir un conteneur à Abidjan en provenance
du Havre, qu’en provenance de Dakar.
Les commerçants se plaignent du manque de
services au niveau régional : manque de sécurité
des femmes commerçantes intervenant sur les
marchéstransfrontaliers,manquedeservicesde
crédit, coûts importants des transactions mo-
nétaires entre pays, absence de mécanismes
de règlement des différends commerciaux
entre opérateurs de différents pays, difficultés
de transport à pied ou par convoyage du bétail,
etc. Les marchés sont peu concurrentiels : les
producteurs n’ont ni connaissance des prix de
marché,nimoyendestockage.Ilsdoiventvendre
leur production à la récolte et dépendent d’un
nombre réduit de commerçants (voire d’un seul),
et doivent accepter de faibles prix. Une partie
importante de la valeur ajoutée leur échappe.
 La concurrence des produits importés et
un changement des habitudes alimentaires
peuvent affecter la compétitivité-prix ou qualité
des produits africains par rapport aux produits
importés.Lesconsommateurstendentàpréférer
les produits importés, et l’ajustement se fait par
une baisse des prix des produits africains aux
dépens des agriculteurs ou des transformateurs.
La rentabilité de la production ou de la transfor-
mation peut en être remise en cause. Quand
les produits locaux sont substitués durablement
par des aliments importés (par exemple, les cé-
réales locales par du pain) et qu’une partie des
achats ne se fait plus sur les marchés mais dans
les supermarchés (en développement dans les
grandes capitales), le changement des habitudes
alimentaires devient une limite structurelle à l’in-
dépendance alimentaire du continent.
 Des barrières tarifaires et non tarifaires au
commerce persistantes. Le commerce intra-ré-
gionalsouffredecertaineslimitationsspécifiques
au commerce transfrontalier. Les limitations tari-
faires(absenced’harmonisationoudoubleimposi-
tiondelaTVA,non-reconnaissancedeproduitsim-
portésdespaysvoisinscommeproduitsrégionaux
bénéficiantd’exonérationsdetaxes,prélèvements
diversparlesdouanesouautoritéslocales)tendent
à s’atténuer avec les processus d’intégration ré-
gionale. De nombreuses limitations non tarifaires
constituent des facteurs supplémentaires d’ac-
croissement des délais et des coûts : procédures
douanièreslonguesetcomplexes,défautd’harmo-
nisation des procédures, des documents et des
normesnationales,contrôlesroutiers(enmoyenne
deuxtousles100kilomètresenAfriquedel’Ouest,
les acteurs pour augmenter l’efficacité et l’équité
dans la répartition de la valeur ajoutée, innover et
développer des politiques et appuis spécifiques
pour le développement d’un tissu de petites en-
treprises de transformation agroalimentaire.
 Renforcer la protection des produits régio-
naux. Une protection tarifaire pour les produits
alimentaires – y compris les produits transfor-
més – entrant en concurrence avec la production
régionale est nécessaire, elle doit être suffisante
pour garantir le développement de la production.
L’exemple du lait en l’Afrique de l’Est montre son
utilité pour permettre aux politiques de soutien à
la production agricole d’atteindre leurs objectifs.
Afin de consolider la construction d’un marché
intérieur, les négociations commerciales inter-
nationales dans lesquelles sont engagés les
différents États ne doivent pas perturber les
processus d’intégration en exacerbant les ten-
sions entre les pays (négociation des Accords
de partenariat économique [APE] avec l’Union
européenne, engagements pris par les États à
l’Organisation mondiale du commerce [OMC],
négociations bilatérales, etc.).
 Inventer de nouveaux dispositifs de régula-
tion. Les limitations au commerce intra-régional
relatives aux barrières tarifaires et non tarifaires
doivent être résolues. La suppression des inter-
dictions d’exporter doit être accompagnée de
mesures de gestion de la sécurité alimentaire.
Outre l’amélioration des capacités de stockage
des agriculteurs familiaux, ces mécanismes de
régulation peuvent promouvoir la constitution de
jusqu’à sept au Kenya). Certains États décident
de limiter les exportations vers les pays voisins
afin de garantir la disponibilité de produits sur leur
propre marché et donc de limiter la hausse du prix
(cas du riz et du maïs en Tanzanie, des aliments
du bétail au Mali, du sucre et du riz au Sénégal).
La lourdeur et la complexité des procédures
douanières et les multiples contrôles routiers
facilitentvoiregénéralisentlacorruption,lever-
sement d’un pot de vin permettant d’accélérer
et de simplifier les procédures.
 Un manque de protection des marchés ré-
gionaux. La compétitivité des produits locaux
par rapport aux produits importés du reste du
monde dépend des politiques commerciales. Si
la forte protection du marché de la Communauté
de l’Afrique de l’Est (CAE) permet de limiter la
concurrence de produits importés à bas prix, la
situation est différente dans une grande partie
de l’Afrique de l’Ouest. Les importations de pro-
duits de base (riz, poudre de lait) dans l’Uemoa
(Unionéconomiqueetmonétaireouest-africaine)
et dans la Cedeao (Communauté économique
des États d’Afrique de l’Ouest) ont un effet dé-
pressif sur les prix à la consommation et donc
sur les prix aux producteurs. Avant la révision
du tarif extérieur commun (TEC) des pays de la
zone Cedeao, leTEC appliqué au sein de l’Uemoa
était très bas comparé à celui de la CAE : 10 %
sur le maïs contre 50 % au niveau de la CAE;
10 % sur le riz paddy contre 75 % dans la CAE;
5 % sur le lait et le blé contre 60 % dans la CAE.
Lepoidspolitiquedecertainssecteursécono-
miques (entreprises de négoce, grands commer-
çants) ou sociaux (populations urbaines) entraîne
despolitiquesnationalesfacilitantlesexportations
etlesimportationsaveclerestedumonde,plutôt
que dynamisant la production et les échanges
régionaux, notamment dans les pays côtiers
disposant de bonnes infrastructures portuaires.
L’insuffisante association de la société civile aux
choix politiques (organisations paysannes, de
commerçant(e)s, ONG, mouvements sociaux,
centres de recherche, etc.) renforce les rapports
deforceauprofitdequelquesacteursdominants.
Recommandations pour
les politiques agricoles et
commerciales
Afindefavoriserledéveloppementducommerce
intra-africain et d’en lever les blocages, le Gret
recommande de :
 Accompagner l’ambition des pays africains
à renforcer leur intégration régionale et à
atteindre leurs objectifs de sécurité et auto-
suffisance alimentaires. Ces objectifs doivent
être traduits dans les orientations politiques na-
tionales, régionales et dans les accords commer-
ciaux bilatéraux ou multilatéraux en négociation.
Il s’agit de combiner de façon cohérente quatre
types de politiques : le soutien au développe-
ment de la production agricole, le renforcement
des filières et le soutien aux activités de trans-
formation de la production, la construction et
l’amélioration des infrastructures de transport
et de commerce dans le pays et aux frontières,
et la protection efficace des marchés régionaux.
Le processus en cours en Afrique de l’Ouest
avec la mise en œuvre de l’Écowap (politique
agricole de la Cedeao) peut laisser espérer des
résultats prometteurs au niveau régional et dans
chaque pays, si les États mettent en œuvre les
politiques définies.
 Poursuivre le soutien du développement de
la production et du secteur agroalimentaire.
L’agriculture de nombreuses régions nécessite
encore un soutien important pour intensifier et
développer de manière durable la production. Il
convientausside:promouvoirledéveloppement
de filières dans leur intégralité (notamment les
petites entreprises agroalimentaires), renforcer
l’organisation, le rôle économique et le pouvoir
de négociation des agriculteurs (capacités de
stockage, marchés de gros, transformation et
conditionnement, information sur les marchés
agricoles), structurer les filières en favorisant les
cadres de coopération et de négociation entre
22
©Gret
NUMÉRO 13  MARS 2014
Politiques & Pratiquesde développement
3
enclave certaines régions coupées des marchés
de commercialisation, le prix élevé des services
(énergie, crédit). Il est moins onéreux de faire
venir un conteneur à Abidjan en provenance
du Havre, qu’en provenance de Dakar.
Les commerçants se plaignent du manque de
services au niveau régional : manque de sécurité
des femmes commerçantes intervenant sur les
marchéstransfrontaliers,manquedeservicesde
crédit, coûts importants des transactions mo-
nétaires entre pays, absence de mécanismes
de règlement des différends commerciaux
entre opérateurs de différents pays, difficultés
de transport à pied ou par convoyage du bétail,
etc. Les marchés sont peu concurrentiels : les
producteurs n’ont ni connaissance des prix de
marché,nimoyendestockage.Ilsdoiventvendre
leur production à la récolte et dépendent d’un
nombre réduit de commerçants (voire d’un seul),
et doivent accepter de faibles prix. Une partie
importante de la valeur ajoutée leur échappe.
 La concurrence des produits importés et
un changement des habitudes alimentaires
peuvent affecter la compétitivité-prix ou qualité
des produits africains par rapport aux produits
importés.Lesconsommateurstendentàpréférer
les produits importés, et l’ajustement se fait par
une baisse des prix des produits africains aux
dépens des agriculteurs ou des transformateurs.
La rentabilité de la production ou de la transfor-
mation peut en être remise en cause. Quand
les produits locaux sont substitués durablement
par des aliments importés (par exemple, les cé-
réales locales par du pain) et qu’une partie des
achats ne se fait plus sur les marchés mais dans
les supermarchés (en développement dans les
grandes capitales), le changement des habitudes
alimentaires devient une limite structurelle à l’in-
dépendance alimentaire du continent.
 Des barrières tarifaires et non tarifaires au
commerce persistantes. Le commerce intra-ré-
gionalsouffredecertaineslimitationsspécifiques
au commerce transfrontalier. Les limitations tari-
faires(absenced’harmonisationoudoubleimposi-
tiondelaTVA,non-reconnaissancedeproduitsim-
portésdespaysvoisinscommeproduitsrégionaux
bénéficiantd’exonérationsdetaxes,prélèvements
diversparlesdouanesouautoritéslocales)tendent
à s’atténuer avec les processus d’intégration ré-
gionale. De nombreuses limitations non tarifaires
constituent des facteurs supplémentaires d’ac-
croissement des délais et des coûts : procédures
douanièreslonguesetcomplexes,défautd’harmo-
nisation des procédures, des documents et des
normesnationales,contrôlesroutiers(enmoyenne
deuxtousles100kilomètresenAfriquedel’Ouest,
les acteurs pour augmenter l’efficacité et l’équité
dans la répartition de la valeur ajoutée, innover et
développer des politiques et appuis spécifiques
pour le développement d’un tissu de petites en-
treprises de transformation agroalimentaire.
 Renforcer la protection des produits régio-
naux. Une protection tarifaire pour les produits
alimentaires – y compris les produits transfor-
més – entrant en concurrence avec la production
régionale est nécessaire, elle doit être suffisante
pour garantir le développement de la production.
L’exemple du lait en l’Afrique de l’Est montre son
utilité pour permettre aux politiques de soutien à
la production agricole d’atteindre leurs objectifs.
Afin de consolider la construction d’un marché
intérieur, les négociations commerciales inter-
nationales dans lesquelles sont engagés les
différents États ne doivent pas perturber les
processus d’intégration en exacerbant les ten-
sions entre les pays (négociation des Accords
de partenariat économique [APE] avec l’Union
européenne, engagements pris par les États à
l’Organisation mondiale du commerce [OMC],
négociations bilatérales, etc.).
 Inventer de nouveaux dispositifs de régula-
tion. Les limitations au commerce intra-régional
relatives aux barrières tarifaires et non tarifaires
doivent être résolues. La suppression des inter-
dictions d’exporter doit être accompagnée de
mesures de gestion de la sécurité alimentaire.
Outre l’amélioration des capacités de stockage
des agriculteurs familiaux, ces mécanismes de
régulation peuvent promouvoir la constitution de
jusqu’à sept au Kenya). Certains États décident
de limiter les exportations vers les pays voisins
afin de garantir la disponibilité de produits sur leur
propre marché et donc de limiter la hausse du prix
(cas du riz et du maïs en Tanzanie, des aliments
du bétail au Mali, du sucre et du riz au Sénégal).
La lourdeur et la complexité des procédures
douanières et les multiples contrôles routiers
facilitentvoiregénéralisentlacorruption,lever-
sement d’un pot de vin permettant d’accélérer
et de simplifier les procédures.
 Un manque de protection des marchés ré-
gionaux. La compétitivité des produits locaux
par rapport aux produits importés du reste du
monde dépend des politiques commerciales. Si
la forte protection du marché de la Communauté
de l’Afrique de l’Est (CAE) permet de limiter la
concurrence de produits importés à bas prix, la
situation est différente dans une grande partie
de l’Afrique de l’Ouest. Les importations de pro-
duits de base (riz, poudre de lait) dans l’Uemoa
(Unionéconomiqueetmonétaireouest-africaine)
et dans la Cedeao (Communauté économique
des États d’Afrique de l’Ouest) ont un effet dé-
pressif sur les prix à la consommation et donc
sur les prix aux producteurs. Avant la révision
du tarif extérieur commun (TEC) des pays de la
zone Cedeao, leTEC appliqué au sein de l’Uemoa
était très bas comparé à celui de la CAE : 10 %
sur le maïs contre 50 % au niveau de la CAE;
10 % sur le riz paddy contre 75 % dans la CAE;
5 % sur le lait et le blé contre 60 % dans la CAE.
Lepoidspolitiquedecertainssecteursécono-
miques (entreprises de négoce, grands commer-
çants) ou sociaux (populations urbaines) entraîne
despolitiquesnationalesfacilitantlesexportations
etlesimportationsaveclerestedumonde,plutôt
que dynamisant la production et les échanges
régionaux, notamment dans les pays côtiers
disposant de bonnes infrastructures portuaires.
L’insuffisante association de la société civile aux
choix politiques (organisations paysannes, de
commerçant(e)s, ONG, mouvements sociaux,
centres de recherche, etc.) renforce les rapports
deforceauprofitdequelquesacteursdominants.
Recommandations pour
les politiques agricoles et
commerciales
Afindefavoriserledéveloppementducommerce
intra-africain et d’en lever les blocages, le Gret
recommande de :
 Accompagner l’ambition des pays africains
à renforcer leur intégration régionale et à
atteindre leurs objectifs de sécurité et auto-
suffisance alimentaires. Ces objectifs doivent
être traduits dans les orientations politiques na-
tionales, régionales et dans les accords commer-
ciaux bilatéraux ou multilatéraux en négociation.
Il s’agit de combiner de façon cohérente quatre
types de politiques : le soutien au développe-
ment de la production agricole, le renforcement
des filières et le soutien aux activités de trans-
formation de la production, la construction et
l’amélioration des infrastructures de transport
et de commerce dans le pays et aux frontières,
et la protection efficace des marchés régionaux.
Le processus en cours en Afrique de l’Ouest
avec la mise en œuvre de l’Écowap (politique
agricole de la Cedeao) peut laisser espérer des
résultats prometteurs au niveau régional et dans
chaque pays, si les États mettent en œuvre les
politiques définies.
 Poursuivre le soutien du développement de
la production et du secteur agroalimentaire.
L’agriculture de nombreuses régions nécessite
encore un soutien important pour intensifier et
développer de manière durable la production. Il
convientausside:promouvoirledéveloppement
de filières dans leur intégralité (notamment les
petites entreprises agroalimentaires), renforcer
l’organisation, le rôle économique et le pouvoir
de négociation des agriculteurs (capacités de
stockage, marchés de gros, transformation et
conditionnement, information sur les marchés
agricoles), structurer les filières en favorisant les
cadres de coopération et de négociation entre
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NUMÉRO 13  MARS 2014
37 % de la population africaine est sous-
alimentée en Afrique de l’Est, 12 % en Afrique
de l’Ouest. La demande alimentaire du
continent va continuer à augmenter fortement
ces prochaines décennies, du fait de la
croissance démographique et de l’amélioration
espérée du niveau de vie. Le commerce entre
pays africains peut contribuer à répondre à
cette demande, tout en renforçant la place de
l’agriculture familiale et des produits locaux
dans l’économie nationale. Mais aujourd’hui,
le commerce intra-africain reste très faible, par
rapport aux importations en provenance du
reste du monde, et ne représente que 10 à 20 %
des échanges commerciaux du continent.
Son développement implique des politiques
agricoles et commerciales adaptées et
favorables au développement des filières de
production et de commercialisation locales.
Miser sur le commerce intra-africain
Le continent africain a tout intérêt à compter
d’abord sur ses exploitations familiales et entre-
prises du secteur agro-alimentaire pour produire
son alimentation :
il dispose du potentiel agronomique et des
ressources naturelles nécessaires;
le développement des filières agro-alimen-
taires locales permettrait de consolider les
débouchés des exploitations familiales et de
créer de nouveaux emplois dans les secteurs
urbain et rural;
la crise alimentaire et la flambée des prix
de 2008 ont montré tous les risques que
prennent les pays du Sud quand ils renon-
cent à leur indépendance alimentaire pour
se spécialiser dans la production de quelques
produits d’exportation;
la croissance attendue de la demande alimen-
taire et l’émergence d’une classe moyenne
avec une demande pour des produits de
qualité offrent aujourd’hui de nombreuses
opportunités pour développer l’agriculture et
le commerce intra-régional.
Les freins au commerce
intra-régional
Plusieurs défis restent à relever.
 Une production agricole insuffisante. La
principale raison pour laquelle l’Afrique importe
une partie de son alimentation est que sa pro-
duction agricole demeure insuffisante. L’Afrique
de l’Ouest importe entre un tiers et la moitié de
sa consommation de riz, malgré les nombreux
programmes de soutien au développement de
la production rizicole depuis 2008. Les causes
de cette insuffisance sont multiples et variables
selon les filières (manque de maîtrise de l’eau,
difficultés d’accès aux facteurs de production
et aux services, faiblesse et volatilité des prix
payés aux producteurs, etc.).
 Des filières souvent peu efficientes, un
manque de services et d’infrastructures. Les
conditions dans lesquelles s’effectuent le stoc-
kage, la transformation des produits et la com-
mercialisation, entraînent des prix faibles et ins-
tables pour les producteurs, peu compétitifs par
rapport aux produits importés. En cause : la faible
efficience de certains processus de transforma-
tion, la multiplicité des intermédiaires, le mauvais
état des infrastructures de communication qui
Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion
sur les politiques de développement en se fondant
sur l'expérience du Gret et de ses partenaires.
Fondé en 1976,
le Gret est une
ONG française de
développement
qui agit du terrain
au politique pour
lutter contre la
pauvreté et les
inégalités.
Dans plus de
30 pays, ses
professionnels
interviennent sur
une palette de
thématiques afin
d’apporter des
réponses durables
et innovantes
pour le
développement
solidaire.
Politiques & Pratiquesde développement
NUMÉRO 13  MARS 2014
 Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion
Agriculture familiale :
Le commerce intra-régional pour
nourrir le continent africain
stocks nationaux ou régionaux, des mécanismes
de suivi et d’information sur les marchés, des
mesures pour permettre l’approvisionnement
des zones déficitaires et des populations les
plus vulnérables à partir des zones excédentaires
(filets de sécurité).
 Changer de paradigme sur les questions de
souveraineté et la place de la société civile. La
question de l’articulation entre souverainetés na-
tionale et régionale se pose. Le renforcement du
leadership régional est souvent nécessaire pour
aideràrésoudrelescontradictionsentrepays.Des
mécanismes de solidarité et des politiques com-
mercialesdoiventpermettreàl’ensembledespays
debénéficierdel’intégrationrégionaleetd’entirer
des avantages pour leur croissance et l’améliora-
tion des conditions de vie de leur population. La
simple libéralisation des marchés ne constitue
en rien une garantie de développement équilibré
et peut accroître les déséquilibres, les inégali-
tés et conduire à la constitution de trappes à
pauvreté pour tous les pays. Les initiatives et
politiquesrégionalesméritentd’êtreencouragées,
avec des moyens et instruments politiques plus
ambitieux.Desstratégiesnationalesetrégionales
ont été définies dans le cadre du Programme dé-
taillé pour le développement de l’agriculture en
Afrique(PDDAA).Ils’agitmaintenantdemettreen
œuvre ces politiques, en renforçant l’articulation
etlacomplémentaritéentrelesniveauxnationaux
et régionaux et en se dotant d’institutions et mé-
canismes de suivi adéquats (agences régionales,
fonds régionaux, dispositifs de suivi-évaluation
associant les différentes parties prenantes).
Dans le même temps, il convient de réduire les
inégalités entre pays via des mécanismes de so-
lidarité pour compenser les pertes potentielles
des PMA (pays les moins avancés) résultant de
leurintégrationdansunmarchérégionalpluslibé-
ralisé. Afin de garantir la définition et la mise en
œuvredepolitiquesrépondantàl’intérêtgénéral,
laparticipationdesorganisationsprofessionnelles
et de la société civile doit être renforcée. Alors
qu’elles peuvent constituer un véritable moteur
de changement social, elles sont encore trop peu
associées aux décisions et considérées comme
des partenaires pour la mise en œuvre des po-
litiques, alors qu’elles sont en lien direct avec
les acteurs économiques locaux et au cœur des
enjeux liés au développement du continent. 
Laurent Levard (levard@gret.org)
et Amel Benkahla (benkahla@gret.org)
Références
Alpha A., Rolland J.-P., 2011, Analyse de la
cohérence des politiques commerciales en
Afrique de l’Ouest,AFD, Document de travail
no
 114, 165 p.
Enda Cacid, 2012, État du commerce de
l’Afrique de l’Ouest, 122 p.
GTZ, 2010, Regional Agricultural trade in
EastAfrica.A focus on Kenya,Tanzania and
Uganda.
Levard L., Benkahla A., 2012, Comment
promouvoir le commerce agricole intra-
africain? Analyse des pistes et des freins
pour le développement de ce commerce,
Synthèse et résultats des deux études, Gret,
collection « Études etTravaux en ligne » no
 35,
40 p.
Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France
tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org
Maquette:HélèneGay.
Coordination :
Marie Bessières
bessieres@gret.org
Politiques & Pratiquesde développement
4
Politiques & Pratiquesde développement
Cette note s’appuie sur la synthèse de deux
études menées en partenariat avec Bio Goura
Soulé et FaridathAboudou (Lares,Bénin) pour
l’Afrique de l’Ouest et Damian Gabagambi
(Sokoine University of Agriculture, Tanzanie)
pour l’Afrique de l’Est, avec le soutien finan-
cier de l’Agence française de développement
(AFD) (voir référence Levard L, Benkahla A.,
2013).Les opinions exprimées dans cette note
n’engagent que le Gret.

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Politiques & Pratiques de développement

  • 1. 37 % de la population africaine est sous- alimentée en Afrique de l’Est, 12 % en Afrique de l’Ouest. La demande alimentaire du continent va continuer à augmenter fortement ces prochaines décennies, du fait de la croissance démographique et de l’amélioration espérée du niveau de vie. Le commerce entre pays africains peut contribuer à répondre à cette demande, tout en renforçant la place de l’agriculture familiale et des produits locaux dans l’économie nationale. Mais aujourd’hui, le commerce intra-africain reste très faible, par rapport aux importations en provenance du reste du monde, et ne représente que 10 à 20 % des échanges commerciaux du continent. Son développement implique des politiques agricoles et commerciales adaptées et favorables au développement des filières de production et de commercialisation locales. Miser sur le commerce intra-africain Le continent africain a tout intérêt à compter d’abord sur ses exploitations familiales et entre- prises du secteur agro-alimentaire pour produire son alimentation : il dispose du potentiel agronomique et des ressources naturelles nécessaires; le développement des filières agro-alimen- taires locales permettrait de consolider les débouchés des exploitations familiales et de créer de nouveaux emplois dans les secteurs urbain et rural; la crise alimentaire et la flambée des prix de 2008 ont montré tous les risques que prennent les pays du Sud quand ils renon- cent à leur indépendance alimentaire pour se spécialiser dans la production de quelques produits d’exportation; la croissance attendue de la demande alimen- taire et l’émergence d’une classe moyenne avec une demande pour des produits de qualité offrent aujourd’hui de nombreuses opportunités pour développer l’agriculture et le commerce intra-régional. Les freins au commerce intra-régional Plusieurs défis restent à relever.  Une production agricole insuffisante. La principale raison pour laquelle l’Afrique importe une partie de son alimentation est que sa pro- duction agricole demeure insuffisante. L’Afrique de l’Ouest importe entre un tiers et la moitié de sa consommation de riz, malgré les nombreux programmes de soutien au développement de la production rizicole depuis 2008. Les causes de cette insuffisance sont multiples et variables selon les filières (manque de maîtrise de l’eau, difficultés d’accès aux facteurs de production et aux services, faiblesse et volatilité des prix payés aux producteurs, etc.).  Des filières souvent peu efficientes, un manque de services et d’infrastructures. Les conditions dans lesquelles s’effectuent le stoc- kage, la transformation des produits et la com- mercialisation, entraînent des prix faibles et ins- tables pour les producteurs, peu compétitifs par rapport aux produits importés. En cause : la faible efficience de certains processus de transforma- tion, la multiplicité des intermédiaires, le mauvais état des infrastructures de communication qui Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion sur les politiques de développement en se fondant sur l'expérience du Gret et de ses partenaires. Fondé en 1976, le Gret est une ONG française de développement qui agit du terrain au politique pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. Dans plus de 30 pays, ses professionnels interviennent sur une palette de thématiques afin d’apporter des réponses durables et innovantes pour le développement solidaire. Politiques & Pratiquesde développement NUMÉRO 13  MARS 2014  Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion Agriculture familiale : Le commerce intra-régional pour nourrir le continent africain stocks nationaux ou régionaux, des mécanismes de suivi et d’information sur les marchés, des mesures pour permettre l’approvisionnement des zones déficitaires et des populations les plus vulnérables à partir des zones excédentaires (filets de sécurité).  Changer de paradigme sur les questions de souveraineté et la place de la société civile. La question de l’articulation entre souverainetés na- tionale et régionale se pose. Le renforcement du leadership régional est souvent nécessaire pour aideràrésoudrelescontradictionsentrepays.Des mécanismes de solidarité et des politiques com- mercialesdoiventpermettreàl’ensembledespays debénéficierdel’intégrationrégionaleetd’entirer des avantages pour leur croissance et l’améliora- tion des conditions de vie de leur population. La simple libéralisation des marchés ne constitue en rien une garantie de développement équilibré et peut accroître les déséquilibres, les inégali- tés et conduire à la constitution de trappes à pauvreté pour tous les pays. Les initiatives et politiquesrégionalesméritentd’êtreencouragées, avec des moyens et instruments politiques plus ambitieux.Desstratégiesnationalesetrégionales ont été définies dans le cadre du Programme dé- taillé pour le développement de l’agriculture en Afrique(PDDAA).Ils’agitmaintenantdemettreen œuvre ces politiques, en renforçant l’articulation etlacomplémentaritéentrelesniveauxnationaux et régionaux et en se dotant d’institutions et mé- canismes de suivi adéquats (agences régionales, fonds régionaux, dispositifs de suivi-évaluation associant les différentes parties prenantes). Dans le même temps, il convient de réduire les inégalités entre pays via des mécanismes de so- lidarité pour compenser les pertes potentielles des PMA (pays les moins avancés) résultant de leurintégrationdansunmarchérégionalpluslibé- ralisé. Afin de garantir la définition et la mise en œuvredepolitiquesrépondantàl’intérêtgénéral, laparticipationdesorganisationsprofessionnelles et de la société civile doit être renforcée. Alors qu’elles peuvent constituer un véritable moteur de changement social, elles sont encore trop peu associées aux décisions et considérées comme des partenaires pour la mise en œuvre des po- litiques, alors qu’elles sont en lien direct avec les acteurs économiques locaux et au cœur des enjeux liés au développement du continent.  Laurent Levard (levard@gret.org) et Amel Benkahla (benkahla@gret.org) Références Alpha A., Rolland J.-P., 2011, Analyse de la cohérence des politiques commerciales en Afrique de l’Ouest,AFD, Document de travail no  114, 165 p. Enda Cacid, 2012, État du commerce de l’Afrique de l’Ouest, 122 p. GTZ, 2010, Regional Agricultural trade in EastAfrica.A focus on Kenya,Tanzania and Uganda. Levard L., Benkahla A., 2012, Comment promouvoir le commerce agricole intra- africain? Analyse des pistes et des freins pour le développement de ce commerce, Synthèse et résultats des deux études, Gret, collection « Études etTravaux en ligne » no  35, 40 p. Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org Maquette:HélèneGay. Coordination : Marie Bessières bessieres@gret.org Politiques & Pratiquesde développement 4 Politiques & Pratiquesde développement Cette note s’appuie sur la synthèse de deux études menées en partenariat avec Bio Goura Soulé et FaridathAboudou (Lares,Bénin) pour l’Afrique de l’Ouest et Damian Gabagambi (Sokoine University of Agriculture, Tanzanie) pour l’Afrique de l’Est, avec le soutien finan- cier de l’Agence française de développement (AFD) (voir référence Levard L, Benkahla A., 2013).Les opinions exprimées dans cette note n’engagent que le Gret.
  • 2. Politiques & Pratiquesde développement 3 enclave certaines régions coupées des marchés de commercialisation, le prix élevé des services (énergie, crédit). Il est moins onéreux de faire venir un conteneur à Abidjan en provenance du Havre, qu’en provenance de Dakar. Les commerçants se plaignent du manque de services au niveau régional : manque de sécurité des femmes commerçantes intervenant sur les marchéstransfrontaliers,manquedeservicesde crédit, coûts importants des transactions mo- nétaires entre pays, absence de mécanismes de règlement des différends commerciaux entre opérateurs de différents pays, difficultés de transport à pied ou par convoyage du bétail, etc. Les marchés sont peu concurrentiels : les producteurs n’ont ni connaissance des prix de marché,nimoyendestockage.Ilsdoiventvendre leur production à la récolte et dépendent d’un nombre réduit de commerçants (voire d’un seul), et doivent accepter de faibles prix. Une partie importante de la valeur ajoutée leur échappe.  La concurrence des produits importés et un changement des habitudes alimentaires peuvent affecter la compétitivité-prix ou qualité des produits africains par rapport aux produits importés.Lesconsommateurstendentàpréférer les produits importés, et l’ajustement se fait par une baisse des prix des produits africains aux dépens des agriculteurs ou des transformateurs. La rentabilité de la production ou de la transfor- mation peut en être remise en cause. Quand les produits locaux sont substitués durablement par des aliments importés (par exemple, les cé- réales locales par du pain) et qu’une partie des achats ne se fait plus sur les marchés mais dans les supermarchés (en développement dans les grandes capitales), le changement des habitudes alimentaires devient une limite structurelle à l’in- dépendance alimentaire du continent.  Des barrières tarifaires et non tarifaires au commerce persistantes. Le commerce intra-ré- gionalsouffredecertaineslimitationsspécifiques au commerce transfrontalier. Les limitations tari- faires(absenced’harmonisationoudoubleimposi- tiondelaTVA,non-reconnaissancedeproduitsim- portésdespaysvoisinscommeproduitsrégionaux bénéficiantd’exonérationsdetaxes,prélèvements diversparlesdouanesouautoritéslocales)tendent à s’atténuer avec les processus d’intégration ré- gionale. De nombreuses limitations non tarifaires constituent des facteurs supplémentaires d’ac- croissement des délais et des coûts : procédures douanièreslonguesetcomplexes,défautd’harmo- nisation des procédures, des documents et des normesnationales,contrôlesroutiers(enmoyenne deuxtousles100kilomètresenAfriquedel’Ouest, les acteurs pour augmenter l’efficacité et l’équité dans la répartition de la valeur ajoutée, innover et développer des politiques et appuis spécifiques pour le développement d’un tissu de petites en- treprises de transformation agroalimentaire.  Renforcer la protection des produits régio- naux. Une protection tarifaire pour les produits alimentaires – y compris les produits transfor- més – entrant en concurrence avec la production régionale est nécessaire, elle doit être suffisante pour garantir le développement de la production. L’exemple du lait en l’Afrique de l’Est montre son utilité pour permettre aux politiques de soutien à la production agricole d’atteindre leurs objectifs. Afin de consolider la construction d’un marché intérieur, les négociations commerciales inter- nationales dans lesquelles sont engagés les différents États ne doivent pas perturber les processus d’intégration en exacerbant les ten- sions entre les pays (négociation des Accords de partenariat économique [APE] avec l’Union européenne, engagements pris par les États à l’Organisation mondiale du commerce [OMC], négociations bilatérales, etc.).  Inventer de nouveaux dispositifs de régula- tion. Les limitations au commerce intra-régional relatives aux barrières tarifaires et non tarifaires doivent être résolues. La suppression des inter- dictions d’exporter doit être accompagnée de mesures de gestion de la sécurité alimentaire. Outre l’amélioration des capacités de stockage des agriculteurs familiaux, ces mécanismes de régulation peuvent promouvoir la constitution de jusqu’à sept au Kenya). Certains États décident de limiter les exportations vers les pays voisins afin de garantir la disponibilité de produits sur leur propre marché et donc de limiter la hausse du prix (cas du riz et du maïs en Tanzanie, des aliments du bétail au Mali, du sucre et du riz au Sénégal). La lourdeur et la complexité des procédures douanières et les multiples contrôles routiers facilitentvoiregénéralisentlacorruption,lever- sement d’un pot de vin permettant d’accélérer et de simplifier les procédures.  Un manque de protection des marchés ré- gionaux. La compétitivité des produits locaux par rapport aux produits importés du reste du monde dépend des politiques commerciales. Si la forte protection du marché de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) permet de limiter la concurrence de produits importés à bas prix, la situation est différente dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Les importations de pro- duits de base (riz, poudre de lait) dans l’Uemoa (Unionéconomiqueetmonétaireouest-africaine) et dans la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) ont un effet dé- pressif sur les prix à la consommation et donc sur les prix aux producteurs. Avant la révision du tarif extérieur commun (TEC) des pays de la zone Cedeao, leTEC appliqué au sein de l’Uemoa était très bas comparé à celui de la CAE : 10 % sur le maïs contre 50 % au niveau de la CAE; 10 % sur le riz paddy contre 75 % dans la CAE; 5 % sur le lait et le blé contre 60 % dans la CAE. Lepoidspolitiquedecertainssecteursécono- miques (entreprises de négoce, grands commer- çants) ou sociaux (populations urbaines) entraîne despolitiquesnationalesfacilitantlesexportations etlesimportationsaveclerestedumonde,plutôt que dynamisant la production et les échanges régionaux, notamment dans les pays côtiers disposant de bonnes infrastructures portuaires. L’insuffisante association de la société civile aux choix politiques (organisations paysannes, de commerçant(e)s, ONG, mouvements sociaux, centres de recherche, etc.) renforce les rapports deforceauprofitdequelquesacteursdominants. Recommandations pour les politiques agricoles et commerciales Afindefavoriserledéveloppementducommerce intra-africain et d’en lever les blocages, le Gret recommande de :  Accompagner l’ambition des pays africains à renforcer leur intégration régionale et à atteindre leurs objectifs de sécurité et auto- suffisance alimentaires. Ces objectifs doivent être traduits dans les orientations politiques na- tionales, régionales et dans les accords commer- ciaux bilatéraux ou multilatéraux en négociation. Il s’agit de combiner de façon cohérente quatre types de politiques : le soutien au développe- ment de la production agricole, le renforcement des filières et le soutien aux activités de trans- formation de la production, la construction et l’amélioration des infrastructures de transport et de commerce dans le pays et aux frontières, et la protection efficace des marchés régionaux. Le processus en cours en Afrique de l’Ouest avec la mise en œuvre de l’Écowap (politique agricole de la Cedeao) peut laisser espérer des résultats prometteurs au niveau régional et dans chaque pays, si les États mettent en œuvre les politiques définies.  Poursuivre le soutien du développement de la production et du secteur agroalimentaire. L’agriculture de nombreuses régions nécessite encore un soutien important pour intensifier et développer de manière durable la production. Il convientausside:promouvoirledéveloppement de filières dans leur intégralité (notamment les petites entreprises agroalimentaires), renforcer l’organisation, le rôle économique et le pouvoir de négociation des agriculteurs (capacités de stockage, marchés de gros, transformation et conditionnement, information sur les marchés agricoles), structurer les filières en favorisant les cadres de coopération et de négociation entre 22 ©Gret NUMÉRO 13  MARS 2014
  • 3. Politiques & Pratiquesde développement 3 enclave certaines régions coupées des marchés de commercialisation, le prix élevé des services (énergie, crédit). Il est moins onéreux de faire venir un conteneur à Abidjan en provenance du Havre, qu’en provenance de Dakar. Les commerçants se plaignent du manque de services au niveau régional : manque de sécurité des femmes commerçantes intervenant sur les marchéstransfrontaliers,manquedeservicesde crédit, coûts importants des transactions mo- nétaires entre pays, absence de mécanismes de règlement des différends commerciaux entre opérateurs de différents pays, difficultés de transport à pied ou par convoyage du bétail, etc. Les marchés sont peu concurrentiels : les producteurs n’ont ni connaissance des prix de marché,nimoyendestockage.Ilsdoiventvendre leur production à la récolte et dépendent d’un nombre réduit de commerçants (voire d’un seul), et doivent accepter de faibles prix. Une partie importante de la valeur ajoutée leur échappe.  La concurrence des produits importés et un changement des habitudes alimentaires peuvent affecter la compétitivité-prix ou qualité des produits africains par rapport aux produits importés.Lesconsommateurstendentàpréférer les produits importés, et l’ajustement se fait par une baisse des prix des produits africains aux dépens des agriculteurs ou des transformateurs. La rentabilité de la production ou de la transfor- mation peut en être remise en cause. Quand les produits locaux sont substitués durablement par des aliments importés (par exemple, les cé- réales locales par du pain) et qu’une partie des achats ne se fait plus sur les marchés mais dans les supermarchés (en développement dans les grandes capitales), le changement des habitudes alimentaires devient une limite structurelle à l’in- dépendance alimentaire du continent.  Des barrières tarifaires et non tarifaires au commerce persistantes. Le commerce intra-ré- gionalsouffredecertaineslimitationsspécifiques au commerce transfrontalier. Les limitations tari- faires(absenced’harmonisationoudoubleimposi- tiondelaTVA,non-reconnaissancedeproduitsim- portésdespaysvoisinscommeproduitsrégionaux bénéficiantd’exonérationsdetaxes,prélèvements diversparlesdouanesouautoritéslocales)tendent à s’atténuer avec les processus d’intégration ré- gionale. De nombreuses limitations non tarifaires constituent des facteurs supplémentaires d’ac- croissement des délais et des coûts : procédures douanièreslonguesetcomplexes,défautd’harmo- nisation des procédures, des documents et des normesnationales,contrôlesroutiers(enmoyenne deuxtousles100kilomètresenAfriquedel’Ouest, les acteurs pour augmenter l’efficacité et l’équité dans la répartition de la valeur ajoutée, innover et développer des politiques et appuis spécifiques pour le développement d’un tissu de petites en- treprises de transformation agroalimentaire.  Renforcer la protection des produits régio- naux. Une protection tarifaire pour les produits alimentaires – y compris les produits transfor- més – entrant en concurrence avec la production régionale est nécessaire, elle doit être suffisante pour garantir le développement de la production. L’exemple du lait en l’Afrique de l’Est montre son utilité pour permettre aux politiques de soutien à la production agricole d’atteindre leurs objectifs. Afin de consolider la construction d’un marché intérieur, les négociations commerciales inter- nationales dans lesquelles sont engagés les différents États ne doivent pas perturber les processus d’intégration en exacerbant les ten- sions entre les pays (négociation des Accords de partenariat économique [APE] avec l’Union européenne, engagements pris par les États à l’Organisation mondiale du commerce [OMC], négociations bilatérales, etc.).  Inventer de nouveaux dispositifs de régula- tion. Les limitations au commerce intra-régional relatives aux barrières tarifaires et non tarifaires doivent être résolues. La suppression des inter- dictions d’exporter doit être accompagnée de mesures de gestion de la sécurité alimentaire. Outre l’amélioration des capacités de stockage des agriculteurs familiaux, ces mécanismes de régulation peuvent promouvoir la constitution de jusqu’à sept au Kenya). Certains États décident de limiter les exportations vers les pays voisins afin de garantir la disponibilité de produits sur leur propre marché et donc de limiter la hausse du prix (cas du riz et du maïs en Tanzanie, des aliments du bétail au Mali, du sucre et du riz au Sénégal). La lourdeur et la complexité des procédures douanières et les multiples contrôles routiers facilitentvoiregénéralisentlacorruption,lever- sement d’un pot de vin permettant d’accélérer et de simplifier les procédures.  Un manque de protection des marchés ré- gionaux. La compétitivité des produits locaux par rapport aux produits importés du reste du monde dépend des politiques commerciales. Si la forte protection du marché de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) permet de limiter la concurrence de produits importés à bas prix, la situation est différente dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Les importations de pro- duits de base (riz, poudre de lait) dans l’Uemoa (Unionéconomiqueetmonétaireouest-africaine) et dans la Cedeao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) ont un effet dé- pressif sur les prix à la consommation et donc sur les prix aux producteurs. Avant la révision du tarif extérieur commun (TEC) des pays de la zone Cedeao, leTEC appliqué au sein de l’Uemoa était très bas comparé à celui de la CAE : 10 % sur le maïs contre 50 % au niveau de la CAE; 10 % sur le riz paddy contre 75 % dans la CAE; 5 % sur le lait et le blé contre 60 % dans la CAE. Lepoidspolitiquedecertainssecteursécono- miques (entreprises de négoce, grands commer- çants) ou sociaux (populations urbaines) entraîne despolitiquesnationalesfacilitantlesexportations etlesimportationsaveclerestedumonde,plutôt que dynamisant la production et les échanges régionaux, notamment dans les pays côtiers disposant de bonnes infrastructures portuaires. L’insuffisante association de la société civile aux choix politiques (organisations paysannes, de commerçant(e)s, ONG, mouvements sociaux, centres de recherche, etc.) renforce les rapports deforceauprofitdequelquesacteursdominants. Recommandations pour les politiques agricoles et commerciales Afindefavoriserledéveloppementducommerce intra-africain et d’en lever les blocages, le Gret recommande de :  Accompagner l’ambition des pays africains à renforcer leur intégration régionale et à atteindre leurs objectifs de sécurité et auto- suffisance alimentaires. Ces objectifs doivent être traduits dans les orientations politiques na- tionales, régionales et dans les accords commer- ciaux bilatéraux ou multilatéraux en négociation. Il s’agit de combiner de façon cohérente quatre types de politiques : le soutien au développe- ment de la production agricole, le renforcement des filières et le soutien aux activités de trans- formation de la production, la construction et l’amélioration des infrastructures de transport et de commerce dans le pays et aux frontières, et la protection efficace des marchés régionaux. Le processus en cours en Afrique de l’Ouest avec la mise en œuvre de l’Écowap (politique agricole de la Cedeao) peut laisser espérer des résultats prometteurs au niveau régional et dans chaque pays, si les États mettent en œuvre les politiques définies.  Poursuivre le soutien du développement de la production et du secteur agroalimentaire. L’agriculture de nombreuses régions nécessite encore un soutien important pour intensifier et développer de manière durable la production. Il convientausside:promouvoirledéveloppement de filières dans leur intégralité (notamment les petites entreprises agroalimentaires), renforcer l’organisation, le rôle économique et le pouvoir de négociation des agriculteurs (capacités de stockage, marchés de gros, transformation et conditionnement, information sur les marchés agricoles), structurer les filières en favorisant les cadres de coopération et de négociation entre 22 ©Gret NUMÉRO 13  MARS 2014
  • 4. 37 % de la population africaine est sous- alimentée en Afrique de l’Est, 12 % en Afrique de l’Ouest. La demande alimentaire du continent va continuer à augmenter fortement ces prochaines décennies, du fait de la croissance démographique et de l’amélioration espérée du niveau de vie. Le commerce entre pays africains peut contribuer à répondre à cette demande, tout en renforçant la place de l’agriculture familiale et des produits locaux dans l’économie nationale. Mais aujourd’hui, le commerce intra-africain reste très faible, par rapport aux importations en provenance du reste du monde, et ne représente que 10 à 20 % des échanges commerciaux du continent. Son développement implique des politiques agricoles et commerciales adaptées et favorables au développement des filières de production et de commercialisation locales. Miser sur le commerce intra-africain Le continent africain a tout intérêt à compter d’abord sur ses exploitations familiales et entre- prises du secteur agro-alimentaire pour produire son alimentation : il dispose du potentiel agronomique et des ressources naturelles nécessaires; le développement des filières agro-alimen- taires locales permettrait de consolider les débouchés des exploitations familiales et de créer de nouveaux emplois dans les secteurs urbain et rural; la crise alimentaire et la flambée des prix de 2008 ont montré tous les risques que prennent les pays du Sud quand ils renon- cent à leur indépendance alimentaire pour se spécialiser dans la production de quelques produits d’exportation; la croissance attendue de la demande alimen- taire et l’émergence d’une classe moyenne avec une demande pour des produits de qualité offrent aujourd’hui de nombreuses opportunités pour développer l’agriculture et le commerce intra-régional. Les freins au commerce intra-régional Plusieurs défis restent à relever.  Une production agricole insuffisante. La principale raison pour laquelle l’Afrique importe une partie de son alimentation est que sa pro- duction agricole demeure insuffisante. L’Afrique de l’Ouest importe entre un tiers et la moitié de sa consommation de riz, malgré les nombreux programmes de soutien au développement de la production rizicole depuis 2008. Les causes de cette insuffisance sont multiples et variables selon les filières (manque de maîtrise de l’eau, difficultés d’accès aux facteurs de production et aux services, faiblesse et volatilité des prix payés aux producteurs, etc.).  Des filières souvent peu efficientes, un manque de services et d’infrastructures. Les conditions dans lesquelles s’effectuent le stoc- kage, la transformation des produits et la com- mercialisation, entraînent des prix faibles et ins- tables pour les producteurs, peu compétitifs par rapport aux produits importés. En cause : la faible efficience de certains processus de transforma- tion, la multiplicité des intermédiaires, le mauvais état des infrastructures de communication qui Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion sur les politiques de développement en se fondant sur l'expérience du Gret et de ses partenaires. Fondé en 1976, le Gret est une ONG française de développement qui agit du terrain au politique pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. Dans plus de 30 pays, ses professionnels interviennent sur une palette de thématiques afin d’apporter des réponses durables et innovantes pour le développement solidaire. Politiques & Pratiquesde développement NUMÉRO 13  MARS 2014  Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion Agriculture familiale : Le commerce intra-régional pour nourrir le continent africain stocks nationaux ou régionaux, des mécanismes de suivi et d’information sur les marchés, des mesures pour permettre l’approvisionnement des zones déficitaires et des populations les plus vulnérables à partir des zones excédentaires (filets de sécurité).  Changer de paradigme sur les questions de souveraineté et la place de la société civile. La question de l’articulation entre souverainetés na- tionale et régionale se pose. Le renforcement du leadership régional est souvent nécessaire pour aideràrésoudrelescontradictionsentrepays.Des mécanismes de solidarité et des politiques com- mercialesdoiventpermettreàl’ensembledespays debénéficierdel’intégrationrégionaleetd’entirer des avantages pour leur croissance et l’améliora- tion des conditions de vie de leur population. La simple libéralisation des marchés ne constitue en rien une garantie de développement équilibré et peut accroître les déséquilibres, les inégali- tés et conduire à la constitution de trappes à pauvreté pour tous les pays. Les initiatives et politiquesrégionalesméritentd’êtreencouragées, avec des moyens et instruments politiques plus ambitieux.Desstratégiesnationalesetrégionales ont été définies dans le cadre du Programme dé- taillé pour le développement de l’agriculture en Afrique(PDDAA).Ils’agitmaintenantdemettreen œuvre ces politiques, en renforçant l’articulation etlacomplémentaritéentrelesniveauxnationaux et régionaux et en se dotant d’institutions et mé- canismes de suivi adéquats (agences régionales, fonds régionaux, dispositifs de suivi-évaluation associant les différentes parties prenantes). Dans le même temps, il convient de réduire les inégalités entre pays via des mécanismes de so- lidarité pour compenser les pertes potentielles des PMA (pays les moins avancés) résultant de leurintégrationdansunmarchérégionalpluslibé- ralisé. Afin de garantir la définition et la mise en œuvredepolitiquesrépondantàl’intérêtgénéral, laparticipationdesorganisationsprofessionnelles et de la société civile doit être renforcée. Alors qu’elles peuvent constituer un véritable moteur de changement social, elles sont encore trop peu associées aux décisions et considérées comme des partenaires pour la mise en œuvre des po- litiques, alors qu’elles sont en lien direct avec les acteurs économiques locaux et au cœur des enjeux liés au développement du continent.  Laurent Levard (levard@gret.org) et Amel Benkahla (benkahla@gret.org) Références Alpha A., Rolland J.-P., 2011, Analyse de la cohérence des politiques commerciales en Afrique de l’Ouest,AFD, Document de travail no  114, 165 p. Enda Cacid, 2012, État du commerce de l’Afrique de l’Ouest, 122 p. GTZ, 2010, Regional Agricultural trade in EastAfrica.A focus on Kenya,Tanzania and Uganda. Levard L., Benkahla A., 2012, Comment promouvoir le commerce agricole intra- africain? Analyse des pistes et des freins pour le développement de ce commerce, Synthèse et résultats des deux études, Gret, collection « Études etTravaux en ligne » no  35, 40 p. Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org Maquette:HélèneGay. Coordination : Marie Bessières bessieres@gret.org Politiques & Pratiquesde développement 4 Politiques & Pratiquesde développement Cette note s’appuie sur la synthèse de deux études menées en partenariat avec Bio Goura Soulé et FaridathAboudou (Lares,Bénin) pour l’Afrique de l’Ouest et Damian Gabagambi (Sokoine University of Agriculture, Tanzanie) pour l’Afrique de l’Est, avec le soutien finan- cier de l’Agence française de développement (AFD) (voir référence Levard L, Benkahla A., 2013).Les opinions exprimées dans cette note n’engagent que le Gret.