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Internet et le Web : de
nouveaux espaces à
cartographier ?
Alexandre Monnin
Inria Sophia Antipolis
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Rendez-vous d'Archimède, cycle « La carte invente le monde » (Espace Culture, Lille 1)
Une géographie des autorités
Internet ou le Web ?
Quizz:
• Une infrastructure ou
une application ?
• Un réseau de réseau ?
• Le « Net » ?
• Inventé par… ?
• Un projet américain ?
Un Web de
documents
Un ancrage spatial
dans un « espace
documentaire » ?
Une « cartographie »…
de scientomètres, réticulaire et
citationelle
• Francis Narin (scientométrie)
• Jon Kleinberg (théorie des graphes)
• L. Page et S. Brin (PageRank)
 Le Web est-il un hypertexte?
F
Le réseau
comme
hypertexte
Bien sûr!
• protocole : “HyperText Transfer Protocol” (HTTP)
• langage : “HyperText Markup Language” (HTML)
F
Bien sûr !
Le « Web » fut presenté lors de la 3e conférence ACM
Hypertext en 1991 (San Antonio, Texas)
F
Bien sûr!
• A lire sur le site du CERN : “On 6 August 1991, Tim Berners-Lee
posted a summary of the World Wide Web project on several
internet newsgroups, including alt.hypertext, which was for
hypertext enthusiasts. The move marked the debut of the web
as a publicly available service on the internet”.
• Berners-Lee et Cailliau ont tous deux reconnu l’influence des
pionnier de l’hypertexte.
• En particulier Vannevar Bush et Ted Nelson – même si le
Memex de Bush n’était pas véritablement un hypertexte (cf.
Alexandre Serres, “Hypertexte”). Il faudrait également ajouter
Doug Engelbart.
F
Continuité (hypertexts)
vs. Discontinuité (Web)
Les fonctionnalités de Xanadu, caractéristiques des
hypertexts, ont disparu avec le Web :
• les liens bidirectionnels (pas de liens cassés!)
• la transclusion (Nelson: “A link connects two things which
are different. . A transclusion connects two things which
are the same”).
• la gestion du copyright, du micropaiement, et la sécurité
• le “version-management”
• le “content management”
L’architecture du Web
Retour sur la seconde
naissance du Web
La création du W3C a permis de stabiliser l’architecture du Web et d’en
mieux comprendre les grands principes.
 de passer des implementations locales aux standards
en vertu d’investissements de forms (Laurent Thévenot).
• Premiers standards
• entre 1994 et 1995 : URIs → URLs, URNs, URCs and IRLs
• février 1996 : HTTP 1.0
F
« Web resources »
• Des controverses ont surgi concernant sur le fait de scinder les URI en URN et
URL.
• Cette opération reposait sur une distinction entre documents et choses
• Ce qui est « sur » le Web et ce qui est « en dehors » du Web
• Cette distinction, réactivée à l’époque du Web Sémantique, est largement
inconsistante
• Les standards furent révisés dès 1997 (HTTP 1.1) et 1998 (URI – un standard
fut dédié aux seules URL pendant à peine 3 ans).
Des URI aux URI
21 AVRIL 2015 - 16
Uniform Resource Locators Uniform Resource Names
- Adresses de choses
accessibles. (« pages
Web »)
- Des choses qui changent
sans cesse.
- Noms d’objets dans le
monde ou de concepts
intangibles (inaccessibles)
- Des choses qui ne changent
pas (ex. : La recherche du
temps perdu).
http://www.inria.fr
http://ns.inria.fr/fabien.gan
don#me
ldap://[2001:db8::7]/c=GB?obj
ectClass?one
- 17
Uniform Resource Locators
a) Les URL ne donnent pas seulement accès à des
contenus « en ligne » mais permettent également de
donner accès à des descriptions de tous types d’objets
(ceci inclut les objets réputés « inaccessibles »).
b)Il n’est donc pas interdit de donner accès à des
descriptions de contenus jugés accessibles (la page
d’accueil du Monde par ex.).
 Aussi n’y a-t-il pas de différence, du point de vue des
URL, entre contenus accessibles et inaccessibles, et les
URL peuvent-elles désigner autant d’objets (voire les
mêmes) que les URN.
Uniform Resource Names
a) Les objets désignés par les URN sont considérés comme
immuables car les URN ont été conçues sur le modèles
des identifiants bibliothéconomiques, elles désignent des
réalités traitées de manières artificiellement stables dans
l’univers de la documentation (éditions, exemplaire,
articles, etc.)
b) Comment accéder à des informations à propos de ces
réalités ?
 Soit, chaque les gestionnaires de chaque schéma d’URN
élabore un protocole dédié.
 Soit on utilise le protocole Http, le protocole du Web et
alors il ne subsiste plus de différences avec les URL.
Dé-spatialiser les URI
(adresses vs identifiants)
- 19
la ressource
l’état de la ressource
l’état représentationnel
ou représentation de la ressource
« … »
REpresentational State Transfer
(REST)
Qu’est-ce qu’une URI nomme
ou désigne?
- le Web n’a ni système de gestion des versions, ni système intégré d’archivage (tout,
sur le Web, disparaît par défaut) : il ne donne pas un identifiant à chaque version
d’une représentation (qu’il ne conserve pas !)
- les contenus changement au fil du temps (variations diachroniques)
- les contenus sont susceptibles de changer à chaque fois qu’une URI est sollicitée (une
URI peut identifier un service, gérer une représentation qui croise une multitude
d’appels à d’autres ressources, être le résultat de nombreux appels générant un
résultat comparables à un mashup, les « pages » contiennent des compteurs, varient
en fonction de la négociation de contenu ou de la personnalisation, etc.) (variations
synchroniques)
- les pointeurs peuvent cesser d’être déréférençables (« les liens se cassent »)
- n’importe quel objet peut être désigné (rompant avec la distinction en ligne/hors
ligne)
URI & temps
• http://ns.inria.fr/fabien.gandon#me
• http://lemonde.fr
• http://météo.fr/Paris
• http://www.timeanddate.com/worldclock/meetingdetails.html?year=
2015&month=12&day=1&hour=7&min=0&sec=0&p1=181&p2=248&
p3=224
F
- 22
- 22
Une césure au cœur du Web
articuler virtuel/abstrait (ressource)
et actuel/concret (représentations)
“7.1.2 Manipulating Shadows. Defining resource such that a URI
identifies a concept rather than a document leaves us with another
question: how does a user access, manipulate, or transfer a concept
such that they can get something useful when a hypertext link is
selected? REST answers that question by defining the things that are
manipulated to be representations of the identified resource, rather
than the resource itself. An origin server maintains a mapping from
resource identifiers to the set of representations corresponding to
each resource. A resource is therefore manipulated by transferring
representations through the generic interface defined by the resource
identifier.”
(Roy T. Fielding & Richard Taylor)
« En s’engageant à donner accès à des contenus pertinents, les
organismes amenés à gérer des noms de domaines créent une
structure d’attente dont on ne sait, a priori, de quelle manière elle sera
satisfaite (personne ne peut prévoir à quoi ressemblera précisément la
page d’accueil du Monde dans trois jours). Fielding compare ainsi les
ressources, comme principe d’attente, de génération et de
coordination des représentations transférées, à des « ombres » ou des
« concepts » : inaccessibles en tant que tels, bien que manipulés par
l’intermédiaire de leurs représentations. »
(Cartographier le Web a-t-il un sens ? »)
Un Web de
documents,
vraiment ?
Un ancrage spatial
très problématique
« »
Conséquences
"Resources are angels,
URIs pins" (Larry Masinter)
Sur le Web pas de territoire
sans interactions
Si la ressource est une abstraction, alors :
a) Il n’y a pas de liens à proprement parler entre des pages mais des
URI (éventuellement déréférençables), des pointeurs, qui
peuvent (ou non) donner accès à des représentations.
b) Aucune autorité centrale garantit que des représentations sont
disponibles, car le Web est un système décentralisé.
c) Le même lieu de calcul (« locus of computation ») donnera lieu
simultanément à des représentations (contenus accessibles)
différentes, ne contenant pas les mêmes URI ce qui dessine
potentiellement un graphes ou un réseau diffèrent selon la
nature des interactions en jeu.
L’exemple de Google
• L’agencement produit par Google (qui repose sur des
algorithmes de mesure, des infrastructures, des bases de
données, des modèles économiques, etc. ) transforme
partiellement le Web en hypertexte.
• Quand Google lance ses crawlers ils déréférencent les URI
et invoquent les ressources, accédant ainsi à leurs
représentations qu’il canonise et conserve dans son index.
• Ces représentations sont traitées comme des pages stables
(ignorant par exemple la négociation de contenu) reliées les
unes aux par leurs liens entrant (mesure de citation).
• Google « réticularise » le système de nommage du Web
grâce à ses algorithmes, à ses robots, à son index, à ses
serveurs, etc.
• Une fois que les représentations
canonisées (les pages) figurent dans
l’index de Google, il est possible
d’établir de manière assurée les
relations de citation entre elles et
de parler désormais de « liens » au
sens fort du terme et non plus de
pointeurs.
• Cette stabilisation d’un Web vivant
n’est que partielle mais très
efficace.
• A noter que si carte il y a, c’est
avant tout Google qui en dispose.
L’internaute n’en n’a qu’une vue
partielle et, qui plus est, adaptée à
son profil.
La technologie MapReduce. Crédits illustration :
Aurélien Bénel
« L’opération de cartographie comme d’indexation opère en réalité une
substitution d’une réalité à une autre. Il s’agit donc moins de représenter
fidèlement son objet que d’agencer des réalités hétérogènes, aboutissant à
simplifier en vue de faciliter certains usages (fortement orientés, on le
comprendra aisément). Paradoxalement, c’est en ce sens que la cartographie
du Web apparaît bien comme une « authentique » cartographie : il n’y a pas
lieu, en effet, de nier l’épaisseur des opérations nécessaires à sa réalisation.
On ne dira plus : « la carte n’est pas le territoire », mais « il n’y a pas de
territoire avant sa cartographie ». Ce qui ne revient pas à dire qu’il n’y a rien.
En revanche, ce qu’il y a, « sur le Web », ce sont avant tout des réseaux
d’interactions multiples que l’on pourrait représenter de bien des manières,
sans consentir de privilège particulier aux cartes. »
(« Cartographier le Web a-t-il un sens ? »)
Un autre rapport à l’espace
Quel espace ?
Franco Farinelli, Chôros – EPFL, Thinking Places 4, https://vimeo.com/album/3575603/video/139431686
Géographe, F. Farinelli parle
d’architecture et de la naissance
de l’espace moderne
(l’architecture ayant elle aussi
trait à l’espace, à l’instar de la
géographie). Ce déplacement
permet de s’intéresser à des
objets qui occupent un espace
et sont suffisamment massifs
pour apparaître sur les cartes
(objets fixes, en trois
dimensions, présent dans un
territoire).
L’espace euclidien et la
question des objets
« La vue statique des bâtiments est donc un hasard professionnel provenant de leur
dessin trop parfait. Or cela ne devrait pas être le cas, puisque le rendu
tridimensionnel CAO d’un projet est absolument irréel. Où placez-vous les clients
insatisfaits et leurs exigences parfois contradictoires? Où insérez-vous les
contraintes légales et urbanistiques? Où situez-vous les prévisions budgétaires et
les différentes alternatives relatives au budget? Où mettez-vous la logistique
impliquée par l’intervention des différents corps de métier? Où a lieu l’évaluation
délicate de la compétence des spécialistes? Où archivez-vous les maquettes
successivement modifiées pour répondre aux exigences contradictoires des
différentes parties prenantes – usagers, communautés du voisinage, défenseurs du
patrimoine, clients, représentants du gouvernement et des autorités municipales?
Où incorporez-vous les changements apportés aux détails du programme? Il ne faut
donc pas réfléchir longtemps pour admettre que, si l’espace euclidien est bien celui
dans lequel on dessine les bâtiments sur du papier, il n’est pas l’environnement
dans lequel ils sont construits – et encore moins le monde dans lequel ils sont
habités. » (Bruno Latour & Albena Yaneva 2008)
« À aucun moment de sa longue succession de transformations à
travers la cascade d’appareils d’écriture qui l’accompagnent durant son
«vol», le bâtiment ne se trouve dans un espace euclidien. Et pourtant,
nous continuons de le penser comme si son essence était celle d’un
cube blanc traduit, sans aucune transformation, à travers la res
extensa. » (Ibid.)
Des objets inconnus
Latour :
• les bâtiments (cf. Paris Ville Invisible).
• les sols, les plantes, les champignons : « l’environnement » (passage de l’arrière–
plan, du décor à l’avant-scène).
• passage de ce qui est contenu dans un espace statique, cartographiable, à ce qui
rend un monde habitable par sa capacité à agir (« world-making », Anna Tsing).
Web :
• de « nouveaux » objets peu familiers, loin des objets mésoscopique de la perception
(objets en 3D) : mashups, objets calculatoires (puissance de calcul, services, etc.)
• tous les objets (aucune langue adamique prédécoupant le monde selon des lignes
fixes n’est présupposée) !
L’importance de la controverse
des matters of facts aux matters of concerns
« Il est paradoxal d’avancer l’idée qu’un bâtiment est toujours une
«chose», c’est-à-dire, étymologiquement, une accumulation contestée
de demandes contradictoires, et d’être cependant tout à fait incapable
de dessiner ces demandes conflictuelles dans l’espace même à propos
duquel elles sont en conflit… Chacun sait qu’un bâtiment est un
territoire contesté, et qu’il ne peut être réduit à ce qui est et à ce qu’il
signifie, comme l’a toujours fait la théorie de l’architecture
traditionnelle. Ce n’est qu’en tenant compte des mouvements d’un
bâtiment, et en rendant soigneusement compte de ses «tribulations»
que l’on pourrait exprimer son existence: ce serait l’équivalent de la
liste complète des controverses et des réussites du bâtiment dans la
durée. »
Un parallèle avec le Web ?
« À l’échelle du Web, la distance possède une charge plus positive : elle est
l’attente sise au cœur de son architecture, le ressort d’où il tire son caractère
décentralisé. L’accès, nous dit M.Lussault, euphémise la distance et la séparation.
Sans doute. La leçon, au cœur du Web, est cependant plus fine encore. Car si
l’accès, ou plutôt l’actualisation d’une ressource pensée comme virtualité, ne la
rend pas présente, les interactions quotidiennes avec les « objets physiques » ne
nous y donnent pas davantage accès. À moins de s’en tenir à une intelligence de
l’espace séparée du temps, aujourd’hui obsolète, les objets occupent un espace-
temps dont une coupe temporelle n’est, précisément, qu’une coupe. Qu’il s’agisse
de serrer la main de quelqu’un ou d’accéder à une représentation de la page
d’accueil du Monde, dans les deux cas, les objets ne se livrent pas in toto. La place
qu’occupe ponctuellement un objet ne le contient pas intégralement. Pour penser
l’objet, encore faut-il penser une trajectoire virtuelle mais aussi son extension : à
savoir tout ce qui lui permet d’être tel qu’il est. Lussault le note lui-même : le lieu
est hors de soi (il « ek-siste »), à l’instar des images ou des paroles qui s’y
rapportent : « une part de ce qui compose [le lieu] existe hors de lui ». ».
(Cartographier le Web a-t-il un sens ?)
Les objets, là encore
« Il en va de même avec les objets, telle est la leçon que nous livre l’architecture du
Web. On ne peut tout simplement parler d’objet sans poser une forme de
distance permettant d’articuler ce qui s’actualise et se présentifie et, de ce fait, en
vient à combler, partiellement, cette distance. Cela même qui motive d'assembler,
d'articuler et de qualifier ces différents éléments d'une manière « régulière »
constitue l'objet. Autrement dit, comprendre le Web exige de dépasser ce que le
philosophe anglais Alfred North Whitehead nommait le principe de localisation
simple, à savoir la thèse selon laquelle « Dire qu’un élément matériel a une
localisation simple signifie que – en exprimant ses relations spatio-temporelles – il
est approprié d’affirmer qu’il est là où il se trouve, en une région définie de
l’espace, et pendant une durée définie, en dehors de toute référence essentielle
aux relations de cet élément matériel à d’autres régions de l’espace et à d’autres
durées. »
(Cartographier le Web a-t-il un sens ?)
Question : “How do you build a web space that is adjusted to matters of
concerns?” (Latour)
Réponse : “I am working on the assumption that it takes several decades before a
new medium is actually used to its potential, and that we are still very far from
using the web in an interesting way. So far, it is just more of the same. It is like
the first train, when it took us almost thirty years to realize that we could have
coaches and corridors, so I have the same feelings with the web. Presently, it
is just pages after pages; things are the same as real space. So my argument
is: Can we use these tools so that they actually achieve what they are good at,
which might not be reproducing pages but allowing for something else to
come up?” (Latour)
• Latour a raison de pointer la limite d’une appréhension
« documentaire » qui reconduit des présupposé spatiaux
modernes (objets en 3 dimensions, localisables, présupposition d’une
distinction « sur le Web »/« hors du Web », etc.)
• Néanmoins, il ne perçoit que cette intelligence documentaire, et ses
présupposés, sont le résultat d’opérations qui re-documentarisent
(partiellement, via des moyen non-documentaires) le Web ! Il
naturalise un agencement largement conflictuel.
• D’autres rapport possibles, plus en accord avec une conception plus
ouverte des choses et de l’espace, compatible avec celle que défend,
Latour.
Autre piste : le Web comme
parlements des choses
Le Web accorde une importance centrale à Wikipedia, comme lui où se
constitue un accord à négocier sans cesse sur les constituants du
collectif.
Architecture du Web
 liberté de désigner les ressources que l’on veut
 liberté de relier les ressources entre elles
Wikipedia (DBpedia)
 capacité de participer au tri des entités qui composent un collectif
Vers une géographie des
« identités » ?
Google, à nouveau…
Avec le Knowledge Graph (le parlement
croupion des choses de Google)
• Impossible de pointer vers ses ressources
(bien qu’il tire parti d’un écosystème
relativement ouvert incluant Wikipédia
auquel il ne contribue pas en retour)
• La controverse est traité comme une
défaut à corriger de manière
discrétionnaire.
 démocratie ontologique vs. objectivité
d’entreprise
Merci !

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Internet et le Web : de nouveaux espaces à cartographier ?

  • 1. Internet et le Web : de nouveaux espaces à cartographier ? Alexandre Monnin Inria Sophia Antipolis WIMMICS Rendez-vous d'Archimède, cycle « La carte invente le monde » (Espace Culture, Lille 1)
  • 2. Une géographie des autorités
  • 3.
  • 4.
  • 5. Internet ou le Web ? Quizz: • Une infrastructure ou une application ? • Un réseau de réseau ? • Le « Net » ? • Inventé par… ? • Un projet américain ?
  • 6. Un Web de documents Un ancrage spatial dans un « espace documentaire » ?
  • 7. Une « cartographie »… de scientomètres, réticulaire et citationelle • Francis Narin (scientométrie) • Jon Kleinberg (théorie des graphes) • L. Page et S. Brin (PageRank)
  • 8.  Le Web est-il un hypertexte? F Le réseau comme hypertexte
  • 9. Bien sûr! • protocole : “HyperText Transfer Protocol” (HTTP) • langage : “HyperText Markup Language” (HTML) F
  • 10. Bien sûr ! Le « Web » fut presenté lors de la 3e conférence ACM Hypertext en 1991 (San Antonio, Texas) F
  • 11. Bien sûr! • A lire sur le site du CERN : “On 6 August 1991, Tim Berners-Lee posted a summary of the World Wide Web project on several internet newsgroups, including alt.hypertext, which was for hypertext enthusiasts. The move marked the debut of the web as a publicly available service on the internet”. • Berners-Lee et Cailliau ont tous deux reconnu l’influence des pionnier de l’hypertexte. • En particulier Vannevar Bush et Ted Nelson – même si le Memex de Bush n’était pas véritablement un hypertexte (cf. Alexandre Serres, “Hypertexte”). Il faudrait également ajouter Doug Engelbart. F
  • 12. Continuité (hypertexts) vs. Discontinuité (Web) Les fonctionnalités de Xanadu, caractéristiques des hypertexts, ont disparu avec le Web : • les liens bidirectionnels (pas de liens cassés!) • la transclusion (Nelson: “A link connects two things which are different. . A transclusion connects two things which are the same”). • la gestion du copyright, du micropaiement, et la sécurité • le “version-management” • le “content management”
  • 14. Retour sur la seconde naissance du Web La création du W3C a permis de stabiliser l’architecture du Web et d’en mieux comprendre les grands principes.  de passer des implementations locales aux standards en vertu d’investissements de forms (Laurent Thévenot). • Premiers standards • entre 1994 et 1995 : URIs → URLs, URNs, URCs and IRLs • février 1996 : HTTP 1.0 F
  • 15. « Web resources » • Des controverses ont surgi concernant sur le fait de scinder les URI en URN et URL. • Cette opération reposait sur une distinction entre documents et choses • Ce qui est « sur » le Web et ce qui est « en dehors » du Web • Cette distinction, réactivée à l’époque du Web Sémantique, est largement inconsistante • Les standards furent révisés dès 1997 (HTTP 1.1) et 1998 (URI – un standard fut dédié aux seules URL pendant à peine 3 ans).
  • 16. Des URI aux URI 21 AVRIL 2015 - 16 Uniform Resource Locators Uniform Resource Names - Adresses de choses accessibles. (« pages Web ») - Des choses qui changent sans cesse. - Noms d’objets dans le monde ou de concepts intangibles (inaccessibles) - Des choses qui ne changent pas (ex. : La recherche du temps perdu). http://www.inria.fr http://ns.inria.fr/fabien.gan don#me ldap://[2001:db8::7]/c=GB?obj ectClass?one
  • 17. - 17 Uniform Resource Locators a) Les URL ne donnent pas seulement accès à des contenus « en ligne » mais permettent également de donner accès à des descriptions de tous types d’objets (ceci inclut les objets réputés « inaccessibles »). b)Il n’est donc pas interdit de donner accès à des descriptions de contenus jugés accessibles (la page d’accueil du Monde par ex.).  Aussi n’y a-t-il pas de différence, du point de vue des URL, entre contenus accessibles et inaccessibles, et les URL peuvent-elles désigner autant d’objets (voire les mêmes) que les URN. Uniform Resource Names a) Les objets désignés par les URN sont considérés comme immuables car les URN ont été conçues sur le modèles des identifiants bibliothéconomiques, elles désignent des réalités traitées de manières artificiellement stables dans l’univers de la documentation (éditions, exemplaire, articles, etc.) b) Comment accéder à des informations à propos de ces réalités ?  Soit, chaque les gestionnaires de chaque schéma d’URN élabore un protocole dédié.  Soit on utilise le protocole Http, le protocole du Web et alors il ne subsiste plus de différences avec les URL.
  • 19. - 19 la ressource l’état de la ressource l’état représentationnel ou représentation de la ressource « … » REpresentational State Transfer (REST)
  • 20. Qu’est-ce qu’une URI nomme ou désigne? - le Web n’a ni système de gestion des versions, ni système intégré d’archivage (tout, sur le Web, disparaît par défaut) : il ne donne pas un identifiant à chaque version d’une représentation (qu’il ne conserve pas !) - les contenus changement au fil du temps (variations diachroniques) - les contenus sont susceptibles de changer à chaque fois qu’une URI est sollicitée (une URI peut identifier un service, gérer une représentation qui croise une multitude d’appels à d’autres ressources, être le résultat de nombreux appels générant un résultat comparables à un mashup, les « pages » contiennent des compteurs, varient en fonction de la négociation de contenu ou de la personnalisation, etc.) (variations synchroniques) - les pointeurs peuvent cesser d’être déréférençables (« les liens se cassent ») - n’importe quel objet peut être désigné (rompant avec la distinction en ligne/hors ligne)
  • 21. URI & temps • http://ns.inria.fr/fabien.gandon#me • http://lemonde.fr • http://météo.fr/Paris • http://www.timeanddate.com/worldclock/meetingdetails.html?year= 2015&month=12&day=1&hour=7&min=0&sec=0&p1=181&p2=248& p3=224 F
  • 22. - 22 - 22 Une césure au cœur du Web articuler virtuel/abstrait (ressource) et actuel/concret (représentations)
  • 23. “7.1.2 Manipulating Shadows. Defining resource such that a URI identifies a concept rather than a document leaves us with another question: how does a user access, manipulate, or transfer a concept such that they can get something useful when a hypertext link is selected? REST answers that question by defining the things that are manipulated to be representations of the identified resource, rather than the resource itself. An origin server maintains a mapping from resource identifiers to the set of representations corresponding to each resource. A resource is therefore manipulated by transferring representations through the generic interface defined by the resource identifier.” (Roy T. Fielding & Richard Taylor)
  • 24. « En s’engageant à donner accès à des contenus pertinents, les organismes amenés à gérer des noms de domaines créent une structure d’attente dont on ne sait, a priori, de quelle manière elle sera satisfaite (personne ne peut prévoir à quoi ressemblera précisément la page d’accueil du Monde dans trois jours). Fielding compare ainsi les ressources, comme principe d’attente, de génération et de coordination des représentations transférées, à des « ombres » ou des « concepts » : inaccessibles en tant que tels, bien que manipulés par l’intermédiaire de leurs représentations. » (Cartographier le Web a-t-il un sens ? »)
  • 25. Un Web de documents, vraiment ? Un ancrage spatial très problématique « »
  • 27.
  • 28. "Resources are angels, URIs pins" (Larry Masinter)
  • 29.
  • 30. Sur le Web pas de territoire sans interactions Si la ressource est une abstraction, alors : a) Il n’y a pas de liens à proprement parler entre des pages mais des URI (éventuellement déréférençables), des pointeurs, qui peuvent (ou non) donner accès à des représentations. b) Aucune autorité centrale garantit que des représentations sont disponibles, car le Web est un système décentralisé. c) Le même lieu de calcul (« locus of computation ») donnera lieu simultanément à des représentations (contenus accessibles) différentes, ne contenant pas les mêmes URI ce qui dessine potentiellement un graphes ou un réseau diffèrent selon la nature des interactions en jeu.
  • 31. L’exemple de Google • L’agencement produit par Google (qui repose sur des algorithmes de mesure, des infrastructures, des bases de données, des modèles économiques, etc. ) transforme partiellement le Web en hypertexte. • Quand Google lance ses crawlers ils déréférencent les URI et invoquent les ressources, accédant ainsi à leurs représentations qu’il canonise et conserve dans son index. • Ces représentations sont traitées comme des pages stables (ignorant par exemple la négociation de contenu) reliées les unes aux par leurs liens entrant (mesure de citation). • Google « réticularise » le système de nommage du Web grâce à ses algorithmes, à ses robots, à son index, à ses serveurs, etc.
  • 32. • Une fois que les représentations canonisées (les pages) figurent dans l’index de Google, il est possible d’établir de manière assurée les relations de citation entre elles et de parler désormais de « liens » au sens fort du terme et non plus de pointeurs. • Cette stabilisation d’un Web vivant n’est que partielle mais très efficace. • A noter que si carte il y a, c’est avant tout Google qui en dispose. L’internaute n’en n’a qu’une vue partielle et, qui plus est, adaptée à son profil. La technologie MapReduce. Crédits illustration : Aurélien Bénel
  • 33. « L’opération de cartographie comme d’indexation opère en réalité une substitution d’une réalité à une autre. Il s’agit donc moins de représenter fidèlement son objet que d’agencer des réalités hétérogènes, aboutissant à simplifier en vue de faciliter certains usages (fortement orientés, on le comprendra aisément). Paradoxalement, c’est en ce sens que la cartographie du Web apparaît bien comme une « authentique » cartographie : il n’y a pas lieu, en effet, de nier l’épaisseur des opérations nécessaires à sa réalisation. On ne dira plus : « la carte n’est pas le territoire », mais « il n’y a pas de territoire avant sa cartographie ». Ce qui ne revient pas à dire qu’il n’y a rien. En revanche, ce qu’il y a, « sur le Web », ce sont avant tout des réseaux d’interactions multiples que l’on pourrait représenter de bien des manières, sans consentir de privilège particulier aux cartes. » (« Cartographier le Web a-t-il un sens ? »)
  • 34. Un autre rapport à l’espace
  • 35. Quel espace ? Franco Farinelli, Chôros – EPFL, Thinking Places 4, https://vimeo.com/album/3575603/video/139431686 Géographe, F. Farinelli parle d’architecture et de la naissance de l’espace moderne (l’architecture ayant elle aussi trait à l’espace, à l’instar de la géographie). Ce déplacement permet de s’intéresser à des objets qui occupent un espace et sont suffisamment massifs pour apparaître sur les cartes (objets fixes, en trois dimensions, présent dans un territoire).
  • 36. L’espace euclidien et la question des objets « La vue statique des bâtiments est donc un hasard professionnel provenant de leur dessin trop parfait. Or cela ne devrait pas être le cas, puisque le rendu tridimensionnel CAO d’un projet est absolument irréel. Où placez-vous les clients insatisfaits et leurs exigences parfois contradictoires? Où insérez-vous les contraintes légales et urbanistiques? Où situez-vous les prévisions budgétaires et les différentes alternatives relatives au budget? Où mettez-vous la logistique impliquée par l’intervention des différents corps de métier? Où a lieu l’évaluation délicate de la compétence des spécialistes? Où archivez-vous les maquettes successivement modifiées pour répondre aux exigences contradictoires des différentes parties prenantes – usagers, communautés du voisinage, défenseurs du patrimoine, clients, représentants du gouvernement et des autorités municipales? Où incorporez-vous les changements apportés aux détails du programme? Il ne faut donc pas réfléchir longtemps pour admettre que, si l’espace euclidien est bien celui dans lequel on dessine les bâtiments sur du papier, il n’est pas l’environnement dans lequel ils sont construits – et encore moins le monde dans lequel ils sont habités. » (Bruno Latour & Albena Yaneva 2008)
  • 37. « À aucun moment de sa longue succession de transformations à travers la cascade d’appareils d’écriture qui l’accompagnent durant son «vol», le bâtiment ne se trouve dans un espace euclidien. Et pourtant, nous continuons de le penser comme si son essence était celle d’un cube blanc traduit, sans aucune transformation, à travers la res extensa. » (Ibid.)
  • 38. Des objets inconnus Latour : • les bâtiments (cf. Paris Ville Invisible). • les sols, les plantes, les champignons : « l’environnement » (passage de l’arrière– plan, du décor à l’avant-scène). • passage de ce qui est contenu dans un espace statique, cartographiable, à ce qui rend un monde habitable par sa capacité à agir (« world-making », Anna Tsing). Web : • de « nouveaux » objets peu familiers, loin des objets mésoscopique de la perception (objets en 3D) : mashups, objets calculatoires (puissance de calcul, services, etc.) • tous les objets (aucune langue adamique prédécoupant le monde selon des lignes fixes n’est présupposée) !
  • 39. L’importance de la controverse des matters of facts aux matters of concerns « Il est paradoxal d’avancer l’idée qu’un bâtiment est toujours une «chose», c’est-à-dire, étymologiquement, une accumulation contestée de demandes contradictoires, et d’être cependant tout à fait incapable de dessiner ces demandes conflictuelles dans l’espace même à propos duquel elles sont en conflit… Chacun sait qu’un bâtiment est un territoire contesté, et qu’il ne peut être réduit à ce qui est et à ce qu’il signifie, comme l’a toujours fait la théorie de l’architecture traditionnelle. Ce n’est qu’en tenant compte des mouvements d’un bâtiment, et en rendant soigneusement compte de ses «tribulations» que l’on pourrait exprimer son existence: ce serait l’équivalent de la liste complète des controverses et des réussites du bâtiment dans la durée. »
  • 40. Un parallèle avec le Web ? « À l’échelle du Web, la distance possède une charge plus positive : elle est l’attente sise au cœur de son architecture, le ressort d’où il tire son caractère décentralisé. L’accès, nous dit M.Lussault, euphémise la distance et la séparation. Sans doute. La leçon, au cœur du Web, est cependant plus fine encore. Car si l’accès, ou plutôt l’actualisation d’une ressource pensée comme virtualité, ne la rend pas présente, les interactions quotidiennes avec les « objets physiques » ne nous y donnent pas davantage accès. À moins de s’en tenir à une intelligence de l’espace séparée du temps, aujourd’hui obsolète, les objets occupent un espace- temps dont une coupe temporelle n’est, précisément, qu’une coupe. Qu’il s’agisse de serrer la main de quelqu’un ou d’accéder à une représentation de la page d’accueil du Monde, dans les deux cas, les objets ne se livrent pas in toto. La place qu’occupe ponctuellement un objet ne le contient pas intégralement. Pour penser l’objet, encore faut-il penser une trajectoire virtuelle mais aussi son extension : à savoir tout ce qui lui permet d’être tel qu’il est. Lussault le note lui-même : le lieu est hors de soi (il « ek-siste »), à l’instar des images ou des paroles qui s’y rapportent : « une part de ce qui compose [le lieu] existe hors de lui ». ». (Cartographier le Web a-t-il un sens ?)
  • 41. Les objets, là encore « Il en va de même avec les objets, telle est la leçon que nous livre l’architecture du Web. On ne peut tout simplement parler d’objet sans poser une forme de distance permettant d’articuler ce qui s’actualise et se présentifie et, de ce fait, en vient à combler, partiellement, cette distance. Cela même qui motive d'assembler, d'articuler et de qualifier ces différents éléments d'une manière « régulière » constitue l'objet. Autrement dit, comprendre le Web exige de dépasser ce que le philosophe anglais Alfred North Whitehead nommait le principe de localisation simple, à savoir la thèse selon laquelle « Dire qu’un élément matériel a une localisation simple signifie que – en exprimant ses relations spatio-temporelles – il est approprié d’affirmer qu’il est là où il se trouve, en une région définie de l’espace, et pendant une durée définie, en dehors de toute référence essentielle aux relations de cet élément matériel à d’autres régions de l’espace et à d’autres durées. » (Cartographier le Web a-t-il un sens ?)
  • 42. Question : “How do you build a web space that is adjusted to matters of concerns?” (Latour) Réponse : “I am working on the assumption that it takes several decades before a new medium is actually used to its potential, and that we are still very far from using the web in an interesting way. So far, it is just more of the same. It is like the first train, when it took us almost thirty years to realize that we could have coaches and corridors, so I have the same feelings with the web. Presently, it is just pages after pages; things are the same as real space. So my argument is: Can we use these tools so that they actually achieve what they are good at, which might not be reproducing pages but allowing for something else to come up?” (Latour)
  • 43. • Latour a raison de pointer la limite d’une appréhension « documentaire » qui reconduit des présupposé spatiaux modernes (objets en 3 dimensions, localisables, présupposition d’une distinction « sur le Web »/« hors du Web », etc.) • Néanmoins, il ne perçoit que cette intelligence documentaire, et ses présupposés, sont le résultat d’opérations qui re-documentarisent (partiellement, via des moyen non-documentaires) le Web ! Il naturalise un agencement largement conflictuel. • D’autres rapport possibles, plus en accord avec une conception plus ouverte des choses et de l’espace, compatible avec celle que défend, Latour.
  • 44. Autre piste : le Web comme parlements des choses Le Web accorde une importance centrale à Wikipedia, comme lui où se constitue un accord à négocier sans cesse sur les constituants du collectif. Architecture du Web  liberté de désigner les ressources que l’on veut  liberté de relier les ressources entre elles Wikipedia (DBpedia)  capacité de participer au tri des entités qui composent un collectif
  • 45. Vers une géographie des « identités » ?
  • 46. Google, à nouveau… Avec le Knowledge Graph (le parlement croupion des choses de Google) • Impossible de pointer vers ses ressources (bien qu’il tire parti d’un écosystème relativement ouvert incluant Wikipédia auquel il ne contribue pas en retour) • La controverse est traité comme une défaut à corriger de manière discrétionnaire.  démocratie ontologique vs. objectivité d’entreprise