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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
GUIDE METHODOLOGIQUE
POUR METTRE EN ŒUVRE
UNE DEMARCHE DE E-FORMATION
Réseau des écoles de service public
Groupe de travail « e-formation / e-ressources »
AVRIL 2013
2
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Le Réseau des écoles de service public (RESP)
Le réseau des écoles de service public (RESP) regroupe une quarantaine d’écoles. Le RESP a pour
fonction de promouvoir :
• la réflexion entre ses membres sur toutes les questions communes relevant de leur champ
d'activité ;
• l'information mutuelle sur les activités pédagogiques ;
• des formations communes à leurs élèves et stagiaires portant notamment sur les conditions de
mise en œuvre des politiques publiques ;
• des actions de valorisation de leur partenariat à travers différents supports ou manifestations.
Le groupe de travail « e-formation / e-ressources » du RESP
Ont contribué à l’écriture de ce guide :
■ Centre nationale de la fonction publique territoriale (CNFPT)
- Catherine Boursier
- François Meyer
- Olivier Simon
■ Ecole des hautes études en santé publique (EHESP)
- William Harang
■ Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ)
- Marie Frouin
- Fabienne Tessier
■ Ecole nationale des douanes (END)
- Jean-Christophe Amoretti
■ Ecole supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur, de la recherche
(ESEN)
- Jean Duchaine
- Olivier Dulac
- Yannick Bernard
■ Ecole nationale supérieure de police (ENSP)
- Jean-Michel Conseil
■ Ecole nationale supérieure de sécurité sociale (EN3S)
- Françoise Mougin
■ Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB)
- Claire Gaillard
- Colin Jargot
■ Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE)
- Nathalie Vaglio
- Nadine De Bellis
■ Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (INTEFP)
- Sandrine Beaujolin
■ Ministère de l’Intérieur – DRH SDRF
- Elodie Raingeval
- Bernard Zahra
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
u printemps 2011, les directeurs du Réseau des écoles de service public (RESP) ont souhaité que le
groupe de travail « e-formation/e-ressources », après avoir existé quelques années auparavant, soit
reconstitué.
Ce nouveau groupe de travail a eu comme premier objectif de confronter ses pratiques et ses orientations
en ce qui concerne la e-formation. Il a permis également de mutualiser des approches et des expériences
entre écoles plus ou moins engagées dans la diversification des modalités de formation. Les échanges ont
porté sur les modèles pédagogiques de la e-formation, ses aspects techniques, ses conditions de mise en
œuvre et ses impacts sur les métiers de la formation.
Pour prolonger ces échanges, le groupe a décidé de formaliser sa réflexion collective dans la réalisation
d’un guide méthodologique destinés aux prescripteurs qui souhaiteraient s’engager dans une véritable
politique d’établissement réaliste, construite et planifiée. Pour réaliser ce guide, le groupe s’est attaché à
recenser les questions incontournables à se poser avant de s’engager dans cette dynamique. C’est
finalement 17 fiches thématiques ainsi qu’une grille d’aide à la décision qui ont été élaborées.
Ce guide est destiné principalement aux directeurs des écoles du RESP. Il a également vocation à servir de
support aux responsables e-formation mais aussi d’aide méthodologique pour les équipes de formateurs
impliquées dans ce type de démarche. La lecture de ce document doit donc pouvoir se faire tant au niveau
politique en vue de l’installation d’une démarche globale d’évolution des modalités de formation qu’au
niveau opérationnel de conception et de mise en œuvre des premiers projets.
Il est bien évident que ce document ne se veut pas exhaustif et n’a pas cherché à compiler les nombreux
outils pré-existants sur les aspects techniques, les démarches pédagogiques, la réalisation des cahiers des
charges… Tous ces outils, disponibles sur Internet pour la plupart d’entre eux, pourront utilement
compléter ce document qui se situe clairement sur le champ des principes et des grandes orientations de la
e-formation.
Vous souhaitant bonne lecture
A
4
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
5
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Sommaire
INTRODUCTION
■ Données générales sur la révolution numérique page 6
■ Révolution numérique et formation page 12
FICHES THEMATIQUES
■ Appréhender la distinction et la complémentarité entre formation présentielle et
formation distantielle page 20
■ Situer e-formation et e-ressources page 26
■ Définir des critères de choix pour savoir s'il convient de réaliser un dispositif
d'e-formation page 29
■ Inscrire le dispositif dans le cadre d'une démarche projet page 30
■ Bâtir le scénario pédagogique du dispositif page 34
■ Calibrer la durée de la e-formation page 38
■ Assurer l’accompagnement des apprenants page 42
■ Déterminer le niveau de médiatisation page 46
■ Envisager les moyens de diffusion du dispositif de e-formation page 50
■ Développer des contenus respectant les droits d’auteur page 54
■ Anticiper l’actualisation et la portabilité des contenus page 60
■ Prévoir de former au dispositif les personnes qui seront chargées d'en assurer
le déploiement page 64
■ Réaliser un plan de communication page 66
■ Définir des règles d'utilisation par les stagiaires des dispositifs de e-formation
sur leur lieu de travail page 68
■ Assurer le suivi des apprenants et des tuteurs page 70
■ Evaluer le dispositif de e-formation page 72
NOTE D’AIDE A LA DECISION
■ Élaboration d’une « note d’aide à la décision pour s’engager dans un dispositif
de e-formation » page 76
ANNEXES
■ Annexe 1 – Les métiers de la e-formation page 80
■ Annexe 2 – Modèles de contrat liés à la production de ressources page 86
■ Annexe 3 – Modèle de contrat tripartite page 96
■ Annexe 4 – Glossaire page 100
6
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Données générales sur la révolution numérique
Après les NTIC, nous passons dans l’ère des TICC, les technologies de l’information de
la communication et de la connaissance. Il ne s’agit plus simplement de parler
d’évolution technologique mais de véritable « révolution ».
La révolution numérique se développe
rapidement
Il aura fallu 38 ans pour que la radio atteigne
le seuil de 50 millions d’usagers, 13 ans pour
la télévision, 4 ans pour Internet, 3 ans pour
l’I-POD, 2 ans pour l’I-Phone. La planète
compte, aujourd’hui, plus de 2 milliard
d’internautes dont 450 millions d’utilisateurs
en Chine. On enregistre ainsi une
progression de + 60% d’internautes en un
an. Pour la France, quelques chiffres très
significatifs peuvent être donnés :
 90%1
(+3 points par rapport à 2010 et
88% (+5 points par rapport à 2010), sont
respectivement les taux d’équipement en
téléphonie fixe et en téléphonie mobile.
 80% de personnes déclarent se
connecter, d’une façon ou d’une autre
(au domicile, au travail ou en mobilité), à
Internet. Cela représente une
progression de 6 points par rapport à
2010. Les inégalités demeurent
importantes entre les classes d’âge, mais
tendent à diminuer progressivement.
 58% de la population se connecte
quotidiennement. 77% des individus
qui disposent d’un accès à Internet à leur
domicile l’utilisent tous les jours, 14% en
font un usage hebdomadaire et 5%
seulement ne l’utilisent jamais. 29 % des
personnes utilisent leur mobile pour se
connecter à internet. Ils n’étaient que
12% en 2011. En 2014, on estime que
41% des individus disposant d’un mobile
l’utiliseront pour se connecter à Internet.
1
La diffusion des technologies de l’information et de la
communication dans la société française, CREDOC, juin
2012.
La révolution numérique fait converger
différents services vers des canaux de
diffusion unique et de plus en plus
mobile
De nombreux services qui utilisaient jusqu’à
présent le format papier ou le présentiel
pour être délivrés, ont vu, au cours des
dernières années, leur mode de diffusion se
modifier pour évoluer vers un nouveau
mode de diffusion, en passe de devenir
unique : Internet. Qui utilise de nos jours
des bottins téléphoniques, des pellicules
photos, des cartes routières ? Les billets
d’avion rectangulaires aux feuilles carbonées
ont disparu. Il en sera bientôt de même des
billets de train. Les agences de voyage ont
quitté nos centres-villes pour envahir
Internet. Parallèlement à cette concentration
du mode de diffusion, on assiste aussi à une
modification du support de diffusion.
Jusqu’à un passé récent, l’accès à Internet
s’effectuait par l’intermédiaire d’un
ordinateur. Aujourd’hui, il s’effectue de plus
en plus via des smartphones. On compte
actuellement 600 millions de mobinautes, ils
étaient 1,7 milliard en 2012.
8% de la population seraient déjà équipés de
tablette mobile. Ils n’étaient que 4% en
2011. Cela représente environ 4 millions de
personnes. Cette explosion est en grande
partie liée au développement rapide du haut
débit qui permet d’avoir, via Internet, un
accès rapide, facile et confortable, à des
contenus variés.
La révolution numérique bouleverse de
nombreux repères
On peut mettre en avant au moins trois
repères qui sont directement touchés :
7
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
 le repère de l’espace et du temps :
Internet fait tomber les barrières de
l’espace et du temps. Il est, aujourd’hui,
possible de communiquer avec n’importe
quel endroit du monde de façon
instantanée et parfois de façon gratuite ;
 le repère du gratuit et du payant : de
nombreuses activités issues de l’économie
traditionnelle sont fortement impactées
par cette révolution numérique. Dans ce
cadre certains affirment que toute activité
économique qui se numérise en passant
sur le web finira, un jour ou l’autre par
devenir gratuite. Les industries de la
musique et du cinéma ont été très
fortement impactées par ce phénomène.
A titre d’exemple, selon une étude
« global study ... Hotel » réalisée en juin
2010 auprès de 50.000 adolescents ayant
entre 11 et 18 ans, 32 % des membres de
la « génération Y» affirment n’avoir
jamais payé pour du contenu numérique.
Pour essayer de contenir cette tendance,
les acteurs économiques tentent de
mettre en place des modules dits
« Freemium ». Il s’agit de modèle
d’affaires hybrides sur Internet reposant
sur une partie gratuite et une partie
payante à plus forte valeur ajoutée ;
 le repère du public et du privé : la
plupart des internautes apparait très
souvent sous sa véritable identité,
donnant accès à de nombreuses
informations personnelles volontairement
ou non. Jusqu’à présent, nous disposions
d’une identité civile ; la plupart des
personnes disposent donc maintenant
d’une identité numérique qui prend
notamment la forme d’un « graphe
social », représentation de la cartographie
des contacts et relations d’un internaute
au sein des différents réseaux sociaux
qu’il utilise. Généralement, on parle de
contact de niveau 1 (cercle de
connaissance), de niveau 2 (contacts de
ses contacts) et de niveau 3 (communauté
en général). Cette évolution n’est pas sans
poser de difficultés vis-à-vis notamment
du respect de la vie privée. Les cabinets
de recrutement ont de plus en plus
l’habitude de consulter les réseaux
sociaux pour essayer de recueillir des
informations sur les candidats qu’ils
reçoivent. Les internautes doivent être
vigilants à ce que ne figurent pas sur leurs
pages personnelles des informations
d’ordre privé auxquelles un futur
employeur pourrait avoir accès facilement
et qui pourraient être de nature à
handicaper sa candidature (il peut s’agir de
faits anciens). Se pose alors la question du
droit à l’oubli sur Internet qui,
aujourd’hui, n’existe pas juridiquement !
Ainsi, on pourrait imaginer, pour les
données personnelles, l’instauration d’une
date de péremption des données
enregistrées sur la toile. En attendant la
reconnaissance éventuelle d’un tel
principe au niveau mondial, certaines
initiatives géographiquement localisées
sont prises.
La révolution numérique bouleverse la
vie quotidienne
La révolution numérique bouleverse notre
vie quotidienne car elle modifie notre
manière de consommer, de s’informer. Elle
remet aussi en cause notre manière
d’accomplir les démarches administratives :
 Une nouvelle manière de consommer.
Internet permet, avant de faire un acte
d’achat, de se renseigner pour comparer
les différents produits et prix. Internet
permet aussi d’obtenir l’avis d’autres
internautes sur les produits.
 Une nouvelle manière de s’informer.
La révolution numérique modifie de
façon importante notre manière d’être
informé. L’information devient
instantanée. Elle est connue à travers le
monde en quelques minutes, voire
secondes. L’information devient
abondante, voire surabondante.
Corollaire de cette surabondance, elle
devient aussi plus superficielle. On est
entré dans l’ère du zapping de
l’information, une information en chasse
8
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
une autre. Ce mode de consommation ne
favorise pas l’approfondissement. La
durée moyenne de l’attention des
utilisateurs d’application mobile est de 3 à
4 minutes ! L’information est produite
par de nouveaux acteurs dits « pur
players » dont le métier de base n’est pas
d’être journaliste. Cela pose, bien
évidemment, des problèmes de
validation. Certaines informations
publiées sur Internet ne sont ni
contrôlées, ni validées comme elles le
devraient.
 Une nouvelle manière d’accéder aux
savoirs : la révolution numérique a
modifié en profondeur notre manière
d’accéder et de construire les savoirs :
- des savoirs exhaustifs. On assiste à
une croissance exponentielle du nombre
de documents mis en ligne. Estimée à
quelques centaines de milliers de textes
accessibles au début du web, en 1993, la
masse d’information numérique
disponible sur le réseau dépassait les
900 millions de documents fin 2000
pour atteindre les 25 milliards de
ressources en 2004. Depuis, cette
tendance ne fait que s’accélérer. Grâce à
internet, des milliers de documents
littéraires et scientifiques, d’articles, de
travaux universitaires et de recherche,
d’images et de vidéos sont désormais
consultables à l’écran d’un simple clic ;
- des savoirs collectifs. Avec Internet,
de nombreux savoirs se bâtissent dans
le cadre d’un travail collaboratif.
L’exemple emblématique de cette
évolution est, sans conteste possible,
Wikipédia.
 Une nouvelle manière de travailler. La
révolution numérique a également
impacté le monde du travail à différents
niveaux. Elle a entraîné des
modifications :
- au niveau des métiers. Certains
métiers ont disparu ou ont été
fortement réduits. Avec le
développement des logiciels de
bureautique, le métier de
sténodactylographe a presque disparu. A
l’inverse, les jeunes cadres assurent de
plus en plus, la frappe de leurs courriers
et la gestion de leurs emplois du temps.
De même, de nouveaux métiers sont
apparus, webmaster, infographiste,
« community manager » ;
- au niveau des pratiques
professionnelles : Internet modifie,
dans notre activité quotidienne, à titre
d’exemple, notre manière de rechercher
de l’information, de faire de la veille
marketing et de demander des conseils.
Surtout, internet modifie notre manière
de communiquer. Le courrier « papier »
a été remplacé par le courrier
électronique, dont il est parfois fait
abus ;
- certaines activités utilisent
aujourd’hui fortement Internet. La
recherche d’emploi a migré vers
Internet. L’e-formation se développe
lentement. 9 % des internautes français
déclarent, aujourd’hui, avoir suivi une
formation en ligne. Surtout, les
technologies modernes permettent
l’essor du télétravail ;
- le temps « privé » de moins en moins
protégé. Pendant longtemps, le fait de
travailler sur son temps personnel était
le fait des cadres dirigeants. Avec le
développement de la messagerie
électronique accessible notamment
depuis les smartphones, de plus en plus
de cadres ont tendance à répondre aux
messages qu’ils reçoivent en dehors de
leur temps de travail ;
- un travail plus collaboratif. Internet
permet de mettre en place des
démarches collaboratives au niveau du
travail dans le cadre de démarches
projet. De telles pratiques sont de
nature à remettre en cause
partiellement, si elles ne sont pas
maîtrisées, les rapports hiérarchiques
classiques.
9
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
 Une nouvelle manière de faire des
démarches administratives. 50% des
français ont déjà recherché des
informations administratives sur Internet,
un tiers a demandé des documents
administratifs par ce moyen (acte d’état
civil, extrait de casier judiciaire, certificat
de non gage…). De façon globale, 43%
de la population française effectuent,
aujourd’hui, des démarches
administratives et fiscales sur Internet. Ce
pourcentage a quasiment doublé en cinq
ans, passant de 12 millions de personnes
en 2005 à 23 millions en 2010.
La révolution numérique crée une vie
virtuelle
La révolution numérique favorise l’ouverture
sur le monde, l’échange et la
communication, au-delà des communautés
et des pays. Ce phénomène trouve son
incarnation :
 dans l’essor d’Internet. Quelques
chiffres permettent de mieux mesurer
l’ampleur de ce phénomène. Les 2
milliards d’internautes mentionnés
précédemment ont, aujourd’hui, accès à
plus de 312 millions de sites web. On
mesure le chemin parcouru depuis 1993,
date à laquelle le CERN annonce que le
« World Wide Web », www, devient libre
d’utilisation pour tout le monde et où on
ne recensait que 623 sites web. En
France, on recense aujourd’hui 11 sites
pour 1.000 habitants contre 85 en
Allemagne et 64 aux Etats-Unis. Sur
Youtube, 2,5 milliards de vidéos sont
vues chaque jour et quelques 15 heures
de vidéo sont postées chaque minute. Sur
Google, 2,5 milliards de requêtes étaient
réalisés par jour en 2009. En 2003, ce
chiffre était réalisé par mois.
 Dans le développement des réseaux
sociaux. Avec plus de 600 millions
d’inscrits, Facebook serait le 3e
pays le
plus peuplé de la planète derrière l’Inde
(2e
pays le plus peuplé) et la Chine (1er
pays le plus peuplé). Au niveau de la
France, 36% de la population française
(de plus de 12 ans) sont inscrits début
2011 sur un réseau social (contre 23%
l’année précédente), soit 7 millions de
nouveaux utilisateurs ! C’est la diffusion
la plus rapide d’un usage constaté en
France. L’émergence des réseaux sociaux
a aussi modifié le mode de consultation
sur Internet. En 2005, l’accès à un site
Internet se faisait majoritairement par
Google, 60%. Les réseaux sociaux ne
généraient que 2% du trafic. En 2009, les
réseaux sociaux représentent 65% de la
provenance des internautes sur site,
Google ne représente plus que 15%.
L’émergence des réseaux sociaux a aussi
modifié le mode de communication sur
Internet. On passe d’un mode de
communication « one to one » via la
messagerie électronique à un mode de
communication « one to many ». On
publie, via un réseau social, un message à
l’intention d’une personne en sachant
qu’un cercle d’amis sera informé et
pourra réagir de la même manière.
 Dans le développement des jeux en
réseaux. Avec le développement des
réseaux sociaux, se sont également
développés les jeux en réseaux au niveau
planétaire. Les plus connus sont :
Cityville (près de 18 millions de fans),
Zombie lane, Empires et Alliés, etc.
Zynga, numéro un de l’édition des jeux
web sur les réseaux sociaux, réalise un
chiffre d’affaires annuel de 600 millions
de dollars pour une moyenne de 223
millions d’utilisateurs par
mois. Crowdstar, son principal
concurrent, plafonne à 50 millions de
dollars pour 58 millions d’internautes
mensuels. En France, 20% des
internautes (contre 9% en 2003) jouent à
des jeux en réseau, soit 11 millions de
personnes. L’âge est un critère
déterminant dans cette pratique (57% des
adolescents). L’un des sites pionniers en
matière fut Second life.
De façon générale, une étude récente de la
« Kaizer Family fondation » affirmait qu’aux
Etats-Unis : « les adolescents passent plus de
10
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
temps durant une semaine (ou en
interaction) avec un média qu’un salarié ne
passe de temps au travail durant la même
période. ». La France n’est pas épargnée par
ce phénomène. 15 heures par semaine, c’est
le temps que les personnes disposant d’une
connexion Internet déclarent passer sur
Internet, presque autant de temps que
devant leur télévision (17 heures par
semaine). Pour les cadres et les professions
intellectuelles supérieures, ainsi que pour les
adolescents, la balance penche clairement en
faveur d’Internet.
La révolution numérique va se
poursuivre
Si la révolution numérique est déjà bien
engagée, elle devrait encore se poursuivre.
Quelques tendances futures peuvent être
envisagées :
 Permanence - La génération numérique
entend disposer de ses contenus et de la
possibilité de communiquer à n’importe
quel moment de la journée et en tous
lieux. Ceci peut se résumer sous la
formule « anything, anytime ; anywhere,
anydevice » : ce que je veux, à n’importe
quelle heure, où je veux et sur n’importe
quel support ».
 Le « map, tag, track » - Il existe une
tendance à cartographier le monde, à
rendre les personnes et les objets
communicants en permettant de suivre,
en temps quasi-réel, leurs déplacements.
 Cloud Computing - L’informatique
dématérialisée « dans les nuages », doit
permettre aux utilisateurs de stocker leurs
données sur les serveurs d'une entreprise
prestataire et d'y accéder par Internet,
réduisant ainsi considérablement leurs
propres besoins de capacité de stockage.
Plus de 70% des américains ont déjà
recours en ligne d’une manière ou d’une
autre au « cloud computing ».
 Web sémantique ou web3.0 - Devrait
se développer encore le web contextuel
qui enrichit les ressources et informations
du web, pour les rendre plus finement et
automatiquement utilisables par des
programmes, tags, liens et balises
sémantiques. Cela doit permettre aux
contenus d’être mieux vus, mieux
répertoriés. Il s’agit de permettre de créer
un web personnalisable en temps réel.
Ceci devrait aussi permettre l’essor du
marketing comportemental qui n’en est
actuellement qu’à ses prémices.
 Crowdmash - La pratique de la notation
et de l’appréciation des informations mais
aussi des produits trouvés par les
internautes sur le net devrait encore se
développer. Cette tendance posera pour
toute entité, qu’elle soit privée ou
publique, la question de sa e-réputation.
 « Curateur » - Face à l’importance des
informations circulant sur la toile, se pose
très clairement la question de la confiance
qu’un internaute peut leur accorder. Les
informations que je trouve sur Internet
sont-elles fiables ? Il s’agit pour les
« curateurs » d’accompagner l’internaute
dans sa recherche d’information en
faisant un tri parmi les ressources
disponibles sur Internet, sur celles qui
sont les plus pertinentes.
 L’activisme 2.0 - Internet a permis de
mettre fin à la très grande majorité des
dispositifs de censure instaurés par les
états non- démocratiques. Jusqu’à l’essor
d’Internet, il était relativement facile de
contrôler les flux d’information. Il
suffisait d’interdire aux frontières les
journaux trop critiques, d’exercer un
contrôle sur les activités d’impression et
de diffusion de la presse locale et
d’arrêter les colleurs d’affiches ou les
distributeurs de tracts. Internet permet
aux opposants de contourner toutes ces
contraintes. On vient de le voir à
l’occasion du « printemps arabe ». Dans
ce prolongement, les réseaux sociaux et
blogs pourraient donner naissance à une
nouvelle forme de citoyenneté reposant
sur un militantisme ponctuel et
opportuniste.
 Le « Web2 world » - La tendance qu’ont
certains internautes à se réfugier dans des
11
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
univers virtuels devrait encore
s’accentuer. Par rapport à ces nouveaux
usages, il faudra être vigilant pour que les
nouvelles générations arrivent à maintenir
un équilibre entre vie réelle et vie
virtuelle. L’un des enjeux pour les
générations sera d’être capable de se
déconnecter !
 La réalité augmentée - Devrait se
développer, dans les prochains mois et
prochaines années, le concept de réalité
augmentée. Il s’agit d’une technique
mélangeant le monde réel et des données
virtuelles via des webcams reliées à des
métadonnées sur Internet.
En l’espace d’une décennie, la révolution
numérique a donc bouleversé les équilibres
sociaux, économiques, politiques et culturels
sur pratiquement l’ensemble de la planète.
Elle a fait naître une société qui repose de
plus en plus sur l’intelligence collective, où
des centaines de millions de personnes
participent à l’élaboration du savoir. Elle va
impacter la manière de former.
12
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Révolution numérique et formation
L’histoire montre que la formation professionnelle et les technologies numériques se sont
développées de concert durant la seconde moitié du XXème siècle. Peu à peu avec
l’avènement de la micro-informatique pour tous puis de l’Internet, ces technologies sont
entrées dans le champ de la formation au point d’en devenir finalement un élément
consubstantiel. Il ne s’agit donc pas de s’interroger s’il faut ou non utiliser ces
technologies en formation ; elles y sont de facto présentes. Il nous revient donc de
questionner plutôt la pertinence de l’usage de ces outils en formation et donc in fine les
modalités d’instrumentation de nos dispositifs.
On peut tenter de le refuser mais de tout
temps la médiation technologique a impacté
la culture, la transmission, l’éducation et
donc logiquement la formation. Dans une de
ces conférences sur le temps et l’espace,
Jean-Paul MOIRAUD évoque Phèdre de
Platon qui met en garde sur les
conséquences de l’avènement de l’écriture1
.
Selon lui, cette nouvelle technologie qu’est
l’écriture provoquera « l’oubli dans l’esprit de
ceux qui apprennent, en leur faisant négliger
la mémoire ». On pourrait, au fil de
l’histoire, identifier toutes ces inventions qui
ont provoqué l’inquiétude, le sentiment de
perte de pouvoir du fait de la perte de
maîtrise ; par exemple l’imprimerie de
Gutenberg, la télévision bien sûr qui devait
tuer le livre, l’informatique… Il est
également intéressant de noter que nombre
de ces inventions ont été détournées de leur
fonction initiale au profit d’usages parfois
très éloignés. Citons l’exemple célèbre de
l’Internet, créé en 1962 à des fins militaires
après quelques travaux dans les années 50,
dont l’objectif devait permettre de maintenir
un réseau de communication fonctionnel en
cas d’attaque nucléaire et de destruction d’un
ou plusieurs points de ce réseau. L’évolution
et le détournement de cette technologie en
ont fait ce qu’on sait aujourd’hui.
Il convient néanmoins de porter un regard
critique sur ces « innovations » dont le
rythme de production s’accélère chaque jour
un peu plus. Deux risques principaux
peuvent être identifiés ; celui du mythe
technolâtre d’une part, dans lequel l’outil
1
Mythe de Theut dans Phèdre 274b – 177a
nouveau, parce qu’il est nouveau, porterait
en soi les réponses toujours recherchées. Le
second consiste à adopter la posture
inverse : celle du technophobe rejetant par
principe l’usage de ces nouveaux outils au
motif que « les choses se passaient bien
avant, sans eux ». Les responsables de
formation et leurs hiérarchies ont donc à se
saisir avec distance de cette problématique
afin d’orienter de manière pertinente la
réalisation des dispositifs de formation. Les
dénominations actuelles de l’intégration de
ces technologies numériques dans la
formation sont nombreuses et porteuses de
sens. Certains parleront de FOAD, d’autres
utiliseront l’anglicisme « e-learning » ou celui
de « blended learning » pour qualifier des
formations alternant de la présence et de la
distance. Nous préférons le vocable e-
formation qui prend également tout son sens
dans le distinguo à faire avec les e-
ressources2
.
On constate finalement que la formation à
distance n’est pas une modalité si récente
que ça. En effet, on trouve les premières
formes d’enseignement à distance, dans
l’enseignement par correspondance qui
apparaît vers 1830. En France, c’est l’entrée
en guerre de 1939 qui fonde la nécessité de
mettre en œuvre un enseignement à
distance de manière provisoire : le CNED
est né3
. Les années 20 voient se développer
les projets de radio, les années 30 les
premiers programmes à la télévision
2
CNED. L’histoire du CNED depuis 1939. Ministère de
l’éducation nationale, 2008.
13
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
française. Les années 1970 voient émerger
les projets de programmes éducatifs à la
télévision.
Dans le champ de la formation, on peut se
référer aux travaux de l’OFRATEME sur la
radio télévision scolaire et au vaste
programme de formation des instituteurs des
années 1950 par le biais de la radio
télévision. Ce dernier est un des premiers
projets lourds qui alliait déjà des temps
synchrones et asynchrones (écoute en direct
et préparation en amont), une approche
multi-supports (diffusion radio, outillage sur
livret pédagogique et disque 33t) et un
dispositif multimodal (intégration de cette
séquence dans un processus de cours, travail
autonome des élèves, écoute collective,
reprise par le maître). Nous le voyons dans
ces quelques exemples, la route est tracée
depuis
longtemps et
ce que nous
croyons
parfois
inventer, a
souvent fait
l’objet
d’expériment
ations
antérieures.
L’avènement de la micro-informatique
individuelle et l’explosion du web en
formation
La société civile intègre très tôt ces
nouveaux médias au cœur de la stratégie
nationale. C’est ainsi que dès les années
1960, l’importance de disposer et de
maîtriser les technologies numériques
s’impose. Le général de Gaulle va ainsi
lancer en 1967 le plan calcul4
permettant à la
France de disposer de l’autonomie
technologique ; là encore à des fins
militaires. Au niveau de la formation, 1946
voit l’inscription du droit à la formation
professionnelle dans le préambule de la
Constitution. 1959 voit la loi Debré sur la
promotion sociale qui se traduit notamment
4
INA, ORTF JT 20h du 14/4/1967
par la création des cours du soir. L’esprit de
cette loi est que l’effort individuel devrait
être récompensé par une promotion. Peu à
peu émerge la nécessité de développer des
compétences dans ce domaine de pointe
qu’est l’informatique. Jean d’ARCY,
directeur de l’information audiovisuelle de
l’ONU évoque en 1969 la révolution de
l’avenir5
: « mettre à la disposition des individus
des possibilités de choisir eux-mêmes les images et les
sons qu’ils désirent recevoir non seulement pour leur
distraction, pour leur éducation, mais encore pour
tous les actes pratiques de la vie ». Cette analyse
visionnaire et ses développements sur ce qui
va devenir Internet posent avec 40 ans
d’avance certaines bases actuelles de la e-
formation et s’inscrivent résolument déjà
dans ce que sera la logique de la stratégie de
Lisbonne sur l’économie de la
connaissance6
.
Dans les
années 1970,
la création de
l’ordinateur
individuel
accélère le
développeme
nt de
l’informatiqu
e et sa
généralisatio
n auprès du grand public. Au même
moment, suite aux mouvements de mai
1968, la loi de 1970 fait entrer la formation
professionnelle dans le droit du travail. Cette
période marque la fin des 30 glorieuses qui
va nécessiter de la part des travailleurs une
capacité à s’adapter à un contexte
professionnel beaucoup plus mouvant et
indécis. La recherche de tous les moyens de
formation possible pour se maintenir dans
l’emploi va croiser la montée en puissance
de l’informatique puis de l’Internet.
5
INA, ORTF Eurêka, La révolution de l’avenir,
12/11/1969
6
Commission Européenne. Stratégie de Lisbonne.
http://ec.europa.eu/archives/growthandjobs_2009/in
dex_en.htm
« mettre à la disposition des individus des
possibilités de choisir eux-mêmes les images
et les sons qu’ils désirent recevoir non
seulement pour leur distraction, pour leur
éducation, mais encore pour tous les actes
pratiques de la vie ».
Jean d’Arcy
14
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
De façon emblématique, on retiendra le plan
« Informatique Pour Tous » lancé en 1985
par Laurent Fabius, Premier ministre, dont
l’objectif est clairement la modernisation du
pays par la formation, de tous les jeunes
français, à ces technologies. A cette époque
la formation est assurée massivement en
présentiel mais on voit la volonté d’intégrer
les médias numériques dans les dispositifs
existants. C’est ainsi, par le développement
des CD-ROM, qu’on voit apparaître des
formations plus individualisées et autonomes
directement sur le poste de travail de
l’apprenant, mais sans autre médiation
qu’avec sa machine. Dans les années 2000,
grâce à la montée en puissance technique
d’Internet, ce même type de formation va
investir le web permettant d’éliminer les
coûts de mise à jour, de production et de
diffusion des CD-ROM. Au vu du taux
d’abandon devant les dispositifs
d’autoformation non accompagnée,
émergent à partir du milieu des années 2000
les formations mixtes avec tutorat. Le tuteur
est alors chargé d’assurer une médiation
entre apprenant, savoirs et dispositif.
L’évolution actuelle s’oriente plutôt vers des
dispositifs multimodaux dans le cadre d’un
parcours accompagné, au sein duquel
l’apprenant interagit avec des pairs, des
ressources, des tuteurs, dans le cadre de sa
situation professionnelle singulière. On parle
donc désormais de dispositif hybride alliant
des sessions présentielles et des périodes à
distance au sein du même parcours avec des
ressources architecturées de manière
cohérente pour permettre le parcours de
l’apprenant le plus efficient.
L’ère du web statique ou web 1.0
Au début du web était le web 1.0 ; un
Internet en fort développement, en lien avec
celui des infrastructures et du haut débit. Ces
ressources étaient déposées sur Internet et
chacun pouvait les trouver et se les
approprier dans un web que nous
qualifierons de « statique ». La réflexion sur
la fracture numérique est au cœur de cette
période car on devine bien l’importance qu’il
y a désormais à disposer de ces compétences
transversales dans le monde du travail. Ce
web 1.0 est caractérisé par la prégnance des
blogs plus ou moins pertinents mais toujours
à caractère expositif. Ces médias numériques
sont alors un outil au service de la recherche
d’information dont les ressources sont
convoquées durant les formations
présentielles.
En terme de formation, force était de
constater que la mobilisation de ces outils
n’apportait qu’une plus-value limitée au
dispositif. Les apprenants, comme les
formateurs parfois, ont pu avoir l’illusion
d’accéder aisément à la connaissance par la
simple mise en contact avec des ressources
disponibles. Certains ont même pensé à
cette époque que le principal travail résidait
dans la création de contenu pédagogique
d’une qualité suffisante pour que les
apprenants les « digèrent » de manière
autonome reléguant souvent au second plan
la démarche d’ingénierie pédagogique
fondamentale dans l’acte d’apprentissage.
Cette vision des choses est encore très
présente chez des formateurs
« traditionnels » qui souhaitent privilégier
toujours un fond de grande qualité au
détriment de la forme qu’est la démarche
d’ingénierie. L’expérience nous montre que
le travail ou l’art du formateur réside dans sa
capacité à constituer des ressources et les
mettre à disposition dans une démarche
cohérente qui fait sens pour l’apprenant.
Bien loin du knowledge management, dans
cette première partie du web 1.0, l’approche
« top down » était la norme ; nombre de
ressources disponibles sur Internet était « à
la disposition » mais n’envisageait pas la
contribution des internautes en tant que
pourvoyeurs de savoir. Marquée par
l’attitude consommatrice des internautes,
cette période a bien vite cédé sa place à celle
du web 2.0 que nous connaissons
aujourd’hui.
L’ère du web dynamique et collaboratif
ou web 2.0
15
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Wikipedia, facebook, copains d’avant,
viadeo, flick’r, youtube, dailymotion… sont
autant d’applications emblématiques du web
2.0 qui portent toutes la même philosophie :
passer du consommateur au consom’acteur.
L’ère du web dynamique est caractérisée par
la participation active de l’internaute qui
devient, au travers des sites interactifs, co-
constructeur et co-validateur d’un savoir
collectif. Le développement du web 2.0 s’est
fait en parallèle de l’augmentation
exponentielle de l’accès structurel aux
réseaux et donc finalement de tout un
chacun au haut débit. Cette démocratisation
de l’accès au web va de pair avec une
révolution copernicienne : l’expert est
désormais l’usager dans la singularité de ses
compétences quotidiennes mise à
disposition du collectif. Ce web voit se
développer des communautés d’intérêt et
d’apprentissage. Réunies de manière pérenne
ou éphémère, ces communautés mettent en
commun leurs
connaissances,
leurs
compétences,
mutualisent et
vérifient les
contributions
des uns et des
autres.
Le web 2.0 est un web créatif qui permet à
l’internaute de proposer à la communauté un
morceau de musique, une photo, une
passion, un thème d’actualité, de développer
un argumentaire, une controverse et de
pouvoir recevoir des contributions et des
avis du monde entier. Ce nouvel esprit du
web 2.0 l’engage résolument dans la logique
du knowledge management et dans les
théories développées dans l’industrie
japonaise qui promeut la participation de
chaque acteur d’un système dans
l’amélioration du fonctionnement collectif.
Cette évolution du web est une opportunité
formidable pour la formation car, bien au-
delà de la simple mise à disposition de
ressources, au travers des outils, elle permet
aux apprenants de devenir réellement acteurs
de leur formation. L’intégration de ces
nouvelles modalités offre une occasion
formidable pour nos écoles de revisiter notre
ingénierie « traditionnelle », de réinterroger
les pratiques ancrées des équipes de
formation, de développer de nouvelles
compétences et in fine de rendre un service
plus adapté aux usagers.
Il est également clair qu’il ne faut pas
s’engager dans la e-formation uniquement
par effet de mode ou sur la base de
l’impulsion d’un formateur passionné. Un
organisme de formation qui décide de
mobiliser ces nouvelles modalités ne peut
s’exonérer de créer et d’assurer un cadre
politique clair de déploiement. En effet, si le
développement de l’Internet et des outils du
web 2.0, des plateformes d’apprentissage en
ligne sont des atouts indéniables, les
responsables des organismes de formation
doivent bien mesurer les évolutions
attendues mais
aussi les
conséquences de
l’intégration de
cette politique
d’établissement.
Ainsi, comment
s’engager dans
ces modalités sans, par exemple, porter un
regard sur l’impact évident sur les espaces et
les temps de formation. Les outils du web
2.0 sont accessibles en permanence, les
plateformes de formation également ;
comment alors intégrer cette disponibilité
demandée aux apprenants dans les cadres
réglementaires ? Inscrit dans les textes en
2007, le droit individuel à la formation7
(DIF) par exemple, prévoit des
compensations de rémunération lorsque la
formation se tient en dehors du temps de
travail. Se pose ainsi en corollaire la question
de la quantification du temps de travail
demandé en ligne. La question de l’espace de
7
Ministère du travail, de l’emploi et de la santé.
http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/informations-
pratiques,89/fiches-pratiques,91/formation-
professionnelle,118/le-droit-individuel-a-la-
formation,1071.html
L’ère du web dynamique est
caractérisée par la participation active
de l’internaute qui devient, au travers
des sites interactifs, co-constructeur et
co-validateur d’un savoir collectif.
16
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
formation se pose également de façon
cruciale : si dans un modèle plus classique,
les apprenants étaient réunis dans une salle
durant une période donnée, désormais, c’est
le poste de travail qui peut devenir un des
lieux de la formation. Comment intégrer
cette dimension sans léser usagers ni agents ?
Comment sensibiliser le supérieur de
proximité à ces nouvelles formes de
formation ? Mobiliser des outils du web 2.0
nécessite également de porter une réflexion
sur les applications choisies, le droit qui
s’applique à elles (facebook et twitter sont
régis par le droit Californien par exemple),
les données personnelles des apprenants…
On voit donc aisément sur ces trois simples
exemples que le recours à la e-formation ne
peut se faire dans l’improvisation. Une réelle
politique, une réelle stratégie d’établissement
doit être pensée et portée par la direction.
En effet, après la volonté politique, ces
questions liées à
l’ingénierie et à son
efficience
impliquent
d’accompagner
formateurs comme
apprenants dans la
prise en main de ces
nouvelles pratiques.
Cette orientation qui va nécessiter un plan
de formation interne, qui peut être des
recours à des prestations externes, va obliger
les services à réinterroger les modalités
administratives de convocation… Autant de
questions à traiter en aval de la décision pour
favoriser une intégration pertinente de la e-
formation. C’est pourquoi en fin de ce
document nous vous proposons une
modalité concrète pour interroger tous ces
aspects au sein de votre école.
Finalement, attention à ne pas succomber à
la tentation de la nouveauté. Il convient
toujours de garder un regard critique et
distancié sur les produits proposés et leurs
coûts au regard de leur efficience. Malgré
une communication souvent efficace, il n’est
ainsi pas évident que le serious game le plus
onéreux du marché soit la réponse la plus
adaptée à votre besoin. De même, « il serait
dangereux de penser que tous les apprenants
connaissent, utilisent, maîtrisent les
technologies numériques sous prétexte que
l’Internet semble s’être démocratisé ». Là
encore, il est nécessaire que les formateurs,
véritables passeurs culturels8
, accompagnent
les apprenants dans la maîtrise de ces outils
indispensables désormais dans les contextes
professionnels et l’employabilité.
Et demain ?
Les orientations à venir nous amènent vers
le web 3.0 ou web sémantique. Désormais le
téléphone portable est le terminal présent
dans toutes les poches. Cette période sera
caractérisée par le nomadisme et
l’individualisation de la formation. Ces
terminaux mobiles réagiront et interagiront
avec des objets du monde réel. On peut déjà
le constater dans la visite de certains
monuments
historiques durant
laquelle le téléphone
ou la tablette réagit
au fur et à mesure
de la visite. Cette
réalité augmentée va
tendre à se
développer. Que
dire également de la géolocalisation ou du
profilage publicitaire des messages reçus sur
les smartphones ? La formation va donc
devoir intégrer ces dimensions et aider les
apprenants à maîtriser ces technologies qui
sont désormais discriminantes dans l’accès à
l’emploi. Là encore, la e-formation, par les
modalités qu’elle promeut, permet à
l’apprenant de développer ces « méta »
compétences professionnelles dans le cadre
d’un dispositif didactisé et sécurisé. Il semble
intéressant d’analyser l’intégration de ces
nouvelles modalités au vu des trois
caractéristiques de la professionnalisation
présentées par Richard WITTORSKI9
.
8
LARDELLIER, Pascal. Le Pouce et la Souris. Enquête sur
les pratiques numériques des ados. Fayard, 2005
9
WITTORSKI, Richard. Les rapports entre
professionnalisation et formation (édito). Vol. 188, 5
pages. Education permanente, 2011.
Le recours à la e-formation ne
peut se faire dans l’improvisation.
Une réelle politique, une réelle
stratégie d’établissement doit être
pensée et portée par la direction.
17
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Selon lui, cette professionnalisation permet
la « constitution de professions », « la mise en
mouvement d’individus dans des contextes de travail
flexibles » et « la fabrication d’un professionnel par
la formation ». L’acculturation nécessaire au
dispositif, les travaux collaboratifs engagés,
les relations nouées entre apprenants et avec
les tuteurs développent également des
compétences transversales connexes
mobilisables dans le contexte professionnel.
C’est donc bien aussi l’employabilité et la
reconnaissance professionnelle par la
formation qui peut tirer profit de ces
dispositifs hybrides.
En conclusion provisoire, nous pourrions
citer Marcel LEBRUN qui dit que « Les
technologies ont de tout temps fasciné les hommes, les
actuelles sont encore plus attrayantes et porteuses
d’espoir. Utilisées sans imagination, le risque est
grand aussi qu’elles fossilisent nos pratiques
pédagogiques. Sans y prendre garde, c’est à un
véritable désert
pédagogique que le
mirage technologique
risque de nous
conduire.10
». « La
question centrale
qui se pose donc
au responsable de
formation n’est
pas tant celle de
la technologie mais bien celle de l’intégration
de ces outils techniques dans une démarche
cohérente au service de la réalisation d’un
scénario pédagogique adapté ». Renier ces
outils technologiques, c’est également
prendre le risque que les apprenants les
mobilisent en parallèle de l’action de
formation mais cette fois, sans aucun
contrôle de la part de responsables de
formation.
L’enjeu est également fort de proposer des
actions de formation en phase avec la société
actuelle. Dans une optique de
professionnalisation, le recours aux
modalités hybrides revêt un intérêt certain.
La mise en œuvre d’un dispositif place
10
LEBRUN, Marcel. Comment construire un dispositif de
formation. De Boeck, 2011.
l’apprenant dans une logique de continuum
de formation qui lie des temps et des espaces
difficilement conciliables autrement. La
situation professionnelle peut ainsi être
mobilisée au sein du dispositif et relayée
localement ou à distance par le tuteur. Ce
rapprochement doit permettre à l’apprenant
d’opérer les transferts nécessaires et
développer des compétences réelles. Par
effet collatéral, le déploiement d’un
dispositif de e-formation impose de repenser
les schémas traditionnels de formation.
L’ensemble de ces outils doit donc être au
service des apprenants dans une ingénierie
renouvelée qui place le sujet apprenant au
cœur du processus d'apprentissage et
d'élévation de ses compétences.
« il serait dangereux de penser que
tous les apprenants connaissent,
utilisent, maîtrisent les technologies
numériques sous prétexte que l’Internet
semble s’être démocratisé ».
Pascal Lardellier
18
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
19
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
FICHES THEMATIQUES
Propos liminaires
Avant de commencer la lecture des fiches pratiques
Pour une bonne compréhension de ce guide
méthodologique, il convient d’intégrer que la notion
de « e-formation », retenue par le groupe de travail,
est un dispositif mixte combinant des modalités de
formation en présence et à distance, articulées entre
elles de manière cohérente et complémentaire. La
part entre présence et distance peut varier d’un
dispositif à l’autre.
20
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Appréhender la distinction et la complémentarité entre
formation présentielle et formation distantielle
On entend souvent plusieurs termes sous le vocable de formation à distance : e-formation
ou e-learning, FOAD, apprentissage en ligne, cyber apprentissage, enseignement assisté
par ordinateur (EAO), autoformation et plus récemment serious game… On constate
aussi que chacun a en tête une représentation implicite et souvent floue de cette modalité
d’apprentissage qui renvoie à des notions d’individualisation, d’innovation, de TIC.
Un constat : une multitude de définitions et de représentations
Au-delà de toute prétention normative, il est souhaitable de préciser les termes que nous serons
amenés à utiliser notamment quand nous parlerons d’e-formation. Même si ce tableau schématise
grossièrement les dispositifs évoqués, c’est une étape préalable avant d’appréhender les
différences, similitudes et la complémentarité entre formations en présence et à distance.
Formation en présentiel Formation en distantiel Formation mixte
Définition Présence physique du
formateur et des apprenants
en un seul lieu
Programme de formation
accessible via Internet ou
Intranet, plus ou moins textuel,
audio et/ou visuel, interactif et
de préférence accompagné par
un tuteur.
La formation peut se faire :
- en synchrone11
(pas de
contrainte de lieu mais
contrainte de temps)
- ou asynchrone12
: pas de
contrainte de lieu ni de
temps
- ou bien elle peut
combiner des séquences
synchrones et des
séquences asynchrones.
Alternance de regroupements en présentiel, de
travail personnel à distance, de stages pratiques.
Sigle ou
acronyme
Face à face pédagogique FOAD, e-formation Hybride, multimodale,
« Blended learning »
Avantages Encouragements ;
Taux d’abandon faible ;
Réponses immédiate
aux questions ;
Dynamique de groupe
et soutien mutuel.
Réduction, voire absence de
déplacement (gain de temps,
réduction des coûts de
transport);
Flexibilité (chacun peut travailler
à son rythme, quand il le
souhaite et d’où il veut) ;
Ressources disponibles en
permanence ;
Possibilité d’apprendre en
faisant des erreurs.
On cumule les avantages du présentiel
(dynamique de groupe, présence du formateur)
et du distanciel (ressources disponibles en
permanence, flexibilité)
11
Mode synchrone : l’action de formation se situe en temps réel entre le formateur et le formé. Comme dans un face à face pédagogique, la
distance en plus. Celle-ci est compensée par l’outil : la visioconférence en est l’expression la plus connue et la plus aboutie actuellement.
12
Mode asynchrone : l’action de formation se situe en temps différé. Le temps écoulé permet un travail de correction, de réponses et
d’échanges. Les forums de discussion constituent un mode de travail asynchrone en ce sens qu’il est successif.
21
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Formation en présentiel Formation en distantiel Formation mixte
Inconvénients Prix élevé ;
Le temps est imposé
et identique pour tous.
Un taux d’abandon plus élevé lié
au manque de contact «
humain » ;
La difficulté de l’apprentissage
autonome ;
Les difficultés à maîtriser une
méthode de travail inconnue.
Le prix car on cumule aussi le coût du présentiel
et le coût de développement pour les modules
proposés en distanciel.
La mise en œuvre de la formation est aussi plus
lourde, plus longue, plus complexe.
Intérêt des modalités d’apprentissage variées
Créer cette dichotomie entre formation en présentiel et à distance devient difficile avec
l’utilisation des nouvelles technologies qui sont de plus en plus présentes en formation. Les outils
du web, s’ils sont « accompagnés » permettent de trouver des solutions intermédiaires entre
présence et distance. Un stagiaire peut se sentir « isolé en salle » avec un formateur qui ne fait que
transmettre de l’information comme être très « actif à distance » en échangeant avec un
formateur, un tuteur et en produisant au sein d’un groupe de travail dans un univers virtuel. De
même, la présence d’un formateur dans un lieu déterminé, qui va répondre à des questions,
rassurer sera plus bénéfique à l’apprenant que de rester isolé devant son écran. Il existe une
multitude de dispositifs et de manière de diversifier la formation.
Une frontière de plus en plus floue entre formation en présentielle et distantielle
Jusqu’en 1995, le modèle d’apprentissage était la formation en salle dite « traditionnelle ».
Jusqu’en 2010, avec l’explosion d’Internet, on a beaucoup parlé de la formation à distance mais le
plus souvent comme si l’une s’opposait à l’autre : d’un côté la formation en salle et de l’autre la
formation à distance avec des modules autonomes, sans toujours de véritable cohérence. Les
retours d’expériences et la montée en puissance de l’utilisation des outils de communication du
Web2 (développement de l’interactivité, des réseaux sociaux, des outils de travail partagé comme
les Wikis…) font que l’on développe maintenant de plus en plus des formations multimodales
dites « hybrides ». Les formateurs ont la possibilité de mettre en ligne des supports pédagogiques
multimédias (séquences audio, vidéos, animations, schémas). Cette combinaison de supports
variés permet de respecter les styles d’apprentissage de chacun et de solliciter l’apprenant à
plusieurs niveaux (le fameux duo « cerveau gauche / cerveau droit »). Ces formations « hybrides »
gagnent à être conçues et animées comme un ensemble homogène d’activités d’apprentissages se
renforçant entre elles dans le cadre d’un projet pédagogique. La e-formation apporte sa
contribution à cette démarche innovante et sera d’autant plus efficace si les acquis de
l’apprentissage à distance s’intègrent dans un projet pédagogique global et si l’apprenant met en
œuvre rapidement ses acquis dans un contexte professionnel. Elle requiert une modification des
techniques de conception et d’animation de la formation. Le formateur garantit la progression des
apprenants en s’appuyant sur les différentes modalités dont il dispose.
La e-formation, élément du parcours de formation
Certains acteurs de la formation resteront toujours récalcitrants envers la dimension « ouverte »
de la formation, une large autonomie donnée à l’apprenant au sein du parcours de formation. Il
est cependant possible d’augmenter le nombre d’apprenants en prévoyant des formations ou
accompagnements supplémentaires ou en combinant la e-formation avec d’autres méthodologies.
22
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
On peut citer certains usages de cette combinatoire :
■ En amont du présentiel pour :
- veiller à ce que tous les apprenants aient le même niveau lors du début du cours en salle ;
- permettre aux apprenants de préparer de façon autonome et à leur rythme la prochaine
activité planifiée ;
- apporter des éléments théoriques qui peuvent être suivis d’un moment de mise en
pratique ;
- introduire une séance expliquant aux apprenants le fonctionnement du cours et ce qu’ils
peuvent en attendre.
■ Après le présentiel pour :
- accompagner et approfondir le présentiel ;
- réactualiser des connaissances en fonction des nouvelles circonstances ;
- apporter une solution à un problème grâce au rapport flexible entre la théorie et la
pratique.
Les similitudes des formations en présence et à distance
Pour parvenir au développement réussi de la e-formation, les qualités et les principes essentiels à
toute formation demeurent :
- les principes pédagogiques ;
- l’importance de la qualité et de l’intérêt des contenus ;
- l’attitude des formateurs ;
- les résultats des stagiaires.
Ces éléments sont de nature à influencer directement les résultats des stagiaires.
Focus
 Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ)
L’ENPJJ assure la formation statutaire des directeurs de service consistant à 2 années en alternance, suivies de
20 jours de formation continue obligatoire sur 2 ans après prise de fonction.
Ces 20 journées de formation seraient construites selon un modèle hybride.
L’intérêt premier de ce modèle est d’être proposé au moment où les directeurs sont mis en responsabilité, leur
permettant de se référer en permanence à des situations professionnelles vécues.
Mise en place du dispositif à compter de la rentrée 2014.
Quelles étapes ?
Dans une 1ère période (2ème semestre 2013), l’ENPJJ expérimentera le dispositif en traitant 2 objets : l’hygiène et
la sécurité ; le management.
23
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Dans une 2ème période (année 2014), le dispositif sera étendu à l’ensemble des thèmes en prenant en compte la
disponibilité effective des directeurs dès leur prise effective de fonction, en tenant compte des diverses
sollicitations institutionnelles (évolutions règlementaires et organisationnelles) et de formation (de la part des
plates-formes locales et de leurs directions interrégionales d’appartenance).
Où en êtes-vous de ce projet ?
Actuellement, l’ENPJJ assure la rédaction de ce projet de formation, identifiant les différentes questions à traiter
pour sa mise en œuvre :
- élaboration du projet de formation ;
- sensibilisation des acteurs concernés (agents + hiérarchie) ;
- évaluation des moyens humains, logistiques, matériels, financiers nécessaires pour chaque ;
- période.
 Ecole nationale supérieure de police (ENSP)
Distinction et complémentarité entre formation en présentiel et en distanciel sont à la charnière de la période que
connait actuellement l’ENSP.
L’Ecole Nationale Supérieure de la Police utilise, depuis 2004 pour la formation des commissaires de police, une
plateforme pédagogique (SPIRAL) en eRessources. Les enseignants y déposent des documents à l’attention des
apprenants. Ces documents sont, pour l’essentiel, des cours ou parties de cours présentés sous forme d’écrits.
Ils accompagnent, de façon traditionnelle, l’enseignement dispensé en amphithéâtre.
Depuis le 1er janvier 2013, l’ENSP regroupe, sous une même entité administrative, deux structures de formations
distantes de 450 km. Elle a pour mission de mutualiser une partie des enseignements dispensés sur les deux
sites. Pour des raisons de maîtrise des coûts, mais également de qualité de la formation offerte actuellement par
les technologies numériques, l’e-formation est la solution qui permet assurément d’atteindre cet objectif de
mutualisation.
En formation initiale, l’école est plus particulièrement intéressée par une pédagogie de type « hybride » (ou
blended learning). La partie purement cognitive devant être mise préalablement en ligne, l’enseignant
(professionnel issu du terrain) aura ainsi toute latitude, lors d’interventions en présentiel, pour guider l’apprenant
en direction des réalités opérationnelles, tout en facilitant le développement de capacités et compétences.
Dans le cadre d’une très prochaine adaptation de la durée de formation des personnels promus dans le corps
supérieur, une réduction de la durée de leur formation est demandée. Le « blended learning » autorisera une
mise à niveau de cette catégorie d’apprenants avant leurs rassemblements en présentiel, notamment avec leurs
collègues issus des autres recrutements. Ainsi, l’hétérogénéité de nos publics de formés pourra-t-elle être prise
en compte sous le seul angle de la richesse de la diversité et non plus sous l’aspect de la difficulté à
homogénéiser des publics de formés.
Grâce au maintien, le plus longtemps possible, du futur promu dans son service d’origine avant sa formation en
présentiel, une économie substantielle sera dégagée par le service public.
Dans le domaine de la formation continue, vu la faible disponibilité des cadres policiers pour se former hors lieu
de travail, ce sont les « classes virtuelles » qui devraient permettre de continuer à atteindre les objectifs
pédagogiques. Elles autoriseront, en même temps, une forte réduction des coûts de formation.
Le présent guide constituera pour nous un atout essentiel au moment où, à notre tour, nous allons nous engager
dans l’e-formation.
24
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
 Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB)
A l’enssib, formations présentielle, distancielle et mixte sont véritablement intégrées comme étant trois modalités
de la formation continue qui entrent en complémentarité avec l’offre de stage globale.
La formation présentielle représente bien entendu notre cœur de métier « historique » avec des moyens humains
(équipe enseignante, chercheurs, professionnels des bibliothèques, personnel administratif, …), matériels (salles
de cours, équipement…) et organisationnels rompus à l’exercice. L’offre présentielle compte une soixantaine de
modules de stage, autour de quatre axes thématiques : l’établissement et son management, la bibliothèque et
son public, collections et politiques documentaires, technologies de l’information et de la communication.
Le distanciel, dès ses origines à l’enssib en 2008, a été envisagé à la fois comme une opportunité pour élargir
l’offre de stages et également pour toucher un public plus large, vivement intéressé par cette modalité.
L’approche de départ a consisté à mettre sur pied des stages très complets, visant à explorer une thématique
dans sa globalité. L’ambition était alors de reproduire les conditions du présentiel, à distance : tour de table via un
chat, classes virtuelles (synchrone), etc. Le distanciel nous permettait en outre de déployer de nouvelles
approches pédagogiques. Ainsi, l’apprentissage par l’exercice est devenu l’un des moteurs de nos stages à
distance. L’orientation est désormais de proposer des stages plus courts, appelés focus, traitant de points
thématiques plus précis. Nous avons conservé les activités d’échanges principalement au travers de forums et
renforçons l’interactivité des ressources pédagogiques. A terme, l’idée sera de proposer des parcours
thématiques, combinant plusieurs focus autour d’un thème donné.
Cette année 2013 voit quant à elle la mise au catalogue de deux stages mixtes, autour de la formation des
usagers. Il est intéressant d’observer que ces deux stages, confiés à deux responsables scientifiques différents,
prennent des tournures inverses : ainsi, l’un considère le distanciel comme une occasion pour le responsable
scientifique de s’affranchir de la partie théorique du stage. Cela permet ainsi de consacrer le temps présentiel
aux ateliers pratiques. Dans ce premier cas, le distanciel est donc prévu en amont du présentiel.
Pour l’autre stage, le responsable scientifique a préféré conserver les aspects théoriques en présentiel, pour
s’assurer une bonne compréhension du groupe, avant de s’appuyer sur le distanciel pour les travaux pratiques
(en l’occurrence, création d’un blog, d’un compte sur un réseau social, …). Le stage se termine avec une
dernière séance présentielle, envisagée comme un temps de regroupement, à l’occasion duquel les participants
pourront échanger entre eux, et avec le responsable scientifique, sur leurs travaux effectués en distanciel.
La raison principale de notre ouverture à cette troisième modalité de formation réside fondamentalement dans
l’intérêt pédagogique qu’offre la formation mixte : dynamique de groupe, diversification des méthodes
pédagogiques, etc. Ce vif intérêt a pu prendre corps car nous disposions, en interne, des moyens qui nous le
permettaient : une expérience de longue date dans le présentiel d’une part et les moyens humains et techniques
de la formation à distance d’autre part. Il ne restait plus qu’à faire converger les atouts de chaque modalité pour
donner naissance aux stages mixtes.
 Eléments à retenir :
 La notion de « e-formation » recouvre un dispositif combinant des modalités de formation en
présentiel et à distance. La part entre présence et distance peut varier d’un dispositif à l’autre.
 L’e-formation peut intervenir en amont et en aval des activités présentielles.
 Les activités présentielles et distancielles doivent être pensées dans un tout et une logique
d’ensemble cohérente.
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Situer e-formation et e-ressources
Il est parfois fait une confusion entre « e-ressources » et « e-formation ». Pourtant, il
s’agit de deux objets bien différents. Il est donc important de bien les distinguer pour ne
pas générer de confusion et d’incompréhension. Il est également important de ne pas les
opposer car e-ressources et e-formation sont complémentaires
Les e-ressources : un accès aux connaissances
L’essor d’Internet et des moteurs de recherche au cours des dix dernières années a profondément
modifié l’accès aux savoirs qui s’est démocratisé. Aujourd’hui, dès lors qu’on a une interrogation,
le premier réflexe est de rechercher la réponse sur Internet via un moteur de recherche. Cette
tendance est encore accentuée avec le développement de l’Internet mobile à travers les
smartphones et les tablettes tactiles.
Face à cette évolution technologique, de nombreux sites internet de partage ou de co-
construction de savoirs se sont développés. L’exemple le plus emblématique et qui vient à l’esprit
est wikipedia. Différentes structures du Réseau des écoles du service public (RESP) se sont
également engagées dans cette voie. Les e-ressources produites ont pour principal but de
répondre à un besoin d’information et doivent répondre aux caractéristiques suivantes :
Formats des ressources - Si les ressources produites sont généralement des ressources
textuelles, on constate que d’autres formats de documents se développent actuellement
fortement : photos, audio, vidéos.
Ordonnancement des ressources - Dans la logique « e-ressources », les documents sont
mis à disposition de l’internaute, de façon plus ou moins ordonnée, qui peut les consulter
librement en fonction de ses attentes. Cette consultation repose généralement sur
l’utilisation d’un moteur de recherche puissant.
Accès aux ressources - En fonction de la volonté de la structure d’avoir un accès plus ou
moins ouvert à l’accès aux savoirs, les e-ressources pourront être rendues accessibles
librement ou sur inscription préalable. En cas d’inscription préalable, deux options peuvent
être envisagées. Dans un cas, tous les internautes peuvent accéder aux ressources,
l’inscription vise simplement à avoir une trace des personnes qui se connectent. Dans
l’autre cas, seul est autorisé à se connecter un nombre réduit de personnes, par exemple les
stagiaires en formation. Il est à noter que l’inscription préalable peut générer une charge de
gestion administrative supplémentaire plus ou moins lourde.
Avoir une démarche active en matière d’e-ressources impose de veiller au respect de quelques
règles :
Qualité des ressources - Sur internet, on trouve des sites avec des informations plus ou
moins fiables. Dès lors que l’on souhaite s’engager dans ce type de démarche, il est
important d’être vigilant sur la qualité des ressources. Cela impose un travail important sur
le fond et la forme des documents produits. Sur le fond, il est nécessaire d’avoir des auteurs
qui présentent toujours la problématique de façon complète, objective et neutre. Par
ailleurs, cela doit conduire à s’interroger sur la pertinence de mettre en place une démarche
de type « wiki » pour produire ces documents. Sur la forme, il est indispensable d’avoir un
langage et une syntaxe simple, compréhensible par le plus grand nombre. Il est aussi
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
nécessaire, pour que l’internaute qui consulte régulièrement le site s’y retrouve, que
l’ensemble des documents présente une certaine homogénéité graphique.
Actualisation des ressources - Dans la mise en place d’un projet « e-ressources », l’un des
points les plus délicats est l’actualisation des documents. En effet, s’il est relativement
simple de produire, à un instant T, un document à jour, il est plus difficile de s’assurer qu’il
sera actualisé. Cela impose, en lien avec les auteurs des documents, de mettre en place un
dispositif de veille pour que les ressources soient réactualisées régulièrement.
La e-formation : une action de formation
Un dispositif d’e-formation constitue une véritable action de formation, à l’image d’un stage en
présentiel. A ce titre, le dispositif d’e-formation va combiner et organiser ces ressources au sein
d’un scénario pédagogique visant à atteindre des objectifs d’apprentissage pour les stagiaires. Il
permet aussi souvent aux apprenants de bénéficier en plus d’un accompagnement plus important
sous forme d’un tutorat qui peut-être collectif ou individuel, synchrone ou asynchrone. Aucune
confusion n’est donc possible avec des e-ressources.
E-ressources / e-formation : des actions complémentaires
Entre une démarche d’e-ressources et la réalisation de dispositif d’e-formation, une approche
complémentaire doit être privilégiée afin d’éviter une production en doublon de documents. Cela
signifie qu’il faut prévoir que les documents produits dans le cadre des « e-ressources » puissent
servir de ressources pédagogiques pour les dispositifs d’e-formation. En terme d’organisation, un
lien doit donc exister entre les équipes qui produisent les e-ressources et celles qui conçoivent les
dispositifs d’e-formation. Au-delà des économies financières faites, une telle démarche permet,
sur le fond, d’avoir une cohérence dans les informations portées à la connaissance des internautes
et les stagiaires.
Focus
 Ministère de l’intérieur – secrétariat général - sous-direction du recrutement et de la formation
Différents niveaux de modules de formation à distance sont à distinguer. Les contenus peuvent être sur des
supports différents (simple documentation, vidéo, quizz,…), et avoir une orientation différente (sensibilisation,
information, évaluation,…). Les modules de formation à distance peuvent en conséquence être classés selon
différents niveaux :
Niveau 1 : il s’agit d’un accès à des e-ressources, ce qui signifie que l’apprenant accède à de la documentation
mise en ligne sur un thème en particulier, à un fonds documentaire constitué de fiches, de mémentos. Exemple :
veille juridique en matière de marchés publics avec la constitution de fiches sur les procédures et les seuils
afférents, sur la publicité à effectuer…
Niveau 2 : l’apprenant a toujours accès à de la e-ressource, à de l’information. Cependant, les médias proposés
sont plus diversifiés. Aux textes peuvent s’ajouter des vidéos, des images, des liens. Exemple : conférence sur
les méthodes de diagnostic territorial mise en ligne.
Niveau 3 : l’offre proposée en ligne est de la e-formation, les différents éléments sont reliés par un scenario
pédagogique au cours duquel la vérification des connaissances est effectuée par des quizz, lesquels peuvent
conditionner l’accès à la suite du parcours de formation. Exemple : pour une formation sur un logiciel
d’expression des besoins, un quizz de test des connaissances peut conditionner le passage des cours et
exercices proposés aux apprenants, aux cours et exercices relatifs à chaque fonctionnalité de l’outil.
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Niveau 4 : il s’agit de e-formation qui combine à la fois des séances en présentiel (formation en salle avec la
présence du formateur) et à distance (formation accessible sur une plateforme dématérialisée), ce qui est
appelée formation combinée, hybride ou blended learning en raison de la mixité du parcours de formation
présentiel et à distance. Exemple : les apprenants suivent un premier module en salle avec un formateur sur la
mise en œuvre d’un nouvel outil. Pour se perfectionner sur cet outil, une autre session est programmée quelques
mois plus tard en présentiel. Pendant la période entre les deux sessions de formation, les documents supports de
la formation peuvent être consultés par les stagiaires et des exercices de révision, d’entraînement sont proposés
aux agents afin qu’ils ne perdent pas les acquis de la session d’initiation. Des éléments sur la seconde session
peuvent également être mis à disposition afin de permettre aux apprenants de préparer la prochaine session.
 Eléments à retenir :
 Des ressources, à elles seules, ne constituent pas une action de formation. Elles sont
purement informatives.
 Le dispositif de « e-formation » va combiner et organiser ces ressources au sein d’un scénario
pédagogique visant à atteindre des objectifs d’apprentissage pour les stagiaires. Il s’agit alors
d’une réelle dynamique de formation.
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Définir des critères de choix pour savoir s'il convient de
réaliser un dispositif d'e-formation
Avant de mettre en œuvre un projet de e-formation, il est important de définir le dispositif dans
lequel il doit s'inscrire.
L'objectif de cette première phase est de clarifier le projet et de mettre en évidence les
dispositions (contraintes) organisationnelles qui en découlent.
Il s'agit également, et surtout, de s'assurer que, pour le sujet proposé, la démarche d'e-formation
constitue bien la méthode d'apprentissage la plus adaptée.
Les résultats attendus de cette étude préalable (cf. Note d'aide à la décision) doivent permettre
d'identifier, notamment, les éléments suivants :
• les acteurs nécessaires pour donner une réalité à ce projet (conception, production et mise en
œuvre des contenus) ;
• le public cible (volume d'apprenants, répartition géographique, nature, niveau d’autonomie et
de maitrise de l’outil informatique…) ;
• les objectifs à atteindre (objectifs stratégiques et objectifs de formation) ;
• l'adéquation entre ces objectifs et les attentes exprimées (ou pressenties) par les apprenants ;
• la répartition présentielle / distancielle envisagée ;
• les moyens techniques requis (réseau, poste de travail, outils collaboratifs...) ;
• les contraintes budgétaires afférentes ;
• la date de mise en production envisagée (à opposer aux délais prévisibles de réalisation) ;
• les modalités de mise à jour, le rythme d'actualisation prévisible.
Focus
 Centre nationale de la fonction publique territoriale (CNFPT)
Dans le cadre du développement de son offre de e-formation, le CNFPT a mis en place une fiche projet que
l'ensemble des structures déconcentrées de l'établissement doivent remplir dès lors qu'elles veulent réaliser un
dispositif de e-formation. Cette fiche projet comprend les rubriques suivantes : responsable de la demande,
intitulé du projet, enjeux internes et externes, origine de la demande, niveau d’intégration dans l’offre de
l’établissement, public visé, description du projet, modalités d’apprentissage souhaitées, durée estimée, acteurs
du projet, développement/ partenariat, ressources pédagogiques, niveau de mise en œuvre envisagée,
planification du projet et estimation budgétaire. L'instauration d'un tel document permet de faire remonter, de
façon coordonnée, l'ensemble des projets formulés par les structures et de s’assurer qu’ils s’inscrivent bien dans
les orientations « e-formation : e-ressources » définies au niveau national. Ce document fait l'objet d'un examen
au niveau national, notamment dans le cadre d'un comité « e-formation ». En cas de validation du projet, il est
alors demandé, à la structure qui a proposé le dispositif, d'établir un cahier des charges plus précis.
 Eléments à retenir :
 La réalisation de dispositifs de e-formation doit s’inscrire dans la stratégie de l’offre de
formation de l’école.
 Nécessité de réaliser une étude préalable selon des critères définis qui peut prendre la forme
d’une « note d’opportunité » suivie d’une « étude de faisabilité ».
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Inscrire le dispositif dans le cadre d'une démarche projet
La conception et le déploiement de la formation en ligne requièrent des compétences
spécifiques qui peuvent être satisfaites soit en interne (développement de compétences
ou recrutement) soit en externe. Il convient de porter une attention toute particulière aux
compétences en ingénierie pédagogique qui permettront de constituer le cœur du
dispositif de formation.
Les compétences peuvent être disséminées dans les services. Chaque module de e-
formation devant être réalisé en mode projet, il est nécessaire de mobiliser, en
organisation matricielle, toutes les ressources afin de proposer des contenus de qualité
dans le respect des coûts et des délais.
Une convention peut être établie afin de répartir et de définir les rôles et les contributions
entre les différentes structures en charge du développement et du pilotage des projets, de
la pédagogie et du système d’information.
Une démarche annualisée
Le développement d’un dispositif peut nécessiter un laps de temps qui s’évalue en mois, de
l’expression du besoin formalisé dans un cahier des charges à sa mise en œuvre effective. Il
s’avère donc nécessaire :
- de centraliser les besoins de formation ;
- d’établir des choix en fonction des priorités ;
- de planifier le développement des actions de formation qui intégreront une « approche
hybride ».
Le nombre de dispositifs de e-formation pouvant être développés est déterminé par la capacité de
production de contenus en interne et peut être abondé en cas d’externalisation des projets.
Un cahier des charges
Le cahier des charges est le document de référence rédigé sur des critères, d’une part
pédagogiques et d’autre part techniques. L’ensemble de ces critères doit être partagé par toutes les
parties prenantes du projet. Il fonde les relations entre le prescripteur du dispositif de e-formation
et le prestataire.
La réalisation des contenus pouvant être confiée à un prestataire externe, le cahier des charges est
le document qui permet de dialoguer et de négocier avec celui-ci, en particulier s’il faut recourir à
une procédure de marché public. Le cahier des clauses techniques particulières comprend d’une
part le cadre de cohérence technique définissant les caractéristiques techniques que doit intégrer
la ressource pédagogique afin de permettre une mise en ligne optimale et d’autre part
l’architecture que doit respecter tout contenu du point de vue graphisme, ergonomie et
pédagogie.
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Une équipe projet
Le développement d’un dispositif de e-formation puis son déploiement requièrent des
compétences liées à la matière à enseigner mais aussi à la création de contenus (construction
pédagogique particulière, scénarisation, maîtrise de logiciels de conception multimédia) ainsi qu’à
la gestion de la plate-forme de e-formation (administration des groupes, gestion des
fonctionnalités associées). A ce titre, il nécessite d’être organisé, coordonné et suivi.
Afin de garantir un suivi efficace et de permettre au prescripteur d’avoir des correspondants bien
identifiés au sein des différentes structures intervenantes lors du cycle complet du développement
d’un dispositif de e-formation, une organisation en mode « projet » est un élément
indispensable de réussite.
L’équipe projet « idéale » (qui mobilise toutes les compétences nécessaires) en vue du
développement d’un dispositif de e-formation comprend :
- un chef de projet ;
- un expert « contenus » ;
- un scénariste ;
- un médiatiseur ;
- un infographiste (facultatif) ;
- un administrateur de la plate-forme.
Certains membres de cette équipe peuvent, bien entendu, cumuler plusieurs domaines de
compétences. En fonction de l’ampleur du projet ou d’un besoin particulier identifié, il peut être
fait appel à d’autres compétences de manière ponctuelle.
Toutefois, la problématique posée, qui constitue aujourd’hui le principal frein au développement
de ces modalités de formation, réside dans la difficulté du transfert du savoir des experts dans les
contenus pédagogiques médiatisés. Ainsi, les contenus de formation mis en ligne doivent
bénéficier d’un enrichissement pédagogique.
Le stagiaire doit pouvoir disposer du matériel technique lui permettant d’accéder de façon
optimale aux produits pédagogiques qui lui sont proposés.
La configuration de l’équipement nécessaire est variable selon les types d’actions proposées (e-
formation aux langues, bureautique par exemple).
Il convient de disposer, au minimum, d’un ordinateur connecté et d’une adresse mél individuelle.
L’accès à internet doit le cas échéant être prévu pour accéder à une plate-forme.
Dans le cadre de cette démarche, les services informatiques doivent être associés pour intégrer
cette activité dans leur plan de charges.
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Focus
 Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (INTEFP)
Lorsque fin 2010 la Direction des études de l’INTEFP a décidé de revisiter la préparation concours interne
catégorie B des agents du ministère du travail en y intégrant la dimension « e-formation », c’est :
- la multiplicité des acteurs (plusieurs responsables de projet de formation, un réseau de formateurs pour la
conception, mais aussi pour l’animation, un consultant pédagogique externe, un chef de projet e-formation,
un prestataire technique pour la médiatisation des contenus, un technicien audio visuel …) ;
- la variété et la richesse de l’existant mais aussi la complexité d’une innovation pédagogique qui était loin
d’être évidente pour tous les acteurs qui ont rendu cette démarche projet plus que nécessaire.
Dès le départ, identification du projet avec feuille de route (définition du rôle de chacun, échéancier, budget,
résultats attendus…), rédaction de plusieurs cahiers des charges (pour le consultant pédagogique, pour les
formateurs, pour la partie technique). Tout au long du projet, beaucoup de communication et d’échanges
interviennent entre les différents acteurs impliqués, ces travaux étant, animés par une responsable de projet
« prépa concours » bien identifiée. Cette démarche a permis, au bout d’un an, de mixer plusieurs séquences de
formations en salle avec 9 modules en ligne. Cette nouvelle modalité d’apprentissage a été proposée pour la
1ère fois fin 2011 et 87,3% des stagiaires évalués en mai 2012 ont jugé avoir progressé sur la méthodologie aux
épreuves écrites à l’aide des nouveaux modules proposés.
 Eléments à retenir :
 La démarche projet impose que toutes les compétences (pédagogique, technique,
organisationnelle, etc.) soient associées dès le lancement du projet.
 Bien évaluer les délais de réalisation et les planifier compte-tenu de la complexité et de la
transversalité du projet.
 Avoir un chef de projet clairement identifié pour porter le projet.
33
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Bâtir le scénario pédagogique du dispositif
La construction d’une action de formation, qu’elle soit présentielle ou hybride, débute
toujours par une intention pédagogique des auteurs : quelles compétences veut-on que
les apprenants développent au cours de cette formation ? Quelles connaissances doivent-
ils acquérir ?… On peut ainsi assimiler la scénarisation au squelette ou à la structure sur
laquelle va reposer l’ensemble de cette construction. Si cette ossature, clé de voute du
dispositif, est défaillante, l’édifice ne résistera pas à la charge des sollicitations des
apprenants. Cette étape initiale est donc fondamentale.
La scénarisation d’un parcours de e-formation va constituer le premier travail d’ingénierie que va
devoir conduire l’équipe projet en charge de la réalisation du dispositif. A ce stade, il n’est pas
question de recours à la technique mais bien d’un processus itératif de création « papier/crayon ».
Les validations successives de ce scénario pourront se faire auprès d’un panel de représentants du
public cible associé dès la conception du dispositif.
De nombreuses contraintes ou difficultés peuvent peser sur cette première démarche. On peut
en citer quelques-unes qu’il faudra gérer comme autant d’éléments contextuels de création :
• la réalisation est-elle conduite à l’interne de l’école ou externalisée auprès d’un
prestataire ?
• le recours à des experts est-il envisagé ? Sont-ils acculturés à la démarche de production
d’un dispositif en ligne ?
• l’organisme de formation dispose-t-il des compétences dédiées, d’une équipe technique ad
hoc, d’un service de médiatisation ? Comment s’organisent les relations entre experts « e-
formation » et experts de contenus ?
• …/…
Plusieurs phases structurent la réalisation du scénario pédagogique. Celles-ci peuvent porter des
intitulés différents selon les écoles mais se déroulent sensiblement dans la même logique : de
l’élaboration du scénario global du parcours à l’écriture fine du scénario de chaque séquence
pédagogique.
Sylvain VACARESSE, consultant e-formation et responsable du master 2 FOAD de Rennes
identifie 4 grandes étapes.
La scénarisation d’un parcours s’engage par une note de cadrage qui permet de définir les
contours de l’ensemble des éléments fondateurs du projet. Ce premier document aura donc
vocation à préciser le contexte de la demande, les objectifs, la nature et les caractéristiques du
public cible, la stratégie pédagogique, les moyens mobilisés ainsi que l’identification des points de
blocage ou des facteurs de risques potentiels. Cette première étape peut également comprendre
une première base de planification du projet.
Après avoir défini ces éléments fondateurs, l’équipe projet pourra entrer dans une seconde phase
de conception globale du dispositif. Celle-ci, généraliste, a vocation à installer une vision de
l’approche pédagogique d’ensemble. Dans cette seconde étape, les concepteurs auront à décrire
plus précisément l’organisation et l’enchainement des différentes séquences ainsi que leurs
35
Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
modalités, les objectifs plus détaillés pour chacune d’entre elles et leurs critères spécifiques
d’évaluation.
Le processus continue à préciser le déroulé du parcours en scénarisant dans cette troisième étape
les contenus de chaque séquence de formation. Il s’agit donc là de réaliser le synopsis de
chacune des phases du dispositif. Les concepteurs auront à détailler précisément les activités
pédagogiques, les supports proposés, les modalités de tutorat qui les accompagneront et bien
entendu les résultats attendus à l’issue de la séquence pédagogique.
Finalement, la dernière étape du retour d’expérience permettra d’organiser les remontées
d’informations quant aux points positifs et négatifs du dispositif mis en œuvre. Il doit permettre
une évaluation critique qui amènera des actions correctives éventuelles. Ce retour d’expérience
permet d’améliorer le dispositif avant de le mettre en œuvre auprès des apprenants.
Le processus de réalisation du scénario pédagogique est itératif. Il est directement corrélé avec les
autres pans du dispositif et notamment avec la démarche de gestion de projet. De manière
rationnelle, les différentes étapes de scénarisation devront faire l’objet de validations
intermédiaires par le commanditaire afin de n’engager le travail suivant que sur des bases arrêtées.
Cette logique de « marche en avant » pose le principe de ne jamais revenir sur une décision qui a
été prise.
Le processus de scénarisation ne peut être conduit de manière étanche avec les autres pans du
dispositif car les choix du scénario pédagogique vont conditionner tous les autres aspects du
projet. Par exemple, si le tutorat est mis au cœur du dispositif, les coûts variables liés au nombre
de stagiaires ou de sessions organisées seront beaucoup plus importants que si la scénarisation
prévoit un parcours autoporté dont l’investissement initial de réalisation constituera le coût fixe
unique.
La scénarisation faisant partie des premières étapes de conception d’un parcours, elle impacte
donc fortement la gestion budgétaire du projet. On constate ainsi qu’environ 80% du budget est
engagé par les choix de scénarisation après 20% seulement de temps de réalisation du projet. Il
est donc très important de bien mesurer la portée de ces choix, de les faire valider régulièrement
par le commanditaire pour garantir une gestion budgétaire correcte du projet.
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Focus
 Ecole des hautes études en santé publique (EHESP)
L'EHESP a développé un dispositif de e-formation autour du mercure comme prétexte à l’étude de
problématiques environnementales complexes.
La scénarisation pédagogique a été un travail primordial
Elle a permis de définir précisément le déroulé des activités de formation en cohérence avec les objectifs visés,
mais également de décrire les actions qui seront menées par les différents acteurs (enseignants ou apprenants).
La scénarisation a permis également de réfléchir à une approche de formation innovante et surtout de valider la
phase de conception afin de garantir le bon déroulé de la phase de développement.
Le scénario précise l’approche pédagogique comprenant une partie d’assimilation de concepts et de
connaissances à travers les lectures et visionnements de la première partie du contenu. Ce contenu est construit
de manière didactique, essentiellement linéaire, mais avec des rappels, afin de couvrir toutes les notions
chimiques, physiques, biologiques, de la santé et sociales nécessaires à la compréhension de la problématique
du mercure dans l’environnement. L’apprenant peut après chaque chapitre vérifier ses acquis à l’aide d’outils
d’autoévaluation et/ou d’outils interactifs.
La deuxième partie sert à l’intégration des connaissances disciplinaires et sectorielles de la première partie.
L’apprenant est alors amené à faire la synthèse de ses connaissances à travers des études de cas. Elle place
ces connaissances dans un contexte réel de recherches effectuées par les membres de l’équipe auteurs et
d’autres chercheurs. La présentation des études de cas tient compte du contexte naturel et social qui détermine
la problématique spécifique rencontrée dans les lieux géographiques contrastés sélectionnés.
Afin de maîtriser la complexité de la problématique du mercure dans un contexte réel, l’approche systémique est
préconisée et est également intégrée à la description des études de cas. L’apprenant peut ainsi synthétiser les
connaissances d’une manière ciblée et peut utiliser le système qu’il s’est construit pour comparer les études de
cas ainsi que pour évaluer l’influence des différents éléments du système, et en particulier des stratégies visant à
réduire l’exposition des populations.
L’évaluation se fait sur une dernière partie. Les travaux exigés consistent en des textes rédigés, des schémas
systémiques et ils font également usage de ressources interactives développées lors des projets de recherche et
qui sont adaptées à ce dispositif de formation.
Le scénario pédagogique sert également de base à l'élaboration du kit pédagogique nécessaire à la définition de
l'utilisation du dispositif dans un programme de formation plus global.
 Eléments à retenir :
 La scénarisation est un processus itératif de réalisation d’un dispositif.
 La scénarisation du dispositif est un élément central de la réussite d’une action de formation à
distance.
 Les orientations, les choix pris dans le processus de scénarisation ont un impact direct sur le
budget global et les autres secteurs du projet.
 La démarche de conception doit être scandée par des validations intermédiaires auprès du
commanditaire.
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
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Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
Calibrer la durée de la e-formation
Dans le cadre de l’élaboration d’un dispositif de e-formation, il est nécessaire de définir
un volume horaire pour assurer l’efficacité de la formation et répondre aux différentes
attentes des acteurs et des partenaires. Il convient notamment de veiller à structurer le
dispositif autour de séquences pédagogiques courtes.
Il faut d’abord noter que la durée classique d’une journée de formation présentielle (6 heures)
n’est en rien rattachée à une pertinence pédagogique mais bien à des contraintes
organisationnelles.
La formation en présentiel correspond au mode de formation traditionnel, selon un mode
magistral (information le plus souvent descendante) et pour une durée prédéterminée. Cette
durée est le fruit d’une expérience, d’une connaissance du domaine abordé et de sa complexité et
des objectifs pédagogiques poursuivis.
Dans ce cas, la durée représente généralement une présence « physique ».
Pour ce qui est de la e-formation, il est plus difficile de donner une durée précise pour le
déroulement d’un dispositif. En effet, chaque apprenant pourra évoluer à son rythme au sein des
ressources, les parcourir une ou plusieurs fois et « fonctionner à sa guise ».
En l'absence de repères classiques, il est cependant possible et nécessaire pour les apprentissages
dispensés en totalité ou en partie à distance, de déterminer la durée estimée nécessaire pour
effectuer les travaux demandés.
La durée totale de la formation doit intégrer l'ensemble des situations pédagogiques concourant à
la réalisation de l'action de formation (autoformation encadrée, séquences de face-à-face
pédagogique…) et accessoirement d'autres activités encadrées. Pour chacune des situations, la
durée effective ou le cas échéant, son estimation, doit être précisée. Les regroupements ou autre
forme de mise en situation collective des stagiaires ne constituent pas, compte tenu des
évolutions technologiques et des pratiques pédagogiques, une exigence du point de vue du
contrôle et ce dès lors qu'existent d'autres formes de suivi, d'encadrement et de contrôle de
l'assiduité.
A titre indicatif, c’est cette durée qui sera prise en compte dans le cadre d’une prise en charge
d’une e-formation dans le cadre d’un DIF par exemple.
Il existe plusieurs méthodes pour évaluer la durée d’une e-formation :
1. la méthode empirique en liaison directe avec le présentiel : le volume horaire d'un cours
ou d'un module de formation ouverte à distance se comptabilise en équivalent présentiel,
ce qui correspond au nombre d'heures qui auraient été dispensées par un formateur pour
traiter les mêmes objectifs.
2. La durée résulte d’un temps calculé comme par exemple cette méthode consistant à
additionner le temps à passer pour chaque activité composant le dispositif ceci à l’aide de
tables de références.
Guide méthodologique pour mettre en oeuvre une démarche de e formation
Guide méthodologique pour mettre en oeuvre une démarche de e formation
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Guide méthodologique pour mettre en oeuvre une démarche de e formation

  • 1. 1 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation GUIDE METHODOLOGIQUE POUR METTRE EN ŒUVRE UNE DEMARCHE DE E-FORMATION Réseau des écoles de service public Groupe de travail « e-formation / e-ressources » AVRIL 2013
  • 2. 2 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Le Réseau des écoles de service public (RESP) Le réseau des écoles de service public (RESP) regroupe une quarantaine d’écoles. Le RESP a pour fonction de promouvoir : • la réflexion entre ses membres sur toutes les questions communes relevant de leur champ d'activité ; • l'information mutuelle sur les activités pédagogiques ; • des formations communes à leurs élèves et stagiaires portant notamment sur les conditions de mise en œuvre des politiques publiques ; • des actions de valorisation de leur partenariat à travers différents supports ou manifestations. Le groupe de travail « e-formation / e-ressources » du RESP Ont contribué à l’écriture de ce guide : ■ Centre nationale de la fonction publique territoriale (CNFPT) - Catherine Boursier - François Meyer - Olivier Simon ■ Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) - William Harang ■ Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) - Marie Frouin - Fabienne Tessier ■ Ecole nationale des douanes (END) - Jean-Christophe Amoretti ■ Ecole supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur, de la recherche (ESEN) - Jean Duchaine - Olivier Dulac - Yannick Bernard ■ Ecole nationale supérieure de police (ENSP) - Jean-Michel Conseil ■ Ecole nationale supérieure de sécurité sociale (EN3S) - Françoise Mougin ■ Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB) - Claire Gaillard - Colin Jargot ■ Institut de la gestion publique et du développement économique (IGPDE) - Nathalie Vaglio - Nadine De Bellis ■ Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (INTEFP) - Sandrine Beaujolin ■ Ministère de l’Intérieur – DRH SDRF - Elodie Raingeval - Bernard Zahra
  • 3. 3 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation u printemps 2011, les directeurs du Réseau des écoles de service public (RESP) ont souhaité que le groupe de travail « e-formation/e-ressources », après avoir existé quelques années auparavant, soit reconstitué. Ce nouveau groupe de travail a eu comme premier objectif de confronter ses pratiques et ses orientations en ce qui concerne la e-formation. Il a permis également de mutualiser des approches et des expériences entre écoles plus ou moins engagées dans la diversification des modalités de formation. Les échanges ont porté sur les modèles pédagogiques de la e-formation, ses aspects techniques, ses conditions de mise en œuvre et ses impacts sur les métiers de la formation. Pour prolonger ces échanges, le groupe a décidé de formaliser sa réflexion collective dans la réalisation d’un guide méthodologique destinés aux prescripteurs qui souhaiteraient s’engager dans une véritable politique d’établissement réaliste, construite et planifiée. Pour réaliser ce guide, le groupe s’est attaché à recenser les questions incontournables à se poser avant de s’engager dans cette dynamique. C’est finalement 17 fiches thématiques ainsi qu’une grille d’aide à la décision qui ont été élaborées. Ce guide est destiné principalement aux directeurs des écoles du RESP. Il a également vocation à servir de support aux responsables e-formation mais aussi d’aide méthodologique pour les équipes de formateurs impliquées dans ce type de démarche. La lecture de ce document doit donc pouvoir se faire tant au niveau politique en vue de l’installation d’une démarche globale d’évolution des modalités de formation qu’au niveau opérationnel de conception et de mise en œuvre des premiers projets. Il est bien évident que ce document ne se veut pas exhaustif et n’a pas cherché à compiler les nombreux outils pré-existants sur les aspects techniques, les démarches pédagogiques, la réalisation des cahiers des charges… Tous ces outils, disponibles sur Internet pour la plupart d’entre eux, pourront utilement compléter ce document qui se situe clairement sur le champ des principes et des grandes orientations de la e-formation. Vous souhaitant bonne lecture A
  • 4. 4 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
  • 5. 5 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Sommaire INTRODUCTION ■ Données générales sur la révolution numérique page 6 ■ Révolution numérique et formation page 12 FICHES THEMATIQUES ■ Appréhender la distinction et la complémentarité entre formation présentielle et formation distantielle page 20 ■ Situer e-formation et e-ressources page 26 ■ Définir des critères de choix pour savoir s'il convient de réaliser un dispositif d'e-formation page 29 ■ Inscrire le dispositif dans le cadre d'une démarche projet page 30 ■ Bâtir le scénario pédagogique du dispositif page 34 ■ Calibrer la durée de la e-formation page 38 ■ Assurer l’accompagnement des apprenants page 42 ■ Déterminer le niveau de médiatisation page 46 ■ Envisager les moyens de diffusion du dispositif de e-formation page 50 ■ Développer des contenus respectant les droits d’auteur page 54 ■ Anticiper l’actualisation et la portabilité des contenus page 60 ■ Prévoir de former au dispositif les personnes qui seront chargées d'en assurer le déploiement page 64 ■ Réaliser un plan de communication page 66 ■ Définir des règles d'utilisation par les stagiaires des dispositifs de e-formation sur leur lieu de travail page 68 ■ Assurer le suivi des apprenants et des tuteurs page 70 ■ Evaluer le dispositif de e-formation page 72 NOTE D’AIDE A LA DECISION ■ Élaboration d’une « note d’aide à la décision pour s’engager dans un dispositif de e-formation » page 76 ANNEXES ■ Annexe 1 – Les métiers de la e-formation page 80 ■ Annexe 2 – Modèles de contrat liés à la production de ressources page 86 ■ Annexe 3 – Modèle de contrat tripartite page 96 ■ Annexe 4 – Glossaire page 100
  • 6. 6 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Données générales sur la révolution numérique Après les NTIC, nous passons dans l’ère des TICC, les technologies de l’information de la communication et de la connaissance. Il ne s’agit plus simplement de parler d’évolution technologique mais de véritable « révolution ». La révolution numérique se développe rapidement Il aura fallu 38 ans pour que la radio atteigne le seuil de 50 millions d’usagers, 13 ans pour la télévision, 4 ans pour Internet, 3 ans pour l’I-POD, 2 ans pour l’I-Phone. La planète compte, aujourd’hui, plus de 2 milliard d’internautes dont 450 millions d’utilisateurs en Chine. On enregistre ainsi une progression de + 60% d’internautes en un an. Pour la France, quelques chiffres très significatifs peuvent être donnés :  90%1 (+3 points par rapport à 2010 et 88% (+5 points par rapport à 2010), sont respectivement les taux d’équipement en téléphonie fixe et en téléphonie mobile.  80% de personnes déclarent se connecter, d’une façon ou d’une autre (au domicile, au travail ou en mobilité), à Internet. Cela représente une progression de 6 points par rapport à 2010. Les inégalités demeurent importantes entre les classes d’âge, mais tendent à diminuer progressivement.  58% de la population se connecte quotidiennement. 77% des individus qui disposent d’un accès à Internet à leur domicile l’utilisent tous les jours, 14% en font un usage hebdomadaire et 5% seulement ne l’utilisent jamais. 29 % des personnes utilisent leur mobile pour se connecter à internet. Ils n’étaient que 12% en 2011. En 2014, on estime que 41% des individus disposant d’un mobile l’utiliseront pour se connecter à Internet. 1 La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française, CREDOC, juin 2012. La révolution numérique fait converger différents services vers des canaux de diffusion unique et de plus en plus mobile De nombreux services qui utilisaient jusqu’à présent le format papier ou le présentiel pour être délivrés, ont vu, au cours des dernières années, leur mode de diffusion se modifier pour évoluer vers un nouveau mode de diffusion, en passe de devenir unique : Internet. Qui utilise de nos jours des bottins téléphoniques, des pellicules photos, des cartes routières ? Les billets d’avion rectangulaires aux feuilles carbonées ont disparu. Il en sera bientôt de même des billets de train. Les agences de voyage ont quitté nos centres-villes pour envahir Internet. Parallèlement à cette concentration du mode de diffusion, on assiste aussi à une modification du support de diffusion. Jusqu’à un passé récent, l’accès à Internet s’effectuait par l’intermédiaire d’un ordinateur. Aujourd’hui, il s’effectue de plus en plus via des smartphones. On compte actuellement 600 millions de mobinautes, ils étaient 1,7 milliard en 2012. 8% de la population seraient déjà équipés de tablette mobile. Ils n’étaient que 4% en 2011. Cela représente environ 4 millions de personnes. Cette explosion est en grande partie liée au développement rapide du haut débit qui permet d’avoir, via Internet, un accès rapide, facile et confortable, à des contenus variés. La révolution numérique bouleverse de nombreux repères On peut mettre en avant au moins trois repères qui sont directement touchés :
  • 7. 7 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation  le repère de l’espace et du temps : Internet fait tomber les barrières de l’espace et du temps. Il est, aujourd’hui, possible de communiquer avec n’importe quel endroit du monde de façon instantanée et parfois de façon gratuite ;  le repère du gratuit et du payant : de nombreuses activités issues de l’économie traditionnelle sont fortement impactées par cette révolution numérique. Dans ce cadre certains affirment que toute activité économique qui se numérise en passant sur le web finira, un jour ou l’autre par devenir gratuite. Les industries de la musique et du cinéma ont été très fortement impactées par ce phénomène. A titre d’exemple, selon une étude « global study ... Hotel » réalisée en juin 2010 auprès de 50.000 adolescents ayant entre 11 et 18 ans, 32 % des membres de la « génération Y» affirment n’avoir jamais payé pour du contenu numérique. Pour essayer de contenir cette tendance, les acteurs économiques tentent de mettre en place des modules dits « Freemium ». Il s’agit de modèle d’affaires hybrides sur Internet reposant sur une partie gratuite et une partie payante à plus forte valeur ajoutée ;  le repère du public et du privé : la plupart des internautes apparait très souvent sous sa véritable identité, donnant accès à de nombreuses informations personnelles volontairement ou non. Jusqu’à présent, nous disposions d’une identité civile ; la plupart des personnes disposent donc maintenant d’une identité numérique qui prend notamment la forme d’un « graphe social », représentation de la cartographie des contacts et relations d’un internaute au sein des différents réseaux sociaux qu’il utilise. Généralement, on parle de contact de niveau 1 (cercle de connaissance), de niveau 2 (contacts de ses contacts) et de niveau 3 (communauté en général). Cette évolution n’est pas sans poser de difficultés vis-à-vis notamment du respect de la vie privée. Les cabinets de recrutement ont de plus en plus l’habitude de consulter les réseaux sociaux pour essayer de recueillir des informations sur les candidats qu’ils reçoivent. Les internautes doivent être vigilants à ce que ne figurent pas sur leurs pages personnelles des informations d’ordre privé auxquelles un futur employeur pourrait avoir accès facilement et qui pourraient être de nature à handicaper sa candidature (il peut s’agir de faits anciens). Se pose alors la question du droit à l’oubli sur Internet qui, aujourd’hui, n’existe pas juridiquement ! Ainsi, on pourrait imaginer, pour les données personnelles, l’instauration d’une date de péremption des données enregistrées sur la toile. En attendant la reconnaissance éventuelle d’un tel principe au niveau mondial, certaines initiatives géographiquement localisées sont prises. La révolution numérique bouleverse la vie quotidienne La révolution numérique bouleverse notre vie quotidienne car elle modifie notre manière de consommer, de s’informer. Elle remet aussi en cause notre manière d’accomplir les démarches administratives :  Une nouvelle manière de consommer. Internet permet, avant de faire un acte d’achat, de se renseigner pour comparer les différents produits et prix. Internet permet aussi d’obtenir l’avis d’autres internautes sur les produits.  Une nouvelle manière de s’informer. La révolution numérique modifie de façon importante notre manière d’être informé. L’information devient instantanée. Elle est connue à travers le monde en quelques minutes, voire secondes. L’information devient abondante, voire surabondante. Corollaire de cette surabondance, elle devient aussi plus superficielle. On est entré dans l’ère du zapping de l’information, une information en chasse
  • 8. 8 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation une autre. Ce mode de consommation ne favorise pas l’approfondissement. La durée moyenne de l’attention des utilisateurs d’application mobile est de 3 à 4 minutes ! L’information est produite par de nouveaux acteurs dits « pur players » dont le métier de base n’est pas d’être journaliste. Cela pose, bien évidemment, des problèmes de validation. Certaines informations publiées sur Internet ne sont ni contrôlées, ni validées comme elles le devraient.  Une nouvelle manière d’accéder aux savoirs : la révolution numérique a modifié en profondeur notre manière d’accéder et de construire les savoirs : - des savoirs exhaustifs. On assiste à une croissance exponentielle du nombre de documents mis en ligne. Estimée à quelques centaines de milliers de textes accessibles au début du web, en 1993, la masse d’information numérique disponible sur le réseau dépassait les 900 millions de documents fin 2000 pour atteindre les 25 milliards de ressources en 2004. Depuis, cette tendance ne fait que s’accélérer. Grâce à internet, des milliers de documents littéraires et scientifiques, d’articles, de travaux universitaires et de recherche, d’images et de vidéos sont désormais consultables à l’écran d’un simple clic ; - des savoirs collectifs. Avec Internet, de nombreux savoirs se bâtissent dans le cadre d’un travail collaboratif. L’exemple emblématique de cette évolution est, sans conteste possible, Wikipédia.  Une nouvelle manière de travailler. La révolution numérique a également impacté le monde du travail à différents niveaux. Elle a entraîné des modifications : - au niveau des métiers. Certains métiers ont disparu ou ont été fortement réduits. Avec le développement des logiciels de bureautique, le métier de sténodactylographe a presque disparu. A l’inverse, les jeunes cadres assurent de plus en plus, la frappe de leurs courriers et la gestion de leurs emplois du temps. De même, de nouveaux métiers sont apparus, webmaster, infographiste, « community manager » ; - au niveau des pratiques professionnelles : Internet modifie, dans notre activité quotidienne, à titre d’exemple, notre manière de rechercher de l’information, de faire de la veille marketing et de demander des conseils. Surtout, internet modifie notre manière de communiquer. Le courrier « papier » a été remplacé par le courrier électronique, dont il est parfois fait abus ; - certaines activités utilisent aujourd’hui fortement Internet. La recherche d’emploi a migré vers Internet. L’e-formation se développe lentement. 9 % des internautes français déclarent, aujourd’hui, avoir suivi une formation en ligne. Surtout, les technologies modernes permettent l’essor du télétravail ; - le temps « privé » de moins en moins protégé. Pendant longtemps, le fait de travailler sur son temps personnel était le fait des cadres dirigeants. Avec le développement de la messagerie électronique accessible notamment depuis les smartphones, de plus en plus de cadres ont tendance à répondre aux messages qu’ils reçoivent en dehors de leur temps de travail ; - un travail plus collaboratif. Internet permet de mettre en place des démarches collaboratives au niveau du travail dans le cadre de démarches projet. De telles pratiques sont de nature à remettre en cause partiellement, si elles ne sont pas maîtrisées, les rapports hiérarchiques classiques.
  • 9. 9 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation  Une nouvelle manière de faire des démarches administratives. 50% des français ont déjà recherché des informations administratives sur Internet, un tiers a demandé des documents administratifs par ce moyen (acte d’état civil, extrait de casier judiciaire, certificat de non gage…). De façon globale, 43% de la population française effectuent, aujourd’hui, des démarches administratives et fiscales sur Internet. Ce pourcentage a quasiment doublé en cinq ans, passant de 12 millions de personnes en 2005 à 23 millions en 2010. La révolution numérique crée une vie virtuelle La révolution numérique favorise l’ouverture sur le monde, l’échange et la communication, au-delà des communautés et des pays. Ce phénomène trouve son incarnation :  dans l’essor d’Internet. Quelques chiffres permettent de mieux mesurer l’ampleur de ce phénomène. Les 2 milliards d’internautes mentionnés précédemment ont, aujourd’hui, accès à plus de 312 millions de sites web. On mesure le chemin parcouru depuis 1993, date à laquelle le CERN annonce que le « World Wide Web », www, devient libre d’utilisation pour tout le monde et où on ne recensait que 623 sites web. En France, on recense aujourd’hui 11 sites pour 1.000 habitants contre 85 en Allemagne et 64 aux Etats-Unis. Sur Youtube, 2,5 milliards de vidéos sont vues chaque jour et quelques 15 heures de vidéo sont postées chaque minute. Sur Google, 2,5 milliards de requêtes étaient réalisés par jour en 2009. En 2003, ce chiffre était réalisé par mois.  Dans le développement des réseaux sociaux. Avec plus de 600 millions d’inscrits, Facebook serait le 3e pays le plus peuplé de la planète derrière l’Inde (2e pays le plus peuplé) et la Chine (1er pays le plus peuplé). Au niveau de la France, 36% de la population française (de plus de 12 ans) sont inscrits début 2011 sur un réseau social (contre 23% l’année précédente), soit 7 millions de nouveaux utilisateurs ! C’est la diffusion la plus rapide d’un usage constaté en France. L’émergence des réseaux sociaux a aussi modifié le mode de consultation sur Internet. En 2005, l’accès à un site Internet se faisait majoritairement par Google, 60%. Les réseaux sociaux ne généraient que 2% du trafic. En 2009, les réseaux sociaux représentent 65% de la provenance des internautes sur site, Google ne représente plus que 15%. L’émergence des réseaux sociaux a aussi modifié le mode de communication sur Internet. On passe d’un mode de communication « one to one » via la messagerie électronique à un mode de communication « one to many ». On publie, via un réseau social, un message à l’intention d’une personne en sachant qu’un cercle d’amis sera informé et pourra réagir de la même manière.  Dans le développement des jeux en réseaux. Avec le développement des réseaux sociaux, se sont également développés les jeux en réseaux au niveau planétaire. Les plus connus sont : Cityville (près de 18 millions de fans), Zombie lane, Empires et Alliés, etc. Zynga, numéro un de l’édition des jeux web sur les réseaux sociaux, réalise un chiffre d’affaires annuel de 600 millions de dollars pour une moyenne de 223 millions d’utilisateurs par mois. Crowdstar, son principal concurrent, plafonne à 50 millions de dollars pour 58 millions d’internautes mensuels. En France, 20% des internautes (contre 9% en 2003) jouent à des jeux en réseau, soit 11 millions de personnes. L’âge est un critère déterminant dans cette pratique (57% des adolescents). L’un des sites pionniers en matière fut Second life. De façon générale, une étude récente de la « Kaizer Family fondation » affirmait qu’aux Etats-Unis : « les adolescents passent plus de
  • 10. 10 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation temps durant une semaine (ou en interaction) avec un média qu’un salarié ne passe de temps au travail durant la même période. ». La France n’est pas épargnée par ce phénomène. 15 heures par semaine, c’est le temps que les personnes disposant d’une connexion Internet déclarent passer sur Internet, presque autant de temps que devant leur télévision (17 heures par semaine). Pour les cadres et les professions intellectuelles supérieures, ainsi que pour les adolescents, la balance penche clairement en faveur d’Internet. La révolution numérique va se poursuivre Si la révolution numérique est déjà bien engagée, elle devrait encore se poursuivre. Quelques tendances futures peuvent être envisagées :  Permanence - La génération numérique entend disposer de ses contenus et de la possibilité de communiquer à n’importe quel moment de la journée et en tous lieux. Ceci peut se résumer sous la formule « anything, anytime ; anywhere, anydevice » : ce que je veux, à n’importe quelle heure, où je veux et sur n’importe quel support ».  Le « map, tag, track » - Il existe une tendance à cartographier le monde, à rendre les personnes et les objets communicants en permettant de suivre, en temps quasi-réel, leurs déplacements.  Cloud Computing - L’informatique dématérialisée « dans les nuages », doit permettre aux utilisateurs de stocker leurs données sur les serveurs d'une entreprise prestataire et d'y accéder par Internet, réduisant ainsi considérablement leurs propres besoins de capacité de stockage. Plus de 70% des américains ont déjà recours en ligne d’une manière ou d’une autre au « cloud computing ».  Web sémantique ou web3.0 - Devrait se développer encore le web contextuel qui enrichit les ressources et informations du web, pour les rendre plus finement et automatiquement utilisables par des programmes, tags, liens et balises sémantiques. Cela doit permettre aux contenus d’être mieux vus, mieux répertoriés. Il s’agit de permettre de créer un web personnalisable en temps réel. Ceci devrait aussi permettre l’essor du marketing comportemental qui n’en est actuellement qu’à ses prémices.  Crowdmash - La pratique de la notation et de l’appréciation des informations mais aussi des produits trouvés par les internautes sur le net devrait encore se développer. Cette tendance posera pour toute entité, qu’elle soit privée ou publique, la question de sa e-réputation.  « Curateur » - Face à l’importance des informations circulant sur la toile, se pose très clairement la question de la confiance qu’un internaute peut leur accorder. Les informations que je trouve sur Internet sont-elles fiables ? Il s’agit pour les « curateurs » d’accompagner l’internaute dans sa recherche d’information en faisant un tri parmi les ressources disponibles sur Internet, sur celles qui sont les plus pertinentes.  L’activisme 2.0 - Internet a permis de mettre fin à la très grande majorité des dispositifs de censure instaurés par les états non- démocratiques. Jusqu’à l’essor d’Internet, il était relativement facile de contrôler les flux d’information. Il suffisait d’interdire aux frontières les journaux trop critiques, d’exercer un contrôle sur les activités d’impression et de diffusion de la presse locale et d’arrêter les colleurs d’affiches ou les distributeurs de tracts. Internet permet aux opposants de contourner toutes ces contraintes. On vient de le voir à l’occasion du « printemps arabe ». Dans ce prolongement, les réseaux sociaux et blogs pourraient donner naissance à une nouvelle forme de citoyenneté reposant sur un militantisme ponctuel et opportuniste.  Le « Web2 world » - La tendance qu’ont certains internautes à se réfugier dans des
  • 11. 11 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation univers virtuels devrait encore s’accentuer. Par rapport à ces nouveaux usages, il faudra être vigilant pour que les nouvelles générations arrivent à maintenir un équilibre entre vie réelle et vie virtuelle. L’un des enjeux pour les générations sera d’être capable de se déconnecter !  La réalité augmentée - Devrait se développer, dans les prochains mois et prochaines années, le concept de réalité augmentée. Il s’agit d’une technique mélangeant le monde réel et des données virtuelles via des webcams reliées à des métadonnées sur Internet. En l’espace d’une décennie, la révolution numérique a donc bouleversé les équilibres sociaux, économiques, politiques et culturels sur pratiquement l’ensemble de la planète. Elle a fait naître une société qui repose de plus en plus sur l’intelligence collective, où des centaines de millions de personnes participent à l’élaboration du savoir. Elle va impacter la manière de former.
  • 12. 12 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Révolution numérique et formation L’histoire montre que la formation professionnelle et les technologies numériques se sont développées de concert durant la seconde moitié du XXème siècle. Peu à peu avec l’avènement de la micro-informatique pour tous puis de l’Internet, ces technologies sont entrées dans le champ de la formation au point d’en devenir finalement un élément consubstantiel. Il ne s’agit donc pas de s’interroger s’il faut ou non utiliser ces technologies en formation ; elles y sont de facto présentes. Il nous revient donc de questionner plutôt la pertinence de l’usage de ces outils en formation et donc in fine les modalités d’instrumentation de nos dispositifs. On peut tenter de le refuser mais de tout temps la médiation technologique a impacté la culture, la transmission, l’éducation et donc logiquement la formation. Dans une de ces conférences sur le temps et l’espace, Jean-Paul MOIRAUD évoque Phèdre de Platon qui met en garde sur les conséquences de l’avènement de l’écriture1 . Selon lui, cette nouvelle technologie qu’est l’écriture provoquera « l’oubli dans l’esprit de ceux qui apprennent, en leur faisant négliger la mémoire ». On pourrait, au fil de l’histoire, identifier toutes ces inventions qui ont provoqué l’inquiétude, le sentiment de perte de pouvoir du fait de la perte de maîtrise ; par exemple l’imprimerie de Gutenberg, la télévision bien sûr qui devait tuer le livre, l’informatique… Il est également intéressant de noter que nombre de ces inventions ont été détournées de leur fonction initiale au profit d’usages parfois très éloignés. Citons l’exemple célèbre de l’Internet, créé en 1962 à des fins militaires après quelques travaux dans les années 50, dont l’objectif devait permettre de maintenir un réseau de communication fonctionnel en cas d’attaque nucléaire et de destruction d’un ou plusieurs points de ce réseau. L’évolution et le détournement de cette technologie en ont fait ce qu’on sait aujourd’hui. Il convient néanmoins de porter un regard critique sur ces « innovations » dont le rythme de production s’accélère chaque jour un peu plus. Deux risques principaux peuvent être identifiés ; celui du mythe technolâtre d’une part, dans lequel l’outil 1 Mythe de Theut dans Phèdre 274b – 177a nouveau, parce qu’il est nouveau, porterait en soi les réponses toujours recherchées. Le second consiste à adopter la posture inverse : celle du technophobe rejetant par principe l’usage de ces nouveaux outils au motif que « les choses se passaient bien avant, sans eux ». Les responsables de formation et leurs hiérarchies ont donc à se saisir avec distance de cette problématique afin d’orienter de manière pertinente la réalisation des dispositifs de formation. Les dénominations actuelles de l’intégration de ces technologies numériques dans la formation sont nombreuses et porteuses de sens. Certains parleront de FOAD, d’autres utiliseront l’anglicisme « e-learning » ou celui de « blended learning » pour qualifier des formations alternant de la présence et de la distance. Nous préférons le vocable e- formation qui prend également tout son sens dans le distinguo à faire avec les e- ressources2 . On constate finalement que la formation à distance n’est pas une modalité si récente que ça. En effet, on trouve les premières formes d’enseignement à distance, dans l’enseignement par correspondance qui apparaît vers 1830. En France, c’est l’entrée en guerre de 1939 qui fonde la nécessité de mettre en œuvre un enseignement à distance de manière provisoire : le CNED est né3 . Les années 20 voient se développer les projets de radio, les années 30 les premiers programmes à la télévision 2 CNED. L’histoire du CNED depuis 1939. Ministère de l’éducation nationale, 2008.
  • 13. 13 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation française. Les années 1970 voient émerger les projets de programmes éducatifs à la télévision. Dans le champ de la formation, on peut se référer aux travaux de l’OFRATEME sur la radio télévision scolaire et au vaste programme de formation des instituteurs des années 1950 par le biais de la radio télévision. Ce dernier est un des premiers projets lourds qui alliait déjà des temps synchrones et asynchrones (écoute en direct et préparation en amont), une approche multi-supports (diffusion radio, outillage sur livret pédagogique et disque 33t) et un dispositif multimodal (intégration de cette séquence dans un processus de cours, travail autonome des élèves, écoute collective, reprise par le maître). Nous le voyons dans ces quelques exemples, la route est tracée depuis longtemps et ce que nous croyons parfois inventer, a souvent fait l’objet d’expériment ations antérieures. L’avènement de la micro-informatique individuelle et l’explosion du web en formation La société civile intègre très tôt ces nouveaux médias au cœur de la stratégie nationale. C’est ainsi que dès les années 1960, l’importance de disposer et de maîtriser les technologies numériques s’impose. Le général de Gaulle va ainsi lancer en 1967 le plan calcul4 permettant à la France de disposer de l’autonomie technologique ; là encore à des fins militaires. Au niveau de la formation, 1946 voit l’inscription du droit à la formation professionnelle dans le préambule de la Constitution. 1959 voit la loi Debré sur la promotion sociale qui se traduit notamment 4 INA, ORTF JT 20h du 14/4/1967 par la création des cours du soir. L’esprit de cette loi est que l’effort individuel devrait être récompensé par une promotion. Peu à peu émerge la nécessité de développer des compétences dans ce domaine de pointe qu’est l’informatique. Jean d’ARCY, directeur de l’information audiovisuelle de l’ONU évoque en 1969 la révolution de l’avenir5 : « mettre à la disposition des individus des possibilités de choisir eux-mêmes les images et les sons qu’ils désirent recevoir non seulement pour leur distraction, pour leur éducation, mais encore pour tous les actes pratiques de la vie ». Cette analyse visionnaire et ses développements sur ce qui va devenir Internet posent avec 40 ans d’avance certaines bases actuelles de la e- formation et s’inscrivent résolument déjà dans ce que sera la logique de la stratégie de Lisbonne sur l’économie de la connaissance6 . Dans les années 1970, la création de l’ordinateur individuel accélère le développeme nt de l’informatiqu e et sa généralisatio n auprès du grand public. Au même moment, suite aux mouvements de mai 1968, la loi de 1970 fait entrer la formation professionnelle dans le droit du travail. Cette période marque la fin des 30 glorieuses qui va nécessiter de la part des travailleurs une capacité à s’adapter à un contexte professionnel beaucoup plus mouvant et indécis. La recherche de tous les moyens de formation possible pour se maintenir dans l’emploi va croiser la montée en puissance de l’informatique puis de l’Internet. 5 INA, ORTF Eurêka, La révolution de l’avenir, 12/11/1969 6 Commission Européenne. Stratégie de Lisbonne. http://ec.europa.eu/archives/growthandjobs_2009/in dex_en.htm « mettre à la disposition des individus des possibilités de choisir eux-mêmes les images et les sons qu’ils désirent recevoir non seulement pour leur distraction, pour leur éducation, mais encore pour tous les actes pratiques de la vie ». Jean d’Arcy
  • 14. 14 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation De façon emblématique, on retiendra le plan « Informatique Pour Tous » lancé en 1985 par Laurent Fabius, Premier ministre, dont l’objectif est clairement la modernisation du pays par la formation, de tous les jeunes français, à ces technologies. A cette époque la formation est assurée massivement en présentiel mais on voit la volonté d’intégrer les médias numériques dans les dispositifs existants. C’est ainsi, par le développement des CD-ROM, qu’on voit apparaître des formations plus individualisées et autonomes directement sur le poste de travail de l’apprenant, mais sans autre médiation qu’avec sa machine. Dans les années 2000, grâce à la montée en puissance technique d’Internet, ce même type de formation va investir le web permettant d’éliminer les coûts de mise à jour, de production et de diffusion des CD-ROM. Au vu du taux d’abandon devant les dispositifs d’autoformation non accompagnée, émergent à partir du milieu des années 2000 les formations mixtes avec tutorat. Le tuteur est alors chargé d’assurer une médiation entre apprenant, savoirs et dispositif. L’évolution actuelle s’oriente plutôt vers des dispositifs multimodaux dans le cadre d’un parcours accompagné, au sein duquel l’apprenant interagit avec des pairs, des ressources, des tuteurs, dans le cadre de sa situation professionnelle singulière. On parle donc désormais de dispositif hybride alliant des sessions présentielles et des périodes à distance au sein du même parcours avec des ressources architecturées de manière cohérente pour permettre le parcours de l’apprenant le plus efficient. L’ère du web statique ou web 1.0 Au début du web était le web 1.0 ; un Internet en fort développement, en lien avec celui des infrastructures et du haut débit. Ces ressources étaient déposées sur Internet et chacun pouvait les trouver et se les approprier dans un web que nous qualifierons de « statique ». La réflexion sur la fracture numérique est au cœur de cette période car on devine bien l’importance qu’il y a désormais à disposer de ces compétences transversales dans le monde du travail. Ce web 1.0 est caractérisé par la prégnance des blogs plus ou moins pertinents mais toujours à caractère expositif. Ces médias numériques sont alors un outil au service de la recherche d’information dont les ressources sont convoquées durant les formations présentielles. En terme de formation, force était de constater que la mobilisation de ces outils n’apportait qu’une plus-value limitée au dispositif. Les apprenants, comme les formateurs parfois, ont pu avoir l’illusion d’accéder aisément à la connaissance par la simple mise en contact avec des ressources disponibles. Certains ont même pensé à cette époque que le principal travail résidait dans la création de contenu pédagogique d’une qualité suffisante pour que les apprenants les « digèrent » de manière autonome reléguant souvent au second plan la démarche d’ingénierie pédagogique fondamentale dans l’acte d’apprentissage. Cette vision des choses est encore très présente chez des formateurs « traditionnels » qui souhaitent privilégier toujours un fond de grande qualité au détriment de la forme qu’est la démarche d’ingénierie. L’expérience nous montre que le travail ou l’art du formateur réside dans sa capacité à constituer des ressources et les mettre à disposition dans une démarche cohérente qui fait sens pour l’apprenant. Bien loin du knowledge management, dans cette première partie du web 1.0, l’approche « top down » était la norme ; nombre de ressources disponibles sur Internet était « à la disposition » mais n’envisageait pas la contribution des internautes en tant que pourvoyeurs de savoir. Marquée par l’attitude consommatrice des internautes, cette période a bien vite cédé sa place à celle du web 2.0 que nous connaissons aujourd’hui. L’ère du web dynamique et collaboratif ou web 2.0
  • 15. 15 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Wikipedia, facebook, copains d’avant, viadeo, flick’r, youtube, dailymotion… sont autant d’applications emblématiques du web 2.0 qui portent toutes la même philosophie : passer du consommateur au consom’acteur. L’ère du web dynamique est caractérisée par la participation active de l’internaute qui devient, au travers des sites interactifs, co- constructeur et co-validateur d’un savoir collectif. Le développement du web 2.0 s’est fait en parallèle de l’augmentation exponentielle de l’accès structurel aux réseaux et donc finalement de tout un chacun au haut débit. Cette démocratisation de l’accès au web va de pair avec une révolution copernicienne : l’expert est désormais l’usager dans la singularité de ses compétences quotidiennes mise à disposition du collectif. Ce web voit se développer des communautés d’intérêt et d’apprentissage. Réunies de manière pérenne ou éphémère, ces communautés mettent en commun leurs connaissances, leurs compétences, mutualisent et vérifient les contributions des uns et des autres. Le web 2.0 est un web créatif qui permet à l’internaute de proposer à la communauté un morceau de musique, une photo, une passion, un thème d’actualité, de développer un argumentaire, une controverse et de pouvoir recevoir des contributions et des avis du monde entier. Ce nouvel esprit du web 2.0 l’engage résolument dans la logique du knowledge management et dans les théories développées dans l’industrie japonaise qui promeut la participation de chaque acteur d’un système dans l’amélioration du fonctionnement collectif. Cette évolution du web est une opportunité formidable pour la formation car, bien au- delà de la simple mise à disposition de ressources, au travers des outils, elle permet aux apprenants de devenir réellement acteurs de leur formation. L’intégration de ces nouvelles modalités offre une occasion formidable pour nos écoles de revisiter notre ingénierie « traditionnelle », de réinterroger les pratiques ancrées des équipes de formation, de développer de nouvelles compétences et in fine de rendre un service plus adapté aux usagers. Il est également clair qu’il ne faut pas s’engager dans la e-formation uniquement par effet de mode ou sur la base de l’impulsion d’un formateur passionné. Un organisme de formation qui décide de mobiliser ces nouvelles modalités ne peut s’exonérer de créer et d’assurer un cadre politique clair de déploiement. En effet, si le développement de l’Internet et des outils du web 2.0, des plateformes d’apprentissage en ligne sont des atouts indéniables, les responsables des organismes de formation doivent bien mesurer les évolutions attendues mais aussi les conséquences de l’intégration de cette politique d’établissement. Ainsi, comment s’engager dans ces modalités sans, par exemple, porter un regard sur l’impact évident sur les espaces et les temps de formation. Les outils du web 2.0 sont accessibles en permanence, les plateformes de formation également ; comment alors intégrer cette disponibilité demandée aux apprenants dans les cadres réglementaires ? Inscrit dans les textes en 2007, le droit individuel à la formation7 (DIF) par exemple, prévoit des compensations de rémunération lorsque la formation se tient en dehors du temps de travail. Se pose ainsi en corollaire la question de la quantification du temps de travail demandé en ligne. La question de l’espace de 7 Ministère du travail, de l’emploi et de la santé. http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/informations- pratiques,89/fiches-pratiques,91/formation- professionnelle,118/le-droit-individuel-a-la- formation,1071.html L’ère du web dynamique est caractérisée par la participation active de l’internaute qui devient, au travers des sites interactifs, co-constructeur et co-validateur d’un savoir collectif.
  • 16. 16 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation formation se pose également de façon cruciale : si dans un modèle plus classique, les apprenants étaient réunis dans une salle durant une période donnée, désormais, c’est le poste de travail qui peut devenir un des lieux de la formation. Comment intégrer cette dimension sans léser usagers ni agents ? Comment sensibiliser le supérieur de proximité à ces nouvelles formes de formation ? Mobiliser des outils du web 2.0 nécessite également de porter une réflexion sur les applications choisies, le droit qui s’applique à elles (facebook et twitter sont régis par le droit Californien par exemple), les données personnelles des apprenants… On voit donc aisément sur ces trois simples exemples que le recours à la e-formation ne peut se faire dans l’improvisation. Une réelle politique, une réelle stratégie d’établissement doit être pensée et portée par la direction. En effet, après la volonté politique, ces questions liées à l’ingénierie et à son efficience impliquent d’accompagner formateurs comme apprenants dans la prise en main de ces nouvelles pratiques. Cette orientation qui va nécessiter un plan de formation interne, qui peut être des recours à des prestations externes, va obliger les services à réinterroger les modalités administratives de convocation… Autant de questions à traiter en aval de la décision pour favoriser une intégration pertinente de la e- formation. C’est pourquoi en fin de ce document nous vous proposons une modalité concrète pour interroger tous ces aspects au sein de votre école. Finalement, attention à ne pas succomber à la tentation de la nouveauté. Il convient toujours de garder un regard critique et distancié sur les produits proposés et leurs coûts au regard de leur efficience. Malgré une communication souvent efficace, il n’est ainsi pas évident que le serious game le plus onéreux du marché soit la réponse la plus adaptée à votre besoin. De même, « il serait dangereux de penser que tous les apprenants connaissent, utilisent, maîtrisent les technologies numériques sous prétexte que l’Internet semble s’être démocratisé ». Là encore, il est nécessaire que les formateurs, véritables passeurs culturels8 , accompagnent les apprenants dans la maîtrise de ces outils indispensables désormais dans les contextes professionnels et l’employabilité. Et demain ? Les orientations à venir nous amènent vers le web 3.0 ou web sémantique. Désormais le téléphone portable est le terminal présent dans toutes les poches. Cette période sera caractérisée par le nomadisme et l’individualisation de la formation. Ces terminaux mobiles réagiront et interagiront avec des objets du monde réel. On peut déjà le constater dans la visite de certains monuments historiques durant laquelle le téléphone ou la tablette réagit au fur et à mesure de la visite. Cette réalité augmentée va tendre à se développer. Que dire également de la géolocalisation ou du profilage publicitaire des messages reçus sur les smartphones ? La formation va donc devoir intégrer ces dimensions et aider les apprenants à maîtriser ces technologies qui sont désormais discriminantes dans l’accès à l’emploi. Là encore, la e-formation, par les modalités qu’elle promeut, permet à l’apprenant de développer ces « méta » compétences professionnelles dans le cadre d’un dispositif didactisé et sécurisé. Il semble intéressant d’analyser l’intégration de ces nouvelles modalités au vu des trois caractéristiques de la professionnalisation présentées par Richard WITTORSKI9 . 8 LARDELLIER, Pascal. Le Pouce et la Souris. Enquête sur les pratiques numériques des ados. Fayard, 2005 9 WITTORSKI, Richard. Les rapports entre professionnalisation et formation (édito). Vol. 188, 5 pages. Education permanente, 2011. Le recours à la e-formation ne peut se faire dans l’improvisation. Une réelle politique, une réelle stratégie d’établissement doit être pensée et portée par la direction.
  • 17. 17 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Selon lui, cette professionnalisation permet la « constitution de professions », « la mise en mouvement d’individus dans des contextes de travail flexibles » et « la fabrication d’un professionnel par la formation ». L’acculturation nécessaire au dispositif, les travaux collaboratifs engagés, les relations nouées entre apprenants et avec les tuteurs développent également des compétences transversales connexes mobilisables dans le contexte professionnel. C’est donc bien aussi l’employabilité et la reconnaissance professionnelle par la formation qui peut tirer profit de ces dispositifs hybrides. En conclusion provisoire, nous pourrions citer Marcel LEBRUN qui dit que « Les technologies ont de tout temps fasciné les hommes, les actuelles sont encore plus attrayantes et porteuses d’espoir. Utilisées sans imagination, le risque est grand aussi qu’elles fossilisent nos pratiques pédagogiques. Sans y prendre garde, c’est à un véritable désert pédagogique que le mirage technologique risque de nous conduire.10 ». « La question centrale qui se pose donc au responsable de formation n’est pas tant celle de la technologie mais bien celle de l’intégration de ces outils techniques dans une démarche cohérente au service de la réalisation d’un scénario pédagogique adapté ». Renier ces outils technologiques, c’est également prendre le risque que les apprenants les mobilisent en parallèle de l’action de formation mais cette fois, sans aucun contrôle de la part de responsables de formation. L’enjeu est également fort de proposer des actions de formation en phase avec la société actuelle. Dans une optique de professionnalisation, le recours aux modalités hybrides revêt un intérêt certain. La mise en œuvre d’un dispositif place 10 LEBRUN, Marcel. Comment construire un dispositif de formation. De Boeck, 2011. l’apprenant dans une logique de continuum de formation qui lie des temps et des espaces difficilement conciliables autrement. La situation professionnelle peut ainsi être mobilisée au sein du dispositif et relayée localement ou à distance par le tuteur. Ce rapprochement doit permettre à l’apprenant d’opérer les transferts nécessaires et développer des compétences réelles. Par effet collatéral, le déploiement d’un dispositif de e-formation impose de repenser les schémas traditionnels de formation. L’ensemble de ces outils doit donc être au service des apprenants dans une ingénierie renouvelée qui place le sujet apprenant au cœur du processus d'apprentissage et d'élévation de ses compétences. « il serait dangereux de penser que tous les apprenants connaissent, utilisent, maîtrisent les technologies numériques sous prétexte que l’Internet semble s’être démocratisé ». Pascal Lardellier
  • 18. 18 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
  • 19. 19 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation FICHES THEMATIQUES Propos liminaires Avant de commencer la lecture des fiches pratiques Pour une bonne compréhension de ce guide méthodologique, il convient d’intégrer que la notion de « e-formation », retenue par le groupe de travail, est un dispositif mixte combinant des modalités de formation en présence et à distance, articulées entre elles de manière cohérente et complémentaire. La part entre présence et distance peut varier d’un dispositif à l’autre.
  • 20. 20 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Appréhender la distinction et la complémentarité entre formation présentielle et formation distantielle On entend souvent plusieurs termes sous le vocable de formation à distance : e-formation ou e-learning, FOAD, apprentissage en ligne, cyber apprentissage, enseignement assisté par ordinateur (EAO), autoformation et plus récemment serious game… On constate aussi que chacun a en tête une représentation implicite et souvent floue de cette modalité d’apprentissage qui renvoie à des notions d’individualisation, d’innovation, de TIC. Un constat : une multitude de définitions et de représentations Au-delà de toute prétention normative, il est souhaitable de préciser les termes que nous serons amenés à utiliser notamment quand nous parlerons d’e-formation. Même si ce tableau schématise grossièrement les dispositifs évoqués, c’est une étape préalable avant d’appréhender les différences, similitudes et la complémentarité entre formations en présence et à distance. Formation en présentiel Formation en distantiel Formation mixte Définition Présence physique du formateur et des apprenants en un seul lieu Programme de formation accessible via Internet ou Intranet, plus ou moins textuel, audio et/ou visuel, interactif et de préférence accompagné par un tuteur. La formation peut se faire : - en synchrone11 (pas de contrainte de lieu mais contrainte de temps) - ou asynchrone12 : pas de contrainte de lieu ni de temps - ou bien elle peut combiner des séquences synchrones et des séquences asynchrones. Alternance de regroupements en présentiel, de travail personnel à distance, de stages pratiques. Sigle ou acronyme Face à face pédagogique FOAD, e-formation Hybride, multimodale, « Blended learning » Avantages Encouragements ; Taux d’abandon faible ; Réponses immédiate aux questions ; Dynamique de groupe et soutien mutuel. Réduction, voire absence de déplacement (gain de temps, réduction des coûts de transport); Flexibilité (chacun peut travailler à son rythme, quand il le souhaite et d’où il veut) ; Ressources disponibles en permanence ; Possibilité d’apprendre en faisant des erreurs. On cumule les avantages du présentiel (dynamique de groupe, présence du formateur) et du distanciel (ressources disponibles en permanence, flexibilité) 11 Mode synchrone : l’action de formation se situe en temps réel entre le formateur et le formé. Comme dans un face à face pédagogique, la distance en plus. Celle-ci est compensée par l’outil : la visioconférence en est l’expression la plus connue et la plus aboutie actuellement. 12 Mode asynchrone : l’action de formation se situe en temps différé. Le temps écoulé permet un travail de correction, de réponses et d’échanges. Les forums de discussion constituent un mode de travail asynchrone en ce sens qu’il est successif.
  • 21. 21 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Formation en présentiel Formation en distantiel Formation mixte Inconvénients Prix élevé ; Le temps est imposé et identique pour tous. Un taux d’abandon plus élevé lié au manque de contact « humain » ; La difficulté de l’apprentissage autonome ; Les difficultés à maîtriser une méthode de travail inconnue. Le prix car on cumule aussi le coût du présentiel et le coût de développement pour les modules proposés en distanciel. La mise en œuvre de la formation est aussi plus lourde, plus longue, plus complexe. Intérêt des modalités d’apprentissage variées Créer cette dichotomie entre formation en présentiel et à distance devient difficile avec l’utilisation des nouvelles technologies qui sont de plus en plus présentes en formation. Les outils du web, s’ils sont « accompagnés » permettent de trouver des solutions intermédiaires entre présence et distance. Un stagiaire peut se sentir « isolé en salle » avec un formateur qui ne fait que transmettre de l’information comme être très « actif à distance » en échangeant avec un formateur, un tuteur et en produisant au sein d’un groupe de travail dans un univers virtuel. De même, la présence d’un formateur dans un lieu déterminé, qui va répondre à des questions, rassurer sera plus bénéfique à l’apprenant que de rester isolé devant son écran. Il existe une multitude de dispositifs et de manière de diversifier la formation. Une frontière de plus en plus floue entre formation en présentielle et distantielle Jusqu’en 1995, le modèle d’apprentissage était la formation en salle dite « traditionnelle ». Jusqu’en 2010, avec l’explosion d’Internet, on a beaucoup parlé de la formation à distance mais le plus souvent comme si l’une s’opposait à l’autre : d’un côté la formation en salle et de l’autre la formation à distance avec des modules autonomes, sans toujours de véritable cohérence. Les retours d’expériences et la montée en puissance de l’utilisation des outils de communication du Web2 (développement de l’interactivité, des réseaux sociaux, des outils de travail partagé comme les Wikis…) font que l’on développe maintenant de plus en plus des formations multimodales dites « hybrides ». Les formateurs ont la possibilité de mettre en ligne des supports pédagogiques multimédias (séquences audio, vidéos, animations, schémas). Cette combinaison de supports variés permet de respecter les styles d’apprentissage de chacun et de solliciter l’apprenant à plusieurs niveaux (le fameux duo « cerveau gauche / cerveau droit »). Ces formations « hybrides » gagnent à être conçues et animées comme un ensemble homogène d’activités d’apprentissages se renforçant entre elles dans le cadre d’un projet pédagogique. La e-formation apporte sa contribution à cette démarche innovante et sera d’autant plus efficace si les acquis de l’apprentissage à distance s’intègrent dans un projet pédagogique global et si l’apprenant met en œuvre rapidement ses acquis dans un contexte professionnel. Elle requiert une modification des techniques de conception et d’animation de la formation. Le formateur garantit la progression des apprenants en s’appuyant sur les différentes modalités dont il dispose. La e-formation, élément du parcours de formation Certains acteurs de la formation resteront toujours récalcitrants envers la dimension « ouverte » de la formation, une large autonomie donnée à l’apprenant au sein du parcours de formation. Il est cependant possible d’augmenter le nombre d’apprenants en prévoyant des formations ou accompagnements supplémentaires ou en combinant la e-formation avec d’autres méthodologies.
  • 22. 22 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation On peut citer certains usages de cette combinatoire : ■ En amont du présentiel pour : - veiller à ce que tous les apprenants aient le même niveau lors du début du cours en salle ; - permettre aux apprenants de préparer de façon autonome et à leur rythme la prochaine activité planifiée ; - apporter des éléments théoriques qui peuvent être suivis d’un moment de mise en pratique ; - introduire une séance expliquant aux apprenants le fonctionnement du cours et ce qu’ils peuvent en attendre. ■ Après le présentiel pour : - accompagner et approfondir le présentiel ; - réactualiser des connaissances en fonction des nouvelles circonstances ; - apporter une solution à un problème grâce au rapport flexible entre la théorie et la pratique. Les similitudes des formations en présence et à distance Pour parvenir au développement réussi de la e-formation, les qualités et les principes essentiels à toute formation demeurent : - les principes pédagogiques ; - l’importance de la qualité et de l’intérêt des contenus ; - l’attitude des formateurs ; - les résultats des stagiaires. Ces éléments sont de nature à influencer directement les résultats des stagiaires. Focus  Ecole nationale de protection judiciaire de la jeunesse (ENPJJ) L’ENPJJ assure la formation statutaire des directeurs de service consistant à 2 années en alternance, suivies de 20 jours de formation continue obligatoire sur 2 ans après prise de fonction. Ces 20 journées de formation seraient construites selon un modèle hybride. L’intérêt premier de ce modèle est d’être proposé au moment où les directeurs sont mis en responsabilité, leur permettant de se référer en permanence à des situations professionnelles vécues. Mise en place du dispositif à compter de la rentrée 2014. Quelles étapes ? Dans une 1ère période (2ème semestre 2013), l’ENPJJ expérimentera le dispositif en traitant 2 objets : l’hygiène et la sécurité ; le management.
  • 23. 23 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Dans une 2ème période (année 2014), le dispositif sera étendu à l’ensemble des thèmes en prenant en compte la disponibilité effective des directeurs dès leur prise effective de fonction, en tenant compte des diverses sollicitations institutionnelles (évolutions règlementaires et organisationnelles) et de formation (de la part des plates-formes locales et de leurs directions interrégionales d’appartenance). Où en êtes-vous de ce projet ? Actuellement, l’ENPJJ assure la rédaction de ce projet de formation, identifiant les différentes questions à traiter pour sa mise en œuvre : - élaboration du projet de formation ; - sensibilisation des acteurs concernés (agents + hiérarchie) ; - évaluation des moyens humains, logistiques, matériels, financiers nécessaires pour chaque ; - période.  Ecole nationale supérieure de police (ENSP) Distinction et complémentarité entre formation en présentiel et en distanciel sont à la charnière de la période que connait actuellement l’ENSP. L’Ecole Nationale Supérieure de la Police utilise, depuis 2004 pour la formation des commissaires de police, une plateforme pédagogique (SPIRAL) en eRessources. Les enseignants y déposent des documents à l’attention des apprenants. Ces documents sont, pour l’essentiel, des cours ou parties de cours présentés sous forme d’écrits. Ils accompagnent, de façon traditionnelle, l’enseignement dispensé en amphithéâtre. Depuis le 1er janvier 2013, l’ENSP regroupe, sous une même entité administrative, deux structures de formations distantes de 450 km. Elle a pour mission de mutualiser une partie des enseignements dispensés sur les deux sites. Pour des raisons de maîtrise des coûts, mais également de qualité de la formation offerte actuellement par les technologies numériques, l’e-formation est la solution qui permet assurément d’atteindre cet objectif de mutualisation. En formation initiale, l’école est plus particulièrement intéressée par une pédagogie de type « hybride » (ou blended learning). La partie purement cognitive devant être mise préalablement en ligne, l’enseignant (professionnel issu du terrain) aura ainsi toute latitude, lors d’interventions en présentiel, pour guider l’apprenant en direction des réalités opérationnelles, tout en facilitant le développement de capacités et compétences. Dans le cadre d’une très prochaine adaptation de la durée de formation des personnels promus dans le corps supérieur, une réduction de la durée de leur formation est demandée. Le « blended learning » autorisera une mise à niveau de cette catégorie d’apprenants avant leurs rassemblements en présentiel, notamment avec leurs collègues issus des autres recrutements. Ainsi, l’hétérogénéité de nos publics de formés pourra-t-elle être prise en compte sous le seul angle de la richesse de la diversité et non plus sous l’aspect de la difficulté à homogénéiser des publics de formés. Grâce au maintien, le plus longtemps possible, du futur promu dans son service d’origine avant sa formation en présentiel, une économie substantielle sera dégagée par le service public. Dans le domaine de la formation continue, vu la faible disponibilité des cadres policiers pour se former hors lieu de travail, ce sont les « classes virtuelles » qui devraient permettre de continuer à atteindre les objectifs pédagogiques. Elles autoriseront, en même temps, une forte réduction des coûts de formation. Le présent guide constituera pour nous un atout essentiel au moment où, à notre tour, nous allons nous engager dans l’e-formation.
  • 24. 24 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation  Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB) A l’enssib, formations présentielle, distancielle et mixte sont véritablement intégrées comme étant trois modalités de la formation continue qui entrent en complémentarité avec l’offre de stage globale. La formation présentielle représente bien entendu notre cœur de métier « historique » avec des moyens humains (équipe enseignante, chercheurs, professionnels des bibliothèques, personnel administratif, …), matériels (salles de cours, équipement…) et organisationnels rompus à l’exercice. L’offre présentielle compte une soixantaine de modules de stage, autour de quatre axes thématiques : l’établissement et son management, la bibliothèque et son public, collections et politiques documentaires, technologies de l’information et de la communication. Le distanciel, dès ses origines à l’enssib en 2008, a été envisagé à la fois comme une opportunité pour élargir l’offre de stages et également pour toucher un public plus large, vivement intéressé par cette modalité. L’approche de départ a consisté à mettre sur pied des stages très complets, visant à explorer une thématique dans sa globalité. L’ambition était alors de reproduire les conditions du présentiel, à distance : tour de table via un chat, classes virtuelles (synchrone), etc. Le distanciel nous permettait en outre de déployer de nouvelles approches pédagogiques. Ainsi, l’apprentissage par l’exercice est devenu l’un des moteurs de nos stages à distance. L’orientation est désormais de proposer des stages plus courts, appelés focus, traitant de points thématiques plus précis. Nous avons conservé les activités d’échanges principalement au travers de forums et renforçons l’interactivité des ressources pédagogiques. A terme, l’idée sera de proposer des parcours thématiques, combinant plusieurs focus autour d’un thème donné. Cette année 2013 voit quant à elle la mise au catalogue de deux stages mixtes, autour de la formation des usagers. Il est intéressant d’observer que ces deux stages, confiés à deux responsables scientifiques différents, prennent des tournures inverses : ainsi, l’un considère le distanciel comme une occasion pour le responsable scientifique de s’affranchir de la partie théorique du stage. Cela permet ainsi de consacrer le temps présentiel aux ateliers pratiques. Dans ce premier cas, le distanciel est donc prévu en amont du présentiel. Pour l’autre stage, le responsable scientifique a préféré conserver les aspects théoriques en présentiel, pour s’assurer une bonne compréhension du groupe, avant de s’appuyer sur le distanciel pour les travaux pratiques (en l’occurrence, création d’un blog, d’un compte sur un réseau social, …). Le stage se termine avec une dernière séance présentielle, envisagée comme un temps de regroupement, à l’occasion duquel les participants pourront échanger entre eux, et avec le responsable scientifique, sur leurs travaux effectués en distanciel. La raison principale de notre ouverture à cette troisième modalité de formation réside fondamentalement dans l’intérêt pédagogique qu’offre la formation mixte : dynamique de groupe, diversification des méthodes pédagogiques, etc. Ce vif intérêt a pu prendre corps car nous disposions, en interne, des moyens qui nous le permettaient : une expérience de longue date dans le présentiel d’une part et les moyens humains et techniques de la formation à distance d’autre part. Il ne restait plus qu’à faire converger les atouts de chaque modalité pour donner naissance aux stages mixtes.  Eléments à retenir :  La notion de « e-formation » recouvre un dispositif combinant des modalités de formation en présentiel et à distance. La part entre présence et distance peut varier d’un dispositif à l’autre.  L’e-formation peut intervenir en amont et en aval des activités présentielles.  Les activités présentielles et distancielles doivent être pensées dans un tout et une logique d’ensemble cohérente.
  • 25. 25 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
  • 26. 26 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Situer e-formation et e-ressources Il est parfois fait une confusion entre « e-ressources » et « e-formation ». Pourtant, il s’agit de deux objets bien différents. Il est donc important de bien les distinguer pour ne pas générer de confusion et d’incompréhension. Il est également important de ne pas les opposer car e-ressources et e-formation sont complémentaires Les e-ressources : un accès aux connaissances L’essor d’Internet et des moteurs de recherche au cours des dix dernières années a profondément modifié l’accès aux savoirs qui s’est démocratisé. Aujourd’hui, dès lors qu’on a une interrogation, le premier réflexe est de rechercher la réponse sur Internet via un moteur de recherche. Cette tendance est encore accentuée avec le développement de l’Internet mobile à travers les smartphones et les tablettes tactiles. Face à cette évolution technologique, de nombreux sites internet de partage ou de co- construction de savoirs se sont développés. L’exemple le plus emblématique et qui vient à l’esprit est wikipedia. Différentes structures du Réseau des écoles du service public (RESP) se sont également engagées dans cette voie. Les e-ressources produites ont pour principal but de répondre à un besoin d’information et doivent répondre aux caractéristiques suivantes : Formats des ressources - Si les ressources produites sont généralement des ressources textuelles, on constate que d’autres formats de documents se développent actuellement fortement : photos, audio, vidéos. Ordonnancement des ressources - Dans la logique « e-ressources », les documents sont mis à disposition de l’internaute, de façon plus ou moins ordonnée, qui peut les consulter librement en fonction de ses attentes. Cette consultation repose généralement sur l’utilisation d’un moteur de recherche puissant. Accès aux ressources - En fonction de la volonté de la structure d’avoir un accès plus ou moins ouvert à l’accès aux savoirs, les e-ressources pourront être rendues accessibles librement ou sur inscription préalable. En cas d’inscription préalable, deux options peuvent être envisagées. Dans un cas, tous les internautes peuvent accéder aux ressources, l’inscription vise simplement à avoir une trace des personnes qui se connectent. Dans l’autre cas, seul est autorisé à se connecter un nombre réduit de personnes, par exemple les stagiaires en formation. Il est à noter que l’inscription préalable peut générer une charge de gestion administrative supplémentaire plus ou moins lourde. Avoir une démarche active en matière d’e-ressources impose de veiller au respect de quelques règles : Qualité des ressources - Sur internet, on trouve des sites avec des informations plus ou moins fiables. Dès lors que l’on souhaite s’engager dans ce type de démarche, il est important d’être vigilant sur la qualité des ressources. Cela impose un travail important sur le fond et la forme des documents produits. Sur le fond, il est nécessaire d’avoir des auteurs qui présentent toujours la problématique de façon complète, objective et neutre. Par ailleurs, cela doit conduire à s’interroger sur la pertinence de mettre en place une démarche de type « wiki » pour produire ces documents. Sur la forme, il est indispensable d’avoir un langage et une syntaxe simple, compréhensible par le plus grand nombre. Il est aussi
  • 27. 27 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation nécessaire, pour que l’internaute qui consulte régulièrement le site s’y retrouve, que l’ensemble des documents présente une certaine homogénéité graphique. Actualisation des ressources - Dans la mise en place d’un projet « e-ressources », l’un des points les plus délicats est l’actualisation des documents. En effet, s’il est relativement simple de produire, à un instant T, un document à jour, il est plus difficile de s’assurer qu’il sera actualisé. Cela impose, en lien avec les auteurs des documents, de mettre en place un dispositif de veille pour que les ressources soient réactualisées régulièrement. La e-formation : une action de formation Un dispositif d’e-formation constitue une véritable action de formation, à l’image d’un stage en présentiel. A ce titre, le dispositif d’e-formation va combiner et organiser ces ressources au sein d’un scénario pédagogique visant à atteindre des objectifs d’apprentissage pour les stagiaires. Il permet aussi souvent aux apprenants de bénéficier en plus d’un accompagnement plus important sous forme d’un tutorat qui peut-être collectif ou individuel, synchrone ou asynchrone. Aucune confusion n’est donc possible avec des e-ressources. E-ressources / e-formation : des actions complémentaires Entre une démarche d’e-ressources et la réalisation de dispositif d’e-formation, une approche complémentaire doit être privilégiée afin d’éviter une production en doublon de documents. Cela signifie qu’il faut prévoir que les documents produits dans le cadre des « e-ressources » puissent servir de ressources pédagogiques pour les dispositifs d’e-formation. En terme d’organisation, un lien doit donc exister entre les équipes qui produisent les e-ressources et celles qui conçoivent les dispositifs d’e-formation. Au-delà des économies financières faites, une telle démarche permet, sur le fond, d’avoir une cohérence dans les informations portées à la connaissance des internautes et les stagiaires. Focus  Ministère de l’intérieur – secrétariat général - sous-direction du recrutement et de la formation Différents niveaux de modules de formation à distance sont à distinguer. Les contenus peuvent être sur des supports différents (simple documentation, vidéo, quizz,…), et avoir une orientation différente (sensibilisation, information, évaluation,…). Les modules de formation à distance peuvent en conséquence être classés selon différents niveaux : Niveau 1 : il s’agit d’un accès à des e-ressources, ce qui signifie que l’apprenant accède à de la documentation mise en ligne sur un thème en particulier, à un fonds documentaire constitué de fiches, de mémentos. Exemple : veille juridique en matière de marchés publics avec la constitution de fiches sur les procédures et les seuils afférents, sur la publicité à effectuer… Niveau 2 : l’apprenant a toujours accès à de la e-ressource, à de l’information. Cependant, les médias proposés sont plus diversifiés. Aux textes peuvent s’ajouter des vidéos, des images, des liens. Exemple : conférence sur les méthodes de diagnostic territorial mise en ligne. Niveau 3 : l’offre proposée en ligne est de la e-formation, les différents éléments sont reliés par un scenario pédagogique au cours duquel la vérification des connaissances est effectuée par des quizz, lesquels peuvent conditionner l’accès à la suite du parcours de formation. Exemple : pour une formation sur un logiciel d’expression des besoins, un quizz de test des connaissances peut conditionner le passage des cours et exercices proposés aux apprenants, aux cours et exercices relatifs à chaque fonctionnalité de l’outil.
  • 28. 28 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Niveau 4 : il s’agit de e-formation qui combine à la fois des séances en présentiel (formation en salle avec la présence du formateur) et à distance (formation accessible sur une plateforme dématérialisée), ce qui est appelée formation combinée, hybride ou blended learning en raison de la mixité du parcours de formation présentiel et à distance. Exemple : les apprenants suivent un premier module en salle avec un formateur sur la mise en œuvre d’un nouvel outil. Pour se perfectionner sur cet outil, une autre session est programmée quelques mois plus tard en présentiel. Pendant la période entre les deux sessions de formation, les documents supports de la formation peuvent être consultés par les stagiaires et des exercices de révision, d’entraînement sont proposés aux agents afin qu’ils ne perdent pas les acquis de la session d’initiation. Des éléments sur la seconde session peuvent également être mis à disposition afin de permettre aux apprenants de préparer la prochaine session.  Eléments à retenir :  Des ressources, à elles seules, ne constituent pas une action de formation. Elles sont purement informatives.  Le dispositif de « e-formation » va combiner et organiser ces ressources au sein d’un scénario pédagogique visant à atteindre des objectifs d’apprentissage pour les stagiaires. Il s’agit alors d’une réelle dynamique de formation.
  • 29. 29 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Définir des critères de choix pour savoir s'il convient de réaliser un dispositif d'e-formation Avant de mettre en œuvre un projet de e-formation, il est important de définir le dispositif dans lequel il doit s'inscrire. L'objectif de cette première phase est de clarifier le projet et de mettre en évidence les dispositions (contraintes) organisationnelles qui en découlent. Il s'agit également, et surtout, de s'assurer que, pour le sujet proposé, la démarche d'e-formation constitue bien la méthode d'apprentissage la plus adaptée. Les résultats attendus de cette étude préalable (cf. Note d'aide à la décision) doivent permettre d'identifier, notamment, les éléments suivants : • les acteurs nécessaires pour donner une réalité à ce projet (conception, production et mise en œuvre des contenus) ; • le public cible (volume d'apprenants, répartition géographique, nature, niveau d’autonomie et de maitrise de l’outil informatique…) ; • les objectifs à atteindre (objectifs stratégiques et objectifs de formation) ; • l'adéquation entre ces objectifs et les attentes exprimées (ou pressenties) par les apprenants ; • la répartition présentielle / distancielle envisagée ; • les moyens techniques requis (réseau, poste de travail, outils collaboratifs...) ; • les contraintes budgétaires afférentes ; • la date de mise en production envisagée (à opposer aux délais prévisibles de réalisation) ; • les modalités de mise à jour, le rythme d'actualisation prévisible. Focus  Centre nationale de la fonction publique territoriale (CNFPT) Dans le cadre du développement de son offre de e-formation, le CNFPT a mis en place une fiche projet que l'ensemble des structures déconcentrées de l'établissement doivent remplir dès lors qu'elles veulent réaliser un dispositif de e-formation. Cette fiche projet comprend les rubriques suivantes : responsable de la demande, intitulé du projet, enjeux internes et externes, origine de la demande, niveau d’intégration dans l’offre de l’établissement, public visé, description du projet, modalités d’apprentissage souhaitées, durée estimée, acteurs du projet, développement/ partenariat, ressources pédagogiques, niveau de mise en œuvre envisagée, planification du projet et estimation budgétaire. L'instauration d'un tel document permet de faire remonter, de façon coordonnée, l'ensemble des projets formulés par les structures et de s’assurer qu’ils s’inscrivent bien dans les orientations « e-formation : e-ressources » définies au niveau national. Ce document fait l'objet d'un examen au niveau national, notamment dans le cadre d'un comité « e-formation ». En cas de validation du projet, il est alors demandé, à la structure qui a proposé le dispositif, d'établir un cahier des charges plus précis.  Eléments à retenir :  La réalisation de dispositifs de e-formation doit s’inscrire dans la stratégie de l’offre de formation de l’école.  Nécessité de réaliser une étude préalable selon des critères définis qui peut prendre la forme d’une « note d’opportunité » suivie d’une « étude de faisabilité ».
  • 30. 30 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Inscrire le dispositif dans le cadre d'une démarche projet La conception et le déploiement de la formation en ligne requièrent des compétences spécifiques qui peuvent être satisfaites soit en interne (développement de compétences ou recrutement) soit en externe. Il convient de porter une attention toute particulière aux compétences en ingénierie pédagogique qui permettront de constituer le cœur du dispositif de formation. Les compétences peuvent être disséminées dans les services. Chaque module de e- formation devant être réalisé en mode projet, il est nécessaire de mobiliser, en organisation matricielle, toutes les ressources afin de proposer des contenus de qualité dans le respect des coûts et des délais. Une convention peut être établie afin de répartir et de définir les rôles et les contributions entre les différentes structures en charge du développement et du pilotage des projets, de la pédagogie et du système d’information. Une démarche annualisée Le développement d’un dispositif peut nécessiter un laps de temps qui s’évalue en mois, de l’expression du besoin formalisé dans un cahier des charges à sa mise en œuvre effective. Il s’avère donc nécessaire : - de centraliser les besoins de formation ; - d’établir des choix en fonction des priorités ; - de planifier le développement des actions de formation qui intégreront une « approche hybride ». Le nombre de dispositifs de e-formation pouvant être développés est déterminé par la capacité de production de contenus en interne et peut être abondé en cas d’externalisation des projets. Un cahier des charges Le cahier des charges est le document de référence rédigé sur des critères, d’une part pédagogiques et d’autre part techniques. L’ensemble de ces critères doit être partagé par toutes les parties prenantes du projet. Il fonde les relations entre le prescripteur du dispositif de e-formation et le prestataire. La réalisation des contenus pouvant être confiée à un prestataire externe, le cahier des charges est le document qui permet de dialoguer et de négocier avec celui-ci, en particulier s’il faut recourir à une procédure de marché public. Le cahier des clauses techniques particulières comprend d’une part le cadre de cohérence technique définissant les caractéristiques techniques que doit intégrer la ressource pédagogique afin de permettre une mise en ligne optimale et d’autre part l’architecture que doit respecter tout contenu du point de vue graphisme, ergonomie et pédagogie.
  • 31. 31 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Une équipe projet Le développement d’un dispositif de e-formation puis son déploiement requièrent des compétences liées à la matière à enseigner mais aussi à la création de contenus (construction pédagogique particulière, scénarisation, maîtrise de logiciels de conception multimédia) ainsi qu’à la gestion de la plate-forme de e-formation (administration des groupes, gestion des fonctionnalités associées). A ce titre, il nécessite d’être organisé, coordonné et suivi. Afin de garantir un suivi efficace et de permettre au prescripteur d’avoir des correspondants bien identifiés au sein des différentes structures intervenantes lors du cycle complet du développement d’un dispositif de e-formation, une organisation en mode « projet » est un élément indispensable de réussite. L’équipe projet « idéale » (qui mobilise toutes les compétences nécessaires) en vue du développement d’un dispositif de e-formation comprend : - un chef de projet ; - un expert « contenus » ; - un scénariste ; - un médiatiseur ; - un infographiste (facultatif) ; - un administrateur de la plate-forme. Certains membres de cette équipe peuvent, bien entendu, cumuler plusieurs domaines de compétences. En fonction de l’ampleur du projet ou d’un besoin particulier identifié, il peut être fait appel à d’autres compétences de manière ponctuelle. Toutefois, la problématique posée, qui constitue aujourd’hui le principal frein au développement de ces modalités de formation, réside dans la difficulté du transfert du savoir des experts dans les contenus pédagogiques médiatisés. Ainsi, les contenus de formation mis en ligne doivent bénéficier d’un enrichissement pédagogique. Le stagiaire doit pouvoir disposer du matériel technique lui permettant d’accéder de façon optimale aux produits pédagogiques qui lui sont proposés. La configuration de l’équipement nécessaire est variable selon les types d’actions proposées (e- formation aux langues, bureautique par exemple). Il convient de disposer, au minimum, d’un ordinateur connecté et d’une adresse mél individuelle. L’accès à internet doit le cas échéant être prévu pour accéder à une plate-forme. Dans le cadre de cette démarche, les services informatiques doivent être associés pour intégrer cette activité dans leur plan de charges.
  • 32. 32 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Focus  Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (INTEFP) Lorsque fin 2010 la Direction des études de l’INTEFP a décidé de revisiter la préparation concours interne catégorie B des agents du ministère du travail en y intégrant la dimension « e-formation », c’est : - la multiplicité des acteurs (plusieurs responsables de projet de formation, un réseau de formateurs pour la conception, mais aussi pour l’animation, un consultant pédagogique externe, un chef de projet e-formation, un prestataire technique pour la médiatisation des contenus, un technicien audio visuel …) ; - la variété et la richesse de l’existant mais aussi la complexité d’une innovation pédagogique qui était loin d’être évidente pour tous les acteurs qui ont rendu cette démarche projet plus que nécessaire. Dès le départ, identification du projet avec feuille de route (définition du rôle de chacun, échéancier, budget, résultats attendus…), rédaction de plusieurs cahiers des charges (pour le consultant pédagogique, pour les formateurs, pour la partie technique). Tout au long du projet, beaucoup de communication et d’échanges interviennent entre les différents acteurs impliqués, ces travaux étant, animés par une responsable de projet « prépa concours » bien identifiée. Cette démarche a permis, au bout d’un an, de mixer plusieurs séquences de formations en salle avec 9 modules en ligne. Cette nouvelle modalité d’apprentissage a été proposée pour la 1ère fois fin 2011 et 87,3% des stagiaires évalués en mai 2012 ont jugé avoir progressé sur la méthodologie aux épreuves écrites à l’aide des nouveaux modules proposés.  Eléments à retenir :  La démarche projet impose que toutes les compétences (pédagogique, technique, organisationnelle, etc.) soient associées dès le lancement du projet.  Bien évaluer les délais de réalisation et les planifier compte-tenu de la complexité et de la transversalité du projet.  Avoir un chef de projet clairement identifié pour porter le projet.
  • 33. 33 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
  • 34. 34 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Bâtir le scénario pédagogique du dispositif La construction d’une action de formation, qu’elle soit présentielle ou hybride, débute toujours par une intention pédagogique des auteurs : quelles compétences veut-on que les apprenants développent au cours de cette formation ? Quelles connaissances doivent- ils acquérir ?… On peut ainsi assimiler la scénarisation au squelette ou à la structure sur laquelle va reposer l’ensemble de cette construction. Si cette ossature, clé de voute du dispositif, est défaillante, l’édifice ne résistera pas à la charge des sollicitations des apprenants. Cette étape initiale est donc fondamentale. La scénarisation d’un parcours de e-formation va constituer le premier travail d’ingénierie que va devoir conduire l’équipe projet en charge de la réalisation du dispositif. A ce stade, il n’est pas question de recours à la technique mais bien d’un processus itératif de création « papier/crayon ». Les validations successives de ce scénario pourront se faire auprès d’un panel de représentants du public cible associé dès la conception du dispositif. De nombreuses contraintes ou difficultés peuvent peser sur cette première démarche. On peut en citer quelques-unes qu’il faudra gérer comme autant d’éléments contextuels de création : • la réalisation est-elle conduite à l’interne de l’école ou externalisée auprès d’un prestataire ? • le recours à des experts est-il envisagé ? Sont-ils acculturés à la démarche de production d’un dispositif en ligne ? • l’organisme de formation dispose-t-il des compétences dédiées, d’une équipe technique ad hoc, d’un service de médiatisation ? Comment s’organisent les relations entre experts « e- formation » et experts de contenus ? • …/… Plusieurs phases structurent la réalisation du scénario pédagogique. Celles-ci peuvent porter des intitulés différents selon les écoles mais se déroulent sensiblement dans la même logique : de l’élaboration du scénario global du parcours à l’écriture fine du scénario de chaque séquence pédagogique. Sylvain VACARESSE, consultant e-formation et responsable du master 2 FOAD de Rennes identifie 4 grandes étapes. La scénarisation d’un parcours s’engage par une note de cadrage qui permet de définir les contours de l’ensemble des éléments fondateurs du projet. Ce premier document aura donc vocation à préciser le contexte de la demande, les objectifs, la nature et les caractéristiques du public cible, la stratégie pédagogique, les moyens mobilisés ainsi que l’identification des points de blocage ou des facteurs de risques potentiels. Cette première étape peut également comprendre une première base de planification du projet. Après avoir défini ces éléments fondateurs, l’équipe projet pourra entrer dans une seconde phase de conception globale du dispositif. Celle-ci, généraliste, a vocation à installer une vision de l’approche pédagogique d’ensemble. Dans cette seconde étape, les concepteurs auront à décrire plus précisément l’organisation et l’enchainement des différentes séquences ainsi que leurs
  • 35. 35 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation modalités, les objectifs plus détaillés pour chacune d’entre elles et leurs critères spécifiques d’évaluation. Le processus continue à préciser le déroulé du parcours en scénarisant dans cette troisième étape les contenus de chaque séquence de formation. Il s’agit donc là de réaliser le synopsis de chacune des phases du dispositif. Les concepteurs auront à détailler précisément les activités pédagogiques, les supports proposés, les modalités de tutorat qui les accompagneront et bien entendu les résultats attendus à l’issue de la séquence pédagogique. Finalement, la dernière étape du retour d’expérience permettra d’organiser les remontées d’informations quant aux points positifs et négatifs du dispositif mis en œuvre. Il doit permettre une évaluation critique qui amènera des actions correctives éventuelles. Ce retour d’expérience permet d’améliorer le dispositif avant de le mettre en œuvre auprès des apprenants. Le processus de réalisation du scénario pédagogique est itératif. Il est directement corrélé avec les autres pans du dispositif et notamment avec la démarche de gestion de projet. De manière rationnelle, les différentes étapes de scénarisation devront faire l’objet de validations intermédiaires par le commanditaire afin de n’engager le travail suivant que sur des bases arrêtées. Cette logique de « marche en avant » pose le principe de ne jamais revenir sur une décision qui a été prise. Le processus de scénarisation ne peut être conduit de manière étanche avec les autres pans du dispositif car les choix du scénario pédagogique vont conditionner tous les autres aspects du projet. Par exemple, si le tutorat est mis au cœur du dispositif, les coûts variables liés au nombre de stagiaires ou de sessions organisées seront beaucoup plus importants que si la scénarisation prévoit un parcours autoporté dont l’investissement initial de réalisation constituera le coût fixe unique. La scénarisation faisant partie des premières étapes de conception d’un parcours, elle impacte donc fortement la gestion budgétaire du projet. On constate ainsi qu’environ 80% du budget est engagé par les choix de scénarisation après 20% seulement de temps de réalisation du projet. Il est donc très important de bien mesurer la portée de ces choix, de les faire valider régulièrement par le commanditaire pour garantir une gestion budgétaire correcte du projet.
  • 36. 36 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Focus  Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) L'EHESP a développé un dispositif de e-formation autour du mercure comme prétexte à l’étude de problématiques environnementales complexes. La scénarisation pédagogique a été un travail primordial Elle a permis de définir précisément le déroulé des activités de formation en cohérence avec les objectifs visés, mais également de décrire les actions qui seront menées par les différents acteurs (enseignants ou apprenants). La scénarisation a permis également de réfléchir à une approche de formation innovante et surtout de valider la phase de conception afin de garantir le bon déroulé de la phase de développement. Le scénario précise l’approche pédagogique comprenant une partie d’assimilation de concepts et de connaissances à travers les lectures et visionnements de la première partie du contenu. Ce contenu est construit de manière didactique, essentiellement linéaire, mais avec des rappels, afin de couvrir toutes les notions chimiques, physiques, biologiques, de la santé et sociales nécessaires à la compréhension de la problématique du mercure dans l’environnement. L’apprenant peut après chaque chapitre vérifier ses acquis à l’aide d’outils d’autoévaluation et/ou d’outils interactifs. La deuxième partie sert à l’intégration des connaissances disciplinaires et sectorielles de la première partie. L’apprenant est alors amené à faire la synthèse de ses connaissances à travers des études de cas. Elle place ces connaissances dans un contexte réel de recherches effectuées par les membres de l’équipe auteurs et d’autres chercheurs. La présentation des études de cas tient compte du contexte naturel et social qui détermine la problématique spécifique rencontrée dans les lieux géographiques contrastés sélectionnés. Afin de maîtriser la complexité de la problématique du mercure dans un contexte réel, l’approche systémique est préconisée et est également intégrée à la description des études de cas. L’apprenant peut ainsi synthétiser les connaissances d’une manière ciblée et peut utiliser le système qu’il s’est construit pour comparer les études de cas ainsi que pour évaluer l’influence des différents éléments du système, et en particulier des stratégies visant à réduire l’exposition des populations. L’évaluation se fait sur une dernière partie. Les travaux exigés consistent en des textes rédigés, des schémas systémiques et ils font également usage de ressources interactives développées lors des projets de recherche et qui sont adaptées à ce dispositif de formation. Le scénario pédagogique sert également de base à l'élaboration du kit pédagogique nécessaire à la définition de l'utilisation du dispositif dans un programme de formation plus global.  Eléments à retenir :  La scénarisation est un processus itératif de réalisation d’un dispositif.  La scénarisation du dispositif est un élément central de la réussite d’une action de formation à distance.  Les orientations, les choix pris dans le processus de scénarisation ont un impact direct sur le budget global et les autres secteurs du projet.  La démarche de conception doit être scandée par des validations intermédiaires auprès du commanditaire.
  • 37. 37 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation
  • 38. 38 Guide méthodologique pour mettre en œuvre une démarche de e-formation Calibrer la durée de la e-formation Dans le cadre de l’élaboration d’un dispositif de e-formation, il est nécessaire de définir un volume horaire pour assurer l’efficacité de la formation et répondre aux différentes attentes des acteurs et des partenaires. Il convient notamment de veiller à structurer le dispositif autour de séquences pédagogiques courtes. Il faut d’abord noter que la durée classique d’une journée de formation présentielle (6 heures) n’est en rien rattachée à une pertinence pédagogique mais bien à des contraintes organisationnelles. La formation en présentiel correspond au mode de formation traditionnel, selon un mode magistral (information le plus souvent descendante) et pour une durée prédéterminée. Cette durée est le fruit d’une expérience, d’une connaissance du domaine abordé et de sa complexité et des objectifs pédagogiques poursuivis. Dans ce cas, la durée représente généralement une présence « physique ». Pour ce qui est de la e-formation, il est plus difficile de donner une durée précise pour le déroulement d’un dispositif. En effet, chaque apprenant pourra évoluer à son rythme au sein des ressources, les parcourir une ou plusieurs fois et « fonctionner à sa guise ». En l'absence de repères classiques, il est cependant possible et nécessaire pour les apprentissages dispensés en totalité ou en partie à distance, de déterminer la durée estimée nécessaire pour effectuer les travaux demandés. La durée totale de la formation doit intégrer l'ensemble des situations pédagogiques concourant à la réalisation de l'action de formation (autoformation encadrée, séquences de face-à-face pédagogique…) et accessoirement d'autres activités encadrées. Pour chacune des situations, la durée effective ou le cas échéant, son estimation, doit être précisée. Les regroupements ou autre forme de mise en situation collective des stagiaires ne constituent pas, compte tenu des évolutions technologiques et des pratiques pédagogiques, une exigence du point de vue du contrôle et ce dès lors qu'existent d'autres formes de suivi, d'encadrement et de contrôle de l'assiduité. A titre indicatif, c’est cette durée qui sera prise en compte dans le cadre d’une prise en charge d’une e-formation dans le cadre d’un DIF par exemple. Il existe plusieurs méthodes pour évaluer la durée d’une e-formation : 1. la méthode empirique en liaison directe avec le présentiel : le volume horaire d'un cours ou d'un module de formation ouverte à distance se comptabilise en équivalent présentiel, ce qui correspond au nombre d'heures qui auraient été dispensées par un formateur pour traiter les mêmes objectifs. 2. La durée résulte d’un temps calculé comme par exemple cette méthode consistant à additionner le temps à passer pour chaque activité composant le dispositif ceci à l’aide de tables de références.