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SOMMAIRE
INTRODUCTION ……………………………………….....……………..... 2



PREMIERE PARTIE : DU PNA A L’ECOMOG : UNE VOLONTE
MANIFESTEDE METTRE EN PLACE UN ESPACE DE PAIX ET DE SECURITE ........…...…   6




DEUXIEME PARTIE : DE L’ECOMOG AU MECANISME DE 1999 : VERS
LA MISE EN PLACE DE L’ESPACE DE PAIX ET DE SECURITE OUEST -AFRICAIN      29




CONCLUSION ………………………………………..…………………… 60



ANNEXES ……………………………………………...……….……………. 65



BIBLIOGRAPHIE ……………………………………………...……….... 90
2




INTRODUCTION
3



La CEDEAO regroupe l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest et se compose
d’une population estimée à plus de 200 millions de personnes. Elle est dominée par
les jeunes, dont la plupart manquent d’éducation et de qualifications techniques. Il y
a une disparité large dans la distribution de la richesse et du revenu au sein de la
population et entre les centres urbains et les secteurs ruraux. Les langues officielles
des Etats membres sont : l’anglais, le français, le portugais et l’arabe. L'économie des
Etats membres repose principalement sur l’agriculture. Les principales exportations
sont : le pétrole, l’or, le diamant, la bauxite, le fer, le café, le bois, le coton et
l’arachide. Les principaux investisseurs économiques de la sous-région sont la
France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et les Arabes d'origine libanaise et syrienne.


La sous-région est un germoir de l'agitation politique, économique et sociale qui a eu
comme conséquence la croissance des mouvements insurgés et révolutionnaires
soutenus en grande partie par la jeunesse économiquement marginalisée et les
membres aliénés des élites. Les gouvernements qui ont émergé de cet environnement
tendent vers l'autocratie et la répression, alors que le système politique favorise
l'exclusion de l'opposition et des vues d'opposition. La structure de sécurité des Etats
est consacrée à la conservation du régime et de l’élimination de ceux qui s'opposent à
lui.


Le problème de sécurité est aggravé par la nature multi-ethnique des Etats. Sans
exception, tous les Etats de l’Afrique de l’Ouest sont composés de multitude
d’ethnies dont la plupart sont des ethnies historiquement rivales. A cela s’ajoute la
mainmise de certaines ethnies sur le pouvoir au détriment des autres.


Dans les années 70, les Chefs-d’Etat ouest africains se sont rendus compte qu’il était
urgent et nécessaire d’instaurer un climat de paix et de sécurité dans la sous-région
pour atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés au sein de la CEDEAO. C’est ainsi
que sera signé un PACTE    DE   NON-AGRESSION à Lagos, (Nigéria) en 1978. Ce pacte
sera suivi par le PROTOCOLE D’ASSISTANCE MUTUELLE            EN MATIERE DE    DEFENSE
signé à Freetown (Sierra Leone) en 1981. Mais, la véritable révolution viendra de la
mise en place de l’Ecomog.
4



L’Ecomog est une force ouest africaine de maintien de la paix créée dans les années
90 par des pays membres de la CEDEAO. La force est composée majoritairement de
Nigérians.


En août 1990, sans perspective d’intervention des Nations Unies dans la terrible
guerre qui déchirait le Libéria, une partie des Etats de l’Afrique de l’ouest décidèrent
de déployer l’Ecomog à Monrovia pour séparer les factions en guerre et arrêter le
carnage. Les Etats ouest africains ont justifié leur interposition par le fait que ce
n'était plus un conflit interne puisque des milliers de leurs propres ressortissants ont
été emprisonnés au Libéria et des dizaines de milliers de réfugiés s'étaient sauvées
dans les pays voisins.


Il y a eu beaucoup de spéculation au sujet des motivations réelles des pays qui
composaient la force. Certains ont accusé le Nigéria de soutenir le gouvernement de
SAMUEL DOE ami et allié du Président nigérian BABANGIDA ; d'autres affirment que
le Nigéria voulait s’imposer comme la « superpuissance » de la sous-région. D'autres
croient que les motivations des Etats étaient dues à la crainte de voir une
déstabilisation de la sous-région. Toujours, d'autres affirment que l'interposition était
due au traitement que les hommes de CHARLES TAYLOR réservaient aux
ressortissants des autres pays de l’Afrique de l’Ouest habitant au Libéria.


Nous avons entrepris de faire des recherches sur le cas Ecomog parce que nous
pensons que la création de la force et son intervention au Libéria est une évolution
importante pour les africains dans leur volonté de se prendre en main en matière de
maintien de la paix. Et pour les ouest-africains un début pour instaurer un espace de
paix et de sécurité dans leur région. Plusieurs Etats africains ont rêvé voir naître un
jour un système ou une capacité collective de défense africaine pour répondre aux
conflits internes plutôt que de compter sur des Forces extérieures comme celles de
l'ONU. L’intervention de l’Ecomog au Libéria a marqué un tournant important dans
la pratique du maintien de la paix par des organismes régionaux ou sous-régionaux
africains. Elle a également soulevé une vieille discussion en Afrique au sujet de la
création d'une capacité continentale de réponse aux conflits et à l’instabilité. Le
5



Président KWAME NKRUMAH du Ghana fut l’un des premiers à avoir soulevé l'idée
d'une force africaine de maintien de la paix à la naissance de l’OUA en 1963. Depuis
lors, plusieurs tentatives ont vu le jour dont la plus importante fut celle de l’OUA. En
1981, l’organisation avait émis le souhait de mettre en place une Force
interafricaine pour surveiller la guerre civile au Tchad. Malheureusement, ce projet
échoua. Cet échec était en partie due à une mauvaise planification, à l’absence d’un
mandat précis de la Force, à l’absence d’une structure de commandement fiable, au
manque de volonté politique de certains dirigeants africains, au manque de
ressources financières etc.


En ce qui concerne nos recherches sur le sujet, notre principal intérêt est de savoir si
la création de l’Ecomog a été une bonne expérience pour la CEDEAO dans sa
volonté de mettre en place un espace de paix et de sécurité en Afrique de
l’Ouest ?


Pour répondre à cette question, nous organiserons notre réflexion autour de deux
principaux axes :


       dans une première partie, nous verrons ce que la CEDEAO à fait, de sa
       création à la naissance de l’Ecomog, pour mettre en place son espace de paix
       et de sécurité.
       dans une seconde partie, nous verrons ce que l’expérience de l’Ecomog a
       apporté à la CEDEAO dans sa volonté de mettre en place un espace de paix et
       de sécurité en Afrique de l’ouest.
6




          PREMIERE PARTIE :

DU PNA A L’ECOMOG : UNE VOLONTE MANIFESTE DE

   METTRE EN PLACE UN ESPACE DE PAIX ET DE

                  SECURITE
7



CHAPITRE 1 : LA CEDEAO ET SES PROTOCOLES DE DEFENSE


Qu’est ce que la CEDEAO ? Quels sont ses objectifs ? Comment est-elle structurée ?
Telles sont les questions auxquelles nous essayerons de répondre dans ce chapitre
dont le but est de donner une description de cette organisation sous-régionale
africaine.


En outre, nous traiterons dans ce chapitre les deux protocoles de défense signés au
sein de la CEDEAO et qui constituent la pierre angulaire de la volonté des pays de
l’Afrique de l’Ouest de mettre en place un espace de paix et de sécurité pour un
développement économique effectif et viable.


SECTION 1 : PRESENTATION DE LA CEDEAO


PARAGRAPHE 1 : NAISSANCE ET OBJECTIFS DE LA CEDEAO


La CEDEAO est un regroupement régional de quinze pays créé le 28 mai 1975 à
Lagos au Nigeria. Le projet de la création de la CEDEAO remonte en 1967 lors de la
conférence des Etats de l’Afrique de l’Ouest réunie à Accra. L’année suivante, en
1968, sera signé à Monrovia l’accord portant création d’un groupe régional de
l’Afrique occidentale. Mais c’est en 1972, à l’initiative du Nigeria et du Togo que
l’idée sera relancée et mènera à la signature du traité de Lagos 1. Les protocoles
établissant la CEDEAO ont été signés à Lomé (Togo) le 5 novembre 1976. Un traité
revu pour accélérer l’intégration économique et pour augmenter la coopération
politique a été signé en juillet 1993. A l’origine, le traité de Lagos est signé par neuf
Etats francophones, cinq anglophones et un lusophone. Un peu plus tard le Cap-Vert
rejoindra ces quinze pays. La Mauritanie, membre fondateur, s'est retirée de
l’organisation en 1999 ce qui fait qu’elle est composée aujourd’hui de 15 pays 2.




1
  BELAOUANE-GHERARI Sylvie et GHERARI Habib, « Les organisations régionales africaines »,
La Documentation Française, Paris, 1988, p. 150
2
  Les 15 pays membres de la CEDEAO sont: Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Ghana, Guinée,
Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra-Leone et Togo.
8



La CEDEAO est le plus vaste sous ensemble régional africain. Il renferme un marché
commun de plus de 220 millions d’habitants et une superficie de 6 millions de km2.
Les objectifs qui lui sont assignés par le traité de Lagos consistent à promouvoir la
coopération et le développement dans tous les domaines de l’activité économique
notamment l'industrie, les transports, les télécommunications, l'énergie, l'agriculture,
les ressources naturelles, le commerce, les questions monétaires et financières, les
questions sociales et culturelles ; « d’abolir à cette fin les restrictions quantitatives et
administratives au commerce, supprimer les obstacles à la libre circulation des
personnes, des services et des capitaux et créer un fond de coopération, de
compensation et de développement » 3. Elle a également pour objectif de promouvoir
les relations entre les États membres et contribuer au progrès et au développement du
continent africain. Enfin, depuis que les Etats membres ont compris que prospérité
économique durable et sécurité riment ensemble, ils ont fait de la réalisation d’un
authentique et efficace système sous-régional de paix et de sécurité un objectif
majeur de leur organisation.


Le Traité revu de 1993 « identifie comme objectifs économiques l’aboutissement à un
marché commun et à une monnaie unique ; les objectifs politiques étant la mise en
oeuvre d’un parlement de l’Afrique de l’ouest, un conseil économique et social, et
une Cour de Justice CEDEAO pour remplacer le tribunal existant et appliquer les
décisions de la communauté. Ce Traité donne formellement la responsabilité de
prévenir et de régler les conflits régionaux à la Communauté » 4.




3
  BELAOUANE-GHERARI Sylvie et GHERARI Habib, « Les organisations régionales africaines »,
op. cit. p. 150
4
  Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de
l’Afrique          de         l’Ouest        (CEDEAO) »            (Voir      page        Internet
http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf
9



PARAGRAPHE 2 : LES STRUCTURES 5 DE L’ORGANISATION


La structure de la CEDEAO est la suivante 6 :
        La Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement (CCEG),
        Le Conseil des Ministres,
        La Cour de Justice de la Communauté,
        Le Parlement de la CEDEAO,
        Le Secrétariat Exécutif, et
        Les Commissions techniques.


LA CONFERENCE DES CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT est l’organe suprême
de la Communauté. Elle est composée des Chefs d’État et/ou de Gouvernement des
États membres. Son rôle est de donner les principes directeurs de l’organisation, de
contrôler le bon fonctionnement de la Communauté et de prendre toutes les mesures
adéquates afin de garantir le développement progressif et la réalisation des objectifs.


LE CONSEIL DES MINISTRES est composé du Ministre responsable des Affaires de la
CEDEAO ainsi que d‘un Ministre désigné par chaque État membre. Son rôle consiste
entre autres à approuver les programmes de travail et les budgets de la Communauté
et de ses institutions ; à émettre des directives pour les affaires concernant la
coordination et l’harmonisation des politiques d’intégrations économiques et à
formuler des recommandations à la CCEG sur les questions visant à la réalisation des
objectifs de la Communauté.


LA COUR DE JUSTICE DE LA COMMUNAUTE, qui est une institution permanente, a été
créée en octobre 1999 à Abuja. Elle se compose d’un Président, d’un Greffier en
chef, et de sept juges. Sa mission est de traiter « les plaintes émanant d’États




5
  En outre des structures que nous allons traiter, le Conseil Economique et Social, la Banque
d’Investissement et de Développement de la CEDEAO etc.
6
  Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de
l’Afrique         de        l’Ouest         (CEDEAO) »            (Voir      page       Internet :
http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf)
10



membres et des institutions de la CEDEAO, ainsi que des questions se rapportant
aux états qui [ne s’] acquittent pas [de] leurs dettes » 7.


LE    PARLEMENT DE LA         CEDEAO se compose de 115 députés. Tous les Etats
membres ont le droit d’y être représentés. Le Togo, le Liberia, le Cap-Vert, la Guinée
Conakry, la Guinée-Bissau, le Bénin, la Gambie et la Sierra Leone ont chacun droit à
5 députés. Le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Sénégal ont chacun droit à 6
députés. La Côte d’Ivoire a droit à 7 représentants. Le Ghana a droit à 8 députés.
Enfin, le Nigeria a lui droit à 35 députés. Aucun des 115 représentants parlementaires
n’est élu au suffrage universel (au niveau de la Communauté), ce sont tous des
membres des parlements nationaux de leurs pays respectifs. Le Parlement se réunit à
Abuja et fonctionne uniquement à titre consultatif et de conseiller.


LE SECRETAIRE EXECUTIF DE LA CDEAO, qui est élu pour un mandat de quatre ans
par la CCEG, a pour mission de veiller au bon fonctionnement de la Communauté et
de la mise en oeuvre des décisions prises par la CCEG. Son siège se trouve à Abuja
(Nigeria).


LES   COMMISSIONS TECHNIQUES SPECIALISEES,                 que l’on retrouve au sein de la
CEDEAO sont :


        Alimentation et agriculture ;
        Industrie, science et technologie et énergie ;
        Environnement et ressources naturelles ;
        Transport, communications et tourisme ;
        Commerce, douanes, impositions, statistiques, monnaie et payements ;
        Affaires politiques, juridiques et légales, sécurité régionale et immigration ;
        Ressources humaines, information, affaires sociales et culturelles;
        Commission pour l’administration et les finances.



7
  Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de
l’Afrique         de         l’Ouest         (CEDEAO) »           (Voir      page        Internet :
http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf)
11



Bien qu’étant une organisation économique, la CEDEAO s'est très tôt préoccupée de
la paix et la sécurité régionale, facteur incontournable au développement socio-
économique des Etats membres.


SECTION 2 : LES PROTOCOLES DE DEFENSE CONCLUS AU SEIN DE LA CEDEAO


La CCEG de la CEDEAO a adopté un protocole de non agression en 1978 puis, en
1981, un protocole d'assistance en matière de défense pour instaurer un climat de
stabilité et de sécurité dans la sous région.


PARAGRAPHE 1 : LE PROTOCOLE DE NON AGRESSION (PNA)


Le PNA a été signé, par les États membres de la CEDEAO, le 22 avril 1978 lors
d’une réunion qui s’est tenue à Lagos. L’initiative est venue du Nigéria et du Togo ;
deux pays sous dictature militaire. D’ailleurs ce n’était pas les seuls, à l’époque, dans
la sous région. En effet au moment de la signature du protocole plus de la moitié des
pays étaient dirigés par des militaires. La liste qui va suivre est celle des
personnalités ayant signé le protocole ; elle donne nettement une idée de ce que nous
venons d’affirmer.


Etaient présents lors de la signature du PNA :


        Le Colonel Mathieu KEREKOU (Président du Bénin),
        Mr. Félix HOUPHQUET BOIGNY (Président de la Côte d’Ivoire),
        Mr. Arstides PEREIRA (Président du Cap-Vert),
        Dr. William R. TOLBERT, (Président du Libéria),
        Alhaji Sir Daouda K. JAWARA,
        Mr. Founeke KEITA (Ministre des finances et du commerce de la
        République du Mali, et au nom du Président du Comité militaire de la
        libération nationale du Mali),
        Major Général George Yaw BOAKYE (Pour et au nom du chef d'Etat et du
        Président du Conseil militaire suprême de la République du GHANA),
12



       Mr. Ismaël TOURE (Ministre de l'économie et des finances pour et au nom
       du chef d'Etat et du Commandant-en-Chef des forces armées révolutionnaires
       des peuples de la République de GUINÉE : le Président Ahmed Sékou
       TOURE),
       Mr. Moktar Ould DADDAH (Président de la République islamique de
       Mauritanie,
       L’Intendant militaire Moussa TONDI (Ministre des finances du Niger pour
       et au nom du Conseil militaire suprême de la République du NIGER),
       Mr. Luiz CABRAL (Président de la République de Guinée-Bissau),
       Lt. Général Olusegun OBASANJO (Chef du gouvernement militaire fédéral,
       du Nigéria et Commandant-en-Chef des forces armées de la République du
       Nigéria),
       Mr. Léopold Sédar SENGHOR (Président de la République du Sénégal),
       DR Siaka STEVENS (Président de la République de Sierra Léone),
       Général Gnassingbe EYADEMA (Président de la République du Togo)
       Général A. Sangoule LAMIZANA (Président de la République de la Haute-
       Volta)


Au travers du PNA, chaque Etat membre excluait toute mesure dans ses relations,
avec les autres Etats membres, de recourir à la menace, à l'utilisation de la force, à
l'agression ou tout autre moyen contraire aux chartes des Nations Unies et de
l’Organisation de l'Unité africaine (Union Africaine maintenant) contre l'intégrité
territoriale et l'indépendance politique des autres Etats membres.


Chaque Etat membre s’engageait également à


       s'abstenir d’encourager ou de tolérer toute subversion, hostilité ou agression
       contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique des autres Etats
       membres ;
       empêcher des étrangers résidents sur son territoire de commettre de tels actes;
13



       empêcher des étrangers non-résidents d'employer son territoire comme base
       pour commettre les actes cités ci-dessus contre la souveraineté et l'intégrité
       territoriale des autres membres.


L’article 5, qui porte règlement pacifique des différends, dispose :


   1. « Les Etats membres ont recours à des moyens pacifiques pour régler les
       différends qui pourraient surgir entre eux.
   2. Toute dispute qui ne peut être réglée de manière pacifique entre les États
       membres sera soumise à un comité de la Communauté. Dans l’éventualité
       d’un échec de résolution par le Comité, la dispute sera soumise à l’Autorité
       [par exemple Les Chefs d’État].
   3. La composition et le mandat du Comité visé au paragraphe précédent seront
       déterminés par l’Autorité. »


La signature du PNA fut une très bonne chose mais malheureusement, les dirigeants
de la sous-région, plus soucieux de la survie de leur pouvoir que celle de leurs
peuples, par manque de confiance à leurs voisins, par leur volonté de s’imposer
comme « leader » de la sous-région et par le jeu des puissances de l’époque (Etats-
Unis et URSS), l’ont vite rangé aux oubliettes. En effet, plus que jamais, l’Afrique de
l’ouest fut plongée dans le chaos des guerres civiles, et des coups d’Etats dont la
plupart étaient soutenus et encouragés par des pays signataires du protocole. Ce qui
allait sans nulle doute à l’encontre de l’esprit du PNA.


Au début des années 80, convaincus une fois de plus que la stabilité et la sécurité de
la sous région est un pilier essentiel à l’intégration économique ou soucieux de
préserver leur pouvoir, les Chefs-d’Etat de la CEDEAO adoptèrent un autre
protocole.
14



PARAGRAPHE 2 :         LE   PROTOCOLE        D’ASSISTANCE        MUTUELLE       EN MATIERE DE

DEFENSE (PAMD)


Le PAMD a été signé à Freetown, en Sierra Leone, le 29 mai 1981 par treize Etats
membres de la CEDEAO 8. Il est entré en vigueur cinq ans plus tard (en 1986). C’est
un traité collectif de défense dans lequel les Etats signataires considèrent que « toute
menace d’agression armée ou toute agression armée dirigée de l’extérieur contre
l’un quelconque des Etats membres constitue une menace ou une agression contre
l’ensemble de la communauté » 9 et s’engage à donner une aide et une assistance
mutuelle pour la défense 10. Egalement, ils prévoient une réaction collective dans le
cas ou un Etat membre est victime d’un conflit armé intérieur fomenté et soutenu
activement de l’extérieur et qui met en danger la paix et la sécurité d’autres états
membres 11. Dans ce cadre sont créées les FORCES                     ARMEES ALLIEES DE LA

COMMUNAUTE (FAAC).


Le protocole avait mis en place trois institutions devant permettre son application.
Ces institutions sont : l’AUTORITE, le CONSEIL             DE DEFENSE      et la COMMISSION       DE

DEFENSE.



L’AUTORITE doit, à l'occasion de chaque réunion annuelle de la CEDEAO, examiner
les problèmes généraux concernant la paix et la sécurité de la sous-région. C’est à
elle de décider de la convenance d’une action militaire et de confier son exécution au
commandement des FAAC. Selon le protocole, les décisions prises par l'Autorité
sont immédiatement exécutoires.


Le CONSEIL      DE DEFENSE       se compose des ministres de la défense et des affaires
étrangères des Etats membres. Toutefois, en période de crise, il est présidé par le
Président de l'Autorité et est élargi, selon les circonstances, à n'importe quel autre
ministre des Etats membres. Sa mission consiste à préparer des sessions

8
  Seul trois pays, parmi les 16 que compte l’Afrique de l’Ouest, ne l’avaient pas signé à l’époque. Il
s’agit du Cap-Vert, de la Guinée Bissau et du Mali.
9
  Article 2 du PAMD.
10
   Article 3 du PAMD
11
   Article 4.b du PAMD
15



extraordinaires de l’Autorité, étude de la situation, de la stratégie et des moyens à
adopter. Il peut recevoir délégation de décision de l’Autorité si les circonstances
l’exigent une intervention rapide 12. Selon l'article 9 du protocole, en cas
d'interposition armée, le Conseil de défense, aidé par la Commission de la défense,
dirigera avec l'autorité de l'Etat ou des Etats concernés, toutes les mesures devant être
prises par le commandement des FAAC et s'assurera que tous les moyens nécessaires
pour l'interposition lui sont rendus disponibles.


La COMMISSION DE DEFENSE se compose des Chefs d’Etat-major des forces armées
de tous les Etats membres. Elle est chargée d’examiner les problèmes techniques de
défense.


Le PAMD, à l’instar du PNA, n’a pas connu de succès. Mais, vers la fin des années
80 début 90, au cours de la terrible guerre civile du Libéria, son évocation a conduit à
la création de L’ECOMOG 13.


Toutefois, avant de se pencher sur le cas de l’Ecomog, nous aimerions rappeler qu’en
dehors de ces deux protocoles de défense signés au sein de la CEDEAO dans un
souci de sécuriser l’espace ouest-africain, d’autres accords et moratoires ont été
conclus. Il s’agit en particulier des CONVENTIONS POUR L’ASSISTANCE MUTUELLE
POUR LES    AFFAIRES CRIMINELLES ET L’EXTRADITION signées à Dakar le 29 juillet
1992 et à Abuja le 6 août 1994 ; de la DECLARATION                  SUR LE    MORATOIRE        SUR

L’IMPORTATION, L’EXPORTATION ET LA FABRICATION D’ARMES LEGERES,                           adoptée
les 30-31 octobre 1998, et du PROGRAMME                      POUR LA       COORDINATION         DE

L’ASSISTANCE POUR LA          SECURITE      ET LE    DEVELOPPEMENT (PCASED), signé à
Bamako le 24 mars 1999 14. Il faut également y inclure La DECLARATION                          DES

PRINCIPES POLITIQUES DE LA             CEDEAO signée en juillet 1991. Elle « définit
l’engagement des [Etats] membres pour la promotion et la protection des droits de



12
   Barry Mamadou Aliou, « La prévention des conflits en Afrique de l’Ouest », Karthala, Paris, 1997,
p. 198
13
   ECOWAS CEASEFIRE MONITORING GROUP (Groupe de la CEDEAO chargé du contrôle et de la
mise en oeuvre du cessez-le-feu)
14
   Ce Moratoire a été prolongé de trois ans le 9 juillet 2001 à Abuja
16



l’Homme, la démocratie, et la séparation constitutionnelle de la justice et du
pouvoir » 15.


L’ANAD 16 mérite aussi d’être évoqué non seulement du fait de ses similitudes avec
le PNA et le PAMD mais aussi du fait que c’est le premier accord de défense
collective conclu par des Etats de la sous région. L’ANAD, signé le 9 juin 1977 à
Abidjan (Côte d’ivoire), est un accord assez particulier. Sa particularité, par rapport
aux accords de défense de la CEDEAO, réside dans le fait qu’il a été conclu au sein
de la CEAO 17 qui est une organisation regroupant uniquement les pays francophones
de la sous-région. A sa signature, sept des neuf pays francophones de l’Afrique de
l’ouest l’ont signé 18.


Si l’on n’y regarde de près, nous pouvons dire que l’ANAD a été l’inspirateur du
PNA et du PAMD. Les principes de l’accord se déclinent ainsi 19 :


        Engagement à ne pas utiliser la force pour régler les différends.
        Aide mutuelle contre toute agression extérieure.




15
   Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de
l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » (Voir page Internet
http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf )
16
   Accord de Non-agression et d’Assistance en matière de Défense.
17
   COMMUNAUTE DES ETATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST
18
   L’ont signé : le Burkina Faso, la Côte d’ivoire, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le
Togo. Le Bénin et la Guinée étaient observateurs.
19
   BARRY Mamadou Aliou, « La prévention des conflits en Afrique de l’Ouest », op. cit. p. 191-192.
17



CHAPITRE 2 : LA MISE EN PLACE DE L’ECOMOG


La guerre civile du Libéria est le facteur déclencheur de la mise en place de
l’Ecomog qui est une force d’interposition ou d’observation ouest africaine. Cette
force a vu le jour grâce à la « manipulation » des protocoles de défense de la
CEDEAO par un certain nombre de pays de la sous région.


Pour comprendre l’histoire de l’Ecomog, il est incontournable de revenir à la terrible
guerre civile du Libéria qui a débuté vers la fin des années 80 et qui a vu
l’implication d’un très grand nombre d’acteurs extérieurs en outre de la multitude de
factions rebelles du conflit.


SECTION 1 : LA GUERRE CIVILE DU LIBERIA


Le Libéria a été fondé en 1820 par une société philanthropes américaines qui voulait
donner un territoire aux esclaves affranchis de l’Amérique. Il deviendra en 1847 le
premier Etat indépendant d’Afrique. Comme nous l’avons souligné, ce pays a été
frappé par une guerre civile déclarée pour mettre fin à l’injustice et aux atrocités que
le régime en place faisait subir à la population (notamment à un certain nombre
d’ethnies non associées aux reines du pouvoir). Cette guerre, comme la plupart, s’est
distinguée par son atrocité, sa durée mais aussi par l’implication de beaucoup
d’acteurs externes notamment l’Ecomog.


PARAGRAPHE 1 : LES FACTEURS INTERNES DU CONFLIT


La guerre civile libérienne a commencé la veille de Noël de l’année 1989 quand le
NATIONAL PATRIOTIC FRONT         OF   LIBERIA (NPFL) a envahi le pays à partir de la
Côte d'Ivoire voisin. L’objectif des rebelles était de mener une action qui
déstabiliserait le régime et, par la suite, leur permettre de renverser le pouvoir en
place grâce à un soutien important de la population. Mais, le but avancé par Charles
TAYLOR, le Chef du NPFL, était tout autre. Selon lui l’objectif était de mettre un
terme au régime brutal du Chef de l’Etat libérien Samuel DOE.
18



Samuel DOE a pris le pouvoir au Libéria après avoir renversé le président TOLBERT.
Son putsch a eu lieu la nuit du 11 au 12 avril 1980. Dés le départ, le président DOE a
montré par ses actes que son régime est et allait être cruel. En effet comme le
souligne M. ADJOVI « les putschistes dans cette nuit du 11 au 12 assassinent le
président [TOLBERT] et quelques autres personnalités éminentes du gouvernement et
de l'Assemblée. (…) D'autres (…) dignitaires (…), seront arrêtés, jugés
sommairement et exécutés sur la plage en présence d'une foule immense et de la
télévision française, le 22 avril 1980 » 20.


A la suite de son coup d’Etat, pour diriger le pays, le Sergent-chef Samuel DOE
s’était entouré des membres de son ethnie les Krahn et des Mandingue (ethnie assez
proche de la sienne). Au Libéria, une grande majorité de la population ne considèrent
pas les Mandingue comme des Libériens de pure souche. Et à leur grand étonnement,
cette ethnie se retrouvait associée à la gestion des affaires de leur pays : chose qui ne
leur plaisait.


Au milieu des années 80, plus précisément en 1985, une tentative de coup d’Etat
menée par un officier originaire de la province de Nimba au nord du Libéria est
suivie d’une répression sanglante contre les membres de son ethnie (les Gio et les
Mano). Cette répression fera entre 400 et 2000 morts. 21


En résumé, « l’ethnicisation des cercles politique, économique et militaire au profit
des Krahn et accessoirement des Mandingue, ainsi que la politique de répression à
l’encontre des Gio et des Mano » 22, laissaient entendre que le Libéria allait sombrer
dans une instabilité grave. C’est d’ailleurs dans le Nimba, où les Gio et les Mano
étaient martyrisés, que le NPFL de Charles TAYLOR (ancien ministre de Samuel
DOE), lance son offensive dans l’espoir de rallier les populations à sa cause. Objectif
qu’il atteindra sans trop de difficultés.


20
   Mémoire sur le Libéria de Roland Jean-Baptiste ADJOVI, Université Paris XIII Villetaneuse (UFR
Sciences Juridiques, Politiques et Economiques), pour l’obtention d’une Maîtrise de Droit Public
(option International et Communautaire)
21
    Source l’article de Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions
internationales », Relations internationales et stratégiques, n 23, automne 1996, p. 83.
22
   ibidem
19



Au début de l’insurrection, les combats opposaient uniquement le NPFL et les forces
gouvernementales (AFL). Mais au fur et à mesure que les combats perduraient les
acteurs se multipliaient.


PARAGRAPHE 2 : LES ACTEURS DU CONFLIT


Les acteurs du conflit en question ici sont non seulement les factions armées
libériennes mais aussi les Etats qui se sont impliqués directement ou indirectement
dans le conflit.


       A. LES ACTEURS INTERNES


Dans cette guerre civile du Libéria, très vite la rébellion s’est démultipliée, on a
d'abord assisté à un fractionnement du NPFL, qui a ouvert les hostilités, et ensuite à
la naissance de nouveaux mouvements. Chacun des mouvements voulait sa part du
gâteau où prétendait défendre les membres de son ethnie contre les autres factions.
Ce qui est sûr c’est que ces factions ont très sérieusement compliqué la résolution du
conflit. Plusieurs accords de paix ont été signés mais à chaque fois violés par une
(des) faction (s).


Parmi les acteurs internes les plus influents du conflit, nous pouvons noter le NPFL
et l’UNITED LIBERATION MOVEMENT FOR DEMOCRACY IN LIBERIA (ULIMO).


Le NPFL, dirigé par Charles Taylor, est majoritairement originaire du Nimba. Quand
le NPFL a envahi le Libéria au mois de décembre 1989, il ne comptait que quelques
centaines de combattants dans ses rangs. Le mouvement s’est étendu lorsqu’il a
commencé à distribuer des armes aux populations Gio et Mano pour se défendre
contre les soldats du gouvernement qui les massacraient. Le mouvement ira jusqu’à
devenir plus important que l’armée gouvernementale. Mais minée par des divisions
internes, « cette assise ethno-géographique qui semble uniforme », va imploser pour
en résulter « un labyrinthe de factions dans lequel on se perd facilement » 23.

23
     Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 13
20



Parmi les factions les plus importantes du NPFL, nous pouvons citer l’INDEPENDENT
NATIONAL AND PATRIOTIC FRONT OF LIBERIA (INPFL) de « Prince » JOHNSON.


L’INPFL est née en juillet 1990 à la suite d'une discorde entre C. TAYLOR et Prince
JOHNSON qui était alors chargé de la formation militaire des combattants du NPFL.
C’est cette faction qui avait capturé et torturé à mort le président Samuel DOE tout en
le film. D’ailleurs, à l’époque la cassette était disponible dans la sous-région
moyennant une somme inférieure à 5 000F (CFA) ou l’équivalence de 7,5 euros.
Comme le constate M. ADJOVI « ce mouvement perd de son importance avec l'exil
volontaire de son leader que le Nigéria a accueilli » 24.


Le deuxième mouvement, l’ULIMO, a été crée le 21 mai 1991 à Conakry par
d’anciens membres des AFL et du gouvernement de Samuel DOE en exil. Les figures
du mouvement sont : Alhaji KROMAH (Mandingue et leader du Movement for the
REDEMPTION      OF   LIBERIAN MUSLIMS), le général Albert KARPEH (Krahn, leader du
LIBERIAN UNITED DEFENCE FORCE et ancien ambassadeur en Sierra-Leone) ;
Roosevelt JOHNSON…


Le mouvement recrute essentiellement parmi les Krahn et les Mandingue et
« s’infiltre progressivement à partir de la Sierra Léone et de la Guinée. A l’automne
1992, elle maîtrise une grande partie de l’Ouest du pays ». 25 Ce qui lui a permis, au
cours des nombreuses négociations de paix, d’occuper une place d'interlocuteurs
égale à celle du NPFL.


Là aussi, comme au sein du NPFL, les divergences de points de vue et les luttes de
pouvoir conduisirent à l’implosion du mouvement. Les accords de Cotonou 26 en


24
   Pour information Prince Johnson est mort vers la fin des années 90 à l’étranger dans des
circonstances douteuses.
25
   Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit.
p. 83
26
   Ceux-ci posent les bases d’un processus de paix classique : cessez le feu, installation de nouvelles
autorités de transition, désarmement, démobilisation, rapatriement-réinstallation des personnes
réfugiées et déplacées, élection. Egalement paraphés par un représentant de l’ONU et de l’OUA, les
accords prévoient en outre la mise en place d’une mission d’observation non armés des Nations-unies
(UNOMIL) pour surveiller l’application du processus, ainsi que la création d’une « expanded
21



juillet 1993 prévoyaient la création d’un gouvernement de transition, LIBERIA
NATIONAL TRANSITIONAL GOVERNMENT (LNTG) et d'un Conseil d'Etat. Selon M.
ADJOVI, c’est au sein de ce Conseil d’Etat qu’est née la dissension. Il raconte que
pendant la réunion du Conseil, le 28 février 1994, pour l'élection du président, l'un
des représentants de l'ULIMO (un Krahn) avait voté contre l'autre représentant (un
Mandingue) qui aspirait à la présidence 27. Et c’est à partir de là que les choses se
sont envenimées entre les deux groupes qui composent le mouvement. C’est en mars
1994 que l’ULIMO se divise définitivement entre sa branche Krahn dirigée par
Roosevelt JOHNSON (ULIMO-J) et sa branche Mandingue commandée par Alhaji
KROMAH (ULIMO-K).


En dehors du NPFL, du INPFL, des AFL, de l’ULIMO-J et de l’ULIMO-K, nous
pouvons citer d’autres groupes et pas des moindres. Il s’agit notamment du
LIBERIAN PEACE COUNCIL (LPC) de George BOLEY crée en octobre 1993 et qui
recrute essentiellement parmi un sous-groupe Krahn (les Sarpoh) 28 ; de la LOFA
DEFENSE FORCE (LDF) créée en novembre 1993 par François MASSAQUOI et qui est
composées de ressortissants du Lofa… 29


Chacun de ces groupes rebelles avait une assise extérieure qui lui permettait non
seulement de survivre dans cette guerre mais aussi de bénéficier du partage du
pouvoir libérien qui se faisait à chacun des multiples accords de paix.


    B. LES ACTEURS EXTERNES DU CONFLIT


Les acteurs externes de la guerre civile du Libéria ne sont pas seulement ceux qui
directement ou indirectement soutenaient les factions rebelles. C’est aussi ceux qui
se sont impliqués dans les divers processus de négociation pour que la paix
revienne ; ceux qui par l’humanitaire se sont impliqués etc. Pour ne pas rentrer dans


Ecomog » composée de bataillon extérieurs à la sous-région (Tanzanie, Ouganda) afin de redresser la
neutralité des forces d’interposition. Ces derniers ne resteront que quelques mois.
27
   Mémoire sur le Libéria, op. cit. (http://roland.adjovi.free.fr/liberia.htm)
28
   Il était largement soutenu par les bataillons de l’Ecomog qui semble avoir participé à sa création.
29
   Elle jouera à l’origine de force supplétive du NPFL permettant d’ouvrir un second front derrière les
lignes de l’ULIMO.
22



des détailles qui nous égareraient de notre sujet nous ne traiterons que des acteurs
internationaux. Nous entendons par là certaines puissances occidentales (les Etats-
Unis et la France), la Libye et les pays de la sous-région en particulier le Nigéria 30.


             1) LES ETATS-UNIS : POUR SES INTERETS ET LA LIBYE


D’après Fabrice WEISSMAN, les Etats-Unis ne sont pas totalement étrangers à la crise
libérienne. Il affirme qu’« ils ont fermement soutenu Samuel Doe jusqu’en 1985,
malgré la dérive autoritaire de son régime » 31. Certains observateurs affirment que
Washington serait même impliqué dans le coup d’Etat de 1980 32. La raison de ce
soutien serait le rapprochement, quelques temps auparavant, du président TOLBERT
avec l’URSS, le Cuba et la Libye. Il se trouve que cette dernière s’était même
implantée dans le pays au travers de la LIBYA-LIBERIAN BANK, engagée dans la
construction de logements à Monrovia.


Dés 1980, d’après WEISSMAN, le président DOE « avait reçu une aide américaine de
90 millions de dollars, plus que l’ensemble des sommes allouées à Tolbert durant
tout son règne. De 1981 à 1985, Washington versera 400 millions de dollars au
régime de Monrovia – soit un tiers du budget chaque année -, faisant du Libéria le
premier pays bénéficiaire de l’aide américaine par tête d’habitant » 33. En outre, « en
1985, la Maison blanche reconnaît la validité de l’élection frauduleuse de Samuel
Doe. Cependant, le Congrès interdit le renouvellement de l’aide à son régime » 34. Ce
qui n’empêchera pas Washington de maintenir une assistance alimentaire et la
présence de conseillers militaires, « que l’on retrouvera aux côtés des AFL lors des
premières contre offensives en direction du NPFL » 35.


30
   L’Ecomog qui fut l’un des principaux acteurs du conflit sera traitée dans la section suivante. Quant
à l’ONU, qui également à jouer un rôle important notamment en ce qui concerne le chapeautage des
négociations et l’humanitaire, nous ne le traiterons pas. L’objectif de cette sous-partie est de montrer
les liens (directes ou indirectes) entre les forces engagées dans le conflit et certains Etats.
31
   Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit.
p. 92.
32
   Voir note de bas de page n° 24 de l’article de F. WEISSMAN.
33
   Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit.
p. 92.
34
   ibidem
35
   ibidem
23



Le soutien américain au régime de Samuel DOE, en outre des motivations
idéologiques 36, s’expliquait en partie par la présence de quelques intérêts au Libéria.
D’après M. Weissman, FIRESTONE possédait au Libéria la plus grande plantation
d’hévéas du monde ; le pays abritait une station de navigation « OMEGA » pour les
sous-marins et un réémetteur de VOICE            OF   AMERICA et enfin la base régionale de la
CIA en Afrique de l’Ouest s’y trouvait. 37


La présence de ces intérêts au Libéria justifiait-elle réellement le soutien de
Washington au cruel dictateur Samuel DOE ? Etant donné que la concession d’hévéas
FIRESTONE avait déjà été cédée à la firme japonaise BRIDGESTONE en 1990, la station
« OMEGA » transférée au Mozambique de même que le réémetteur de VOICE                                OF

AMERICA ; nous pensons que c’est surtout l’implication de la Libye au côté de
TAYLOR qui à pousser les Américains à soutenir DOE.


             2) LA LIBYE ET LE NIGERIA : POUR L’HEGEMONIE


L’implication du Nigeria dans le conflit du Libéria a des raisons diverses. Les raisons
les plus apparentes sont les liens qui existaient entre les autorités militaires du pays,
notamment le président BABANGIDA, et le régime de Samuel DOE (le régime militaire
de Lagos était très lié à celui de Samuel DOE) ; le désir du Nigeria d’exercer un rôle
de puissance régionale ; et sa volonté de protéger ses intérêts économiques au
Libéria 38. L’implication de la Libye est également avancée comme une raison de
celle du Nigéria. D’aucun pense que Lagos considérait d’un mauvais œil l’accession
à la tête du Libéria d’un mouvement patronné par la Libye. « Le régime de Kadhafi –
auquel le Nigeria s’était notamment heurté au Tchad – était d’autant plus craint que



36
   Samuel DOE n’était certes pas un fervent de la démocratie mais il était loin d’être un communiste.
37
   Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit.
p. 92.
38
   Pour ce qui est des intérêts économiques, il se trouverait que le président Babanguida avait investi
aux côtés de Samuel Doe dans le projet d’exploitation du gisement de fer Mifergui. Une chute
éventuelle du président Doe aurait remis cette entreprise en cause, capital pour l’industrie sidérurgique
nigériane et pour les intérêts personnels du Chef de l’Etat. Selon Eric Fottorino, dans le Monde du 25
avril 1991, Lagos aurait également cherché à contrôler l’attribution des pavillons de complaisance
ainsi que le port France de Monrovia qui lui aurait permis de faciliter les opérations de blanchiment de
l’argent de la drogue.
24



celui-ci pouvait menacer l’unité du pays en jouant la carte de la mobilisation
islamique » 39.


L’implication de la Libye est liée aux ambitions personnelles du président KADHAFI
qui s’est depuis longtemps voulu le promoteur des révolutions. KADHAFI voulait
également installer des hommes à lui ou des hommes avec lesquelles il entretient de
très bonnes relations pour assoupir ses envies hégémoniques et constituer un
contrepoids à la puissance américaine. Depuis les années 60, la Libye s’est retrouvée
liée à plusieurs des conflits africains. Mais depuis qu’elle s’est constituée comme le
chantre de l’unité africaine, elle se retire petit à petit.


             3) LA FRANCE         ET LES PAYS FRANCOPHONES DE LA SOUS-REGION                         :
                  POUR LES INTERETS, LA FAMILLE ET LA FRANCOPHONIE



La France s’est discrètement impliquée aux côtés de Charles TAYLOR à travers le
Burkina Faso et la Côte d’ivoire. D’ailleurs, se furent pratiquement les seuls pays
francophones de la sous-région à s’impliquer directement (par leur soutien au NPFL)
dans le conflit. Toutefois, la Guinée, qui est un pays francophone, avait soutenu
l’ULIMO notamment sa branche Mandingue.


Selon M. WEISSMAN, en 1991, 68% des grumes sortant clandestinement du
TAYLORLAND étaient expédiés vers la France. Ce qui constituait une rentrée d’argent
assez importante pour le NPFL de TAYLOR. Il avance également que des intérêts
français étaient présent dans l’exploitation du minerais de fer du mont Nimba et que
USINOR, engagé dans le projet Mifergui, a continué à acheter du fer dans le
TAYLORLAND après le déclenchement des hostilités. Toutefois, M. WEISSMAN a tenu à
préciser qu’il est difficile de dire quel est le degré exact d’implications des autorités
gouvernementales françaises et si ces acteurs obéissaient à une logique politique ou
économique 40. Ce qui est plus ou moins sûr, c’est que la France a instrumentalisé la
Côte d’ivoire et le Burkina Faso pour soutenir C. TAYLOR. Ces deux pays ont non

39
   Voir note de bas de page n° 31 de l’article de F. WEISSMAN.
40
   Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit.
p. 93.
25



seulement interféré dans le conflit libériens pour défendre leurs intérêts quelconques
mais aussi pour régler des problèmes personnels (entre S. Doe et H. Boigny) comme
le souligne M. ADJOVI 41.


En effet, selon M. ADJOVI, « le fils du président défunt Tolbert, Adolphus Benedict, a
épousé une parente du président ivoirien qui de plus considère le président libérien
comme un ami personnel. Ainsi, le putsch d’avril 1980 en étant à l’origine de la mort
des Tolbert, touchait directement Houphouët-Boigny pour qui c’était une affaire
personnelle. Le président Blaise Compaoré du Burkina-Faso est aussi gendre de
Houphouët qui aurait usé de l’existence de cette alliance pour convaincre
Compaoré » 42. Pour ce qui est du Burkina-Faso, M. ADJOVI précise que COMPAORE
n’avait pas besoin d’un quelconque argument d’HOUPHOUËT pour s’engager puisque
le Burkina et C. TAYLOR étaient unis par l’idée de révolutionnaire.


Au delà des problèmes personnels, ce qui motivait le plus la Côte d’Ivoire était sa
volonté de s’opposer à l’hégémonie des pays anglophones dans la sous région en
particulier le Nigéria. La Côte d’Ivoire était le principal rival du Nigéria dans sa
quête d’hégémonie régionale. Quand le Nigéria s’est impliqué dans le conflit
libérien, le vieux HOUPHOUËT a renforcé son appui à TAYLOR. L’objectif étant
d’anéantir les ambitions hégémoniques du Nigéria.


Comme nous l’avons tantôt souligné, la Côte d’ivoire ne voulait pas une main mise
des pays anglophones sur les affaires de la sous-région, ainsi, elle s’est constituée (et
se considérait comme tel depuis longtemps) comme le porte drapeau des pays
francophones pour faire face au « géant » nigérian. Pour résumer, nous reprendrons
les termes de M. ADJOVI en disant qu’au-delà d’une logique relationnelle, c’est donc
une logique de compétition politique qui pousse HOUPHOUËT à soutenir C. TAYLOR
contre S. DOE.




41
     Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 20
42
     Ibidem.
26



Pour terminer, nous signalons qu’au delà de ces quelques pays, c’est l’Ecomog, dont
la constitution était liée à ce conflit, qui a joué le plus grand rôle dans l’affaire
libérienne.


SECTION 2 : LA NAISSANCE DE L’ECOMOG


Au plus fort moment de la guerre du Libéria, un certain nombre de chefs d’Etat de la
Communauté de l’Afrique de l’ouest a affirmé son inquiétude face aux ravages et
aux conséquences éventuelles du conflit dans la sous région. Ainsi en réveillant le
PNA, le président nigérian Ibrahima BABANGIDA a réussi à obtenir de la Conférence
des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, la mise en place d’un COMITE
PERMANENT           DE   MEDIATION (EMSC : ECOWAS MEDIATION STANDING
COMMITTEE) pour trouver une solution finale au conflit libérien.


Ce Comité devait en théorie se composer de cinq membres : l’Etat qui occupe la
présidence de la CEDEAO et quatre autres qui ont un mandat de trois ans. Pour sa
première année d’exercice, les cinq Etats la composant, étaient le Ghana, le Mali, le
Nigéria et le Togo et la Gambie qui assurait la présidence de la CEDEAO. Ce sont
ces pays qui, au cours d’une réunion du Comité, qui s’est tenue du 6 au 7 août 1990 à
Banjul, ont pris l’initiative de créer la force d’interposition Ecomog.


La mission de l’Ecomog consistait à contrôler le respect d’un cessez-le-feu que les
belligérants avaient signé. Mais selon M. ADJOVI, ce cessez-le-feu était imaginaire
car en août 1990, aucun accord du genre n’était intervenu entre les parties. Il affirme
que le mandat serait plutôt une interposition au sens propre du terme : se mettre entre
les belligérants et servir de zone-tampon, ce qui est censé éviter les affrontements 43.


L'Ecomog a débarqué à Monrovia le 24 août 1990, huit mois après le déclenchement
de la guerre civile. Elle était composée de troupes du Nigéria, du Ghana, de la
Guinée, de la Sierra Leone et de la Gambie. A l’exception de la Guinée, les quatre
autres pays étaient des pays anglophones. Mais, ultérieurement, le Sénégal, un autre

43
     Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 27
27



pays francophone, grâce à la persuasion du Nigéria, enverra ses troupes à Monrovia.
Cependant, à l’approche des élections présidentielles de 1992 au Sénégal, les
autorités sénégalaises retirèrent leurs troupes. Composée à l'origine de quelques
centaines d'hommes, l'Ecomog a compté, au plus fort de sa présence en 1994 au
Liberia, jusqu'à 20.000 soldats et officiers dont la quasi-totalité étaient des Nigérians.


Les raisons avancées pour justifier la mise en place de l’Ecomog sont diverses et on
ne peut pas vraiment les condamner. Cependant, les intensions des autorités
nigérianes qui tenaient tant à la création de celle-ci pouvaient être condamnables.


D’après certains observateurs, l'énorme flux des réfugiés dans les pays voisins, a
contraint les pays de l’Afrique de l’Ouest à agir. Ce flux désorganise quelque peu les
Etats qui les supportent. « Ainsi dans un village guinéen la population passe de 931
habitants à 4383 ! Cette augmentation soudaine change les donnes antérieures, et
c’est un nouvel équilibre socio-économique qui doit être trouvé. Au Ghana, c’est un
phénomène de ghettoïsation que souligne le West Africa et qui pose de sérieux
problèmes de salubrité et de sécurité. Mais, plus graves, sont les conséquences sur le
taux de criminalité qui augmente avec l’afflux de populations démunies et sans
logis… » 44.


D'autres affirment que l'interposition était due au traitement que le NPFL réservait
aux ressortissants ouest africains résidant au Libéria : des milliers de Nigérians,
Guinéens et Ghanéens étaient tenus en otage à Monrovia, et des centaines d’entre
eux exécutés.


Une autre théorie avance que le conflit, au vu de ses relents ethniques, pouvait avoir
un effet domino sur les Etats de la sous région.


En dehors de ces menaces politique, sociale et économique, il se trouve que Samuel
DOE, quand il s’est rendu compte qu’il ne pouvait plus assurer la pérennité de son
pouvoir face à la puissance de la rébellion, a fait appel à la Communauté. Les Etats

44
     Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 24
28



anglophones, menés par le Nigeria ont accepté de donner leur aide, alors que les
Etats francophones, dont la tête de fil était la Côte d’ivoire de Houphouët BOIGNY,
étaient opposés à une intervention militaire.


Comme nous l’avons montré tout au long de notre développement, la CEDEAO qui
est une organisation sous-régionale économique, c’est très tôt intéressé aux questions
de sécurité. Ce qui l’amènera à mettre en place en 1978 le PNA, en 1981 le PAMD et
enfin l’Ecomog pour trouver une « solution africaine aux conflits africains ». Elle ira
plus loin en mettant en place vers la fin des années 90 un mécanisme de règlement
des conflits. Ce qui nous fait croire qu’elle est entrain de construire progressivement
un espace de paix et de sécurité.
29




         DEUXIEME PARTIE :

DE L’ECOMOG AU MECANISME DE 1999 : VERS LA
  MISE EN PLACE DE L’ESPACE DE PAIX ET DE

         SECURITE OUEST -AFRICAIN
30



CHAPITRE 1 : DES MISSIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DE L’ECOMOG


L’Ecomog a été très critiquée en raison de ses agissements au cours de ses
interventions. Ces critiques font penser que la force d’interposition ouest africaine
n’a servi à rien et qu’elle n’avait pas raison d’exister. Quoi qu’il en soit, nous
pensons qu’il y a beaucoup d’enseignements à tirer de l’existence et des activités de
cette force.


SECTION 1 : DES INTERPOSITIONS AUX RESULTATS MITIGES


L’Ecomog qui a moins de 15 ans d’existence, est intervenue dans pas moins de
quatre pays de la sous-région avec des succès mitigés mais qui n’ont pas infléchis la
détermination des pays de la CEDEAO de créer un espace de paix et de sécurité.
Cette force d’interposition est intervenue d’abord au Libéria, ensuite en Sierra Léone
enfin en Guinée Bissau et en Côte d’ivoire.


PARAGRAPHE 1 : LES ERREURS DE L’ECOMOG AU LIBERIA


Dés son déploiement à Monrovia en août 1990, CHARLES TAYLOR a vu en l’Ecomog
un obstacle à son accession au pouvoir. Jusqu’au 14 octobre 1992, la force
d’interposition n’a pas été vraiment mise en difficulté pour remplir sa mission. Mais
à partir du 15, la situation explose. Taylor a lancé une opération                         (Opération
Octopus) pour déloger l’Ecomog de Monrovia.


Les combats qui se sont déroulés au cour de cette opération vont montrer les limites
de la force d’interposition. En effet, comme le résume si bien M. WEISSMAN 45,
« d’une part, l’Ecomog [va] aliment[er] l’économie de guerre des factions,
encourag[er] les pillages et facilit[er] la perpétuation de l’affrontement armé ; de
l’autre, elle [va] parfois entr[er] en conflit avec les mouvements sur des enjeux
commerciaux ».


45
  Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p.
96
31



     A. LES LIENS DE L’ECOMOG AVEC CERTAINES FACTIONS REBELLES


Au cours de l’« Opération Octopus », l’Ecomog avait accepté l’aide de certains
mouvements rebelles (ULIMO, AFL, etc.). La force « est également impliquée dans
la création du LPC, [qu’elle a] régulièrement alimenté en armes et en munitions » 46.
Les liens entre l’Ecomog et ces groupes semblaient être établi sur l’adage selon
lequel « l'ennemi de mon ennemi est mon ami ».


Il y a eu beaucoup d'allégations selon lesquelles l’Ecomog aurait réellement armé
l’ULIMO et l’AFL. Il est difficile de prouver de telles allégations. Néanmoins des
sources du Département d'Etat américain affirment que l’Ecomog a fourni, ou au
moins, a facilité l’acquisition, d’armes à l’AFL et à l’ULIMO ; des sources du
Pentagone confirment que l'Ecomog a bel et bien fourni quelques armes à l'AFL 47.
Quelques observateurs justifient l’alliance entre ces factions rebelles et l’Ecomog par
l’insuffisance de ses troupes. On a aussi avancé l’argument selon lequel l’Ecomog
avait besoin de guide pour mieux couvrir le terrain, identifier et repousser les rebelles
du NPFL.


Ces factions rebelles avaient recours systématiquement au pillage. Certains éléments
de la force d’interposition ont pris une part active aux pillages mis en place par les
factions et ont exploité pour leur propre compte les ressources naturelles du pays 48.
Selon des témoins des combats, les résidents de Monrovia ont vu leurs biens
embarqués dans des bateaux par des soldats de l’Ecomog en direction du Nigéria.


Ces factions sont également accusées d’avoir commis des meurtres au sein des
communautés présentes dans le NPFL. Selon le Département d’Etat américain, des
éléments de l'AFL (parfois en coopération avec ULIMO) formaient des « Pelotons de
reconnaissance » qui n’hésitaient pas à exécuter sommairement des membres de la
communauté du Nimba suspectés d’être affiliés au NPFL ou à l’INPFL.

46
   ibidem
47
    Source rapport de 1993 de HUMAN RIGHTS WATCH sur le Libéria. Ce rapport est accessible à la
page Internet : http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/
48
   Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p.
96
32



Ajouté à cela, l’Ecomog, à un moment des combats, avait entrepris des opérations
aériennes aveugles et très dommageables pour la population civile.


     B. LES OPERATIONS AERIENNES ET LEURS DEGATS


Vers la fin du mois d’Octobre (1992), l’Ecomog a conduit une série de
bombardements et de mitraillages du territoire occupé par le NPFL par des avions
nigérians. Ces actions ont atteint des zones comme le port de Buchanan et des
secteurs autour de Gbarnga, de Kakata, de Harbel et de Greenville. Au cours des
raides aériennes, des entrepôts de nourriture, des convois d’assistance et des hôpitaux
civils (en zone NPFL) ont été bombardés. En outre, selon le NPFL, des centaines de
civils ont été tués et blessés.


Pour se blanchir ou se justifier, l’Ecomog a publié de nombreux rapports et
communiqués. Certains d’entre eux affirmaient que le NPFL utilisait la population
civile ou des établissements civils comme bouclier. Des sources neutres ont elles
aussi avancé la même allégation.


Des organisations d’aide humanitaire, qui opéraient sur le territoire de Taylor, ont
affirmé que l’Ecomog conduisait ses attaques aériennes aveuglément. Les
représentants d'une organisation humanitaire ont confirmé que des secteurs non
stratégiques ont été attaqués, citant l'attaque sur Kakata en décembre 1992, quand les
avions de l’Ecomog ont volontairement attaqué la principale rue commerciale en
plein jour 49.


D’après des officiers de l’Ecomog, les attaques contre les civils sont involontaires (ce
sont des dommages collatéraux). Elles visaient les caches d’armes du NPFL et ses
combattants. Selon un haut officier nigérian, parfois c’est le NPFL qui mettait des
explosifs dans certains endroits pour discréditer l’Ecomog comme se fut le cas à
l'hôpital de Phebe (10 mars 1993).


49
      Source : Rapport sur le Libéria        de   HUMAN   RIGHTS    WATCHT,    op.   cit.
(http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/)
33



Selon HUMAN RIGHTS WATCH 50, des journalistes et des travailleurs humanitaires ont
rapporté que les attaques aériennes ont eu l'effet de tourner les populations civiles
contre l’Ecomog et de renforcer leur soutien au NPFL, plutôt que d’annihiler la
volonté du NPFL de combattre.


Voici quelques attaques aériennes de l’Ecomog qui ont atteint la population civile ou
des établissements civils :


          Le mitraillage de l'hôpital de Firestone à Harbel au mois de novembre 1992.


          Le 16 novembre 1992, l’Ecomog bombarde l'entrepôt du Catholic Relief
          Services (CRS) à Buchanan, détruisant de grandes quantités de nourriture. Il
          se trouve que le CRS avait bien spécifié l'entrepôt en ayant clairement peint
          son sigle sur le toit.


          L’attaque du village de Gbinta en Côte d'Ivoire à la frontière libérienne le 27
          février 1993. Selon le gouvernement ivoirien, six personnes ont été blessées
          (cinq soldats et un officier douanier).


          Le 2 mars 1993, un camion du CRS transportant de la nourriture à la
          périphérie de Buchanan a été attaqué. Des rapports indiquent qu'entre 75 et
          100 civils, dont la plupart étaient des femmes et des enfants, étaient près du
          camion quand il a été attaqué. Le camion était bien identifié « CRS ».


          L’attaque du marché à Gbarnga et Kollila en mars 1993. Selon des
          travailleurs humanitaires, au moins, quatre personnes ont été tuées et 26
          blessées.


          L'attaque de l'hôpital de Phebe le 10 mars 1993. Selon un rapport du Dr. W.T.
          Gwenigale, directeur médical de l'hôpital, l'attaque s'est produite à environ



50
     ibidem
34



         10:50 P.M. : deux résidences de personnel et le bâtiment principal de l'hôpital
         ont été frappés, de même que le mur sud de l'unité pédiatrique.


         Le bombardement de Greenville le 18 mars 1993. Selon l’Independent et le
         Washington Post (des journaux américains), l'incursion dans Greenville a
         duré 25 minutes et a tué au moins 15 civils.


         Le 18 avril 1993, un convoi de MSF transportant des médicaments et des
         vaccins a été attaqué vers la frontière avec la Côte d’Ivoire. Pourtant, le
         convoi avait été bien identifié par les insignes de l'organisation. Un porte-
         parole de MSF a affirmé que l'attaque avait forcé l'organisation à suspendre
         ses opérations humanitaires dont les libériens avaient tant besoin.


Il est difficile d'estimer le nombre de personnes tuées pendant les combats. Au début
du mois de novembre 1992, l'ORGANISATION MONDIALE                         DE LA    SANTE (OMS) a
estimé que jusqu'à 3.000 civils et combattants étaient morts entre le 15 et le 28
octobre. Cinq nonnes américaines qui se trouvaient à Gardnersville ont été également
assassinées au cours des combats 51. Le NPFL avait été désigné comme l’auteur de
ces assassinats mais il avait nié. Selon le Département d'Etat américain, un certain
nombre de fonctionnaires et employés du gouvernement intérimaire (IGNU) ont été
sommairement exécutés.


Vers la fin des années 90, le conflit du Libéria s’était estompé. Les raisons avancées
pour expliquer cette atténuation sont, notamment, la perte du soutien ivoirien du
NPFL avec la mort du président H. Boigny 52, l’épuisement des factions armées et le
rapprochement de Taylor avec le Nigéria 53.


51
   Les nonnes étaient : Soeur Barbara Ann Muttra, Soeur Joelle Kolmer, Soeur Shirley Kolmer, Soeur
Kathleen McGuire, et soeur Agnes Mueller.
52
   Le successeur d’Houphouët Boigny, M. Bédié se souciait beaucoup plus de la préservation de son
pouvoir que du soutien à Taylor. Du coup le Burkina Faso se retrouvait tout seul dans sa volonté de
mener Taylor au pouvoir. Cela va affaiblir son soutien au NPFL au cours des années.
53
   D’après M. Weissman, « en juin 1995 Taylor se rend à Abuja pour la première fois depuis le début
du conflit et passe, semble-t-il, un accord avec le général Abacha : ce dernier ne ferait plus obstacle à
l’accession du NPFL au pouvoir en échange d’avantages économiques sur les ressources du Libéria
(op. cit. p. 84)
35



En octobre 1999, quand les choses sont devenues plus calmes, les derniers soldats de
la force ouest-africaine ont quitté le Libéria. Aux mêmes moments, la Sierra Léone
voisine subissait une terrible guerre civile où l’Ecomog allait, une fois de plus,
intervenir.


En 2003, à la suite d’une rébellion du LURD (Mouvement Libérien pour la
Réconciliation et la Démocratie) qui exigeait le départ du président TAYLOR du
pouvoir, la CEDEAO avait mis en place une force de maintien de la paix (ECOMIL)
pour garantir le Traité de paix conclu le 18 août 2003. Les 3 563 troupes, composant
la force, provenaient essentiellement du Nigeria, du Mali et du Sénégal. Le 1er
octobre 2003, le Conseil de Sécurité de l’ONU a approuvé la transformation de
l’ECOMIL en une force internationale de stabilisation de l’ONU (la Mission des
Nations unies au Libéria ou MINUL créée le 19 septembre 2003).


PARAGRAPHE 2 : L’INTERVENTION          DE L’ECOMOG EN        SIERRA LEONE       ET LE

PHENOMENE DES SMP (SOCIETES MILITAIRES PRIVEES)



La Sierra Léone a été meurtrie par une violente et longue guerre civile qui, lors de la
tentative de réinstallation du président Kabbah au pouvoir, s’est distinguée par un
phénomène qui est passé inaperçu pour beaucoup de personnes : l’usage des SMP.


   A. LA REINSTALLATION DU PRESIDENT KABBAH AU POUVOIR


La guerre civile sierra léonaise a commencé le 23 mars 1991 quand le principal
groupe rebelle, RUF (Front révolutionnaire uni), assisté d'un certain nombre de
combattants du NPFL, un nombre restreint de mercenaires et des soldats du Burkina
Faso, envahirent l’Est du pays. L’insurrection armée était dirigée par ALFRED FODAY
SANKOH, un ancien caporal de la RSLMF (Republic of Sierra Leone Military Force).
Il avait été emprisonné en 1969 sous le régime de STEVENS SIAKA pour participation
supposée à une tentative de putsch. M. SANKOH et CHARLES TAYLOR sont de bons
amis. Il se trouve que SANKHO a beaucoup aidé TAYLOR dans sa conquête du pouvoir
libérien. Cela explique nettement le soutien de TAYLOR et du Burkina Faso au RUF.
36



En outre, selon M. ADJOVI, le soutien de C. TAYLOr est dû d’une part aux promesses
faites aux Sierra Léonais qui ont participé à sa rébellion et d’autre part à la
participation du pouvoir de JOSEPH MOMOH à la mise en place de la force
d’interposition ouest-africaine qui a contre carré ses projets au Libéria 54.


En 1997, suite au coup d’Etat du major KOROMA le 25 mai 1997, les Chefs d’Etats
de la CEDEAO, ont estimé nécessaire et urgent d’envoyer l’Ecomog en Sierra Léone
pour permettre le retour au pouvoir du président AHMED TEEJAN KABBAH,
démocratiquement élu l’année précédente. C’est ainsi que l’Ecomog sera déployée en
Sierra Leone et son quartier général transféré de Monrovia à Freetown en 1998.


En février 1998, l'Ecomog a atteint son objectif qui était de restaurer une légalité
constitutionnelle et de réinstaller au pouvoir le gouvernement du Président
démocratiquement élu M. KABBAH. La junte AFRC/RUF (le Conseil Révolutionnaire
des Forces Armées/le Front Révolutionnaire Uni) a été chassée de la capitale
Freetown. L’Ecomog, par la suite reprendra la plupart des villes qui étaient sous
contrôle de la junte. Cependant, il est resté des poches de résistance jusqu’à la
signature de l’accord de paix et même après.


L’Accord de paix, entre le gouvernement de M. Kabbah, les rebelles du RUF et les
membres de la junte militaire (AFRC) de Sierra Leone, est signé à Lomé le 7 juillet
1999. L’Ecomog qui était chargée de la mise en œuvre des termes de l'accord allait
renforcer ses troupes à prés de 15 000 hommes. La mission de l’Ecomog s'achève en
mai 2000, cédant la place à la MINUSIL (la Mission d’Assistance des Nations Unies
pour la Sierra Leone), à laquelle quelque 3 500 soldats du contingent nigérian seront
intégrés.


Comme l’ont souligné PRKIC FRANÇOIS            ET   JOANNIDIS MARIE, « le succès de
l’Ecomog [en Sierra Léone] a néanmoins était entaché par le coup élevé en vies




54
     Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 23
37



civiles de ses opérations militaires et l’opposition virulente de certains chefs d’Etat,
comme celui du Libéria, à sa stratégie » 55.


Le conflit sierra léonais s’est distingué par les mutilations des civils par les rebelles,
le phénomène des enfants soldats, l’implication d’un grand nombre d’acteurs
extérieurs dans le conflit (Grande Bretagne, Burkina Faso, Nigéria, Ecomog, Libéria
etc.), l’utilisation de Sociétés Militaires Privées (SMP), etc. Ce dernier point mérite
d’être traité non pas parce que c’est une nouveauté dans les conflits en Afrique mais
parce que ces sociétés sont de plus en plus présentes dans les opérations de maintien
de la paix. C’est un phénomène très limité mais à l’avenir il pourrait bien s’étendre.


     B. LES SMP DANS LE CONFLIT SIERRA LEONAIS


Quand le Président KABBAH a été déposé par les soldats dissidents en mai 1997, il
avait fait appel à SANDLINE INTERNATIONAL 56. Il se trouve que cette société a
participé à la réinstallation du Président KABBAH au pouvoir en 1998.


SANDLINE INTERNATIONAL a été employée par la Grande Bretagne en Sierra Léone
pour l’évacuation des ressortissants étrangers ainsi que pour apporter un soutien
logistique aux troupes britanniques sur place. Il se trouve également que cette SMP a
apporté un soutien logistique aux troupes de l’Ecomog notamment en matière de
maintenance du matériel militaire et l’approvisionnement en carburant et autres.


Aux Balkans, également, des SMP ont été utilisées par les Etats-Unis. En guise
d’exemple, une société américaine, du nom de MILITARY PROFESSIONAL
RESOURCES INCORPORATED (MPRI), a été fortement impliquée dans la région,
notamment en Croatie en 1995. Le MPRI avait décroché un contrat du Département
d'Etat pour aider à créer et former une armée en Croatie. Une autre compagnie
américaine, la DYNCORP, a été également invitée par les autorités américaines, en

55
   Prkic François et Joannidis Marie, « Gestion régionale des conflits : l’Afrique de l’Ouest montre la
voie », Revue Internationale et Stratégique, n°33, Printemps 1999, p. 177
56
   Sandline International est une société internationale d’expertise militaire, impliquée dans plusieurs
affaires de mercenariat notamment en Afrique. Le 16 avril 2004, Sandline a annoncé la clôture des
opérations de la compagnie.
38



1998, à fournir un contingent pour observer le retrait des forces Serbes au Kosovo 57.
Contrairement aux Européens, les Américains font souvent recours à des SMP quand
ils interviennent à l’étranger. La guerre en Irak l’a nettement démontré. Certaines
grandes entreprises implantées à l’étranger font souvent recours elles aussi à des
SMP pour évacuer leurs employés et autres des zones des conflits armés. Par
exemple, en Côte d’Ivoire, des entreprises françaises ont fait appel à des SOCIETES
DE   SECURITE PRIVEE (SSP) 58 pour protéger leurs biens ou pour évacuer leurs
employés.


Comme nous l’avons souligné, l'utilisation des SMP n’est pas spécifique à l’Afrique.
Cependant, leur présence est plus prononcée sur ce continent qu’ailleurs.


Certains observateurs expliquent la présence des SMP en Afrique par l’indisposition
des puissances occidentales à répondre aux conflits qui la déchirent 59. Les SMP sont
également sur le continent parce que les chefs d’Etat africains les trouvent attirantes
comme appareillage supplémentaire de sécurité pour les protéger eux et leurs
régimes.


Bref, peut être que demain ces SMP parviendront à combler les lacunes des OMP
(Opérations de Maintien de la Paix) ou constituer une solution de rechange pour les
dirigeants occidentaux très sensibles et vulnérables politiquement à la mort de leurs
soldats dans les opérations d’interposition.


PARAGRAPHE 3 : DES        INTERVENTIONS DE L’ECOMOG EN              GUINEE BISSAU      ET EN

COTE D’IVOIRE




57
   Comfort Ero, “ECOMOG: A model for Africa?” Centre for Defence Studies, King's College,
London. (Voir l’article à la page : http://www.iss.co.za/Pubs/Monographs/No46/Ecomog.html)
58
   C’est pratiquement des SMP. Etant donné que les SMP ne sont pas autorisé dans certains pays
notamment en France, on les appelle SSP.
59
        Comfort      Ero,       “ECOMOG:          A      model     for    Africa?”,   op.  cit.
(http://www.iss.co.za/Pubs/Monographs/No46/Ecomog.html)
39



En 1999, avant même d’achever sa tâche en Sierra Léone, l’Ecomog est envoyé en
Guinée Bissau en proie à une guerre civile. En 2002, ce sera autour de la Côte
d’Ivoire d’accueillir la force d’interposition.


   A. EN GUINEE BISSAU : L’ECOMOG « TEMOIN D’UN PUTSH »


Le conflit de la Guinée-Bissau a éclaté le 7 juin 1998 entre une partie de l'armée et le
gouvernement. Le conflit voit ses origines dans le limogeage, par le Président JOÃO
BERNADO NINO VIERA, du Général de brigade ANSUMANE MANE, chef d’Etat major
de l’armée de terre. Le Président VIERA accusait le Général MANE d’être lié à un
trafic d’armes avec le MFDC (Mouvement des forces démocratiques de la
Casamance), mouvement sécessionniste dans le Sénégal voisin. Mécontent d’être
démis de ses fonctions, MANE prend la tête d’une rébellion qui avait pour objectif
d’éjecter le Président VIERA du fauteuil présidentiel.


Dés le déclenchement des hostilités, le Sénégal et la Guinée (Conakry) envoyèrent
des troupes pour soutenir le Président VIERA. La décision du Sénégal d’envoyer des
troupes en Guinée Bissau était non seulement liée à un accord de défense que les
deux pays avaient conclu mais également, et surtout, l’implication du MFDC aux
côtés de MANE. Le Sénégal voulait empêcher MANE d’arriver au pouvoir. Pour les
autorités sénégalaises, étant donné les liens entre le MFDC et MANE, l’arrivée de ce
dernier au pouvoir constituait une source de déstabilisation pour leur pays.


Comme il est de coutume dans tous les conflits, des médiations ont été mises en
oeuvre pour trouver une issue favorable au conflit. Les premières médiations ont été
principalement menées par le Portugal et les ministres des affaires étrangères de la
COMMUNAUTE DES PAYS DE LANGUE PORTUGAISE (CPLP) (L'Angola, le Brésil, le Cap
Vert, le Mozambique et le Sao Tomé et Principe). Cependant, c’est à la suite d’une
réunion de la CEDEAO, du 1 au 2 novembre 1998 à Abuja, que les belligérants (le
Président Viera et le Général brigadier Mané) acceptèrent de signer un accord de
paix sous les auspices de la CEDEAO.
40



L'accord de paix demandait aux deux parties de déposer les armes, de former
immédiatement un gouvernement d’union nationale, d’organiser des élections au
plus tard au mois de mars 1999. L’accord exigeait également le retrait des troupes
étrangères (sénégalaises et guinéennes) de la Guinée-Bissau et le déploiement de
l’Ecomog à titre de force de maintien de la paix chargée de surveiller l'accord de
paix. C’est dans ce cadre qu’en février 1999, quelque 600 soldats de l'Ecomog seront
déployés en Guinée-Bissau. « La France a apporté le soutien financier et logistique
nécessaire à cette équipe ouest-africaine de maintien de la paix » 60.


La force était, majoritairement, composée de pays francophones de la région (Bénin,
Niger, Mali et Togo) et d’un pays anglophone (Gambie). Le Bénin avait fourni prés
de 150 troupes qui avaient été formées dans le cadre du programme de formation
américain de maintien de la paix (l'Initiative africaine de réponse aux crises ou
ACRI), c’était la première fois que ces troupes étaient employées dans une telle
opération. Le Togo aussi avait fourni 150 troupes et le Mali 120.


Malheureusement, la force ouest-africaine, dotée d'armes légères et composée de
petits pays avec des soldats inexpérimentés, n'a fait que constater la destitution du
président JOÃO BERNADO NINO VIERA par la junte militaire, le 7 mai 1999, et ceci
après le retrait des soldats sénégalais et guinéens. Quelques mois plus tard, la force
quittera le pays.


     B. L’ECOMOG EN COTE D’IVOIRE : UNE MODESTE PARTICIPATION


La crise actuelle en Côte d’Ivoire s’est déclenchée après le soulèvement militaire du
19 septembre 2002. Cette crise a ravivé les tensions ethniques et religieuses déjà
présentes dans le pays depuis le putsch de décembre 1999, qui avait entraîné la
destitution du président HENRI KONAN BEDIE. A la suite du soulèvement, les chefs
d'Etat de la CEDEAO avaient nettement manifesté leurs craintes de voir la Côte
d’Ivoire s’enliser dans une guerre civile, comme celles qui ont ravagé le Liberia
voisin, la Sierra Leone et la Guinée Bissau. Etant donné le poids de la Côte d’ivoire
60
  MARTINS Miguel, “Le conflit en Guinée Bissau : chronologie d’une catastrophe”, AFRIQUE
POLITIQUE, 1999, p. 216
41



(économiquement) dans la sous-région, ils (les chefs d’Etat) craignaient également
les conséquences économiques sur leurs économies et l’effet domino que le conflit
pouvait avoir sur leurs territoires. C’est ainsi que réunis en sommet extraordinaire à
Accra (Ghana) le 29 septembre 2002, ils (les chefs d’Etats ouest-africains) décidèrent
d'envoyer une force de paix en Côte d'Ivoire, pour s'interposer entre les troupes
gouvernementales et les militaires rebelles.


Prés de 1 500 hommes provenant du Ghana, du Togo, du Bénin, du Niger et du
Sénégal, regroupés au sein de la Mission de la CEDEAO en Côte d'Ivoire
(ECOMICI) seront envoyés à partir de janvier 2003 en terre ivoirienne. Ces troupes
interagissaient aux côtés de 4 000 soldats français de l'Opération Licorne. Leur
mission, entre autres, était de surveiller, avec les troupes françaises en place, le
cessez-le-feu conclu à Marcoussis (France) le 24 janvier 2003 entre les forces
loyalistes et la rébellion.


Le 28 février 2004, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a voté une résolution en
faveur de l’intégration des forces de maintien de la paix présentes sur le territoire
ivoirien en une seule force. C’est ainsi que l’ECOMICI et la MINUCI (Mission des
Nations unies en Côte d'Ivoire), présentes dans le pays depuis le 13 mai 2003, seront
regroupées sous l’ONUCI (Opération de l'ONU en Côte d'Ivoire). La mission de
l'ONUCI a débuté officiellement le 4 avril 2004 pour une période initiale de 12 mois.


Pour le moment, les choses se sont plus ou moins calmées en Côte d’Ivoire mais on
ne peut pas vraiment dire que c’est grâce à l’Ecomog. Toutefois, il serait injuste de
dire qu’elle n’y est pour rien, même si ses troupes ont une réputation de « looser ».


SECTION 2: LES ENSEIGNEMENTS DES INTERVENTIONS DE L’ECOMOG


L’Ecomog, comme nous venons de le démontrer, n’a pas connu un grand succès dans
les missions qu’elle a eu à mener. Cependant, il est à noter, aussi peu que cela soit,
qu’elle a pu faire quelque chose de positif. Ses « échecs » résident beaucoup plus
42



dans le manque de moyens et d’expérience qu’à un manque de volonté ou à une
incompétence caractérisée.


PARAGRAPHE 1 : LES SUCCES DE LA FORCE


Au Libéria, « loin de constituer une force d’interposition neutre, l’Ecomog
s’est…avérée partie prenante au conflit, tant au plan politique, qu’économique. [...],
les casques blancs ont clairement failli à leur mission et sont apparus à plusieurs
reprises comme un facteur de déstabilisation supplémentaire » 61. Beaucoup de
personnes pensent comme M. WEISSMAN. On accuse l’Ecomog d’avoir été partiale,
de n’avoir pas respecté les droits de l’Homme, d’avoir violé les conventions de la
guerre et d’avoir participé à des trafics illicites. Tout cela n’est certes pas totalement
faux mais comme nous l’avons tantôt souligné, l’Ecomog a réussi à faire quelque
chose de non négligeable au Libéria.


Comme, le soulignent FRANÇOIS PRKIC et MARIE JOANNIDIS, le bilan de l’Ecomog au
Libéria peut être considéré comme globalement positif :


         « L’Ecomog a tout d’abord réussi à protéger pendant toute la durée du
         conflit la capitale, Monrovia, où s’était réfugiée prés de la moitié de la
         population du pays, et la seule offensive de forces rebelles qui soit parvenue
         à pénétrer certains faubourgs, en octobre 1992, a été repoussée en quelques
         jours » 62.


         Le semblable d'ordre et de paix que l’Ecomog a fait régner à Monrovia a
         permis aux groupes humanitaires internationaux de retourner au Libéria et de
         pouvoir venir en aide à la population.




61
   Fabrice Weissman, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p.
96
62
   François Prkic et Marie Joannidis, « Gestion régionale des conflits : l’Afrique de l’Ouest montre la
voie », op. cit., pp. 176-177.
43



       Elle s'est investie dans d'importantes activités humanitaires visant à atténuer
       les souffrances des populations.


       Elle a permis au   GOUVERNEMENT D'INTERIM DE L'UNITE NATIONALE          (IGNU),
       dirigé par AMOS SAWYER, de s’installer.
       Elle a arrêté les meurtres systématiques des Krahn et des Mandingue à
       Monrovia.


       Elle a largement contribué à l’aboutissement des élections de juillet 1997 qui
       ont achevé le conflit libérien et que les observateurs internationaux ont jugés
       démocratiques et très satisfaisantes.


En outre, l’Ecomog a bénéficié d’un appui considérable au sein de la population
libérienne, y compris celle du territoire contrôlé par le NPFL. Dans beaucoup de
camps déplacés de personnes, une fois qu’on demandait aux déplacés dans quelles
conditions ils rentreraient chez eux, la grande majorité déclarait qu'elle n’y
retournerait que si l’Ecomog est là bas. Une femme de 33 ans, exprimait son attitude
envers l’ULIMO et l'AFL : « L’Ecomog fait son possible. Je veux aller à la maison
seulement si l’Ecomog est là bas. Je ne me sentirais pas libre pour aller à la maison
si c'est ULIMO qui est là-bas. Nous sommes effrayés en raison de ce qui s'est produit
pendant la guerre […]. L’ECOMOG est ici pour instaurer la paix » 63. ARMAH, un
étudiant de Bomi, disait ceci : « Je suis parti en octobre, avant l’arrivée de
l’ULIMO, parce que j'avais peur. Je ne peux pas rentrer alors que l'ULIMO est là-
bas avec ses armes. Une armée est juste une armée. Mais l’Ecomog est une unité de
maintien de la paix, ainsi je retournerais s'ils sont là. L’ULIMO est une faction.
Nous comptons seulement sur ECOMOG. L'AFL, l’ULIMO, le NPFL, ils sont tous du
même côté. Tous les groupes armés ont la même intention - devenir riche en pillant
des propriétés. L’ECOMOG veut libérer les Libériens. S'ils partent, ça sera une
catastrophe. Si l’Ecomog est là, nous pensons qu'ils limiteront les dégâts » 64.



63
      Source : Rapport sur le Libéria        de   HUMAN    RIGHTS   WATCHT,        op.   cit.
(http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/)
64
   ibidem
44



En Sierra Leone, l’Ecomog a défendu la démocratie en restaurant le régime renversé
par un coup d'État militaire. Même si ses opérations, notamment les bombardements
navals sur les positions de la junte, ont causé beaucoup de dégâts matériels et
considérablement coûté en vies humaines, sa fermeté à l’égard de la junte pour
restaurer les institutions démocratiques de la Sierra Léone a été exemplaire et louable
à notre avis. Aujourd’hui, après l’arrestation de M. SANKOH, un calme relatif règne
dans l’ancienne colonie britannique.


En Guinée Bissau, l’Ecomog n’a rien pu faire pour empêcher la chute du régime du
président Viera. En Côte d’Ivoire, comme nous l’avons souligné précédemment, elle
n’a pas ramené la paix mais, elle y a quand bien même participé.


PARAGRAPHE 2 : LES CAUSES DES « ECHECS » DE LA FORCE


Les « échecs » de l’Ecomog sont attribuables à un certain nombre de facteurs
notamment : la difficulté d’atteindre un minimum de consensus pour déterminer les
missions de la force et la déployer ; l’implication d’entités non-régionales dans la
constitution et le déploiement de la force; la carence en logistique des forces armées
de la sous-région ; la crainte de certains pays d’une hégémonie nigériane dans la
région ; l’opposition francophone anglophone ; et les difficultés liées au
commandement et à l’interopérabilité au sein de la force.


PREMIER    FACTEUR.      L'efficacité des missions de l’Ecomog dépend en partie du
niveau de consensus politique existant au sein de la communauté. La réalisation de
ce consensus est une grande difficulté à cause de la rivalité et le manque de confiance
entre les dirigeants ouest africains. Au Libéria, il y avait une division apparente entre
les cinq membres du CPM et les onze autres membres de la CEDEAO. En Sierra
Leone aussi, il y avait un profond désaccord entre les membres quant à l’emploi de la
force dans le conflit.


DEUXIEME FACTEUR. L’idéal serait que l’Ecomog puisse être constitué et déployé à
la discrétion unique des Etats membres. Mais cela n'a toujours pas été le cas, en
45



raison de l’énorme influence et des intérêts des investisseurs économiques externes à
la sous-région. En conséquence, toutes les opérations de l’Ecomog sont
considérablement influencées par des intérêts extrarégionaux. Parfois, les conflits
d'intérêt entre les pays en dehors de la sous-région entravent le déploiement, le
renfort et l'appui logistique des troupes de la force. Par exemple en Sierra Leone, en
dépit de l'engagement considérable du Nigéria, l'intérêt limité des Etats-Unis et
l'attitude hésitante de la France ont été les facteurs principaux du ralentissement des
opérations terrestres de la force.


TROISIEME     FACTEUR.    Les forces armées des Etats membres de la CEDEAO
manquent d’expérience (en matière de maintien de la paix) et de logistique pour
soutenir les opérations militaires de grande envergure. Dans les opérations de
l’Ecomog, la logistique n’est pas fournie par une administration centrale. Chaque
pays fournit à son propre contingent le matériel (de transport, de transmission…), les
armes, les munitions, la nourriture, dont il a besoin au cours de l’opération. Le
Nigéria fournit très souvent à la force l'essence, le pétrole et les lubrifiants. Les Etats-
Unis, par l’intermédiaire d’entreprises privées, ont eu à fournir un soutien logistique
à la force (hélicoptère de transport, équipements de communication, véhicules,
réparations et entretiens généraux) dans certaines opérations.


QUATRIEME      FACTEUR.    Les plus petits pays de la sous-région voient à travers
l’Ecomog un instrument de puissance employé par le Nigéria pour interférer dans
leurs politiques internes. Bien que l'évidence sur le terrain ait contredit cette crainte,
quelques pays hors de la région l'ont exploitée pour les décourager de participer
activement à la force.


CINQUIEME FACTEUR. Les francophones considèrent la CEDEAO plutôt comme une
entité de coopération économique et commerciale qu’une entité d’intégration
politique. Ils voient l’Ecomog davantage comme une force militaire conçue pour
résoudre les problèmes de sécurité anglophones qu’autre chose. Toutefois, avec
l’intervention de la force en Guinée Bissau et en Côte d’Ivoire, cette position
commence à évoluer. En outre, les francophones (la France également) voient d’un
46



très mauvais œil un leadership anglophone dans la sous région dirigé par le géant
nigérian. En raison de tout cela, les pays francophones de la sous-région se sont au
début montré très prudent vis-à-vis de la force ouest-africaine. Mais au fil du temps,
leur position a évolué. Aujourd’hui, l’Ecomog intervient en Côte d’ivoire, qui fut le
pays francophone le plus opposé à sa création à l’époque.


DERNIER FACTEUR. Comme la plupart des forces multinationales de maintien de la
paix, l’Ecomog a eu des difficultés à mettre en place un commandement unifié. En
raison de la méfiance entre les Etats membres et l'influence des puissances non-
régionales, les contingents de la force arrivent habituellement dans leur secteur de
mission avec des instructions différentes et parfois contradictoires. L’interopérabilité
est quasi inexistante ce qui complique très sérieusement la coordination sur le théâtre
des opérations.


En guise de conclusion, nous dirons que l’Ecomog, malgré ses « échecs » a ouvert la
porte aux Africains pour qu’ils puissent déterminer le futur de leur sécurité. La
CEDEAO l’a bien compris. En effet, vers la fin des années 90, tirant les leçons de
ces « échecs », et en vue de renforcer la paix et la sécurité en Afrique de l'ouest, le
Secrétariat exécutif de la CEDEAO a initié l'établissement d'un mécanisme de
prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la
sécurité dans la sous-région.
47



CHAPITRE 2 : DU MECANISME DE GESTION DES CONFLITS DE LA CEDEAO ET DE
LA NECESSITE DU SOUTIEN INTERNATIONAL POUR LE RENFORCEMENT DES

CAPACITES AFRICAINES DE MAINTIEN DE LA PAIX.



La mise en place du Mécanisme de la CEDEAO est une chose assez ambitieuse qui
montre la voie aux autres organisations sous régionales africaines et même à l’Union
Africaine. Ce Mécanisme s’il est bien respecté par les Etats membres pourrait
aboutir, peut être, à la mise en place effective de l’espace de paix et de sécurité dont
les ouest-africains rêvent. Toutefois, nous pensons que sa réussite dépend beaucoup
de l’appui de la Communauté internationale qui jusque là s’est manifestée par la mise
en place de quelques initiatives pour l’Afrique entière et notamment pour la zone
CEDEAO.


SECTION 1 : PRESENTATION DU MECANISME


Tirant les bonnes aussi bien que les mauvaises leçons de l’expérience de l’Ecomog,
mais aussi soucieux de faire de l’Afrique de l’ouest une zone stable et prospère, les
chefs d’Etat de la CEDEAO se sont réunis à Lomé en décembre 1997 pour
considérer l’éventuelle création d’un Mécanisme permanent pour la gestion des
conflits de la région. En guise de référence, ils avaient demandé aux rédacteurs du
futur Mécanisme de s’inspirer largement de l’expérience Ecomog. Cette initiative
montre nettement la volonté de la CEDEAO de mettre en place un espace de paix et
de sécurité viable.


PARAGRAPHE 1 : SA MISE EN PLACE…


C’est au cours du sommet de la CEDEAO à Abuja le 10 décembre 1999 que les
Chefs d’Etat et de gouvernement ont approuvé le Protocole du Mécanisme de
prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la
sécurité de la CEDEAO. Et comme le disait le président OBASANJO, avant
l’adoption du protocole, le Mécanisme constitue la colonne vertébrale de l’ambition
de sécurité collective de la nouvelle CEDEAO ; une structure permanente propre à
48



garantir une paix et une stabilité durables, conditions sine qua non pour la croissance
et le développement.


Le Mécanisme de la CEDEAO s’occupe de tout ce qui est prévention des conflits,
gestion des conflits, règlement des conflits, maintien de la paix et questions de
sécurité dans la sous région.


En matière de maintien de la paix, le Mécanisme propose que, la CEDEAO ait
recours à des missions d'intervention aussi bien politique que militaire, en cas de
conflit armé. Il est suggéré que l'instrument militaire de la CEDEAO continue de
s'appeler Ecomog. Le Mécanisme fait également référence à la composition de
l'Ecomog, sa structure hiérarchique, les rôles et attributions de son commandement,
et le financement des moyens logistiques et administratifs. Il est suggéré, dans les cas
de conflits entretenus et soutenus de l'intérieur, que la CEDEAO intervienne lorsqu'il
ya:


        des risques importants de désastre humanitaire ;


        des menaces à la paix et à la sécurité de la sous-région ;


        un   renversement       ou   une   tentative   de   renversement   d'un   régime
        démocratiquement élu.


Pour ce qui est des questions relatives à la sécurité, le Mécanisme s’engage à
s’opposer à tout ce qui pourrait menacer la sécurité de la sous région notamment la
circulation illicite des armes légères, et des munitions d'une part, et la recrudescence
de la criminalité transfrontalière d'autre part.
49



PARAGRAPHE 2 : …ET SA STRUCTURE


La structure du Mécanisme est ainsi composé : la Conférence des Chefs d’Etat et
de gouvernement, le Secrétaire Exécutif 65 et un Conseil pour la Médiation et la
Sécurité.


La CONFERENCE DES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT est l’autorité suprême
du Mécanisme.


Le SECRETAIRE EXECUTIF a le pouvoir de lancer des activités visant à obtenir des
informations ; de faciliter la médiation, les négociations et la réconciliation pour une
prévention et une gestion efficace des conflits. Dans l’Article 30 du Protocole, il est
dit que le Secrétaire Exécutif est responsable de la formation et de la préparation
d’unités en état d’alerte dans des centres régionaux de formation. Le bureau du Vice-
Secrétaire Exécutif pour les Affaires Politiques, la Défense et la Sécurité coiffe le
Département des Affaires Politiques, les Affaires Humanitaires, la Défense et la
Sécurité et la Gestion des Missions et l’unité des Plans 66.


Le CONSEIL      DE   SECURITE    ET DE    MEDIATION du Mécanisme a été officiellement
lancé en mai 2000 à Monrovia. Il se compose de 10 Etats membres élus. C’est
l’organe équivalent au Conseil de Sécurité des Nations Unies à un niveau sous
régional. Comme le Conseil de sécurité de l’ONU, il est habilité à autoriser toute
forme d’intervention, y compris la décision de déployer des missions politiques et
militaires. Egalement, il informe les Nations unies et l’Union africaine de ses
décisions, fournit et révise les mandats et nomme les commandants des forces. C’est
aussi un organe où des ambassadeurs, des ministres et des chefs d’Etat et de
gouvernement de la sous région se rencontrent pour prendre des décisions ou discuter
des questions de sécurité 67 :


65
   La Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement et le Secrétaire Exécutif en question sont ceux
de la CEDEAO. Ils sont inclus dans la structure du Mécanisme.
66
   Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de
l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » (Voir page Internet
http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf )
67
   ibidem
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Gestion des conflit en Afrique

  • 1. SOMMAIRE INTRODUCTION ……………………………………….....……………..... 2 PREMIERE PARTIE : DU PNA A L’ECOMOG : UNE VOLONTE MANIFESTEDE METTRE EN PLACE UN ESPACE DE PAIX ET DE SECURITE ........…...… 6 DEUXIEME PARTIE : DE L’ECOMOG AU MECANISME DE 1999 : VERS LA MISE EN PLACE DE L’ESPACE DE PAIX ET DE SECURITE OUEST -AFRICAIN 29 CONCLUSION ………………………………………..…………………… 60 ANNEXES ……………………………………………...……….……………. 65 BIBLIOGRAPHIE ……………………………………………...……….... 90
  • 3. 3 La CEDEAO regroupe l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest et se compose d’une population estimée à plus de 200 millions de personnes. Elle est dominée par les jeunes, dont la plupart manquent d’éducation et de qualifications techniques. Il y a une disparité large dans la distribution de la richesse et du revenu au sein de la population et entre les centres urbains et les secteurs ruraux. Les langues officielles des Etats membres sont : l’anglais, le français, le portugais et l’arabe. L'économie des Etats membres repose principalement sur l’agriculture. Les principales exportations sont : le pétrole, l’or, le diamant, la bauxite, le fer, le café, le bois, le coton et l’arachide. Les principaux investisseurs économiques de la sous-région sont la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et les Arabes d'origine libanaise et syrienne. La sous-région est un germoir de l'agitation politique, économique et sociale qui a eu comme conséquence la croissance des mouvements insurgés et révolutionnaires soutenus en grande partie par la jeunesse économiquement marginalisée et les membres aliénés des élites. Les gouvernements qui ont émergé de cet environnement tendent vers l'autocratie et la répression, alors que le système politique favorise l'exclusion de l'opposition et des vues d'opposition. La structure de sécurité des Etats est consacrée à la conservation du régime et de l’élimination de ceux qui s'opposent à lui. Le problème de sécurité est aggravé par la nature multi-ethnique des Etats. Sans exception, tous les Etats de l’Afrique de l’Ouest sont composés de multitude d’ethnies dont la plupart sont des ethnies historiquement rivales. A cela s’ajoute la mainmise de certaines ethnies sur le pouvoir au détriment des autres. Dans les années 70, les Chefs-d’Etat ouest africains se sont rendus compte qu’il était urgent et nécessaire d’instaurer un climat de paix et de sécurité dans la sous-région pour atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés au sein de la CEDEAO. C’est ainsi que sera signé un PACTE DE NON-AGRESSION à Lagos, (Nigéria) en 1978. Ce pacte sera suivi par le PROTOCOLE D’ASSISTANCE MUTUELLE EN MATIERE DE DEFENSE signé à Freetown (Sierra Leone) en 1981. Mais, la véritable révolution viendra de la mise en place de l’Ecomog.
  • 4. 4 L’Ecomog est une force ouest africaine de maintien de la paix créée dans les années 90 par des pays membres de la CEDEAO. La force est composée majoritairement de Nigérians. En août 1990, sans perspective d’intervention des Nations Unies dans la terrible guerre qui déchirait le Libéria, une partie des Etats de l’Afrique de l’ouest décidèrent de déployer l’Ecomog à Monrovia pour séparer les factions en guerre et arrêter le carnage. Les Etats ouest africains ont justifié leur interposition par le fait que ce n'était plus un conflit interne puisque des milliers de leurs propres ressortissants ont été emprisonnés au Libéria et des dizaines de milliers de réfugiés s'étaient sauvées dans les pays voisins. Il y a eu beaucoup de spéculation au sujet des motivations réelles des pays qui composaient la force. Certains ont accusé le Nigéria de soutenir le gouvernement de SAMUEL DOE ami et allié du Président nigérian BABANGIDA ; d'autres affirment que le Nigéria voulait s’imposer comme la « superpuissance » de la sous-région. D'autres croient que les motivations des Etats étaient dues à la crainte de voir une déstabilisation de la sous-région. Toujours, d'autres affirment que l'interposition était due au traitement que les hommes de CHARLES TAYLOR réservaient aux ressortissants des autres pays de l’Afrique de l’Ouest habitant au Libéria. Nous avons entrepris de faire des recherches sur le cas Ecomog parce que nous pensons que la création de la force et son intervention au Libéria est une évolution importante pour les africains dans leur volonté de se prendre en main en matière de maintien de la paix. Et pour les ouest-africains un début pour instaurer un espace de paix et de sécurité dans leur région. Plusieurs Etats africains ont rêvé voir naître un jour un système ou une capacité collective de défense africaine pour répondre aux conflits internes plutôt que de compter sur des Forces extérieures comme celles de l'ONU. L’intervention de l’Ecomog au Libéria a marqué un tournant important dans la pratique du maintien de la paix par des organismes régionaux ou sous-régionaux africains. Elle a également soulevé une vieille discussion en Afrique au sujet de la création d'une capacité continentale de réponse aux conflits et à l’instabilité. Le
  • 5. 5 Président KWAME NKRUMAH du Ghana fut l’un des premiers à avoir soulevé l'idée d'une force africaine de maintien de la paix à la naissance de l’OUA en 1963. Depuis lors, plusieurs tentatives ont vu le jour dont la plus importante fut celle de l’OUA. En 1981, l’organisation avait émis le souhait de mettre en place une Force interafricaine pour surveiller la guerre civile au Tchad. Malheureusement, ce projet échoua. Cet échec était en partie due à une mauvaise planification, à l’absence d’un mandat précis de la Force, à l’absence d’une structure de commandement fiable, au manque de volonté politique de certains dirigeants africains, au manque de ressources financières etc. En ce qui concerne nos recherches sur le sujet, notre principal intérêt est de savoir si la création de l’Ecomog a été une bonne expérience pour la CEDEAO dans sa volonté de mettre en place un espace de paix et de sécurité en Afrique de l’Ouest ? Pour répondre à cette question, nous organiserons notre réflexion autour de deux principaux axes : dans une première partie, nous verrons ce que la CEDEAO à fait, de sa création à la naissance de l’Ecomog, pour mettre en place son espace de paix et de sécurité. dans une seconde partie, nous verrons ce que l’expérience de l’Ecomog a apporté à la CEDEAO dans sa volonté de mettre en place un espace de paix et de sécurité en Afrique de l’ouest.
  • 6. 6 PREMIERE PARTIE : DU PNA A L’ECOMOG : UNE VOLONTE MANIFESTE DE METTRE EN PLACE UN ESPACE DE PAIX ET DE SECURITE
  • 7. 7 CHAPITRE 1 : LA CEDEAO ET SES PROTOCOLES DE DEFENSE Qu’est ce que la CEDEAO ? Quels sont ses objectifs ? Comment est-elle structurée ? Telles sont les questions auxquelles nous essayerons de répondre dans ce chapitre dont le but est de donner une description de cette organisation sous-régionale africaine. En outre, nous traiterons dans ce chapitre les deux protocoles de défense signés au sein de la CEDEAO et qui constituent la pierre angulaire de la volonté des pays de l’Afrique de l’Ouest de mettre en place un espace de paix et de sécurité pour un développement économique effectif et viable. SECTION 1 : PRESENTATION DE LA CEDEAO PARAGRAPHE 1 : NAISSANCE ET OBJECTIFS DE LA CEDEAO La CEDEAO est un regroupement régional de quinze pays créé le 28 mai 1975 à Lagos au Nigeria. Le projet de la création de la CEDEAO remonte en 1967 lors de la conférence des Etats de l’Afrique de l’Ouest réunie à Accra. L’année suivante, en 1968, sera signé à Monrovia l’accord portant création d’un groupe régional de l’Afrique occidentale. Mais c’est en 1972, à l’initiative du Nigeria et du Togo que l’idée sera relancée et mènera à la signature du traité de Lagos 1. Les protocoles établissant la CEDEAO ont été signés à Lomé (Togo) le 5 novembre 1976. Un traité revu pour accélérer l’intégration économique et pour augmenter la coopération politique a été signé en juillet 1993. A l’origine, le traité de Lagos est signé par neuf Etats francophones, cinq anglophones et un lusophone. Un peu plus tard le Cap-Vert rejoindra ces quinze pays. La Mauritanie, membre fondateur, s'est retirée de l’organisation en 1999 ce qui fait qu’elle est composée aujourd’hui de 15 pays 2. 1 BELAOUANE-GHERARI Sylvie et GHERARI Habib, « Les organisations régionales africaines », La Documentation Française, Paris, 1988, p. 150 2 Les 15 pays membres de la CEDEAO sont: Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Côte d'Ivoire, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra-Leone et Togo.
  • 8. 8 La CEDEAO est le plus vaste sous ensemble régional africain. Il renferme un marché commun de plus de 220 millions d’habitants et une superficie de 6 millions de km2. Les objectifs qui lui sont assignés par le traité de Lagos consistent à promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l’activité économique notamment l'industrie, les transports, les télécommunications, l'énergie, l'agriculture, les ressources naturelles, le commerce, les questions monétaires et financières, les questions sociales et culturelles ; « d’abolir à cette fin les restrictions quantitatives et administratives au commerce, supprimer les obstacles à la libre circulation des personnes, des services et des capitaux et créer un fond de coopération, de compensation et de développement » 3. Elle a également pour objectif de promouvoir les relations entre les États membres et contribuer au progrès et au développement du continent africain. Enfin, depuis que les Etats membres ont compris que prospérité économique durable et sécurité riment ensemble, ils ont fait de la réalisation d’un authentique et efficace système sous-régional de paix et de sécurité un objectif majeur de leur organisation. Le Traité revu de 1993 « identifie comme objectifs économiques l’aboutissement à un marché commun et à une monnaie unique ; les objectifs politiques étant la mise en oeuvre d’un parlement de l’Afrique de l’ouest, un conseil économique et social, et une Cour de Justice CEDEAO pour remplacer le tribunal existant et appliquer les décisions de la communauté. Ce Traité donne formellement la responsabilité de prévenir et de régler les conflits régionaux à la Communauté » 4. 3 BELAOUANE-GHERARI Sylvie et GHERARI Habib, « Les organisations régionales africaines », op. cit. p. 150 4 Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » (Voir page Internet http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf
  • 9. 9 PARAGRAPHE 2 : LES STRUCTURES 5 DE L’ORGANISATION La structure de la CEDEAO est la suivante 6 : La Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement (CCEG), Le Conseil des Ministres, La Cour de Justice de la Communauté, Le Parlement de la CEDEAO, Le Secrétariat Exécutif, et Les Commissions techniques. LA CONFERENCE DES CHEFS D’ÉTAT ET DE GOUVERNEMENT est l’organe suprême de la Communauté. Elle est composée des Chefs d’État et/ou de Gouvernement des États membres. Son rôle est de donner les principes directeurs de l’organisation, de contrôler le bon fonctionnement de la Communauté et de prendre toutes les mesures adéquates afin de garantir le développement progressif et la réalisation des objectifs. LE CONSEIL DES MINISTRES est composé du Ministre responsable des Affaires de la CEDEAO ainsi que d‘un Ministre désigné par chaque État membre. Son rôle consiste entre autres à approuver les programmes de travail et les budgets de la Communauté et de ses institutions ; à émettre des directives pour les affaires concernant la coordination et l’harmonisation des politiques d’intégrations économiques et à formuler des recommandations à la CCEG sur les questions visant à la réalisation des objectifs de la Communauté. LA COUR DE JUSTICE DE LA COMMUNAUTE, qui est une institution permanente, a été créée en octobre 1999 à Abuja. Elle se compose d’un Président, d’un Greffier en chef, et de sept juges. Sa mission est de traiter « les plaintes émanant d’États 5 En outre des structures que nous allons traiter, le Conseil Economique et Social, la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO etc. 6 Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » (Voir page Internet : http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf)
  • 10. 10 membres et des institutions de la CEDEAO, ainsi que des questions se rapportant aux états qui [ne s’] acquittent pas [de] leurs dettes » 7. LE PARLEMENT DE LA CEDEAO se compose de 115 députés. Tous les Etats membres ont le droit d’y être représentés. Le Togo, le Liberia, le Cap-Vert, la Guinée Conakry, la Guinée-Bissau, le Bénin, la Gambie et la Sierra Leone ont chacun droit à 5 députés. Le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Sénégal ont chacun droit à 6 députés. La Côte d’Ivoire a droit à 7 représentants. Le Ghana a droit à 8 députés. Enfin, le Nigeria a lui droit à 35 députés. Aucun des 115 représentants parlementaires n’est élu au suffrage universel (au niveau de la Communauté), ce sont tous des membres des parlements nationaux de leurs pays respectifs. Le Parlement se réunit à Abuja et fonctionne uniquement à titre consultatif et de conseiller. LE SECRETAIRE EXECUTIF DE LA CDEAO, qui est élu pour un mandat de quatre ans par la CCEG, a pour mission de veiller au bon fonctionnement de la Communauté et de la mise en oeuvre des décisions prises par la CCEG. Son siège se trouve à Abuja (Nigeria). LES COMMISSIONS TECHNIQUES SPECIALISEES, que l’on retrouve au sein de la CEDEAO sont : Alimentation et agriculture ; Industrie, science et technologie et énergie ; Environnement et ressources naturelles ; Transport, communications et tourisme ; Commerce, douanes, impositions, statistiques, monnaie et payements ; Affaires politiques, juridiques et légales, sécurité régionale et immigration ; Ressources humaines, information, affaires sociales et culturelles; Commission pour l’administration et les finances. 7 Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » (Voir page Internet : http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf)
  • 11. 11 Bien qu’étant une organisation économique, la CEDEAO s'est très tôt préoccupée de la paix et la sécurité régionale, facteur incontournable au développement socio- économique des Etats membres. SECTION 2 : LES PROTOCOLES DE DEFENSE CONCLUS AU SEIN DE LA CEDEAO La CCEG de la CEDEAO a adopté un protocole de non agression en 1978 puis, en 1981, un protocole d'assistance en matière de défense pour instaurer un climat de stabilité et de sécurité dans la sous région. PARAGRAPHE 1 : LE PROTOCOLE DE NON AGRESSION (PNA) Le PNA a été signé, par les États membres de la CEDEAO, le 22 avril 1978 lors d’une réunion qui s’est tenue à Lagos. L’initiative est venue du Nigéria et du Togo ; deux pays sous dictature militaire. D’ailleurs ce n’était pas les seuls, à l’époque, dans la sous région. En effet au moment de la signature du protocole plus de la moitié des pays étaient dirigés par des militaires. La liste qui va suivre est celle des personnalités ayant signé le protocole ; elle donne nettement une idée de ce que nous venons d’affirmer. Etaient présents lors de la signature du PNA : Le Colonel Mathieu KEREKOU (Président du Bénin), Mr. Félix HOUPHQUET BOIGNY (Président de la Côte d’Ivoire), Mr. Arstides PEREIRA (Président du Cap-Vert), Dr. William R. TOLBERT, (Président du Libéria), Alhaji Sir Daouda K. JAWARA, Mr. Founeke KEITA (Ministre des finances et du commerce de la République du Mali, et au nom du Président du Comité militaire de la libération nationale du Mali), Major Général George Yaw BOAKYE (Pour et au nom du chef d'Etat et du Président du Conseil militaire suprême de la République du GHANA),
  • 12. 12 Mr. Ismaël TOURE (Ministre de l'économie et des finances pour et au nom du chef d'Etat et du Commandant-en-Chef des forces armées révolutionnaires des peuples de la République de GUINÉE : le Président Ahmed Sékou TOURE), Mr. Moktar Ould DADDAH (Président de la République islamique de Mauritanie, L’Intendant militaire Moussa TONDI (Ministre des finances du Niger pour et au nom du Conseil militaire suprême de la République du NIGER), Mr. Luiz CABRAL (Président de la République de Guinée-Bissau), Lt. Général Olusegun OBASANJO (Chef du gouvernement militaire fédéral, du Nigéria et Commandant-en-Chef des forces armées de la République du Nigéria), Mr. Léopold Sédar SENGHOR (Président de la République du Sénégal), DR Siaka STEVENS (Président de la République de Sierra Léone), Général Gnassingbe EYADEMA (Président de la République du Togo) Général A. Sangoule LAMIZANA (Président de la République de la Haute- Volta) Au travers du PNA, chaque Etat membre excluait toute mesure dans ses relations, avec les autres Etats membres, de recourir à la menace, à l'utilisation de la force, à l'agression ou tout autre moyen contraire aux chartes des Nations Unies et de l’Organisation de l'Unité africaine (Union Africaine maintenant) contre l'intégrité territoriale et l'indépendance politique des autres Etats membres. Chaque Etat membre s’engageait également à s'abstenir d’encourager ou de tolérer toute subversion, hostilité ou agression contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique des autres Etats membres ; empêcher des étrangers résidents sur son territoire de commettre de tels actes;
  • 13. 13 empêcher des étrangers non-résidents d'employer son territoire comme base pour commettre les actes cités ci-dessus contre la souveraineté et l'intégrité territoriale des autres membres. L’article 5, qui porte règlement pacifique des différends, dispose : 1. « Les Etats membres ont recours à des moyens pacifiques pour régler les différends qui pourraient surgir entre eux. 2. Toute dispute qui ne peut être réglée de manière pacifique entre les États membres sera soumise à un comité de la Communauté. Dans l’éventualité d’un échec de résolution par le Comité, la dispute sera soumise à l’Autorité [par exemple Les Chefs d’État]. 3. La composition et le mandat du Comité visé au paragraphe précédent seront déterminés par l’Autorité. » La signature du PNA fut une très bonne chose mais malheureusement, les dirigeants de la sous-région, plus soucieux de la survie de leur pouvoir que celle de leurs peuples, par manque de confiance à leurs voisins, par leur volonté de s’imposer comme « leader » de la sous-région et par le jeu des puissances de l’époque (Etats- Unis et URSS), l’ont vite rangé aux oubliettes. En effet, plus que jamais, l’Afrique de l’ouest fut plongée dans le chaos des guerres civiles, et des coups d’Etats dont la plupart étaient soutenus et encouragés par des pays signataires du protocole. Ce qui allait sans nulle doute à l’encontre de l’esprit du PNA. Au début des années 80, convaincus une fois de plus que la stabilité et la sécurité de la sous région est un pilier essentiel à l’intégration économique ou soucieux de préserver leur pouvoir, les Chefs-d’Etat de la CEDEAO adoptèrent un autre protocole.
  • 14. 14 PARAGRAPHE 2 : LE PROTOCOLE D’ASSISTANCE MUTUELLE EN MATIERE DE DEFENSE (PAMD) Le PAMD a été signé à Freetown, en Sierra Leone, le 29 mai 1981 par treize Etats membres de la CEDEAO 8. Il est entré en vigueur cinq ans plus tard (en 1986). C’est un traité collectif de défense dans lequel les Etats signataires considèrent que « toute menace d’agression armée ou toute agression armée dirigée de l’extérieur contre l’un quelconque des Etats membres constitue une menace ou une agression contre l’ensemble de la communauté » 9 et s’engage à donner une aide et une assistance mutuelle pour la défense 10. Egalement, ils prévoient une réaction collective dans le cas ou un Etat membre est victime d’un conflit armé intérieur fomenté et soutenu activement de l’extérieur et qui met en danger la paix et la sécurité d’autres états membres 11. Dans ce cadre sont créées les FORCES ARMEES ALLIEES DE LA COMMUNAUTE (FAAC). Le protocole avait mis en place trois institutions devant permettre son application. Ces institutions sont : l’AUTORITE, le CONSEIL DE DEFENSE et la COMMISSION DE DEFENSE. L’AUTORITE doit, à l'occasion de chaque réunion annuelle de la CEDEAO, examiner les problèmes généraux concernant la paix et la sécurité de la sous-région. C’est à elle de décider de la convenance d’une action militaire et de confier son exécution au commandement des FAAC. Selon le protocole, les décisions prises par l'Autorité sont immédiatement exécutoires. Le CONSEIL DE DEFENSE se compose des ministres de la défense et des affaires étrangères des Etats membres. Toutefois, en période de crise, il est présidé par le Président de l'Autorité et est élargi, selon les circonstances, à n'importe quel autre ministre des Etats membres. Sa mission consiste à préparer des sessions 8 Seul trois pays, parmi les 16 que compte l’Afrique de l’Ouest, ne l’avaient pas signé à l’époque. Il s’agit du Cap-Vert, de la Guinée Bissau et du Mali. 9 Article 2 du PAMD. 10 Article 3 du PAMD 11 Article 4.b du PAMD
  • 15. 15 extraordinaires de l’Autorité, étude de la situation, de la stratégie et des moyens à adopter. Il peut recevoir délégation de décision de l’Autorité si les circonstances l’exigent une intervention rapide 12. Selon l'article 9 du protocole, en cas d'interposition armée, le Conseil de défense, aidé par la Commission de la défense, dirigera avec l'autorité de l'Etat ou des Etats concernés, toutes les mesures devant être prises par le commandement des FAAC et s'assurera que tous les moyens nécessaires pour l'interposition lui sont rendus disponibles. La COMMISSION DE DEFENSE se compose des Chefs d’Etat-major des forces armées de tous les Etats membres. Elle est chargée d’examiner les problèmes techniques de défense. Le PAMD, à l’instar du PNA, n’a pas connu de succès. Mais, vers la fin des années 80 début 90, au cours de la terrible guerre civile du Libéria, son évocation a conduit à la création de L’ECOMOG 13. Toutefois, avant de se pencher sur le cas de l’Ecomog, nous aimerions rappeler qu’en dehors de ces deux protocoles de défense signés au sein de la CEDEAO dans un souci de sécuriser l’espace ouest-africain, d’autres accords et moratoires ont été conclus. Il s’agit en particulier des CONVENTIONS POUR L’ASSISTANCE MUTUELLE POUR LES AFFAIRES CRIMINELLES ET L’EXTRADITION signées à Dakar le 29 juillet 1992 et à Abuja le 6 août 1994 ; de la DECLARATION SUR LE MORATOIRE SUR L’IMPORTATION, L’EXPORTATION ET LA FABRICATION D’ARMES LEGERES, adoptée les 30-31 octobre 1998, et du PROGRAMME POUR LA COORDINATION DE L’ASSISTANCE POUR LA SECURITE ET LE DEVELOPPEMENT (PCASED), signé à Bamako le 24 mars 1999 14. Il faut également y inclure La DECLARATION DES PRINCIPES POLITIQUES DE LA CEDEAO signée en juillet 1991. Elle « définit l’engagement des [Etats] membres pour la promotion et la protection des droits de 12 Barry Mamadou Aliou, « La prévention des conflits en Afrique de l’Ouest », Karthala, Paris, 1997, p. 198 13 ECOWAS CEASEFIRE MONITORING GROUP (Groupe de la CEDEAO chargé du contrôle et de la mise en oeuvre du cessez-le-feu) 14 Ce Moratoire a été prolongé de trois ans le 9 juillet 2001 à Abuja
  • 16. 16 l’Homme, la démocratie, et la séparation constitutionnelle de la justice et du pouvoir » 15. L’ANAD 16 mérite aussi d’être évoqué non seulement du fait de ses similitudes avec le PNA et le PAMD mais aussi du fait que c’est le premier accord de défense collective conclu par des Etats de la sous région. L’ANAD, signé le 9 juin 1977 à Abidjan (Côte d’ivoire), est un accord assez particulier. Sa particularité, par rapport aux accords de défense de la CEDEAO, réside dans le fait qu’il a été conclu au sein de la CEAO 17 qui est une organisation regroupant uniquement les pays francophones de la sous-région. A sa signature, sept des neuf pays francophones de l’Afrique de l’ouest l’ont signé 18. Si l’on n’y regarde de près, nous pouvons dire que l’ANAD a été l’inspirateur du PNA et du PAMD. Les principes de l’accord se déclinent ainsi 19 : Engagement à ne pas utiliser la force pour régler les différends. Aide mutuelle contre toute agression extérieure. 15 Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » (Voir page Internet http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf ) 16 Accord de Non-agression et d’Assistance en matière de Défense. 17 COMMUNAUTE DES ETATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST 18 L’ont signé : le Burkina Faso, la Côte d’ivoire, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo. Le Bénin et la Guinée étaient observateurs. 19 BARRY Mamadou Aliou, « La prévention des conflits en Afrique de l’Ouest », op. cit. p. 191-192.
  • 17. 17 CHAPITRE 2 : LA MISE EN PLACE DE L’ECOMOG La guerre civile du Libéria est le facteur déclencheur de la mise en place de l’Ecomog qui est une force d’interposition ou d’observation ouest africaine. Cette force a vu le jour grâce à la « manipulation » des protocoles de défense de la CEDEAO par un certain nombre de pays de la sous région. Pour comprendre l’histoire de l’Ecomog, il est incontournable de revenir à la terrible guerre civile du Libéria qui a débuté vers la fin des années 80 et qui a vu l’implication d’un très grand nombre d’acteurs extérieurs en outre de la multitude de factions rebelles du conflit. SECTION 1 : LA GUERRE CIVILE DU LIBERIA Le Libéria a été fondé en 1820 par une société philanthropes américaines qui voulait donner un territoire aux esclaves affranchis de l’Amérique. Il deviendra en 1847 le premier Etat indépendant d’Afrique. Comme nous l’avons souligné, ce pays a été frappé par une guerre civile déclarée pour mettre fin à l’injustice et aux atrocités que le régime en place faisait subir à la population (notamment à un certain nombre d’ethnies non associées aux reines du pouvoir). Cette guerre, comme la plupart, s’est distinguée par son atrocité, sa durée mais aussi par l’implication de beaucoup d’acteurs externes notamment l’Ecomog. PARAGRAPHE 1 : LES FACTEURS INTERNES DU CONFLIT La guerre civile libérienne a commencé la veille de Noël de l’année 1989 quand le NATIONAL PATRIOTIC FRONT OF LIBERIA (NPFL) a envahi le pays à partir de la Côte d'Ivoire voisin. L’objectif des rebelles était de mener une action qui déstabiliserait le régime et, par la suite, leur permettre de renverser le pouvoir en place grâce à un soutien important de la population. Mais, le but avancé par Charles TAYLOR, le Chef du NPFL, était tout autre. Selon lui l’objectif était de mettre un terme au régime brutal du Chef de l’Etat libérien Samuel DOE.
  • 18. 18 Samuel DOE a pris le pouvoir au Libéria après avoir renversé le président TOLBERT. Son putsch a eu lieu la nuit du 11 au 12 avril 1980. Dés le départ, le président DOE a montré par ses actes que son régime est et allait être cruel. En effet comme le souligne M. ADJOVI « les putschistes dans cette nuit du 11 au 12 assassinent le président [TOLBERT] et quelques autres personnalités éminentes du gouvernement et de l'Assemblée. (…) D'autres (…) dignitaires (…), seront arrêtés, jugés sommairement et exécutés sur la plage en présence d'une foule immense et de la télévision française, le 22 avril 1980 » 20. A la suite de son coup d’Etat, pour diriger le pays, le Sergent-chef Samuel DOE s’était entouré des membres de son ethnie les Krahn et des Mandingue (ethnie assez proche de la sienne). Au Libéria, une grande majorité de la population ne considèrent pas les Mandingue comme des Libériens de pure souche. Et à leur grand étonnement, cette ethnie se retrouvait associée à la gestion des affaires de leur pays : chose qui ne leur plaisait. Au milieu des années 80, plus précisément en 1985, une tentative de coup d’Etat menée par un officier originaire de la province de Nimba au nord du Libéria est suivie d’une répression sanglante contre les membres de son ethnie (les Gio et les Mano). Cette répression fera entre 400 et 2000 morts. 21 En résumé, « l’ethnicisation des cercles politique, économique et militaire au profit des Krahn et accessoirement des Mandingue, ainsi que la politique de répression à l’encontre des Gio et des Mano » 22, laissaient entendre que le Libéria allait sombrer dans une instabilité grave. C’est d’ailleurs dans le Nimba, où les Gio et les Mano étaient martyrisés, que le NPFL de Charles TAYLOR (ancien ministre de Samuel DOE), lance son offensive dans l’espoir de rallier les populations à sa cause. Objectif qu’il atteindra sans trop de difficultés. 20 Mémoire sur le Libéria de Roland Jean-Baptiste ADJOVI, Université Paris XIII Villetaneuse (UFR Sciences Juridiques, Politiques et Economiques), pour l’obtention d’une Maîtrise de Droit Public (option International et Communautaire) 21 Source l’article de Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », Relations internationales et stratégiques, n 23, automne 1996, p. 83. 22 ibidem
  • 19. 19 Au début de l’insurrection, les combats opposaient uniquement le NPFL et les forces gouvernementales (AFL). Mais au fur et à mesure que les combats perduraient les acteurs se multipliaient. PARAGRAPHE 2 : LES ACTEURS DU CONFLIT Les acteurs du conflit en question ici sont non seulement les factions armées libériennes mais aussi les Etats qui se sont impliqués directement ou indirectement dans le conflit. A. LES ACTEURS INTERNES Dans cette guerre civile du Libéria, très vite la rébellion s’est démultipliée, on a d'abord assisté à un fractionnement du NPFL, qui a ouvert les hostilités, et ensuite à la naissance de nouveaux mouvements. Chacun des mouvements voulait sa part du gâteau où prétendait défendre les membres de son ethnie contre les autres factions. Ce qui est sûr c’est que ces factions ont très sérieusement compliqué la résolution du conflit. Plusieurs accords de paix ont été signés mais à chaque fois violés par une (des) faction (s). Parmi les acteurs internes les plus influents du conflit, nous pouvons noter le NPFL et l’UNITED LIBERATION MOVEMENT FOR DEMOCRACY IN LIBERIA (ULIMO). Le NPFL, dirigé par Charles Taylor, est majoritairement originaire du Nimba. Quand le NPFL a envahi le Libéria au mois de décembre 1989, il ne comptait que quelques centaines de combattants dans ses rangs. Le mouvement s’est étendu lorsqu’il a commencé à distribuer des armes aux populations Gio et Mano pour se défendre contre les soldats du gouvernement qui les massacraient. Le mouvement ira jusqu’à devenir plus important que l’armée gouvernementale. Mais minée par des divisions internes, « cette assise ethno-géographique qui semble uniforme », va imploser pour en résulter « un labyrinthe de factions dans lequel on se perd facilement » 23. 23 Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 13
  • 20. 20 Parmi les factions les plus importantes du NPFL, nous pouvons citer l’INDEPENDENT NATIONAL AND PATRIOTIC FRONT OF LIBERIA (INPFL) de « Prince » JOHNSON. L’INPFL est née en juillet 1990 à la suite d'une discorde entre C. TAYLOR et Prince JOHNSON qui était alors chargé de la formation militaire des combattants du NPFL. C’est cette faction qui avait capturé et torturé à mort le président Samuel DOE tout en le film. D’ailleurs, à l’époque la cassette était disponible dans la sous-région moyennant une somme inférieure à 5 000F (CFA) ou l’équivalence de 7,5 euros. Comme le constate M. ADJOVI « ce mouvement perd de son importance avec l'exil volontaire de son leader que le Nigéria a accueilli » 24. Le deuxième mouvement, l’ULIMO, a été crée le 21 mai 1991 à Conakry par d’anciens membres des AFL et du gouvernement de Samuel DOE en exil. Les figures du mouvement sont : Alhaji KROMAH (Mandingue et leader du Movement for the REDEMPTION OF LIBERIAN MUSLIMS), le général Albert KARPEH (Krahn, leader du LIBERIAN UNITED DEFENCE FORCE et ancien ambassadeur en Sierra-Leone) ; Roosevelt JOHNSON… Le mouvement recrute essentiellement parmi les Krahn et les Mandingue et « s’infiltre progressivement à partir de la Sierra Léone et de la Guinée. A l’automne 1992, elle maîtrise une grande partie de l’Ouest du pays ». 25 Ce qui lui a permis, au cours des nombreuses négociations de paix, d’occuper une place d'interlocuteurs égale à celle du NPFL. Là aussi, comme au sein du NPFL, les divergences de points de vue et les luttes de pouvoir conduisirent à l’implosion du mouvement. Les accords de Cotonou 26 en 24 Pour information Prince Johnson est mort vers la fin des années 90 à l’étranger dans des circonstances douteuses. 25 Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 83 26 Ceux-ci posent les bases d’un processus de paix classique : cessez le feu, installation de nouvelles autorités de transition, désarmement, démobilisation, rapatriement-réinstallation des personnes réfugiées et déplacées, élection. Egalement paraphés par un représentant de l’ONU et de l’OUA, les accords prévoient en outre la mise en place d’une mission d’observation non armés des Nations-unies (UNOMIL) pour surveiller l’application du processus, ainsi que la création d’une « expanded
  • 21. 21 juillet 1993 prévoyaient la création d’un gouvernement de transition, LIBERIA NATIONAL TRANSITIONAL GOVERNMENT (LNTG) et d'un Conseil d'Etat. Selon M. ADJOVI, c’est au sein de ce Conseil d’Etat qu’est née la dissension. Il raconte que pendant la réunion du Conseil, le 28 février 1994, pour l'élection du président, l'un des représentants de l'ULIMO (un Krahn) avait voté contre l'autre représentant (un Mandingue) qui aspirait à la présidence 27. Et c’est à partir de là que les choses se sont envenimées entre les deux groupes qui composent le mouvement. C’est en mars 1994 que l’ULIMO se divise définitivement entre sa branche Krahn dirigée par Roosevelt JOHNSON (ULIMO-J) et sa branche Mandingue commandée par Alhaji KROMAH (ULIMO-K). En dehors du NPFL, du INPFL, des AFL, de l’ULIMO-J et de l’ULIMO-K, nous pouvons citer d’autres groupes et pas des moindres. Il s’agit notamment du LIBERIAN PEACE COUNCIL (LPC) de George BOLEY crée en octobre 1993 et qui recrute essentiellement parmi un sous-groupe Krahn (les Sarpoh) 28 ; de la LOFA DEFENSE FORCE (LDF) créée en novembre 1993 par François MASSAQUOI et qui est composées de ressortissants du Lofa… 29 Chacun de ces groupes rebelles avait une assise extérieure qui lui permettait non seulement de survivre dans cette guerre mais aussi de bénéficier du partage du pouvoir libérien qui se faisait à chacun des multiples accords de paix. B. LES ACTEURS EXTERNES DU CONFLIT Les acteurs externes de la guerre civile du Libéria ne sont pas seulement ceux qui directement ou indirectement soutenaient les factions rebelles. C’est aussi ceux qui se sont impliqués dans les divers processus de négociation pour que la paix revienne ; ceux qui par l’humanitaire se sont impliqués etc. Pour ne pas rentrer dans Ecomog » composée de bataillon extérieurs à la sous-région (Tanzanie, Ouganda) afin de redresser la neutralité des forces d’interposition. Ces derniers ne resteront que quelques mois. 27 Mémoire sur le Libéria, op. cit. (http://roland.adjovi.free.fr/liberia.htm) 28 Il était largement soutenu par les bataillons de l’Ecomog qui semble avoir participé à sa création. 29 Elle jouera à l’origine de force supplétive du NPFL permettant d’ouvrir un second front derrière les lignes de l’ULIMO.
  • 22. 22 des détailles qui nous égareraient de notre sujet nous ne traiterons que des acteurs internationaux. Nous entendons par là certaines puissances occidentales (les Etats- Unis et la France), la Libye et les pays de la sous-région en particulier le Nigéria 30. 1) LES ETATS-UNIS : POUR SES INTERETS ET LA LIBYE D’après Fabrice WEISSMAN, les Etats-Unis ne sont pas totalement étrangers à la crise libérienne. Il affirme qu’« ils ont fermement soutenu Samuel Doe jusqu’en 1985, malgré la dérive autoritaire de son régime » 31. Certains observateurs affirment que Washington serait même impliqué dans le coup d’Etat de 1980 32. La raison de ce soutien serait le rapprochement, quelques temps auparavant, du président TOLBERT avec l’URSS, le Cuba et la Libye. Il se trouve que cette dernière s’était même implantée dans le pays au travers de la LIBYA-LIBERIAN BANK, engagée dans la construction de logements à Monrovia. Dés 1980, d’après WEISSMAN, le président DOE « avait reçu une aide américaine de 90 millions de dollars, plus que l’ensemble des sommes allouées à Tolbert durant tout son règne. De 1981 à 1985, Washington versera 400 millions de dollars au régime de Monrovia – soit un tiers du budget chaque année -, faisant du Libéria le premier pays bénéficiaire de l’aide américaine par tête d’habitant » 33. En outre, « en 1985, la Maison blanche reconnaît la validité de l’élection frauduleuse de Samuel Doe. Cependant, le Congrès interdit le renouvellement de l’aide à son régime » 34. Ce qui n’empêchera pas Washington de maintenir une assistance alimentaire et la présence de conseillers militaires, « que l’on retrouvera aux côtés des AFL lors des premières contre offensives en direction du NPFL » 35. 30 L’Ecomog qui fut l’un des principaux acteurs du conflit sera traitée dans la section suivante. Quant à l’ONU, qui également à jouer un rôle important notamment en ce qui concerne le chapeautage des négociations et l’humanitaire, nous ne le traiterons pas. L’objectif de cette sous-partie est de montrer les liens (directes ou indirectes) entre les forces engagées dans le conflit et certains Etats. 31 Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 92. 32 Voir note de bas de page n° 24 de l’article de F. WEISSMAN. 33 Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 92. 34 ibidem 35 ibidem
  • 23. 23 Le soutien américain au régime de Samuel DOE, en outre des motivations idéologiques 36, s’expliquait en partie par la présence de quelques intérêts au Libéria. D’après M. Weissman, FIRESTONE possédait au Libéria la plus grande plantation d’hévéas du monde ; le pays abritait une station de navigation « OMEGA » pour les sous-marins et un réémetteur de VOICE OF AMERICA et enfin la base régionale de la CIA en Afrique de l’Ouest s’y trouvait. 37 La présence de ces intérêts au Libéria justifiait-elle réellement le soutien de Washington au cruel dictateur Samuel DOE ? Etant donné que la concession d’hévéas FIRESTONE avait déjà été cédée à la firme japonaise BRIDGESTONE en 1990, la station « OMEGA » transférée au Mozambique de même que le réémetteur de VOICE OF AMERICA ; nous pensons que c’est surtout l’implication de la Libye au côté de TAYLOR qui à pousser les Américains à soutenir DOE. 2) LA LIBYE ET LE NIGERIA : POUR L’HEGEMONIE L’implication du Nigeria dans le conflit du Libéria a des raisons diverses. Les raisons les plus apparentes sont les liens qui existaient entre les autorités militaires du pays, notamment le président BABANGIDA, et le régime de Samuel DOE (le régime militaire de Lagos était très lié à celui de Samuel DOE) ; le désir du Nigeria d’exercer un rôle de puissance régionale ; et sa volonté de protéger ses intérêts économiques au Libéria 38. L’implication de la Libye est également avancée comme une raison de celle du Nigéria. D’aucun pense que Lagos considérait d’un mauvais œil l’accession à la tête du Libéria d’un mouvement patronné par la Libye. « Le régime de Kadhafi – auquel le Nigeria s’était notamment heurté au Tchad – était d’autant plus craint que 36 Samuel DOE n’était certes pas un fervent de la démocratie mais il était loin d’être un communiste. 37 Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 92. 38 Pour ce qui est des intérêts économiques, il se trouverait que le président Babanguida avait investi aux côtés de Samuel Doe dans le projet d’exploitation du gisement de fer Mifergui. Une chute éventuelle du président Doe aurait remis cette entreprise en cause, capital pour l’industrie sidérurgique nigériane et pour les intérêts personnels du Chef de l’Etat. Selon Eric Fottorino, dans le Monde du 25 avril 1991, Lagos aurait également cherché à contrôler l’attribution des pavillons de complaisance ainsi que le port France de Monrovia qui lui aurait permis de faciliter les opérations de blanchiment de l’argent de la drogue.
  • 24. 24 celui-ci pouvait menacer l’unité du pays en jouant la carte de la mobilisation islamique » 39. L’implication de la Libye est liée aux ambitions personnelles du président KADHAFI qui s’est depuis longtemps voulu le promoteur des révolutions. KADHAFI voulait également installer des hommes à lui ou des hommes avec lesquelles il entretient de très bonnes relations pour assoupir ses envies hégémoniques et constituer un contrepoids à la puissance américaine. Depuis les années 60, la Libye s’est retrouvée liée à plusieurs des conflits africains. Mais depuis qu’elle s’est constituée comme le chantre de l’unité africaine, elle se retire petit à petit. 3) LA FRANCE ET LES PAYS FRANCOPHONES DE LA SOUS-REGION : POUR LES INTERETS, LA FAMILLE ET LA FRANCOPHONIE La France s’est discrètement impliquée aux côtés de Charles TAYLOR à travers le Burkina Faso et la Côte d’ivoire. D’ailleurs, se furent pratiquement les seuls pays francophones de la sous-région à s’impliquer directement (par leur soutien au NPFL) dans le conflit. Toutefois, la Guinée, qui est un pays francophone, avait soutenu l’ULIMO notamment sa branche Mandingue. Selon M. WEISSMAN, en 1991, 68% des grumes sortant clandestinement du TAYLORLAND étaient expédiés vers la France. Ce qui constituait une rentrée d’argent assez importante pour le NPFL de TAYLOR. Il avance également que des intérêts français étaient présent dans l’exploitation du minerais de fer du mont Nimba et que USINOR, engagé dans le projet Mifergui, a continué à acheter du fer dans le TAYLORLAND après le déclenchement des hostilités. Toutefois, M. WEISSMAN a tenu à préciser qu’il est difficile de dire quel est le degré exact d’implications des autorités gouvernementales françaises et si ces acteurs obéissaient à une logique politique ou économique 40. Ce qui est plus ou moins sûr, c’est que la France a instrumentalisé la Côte d’ivoire et le Burkina Faso pour soutenir C. TAYLOR. Ces deux pays ont non 39 Voir note de bas de page n° 31 de l’article de F. WEISSMAN. 40 Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 93.
  • 25. 25 seulement interféré dans le conflit libériens pour défendre leurs intérêts quelconques mais aussi pour régler des problèmes personnels (entre S. Doe et H. Boigny) comme le souligne M. ADJOVI 41. En effet, selon M. ADJOVI, « le fils du président défunt Tolbert, Adolphus Benedict, a épousé une parente du président ivoirien qui de plus considère le président libérien comme un ami personnel. Ainsi, le putsch d’avril 1980 en étant à l’origine de la mort des Tolbert, touchait directement Houphouët-Boigny pour qui c’était une affaire personnelle. Le président Blaise Compaoré du Burkina-Faso est aussi gendre de Houphouët qui aurait usé de l’existence de cette alliance pour convaincre Compaoré » 42. Pour ce qui est du Burkina-Faso, M. ADJOVI précise que COMPAORE n’avait pas besoin d’un quelconque argument d’HOUPHOUËT pour s’engager puisque le Burkina et C. TAYLOR étaient unis par l’idée de révolutionnaire. Au delà des problèmes personnels, ce qui motivait le plus la Côte d’Ivoire était sa volonté de s’opposer à l’hégémonie des pays anglophones dans la sous région en particulier le Nigéria. La Côte d’Ivoire était le principal rival du Nigéria dans sa quête d’hégémonie régionale. Quand le Nigéria s’est impliqué dans le conflit libérien, le vieux HOUPHOUËT a renforcé son appui à TAYLOR. L’objectif étant d’anéantir les ambitions hégémoniques du Nigéria. Comme nous l’avons tantôt souligné, la Côte d’ivoire ne voulait pas une main mise des pays anglophones sur les affaires de la sous-région, ainsi, elle s’est constituée (et se considérait comme tel depuis longtemps) comme le porte drapeau des pays francophones pour faire face au « géant » nigérian. Pour résumer, nous reprendrons les termes de M. ADJOVI en disant qu’au-delà d’une logique relationnelle, c’est donc une logique de compétition politique qui pousse HOUPHOUËT à soutenir C. TAYLOR contre S. DOE. 41 Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 20 42 Ibidem.
  • 26. 26 Pour terminer, nous signalons qu’au delà de ces quelques pays, c’est l’Ecomog, dont la constitution était liée à ce conflit, qui a joué le plus grand rôle dans l’affaire libérienne. SECTION 2 : LA NAISSANCE DE L’ECOMOG Au plus fort moment de la guerre du Libéria, un certain nombre de chefs d’Etat de la Communauté de l’Afrique de l’ouest a affirmé son inquiétude face aux ravages et aux conséquences éventuelles du conflit dans la sous région. Ainsi en réveillant le PNA, le président nigérian Ibrahima BABANGIDA a réussi à obtenir de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, la mise en place d’un COMITE PERMANENT DE MEDIATION (EMSC : ECOWAS MEDIATION STANDING COMMITTEE) pour trouver une solution finale au conflit libérien. Ce Comité devait en théorie se composer de cinq membres : l’Etat qui occupe la présidence de la CEDEAO et quatre autres qui ont un mandat de trois ans. Pour sa première année d’exercice, les cinq Etats la composant, étaient le Ghana, le Mali, le Nigéria et le Togo et la Gambie qui assurait la présidence de la CEDEAO. Ce sont ces pays qui, au cours d’une réunion du Comité, qui s’est tenue du 6 au 7 août 1990 à Banjul, ont pris l’initiative de créer la force d’interposition Ecomog. La mission de l’Ecomog consistait à contrôler le respect d’un cessez-le-feu que les belligérants avaient signé. Mais selon M. ADJOVI, ce cessez-le-feu était imaginaire car en août 1990, aucun accord du genre n’était intervenu entre les parties. Il affirme que le mandat serait plutôt une interposition au sens propre du terme : se mettre entre les belligérants et servir de zone-tampon, ce qui est censé éviter les affrontements 43. L'Ecomog a débarqué à Monrovia le 24 août 1990, huit mois après le déclenchement de la guerre civile. Elle était composée de troupes du Nigéria, du Ghana, de la Guinée, de la Sierra Leone et de la Gambie. A l’exception de la Guinée, les quatre autres pays étaient des pays anglophones. Mais, ultérieurement, le Sénégal, un autre 43 Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 27
  • 27. 27 pays francophone, grâce à la persuasion du Nigéria, enverra ses troupes à Monrovia. Cependant, à l’approche des élections présidentielles de 1992 au Sénégal, les autorités sénégalaises retirèrent leurs troupes. Composée à l'origine de quelques centaines d'hommes, l'Ecomog a compté, au plus fort de sa présence en 1994 au Liberia, jusqu'à 20.000 soldats et officiers dont la quasi-totalité étaient des Nigérians. Les raisons avancées pour justifier la mise en place de l’Ecomog sont diverses et on ne peut pas vraiment les condamner. Cependant, les intensions des autorités nigérianes qui tenaient tant à la création de celle-ci pouvaient être condamnables. D’après certains observateurs, l'énorme flux des réfugiés dans les pays voisins, a contraint les pays de l’Afrique de l’Ouest à agir. Ce flux désorganise quelque peu les Etats qui les supportent. « Ainsi dans un village guinéen la population passe de 931 habitants à 4383 ! Cette augmentation soudaine change les donnes antérieures, et c’est un nouvel équilibre socio-économique qui doit être trouvé. Au Ghana, c’est un phénomène de ghettoïsation que souligne le West Africa et qui pose de sérieux problèmes de salubrité et de sécurité. Mais, plus graves, sont les conséquences sur le taux de criminalité qui augmente avec l’afflux de populations démunies et sans logis… » 44. D'autres affirment que l'interposition était due au traitement que le NPFL réservait aux ressortissants ouest africains résidant au Libéria : des milliers de Nigérians, Guinéens et Ghanéens étaient tenus en otage à Monrovia, et des centaines d’entre eux exécutés. Une autre théorie avance que le conflit, au vu de ses relents ethniques, pouvait avoir un effet domino sur les Etats de la sous région. En dehors de ces menaces politique, sociale et économique, il se trouve que Samuel DOE, quand il s’est rendu compte qu’il ne pouvait plus assurer la pérennité de son pouvoir face à la puissance de la rébellion, a fait appel à la Communauté. Les Etats 44 Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 24
  • 28. 28 anglophones, menés par le Nigeria ont accepté de donner leur aide, alors que les Etats francophones, dont la tête de fil était la Côte d’ivoire de Houphouët BOIGNY, étaient opposés à une intervention militaire. Comme nous l’avons montré tout au long de notre développement, la CEDEAO qui est une organisation sous-régionale économique, c’est très tôt intéressé aux questions de sécurité. Ce qui l’amènera à mettre en place en 1978 le PNA, en 1981 le PAMD et enfin l’Ecomog pour trouver une « solution africaine aux conflits africains ». Elle ira plus loin en mettant en place vers la fin des années 90 un mécanisme de règlement des conflits. Ce qui nous fait croire qu’elle est entrain de construire progressivement un espace de paix et de sécurité.
  • 29. 29 DEUXIEME PARTIE : DE L’ECOMOG AU MECANISME DE 1999 : VERS LA MISE EN PLACE DE L’ESPACE DE PAIX ET DE SECURITE OUEST -AFRICAIN
  • 30. 30 CHAPITRE 1 : DES MISSIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DE L’ECOMOG L’Ecomog a été très critiquée en raison de ses agissements au cours de ses interventions. Ces critiques font penser que la force d’interposition ouest africaine n’a servi à rien et qu’elle n’avait pas raison d’exister. Quoi qu’il en soit, nous pensons qu’il y a beaucoup d’enseignements à tirer de l’existence et des activités de cette force. SECTION 1 : DES INTERPOSITIONS AUX RESULTATS MITIGES L’Ecomog qui a moins de 15 ans d’existence, est intervenue dans pas moins de quatre pays de la sous-région avec des succès mitigés mais qui n’ont pas infléchis la détermination des pays de la CEDEAO de créer un espace de paix et de sécurité. Cette force d’interposition est intervenue d’abord au Libéria, ensuite en Sierra Léone enfin en Guinée Bissau et en Côte d’ivoire. PARAGRAPHE 1 : LES ERREURS DE L’ECOMOG AU LIBERIA Dés son déploiement à Monrovia en août 1990, CHARLES TAYLOR a vu en l’Ecomog un obstacle à son accession au pouvoir. Jusqu’au 14 octobre 1992, la force d’interposition n’a pas été vraiment mise en difficulté pour remplir sa mission. Mais à partir du 15, la situation explose. Taylor a lancé une opération (Opération Octopus) pour déloger l’Ecomog de Monrovia. Les combats qui se sont déroulés au cour de cette opération vont montrer les limites de la force d’interposition. En effet, comme le résume si bien M. WEISSMAN 45, « d’une part, l’Ecomog [va] aliment[er] l’économie de guerre des factions, encourag[er] les pillages et facilit[er] la perpétuation de l’affrontement armé ; de l’autre, elle [va] parfois entr[er] en conflit avec les mouvements sur des enjeux commerciaux ». 45 Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 96
  • 31. 31 A. LES LIENS DE L’ECOMOG AVEC CERTAINES FACTIONS REBELLES Au cours de l’« Opération Octopus », l’Ecomog avait accepté l’aide de certains mouvements rebelles (ULIMO, AFL, etc.). La force « est également impliquée dans la création du LPC, [qu’elle a] régulièrement alimenté en armes et en munitions » 46. Les liens entre l’Ecomog et ces groupes semblaient être établi sur l’adage selon lequel « l'ennemi de mon ennemi est mon ami ». Il y a eu beaucoup d'allégations selon lesquelles l’Ecomog aurait réellement armé l’ULIMO et l’AFL. Il est difficile de prouver de telles allégations. Néanmoins des sources du Département d'Etat américain affirment que l’Ecomog a fourni, ou au moins, a facilité l’acquisition, d’armes à l’AFL et à l’ULIMO ; des sources du Pentagone confirment que l'Ecomog a bel et bien fourni quelques armes à l'AFL 47. Quelques observateurs justifient l’alliance entre ces factions rebelles et l’Ecomog par l’insuffisance de ses troupes. On a aussi avancé l’argument selon lequel l’Ecomog avait besoin de guide pour mieux couvrir le terrain, identifier et repousser les rebelles du NPFL. Ces factions rebelles avaient recours systématiquement au pillage. Certains éléments de la force d’interposition ont pris une part active aux pillages mis en place par les factions et ont exploité pour leur propre compte les ressources naturelles du pays 48. Selon des témoins des combats, les résidents de Monrovia ont vu leurs biens embarqués dans des bateaux par des soldats de l’Ecomog en direction du Nigéria. Ces factions sont également accusées d’avoir commis des meurtres au sein des communautés présentes dans le NPFL. Selon le Département d’Etat américain, des éléments de l'AFL (parfois en coopération avec ULIMO) formaient des « Pelotons de reconnaissance » qui n’hésitaient pas à exécuter sommairement des membres de la communauté du Nimba suspectés d’être affiliés au NPFL ou à l’INPFL. 46 ibidem 47 Source rapport de 1993 de HUMAN RIGHTS WATCH sur le Libéria. Ce rapport est accessible à la page Internet : http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/ 48 Fabrice WEISSMAN, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 96
  • 32. 32 Ajouté à cela, l’Ecomog, à un moment des combats, avait entrepris des opérations aériennes aveugles et très dommageables pour la population civile. B. LES OPERATIONS AERIENNES ET LEURS DEGATS Vers la fin du mois d’Octobre (1992), l’Ecomog a conduit une série de bombardements et de mitraillages du territoire occupé par le NPFL par des avions nigérians. Ces actions ont atteint des zones comme le port de Buchanan et des secteurs autour de Gbarnga, de Kakata, de Harbel et de Greenville. Au cours des raides aériennes, des entrepôts de nourriture, des convois d’assistance et des hôpitaux civils (en zone NPFL) ont été bombardés. En outre, selon le NPFL, des centaines de civils ont été tués et blessés. Pour se blanchir ou se justifier, l’Ecomog a publié de nombreux rapports et communiqués. Certains d’entre eux affirmaient que le NPFL utilisait la population civile ou des établissements civils comme bouclier. Des sources neutres ont elles aussi avancé la même allégation. Des organisations d’aide humanitaire, qui opéraient sur le territoire de Taylor, ont affirmé que l’Ecomog conduisait ses attaques aériennes aveuglément. Les représentants d'une organisation humanitaire ont confirmé que des secteurs non stratégiques ont été attaqués, citant l'attaque sur Kakata en décembre 1992, quand les avions de l’Ecomog ont volontairement attaqué la principale rue commerciale en plein jour 49. D’après des officiers de l’Ecomog, les attaques contre les civils sont involontaires (ce sont des dommages collatéraux). Elles visaient les caches d’armes du NPFL et ses combattants. Selon un haut officier nigérian, parfois c’est le NPFL qui mettait des explosifs dans certains endroits pour discréditer l’Ecomog comme se fut le cas à l'hôpital de Phebe (10 mars 1993). 49 Source : Rapport sur le Libéria de HUMAN RIGHTS WATCHT, op. cit. (http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/)
  • 33. 33 Selon HUMAN RIGHTS WATCH 50, des journalistes et des travailleurs humanitaires ont rapporté que les attaques aériennes ont eu l'effet de tourner les populations civiles contre l’Ecomog et de renforcer leur soutien au NPFL, plutôt que d’annihiler la volonté du NPFL de combattre. Voici quelques attaques aériennes de l’Ecomog qui ont atteint la population civile ou des établissements civils : Le mitraillage de l'hôpital de Firestone à Harbel au mois de novembre 1992. Le 16 novembre 1992, l’Ecomog bombarde l'entrepôt du Catholic Relief Services (CRS) à Buchanan, détruisant de grandes quantités de nourriture. Il se trouve que le CRS avait bien spécifié l'entrepôt en ayant clairement peint son sigle sur le toit. L’attaque du village de Gbinta en Côte d'Ivoire à la frontière libérienne le 27 février 1993. Selon le gouvernement ivoirien, six personnes ont été blessées (cinq soldats et un officier douanier). Le 2 mars 1993, un camion du CRS transportant de la nourriture à la périphérie de Buchanan a été attaqué. Des rapports indiquent qu'entre 75 et 100 civils, dont la plupart étaient des femmes et des enfants, étaient près du camion quand il a été attaqué. Le camion était bien identifié « CRS ». L’attaque du marché à Gbarnga et Kollila en mars 1993. Selon des travailleurs humanitaires, au moins, quatre personnes ont été tuées et 26 blessées. L'attaque de l'hôpital de Phebe le 10 mars 1993. Selon un rapport du Dr. W.T. Gwenigale, directeur médical de l'hôpital, l'attaque s'est produite à environ 50 ibidem
  • 34. 34 10:50 P.M. : deux résidences de personnel et le bâtiment principal de l'hôpital ont été frappés, de même que le mur sud de l'unité pédiatrique. Le bombardement de Greenville le 18 mars 1993. Selon l’Independent et le Washington Post (des journaux américains), l'incursion dans Greenville a duré 25 minutes et a tué au moins 15 civils. Le 18 avril 1993, un convoi de MSF transportant des médicaments et des vaccins a été attaqué vers la frontière avec la Côte d’Ivoire. Pourtant, le convoi avait été bien identifié par les insignes de l'organisation. Un porte- parole de MSF a affirmé que l'attaque avait forcé l'organisation à suspendre ses opérations humanitaires dont les libériens avaient tant besoin. Il est difficile d'estimer le nombre de personnes tuées pendant les combats. Au début du mois de novembre 1992, l'ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTE (OMS) a estimé que jusqu'à 3.000 civils et combattants étaient morts entre le 15 et le 28 octobre. Cinq nonnes américaines qui se trouvaient à Gardnersville ont été également assassinées au cours des combats 51. Le NPFL avait été désigné comme l’auteur de ces assassinats mais il avait nié. Selon le Département d'Etat américain, un certain nombre de fonctionnaires et employés du gouvernement intérimaire (IGNU) ont été sommairement exécutés. Vers la fin des années 90, le conflit du Libéria s’était estompé. Les raisons avancées pour expliquer cette atténuation sont, notamment, la perte du soutien ivoirien du NPFL avec la mort du président H. Boigny 52, l’épuisement des factions armées et le rapprochement de Taylor avec le Nigéria 53. 51 Les nonnes étaient : Soeur Barbara Ann Muttra, Soeur Joelle Kolmer, Soeur Shirley Kolmer, Soeur Kathleen McGuire, et soeur Agnes Mueller. 52 Le successeur d’Houphouët Boigny, M. Bédié se souciait beaucoup plus de la préservation de son pouvoir que du soutien à Taylor. Du coup le Burkina Faso se retrouvait tout seul dans sa volonté de mener Taylor au pouvoir. Cela va affaiblir son soutien au NPFL au cours des années. 53 D’après M. Weissman, « en juin 1995 Taylor se rend à Abuja pour la première fois depuis le début du conflit et passe, semble-t-il, un accord avec le général Abacha : ce dernier ne ferait plus obstacle à l’accession du NPFL au pouvoir en échange d’avantages économiques sur les ressources du Libéria (op. cit. p. 84)
  • 35. 35 En octobre 1999, quand les choses sont devenues plus calmes, les derniers soldats de la force ouest-africaine ont quitté le Libéria. Aux mêmes moments, la Sierra Léone voisine subissait une terrible guerre civile où l’Ecomog allait, une fois de plus, intervenir. En 2003, à la suite d’une rébellion du LURD (Mouvement Libérien pour la Réconciliation et la Démocratie) qui exigeait le départ du président TAYLOR du pouvoir, la CEDEAO avait mis en place une force de maintien de la paix (ECOMIL) pour garantir le Traité de paix conclu le 18 août 2003. Les 3 563 troupes, composant la force, provenaient essentiellement du Nigeria, du Mali et du Sénégal. Le 1er octobre 2003, le Conseil de Sécurité de l’ONU a approuvé la transformation de l’ECOMIL en une force internationale de stabilisation de l’ONU (la Mission des Nations unies au Libéria ou MINUL créée le 19 septembre 2003). PARAGRAPHE 2 : L’INTERVENTION DE L’ECOMOG EN SIERRA LEONE ET LE PHENOMENE DES SMP (SOCIETES MILITAIRES PRIVEES) La Sierra Léone a été meurtrie par une violente et longue guerre civile qui, lors de la tentative de réinstallation du président Kabbah au pouvoir, s’est distinguée par un phénomène qui est passé inaperçu pour beaucoup de personnes : l’usage des SMP. A. LA REINSTALLATION DU PRESIDENT KABBAH AU POUVOIR La guerre civile sierra léonaise a commencé le 23 mars 1991 quand le principal groupe rebelle, RUF (Front révolutionnaire uni), assisté d'un certain nombre de combattants du NPFL, un nombre restreint de mercenaires et des soldats du Burkina Faso, envahirent l’Est du pays. L’insurrection armée était dirigée par ALFRED FODAY SANKOH, un ancien caporal de la RSLMF (Republic of Sierra Leone Military Force). Il avait été emprisonné en 1969 sous le régime de STEVENS SIAKA pour participation supposée à une tentative de putsch. M. SANKOH et CHARLES TAYLOR sont de bons amis. Il se trouve que SANKHO a beaucoup aidé TAYLOR dans sa conquête du pouvoir libérien. Cela explique nettement le soutien de TAYLOR et du Burkina Faso au RUF.
  • 36. 36 En outre, selon M. ADJOVI, le soutien de C. TAYLOr est dû d’une part aux promesses faites aux Sierra Léonais qui ont participé à sa rébellion et d’autre part à la participation du pouvoir de JOSEPH MOMOH à la mise en place de la force d’interposition ouest-africaine qui a contre carré ses projets au Libéria 54. En 1997, suite au coup d’Etat du major KOROMA le 25 mai 1997, les Chefs d’Etats de la CEDEAO, ont estimé nécessaire et urgent d’envoyer l’Ecomog en Sierra Léone pour permettre le retour au pouvoir du président AHMED TEEJAN KABBAH, démocratiquement élu l’année précédente. C’est ainsi que l’Ecomog sera déployée en Sierra Leone et son quartier général transféré de Monrovia à Freetown en 1998. En février 1998, l'Ecomog a atteint son objectif qui était de restaurer une légalité constitutionnelle et de réinstaller au pouvoir le gouvernement du Président démocratiquement élu M. KABBAH. La junte AFRC/RUF (le Conseil Révolutionnaire des Forces Armées/le Front Révolutionnaire Uni) a été chassée de la capitale Freetown. L’Ecomog, par la suite reprendra la plupart des villes qui étaient sous contrôle de la junte. Cependant, il est resté des poches de résistance jusqu’à la signature de l’accord de paix et même après. L’Accord de paix, entre le gouvernement de M. Kabbah, les rebelles du RUF et les membres de la junte militaire (AFRC) de Sierra Leone, est signé à Lomé le 7 juillet 1999. L’Ecomog qui était chargée de la mise en œuvre des termes de l'accord allait renforcer ses troupes à prés de 15 000 hommes. La mission de l’Ecomog s'achève en mai 2000, cédant la place à la MINUSIL (la Mission d’Assistance des Nations Unies pour la Sierra Leone), à laquelle quelque 3 500 soldats du contingent nigérian seront intégrés. Comme l’ont souligné PRKIC FRANÇOIS ET JOANNIDIS MARIE, « le succès de l’Ecomog [en Sierra Léone] a néanmoins était entaché par le coup élevé en vies 54 Mémoire sur le Libéria, op. cit. p. 23
  • 37. 37 civiles de ses opérations militaires et l’opposition virulente de certains chefs d’Etat, comme celui du Libéria, à sa stratégie » 55. Le conflit sierra léonais s’est distingué par les mutilations des civils par les rebelles, le phénomène des enfants soldats, l’implication d’un grand nombre d’acteurs extérieurs dans le conflit (Grande Bretagne, Burkina Faso, Nigéria, Ecomog, Libéria etc.), l’utilisation de Sociétés Militaires Privées (SMP), etc. Ce dernier point mérite d’être traité non pas parce que c’est une nouveauté dans les conflits en Afrique mais parce que ces sociétés sont de plus en plus présentes dans les opérations de maintien de la paix. C’est un phénomène très limité mais à l’avenir il pourrait bien s’étendre. B. LES SMP DANS LE CONFLIT SIERRA LEONAIS Quand le Président KABBAH a été déposé par les soldats dissidents en mai 1997, il avait fait appel à SANDLINE INTERNATIONAL 56. Il se trouve que cette société a participé à la réinstallation du Président KABBAH au pouvoir en 1998. SANDLINE INTERNATIONAL a été employée par la Grande Bretagne en Sierra Léone pour l’évacuation des ressortissants étrangers ainsi que pour apporter un soutien logistique aux troupes britanniques sur place. Il se trouve également que cette SMP a apporté un soutien logistique aux troupes de l’Ecomog notamment en matière de maintenance du matériel militaire et l’approvisionnement en carburant et autres. Aux Balkans, également, des SMP ont été utilisées par les Etats-Unis. En guise d’exemple, une société américaine, du nom de MILITARY PROFESSIONAL RESOURCES INCORPORATED (MPRI), a été fortement impliquée dans la région, notamment en Croatie en 1995. Le MPRI avait décroché un contrat du Département d'Etat pour aider à créer et former une armée en Croatie. Une autre compagnie américaine, la DYNCORP, a été également invitée par les autorités américaines, en 55 Prkic François et Joannidis Marie, « Gestion régionale des conflits : l’Afrique de l’Ouest montre la voie », Revue Internationale et Stratégique, n°33, Printemps 1999, p. 177 56 Sandline International est une société internationale d’expertise militaire, impliquée dans plusieurs affaires de mercenariat notamment en Afrique. Le 16 avril 2004, Sandline a annoncé la clôture des opérations de la compagnie.
  • 38. 38 1998, à fournir un contingent pour observer le retrait des forces Serbes au Kosovo 57. Contrairement aux Européens, les Américains font souvent recours à des SMP quand ils interviennent à l’étranger. La guerre en Irak l’a nettement démontré. Certaines grandes entreprises implantées à l’étranger font souvent recours elles aussi à des SMP pour évacuer leurs employés et autres des zones des conflits armés. Par exemple, en Côte d’Ivoire, des entreprises françaises ont fait appel à des SOCIETES DE SECURITE PRIVEE (SSP) 58 pour protéger leurs biens ou pour évacuer leurs employés. Comme nous l’avons souligné, l'utilisation des SMP n’est pas spécifique à l’Afrique. Cependant, leur présence est plus prononcée sur ce continent qu’ailleurs. Certains observateurs expliquent la présence des SMP en Afrique par l’indisposition des puissances occidentales à répondre aux conflits qui la déchirent 59. Les SMP sont également sur le continent parce que les chefs d’Etat africains les trouvent attirantes comme appareillage supplémentaire de sécurité pour les protéger eux et leurs régimes. Bref, peut être que demain ces SMP parviendront à combler les lacunes des OMP (Opérations de Maintien de la Paix) ou constituer une solution de rechange pour les dirigeants occidentaux très sensibles et vulnérables politiquement à la mort de leurs soldats dans les opérations d’interposition. PARAGRAPHE 3 : DES INTERVENTIONS DE L’ECOMOG EN GUINEE BISSAU ET EN COTE D’IVOIRE 57 Comfort Ero, “ECOMOG: A model for Africa?” Centre for Defence Studies, King's College, London. (Voir l’article à la page : http://www.iss.co.za/Pubs/Monographs/No46/Ecomog.html) 58 C’est pratiquement des SMP. Etant donné que les SMP ne sont pas autorisé dans certains pays notamment en France, on les appelle SSP. 59 Comfort Ero, “ECOMOG: A model for Africa?”, op. cit. (http://www.iss.co.za/Pubs/Monographs/No46/Ecomog.html)
  • 39. 39 En 1999, avant même d’achever sa tâche en Sierra Léone, l’Ecomog est envoyé en Guinée Bissau en proie à une guerre civile. En 2002, ce sera autour de la Côte d’Ivoire d’accueillir la force d’interposition. A. EN GUINEE BISSAU : L’ECOMOG « TEMOIN D’UN PUTSH » Le conflit de la Guinée-Bissau a éclaté le 7 juin 1998 entre une partie de l'armée et le gouvernement. Le conflit voit ses origines dans le limogeage, par le Président JOÃO BERNADO NINO VIERA, du Général de brigade ANSUMANE MANE, chef d’Etat major de l’armée de terre. Le Président VIERA accusait le Général MANE d’être lié à un trafic d’armes avec le MFDC (Mouvement des forces démocratiques de la Casamance), mouvement sécessionniste dans le Sénégal voisin. Mécontent d’être démis de ses fonctions, MANE prend la tête d’une rébellion qui avait pour objectif d’éjecter le Président VIERA du fauteuil présidentiel. Dés le déclenchement des hostilités, le Sénégal et la Guinée (Conakry) envoyèrent des troupes pour soutenir le Président VIERA. La décision du Sénégal d’envoyer des troupes en Guinée Bissau était non seulement liée à un accord de défense que les deux pays avaient conclu mais également, et surtout, l’implication du MFDC aux côtés de MANE. Le Sénégal voulait empêcher MANE d’arriver au pouvoir. Pour les autorités sénégalaises, étant donné les liens entre le MFDC et MANE, l’arrivée de ce dernier au pouvoir constituait une source de déstabilisation pour leur pays. Comme il est de coutume dans tous les conflits, des médiations ont été mises en oeuvre pour trouver une issue favorable au conflit. Les premières médiations ont été principalement menées par le Portugal et les ministres des affaires étrangères de la COMMUNAUTE DES PAYS DE LANGUE PORTUGAISE (CPLP) (L'Angola, le Brésil, le Cap Vert, le Mozambique et le Sao Tomé et Principe). Cependant, c’est à la suite d’une réunion de la CEDEAO, du 1 au 2 novembre 1998 à Abuja, que les belligérants (le Président Viera et le Général brigadier Mané) acceptèrent de signer un accord de paix sous les auspices de la CEDEAO.
  • 40. 40 L'accord de paix demandait aux deux parties de déposer les armes, de former immédiatement un gouvernement d’union nationale, d’organiser des élections au plus tard au mois de mars 1999. L’accord exigeait également le retrait des troupes étrangères (sénégalaises et guinéennes) de la Guinée-Bissau et le déploiement de l’Ecomog à titre de force de maintien de la paix chargée de surveiller l'accord de paix. C’est dans ce cadre qu’en février 1999, quelque 600 soldats de l'Ecomog seront déployés en Guinée-Bissau. « La France a apporté le soutien financier et logistique nécessaire à cette équipe ouest-africaine de maintien de la paix » 60. La force était, majoritairement, composée de pays francophones de la région (Bénin, Niger, Mali et Togo) et d’un pays anglophone (Gambie). Le Bénin avait fourni prés de 150 troupes qui avaient été formées dans le cadre du programme de formation américain de maintien de la paix (l'Initiative africaine de réponse aux crises ou ACRI), c’était la première fois que ces troupes étaient employées dans une telle opération. Le Togo aussi avait fourni 150 troupes et le Mali 120. Malheureusement, la force ouest-africaine, dotée d'armes légères et composée de petits pays avec des soldats inexpérimentés, n'a fait que constater la destitution du président JOÃO BERNADO NINO VIERA par la junte militaire, le 7 mai 1999, et ceci après le retrait des soldats sénégalais et guinéens. Quelques mois plus tard, la force quittera le pays. B. L’ECOMOG EN COTE D’IVOIRE : UNE MODESTE PARTICIPATION La crise actuelle en Côte d’Ivoire s’est déclenchée après le soulèvement militaire du 19 septembre 2002. Cette crise a ravivé les tensions ethniques et religieuses déjà présentes dans le pays depuis le putsch de décembre 1999, qui avait entraîné la destitution du président HENRI KONAN BEDIE. A la suite du soulèvement, les chefs d'Etat de la CEDEAO avaient nettement manifesté leurs craintes de voir la Côte d’Ivoire s’enliser dans une guerre civile, comme celles qui ont ravagé le Liberia voisin, la Sierra Leone et la Guinée Bissau. Etant donné le poids de la Côte d’ivoire 60 MARTINS Miguel, “Le conflit en Guinée Bissau : chronologie d’une catastrophe”, AFRIQUE POLITIQUE, 1999, p. 216
  • 41. 41 (économiquement) dans la sous-région, ils (les chefs d’Etat) craignaient également les conséquences économiques sur leurs économies et l’effet domino que le conflit pouvait avoir sur leurs territoires. C’est ainsi que réunis en sommet extraordinaire à Accra (Ghana) le 29 septembre 2002, ils (les chefs d’Etats ouest-africains) décidèrent d'envoyer une force de paix en Côte d'Ivoire, pour s'interposer entre les troupes gouvernementales et les militaires rebelles. Prés de 1 500 hommes provenant du Ghana, du Togo, du Bénin, du Niger et du Sénégal, regroupés au sein de la Mission de la CEDEAO en Côte d'Ivoire (ECOMICI) seront envoyés à partir de janvier 2003 en terre ivoirienne. Ces troupes interagissaient aux côtés de 4 000 soldats français de l'Opération Licorne. Leur mission, entre autres, était de surveiller, avec les troupes françaises en place, le cessez-le-feu conclu à Marcoussis (France) le 24 janvier 2003 entre les forces loyalistes et la rébellion. Le 28 février 2004, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a voté une résolution en faveur de l’intégration des forces de maintien de la paix présentes sur le territoire ivoirien en une seule force. C’est ainsi que l’ECOMICI et la MINUCI (Mission des Nations unies en Côte d'Ivoire), présentes dans le pays depuis le 13 mai 2003, seront regroupées sous l’ONUCI (Opération de l'ONU en Côte d'Ivoire). La mission de l'ONUCI a débuté officiellement le 4 avril 2004 pour une période initiale de 12 mois. Pour le moment, les choses se sont plus ou moins calmées en Côte d’Ivoire mais on ne peut pas vraiment dire que c’est grâce à l’Ecomog. Toutefois, il serait injuste de dire qu’elle n’y est pour rien, même si ses troupes ont une réputation de « looser ». SECTION 2: LES ENSEIGNEMENTS DES INTERVENTIONS DE L’ECOMOG L’Ecomog, comme nous venons de le démontrer, n’a pas connu un grand succès dans les missions qu’elle a eu à mener. Cependant, il est à noter, aussi peu que cela soit, qu’elle a pu faire quelque chose de positif. Ses « échecs » résident beaucoup plus
  • 42. 42 dans le manque de moyens et d’expérience qu’à un manque de volonté ou à une incompétence caractérisée. PARAGRAPHE 1 : LES SUCCES DE LA FORCE Au Libéria, « loin de constituer une force d’interposition neutre, l’Ecomog s’est…avérée partie prenante au conflit, tant au plan politique, qu’économique. [...], les casques blancs ont clairement failli à leur mission et sont apparus à plusieurs reprises comme un facteur de déstabilisation supplémentaire » 61. Beaucoup de personnes pensent comme M. WEISSMAN. On accuse l’Ecomog d’avoir été partiale, de n’avoir pas respecté les droits de l’Homme, d’avoir violé les conventions de la guerre et d’avoir participé à des trafics illicites. Tout cela n’est certes pas totalement faux mais comme nous l’avons tantôt souligné, l’Ecomog a réussi à faire quelque chose de non négligeable au Libéria. Comme, le soulignent FRANÇOIS PRKIC et MARIE JOANNIDIS, le bilan de l’Ecomog au Libéria peut être considéré comme globalement positif : « L’Ecomog a tout d’abord réussi à protéger pendant toute la durée du conflit la capitale, Monrovia, où s’était réfugiée prés de la moitié de la population du pays, et la seule offensive de forces rebelles qui soit parvenue à pénétrer certains faubourgs, en octobre 1992, a été repoussée en quelques jours » 62. Le semblable d'ordre et de paix que l’Ecomog a fait régner à Monrovia a permis aux groupes humanitaires internationaux de retourner au Libéria et de pouvoir venir en aide à la population. 61 Fabrice Weissman, « Libéria : derrière le chaos, crises et interventions internationales », op. cit. p. 96 62 François Prkic et Marie Joannidis, « Gestion régionale des conflits : l’Afrique de l’Ouest montre la voie », op. cit., pp. 176-177.
  • 43. 43 Elle s'est investie dans d'importantes activités humanitaires visant à atténuer les souffrances des populations. Elle a permis au GOUVERNEMENT D'INTERIM DE L'UNITE NATIONALE (IGNU), dirigé par AMOS SAWYER, de s’installer. Elle a arrêté les meurtres systématiques des Krahn et des Mandingue à Monrovia. Elle a largement contribué à l’aboutissement des élections de juillet 1997 qui ont achevé le conflit libérien et que les observateurs internationaux ont jugés démocratiques et très satisfaisantes. En outre, l’Ecomog a bénéficié d’un appui considérable au sein de la population libérienne, y compris celle du territoire contrôlé par le NPFL. Dans beaucoup de camps déplacés de personnes, une fois qu’on demandait aux déplacés dans quelles conditions ils rentreraient chez eux, la grande majorité déclarait qu'elle n’y retournerait que si l’Ecomog est là bas. Une femme de 33 ans, exprimait son attitude envers l’ULIMO et l'AFL : « L’Ecomog fait son possible. Je veux aller à la maison seulement si l’Ecomog est là bas. Je ne me sentirais pas libre pour aller à la maison si c'est ULIMO qui est là-bas. Nous sommes effrayés en raison de ce qui s'est produit pendant la guerre […]. L’ECOMOG est ici pour instaurer la paix » 63. ARMAH, un étudiant de Bomi, disait ceci : « Je suis parti en octobre, avant l’arrivée de l’ULIMO, parce que j'avais peur. Je ne peux pas rentrer alors que l'ULIMO est là- bas avec ses armes. Une armée est juste une armée. Mais l’Ecomog est une unité de maintien de la paix, ainsi je retournerais s'ils sont là. L’ULIMO est une faction. Nous comptons seulement sur ECOMOG. L'AFL, l’ULIMO, le NPFL, ils sont tous du même côté. Tous les groupes armés ont la même intention - devenir riche en pillant des propriétés. L’ECOMOG veut libérer les Libériens. S'ils partent, ça sera une catastrophe. Si l’Ecomog est là, nous pensons qu'ils limiteront les dégâts » 64. 63 Source : Rapport sur le Libéria de HUMAN RIGHTS WATCHT, op. cit. (http://www.hrw.org/reports/1993/liberia/) 64 ibidem
  • 44. 44 En Sierra Leone, l’Ecomog a défendu la démocratie en restaurant le régime renversé par un coup d'État militaire. Même si ses opérations, notamment les bombardements navals sur les positions de la junte, ont causé beaucoup de dégâts matériels et considérablement coûté en vies humaines, sa fermeté à l’égard de la junte pour restaurer les institutions démocratiques de la Sierra Léone a été exemplaire et louable à notre avis. Aujourd’hui, après l’arrestation de M. SANKOH, un calme relatif règne dans l’ancienne colonie britannique. En Guinée Bissau, l’Ecomog n’a rien pu faire pour empêcher la chute du régime du président Viera. En Côte d’Ivoire, comme nous l’avons souligné précédemment, elle n’a pas ramené la paix mais, elle y a quand bien même participé. PARAGRAPHE 2 : LES CAUSES DES « ECHECS » DE LA FORCE Les « échecs » de l’Ecomog sont attribuables à un certain nombre de facteurs notamment : la difficulté d’atteindre un minimum de consensus pour déterminer les missions de la force et la déployer ; l’implication d’entités non-régionales dans la constitution et le déploiement de la force; la carence en logistique des forces armées de la sous-région ; la crainte de certains pays d’une hégémonie nigériane dans la région ; l’opposition francophone anglophone ; et les difficultés liées au commandement et à l’interopérabilité au sein de la force. PREMIER FACTEUR. L'efficacité des missions de l’Ecomog dépend en partie du niveau de consensus politique existant au sein de la communauté. La réalisation de ce consensus est une grande difficulté à cause de la rivalité et le manque de confiance entre les dirigeants ouest africains. Au Libéria, il y avait une division apparente entre les cinq membres du CPM et les onze autres membres de la CEDEAO. En Sierra Leone aussi, il y avait un profond désaccord entre les membres quant à l’emploi de la force dans le conflit. DEUXIEME FACTEUR. L’idéal serait que l’Ecomog puisse être constitué et déployé à la discrétion unique des Etats membres. Mais cela n'a toujours pas été le cas, en
  • 45. 45 raison de l’énorme influence et des intérêts des investisseurs économiques externes à la sous-région. En conséquence, toutes les opérations de l’Ecomog sont considérablement influencées par des intérêts extrarégionaux. Parfois, les conflits d'intérêt entre les pays en dehors de la sous-région entravent le déploiement, le renfort et l'appui logistique des troupes de la force. Par exemple en Sierra Leone, en dépit de l'engagement considérable du Nigéria, l'intérêt limité des Etats-Unis et l'attitude hésitante de la France ont été les facteurs principaux du ralentissement des opérations terrestres de la force. TROISIEME FACTEUR. Les forces armées des Etats membres de la CEDEAO manquent d’expérience (en matière de maintien de la paix) et de logistique pour soutenir les opérations militaires de grande envergure. Dans les opérations de l’Ecomog, la logistique n’est pas fournie par une administration centrale. Chaque pays fournit à son propre contingent le matériel (de transport, de transmission…), les armes, les munitions, la nourriture, dont il a besoin au cours de l’opération. Le Nigéria fournit très souvent à la force l'essence, le pétrole et les lubrifiants. Les Etats- Unis, par l’intermédiaire d’entreprises privées, ont eu à fournir un soutien logistique à la force (hélicoptère de transport, équipements de communication, véhicules, réparations et entretiens généraux) dans certaines opérations. QUATRIEME FACTEUR. Les plus petits pays de la sous-région voient à travers l’Ecomog un instrument de puissance employé par le Nigéria pour interférer dans leurs politiques internes. Bien que l'évidence sur le terrain ait contredit cette crainte, quelques pays hors de la région l'ont exploitée pour les décourager de participer activement à la force. CINQUIEME FACTEUR. Les francophones considèrent la CEDEAO plutôt comme une entité de coopération économique et commerciale qu’une entité d’intégration politique. Ils voient l’Ecomog davantage comme une force militaire conçue pour résoudre les problèmes de sécurité anglophones qu’autre chose. Toutefois, avec l’intervention de la force en Guinée Bissau et en Côte d’Ivoire, cette position commence à évoluer. En outre, les francophones (la France également) voient d’un
  • 46. 46 très mauvais œil un leadership anglophone dans la sous région dirigé par le géant nigérian. En raison de tout cela, les pays francophones de la sous-région se sont au début montré très prudent vis-à-vis de la force ouest-africaine. Mais au fil du temps, leur position a évolué. Aujourd’hui, l’Ecomog intervient en Côte d’ivoire, qui fut le pays francophone le plus opposé à sa création à l’époque. DERNIER FACTEUR. Comme la plupart des forces multinationales de maintien de la paix, l’Ecomog a eu des difficultés à mettre en place un commandement unifié. En raison de la méfiance entre les Etats membres et l'influence des puissances non- régionales, les contingents de la force arrivent habituellement dans leur secteur de mission avec des instructions différentes et parfois contradictoires. L’interopérabilité est quasi inexistante ce qui complique très sérieusement la coordination sur le théâtre des opérations. En guise de conclusion, nous dirons que l’Ecomog, malgré ses « échecs » a ouvert la porte aux Africains pour qu’ils puissent déterminer le futur de leur sécurité. La CEDEAO l’a bien compris. En effet, vers la fin des années 90, tirant les leçons de ces « échecs », et en vue de renforcer la paix et la sécurité en Afrique de l'ouest, le Secrétariat exécutif de la CEDEAO a initié l'établissement d'un mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité dans la sous-région.
  • 47. 47 CHAPITRE 2 : DU MECANISME DE GESTION DES CONFLITS DE LA CEDEAO ET DE LA NECESSITE DU SOUTIEN INTERNATIONAL POUR LE RENFORCEMENT DES CAPACITES AFRICAINES DE MAINTIEN DE LA PAIX. La mise en place du Mécanisme de la CEDEAO est une chose assez ambitieuse qui montre la voie aux autres organisations sous régionales africaines et même à l’Union Africaine. Ce Mécanisme s’il est bien respecté par les Etats membres pourrait aboutir, peut être, à la mise en place effective de l’espace de paix et de sécurité dont les ouest-africains rêvent. Toutefois, nous pensons que sa réussite dépend beaucoup de l’appui de la Communauté internationale qui jusque là s’est manifestée par la mise en place de quelques initiatives pour l’Afrique entière et notamment pour la zone CEDEAO. SECTION 1 : PRESENTATION DU MECANISME Tirant les bonnes aussi bien que les mauvaises leçons de l’expérience de l’Ecomog, mais aussi soucieux de faire de l’Afrique de l’ouest une zone stable et prospère, les chefs d’Etat de la CEDEAO se sont réunis à Lomé en décembre 1997 pour considérer l’éventuelle création d’un Mécanisme permanent pour la gestion des conflits de la région. En guise de référence, ils avaient demandé aux rédacteurs du futur Mécanisme de s’inspirer largement de l’expérience Ecomog. Cette initiative montre nettement la volonté de la CEDEAO de mettre en place un espace de paix et de sécurité viable. PARAGRAPHE 1 : SA MISE EN PLACE… C’est au cours du sommet de la CEDEAO à Abuja le 10 décembre 1999 que les Chefs d’Etat et de gouvernement ont approuvé le Protocole du Mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité de la CEDEAO. Et comme le disait le président OBASANJO, avant l’adoption du protocole, le Mécanisme constitue la colonne vertébrale de l’ambition de sécurité collective de la nouvelle CEDEAO ; une structure permanente propre à
  • 48. 48 garantir une paix et une stabilité durables, conditions sine qua non pour la croissance et le développement. Le Mécanisme de la CEDEAO s’occupe de tout ce qui est prévention des conflits, gestion des conflits, règlement des conflits, maintien de la paix et questions de sécurité dans la sous région. En matière de maintien de la paix, le Mécanisme propose que, la CEDEAO ait recours à des missions d'intervention aussi bien politique que militaire, en cas de conflit armé. Il est suggéré que l'instrument militaire de la CEDEAO continue de s'appeler Ecomog. Le Mécanisme fait également référence à la composition de l'Ecomog, sa structure hiérarchique, les rôles et attributions de son commandement, et le financement des moyens logistiques et administratifs. Il est suggéré, dans les cas de conflits entretenus et soutenus de l'intérieur, que la CEDEAO intervienne lorsqu'il ya: des risques importants de désastre humanitaire ; des menaces à la paix et à la sécurité de la sous-région ; un renversement ou une tentative de renversement d'un régime démocratiquement élu. Pour ce qui est des questions relatives à la sécurité, le Mécanisme s’engage à s’opposer à tout ce qui pourrait menacer la sécurité de la sous région notamment la circulation illicite des armes légères, et des munitions d'une part, et la recrudescence de la criminalité transfrontalière d'autre part.
  • 49. 49 PARAGRAPHE 2 : …ET SA STRUCTURE La structure du Mécanisme est ainsi composé : la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement, le Secrétaire Exécutif 65 et un Conseil pour la Médiation et la Sécurité. La CONFERENCE DES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT est l’autorité suprême du Mécanisme. Le SECRETAIRE EXECUTIF a le pouvoir de lancer des activités visant à obtenir des informations ; de faciliter la médiation, les négociations et la réconciliation pour une prévention et une gestion efficace des conflits. Dans l’Article 30 du Protocole, il est dit que le Secrétaire Exécutif est responsable de la formation et de la préparation d’unités en état d’alerte dans des centres régionaux de formation. Le bureau du Vice- Secrétaire Exécutif pour les Affaires Politiques, la Défense et la Sécurité coiffe le Département des Affaires Politiques, les Affaires Humanitaires, la Défense et la Sécurité et la Gestion des Missions et l’unité des Plans 66. Le CONSEIL DE SECURITE ET DE MEDIATION du Mécanisme a été officiellement lancé en mai 2000 à Monrovia. Il se compose de 10 Etats membres élus. C’est l’organe équivalent au Conseil de Sécurité des Nations Unies à un niveau sous régional. Comme le Conseil de sécurité de l’ONU, il est habilité à autoriser toute forme d’intervention, y compris la décision de déployer des missions politiques et militaires. Egalement, il informe les Nations unies et l’Union africaine de ses décisions, fournit et révise les mandats et nomme les commandants des forces. C’est aussi un organe où des ambassadeurs, des ministres et des chefs d’Etat et de gouvernement de la sous région se rencontrent pour prendre des décisions ou discuter des questions de sécurité 67 : 65 La Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement et le Secrétaire Exécutif en question sont ceux de la CEDEAO. Ils sont inclus dans la structure du Mécanisme. 66 Institut d’Etudes de Sécurité (Afrique du Sud) « Profil de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) » (Voir page Internet http://www.iss.co.za/AF/RegOrg/unity_to_union/pdfs/ecowas/2ECOWASProfileFr.pdf ) 67 ibidem