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Trombinoscope historique de la non-violence
4 bis - Martin Luther King
(1929-1968)
Étienne Godinot 16.02.2023
Martin Luther King
(1929-1968)
Sommaire
- La ségrégation raciale aux États-Unis
- Vie et mort de M.L. King
- Quelques axes dominants de sa pensée
Images : - Green Book (Livre vert), titre des guides pour les voyageurs afro-américains
indiquant des motels, restaurants, bars, campings, stations-service, dancings qui autori-
saient la fréquentation de personnes non blanches dans les États ségrégationnistes.
- M.L. King, Coretta et leurs 4 enfants
- Mémorial M.L. King à Washington, inauguré en octobre 2011 par Barack Obama,
premier président d’origine noire des États-Unis.
Note : Les noms en bleu dans le diaporama renvoient à des diapositives spécifiques du
trombinoscope ‘Chercheurs d’humanité’ de l’IRNC ou à la liste des noms dans le
répertoire alphabétique de ce trombinoscope.
Martin Luther King
(1929-1968)
Sources
- « Combats pour la liberté : Gandhi, Martin Luther King », Les
dossiers de Non-violence politique, déc. 1982
- « Martin Luther King, un combat exemplaire », revue Alternatives
non-violentes n° 146, mars 2008
- Internet, notamment Wikipedia
- Photos : principalement Internet
1- La ségrégation raciale
aux États-Unis
La ségrégation raciale aux États-Unis est une politique de sépara-
tion et de discrimination des personnes, selon des critères raciaux, mise
en place principalement dans les États du Sud, entre 1877 et 1964
(ségrégation de jure en Alabama, Floride, Géorgie, Oklahoma, Caroline du
Nord, etc.).
Elle a pour but de contourner la mise en œuvre de l'égalité des droits
civiques des Noirs garantis par la Constitution des États-Unis au
lendemain de la guerre de Sécession (1861-1865).
Pour entraver les nouveaux droits des Afro-Américains, les États du
sud utilisent deux dispositifs :
- l'intimidation par le terrorisme avec le Ku Klux Klan* ,
- les lois Jim Crow** issues des Black Codes.
* Le Ku Klux Klan, souvent désigné KKK, est une société secrète terroriste supréma-ciste
blanche des États-Unis début 1866. Elle opère par le meurtre, la pendaison, la castration, l’incendie,
le saccage, les intimidations verbales et violences physiques (lynchage, coups de fouet), le
chantage, etc. Le KKK sème la terreur jusque dans les années 1960 (voir Selma, 1963)
** Le terme Jim Crow trouve son origine dans la culture populaire étatsunienne par une
chanson de 1828, Jump Jim Crow , imitation caricaturale et raciste d'un esclave noir créée par
l'auteur Thomas Dartmouth ‘Daddy’ Rice (1808–1860)
La ségrégation raciale dans les États du Sud
La ségrégation existe dans tous les secteurs de la vie sociale
: logement, emploi, enseignement et éducation (école, univer-
sité), transports (trains, bus, salles d’attente), culture (cinéma,
théâtre, bibliothèques), restauration, lieux de repos et d’aisance,
hôpitaux, prisons, magasins, chez les coiffeurs et barbiers, dans
les cabines téléphoniques, lors des matchs de base-ball ou les
spectacles de cirque, etc., et bien sûr au niveau du droit de
vote.
Exemples de lois Jim Crow :
Alabama : « Aucune personne ou société n'exigera de n'importe quelle infirmière
féminine blanche de travailler dans les salles d'hôpitaux, publics ou privés, dans
lesquels des Noirs sont placés. »
« « Les contrôleurs de train de voyageurs doivent assigner à chaque passager le
wagon ou le compartiment qui lui est destiné selon sa couleur. »
Floride : « Tout mariage entre une personne blanche et une personne noire ou entre
une personne blanche et une personne d'ascendance noire à la quatrième génération
est interdit. »
« Les écoles pour enfants blancs et pour enfants noirs devront être séparées. »
Les débuts de la lutte antiségrégationniste
Dans les années 1930 et 1940, de nombreuses actions, dont
des boycotts, sont organisées par des militants, en particulier par la
National Association for the Advancement of Colored People (NAACP),
fondée en 1909.
L’organisation a compté dans ses rangs des dirigeants de
toutes origines. Certains de ses fondateurs en sont l’illustration :
William Edward Du Bois (1868-1963), un militant intellectuel noir,
Henry Moscowitz (1880-1936), un immigrant juif roumain
et Mary White Ovington (1865-1951), une militante suffragette
blanche.
Sa mission est d'« assurer l'égalité des droits politique,
éducative, sociale et économique de tous les citoyens et éliminer la
haine raciale et la discrimination raciale ».
Le NAACP Legal Defense Fund, un fonds destiné à financer
les procès engagés par la NAACP est constitué en 1940.
La branche jeunesse de la NAACP est fondée en 1936.
2 - Vie et mort
de Martin Luther King
Martin Luther* King junior nait le 15 janvier 1929 à Atlanta
(Géorgie), un État très ségrégationniste. Son père, pasteur, occupe une
place de premier plan dans la communauté noire et se déclare déter-
miné à combattre le racisme jusqu’à sa mort.
Il entre à l'âge de quinze ans à Morehouse College, une université
réservée aux étudiants afro-étatsuniens, où il bénéficie de l'enseigne-
ment de Benjamin E. Mays (1894-1984, photo du milieu), théoricien de la
non-violence évangélique.
Il en sort avec le diplôme de Bachelor of Arts (licence) en socio-
logie et rentre au Crozer Theological Seminary pour un Bachelor of
Divinity (licence universitaire en théologie) qu'il obtient en 1951.
En février 1948, il est ordonné pasteur dans l’Église baptiste.
En juin 1953, il épouse Coretta Scott (1927-2006, photo du bas).
En 1954, il est nommé à Montgomery, dans l'Alabama.
* Son prénom est constitué par le prénom et le nom du théologien allemand Martin Luther
(1483-1546), fondateur du protestantisme.
Le boycott des bus de Montgomery
Le 1er décembre 1955, une couturière noire, Rosa Parks (1913-
2005), parce qu’elle est fatiguée et a mal aux pieds, refuse de céder sa
place à un Blanc dans un bus. Elle est arrêtée par la police. La commu-
nauté noire de Montgomery, en l’absence de King, décide que le jeune
nouveau pasteur de 26 ans pourrait très bien assumer les fonctions de
président de l’association qu’elle vient de créer pour défendre ses droits.
« On vint le chercher. Il n’a pas choisi la non-violence ; ce fut la non-
violence qui le choisit, s’imposant à lui comme une exigence interne de
la situation. »*
Avec l'aide du pasteur Ralph Abernathy (1926-1990) et d'Edgar
Nixon (1899-1987), directeur local de la NAACP, M.L. King lance un
appel au boycott de la compagnie de bus de la ville et conduit l’action.
La campagne devient extrêmement tendue à cause de ségréga-
tionnistes blancs qui ont recours au terrorisme : la maison de King est
attaquée à la bombe incendiaire le matin du 30 janvier 1956 (sa femme
et sa fille qui étaient dans la maison sont indemnes), ainsi que celle de
Ralph Abernathy et quatre églises, et King est victime de violences
physiques.
* d’après son biographe Lerone Benett (1928-2018).
Le boycott des bus de Montgomery
Les boycotters sont souvent pris en dérision, insultés
ou attaqués physiquement par les Blancs, mais les 40 000
Noirs de la ville continuent de marcher, parfois jusqu'à
30 km par jour, de faire du vélo ou du covoiturage, pour
rejoindre leur domicile, leurs lieux de travail ou d’activités.
Le 13 novembre 1956 (arrêt Browder c/ Gayle), la
Cour Suprême juge inconstitutionnelles les lois locales et
celles de l’État d’Alabama sur la ségrégation dans les
autobus.
Le 21 décembre 1956, après 382 jours de boycott,
et alors que la compagnie est au bord de la faillite, les
Noirs reprennent l’usage des autobus dans lesquels ils ont
conqui les mêmes droits que les Blancs.
1957 : La fondation de la SCLC
Le grand impact médiatique de cette victoire amène M.L. King,
avec d'autres personnalités noires, à fonder la Southern Christian
Leadership Conference (SCLC, ‘Conférence des leaders chrétiens du
sud’) le 10 et 11 janvier 1957 et à en devenir le président. Ils décident
d'étendre la lutte non-violente pour les droits civiques des Noirs à l'ensem-
ble des États-Unis.
Le 9 septembre 1957, le Congrès des États-Unis crée dans le
Département de la Justice la Commission des droits civiques
En 1958, King prononce 208 discours à travers le pays.
Le 20 septembre 1958, alors qu’il dédicace son livre Marche vers la
liberté, il est poignardé avec un coupe-papier par une femme dans un
grand magasin. La pointe étant fichée dans l’enveloppe de l’aorte, il doit
respirer calmement et sans bouger malgré la douleur et le choc.
1959 : Voyage en Inde
sur les pas de Gandhi
M.L. King a lu Henri-David Thoreau, auteur de La
désobéissance civile, et admire le Mahatma Gandhi.
À l’invitation du Premier ministre indien Jawaharlal
Nehru, Martin, accompagné de Coretta, effectue du 2 février
au 10 mars 1959 un voyage en Inde pour approfondir sa
connaissance du satyagraha (‘la force de vérité’), philosophie
et stratégie d’action adoptées par Gandhi dans sa lutte contre
le colonialisme anglais.
En 1960, il donne sa démission de l’Église baptiste de
Dexter. Toute la famille déménage à Atlanta.
Photos : Henri-David Thoreau (1817-1862)
Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948).
Arrivée de l’avion en Inde.
1960 : Le SNCC
et les sit-in de Greensboro
Le 2 février 1960, 4 étudiants noirs* s’installent au comptoir du
grand magasin Woolworth** de Greensboro (Caroline du Nord), interdit
aux Noirs, déclarant qu’ils ne partiront pas avant d’avoir été servis.
Galvanisés par leur courage, des centaines d’étudiants, y compris
blancs, assaillent les magasins Wolworth la semaine suivante. C’est le
début du mouvement des sit-in étudiants qui s’étend à plus de 100
villes et mobilise 70 000 protestataires.
Le 15 avril 1960, le Student Nonviolent Coordinating Committee
(SNCC)*** est créé pour coordonner les actions de protestation des
étudiants de la Shaw University de Raleigh (Caroline du Nord)
Le 19 octobre 1960, King est arrêté lors d’un sit-in à Atlanta et
condamné à 4 mois de travaux forcés. Soutenu par le sénateur John F.
Kennedy, il est libéré au bout de quelques jours.
* Joseph McNeil, Franklin McCain, Ezell Blair et David Richmond, tous les 4 étudiants de
l’université agricole et technique d’État de Caroline du Nord.
** Woolworth était une entreprise de distribution spécialisée dans les magasins à prix unique.
*** Le leader principal de SNCC est Stokely Carmichael (1941-1998, photo ci contre), qui
s’éloignera 6 ans plus tard de la non-violence et rejoindra le mouvement Black Power et le
Black Panthers Party
1960 : Les sit-in de Nashville
Les sit-in de Nashville (Tennessee) ont eu lieu du 13 février au
10 mai1960 pour mettre fin à la ségrégation raciale dans les
bars et restaurants.
124 étudiants noirs sont formés par James Lawson à la philo-
sophie et à la stratégie de l’action non-violente et se préparent aux
agressions physiques et verbales de la part des Blancs. Malgré leur
refus de répondre à ces attaques, 81 étudiants sont arrêtés pour avoir
refusé de libérer leur place aux comptoirs. Lors des procès, ils sont
défendus par 13 avocats dirigés par Alexander Looby (1899-1972). Le
19 avril, la maison d’Alexander Looby est la cible d’une attaque à la
bombe. 2 500 manifestants font une marche silencieuse jusqu'à l‘Hôtel
de ville, où ils interpellent le maire Ben West.
Les étudiants arrêtés sont reconnus coupables de trouble à l’ordre
public et condamnés à une amende de 50 dollars. Ils refusent de payer
et choisissent de passer 33 jours en maison de correction, mais ils sont
libérés deux jours plus tard suite aux interventions de célébrités**.
* La campagne est coordonnée par le mouvement étudiant de Nashville et par le
Nashville Christian Leadership Council (NCLC), animé, entre autres, par James Lawson (né en
1928, professeur d’université), Kelly Miller Smith (1920-1984, pasteur) et Cordy Tindell Vivian
(1924-2020, pasteur)
* comme Eleanor Roosevelt ou Harry Belafonte
Photos : - Des Blancs s’en prennent à un Noir attablé à un comptoir le 27 février 1960
- Plaque commémorative des évènements à Nashville
1961 : Les évènements d’Albany
En nov. 1961, la communauté noire d’Albany (Géorgie) demande
à King de venir la rejoindre pour y mener une campagne d’intégration
dans les lieux publics. Arrivé le 15 décembre 1961, il est arrêté le
lendemain alors qu’il avait pris la tête d’une marche de protestation. Il
sera arrêté à deux autres reprises. Des jeunes noirs répondent aux
attaques de la police par des jets de pierres.
En août 1962, King prévoit une grande manifestation de masse
pour défier le pouvoir blanc local. Mais celui-ci obtient une interdiction
fédérale de la marche.
Ce fait est nouveau. Jusqu’ici, King commettait des infractions aux
lois locales pour faire respecter la loi fédérale qui affirme l’égalité de
tous les citoyens étatsuniens. Cette fois, c’est la loi fédérale elle-même
qui est en jeu. Après bien des hésitations, King décide de renoncer à la
marche et quitte précipitamment la ville. « L’épisode d’Albany, note
Lerone Benett, constituera une défaite atterrante pour King et le
mouvement de la liberté. »
King se rendra compte de son erreur, et se souviendra de la leçon
lorsqu’il se rendra à Birmingham.
1961 : Les "voyageurs de la liberté"
Le 4 mai 1961, le premier groupe de Freedoms Riders, déter-
minés à intégrer les cars de transport inter-États, part de Washing-
ton pour un voyage de 25 jours dans le Sud.
Ce groupe, organisé par le Congress for Racial Equality
(CORE)*, part peu après que la Cour Suprême ait déclaré illégale la
ségrégation dans les bus et gare des transports inter-États.
Durant le parcours, ils subissent diverses insultes et agres-
sions de la part des ségrégationnistes, y compris l’incendie d’un
bus, sans que la police réagisse. Les images de ces violences sont
retransmises à la télévision dans le monde entier.
Un 2ème groupe part ensuite et subit les mêmes agressions
sauvages avant d’être emprisonné.
Le 22 septembre 1961, la ‘Commission du commerce inter-
États’ interdit toute discrimination dans les transports routiers entre
États.
* Le CORE, ‘Congrès pour l’égalité raciale’, a été fondé
en 1943 par James Farmer (1920-1999, photo ci-contre)
1962 : James Meredith inscrit à l’université
En septembre 1962, le gouverneur du Mississipi, Ross
Barnett, refuse une décision d’une cour de justice fédérale,
obtenue grâce à l’action de la NAACP, qui enjoint d’inscrire
dans l’université de cet État le premier Noir à en faire la
demande, James Meredith.
L’étudiant est escorté sur le campus par des officiers
fédéraux (photo du haut). Il peut commencer les cours en octobre
1962, et termine ses études à l'Université du Mississippi en
août 1963, restant sous protection militaire jusqu'à la fin de
ses études.
Quelques années plus tard, en juin 1966, Meredith est
blessé (photo du bas) par les tirs d'un sniper blanc, Aubrey James
Norvell, lors de la ‘Marche contre la peur’ qu'il a initiée du
Tennessee jusqu'au Mississippi.
1963 : Actions
à Birmingham
Le pasteur noir Fred Shuttelsworth (1922-2011), président de
l’Alabama Christian Movement pour Human Rights (ACHR), organisait la
lutte contre la ségrégation avec un dévouement et une détermination à toute
épreuve. Mais ses compagnons et lui se heurtaient à la féroce répression du
commissaire de police Eugene "Bull" Connor (1897-1973) et aux violentes
représailles des Blancs.
En mai 1962, l’ACHR demande l’aide de la SCLC pour mener une
campagne massive d’actions directes non-violentes.
La campagne est préparée pendant plusieurs mois, tant du pont de
vue spirituel, théorique que tactique, des volontaires sont recrutés et entraî-
nés aux méthodes de l’action non-violente. Le 3 avril 1963, date de publica-
tion du ‘Manifeste de Birmingham’*, le ‘Projet C’ (C comme confrontation)**
est mis en œuvre.
* Le Manifeste exige la déségrégation des snak-bars, restaurants et magasins, demande
l’embauche des Noirs dans les commerces et industries locales, la création d’un comité biracial pour
mettre en œuvre la déségrégation.
* * Les futurs manifestants signent une charte d’engagement, participent à des sociodrames
pour se préparer à faire face aux brutalités des policiers et aux provocations des Blancs racistes,
chantent des Negro Spirituals et hymnes à la liberté, font des sit-in et des marches ayant pour but de
provoquer des arrestations massives : le 10 avril, 400 Noirs sont incarcérés
1ère photo en haut :
- Fred Shuttelsworth, Ralph Abernaty et ML King à Birmingham en 1963
M.L. King en prison
Au cours de la première manifestation, le 12 avril 1963, King est
arrêté et emprisonné avec 50 de ses compagnons. Il y restera jusqu’au
20 avril. Il passera en procès le 22 avril et sera condamné à 5 jours de
prison*.
Le 16 avril 1963 est glissée sous la porte de sa cellule un exem-
plaire des Birmingham News où est publiée une déclaration émanant de
8 responsables religieux blancs, 4 évêques catholiques, 3 pasteurs
protestants blancs et un rabbin. Ce texte dénonce les troubles causés
par le mouvement pour les droits civiques, qualifiant les activités de
King de « déraisonnables et prématurées » et menées par un « élément
étranger » à la ville.
Depuis sa prison, King écrit une lettre ouverte aux 8 responsables
religieux. Ses avocats la sortent clandestinement de prison, et elle est
aussitôt publiée dans une brochure éditée par les Quakers.
Elle demeure célèbre sous le nom de Lettre de la prison de
Birmingham, un des documents les plus remarquables du mouvement
des droits civiques.
* Cette faible condamnation est due à la crainte de juge qu’un emprisonnement prolongé de
King popularise et amplifie le mouvement de contestation, mais aussi à l’intervention du sénateur
Robert Kennedy qui manifeste son soutien à ML King par un appel téléphonique à Coretta.
Lettre de la prison de Birmingham (extraits)
« Je suis ici (…) parce que j’y ai été invité (…). Mais plus fonda-
mentalement, je suis à Birmingham parce que l’injustice est ici. (…)
Bien plus encore, je suis conscient de l’interrelation qui existe entre
toutes les communautés et tous les États. (…)
Il est fâcheux que des manifestations aient lieu à Birmingham,
mais il est encore plus fâcheux que le pouvoir blanc de cette ville n’ait
pas laissé d’autre choix la communauté noire.(…)
Mes chers frères chrétiens et juifs, (…) j’ai été gravement déçu
par les Blancs modérés. (…) J’en suis presque arrivé à la conclusion
regrettable que la plus grande pierre d’achoppement que rencontre le
Noir dans sa progression vers la liberté n’est pas le membre du White
Citizen's Councilor ou du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est
plus dévoué à l'ordre qu'à la justice; qui préfère une paix négative qui
est l'absence de tension à une paix positive qui est la présence de la
justice. »
La marche des enfants et la répression
Du 2 au 5 mai 1963*, plus de 1 000 jeunes élèves défilent
pour leurs droits ; ces manifestations passeront dans l'histoire
sous le nom de Birmingham Children's Crusade. La répression
est violente : canons à eau, lances à incendie, chiens policiers;
plusieurs enfants sont matraqués et empri-sonnés. Le
lendemain, tout le pays est horrifié par ces images d’une
violence extrême.
La situation se renverse le 5 mai : les manifestants
arrivent en chantant devant les policiers armés qui, refusant
d’obéir à leur chef Eugene "Bull" Connor, les laissent passer,
sans réagir.
Le 6 mai, plus de 3000 Noirs sont en prison. Le 10 mai
1963, des représentants des organisations blanches et noires de
Birmingham se mettent d'accord sur un plan de déségrégation ;
en réaction, le Ku Klux Klan fait éclater le lendemain une bombe
au domicile du pasteur Alfred Daniel King (1930-1969), frère de
Martin, qui habite Birmingham.
Le 20 mai, la Cour suprême déclare inconstitutionnelle la
règlementation ségrégationniste de Birmingham.
* après un attentat à la bombe du Ku Klux Klan dans une église de Birmingham
qui cause la mort de 4 enfants et blesse 22 personnes
28 août 1963 : La marche sur Washington
"I have a dream"
La violence des forces de l'ordre et le harcèlement des
Blancs ségrégationnistes face aux luttes pacifiques engendrent au
sein de l'opinion publique une vague de sympathie pour le mouve-
ment des droits civiques.
Après la victoire de Birmingham, une ‘marche sur Was-
hington pour le travail et la liberté’ (March on Washington for Jobs
and Freedom) est organisée le 28 août, jour du centenaire de
l’abolition de l’esclavage, Dans son discours au pied du Lincoln
Memorial, King prononce devant 250 000 personnes le célèbre
discours « Je fais un rêve ». Il lance un appel pour un pays où
tous les hommes et toutes les femmes partageraient les mêmes
droits dans la justice et la paix.
Avec d’autres leaders du mouvement des droits civiques,
King rencontre le président John F. Kennedy, qui sera assassiné à
Dallas quelques mois plus tard, le 22 novembre 1963.
28 août 1963 : "I have a dream" (extraits)
« Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour
participer à ce que l’histoire appellera la plus grande
démonstration pour la liberté dans les annales de notre
nation. Il y a cent ans, un grand Américain, qui jette sur nous
aujourd'hui son ombre symbolique, a signé la Proclamation
d‘émancipation. (…)
Mais un siècle plus tard, nous devons faire le constat tragique que les
Noirs ne sont pas encore libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs reste
entravée par la ségrégation et enchaînée par la discrimination.
Un siècle plus tard, les Noirs représentent un îlot de pauvreté au milieu
d'un vaste océan de prospérité matérielle. Un siècle plus tard, les Noirs
languissent toujours dans les marges de la société américaine, des exilés
dans leur propre terre. Alors nous venons ici aujourd'hui pour rendre manifeste
notre condition effroyable. (…)
En procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas
nous rendre coupables d’agissements répréhensibles. (…) Nous devons
toujours conduire notre lutte dans un haut souci de dignité et de la discipline.
Nous ne pouvons pas laisser notre protestation créative dégénérer en violence
physique. (…)
"I still have a dream"
Je fais le rêve qu'un jour, sur les collines de terre
rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils
des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la
table de la fraternité. (…)
Je fais le rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une
nation où ils seront jugés non pas sur la couleur de leur peau, mais sur
leur personnalité. »
Je fais le rêve qu'un jour l'État de l'Alabama (…) sera transformé
en un endroit où des petits enfants noirs pourront prendre la main des
petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs. (…)
Quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous la
laisserons retentir de chaque village et de chaque lieu-dit, de chaque
État et de chaque ville, nous ferons approcher ce jour où tous les
enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs et Gentils, Catholiques et
Protestants, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du
vieux Negro spiritual “Free at last, free at last. Thank God Almighty, we
are free at last !" »
1964 : Le prix Nobel de la Paix
Le 10 décembre 1964, Martin Luther King, âgé de 35 ans,
reçoit à Oslo (Norvège) le prix Nobel de la Paix dont il est le plus
jeune lauréat depuis la création de ce prix.
« J’accepte le prix Nobel de la paix à un moment où vingt-
deux millions de Noirs, aux États-Unis d’Amérique, sont engagés
dans une bataille créatrice pour mettre fin à la longue nuit d’injustice
raciale. J’accepte cette récompense au nom du mouvement pour les
droits civiques qui avance avec détermination, avec un mépris
souverain du danger et des risques, pour établir le règne de la liberté
et l’autorité de la justice. (…)
Après réflexion, je conclus qu’en attribuant ce prix au mou-
vement dont je suis le représentant, les jurés ont voulu manifester
leur sentiment profond et reconnaître dans la non-violence la
réponse à la question cruciale de notre temps en matière de politique
et de morale : le besoin pour l’homme de vaincre l’oppression et la
violence sans recourir lui-même à la violence et à l’oppression. »
1964 : Le Civil Rights Act
Le Civil Rights Act (loi sur les droits civiques) voté par le
Congrès des États-Unis est promulgué par le président Lyndon
Johnson le 2 juillet 1964. Il met fin à toutes formes de ségréga-
tions, de discriminations reposant sur la race, la couleur, la
religion, le sexe ou l’origine nationale.
Au fil des ans, King continue de propager son message,
s'adressant notamment au pape Paul VI en 1964 ou à la National
Union of South African Students en 1965.
Mars 1965 :
les 3 marches
Selma-Montgomery
L'État le plus rebelle au Civil Rights Act est celui de l'Alabama, gou-
verné par George Wallace*. Pour protester contre les entraves à l’appli-
cation de la loi, des militants noirs** organisent 3 marches de Selma à
Montgomery, la capitale de l'Alabama, qui ont lieu les 7, 9 et 25 mars
1965.
1) Le 7 mars, en l'absence de M.L. King, 600 manifestants sont
arrêtés au bout de quelques kilomètres au pont Edmund Pettus par la
police locale sous les ordres du shérif Jim Clark et par une foule hostile
de Blancs ségrégationnistes qui les repoussent à coups de matraques et
de gaz lacrymogène. 84 blessés, dont Marie Foster (1917-2003) et
Amelia Boynton Robinson (1911-2015), tombée sous les coups des
policiers, et inanimée sur le pont. Les images font le tour du monde, ce
dimanche prend le nom de Bloody Sunday (‘dimanche sanglant’).
* G. Wallace (1919-1998), partisan intransigeant de la ségrégation, s'était fait élire en 1963 avec le
slogan « Ségrégation maintenant, ségrégation demain, ségrégation pour toujours »…
** sous la direction d'Amelia Boynton Robinson (dont la famille était en pointe sur la question du
droit de vote depuis les années 1950), M.L.King, James Bevel (1936-2008) et du pasteur Hosea
Williams (1926-2000).
Photos : - Le pont Pettus. - La répression policière
- Affiche de Selma, film états-unien réalisé par Ava DuVernay, sorti en 2015
.
Mars 1965 :
les 3 marches Selma-Montgomery
2) La deuxième marche, le mardi 9 mars, en présence de
M.L. King, est qualifiée de « Turnaround Tuesday », car le
cortège, arrivé sur le pont Edmund-Pettus, décide de faire demi-
tour pour éviter les coups des antiségrégationnistes et de la
police.*
3) Seule la dernière marche arrive avec succès à Mont-
gomery. 3 200 marcheurs partent de Selma le dimanche 21
mars, parcourant 20 km par jour et dormant dans les champs.
25 000 marcheurs atteignent le capitole de Montgomery, le jeudi
25 mars. M.L. King prononce alors le discours « How Long, Not
Long » (Combien de temps, peu de temps)**
* À la suite de la seconde marche, trois pasteurs unitariens blancs qui avaient
répondu à l'appel de M.L. King sont attaqués en pleine rue à Selma par des membres
du Ku Klux Klan. L’un d’eux, le pasteur James Reeb (1927-1965, photo ci-contre),
meurt de ses blessures deux jours plus tard.
** Dans la nuit, Viola Liuzzo (1925-1965, photo ci-contre), militante blanche
des droits civiques, est assassinée par le Ku Klux Klan alors qu'elle ramène des
marcheurs dans sa voiture. Elle avait assisté le 18 mars à une manifestation dans son
université et avait appelé son mari pour lui dire qu'elle participerait à la marche, car,
disait-elle, « c'est le combat de tout le monde ».
Août 1965 : Le Voting Right Act
Le Voting Rihgt Act (loi sur le droit de vote) est adopté par
le Congrès le 4 août 1965 et signé par le président Lyndon Johnson
le 6 août suivant.
Conçu pour renforcer le droit de vote des Afro-étatsuniens
garanti depuis les 14ème et 15ème amendements de la Constitution,
la loi assure ce droit pour les minorités dans tout le pays, et parti-
culièrement dans le Sud.
Selon le département de la Justice des États-Unis, elle est
considérée comme la loi civique la plus efficace de l'histoire du
pays.
Le Congrès sous domination démocrate déposera par la
suite 5 amendements à cette loi durant la présidence de Johnson,
pour étendre l'influence du texte.
Mars 1966 : M.L. King à Lyon
Les 29 et 30 mars 1966, M.L. King vient à Lyon, la seule ville de
province en Europe où il ait choisi de se rendre, qui lui réserve un accueil
enthousiaste. Invité par plusieurs organisations lyonnaises coordonnées par
le ‘Cercle pour la Liberté de la Culture’, en particulier par Robert Vial et par
les pasteurs Jacques Martin et Paul Éberhard, King prend la parole à
Bourse du Travail de Lyon devant 3 000 personnes.
Cette visite marque profondément le jeune lycéen Christian Delorme, alors âgé
de 15 ans. Plus tard, ce prêtre lyonnais sera co-fondateur en 1973, avec Georges
Didier et Christian Mellon, de la revue trimestrielle Alternatives non-violentes, puis co-
initiateur de la ‘marche pour l’égalité et contre le racisme’ ou ‘marche des Beurs’ de
Marseille à Paris du 15 octobre au 3 décembre 1983*.
L'association ‘L'Hospitalité d'Abraham,’ créée à Lyon en 1996, porte le souci
d'entretenir le souvenir et l'enseignement de M.L. King. En 2009, elle peut faire installer
dans l'espace public, près de la Bourse du Travail, un buste du pasteur King. En 2018,
elle est à l'origine d'une grande exposition intitulée "Martin Luther King, le rêve brisé ?"
qui se tient durant trois mois à la Bibliothèque Municipale de Lyon, et qui accueille
presque 50 000 visiteurs.
* C. Delorme est aussi l’auteur du petit livre Prier 15 jours avec ML King.
Photos : le cardinal Jean-Marie Villot, M.L. King et le pasteur Jacques Martin (1906-2001)
Le buste de M.L. King à Lyon
1966 : M.L. King à Chicago
Des émeutes avaient éclaté à Harlem (quartier de New-York)
durant l’été 1964, suite à l’assassinat d’un jeune noir de 15 ans par
un policier blanc qui n’était pas en service, puis à Rochester. En août
1965, c’est le quartier noir de Watts, à Los Angeles, qui flambait.
King ne connaissait pas encore la réalité des ghettos du Nord.
Il lui fallait l’apprendre s’il ne voulait pas que cette Amérique noire lui
échappe. Le 7 janvier 1966, il loue un appartement dans le ghetto
noir de Chicago (Illinois) pour entreprendre dans cette ville la lutte
contre le chômage, le mal-logement et les taudis.
En mars, il rassemble des chômeurs pour restaurer des
logements inhabités. Poursuivi par les propriétaires, il organise une
grève des loyers qui s’avère être un fiasco complet.
Les marches organisées dans les quartiers blancs du sud-
ouest et du nord-ouest de Chicago suscitent une réaction encore
plus violente que dans le Sud.
Photos
- Quartier noir de Watts (Los Angeles), août 1965
- Martin et Coretta King (fenêtre du milieu) dans leur appartement à Chicago
- Des membres de l’American Nazi Party défilent avec des pancartes en face de l'église
baptiste Greater Mount Hope à Chicago le 19 août 1966. L'église a été le théâtre d'une
réunion entre M.L. King et les défenseurs des droits civiques pendant laquelle ont été
décidées de nouvelles marches, en vue de l’ouverture de logements dans des quartiers
blancs ségrégués.
Le Chicago
Freedom Movement
Le Chicago Freedom Movement est une campagne en faveur des droits civiques
menée à Chicago et dans le nord des États-Unis entre milieu 1965 et début 1967.
Elle est rendue possible par l'alliance entre la SCLC dirigée par M.L. King, et le Coordinating
Council of Community Organizations (CCCO) dirigé par James Bevel (1936-2008) et Albert Raby. La
campagne se focalise sur les discriminations contre les Noirs dans le domaine du logement dans la ville
de Chicago. Durant les manifestations des Blancs jettent des bouteilles et des pierres sur les Noirs. M.L.
King lui-même est blessé par un jet de pierre.
Le 10 juillet 1966, lors du Chicago Freedom Festival, une foule de 60 000 per-
sonnes écoute les interventions de M.L. King, Mahalia Jackson (chanteuse), Stevie
Wonder (auteur-compositeur-interprète né en 1950) et Peter Paul au Soldier Field.
Des marches sont organisées dans les quartiers blancs du sud-ouest et du nord-
ouest de Chicago. À la mi-août, les militants, les autorités municipales et les représen-
tants du Chicago Real Estate Board engagent des négociations qui aboutissent à un
accord le 26 août. Jesse Jackson, un collaborateur de King, organise les premiers
boycotts réussis pour le droit à l'accès des Noirs aux mêmes emplois que les Blancs.
Photos :
- Rassemblement et discours de King au Soldier Field de Chicago le 10 juillet 1966, suivi d’une marche vers l’Hôtel de
ville.
- L’acteur Sidney Poitier (1927-2022), le chanteur Harry Belafonte (né en 1927), M.L. King, le pasteur Cordy Tindell
Vivian (1924-2020), la chanteuse Mahalia Jackson (1911-1972) et l’enseignant Albert Raby (1933-1988) à la Stanford
University
Les émeutes urbaines
en été 1966 et 1967
« Hot sommers »
En juin 1966, Stokely Carmichael (1941-1998) et Willie Riks (né en 1943)
prennent leurs distances avec la stratégie non-violente de M.L. King et utilisent pour la
première fois en public l’expression Black Power (pouvoir noir)
Durant l’été 1966, plus d’une vingtaine de villes se soulèvent.
Entre autres : Jacksonville (Floride), Sacramento (Californie), Omaha (Nebraska), New York, Los
Angeles, San Francisco, Chicago. Dans cette ville, la police avait chassé des enfants qui profitaient
d’une bouche à incendie pour se rafraîchir. Le point culminant de cet été est à Cleveland (Ohio) où ont
lieu de violents affrontements avec la garde nationale. À la fin de l’été, il y a 12 morts et 400 blessés.
En 1967, durant le quatrième “été chaud”, plus de 100 villes sont touchées par les
soulèvements, notamment Newark (dans le New Jersey, pas loin de New York) et Detroit.
Le mouvement du Black Power, et notamment celui des Black Panthers,
déterminé à faire cesser l’oppression par l’action violente, attire chaque jour de nouveaux
sympathisants, malgré son absence de projet politique.
Photos
- Newark 1967 : 27 morts, 2 000 blessés, 1 000 Noirs emprisonnés
- Detroit, 1967 : 41 morts, 2 000 blessés, 3 200 arrestations, 1 500 magasins pillés, 1 200 bâtiments incendiés. «Avant la
ville s’appelait Detroit, maintenant elle s’appelle Destroyed », commente un leader étudiant.
1966-1967 : Contre la guerre du Vietnam
En avril et mai 1966, King prend ouvertement position contre la
guerre du Vietnam. Il accepte en 1966 d’être vice-président de l’asso-
ciation Clergy and Laymen Concerned About Vietnam (CALCAV, ’Clergé
et laïcs concernés par le Vietnam’)*
Dans la Riverside Church du quartier de Morningside Heights
(New-York), le 4 avril 1967, un an jour pour jour avant son assassinat, il
prononce son discours "Au-delà de la guerre du Vietnam : il est temps
de rompre le silence". Pour lui, la guerre du Vietnam est le « symptôme
d’une maladie plus profonde de l’esprit américain. »
« Nous nous sommes trompés dès le début de notre aventure au
Vietnam, nous avons porté préjudice à la vie du peuple vietnamien. (…)
Nous devons prendre l’initiative de mettre un terme à cette guerre
tragique. (…)
La révolution positive des valeurs est notre meilleure défense
contre le communisme. La guerre n’est pas la réponse. Le communisme
ne sera jamais vaincu par l’utilisation de bombes atomiques. (…)
* L’association CALCAV est animée par le pasteur, théologien et éthicien John Coleman
Bennett (1902-1995), président de l’Union Theological Seminary, une institution interconfes-
sionnelle basée dans le quartier de Morningside Heights, l’historien Henry Steel Commager (1902-
1998) et le rabbin Abraham Joshua Heschel (1907-1972)
1967 : contre la guerre du Vietnam
Une vraie révolution des valeurs nous amènera à regar-
der avec honte le contraste criant entre les pauvres et les riches.
Avec une indignation juste, nous regarderons au-delà des mers et
verrons alors comment des capitalistes de l’Occident investissent
en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud dans le seul but d’en
retirer des gains sans se soucier de l’amélioration sociale des
pays, et nous dirons alors : “Ce n’est pas juste.” »
King propose un plan de sortie de guerre en 5 points et
encourage l’objection de conscience.
Il dirige ensuite le 15 avril 1967 avec d’autres person-
nalités, comme le pasteur Abraham Johannes Muste (1985-1967)
et James Bevel, une grande marche anti-guerre à New-York, de
Central Park au siège de l’Organisation des Nations Unies.
Photos
- Marche contre la guerre du Vietnam le 15 avril 1967.
- En tête de la marche le 15 avril 1967, l’éducateur et photographe Benedict Joseph
Fernandez (1936-2021), M.L. King, le pédiatre Benjamin Spock (1903-1998) et Charles
Owen Rice, évêque de Pittsburgh (1908-2005, qui ne figure pas sur la photo).
La Poor People's Campaign
À partir de novembre 1967, King et l'équipe de la SCLC s’inter-
rogent au sujet des émeutes raciales (hot summers) et de l'apparition du
Black Power. Ils décident d'organiser une Poor People's Campaign (cam-
pagne des pauvres) afin de lutter pour la justice sociale. Les dirigeants du
Black Power se rallient au projet.
Qualifiée par King de « seconde phase dans le mouvement des droits
civiques », elle vise à lutter contre la pauvreté, d'où qu'elle vienne, et ne se
restreint donc pas à la défense des Noirs étatsuniens : « Ce ne doit pas être
seulement les gens noirs, mais tous les pauvres. Nous devons inclure les
Amérindiens, les Portoricains, les Mexicains, et même les Blancs pauvres. »
Cependant, la campagne n'est pas soutenue par plusieurs dirigeants
du mouvement des droits civiques, dont Bayard Rustin. Selon eux, les buts
de la campagne sont trop larges, les demandes irréalisables et cela risque
de renforcer le mouvement de répression contre les pauvres et les Noirs.
Le 27 novembre 1967, ML King annonce le projet de la SCLC d’une
campagne pour attirer l’attention de l’opinion publique sur les pauvres, noirs
et blancs.
Image du bas : Bayard Rustin (1912-1987)
Le projet non abouti de ‘campagne des pauvres’
King parcourt le pays pour rassembler une « armée
multiraciale des pauvres » qui marcherait sur Washington et engagerait
une désobéissance civile pacifique, jusqu'à ce que le Congrès adopte
une déclaration des droits de l'homme pauvre.
Après avoir lutté pour les droits civiques des Noirs, il se déclare
désormais « engagé dans une forme de lutte des classes ».
Sa vision est celle d'une transformation profonde de la société et
non d'une simple réforme : il observe les problèmes systémiques du
matérialisme, du capitalisme, du racisme, de la pauvreté, du militarisme
et affirme que « la reconstruction de la société elle-même était le vrai
problème qu'il fallait résoudre ».
En février 1968, King présente des revendications précises : 30
milliards de dollars pour la lutte contre la pauvreté, le plein emploi, un
revenu garanti et la construction annuelle de 500 000 logements
abordables.
Avril 1968 : Assassinat de M.L. King
King était parti soutenir à Memphis (Tennessee) les éboueurs
noirs en grève pour obtenir l’égalité des salaires avec les Blancs. Le 3 avril 1968, il
y prononce son discours J’ai été au sommet de la montagne.
Le lendemain, 4 avril 1968, alors qu’il bavarde avec ses amis sur le balcon de
son hôtel, il est assassiné par un tireur embusqué, un ségrégationniste blanc
nommé James Earl Ray. Il meurt à l’hôpital St Joseph d’une blessure par balle
dans le cou.
Sa mort provoque de nombreuses émeutes à travers le pays, dans lesquelles
plusieurs personnes trouvent la mort. Les funérailles ont lieu à l’église baptiste
d’Atlanta et rassemblent plus de 100 000 personnes.
Photos : - M.L. King entouré de Hosea Williams (1926-200),
Jesse Jackson (né en 1941) et Ralph Abernathy, la veille de sa mort,
sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis
- Le cercueil de M.L. King durant la procession précédant son enterrement,
le 9 avril 1968 à Atlanta.
Le camp de Resurrection City
et la marche des pauvres
Après l'assassinat de King en avril 1968, le SCLC décide de
poursuivre la campagne sous la direction de Ralph Abernathy, son
nouveau président. Le jour de la fête des mères, le 12 mai 1968, des
milliers de femmes, emmenées par Coretta Scott King, forment la
première vague de manifestants.
Le lendemain, avec l’accord des pouvoirs publics, un campement
temporaire de tentes et de cabanes faites de deux panneaux de contre-
plaqué réunis en forme de toit, appelée Resurrection City, est installé
sur le Washington Mall. 2 à 3 000 manifestants y resteront 42 jours,
dont 29 jours de pluie, des gens de tous horizons et de tout le pays :
Blancs des Appalaches, Noirs pauvres du Mississippi, Sioux, leaders
syndicaux, ouvriers agricoles de l'Ouest et Chicanos, Quakers, etc.
Le 24 juin 1968, Ralph Abernathy dirige la Poor People's March
vers le ministère de l'Agriculture, puis au Capitole.
Au milieu de la campagne, le candidat démocrate à l’élection présiden-
tielle Robert (Bob) Kennedy, dont la femme avait assisté à l'ouverture de la fête
des mères à Resurrection City, est assassiné le 5 juin 1968 à Los Angeles. Pour
saluer la campagne, la famille fait passer le cortège funèbre par Resurrection City.
Photos : - Le campement de Resurrection City
- Coretta King dans une cabane du campement
- La marche des pauvres le 24 juin 1968 : au 1er rang, Coretta King et Ralph Abernathy
La fin de la Poor People's Campaign
Le ministère de l'Intérieur force Resurrection City à fermer
le 24 juin 1968, après l'expiration du permis d'utilisation des terres
du parc. 1 000 policiers débarrassent le camp de ses derniers
habitants et arrêtent 288 personnes, dont Ralph Abernathy.
La campagne a obtenu quelques résultats, par ex. la
qualification de 200 comtés pour la distribution gratuite de surplus
de nourriture, la promesse de plusieurs agences fédérales d'em-
baucher des pauvres pour aider à gérer des programmes destinés
aux pauvres, mais très peu par rapport aux objectifs initiaux de ML
King.
Images : mots d’ordre de la Poor People's Campaign : Éliminer la pauvreté ; Plus
jamais la faim ; Dans un pays prospère, pourquoi sommes-nous pauvres ?; Nourrir les
gens ; Les Juifs pour la justice dans les villes ; Frères avec la race
Le MLK Day
Après la mort de King en 1968, le représentant démocrate
John Conyers introduit un projet de loi au Congrès pour que l'anni-
versaire de sa naissance soit un congé national, mettant en lumière l’action de King
aux côtés des syndicats. Ces derniers reprennent cette proposition et en font la
promotion dans les années 1970.
En 1976, les syndicats aident à l'élection de Jimmy Carter, qui appuie cette
proposition de loi. Mais l'influence des syndicats dans la campagne pour le King
holiday diminue, et le King Centre cherche l'appui des milieux d'affaire et du grand
public. Le chanteur Stevie Wonder popularise la campagne et participe à la conférence
de presse du ‘Rassemblement pour la paix’ en 1981. Six millions de signatures sont
collectées dans une pétition adressée au Congrès pour qu'il vote la loi.
Le président Ronald Reagan s'oppose à ce jour férié, et ne s'incline qu'après
que le Congrès ait voté le King Day Bill à une majorité écrasante, empêchant tout veto
présidentiel (338 voix contre 90 à la Chambre des représentants et 78 contre 22 au
Sénat)
Le 2 novembre 1983, Reagan signe un texte de loi selon lequel
dès 1986, le 3ème lundi de janvier sera fête nationale fériée
pour commémorer la naissance de M.L. King.
3 - Quelques axes dominants
de la pensée et de l’action
de M.L. King
M.L. King est avec Gandhi la figure la plus connue de l’histoire de la
non-violence. Il est devenu une icône alors que de son vivant, il fut l’un
des hommes politiques les plus haïs* de son époque.
La plupart des citations ci-après sont tirées du livre Martin Luther
King, autobiographie, traduction presque complète de l’ouvrage The
autobiography of Martin Luther King Jr, publié en 1998 par Clayborne
Carson**.
* King a été haï par les Blancs racistes ou conservateurs, par la droite étatsunienne, par
Eugène "Bull" Connor, commissaire à la sécurité publique de la ville de Birmingham, etc. Et aussi
par Edgar Hoover (1895-1972), directeur du FBI qui, à partir de 1963, l’accuse d’être un agent du
communisme, le met sur écoute téléphonique et fait connaître ses aventures extraconjugales.
** Clayborne Carson (né en 1944, photo ci-contre), ex-professeur d'histoire à l'Université de
Stanford et proche du mouvement des droits civiques, est directeur du Martin Luther King Jr.
Research and Education Institute.
La nécessité d’un ordre juridique
au service du bien commun
« Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m'aimer, mais il
est important qu'elle lui interdise de me lyncher. »
« Nous croyons en un État de droit fondé sur la justice et la
morale. En raison du grand amour que nous inspire la Constitution
des États-Unis et considérant notre désir de purifier le système
judiciaire de l’Alabama, nous prenons cette initiative critique en toute
connaissance des conséquences éventuelles qui en découleront. »
« Une loi injuste est une règle établie par l’homme qui n’est
pas en conformité avec la loi morale. (…) Toute loi qui élève la
personne humaine est juste. Toute loi qui dégrade la personne
humaine est injuste. »
La non-coopération
avec les structures et lois injustes
« J’avais été déclaré coupable et condamné, mais j’étais fier de
mon crime. Le crime d’avoir uni mes forces à celles de mon peuple pour
une action non-violente contre l’injustice. (…) Le crime d’avoir cherché à
convaincre mon peuple que la non-coopération avec le mal est tout
bonnement un devoir moral autant que la coopération avec le bien. »
(En boycottant les bus) « nous étions en trains de refuser toute
coopération avec un système vicieux et non de retirer simplement notre
clientèle à la compagnie des autobus. (…) À partir de ce moment, j’ai
considéré notre mouvement comme une action de non-coopération
massive. »
Les conséquences de la passivité
« L’inhumanité de l’homme pour l’homme n’est pas seulement
l’effet des actions venimeuses perpétrées par ceux qui sont mauvais.
Elle est aussi l’effet de l’inaction aux conséquences vicieuses de la part
de ceux qui sont bons. »
(Ces 4 petites filles assassinées*) « disent à chacun de nous,
aux Noirs comme aux Blancs, que nous devons substituer le courage à
la prudence. Elles nous disent que nous devons nous préoccuper non
seulement de ceux qui les ont assassinées, mais du système, du mode
de vie et de (l’idéologie**) qui ont conduit les assassins. »
* Le 15 septembre 1963, à peine plus de 2 semaines après la grande marche sur
Washington, juste avant l’office du dimanche, une bombe à retardement explose dans l’église
baptiste de la 16ème rue à Birmingham. Cette église est fréquentée exclusivement par des Noirs
et sert souvent de lieu de réunion pour les militants des droits civiques de la ville. Quatre jeunes
filles, âgées de 14 et 11 ans perdent la vie, 22 personnes sont blessées. Les 4 auteurs,
membres du Ku Klux Klan, seront identifiés par le FBI en 1965 et condamnés en 1977.
** ML King a utilisé ici le mot "philosophie", terme impropre
La nécessaire combativité
« Même les tempéraments violents peuvent être rompus à la
discipline de la non-violence si on leur donne la possibilité d’agir d’une
manière constructive et d’exprimer leur très légitime colère par un moyen
efficace. »
« J’ai essayé de lui dire (à mon peuple) que son mécontentement
était normal et sain et qu’il pouvait être canalisé à travers l’expression
créatrice de l’action directe non-violente. »
« Si vous ne pouvez pas accepter les coups sans répliquer,
n’entrez pas dans nos rangs. »
Combattre l’adversaire
sans le haïr ni l’humilier
« Ce n’est pas une guerre entre le Blanc et le Noir, mais un
conflit entre la justice et l’injustice. (…) Si nous sommes arrêtés chaque
jour, si nous sommes exploités chaque jour, si nous sommes foulés aux
pieds chaque jour, ne laissez jamais quelqu’un vous rabaisser au point
de le haïr. »
« Les Blancs de ce pays en viendront à voir, avec nous, que la
ségrégation les avilit comme elle avilit les Noirs. »
« Notre objectif ne doit jamais être d’infliger une défaite ou une
humiliation à l’homme blanc, mais de mériter son amitié et sa compré-
hension. (…) Notre objectif est d’instaurer une société en paix avec elle-
même. »
L’engagement
La voix de la conscience
« La couardise demande : Est-ce sûr ? L’efficacité demande :
Est-ce politique ? La vanité demande : Est-ce populaire ? Mais la
conscience demande : Est-ce juste ?
Et il vient un temps où l’on doit prendre une position qui n’est ni
sûre, ni politique, ni populaire, mais on doit la prendre simplement
parce qu’elle est juste. »
« Tant qu'un homme n'a pas découvert quelque chose pour
lequel il serait prêt à mourir, il n'est pas à même de vivre. »
Face à la mort
« J’avais beaucoup plus de peur à Montgomery lorsque je possédais une arme
à feu dans ma maison. Le jour où j’ai décidé que je ne pouvais pas la conserver, je me
suis trouvé face à face avec la question de la mort et je me suis accommodé. Je n’ai
plus eu besoin d’une arme à feu et je ne me suis plus senti effrayé. »
« Si je m’étais constamment soucié de la mort, je n’aurais pas pu agir. Au bout
d’un certains temps, quand votre vie est plus ou moins constamment menacée, vous
finirez par accepter avec philosophie l’idée de la mort. »
« Ce qui me rend heureux, c’est que je peux entendre une voix crier au fond
des temps pour me dire : "Peut-être bien que tu n’y arriveras pas aujourd’hui ou que tu
n’y arriveras pas demain, mais il est bon que cette pensée soit dans ton cœur. Il est
bon que tu essaies. Le rêve ne se réalisera peut-être pas. Mais il est bon que tu aies
le désir d’en faire une réalité. » La veille de sa mort
« Peu importe ce qui va arriver maintenant, car je suis allé jusqu’au sommet
de la montagne. Je ne m’inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre
longtemps. (…) J’ai vu la Terre promise. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous.
(…) Je ne m’inquiète de rien. » La veille de sa mort
La stratégie non-violente
« J’en étais arrivé à comprendre très tôt que la doctrine
chrétienne de l’amour, relayée par la méthode de la non-violence prônée
par Gandhi, était une des armes les plus efficaces dont disposaient les
Noirs dans la lutte pour la liberté. »
« Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la
dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications
créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous
élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la
force physique. »
« La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans
blesser et ennoblit l'homme qui la manie. C'est une épée qui guérit. »
« Nous avions formé à la non-violence un groupe d’environ 2 000
adhérents disciplinés qui acceptaient d’encaisser les coups sans répliquer.
(…) Nous n’avions pas de cocktails Molotov, pas de briques, pas d’armes à
feu, nous n’avions que le pouvoir de nos corps et de nos armes. C’étai là
un pouvoir réel et une fois de plus nous l’avons prouvé. »
Des objectifs clairs, limités et atteignables
« Nous ne nous laisserons pas arrêter par des
matraques. Notre mouvement de non-violents est passé
maître dans l’art de désarmer la police. Celle-ci ne sait plus
que faire. »
(À Albany), « notre objectif était tellement vague que
nous n’avons rien obtenu, ce qui a démoralisé et désespéré
les gens. (…) Nous n’avons plus jamais dispersé nos efforts
dans le but de lancer une attaque générale contre la ségré-
gation, mais nos avons concentré notre action sur des
objectifs symboliques et précis. »
Photos : Enchaînement de militants Blancs solidaires des Noirs
Hommes-sandwiches avec la pancarte « Je suis un homme ! »
Femme noire se laissant emporter par les policiers
La contrainte est nécessaire
« J’avais escompté que les privilégiés allaient renoncer à
leurs privilèges sur simple demande ! Cette expérience devait me
servir de leçon. Je compris enfin que personne ne renonce à ses
privilèges sans opposer de résistance. Je compris également
que la raison d’être de la ségrégation était non seulement de
tenir un certain groupe à l’écart, mais de de l’opprimer et de
l’exploiter. »
« Si l’histoire a quelque chose à nous enseigner, c’est que
le mal est par nature farouche et récalcitrant, et qu’il ne lâche
jamais volontairement prise sans livrer au préalable une résis-
tance quasi-fanatique. Il faut le contrecarrer constamment, lancer
contre lui chaque jour et sans relâche les coups de bélier de la
justice (…)
Il serait fallacieux de s’imaginer que seuls le recours à
l’éthique et à la persuasion parviendront à faire régner la justice.
Non pas qu’il soit inutile d’en appeler à la morale, mais il faut, en
même temps, prendre appui sur une force de contrainte réelle .»
La nécessité de l’action directe
« C’est un fait historique que les groupes privilégiés ont
rarement abandonné volontairement leurs privilèges. (…)
Notre douloureuse expérience nous a appris que la
liberté n’est jamais octroyée de manière spontanée par
l’oppresseur : elle doit être exigée par les opprimés. »
« Vous demanderez peut-être "Pourquoi l’action directe ?
Pourquoi les sit-in, les marches et ainsi de suite ? La
négociation n’est-elle pas la meilleure méthode ?"
Vous avez parfaitement raison de demander des négociations. En effet, c’est
précisément le but de l’action directe. L’action directe non-violente cherche à créer
une telle crise, à faire monter une telle tension que la communauté qui a constam-
ment refusé de négocier est contrainte des prendre en considération cette
solution. (…)
Il existe une tension non-violente constructive qui est nécessaire pour faire
mûrir une situation. (…) Le but de notre programme d’action directe est de créer
une situation de crise si forte que la porte de la négociation s’ouvrira inévitable-
ment. »
Le devoir de désobéissance
« Il y a deux sortes de lois : celles qui sont justes et celles qui sont
injustes. Je suis le premier à préconiser l’obéissance aux lois justes. On n’a
pas seulement le devoir légal, mais aussi la responsabilité morale d’obéir aux
lois justes. Inversement, on a la responsabilité morale de désobéir aux lois
injustes. Je suis d’accord avec St Augustin pour dire "Une loi injuste n’est pas
une loi." (…)
Dans une certaine mesure la liberté de pensée est une réalité aujour-
d’hui parce que Socrate a pratiqué la dissidence. Dans l’histoire de notre
nation, la Boston Tea Party* a représenté une action massive de désobéis-
sance civile. »
« Quiconque enfreint une loi injuste doit le faire ouvertement, avec
ferveur et la volonté d’en accepter les conséquences. Je soutiens que
quiconque enfreint une loi parce que sa conscience la tient pour injuste, puis
accepte volontairement une peine de prison afin de soulever la conscience
sociale contre cette injustice, affiche en réalité un respect supérieur pour le
droit. »
* Le 16 décembre 1773, une cargaison de 40 tonnes de thé est jetée à l'eau dans le port de
Boston par des colons déguisés en Amérindiens. C'est un acte de protestation contre le monopole sur la
vente du thé accordé par l'Angleterre à la ‘Compagnie des Indes orientales’. Cet incident est un épisode
clé du conflit entre les Treize colonies anglaises d'Amérique et la Couronne britannique, qui aboutira à
l'indépendance des États-Unis.
Image : La Boston Tea Party
Le devoir de désobéissance
« Le règlement de la circulation exige que l’on s’arrête devant un feu
rouge, et cela est normal. Mais lorsqu’un incendie fait rage, le camion des
pompiers brûle le feu rouge, et le flot de la circulation n’a rien de mieux à
faire que de s’écarter. De même, lorsqu’un homme saigne à mort,
l’ambulance aussi franchit les feux rouges à toute allure. (…) Le monde
entier a besoin d’équipes d’ambulanciers qui n’hésitent pas à brûler les
feux rouges du système actuel jusqu’à ce que prenne fin l’état d’urgence. »
« Si un peuple est capable de trouver dans ses rangs 5 % de ses
hommes prêts à aller en prison pour une cause qu’ils croient juste, alors
aucun obstacle ne pourra l’arrêter. »
Une méthode d’action contre l’oppression
« Je suis plus convaincu que jamais que la méthode de résistance
non-violente est l'arme la plus puissante disponible pour les peuples
opprimés dans leur lutte pour la justice et la dignité humaine. »
« La révolution, bien que née du désespoir, ne peut se nourrir
longtemps du désespoir. Telle est la suprême contradiction du mouve-
ment Black Power. (…) Il a rejeté la seule chose qui entretient l’ardeur des
révolutions, à savoir la flamme omniprésente de l’espoir. Quand meurt
l’espoir, une révolution dégénère en gesticulations stériles. »
Photos :
- People Power aux Philippines en 1986 : la foule bloque les chars du dictateur Ferdinand Marcos
- L’inconnu de la place Tiananmen à Pékin le 5 juin 1989
- La chute du mur de Berlin et l’effondrement du communisme suite à la résistance non-violente des
populations civiles d’Europe de l’Est
- Un livre de Bernard Ravenel (1936-2023), président de l’Association France Palestine Solidarité
(AFPS), préconisant la stratégie non-violente contre l’occupation militaire israélienne de la Palestine
Intégrer la stratégie non-violente
dans les politiques de défense
et d’intervention extérieure
« J’en suis venu à voir de plus en plus le besoin d’une
méthode non-violente dans les relations internationales. (…) De plus en
plus j’en viens à la conclusion que la puissance de destruction des armes
modernes écarte totalement toute possibilité de voir une guerre servir
jamais de bien négatif.
Si nous admettons que l’humanité a le droit de survivre, alors il
nous faut trouver une alternative à la guerre et à la destruction. À une
époque où des satellites sillonnent l’espace et où des missiles balistiques
téléguidés créent des autoroutes de mort à travers la stratosphère,
personne ne peut gagner une guerre. Le choix n’est plus aujourd’hui
entre la violence et la non-violence, il est entre la non-violence et la non-
existence. (…) Si l’Église est fidèle à sa mission, il lui faut exiger
l’interruption de la course aux armements. »
« Le maintien de la paix mondiale par les moyens non-violents
n’est pas une absurdité ni une impossibilité. Toutes les autres méthodes
ont échoué. »
La société du futur
« J’ai l’audace de croire que partout dans le monde les gens
puissent avoir trois repas par jour pour nourrir leur corps, une édu-
cation, une culture pour nourrir leur pensée, la dignité, l’égalité et la
liberté pour nourrir leur esprit (…) Je continue de croire que nous
vaincrons. »
« En recevant le prix Nobel de la paix, j’ai accepté également
une mission, celle de travailler plus dur que jamais à établir "la grande
fraternité des hommes". C’est un appel qui me place au-delà des
allégeances nationales. »
« Si nous voulons vraiment tourner une nouvelle page et mettre
un homme nouveau à pied d’œuvre, nous devons commencer par
détourner le genre humain de la longue nuit désolée de la violence. »
La société du futur
« Nous devons apprendre à vivre ensemble
comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble
comme des imbéciles. »
« Une injustice commise quelque part est une menace pour la
justice dans le monde entier. »
« Nous devons rapidement amorcer le passage d'une société
"orientée vers les choses" à une société "orientée vers la personne".
Lorsque les machines et les ordinateurs, les motivations de profit et les
droits de propriété sont considérés comme plus importants que les
personnes, les triplés géants du racisme, du matérialisme et du
militarisme ne peuvent pas être vaincus. »
Photo du bas : Monument à M.L. King à l’université d’Uppsala (Suède)
Ressources spirituelles
« C’est le Sermon sur la montagne, et non pas une doctrine de
résistance passive, qui a donné initialement aux Noirs de Montgomery
l’idée de se lancer dans une revendication sociale pleine de dignité. »
« Dieu avait été mon compagnon de cellule. »
« Jésus a donné l’objectif, Gandhi a donné le mode opératoire. »
« Une importante partie des réunions populaires était consacrée
aux chants de libération*. Dans un certain sens, ces hymnes à la liberté
sont l’âme du mouvement. (…) Grâce à cette musique, à ce riche héritage
de nos ancêtres (…), nous sommes en mesure de formuler nos griefs les
plus profondément enfouis et nos aspirations les plus passionnées en
terminant toujours sur une note d’espoir, l’espoir que Dieu va nous aider à
nous en sortir. »
* Le chant We shall overcome (« Nous triompherons ») est un protest song tiré d'un vieux
gospel de Charles Albert Tindley (1851-1933, fils d’esclave, pasteur méthodiste) intitulé I'll Over-
come Someday et paru pour la première fois en 1900.
Il est chanté comme hymne lors des marches du mouvement des droits civiques aux États-
Unis, et interprété notamment par Pete Seeger (1919-2014), Joan Baez (née en 1941) Peter, Paul
and Mary.
Photos : Charles Albert Tindley, Pete Seeger, Joan Baez ■

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Histoire et figures de la non-violence. — 04b. Martin Luther King (1929-1968)

  • 1. Trombinoscope historique de la non-violence 4 bis - Martin Luther King (1929-1968) Étienne Godinot 16.02.2023
  • 2. Martin Luther King (1929-1968) Sommaire - La ségrégation raciale aux États-Unis - Vie et mort de M.L. King - Quelques axes dominants de sa pensée Images : - Green Book (Livre vert), titre des guides pour les voyageurs afro-américains indiquant des motels, restaurants, bars, campings, stations-service, dancings qui autori- saient la fréquentation de personnes non blanches dans les États ségrégationnistes. - M.L. King, Coretta et leurs 4 enfants - Mémorial M.L. King à Washington, inauguré en octobre 2011 par Barack Obama, premier président d’origine noire des États-Unis. Note : Les noms en bleu dans le diaporama renvoient à des diapositives spécifiques du trombinoscope ‘Chercheurs d’humanité’ de l’IRNC ou à la liste des noms dans le répertoire alphabétique de ce trombinoscope.
  • 3. Martin Luther King (1929-1968) Sources - « Combats pour la liberté : Gandhi, Martin Luther King », Les dossiers de Non-violence politique, déc. 1982 - « Martin Luther King, un combat exemplaire », revue Alternatives non-violentes n° 146, mars 2008 - Internet, notamment Wikipedia - Photos : principalement Internet
  • 4. 1- La ségrégation raciale aux États-Unis La ségrégation raciale aux États-Unis est une politique de sépara- tion et de discrimination des personnes, selon des critères raciaux, mise en place principalement dans les États du Sud, entre 1877 et 1964 (ségrégation de jure en Alabama, Floride, Géorgie, Oklahoma, Caroline du Nord, etc.). Elle a pour but de contourner la mise en œuvre de l'égalité des droits civiques des Noirs garantis par la Constitution des États-Unis au lendemain de la guerre de Sécession (1861-1865). Pour entraver les nouveaux droits des Afro-Américains, les États du sud utilisent deux dispositifs : - l'intimidation par le terrorisme avec le Ku Klux Klan* , - les lois Jim Crow** issues des Black Codes. * Le Ku Klux Klan, souvent désigné KKK, est une société secrète terroriste supréma-ciste blanche des États-Unis début 1866. Elle opère par le meurtre, la pendaison, la castration, l’incendie, le saccage, les intimidations verbales et violences physiques (lynchage, coups de fouet), le chantage, etc. Le KKK sème la terreur jusque dans les années 1960 (voir Selma, 1963) ** Le terme Jim Crow trouve son origine dans la culture populaire étatsunienne par une chanson de 1828, Jump Jim Crow , imitation caricaturale et raciste d'un esclave noir créée par l'auteur Thomas Dartmouth ‘Daddy’ Rice (1808–1860)
  • 5. La ségrégation raciale dans les États du Sud La ségrégation existe dans tous les secteurs de la vie sociale : logement, emploi, enseignement et éducation (école, univer- sité), transports (trains, bus, salles d’attente), culture (cinéma, théâtre, bibliothèques), restauration, lieux de repos et d’aisance, hôpitaux, prisons, magasins, chez les coiffeurs et barbiers, dans les cabines téléphoniques, lors des matchs de base-ball ou les spectacles de cirque, etc., et bien sûr au niveau du droit de vote. Exemples de lois Jim Crow : Alabama : « Aucune personne ou société n'exigera de n'importe quelle infirmière féminine blanche de travailler dans les salles d'hôpitaux, publics ou privés, dans lesquels des Noirs sont placés. » « « Les contrôleurs de train de voyageurs doivent assigner à chaque passager le wagon ou le compartiment qui lui est destiné selon sa couleur. » Floride : « Tout mariage entre une personne blanche et une personne noire ou entre une personne blanche et une personne d'ascendance noire à la quatrième génération est interdit. » « Les écoles pour enfants blancs et pour enfants noirs devront être séparées. »
  • 6. Les débuts de la lutte antiségrégationniste Dans les années 1930 et 1940, de nombreuses actions, dont des boycotts, sont organisées par des militants, en particulier par la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), fondée en 1909. L’organisation a compté dans ses rangs des dirigeants de toutes origines. Certains de ses fondateurs en sont l’illustration : William Edward Du Bois (1868-1963), un militant intellectuel noir, Henry Moscowitz (1880-1936), un immigrant juif roumain et Mary White Ovington (1865-1951), une militante suffragette blanche. Sa mission est d'« assurer l'égalité des droits politique, éducative, sociale et économique de tous les citoyens et éliminer la haine raciale et la discrimination raciale ». Le NAACP Legal Defense Fund, un fonds destiné à financer les procès engagés par la NAACP est constitué en 1940. La branche jeunesse de la NAACP est fondée en 1936.
  • 7. 2 - Vie et mort de Martin Luther King Martin Luther* King junior nait le 15 janvier 1929 à Atlanta (Géorgie), un État très ségrégationniste. Son père, pasteur, occupe une place de premier plan dans la communauté noire et se déclare déter- miné à combattre le racisme jusqu’à sa mort. Il entre à l'âge de quinze ans à Morehouse College, une université réservée aux étudiants afro-étatsuniens, où il bénéficie de l'enseigne- ment de Benjamin E. Mays (1894-1984, photo du milieu), théoricien de la non-violence évangélique. Il en sort avec le diplôme de Bachelor of Arts (licence) en socio- logie et rentre au Crozer Theological Seminary pour un Bachelor of Divinity (licence universitaire en théologie) qu'il obtient en 1951. En février 1948, il est ordonné pasteur dans l’Église baptiste. En juin 1953, il épouse Coretta Scott (1927-2006, photo du bas). En 1954, il est nommé à Montgomery, dans l'Alabama. * Son prénom est constitué par le prénom et le nom du théologien allemand Martin Luther (1483-1546), fondateur du protestantisme.
  • 8. Le boycott des bus de Montgomery Le 1er décembre 1955, une couturière noire, Rosa Parks (1913- 2005), parce qu’elle est fatiguée et a mal aux pieds, refuse de céder sa place à un Blanc dans un bus. Elle est arrêtée par la police. La commu- nauté noire de Montgomery, en l’absence de King, décide que le jeune nouveau pasteur de 26 ans pourrait très bien assumer les fonctions de président de l’association qu’elle vient de créer pour défendre ses droits. « On vint le chercher. Il n’a pas choisi la non-violence ; ce fut la non- violence qui le choisit, s’imposant à lui comme une exigence interne de la situation. »* Avec l'aide du pasteur Ralph Abernathy (1926-1990) et d'Edgar Nixon (1899-1987), directeur local de la NAACP, M.L. King lance un appel au boycott de la compagnie de bus de la ville et conduit l’action. La campagne devient extrêmement tendue à cause de ségréga- tionnistes blancs qui ont recours au terrorisme : la maison de King est attaquée à la bombe incendiaire le matin du 30 janvier 1956 (sa femme et sa fille qui étaient dans la maison sont indemnes), ainsi que celle de Ralph Abernathy et quatre églises, et King est victime de violences physiques. * d’après son biographe Lerone Benett (1928-2018).
  • 9. Le boycott des bus de Montgomery Les boycotters sont souvent pris en dérision, insultés ou attaqués physiquement par les Blancs, mais les 40 000 Noirs de la ville continuent de marcher, parfois jusqu'à 30 km par jour, de faire du vélo ou du covoiturage, pour rejoindre leur domicile, leurs lieux de travail ou d’activités. Le 13 novembre 1956 (arrêt Browder c/ Gayle), la Cour Suprême juge inconstitutionnelles les lois locales et celles de l’État d’Alabama sur la ségrégation dans les autobus. Le 21 décembre 1956, après 382 jours de boycott, et alors que la compagnie est au bord de la faillite, les Noirs reprennent l’usage des autobus dans lesquels ils ont conqui les mêmes droits que les Blancs.
  • 10. 1957 : La fondation de la SCLC Le grand impact médiatique de cette victoire amène M.L. King, avec d'autres personnalités noires, à fonder la Southern Christian Leadership Conference (SCLC, ‘Conférence des leaders chrétiens du sud’) le 10 et 11 janvier 1957 et à en devenir le président. Ils décident d'étendre la lutte non-violente pour les droits civiques des Noirs à l'ensem- ble des États-Unis. Le 9 septembre 1957, le Congrès des États-Unis crée dans le Département de la Justice la Commission des droits civiques En 1958, King prononce 208 discours à travers le pays. Le 20 septembre 1958, alors qu’il dédicace son livre Marche vers la liberté, il est poignardé avec un coupe-papier par une femme dans un grand magasin. La pointe étant fichée dans l’enveloppe de l’aorte, il doit respirer calmement et sans bouger malgré la douleur et le choc.
  • 11. 1959 : Voyage en Inde sur les pas de Gandhi M.L. King a lu Henri-David Thoreau, auteur de La désobéissance civile, et admire le Mahatma Gandhi. À l’invitation du Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, Martin, accompagné de Coretta, effectue du 2 février au 10 mars 1959 un voyage en Inde pour approfondir sa connaissance du satyagraha (‘la force de vérité’), philosophie et stratégie d’action adoptées par Gandhi dans sa lutte contre le colonialisme anglais. En 1960, il donne sa démission de l’Église baptiste de Dexter. Toute la famille déménage à Atlanta. Photos : Henri-David Thoreau (1817-1862) Mohandas Karamchand Gandhi (1869-1948). Arrivée de l’avion en Inde.
  • 12. 1960 : Le SNCC et les sit-in de Greensboro Le 2 février 1960, 4 étudiants noirs* s’installent au comptoir du grand magasin Woolworth** de Greensboro (Caroline du Nord), interdit aux Noirs, déclarant qu’ils ne partiront pas avant d’avoir été servis. Galvanisés par leur courage, des centaines d’étudiants, y compris blancs, assaillent les magasins Wolworth la semaine suivante. C’est le début du mouvement des sit-in étudiants qui s’étend à plus de 100 villes et mobilise 70 000 protestataires. Le 15 avril 1960, le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC)*** est créé pour coordonner les actions de protestation des étudiants de la Shaw University de Raleigh (Caroline du Nord) Le 19 octobre 1960, King est arrêté lors d’un sit-in à Atlanta et condamné à 4 mois de travaux forcés. Soutenu par le sénateur John F. Kennedy, il est libéré au bout de quelques jours. * Joseph McNeil, Franklin McCain, Ezell Blair et David Richmond, tous les 4 étudiants de l’université agricole et technique d’État de Caroline du Nord. ** Woolworth était une entreprise de distribution spécialisée dans les magasins à prix unique. *** Le leader principal de SNCC est Stokely Carmichael (1941-1998, photo ci contre), qui s’éloignera 6 ans plus tard de la non-violence et rejoindra le mouvement Black Power et le Black Panthers Party
  • 13. 1960 : Les sit-in de Nashville Les sit-in de Nashville (Tennessee) ont eu lieu du 13 février au 10 mai1960 pour mettre fin à la ségrégation raciale dans les bars et restaurants. 124 étudiants noirs sont formés par James Lawson à la philo- sophie et à la stratégie de l’action non-violente et se préparent aux agressions physiques et verbales de la part des Blancs. Malgré leur refus de répondre à ces attaques, 81 étudiants sont arrêtés pour avoir refusé de libérer leur place aux comptoirs. Lors des procès, ils sont défendus par 13 avocats dirigés par Alexander Looby (1899-1972). Le 19 avril, la maison d’Alexander Looby est la cible d’une attaque à la bombe. 2 500 manifestants font une marche silencieuse jusqu'à l‘Hôtel de ville, où ils interpellent le maire Ben West. Les étudiants arrêtés sont reconnus coupables de trouble à l’ordre public et condamnés à une amende de 50 dollars. Ils refusent de payer et choisissent de passer 33 jours en maison de correction, mais ils sont libérés deux jours plus tard suite aux interventions de célébrités**. * La campagne est coordonnée par le mouvement étudiant de Nashville et par le Nashville Christian Leadership Council (NCLC), animé, entre autres, par James Lawson (né en 1928, professeur d’université), Kelly Miller Smith (1920-1984, pasteur) et Cordy Tindell Vivian (1924-2020, pasteur) * comme Eleanor Roosevelt ou Harry Belafonte Photos : - Des Blancs s’en prennent à un Noir attablé à un comptoir le 27 février 1960 - Plaque commémorative des évènements à Nashville
  • 14. 1961 : Les évènements d’Albany En nov. 1961, la communauté noire d’Albany (Géorgie) demande à King de venir la rejoindre pour y mener une campagne d’intégration dans les lieux publics. Arrivé le 15 décembre 1961, il est arrêté le lendemain alors qu’il avait pris la tête d’une marche de protestation. Il sera arrêté à deux autres reprises. Des jeunes noirs répondent aux attaques de la police par des jets de pierres. En août 1962, King prévoit une grande manifestation de masse pour défier le pouvoir blanc local. Mais celui-ci obtient une interdiction fédérale de la marche. Ce fait est nouveau. Jusqu’ici, King commettait des infractions aux lois locales pour faire respecter la loi fédérale qui affirme l’égalité de tous les citoyens étatsuniens. Cette fois, c’est la loi fédérale elle-même qui est en jeu. Après bien des hésitations, King décide de renoncer à la marche et quitte précipitamment la ville. « L’épisode d’Albany, note Lerone Benett, constituera une défaite atterrante pour King et le mouvement de la liberté. » King se rendra compte de son erreur, et se souviendra de la leçon lorsqu’il se rendra à Birmingham.
  • 15. 1961 : Les "voyageurs de la liberté" Le 4 mai 1961, le premier groupe de Freedoms Riders, déter- minés à intégrer les cars de transport inter-États, part de Washing- ton pour un voyage de 25 jours dans le Sud. Ce groupe, organisé par le Congress for Racial Equality (CORE)*, part peu après que la Cour Suprême ait déclaré illégale la ségrégation dans les bus et gare des transports inter-États. Durant le parcours, ils subissent diverses insultes et agres- sions de la part des ségrégationnistes, y compris l’incendie d’un bus, sans que la police réagisse. Les images de ces violences sont retransmises à la télévision dans le monde entier. Un 2ème groupe part ensuite et subit les mêmes agressions sauvages avant d’être emprisonné. Le 22 septembre 1961, la ‘Commission du commerce inter- États’ interdit toute discrimination dans les transports routiers entre États. * Le CORE, ‘Congrès pour l’égalité raciale’, a été fondé en 1943 par James Farmer (1920-1999, photo ci-contre)
  • 16. 1962 : James Meredith inscrit à l’université En septembre 1962, le gouverneur du Mississipi, Ross Barnett, refuse une décision d’une cour de justice fédérale, obtenue grâce à l’action de la NAACP, qui enjoint d’inscrire dans l’université de cet État le premier Noir à en faire la demande, James Meredith. L’étudiant est escorté sur le campus par des officiers fédéraux (photo du haut). Il peut commencer les cours en octobre 1962, et termine ses études à l'Université du Mississippi en août 1963, restant sous protection militaire jusqu'à la fin de ses études. Quelques années plus tard, en juin 1966, Meredith est blessé (photo du bas) par les tirs d'un sniper blanc, Aubrey James Norvell, lors de la ‘Marche contre la peur’ qu'il a initiée du Tennessee jusqu'au Mississippi.
  • 17. 1963 : Actions à Birmingham Le pasteur noir Fred Shuttelsworth (1922-2011), président de l’Alabama Christian Movement pour Human Rights (ACHR), organisait la lutte contre la ségrégation avec un dévouement et une détermination à toute épreuve. Mais ses compagnons et lui se heurtaient à la féroce répression du commissaire de police Eugene "Bull" Connor (1897-1973) et aux violentes représailles des Blancs. En mai 1962, l’ACHR demande l’aide de la SCLC pour mener une campagne massive d’actions directes non-violentes. La campagne est préparée pendant plusieurs mois, tant du pont de vue spirituel, théorique que tactique, des volontaires sont recrutés et entraî- nés aux méthodes de l’action non-violente. Le 3 avril 1963, date de publica- tion du ‘Manifeste de Birmingham’*, le ‘Projet C’ (C comme confrontation)** est mis en œuvre. * Le Manifeste exige la déségrégation des snak-bars, restaurants et magasins, demande l’embauche des Noirs dans les commerces et industries locales, la création d’un comité biracial pour mettre en œuvre la déségrégation. * * Les futurs manifestants signent une charte d’engagement, participent à des sociodrames pour se préparer à faire face aux brutalités des policiers et aux provocations des Blancs racistes, chantent des Negro Spirituals et hymnes à la liberté, font des sit-in et des marches ayant pour but de provoquer des arrestations massives : le 10 avril, 400 Noirs sont incarcérés 1ère photo en haut : - Fred Shuttelsworth, Ralph Abernaty et ML King à Birmingham en 1963
  • 18. M.L. King en prison Au cours de la première manifestation, le 12 avril 1963, King est arrêté et emprisonné avec 50 de ses compagnons. Il y restera jusqu’au 20 avril. Il passera en procès le 22 avril et sera condamné à 5 jours de prison*. Le 16 avril 1963 est glissée sous la porte de sa cellule un exem- plaire des Birmingham News où est publiée une déclaration émanant de 8 responsables religieux blancs, 4 évêques catholiques, 3 pasteurs protestants blancs et un rabbin. Ce texte dénonce les troubles causés par le mouvement pour les droits civiques, qualifiant les activités de King de « déraisonnables et prématurées » et menées par un « élément étranger » à la ville. Depuis sa prison, King écrit une lettre ouverte aux 8 responsables religieux. Ses avocats la sortent clandestinement de prison, et elle est aussitôt publiée dans une brochure éditée par les Quakers. Elle demeure célèbre sous le nom de Lettre de la prison de Birmingham, un des documents les plus remarquables du mouvement des droits civiques. * Cette faible condamnation est due à la crainte de juge qu’un emprisonnement prolongé de King popularise et amplifie le mouvement de contestation, mais aussi à l’intervention du sénateur Robert Kennedy qui manifeste son soutien à ML King par un appel téléphonique à Coretta.
  • 19. Lettre de la prison de Birmingham (extraits) « Je suis ici (…) parce que j’y ai été invité (…). Mais plus fonda- mentalement, je suis à Birmingham parce que l’injustice est ici. (…) Bien plus encore, je suis conscient de l’interrelation qui existe entre toutes les communautés et tous les États. (…) Il est fâcheux que des manifestations aient lieu à Birmingham, mais il est encore plus fâcheux que le pouvoir blanc de cette ville n’ait pas laissé d’autre choix la communauté noire.(…) Mes chers frères chrétiens et juifs, (…) j’ai été gravement déçu par les Blancs modérés. (…) J’en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que la plus grande pierre d’achoppement que rencontre le Noir dans sa progression vers la liberté n’est pas le membre du White Citizen's Councilor ou du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus dévoué à l'ordre qu'à la justice; qui préfère une paix négative qui est l'absence de tension à une paix positive qui est la présence de la justice. »
  • 20. La marche des enfants et la répression Du 2 au 5 mai 1963*, plus de 1 000 jeunes élèves défilent pour leurs droits ; ces manifestations passeront dans l'histoire sous le nom de Birmingham Children's Crusade. La répression est violente : canons à eau, lances à incendie, chiens policiers; plusieurs enfants sont matraqués et empri-sonnés. Le lendemain, tout le pays est horrifié par ces images d’une violence extrême. La situation se renverse le 5 mai : les manifestants arrivent en chantant devant les policiers armés qui, refusant d’obéir à leur chef Eugene "Bull" Connor, les laissent passer, sans réagir. Le 6 mai, plus de 3000 Noirs sont en prison. Le 10 mai 1963, des représentants des organisations blanches et noires de Birmingham se mettent d'accord sur un plan de déségrégation ; en réaction, le Ku Klux Klan fait éclater le lendemain une bombe au domicile du pasteur Alfred Daniel King (1930-1969), frère de Martin, qui habite Birmingham. Le 20 mai, la Cour suprême déclare inconstitutionnelle la règlementation ségrégationniste de Birmingham. * après un attentat à la bombe du Ku Klux Klan dans une église de Birmingham qui cause la mort de 4 enfants et blesse 22 personnes
  • 21. 28 août 1963 : La marche sur Washington "I have a dream" La violence des forces de l'ordre et le harcèlement des Blancs ségrégationnistes face aux luttes pacifiques engendrent au sein de l'opinion publique une vague de sympathie pour le mouve- ment des droits civiques. Après la victoire de Birmingham, une ‘marche sur Was- hington pour le travail et la liberté’ (March on Washington for Jobs and Freedom) est organisée le 28 août, jour du centenaire de l’abolition de l’esclavage, Dans son discours au pied du Lincoln Memorial, King prononce devant 250 000 personnes le célèbre discours « Je fais un rêve ». Il lance un appel pour un pays où tous les hommes et toutes les femmes partageraient les mêmes droits dans la justice et la paix. Avec d’autres leaders du mouvement des droits civiques, King rencontre le président John F. Kennedy, qui sera assassiné à Dallas quelques mois plus tard, le 22 novembre 1963.
  • 22. 28 août 1963 : "I have a dream" (extraits) « Je suis heureux de me joindre à vous aujourd’hui pour participer à ce que l’histoire appellera la plus grande démonstration pour la liberté dans les annales de notre nation. Il y a cent ans, un grand Américain, qui jette sur nous aujourd'hui son ombre symbolique, a signé la Proclamation d‘émancipation. (…) Mais un siècle plus tard, nous devons faire le constat tragique que les Noirs ne sont pas encore libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs reste entravée par la ségrégation et enchaînée par la discrimination. Un siècle plus tard, les Noirs représentent un îlot de pauvreté au milieu d'un vaste océan de prospérité matérielle. Un siècle plus tard, les Noirs languissent toujours dans les marges de la société américaine, des exilés dans leur propre terre. Alors nous venons ici aujourd'hui pour rendre manifeste notre condition effroyable. (…) En procédant à la conquête de notre place légitime, nous ne devons pas nous rendre coupables d’agissements répréhensibles. (…) Nous devons toujours conduire notre lutte dans un haut souci de dignité et de la discipline. Nous ne pouvons pas laisser notre protestation créative dégénérer en violence physique. (…)
  • 23. "I still have a dream" Je fais le rêve qu'un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité. (…) Je fais le rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas sur la couleur de leur peau, mais sur leur personnalité. » Je fais le rêve qu'un jour l'État de l'Alabama (…) sera transformé en un endroit où des petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs. (…) Quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous la laisserons retentir de chaque village et de chaque lieu-dit, de chaque État et de chaque ville, nous ferons approcher ce jour où tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs et Gentils, Catholiques et Protestants, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux Negro spiritual “Free at last, free at last. Thank God Almighty, we are free at last !" »
  • 24. 1964 : Le prix Nobel de la Paix Le 10 décembre 1964, Martin Luther King, âgé de 35 ans, reçoit à Oslo (Norvège) le prix Nobel de la Paix dont il est le plus jeune lauréat depuis la création de ce prix. « J’accepte le prix Nobel de la paix à un moment où vingt- deux millions de Noirs, aux États-Unis d’Amérique, sont engagés dans une bataille créatrice pour mettre fin à la longue nuit d’injustice raciale. J’accepte cette récompense au nom du mouvement pour les droits civiques qui avance avec détermination, avec un mépris souverain du danger et des risques, pour établir le règne de la liberté et l’autorité de la justice. (…) Après réflexion, je conclus qu’en attribuant ce prix au mou- vement dont je suis le représentant, les jurés ont voulu manifester leur sentiment profond et reconnaître dans la non-violence la réponse à la question cruciale de notre temps en matière de politique et de morale : le besoin pour l’homme de vaincre l’oppression et la violence sans recourir lui-même à la violence et à l’oppression. »
  • 25. 1964 : Le Civil Rights Act Le Civil Rights Act (loi sur les droits civiques) voté par le Congrès des États-Unis est promulgué par le président Lyndon Johnson le 2 juillet 1964. Il met fin à toutes formes de ségréga- tions, de discriminations reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale. Au fil des ans, King continue de propager son message, s'adressant notamment au pape Paul VI en 1964 ou à la National Union of South African Students en 1965.
  • 26. Mars 1965 : les 3 marches Selma-Montgomery L'État le plus rebelle au Civil Rights Act est celui de l'Alabama, gou- verné par George Wallace*. Pour protester contre les entraves à l’appli- cation de la loi, des militants noirs** organisent 3 marches de Selma à Montgomery, la capitale de l'Alabama, qui ont lieu les 7, 9 et 25 mars 1965. 1) Le 7 mars, en l'absence de M.L. King, 600 manifestants sont arrêtés au bout de quelques kilomètres au pont Edmund Pettus par la police locale sous les ordres du shérif Jim Clark et par une foule hostile de Blancs ségrégationnistes qui les repoussent à coups de matraques et de gaz lacrymogène. 84 blessés, dont Marie Foster (1917-2003) et Amelia Boynton Robinson (1911-2015), tombée sous les coups des policiers, et inanimée sur le pont. Les images font le tour du monde, ce dimanche prend le nom de Bloody Sunday (‘dimanche sanglant’). * G. Wallace (1919-1998), partisan intransigeant de la ségrégation, s'était fait élire en 1963 avec le slogan « Ségrégation maintenant, ségrégation demain, ségrégation pour toujours »… ** sous la direction d'Amelia Boynton Robinson (dont la famille était en pointe sur la question du droit de vote depuis les années 1950), M.L.King, James Bevel (1936-2008) et du pasteur Hosea Williams (1926-2000). Photos : - Le pont Pettus. - La répression policière - Affiche de Selma, film états-unien réalisé par Ava DuVernay, sorti en 2015 .
  • 27. Mars 1965 : les 3 marches Selma-Montgomery 2) La deuxième marche, le mardi 9 mars, en présence de M.L. King, est qualifiée de « Turnaround Tuesday », car le cortège, arrivé sur le pont Edmund-Pettus, décide de faire demi- tour pour éviter les coups des antiségrégationnistes et de la police.* 3) Seule la dernière marche arrive avec succès à Mont- gomery. 3 200 marcheurs partent de Selma le dimanche 21 mars, parcourant 20 km par jour et dormant dans les champs. 25 000 marcheurs atteignent le capitole de Montgomery, le jeudi 25 mars. M.L. King prononce alors le discours « How Long, Not Long » (Combien de temps, peu de temps)** * À la suite de la seconde marche, trois pasteurs unitariens blancs qui avaient répondu à l'appel de M.L. King sont attaqués en pleine rue à Selma par des membres du Ku Klux Klan. L’un d’eux, le pasteur James Reeb (1927-1965, photo ci-contre), meurt de ses blessures deux jours plus tard. ** Dans la nuit, Viola Liuzzo (1925-1965, photo ci-contre), militante blanche des droits civiques, est assassinée par le Ku Klux Klan alors qu'elle ramène des marcheurs dans sa voiture. Elle avait assisté le 18 mars à une manifestation dans son université et avait appelé son mari pour lui dire qu'elle participerait à la marche, car, disait-elle, « c'est le combat de tout le monde ».
  • 28. Août 1965 : Le Voting Right Act Le Voting Rihgt Act (loi sur le droit de vote) est adopté par le Congrès le 4 août 1965 et signé par le président Lyndon Johnson le 6 août suivant. Conçu pour renforcer le droit de vote des Afro-étatsuniens garanti depuis les 14ème et 15ème amendements de la Constitution, la loi assure ce droit pour les minorités dans tout le pays, et parti- culièrement dans le Sud. Selon le département de la Justice des États-Unis, elle est considérée comme la loi civique la plus efficace de l'histoire du pays. Le Congrès sous domination démocrate déposera par la suite 5 amendements à cette loi durant la présidence de Johnson, pour étendre l'influence du texte.
  • 29. Mars 1966 : M.L. King à Lyon Les 29 et 30 mars 1966, M.L. King vient à Lyon, la seule ville de province en Europe où il ait choisi de se rendre, qui lui réserve un accueil enthousiaste. Invité par plusieurs organisations lyonnaises coordonnées par le ‘Cercle pour la Liberté de la Culture’, en particulier par Robert Vial et par les pasteurs Jacques Martin et Paul Éberhard, King prend la parole à Bourse du Travail de Lyon devant 3 000 personnes. Cette visite marque profondément le jeune lycéen Christian Delorme, alors âgé de 15 ans. Plus tard, ce prêtre lyonnais sera co-fondateur en 1973, avec Georges Didier et Christian Mellon, de la revue trimestrielle Alternatives non-violentes, puis co- initiateur de la ‘marche pour l’égalité et contre le racisme’ ou ‘marche des Beurs’ de Marseille à Paris du 15 octobre au 3 décembre 1983*. L'association ‘L'Hospitalité d'Abraham,’ créée à Lyon en 1996, porte le souci d'entretenir le souvenir et l'enseignement de M.L. King. En 2009, elle peut faire installer dans l'espace public, près de la Bourse du Travail, un buste du pasteur King. En 2018, elle est à l'origine d'une grande exposition intitulée "Martin Luther King, le rêve brisé ?" qui se tient durant trois mois à la Bibliothèque Municipale de Lyon, et qui accueille presque 50 000 visiteurs. * C. Delorme est aussi l’auteur du petit livre Prier 15 jours avec ML King. Photos : le cardinal Jean-Marie Villot, M.L. King et le pasteur Jacques Martin (1906-2001) Le buste de M.L. King à Lyon
  • 30. 1966 : M.L. King à Chicago Des émeutes avaient éclaté à Harlem (quartier de New-York) durant l’été 1964, suite à l’assassinat d’un jeune noir de 15 ans par un policier blanc qui n’était pas en service, puis à Rochester. En août 1965, c’est le quartier noir de Watts, à Los Angeles, qui flambait. King ne connaissait pas encore la réalité des ghettos du Nord. Il lui fallait l’apprendre s’il ne voulait pas que cette Amérique noire lui échappe. Le 7 janvier 1966, il loue un appartement dans le ghetto noir de Chicago (Illinois) pour entreprendre dans cette ville la lutte contre le chômage, le mal-logement et les taudis. En mars, il rassemble des chômeurs pour restaurer des logements inhabités. Poursuivi par les propriétaires, il organise une grève des loyers qui s’avère être un fiasco complet. Les marches organisées dans les quartiers blancs du sud- ouest et du nord-ouest de Chicago suscitent une réaction encore plus violente que dans le Sud. Photos - Quartier noir de Watts (Los Angeles), août 1965 - Martin et Coretta King (fenêtre du milieu) dans leur appartement à Chicago - Des membres de l’American Nazi Party défilent avec des pancartes en face de l'église baptiste Greater Mount Hope à Chicago le 19 août 1966. L'église a été le théâtre d'une réunion entre M.L. King et les défenseurs des droits civiques pendant laquelle ont été décidées de nouvelles marches, en vue de l’ouverture de logements dans des quartiers blancs ségrégués.
  • 31. Le Chicago Freedom Movement Le Chicago Freedom Movement est une campagne en faveur des droits civiques menée à Chicago et dans le nord des États-Unis entre milieu 1965 et début 1967. Elle est rendue possible par l'alliance entre la SCLC dirigée par M.L. King, et le Coordinating Council of Community Organizations (CCCO) dirigé par James Bevel (1936-2008) et Albert Raby. La campagne se focalise sur les discriminations contre les Noirs dans le domaine du logement dans la ville de Chicago. Durant les manifestations des Blancs jettent des bouteilles et des pierres sur les Noirs. M.L. King lui-même est blessé par un jet de pierre. Le 10 juillet 1966, lors du Chicago Freedom Festival, une foule de 60 000 per- sonnes écoute les interventions de M.L. King, Mahalia Jackson (chanteuse), Stevie Wonder (auteur-compositeur-interprète né en 1950) et Peter Paul au Soldier Field. Des marches sont organisées dans les quartiers blancs du sud-ouest et du nord- ouest de Chicago. À la mi-août, les militants, les autorités municipales et les représen- tants du Chicago Real Estate Board engagent des négociations qui aboutissent à un accord le 26 août. Jesse Jackson, un collaborateur de King, organise les premiers boycotts réussis pour le droit à l'accès des Noirs aux mêmes emplois que les Blancs. Photos : - Rassemblement et discours de King au Soldier Field de Chicago le 10 juillet 1966, suivi d’une marche vers l’Hôtel de ville. - L’acteur Sidney Poitier (1927-2022), le chanteur Harry Belafonte (né en 1927), M.L. King, le pasteur Cordy Tindell Vivian (1924-2020), la chanteuse Mahalia Jackson (1911-1972) et l’enseignant Albert Raby (1933-1988) à la Stanford University
  • 32. Les émeutes urbaines en été 1966 et 1967 « Hot sommers » En juin 1966, Stokely Carmichael (1941-1998) et Willie Riks (né en 1943) prennent leurs distances avec la stratégie non-violente de M.L. King et utilisent pour la première fois en public l’expression Black Power (pouvoir noir) Durant l’été 1966, plus d’une vingtaine de villes se soulèvent. Entre autres : Jacksonville (Floride), Sacramento (Californie), Omaha (Nebraska), New York, Los Angeles, San Francisco, Chicago. Dans cette ville, la police avait chassé des enfants qui profitaient d’une bouche à incendie pour se rafraîchir. Le point culminant de cet été est à Cleveland (Ohio) où ont lieu de violents affrontements avec la garde nationale. À la fin de l’été, il y a 12 morts et 400 blessés. En 1967, durant le quatrième “été chaud”, plus de 100 villes sont touchées par les soulèvements, notamment Newark (dans le New Jersey, pas loin de New York) et Detroit. Le mouvement du Black Power, et notamment celui des Black Panthers, déterminé à faire cesser l’oppression par l’action violente, attire chaque jour de nouveaux sympathisants, malgré son absence de projet politique. Photos - Newark 1967 : 27 morts, 2 000 blessés, 1 000 Noirs emprisonnés - Detroit, 1967 : 41 morts, 2 000 blessés, 3 200 arrestations, 1 500 magasins pillés, 1 200 bâtiments incendiés. «Avant la ville s’appelait Detroit, maintenant elle s’appelle Destroyed », commente un leader étudiant.
  • 33. 1966-1967 : Contre la guerre du Vietnam En avril et mai 1966, King prend ouvertement position contre la guerre du Vietnam. Il accepte en 1966 d’être vice-président de l’asso- ciation Clergy and Laymen Concerned About Vietnam (CALCAV, ’Clergé et laïcs concernés par le Vietnam’)* Dans la Riverside Church du quartier de Morningside Heights (New-York), le 4 avril 1967, un an jour pour jour avant son assassinat, il prononce son discours "Au-delà de la guerre du Vietnam : il est temps de rompre le silence". Pour lui, la guerre du Vietnam est le « symptôme d’une maladie plus profonde de l’esprit américain. » « Nous nous sommes trompés dès le début de notre aventure au Vietnam, nous avons porté préjudice à la vie du peuple vietnamien. (…) Nous devons prendre l’initiative de mettre un terme à cette guerre tragique. (…) La révolution positive des valeurs est notre meilleure défense contre le communisme. La guerre n’est pas la réponse. Le communisme ne sera jamais vaincu par l’utilisation de bombes atomiques. (…) * L’association CALCAV est animée par le pasteur, théologien et éthicien John Coleman Bennett (1902-1995), président de l’Union Theological Seminary, une institution interconfes- sionnelle basée dans le quartier de Morningside Heights, l’historien Henry Steel Commager (1902- 1998) et le rabbin Abraham Joshua Heschel (1907-1972)
  • 34. 1967 : contre la guerre du Vietnam Une vraie révolution des valeurs nous amènera à regar- der avec honte le contraste criant entre les pauvres et les riches. Avec une indignation juste, nous regarderons au-delà des mers et verrons alors comment des capitalistes de l’Occident investissent en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud dans le seul but d’en retirer des gains sans se soucier de l’amélioration sociale des pays, et nous dirons alors : “Ce n’est pas juste.” » King propose un plan de sortie de guerre en 5 points et encourage l’objection de conscience. Il dirige ensuite le 15 avril 1967 avec d’autres person- nalités, comme le pasteur Abraham Johannes Muste (1985-1967) et James Bevel, une grande marche anti-guerre à New-York, de Central Park au siège de l’Organisation des Nations Unies. Photos - Marche contre la guerre du Vietnam le 15 avril 1967. - En tête de la marche le 15 avril 1967, l’éducateur et photographe Benedict Joseph Fernandez (1936-2021), M.L. King, le pédiatre Benjamin Spock (1903-1998) et Charles Owen Rice, évêque de Pittsburgh (1908-2005, qui ne figure pas sur la photo).
  • 35. La Poor People's Campaign À partir de novembre 1967, King et l'équipe de la SCLC s’inter- rogent au sujet des émeutes raciales (hot summers) et de l'apparition du Black Power. Ils décident d'organiser une Poor People's Campaign (cam- pagne des pauvres) afin de lutter pour la justice sociale. Les dirigeants du Black Power se rallient au projet. Qualifiée par King de « seconde phase dans le mouvement des droits civiques », elle vise à lutter contre la pauvreté, d'où qu'elle vienne, et ne se restreint donc pas à la défense des Noirs étatsuniens : « Ce ne doit pas être seulement les gens noirs, mais tous les pauvres. Nous devons inclure les Amérindiens, les Portoricains, les Mexicains, et même les Blancs pauvres. » Cependant, la campagne n'est pas soutenue par plusieurs dirigeants du mouvement des droits civiques, dont Bayard Rustin. Selon eux, les buts de la campagne sont trop larges, les demandes irréalisables et cela risque de renforcer le mouvement de répression contre les pauvres et les Noirs. Le 27 novembre 1967, ML King annonce le projet de la SCLC d’une campagne pour attirer l’attention de l’opinion publique sur les pauvres, noirs et blancs. Image du bas : Bayard Rustin (1912-1987)
  • 36. Le projet non abouti de ‘campagne des pauvres’ King parcourt le pays pour rassembler une « armée multiraciale des pauvres » qui marcherait sur Washington et engagerait une désobéissance civile pacifique, jusqu'à ce que le Congrès adopte une déclaration des droits de l'homme pauvre. Après avoir lutté pour les droits civiques des Noirs, il se déclare désormais « engagé dans une forme de lutte des classes ». Sa vision est celle d'une transformation profonde de la société et non d'une simple réforme : il observe les problèmes systémiques du matérialisme, du capitalisme, du racisme, de la pauvreté, du militarisme et affirme que « la reconstruction de la société elle-même était le vrai problème qu'il fallait résoudre ». En février 1968, King présente des revendications précises : 30 milliards de dollars pour la lutte contre la pauvreté, le plein emploi, un revenu garanti et la construction annuelle de 500 000 logements abordables.
  • 37. Avril 1968 : Assassinat de M.L. King King était parti soutenir à Memphis (Tennessee) les éboueurs noirs en grève pour obtenir l’égalité des salaires avec les Blancs. Le 3 avril 1968, il y prononce son discours J’ai été au sommet de la montagne. Le lendemain, 4 avril 1968, alors qu’il bavarde avec ses amis sur le balcon de son hôtel, il est assassiné par un tireur embusqué, un ségrégationniste blanc nommé James Earl Ray. Il meurt à l’hôpital St Joseph d’une blessure par balle dans le cou. Sa mort provoque de nombreuses émeutes à travers le pays, dans lesquelles plusieurs personnes trouvent la mort. Les funérailles ont lieu à l’église baptiste d’Atlanta et rassemblent plus de 100 000 personnes. Photos : - M.L. King entouré de Hosea Williams (1926-200), Jesse Jackson (né en 1941) et Ralph Abernathy, la veille de sa mort, sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis - Le cercueil de M.L. King durant la procession précédant son enterrement, le 9 avril 1968 à Atlanta.
  • 38. Le camp de Resurrection City et la marche des pauvres Après l'assassinat de King en avril 1968, le SCLC décide de poursuivre la campagne sous la direction de Ralph Abernathy, son nouveau président. Le jour de la fête des mères, le 12 mai 1968, des milliers de femmes, emmenées par Coretta Scott King, forment la première vague de manifestants. Le lendemain, avec l’accord des pouvoirs publics, un campement temporaire de tentes et de cabanes faites de deux panneaux de contre- plaqué réunis en forme de toit, appelée Resurrection City, est installé sur le Washington Mall. 2 à 3 000 manifestants y resteront 42 jours, dont 29 jours de pluie, des gens de tous horizons et de tout le pays : Blancs des Appalaches, Noirs pauvres du Mississippi, Sioux, leaders syndicaux, ouvriers agricoles de l'Ouest et Chicanos, Quakers, etc. Le 24 juin 1968, Ralph Abernathy dirige la Poor People's March vers le ministère de l'Agriculture, puis au Capitole. Au milieu de la campagne, le candidat démocrate à l’élection présiden- tielle Robert (Bob) Kennedy, dont la femme avait assisté à l'ouverture de la fête des mères à Resurrection City, est assassiné le 5 juin 1968 à Los Angeles. Pour saluer la campagne, la famille fait passer le cortège funèbre par Resurrection City. Photos : - Le campement de Resurrection City - Coretta King dans une cabane du campement - La marche des pauvres le 24 juin 1968 : au 1er rang, Coretta King et Ralph Abernathy
  • 39. La fin de la Poor People's Campaign Le ministère de l'Intérieur force Resurrection City à fermer le 24 juin 1968, après l'expiration du permis d'utilisation des terres du parc. 1 000 policiers débarrassent le camp de ses derniers habitants et arrêtent 288 personnes, dont Ralph Abernathy. La campagne a obtenu quelques résultats, par ex. la qualification de 200 comtés pour la distribution gratuite de surplus de nourriture, la promesse de plusieurs agences fédérales d'em- baucher des pauvres pour aider à gérer des programmes destinés aux pauvres, mais très peu par rapport aux objectifs initiaux de ML King. Images : mots d’ordre de la Poor People's Campaign : Éliminer la pauvreté ; Plus jamais la faim ; Dans un pays prospère, pourquoi sommes-nous pauvres ?; Nourrir les gens ; Les Juifs pour la justice dans les villes ; Frères avec la race
  • 40. Le MLK Day Après la mort de King en 1968, le représentant démocrate John Conyers introduit un projet de loi au Congrès pour que l'anni- versaire de sa naissance soit un congé national, mettant en lumière l’action de King aux côtés des syndicats. Ces derniers reprennent cette proposition et en font la promotion dans les années 1970. En 1976, les syndicats aident à l'élection de Jimmy Carter, qui appuie cette proposition de loi. Mais l'influence des syndicats dans la campagne pour le King holiday diminue, et le King Centre cherche l'appui des milieux d'affaire et du grand public. Le chanteur Stevie Wonder popularise la campagne et participe à la conférence de presse du ‘Rassemblement pour la paix’ en 1981. Six millions de signatures sont collectées dans une pétition adressée au Congrès pour qu'il vote la loi. Le président Ronald Reagan s'oppose à ce jour férié, et ne s'incline qu'après que le Congrès ait voté le King Day Bill à une majorité écrasante, empêchant tout veto présidentiel (338 voix contre 90 à la Chambre des représentants et 78 contre 22 au Sénat) Le 2 novembre 1983, Reagan signe un texte de loi selon lequel dès 1986, le 3ème lundi de janvier sera fête nationale fériée pour commémorer la naissance de M.L. King.
  • 41. 3 - Quelques axes dominants de la pensée et de l’action de M.L. King M.L. King est avec Gandhi la figure la plus connue de l’histoire de la non-violence. Il est devenu une icône alors que de son vivant, il fut l’un des hommes politiques les plus haïs* de son époque. La plupart des citations ci-après sont tirées du livre Martin Luther King, autobiographie, traduction presque complète de l’ouvrage The autobiography of Martin Luther King Jr, publié en 1998 par Clayborne Carson**. * King a été haï par les Blancs racistes ou conservateurs, par la droite étatsunienne, par Eugène "Bull" Connor, commissaire à la sécurité publique de la ville de Birmingham, etc. Et aussi par Edgar Hoover (1895-1972), directeur du FBI qui, à partir de 1963, l’accuse d’être un agent du communisme, le met sur écoute téléphonique et fait connaître ses aventures extraconjugales. ** Clayborne Carson (né en 1944, photo ci-contre), ex-professeur d'histoire à l'Université de Stanford et proche du mouvement des droits civiques, est directeur du Martin Luther King Jr. Research and Education Institute.
  • 42. La nécessité d’un ordre juridique au service du bien commun « Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m'aimer, mais il est important qu'elle lui interdise de me lyncher. » « Nous croyons en un État de droit fondé sur la justice et la morale. En raison du grand amour que nous inspire la Constitution des États-Unis et considérant notre désir de purifier le système judiciaire de l’Alabama, nous prenons cette initiative critique en toute connaissance des conséquences éventuelles qui en découleront. » « Une loi injuste est une règle établie par l’homme qui n’est pas en conformité avec la loi morale. (…) Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui dégrade la personne humaine est injuste. »
  • 43. La non-coopération avec les structures et lois injustes « J’avais été déclaré coupable et condamné, mais j’étais fier de mon crime. Le crime d’avoir uni mes forces à celles de mon peuple pour une action non-violente contre l’injustice. (…) Le crime d’avoir cherché à convaincre mon peuple que la non-coopération avec le mal est tout bonnement un devoir moral autant que la coopération avec le bien. » (En boycottant les bus) « nous étions en trains de refuser toute coopération avec un système vicieux et non de retirer simplement notre clientèle à la compagnie des autobus. (…) À partir de ce moment, j’ai considéré notre mouvement comme une action de non-coopération massive. »
  • 44. Les conséquences de la passivité « L’inhumanité de l’homme pour l’homme n’est pas seulement l’effet des actions venimeuses perpétrées par ceux qui sont mauvais. Elle est aussi l’effet de l’inaction aux conséquences vicieuses de la part de ceux qui sont bons. » (Ces 4 petites filles assassinées*) « disent à chacun de nous, aux Noirs comme aux Blancs, que nous devons substituer le courage à la prudence. Elles nous disent que nous devons nous préoccuper non seulement de ceux qui les ont assassinées, mais du système, du mode de vie et de (l’idéologie**) qui ont conduit les assassins. » * Le 15 septembre 1963, à peine plus de 2 semaines après la grande marche sur Washington, juste avant l’office du dimanche, une bombe à retardement explose dans l’église baptiste de la 16ème rue à Birmingham. Cette église est fréquentée exclusivement par des Noirs et sert souvent de lieu de réunion pour les militants des droits civiques de la ville. Quatre jeunes filles, âgées de 14 et 11 ans perdent la vie, 22 personnes sont blessées. Les 4 auteurs, membres du Ku Klux Klan, seront identifiés par le FBI en 1965 et condamnés en 1977. ** ML King a utilisé ici le mot "philosophie", terme impropre
  • 45. La nécessaire combativité « Même les tempéraments violents peuvent être rompus à la discipline de la non-violence si on leur donne la possibilité d’agir d’une manière constructive et d’exprimer leur très légitime colère par un moyen efficace. » « J’ai essayé de lui dire (à mon peuple) que son mécontentement était normal et sain et qu’il pouvait être canalisé à travers l’expression créatrice de l’action directe non-violente. » « Si vous ne pouvez pas accepter les coups sans répliquer, n’entrez pas dans nos rangs. »
  • 46. Combattre l’adversaire sans le haïr ni l’humilier « Ce n’est pas une guerre entre le Blanc et le Noir, mais un conflit entre la justice et l’injustice. (…) Si nous sommes arrêtés chaque jour, si nous sommes exploités chaque jour, si nous sommes foulés aux pieds chaque jour, ne laissez jamais quelqu’un vous rabaisser au point de le haïr. » « Les Blancs de ce pays en viendront à voir, avec nous, que la ségrégation les avilit comme elle avilit les Noirs. » « Notre objectif ne doit jamais être d’infliger une défaite ou une humiliation à l’homme blanc, mais de mériter son amitié et sa compré- hension. (…) Notre objectif est d’instaurer une société en paix avec elle- même. »
  • 47. L’engagement La voix de la conscience « La couardise demande : Est-ce sûr ? L’efficacité demande : Est-ce politique ? La vanité demande : Est-ce populaire ? Mais la conscience demande : Est-ce juste ? Et il vient un temps où l’on doit prendre une position qui n’est ni sûre, ni politique, ni populaire, mais on doit la prendre simplement parce qu’elle est juste. » « Tant qu'un homme n'a pas découvert quelque chose pour lequel il serait prêt à mourir, il n'est pas à même de vivre. »
  • 48. Face à la mort « J’avais beaucoup plus de peur à Montgomery lorsque je possédais une arme à feu dans ma maison. Le jour où j’ai décidé que je ne pouvais pas la conserver, je me suis trouvé face à face avec la question de la mort et je me suis accommodé. Je n’ai plus eu besoin d’une arme à feu et je ne me suis plus senti effrayé. » « Si je m’étais constamment soucié de la mort, je n’aurais pas pu agir. Au bout d’un certains temps, quand votre vie est plus ou moins constamment menacée, vous finirez par accepter avec philosophie l’idée de la mort. » « Ce qui me rend heureux, c’est que je peux entendre une voix crier au fond des temps pour me dire : "Peut-être bien que tu n’y arriveras pas aujourd’hui ou que tu n’y arriveras pas demain, mais il est bon que cette pensée soit dans ton cœur. Il est bon que tu essaies. Le rêve ne se réalisera peut-être pas. Mais il est bon que tu aies le désir d’en faire une réalité. » La veille de sa mort « Peu importe ce qui va arriver maintenant, car je suis allé jusqu’au sommet de la montagne. Je ne m’inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. (…) J’ai vu la Terre promise. Il se peut que je n’y pénètre pas avec vous. (…) Je ne m’inquiète de rien. » La veille de sa mort
  • 49. La stratégie non-violente « J’en étais arrivé à comprendre très tôt que la doctrine chrétienne de l’amour, relayée par la méthode de la non-violence prônée par Gandhi, était une des armes les plus efficaces dont disposaient les Noirs dans la lutte pour la liberté. » « Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique. » « La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l'homme qui la manie. C'est une épée qui guérit. » « Nous avions formé à la non-violence un groupe d’environ 2 000 adhérents disciplinés qui acceptaient d’encaisser les coups sans répliquer. (…) Nous n’avions pas de cocktails Molotov, pas de briques, pas d’armes à feu, nous n’avions que le pouvoir de nos corps et de nos armes. C’étai là un pouvoir réel et une fois de plus nous l’avons prouvé. »
  • 50. Des objectifs clairs, limités et atteignables « Nous ne nous laisserons pas arrêter par des matraques. Notre mouvement de non-violents est passé maître dans l’art de désarmer la police. Celle-ci ne sait plus que faire. » (À Albany), « notre objectif était tellement vague que nous n’avons rien obtenu, ce qui a démoralisé et désespéré les gens. (…) Nous n’avons plus jamais dispersé nos efforts dans le but de lancer une attaque générale contre la ségré- gation, mais nos avons concentré notre action sur des objectifs symboliques et précis. » Photos : Enchaînement de militants Blancs solidaires des Noirs Hommes-sandwiches avec la pancarte « Je suis un homme ! » Femme noire se laissant emporter par les policiers
  • 51. La contrainte est nécessaire « J’avais escompté que les privilégiés allaient renoncer à leurs privilèges sur simple demande ! Cette expérience devait me servir de leçon. Je compris enfin que personne ne renonce à ses privilèges sans opposer de résistance. Je compris également que la raison d’être de la ségrégation était non seulement de tenir un certain groupe à l’écart, mais de de l’opprimer et de l’exploiter. » « Si l’histoire a quelque chose à nous enseigner, c’est que le mal est par nature farouche et récalcitrant, et qu’il ne lâche jamais volontairement prise sans livrer au préalable une résis- tance quasi-fanatique. Il faut le contrecarrer constamment, lancer contre lui chaque jour et sans relâche les coups de bélier de la justice (…) Il serait fallacieux de s’imaginer que seuls le recours à l’éthique et à la persuasion parviendront à faire régner la justice. Non pas qu’il soit inutile d’en appeler à la morale, mais il faut, en même temps, prendre appui sur une force de contrainte réelle .»
  • 52. La nécessité de l’action directe « C’est un fait historique que les groupes privilégiés ont rarement abandonné volontairement leurs privilèges. (…) Notre douloureuse expérience nous a appris que la liberté n’est jamais octroyée de manière spontanée par l’oppresseur : elle doit être exigée par les opprimés. » « Vous demanderez peut-être "Pourquoi l’action directe ? Pourquoi les sit-in, les marches et ainsi de suite ? La négociation n’est-elle pas la meilleure méthode ?" Vous avez parfaitement raison de demander des négociations. En effet, c’est précisément le but de l’action directe. L’action directe non-violente cherche à créer une telle crise, à faire monter une telle tension que la communauté qui a constam- ment refusé de négocier est contrainte des prendre en considération cette solution. (…) Il existe une tension non-violente constructive qui est nécessaire pour faire mûrir une situation. (…) Le but de notre programme d’action directe est de créer une situation de crise si forte que la porte de la négociation s’ouvrira inévitable- ment. »
  • 53. Le devoir de désobéissance « Il y a deux sortes de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à préconiser l’obéissance aux lois justes. On n’a pas seulement le devoir légal, mais aussi la responsabilité morale d’obéir aux lois justes. Inversement, on a la responsabilité morale de désobéir aux lois injustes. Je suis d’accord avec St Augustin pour dire "Une loi injuste n’est pas une loi." (…) Dans une certaine mesure la liberté de pensée est une réalité aujour- d’hui parce que Socrate a pratiqué la dissidence. Dans l’histoire de notre nation, la Boston Tea Party* a représenté une action massive de désobéis- sance civile. » « Quiconque enfreint une loi injuste doit le faire ouvertement, avec ferveur et la volonté d’en accepter les conséquences. Je soutiens que quiconque enfreint une loi parce que sa conscience la tient pour injuste, puis accepte volontairement une peine de prison afin de soulever la conscience sociale contre cette injustice, affiche en réalité un respect supérieur pour le droit. » * Le 16 décembre 1773, une cargaison de 40 tonnes de thé est jetée à l'eau dans le port de Boston par des colons déguisés en Amérindiens. C'est un acte de protestation contre le monopole sur la vente du thé accordé par l'Angleterre à la ‘Compagnie des Indes orientales’. Cet incident est un épisode clé du conflit entre les Treize colonies anglaises d'Amérique et la Couronne britannique, qui aboutira à l'indépendance des États-Unis. Image : La Boston Tea Party
  • 54. Le devoir de désobéissance « Le règlement de la circulation exige que l’on s’arrête devant un feu rouge, et cela est normal. Mais lorsqu’un incendie fait rage, le camion des pompiers brûle le feu rouge, et le flot de la circulation n’a rien de mieux à faire que de s’écarter. De même, lorsqu’un homme saigne à mort, l’ambulance aussi franchit les feux rouges à toute allure. (…) Le monde entier a besoin d’équipes d’ambulanciers qui n’hésitent pas à brûler les feux rouges du système actuel jusqu’à ce que prenne fin l’état d’urgence. » « Si un peuple est capable de trouver dans ses rangs 5 % de ses hommes prêts à aller en prison pour une cause qu’ils croient juste, alors aucun obstacle ne pourra l’arrêter. »
  • 55. Une méthode d’action contre l’oppression « Je suis plus convaincu que jamais que la méthode de résistance non-violente est l'arme la plus puissante disponible pour les peuples opprimés dans leur lutte pour la justice et la dignité humaine. » « La révolution, bien que née du désespoir, ne peut se nourrir longtemps du désespoir. Telle est la suprême contradiction du mouve- ment Black Power. (…) Il a rejeté la seule chose qui entretient l’ardeur des révolutions, à savoir la flamme omniprésente de l’espoir. Quand meurt l’espoir, une révolution dégénère en gesticulations stériles. » Photos : - People Power aux Philippines en 1986 : la foule bloque les chars du dictateur Ferdinand Marcos - L’inconnu de la place Tiananmen à Pékin le 5 juin 1989 - La chute du mur de Berlin et l’effondrement du communisme suite à la résistance non-violente des populations civiles d’Europe de l’Est - Un livre de Bernard Ravenel (1936-2023), président de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), préconisant la stratégie non-violente contre l’occupation militaire israélienne de la Palestine
  • 56. Intégrer la stratégie non-violente dans les politiques de défense et d’intervention extérieure « J’en suis venu à voir de plus en plus le besoin d’une méthode non-violente dans les relations internationales. (…) De plus en plus j’en viens à la conclusion que la puissance de destruction des armes modernes écarte totalement toute possibilité de voir une guerre servir jamais de bien négatif. Si nous admettons que l’humanité a le droit de survivre, alors il nous faut trouver une alternative à la guerre et à la destruction. À une époque où des satellites sillonnent l’espace et où des missiles balistiques téléguidés créent des autoroutes de mort à travers la stratosphère, personne ne peut gagner une guerre. Le choix n’est plus aujourd’hui entre la violence et la non-violence, il est entre la non-violence et la non- existence. (…) Si l’Église est fidèle à sa mission, il lui faut exiger l’interruption de la course aux armements. » « Le maintien de la paix mondiale par les moyens non-violents n’est pas une absurdité ni une impossibilité. Toutes les autres méthodes ont échoué. »
  • 57. La société du futur « J’ai l’audace de croire que partout dans le monde les gens puissent avoir trois repas par jour pour nourrir leur corps, une édu- cation, une culture pour nourrir leur pensée, la dignité, l’égalité et la liberté pour nourrir leur esprit (…) Je continue de croire que nous vaincrons. » « En recevant le prix Nobel de la paix, j’ai accepté également une mission, celle de travailler plus dur que jamais à établir "la grande fraternité des hommes". C’est un appel qui me place au-delà des allégeances nationales. » « Si nous voulons vraiment tourner une nouvelle page et mettre un homme nouveau à pied d’œuvre, nous devons commencer par détourner le genre humain de la longue nuit désolée de la violence. »
  • 58. La société du futur « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des imbéciles. » « Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier. » « Nous devons rapidement amorcer le passage d'une société "orientée vers les choses" à une société "orientée vers la personne". Lorsque les machines et les ordinateurs, les motivations de profit et les droits de propriété sont considérés comme plus importants que les personnes, les triplés géants du racisme, du matérialisme et du militarisme ne peuvent pas être vaincus. » Photo du bas : Monument à M.L. King à l’université d’Uppsala (Suède)
  • 59. Ressources spirituelles « C’est le Sermon sur la montagne, et non pas une doctrine de résistance passive, qui a donné initialement aux Noirs de Montgomery l’idée de se lancer dans une revendication sociale pleine de dignité. » « Dieu avait été mon compagnon de cellule. » « Jésus a donné l’objectif, Gandhi a donné le mode opératoire. » « Une importante partie des réunions populaires était consacrée aux chants de libération*. Dans un certain sens, ces hymnes à la liberté sont l’âme du mouvement. (…) Grâce à cette musique, à ce riche héritage de nos ancêtres (…), nous sommes en mesure de formuler nos griefs les plus profondément enfouis et nos aspirations les plus passionnées en terminant toujours sur une note d’espoir, l’espoir que Dieu va nous aider à nous en sortir. » * Le chant We shall overcome (« Nous triompherons ») est un protest song tiré d'un vieux gospel de Charles Albert Tindley (1851-1933, fils d’esclave, pasteur méthodiste) intitulé I'll Over- come Someday et paru pour la première fois en 1900. Il est chanté comme hymne lors des marches du mouvement des droits civiques aux États- Unis, et interprété notamment par Pete Seeger (1919-2014), Joan Baez (née en 1941) Peter, Paul and Mary. Photos : Charles Albert Tindley, Pete Seeger, Joan Baez ■