SlideShare une entreprise Scribd logo
36,2mm
97,8 mm
21,2 mm
49 mm
Prise de poste. Visite des lieux…
« Voilà ton bureau! » La porte
s’ouvre sur 4 murs sans fenêtre.
Encore un cagibi réaménagé en bureau…
« Bon. Tu as vu où était la radio.
L’IRM est au 2e
sous-sol. Les urgences
sont dans l’aile ouest, la réa à l’est.
Le self est dans une annexe de l’autre
côté du jardin. Et tu as peut-être
repéré l’internat et toutes les
chambres de garde près de l’entrée?
Y a un couloir en sous-sol qui permet
d’y aller directement. Par contre
les DECT n’y captent pas très bien…
Tout est OK? » Comment dire…
La fin du XXe
siècle a connu un faible
niveau de construction hospitalière,
contrairement au XXIe
. Plus de
20 milliards d’euros attribués par
les plans d’aide à l’investissement
Hôpital 2007 et Hôpital 2012!
Les frontières classiques entre hôpitaux
publics et cliniques privées s’effacent
pour faire place aux établissements
de santé amenés à répondre à des
contraintes proches. Mutualisation
des moyens, flexibilité des installations,
modularité des espaces : les flux de
patients constituent un challenge toujours
renouvelé, aux enjeux qualitatifs,
médicaux et économiques.
Ajoutons les perspectives du
numérique, les nécessités écologiques,
la reconnaissance de l’impact de
la qualité du lieu : la construction
hospitalière se révèle être un
travail passionnant et complexe que
What’s up Doc nous fait partager!
CRÉDIT PHOTO: HÔPITAL RIVIERA-CHABLAIS, VAUD-VALAIS, RENNAZ, SUISSE
©ARCHITECTURE GROUPE-6+GD ARCHITECTES-IMAGE BRUNO JULIEN-MATTIET
What’s Up Doc? 26 mai-juin 201616
HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ
EN-
QUÊTE
P. 18 OÙ L'ON RÊVERAIT DE TRAVAILLER
P. 20 LES ÉTABLISSEMENTS DE DEMAIN, DÈS L’AUBE
P. 22 EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE : HÔPITAUX
ET CLINIQUES DOIVENT S'Y METTRE !
P. 23 NUMÉRISER LES ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ
P. 24 CONSTRUCTION DES VILLES,
CONSTRUCTION DES CHAMPS
P. 26 LES GRANDES ÉTAPES DU CHANTIER
P. 28 ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ, UN SUJET MONDIAL
P. 29 CONCLUSION DE L'ENQUÊTE
SARAH BALFAGON, YVAN PANDELÉ,
JOHANA HALLMANN, ADRIEN RENAUD,
IDRIS AMROUCHE, LUC BLONDEAU,
ALICE DESCHENAU ET MATTHIEU DURAND
17mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26
What’s Up Doc? 26 mai-juin 201618
HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ
EN-
QUÊTE
CRÉDIT PHOTO: ©AIA ASSOCIÉS
BEAUCOUP D’ENTRE NOUS BOSSENT ENTRE LES MURS DÉFRAÎCHIS D’UN BÂTIMENT
AUSSI ÉNORME QU’AUSTÈRE… MAIS LA MODERNITÉ VERSION SIXTIES N’EST PAS
L’UNIQUE CADRE DE TRAVAIL POSSIBLE ! IL EXISTE AUSSI DES ÉTABLISSEMENTS
AGRÉABLES ET BIEN PENSÉS. PETIT TOUR D’HORIZON (NON EXHAUSTIF)
DES SITES QUI FONT RÊVER…
La clinique Rhéna
de Strasbourg
Le «Cocoon’s Care»
aux Nouvelles
Cliniques nantaisesLe plateau technique
au coeur des opérations
De l’ambulatoire
aux petits oignons
Quand le patient va au bloc et en revient en
marchant, c’est tout l’hôpital qui doit s’adapter :
le médecin, l’infirmière… et le bâtiment.
Les Nouvelles Cliniques nantaises (entre autres)
se mettent à la page avec le « Cocoon’s Care » :
des structures modulaires permettant de
préparer l’intervention et de récupérer après
celle-ci, le tout en optimisant les flux.
Ech.
1/50
Ech.
1/40
Où l’on rêverait
DE TRAVAILLER
Le parcours du combattant pour arriver au plateau
technique, c’est fini. Dans les nouveaux projets
hospitaliers, le circuit du patient (et celui
des soignants) devient un circuit court…
À la clinique Rhéna de Strasbourg par exemple,
le plateau technique se trouve en mezzanine,
au-dessus de l’entrée, et c’est la première
chose que l’on voit en entrant dans le bâtiment.
Meilleur
agencement
CRÉDIT PHOTO: ©AIA ASSOCIÉS
Optimisation
des flux
Meilleure
attention portée
à la déco
Élégance
de l'accueil
mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 19
CRÉDIT PHOTO: ©NIGEL YOUNG
CRÉDIT PHOTO: ©GUILLAUME SATRE-AIA ASSOCIÉS
Le Circle Bath
Hospital, England
Un hôpital
ou un hôtel de luxe ?
L’hôpital n’est plus uniquement un lieu de soin.
C’est un lieu de vie, un endroit où l’on peut boire
un verre, acheter son journal, travailler en
attendant la sortie d’un proche ou les résultats
d’un examen. Ainsi au Circle Bath Hospital, en
Angleterre, on a un peu de mal à définir où l’on
est. Dans le hall d’entrée d’une multinationale
ou d’un aéroport flambant neuf? À la réception
d’un hôtel chic ou d’une grande école?
Dans un lieu de standing, en tout cas!
Ech.
1/50
Les plafonds décorés
de l’hôpital Robert-
Schuman à Metz
Envie de grimper
au plafond ?
Le patient, quand il est couché, passe des heures
à regarder ce qu’il a en face de lui : le plafond.
Une expérience qu’il est possible de rendre moins
rébarbative, comme à l’hôpital Robert-Schuman
de Metz où les architectes se sont attachés à tout
décorer avec soin. Mais ils ont également pensé
aux soignants : les blocs opératoires sont éclairés
en lumière naturelle, ce qui change tout…
Laissez entrer le soleil!
Ech.
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What’s Up Doc? 26 mai-juin 201620
EN-
QUÊTE
HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ
LES ÉTABLISSEMENTS
DE DEMAIN, dès l’aubeAMBULATOIRE, ÉVOLUTIF, FEUTRÉ ET OUVERT : L’HÔPITAL DE DEMAIN
SE VOUDRAIT À LA FOIS PLUS TECHNIQUE ET PLUS HUMAIN.
POUR DES LENDEMAINS QUI CHANTENT, SUIVEZ LE GUIDE.
omme l’église, l’hôpital est un bâtiment si
emblématique qu’il en est venu à désigner
son institution de tutelle. Lieu de tous les
enjeux, il incarne et – dans le meilleur des
cas – anticipe les évolutions de la société.
C’est ainsi que l’hôpital pavillonnaire, reflet des
préoccupations hygiénistes du XIXe
siècle, a cédé
la place dans les années 1930 à l’impressionnant
hôpital monobloc, incarnation d’une médecine
rationaliste et technophile. Et demain, à quoi
ressemblera l’hôpital?
Ce n’est plus la taille qui compte
Finis les hôpitaux-cathédrales des années 1970,
tutoyant le ciel avec ostentation, ou les interminables
hôpitaux horizontaux : le gigantisme a fait son temps.
L’essor de l’ambulatoire, lié à la hausse de
pathologies chroniques, impose une réduction
de la capacité d’accueil qui se traduit par des bâtis
beaucoup plus compacts. Le nouveau CHU de
Nantes, sur l’île de Nantes, accueillera ainsi moins
de 1500 lits, contre 2600 à l’heure actuelle.
Le tournant ambulatoire est LA contrainte structurelle
majeure pour l’hôpital de demain. D’une logique
de « stock », liée au nombre de lits, l’hôpital
s’inscrira dans une logique de flux, qui impose
de penser au mieux les parcours patients et de
décloisonner les espaces. « L’hôpital ne va pas
augmenter en volume mais en taux de rotation »,
considère Antoine Buisseret, directeur exécutif et
architecte associé du cabinet d’architectes Groupe-6.
L’abus d’ambu ne nuit pas à la santé
« Il y a quelques années, on disait qu’il fallait un
plateau technique au cœur et des bâtiments satellites
pour les hospitalisations et les consultations »,
raconte Bruno Follin, architecte associé du cabinet
AIA architectes. « C’est en train de disparaître. »
Les circuits se raccourcissent tandis que les surfaces
se réduisent : les bureaux de consultation tutoieront
les salles d’opération, sans qu’il faille traverser
3 portes et 2 couloirs pour passer de l’un à l’autre.
« L’hôpital se resserre autour du plateau technique »,
résume Antoine Buisseret, de Groupe-6.
Le plateau technique, quant à lui, continuera de
croître au rythme des progrès de la robotique
chirurgicale et de l’imagerie, et la tendance à la
mutualisation va se poursuivre. Pièce maîtresse
de l’hôpital, il en deviendra de plus en plus la vitrine,
au sens figuré comme au sens propre. « La vraie
tendance, c’est de mettre le plateau technique en
vitrine sur le hall d’accueil », indique Bruno Follin.
« D’une logique de
"stock",liée au nombre
de lits, l’hôpital
s’inscrira dans une
logique de flux.»
CRÉDIT PHOTO: HÔPITAL RIVIERA-CHABLAIS, VAUD-VALAIS, RENNAZ, SUISSE
©ARCHITECTURE GROUPE-6+GD ARCHITECTES-IMAGE BRUNO JULIEN-MATTIET
mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 21
Plaisir des yeux (et du reste)
Autre changement majeur, également lié à
l’ambulatoire : il va falloir s’habituer à accueillir des
patients debout au cœur de l’hôpital. « Les patients
diront bonjour à leur médecin, iront s’asseoir dans leur
salle d’opération avec leur smartphone et entendront
tout ce qui se dit », poursuit Bruno Follin. Plus de
blagues graveleuses entre deux sutures mais, en
compensation, des salles d’op’ avec des plafonds ornés
et des salles de réveil éclairées à la lumière naturelle.
Une attention portée aux détails qui n’a rien
d’anecdotique. « Il n’y a plus de débat sur le fait
que l’environnement joue un rôle dans le bien-être »,
considère Yann Bubien, directeur général du
CHU d’Angers et coordinateur d’un ouvrage sur
l’architecture hospitalière*. Adieu lumières crues,
sols plastiques, murs nus aux aplats verdâtres :
les architectes s’escriment à rechercher la lumière
naturelle, à maîtriser l’acoustique et à employer
des matériaux de qualité (bois, moquettes).
« Les 5 sens sont importants », résume Bruno Follin.
Une petite coupe en attendant Pépé
Autre mutation en cours : l’hôpital de demain
s’assumera comme un lieu d’accueil, et proposera des
services à ses visiteurs. « Pendant longtemps l’hôpital
a été un superbe outil à soigner. Demain ce sera en
plus un outil à vivre », estime Bruno Saint-Dizier,
architecte d’intérieur chez AIA. Dans la continuité
d’un hall d’accueil de plus en plus central, l’hôpital du
futur accueillera des magasins, des restaurants, des
salles de sport ou de spectacle. Le tout nouvel hôpital
Princesse-Grâce, à Monaco, offre ainsi les services
d’une bibliothèque et d’un… salon de coiffure.
Un grand hall d’accueil lumineux donnant sur un plateau
high-tech en vitrine, de nombreux commerces, des
patients qui circulent accompagnés de leur famille,
le tout dans un décor démédicalisé aux finitions
soignées et à l’atmosphère feutrée… Et si l’hôpital
de demain ressemblait à l’aéroport d’aujourd’hui?
Sacré chemin depuis les hospices civils!
*Concevoir et construire un hôpital, sous la direction de Yann Bubien, 2014,
éditions Le Moniteur.
Vous avez dit
« flexible »?
Entre le démarrage d’un
programme architectural et
l’inauguration d’un nouvel
hôpital s’écoulent souvent
10 ou 15 ans. Comment
s’assurer que le bâtiment
ne devienne pas obsolète
en quelques années?
Les architectes
s’intéressent de plus en
plus à l’évolutivité et à
la flexibilité des usages.
Le concept d’hôpital
monospace, conçu par
l’agence Brunet-Saunier,
porte cette modularité
à son paroxysme. De forme
sobre voire austère,
construit sur un maillage
tridimensionnel répétitif,
le monospace permet
de redéfinir aisément
les espaces en fonction des
besoins. « On ne réfléchit
plus en superficie mais
en volume », explique
Bruno Follin, architecte
associé du cabinet AIA.
« Une même pièce carrée
peut faire aujourd’hui
de la consultation, de
l’exploration, et être
transformée demain en
chambre. » Une sorte
d’hôpital en Rubik’s Cube…
150 kWh/m2
immeuble
de bureaux
800 kWh/m2
hôpital
50 kWh/m2
immeuble
d'habitation
Efficacité énergétique :
hôpitaux et cliniques
doivent s’y mettre!
LA CONSTRUCTION HOSPITALIÈRE N’ÉCHAPPE PAS AU GRAND ENJEU
DU SIÈCLE : LE DÉFI ENVIRONNEMENTAL. UNE QUESTION QUI MET À RUDE
ÉPREUVE L’INGÉNIOSITÉ DES ARCHITECTES.
n ces temps de changement climatique,
tout le monde doit participer à l’effort
d’efficacité énergétique. Même l’hôpital.
Et il y a du boulot, car nos établissements
sont particulièrement énergivores.
700 ou 800 kWh/m²
« On estime la consommation énergétique d’un
hôpital à 700 ou 800 kWh/m² », explique Éric
Bussolino, directeur d’AIA Studio Environnement,
le pôle environnemental de l’agence d’architectes
AIA. « En comparaison, celle d’un immeuble de
bureaux est estimée à 100 ou 150 kWh/m², et
celle d’un immeuble d’habitation à 50 kWh/m² ».
Le problème, c’est que les normes sanitaires limitent
fortement les marges de manœuvre pour réduire
cet écart. « Quand on fait un plateau technique
d’une quinzaine de salles d’opération, par exemple,
respecter les normes pousse à la consommation
d’air et donc d’énergie », remarque Éric Bussolino.
L’énergie « open bar »
Il n’est pas question de transiger avec la sécurité
des patients, on ne peut donc que tenter de faire
porter l’effort ailleurs. « Notre société, et donc nos
hôpitaux, ont un rapport à l’énergie qui est un peu
"open bar" », regrette Éric. « Le changement passe
par une prise de conscience ».
Autrement dit : soignants et soignés doivent modifier
leurs habitudes. Éric Bussolino estime d’ailleurs que
70 % de la consommation énergétique d’un hôpital
n’est pas liée à la qualité intrinsèque des bâtiments,
mais au comportement de ceux qui les occupent.
Végétalisation et énergie renouvelable
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progrès possible
côté architectural. C’est en tout cas l’opinion d’Antoine
Buisseret, de Groupe-6 l'agence venant de réaliser le
Nouvel Hôpital d'Orléans (NHO), certifié Haute Qualité
environnementale (HQE) toutes phases. « L’espace des
urgences vitales étant très consommateur, l’innovation
environnementale se fait principalement dans les
espaces non médicaux comme les hébergements »,
explique-t-il. À Orléans, c'est une solution de façade
légère à ossature bois qui a été retenue.
Entre choix des matériaux, compacité des bâtiments,
végétalisation ou production d’énergie renouvelable,
une vraie mutation s’est même opérée au cours
des dernières années. Éric Bussolino remarque
d’ailleurs que presque tous les projets hospitaliers
s'inscrivent dans une démarche de certification
HQE, un processus très rigoureux visant à
réduire l’empreinte écologique des bâtiments.
Énergie positive
Pourra-t-on un jour imaginer des hôpitaux à énergie
positive, comme il existe des logements à énergie
positive? « Ce sera un sujet dans les prochaines
années, mais ce n’est pas pour demain », tranche
le spécialiste d’AIA. « La difficulté, c’est de répondre
aux pics de charge : dans un hôpital, beaucoup
de choses peuvent démarrer en même temps. »
L’alimentation énergétique doit pouvoir suivre.
Ce qui n’est pas une raison pour ne pas s’attaquer
au sujet. Aux États-Unis, le Gundersen Health System,
un groupement hospitalier de plus de 8500 employés,
a même réussi à produire plus d’énergie qu’il n’en
consommait pendant une cinquantaine de journées
sur une année. « Ils ne savaient pas que c’était
impossible, alors ils l’ont fait », aurait dit MarkTwain.
What’s Up Doc? 26 mai-juin 201622
HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ
EN-
QUÊTE
NUMÉRISER
les établissements de santé
LES CHAMBRES INTELLIGENTES, LES LITS CONNECTÉS, LES MOBILES, LES
TABLETTES… ENVAHISSENT PROGRESSIVEMENT LES ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ.
L’hôpital devient 100 % numérique, c’est-à-dire dans
sa conception, sa construction et sa mise en œuvre.
Pour commencer, le BIM (pour Building Information
Modeling) ou maquette numérique du bâtiment,
permet de rassembler un très grand nombre d’infos
dans une démarche de coordination entre tous les
intervenants d’un projet.
Un exemple : le nouveau centre hospitalier d’Ajaccio.
Il est le premier projet public d’envergure 100 %
BIM, mettant à contribution la salle immersive
Le Corbusier du CSTB (Centre Scientifique et
Technique du Bâtiment) de Sophia-Antipolis. Celle-ci
a permis de réunir des équipes de maîtrise d’œuvre
et de maîtrise d’ouvrage pour une revue de projet à
l’échelle 1 des maquettes BIM. En salle immersive,
il a été également possible de visualiser l’hôpital
intégré dans son site grâce à la réalisation d’une
maquette numérique de la ville d’Ajaccio.1
L’amélioration de la conception d’un hôpital passe
par une grande pluridisciplinarité. En témoigne
l’agence d’architecture In-fine, comme le précise
Claude Brugière son PDG : « Nous regroupons
des personnes expérimentées, rompues à la pratique
de l’architecture en santé qui encadrent des profils
variés comme des designers, des jeunes architectes
ou des consultants extérieurs spécialisés dans le
domaine de la santé. » Concernant les nouvelles
technologies en santé, il conviendrait pour lui
d’impliquer au plus tôt le corps médical dans
les réflexions architecturales, aidé d’ailleurs
par l’utilisation des maquettes numériques pour
une meilleure compréhension et appropriation
du projet.2
Encore faudrait-il que les médecins
soient à même d’anticiper les évolutions
technologiques de leur propre exercice…
Les pouvoirs publics tentent de ne pas être en reste
concernant le numérique à l’hôpital. Cependant,
il sera plus question d’architecture de systèmes
d’information que d’architecture d’un bâtiment…
L’informatisation est encore loin d’être généralisée.
Il s’agit pour eux de développer et moderniser les
systèmes d’information hospitaliers (SIH). Afin de
les rendre plus performants, en particulier en termes
de qualité et de sécurité des soins, la Direction
générale de l’offre de soins (DGOS) a lancé,
en novembre 2011 (pour la période 2012-2017),
le programme « Hôpital numérique ». Il a pour
but de fixer des priorités et des objectifs,
en mobilisant tous les acteurs concernés et
en accompagnant les établissements de santé
dans leur transformation par les technologies
de l’information et de la communication.3
Bien évidemment liée au déploiement du Wi-Fi
(enfin?) et à sa sécurisation, cette modernisation
des systèmes d’information préfigure l’hôpital
connecté et la nouvelle relation médecin-patient
qui en découle.
L'hôpital de demain se dessine au jour le jour…
SOURCES
1. Le nouveau centre hospitalier d’Ajaccio en BIM intégral, 2015,
mediaconstruct.fr
2. In-fine Architectes, « Impliquer d’avantage le corps médical
dans les réflexions architecturales d’un projet hospitalier »,
Architecture hospitalière, numéro automne/hiver 2015/2016
3. Le programme « Hôpital numérique », 2016, ministère des
Affaires sociales et de la Santé, social-sante.gouv.fr
« L’hôpital devient 100 %
numérique,dans sa
conception,sa construction
et sa mise en œuvre.»
mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 23
©DR
What’s Up Doc? 26 mai-juin 201624
HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ
EN-
QUÊTE
« Aujourd’hui, l’hôpital
ne se conçoit qu’au
sein d’un territoire,
et en harmonie avec lui.»
CONSTRUCTION DES VILLES,
construction des champsQU’IL SOIT CITADIN OU BUCOLIQUE, L’HÔPITAL MODERNE SE DOIT D’ÊTRE
CONNECTÉ À SON ENVIRONNEMENT.
ôpital des villes, des banlieues ou
des champs? Pour les architectes,
une chose est sûre : l’environnement
est toujours une donnée fondamentale.
« Le lieu d’implantation, urbain ou
en périphérie, est très structurant : la moitié
du travail réside dans la prise en compte
du contexte », estime Bruno Follin,
architecte associé du cabinet AIA.
« Un projet en dehors de la ville sera plus évolutif,
en revanche les enjeux de mobilité sont beaucoup
plus importants », explique Antoine Buisseret,
directeur exécutif du cabinet Groupe-6. Un enjeu
d’accessibilité d’autant plus crucial que les hôpitaux
génèrent d’importants flux de transport. En zone
rurale, l’hôpital devra donc être bâti près d’un axe
routier et disposer de parkings. En ville, c’est le
réseau de transports publics qui se trouvera sollicité.
Ainsi pour le Nouvel Hôpital d'Orléans,
l'implantation de l'arrêt de tramway a été
adaptée pour en permettre la desserte aisée.
CRÉDIT PHOTO P24: HÔPITAL RIVIERA-CHABLAIS, VAUD-VALAIS, RENNAZ, SUISSE
©ARCHITECTURE GROUPE-6+GD ARCHITECTES-IMAGE BRUNO JULIEN-MATTIET
mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 25
Vous êtes bien urbain
Dans les faits, rares sont les programmes
architecturaux qui ne mettent pas en avant la
nécessité de concevoir un hôpital « ouvert »
sur la ville. L’air du temps semble être à l’hôpital
urbain ou de proche banlieue, capable de tisser une
continuité avec son environnement, voire de servir
de point d’appui au développement d’un quartier.
« Je ne crois plus du tout au modèle des années
1980 : on éloignait l’hôpital du centre-ville au
profit d’espaces péri-urbains, beaucoup moins
coûteux, proches de l’autoroute. Un peu sur
le modèle des centres commerciaux », confie
Yann Bubien, directeur général du CHU d’Angers.
« L’enjeu aujourd’hui, c’est soit de rester en
péri-urbain, soit de revenir au cœur des villes. »
Mètre carré, mon amour
Le choix d’une implantation urbaine doit
s’accommoder d’une réalité foncière difficile.
« Trouver un terrain qui peut accueillir un
établissement de 600 ou 800 lits en plein cœur
de ville, c’est souvent du rêve », explique
David Entibi, directeur de publication du magazine
Architecture hospitalière. À ce titre, le projet
de transfert du CHU de Nantes sur l’île Beaulieu,
en plein cœur de la ville, fait figure d’exception.
En pratique, le souhait de construire en ville
se traduira souvent par le choix d’un terrain
en banlieue proche. C’est le cas, par exemple,
pour l’immense hôpital Paris-Nord qui devrait voir
le jour à Saint-Ouen d’ici 2025. Ce nouvel hôpital
viendra s’intégrer au sein d’un vaste projet visant
à transformer une zone industrielle en un
écoquartier flambant neuf, regroupant habitations,
commerces et bureaux en bord de Seine.
« Trouver un terrain
qui peut accueillir
un établissement de
600 ou 800 lits en plein
coeur de ville, c’est
souvent du rêve.»
L’urbanisme à la rescousse
Car la construction d’un nouvel hôpital est souvent
au cœur, si ce n’est le point de départ, de travaux
d’aménagement plus vastes. « À Bayonne, où nous
avons livré un hôpital en zone pavillonnaire, nous
avons mis en place une crèche et fait prolonger
la ligne de bus afin de désengorger le quartier »,
indique Bruno Follin. À l’hôpital Robert-Schuman
à Metz, également à l’extérieur de la ville, c’est
l’amphithéâtre qui a été mis à disposition du quartier.
Une continuité encore plus saillante en ville, où
l’hôpital, structuré autour d’une « rue » centrale
prolongeant la voirie, doté d’un grand hall d’accueil
ouvert sur l’extérieur, se doit de plus en plus
d’offrir des services n’ayant pas trait aux soins.
« Placer un restaurant dans le hall d’un hôpital
de ville, ça sert aux usagers en journée, mais
aussi aux gens du quartier pour aller dîner à l’hôpital
le soir », explique Bruno Follin.
Les années 1970 avaient vu l’essor des grands hôpitaux
monobloc, citadelles technologiques isolées en
périphérie des villes. Aujourd’hui, l’hôpital ne se conçoit
qu’au sein d’un territoire, et en harmonie avec lui.
©DR
6.00
année01
année05
année04
année03
année02
UN PROJET HOSPITALIER, C’EST UN PEU COMME CONSTRUIRE SA MAISON.
ON A ENVIE QUE CE SOIT PARFAIT, QUE TOUT LE MONDE S’Y SENTE BIEN,
SOIGNANTS, SOIGNÉS, VISITEURS… COMMENT DONC EN FAIRE UN LIEU
AGRÉABLE EN TENANT COMPTE D’UN MAXIMUM DE PARAMÈTRES ?
Étape 1 : le temps de la réflexion,
des programmes et préétudes
Pour monter un projet cohérent, il faut savoir où aller
et donc définir les lignes directrices. Dans ce grand
brainstorming, de nombreux acteurs sont sollicités.
Maître d’ouvrage, urbaniste, programmiste faisant
partie d’un cabinet d’architectes sont des acteurs
clés de cette première étape. À titre consultatif, il
est possible de solliciter le corps médical qui peut
transmettre les éléments qui lui semblent pertinents
dans la réflexion concernant le projet hospitalier.
Ce qui en sort : un programme très précis des
besoins, enjeux et contraintes à tous les niveaux
d’interaction au sein de l’hôpital. Corps médical,
mais aussi restauration, service d’hygiène, et
bien sûr User Experience. Le programme aboutit
alors à un listing minutieux des études à mener
pour estimer concrètement les différents besoins.
Étape 2 : le choix de l’architecte
Le projet mis en place, il faut lancer un concours
auquel, en général, le cabinet d’architectes qui a
planché sur la première étape ne participe pas.
La raison? S’il est choisi au terme du concours,
il est possible de mettre en avant que le maître
d’œuvre a eu accès à des informations sur le projet
susceptible de l’avantager. Sa candidature sera alors
évincée et la place « remise en jeu ». Une perte
de temps inutile. Il est généralement convenu
que le premier cabinet ne sera pas l’architecte
du projet hospitalier final.
Ce qui en sort : un plan dessiné, et un dossier
complet détaillant le projet du cabinet choisi.
C’est à cette étape que l’on visualise ce
que pourrait être le complexe hospitalier
à terme. C’est une étape charnière.
Les grandes
chantier
étapes
du
What’s Up Doc? 26 mai-juin 201626
HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ
EN-
QUÊTE
HÔPITAL
année06
année10
année09
année08
année07
Étape 3 : l’avant-projet,
ou la consolidation des bases
Il est alors temps de contextualiser le projet en
le confrontant à la réalité du terrain. Budget global,
contraintes réglementaires, organisation des
services, sont autant de choses qui se concrétisent
et pour lesquels l’intervention des médecins et
autres personnels de santé s’avère indispensable.
C’est un dossier clé qui est donc monté et soumis
à la commune. Il doit être validé au niveau de la
municipalité pour que les travaux commencent.
Ce qui en sort : des documents graphiques
extrêmement détaillés (plans avec mesures et
dimensions notamment) permettant à la commune
d’apprécier la conformité du bâtiment aux normes
en vigueur, ainsi que la cohérence de la structure.
Sont aussi fournis les plannings et la répartition
précise du budget.
Étape 4 : la construction de l’hôpital
L’étape la plus difficile. Lorsque le permis de
construire est obtenu s’engage alors un challenge
à la hauteur du bâtiment. Faire appel aux différents
corps de métiers, réaliser les devis, organiser
concrètement les plannings pour optimiser au mieux
l’avancée du projet, font partie des petites étapes qui
jalonnent cette dernière partie. Les professionnels
de santé sont généralement amenés à apporter leur
point de vue, essentiellement en fin de parcours,
sur certains détails de confort notamment, comme
le positionnement ou la largeur d’une porte. Leur
expertise est par ailleurs sollicitée concernant les
changements à prendre en compte pour intégrer
au mieux les nouvelles technologies hospitalières.
Car une construction prend au minimum 10 ans!
Ce qui laisse largement le temps à la technique
et à la machinerie médicale d’évoluer…
Ce qui en sort : un hôpital. Ni plus ni moins.
« Les professionnels de
santé sont généralement
amenés à apporter leur
point de vue, en fin
de parcours.»
mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 27
CRÉDIT PHOTO: CENTRE GROOT KLIMMENDAAL, ARNHEM,
© KOEN VAN VELSEN
What’s Up Doc? 26 mai-juin 201628
HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ
EN-
QUÊTE
ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ,
un sujet mondialLES HÔPITAUX PUBLICS ET PRIVÉS À TRAVERS LE MONDE DOIVENT FAIRE FACE
À DE NOUVEAUX DÉFIS : LA RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE, L’ÉVOLUTION DE
LA RELATION MÉDECIN-PATIENT, LE TOUT DANS LE RESPECT DE LA SACROSAINTE
MAXIME « FAIRE PLUS AVEC MOINS ».
n Arabie Saoudite se tient chaque année
le Forum saoudien pour l’organisation
et le design hospitalier. Le pays mise sur
l’implication des nouvelles technologies.
Cela passe par des partenariats avec de
grandes industries technologiques telles qu’IBM ou
Schneider Electric, qui promettent de « diminuer la
prévalence des maladies nosocomiales et favoriser
un environnement plus sain »… Rien que ça!
Au menu : la purification de l’air, l’utilisation de
matériaux antibactériens, un écran multifonction
pour chaque patient et une optimisation de la
consommation d’eau et d’électricité. Du côté
architectural, l’Arabie Saoudite mise sur la lumière
du soleil comme allié thérapeutique mais aussi
comme source d’énergie bien sûr.
La réflexion sur l’architecture hospitalière n’est
pas le monopole des « pays riches ». En Afrique
de l'Ouest, des pays comme le Liberia et le Sierra
Leone s’interrogent aujourd'hui sur l'organisation
et le design de leurs futurs hôpitaux. Au centre des
préoccupations, les maladies infectieuses : Ebola est
passé par là. La tendance principale se concentre sur
le flux de patients. L’architecture doit permettre à la
fois un contrôle médical systématique dès l’entrée,
mais aussi éviter la promiscuité et limiter les contacts
physiques entre les patients. Enfin il s'agit de limiter
au maximum les déplacements des patients, qui
aujourd'hui traversent de trop longues distances
au sein de la structure hospitalière. Problème bien
souvent rencontré dans nos hôpitaux hexagonaux…
Bref : les questions posées par l’architecture
sont pour partie universelles, avec des variations
dans les priorités sanitaires, énergétiques ou
technologiques selon le contexte tant sanitaire
qu’économique du pays.
« La réflexion sur
l’architecture
hospitalière n’est
pas le monopole
des "pays riches".»
DE L’ENQUÊTE
CONCLU
-SION
L’évasion
au travail?
On oublie trop vite dans
la course à l’efficience que
la qualité tant esthétique
qu’organisationnelle
du cadre de travail
est essentielle.
Certes contenter tous
les points de vue et
toutes les demandes,
c’est faire le grand écart…
Cependant moderniser,
construire, voilà ce
que nous attendons.
Nous sommes las des
peintures qui s’effritent,
des fuites d’eaux, des
températures extrêmes,
des fauteuils déchirés
et sales, du blanc partout
ou des effets de couleurs
épileptogènes.
Las des ascenseurs en
panne, des kilomètres
à pied dans les couloirs,
de perdre des confrères
ou des patients entre
le bâtiment D 4e
étage
et le B 9e
étage…
Rêvons de lumière,
d’espaces verts,
d’ouverture, de fluidité…
Rêvons et construisons.
Prenons place dans les
projets pour penser notre
exercice, nos besoins
et ceux de nos patients.
mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 29
Priorités
sanitaires
Priorités
technologiques
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énergétiques
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&design

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Hôpitaux & cliniques du rêve à la réalité

  • 1. 36,2mm 97,8 mm 21,2 mm 49 mm Prise de poste. Visite des lieux… « Voilà ton bureau! » La porte s’ouvre sur 4 murs sans fenêtre. Encore un cagibi réaménagé en bureau… « Bon. Tu as vu où était la radio. L’IRM est au 2e sous-sol. Les urgences sont dans l’aile ouest, la réa à l’est. Le self est dans une annexe de l’autre côté du jardin. Et tu as peut-être repéré l’internat et toutes les chambres de garde près de l’entrée? Y a un couloir en sous-sol qui permet d’y aller directement. Par contre les DECT n’y captent pas très bien… Tout est OK? » Comment dire… La fin du XXe siècle a connu un faible niveau de construction hospitalière, contrairement au XXIe . Plus de 20 milliards d’euros attribués par les plans d’aide à l’investissement Hôpital 2007 et Hôpital 2012! Les frontières classiques entre hôpitaux publics et cliniques privées s’effacent pour faire place aux établissements de santé amenés à répondre à des contraintes proches. Mutualisation des moyens, flexibilité des installations, modularité des espaces : les flux de patients constituent un challenge toujours renouvelé, aux enjeux qualitatifs, médicaux et économiques. Ajoutons les perspectives du numérique, les nécessités écologiques, la reconnaissance de l’impact de la qualité du lieu : la construction hospitalière se révèle être un travail passionnant et complexe que What’s up Doc nous fait partager! CRÉDIT PHOTO: HÔPITAL RIVIERA-CHABLAIS, VAUD-VALAIS, RENNAZ, SUISSE ©ARCHITECTURE GROUPE-6+GD ARCHITECTES-IMAGE BRUNO JULIEN-MATTIET What’s Up Doc? 26 mai-juin 201616 HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ EN- QUÊTE
  • 2. P. 18 OÙ L'ON RÊVERAIT DE TRAVAILLER P. 20 LES ÉTABLISSEMENTS DE DEMAIN, DÈS L’AUBE P. 22 EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE : HÔPITAUX ET CLINIQUES DOIVENT S'Y METTRE ! P. 23 NUMÉRISER LES ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ P. 24 CONSTRUCTION DES VILLES, CONSTRUCTION DES CHAMPS P. 26 LES GRANDES ÉTAPES DU CHANTIER P. 28 ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ, UN SUJET MONDIAL P. 29 CONCLUSION DE L'ENQUÊTE SARAH BALFAGON, YVAN PANDELÉ, JOHANA HALLMANN, ADRIEN RENAUD, IDRIS AMROUCHE, LUC BLONDEAU, ALICE DESCHENAU ET MATTHIEU DURAND 17mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26
  • 3. What’s Up Doc? 26 mai-juin 201618 HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ EN- QUÊTE CRÉDIT PHOTO: ©AIA ASSOCIÉS BEAUCOUP D’ENTRE NOUS BOSSENT ENTRE LES MURS DÉFRAÎCHIS D’UN BÂTIMENT AUSSI ÉNORME QU’AUSTÈRE… MAIS LA MODERNITÉ VERSION SIXTIES N’EST PAS L’UNIQUE CADRE DE TRAVAIL POSSIBLE ! IL EXISTE AUSSI DES ÉTABLISSEMENTS AGRÉABLES ET BIEN PENSÉS. PETIT TOUR D’HORIZON (NON EXHAUSTIF) DES SITES QUI FONT RÊVER… La clinique Rhéna de Strasbourg Le «Cocoon’s Care» aux Nouvelles Cliniques nantaisesLe plateau technique au coeur des opérations De l’ambulatoire aux petits oignons Quand le patient va au bloc et en revient en marchant, c’est tout l’hôpital qui doit s’adapter : le médecin, l’infirmière… et le bâtiment. Les Nouvelles Cliniques nantaises (entre autres) se mettent à la page avec le « Cocoon’s Care » : des structures modulaires permettant de préparer l’intervention et de récupérer après celle-ci, le tout en optimisant les flux. Ech. 1/50 Ech. 1/40 Où l’on rêverait DE TRAVAILLER Le parcours du combattant pour arriver au plateau technique, c’est fini. Dans les nouveaux projets hospitaliers, le circuit du patient (et celui des soignants) devient un circuit court… À la clinique Rhéna de Strasbourg par exemple, le plateau technique se trouve en mezzanine, au-dessus de l’entrée, et c’est la première chose que l’on voit en entrant dans le bâtiment. Meilleur agencement CRÉDIT PHOTO: ©AIA ASSOCIÉS
  • 4. Optimisation des flux Meilleure attention portée à la déco Élégance de l'accueil mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 19 CRÉDIT PHOTO: ©NIGEL YOUNG CRÉDIT PHOTO: ©GUILLAUME SATRE-AIA ASSOCIÉS Le Circle Bath Hospital, England Un hôpital ou un hôtel de luxe ? L’hôpital n’est plus uniquement un lieu de soin. C’est un lieu de vie, un endroit où l’on peut boire un verre, acheter son journal, travailler en attendant la sortie d’un proche ou les résultats d’un examen. Ainsi au Circle Bath Hospital, en Angleterre, on a un peu de mal à définir où l’on est. Dans le hall d’entrée d’une multinationale ou d’un aéroport flambant neuf? À la réception d’un hôtel chic ou d’une grande école? Dans un lieu de standing, en tout cas! Ech. 1/50 Les plafonds décorés de l’hôpital Robert- Schuman à Metz Envie de grimper au plafond ? Le patient, quand il est couché, passe des heures à regarder ce qu’il a en face de lui : le plafond. Une expérience qu’il est possible de rendre moins rébarbative, comme à l’hôpital Robert-Schuman de Metz où les architectes se sont attachés à tout décorer avec soin. Mais ils ont également pensé aux soignants : les blocs opératoires sont éclairés en lumière naturelle, ce qui change tout… Laissez entrer le soleil! Ech. 1/40
  • 5. What’s Up Doc? 26 mai-juin 201620 EN- QUÊTE HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ LES ÉTABLISSEMENTS DE DEMAIN, dès l’aubeAMBULATOIRE, ÉVOLUTIF, FEUTRÉ ET OUVERT : L’HÔPITAL DE DEMAIN SE VOUDRAIT À LA FOIS PLUS TECHNIQUE ET PLUS HUMAIN. POUR DES LENDEMAINS QUI CHANTENT, SUIVEZ LE GUIDE. omme l’église, l’hôpital est un bâtiment si emblématique qu’il en est venu à désigner son institution de tutelle. Lieu de tous les enjeux, il incarne et – dans le meilleur des cas – anticipe les évolutions de la société. C’est ainsi que l’hôpital pavillonnaire, reflet des préoccupations hygiénistes du XIXe siècle, a cédé la place dans les années 1930 à l’impressionnant hôpital monobloc, incarnation d’une médecine rationaliste et technophile. Et demain, à quoi ressemblera l’hôpital? Ce n’est plus la taille qui compte Finis les hôpitaux-cathédrales des années 1970, tutoyant le ciel avec ostentation, ou les interminables hôpitaux horizontaux : le gigantisme a fait son temps. L’essor de l’ambulatoire, lié à la hausse de pathologies chroniques, impose une réduction de la capacité d’accueil qui se traduit par des bâtis beaucoup plus compacts. Le nouveau CHU de Nantes, sur l’île de Nantes, accueillera ainsi moins de 1500 lits, contre 2600 à l’heure actuelle. Le tournant ambulatoire est LA contrainte structurelle majeure pour l’hôpital de demain. D’une logique de « stock », liée au nombre de lits, l’hôpital s’inscrira dans une logique de flux, qui impose de penser au mieux les parcours patients et de décloisonner les espaces. « L’hôpital ne va pas augmenter en volume mais en taux de rotation », considère Antoine Buisseret, directeur exécutif et architecte associé du cabinet d’architectes Groupe-6. L’abus d’ambu ne nuit pas à la santé « Il y a quelques années, on disait qu’il fallait un plateau technique au cœur et des bâtiments satellites pour les hospitalisations et les consultations », raconte Bruno Follin, architecte associé du cabinet AIA architectes. « C’est en train de disparaître. » Les circuits se raccourcissent tandis que les surfaces se réduisent : les bureaux de consultation tutoieront les salles d’opération, sans qu’il faille traverser 3 portes et 2 couloirs pour passer de l’un à l’autre. « L’hôpital se resserre autour du plateau technique », résume Antoine Buisseret, de Groupe-6. Le plateau technique, quant à lui, continuera de croître au rythme des progrès de la robotique chirurgicale et de l’imagerie, et la tendance à la mutualisation va se poursuivre. Pièce maîtresse de l’hôpital, il en deviendra de plus en plus la vitrine, au sens figuré comme au sens propre. « La vraie tendance, c’est de mettre le plateau technique en vitrine sur le hall d’accueil », indique Bruno Follin. « D’une logique de "stock",liée au nombre de lits, l’hôpital s’inscrira dans une logique de flux.»
  • 6. CRÉDIT PHOTO: HÔPITAL RIVIERA-CHABLAIS, VAUD-VALAIS, RENNAZ, SUISSE ©ARCHITECTURE GROUPE-6+GD ARCHITECTES-IMAGE BRUNO JULIEN-MATTIET mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 21 Plaisir des yeux (et du reste) Autre changement majeur, également lié à l’ambulatoire : il va falloir s’habituer à accueillir des patients debout au cœur de l’hôpital. « Les patients diront bonjour à leur médecin, iront s’asseoir dans leur salle d’opération avec leur smartphone et entendront tout ce qui se dit », poursuit Bruno Follin. Plus de blagues graveleuses entre deux sutures mais, en compensation, des salles d’op’ avec des plafonds ornés et des salles de réveil éclairées à la lumière naturelle. Une attention portée aux détails qui n’a rien d’anecdotique. « Il n’y a plus de débat sur le fait que l’environnement joue un rôle dans le bien-être », considère Yann Bubien, directeur général du CHU d’Angers et coordinateur d’un ouvrage sur l’architecture hospitalière*. Adieu lumières crues, sols plastiques, murs nus aux aplats verdâtres : les architectes s’escriment à rechercher la lumière naturelle, à maîtriser l’acoustique et à employer des matériaux de qualité (bois, moquettes). « Les 5 sens sont importants », résume Bruno Follin. Une petite coupe en attendant Pépé Autre mutation en cours : l’hôpital de demain s’assumera comme un lieu d’accueil, et proposera des services à ses visiteurs. « Pendant longtemps l’hôpital a été un superbe outil à soigner. Demain ce sera en plus un outil à vivre », estime Bruno Saint-Dizier, architecte d’intérieur chez AIA. Dans la continuité d’un hall d’accueil de plus en plus central, l’hôpital du futur accueillera des magasins, des restaurants, des salles de sport ou de spectacle. Le tout nouvel hôpital Princesse-Grâce, à Monaco, offre ainsi les services d’une bibliothèque et d’un… salon de coiffure. Un grand hall d’accueil lumineux donnant sur un plateau high-tech en vitrine, de nombreux commerces, des patients qui circulent accompagnés de leur famille, le tout dans un décor démédicalisé aux finitions soignées et à l’atmosphère feutrée… Et si l’hôpital de demain ressemblait à l’aéroport d’aujourd’hui? Sacré chemin depuis les hospices civils! *Concevoir et construire un hôpital, sous la direction de Yann Bubien, 2014, éditions Le Moniteur. Vous avez dit « flexible »? Entre le démarrage d’un programme architectural et l’inauguration d’un nouvel hôpital s’écoulent souvent 10 ou 15 ans. Comment s’assurer que le bâtiment ne devienne pas obsolète en quelques années? Les architectes s’intéressent de plus en plus à l’évolutivité et à la flexibilité des usages. Le concept d’hôpital monospace, conçu par l’agence Brunet-Saunier, porte cette modularité à son paroxysme. De forme sobre voire austère, construit sur un maillage tridimensionnel répétitif, le monospace permet de redéfinir aisément les espaces en fonction des besoins. « On ne réfléchit plus en superficie mais en volume », explique Bruno Follin, architecte associé du cabinet AIA. « Une même pièce carrée peut faire aujourd’hui de la consultation, de l’exploration, et être transformée demain en chambre. » Une sorte d’hôpital en Rubik’s Cube…
  • 7. 150 kWh/m2 immeuble de bureaux 800 kWh/m2 hôpital 50 kWh/m2 immeuble d'habitation Efficacité énergétique : hôpitaux et cliniques doivent s’y mettre! LA CONSTRUCTION HOSPITALIÈRE N’ÉCHAPPE PAS AU GRAND ENJEU DU SIÈCLE : LE DÉFI ENVIRONNEMENTAL. UNE QUESTION QUI MET À RUDE ÉPREUVE L’INGÉNIOSITÉ DES ARCHITECTES. n ces temps de changement climatique, tout le monde doit participer à l’effort d’efficacité énergétique. Même l’hôpital. Et il y a du boulot, car nos établissements sont particulièrement énergivores. 700 ou 800 kWh/m² « On estime la consommation énergétique d’un hôpital à 700 ou 800 kWh/m² », explique Éric Bussolino, directeur d’AIA Studio Environnement, le pôle environnemental de l’agence d’architectes AIA. « En comparaison, celle d’un immeuble de bureaux est estimée à 100 ou 150 kWh/m², et celle d’un immeuble d’habitation à 50 kWh/m² ». Le problème, c’est que les normes sanitaires limitent fortement les marges de manœuvre pour réduire cet écart. « Quand on fait un plateau technique d’une quinzaine de salles d’opération, par exemple, respecter les normes pousse à la consommation d’air et donc d’énergie », remarque Éric Bussolino. L’énergie « open bar » Il n’est pas question de transiger avec la sécurité des patients, on ne peut donc que tenter de faire porter l’effort ailleurs. « Notre société, et donc nos hôpitaux, ont un rapport à l’énergie qui est un peu "open bar" », regrette Éric. « Le changement passe par une prise de conscience ». Autrement dit : soignants et soignés doivent modifier leurs habitudes. Éric Bussolino estime d’ailleurs que 70 % de la consommation énergétique d’un hôpital n’est pas liée à la qualité intrinsèque des bâtiments, mais au comportement de ceux qui les occupent. Végétalisation et énergie renouvelable Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progrès possible côté architectural. C’est en tout cas l’opinion d’Antoine Buisseret, de Groupe-6 l'agence venant de réaliser le Nouvel Hôpital d'Orléans (NHO), certifié Haute Qualité environnementale (HQE) toutes phases. « L’espace des urgences vitales étant très consommateur, l’innovation environnementale se fait principalement dans les espaces non médicaux comme les hébergements », explique-t-il. À Orléans, c'est une solution de façade légère à ossature bois qui a été retenue. Entre choix des matériaux, compacité des bâtiments, végétalisation ou production d’énergie renouvelable, une vraie mutation s’est même opérée au cours des dernières années. Éric Bussolino remarque d’ailleurs que presque tous les projets hospitaliers s'inscrivent dans une démarche de certification HQE, un processus très rigoureux visant à réduire l’empreinte écologique des bâtiments. Énergie positive Pourra-t-on un jour imaginer des hôpitaux à énergie positive, comme il existe des logements à énergie positive? « Ce sera un sujet dans les prochaines années, mais ce n’est pas pour demain », tranche le spécialiste d’AIA. « La difficulté, c’est de répondre aux pics de charge : dans un hôpital, beaucoup de choses peuvent démarrer en même temps. » L’alimentation énergétique doit pouvoir suivre. Ce qui n’est pas une raison pour ne pas s’attaquer au sujet. Aux États-Unis, le Gundersen Health System, un groupement hospitalier de plus de 8500 employés, a même réussi à produire plus d’énergie qu’il n’en consommait pendant une cinquantaine de journées sur une année. « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », aurait dit MarkTwain. What’s Up Doc? 26 mai-juin 201622 HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ EN- QUÊTE
  • 8. NUMÉRISER les établissements de santé LES CHAMBRES INTELLIGENTES, LES LITS CONNECTÉS, LES MOBILES, LES TABLETTES… ENVAHISSENT PROGRESSIVEMENT LES ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ. L’hôpital devient 100 % numérique, c’est-à-dire dans sa conception, sa construction et sa mise en œuvre. Pour commencer, le BIM (pour Building Information Modeling) ou maquette numérique du bâtiment, permet de rassembler un très grand nombre d’infos dans une démarche de coordination entre tous les intervenants d’un projet. Un exemple : le nouveau centre hospitalier d’Ajaccio. Il est le premier projet public d’envergure 100 % BIM, mettant à contribution la salle immersive Le Corbusier du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) de Sophia-Antipolis. Celle-ci a permis de réunir des équipes de maîtrise d’œuvre et de maîtrise d’ouvrage pour une revue de projet à l’échelle 1 des maquettes BIM. En salle immersive, il a été également possible de visualiser l’hôpital intégré dans son site grâce à la réalisation d’une maquette numérique de la ville d’Ajaccio.1 L’amélioration de la conception d’un hôpital passe par une grande pluridisciplinarité. En témoigne l’agence d’architecture In-fine, comme le précise Claude Brugière son PDG : « Nous regroupons des personnes expérimentées, rompues à la pratique de l’architecture en santé qui encadrent des profils variés comme des designers, des jeunes architectes ou des consultants extérieurs spécialisés dans le domaine de la santé. » Concernant les nouvelles technologies en santé, il conviendrait pour lui d’impliquer au plus tôt le corps médical dans les réflexions architecturales, aidé d’ailleurs par l’utilisation des maquettes numériques pour une meilleure compréhension et appropriation du projet.2 Encore faudrait-il que les médecins soient à même d’anticiper les évolutions technologiques de leur propre exercice… Les pouvoirs publics tentent de ne pas être en reste concernant le numérique à l’hôpital. Cependant, il sera plus question d’architecture de systèmes d’information que d’architecture d’un bâtiment… L’informatisation est encore loin d’être généralisée. Il s’agit pour eux de développer et moderniser les systèmes d’information hospitaliers (SIH). Afin de les rendre plus performants, en particulier en termes de qualité et de sécurité des soins, la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) a lancé, en novembre 2011 (pour la période 2012-2017), le programme « Hôpital numérique ». Il a pour but de fixer des priorités et des objectifs, en mobilisant tous les acteurs concernés et en accompagnant les établissements de santé dans leur transformation par les technologies de l’information et de la communication.3 Bien évidemment liée au déploiement du Wi-Fi (enfin?) et à sa sécurisation, cette modernisation des systèmes d’information préfigure l’hôpital connecté et la nouvelle relation médecin-patient qui en découle. L'hôpital de demain se dessine au jour le jour… SOURCES 1. Le nouveau centre hospitalier d’Ajaccio en BIM intégral, 2015, mediaconstruct.fr 2. In-fine Architectes, « Impliquer d’avantage le corps médical dans les réflexions architecturales d’un projet hospitalier », Architecture hospitalière, numéro automne/hiver 2015/2016 3. Le programme « Hôpital numérique », 2016, ministère des Affaires sociales et de la Santé, social-sante.gouv.fr « L’hôpital devient 100 % numérique,dans sa conception,sa construction et sa mise en œuvre.» mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 23 ©DR
  • 9. What’s Up Doc? 26 mai-juin 201624 HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ EN- QUÊTE « Aujourd’hui, l’hôpital ne se conçoit qu’au sein d’un territoire, et en harmonie avec lui.» CONSTRUCTION DES VILLES, construction des champsQU’IL SOIT CITADIN OU BUCOLIQUE, L’HÔPITAL MODERNE SE DOIT D’ÊTRE CONNECTÉ À SON ENVIRONNEMENT. ôpital des villes, des banlieues ou des champs? Pour les architectes, une chose est sûre : l’environnement est toujours une donnée fondamentale. « Le lieu d’implantation, urbain ou en périphérie, est très structurant : la moitié du travail réside dans la prise en compte du contexte », estime Bruno Follin, architecte associé du cabinet AIA. « Un projet en dehors de la ville sera plus évolutif, en revanche les enjeux de mobilité sont beaucoup plus importants », explique Antoine Buisseret, directeur exécutif du cabinet Groupe-6. Un enjeu d’accessibilité d’autant plus crucial que les hôpitaux génèrent d’importants flux de transport. En zone rurale, l’hôpital devra donc être bâti près d’un axe routier et disposer de parkings. En ville, c’est le réseau de transports publics qui se trouvera sollicité. Ainsi pour le Nouvel Hôpital d'Orléans, l'implantation de l'arrêt de tramway a été adaptée pour en permettre la desserte aisée.
  • 10. CRÉDIT PHOTO P24: HÔPITAL RIVIERA-CHABLAIS, VAUD-VALAIS, RENNAZ, SUISSE ©ARCHITECTURE GROUPE-6+GD ARCHITECTES-IMAGE BRUNO JULIEN-MATTIET mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 25 Vous êtes bien urbain Dans les faits, rares sont les programmes architecturaux qui ne mettent pas en avant la nécessité de concevoir un hôpital « ouvert » sur la ville. L’air du temps semble être à l’hôpital urbain ou de proche banlieue, capable de tisser une continuité avec son environnement, voire de servir de point d’appui au développement d’un quartier. « Je ne crois plus du tout au modèle des années 1980 : on éloignait l’hôpital du centre-ville au profit d’espaces péri-urbains, beaucoup moins coûteux, proches de l’autoroute. Un peu sur le modèle des centres commerciaux », confie Yann Bubien, directeur général du CHU d’Angers. « L’enjeu aujourd’hui, c’est soit de rester en péri-urbain, soit de revenir au cœur des villes. » Mètre carré, mon amour Le choix d’une implantation urbaine doit s’accommoder d’une réalité foncière difficile. « Trouver un terrain qui peut accueillir un établissement de 600 ou 800 lits en plein cœur de ville, c’est souvent du rêve », explique David Entibi, directeur de publication du magazine Architecture hospitalière. À ce titre, le projet de transfert du CHU de Nantes sur l’île Beaulieu, en plein cœur de la ville, fait figure d’exception. En pratique, le souhait de construire en ville se traduira souvent par le choix d’un terrain en banlieue proche. C’est le cas, par exemple, pour l’immense hôpital Paris-Nord qui devrait voir le jour à Saint-Ouen d’ici 2025. Ce nouvel hôpital viendra s’intégrer au sein d’un vaste projet visant à transformer une zone industrielle en un écoquartier flambant neuf, regroupant habitations, commerces et bureaux en bord de Seine. « Trouver un terrain qui peut accueillir un établissement de 600 ou 800 lits en plein coeur de ville, c’est souvent du rêve.» L’urbanisme à la rescousse Car la construction d’un nouvel hôpital est souvent au cœur, si ce n’est le point de départ, de travaux d’aménagement plus vastes. « À Bayonne, où nous avons livré un hôpital en zone pavillonnaire, nous avons mis en place une crèche et fait prolonger la ligne de bus afin de désengorger le quartier », indique Bruno Follin. À l’hôpital Robert-Schuman à Metz, également à l’extérieur de la ville, c’est l’amphithéâtre qui a été mis à disposition du quartier. Une continuité encore plus saillante en ville, où l’hôpital, structuré autour d’une « rue » centrale prolongeant la voirie, doté d’un grand hall d’accueil ouvert sur l’extérieur, se doit de plus en plus d’offrir des services n’ayant pas trait aux soins. « Placer un restaurant dans le hall d’un hôpital de ville, ça sert aux usagers en journée, mais aussi aux gens du quartier pour aller dîner à l’hôpital le soir », explique Bruno Follin. Les années 1970 avaient vu l’essor des grands hôpitaux monobloc, citadelles technologiques isolées en périphérie des villes. Aujourd’hui, l’hôpital ne se conçoit qu’au sein d’un territoire, et en harmonie avec lui. ©DR
  • 11. 6.00 année01 année05 année04 année03 année02 UN PROJET HOSPITALIER, C’EST UN PEU COMME CONSTRUIRE SA MAISON. ON A ENVIE QUE CE SOIT PARFAIT, QUE TOUT LE MONDE S’Y SENTE BIEN, SOIGNANTS, SOIGNÉS, VISITEURS… COMMENT DONC EN FAIRE UN LIEU AGRÉABLE EN TENANT COMPTE D’UN MAXIMUM DE PARAMÈTRES ? Étape 1 : le temps de la réflexion, des programmes et préétudes Pour monter un projet cohérent, il faut savoir où aller et donc définir les lignes directrices. Dans ce grand brainstorming, de nombreux acteurs sont sollicités. Maître d’ouvrage, urbaniste, programmiste faisant partie d’un cabinet d’architectes sont des acteurs clés de cette première étape. À titre consultatif, il est possible de solliciter le corps médical qui peut transmettre les éléments qui lui semblent pertinents dans la réflexion concernant le projet hospitalier. Ce qui en sort : un programme très précis des besoins, enjeux et contraintes à tous les niveaux d’interaction au sein de l’hôpital. Corps médical, mais aussi restauration, service d’hygiène, et bien sûr User Experience. Le programme aboutit alors à un listing minutieux des études à mener pour estimer concrètement les différents besoins. Étape 2 : le choix de l’architecte Le projet mis en place, il faut lancer un concours auquel, en général, le cabinet d’architectes qui a planché sur la première étape ne participe pas. La raison? S’il est choisi au terme du concours, il est possible de mettre en avant que le maître d’œuvre a eu accès à des informations sur le projet susceptible de l’avantager. Sa candidature sera alors évincée et la place « remise en jeu ». Une perte de temps inutile. Il est généralement convenu que le premier cabinet ne sera pas l’architecte du projet hospitalier final. Ce qui en sort : un plan dessiné, et un dossier complet détaillant le projet du cabinet choisi. C’est à cette étape que l’on visualise ce que pourrait être le complexe hospitalier à terme. C’est une étape charnière. Les grandes chantier étapes du What’s Up Doc? 26 mai-juin 201626 HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ EN- QUÊTE
  • 12. HÔPITAL année06 année10 année09 année08 année07 Étape 3 : l’avant-projet, ou la consolidation des bases Il est alors temps de contextualiser le projet en le confrontant à la réalité du terrain. Budget global, contraintes réglementaires, organisation des services, sont autant de choses qui se concrétisent et pour lesquels l’intervention des médecins et autres personnels de santé s’avère indispensable. C’est un dossier clé qui est donc monté et soumis à la commune. Il doit être validé au niveau de la municipalité pour que les travaux commencent. Ce qui en sort : des documents graphiques extrêmement détaillés (plans avec mesures et dimensions notamment) permettant à la commune d’apprécier la conformité du bâtiment aux normes en vigueur, ainsi que la cohérence de la structure. Sont aussi fournis les plannings et la répartition précise du budget. Étape 4 : la construction de l’hôpital L’étape la plus difficile. Lorsque le permis de construire est obtenu s’engage alors un challenge à la hauteur du bâtiment. Faire appel aux différents corps de métiers, réaliser les devis, organiser concrètement les plannings pour optimiser au mieux l’avancée du projet, font partie des petites étapes qui jalonnent cette dernière partie. Les professionnels de santé sont généralement amenés à apporter leur point de vue, essentiellement en fin de parcours, sur certains détails de confort notamment, comme le positionnement ou la largeur d’une porte. Leur expertise est par ailleurs sollicitée concernant les changements à prendre en compte pour intégrer au mieux les nouvelles technologies hospitalières. Car une construction prend au minimum 10 ans! Ce qui laisse largement le temps à la technique et à la machinerie médicale d’évoluer… Ce qui en sort : un hôpital. Ni plus ni moins. « Les professionnels de santé sont généralement amenés à apporter leur point de vue, en fin de parcours.» mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 27
  • 13. CRÉDIT PHOTO: CENTRE GROOT KLIMMENDAAL, ARNHEM, © KOEN VAN VELSEN What’s Up Doc? 26 mai-juin 201628 HÔPITAUX & CLINIQUES DU RÊVE À LA RÉALITÉ EN- QUÊTE ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ, un sujet mondialLES HÔPITAUX PUBLICS ET PRIVÉS À TRAVERS LE MONDE DOIVENT FAIRE FACE À DE NOUVEAUX DÉFIS : LA RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE, L’ÉVOLUTION DE LA RELATION MÉDECIN-PATIENT, LE TOUT DANS LE RESPECT DE LA SACROSAINTE MAXIME « FAIRE PLUS AVEC MOINS ». n Arabie Saoudite se tient chaque année le Forum saoudien pour l’organisation et le design hospitalier. Le pays mise sur l’implication des nouvelles technologies. Cela passe par des partenariats avec de grandes industries technologiques telles qu’IBM ou Schneider Electric, qui promettent de « diminuer la prévalence des maladies nosocomiales et favoriser un environnement plus sain »… Rien que ça! Au menu : la purification de l’air, l’utilisation de matériaux antibactériens, un écran multifonction pour chaque patient et une optimisation de la consommation d’eau et d’électricité. Du côté architectural, l’Arabie Saoudite mise sur la lumière du soleil comme allié thérapeutique mais aussi comme source d’énergie bien sûr. La réflexion sur l’architecture hospitalière n’est pas le monopole des « pays riches ». En Afrique de l'Ouest, des pays comme le Liberia et le Sierra Leone s’interrogent aujourd'hui sur l'organisation et le design de leurs futurs hôpitaux. Au centre des préoccupations, les maladies infectieuses : Ebola est passé par là. La tendance principale se concentre sur le flux de patients. L’architecture doit permettre à la fois un contrôle médical systématique dès l’entrée, mais aussi éviter la promiscuité et limiter les contacts physiques entre les patients. Enfin il s'agit de limiter au maximum les déplacements des patients, qui aujourd'hui traversent de trop longues distances au sein de la structure hospitalière. Problème bien souvent rencontré dans nos hôpitaux hexagonaux… Bref : les questions posées par l’architecture sont pour partie universelles, avec des variations dans les priorités sanitaires, énergétiques ou technologiques selon le contexte tant sanitaire qu’économique du pays. « La réflexion sur l’architecture hospitalière n’est pas le monopole des "pays riches".»
  • 14. DE L’ENQUÊTE CONCLU -SION L’évasion au travail? On oublie trop vite dans la course à l’efficience que la qualité tant esthétique qu’organisationnelle du cadre de travail est essentielle. Certes contenter tous les points de vue et toutes les demandes, c’est faire le grand écart… Cependant moderniser, construire, voilà ce que nous attendons. Nous sommes las des peintures qui s’effritent, des fuites d’eaux, des températures extrêmes, des fauteuils déchirés et sales, du blanc partout ou des effets de couleurs épileptogènes. Las des ascenseurs en panne, des kilomètres à pied dans les couloirs, de perdre des confrères ou des patients entre le bâtiment D 4e étage et le B 9e étage… Rêvons de lumière, d’espaces verts, d’ouverture, de fluidité… Rêvons et construisons. Prenons place dans les projets pour penser notre exercice, nos besoins et ceux de nos patients. mai-juin 2016 What’s Up Doc? 26 29 Priorités sanitaires Priorités technologiques Réflexions énergétiques Organisation &design