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Le bénévolat d’entreprises entre nouvelle délégation de
service public et appropriation entrepreneuriale
Référence : Camille Morel et Sebastien Poulain, « Le bénévolat d’entreprises entre nouvelle délégation de service public et appropriation
entrepreneuriale », « Richesses et ambiguïtés du travail bénévole », in Nicolas Da Silva et Pascale Molinier (sous la direction de), Nouvelle revue
de psychosociologie, n°32, automne 2021, https://www.editions-eres.com/ouvrage/4830/le-travail-benevole

Le bénévolat d’entreprises : un renouvellement de
l’engagement dans l’action collective pris entre recherche de
sens et essor des entreprises sociales
 Camille Morel, Sébastien Poulain
 Dans Nouvelle revue de psychosociologie 2021/2 (N° 32), pages 163 à
179
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 Article
 Résumé
 Plan
 Bibliographie
 Auteurs
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1Après avoir monopolisé le « service public » et l’« intérêt général », les institutions publiques ont
progressivement délégué (à moindre coût) une partie de cette responsabilité à des acteurs sans but lucratif,
des associations parfois dites « d’utilité publique » (Simonet, 2010 et 2018). Plus récemment, une nouvelle
forme de délégation de service public (DSP) a été mise en place au profit d’acteurs à but lucratif qui peuvent
« sous-traiter la lutte contre la pauvreté à des entrepreneurs du développement » (Dolan, 2012, p. 4) et
intervenir dans de nouveaux secteurs, y compris régaliens, au risque de la voir entrer en conflit avec les
principes démocratiques (Tombazos, 2012). La loi ESS (Économie sociale et solidaire) permet à une société
commerciale d’être reconnue comme « sociale et solidaire [1][1]La loi ess dite « Hamon » de 2014
encourage aussi les sociétés… ». La loi relative à la croissance et à la transformation des entreprises
reconnaît l’engagement des sociétés qui « prennent en compte les enjeux sociaux et environnementaux liés à
leurs activités [2][2]Cette loi dite pacte de 2019 encourage les sociétés à but… ». Ces deux lois récentes
affirment donc la responsabilité sociale des entreprises et reconnaissent leur rôle au service de l’intérêt
général, de plus en plus défini comme « collectif [3][3]La loi Hamon, notamment, renforce et élargit les
droits des… ». Une catégorie d’« entrepreneurs militants » (Landon, 2016) a ainsi revendiqué la mission
sociale de leur activité et assumé de jouer un rôle complémentaire des structures qui en avaient
traditionnellement la charge.
2Du côté de la société civile, une bascule vers des organisations plus mouvantes, horizontales et en lien avec
des enjeux locaux renouvelle les formes d’engagement (Giust-Desprairies et Arnaud, 2019). La peur des
changements environnementaux, économiques, sociaux, sanitaires semble faire entrer de nouveaux acteurs,
qui étaient auparavant bénévoles, dans une activité marchande. Les représentations et les frontières
classiques ne font plus sens et les oppositions entre les catégories évoluent : salariat vs bénévolat,
travail vs solidarité.
3Dans ce contexte en recomposition de l’activité sociale et économique, quelle place peut occuper le
bénévolat pour des entreprises à présent considérées comme pouvant à participer directement à l’intérêt
général ? La « mission sociale » donnée à la société commerciale fait aujourd’hui débat [4][4]La
contradiction entre le statut de société commerciale d’une…, dès lors la question du lien entre bénévolat
et activité commerciale se pose fortement.
4Pour répondre à ces mises en doute, les sociétés que nous avons étudiées – une société par actions
simplifiées (SAS) et une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) – tentent de démontrer leur
engagement au service de ce qu’elles appellent le « bien vivre » du territoire et de ses habitants et surtout
leur efficacité générée par un modèle économique qui inclut notamment le bénévolat comme une ressource
humaine à part entière. La première est un bureau d’étude (dont les auteurs de cet article sont ou ont été
salariés) qui accompagne le développement économique de territoires dans une démarche de co-construction
de projets. Elle s’inspire des théories du care (Molinier, Laugier et Paperman, 2009) et des capabilities (Sen,
1993 ; Nussbaum, 2012) en concevant des méthodologies innovantes de mobilisation citoyenne inclusive.
La deuxième, SCIC dont la SAS est fondatrice et membre, développe des projets notamment autour de
l’alimentation à partir des besoins et compétences identifiés sur son territoire en s’appuyant sur les
ressources (réseaux, compétences, capacités de financement…) de ses membres : associations [5][5]Dont le
café associatif L’UtopiC, déjà étudié dans un précédent…, institutions (para publiques, communes et donc
la SAS étudiée.
5À partir de ces deux exemples, nous nous demanderons en quoi et dans quelles conditions le bénévolat
peut contribuer au développement de missions d’intérêt général dans le cadre d’entreprises sociales mais
commerciales. Il s’agira ici d’analyser les modèles économiques proposés mais aussi les limites et
résistances, politiques, économiques, idéologiques, pratiques auxquelles ce que nous appellerons le
bénévolat d’entreprise (BDE) se confronte, en comparaison avec le bénévolat d’association (BDA).
6Pour effectuer ce travail sociologique qualitatif, nous nous appuierons sur de l’observation participante des
activités et des entretiens (anonymisés [6][6]Voir le tableau en annexe pour la présentation des acteurs…)
avec des membres de ces deux structures aux statut, missions et rôles différents, en nous demandant en quoi
ils peuvent être qualifiés de BDE.
Le modèle du bénévolat d’entreprise
7Le bénévolat peut être défini comme « toute action qui ne comporte pas de rétribution financière et
s’exerce sans contrainte sociale ni sanction sur celui qui ne l’accomplit pas ; c’est une action dirigée vers
autrui ou vers la communauté avec la volonté de faire le bien, d’avoir une action conforme à de nombreuses
valeurs sociétales ici et maintenant » (Ferrand-Bechmann, 1992). En effet, si les bénévoles peuvent être en
grande partie motivés par l’intérêt général via « l’idéologie du secteur associatif, fondée sur l’invocation du
désintéressement et du don de soi » (Hély, 2008), Clary et coll. (1998) proposent d’autres motivations
potentiellement remplies par le bénévolat (l’expression de valeurs, la compréhension, les relations sociales,
la gestion de carrière, la protection et le développement de soi) auxquelles Inglis et Cleave (2006) ajoutent le
renforcement de soi, l’apprentissage, l’aide à la communauté, le développement de relations individuelles.
L’échelle d’intervention des deux sociétés est différente – nationale pour la première et locale pour la
seconde – et leurs domaines d’activités sont variés : activité financière et méthodologie de gouvernance
inclusive pour l’une, mise en dynamique d’activités de production et de transformation agro-alimentaire
pour l’autre. Cela influe sur les modalités du bénévolat et donc sur les motivations qu’elles proposent.
8Le BDE correspond à un modèle conceptualisé par Mc., président de la SAS et co-fondateur de
la SCIC, qui revendique de faire de « l’économie politique » en reliant économie et social. Son postulat est
que la division du travail social et économique provoque le délitement du lien social et que les institutions
publiques, religieuses ou associatives traditionnelles ne permettent plus de le protéger car elles maintiennent
les « bénéficiaires » dans une forme de passivité. Pour cela, Mc. souhaite renforcer les liens sociaux dits
« faibles » grâce à la mise en place de nouvelles formes de coopération afin de rendre les personnes
impliquées plus autonomes et responsables.
9Dans ce modèle de société coopérative, le bénévolat est nécessaire dans la mesure où les ressources
économiques disponibles sont faibles par rapport au besoin de ressources humaines. Les bénéfices sociaux,
symboliques ou matériels représentent alors une forme de compensation dans cette équation. Par ailleurs,
valoriser cette forme de ressource humaine sert de levier pour lever des fonds solidaires et des financements
publics dans une démarche d’equitycrowdfunding [7][7]Le crowdfunding peut être un don sans
contrepartie caractérisé…. La SCIC affirme ainsi pouvoir compter sur 80 000 heures de bénévolat dans les
deux années à venir. Une opération de crowdfunding est également à l’étude pour récolter des fonds
monétaires mais aussi du temps, sur le modèle du wwoofing [8][8]Le mot « wwoofing » dérive de
« wwoof » (world wide…. Outre les ressources économiques, cette forme de bénévolat apporte une
légitimité citoyenne, car si les bénévoles sont prêts à donner du temps sans rémunération économique, le
modèle peut être considéré comme validé par les acteurs du territoire.
10Ce nouveau mode de contribution est utilisé surtout au sein de la SCIC dont les projets et la gouvernance
sont construits en fonction des ressources locales disponibles. Son modèle économique repose ainsi
notamment sur l’implication des bénévoles pour amorcer une activité avant de la déployer et de créer des
emplois. Ainsi, l’activité agro-alimentaire ne sera lancée que si des bénévoles (issus majoritairement des
deux associations fondatrices de la SCIC) s’impliquent dans la cueillette chez des particuliers durant la phase
d’expérimentation. Pour aller plus loin dans la valorisation de la « banque de temps » (Ferrand-Bechmann,
2017), la SCIC cherche à consolider un système d’échange local (SEL) dans lequel une heure de bénévolat
serait transformée en crédit qui pourrait être échangé contre des produits en nature (un panier de fruits et
légumes, par exemple) ou un service (un atelier de cuisine). Ce SEL répondrait à la volonté d’intégrer des
migrants sans papiers qui ne peuvent travailler légalement mais ont besoin de sécurité alimentaire et d’une
forme de reconnaissance sociale (à défaut d’un statut juridique). Les statuts qui encadrent ces missions sont
à inventer pour ne pas verser dans le « travail dissimulé » ; certains opposants parlent de « concurrence
déloyale » aux entreprises classiques qui doivent payer impôts, salaires et charges sociales.
11À plus long terme, la SCIC cherche bien à créer de l’emploi – en interne ou au sein de ses structures
membres – afin de reconnaître le travail effectué bénévolement. L’une des structures fondatrices de
la SCIC est une association d’insertion par l’économique (AIE) qui a ainsi pu créer quatre postes en contrats
à durée déterminée d’insertion (CDDI) pour des personnes éloignées de l’emploi. Cette vocation à insérer
des chômeurs longue durée montre que le « travail » au sens entendu par la SCIC ne vise pas qu’une
rétribution financière et comporte une dimension sociale : il répond à un besoin d’accomplissement, de
développement de compétence, de sentiment d’utilité sociale, qui peut être accompli également par le
bénévolat. Par ailleurs, il est prévu dans le contrat qu’un cinquième du temps soit réservé à découvrir de
nouveaux métiers en contribuant aux activités des autres membres de la SCIC. Il s’agit donc d’une sorte de
mécénat d’entreprise [9][9]Le mécénat d’entreprise est un dispositif qui permet à une… puisque
l’AIE met ses salariés à disposition d’associations locales qui ont besoin de ressources humaines, dans le but
de développer leurs activités (Desforges, 2020).
12Pour ce qui est de la SAS qui se présentait initialement comme un bureau d’étude classique, son modèle
économique se voulait à but lucratif. Mais différentes circonstances (économiques, relationnelles…) ont fait
entrer une certaine forme de BDE involontaire dans ses ressources humaines, qu’il faut distinguer
du BDE volontaire.
Le vécu du bénévolat d’entreprise
13Sur le terrain, le BDE s’effectue selon des modalités très variées qui reflètent l’ambiguïté de cette forme
d’engagement. Tous socialisés dans le monde de l’entreprise (sauf E.), l’implication des actionnaires dans
la SAS leur a ouvert de nouvelles perspectives sociales en répondant à d’autres attentes professionnelles. En
effet, ces cadres supérieurs diplômés de grandes écoles évoluaient plutôt dans le monde du conseil, de la
formation ou de la coordination de projet, en tant que salariés de grandes entreprises ou entrepreneurs. En
fin de carrière (à l’exception de B.), ils étaient loin du secteur de l’ESS d’un point de vue professionnel.
L’engagement dans la SAS correspond à une période de rupture dans leur vie, dans la mesure où ils se sont
éloignés d’emplois dans lesquels ils étaient fortement investis mais dans lesquels ils ne trouvaient plus de
sens ou d’épanouissement. Tous insistent sur la nécessité de donner de la cohérence à leur parcours et ont
connu une forme de mal-être au travail. Cette évolution de leur engagement se prolonge au-delà de la
création de la SAS puisqu’ils se sont multi-engagés à travers des investissements financiers dans différents
projets entrepreneuriaux et coopératifs dont ils soutiennent la cause. Pour eux, la société commerciale
semblait originellement constituer l’organisation la plus adaptée pour développer des projets de
développement territorial, ce qui entre en décalage avec le monde de l’ESS dans lequel ils veulent intervenir.
Ils sont entrés dans ce monde par la structure qu’ils connaissent le mieux, la société commerciale, tout en
cherchant à s’en écarter ou plutôt à la renouveler. Ils ont ainsi un rapport ambivalent au bénévolat, à la vie
associative et à l’ESS. Cette pratique ne faisait pas partie de leur univers social, ils ont dû s’adapter à leurs
interlocuteurs et « bricoler » une nouvelle socialisation jusqu’à devenir spécialistes du secteur de l’ESS.
Ainsi, J.-Y. n’était « pas un fana du modèle associatif » et considère que « c’est toujours le bordel, ça
marche très mal, c’est chaotique ». Il a formé des cadres d’association mais observait leur désorganisation
spécifique occasionnant un mauvais traitement des salariés dans certaines associations. Mais il constate que
« c’est un modèle puissant pour mobiliser les citoyens », ce qui fait évoluer son opinion. Il réfléchit à des
stratégies différentes de management, notamment pour « organiser le retour vis-à-vis des bénévoles, [pour]
qu’ils aient l’impression qu’ils ont quelque chose en échange ».
14Si, au départ, la SAS n’avait pas prévu d’avoir recours à ce mode de contribution, l’absence de retour sur
investissement interroge sur les raisons de la poursuite de l’engagement « bénévole » de certains de ses
actionnaires. Ceux-ci semblent en effet avoir mis le retour financier sur leur placement au second plan et
s’investissent maintenant à titre personnel, engageant réseaux, compétences et surtout du temps au
« capital » de la société. L’accomplissement de la « mission » ou d’un « sens » devenant aussi important que
leur investissement financier, ces actionnaires ont trouvé une autre forme de rétribution, ce qui les rapproche
du BDA.
15Du côté de la SCIC, la sociologie des bénévoles et leur forme d’engagement sont très différentes, ce qui
modifie leur vécu du BDE. Pour la plupart, le bénévolat correspond à une pratique qu’ils ont exercée tout au
long de leur vie, au sein d’organismes d’entraide ou de loisirs, dans un cadre familial ou amical. J. a ainsi
effectué du bénévolat en revenant au supermarché lors d’événements caritatifs pendant ses jours de congés.
Elle serait d’ailleurs prête à gérer la caisse de la future épicerie participative de la SCIC. De la même
manière, My. a anticipé les activités de la SCIC en réalisant des paniers gourmands à proposer aux futurs
clients. Par ailleurs, elle loue à présent des chambres aux étudiants de la formation en naturopathie dont le
directeur est membre de la SCIC, mêlant ainsi vies amicale, familiale, bénévole et entrepreneuriale. C. et J.-
P. semblent moins à l’aise avec le BDE qu’ils n’avaient pas conceptualisé comme tel mais estiment
finalement que leurs associations respectives ont tout intérêt à l’adopter – l’un pour intégrer des migrants,
l’autre pour renforcer son café participatif. Ils semblent adopter un pragmatisme qui les rend moins
regardants sur les conditions de réalisation et les moyens dans la mesure où le projet leur paraît servir une
cause qu’ils défendent depuis longtemps. L’attitude de ces deux bénévoles témoigne du type d’arrangements
que font certains avec leurs principes, basculant du BDA vers du BDE. Les bénévoles qui ont refusé
d’effectuer ces concessions sont sortis des projets avec parfois du ressentiment.
16Les décalages entre monde de l’entreprise commerciale et univers associatif, privé et public, dirigeants et
salariés s’ajoutent à d’autres formes de distance sociale entre les BDE de la SAS et de la SCIC : les urbains
face aux ruraux, les surdiplômés face aux moins ou pas diplômés, les élites face aux catégories plus
populaires et donc les anywhere face aux somewhere (Goodhart, 2019). Cela a engendré des
incompréhensions et freins, voire des échecs, liés à ces habitus : le vocabulaire, les outils (numériques), la
flexibilité (permanente en fonction des clients), la temporalité (courte)... n’étant pas toujours partagés. Si les
confrontations ont concerné surtout Mc., les autres collaborateurs ont aussi été impactés et ont pu
s’interroger sur l’utilité de toute l’énergie déployée si les potentiels bénéficiaires sont réfractaires.
17Ces différents témoignages amènent à se demander comment un bénévole et un salarié peuvent accepter
de réaliser une activité semblable sans obtenir de rétribution identique. Leurs expériences [10][10]Voir
tableau en annexe. confirment que d’autres formes de rétribution que financière deviennent essentielles
dans cet échange qui paraît à première vue déséquilibré. Ils rencontrent des formes de reconnaissance
affective (grâce à des rencontres amicales), culturelle (grâce à l’utilité de leur action) (Honneth, 1992) qui
constituent un élément puissant de leur engagement évoqué un peu plus tôt (Brun et Dugas, 2005 ; El
Akremi, Sassi et Bouzidi, 2009). Les théories de la motivation (Maslow, 1954) inspirent également les
dirigeants de la SAS qui les mettent œuvre dans leur modèle de management, notamment en cherchant à
proposer des produits en nature aux migrants « dont les besoins primaires ne sont pas satisfaits ».
18Si ces bénévoles n’ont pas les mêmes attentes, ils n’ont pas non plus les mêmes moyens, connaissances,
compétences, disponibilités, autrement dit les mêmes ressources à « donner ». Ainsi, une fois
les BDE « recrutés », des difficultés dans la gestion des ressources humaines apparaissent comme dans
toutes les sociétés commerciales, a fortiori quand ces ressources ne sont pas rétribuées de la même manière.
La SCIC ne permet pas si facilement d’associer « des choux et des carottes », selon J.-Y. à propos des
dirigeants des structures, des bénévoles et des salariés. Certains sont passifs, voire critiques, d’autres plus
moteurs dans cette organisation hétérogène qui nécessite un important travail de réflexion, de
communication, de pédagogie pour consolider cette mixité socio-économique.
19Ainsi, le management des BDE demande aux cadres de renouveler leur gestion RH pour s’adapter avec
souplesse à ceux qui ne sont pas des salariés traditionnels, donc sans lien hiérarchique avec leurs dirigeants.
Les associés de la SAS qui disposent d’une fine connaissance des sciences managériales reconnaissent ainsi
que les principes qu’ils appliquaient dans les sociétés qu’ils dirigeaient ou conseillaient auparavant ne
fonctionnent plus dans ce nouveau cadre. S’ils souhaitaient au départ promouvoir le modèle de « l’entreprise
libérée [11][11]L’« entreprise libérée » a été théorisée par Isaac Getz et… », celui-ci ne semble pas
complètement répondre à « l’aspiration à un sens profond, à une autonomie réelle et à une connexion avec
un territoire et un projet de vie des personnes » (Desforges, 2021) que les dirigeants de la SAS sont amenés à
encadrer dans ce type de projet (bénévole ou non). Après le départ de plusieurs personnes, les dirigeants ont
dû engager une profonde réflexion sur leur méthode de management pour adapter leur rôle – qu’ils qualifient
de « mentorat » – vis-à-vis de ces acteurs locaux pour ne pas perdre ces ressources humaines précieuses et
pouvoir compter sur elles dans des conditions renouvelées. Leur expérience montre que l’entrepreneuriat
social nécessite la création et l’entretien de ce que Guérin (2020) appelle des « économies morales locales »
qui nécessitent un temps long d’expérimentation (Lévy, Sallé et Viat, 2017) et des efforts démesurés pour
une issue incertaine (Da Costa, 2013).
Le « bénévolat d’entreprise » comme nouveau cadre d’entreprise
20Ce qui réunit les BDE interrogés, c’est la mise en cohérence de valeurs personnelles avec une activité
économique et sociale, le sentiment de réduire ce décalage est essentiel pour adhérer au projet collectif.
Dans le « monde d’après » – tout particulièrement depuis le début de la crise sanitaire –, cette mise en
adéquation entre le sens et l’action semble de plus en plus recherchée par ceux qui se reconvertissent, se
réorientent. Le besoin de « faire » ou de relier discours et action semble plus urgent, ce qui refonde en partie
les modalités de l’engagement. D’activité de loisirs, militante ou associative, celui-ci peut devenir activité à
temps plein (rémunérée ou pas) dans laquelle les BDE mettent à profit leurs compétences professionnelles.
Pour des retraités comme E. et J., cela représente l’occasion de poursuivre leur ancienne activité en lui
donnant un sens davantage en adéquation avec leurs engagements : « Puisque je ne suis plus payée, je peux
le faire comme je veux et je peux refuser de le faire d’une manière qui ne me plairait pas », dit l’ancienne
haute fonctionnaire. De son côté, le chômage, en assurant un revenu minimum régulier, permet à certains
demandeurs d’emploi de « travailler » gratuitement ou bénévolement pour des associations mais également
pour des entreprises, comme B. qui est aujourd’hui associé de la SAS mais a été inscrit au chômage à
plusieurs reprises depuis 2015. Si les retraités semblent satisfaits de mettre à profit gratuitement leurs
compétences parce qu’ils perçoivent un revenu par ailleurs, la situation est moins bien vécue par B. du fait
de l’instabilité, de l’incompréhension des proches, voire du soupçon de fraude qui pèse sur lui.
21Pour tous, la condition sine qua non pour accepter du « travail » non rémunéré, c’est le sens qu’ils y
donnent et l’objectif poursuivi. Pour s’investir bénévolement dans un projet (entrepreneurial ou non), chacun
d’entre eux a besoin de se sentir « utile », de « servir l’intérêt général », de « faire le bien » (avec des
connotations religieuses pour certains). Finalement, ce qui compte, c’est l’objectif de la « mission » : peu
importe le statut juridique de l’organisation, ils sont prêts à donner du temps gratuit pour « une cause qui
compte ». Cette tendance à justifier un sacrifice individuel par une mission d’intérêt général est une dérive
argumentaire que l’on retrouve dans le monde de l’ESS ou associatif (Cottin-Marx, 2019). En ce sens, le
discours construit par les deux sociétés autour du « bien vivre » paraît difficile à rejeter et suffisamment
englobant pour que chacun s’y retrouve. Concernant les limites de ce bénévolat, la plupart les fixent plutôt
autour d’une dérive par rapport au sens initial plutôt que vis-à-vis des conditions d’activité. De même, si les
associés ont consenti à des baisses – voire à une absence – de rémunération, c’est bien parce que le sens leur
paraissait respecté et primordial. Les bénévoles au sens classique, eux, n’envisagent pas de limites en termes
d’horaires ou de types de tâches effectuées tant que l’objectif est poursuivi.
22Ces différents témoignages tendent à montrer que les frontières entre bénévolat et salariat sont de plus en
plus floues, de même qu’entre actionnariat et engagement citoyen, et que c’est justement la définition de
cette frontière qui est en jeu. L’accord entre les deux parties (le bénévole et la structure qui l’accueille) peut
être tacite ou explicite, évolue parfois mais montre que l’ambiguïté peut être acceptée, voire appréciée, dans
certaines conditions – de transparence et de sentiment d’utilité notamment. Le minimum étant évidemment
de consentir librement aux missions effectuées et de se sentir valorisé par l’identité que cela projette de soi.
Ainsi E. refuse-t-elle le terme de « bénévole » car elle n’estime pas « faire du don » : elle pense gagner
autant qu’elle offre dans cette activité.
Un nouveau modèle : cause ou résultat d’une évolution de la délégation
du service public ?
23Si les personnes évoluant au sein des sociétés étudiées témoignent bien de cette ambivalence, celle-ci
s’inscrit dans un cadre global d’évolution politique sur la conception du travail et de l’engagement. Les
lois ESS et PACTE notamment, issues de différents gouvernements, montrent une forme de consensus sur
une nouvelle vision de la « mission » prise ou donnée par les sociétés commerciales au sein de la société et
des liens qu’elles peuvent entretenir. Aussi, la multiplication d’appels à manifestation d’intérêt par les
pouvoirs publics pour attribuer la gestion de « marchés publics » se rapproche plus du « mode projet » que
de l’appel à subventions classique des pouvoirs publics. Cette évolution dans ce mode de DSP a favorisé les
entreprises (sociales) au détriment des associations qui ne se sont pas « adaptées » (Stiegler, 2019) assez vite
pour conserver les subventions.
24De nombreux auteurs (Juan et Renault-Tinacci, 2019 ; Coler et coll., 2021) et acteurs de terrain que nous
avons rencontrés constatent également une « dérive » entrepreneuriale, commerciale, néophilanthropique de
certaines associations dans leur management et leurs activités, une forme de « bénévolisation du travail »
(Simonet, 2018). Plusieurs raisons à cette évolution peuvent être invoquées : nécessité d’augmenter les
recettes afin de compenser les baisses de dotation de l’État, croyance dans le modèle de l’entreprise comme
meilleure gestionnaire ou justement arrivée des entreprises dans le monde du social à travers le
développement de l’ESS. Cette mise en concurrence dans la gestion des services publics et l’évolution des
politiques publiques vers des critères de sélection qui peuvent favoriser les structures économiques plutôt
que les associations confirment cette volonté de DSP. L’État qui déléguait jusque-là de plus en plus de
responsabilités sociales aux associations, plutôt par défaut, semble changer de stratégie. Cela relève-t-il
vraiment d’une prise de conscience de la part des membres de ces deux gouvernements de la nécessité
d’assigner aux entreprises des missions d’intérêt collectif ? On peut y voir également l’influence du
néolibéralisme qui fait du modèle de la société commerciale un outil plus efficace de gestion économique.
Cette évolution a en tout cas des conséquences sur le BDA qui connaît des modifications dans ses
représentations. D’une perspective philanthropique et caritative déléguée aux autorités religieuses ou
spécialisées au siècle dernier, nous étions passés à une forme d’engagement solidaire et plus démocratique
(Laville, 2019) avec le développement des grandes associations à la fin du XXe
siècle (Restos du Cœur,
Secours populaire…). Il semble que le bénévolat trouve actuellement une nouvelle vocation : la mise en
cohérence de modes de vie, d’engagements citoyens et d’activités professionnelles, rompant ainsi les
frontières entre public et privé (dans tous les sens du terme : individuel et structurel).
25Une autre tension avec le modèle associatif du bénévolat semble relever de la volonté de se démarquer du
modèle de l’usager bénéficiaire d’un service et d’en faire une partie prenante d’un projet, un acteur actif
dans sa recherche de réponses à des besoins. En effet, plusieurs acteurs de la SCIC cherchent à se distinguer
des associations traditionnelles qui adoptent, selon eux, des postures paternalistes et ne seraient pas capables
d’envisager les bénéficiaires autrement que comme des destinataires finaux. Retourner ce rapport est en
quelque sorte le projet de la SCIC qui cherche à intégrer les personnes à qui elle destine ses produits – les
clients – en véritables ressources humaines et surtout en acteurs de leur production. La SCIC cherche ainsi à
rassembler dans le même système de gouvernance des usagers, des fournisseurs, des producteurs… pour
réduire la masse salariale et donc obtenir des produits plus accessibles, mais également pour développer
leurs compétences, la mixité et le lien social en les plaçant dans des postures différentes : tour à tour
contributeurs ou bénéficiaires. D., président de la SCIC et de l’association d’insertion membre de la SCIC,
affirme ainsi avec émotion que « pour une fois les personnes éloignées de l’emploi sont vues comme des
forces et non plus comme des charges ». Cette porosité est donc revendiquée pour permettre aux acteurs de
jouer plusieurs rôles parallèlement ou alternativement afin de développer leur empowerment, ne plus être
seulement des « aidés » mais aussi des « aidants » (Sillard, 2019).
Conclusion
26Si le concept de « bénévolat d’entreprise » semble a priori antinomique, on constate qu’il se développe de
fait. Aujourd’hui, le BDA est critiqué car le fonctionnement interne de certaines associations ressemble de
plus en plus à celui des sociétés commerciales : une forme d’exploitation de la capacité de production. Dès
lors, les bénévoles peuvent se dire que, quitte à travailler comme dans une société, alors autant travailler
directement pour une société, à condition de se reconnaître dans ses objectifs. Or, cette logique
microéconomique par laquelle l’État valorise les formes de DSP se retrouve au niveau macroéconomique.
27Si le phénomène se développe et que les citoyens s’y convertissent, c’est que ces derniers donnent de plus
en plus d’importance aux rétributions non financières pour répondre à leurs besoins de se sentir utiles et
reconnus, réponse qu’ils ne trouvent pas (assez) dans leur activité professionnelle habituelle.
28Cela nous invite à repenser ses conditions de réalisation et son encadrement. Or, notre recherche vise à
interroger les modalités qui permettraient d’envisager le BDE comme une contribution positive puisque
certains profils se retrouvent dans la volonté de DSP aux sociétés. Il apparaît pour cela que les BDE ne
doivent pas avoir d’attentes économiques – et donc puissent s’assurer un revenu par ailleurs par le chômage,
la retraite, la rente ou l’activité professionnelle à temps partiel – pour s’impliquer en donnant leur temps et
leurs compétences dans une « mission » en adéquation avec leurs valeurs personnelles.
29Dans tous les cas, la volonté des institutions publiques d’être plus « frugales » introduit une concurrence
entre le modèle associatif et entrepreneurial qui aboutit à rebattre les cartes entre ces deux univers. Les
associations adoptent des codes ou méthodes managériales du privé (notamment du new public
management) tandis que les sociétés font du « social et solidaire » et s’intéressent à la meilleure manière de
prendre en charge l’intérêt général. Finalement, il semble qu’on assiste à une forme de retournement ou de
double limite : le monde associatif montre un essoufflement dans sa capacité à se renouveler dans différents
domaines (solidarité, démocratie, développement des territoires) tandis que les sociétés et le modèle
capitaliste arrivent au bout du processus d’exploitation des ressources et de la recherche de nouveaux
territoires à s’approprier, à l’instar du service public. L’alliance ou la mixité entre ces deux systèmes,
qu’incarnent les SCIC, peut sembler une opportunité de tirer parti des deux systèmes : un modèle
économique classique ne permettant pas l’innovation sociale sur des territoires en difficulté, un autre modèle
économique se développe. Cette recomposition des frontières entre salariat et bénévolat amènera-t-elle un
modèle pertinent pour mettre en œuvre cette troisième voie ?
Annexe
Tableau des formes de motivations ou des retoursattendus par les
bénévoles d’entreprises
Le benevolat d’entreprises entre nouvelle delegation de service public et appropriation entrepreneuriale
Le benevolat d’entreprises entre nouvelle delegation de service public et appropriation entrepreneuriale
Notes
 [1]
La loi ESS dite « Hamon » de 2014 encourage aussi les sociétés à « donner du pouvoir d’agir aux
salariés », site du ministère de l’Économie et des Finances.
 [2]
Cette loi dite PACTE de 2019 encourage les sociétés à but lucratif à « redéfinir leur raison d’être »
au-delà de la recherche de profit économique, site du ministère de l’Économie et des Finances.
 [3]
La loi Hamon, notamment, renforce et élargit les droits des sociétés coopératives d’intérêt collectif
(SCIC) qui ont été créées en 2001.
 [4]
La contradiction entre le statut de société commerciale d’une SCIC et sa mission d’intérêt général ou
collectif a déjà été étudiée dans un article précédent (Ezvan, Morel et Poulain, 2020).
 [5]
Dont le café associatif L’UtopiC, déjà étudié dans un précédent article (Bernard et Poulain, 2019).
 [6]
Voir le tableau en annexe pour la présentation des acteurs impliqués.
 [7]
Le crowdfunding peut être un don sans contrepartie caractérisé par une opération philanthropique, un
don avec contrepartie s’il s’agit d’une prévente, un prêt avec intérêts ou une prise de parts au sein du
capital d’une société pour l’equity crowdfunding (Harriet, Abdoune et Bentebbaa, 2017).
 [8]
Le mot « wwoofing » dérive de « wwoof » (world wide opportunities on organic farms) qui est un
réseau mondial de fermes biologiques. Le site Internet met en relation des voyageurs avec des
agriculteurs et éleveurs bio. Les bénévoles sont logés et nourris en échange de quatre à six heures de
travail par jour.
 [9]
Le mécénat d’entreprise est un dispositif qui permet à une société d’effectuer un apport en
compétences, en numéraire ou en nature pour soutenir une œuvre d’intérêt général. Celle-ci peut
ainsi mettre à disposition un salarié qui met à contribution ses compétences au sein d’une association
reconnue d’utilité publique ou d’intérêt général moyennant une défiscalisation. On peut ainsi
considérer que le salarié fait du bénévolat d’association tout en étant rémunéré par son employeur.
La SAS dont il est ici question a largement étudié cette modalité de contribution mais n’est pour
l’instant pas parvenue à convaincre de grandes entreprises de « mécéner » la SCIC. La structure
juridique commerciale est ici un frein.
 [10]
Voir tableau en annexe.
 [11]
L’« entreprise libérée » a été théorisée par Isaac Getz et Brian M. Carney (2013) en référence aux
entreprises qui incitent les salariés à prendre des initiatives individuelles, à s’auto-organiser, à
s’autodiriger, mais à condition que des règles soient collectivement définies a priori. Les
collaborateurs et l’entreprise seraient alors plus impliqués, performants, agiles, innovants. Mais ce
changement radical est difficile à mettre en place (manque d’habitude et de culture en la matière) et
comporte des risques : burn out, stress, dérives. La sas dénomme ainsi « entrepreneurs du bien-
vivre » certains de ses salariés pour spécifier leur autonomie dans le développement de projet de
territoire.
Mis en ligne sur Cairn.info le 16/11/2021
https://doi.org/10.3917/nrp.032.0163

Richesses et ambiguïtésdu travail bénévole
 Nouvelle revue de psychosociologie 2021/2 (N° 32)
 Sous la directionde Nicolas Da Silva, Pascale Molinier
 Pages : 244
 Éditeur: Érès
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 Sommaire de ce numéro
 Présentation
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Richesses et ambiguïtés du travail bénévole
Page 9 à 18
 Introduction. Le travail bénévole, miroir du capitalisme ?
 Nicolas Da Silva, Pascale Molinier
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Page 19 à 31
 Le statut ambigu de bénévole des pairs-aidants LGBT travaillant pour la santé sexuelle en
Côte d’Ivoire
 Jean-Yves Briard
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Page 33 à 44
 Les formes du travail gratuit face à l’austérité : étude de cas d’une organisation de la santé
mentale en Seine-Saint-Denis
 Fabien Hildwein
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Page 45 à 56
 L’usage du terme « bénévole » au seind’un groupe d’entraide mutuelle
 Kéren Moreira de Alcântara
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Page 57 à 69
 Propédeutique pour des psychanalyses gratuites
 Mathilda Audasso
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Page 71 à 84
 La part gratuite du travail des infirmières hospitalières menacée par la taylorisation du soin
 Alexis Jeamet
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Page 85 à 96
 La mission du bénévole en hôpital : un paradoxe au niveau de l’identité, du rôle et de l’activité
 Sandrine Cortessis, Amélie Deschenaux
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Page 97 à 109
 Bénévole : un métier impossible ?
 Jacques Bineau
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Page 111 à 123
 Un engagement bénévole fragilisé dans une institution en crise : le cas des prud’hommes
 Sophie Béroud, Hélène-Y. Meynaud
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 Travail bénévole dans l’aide sociale et juridique aux demandeurs d’asile
 Lucie Lepoutre
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 Stagiaires-bénévoles et accompagnement professionnel : coexister ou coopérer ? Une
expérience en chantier d’insertion
 Sophie Mercier-Millot
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Page 147 à 161
 Professionnalisation empêchée et bénévolisation du travail des tuteurs de service civique
 Florence Ihaddadene
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Page 163 à 179
 Le bénévolat d’entreprises : un renouvellement de l’engagement dans l’action collective pris
entre recherche de sens et essordes entreprises sociales
 Camille Morel, Sébastien Poulain
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Entretien
Page 181 à 188
 Bénévolat : du travail gratuit au fait associatif
 Entretien avec Jean-Louis Laville, par Florence Giust-Desprairies
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Recherches & interventions
Page 189 à 198
 Réflexions sur un projet de danse intergénérationnel
 Élise Bourgeois-Guérin, Claire Lyke, Audrey Lachaîne, Cécile Rousseau
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Feuilles volantes de l’histoire de la psychosociologie
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 1976 : « Crise de société et pratiques de groupe ». Des psychosociologues dans une revue
rationaliste
 Annick Ohayon
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Hommages
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 Janine Puget (1926-2020)
 Claire Doz-Schiff, Annick Ohayon
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Notes de lectures
Page 213 à 243
 Notes de lectures

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Le benevolat d’entreprises entre nouvelle delegation de service public et appropriation entrepreneuriale

  • 1. Le bénévolat d’entreprises entre nouvelle délégation de service public et appropriation entrepreneuriale Référence : Camille Morel et Sebastien Poulain, « Le bénévolat d’entreprises entre nouvelle délégation de service public et appropriation entrepreneuriale », « Richesses et ambiguïtés du travail bénévole », in Nicolas Da Silva et Pascale Molinier (sous la direction de), Nouvelle revue de psychosociologie, n°32, automne 2021, https://www.editions-eres.com/ouvrage/4830/le-travail-benevole
  • 2.  Le bénévolat d’entreprises : un renouvellement de l’engagement dans l’action collective pris entre recherche de sens et essor des entreprises sociales  Camille Morel, Sébastien Poulain  Dans Nouvelle revue de psychosociologie 2021/2 (N° 32), pages 163 à 179 format_quote Citer ou exporterAjouter à une liste Suivre cette revue  Article  Résumé  Plan  Bibliographie  Auteurs  Sur un sujet proche  file_downloadTélécharger 1Après avoir monopolisé le « service public » et l’« intérêt général », les institutions publiques ont progressivement délégué (à moindre coût) une partie de cette responsabilité à des acteurs sans but lucratif, des associations parfois dites « d’utilité publique » (Simonet, 2010 et 2018). Plus récemment, une nouvelle forme de délégation de service public (DSP) a été mise en place au profit d’acteurs à but lucratif qui peuvent « sous-traiter la lutte contre la pauvreté à des entrepreneurs du développement » (Dolan, 2012, p. 4) et intervenir dans de nouveaux secteurs, y compris régaliens, au risque de la voir entrer en conflit avec les principes démocratiques (Tombazos, 2012). La loi ESS (Économie sociale et solidaire) permet à une société commerciale d’être reconnue comme « sociale et solidaire [1][1]La loi ess dite « Hamon » de 2014 encourage aussi les sociétés… ». La loi relative à la croissance et à la transformation des entreprises reconnaît l’engagement des sociétés qui « prennent en compte les enjeux sociaux et environnementaux liés à leurs activités [2][2]Cette loi dite pacte de 2019 encourage les sociétés à but… ». Ces deux lois récentes affirment donc la responsabilité sociale des entreprises et reconnaissent leur rôle au service de l’intérêt général, de plus en plus défini comme « collectif [3][3]La loi Hamon, notamment, renforce et élargit les droits des… ». Une catégorie d’« entrepreneurs militants » (Landon, 2016) a ainsi revendiqué la mission sociale de leur activité et assumé de jouer un rôle complémentaire des structures qui en avaient traditionnellement la charge. 2Du côté de la société civile, une bascule vers des organisations plus mouvantes, horizontales et en lien avec des enjeux locaux renouvelle les formes d’engagement (Giust-Desprairies et Arnaud, 2019). La peur des changements environnementaux, économiques, sociaux, sanitaires semble faire entrer de nouveaux acteurs, qui étaient auparavant bénévoles, dans une activité marchande. Les représentations et les frontières classiques ne font plus sens et les oppositions entre les catégories évoluent : salariat vs bénévolat, travail vs solidarité. 3Dans ce contexte en recomposition de l’activité sociale et économique, quelle place peut occuper le bénévolat pour des entreprises à présent considérées comme pouvant à participer directement à l’intérêt général ? La « mission sociale » donnée à la société commerciale fait aujourd’hui débat [4][4]La contradiction entre le statut de société commerciale d’une…, dès lors la question du lien entre bénévolat et activité commerciale se pose fortement.
  • 3. 4Pour répondre à ces mises en doute, les sociétés que nous avons étudiées – une société par actions simplifiées (SAS) et une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) – tentent de démontrer leur engagement au service de ce qu’elles appellent le « bien vivre » du territoire et de ses habitants et surtout leur efficacité générée par un modèle économique qui inclut notamment le bénévolat comme une ressource humaine à part entière. La première est un bureau d’étude (dont les auteurs de cet article sont ou ont été salariés) qui accompagne le développement économique de territoires dans une démarche de co-construction de projets. Elle s’inspire des théories du care (Molinier, Laugier et Paperman, 2009) et des capabilities (Sen, 1993 ; Nussbaum, 2012) en concevant des méthodologies innovantes de mobilisation citoyenne inclusive. La deuxième, SCIC dont la SAS est fondatrice et membre, développe des projets notamment autour de l’alimentation à partir des besoins et compétences identifiés sur son territoire en s’appuyant sur les ressources (réseaux, compétences, capacités de financement…) de ses membres : associations [5][5]Dont le café associatif L’UtopiC, déjà étudié dans un précédent…, institutions (para publiques, communes et donc la SAS étudiée. 5À partir de ces deux exemples, nous nous demanderons en quoi et dans quelles conditions le bénévolat peut contribuer au développement de missions d’intérêt général dans le cadre d’entreprises sociales mais commerciales. Il s’agira ici d’analyser les modèles économiques proposés mais aussi les limites et résistances, politiques, économiques, idéologiques, pratiques auxquelles ce que nous appellerons le bénévolat d’entreprise (BDE) se confronte, en comparaison avec le bénévolat d’association (BDA). 6Pour effectuer ce travail sociologique qualitatif, nous nous appuierons sur de l’observation participante des activités et des entretiens (anonymisés [6][6]Voir le tableau en annexe pour la présentation des acteurs…) avec des membres de ces deux structures aux statut, missions et rôles différents, en nous demandant en quoi ils peuvent être qualifiés de BDE. Le modèle du bénévolat d’entreprise 7Le bénévolat peut être défini comme « toute action qui ne comporte pas de rétribution financière et s’exerce sans contrainte sociale ni sanction sur celui qui ne l’accomplit pas ; c’est une action dirigée vers autrui ou vers la communauté avec la volonté de faire le bien, d’avoir une action conforme à de nombreuses valeurs sociétales ici et maintenant » (Ferrand-Bechmann, 1992). En effet, si les bénévoles peuvent être en grande partie motivés par l’intérêt général via « l’idéologie du secteur associatif, fondée sur l’invocation du désintéressement et du don de soi » (Hély, 2008), Clary et coll. (1998) proposent d’autres motivations potentiellement remplies par le bénévolat (l’expression de valeurs, la compréhension, les relations sociales, la gestion de carrière, la protection et le développement de soi) auxquelles Inglis et Cleave (2006) ajoutent le renforcement de soi, l’apprentissage, l’aide à la communauté, le développement de relations individuelles. L’échelle d’intervention des deux sociétés est différente – nationale pour la première et locale pour la seconde – et leurs domaines d’activités sont variés : activité financière et méthodologie de gouvernance inclusive pour l’une, mise en dynamique d’activités de production et de transformation agro-alimentaire pour l’autre. Cela influe sur les modalités du bénévolat et donc sur les motivations qu’elles proposent. 8Le BDE correspond à un modèle conceptualisé par Mc., président de la SAS et co-fondateur de la SCIC, qui revendique de faire de « l’économie politique » en reliant économie et social. Son postulat est que la division du travail social et économique provoque le délitement du lien social et que les institutions publiques, religieuses ou associatives traditionnelles ne permettent plus de le protéger car elles maintiennent les « bénéficiaires » dans une forme de passivité. Pour cela, Mc. souhaite renforcer les liens sociaux dits « faibles » grâce à la mise en place de nouvelles formes de coopération afin de rendre les personnes impliquées plus autonomes et responsables. 9Dans ce modèle de société coopérative, le bénévolat est nécessaire dans la mesure où les ressources économiques disponibles sont faibles par rapport au besoin de ressources humaines. Les bénéfices sociaux, symboliques ou matériels représentent alors une forme de compensation dans cette équation. Par ailleurs, valoriser cette forme de ressource humaine sert de levier pour lever des fonds solidaires et des financements publics dans une démarche d’equitycrowdfunding [7][7]Le crowdfunding peut être un don sans
  • 4. contrepartie caractérisé…. La SCIC affirme ainsi pouvoir compter sur 80 000 heures de bénévolat dans les deux années à venir. Une opération de crowdfunding est également à l’étude pour récolter des fonds monétaires mais aussi du temps, sur le modèle du wwoofing [8][8]Le mot « wwoofing » dérive de « wwoof » (world wide…. Outre les ressources économiques, cette forme de bénévolat apporte une légitimité citoyenne, car si les bénévoles sont prêts à donner du temps sans rémunération économique, le modèle peut être considéré comme validé par les acteurs du territoire. 10Ce nouveau mode de contribution est utilisé surtout au sein de la SCIC dont les projets et la gouvernance sont construits en fonction des ressources locales disponibles. Son modèle économique repose ainsi notamment sur l’implication des bénévoles pour amorcer une activité avant de la déployer et de créer des emplois. Ainsi, l’activité agro-alimentaire ne sera lancée que si des bénévoles (issus majoritairement des deux associations fondatrices de la SCIC) s’impliquent dans la cueillette chez des particuliers durant la phase d’expérimentation. Pour aller plus loin dans la valorisation de la « banque de temps » (Ferrand-Bechmann, 2017), la SCIC cherche à consolider un système d’échange local (SEL) dans lequel une heure de bénévolat serait transformée en crédit qui pourrait être échangé contre des produits en nature (un panier de fruits et légumes, par exemple) ou un service (un atelier de cuisine). Ce SEL répondrait à la volonté d’intégrer des migrants sans papiers qui ne peuvent travailler légalement mais ont besoin de sécurité alimentaire et d’une forme de reconnaissance sociale (à défaut d’un statut juridique). Les statuts qui encadrent ces missions sont à inventer pour ne pas verser dans le « travail dissimulé » ; certains opposants parlent de « concurrence déloyale » aux entreprises classiques qui doivent payer impôts, salaires et charges sociales. 11À plus long terme, la SCIC cherche bien à créer de l’emploi – en interne ou au sein de ses structures membres – afin de reconnaître le travail effectué bénévolement. L’une des structures fondatrices de la SCIC est une association d’insertion par l’économique (AIE) qui a ainsi pu créer quatre postes en contrats à durée déterminée d’insertion (CDDI) pour des personnes éloignées de l’emploi. Cette vocation à insérer des chômeurs longue durée montre que le « travail » au sens entendu par la SCIC ne vise pas qu’une rétribution financière et comporte une dimension sociale : il répond à un besoin d’accomplissement, de développement de compétence, de sentiment d’utilité sociale, qui peut être accompli également par le bénévolat. Par ailleurs, il est prévu dans le contrat qu’un cinquième du temps soit réservé à découvrir de nouveaux métiers en contribuant aux activités des autres membres de la SCIC. Il s’agit donc d’une sorte de mécénat d’entreprise [9][9]Le mécénat d’entreprise est un dispositif qui permet à une… puisque l’AIE met ses salariés à disposition d’associations locales qui ont besoin de ressources humaines, dans le but de développer leurs activités (Desforges, 2020). 12Pour ce qui est de la SAS qui se présentait initialement comme un bureau d’étude classique, son modèle économique se voulait à but lucratif. Mais différentes circonstances (économiques, relationnelles…) ont fait entrer une certaine forme de BDE involontaire dans ses ressources humaines, qu’il faut distinguer du BDE volontaire. Le vécu du bénévolat d’entreprise 13Sur le terrain, le BDE s’effectue selon des modalités très variées qui reflètent l’ambiguïté de cette forme d’engagement. Tous socialisés dans le monde de l’entreprise (sauf E.), l’implication des actionnaires dans la SAS leur a ouvert de nouvelles perspectives sociales en répondant à d’autres attentes professionnelles. En effet, ces cadres supérieurs diplômés de grandes écoles évoluaient plutôt dans le monde du conseil, de la formation ou de la coordination de projet, en tant que salariés de grandes entreprises ou entrepreneurs. En fin de carrière (à l’exception de B.), ils étaient loin du secteur de l’ESS d’un point de vue professionnel. L’engagement dans la SAS correspond à une période de rupture dans leur vie, dans la mesure où ils se sont éloignés d’emplois dans lesquels ils étaient fortement investis mais dans lesquels ils ne trouvaient plus de sens ou d’épanouissement. Tous insistent sur la nécessité de donner de la cohérence à leur parcours et ont connu une forme de mal-être au travail. Cette évolution de leur engagement se prolonge au-delà de la création de la SAS puisqu’ils se sont multi-engagés à travers des investissements financiers dans différents
  • 5. projets entrepreneuriaux et coopératifs dont ils soutiennent la cause. Pour eux, la société commerciale semblait originellement constituer l’organisation la plus adaptée pour développer des projets de développement territorial, ce qui entre en décalage avec le monde de l’ESS dans lequel ils veulent intervenir. Ils sont entrés dans ce monde par la structure qu’ils connaissent le mieux, la société commerciale, tout en cherchant à s’en écarter ou plutôt à la renouveler. Ils ont ainsi un rapport ambivalent au bénévolat, à la vie associative et à l’ESS. Cette pratique ne faisait pas partie de leur univers social, ils ont dû s’adapter à leurs interlocuteurs et « bricoler » une nouvelle socialisation jusqu’à devenir spécialistes du secteur de l’ESS. Ainsi, J.-Y. n’était « pas un fana du modèle associatif » et considère que « c’est toujours le bordel, ça marche très mal, c’est chaotique ». Il a formé des cadres d’association mais observait leur désorganisation spécifique occasionnant un mauvais traitement des salariés dans certaines associations. Mais il constate que « c’est un modèle puissant pour mobiliser les citoyens », ce qui fait évoluer son opinion. Il réfléchit à des stratégies différentes de management, notamment pour « organiser le retour vis-à-vis des bénévoles, [pour] qu’ils aient l’impression qu’ils ont quelque chose en échange ». 14Si, au départ, la SAS n’avait pas prévu d’avoir recours à ce mode de contribution, l’absence de retour sur investissement interroge sur les raisons de la poursuite de l’engagement « bénévole » de certains de ses actionnaires. Ceux-ci semblent en effet avoir mis le retour financier sur leur placement au second plan et s’investissent maintenant à titre personnel, engageant réseaux, compétences et surtout du temps au « capital » de la société. L’accomplissement de la « mission » ou d’un « sens » devenant aussi important que leur investissement financier, ces actionnaires ont trouvé une autre forme de rétribution, ce qui les rapproche du BDA. 15Du côté de la SCIC, la sociologie des bénévoles et leur forme d’engagement sont très différentes, ce qui modifie leur vécu du BDE. Pour la plupart, le bénévolat correspond à une pratique qu’ils ont exercée tout au long de leur vie, au sein d’organismes d’entraide ou de loisirs, dans un cadre familial ou amical. J. a ainsi effectué du bénévolat en revenant au supermarché lors d’événements caritatifs pendant ses jours de congés. Elle serait d’ailleurs prête à gérer la caisse de la future épicerie participative de la SCIC. De la même manière, My. a anticipé les activités de la SCIC en réalisant des paniers gourmands à proposer aux futurs clients. Par ailleurs, elle loue à présent des chambres aux étudiants de la formation en naturopathie dont le directeur est membre de la SCIC, mêlant ainsi vies amicale, familiale, bénévole et entrepreneuriale. C. et J.- P. semblent moins à l’aise avec le BDE qu’ils n’avaient pas conceptualisé comme tel mais estiment finalement que leurs associations respectives ont tout intérêt à l’adopter – l’un pour intégrer des migrants, l’autre pour renforcer son café participatif. Ils semblent adopter un pragmatisme qui les rend moins regardants sur les conditions de réalisation et les moyens dans la mesure où le projet leur paraît servir une cause qu’ils défendent depuis longtemps. L’attitude de ces deux bénévoles témoigne du type d’arrangements que font certains avec leurs principes, basculant du BDA vers du BDE. Les bénévoles qui ont refusé d’effectuer ces concessions sont sortis des projets avec parfois du ressentiment. 16Les décalages entre monde de l’entreprise commerciale et univers associatif, privé et public, dirigeants et salariés s’ajoutent à d’autres formes de distance sociale entre les BDE de la SAS et de la SCIC : les urbains face aux ruraux, les surdiplômés face aux moins ou pas diplômés, les élites face aux catégories plus populaires et donc les anywhere face aux somewhere (Goodhart, 2019). Cela a engendré des incompréhensions et freins, voire des échecs, liés à ces habitus : le vocabulaire, les outils (numériques), la flexibilité (permanente en fonction des clients), la temporalité (courte)... n’étant pas toujours partagés. Si les confrontations ont concerné surtout Mc., les autres collaborateurs ont aussi été impactés et ont pu s’interroger sur l’utilité de toute l’énergie déployée si les potentiels bénéficiaires sont réfractaires. 17Ces différents témoignages amènent à se demander comment un bénévole et un salarié peuvent accepter de réaliser une activité semblable sans obtenir de rétribution identique. Leurs expériences [10][10]Voir tableau en annexe. confirment que d’autres formes de rétribution que financière deviennent essentielles dans cet échange qui paraît à première vue déséquilibré. Ils rencontrent des formes de reconnaissance affective (grâce à des rencontres amicales), culturelle (grâce à l’utilité de leur action) (Honneth, 1992) qui constituent un élément puissant de leur engagement évoqué un peu plus tôt (Brun et Dugas, 2005 ; El
  • 6. Akremi, Sassi et Bouzidi, 2009). Les théories de la motivation (Maslow, 1954) inspirent également les dirigeants de la SAS qui les mettent œuvre dans leur modèle de management, notamment en cherchant à proposer des produits en nature aux migrants « dont les besoins primaires ne sont pas satisfaits ». 18Si ces bénévoles n’ont pas les mêmes attentes, ils n’ont pas non plus les mêmes moyens, connaissances, compétences, disponibilités, autrement dit les mêmes ressources à « donner ». Ainsi, une fois les BDE « recrutés », des difficultés dans la gestion des ressources humaines apparaissent comme dans toutes les sociétés commerciales, a fortiori quand ces ressources ne sont pas rétribuées de la même manière. La SCIC ne permet pas si facilement d’associer « des choux et des carottes », selon J.-Y. à propos des dirigeants des structures, des bénévoles et des salariés. Certains sont passifs, voire critiques, d’autres plus moteurs dans cette organisation hétérogène qui nécessite un important travail de réflexion, de communication, de pédagogie pour consolider cette mixité socio-économique. 19Ainsi, le management des BDE demande aux cadres de renouveler leur gestion RH pour s’adapter avec souplesse à ceux qui ne sont pas des salariés traditionnels, donc sans lien hiérarchique avec leurs dirigeants. Les associés de la SAS qui disposent d’une fine connaissance des sciences managériales reconnaissent ainsi que les principes qu’ils appliquaient dans les sociétés qu’ils dirigeaient ou conseillaient auparavant ne fonctionnent plus dans ce nouveau cadre. S’ils souhaitaient au départ promouvoir le modèle de « l’entreprise libérée [11][11]L’« entreprise libérée » a été théorisée par Isaac Getz et… », celui-ci ne semble pas complètement répondre à « l’aspiration à un sens profond, à une autonomie réelle et à une connexion avec un territoire et un projet de vie des personnes » (Desforges, 2021) que les dirigeants de la SAS sont amenés à encadrer dans ce type de projet (bénévole ou non). Après le départ de plusieurs personnes, les dirigeants ont dû engager une profonde réflexion sur leur méthode de management pour adapter leur rôle – qu’ils qualifient de « mentorat » – vis-à-vis de ces acteurs locaux pour ne pas perdre ces ressources humaines précieuses et pouvoir compter sur elles dans des conditions renouvelées. Leur expérience montre que l’entrepreneuriat social nécessite la création et l’entretien de ce que Guérin (2020) appelle des « économies morales locales » qui nécessitent un temps long d’expérimentation (Lévy, Sallé et Viat, 2017) et des efforts démesurés pour une issue incertaine (Da Costa, 2013). Le « bénévolat d’entreprise » comme nouveau cadre d’entreprise 20Ce qui réunit les BDE interrogés, c’est la mise en cohérence de valeurs personnelles avec une activité économique et sociale, le sentiment de réduire ce décalage est essentiel pour adhérer au projet collectif. Dans le « monde d’après » – tout particulièrement depuis le début de la crise sanitaire –, cette mise en adéquation entre le sens et l’action semble de plus en plus recherchée par ceux qui se reconvertissent, se réorientent. Le besoin de « faire » ou de relier discours et action semble plus urgent, ce qui refonde en partie les modalités de l’engagement. D’activité de loisirs, militante ou associative, celui-ci peut devenir activité à temps plein (rémunérée ou pas) dans laquelle les BDE mettent à profit leurs compétences professionnelles. Pour des retraités comme E. et J., cela représente l’occasion de poursuivre leur ancienne activité en lui donnant un sens davantage en adéquation avec leurs engagements : « Puisque je ne suis plus payée, je peux le faire comme je veux et je peux refuser de le faire d’une manière qui ne me plairait pas », dit l’ancienne haute fonctionnaire. De son côté, le chômage, en assurant un revenu minimum régulier, permet à certains demandeurs d’emploi de « travailler » gratuitement ou bénévolement pour des associations mais également pour des entreprises, comme B. qui est aujourd’hui associé de la SAS mais a été inscrit au chômage à plusieurs reprises depuis 2015. Si les retraités semblent satisfaits de mettre à profit gratuitement leurs compétences parce qu’ils perçoivent un revenu par ailleurs, la situation est moins bien vécue par B. du fait de l’instabilité, de l’incompréhension des proches, voire du soupçon de fraude qui pèse sur lui. 21Pour tous, la condition sine qua non pour accepter du « travail » non rémunéré, c’est le sens qu’ils y donnent et l’objectif poursuivi. Pour s’investir bénévolement dans un projet (entrepreneurial ou non), chacun d’entre eux a besoin de se sentir « utile », de « servir l’intérêt général », de « faire le bien » (avec des connotations religieuses pour certains). Finalement, ce qui compte, c’est l’objectif de la « mission » : peu importe le statut juridique de l’organisation, ils sont prêts à donner du temps gratuit pour « une cause qui compte ». Cette tendance à justifier un sacrifice individuel par une mission d’intérêt général est une dérive
  • 7. argumentaire que l’on retrouve dans le monde de l’ESS ou associatif (Cottin-Marx, 2019). En ce sens, le discours construit par les deux sociétés autour du « bien vivre » paraît difficile à rejeter et suffisamment englobant pour que chacun s’y retrouve. Concernant les limites de ce bénévolat, la plupart les fixent plutôt autour d’une dérive par rapport au sens initial plutôt que vis-à-vis des conditions d’activité. De même, si les associés ont consenti à des baisses – voire à une absence – de rémunération, c’est bien parce que le sens leur paraissait respecté et primordial. Les bénévoles au sens classique, eux, n’envisagent pas de limites en termes d’horaires ou de types de tâches effectuées tant que l’objectif est poursuivi. 22Ces différents témoignages tendent à montrer que les frontières entre bénévolat et salariat sont de plus en plus floues, de même qu’entre actionnariat et engagement citoyen, et que c’est justement la définition de cette frontière qui est en jeu. L’accord entre les deux parties (le bénévole et la structure qui l’accueille) peut être tacite ou explicite, évolue parfois mais montre que l’ambiguïté peut être acceptée, voire appréciée, dans certaines conditions – de transparence et de sentiment d’utilité notamment. Le minimum étant évidemment de consentir librement aux missions effectuées et de se sentir valorisé par l’identité que cela projette de soi. Ainsi E. refuse-t-elle le terme de « bénévole » car elle n’estime pas « faire du don » : elle pense gagner autant qu’elle offre dans cette activité. Un nouveau modèle : cause ou résultat d’une évolution de la délégation du service public ? 23Si les personnes évoluant au sein des sociétés étudiées témoignent bien de cette ambivalence, celle-ci s’inscrit dans un cadre global d’évolution politique sur la conception du travail et de l’engagement. Les lois ESS et PACTE notamment, issues de différents gouvernements, montrent une forme de consensus sur une nouvelle vision de la « mission » prise ou donnée par les sociétés commerciales au sein de la société et des liens qu’elles peuvent entretenir. Aussi, la multiplication d’appels à manifestation d’intérêt par les pouvoirs publics pour attribuer la gestion de « marchés publics » se rapproche plus du « mode projet » que de l’appel à subventions classique des pouvoirs publics. Cette évolution dans ce mode de DSP a favorisé les entreprises (sociales) au détriment des associations qui ne se sont pas « adaptées » (Stiegler, 2019) assez vite pour conserver les subventions. 24De nombreux auteurs (Juan et Renault-Tinacci, 2019 ; Coler et coll., 2021) et acteurs de terrain que nous avons rencontrés constatent également une « dérive » entrepreneuriale, commerciale, néophilanthropique de certaines associations dans leur management et leurs activités, une forme de « bénévolisation du travail » (Simonet, 2018). Plusieurs raisons à cette évolution peuvent être invoquées : nécessité d’augmenter les recettes afin de compenser les baisses de dotation de l’État, croyance dans le modèle de l’entreprise comme meilleure gestionnaire ou justement arrivée des entreprises dans le monde du social à travers le développement de l’ESS. Cette mise en concurrence dans la gestion des services publics et l’évolution des politiques publiques vers des critères de sélection qui peuvent favoriser les structures économiques plutôt que les associations confirment cette volonté de DSP. L’État qui déléguait jusque-là de plus en plus de responsabilités sociales aux associations, plutôt par défaut, semble changer de stratégie. Cela relève-t-il vraiment d’une prise de conscience de la part des membres de ces deux gouvernements de la nécessité d’assigner aux entreprises des missions d’intérêt collectif ? On peut y voir également l’influence du néolibéralisme qui fait du modèle de la société commerciale un outil plus efficace de gestion économique. Cette évolution a en tout cas des conséquences sur le BDA qui connaît des modifications dans ses représentations. D’une perspective philanthropique et caritative déléguée aux autorités religieuses ou spécialisées au siècle dernier, nous étions passés à une forme d’engagement solidaire et plus démocratique (Laville, 2019) avec le développement des grandes associations à la fin du XXe siècle (Restos du Cœur, Secours populaire…). Il semble que le bénévolat trouve actuellement une nouvelle vocation : la mise en cohérence de modes de vie, d’engagements citoyens et d’activités professionnelles, rompant ainsi les frontières entre public et privé (dans tous les sens du terme : individuel et structurel). 25Une autre tension avec le modèle associatif du bénévolat semble relever de la volonté de se démarquer du modèle de l’usager bénéficiaire d’un service et d’en faire une partie prenante d’un projet, un acteur actif
  • 8. dans sa recherche de réponses à des besoins. En effet, plusieurs acteurs de la SCIC cherchent à se distinguer des associations traditionnelles qui adoptent, selon eux, des postures paternalistes et ne seraient pas capables d’envisager les bénéficiaires autrement que comme des destinataires finaux. Retourner ce rapport est en quelque sorte le projet de la SCIC qui cherche à intégrer les personnes à qui elle destine ses produits – les clients – en véritables ressources humaines et surtout en acteurs de leur production. La SCIC cherche ainsi à rassembler dans le même système de gouvernance des usagers, des fournisseurs, des producteurs… pour réduire la masse salariale et donc obtenir des produits plus accessibles, mais également pour développer leurs compétences, la mixité et le lien social en les plaçant dans des postures différentes : tour à tour contributeurs ou bénéficiaires. D., président de la SCIC et de l’association d’insertion membre de la SCIC, affirme ainsi avec émotion que « pour une fois les personnes éloignées de l’emploi sont vues comme des forces et non plus comme des charges ». Cette porosité est donc revendiquée pour permettre aux acteurs de jouer plusieurs rôles parallèlement ou alternativement afin de développer leur empowerment, ne plus être seulement des « aidés » mais aussi des « aidants » (Sillard, 2019). Conclusion 26Si le concept de « bénévolat d’entreprise » semble a priori antinomique, on constate qu’il se développe de fait. Aujourd’hui, le BDA est critiqué car le fonctionnement interne de certaines associations ressemble de plus en plus à celui des sociétés commerciales : une forme d’exploitation de la capacité de production. Dès lors, les bénévoles peuvent se dire que, quitte à travailler comme dans une société, alors autant travailler directement pour une société, à condition de se reconnaître dans ses objectifs. Or, cette logique microéconomique par laquelle l’État valorise les formes de DSP se retrouve au niveau macroéconomique. 27Si le phénomène se développe et que les citoyens s’y convertissent, c’est que ces derniers donnent de plus en plus d’importance aux rétributions non financières pour répondre à leurs besoins de se sentir utiles et reconnus, réponse qu’ils ne trouvent pas (assez) dans leur activité professionnelle habituelle. 28Cela nous invite à repenser ses conditions de réalisation et son encadrement. Or, notre recherche vise à interroger les modalités qui permettraient d’envisager le BDE comme une contribution positive puisque certains profils se retrouvent dans la volonté de DSP aux sociétés. Il apparaît pour cela que les BDE ne doivent pas avoir d’attentes économiques – et donc puissent s’assurer un revenu par ailleurs par le chômage, la retraite, la rente ou l’activité professionnelle à temps partiel – pour s’impliquer en donnant leur temps et leurs compétences dans une « mission » en adéquation avec leurs valeurs personnelles. 29Dans tous les cas, la volonté des institutions publiques d’être plus « frugales » introduit une concurrence entre le modèle associatif et entrepreneurial qui aboutit à rebattre les cartes entre ces deux univers. Les associations adoptent des codes ou méthodes managériales du privé (notamment du new public management) tandis que les sociétés font du « social et solidaire » et s’intéressent à la meilleure manière de prendre en charge l’intérêt général. Finalement, il semble qu’on assiste à une forme de retournement ou de double limite : le monde associatif montre un essoufflement dans sa capacité à se renouveler dans différents domaines (solidarité, démocratie, développement des territoires) tandis que les sociétés et le modèle capitaliste arrivent au bout du processus d’exploitation des ressources et de la recherche de nouveaux territoires à s’approprier, à l’instar du service public. L’alliance ou la mixité entre ces deux systèmes, qu’incarnent les SCIC, peut sembler une opportunité de tirer parti des deux systèmes : un modèle économique classique ne permettant pas l’innovation sociale sur des territoires en difficulté, un autre modèle économique se développe. Cette recomposition des frontières entre salariat et bénévolat amènera-t-elle un modèle pertinent pour mettre en œuvre cette troisième voie ? Annexe Tableau des formes de motivations ou des retoursattendus par les bénévoles d’entreprises
  • 11. Notes  [1] La loi ESS dite « Hamon » de 2014 encourage aussi les sociétés à « donner du pouvoir d’agir aux salariés », site du ministère de l’Économie et des Finances.  [2] Cette loi dite PACTE de 2019 encourage les sociétés à but lucratif à « redéfinir leur raison d’être » au-delà de la recherche de profit économique, site du ministère de l’Économie et des Finances.  [3] La loi Hamon, notamment, renforce et élargit les droits des sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) qui ont été créées en 2001.  [4] La contradiction entre le statut de société commerciale d’une SCIC et sa mission d’intérêt général ou collectif a déjà été étudiée dans un article précédent (Ezvan, Morel et Poulain, 2020).  [5]
  • 12. Dont le café associatif L’UtopiC, déjà étudié dans un précédent article (Bernard et Poulain, 2019).  [6] Voir le tableau en annexe pour la présentation des acteurs impliqués.  [7] Le crowdfunding peut être un don sans contrepartie caractérisé par une opération philanthropique, un don avec contrepartie s’il s’agit d’une prévente, un prêt avec intérêts ou une prise de parts au sein du capital d’une société pour l’equity crowdfunding (Harriet, Abdoune et Bentebbaa, 2017).  [8] Le mot « wwoofing » dérive de « wwoof » (world wide opportunities on organic farms) qui est un réseau mondial de fermes biologiques. Le site Internet met en relation des voyageurs avec des agriculteurs et éleveurs bio. Les bénévoles sont logés et nourris en échange de quatre à six heures de travail par jour.  [9] Le mécénat d’entreprise est un dispositif qui permet à une société d’effectuer un apport en compétences, en numéraire ou en nature pour soutenir une œuvre d’intérêt général. Celle-ci peut ainsi mettre à disposition un salarié qui met à contribution ses compétences au sein d’une association reconnue d’utilité publique ou d’intérêt général moyennant une défiscalisation. On peut ainsi considérer que le salarié fait du bénévolat d’association tout en étant rémunéré par son employeur. La SAS dont il est ici question a largement étudié cette modalité de contribution mais n’est pour l’instant pas parvenue à convaincre de grandes entreprises de « mécéner » la SCIC. La structure juridique commerciale est ici un frein.  [10] Voir tableau en annexe.  [11] L’« entreprise libérée » a été théorisée par Isaac Getz et Brian M. Carney (2013) en référence aux entreprises qui incitent les salariés à prendre des initiatives individuelles, à s’auto-organiser, à s’autodiriger, mais à condition que des règles soient collectivement définies a priori. Les collaborateurs et l’entreprise seraient alors plus impliqués, performants, agiles, innovants. Mais ce changement radical est difficile à mettre en place (manque d’habitude et de culture en la matière) et comporte des risques : burn out, stress, dérives. La sas dénomme ainsi « entrepreneurs du bien- vivre » certains de ses salariés pour spécifier leur autonomie dans le développement de projet de territoire. Mis en ligne sur Cairn.info le 16/11/2021 https://doi.org/10.3917/nrp.032.0163
  • 13.  Richesses et ambiguïtésdu travail bénévole  Nouvelle revue de psychosociologie 2021/2 (N° 32)  Sous la directionde Nicolas Da Silva, Pascale Molinier  Pages : 244  Éditeur: Érès Suivre cette revue Acheter le numéro26,00€ add_shopping_cart Ajouter au panier  Sommaire de ce numéro  Présentation search Richesses et ambiguïtés du travail bénévole Page 9 à 18  Introduction. Le travail bénévole, miroir du capitalisme ?  Nicolas Da Silva, Pascale Molinier Consulterfile_download Télécharger Page 19 à 31  Le statut ambigu de bénévole des pairs-aidants LGBT travaillant pour la santé sexuelle en Côte d’Ivoire  Jean-Yves Briard
  • 14. Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 33 à 44  Les formes du travail gratuit face à l’austérité : étude de cas d’une organisation de la santé mentale en Seine-Saint-Denis  Fabien Hildwein Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 45 à 56  L’usage du terme « bénévole » au seind’un groupe d’entraide mutuelle  Kéren Moreira de Alcântara Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 57 à 69  Propédeutique pour des psychanalyses gratuites  Mathilda Audasso Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 71 à 84  La part gratuite du travail des infirmières hospitalières menacée par la taylorisation du soin  Alexis Jeamet Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 85 à 96  La mission du bénévole en hôpital : un paradoxe au niveau de l’identité, du rôle et de l’activité  Sandrine Cortessis, Amélie Deschenaux Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 97 à 109  Bénévole : un métier impossible ?  Jacques Bineau Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 111 à 123  Un engagement bénévole fragilisé dans une institution en crise : le cas des prud’hommes  Sophie Béroud, Hélène-Y. Meynaud Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 125 à 136  Travail bénévole dans l’aide sociale et juridique aux demandeurs d’asile  Lucie Lepoutre
  • 15. Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 137 à 145  Stagiaires-bénévoles et accompagnement professionnel : coexister ou coopérer ? Une expérience en chantier d’insertion  Sophie Mercier-Millot Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 147 à 161  Professionnalisation empêchée et bénévolisation du travail des tuteurs de service civique  Florence Ihaddadene Résumé Consulterfile_download Télécharger Page 163 à 179  Le bénévolat d’entreprises : un renouvellement de l’engagement dans l’action collective pris entre recherche de sens et essordes entreprises sociales  Camille Morel, Sébastien Poulain Résumé Consulterfile_download Télécharger Entretien Page 181 à 188  Bénévolat : du travail gratuit au fait associatif  Entretien avec Jean-Louis Laville, par Florence Giust-Desprairies Consulterfile_download Télécharger Recherches & interventions Page 189 à 198  Réflexions sur un projet de danse intergénérationnel  Élise Bourgeois-Guérin, Claire Lyke, Audrey Lachaîne, Cécile Rousseau Résumé Consulterfile_download Télécharger Feuilles volantes de l’histoire de la psychosociologie Page 199 à 206  1976 : « Crise de société et pratiques de groupe ». Des psychosociologues dans une revue rationaliste  Annick Ohayon Consulterfile_download Télécharger Hommages Page 207 à 211
  • 16.  Janine Puget (1926-2020)  Claire Doz-Schiff, Annick Ohayon Consulterfile_download Télécharger Notes de lectures Page 213 à 243  Notes de lectures  Consulterfile_download Télécharger