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LA MERE DE LA PAIX -HAK JA HAN biographi
LA MERE DE LA PAIX -HAK JA HAN biographi
Mère de la paix
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Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite, stockée
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ou par quelque moyen que ce soit − électronique, mécanique, photocopie,
enregistrement ou autre − sauf dans le cas de brèves citations incorporées
dans des articles et des critiques, sans l’autorisation préalable de l’éditeur.
Il s’agit de l’édition française des mémoires du Dr
Hak Ja Han Moon,
écrites à l’origine en coréen. Avec la permission expresse du Dr
Moon,
des efforts ont été faits pour rendre certains passages plus compréhensibles
pour les lecteurs peu familiers avec la langue, l’histoire et la culture coréennes,
ou avec le Mouvement de l’Unification et ses enseignements.
Distribué en Europe et au Moyen-Orient par
KANDO Verlag GmbH, Hornbergstr. 94, 70188 Stuttgart, Germany
+49 (0)711 46 87 158 www.kando-verlag.de
Tirage − Tous droits réservés couverture, texte, repro et impression
Première édition publiée en coréen par
Gimmyoung Publishing Co., République de Corée
ISBN 978-3-922947-62-2
Imprimé en République tchèque
Octobre 2020
Mère de la paix
‘‘Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.’’
Mémoires de
Hak Ja Han Moon
LA MERE DE LA PAIX -HAK JA HAN biographi
Hommages de personnalités
Les Mémoires de Madame Moon sont ceux d’une vie vécue dans une dévotion
totale à Dieu et à l’humanité. Ils surviennent à un moment où notre monde
fragmenté a cruellement besoin d’une vision globale de la paix mondiale. Ce
livre est une lecture incontournable pour tous. - S.E. Dr
Goodluck Jonathan,
président du Nigéria (2009-2015), président du Conseil international au sommet
pour la paix en Afrique
Les efforts inlassables de Madame Moon pour apporter la paix dans ce monde
tourmenté ont inspiré des millions de femmes de tous âges autour du globe.
C’est le bon moment pour nous tous de nous lever et de l’honorer pour sa mis-
sion de paix, de justice sociale et d’espoir. - Dr
Rima Salah, ancienne Secrétaire
générale adjointe des Nations unies; Université de Yale, États-Unis
Les initiatives de Dr
Moon réunissent tous les acteurs de la communauté inter-
nationale et de la vie sociale et familiale autour d’idéaux de paix, d’harmonie et
de prospérité partagée. Elle est vraiment reconnue comme la Mère de la paix.
- S.E. Brigi Rafini, Premier ministre et chef du gouvernement du Niger
Je tiens à vous assurer que mes prières sont avec vous pour le succès
du travail que votre défunt mari a commencé et que vous avez noble-
ment repris. Que Dieu soit avec vous et bénisse l’ouvrage de vos mains.
- Cardinal Kelvin E. Felix, Sainte-Lucie
La vie et l’œuvre de Madame Moon lui ont valu un immense respect et une
grande admiration. Les difficultés et les épreuves que cette femme hors du
commun a dû traverser sont difficiles à imaginer. Malgré tout, son cœur reste
immuable dans sa bonté, sa sincérité et son désir de changer le monde pour
le mieux. - S.E. Leonid Kravtchouk, premier président de l’Ukraine (1991-
1994); président du Conseil de paix ukrainien
Que les Mémoires du Dr
Hak Ja Han Moon lui permettent d’être à juste titre
reconnue comme une dirigeante majeure, l’une des plus inspirantes de notre
temps. - Madame Patricia Lalonde, députée au Parlement européen (2017-
2019), France
Le travail de la Fédération pour la paix universelle dans la construction de la
paix est une telle nécessité dans le monde actuel, notamment dans les Balkans
où je vis. N’en doutons pas, les Mémoires de Madame Moon feront briller
une lumière d’espoir, donnant une inspiration profonde à ceux qui les liront.
- S.E. Alfred Moisiu, président de l’Albanie (2002-2007)
Préface .......................................................................................................................................................... 13
Chapitre 1
Le vœu ardent de toute ma vie ....................................................................................... 17
Une femme crie «Mansei!» pour l’indépendance ............................ 17
Merci. Mère, prends soin de tout! ...................................................................... 22
Des fleurs sauvages sourient sur un chemin de montagne .......... 27
La culture de paix Sunhak ............................................................................................ 29
Les océans sont une ressource précieuse ...................................................... 31
Héros de tous les jours ..................................................................................................... 34
Donne-nous aujourd’hui (notre pain de ce jour) ............................... 36
Chapitre 2
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique ......................... 41
Un arbre aux racines profondes ............................................................................ 41
Comme une poule protège sa couvée .............................................................. 44
La légende du pont Dallae ............................................................................................ 46
Ton Père, c’est Dieu ............................................................................................................ 49
Un chemin de foi ardu pour rencontrer le Seigneur ....................... 53
Dieu appelle ceux qu’Il choisit ................................................................................ 57
Le christianisme et la Fille unique ....................................................................... 60
Les mondes se divisent au 38e
parallèle .......................................................... 67
L’éclair bleu de la mort .................................................................................................... 72
La voie de la volonté de Dieu .................................................................................... 77
Chapitre 3
Le festin des noces de l’Agneau .................................................................................... 85
Le vrai sens du sacrifice ................................................................................................... 85
Dieu est mon Père ................................................................................................................. 87
Sommaire
Phénix céleste et phénix terrestre ........................................................................ 91
L’épouse céleste ....................................................................................................................... 95
Notre cérémonie de Mariage saint .................................................................. 102
Un frêle esquif en haute mer .................................................................................. 108
Victoire par la persévérance ................................................................................... 114
Sept fils et sept filles .......................................................................................................... 117
Chapitre 4
Lumière divine sur un chemin d’épines ......................................................... 119
La pluie et le vent froid laissent place à la paix ................................... 119
Mon dernier moment sur terre approche ................................................ 125
Une tournée de conférences teintée de larmes ................................... 133
Jonquilles ..................................................................................................................................... 140
Comme une pluie d’été tombée sur la pelouse ................................... 146
Un chant de victoire retentit depuis Danbury .................................... 156
Je ne vous laisserai pas orphelins ....................................................................... 169
Chapitre 5
L’emblème du Royaume de Dieu ............................................................................ 177
Les plus belles fleurs de Corée .............................................................................. 177
Le cœur touche le cœur ............................................................................................... 181
Un art qui enrichit le monde ................................................................................. 185
Des médias exprimant des valeurs universelles ................................. 187
Justice après les larmes ................................................................................................. 191
S’enrichir en donnant .................................................................................................... 193
La science est un tremplin ........................................................................................ 196
Chapitre 6
Créer la route vers un seul monde ......................................................................... 201
Une rue, un village planétaire ............................................................................... 201
Un amour audacieux brise un rideau de fer .......................................... 205
Un ennemi devient un ami ...................................................................................... 213
Un jardin de la paix des Nations unies ....................................................... 224
Mettre la paix en pratique ......................................................................................... 228
Chapitre 7
Les douleurs de croissance d’aujourd’hui
annoncent des lendemains plus ensoleillés ................................................ 233
Offrir aux jeunes des objectifs passionnants ......................................... 233
Transformer la passion en but et le but en principes .................. 235
La meilleure formation se fait sur l’océan ................................................ 237
Aimer Dieu, aimer l’humanité, aimer sa nation ............................... 240
Une université qui change le monde ............................................................. 244
Un hélicoptère sème des graines d’amour .............................................. 248
Les futurs Josué et Caleb ............................................................................................. 251
Chapitre 8
La mère construit la famille,
la famille construit le monde ......................................................................................... 255
Aimer sa famille, c’est donner sa vie .............................................................. 255
Une fleur appelée sacrifice ........................................................................................ 258
Une vision de la vraie féminité ............................................................................ 263
La nouvelle ère est axée sur la féminité ....................................................... 266
La main d’une mère soulage un mal de ventre ................................... 269
Des femmes unissent les religions au Proche-Orient .................. 272
Chapitre 9
Le Royaume de Dieu au milieu de nous ......................................................... 277
L’enseignement le plus important .................................................................... 277
Sauver un gardien de prison ................................................................................... 281

Devenir la lumière du monde en développant
un cœur filial envers le Ciel ..................................................................................... 284
Autour de la table, dans le monde entier .................................................. 290
La voie de la prospérité partagée ........................................................................ 293
Le chemin de la renaissance et de la résurrection ........................... 296
La vraie boussole de la vie ......................................................................................... 300
Chapitre 10
Le défi d’instaurer un monde céleste .................................................................. 303
Le continent lumineux .................................................................................................. 303
L’étreinte de Dieu met fin à toutes les larmes ...................................... 306
La nation-mère ...................................................................................................................... 311
Amour et service en Amérique du Sud ....................................................... 315
La beauté originelle de Mère Nature ............................................................. 317

Les parlementaires du monde entier
s’expriment d’un même cœur ............................................................................... 323

Le Cap de Bonne-Espérance et le hyojeong ........................................... 329
São Tomé-et-Príncipe,
le modèle de restauration nationale ............................................................... 338
Énergie et optimisme en Europe ....................................................................... 342
Chapitre 11
La restauration de Canaan au ciel et sur terre ........................................ 345

La terre de la mort est la terre de la vie,
et la terre de la vie est la terre céleste ............................................................. 345
Nouvel espoir pour la Chine .................................................................................. 348
La Mère de la paix dans le monde musulman ..................................... 352
Pluie torrentielle, larmes de joie ......................................................................... 358
Le monde céleste unifié en Océanie ............................................................... 364
L’Amérique latine céleste se pare des fleurs de l’espoir ............. 367
La voie vers un monde céleste unifié ............................................................. 370
Donner naissance au monde céleste .............................................................. 377
Glossaire - Carte de la Corée ............................................................................................ 383
Autres hommages et témoignages ............................................................................. 386
13
En plein sur l’équateur, São Tomé-et-Príncipe compte beaucoup
pour Dieu et pour moi. C’est cet archipel africain que j’ai baptisé «la
première nation du Ciel» lorsque le Président et son peuple, préparés
par le Parent céleste, ont reçu la Bénédiction en Mariage saint et que les
jeunes y ont prêté le serment de l’amour pur. Une fois ces événements
terminés, j’ai pris un peu de repos aux Seychelles, un autre petit État insu-
laire d’Afrique orientale.
Le déferlement de la houle
La brise rafraîchissante —
Alors que je longeais la mer émeraude sur le rivage, la danse des vagues
me faisait l’effet d’un salut enchanteur et riant. Le sable blanc entre mes
orteils était doux et chaud. Avec ce ciel sans nuages, ces bouffées régu-
lières d’air vif et ce soleil chaleureux, je baignais dans un sentiment de
paix. La beauté que Dieu a créée pour nous au commencement était là
sous mes yeux, intacte et préservée. J’ai communié avec Lui, l’auteur de
cette bénédiction.
Cette création est Ton don gratuit, à nous Tes enfants ; Tu espérais
demeurer avec nous dans la joie et la paix. Tu ne souhaitais rien de plus
que d’être le Parent céleste partageant la beauté de la création avec Ton
Préface
14
Mère de la paix
fils et Ta fille. Tu les as créés pour atteindre la maturité, se marier avec
Ta Bénédiction et devenir les Vrais Parents de leurs propres enfants. Avec
leur chute, Tu as tout perdu, et nous aussi.
On dit en général que perdre un enfant, c’est ensevelir un morceau de
son cœur. Perdre soudain l’enfant chéri, pour qui on donnerait volontiers
sa vie, provoque une douleur et une angoisse qui dépassent l’imagination.
Notre Dieu, Tu as perdu l’humanité, Ta famille. En Te taillant un chemin
à travers l’histoire, Tu devais être comme un parent accablé qui a perdu
la raison, totalement anéanti. Tu n’as pas été un Dieu de joie et de gloire,
mais un Parent au cœur ravagé par le deuil et le chagrin pour Tes enfants
perdus.
Pourtant, comme Jésus l’a dit dans la parabole de la brebis perdue, Tu
ne pouvais pas abandonner le moindre de Tes enfants. En tant que Dieu
d’amour, Tu es allé de l’avant, pour nous retrouver un jour, nous prendre
dans Tes bras et édifier avec nous le monde de paix que Tu avais envisagé
au commencement.
Tu voulais que nous Te connaissions comme notre Parent céleste, Celui
qui a l’amour d’un Père céleste et d’une Mère céleste. Tu voulais nous
voir vivre en tant qu’individus célestes, familles célestes, tribus célestes,
peuples célestes et nations célestes, dans un monde céleste. Ayant perdu
Ton idéal d’unité entre l’homme et la femme, le monde déchu n’a pas
su recevoir et honorer le Parent céleste, vénérant à la place l’image tron-
quée d’un Père céleste seulement. Les hommes ont assis leur domination
et façonné la civilisation occidentale à partir des traditions helléniques et
hébraïques. Ni les hommes ni les femmes n’ont compris le cœur féminin de
la Mère céleste et l’amour éternel parfait du Parent céleste. Faute de cette
conscience existentielle, le courant féministe, qui a éclaté en Occident,
ne pouvait que se pervertir en un mouvement avec des œillères, où les
hommes ont tous les torts.
C’est ce qui me pousse à tout faire pour Te restituer Ta position origi-
nelle de Parent céleste. Au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest, je
15
Préface
pars enseigner la vérité de la providence céleste à ceux qui ont des oreilles
mais n’entendent point, à ceux qui ont des yeux mais ne voient guère. Je
ressens l’urgence de proclamer cette vérité, passionnément, comme si je
cherchais une aiguille en pleine tempête de sable, sans voir à quelques
centimètres devant moi.
Telle une personne égarée par le désespoir, j’embrasse le monde encore
et encore, aimant tous Tes enfants comme les miens. De tout mon cœur,
j’embrasse même ceux de Tes enfants qui, par leur ignorance de la vérité,
m’ont mal comprise, voire persécutée. En agissant ainsi, je sais que Tu
panseras les plaies qu’ils infligent.
Au risque de m’affaiblir et de m’épuiser physiquement, je passerai
les 40 derniers jours de 2019 à sillonner la terre en tous sens. J’ai promis
d’achever cette tâche de mon vivant, et ma promesse tient toujours. Les
dirigeants politiques et religieux ont répondu à mon appel, ont baissé leur
garde et se sont embrassés. Il se répétait que j’étais la Mère de la paix.
Voilà qu’apparaissent Tes vrais fils et filles qui partagent ma passion.
Notre couleur de peau est sans importance. J’ai des enfants de piété filiale
à la peau noire, à la peau jaune ou à la peau blanche, des fils qui guident
les musulmans et des filles à la tête de grandes congrégations chrétiennes.
J’ai des fils et des filles qui dirigent des nations. Tous ces liens entre une
mère et ses enfants sont nés en Ton nom. Mes enfants me demandent de
bénir leurs nations et leurs religions. Devant eux et devant leurs peuples,
je parle de Toi, notre Parent céleste. Je parle de la Mère céleste, cachée
derrière le Père céleste, et j’explique qu’il ne peut y avoir de Fils unique
sans une Fille unique.
Sans les parents, qui sont le centre et l’origine de la famille, il ne peut y
avoir d’harmonie dans le foyer. De même, ce monde ne peut connaître une
paix véritable sans Toi, le Parent de l’humanité.
J’ai consacré ma vie à cette cause. La Corée y joue un rôle spécial, car
c’est la patrie qui a vu naître le Fils et la Fille uniques. Tu as choisi le
peuple coréen et Tu l’as béni. C’est Ton œuvre, dont le monde commence
16
Mère de la paix
maintenant à prendre conscience. Notre civilisation du Pacifique doit
tirer les leçons des erreurs de la civilisation atlantique. Celle-ci n’a pas
pu concrétiser ses propres idéaux chrétiens. La conquête et l’exploitation
l’ont fait dévier maintes et maintes fois. Au contraire, il serait bon qu’un
cœur maternel inspire la civilisation du Pacifique et l’aide à développer
une culture altruiste axée sur l’amour vrai. Telle la sainte communauté
du Parent céleste, elle fera de l’altruisme une règle de vie qui élèvera tous
les peuples. Tel est Ton souhait, et j’offre le reste de ma vie pour le réaliser
pleinement. Le fil d’or de Ton amour va tisser la trame de ce récit de souf-
france historique partagée.
Rétrospectivement, j’ai dédié ma vie tout entière au service de Dieu, notre
Parent, telle Sa Fille unique. Un seul volume ne pouvant contenir toutes
ces mémoires, une suite viendra plus tard.
Ce livre s’achève, et une personne me manque alors énormément :
c’est mon mari bien-aimé, Sun Myung Moon. Nous avons uni nos vies
pour accomplir et transmettre la volonté de Dieu. Lui et moi avons vécu
bien plus ensemble que je ne peux en partager à présent. En septembre
2012, il est monté au ciel. S’il était là pour assister à la publication de
ce livre, son visage brillerait d’une joie plus grande que celle de n’im-
porte qui d’autre. L’éclat de ses yeux danse dans mon cœur aujourd’hui.
Espérons que cet ouvrage révélera la saveur de notre vie passée ensemble
pour la volonté de Dieu.
Enfin, je voudrais exprimer ma sincère gratitude à tous ceux qui ont
consacré du temps et du talent pour que cet ouvrage soit publié.
Hak Ja Han Moon
Février 2020
Hyojeong Cheonwon
Seorak, République de Corée
17
Une femme crie «Mansei !»
pour l’indépendance
C’est le 1er
mars 1919, qui marque le début de la saison du prin-
temps dans le calendrier lunaire. La température est restée au-des-
sous de zéro. Le gel est mordant pour les habitants d’Anju, une ville
de la province de Pyongan, au nord de la péninsule coréenne. Bravant
le froid, une femme a préparé le repas du matin pour sa famille. Elle
a allumé le feu de bois et mis du riz à cuire sur le poêle. Son attention
s’est ensuite détournée de la routine matinale. Levant les bras, elle a pris
soin d’aller dénicher, derrière une armoire, un article enveloppé dans
un tissu de coton uni.
À la lueur du feu et d’un rayon de soleil à travers une fente sous la
porte, la femme a délié l’étoffe pour révéler un autre tissu, plus grand et
plus épais. Sur le fond blanc se détache le symbole rouge et bleu du yin-
yang. Alors qu’elle l’étale sur la table, le motif du grand tissu se dessine
clairement. L’étendard de la Corée ! Elle a toujours à l’esprit l’emblème
Le vœu ardent
de toute ma vie
CHAPITRE 1
18
Mère de la paix
de son peuple, même dans ses rêves. La tristesse et l’émotion mêlées
affluent dans son cœur. Entendant les cris doux de sa fille qui se réveille,
elle enroule le drapeau, l’enveloppe de nouveau et le remet à sa place.
Sa fille de cinq ans sur les genoux, la villageoise partage le petit
déjeuner avec son mari, revenu de son travail matinal aux champs. Elle
s’active ensuite à nettoyer la cuisine, le salon, le porche et la cour. Un
peu après midi, prenant un air détaché, elle quitte la maison, le cœur
battant, sa fille sur le dos, l’étendard sur son sein.
Un étroit chemin de gravier serpente dans le village en direction du
marché d’Anju. Il rejoint la grand-route, où d’autres marcheurs font le
trajet : un paysan tire sa vache, un jeune homme est chargé d’un lourd
fardeau sur une claie de portage traditionnelle, une mère transporte un
paquet sur la tête. D’un pas tranquille, ou à la hâte, tous convergent vers
le marché.
Arrivée à destination, la femme s’est arrêtée devant un étal de
légumes au centre d’une des zones les plus fréquentées du marché.
Sa fille s’est réveillée de sa sieste de l’après-midi sur le dos de sa mère.
Tournant la tête, celle-ci adresse un sourire serein à sa fille chérie. Pour
la petite, le sourire de sa maman est le plus beau spectacle du monde.
Soudain, un grand cri fuse dans le calme du marché : «Corée libre !
Mansei !» [voir Glossaire p.383, N.d.T.]. Telle une sprinteuse au son du pisto-
let de départ, la femme sort rapidement le drapeau coréen de son sein.
L’agitant avec force, elle rejoint la foule en criant «Mansei, victoire pour
dix mille ans !» Elle s’égosille : «Liberté pour la Corée ! Mansei !»
Le premier cri était un signal. D’un seul coup, les couleurs coréennes
sont hissées de partout et claquent avec vigueur au-dessus des têtes.
«Liberté pour la Corée ! Mansei !» De tous les coins du marché ouvert,
la clameur retentit. La femme crie plus fort que tout le monde. La
mêlée soudaine et le claquement des multiples étendards surprennent
19
Le vœu ardent de toute ma vie
les badauds sur place. Non préparés au soulèvement, ils doivent déci-
der quoi faire. Certains s’enfuient, redoutant les conséquences pos-
sibles. D’autres, portés par leur foi dans l’indépendance de leur nation,
rejoignent les rangs des manifestants.
La femme attendait ce jour avec impatience. Elle est restée veiller
plusieurs nuits avec sa fille, brodant le drapeau de sa patrie, les mains
tremblantes. Assise sous une lampe à pétrole, elle a parlé à sa fille de
la Corée, de son peuple, de sa foi, de ses traditions millénaires et de la
signification du mouvement Mansei pour l’indépendance. Écoutant sa
mère, la petite fille hochait la tête, absorbant tout. Maintenant, accro-
chée sur son dos, elle entend les cris de mansei. Elle communie avec la
droiture candide de ses compatriotes, vêtus de blanc, prêts à donner
leur vie pour le droit de leur nation à exister.
Les manifestations du 1er
mars pour l’indépendance qui agitent Anju
secouent simultanément Séoul et tout le pays. Sur la plupart des sites,
elles comportent une lecture publique de la déclaration d’indépendance
de la Corée. Ce tollé général va au-delà du simple symbole ; cet acte
de protestation pacifique et non violent est le cri du cœur du peuple
coréen, qu’il chérira à jamais.
Au bout de quelques instants, on entend les bruits de bottes, les coups de
sifflets assourdissent les manifestants. Des policiers se ruent sur le mar-
ché par dizaines, munis de matraques et de fusils. Les coups pleuvent
sans pitié sur le tout-venant. À droite et à gauche, des gens s’effondrent
sous les coups, en sang. Homme ou femme, jeune ou vieux, la police
ne fait pas de distinction. Désespérée de protéger sa fille, la mère n’a
d’autre choix que de battre en retraite, refoulant ses larmes. Elle n’est
que trop résolue à tenir jusqu’au bout, mais elle sait aussi que Dieu
désire la communion et non le sang, qui ne ferait qu’alourdir encore la
douleur dans Son cœur.
20
Mère de la paix
Ce n’est pas tout. Quelque chose dit à cette mère que le temps n’est
pas encore venu pour que la nation se lève. Une intuition que, dans le
futur de la Corée, une femme naîtra avec un destin sans précédent, une
femme qui brisera le moule de ce monde déchu. Avec cette lueur d’es-
poir dans son cœur, elle endure l’humiliation de cet après-midi.
En accord avec la providence de Dieu, et avec la conviction et
l’amour absolus des croyants depuis les temps bibliques, ce que cette
mère a conçu dans la foi est venu au monde 24 ans plus tard. Dans sa
lignée, la Fille unique de Dieu est née, celle qui est appelée à réaliser les
rêves si chers à cette femme.
C’est à Anju, bastion du patriotisme coréen que je suis née. Ce n’est
pas un hasard si c’est l’un des premiers foyers de pénétration de la foi
chrétienne en Corée. Cette femme était ma grand-mère, Jo Won-mo,
et elle a continué à soutenir le mouvement pour l’indépendance. Elle a
entraîné sa fille (ma mère) et moi dans ses activités.
J’avais à peine deux ans quand l’histoire de mon pays a vécu un
nouveau tournant. Nous étions libérés de l’occupation japonaise. Ce
jour-là, le 15 août 1945, ma grand-mère avait de nouveau un enfant sur
le dos et criait encore : «Mansei !» Mais, cette fois, l’enfant c’était moi,
et ma grand-mère criait et agitait notre emblème national, avec joie et
entrain, pour la liberté retrouvée de notre patrie.
Dieu a choisi notre famille, une famille de trois générations de filles
uniques. Jo Won-mo, ma grand-mère, une femme qui a consacré son
cœur au mouvement pour l’indépendance, était une fille unique. Hong
Soon-ae, ma mère, qui s’est dévouée corps et âme pour concrétiser sa
foi de rencontrer le Christ à son retour, fut sa seule fille. Je suis sa fille
unique, la troisième en trois générations. Dans le peuple opprimé de la
péninsule coréenne, la Fille unique de Dieu est née.
21
Le vœu ardent de toute ma vie
Alors collégienne, avec ma grand-mère Jo Won-mo
qui manifesta pour l’indépendance de la Corée en 1919.
Alors que j’écris ces mots en 2019, le centenaire du Mouvement d’indé-
pendance du 1er
mars, je poursuis le rêve de mes ancêtres, ce rêve immémo-
rial, l’accomplissement de la providence divine du salut sur la terre.
22
Mère de la paix
Merci. Mère, prends soin de tout !
Lune, lune, lune brillante, la lune
Avec laquelle Lee Tae-baek aimait jouer
Au loin sur cette lune,
Poussait un camphrier.
Je l’ai coupé avec une hache de jade
Et je l’ai taillé avec une hache en or,
Pour bâtir une petite chaumière
Où j’honore ma mère et mon père.
Je veux vivre avec eux pour toujours ;
Je veux vivre avec eux pour toujours.
Ce refrain coréen traditionnel, embué de nostalgie, vous remue le
cœur et vous élève. Le désir de vivre à jamais auprès de ses parents
exprime le sentiment de piété filiale. Orphelins et éloignés du Parent
céleste que nous avons perdu, nous devons trouver nos Vrais Parents et
notre patrie originelle. Il n’est pas de plus grand bonheur que de pou-
voir servir les parents bien-aimés qui nous manquent, que ce soit dans
un palais ou dans une hutte.
Toute la création aime le soleil. La vie ne peut s’épanouir qu’avec
le soleil. La lune, de son côté, donne autre chose. Le soleil est tout en
éclat, la lune toute en quiétude. La lune, plus que le soleil, nous donne
le mal du pays et du foyer, quand nous sommes loin du logis. J’ai plaisir
à me souvenir du spectacle de la lune qui nous absorbait, mon mari
et moi. Nous la regardions avec de nombreux fidèles pendant les fêtes
coréennes des récoltes (Chuseok) ou pour la première pleine lune du
Nouvel An (Daeborum). Ces moments étaient rares toutefois. Notre
couple ne pouvait pas s’abandonner à une telle tranquillité.
23
Le vœu ardent de toute ma vie
«Une fois cette tâche terminée...», disait toujours mon mari, et moi
aussi : «Quand on aura fini ce travail et qu’il y aura un peu de temps
libre, on fera une pause.» Durant nos années de ministère, on pourrait
penser qu’il y avait de brefs moments de détente pour récupérer des
tâches urgentes. Mais, pour nous, le temps libre ne s’est jamais concré-
tisé. Stimulée par la pensée de ma grand-mère Jo criant «Mansei !»
pour l’indépendance et le salut de notre pays, j’ai brûlé d’une passion
juvénile pour sauver l’humanité et bâtir un monde de paix.
J’ai toujours hissé bien haut la bannière de la paix, fidèle au noble
esprit de non-violence et d’autodétermination du Mouvement d’indé-
pendance du 1er
mars. Ce sentiment d’urgence m’a portée à accomplir
ce que je n’aurais jamais imaginé possible. Toute ma vie, je me suis éver-
tuée à remplir les multiples tâches qui m’ont été confiées. De tout mon
cœur, et avec toute ma volonté, j’ai cherché à vivre pour les autres. Je
n’ai jamais accordé à mon corps le repos nécessaire. Souvent, le som-
meil et la nourriture étaient sacrifiés.
Mon mari, le révérend Sun Myung Moon, était ainsi. Il était né avec
un physique solide et, s’il avait mieux pris soin de sa santé, il aurait pu
travailler pour un monde meilleur encore un peu plus. Mais lui aussi
a suivi la volonté de Dieu avec un zèle inébranlable, et cela a nui à sa
santé, jusqu’au point de non-retour.
Pendant les quatre ou cinq ans qui ont précédé son ascension en
2012, il n’arrêtait pas de bouger, vivant chaque jour comme si c’était
mille ans. Son travail était ardu, tant physiquement que spirituellement.
Par exemple, il passait souvent des nuits entières à bord d’un petit
bateau de pêche sur une mer agitée. Il l’a fait pour les autres, donnant
l’exemple aux membres de notre groupe Ocean Church ainsi qu’aux res-
ponsables qui l’accompagnaient. Il voulait leur inculquer la patience et
le mental pour vaincre les épreuves.
24
Mère de la paix
Mon mari passait sans cesse d’un continent à l’autre, la plupart du
temps entre l’est et l’ouest. On y laisse plus de forces que dans un trajet
nord-sud. Compte tenu de son âge, il a voyagé bien trop souvent entre
la Corée et les États-Unis. Il aurait dû limiter ces voyages à une fois tous
les deux ou trois ans, mais il n’en tenait pas compte. Dans l’année qui a
précédé son décès à 92 ans, il a fait au moins huit fois le trajet entre la
Corée et l’Amérique. C’était un sacrifice total de soi. Il s’offrait totale-
ment à Dieu et à l’humanité.
Son programme quotidien était exténuant. Chaque jour, il était
debout à 3 heures du matin pour faire de l’exercice, prier et étudier. À
5 heures, il guidait le hoondokhae, ce qui signifie «se réunir pour lire et
apprendre». C’était un temps de piété pour étudier l’Écriture, prier et
s’instruire avec des disciples. Pendant le hoondokhae, mon mari avait
tant de choses à partager qu’il n’était pas rare que cela continue pen-
dant dix heures, en sautant le petit déjeuner et le déjeuner. À peine la
séance terminée, il avalait à la hâte une bouchée et partait assurer le
suivi d’un projet du mouvement. Dans ses dernières années, quand il
était en Corée, il prenait l’hélicoptère pour Yeosu ou l’île de Geomun,
où se développaient des projets d’éducation, de pêche et de loisirs.
Jusqu’à ses 80 ans, il a supporté cela physiquement. Mais, dans sa der-
nière décennie, il s’est épuisé, enchaînant les rhumes ou des affections
plus graves. Bien sûr, il ignorait les symptômes. Et puis, au cours de l’été
2012, il a attrapé une grosse bronchite, particulièrement alarmante. Il
aurait fallu se rendre aussitôt à l’hôpital, mais il a continué à reporter,
répétant sans cesse : «Nous pourrons y aller, une fois la tâche terminée.»
Finalement, la décision n’était pas négociable ; il a dû aller à l’hôpital.
Son corps était déjà dans un état très fragile. Après une hospitalisation
de courte durée, et dès la fin des examens médicaux, il a obstinément
25
Le vœu ardent de toute ma vie
En compagnie de mon mari, Sun Myung Moon, en 2005
lors d’une tournée de conférences aux États-Unis.
insisté pour sortir. Nous avons cherché à le persuader de rester plus
longtemps, mais il n’a pas voulu écouter.
«J’ai encore beaucoup de travail à faire ; je ne peux pas rester assis
ici à l’hôpital !» a-t-il dit en réprimandant ceux qui lui conseillaient de
rester. Il n’y avait pas d’autre choix que de le laisser sortir. C’était le 12
août 2012. Nous sommes arrivés à la maison et, soudain, il a dit : «Je
veux prendre le petit déjeuner assis en face de toi, Omma.» L’entourage
n’était pas sûr d’avoir bien entendu, car j’étais toujours assise à ses côtés
pendant les repas, et non en face de lui. Quand le repas a été servi, il ne
semblait pas intéressé par les plats. Il m’a juste fixée du regard, comme
s’il voulait graver mon visage dans son cœur. J’ai souri, placé une cuil-
lère dans sa main et quelques portions des plats d’accompagnement
dans son assiette. «Ces légumes sont délicieux, alors prends le temps de
mâcher», ai-je dit.
26
Mère de la paix
Le lendemain, le soleil était exceptionnellement fort, même en plein été.
Sous une chaleur accablante, il a visité certaines parties de notre complexe
de Cheonwon sur les rives du lac de Cheongpyeong, accompagné d’un
réservoir d’oxygène plus grand que lui. De retour chez nous, au Cheon
Jeong Gung, il m’a demandé d’apporter un enregistreur vocal. Avec l’enre-
gistreur à la main, il s’est plongé dans des pensées profondes pendant dix
minutes, puis a commencé à enregistrer ses pensées, une à une.
Il a déclaré qu’avec Dieu pour seul guide, nous nous dirigerons
vers le Royaume des Cieux, en transcendant l’histoire de la chute et
en retournant au jardin d’Éden originel. Il a proclamé aussi que nous
pourrons restaurer les nations en remplissant la mission de guider nos
tribus. Ce fut un soliloque et une prière qui embrassaient le début et la
fin, l’alpha et l’oméga. «Tout a été accompli ! J’offre tout au Ciel», a-t-il
dit en terminant. «Tout a été amené à sa consommation, son achève-
ment et sa conclusion.»
Cela s’est avéré être la dernière prière du Vrai Père [voir Glossaire, N.d.T.].
On eût dit qu’il mettait un point final à sa vie. Respirant avec peine pen-
dant un moment, il a serré ma main fermement. «Merci, Mère ! Mère,
prends soin de tout ! Je suis si désolé et vraiment reconnaissant», a-t-il
déclaré, luttant pour faire sortir les mots. Il répétait encore et encore ces
mêmes paroles. Je tenais sa main de plus en plus fermement. Avec des
mots chaleureux et des yeux aimants, retenant les larmes, je le rassurai
que tout irait bien. «Ne t’inquiète de rien.»
Le 3 septembre 2012, mon mari, Sun Myung Moon, est retourné dans
le sein de Dieu. Il avait 93 ans, selon la façon coréenne de comp­
ter [en
Corée, l’âge d’une personne inclut la période de gestation, évaluée à «un
an», N.d.T.], et il a été inhumé au Bonhyangwon, ce qui signifie «le jar-
din dans la ville natale originelle», à côté d’une pièce d’eau sur le mont
27
Le vœu ardent de toute ma vie
Cheonseong. Je me suis souvent plongée dans de profondes pensées en
regardant la lune se lever au-dessus du mont Cheonseong. «Je l’ai coupé
avec une hache de jade et je l’ai taillé avec une hache en or, pour construire
une petite chaumière où j’honore ma mère et mon père. Je veux vivre
avec eux pour toujours» ; je me répète régulièrement ce poème.
Des fleurs sauvages sourient
sur un chemin de montagne
«Il pleut beaucoup et le chemin sera glissant, m’a dit mon assistante.
Pourquoi ne pas se reposer aujourd’hui ?» Bien sûr, elle s’inquiétait
pour ma sécurité, et je l’ai remerciée, mais j’ai continué mes préparatifs.
Nous avons de fortes pluies en automne, et des chutes de neige en hiver.
Il existe mille raisons et excuses pour rester à l’intérieur. Quoi qu’il en
soit, après le décès de mon mari, j’allais prier chaque jour sur sa tombe,
quittant ma chambre dès l’aube, et à mon retour, je préparais son petit
déjeuner et son dîner.
Lors de mes allers et retours sur le chemin qui monte au
Bonhyangwon, lui et moi avons eu de nombreux échanges cœur à cœur.
Les pensées de mon mari sont devenues mes pensées, et mes pensées
sont devenues les siennes.
Des pins bonsaï coréens bordent le chemin du Bonhyangwon.
Dessous, des grappes de fleurs sauvages surgissent au printemps. En
hiver, elles disparaissent, mais au printemps, elles fleurissent abondam-
ment, comme si elles se faisaient concurrence. Je m’arrêtais parfois en
remontant la pente raide pour regarder de plus près les herbes et les
fleurs. Elles déployaient magnifiquement leurs couleurs sous le soleil
éclatant du matin, que je sois là pour les admirer ou non. Enivrée par
leur beauté, je caressais les fleurs sauvages avant de reprendre mon
28
Mère de la paix
ascension sur le chemin. Le parcours était ardu, mais mon cœur était
aussi serein que les fleurs.
Lorsque j’atteignais la tombe de mon mari, je prenais soin de vérifier
si de mauvaises herbes avaient poussé parmi les brins d’herbe, ou si des
animaux avaient laissé des traces. La pelouse sur la tombe est devenue
de plus en plus verte au fil du temps. Assise seule devant sa tombe, je
priais pour que chaque personne sur cette terre soit aussi belle que les
fleurs sauvages, ait l’esprit aussi fort que les pins et mène une vie aussi
verdissante et prospère qu’une pelouse d’été. En descendant, je saluais
les fleurs et les pins : «Mes amis de la nature, je vous reverrai demain.»
C’était le même trajet chaque jour, mais la météo variait sans cesse.
Certains jours, les chauds rayons du soleil se faisaient sentir ; il y avait
des jours de vent, des jours de pluie où le tonnerre grondait et où la
foudre frappait, et des jours de neige où tout n’était que blancheur.
Au cours de cette période de trois ans de dévotions, j’ai aussi refait
les voyages de mon mari à travers les États-Unis, parcourant près de
6000 kilomètres, comme il l’avait fait en 1965, et j’ai revu les douze som-
mets des Alpes suisses où nous étions allés prier et méditer. Ces actes de
piété ont donné à notre unité spirituelle son ciment éternel.
Dans la Corée traditionnelle, la coutume de la piété filiale voulait
qu’on honore ainsi ses parents décédés. Représentant la famille, le fils
aîné faisait une petite hutte juste à l’ouest du tombeau de son père ou
de sa mère et y vivait pendant trois ans, quelle que soit la météo, dût-il
réduire son train de vie pendant cette période. Ces trois années repré-
sentent les trois années après la naissance, où l’on reçoit l’amour et les
soins du papa et surtout de la maman, sans lesquels on ne survivrait pas.
Ce temps de dévotion est un temps pour reconnaître cet amour avec
gratitude et le redonner avec douceur.
Aujourd’hui, trop de gens oublient la bonté de leur père et de leur
mère. Quand on a des carences de piété filiale envers ses propres parents,
il est difficile de comprendre le Parent céleste et les Vrais Parents [voir
29
Le vœu ardent de toute ma vie
Glossaire, N.d.T.], qui ont versé des larmes devant la souffrance de l’huma-
nité. Aujourd’hui, les gens vivent sans aucun lien avec les Vrais Parents,
ne sachant pas qu’ils sont ici sur terre.
Pour réveiller ceux qui ont des yeux mais ne voient pas, j’ai offert
les dévotions d’une épouse envers son mari, en souvenir du Vrai Père,
au nom de tous, chaque jour, pendant trois ans. Avec un engagement
total, j’ai fait cette promesse à mon mari et à tous les membres de notre
mouvement mondial : je renouerai avec l’esprit des premiers jours du
mouvement et susciterai un réveil dans l’esprit et la vérité.
Je rêve d’une communauté qui ressemble à l’étreinte chaleureuse
d’une mère, d’une communauté qui est comme une maison, où les gens
veulent toujours venir et rester. C’était aussi le rêve de mon mari. En lui
rendant hommage, j’ai pris la décision de me dévouer à Dieu et à toute
l’humanité encore plus qu’auparavant. Depuis cette heure, je ne me suis
jamais complètement reposée.
Puis, en 2015, émue par le cœur immuable de mon mari, j’ai préparé
son cadeau pour l’humanité. Que le prix Sunhak de la paix se perpétue
comme une expression de son engagement éternel envers la paix.
La culture de paix Sunhak
En regardant le ciel d’été brumeux, j’ai demandé quel temps il ferait le
lendemain. «Il y aura des averses le matin, et beaucoup de nuages», m’a-
t-on dit. Avec un sourire, j’ai accepté qu’il en soit ainsi. Maints événe-
ments du Mouvement de l’Unification se sont tenus sous de fortes pluies.
En 1976, de fortes averses et des vents violents avaient balayé notre ras-
semblement du Yankee Stadium à New York. Il pleuvait aussi fortement
toute la journée pour l’inauguration de la Fédération des femmes pour
la paix mondiale au stade olympique de Séoul en 1992, ainsi que lors de
30
Mère de la paix
la Bénédiction internationale de 360000 couples en 1995. J’ai appris à
accepter la pluie dans de tels moments avec gratitude, comme un cadeau.
Il pleuvait donc le 28 août 2015, pour la première remise du prix
Sunhak de la paix. Ce jour-là, des centaines d’invités convergèrent vers
l’hôtelàlahâte,sousunepluiebattante,l’ultimeablutionofferteparl’été.
Heureusement, quand les portes se sont ouvertes, le ciel s’est dégagé, on
aurait dit que Dieu accueillait joyeusement nos invités. C’était une foule
peu ordinaire : originaires des diverses régions de notre village plané-
taire, beaucoup avaient fait un long périple pour la paix, et, parmi eux,
de nombreux décideurs de tous les domaines.
Tout le monde désire la paix, mais elle ne se fait pas facilement.
Si la paix était aussi banale que des pierres sur le bord d’une route de
campagne ou des arbres à flanc de montagne, les terribles guerres et
conflits qui nous affligent ne se seraient jamais produits. Pour qu’il y ait
la paix, chacun doit y mettre de la sueur, des larmes et parfois du sang.
Nous aspirons donc à la paix, mais nous y parvenons rarement. Pour
connaître la vraie paix, il faut d’abord pratiquer l’amour vrai sans rien
attendre en retour. Mon mari et moi avons suivi ce chemin. Persévérant
sur cette voie, j’ai préparé le prix Sunhak de la paix comme un cadeau
du révérend Moon au monde.
Malgré la pluie sur cette première édition de la remise des prix, aucun
des invités ne pouvait réprimer son excitation. Ils étaient tels de petits
enfants sur le point de recevoir un cadeau spécial. On saluait son voisin
avec des yeux écarquillés. L’un disait : «Cette diversité de personnes,
c’est fou ! Je n’ai jamais vu un rassemblement aussi coloré», et l’autre
répondait : «Incroyable ! Je me demande d’où provient cette tenue.»
On aurait cru que les ethnies du monde s’étaient donné rendez-vous ;
la salle animée bruissait de mille dialectes. Dans les yeux de chacun, on
lisait comme de la gratitude au nom de toute la famille humaine. Ceux
qui me voyaient pour la première fois essayaient d’avoir un bon aperçu
de la scène, s’interrogeant : «Qui est ce Dr
Hak Ja Han Moon ?» Ensuite,
31
Le vœu ardent de toute ma vie
ils inclinaient la tête d’un air dubitatif. Ils se disaient peut-être que mes
vêtements n’étaient pas plus beaux que les leurs, et que j’avais l’air d’une
mère, tout simplement.
En préparant le projet du prix Sunhak de la paix, mon plus grand
souci était que le public en saisisse le principe fondamental. Pour embras-
ser l’avenir, nous devons élargir le champ des vocations qui peuvent hâter
l’avènement de la paix. Même si nous ne rencontrons pas nos descen-
dants, nous devons nous assurer que toutes leurs activités s’harmonise-
ront dans des sociétés et des nations en paix. Après mûre réflexion et
discussion, la fondation du prix Sunhak de la paix a fixé son orientation
générale : une paix qui transcende le présent et bâtit l’avenir.
La vraie paix exige à coup sûr une solution aux conflits actuels entre
les religions, les cultures et les nations. Mais des défis encore plus grands
nous attendent demain, telles la destruction de l’environnement et les
tendances démographiques. Les plus grands prix mondiaux de la paix
se focalisent sur les réponses aux problèmes de la génération actuelle.
Or, il faut résoudre les problèmes du présent en les intégrant au sein
d’une vision pratique pour un avenir heureux. J’ai conçu le prix Sunhak
de la paix comme une passerelle pour nous extraire des tourbillons
conflictuels du monde actuel, et comme une boussole pour nous guider
vers la future patrie de la paix.
Les océans sont une ressource précieuse
Les annales de l’histoire montrent que chaque époque a connu son lot
de misères indescriptibles. La période la plus tragique est aussi la plus
récente : le xxe
siècle. La sauvagerie de la guerre a sans cesse ravagé le
village planétaire, avalant tant de belles vies. Je suis née sous l’occu-
pation japonaise de la Corée et j’ai vécu les séquelles de la Deuxième
32
Mère de la paix
Guerre mondiale et de la guerre de Corée. Petite fille, j’ai vu l’horreur ;
elle reste imprimée en moi.
Mais les temps ont changé, nous affrontons maintenant un ennemi
complexe : la tentation d’oublier nos responsabilités envers nos familles
et l’environnement naturel en ne cherchant que notre confort et notre
bien-être. Heureusement, en puisant au plus profond de notre sens
moral et de notre sagesse, et avec des méthodes pratiques, nous allons
travailler ensemble pour réaliser l’idéal de Dieu.
Tout le monde espère que nous allons remettre durablement les
océans dans l’état où le Parent céleste les a créés. Couvrant 70% du globe,
les océans regorgent d’immenses ressources. Ces trésors enfouis offrent
des solutions aux dilemmes auxquels nous faisons face. J’ai souligné à
plusieurs reprises l’importance de l’océan. Avec mon mari, nous avions
proposé plusieurs pistes à explorer. Le thème du premier prix Sunhak
de la paix tournait donc autour de «L’océan». Après un processus strict
de sélection, le Comité du prix Sunhak de la paix a choisi des leaders
respectés, qui ont su apporter leur contribution dans ce domaine. Les
lauréats étaient le Dr
Modadugu Vijay Gupta de l’Inde et Anote Tong, le
président des Kiribati, un petit État insulaire du Pacifique Sud.
Le Dr
Gupta est un scientifique qui, préoccupé par les pénuries ali-
mentaires persistantes, a mené la «Révolution bleue» en développant
des technologies de pisciculture. Il a beaucoup contribué à soulager la
faim parmi les déshérités, en diffusant largement ces techniques en Asie
du Sud-Est et en Afrique.
Le Président Anote Tong est une figure mondiale pour sa défense de
la préservation et de la gestion intelligentes de l’écosystème marin. Selon
certaines prévisions, l’archipel des Kiribati pourrait être en grande partie
submergé d’ici quelques décennies en raison de l’élévation du niveau de
la mer. Face à une telle crise, le Président Tong a pris l’initiative de pré-
server l’écosystème en créant le plus grand parc marin protégé au monde.
33
Le vœu ardent de toute ma vie
Pendant des décennies, mon mari et moi avons veillé à ce que l’huma-
nité puisse aborder l’avenir avec une vraie sécurité alimentaire et un
cadre de vie sain et agréable.
Nous avons prôné le libre échange des technologies au-delà des
frontières nationales et partagé notre vision de l’océan comme don de
Dieu et source ultime de la nutrition mondiale. Des sources de nourri-
ture stables, de l’air pur, de la terre et de l’eau sont essentiels à la paix
mondiale et au salut de l’humanité.
Ne nous limitant pas à un discours théorique, nous avons affecté
des ressources importantes à des projets concrets. Pendant un demi-
siècle, c’est en Amérique latine que nous avons investi l’amour vrai et
les efforts de nombreux bénévoles.
Au milieu des années 1990, le cœur grave, mon mari et moi avons
sillonné la région du Pantanal, cette vaste zone humide à cheval sur les
frontières du Paraguay et du Brésil. Sur le globe, le Pantanal est aux anti-
podes de notre pays d’origine. Là, nous avons travaillé main dans la main
avec les agriculteurs et les pêcheurs. Pour mettre fin aux pénuries alimen-
taires, il faut commencer par se salir les mains. Plutôt que de donner des
sermons depuis une chapelle climatisée, nous avons travaillé sous le soleil
brûlant, mettant de côté les contingences. La question environnementale
me préoccupait alors que j’épongeais la sueur sur mon visage ; j’en garde
un vif souvenir.
Outre ces initiatives dans la région du Pantanal, nous avons mené
d’innombrables autres projets pour l’humanité depuis 60 ans. Ma nature
me pousse à donner tout ce que j’ai pour le bonheur des autres, sans désir
de reconnaissance. Je sais qui je suis, la Vraie Mère [voir Glossaire, N.d.T.], la
Mère de la paix et la Fille unique de Dieu; ma mission est de vivre de cette
façon. Pour mettre fin à la douleur du Parent céleste, j’ai séché les larmes
d’étrangers dans le besoin, estimant que cela était lié par les fils du destin
au salut de l’humanité.
34
Mère de la paix
Héros de tous les jours
Le froid peut être très vif à la fin de l’hiver, mais qu’importe, quand
le printemps arrive et baigne la terre de sa chaleur, on oublie vite les
rigueurs de l’hiver. Le froid glacial de l’hiver de l’humanité s’éloigne et
sera oublié lorsque la chaleur du Parent céleste enveloppera la Terre.
Cette chaleur se fait sentir dans nos remises du prix Sunhak de la paix,
tous les deux ans, comme lors de la deuxième édition qui se tint à Séoul
le 3 février 2017.
3 février 2017 : avec les lauréats du deuxième prix Sunhak de la paix -
le Dr
Sakena Yacoobi, connue sous le nom de «Mère afghane de l’éducation»
et le Dr
Gino Strada, chirurgien, fondateur de «Emergency» –
et le Dr
Hong Il-sik, président du Comité du prix Sunhak de la paix.
La journée fut très chargée. Je devais d’abord accueillir personnelle-
ment des centaines d’invités. Il y avait là des hommes et des femmes de
35
Le vœu ardent de toute ma vie
80 pays, de toutes les cultures, parlant de nombreuses langues et suivant
divers chemins de foi. J’ai essayé de créer une ambiance où l’on se sente
libre de saluer l’inconnu en face de soi et de lier rapidement amitié.
Alors que le printemps approchait, j’ai rappelé à mes hôtes que bien
des gens dans le monde n’ont ni amis ni de quoi manger. De nombreuses
familles ont été chassées de leur pays d’origine. Enfant, j’ai été réfugiée. Je
sais qu’il n’y a pas de mots pour dire sa douleur lorsqu’on a été forcé de
fuir son foyer à cause de la folie de la guerre. L’initiative du prix Sunhak de
la paix est un appel lancé pour résoudre la détresse des réfugiés et empê-
cher la destruction des moyens de subsistance. Je recherche des pion-
niers de la paix justes mais peu reconnus, je les honore et je les encourage
vivement. Pour sa deuxième édition, tenue en 2017, le prix Sunhak de la
paix a récompensé deux de ces profils. Le Dr
Sakena Yacoobi et le Dr
Gino
Strada n’ont pas l’air de célébrités. On dirait des gens ordinaires.
Voici d’abord un Italien d’un certain âge aux cheveux en bataille,
le Dr
Gino Strada. Ce chirurgien expérimenté a fondé Emergency, une
ONG de secours médical. En 28 ans, son œuvre a fourni des soins médi-
caux d’urgence à plus de neuf millions de réfugiés et de victimes de la
guerre au Moyen-Orient et en Afrique.
Une femme maternelle au visage buriné, encadré par un hijab, a
redonné espoir à des milliers de jeunes femmes. Le Dr
Sakena Yacoobi
d’Afghanistan est une éducatrice, connue sous le nom de «Mère afghane
de l’éducation». Elle a travaillé dans des camps de réfugiés afghans pen-
dant plus de 20 ans, aidant les réfugiés et les personnes déplacées à se
réinstaller. Elle a risqué sa vie pour enseigner, encourageant les gens à
espérer un avenir meilleur, en dépit d’énormes obstacles. En réponse à
son prix, le Dr
Yacoobi m’a envoyé quelques mots, d’une belle écriture,
pour dire sa profonde gratitude :
C’est vraiment, vraiment fantastique, le prix lui-même est vrai-
ment élevé, d’un montant comparable au prix Nobel de la paix…
36
Mère de la paix
Ma vie est constamment en danger. Le matin, je me lève ; le soir,
je ne sais pas si je serai vivante ou morte... Savoir que quelqu’un
vous apprécie pour votre travail aide beaucoup. Aussi, je veux dire
à Mère Hak Ja Han Moon que je lui suis sincèrement reconnais-
sante, car elle me rend hommage pour ce que je fais... Cela signifie
beaucoup pour moi.
La Corée est un pays que j’admire, car vous avez connu la guerre et
la souffrance, mais à force de détermination, de travail acharné, de
sincérité et de sagesse, vous avez beaucoup accompli en un temps
très court. Je prie et j’espère qu’un jour, mon pays pourra prendre
ce pays pour modèle.
Mettant sa propre vie en danger, le Dr
Yacoobi continue de se battre
pour les femmes et les enfants. Pendant que nous mangeons des repas
chauds dans nos intérieurs douillets, beaucoup sont chassés de chez
eux. Déracinés, ils vivent dans la douleur et l’angoisse, leur vie complè-
tement bouleversée. C’est le moment d’en finir avec cette triste tragédie.
Donne-nous aujourd’hui
(notre pain de ce jour)
Quand les disciples de Jésus lui ont demandé de leur apprendre à prier,
sa réponse était claire : «Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce
jour.» Deux mille ans se sont écoulés depuis que Jésus a enseigné cette
prière ; mais tant de gens, plus qu’on ne l’imagine, manquent encore de
pain quotidien.
L’Afrique est le berceau de la civilisation humaine. Pourtant, certains
Africains vivent dans des conditions si précaires que leur objectif pre-
mier est de manger à leur faim. Bien souvent, ce besoin fondamental n’est
37
Le vœu ardent de toute ma vie
pas satisfait, et les possibilités d’éducation de base sont également limi-
tées. Beaucoup font face à cette situation. Chaque fois que je me rends
en Afrique, je cherche des solutions à ces problèmes, que je prends très à
cœur. Quand le Comité du prix Sunhak de la paix a annoncé son thème
pour 2019, «Droits de l’homme et développement humain en Afrique»,
j’étais ravie, car il abordait l’une des tâches que je me suis toujours fixées.
9 février 2019 : à mes côtés, les lauréats du troisième prix Sunhak de la paix -
Akinwumi A. Adesina (président de la Banque africaine de développement)
et Waris Dirie (fondatrice de la Fondation Fleur du Désert) -
et le Dr
Hong Il-sik, président du Comité du prix Sunhak de la paix.
Akinwumi Ayodeji Adesina, président de la Banque africaine de
développement (BAD), et Waris Dirie, militante des droits des femmes,
nos lauréats de 2019, sont des exemples de ceux que j’ai toujours consi-
dérés comme des «personnes d’action justes».
Le Dr
Adesina vient d’un foyer d’agriculteurs pauvres du Nigeria. Dès
son jeune âge, il a cherché des méthodes pour moderniser l’agriculture
38
Mère de la paix
et caressé le rêve de faire de l’Afrique une terre d’abondance. Après
avoir obtenu son doctorat en économie agricole de l’Université Purdue
aux États-Unis, il est retourné en Afrique et a travaillé sur l’innovation
agricole pendant 30 ans, aidant des millions de personnes à surmonter
le problème de la faim.
En février 2019, lors de sa visite en Corée pour recevoir le prix Sunhak
de la paix, le Dr
Adesina a déclaré qu’il avait encore beaucoup à faire pour
rendre le monde meilleur. «Rien n’importe davantage que d’éliminer la
faim et la malnutrition, a-t-il dit. La faim est un acte d’accusation contre
le genre humain. Toute économie qui parle de croissance, sans nourrir
sa population, est une économie défaillante. Personne ne doit avoir faim,
qu’il soit blanc, noir, rose, orange, quelle que soit la couleur qui vous vient
à l’esprit... C’est pourquoi je dédie la totalité des 500000 dollars du prix
Sunhak de la paix à ma fondation, la World Hunger Fighters Foundation
(Fondation de lutte contre la faim dans le monde).» Le rêve de paix du
Dr
Adesina est de découvrir comment concrétiser cette résolution. Je l’ai
encouragé à ne jamais abandonner son noble travail.
L’autre lauréate du prix Sunhak de la paix 2019 était madame Waris
Dirie, une femme africaine d’une volonté remarquable. Elle a triomphé
de nombreux obstacles quasiment insurmontables. Madame Dirie est
née dans une famille de nomades somaliens. Malgré une enfance mar-
quée par la guerre civile, la faim et l’oppression, elle avait de grands
rêves, a transcendé sa situation et ses limites et a fini par devenir un
mannequin célèbre.
En 1997, elle a révélé sa propre expérience des mutilations génitales
féminines (MGF) et sa vie a changé. Au nom de millions de femmes
africaines, elle a défendu la cause de l’élimination de la pratique des
MGF. Elle a été nommée ambassadrice spéciale des Nations unies
pour l’élimination des mutilations génitales féminines. Elle a soutenu
le Protocole de Maputo, qui interdit les MGF. Quinze pays africains
l’ont ratifié. De plus, en 2012, elle a eu un rôle décisif pour présenter
39
Le vœu ardent de toute ma vie
une résolution de l’ONU interdisant les MGF, qui a reçu l’approbation
unanime de l’Assemblée générale. Madame Dirie ne s’est pas arrêtée là.
Elle a fondé la Fondation Fleur du Désert, qui mobilise des médecins en
France, en Allemagne, en Suède et aux Pays-Bas pour soigner les vic-
times de MGF. Dans plusieurs pays d’Afrique, elle dirige des instituts de
formation qui aident les femmes à se prendre en main.
Il n’y a rien de «culturel» ou de «religieux» dans les mutilations
génitales féminines ; c’est une violence extrême infligée aux filles, voilà
tout. Cette ablation d’une partie des organes génitaux externes des
jeunes filles est non seulement un moyen d’opprimer les femmes, mais
cela met également leur vie en danger. Waris Dirie a consacré sa vie à
bannir cette coutume odieuse, et les organisations internationales ont
répondu à ses efforts. On ne peut qu’imaginer la difficulté du chemin
qu’elle a parcouru.
L’objectif de Waris Dirie était aussi d’aider la femme africaine à
devenir plus autonome. En Afrique, les femmes sont en première
ligne dans la lutte pour la vie, alors qu’elles s’efforcent de protéger leur
famille. Elles jouent aussi un rôle central dans l’économie de leur pays.
Il est donc fondamental de prendre conscience des implications de cette
violence à l’encontre des jeunes filles africaines, qui les blesse physique-
ment et les paralyse souvent émotionnellement.
Il y a en Afrique une bonne volonté formidable. Les Africains
aiment leur famille, respectent leurs voisins et vivent en harmonie avec
la nature. Mais, comme partout ailleurs dans le monde, la moderni-
sation occidentale a apporté à l’Afrique des bénédictions mitigées. La
croissance se fait au détriment des traditions familiales et tribales. Je
crois que l’amour du Parent céleste renforcera les valeurs autochtones
africaines, qui soutiennent l’interdépendance et la prospérité mutuelle,
et séchera les larmes de l’Afrique.
40
Mère de la paix
Le prix Sunhak de la paix peint une belle image du nouveau siècle, en
honorant des hommes et des femmes qui représentent le meilleur de
nous-mêmes. Il embrasse tous les peuples en une seule famille humaine.
Ce prix est un tremplin vers un avenir meilleur. Il est l’ami des justes qui
travaillent avec un cœur sincère. Il sème des graines de paix qui don-
neront de beaux arbres de vie et de savoir aux fruits nourrissants, sur la
Terre, notre maison commune.
Ce chapitre vous aura présenté, cher lecteur, un panorama de ma vie,
depuis la lutte de ma grand-mère pour la liberté dans un peuple colo-
nisé, jusqu’aux derniers jours de la vie glorieuse de mon mari, envoyé par
Dieu, de mes années de deuil aux nouveaux horizons mondiaux que lui et
moi ouvrons aujourd’hui. Maintenant, je vous invite à voyager au cœur
de cette histoire, à en respirer l’air avec moi, à en goûter l’amer et le sucré,
à trouver les aiguilles dans les tempêtes de sable, et nous y découvrirons
ensemble la main de notre Parent céleste à chaque instant.
41
Un arbre aux racines profondes
Quand je fermais doucement les yeux et écoutais les vents vio-
lents qui soufflaient à travers le champ de maïs, on eût dit des mil-
liers de chevaux courant dans le désert. Cela évoquait l’esprit dynamique
des cavaliers de Goguryo et leur puissant galop à travers le continent. À
d’autres moments, si je prêtais un peu l’oreille, j’entendais un autre type
de son, l’affectueux «hou hou !» de petits-ducs dans les hautes branches
des arbres, au loin sur les hauteurs.
Je me souviens de ces nuits d’été où je m’endormais en tenant la
main de ma mère, avec l’écho de ces hululements dans mes oreilles.
Plus de soixante-dix ans se sont écoulés, mais les beaux paysages et les
bruits paisibles d’Anju restent gravés dans mon cœur. Ma ville natale
m’évoque maints beaux souvenirs et je désire y retourner. Un jour, je
retrouverai sûrement ma maison.
Je suis venue dans ce monde
comme la Fille unique
CHAPITRE 2
42
Mère de la paix
À ma naissance, mon père, Han Seung-un, eut une vision en songe : la
lumière du soleil rayonnait dans un épais bosquet de pins, nimbant la
danse nuptiale délicate de deux grues. Il décida de me nommer «Hak
Ja», ce qui signifie «l’enfant grue».
J’appartiens au clan Han de Cheongju, dans l’actuelle province du
Chungcheong du Nord, berceau historique du clan. Chungcheong veut
dire «centre d’un cœur pur et limpide», et Cheongju veut dire «village
limpide». Lorsque l’eau d’une rivière ou de la mer est limpide, on peut
voir les poissons nager jusqu’au fond. Je pouvais imaginer les esprits
brillants de mes ancêtres purs et humbles, vivant dans le cadre pur et
limpide de Cheongju.
Le caractère chinois de mon nom de famille, Han (韓), a plusieurs
significations. Il peut signifier «un», symbolisant Dieu. Il peut aussi
signifier «vaste», comme pour englober tous les êtres créés dans l’uni-
vers, et «plein», signifiant une opulence débordante. Le père fondateur
du clan Han, Han Lan, fut honoré comme fidèle patriote du royaume
de Goryeo. Le roi de Corée distinguait ses sujets pour leur civisme, les
rétribuant par des terres et une allocation pérenne. La cour faisait ins-
crire leurs noms dans un livre d’honneur, et Han Lan y est mentionné.
Voici l’histoire de Han Lan : il fit installer un bureau de gestion agri-
cole dans un district de Cheongju appelé Bangseo-dong et transforma de
vastes terrains en terres agricoles productives. Lors d’une guerre entre
les dirigeants coréens, Wang Geon (un général de la noblesse) a traversé
Cheongju, en route pour aller se battre contre Gyeon Hweon, le roi de
Hubaekje. Han Lan a salué Wang Geon, a nourri son armée de 100000
hommes et l’a rejoint sur le champ de bataille. Une fois Wang Geon
devenu roi, il a déclaré que Han Lan était un fidèle patriote. La réputa-
tion de Han Lan en tant que «contributeur-fondateur» du royaume a
perduré à travers les âges.
Trente-trois générations après Han Lan, je suis née de sa lignée. Les
nombres 3 et 33 ne sont pas anodins. Jésus a demandé à trois disciples
43
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
de prier avec lui à Gethsémani. Il a prédit que Pierre l’aurait renié trois
fois avant que le coq eût chanté. Rejeté des hommes, Jésus a été cruci-
fié à l’âge de 33 ans, mais il a promis de revenir. Avec lui, deux autres
hommes ont été crucifiés ce jour-là, et il a dit à l’un d’eux : «Aujourd’hui,
tu seras avec moi au paradis.» Le troisième jour, Jésus est sorti du tom-
beau. Le nombre trois signifie le ciel, la terre et l’humanité, en somme
l’accomplissement parfait de la loi céleste et de la loi naturelle.
Les Coréens descendent du peuple Dong-yi. Ce peuple de sages étudiait
les étoiles et savait évaluer la fortune céleste. Il développa une culture
agricole prospère, qui adorait Dieu et aimait la paix même avant Jésus
Christ.LepeupleDong-yiaétablidesroyaumesbaséssurlenom«Han».
Certaines personnes, dont mon mari, ont cité des sources indiquant que
le peuple Han est antérieur à l’ère Gojoseon, considéré comme le pre-
mier royaume coréen. Le récit fondateur de la Corée, appelé la légende
de Dangun, dit que nous avons été choisis comme les descendants du
Ciel selon la profonde volonté de Dieu.
Notre peuple est aussi appelé le peuple Baedal. Les sinogrammes
pour bae et dal signifient luminosité et brillance. Cela évoque le respect
de Dieu et l’amour de la paix et de la sérénité. À ce jour, la Corée est
connue comme «le pays du matin calme».
Pourtant, une profonde tristesse imprègne les 5000 ans d’histoire du
peuple coréen. Des puissances étrangères ont sans cesse envahi la Corée,
nous piétinant comme de l’herbe folle et nous laissant aussi dépouillés
que les branches nues d’un arbre dans le plus rude des hivers. Mais nous
n’avons jamais perdu nos racines. Nous avons surmonté les invasions
étrangères avec sagesse et patience, survivant en tant que nation, et
nous en sommes fiers.
Pourquoi Dieu a-t-Il permis que ce peuple subisse de si grandes
épreuves ? On ne peut que se le demander. Je crois que c’était pour
44
Mère de la paix
préparer un peuple à qui Il pourrait confier une grande mission. La Bible
nous enseigne que le peuple élu de Dieu connaît toujours une grande
adversité. S’appuyant sur Noé, Abraham et d’autres figures providen-
tielles, Dieu a fait d’Israël le peuple élu, le préparant à recevoir le Messie,
Jésus Christ. À la suite de son rejet, Dieu a dû laisser Jésus subir de grandes
épreuves et tribulations, pour finalement offrir sa vie sur la croix.
Deux mille ans plus tard, Dieu a choisi le peuple coréen et lui a
confié Son Fils et Sa Fille uniques, ceux qui peuvent recevoir Son pre-
mier amour. Il avait besoin d’un homme et d’une femme aptes à endu-
rer la souffrance et le rejet, tout en continuant à pardonner et à aimer
tout le monde, révélant ainsi Son cœur parental.
De même, Il avait besoin d’une nation prête à supporter des souf-
frances pour le bien de toutes les nations. Dieu a préparé les Coréens
pour cela. De nombreux peuples ont souffert et ont disparu de l’his-
toire, mais les Coréens ont survécu. Ainsi, Dieu a confié à ce peuple une
noble mission.
Comme une poule protège sa couvée
Quand je suis née, la Terre gémissait dans l’angoisse, tel un champ de
bataille où le sang coulait de tous côtés. La confusion était à son comble,
chacun exploitant l’autre sans pitié dans une noirceur extrême. Dans
ce décor bien sombre, la péninsule coréenne a subi des tourments indi-
cibles. D’abord protectorat du Japon, avec le traité d’Eulsa en 1905, la
Corée en devint ensuite une colonie. Cette situation dura 40 ans, jusqu’à
notre libération en 1945. Je suis née à la fin de cette période d’oppression.
J’ai vu le jour en 1943 à Anju, dans la province de Pyongan du Sud,
de ce qui est maintenant la Corée du Nord. Il était 4h30 du matin, le 10
février du calendrier solaire et le sixième jour du premier mois lunaire
45
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
de cette année. Je me souviens bien de l’adresse de ma maison, 26,
Shineui-ri Anju-eup. On l’a rebaptisé Chilseong-dong, dans ce qui est
aujourd’hui la ville d’Anju. Ma maison était proche du centre du village.
Dans ce voisinage chaleureux, il faisait bon vivre. Nous étions tels les
poussins blottis contre la mère poule.
Les maisons du quartier avaient un toit de chaume, la nôtre avait un
toit de tuiles et un grand porche devant. Derrière s’élevait une petite
hauteur verdoyante couverte de châtaigniers et de pins. L’endroit était
fleuri, les feuilles colorées tombaient au rythme des saisons, toutes
sortes d’oiseaux mêlaient leurs chants et leurs gazouillis. Quand le prin-
temps réchauffait la terre, les forsythias jaune vif égayaient les clôtures,
les azalées rougeoyaient sur la colline. Un petit ruisseau serpentait en
chantant dans notre village et, sauf pendant les gelées d’hiver, le bruit de
l’eau me faisait l’effet d’un rire. J’ai grandi en appréciant les sons joyeux
des oiseaux et du ruisseau, comme s’ils étaient la chorale de la nature.
Même maintenant, penser à la vie dans ma ville natale, c’est comme me
blottir dans le confort douillet du giron maternel. Avec ces souvenirs,
mes yeux s’embrument.
Entre notre maison et la colline, nous avions un petit champ de
maïs. Quand le maïs était mûr, les cosses se fissuraient et des grains de
maïs jaunes perçaient à travers les longs cheveux soyeux. Maman fai-
sait bouillir le maïs mûr, mettait généreusement nombre d’épis dans un
panier en bambou et appelait nos voisins à venir manger. Ils entraient
chez nous par le portail fait de bâtons, s’asseyaient en cercle sous notre
porche et mangeaient des épis de maïs avec nous. On me rapporta que,
même s’ils étaient reconnaissants de manger un mets délicieux, leurs
visages n’avaient pas l’air très brillants. En y songeant des années plus
tard, j’ai compris que l’exploitation sévère des autorités d’occupation
avait appauvri ces gens.
Coincée entre les adultes, j’essayais de manger les grains d’un petit
épi de maïs, mais la fillette que j’étais n’y arrivait jamais. Me remarquant,
46
Mère de la paix
ma mère souriait doucement, détachait des grains jaunes de son épi et
les mettait dans ma bouche. Je me souviens des doux grains de maïs qui
roulaient dans ma bouche comme si c’était hier.
La légende du pont Dallae
«Mère, pourquoi la province dans laquelle nous vivons est-elle appelée
Pyongan ?» D’une curiosité vive, je courais vers ma mère chaque fois
qu’une question me venait et lui demandais la réponse. Elle répondait
toujours avec douceur.
«Eh bien, chérie, cela s’appelle ainsi parce que Pyong est le premier
caractère de Pyongyang et que An est le premier caractère d’Anju.
− Pourquoi prendre un caractère de chaque nom, demandai-je?
− Parce que les deux sont de grands districts», déclara-t-elle.
Au fil du temps, la ville d’Anju avait pris de l’importance. Elle était
entourée de vastes plaines idéales pour l’agriculture, et la nourriture y
était normalement en abondance.
Mon père, Han Seung-un, est né le 20 janvier 1909. Il était l’aîné de
cinq enfants de Han Byeong-gon et Choi Gi-byeong (du clan Han de
Cheongju) du village de Yongheung, près de la ville d’Anju. Il est entré
à l’école primaire publique de Mansong en 1919. Il dut quitter l’école
au bout de la quatrième année, mais son désir d’apprendre l’amena à
entrer dans l’école privée de Yukyong en 1923. Il en sortit en 1925, à
l’âge de 16 ans. Il devint alors enseignant à son école de Yukyong pen-
dant dix ans. Durant la période chaotique allant de la libération de la
Corée jusqu’en 1946, il fut le directeur adjoint d’une autre école pri-
maire, celle de Mansong.
Je n’ai vécu avec mon père que pendant une courte période, mais
sa nature douce et ses traits sont gravés dans mon esprit. Il était
47
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
Avec ma mère Hong Soon-ae, une chrétienne fervente
qui se préparait au retour du Seigneur.
méticuleux, économe et très robuste. Un jour, il était parti se promener
sur une route locale quand il a vu des gens qui avaient du mal à dégager
un gros rocher d’une rizière. Il s’est approché, a soulevé le rocher et l’a
écarté. C’était un fervent chrétien, disciple du révérend Lee Yong-do,
le pasteur de l’Église du nouveau Jésus. Son travail d’enseignant et son
engagement spirituel faisaient qu’il était rarement à la maison. Il a vécu
au service de Dieu, alors que le gouvernement traquait et persécutait les
chrétiens des Églises indépendantes comme la sienne.
48
Mère de la paix
Ma mère, Hong Soon-ae, est née le 18 mars 1914 à Chongju, dans la
province de Pyongan du Nord. C’est précisément la ville où mon mari,
le révérend Moon, est né. Elle et son frère cadet (mon oncle) sont nés
d’un couple chrétien dévoué, Hong Yu-il et Jo Won-mo.
Ma grand-mère maternelle, Jo Won-mo, était une descendante
directe de Jo Han-jun, un érudit fortuné de la dynastie Joseon. Jo Han-
jun vivait dans un village de maisons à toits de tuiles à Chongju, où
logeaient des personnes occupant des postes gouvernementaux. Non
loin de chez lui se trouvait un pont sur la rivière Dallae. Ce pont jadis
solide, fait de grosses pierres empilées avec soin, s’était détérioré au fil
du temps, au point que nul ne pouvait le traverser. Personne n’avait
le temps ni les ressources pour réparer le pont. Un jour, une crue l’a
emporté et a enfoui les pierres dans le lit de la rivière.
Comme tout le monde, Jo Han-jun connaissait la prophétie trans-
mise depuis des générations : «Si un rocher sculpté comme un totem
se tenant à côté du pont de la rivière Dallae est enterré, alors la nation
coréenne tombera, mais si ce rocher est clairement exposé au peuple,
alors un nouveau ciel et une nouvelle terre s’ouvriront en Corée.»
Une autre raison explique l’importance du pont de la rivière Dallae.
Pour se rendre chaque année au siège du gouvernement coréen à Séoul
(alors appelée Hanyang), les émissaires chinois devaient traverser ce
pont. Or, après sa disparition, le gouvernement désargenté ne pouvait le
reconstruire. En désespoir de cause, les autorités publièrent une annonce
appelant les citoyens à rebâtir le pont. Le grand-père Jo Han-jun accepta
l’appel et fit rebâtir le pont sur ses deniers personnels. Le robuste nouvel
ouvrage en pierre était à présent assez haut pour laisser passer les bateaux.
Le grand-père Jo Han-jun y avait mis toute sa fortune. L’ouvrage
achevé, il ne lui restait plus que trois pièces de laiton. C’était juste assez
pour se payer les nouvelles sandales de paille dont il avait besoin pour
assister décemment à la cérémonie d’inauguration du pont le lende-
main. Cette nuit-là, il rêva d’un grand-père vêtu de blanc qui venait à lui
49
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
en lui disant : «Han-jun, Han-jun ! Ta dévotion sincère a ému le Ciel.
Je m’attendais à envoyer un Fils du Ciel à ta famille. Cependant, comme
tu as acheté des sandales, j’enverrai à ta famille la Princesse du Ciel.»
Le grand-père Jo Han-jun se réveilla de ce rêve et découvrit qu’une
statue en pierre du Bouddha Maitreya était subitement apparue près
du pont. Au fil des ans, ce miracle a créé une telle atmosphère, que tous
ceux qui passaient devant ce Bouddha descendaient de leurs chevaux
pour se prosterner, avant de poursuivre leur chemin. Les villageois,
émerveillés de ce signe du Ciel, édifièrent un abri au-dessus de la statue
pour la protéger des intempéries.
Sur cette base de dévotion et de loyauté, des générations plus tard,
dans la lignée familiale de Jo Han-jun, Dieu a envoyé ma grand-mère
maternelle, Jo Won-mo. Les trois femmes, grand-mère Jo Won-mo, sa
fille (ma mère) et moi, avions toutes une foi chrétienne très forte. Nous
étions également les seules filles nées dans nos familles sur trois géné-
rations successives.
La providence pour faire naître la Fille unique de Dieu dans la
péninsule coréenne reposait sur d’innombrables actes de dévotion, qui
commencèrent il y a longtemps avec mes ancêtres Han Lan et Jo Han-
jun, et se poursuivirent à travers les générations jusqu’à cette époque.
Ton Père, c’est Dieu
«Ma douce enfant, et si on allait à l’église ?»
En entendant ces mots, je courais vers ma mère. Elle prenait ma
main dans la sienne et nous allions à pied à l’église. Ce long trajet avec
ma mère était, je crois, la raison pour laquelle j’aimais aller à l’église.
Un dimanche, alors que nous revenions au village après le culte, ma
mère s’est arrêtée net. Elle a cueilli une fleur sauvage timide sur le bord
50
Mère de la paix
de la route et l’a glissée dans mes cheveux, juste derrière l’oreille. Elle
m’a posé un baiser sur la joue et m’a chuchoté d’une voix délicate et
aimante : «Comme tu es jolie, ma fille unique du Seigneur !»
Maman avait toujours le même regard. Ses yeux étaient clairs et pro-
fonds, un peu comme si ses iris ne faisaient qu’un avec le ciel bleu. En
répondant à son regard, j’entrevoyais des traces de larmes, mais, sans
connaître ses sentiments profonds, j’étais seulement excitée et ravie par
les mots «fille unique du Seigneur». Ma mère m’appelait souvent «pré-
cieuse fille du Seigneur» avec emphase, comme si elle priait. Toute sa
vie, c’est le terme qu’elle employait en priant pour moi, sa fille unique.
Voilà comment j’ai grandi en me sentant honorée d’être la fille de
Dieu, la fille du Seigneur. Ma grand-mère maternelle, Jo Won-mo, me
regardait aussi dans les yeux et me disait clairement : «Dieu est ton
Père.» D’ailleurs, chaque fois que j’entendais le mot «père», mon cœur
éclatait dans ma poitrine. Le mot «père» ne me faisait pas penser à mon
propre père, mais à notre Père céleste. À cause d’un tel amour dans mon
foyer, je ne me suis jamais inquiétée de ma vie. Malgré notre pauvreté
et malgré l’absence de mon père, j’ai toujours été comblée. Je savais, en
effet, que Dieu était mon Père, qu’Il était ma raison d’être en vie et qu’Il
était toujours là à mes côtés, veillant sur moi. Le sentiment que Dieu est
mon vrai Parent est inné en moi.
Je m’aperçois à présent que j’avais une intuition spirituelle sensible.
Mon mari voyait cela en moi. Il louait ma compréhension de ce qui se
passait parfois lors de ses entretiens avec les fidèles.
Ma grand-mère et ma mère m’ont enseigné les devoirs de l’amour
céleste, et de ne pas trop me soucier de ma situation personnelle. Elles
m’ont montré l’exemple, obéissant à Dieu absolument et de tout leur
cœur. Pour Lui, elles n’hésitaient pas à mener des efforts épuisants, qui
semblaient les vider de leur substance. Elles mettaient tant de sérieux et
51
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
Une illustration de ma maison natale à Anju, survolée par quelques grues.
de zèle dans leurs prières, presque comme si elles bâtissaient une haute
tour en pierre. Elles offraient aussi d’autres dévotions extraordinaires
que je ne comprenais pas totalement. Elles se prosternaient devant Jésus
des centaines, voire des milliers de fois par jour. Elles préparaient des
repas et cousaient des vêtements pour lui, comme s’il vivait chez nous et
parmi nous, et elles firent ensuite de même pour le Seigneur dont elles
attendaient le retour en Corée. Elles partageaient leur foi avec tous ceux
qu’elles rencontraient, leur nourriture frugale et leurs modestes biens
avec tous ceux qui en avaient besoin. Leur esprit généreux et heureux
m’a émue et a façonné mon caractère en grandissant.
Plusieurs fois par jour, je me tenais au bord de notre porche et regar-
dais le ciel clair. Le nombre de fois où j’ai vu trois ou quatre belles grues
en vol est surprenant. Je continuais à regarder le ciel, même après que
les grues étaient hors de vue, les bras serrés contre ma poitrine pour
52
Mère de la paix
contenir mon cœur, que je sentais sur le point de s’échapper pour
rejoindre les grues dans les cieux.
Un jour, ma mère m’a subitement demandé : «Sais-tu comment tu as
pleuré à ta naissance ?»
«J’étais un bébé, ai-je répondu, donc j’ai dû faire ‘‘ouinnn’’.
− Non, pas du tout, a-t-elle fait. Tu as pleuré ‘‘la-la-la-la-la’’, comme
si tu chantais ! Ta grand-mère a dit : “Peut-être que cette enfant devien-
dra musicienne en grandissant.”»
J’ai gravé ses mots dans mon cœur, me disant qu’ils pouvaient sym-
boliser mon avenir. Cependant, ma mère avait encore bien des choses à
partager sur ma petite enfance.
Elle dit qu’après avoir avalé son premier bol de soupe aux algues,
le repas traditionnel d’une mère après l’accouchement, elle m’a bercée
dans ses bras et s’est endormie. En rêve, elle a vu Satan, un démon mons-
trueux, apparaître devant elle. Il tonnait si fort que même les montagnes
et les ruisseaux faisaient écho à sa voix effrayante. «Si je laisse ce bébé
vivre, le monde sera en danger, a-t-il hurlé. Je dois le supprimer main-
tenant.» Soudain, il a semblé vouloir me frapper.
Ma mère me tenait étroitement et a mis toute sa force pour procla-
mer sa défaite.
«Satan, va-t’en tout de suite !» a-t-elle dit férocement. «Comment
oses-tu lui vouloir du mal, elle qui est l’enfant la plus précieuse du Ciel !
Je te chasse au nom du Seigneur ! Sors de ma présence ! Tu n’as pas le
droit d’être ici ! Le Ciel a réclamé cet enfant, et ton règne touche à sa
fin !»
Maman criait si fort que ma grand-mère se précipita dans la pièce et
la secoua. Elle se recueillit, scruta profondément mon visage, et sonda
son cœur pour voir pourquoi Satan essayait de me frapper. Elle vit dans
cet incident un signe que j’étais destinée à frapper la tête du serpent.
53
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
Et c’était la réponse à ses prières et à celles de ma grand-mère. «Je dois
élever cette enfant avec une dévotion totale», se jura ma mère. «Je vais
l’élever afin qu’elle devienne une fille pure et belle pour le Seigneur et la
protéger de la souillure du monde profane.»
Environ un mois plus tard, elle fit un autre rêve. Cette fois, un
ange céleste vêtu de blanc chatoyant vint à elle sur un nuage ensoleillé.
«Soon-ae, dit l’ange, tu dois sûrement te sentir inapte à préparer ce bébé
pour la mission que le Père céleste a en tête, mais tu ne dois pas l’être. Ce
bébé est la fille du Seigneur. Tu n’es que sa nourrice. Tu mettras toute
ton énergie à l’élever avec une foi, un amour et une obéissance absolus.»
Satan, cependant, n’a pas lâché prise. Jusqu’à notre départ de la
Corée du Nord, il hanta les rêves de ma mère, l’air hideux, éructant
des énormités ou des menaces voilées. Ma mère livra plusieurs années
de combat pour me protéger. Ces rêves de ma mère me rendirent très
sérieuse : «Pourquoi Satan cherchait-il à me faire du mal ? Pourquoi
s’acharnait-il à me traquer ?»
Un chemin de foi ardu
pour rencontrer le Seigneur
«Dorénavant, tu devras porter ça quand tu sors», me dit mon grand-
père maternel. J’ai regardé les drôles de souliers et j’ai demandé :
«Qu’est-ce que c’est ? − Ça s’appelle des talons hauts», a-t-il répondu.
Durant la colonisation japonaise, les modes occidentales telles que
les talons hauts étaient quasiment absentes des campagnes. Mais mon
grand-père, Hong Yu-il, était un monsieur éclairé ouvert à la moder-
nité. Il était allé en ville acheter des souliers à talons hauts pour toutes
les femmes de sa famille. Il était grand, amical et élégant, et tous respec-
taient hautement ses idées progressistes. Élevé dans un milieu de stricte
54
Mère de la paix
obédience confucéenne, il n’en était pas moins en avance sur son temps.
Fait intéressant, lors de ma première rencontre avec le révérend Moon,
j’ai pensé en moi-même qu’il ressemblait à mon grand-père. C’est une
des raisons qui me mit en confiance lors de cette première entrevue,
même si je n’avais que 13 ans. Il ne m’était pas étranger.
Ma grand-mère maternelle, Jo Won-mo, était une femme menue
aux traits fins. Fervente chrétienne, elle était en outre travailleuse et
active. Elle gagnait sa vie avec une petite affaire, appelée le magasin
Pyong-an, qui vendait et réparait des machines à coudre. À l’époque,
ces machines étaient chères et passaient pour être le nec plus ultra du
trousseau de la mariée. Les citadins admiraient ma grand-mère pour
accorder d’importantes remises aux familles des nouvelles mariées et
pour avoir mis en place des plans de paiement, quelque chose d’inédit
à l’époque. Ma grand-mère allait de village en village pour percevoir les
mensualités, me portant sur son dos. Ce sont ces excursions qui m’ont
ouverte au grand monde.
La famille de mon grand-père a quitté Chongju, la ville natale de
mon mari, et a traversé la rivière Cheongcheon jusqu’à la ville d’Anju :
pour être précis, Shineui, un village de la ville d’Anju. Ma mère a hérité
de la foi fervente de grand-mère Jo Won-mo ; elles fréquentaient une
paroisse presbytérienne locale d’Anju jusqu’aux 19 ans de ma mère. Le
pasteur de cette église avait d’ailleurs donné à ma mère son prénom,
Soon-ae. Ma mère avait étudié à l’école d’Anju. L’Académie des saints
de Pyongyang, une école missionnaire, lui décerna un diplôme en 1936.
Mes parents se sont mariés à l’Église du nouveau Jésus le 5 mars 1934,
et moi, leur premier et unique enfant, je suis née en 1943, neuf ans plus
tard. Cet intervalle inhabituellement long n’était pas dû à des problèmes
d’infertilité. Ils étaient peu ensemble, tous deux pris par leur vie de foi.
Et mon père avait sa carrière d’enseignant. Il enseignait dans le comté
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Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
de Yeonbaek. Ma mère ne voulait pas emménager dans ce comté de la
province de Hwanghae, loin de la maison maternelle. Dans sa dévotion
intense à Jésus, ma mère concentrait tout son temps et toute son atten-
tion sur son travail pastoral.
Il y avait aussi une autre raison. Mes grands-parents maternels, les
Hong, avaient voulu faire de mon père, Han Seung-un, leur héritier,
mais il avait dû décliner. Il était le fils aîné de la famille Han, et ses
parents ne le voyaient pas prendre racine dans la maison de sa femme.
Elle ne voulait donc pas emménager chez lui, ni lui chez elle. Mais Dieu
désirait ma naissance, alors je suis arrivée chez mes grands-parents
à Shineui-ri, Anju. J’y ai grandi et en suis venue à accepter Dieu tout
naturellement.
En 1945, la Corée recouvra son indépendance. Mais les grandes puis-
sances divisèrent notre péninsule au 38e
parallèle. La joie de retrouver
notre pays tourna rapidement au désespoir. Les Soviétiques ont donné
tout pouvoir au Parti communiste coréen et à sa politique d’oppression
brutale. J’avais quatre ans quand mon père apparut subitement chez
nous pour annoncer : «Les conditions ne vont pas s’améliorer ici. Je ne
peux pas laisser ma famille vivre en Corée du Nord. Allons au Sud.»
Ma mère ne put s’empêcher de réfléchir sérieusement à la demande
inattendue de mon père. Toute à son unique objectif de rencontrer le
Seigneur du second avènement, elle ne savait pas vraiment ce qu’elle
ferait quand elle le rencontrerait. La demande de son mari fut un déchi-
rement : «Est-il préférable de rester et de suivre le chemin inconnu de la
volonté de Dieu ? Ou dois-je choisir de vivre comme une femme au foyer
ordinaire ?» Elle réfléchit à ces choses, puis se décida. «Je ne succomberai
pas à la persécution communiste, se dit-elle. Je vais rester ici et continuer
à marcher sur le chemin de la foi pour recevoir le Seigneur.» Mon père
était stupéfait, mais il est parti comme il avait décidé de le faire.
56
Mère de la paix
Ma mère n’était pas la seule à vouloir rester dans le Nord, avec la
foi que Jésus allait y apparaître. Pyongyang était appelée la «Jérusalem
de l’Est», et le christianisme y était puissant. C’était un lieu saint où les
Églises se préparaient à recevoir le Messie à la seconde venue. Pour la
majorité des chrétiens, le Messie allait revenir sur les nuées.
Mais les groupes spiritualistes de Pyongyang pensaient qu’il viendrait
dans la chair. Ma mère et ma grand-mère en avaient la conviction absolue.
Elles fréquentaient à présent l’Église du nouveau Jésus, l’une des Églises
les plus ferventes de la ville. Ma mère décida de rester à Pyongyang et de
poursuivre sa mission de membre de la famille fidèle du Messie.
Bien que mon père ait fait de son mieux pour remplir ses devoirs de
mari et de père, notre famille a finalement été séparée pour des raisons
providentielles. «Ce ne sera pas la dernière fois que je verrai mon père»,
me suis-je dit en le voyant franchir la porte. Je me trompais. Ce fut la
dernière fois.
Sauf dans ma petite enfance, j’ai vécu sans mon père, Han Seung-un.
Parfois, je me demandais où il était et ce qu’il faisait, mais je n’ai jamais
essayé de le trouver. C’était à cause des paroles de ma grand-mère et de
ma mère depuis que j’étais petite : «Ton Père, c’est Dieu.» J’ai grandi en
sachant que ces paroles étaient la vérité immuable. Née en tant que fille
de Dieu, je croyais fermement qu’Il était mon vrai Père. C’est pourquoi
je n’ai pas souffert du départ de mon père.
J’ai été modelée dès ma conception pour être la Vraie Mère qui
consacrerait sa vie aux desseins de Dieu. Je vois tout sous cet angle :
la colonisation japonaise et la guerre de Corée, mon enfance pleine
d’épreuves, ma famille autour de ma grand-mère maternelle et de ma
mère, l’amour chrétien qui nous enveloppait jour et nuit. Ce fut la
période d’initiation conçue par le Ciel, que je chéris. Cependant, mon
père a joué un grand rôle.
57
Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique
J’appris plus tard qu’il avait consacré sa vie à l’éducation en Corée du
Sud, enseignant dans plus de seize écoles sur une période de quarante
ans. Il était directeur quand il partit en retraite. Il s’est éteint paisiblement
dans les bras de Dieu au printemps 1978. Bien plus tard, alors que notre
Mouvement de l’Unification construisait son siège international près du
lac de Cheongpyeong, j’ai appris que mon père avait enseigné à l’école
élémentaire Miwon, dans le village de Seorak, à quelques kilomètres de
notre complexe. Comme c’est là que je vis maintenant, je suppose que le
plan de Dieu était de finalement nous réunir, mon père et moi.
Dieu appelle ceux qu’Il choisit
Sur la base de 6000 années mouvementées de l’histoire providentielle
de Dieu, la Fille unique est venue sur cette terre. Tant de personnes
attendaient impatiemment, ignorant ce qu’elles attendaient, les dogmes
religieux classiques n’ayant aucun concept de la Fille unique.
C’est mon mari qui l’a découvert : pour que Dieu fasse naître Sa Fille
unique, Il devait trouver une nation ayant enduré l’injustice pendant
plus de 5000 ans et comptant maintenant de nombreux chrétiens fer-
vents. Cette nation est la Corée. Depuis les temps anciens, les Coréens
aiment la paix et portent des vêtements blancs par respect pour Dieu et
leurs ancêtres.
L’esprit de piété filiale, de loyauté et de chasteté, qui sont les vertus
fondamentales de la vie humaine, imprègne l’histoire de la Corée. De
plus, historiquement parlant, la Corée est une contrée où les religions
du monde ont porté leurs fruits. Même si l’histoire du christianisme y
est récente, Dieu l’a choisie comme nation et peuple à qui Il enverrait Sa
Fille unique. Le révérend Moon a compris que Dieu travaillait à travers
une famille dans laquelle les cœurs de trois générations de filles uniques
58
Mère de la paix
étaient liés dans une foi sacrificielle. Le Saint-Esprit a guidé le révérend
Moon pour découvrir cela dans la Bible ; nul autre ne l’a vu. Ces condi-
tions étant remplies, alors seulement la Mère de la paix, destinée à ins-
taurer un monde de paix, pourrait être reçue sur cette terre.
Chacun de nous doit éprouver une vive gratitude d’être né. Nul n’est
né pour rien, pas même un seul. Et puis, qui dira que la vie n’appartient
qu’à soi ? Toutes choses au ciel et sur terre sont liées entre elles par des
lignes de latitude et de longitude. La paix signifie que toutes les énergies
du monde entier et de l’univers entier sont en harmonie. Nul ne devrait
donc sous-estimer sa vie. Il faut avoir une vive conscience que chacun
est un être précieux, né grâce au fonctionnement sacré de l’univers.
Pour ma part, je suis née au cœur d’un monde livré au chaos, où
aucune lueur d’espoir n’était en vue. La Deuxième Guerre mondiale,
déclenchée à l’automne 1939, s’intensifiait de plus en plus. Le nazisme
allemand et l’impérialisme japonais mettaient l’Europe et l’Asie à feu et
à sang. À l’exception de la Grande-Bretagne, la plupart des nations en
Europe avaient été piétinées par Hitler. Même la Grande-Bretagne avait
subi les raids aériens incessants de l’Allemagne nazie.
Un sort funeste frappait aussi la Corée, colonie du Japon. C’est vrai,
mon enfance fut chaleureuse, mais les Coréens ont payé le prix fort
pour survivre et trouver de quoi se nourrir et se vêtir. Quand la fin de la
guerre approcha, les soldats japonais pillèrent les foyers coréens, s’em-
parant de tous les métaux, même les cuivres utilisés dans les rites ances-
traux, afin d’en faire des armes. Tout le riz allait aux soldats japonais,
le peuple coréen était réduit à la famine. Les paysans, qui récoltaient le
riz de leurs propres mains, ne pouvaient même pas en manger un peu.
Le Japon est allé jusqu’à proscrire l’utilisation du hangeul, l’alpha-
bet coréen qui renferme l’esprit de son peuple, nous forçant à renoncer
à nos noms coréens et à adopter des noms japonais. Tous les jeunes
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LA MERE DE LA PAIX -HAK JA HAN biographi

  • 3. Mère de la paix
  • 4. Copyright © 2020 Washington Times Global Media Group 3600 New York Avenue, NE, Washington, DC 20002, USA +1 (202) 636-4840 Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite, stockée dans un système de recherche, ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit − électronique, mécanique, photocopie, enregistrement ou autre − sauf dans le cas de brèves citations incorporées dans des articles et des critiques, sans l’autorisation préalable de l’éditeur. Il s’agit de l’édition française des mémoires du Dr Hak Ja Han Moon, écrites à l’origine en coréen. Avec la permission expresse du Dr Moon, des efforts ont été faits pour rendre certains passages plus compréhensibles pour les lecteurs peu familiers avec la langue, l’histoire et la culture coréennes, ou avec le Mouvement de l’Unification et ses enseignements. Distribué en Europe et au Moyen-Orient par KANDO Verlag GmbH, Hornbergstr. 94, 70188 Stuttgart, Germany +49 (0)711 46 87 158 www.kando-verlag.de Tirage − Tous droits réservés couverture, texte, repro et impression Première édition publiée en coréen par Gimmyoung Publishing Co., République de Corée ISBN 978-3-922947-62-2 Imprimé en République tchèque Octobre 2020
  • 5. Mère de la paix ‘‘Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.’’ Mémoires de Hak Ja Han Moon
  • 7. Hommages de personnalités Les Mémoires de Madame Moon sont ceux d’une vie vécue dans une dévotion totale à Dieu et à l’humanité. Ils surviennent à un moment où notre monde fragmenté a cruellement besoin d’une vision globale de la paix mondiale. Ce livre est une lecture incontournable pour tous. - S.E. Dr Goodluck Jonathan, président du Nigéria (2009-2015), président du Conseil international au sommet pour la paix en Afrique Les efforts inlassables de Madame Moon pour apporter la paix dans ce monde tourmenté ont inspiré des millions de femmes de tous âges autour du globe. C’est le bon moment pour nous tous de nous lever et de l’honorer pour sa mis- sion de paix, de justice sociale et d’espoir. - Dr Rima Salah, ancienne Secrétaire générale adjointe des Nations unies; Université de Yale, États-Unis Les initiatives de Dr Moon réunissent tous les acteurs de la communauté inter- nationale et de la vie sociale et familiale autour d’idéaux de paix, d’harmonie et de prospérité partagée. Elle est vraiment reconnue comme la Mère de la paix. - S.E. Brigi Rafini, Premier ministre et chef du gouvernement du Niger Je tiens à vous assurer que mes prières sont avec vous pour le succès du travail que votre défunt mari a commencé et que vous avez noble- ment repris. Que Dieu soit avec vous et bénisse l’ouvrage de vos mains. - Cardinal Kelvin E. Felix, Sainte-Lucie La vie et l’œuvre de Madame Moon lui ont valu un immense respect et une grande admiration. Les difficultés et les épreuves que cette femme hors du commun a dû traverser sont difficiles à imaginer. Malgré tout, son cœur reste immuable dans sa bonté, sa sincérité et son désir de changer le monde pour le mieux. - S.E. Leonid Kravtchouk, premier président de l’Ukraine (1991- 1994); président du Conseil de paix ukrainien
  • 8. Que les Mémoires du Dr Hak Ja Han Moon lui permettent d’être à juste titre reconnue comme une dirigeante majeure, l’une des plus inspirantes de notre temps. - Madame Patricia Lalonde, députée au Parlement européen (2017- 2019), France Le travail de la Fédération pour la paix universelle dans la construction de la paix est une telle nécessité dans le monde actuel, notamment dans les Balkans où je vis. N’en doutons pas, les Mémoires de Madame Moon feront briller une lumière d’espoir, donnant une inspiration profonde à ceux qui les liront. - S.E. Alfred Moisiu, président de l’Albanie (2002-2007)
  • 9. Préface .......................................................................................................................................................... 13 Chapitre 1 Le vœu ardent de toute ma vie ....................................................................................... 17 Une femme crie «Mansei!» pour l’indépendance ............................ 17 Merci. Mère, prends soin de tout! ...................................................................... 22 Des fleurs sauvages sourient sur un chemin de montagne .......... 27 La culture de paix Sunhak ............................................................................................ 29 Les océans sont une ressource précieuse ...................................................... 31 Héros de tous les jours ..................................................................................................... 34 Donne-nous aujourd’hui (notre pain de ce jour) ............................... 36 Chapitre 2 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique ......................... 41 Un arbre aux racines profondes ............................................................................ 41 Comme une poule protège sa couvée .............................................................. 44 La légende du pont Dallae ............................................................................................ 46 Ton Père, c’est Dieu ............................................................................................................ 49 Un chemin de foi ardu pour rencontrer le Seigneur ....................... 53 Dieu appelle ceux qu’Il choisit ................................................................................ 57 Le christianisme et la Fille unique ....................................................................... 60 Les mondes se divisent au 38e parallèle .......................................................... 67 L’éclair bleu de la mort .................................................................................................... 72 La voie de la volonté de Dieu .................................................................................... 77 Chapitre 3 Le festin des noces de l’Agneau .................................................................................... 85 Le vrai sens du sacrifice ................................................................................................... 85 Dieu est mon Père ................................................................................................................. 87 Sommaire
  • 10. Phénix céleste et phénix terrestre ........................................................................ 91 L’épouse céleste ....................................................................................................................... 95 Notre cérémonie de Mariage saint .................................................................. 102 Un frêle esquif en haute mer .................................................................................. 108 Victoire par la persévérance ................................................................................... 114 Sept fils et sept filles .......................................................................................................... 117 Chapitre 4 Lumière divine sur un chemin d’épines ......................................................... 119 La pluie et le vent froid laissent place à la paix ................................... 119 Mon dernier moment sur terre approche ................................................ 125 Une tournée de conférences teintée de larmes ................................... 133 Jonquilles ..................................................................................................................................... 140 Comme une pluie d’été tombée sur la pelouse ................................... 146 Un chant de victoire retentit depuis Danbury .................................... 156 Je ne vous laisserai pas orphelins ....................................................................... 169 Chapitre 5 L’emblème du Royaume de Dieu ............................................................................ 177 Les plus belles fleurs de Corée .............................................................................. 177 Le cœur touche le cœur ............................................................................................... 181 Un art qui enrichit le monde ................................................................................. 185 Des médias exprimant des valeurs universelles ................................. 187 Justice après les larmes ................................................................................................. 191 S’enrichir en donnant .................................................................................................... 193 La science est un tremplin ........................................................................................ 196 Chapitre 6 Créer la route vers un seul monde ......................................................................... 201 Une rue, un village planétaire ............................................................................... 201 Un amour audacieux brise un rideau de fer .......................................... 205 Un ennemi devient un ami ...................................................................................... 213
  • 11. Un jardin de la paix des Nations unies ....................................................... 224 Mettre la paix en pratique ......................................................................................... 228 Chapitre 7 Les douleurs de croissance d’aujourd’hui annoncent des lendemains plus ensoleillés ................................................ 233 Offrir aux jeunes des objectifs passionnants ......................................... 233 Transformer la passion en but et le but en principes .................. 235 La meilleure formation se fait sur l’océan ................................................ 237 Aimer Dieu, aimer l’humanité, aimer sa nation ............................... 240 Une université qui change le monde ............................................................. 244 Un hélicoptère sème des graines d’amour .............................................. 248 Les futurs Josué et Caleb ............................................................................................. 251 Chapitre 8 La mère construit la famille, la famille construit le monde ......................................................................................... 255 Aimer sa famille, c’est donner sa vie .............................................................. 255 Une fleur appelée sacrifice ........................................................................................ 258 Une vision de la vraie féminité ............................................................................ 263 La nouvelle ère est axée sur la féminité ....................................................... 266 La main d’une mère soulage un mal de ventre ................................... 269 Des femmes unissent les religions au Proche-Orient .................. 272 Chapitre 9 Le Royaume de Dieu au milieu de nous ......................................................... 277 L’enseignement le plus important .................................................................... 277 Sauver un gardien de prison ................................................................................... 281 Devenir la lumière du monde en développant un cœur filial envers le Ciel ..................................................................................... 284 Autour de la table, dans le monde entier .................................................. 290 La voie de la prospérité partagée ........................................................................ 293
  • 12. Le chemin de la renaissance et de la résurrection ........................... 296 La vraie boussole de la vie ......................................................................................... 300 Chapitre 10 Le défi d’instaurer un monde céleste .................................................................. 303 Le continent lumineux .................................................................................................. 303 L’étreinte de Dieu met fin à toutes les larmes ...................................... 306 La nation-mère ...................................................................................................................... 311 Amour et service en Amérique du Sud ....................................................... 315 La beauté originelle de Mère Nature ............................................................. 317 Les parlementaires du monde entier s’expriment d’un même cœur ............................................................................... 323 Le Cap de Bonne-Espérance et le hyojeong ........................................... 329 São Tomé-et-Príncipe, le modèle de restauration nationale ............................................................... 338 Énergie et optimisme en Europe ....................................................................... 342 Chapitre 11 La restauration de Canaan au ciel et sur terre ........................................ 345 La terre de la mort est la terre de la vie, et la terre de la vie est la terre céleste ............................................................. 345 Nouvel espoir pour la Chine .................................................................................. 348 La Mère de la paix dans le monde musulman ..................................... 352 Pluie torrentielle, larmes de joie ......................................................................... 358 Le monde céleste unifié en Océanie ............................................................... 364 L’Amérique latine céleste se pare des fleurs de l’espoir ............. 367 La voie vers un monde céleste unifié ............................................................. 370 Donner naissance au monde céleste .............................................................. 377 Glossaire - Carte de la Corée ............................................................................................ 383 Autres hommages et témoignages ............................................................................. 386
  • 13. 13 En plein sur l’équateur, São Tomé-et-Príncipe compte beaucoup pour Dieu et pour moi. C’est cet archipel africain que j’ai baptisé «la première nation du Ciel» lorsque le Président et son peuple, préparés par le Parent céleste, ont reçu la Bénédiction en Mariage saint et que les jeunes y ont prêté le serment de l’amour pur. Une fois ces événements terminés, j’ai pris un peu de repos aux Seychelles, un autre petit État insu- laire d’Afrique orientale. Le déferlement de la houle La brise rafraîchissante — Alors que je longeais la mer émeraude sur le rivage, la danse des vagues me faisait l’effet d’un salut enchanteur et riant. Le sable blanc entre mes orteils était doux et chaud. Avec ce ciel sans nuages, ces bouffées régu- lières d’air vif et ce soleil chaleureux, je baignais dans un sentiment de paix. La beauté que Dieu a créée pour nous au commencement était là sous mes yeux, intacte et préservée. J’ai communié avec Lui, l’auteur de cette bénédiction. Cette création est Ton don gratuit, à nous Tes enfants ; Tu espérais demeurer avec nous dans la joie et la paix. Tu ne souhaitais rien de plus que d’être le Parent céleste partageant la beauté de la création avec Ton Préface
  • 14. 14 Mère de la paix fils et Ta fille. Tu les as créés pour atteindre la maturité, se marier avec Ta Bénédiction et devenir les Vrais Parents de leurs propres enfants. Avec leur chute, Tu as tout perdu, et nous aussi. On dit en général que perdre un enfant, c’est ensevelir un morceau de son cœur. Perdre soudain l’enfant chéri, pour qui on donnerait volontiers sa vie, provoque une douleur et une angoisse qui dépassent l’imagination. Notre Dieu, Tu as perdu l’humanité, Ta famille. En Te taillant un chemin à travers l’histoire, Tu devais être comme un parent accablé qui a perdu la raison, totalement anéanti. Tu n’as pas été un Dieu de joie et de gloire, mais un Parent au cœur ravagé par le deuil et le chagrin pour Tes enfants perdus. Pourtant, comme Jésus l’a dit dans la parabole de la brebis perdue, Tu ne pouvais pas abandonner le moindre de Tes enfants. En tant que Dieu d’amour, Tu es allé de l’avant, pour nous retrouver un jour, nous prendre dans Tes bras et édifier avec nous le monde de paix que Tu avais envisagé au commencement. Tu voulais que nous Te connaissions comme notre Parent céleste, Celui qui a l’amour d’un Père céleste et d’une Mère céleste. Tu voulais nous voir vivre en tant qu’individus célestes, familles célestes, tribus célestes, peuples célestes et nations célestes, dans un monde céleste. Ayant perdu Ton idéal d’unité entre l’homme et la femme, le monde déchu n’a pas su recevoir et honorer le Parent céleste, vénérant à la place l’image tron- quée d’un Père céleste seulement. Les hommes ont assis leur domination et façonné la civilisation occidentale à partir des traditions helléniques et hébraïques. Ni les hommes ni les femmes n’ont compris le cœur féminin de la Mère céleste et l’amour éternel parfait du Parent céleste. Faute de cette conscience existentielle, le courant féministe, qui a éclaté en Occident, ne pouvait que se pervertir en un mouvement avec des œillères, où les hommes ont tous les torts. C’est ce qui me pousse à tout faire pour Te restituer Ta position origi- nelle de Parent céleste. Au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest, je
  • 15. 15 Préface pars enseigner la vérité de la providence céleste à ceux qui ont des oreilles mais n’entendent point, à ceux qui ont des yeux mais ne voient guère. Je ressens l’urgence de proclamer cette vérité, passionnément, comme si je cherchais une aiguille en pleine tempête de sable, sans voir à quelques centimètres devant moi. Telle une personne égarée par le désespoir, j’embrasse le monde encore et encore, aimant tous Tes enfants comme les miens. De tout mon cœur, j’embrasse même ceux de Tes enfants qui, par leur ignorance de la vérité, m’ont mal comprise, voire persécutée. En agissant ainsi, je sais que Tu panseras les plaies qu’ils infligent. Au risque de m’affaiblir et de m’épuiser physiquement, je passerai les 40 derniers jours de 2019 à sillonner la terre en tous sens. J’ai promis d’achever cette tâche de mon vivant, et ma promesse tient toujours. Les dirigeants politiques et religieux ont répondu à mon appel, ont baissé leur garde et se sont embrassés. Il se répétait que j’étais la Mère de la paix. Voilà qu’apparaissent Tes vrais fils et filles qui partagent ma passion. Notre couleur de peau est sans importance. J’ai des enfants de piété filiale à la peau noire, à la peau jaune ou à la peau blanche, des fils qui guident les musulmans et des filles à la tête de grandes congrégations chrétiennes. J’ai des fils et des filles qui dirigent des nations. Tous ces liens entre une mère et ses enfants sont nés en Ton nom. Mes enfants me demandent de bénir leurs nations et leurs religions. Devant eux et devant leurs peuples, je parle de Toi, notre Parent céleste. Je parle de la Mère céleste, cachée derrière le Père céleste, et j’explique qu’il ne peut y avoir de Fils unique sans une Fille unique. Sans les parents, qui sont le centre et l’origine de la famille, il ne peut y avoir d’harmonie dans le foyer. De même, ce monde ne peut connaître une paix véritable sans Toi, le Parent de l’humanité. J’ai consacré ma vie à cette cause. La Corée y joue un rôle spécial, car c’est la patrie qui a vu naître le Fils et la Fille uniques. Tu as choisi le peuple coréen et Tu l’as béni. C’est Ton œuvre, dont le monde commence
  • 16. 16 Mère de la paix maintenant à prendre conscience. Notre civilisation du Pacifique doit tirer les leçons des erreurs de la civilisation atlantique. Celle-ci n’a pas pu concrétiser ses propres idéaux chrétiens. La conquête et l’exploitation l’ont fait dévier maintes et maintes fois. Au contraire, il serait bon qu’un cœur maternel inspire la civilisation du Pacifique et l’aide à développer une culture altruiste axée sur l’amour vrai. Telle la sainte communauté du Parent céleste, elle fera de l’altruisme une règle de vie qui élèvera tous les peuples. Tel est Ton souhait, et j’offre le reste de ma vie pour le réaliser pleinement. Le fil d’or de Ton amour va tisser la trame de ce récit de souf- france historique partagée. Rétrospectivement, j’ai dédié ma vie tout entière au service de Dieu, notre Parent, telle Sa Fille unique. Un seul volume ne pouvant contenir toutes ces mémoires, une suite viendra plus tard. Ce livre s’achève, et une personne me manque alors énormément : c’est mon mari bien-aimé, Sun Myung Moon. Nous avons uni nos vies pour accomplir et transmettre la volonté de Dieu. Lui et moi avons vécu bien plus ensemble que je ne peux en partager à présent. En septembre 2012, il est monté au ciel. S’il était là pour assister à la publication de ce livre, son visage brillerait d’une joie plus grande que celle de n’im- porte qui d’autre. L’éclat de ses yeux danse dans mon cœur aujourd’hui. Espérons que cet ouvrage révélera la saveur de notre vie passée ensemble pour la volonté de Dieu. Enfin, je voudrais exprimer ma sincère gratitude à tous ceux qui ont consacré du temps et du talent pour que cet ouvrage soit publié. Hak Ja Han Moon Février 2020 Hyojeong Cheonwon Seorak, République de Corée
  • 17. 17 Une femme crie «Mansei !» pour l’indépendance C’est le 1er mars 1919, qui marque le début de la saison du prin- temps dans le calendrier lunaire. La température est restée au-des- sous de zéro. Le gel est mordant pour les habitants d’Anju, une ville de la province de Pyongan, au nord de la péninsule coréenne. Bravant le froid, une femme a préparé le repas du matin pour sa famille. Elle a allumé le feu de bois et mis du riz à cuire sur le poêle. Son attention s’est ensuite détournée de la routine matinale. Levant les bras, elle a pris soin d’aller dénicher, derrière une armoire, un article enveloppé dans un tissu de coton uni. À la lueur du feu et d’un rayon de soleil à travers une fente sous la porte, la femme a délié l’étoffe pour révéler un autre tissu, plus grand et plus épais. Sur le fond blanc se détache le symbole rouge et bleu du yin- yang. Alors qu’elle l’étale sur la table, le motif du grand tissu se dessine clairement. L’étendard de la Corée ! Elle a toujours à l’esprit l’emblème Le vœu ardent de toute ma vie CHAPITRE 1
  • 18. 18 Mère de la paix de son peuple, même dans ses rêves. La tristesse et l’émotion mêlées affluent dans son cœur. Entendant les cris doux de sa fille qui se réveille, elle enroule le drapeau, l’enveloppe de nouveau et le remet à sa place. Sa fille de cinq ans sur les genoux, la villageoise partage le petit déjeuner avec son mari, revenu de son travail matinal aux champs. Elle s’active ensuite à nettoyer la cuisine, le salon, le porche et la cour. Un peu après midi, prenant un air détaché, elle quitte la maison, le cœur battant, sa fille sur le dos, l’étendard sur son sein. Un étroit chemin de gravier serpente dans le village en direction du marché d’Anju. Il rejoint la grand-route, où d’autres marcheurs font le trajet : un paysan tire sa vache, un jeune homme est chargé d’un lourd fardeau sur une claie de portage traditionnelle, une mère transporte un paquet sur la tête. D’un pas tranquille, ou à la hâte, tous convergent vers le marché. Arrivée à destination, la femme s’est arrêtée devant un étal de légumes au centre d’une des zones les plus fréquentées du marché. Sa fille s’est réveillée de sa sieste de l’après-midi sur le dos de sa mère. Tournant la tête, celle-ci adresse un sourire serein à sa fille chérie. Pour la petite, le sourire de sa maman est le plus beau spectacle du monde. Soudain, un grand cri fuse dans le calme du marché : «Corée libre ! Mansei !» [voir Glossaire p.383, N.d.T.]. Telle une sprinteuse au son du pisto- let de départ, la femme sort rapidement le drapeau coréen de son sein. L’agitant avec force, elle rejoint la foule en criant «Mansei, victoire pour dix mille ans !» Elle s’égosille : «Liberté pour la Corée ! Mansei !» Le premier cri était un signal. D’un seul coup, les couleurs coréennes sont hissées de partout et claquent avec vigueur au-dessus des têtes. «Liberté pour la Corée ! Mansei !» De tous les coins du marché ouvert, la clameur retentit. La femme crie plus fort que tout le monde. La mêlée soudaine et le claquement des multiples étendards surprennent
  • 19. 19 Le vœu ardent de toute ma vie les badauds sur place. Non préparés au soulèvement, ils doivent déci- der quoi faire. Certains s’enfuient, redoutant les conséquences pos- sibles. D’autres, portés par leur foi dans l’indépendance de leur nation, rejoignent les rangs des manifestants. La femme attendait ce jour avec impatience. Elle est restée veiller plusieurs nuits avec sa fille, brodant le drapeau de sa patrie, les mains tremblantes. Assise sous une lampe à pétrole, elle a parlé à sa fille de la Corée, de son peuple, de sa foi, de ses traditions millénaires et de la signification du mouvement Mansei pour l’indépendance. Écoutant sa mère, la petite fille hochait la tête, absorbant tout. Maintenant, accro- chée sur son dos, elle entend les cris de mansei. Elle communie avec la droiture candide de ses compatriotes, vêtus de blanc, prêts à donner leur vie pour le droit de leur nation à exister. Les manifestations du 1er mars pour l’indépendance qui agitent Anju secouent simultanément Séoul et tout le pays. Sur la plupart des sites, elles comportent une lecture publique de la déclaration d’indépendance de la Corée. Ce tollé général va au-delà du simple symbole ; cet acte de protestation pacifique et non violent est le cri du cœur du peuple coréen, qu’il chérira à jamais. Au bout de quelques instants, on entend les bruits de bottes, les coups de sifflets assourdissent les manifestants. Des policiers se ruent sur le mar- ché par dizaines, munis de matraques et de fusils. Les coups pleuvent sans pitié sur le tout-venant. À droite et à gauche, des gens s’effondrent sous les coups, en sang. Homme ou femme, jeune ou vieux, la police ne fait pas de distinction. Désespérée de protéger sa fille, la mère n’a d’autre choix que de battre en retraite, refoulant ses larmes. Elle n’est que trop résolue à tenir jusqu’au bout, mais elle sait aussi que Dieu désire la communion et non le sang, qui ne ferait qu’alourdir encore la douleur dans Son cœur.
  • 20. 20 Mère de la paix Ce n’est pas tout. Quelque chose dit à cette mère que le temps n’est pas encore venu pour que la nation se lève. Une intuition que, dans le futur de la Corée, une femme naîtra avec un destin sans précédent, une femme qui brisera le moule de ce monde déchu. Avec cette lueur d’es- poir dans son cœur, elle endure l’humiliation de cet après-midi. En accord avec la providence de Dieu, et avec la conviction et l’amour absolus des croyants depuis les temps bibliques, ce que cette mère a conçu dans la foi est venu au monde 24 ans plus tard. Dans sa lignée, la Fille unique de Dieu est née, celle qui est appelée à réaliser les rêves si chers à cette femme. C’est à Anju, bastion du patriotisme coréen que je suis née. Ce n’est pas un hasard si c’est l’un des premiers foyers de pénétration de la foi chrétienne en Corée. Cette femme était ma grand-mère, Jo Won-mo, et elle a continué à soutenir le mouvement pour l’indépendance. Elle a entraîné sa fille (ma mère) et moi dans ses activités. J’avais à peine deux ans quand l’histoire de mon pays a vécu un nouveau tournant. Nous étions libérés de l’occupation japonaise. Ce jour-là, le 15 août 1945, ma grand-mère avait de nouveau un enfant sur le dos et criait encore : «Mansei !» Mais, cette fois, l’enfant c’était moi, et ma grand-mère criait et agitait notre emblème national, avec joie et entrain, pour la liberté retrouvée de notre patrie. Dieu a choisi notre famille, une famille de trois générations de filles uniques. Jo Won-mo, ma grand-mère, une femme qui a consacré son cœur au mouvement pour l’indépendance, était une fille unique. Hong Soon-ae, ma mère, qui s’est dévouée corps et âme pour concrétiser sa foi de rencontrer le Christ à son retour, fut sa seule fille. Je suis sa fille unique, la troisième en trois générations. Dans le peuple opprimé de la péninsule coréenne, la Fille unique de Dieu est née.
  • 21. 21 Le vœu ardent de toute ma vie Alors collégienne, avec ma grand-mère Jo Won-mo qui manifesta pour l’indépendance de la Corée en 1919. Alors que j’écris ces mots en 2019, le centenaire du Mouvement d’indé- pendance du 1er mars, je poursuis le rêve de mes ancêtres, ce rêve immémo- rial, l’accomplissement de la providence divine du salut sur la terre.
  • 22. 22 Mère de la paix Merci. Mère, prends soin de tout ! Lune, lune, lune brillante, la lune Avec laquelle Lee Tae-baek aimait jouer Au loin sur cette lune, Poussait un camphrier. Je l’ai coupé avec une hache de jade Et je l’ai taillé avec une hache en or, Pour bâtir une petite chaumière Où j’honore ma mère et mon père. Je veux vivre avec eux pour toujours ; Je veux vivre avec eux pour toujours. Ce refrain coréen traditionnel, embué de nostalgie, vous remue le cœur et vous élève. Le désir de vivre à jamais auprès de ses parents exprime le sentiment de piété filiale. Orphelins et éloignés du Parent céleste que nous avons perdu, nous devons trouver nos Vrais Parents et notre patrie originelle. Il n’est pas de plus grand bonheur que de pou- voir servir les parents bien-aimés qui nous manquent, que ce soit dans un palais ou dans une hutte. Toute la création aime le soleil. La vie ne peut s’épanouir qu’avec le soleil. La lune, de son côté, donne autre chose. Le soleil est tout en éclat, la lune toute en quiétude. La lune, plus que le soleil, nous donne le mal du pays et du foyer, quand nous sommes loin du logis. J’ai plaisir à me souvenir du spectacle de la lune qui nous absorbait, mon mari et moi. Nous la regardions avec de nombreux fidèles pendant les fêtes coréennes des récoltes (Chuseok) ou pour la première pleine lune du Nouvel An (Daeborum). Ces moments étaient rares toutefois. Notre couple ne pouvait pas s’abandonner à une telle tranquillité.
  • 23. 23 Le vœu ardent de toute ma vie «Une fois cette tâche terminée...», disait toujours mon mari, et moi aussi : «Quand on aura fini ce travail et qu’il y aura un peu de temps libre, on fera une pause.» Durant nos années de ministère, on pourrait penser qu’il y avait de brefs moments de détente pour récupérer des tâches urgentes. Mais, pour nous, le temps libre ne s’est jamais concré- tisé. Stimulée par la pensée de ma grand-mère Jo criant «Mansei !» pour l’indépendance et le salut de notre pays, j’ai brûlé d’une passion juvénile pour sauver l’humanité et bâtir un monde de paix. J’ai toujours hissé bien haut la bannière de la paix, fidèle au noble esprit de non-violence et d’autodétermination du Mouvement d’indé- pendance du 1er mars. Ce sentiment d’urgence m’a portée à accomplir ce que je n’aurais jamais imaginé possible. Toute ma vie, je me suis éver- tuée à remplir les multiples tâches qui m’ont été confiées. De tout mon cœur, et avec toute ma volonté, j’ai cherché à vivre pour les autres. Je n’ai jamais accordé à mon corps le repos nécessaire. Souvent, le som- meil et la nourriture étaient sacrifiés. Mon mari, le révérend Sun Myung Moon, était ainsi. Il était né avec un physique solide et, s’il avait mieux pris soin de sa santé, il aurait pu travailler pour un monde meilleur encore un peu plus. Mais lui aussi a suivi la volonté de Dieu avec un zèle inébranlable, et cela a nui à sa santé, jusqu’au point de non-retour. Pendant les quatre ou cinq ans qui ont précédé son ascension en 2012, il n’arrêtait pas de bouger, vivant chaque jour comme si c’était mille ans. Son travail était ardu, tant physiquement que spirituellement. Par exemple, il passait souvent des nuits entières à bord d’un petit bateau de pêche sur une mer agitée. Il l’a fait pour les autres, donnant l’exemple aux membres de notre groupe Ocean Church ainsi qu’aux res- ponsables qui l’accompagnaient. Il voulait leur inculquer la patience et le mental pour vaincre les épreuves.
  • 24. 24 Mère de la paix Mon mari passait sans cesse d’un continent à l’autre, la plupart du temps entre l’est et l’ouest. On y laisse plus de forces que dans un trajet nord-sud. Compte tenu de son âge, il a voyagé bien trop souvent entre la Corée et les États-Unis. Il aurait dû limiter ces voyages à une fois tous les deux ou trois ans, mais il n’en tenait pas compte. Dans l’année qui a précédé son décès à 92 ans, il a fait au moins huit fois le trajet entre la Corée et l’Amérique. C’était un sacrifice total de soi. Il s’offrait totale- ment à Dieu et à l’humanité. Son programme quotidien était exténuant. Chaque jour, il était debout à 3 heures du matin pour faire de l’exercice, prier et étudier. À 5 heures, il guidait le hoondokhae, ce qui signifie «se réunir pour lire et apprendre». C’était un temps de piété pour étudier l’Écriture, prier et s’instruire avec des disciples. Pendant le hoondokhae, mon mari avait tant de choses à partager qu’il n’était pas rare que cela continue pen- dant dix heures, en sautant le petit déjeuner et le déjeuner. À peine la séance terminée, il avalait à la hâte une bouchée et partait assurer le suivi d’un projet du mouvement. Dans ses dernières années, quand il était en Corée, il prenait l’hélicoptère pour Yeosu ou l’île de Geomun, où se développaient des projets d’éducation, de pêche et de loisirs. Jusqu’à ses 80 ans, il a supporté cela physiquement. Mais, dans sa der- nière décennie, il s’est épuisé, enchaînant les rhumes ou des affections plus graves. Bien sûr, il ignorait les symptômes. Et puis, au cours de l’été 2012, il a attrapé une grosse bronchite, particulièrement alarmante. Il aurait fallu se rendre aussitôt à l’hôpital, mais il a continué à reporter, répétant sans cesse : «Nous pourrons y aller, une fois la tâche terminée.» Finalement, la décision n’était pas négociable ; il a dû aller à l’hôpital. Son corps était déjà dans un état très fragile. Après une hospitalisation de courte durée, et dès la fin des examens médicaux, il a obstinément
  • 25. 25 Le vœu ardent de toute ma vie En compagnie de mon mari, Sun Myung Moon, en 2005 lors d’une tournée de conférences aux États-Unis. insisté pour sortir. Nous avons cherché à le persuader de rester plus longtemps, mais il n’a pas voulu écouter. «J’ai encore beaucoup de travail à faire ; je ne peux pas rester assis ici à l’hôpital !» a-t-il dit en réprimandant ceux qui lui conseillaient de rester. Il n’y avait pas d’autre choix que de le laisser sortir. C’était le 12 août 2012. Nous sommes arrivés à la maison et, soudain, il a dit : «Je veux prendre le petit déjeuner assis en face de toi, Omma.» L’entourage n’était pas sûr d’avoir bien entendu, car j’étais toujours assise à ses côtés pendant les repas, et non en face de lui. Quand le repas a été servi, il ne semblait pas intéressé par les plats. Il m’a juste fixée du regard, comme s’il voulait graver mon visage dans son cœur. J’ai souri, placé une cuil- lère dans sa main et quelques portions des plats d’accompagnement dans son assiette. «Ces légumes sont délicieux, alors prends le temps de mâcher», ai-je dit.
  • 26. 26 Mère de la paix Le lendemain, le soleil était exceptionnellement fort, même en plein été. Sous une chaleur accablante, il a visité certaines parties de notre complexe de Cheonwon sur les rives du lac de Cheongpyeong, accompagné d’un réservoir d’oxygène plus grand que lui. De retour chez nous, au Cheon Jeong Gung, il m’a demandé d’apporter un enregistreur vocal. Avec l’enre- gistreur à la main, il s’est plongé dans des pensées profondes pendant dix minutes, puis a commencé à enregistrer ses pensées, une à une. Il a déclaré qu’avec Dieu pour seul guide, nous nous dirigerons vers le Royaume des Cieux, en transcendant l’histoire de la chute et en retournant au jardin d’Éden originel. Il a proclamé aussi que nous pourrons restaurer les nations en remplissant la mission de guider nos tribus. Ce fut un soliloque et une prière qui embrassaient le début et la fin, l’alpha et l’oméga. «Tout a été accompli ! J’offre tout au Ciel», a-t-il dit en terminant. «Tout a été amené à sa consommation, son achève- ment et sa conclusion.» Cela s’est avéré être la dernière prière du Vrai Père [voir Glossaire, N.d.T.]. On eût dit qu’il mettait un point final à sa vie. Respirant avec peine pen- dant un moment, il a serré ma main fermement. «Merci, Mère ! Mère, prends soin de tout ! Je suis si désolé et vraiment reconnaissant», a-t-il déclaré, luttant pour faire sortir les mots. Il répétait encore et encore ces mêmes paroles. Je tenais sa main de plus en plus fermement. Avec des mots chaleureux et des yeux aimants, retenant les larmes, je le rassurai que tout irait bien. «Ne t’inquiète de rien.» Le 3 septembre 2012, mon mari, Sun Myung Moon, est retourné dans le sein de Dieu. Il avait 93 ans, selon la façon coréenne de comp­ ter [en Corée, l’âge d’une personne inclut la période de gestation, évaluée à «un an», N.d.T.], et il a été inhumé au Bonhyangwon, ce qui signifie «le jar- din dans la ville natale originelle», à côté d’une pièce d’eau sur le mont
  • 27. 27 Le vœu ardent de toute ma vie Cheonseong. Je me suis souvent plongée dans de profondes pensées en regardant la lune se lever au-dessus du mont Cheonseong. «Je l’ai coupé avec une hache de jade et je l’ai taillé avec une hache en or, pour construire une petite chaumière où j’honore ma mère et mon père. Je veux vivre avec eux pour toujours» ; je me répète régulièrement ce poème. Des fleurs sauvages sourient sur un chemin de montagne «Il pleut beaucoup et le chemin sera glissant, m’a dit mon assistante. Pourquoi ne pas se reposer aujourd’hui ?» Bien sûr, elle s’inquiétait pour ma sécurité, et je l’ai remerciée, mais j’ai continué mes préparatifs. Nous avons de fortes pluies en automne, et des chutes de neige en hiver. Il existe mille raisons et excuses pour rester à l’intérieur. Quoi qu’il en soit, après le décès de mon mari, j’allais prier chaque jour sur sa tombe, quittant ma chambre dès l’aube, et à mon retour, je préparais son petit déjeuner et son dîner. Lors de mes allers et retours sur le chemin qui monte au Bonhyangwon, lui et moi avons eu de nombreux échanges cœur à cœur. Les pensées de mon mari sont devenues mes pensées, et mes pensées sont devenues les siennes. Des pins bonsaï coréens bordent le chemin du Bonhyangwon. Dessous, des grappes de fleurs sauvages surgissent au printemps. En hiver, elles disparaissent, mais au printemps, elles fleurissent abondam- ment, comme si elles se faisaient concurrence. Je m’arrêtais parfois en remontant la pente raide pour regarder de plus près les herbes et les fleurs. Elles déployaient magnifiquement leurs couleurs sous le soleil éclatant du matin, que je sois là pour les admirer ou non. Enivrée par leur beauté, je caressais les fleurs sauvages avant de reprendre mon
  • 28. 28 Mère de la paix ascension sur le chemin. Le parcours était ardu, mais mon cœur était aussi serein que les fleurs. Lorsque j’atteignais la tombe de mon mari, je prenais soin de vérifier si de mauvaises herbes avaient poussé parmi les brins d’herbe, ou si des animaux avaient laissé des traces. La pelouse sur la tombe est devenue de plus en plus verte au fil du temps. Assise seule devant sa tombe, je priais pour que chaque personne sur cette terre soit aussi belle que les fleurs sauvages, ait l’esprit aussi fort que les pins et mène une vie aussi verdissante et prospère qu’une pelouse d’été. En descendant, je saluais les fleurs et les pins : «Mes amis de la nature, je vous reverrai demain.» C’était le même trajet chaque jour, mais la météo variait sans cesse. Certains jours, les chauds rayons du soleil se faisaient sentir ; il y avait des jours de vent, des jours de pluie où le tonnerre grondait et où la foudre frappait, et des jours de neige où tout n’était que blancheur. Au cours de cette période de trois ans de dévotions, j’ai aussi refait les voyages de mon mari à travers les États-Unis, parcourant près de 6000 kilomètres, comme il l’avait fait en 1965, et j’ai revu les douze som- mets des Alpes suisses où nous étions allés prier et méditer. Ces actes de piété ont donné à notre unité spirituelle son ciment éternel. Dans la Corée traditionnelle, la coutume de la piété filiale voulait qu’on honore ainsi ses parents décédés. Représentant la famille, le fils aîné faisait une petite hutte juste à l’ouest du tombeau de son père ou de sa mère et y vivait pendant trois ans, quelle que soit la météo, dût-il réduire son train de vie pendant cette période. Ces trois années repré- sentent les trois années après la naissance, où l’on reçoit l’amour et les soins du papa et surtout de la maman, sans lesquels on ne survivrait pas. Ce temps de dévotion est un temps pour reconnaître cet amour avec gratitude et le redonner avec douceur. Aujourd’hui, trop de gens oublient la bonté de leur père et de leur mère. Quand on a des carences de piété filiale envers ses propres parents, il est difficile de comprendre le Parent céleste et les Vrais Parents [voir
  • 29. 29 Le vœu ardent de toute ma vie Glossaire, N.d.T.], qui ont versé des larmes devant la souffrance de l’huma- nité. Aujourd’hui, les gens vivent sans aucun lien avec les Vrais Parents, ne sachant pas qu’ils sont ici sur terre. Pour réveiller ceux qui ont des yeux mais ne voient pas, j’ai offert les dévotions d’une épouse envers son mari, en souvenir du Vrai Père, au nom de tous, chaque jour, pendant trois ans. Avec un engagement total, j’ai fait cette promesse à mon mari et à tous les membres de notre mouvement mondial : je renouerai avec l’esprit des premiers jours du mouvement et susciterai un réveil dans l’esprit et la vérité. Je rêve d’une communauté qui ressemble à l’étreinte chaleureuse d’une mère, d’une communauté qui est comme une maison, où les gens veulent toujours venir et rester. C’était aussi le rêve de mon mari. En lui rendant hommage, j’ai pris la décision de me dévouer à Dieu et à toute l’humanité encore plus qu’auparavant. Depuis cette heure, je ne me suis jamais complètement reposée. Puis, en 2015, émue par le cœur immuable de mon mari, j’ai préparé son cadeau pour l’humanité. Que le prix Sunhak de la paix se perpétue comme une expression de son engagement éternel envers la paix. La culture de paix Sunhak En regardant le ciel d’été brumeux, j’ai demandé quel temps il ferait le lendemain. «Il y aura des averses le matin, et beaucoup de nuages», m’a- t-on dit. Avec un sourire, j’ai accepté qu’il en soit ainsi. Maints événe- ments du Mouvement de l’Unification se sont tenus sous de fortes pluies. En 1976, de fortes averses et des vents violents avaient balayé notre ras- semblement du Yankee Stadium à New York. Il pleuvait aussi fortement toute la journée pour l’inauguration de la Fédération des femmes pour la paix mondiale au stade olympique de Séoul en 1992, ainsi que lors de
  • 30. 30 Mère de la paix la Bénédiction internationale de 360000 couples en 1995. J’ai appris à accepter la pluie dans de tels moments avec gratitude, comme un cadeau. Il pleuvait donc le 28 août 2015, pour la première remise du prix Sunhak de la paix. Ce jour-là, des centaines d’invités convergèrent vers l’hôtelàlahâte,sousunepluiebattante,l’ultimeablutionofferteparl’été. Heureusement, quand les portes se sont ouvertes, le ciel s’est dégagé, on aurait dit que Dieu accueillait joyeusement nos invités. C’était une foule peu ordinaire : originaires des diverses régions de notre village plané- taire, beaucoup avaient fait un long périple pour la paix, et, parmi eux, de nombreux décideurs de tous les domaines. Tout le monde désire la paix, mais elle ne se fait pas facilement. Si la paix était aussi banale que des pierres sur le bord d’une route de campagne ou des arbres à flanc de montagne, les terribles guerres et conflits qui nous affligent ne se seraient jamais produits. Pour qu’il y ait la paix, chacun doit y mettre de la sueur, des larmes et parfois du sang. Nous aspirons donc à la paix, mais nous y parvenons rarement. Pour connaître la vraie paix, il faut d’abord pratiquer l’amour vrai sans rien attendre en retour. Mon mari et moi avons suivi ce chemin. Persévérant sur cette voie, j’ai préparé le prix Sunhak de la paix comme un cadeau du révérend Moon au monde. Malgré la pluie sur cette première édition de la remise des prix, aucun des invités ne pouvait réprimer son excitation. Ils étaient tels de petits enfants sur le point de recevoir un cadeau spécial. On saluait son voisin avec des yeux écarquillés. L’un disait : «Cette diversité de personnes, c’est fou ! Je n’ai jamais vu un rassemblement aussi coloré», et l’autre répondait : «Incroyable ! Je me demande d’où provient cette tenue.» On aurait cru que les ethnies du monde s’étaient donné rendez-vous ; la salle animée bruissait de mille dialectes. Dans les yeux de chacun, on lisait comme de la gratitude au nom de toute la famille humaine. Ceux qui me voyaient pour la première fois essayaient d’avoir un bon aperçu de la scène, s’interrogeant : «Qui est ce Dr Hak Ja Han Moon ?» Ensuite,
  • 31. 31 Le vœu ardent de toute ma vie ils inclinaient la tête d’un air dubitatif. Ils se disaient peut-être que mes vêtements n’étaient pas plus beaux que les leurs, et que j’avais l’air d’une mère, tout simplement. En préparant le projet du prix Sunhak de la paix, mon plus grand souci était que le public en saisisse le principe fondamental. Pour embras- ser l’avenir, nous devons élargir le champ des vocations qui peuvent hâter l’avènement de la paix. Même si nous ne rencontrons pas nos descen- dants, nous devons nous assurer que toutes leurs activités s’harmonise- ront dans des sociétés et des nations en paix. Après mûre réflexion et discussion, la fondation du prix Sunhak de la paix a fixé son orientation générale : une paix qui transcende le présent et bâtit l’avenir. La vraie paix exige à coup sûr une solution aux conflits actuels entre les religions, les cultures et les nations. Mais des défis encore plus grands nous attendent demain, telles la destruction de l’environnement et les tendances démographiques. Les plus grands prix mondiaux de la paix se focalisent sur les réponses aux problèmes de la génération actuelle. Or, il faut résoudre les problèmes du présent en les intégrant au sein d’une vision pratique pour un avenir heureux. J’ai conçu le prix Sunhak de la paix comme une passerelle pour nous extraire des tourbillons conflictuels du monde actuel, et comme une boussole pour nous guider vers la future patrie de la paix. Les océans sont une ressource précieuse Les annales de l’histoire montrent que chaque époque a connu son lot de misères indescriptibles. La période la plus tragique est aussi la plus récente : le xxe siècle. La sauvagerie de la guerre a sans cesse ravagé le village planétaire, avalant tant de belles vies. Je suis née sous l’occu- pation japonaise de la Corée et j’ai vécu les séquelles de la Deuxième
  • 32. 32 Mère de la paix Guerre mondiale et de la guerre de Corée. Petite fille, j’ai vu l’horreur ; elle reste imprimée en moi. Mais les temps ont changé, nous affrontons maintenant un ennemi complexe : la tentation d’oublier nos responsabilités envers nos familles et l’environnement naturel en ne cherchant que notre confort et notre bien-être. Heureusement, en puisant au plus profond de notre sens moral et de notre sagesse, et avec des méthodes pratiques, nous allons travailler ensemble pour réaliser l’idéal de Dieu. Tout le monde espère que nous allons remettre durablement les océans dans l’état où le Parent céleste les a créés. Couvrant 70% du globe, les océans regorgent d’immenses ressources. Ces trésors enfouis offrent des solutions aux dilemmes auxquels nous faisons face. J’ai souligné à plusieurs reprises l’importance de l’océan. Avec mon mari, nous avions proposé plusieurs pistes à explorer. Le thème du premier prix Sunhak de la paix tournait donc autour de «L’océan». Après un processus strict de sélection, le Comité du prix Sunhak de la paix a choisi des leaders respectés, qui ont su apporter leur contribution dans ce domaine. Les lauréats étaient le Dr Modadugu Vijay Gupta de l’Inde et Anote Tong, le président des Kiribati, un petit État insulaire du Pacifique Sud. Le Dr Gupta est un scientifique qui, préoccupé par les pénuries ali- mentaires persistantes, a mené la «Révolution bleue» en développant des technologies de pisciculture. Il a beaucoup contribué à soulager la faim parmi les déshérités, en diffusant largement ces techniques en Asie du Sud-Est et en Afrique. Le Président Anote Tong est une figure mondiale pour sa défense de la préservation et de la gestion intelligentes de l’écosystème marin. Selon certaines prévisions, l’archipel des Kiribati pourrait être en grande partie submergé d’ici quelques décennies en raison de l’élévation du niveau de la mer. Face à une telle crise, le Président Tong a pris l’initiative de pré- server l’écosystème en créant le plus grand parc marin protégé au monde.
  • 33. 33 Le vœu ardent de toute ma vie Pendant des décennies, mon mari et moi avons veillé à ce que l’huma- nité puisse aborder l’avenir avec une vraie sécurité alimentaire et un cadre de vie sain et agréable. Nous avons prôné le libre échange des technologies au-delà des frontières nationales et partagé notre vision de l’océan comme don de Dieu et source ultime de la nutrition mondiale. Des sources de nourri- ture stables, de l’air pur, de la terre et de l’eau sont essentiels à la paix mondiale et au salut de l’humanité. Ne nous limitant pas à un discours théorique, nous avons affecté des ressources importantes à des projets concrets. Pendant un demi- siècle, c’est en Amérique latine que nous avons investi l’amour vrai et les efforts de nombreux bénévoles. Au milieu des années 1990, le cœur grave, mon mari et moi avons sillonné la région du Pantanal, cette vaste zone humide à cheval sur les frontières du Paraguay et du Brésil. Sur le globe, le Pantanal est aux anti- podes de notre pays d’origine. Là, nous avons travaillé main dans la main avec les agriculteurs et les pêcheurs. Pour mettre fin aux pénuries alimen- taires, il faut commencer par se salir les mains. Plutôt que de donner des sermons depuis une chapelle climatisée, nous avons travaillé sous le soleil brûlant, mettant de côté les contingences. La question environnementale me préoccupait alors que j’épongeais la sueur sur mon visage ; j’en garde un vif souvenir. Outre ces initiatives dans la région du Pantanal, nous avons mené d’innombrables autres projets pour l’humanité depuis 60 ans. Ma nature me pousse à donner tout ce que j’ai pour le bonheur des autres, sans désir de reconnaissance. Je sais qui je suis, la Vraie Mère [voir Glossaire, N.d.T.], la Mère de la paix et la Fille unique de Dieu; ma mission est de vivre de cette façon. Pour mettre fin à la douleur du Parent céleste, j’ai séché les larmes d’étrangers dans le besoin, estimant que cela était lié par les fils du destin au salut de l’humanité.
  • 34. 34 Mère de la paix Héros de tous les jours Le froid peut être très vif à la fin de l’hiver, mais qu’importe, quand le printemps arrive et baigne la terre de sa chaleur, on oublie vite les rigueurs de l’hiver. Le froid glacial de l’hiver de l’humanité s’éloigne et sera oublié lorsque la chaleur du Parent céleste enveloppera la Terre. Cette chaleur se fait sentir dans nos remises du prix Sunhak de la paix, tous les deux ans, comme lors de la deuxième édition qui se tint à Séoul le 3 février 2017. 3 février 2017 : avec les lauréats du deuxième prix Sunhak de la paix - le Dr Sakena Yacoobi, connue sous le nom de «Mère afghane de l’éducation» et le Dr Gino Strada, chirurgien, fondateur de «Emergency» – et le Dr Hong Il-sik, président du Comité du prix Sunhak de la paix. La journée fut très chargée. Je devais d’abord accueillir personnelle- ment des centaines d’invités. Il y avait là des hommes et des femmes de
  • 35. 35 Le vœu ardent de toute ma vie 80 pays, de toutes les cultures, parlant de nombreuses langues et suivant divers chemins de foi. J’ai essayé de créer une ambiance où l’on se sente libre de saluer l’inconnu en face de soi et de lier rapidement amitié. Alors que le printemps approchait, j’ai rappelé à mes hôtes que bien des gens dans le monde n’ont ni amis ni de quoi manger. De nombreuses familles ont été chassées de leur pays d’origine. Enfant, j’ai été réfugiée. Je sais qu’il n’y a pas de mots pour dire sa douleur lorsqu’on a été forcé de fuir son foyer à cause de la folie de la guerre. L’initiative du prix Sunhak de la paix est un appel lancé pour résoudre la détresse des réfugiés et empê- cher la destruction des moyens de subsistance. Je recherche des pion- niers de la paix justes mais peu reconnus, je les honore et je les encourage vivement. Pour sa deuxième édition, tenue en 2017, le prix Sunhak de la paix a récompensé deux de ces profils. Le Dr Sakena Yacoobi et le Dr Gino Strada n’ont pas l’air de célébrités. On dirait des gens ordinaires. Voici d’abord un Italien d’un certain âge aux cheveux en bataille, le Dr Gino Strada. Ce chirurgien expérimenté a fondé Emergency, une ONG de secours médical. En 28 ans, son œuvre a fourni des soins médi- caux d’urgence à plus de neuf millions de réfugiés et de victimes de la guerre au Moyen-Orient et en Afrique. Une femme maternelle au visage buriné, encadré par un hijab, a redonné espoir à des milliers de jeunes femmes. Le Dr Sakena Yacoobi d’Afghanistan est une éducatrice, connue sous le nom de «Mère afghane de l’éducation». Elle a travaillé dans des camps de réfugiés afghans pen- dant plus de 20 ans, aidant les réfugiés et les personnes déplacées à se réinstaller. Elle a risqué sa vie pour enseigner, encourageant les gens à espérer un avenir meilleur, en dépit d’énormes obstacles. En réponse à son prix, le Dr Yacoobi m’a envoyé quelques mots, d’une belle écriture, pour dire sa profonde gratitude : C’est vraiment, vraiment fantastique, le prix lui-même est vrai- ment élevé, d’un montant comparable au prix Nobel de la paix…
  • 36. 36 Mère de la paix Ma vie est constamment en danger. Le matin, je me lève ; le soir, je ne sais pas si je serai vivante ou morte... Savoir que quelqu’un vous apprécie pour votre travail aide beaucoup. Aussi, je veux dire à Mère Hak Ja Han Moon que je lui suis sincèrement reconnais- sante, car elle me rend hommage pour ce que je fais... Cela signifie beaucoup pour moi. La Corée est un pays que j’admire, car vous avez connu la guerre et la souffrance, mais à force de détermination, de travail acharné, de sincérité et de sagesse, vous avez beaucoup accompli en un temps très court. Je prie et j’espère qu’un jour, mon pays pourra prendre ce pays pour modèle. Mettant sa propre vie en danger, le Dr Yacoobi continue de se battre pour les femmes et les enfants. Pendant que nous mangeons des repas chauds dans nos intérieurs douillets, beaucoup sont chassés de chez eux. Déracinés, ils vivent dans la douleur et l’angoisse, leur vie complè- tement bouleversée. C’est le moment d’en finir avec cette triste tragédie. Donne-nous aujourd’hui (notre pain de ce jour) Quand les disciples de Jésus lui ont demandé de leur apprendre à prier, sa réponse était claire : «Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.» Deux mille ans se sont écoulés depuis que Jésus a enseigné cette prière ; mais tant de gens, plus qu’on ne l’imagine, manquent encore de pain quotidien. L’Afrique est le berceau de la civilisation humaine. Pourtant, certains Africains vivent dans des conditions si précaires que leur objectif pre- mier est de manger à leur faim. Bien souvent, ce besoin fondamental n’est
  • 37. 37 Le vœu ardent de toute ma vie pas satisfait, et les possibilités d’éducation de base sont également limi- tées. Beaucoup font face à cette situation. Chaque fois que je me rends en Afrique, je cherche des solutions à ces problèmes, que je prends très à cœur. Quand le Comité du prix Sunhak de la paix a annoncé son thème pour 2019, «Droits de l’homme et développement humain en Afrique», j’étais ravie, car il abordait l’une des tâches que je me suis toujours fixées. 9 février 2019 : à mes côtés, les lauréats du troisième prix Sunhak de la paix - Akinwumi A. Adesina (président de la Banque africaine de développement) et Waris Dirie (fondatrice de la Fondation Fleur du Désert) - et le Dr Hong Il-sik, président du Comité du prix Sunhak de la paix. Akinwumi Ayodeji Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD), et Waris Dirie, militante des droits des femmes, nos lauréats de 2019, sont des exemples de ceux que j’ai toujours consi- dérés comme des «personnes d’action justes». Le Dr Adesina vient d’un foyer d’agriculteurs pauvres du Nigeria. Dès son jeune âge, il a cherché des méthodes pour moderniser l’agriculture
  • 38. 38 Mère de la paix et caressé le rêve de faire de l’Afrique une terre d’abondance. Après avoir obtenu son doctorat en économie agricole de l’Université Purdue aux États-Unis, il est retourné en Afrique et a travaillé sur l’innovation agricole pendant 30 ans, aidant des millions de personnes à surmonter le problème de la faim. En février 2019, lors de sa visite en Corée pour recevoir le prix Sunhak de la paix, le Dr Adesina a déclaré qu’il avait encore beaucoup à faire pour rendre le monde meilleur. «Rien n’importe davantage que d’éliminer la faim et la malnutrition, a-t-il dit. La faim est un acte d’accusation contre le genre humain. Toute économie qui parle de croissance, sans nourrir sa population, est une économie défaillante. Personne ne doit avoir faim, qu’il soit blanc, noir, rose, orange, quelle que soit la couleur qui vous vient à l’esprit... C’est pourquoi je dédie la totalité des 500000 dollars du prix Sunhak de la paix à ma fondation, la World Hunger Fighters Foundation (Fondation de lutte contre la faim dans le monde).» Le rêve de paix du Dr Adesina est de découvrir comment concrétiser cette résolution. Je l’ai encouragé à ne jamais abandonner son noble travail. L’autre lauréate du prix Sunhak de la paix 2019 était madame Waris Dirie, une femme africaine d’une volonté remarquable. Elle a triomphé de nombreux obstacles quasiment insurmontables. Madame Dirie est née dans une famille de nomades somaliens. Malgré une enfance mar- quée par la guerre civile, la faim et l’oppression, elle avait de grands rêves, a transcendé sa situation et ses limites et a fini par devenir un mannequin célèbre. En 1997, elle a révélé sa propre expérience des mutilations génitales féminines (MGF) et sa vie a changé. Au nom de millions de femmes africaines, elle a défendu la cause de l’élimination de la pratique des MGF. Elle a été nommée ambassadrice spéciale des Nations unies pour l’élimination des mutilations génitales féminines. Elle a soutenu le Protocole de Maputo, qui interdit les MGF. Quinze pays africains l’ont ratifié. De plus, en 2012, elle a eu un rôle décisif pour présenter
  • 39. 39 Le vœu ardent de toute ma vie une résolution de l’ONU interdisant les MGF, qui a reçu l’approbation unanime de l’Assemblée générale. Madame Dirie ne s’est pas arrêtée là. Elle a fondé la Fondation Fleur du Désert, qui mobilise des médecins en France, en Allemagne, en Suède et aux Pays-Bas pour soigner les vic- times de MGF. Dans plusieurs pays d’Afrique, elle dirige des instituts de formation qui aident les femmes à se prendre en main. Il n’y a rien de «culturel» ou de «religieux» dans les mutilations génitales féminines ; c’est une violence extrême infligée aux filles, voilà tout. Cette ablation d’une partie des organes génitaux externes des jeunes filles est non seulement un moyen d’opprimer les femmes, mais cela met également leur vie en danger. Waris Dirie a consacré sa vie à bannir cette coutume odieuse, et les organisations internationales ont répondu à ses efforts. On ne peut qu’imaginer la difficulté du chemin qu’elle a parcouru. L’objectif de Waris Dirie était aussi d’aider la femme africaine à devenir plus autonome. En Afrique, les femmes sont en première ligne dans la lutte pour la vie, alors qu’elles s’efforcent de protéger leur famille. Elles jouent aussi un rôle central dans l’économie de leur pays. Il est donc fondamental de prendre conscience des implications de cette violence à l’encontre des jeunes filles africaines, qui les blesse physique- ment et les paralyse souvent émotionnellement. Il y a en Afrique une bonne volonté formidable. Les Africains aiment leur famille, respectent leurs voisins et vivent en harmonie avec la nature. Mais, comme partout ailleurs dans le monde, la moderni- sation occidentale a apporté à l’Afrique des bénédictions mitigées. La croissance se fait au détriment des traditions familiales et tribales. Je crois que l’amour du Parent céleste renforcera les valeurs autochtones africaines, qui soutiennent l’interdépendance et la prospérité mutuelle, et séchera les larmes de l’Afrique.
  • 40. 40 Mère de la paix Le prix Sunhak de la paix peint une belle image du nouveau siècle, en honorant des hommes et des femmes qui représentent le meilleur de nous-mêmes. Il embrasse tous les peuples en une seule famille humaine. Ce prix est un tremplin vers un avenir meilleur. Il est l’ami des justes qui travaillent avec un cœur sincère. Il sème des graines de paix qui don- neront de beaux arbres de vie et de savoir aux fruits nourrissants, sur la Terre, notre maison commune. Ce chapitre vous aura présenté, cher lecteur, un panorama de ma vie, depuis la lutte de ma grand-mère pour la liberté dans un peuple colo- nisé, jusqu’aux derniers jours de la vie glorieuse de mon mari, envoyé par Dieu, de mes années de deuil aux nouveaux horizons mondiaux que lui et moi ouvrons aujourd’hui. Maintenant, je vous invite à voyager au cœur de cette histoire, à en respirer l’air avec moi, à en goûter l’amer et le sucré, à trouver les aiguilles dans les tempêtes de sable, et nous y découvrirons ensemble la main de notre Parent céleste à chaque instant.
  • 41. 41 Un arbre aux racines profondes Quand je fermais doucement les yeux et écoutais les vents vio- lents qui soufflaient à travers le champ de maïs, on eût dit des mil- liers de chevaux courant dans le désert. Cela évoquait l’esprit dynamique des cavaliers de Goguryo et leur puissant galop à travers le continent. À d’autres moments, si je prêtais un peu l’oreille, j’entendais un autre type de son, l’affectueux «hou hou !» de petits-ducs dans les hautes branches des arbres, au loin sur les hauteurs. Je me souviens de ces nuits d’été où je m’endormais en tenant la main de ma mère, avec l’écho de ces hululements dans mes oreilles. Plus de soixante-dix ans se sont écoulés, mais les beaux paysages et les bruits paisibles d’Anju restent gravés dans mon cœur. Ma ville natale m’évoque maints beaux souvenirs et je désire y retourner. Un jour, je retrouverai sûrement ma maison. Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique CHAPITRE 2
  • 42. 42 Mère de la paix À ma naissance, mon père, Han Seung-un, eut une vision en songe : la lumière du soleil rayonnait dans un épais bosquet de pins, nimbant la danse nuptiale délicate de deux grues. Il décida de me nommer «Hak Ja», ce qui signifie «l’enfant grue». J’appartiens au clan Han de Cheongju, dans l’actuelle province du Chungcheong du Nord, berceau historique du clan. Chungcheong veut dire «centre d’un cœur pur et limpide», et Cheongju veut dire «village limpide». Lorsque l’eau d’une rivière ou de la mer est limpide, on peut voir les poissons nager jusqu’au fond. Je pouvais imaginer les esprits brillants de mes ancêtres purs et humbles, vivant dans le cadre pur et limpide de Cheongju. Le caractère chinois de mon nom de famille, Han (韓), a plusieurs significations. Il peut signifier «un», symbolisant Dieu. Il peut aussi signifier «vaste», comme pour englober tous les êtres créés dans l’uni- vers, et «plein», signifiant une opulence débordante. Le père fondateur du clan Han, Han Lan, fut honoré comme fidèle patriote du royaume de Goryeo. Le roi de Corée distinguait ses sujets pour leur civisme, les rétribuant par des terres et une allocation pérenne. La cour faisait ins- crire leurs noms dans un livre d’honneur, et Han Lan y est mentionné. Voici l’histoire de Han Lan : il fit installer un bureau de gestion agri- cole dans un district de Cheongju appelé Bangseo-dong et transforma de vastes terrains en terres agricoles productives. Lors d’une guerre entre les dirigeants coréens, Wang Geon (un général de la noblesse) a traversé Cheongju, en route pour aller se battre contre Gyeon Hweon, le roi de Hubaekje. Han Lan a salué Wang Geon, a nourri son armée de 100000 hommes et l’a rejoint sur le champ de bataille. Une fois Wang Geon devenu roi, il a déclaré que Han Lan était un fidèle patriote. La réputa- tion de Han Lan en tant que «contributeur-fondateur» du royaume a perduré à travers les âges. Trente-trois générations après Han Lan, je suis née de sa lignée. Les nombres 3 et 33 ne sont pas anodins. Jésus a demandé à trois disciples
  • 43. 43 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique de prier avec lui à Gethsémani. Il a prédit que Pierre l’aurait renié trois fois avant que le coq eût chanté. Rejeté des hommes, Jésus a été cruci- fié à l’âge de 33 ans, mais il a promis de revenir. Avec lui, deux autres hommes ont été crucifiés ce jour-là, et il a dit à l’un d’eux : «Aujourd’hui, tu seras avec moi au paradis.» Le troisième jour, Jésus est sorti du tom- beau. Le nombre trois signifie le ciel, la terre et l’humanité, en somme l’accomplissement parfait de la loi céleste et de la loi naturelle. Les Coréens descendent du peuple Dong-yi. Ce peuple de sages étudiait les étoiles et savait évaluer la fortune céleste. Il développa une culture agricole prospère, qui adorait Dieu et aimait la paix même avant Jésus Christ.LepeupleDong-yiaétablidesroyaumesbaséssurlenom«Han». Certaines personnes, dont mon mari, ont cité des sources indiquant que le peuple Han est antérieur à l’ère Gojoseon, considéré comme le pre- mier royaume coréen. Le récit fondateur de la Corée, appelé la légende de Dangun, dit que nous avons été choisis comme les descendants du Ciel selon la profonde volonté de Dieu. Notre peuple est aussi appelé le peuple Baedal. Les sinogrammes pour bae et dal signifient luminosité et brillance. Cela évoque le respect de Dieu et l’amour de la paix et de la sérénité. À ce jour, la Corée est connue comme «le pays du matin calme». Pourtant, une profonde tristesse imprègne les 5000 ans d’histoire du peuple coréen. Des puissances étrangères ont sans cesse envahi la Corée, nous piétinant comme de l’herbe folle et nous laissant aussi dépouillés que les branches nues d’un arbre dans le plus rude des hivers. Mais nous n’avons jamais perdu nos racines. Nous avons surmonté les invasions étrangères avec sagesse et patience, survivant en tant que nation, et nous en sommes fiers. Pourquoi Dieu a-t-Il permis que ce peuple subisse de si grandes épreuves ? On ne peut que se le demander. Je crois que c’était pour
  • 44. 44 Mère de la paix préparer un peuple à qui Il pourrait confier une grande mission. La Bible nous enseigne que le peuple élu de Dieu connaît toujours une grande adversité. S’appuyant sur Noé, Abraham et d’autres figures providen- tielles, Dieu a fait d’Israël le peuple élu, le préparant à recevoir le Messie, Jésus Christ. À la suite de son rejet, Dieu a dû laisser Jésus subir de grandes épreuves et tribulations, pour finalement offrir sa vie sur la croix. Deux mille ans plus tard, Dieu a choisi le peuple coréen et lui a confié Son Fils et Sa Fille uniques, ceux qui peuvent recevoir Son pre- mier amour. Il avait besoin d’un homme et d’une femme aptes à endu- rer la souffrance et le rejet, tout en continuant à pardonner et à aimer tout le monde, révélant ainsi Son cœur parental. De même, Il avait besoin d’une nation prête à supporter des souf- frances pour le bien de toutes les nations. Dieu a préparé les Coréens pour cela. De nombreux peuples ont souffert et ont disparu de l’his- toire, mais les Coréens ont survécu. Ainsi, Dieu a confié à ce peuple une noble mission. Comme une poule protège sa couvée Quand je suis née, la Terre gémissait dans l’angoisse, tel un champ de bataille où le sang coulait de tous côtés. La confusion était à son comble, chacun exploitant l’autre sans pitié dans une noirceur extrême. Dans ce décor bien sombre, la péninsule coréenne a subi des tourments indi- cibles. D’abord protectorat du Japon, avec le traité d’Eulsa en 1905, la Corée en devint ensuite une colonie. Cette situation dura 40 ans, jusqu’à notre libération en 1945. Je suis née à la fin de cette période d’oppression. J’ai vu le jour en 1943 à Anju, dans la province de Pyongan du Sud, de ce qui est maintenant la Corée du Nord. Il était 4h30 du matin, le 10 février du calendrier solaire et le sixième jour du premier mois lunaire
  • 45. 45 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique de cette année. Je me souviens bien de l’adresse de ma maison, 26, Shineui-ri Anju-eup. On l’a rebaptisé Chilseong-dong, dans ce qui est aujourd’hui la ville d’Anju. Ma maison était proche du centre du village. Dans ce voisinage chaleureux, il faisait bon vivre. Nous étions tels les poussins blottis contre la mère poule. Les maisons du quartier avaient un toit de chaume, la nôtre avait un toit de tuiles et un grand porche devant. Derrière s’élevait une petite hauteur verdoyante couverte de châtaigniers et de pins. L’endroit était fleuri, les feuilles colorées tombaient au rythme des saisons, toutes sortes d’oiseaux mêlaient leurs chants et leurs gazouillis. Quand le prin- temps réchauffait la terre, les forsythias jaune vif égayaient les clôtures, les azalées rougeoyaient sur la colline. Un petit ruisseau serpentait en chantant dans notre village et, sauf pendant les gelées d’hiver, le bruit de l’eau me faisait l’effet d’un rire. J’ai grandi en appréciant les sons joyeux des oiseaux et du ruisseau, comme s’ils étaient la chorale de la nature. Même maintenant, penser à la vie dans ma ville natale, c’est comme me blottir dans le confort douillet du giron maternel. Avec ces souvenirs, mes yeux s’embrument. Entre notre maison et la colline, nous avions un petit champ de maïs. Quand le maïs était mûr, les cosses se fissuraient et des grains de maïs jaunes perçaient à travers les longs cheveux soyeux. Maman fai- sait bouillir le maïs mûr, mettait généreusement nombre d’épis dans un panier en bambou et appelait nos voisins à venir manger. Ils entraient chez nous par le portail fait de bâtons, s’asseyaient en cercle sous notre porche et mangeaient des épis de maïs avec nous. On me rapporta que, même s’ils étaient reconnaissants de manger un mets délicieux, leurs visages n’avaient pas l’air très brillants. En y songeant des années plus tard, j’ai compris que l’exploitation sévère des autorités d’occupation avait appauvri ces gens. Coincée entre les adultes, j’essayais de manger les grains d’un petit épi de maïs, mais la fillette que j’étais n’y arrivait jamais. Me remarquant,
  • 46. 46 Mère de la paix ma mère souriait doucement, détachait des grains jaunes de son épi et les mettait dans ma bouche. Je me souviens des doux grains de maïs qui roulaient dans ma bouche comme si c’était hier. La légende du pont Dallae «Mère, pourquoi la province dans laquelle nous vivons est-elle appelée Pyongan ?» D’une curiosité vive, je courais vers ma mère chaque fois qu’une question me venait et lui demandais la réponse. Elle répondait toujours avec douceur. «Eh bien, chérie, cela s’appelle ainsi parce que Pyong est le premier caractère de Pyongyang et que An est le premier caractère d’Anju. − Pourquoi prendre un caractère de chaque nom, demandai-je? − Parce que les deux sont de grands districts», déclara-t-elle. Au fil du temps, la ville d’Anju avait pris de l’importance. Elle était entourée de vastes plaines idéales pour l’agriculture, et la nourriture y était normalement en abondance. Mon père, Han Seung-un, est né le 20 janvier 1909. Il était l’aîné de cinq enfants de Han Byeong-gon et Choi Gi-byeong (du clan Han de Cheongju) du village de Yongheung, près de la ville d’Anju. Il est entré à l’école primaire publique de Mansong en 1919. Il dut quitter l’école au bout de la quatrième année, mais son désir d’apprendre l’amena à entrer dans l’école privée de Yukyong en 1923. Il en sortit en 1925, à l’âge de 16 ans. Il devint alors enseignant à son école de Yukyong pen- dant dix ans. Durant la période chaotique allant de la libération de la Corée jusqu’en 1946, il fut le directeur adjoint d’une autre école pri- maire, celle de Mansong. Je n’ai vécu avec mon père que pendant une courte période, mais sa nature douce et ses traits sont gravés dans mon esprit. Il était
  • 47. 47 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique Avec ma mère Hong Soon-ae, une chrétienne fervente qui se préparait au retour du Seigneur. méticuleux, économe et très robuste. Un jour, il était parti se promener sur une route locale quand il a vu des gens qui avaient du mal à dégager un gros rocher d’une rizière. Il s’est approché, a soulevé le rocher et l’a écarté. C’était un fervent chrétien, disciple du révérend Lee Yong-do, le pasteur de l’Église du nouveau Jésus. Son travail d’enseignant et son engagement spirituel faisaient qu’il était rarement à la maison. Il a vécu au service de Dieu, alors que le gouvernement traquait et persécutait les chrétiens des Églises indépendantes comme la sienne.
  • 48. 48 Mère de la paix Ma mère, Hong Soon-ae, est née le 18 mars 1914 à Chongju, dans la province de Pyongan du Nord. C’est précisément la ville où mon mari, le révérend Moon, est né. Elle et son frère cadet (mon oncle) sont nés d’un couple chrétien dévoué, Hong Yu-il et Jo Won-mo. Ma grand-mère maternelle, Jo Won-mo, était une descendante directe de Jo Han-jun, un érudit fortuné de la dynastie Joseon. Jo Han- jun vivait dans un village de maisons à toits de tuiles à Chongju, où logeaient des personnes occupant des postes gouvernementaux. Non loin de chez lui se trouvait un pont sur la rivière Dallae. Ce pont jadis solide, fait de grosses pierres empilées avec soin, s’était détérioré au fil du temps, au point que nul ne pouvait le traverser. Personne n’avait le temps ni les ressources pour réparer le pont. Un jour, une crue l’a emporté et a enfoui les pierres dans le lit de la rivière. Comme tout le monde, Jo Han-jun connaissait la prophétie trans- mise depuis des générations : «Si un rocher sculpté comme un totem se tenant à côté du pont de la rivière Dallae est enterré, alors la nation coréenne tombera, mais si ce rocher est clairement exposé au peuple, alors un nouveau ciel et une nouvelle terre s’ouvriront en Corée.» Une autre raison explique l’importance du pont de la rivière Dallae. Pour se rendre chaque année au siège du gouvernement coréen à Séoul (alors appelée Hanyang), les émissaires chinois devaient traverser ce pont. Or, après sa disparition, le gouvernement désargenté ne pouvait le reconstruire. En désespoir de cause, les autorités publièrent une annonce appelant les citoyens à rebâtir le pont. Le grand-père Jo Han-jun accepta l’appel et fit rebâtir le pont sur ses deniers personnels. Le robuste nouvel ouvrage en pierre était à présent assez haut pour laisser passer les bateaux. Le grand-père Jo Han-jun y avait mis toute sa fortune. L’ouvrage achevé, il ne lui restait plus que trois pièces de laiton. C’était juste assez pour se payer les nouvelles sandales de paille dont il avait besoin pour assister décemment à la cérémonie d’inauguration du pont le lende- main. Cette nuit-là, il rêva d’un grand-père vêtu de blanc qui venait à lui
  • 49. 49 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique en lui disant : «Han-jun, Han-jun ! Ta dévotion sincère a ému le Ciel. Je m’attendais à envoyer un Fils du Ciel à ta famille. Cependant, comme tu as acheté des sandales, j’enverrai à ta famille la Princesse du Ciel.» Le grand-père Jo Han-jun se réveilla de ce rêve et découvrit qu’une statue en pierre du Bouddha Maitreya était subitement apparue près du pont. Au fil des ans, ce miracle a créé une telle atmosphère, que tous ceux qui passaient devant ce Bouddha descendaient de leurs chevaux pour se prosterner, avant de poursuivre leur chemin. Les villageois, émerveillés de ce signe du Ciel, édifièrent un abri au-dessus de la statue pour la protéger des intempéries. Sur cette base de dévotion et de loyauté, des générations plus tard, dans la lignée familiale de Jo Han-jun, Dieu a envoyé ma grand-mère maternelle, Jo Won-mo. Les trois femmes, grand-mère Jo Won-mo, sa fille (ma mère) et moi, avions toutes une foi chrétienne très forte. Nous étions également les seules filles nées dans nos familles sur trois géné- rations successives. La providence pour faire naître la Fille unique de Dieu dans la péninsule coréenne reposait sur d’innombrables actes de dévotion, qui commencèrent il y a longtemps avec mes ancêtres Han Lan et Jo Han- jun, et se poursuivirent à travers les générations jusqu’à cette époque. Ton Père, c’est Dieu «Ma douce enfant, et si on allait à l’église ?» En entendant ces mots, je courais vers ma mère. Elle prenait ma main dans la sienne et nous allions à pied à l’église. Ce long trajet avec ma mère était, je crois, la raison pour laquelle j’aimais aller à l’église. Un dimanche, alors que nous revenions au village après le culte, ma mère s’est arrêtée net. Elle a cueilli une fleur sauvage timide sur le bord
  • 50. 50 Mère de la paix de la route et l’a glissée dans mes cheveux, juste derrière l’oreille. Elle m’a posé un baiser sur la joue et m’a chuchoté d’une voix délicate et aimante : «Comme tu es jolie, ma fille unique du Seigneur !» Maman avait toujours le même regard. Ses yeux étaient clairs et pro- fonds, un peu comme si ses iris ne faisaient qu’un avec le ciel bleu. En répondant à son regard, j’entrevoyais des traces de larmes, mais, sans connaître ses sentiments profonds, j’étais seulement excitée et ravie par les mots «fille unique du Seigneur». Ma mère m’appelait souvent «pré- cieuse fille du Seigneur» avec emphase, comme si elle priait. Toute sa vie, c’est le terme qu’elle employait en priant pour moi, sa fille unique. Voilà comment j’ai grandi en me sentant honorée d’être la fille de Dieu, la fille du Seigneur. Ma grand-mère maternelle, Jo Won-mo, me regardait aussi dans les yeux et me disait clairement : «Dieu est ton Père.» D’ailleurs, chaque fois que j’entendais le mot «père», mon cœur éclatait dans ma poitrine. Le mot «père» ne me faisait pas penser à mon propre père, mais à notre Père céleste. À cause d’un tel amour dans mon foyer, je ne me suis jamais inquiétée de ma vie. Malgré notre pauvreté et malgré l’absence de mon père, j’ai toujours été comblée. Je savais, en effet, que Dieu était mon Père, qu’Il était ma raison d’être en vie et qu’Il était toujours là à mes côtés, veillant sur moi. Le sentiment que Dieu est mon vrai Parent est inné en moi. Je m’aperçois à présent que j’avais une intuition spirituelle sensible. Mon mari voyait cela en moi. Il louait ma compréhension de ce qui se passait parfois lors de ses entretiens avec les fidèles. Ma grand-mère et ma mère m’ont enseigné les devoirs de l’amour céleste, et de ne pas trop me soucier de ma situation personnelle. Elles m’ont montré l’exemple, obéissant à Dieu absolument et de tout leur cœur. Pour Lui, elles n’hésitaient pas à mener des efforts épuisants, qui semblaient les vider de leur substance. Elles mettaient tant de sérieux et
  • 51. 51 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique Une illustration de ma maison natale à Anju, survolée par quelques grues. de zèle dans leurs prières, presque comme si elles bâtissaient une haute tour en pierre. Elles offraient aussi d’autres dévotions extraordinaires que je ne comprenais pas totalement. Elles se prosternaient devant Jésus des centaines, voire des milliers de fois par jour. Elles préparaient des repas et cousaient des vêtements pour lui, comme s’il vivait chez nous et parmi nous, et elles firent ensuite de même pour le Seigneur dont elles attendaient le retour en Corée. Elles partageaient leur foi avec tous ceux qu’elles rencontraient, leur nourriture frugale et leurs modestes biens avec tous ceux qui en avaient besoin. Leur esprit généreux et heureux m’a émue et a façonné mon caractère en grandissant. Plusieurs fois par jour, je me tenais au bord de notre porche et regar- dais le ciel clair. Le nombre de fois où j’ai vu trois ou quatre belles grues en vol est surprenant. Je continuais à regarder le ciel, même après que les grues étaient hors de vue, les bras serrés contre ma poitrine pour
  • 52. 52 Mère de la paix contenir mon cœur, que je sentais sur le point de s’échapper pour rejoindre les grues dans les cieux. Un jour, ma mère m’a subitement demandé : «Sais-tu comment tu as pleuré à ta naissance ?» «J’étais un bébé, ai-je répondu, donc j’ai dû faire ‘‘ouinnn’’. − Non, pas du tout, a-t-elle fait. Tu as pleuré ‘‘la-la-la-la-la’’, comme si tu chantais ! Ta grand-mère a dit : “Peut-être que cette enfant devien- dra musicienne en grandissant.”» J’ai gravé ses mots dans mon cœur, me disant qu’ils pouvaient sym- boliser mon avenir. Cependant, ma mère avait encore bien des choses à partager sur ma petite enfance. Elle dit qu’après avoir avalé son premier bol de soupe aux algues, le repas traditionnel d’une mère après l’accouchement, elle m’a bercée dans ses bras et s’est endormie. En rêve, elle a vu Satan, un démon mons- trueux, apparaître devant elle. Il tonnait si fort que même les montagnes et les ruisseaux faisaient écho à sa voix effrayante. «Si je laisse ce bébé vivre, le monde sera en danger, a-t-il hurlé. Je dois le supprimer main- tenant.» Soudain, il a semblé vouloir me frapper. Ma mère me tenait étroitement et a mis toute sa force pour procla- mer sa défaite. «Satan, va-t’en tout de suite !» a-t-elle dit férocement. «Comment oses-tu lui vouloir du mal, elle qui est l’enfant la plus précieuse du Ciel ! Je te chasse au nom du Seigneur ! Sors de ma présence ! Tu n’as pas le droit d’être ici ! Le Ciel a réclamé cet enfant, et ton règne touche à sa fin !» Maman criait si fort que ma grand-mère se précipita dans la pièce et la secoua. Elle se recueillit, scruta profondément mon visage, et sonda son cœur pour voir pourquoi Satan essayait de me frapper. Elle vit dans cet incident un signe que j’étais destinée à frapper la tête du serpent.
  • 53. 53 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique Et c’était la réponse à ses prières et à celles de ma grand-mère. «Je dois élever cette enfant avec une dévotion totale», se jura ma mère. «Je vais l’élever afin qu’elle devienne une fille pure et belle pour le Seigneur et la protéger de la souillure du monde profane.» Environ un mois plus tard, elle fit un autre rêve. Cette fois, un ange céleste vêtu de blanc chatoyant vint à elle sur un nuage ensoleillé. «Soon-ae, dit l’ange, tu dois sûrement te sentir inapte à préparer ce bébé pour la mission que le Père céleste a en tête, mais tu ne dois pas l’être. Ce bébé est la fille du Seigneur. Tu n’es que sa nourrice. Tu mettras toute ton énergie à l’élever avec une foi, un amour et une obéissance absolus.» Satan, cependant, n’a pas lâché prise. Jusqu’à notre départ de la Corée du Nord, il hanta les rêves de ma mère, l’air hideux, éructant des énormités ou des menaces voilées. Ma mère livra plusieurs années de combat pour me protéger. Ces rêves de ma mère me rendirent très sérieuse : «Pourquoi Satan cherchait-il à me faire du mal ? Pourquoi s’acharnait-il à me traquer ?» Un chemin de foi ardu pour rencontrer le Seigneur «Dorénavant, tu devras porter ça quand tu sors», me dit mon grand- père maternel. J’ai regardé les drôles de souliers et j’ai demandé : «Qu’est-ce que c’est ? − Ça s’appelle des talons hauts», a-t-il répondu. Durant la colonisation japonaise, les modes occidentales telles que les talons hauts étaient quasiment absentes des campagnes. Mais mon grand-père, Hong Yu-il, était un monsieur éclairé ouvert à la moder- nité. Il était allé en ville acheter des souliers à talons hauts pour toutes les femmes de sa famille. Il était grand, amical et élégant, et tous respec- taient hautement ses idées progressistes. Élevé dans un milieu de stricte
  • 54. 54 Mère de la paix obédience confucéenne, il n’en était pas moins en avance sur son temps. Fait intéressant, lors de ma première rencontre avec le révérend Moon, j’ai pensé en moi-même qu’il ressemblait à mon grand-père. C’est une des raisons qui me mit en confiance lors de cette première entrevue, même si je n’avais que 13 ans. Il ne m’était pas étranger. Ma grand-mère maternelle, Jo Won-mo, était une femme menue aux traits fins. Fervente chrétienne, elle était en outre travailleuse et active. Elle gagnait sa vie avec une petite affaire, appelée le magasin Pyong-an, qui vendait et réparait des machines à coudre. À l’époque, ces machines étaient chères et passaient pour être le nec plus ultra du trousseau de la mariée. Les citadins admiraient ma grand-mère pour accorder d’importantes remises aux familles des nouvelles mariées et pour avoir mis en place des plans de paiement, quelque chose d’inédit à l’époque. Ma grand-mère allait de village en village pour percevoir les mensualités, me portant sur son dos. Ce sont ces excursions qui m’ont ouverte au grand monde. La famille de mon grand-père a quitté Chongju, la ville natale de mon mari, et a traversé la rivière Cheongcheon jusqu’à la ville d’Anju : pour être précis, Shineui, un village de la ville d’Anju. Ma mère a hérité de la foi fervente de grand-mère Jo Won-mo ; elles fréquentaient une paroisse presbytérienne locale d’Anju jusqu’aux 19 ans de ma mère. Le pasteur de cette église avait d’ailleurs donné à ma mère son prénom, Soon-ae. Ma mère avait étudié à l’école d’Anju. L’Académie des saints de Pyongyang, une école missionnaire, lui décerna un diplôme en 1936. Mes parents se sont mariés à l’Église du nouveau Jésus le 5 mars 1934, et moi, leur premier et unique enfant, je suis née en 1943, neuf ans plus tard. Cet intervalle inhabituellement long n’était pas dû à des problèmes d’infertilité. Ils étaient peu ensemble, tous deux pris par leur vie de foi. Et mon père avait sa carrière d’enseignant. Il enseignait dans le comté
  • 55. 55 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique de Yeonbaek. Ma mère ne voulait pas emménager dans ce comté de la province de Hwanghae, loin de la maison maternelle. Dans sa dévotion intense à Jésus, ma mère concentrait tout son temps et toute son atten- tion sur son travail pastoral. Il y avait aussi une autre raison. Mes grands-parents maternels, les Hong, avaient voulu faire de mon père, Han Seung-un, leur héritier, mais il avait dû décliner. Il était le fils aîné de la famille Han, et ses parents ne le voyaient pas prendre racine dans la maison de sa femme. Elle ne voulait donc pas emménager chez lui, ni lui chez elle. Mais Dieu désirait ma naissance, alors je suis arrivée chez mes grands-parents à Shineui-ri, Anju. J’y ai grandi et en suis venue à accepter Dieu tout naturellement. En 1945, la Corée recouvra son indépendance. Mais les grandes puis- sances divisèrent notre péninsule au 38e parallèle. La joie de retrouver notre pays tourna rapidement au désespoir. Les Soviétiques ont donné tout pouvoir au Parti communiste coréen et à sa politique d’oppression brutale. J’avais quatre ans quand mon père apparut subitement chez nous pour annoncer : «Les conditions ne vont pas s’améliorer ici. Je ne peux pas laisser ma famille vivre en Corée du Nord. Allons au Sud.» Ma mère ne put s’empêcher de réfléchir sérieusement à la demande inattendue de mon père. Toute à son unique objectif de rencontrer le Seigneur du second avènement, elle ne savait pas vraiment ce qu’elle ferait quand elle le rencontrerait. La demande de son mari fut un déchi- rement : «Est-il préférable de rester et de suivre le chemin inconnu de la volonté de Dieu ? Ou dois-je choisir de vivre comme une femme au foyer ordinaire ?» Elle réfléchit à ces choses, puis se décida. «Je ne succomberai pas à la persécution communiste, se dit-elle. Je vais rester ici et continuer à marcher sur le chemin de la foi pour recevoir le Seigneur.» Mon père était stupéfait, mais il est parti comme il avait décidé de le faire.
  • 56. 56 Mère de la paix Ma mère n’était pas la seule à vouloir rester dans le Nord, avec la foi que Jésus allait y apparaître. Pyongyang était appelée la «Jérusalem de l’Est», et le christianisme y était puissant. C’était un lieu saint où les Églises se préparaient à recevoir le Messie à la seconde venue. Pour la majorité des chrétiens, le Messie allait revenir sur les nuées. Mais les groupes spiritualistes de Pyongyang pensaient qu’il viendrait dans la chair. Ma mère et ma grand-mère en avaient la conviction absolue. Elles fréquentaient à présent l’Église du nouveau Jésus, l’une des Églises les plus ferventes de la ville. Ma mère décida de rester à Pyongyang et de poursuivre sa mission de membre de la famille fidèle du Messie. Bien que mon père ait fait de son mieux pour remplir ses devoirs de mari et de père, notre famille a finalement été séparée pour des raisons providentielles. «Ce ne sera pas la dernière fois que je verrai mon père», me suis-je dit en le voyant franchir la porte. Je me trompais. Ce fut la dernière fois. Sauf dans ma petite enfance, j’ai vécu sans mon père, Han Seung-un. Parfois, je me demandais où il était et ce qu’il faisait, mais je n’ai jamais essayé de le trouver. C’était à cause des paroles de ma grand-mère et de ma mère depuis que j’étais petite : «Ton Père, c’est Dieu.» J’ai grandi en sachant que ces paroles étaient la vérité immuable. Née en tant que fille de Dieu, je croyais fermement qu’Il était mon vrai Père. C’est pourquoi je n’ai pas souffert du départ de mon père. J’ai été modelée dès ma conception pour être la Vraie Mère qui consacrerait sa vie aux desseins de Dieu. Je vois tout sous cet angle : la colonisation japonaise et la guerre de Corée, mon enfance pleine d’épreuves, ma famille autour de ma grand-mère maternelle et de ma mère, l’amour chrétien qui nous enveloppait jour et nuit. Ce fut la période d’initiation conçue par le Ciel, que je chéris. Cependant, mon père a joué un grand rôle.
  • 57. 57 Je suis venue dans ce monde comme la Fille unique J’appris plus tard qu’il avait consacré sa vie à l’éducation en Corée du Sud, enseignant dans plus de seize écoles sur une période de quarante ans. Il était directeur quand il partit en retraite. Il s’est éteint paisiblement dans les bras de Dieu au printemps 1978. Bien plus tard, alors que notre Mouvement de l’Unification construisait son siège international près du lac de Cheongpyeong, j’ai appris que mon père avait enseigné à l’école élémentaire Miwon, dans le village de Seorak, à quelques kilomètres de notre complexe. Comme c’est là que je vis maintenant, je suppose que le plan de Dieu était de finalement nous réunir, mon père et moi. Dieu appelle ceux qu’Il choisit Sur la base de 6000 années mouvementées de l’histoire providentielle de Dieu, la Fille unique est venue sur cette terre. Tant de personnes attendaient impatiemment, ignorant ce qu’elles attendaient, les dogmes religieux classiques n’ayant aucun concept de la Fille unique. C’est mon mari qui l’a découvert : pour que Dieu fasse naître Sa Fille unique, Il devait trouver une nation ayant enduré l’injustice pendant plus de 5000 ans et comptant maintenant de nombreux chrétiens fer- vents. Cette nation est la Corée. Depuis les temps anciens, les Coréens aiment la paix et portent des vêtements blancs par respect pour Dieu et leurs ancêtres. L’esprit de piété filiale, de loyauté et de chasteté, qui sont les vertus fondamentales de la vie humaine, imprègne l’histoire de la Corée. De plus, historiquement parlant, la Corée est une contrée où les religions du monde ont porté leurs fruits. Même si l’histoire du christianisme y est récente, Dieu l’a choisie comme nation et peuple à qui Il enverrait Sa Fille unique. Le révérend Moon a compris que Dieu travaillait à travers une famille dans laquelle les cœurs de trois générations de filles uniques
  • 58. 58 Mère de la paix étaient liés dans une foi sacrificielle. Le Saint-Esprit a guidé le révérend Moon pour découvrir cela dans la Bible ; nul autre ne l’a vu. Ces condi- tions étant remplies, alors seulement la Mère de la paix, destinée à ins- taurer un monde de paix, pourrait être reçue sur cette terre. Chacun de nous doit éprouver une vive gratitude d’être né. Nul n’est né pour rien, pas même un seul. Et puis, qui dira que la vie n’appartient qu’à soi ? Toutes choses au ciel et sur terre sont liées entre elles par des lignes de latitude et de longitude. La paix signifie que toutes les énergies du monde entier et de l’univers entier sont en harmonie. Nul ne devrait donc sous-estimer sa vie. Il faut avoir une vive conscience que chacun est un être précieux, né grâce au fonctionnement sacré de l’univers. Pour ma part, je suis née au cœur d’un monde livré au chaos, où aucune lueur d’espoir n’était en vue. La Deuxième Guerre mondiale, déclenchée à l’automne 1939, s’intensifiait de plus en plus. Le nazisme allemand et l’impérialisme japonais mettaient l’Europe et l’Asie à feu et à sang. À l’exception de la Grande-Bretagne, la plupart des nations en Europe avaient été piétinées par Hitler. Même la Grande-Bretagne avait subi les raids aériens incessants de l’Allemagne nazie. Un sort funeste frappait aussi la Corée, colonie du Japon. C’est vrai, mon enfance fut chaleureuse, mais les Coréens ont payé le prix fort pour survivre et trouver de quoi se nourrir et se vêtir. Quand la fin de la guerre approcha, les soldats japonais pillèrent les foyers coréens, s’em- parant de tous les métaux, même les cuivres utilisés dans les rites ances- traux, afin d’en faire des armes. Tout le riz allait aux soldats japonais, le peuple coréen était réduit à la famine. Les paysans, qui récoltaient le riz de leurs propres mains, ne pouvaient même pas en manger un peu. Le Japon est allé jusqu’à proscrire l’utilisation du hangeul, l’alpha- bet coréen qui renferme l’esprit de son peuple, nous forçant à renoncer à nos noms coréens et à adopter des noms japonais. Tous les jeunes